Des destinations touristiques qui répondent au phénomène climatique

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Des destinations touristiques qui répondent au phénomène climatique
Des destinations touristiques qui répondent au phénomène climatique
Rédigée par Kate Germain en collaboration avec Stéphanie Bleau
Au cours des trois 3 dernières années, 300 intervenants du secteur récréotouristique ont pris part à la
première étude sur l’analyse socioéconomique des impacts et de l’adaptation aux changements
climatiques de l’industrie touristique au Québec. L’engagement des acteurs issus des secteurs privé et
public a grandement contribué à l’avancement des connaissances dans ce domaine.
Ce projet a été réalisé par la Chaire de tourisme Transat, sous la gouverne du consortium Ouranos et en
collaboration avec de nombreux partenaires. Les régions des Laurentides et des Cantons-de-l’Est ont été
choisies comme terrain d’étude en raison de leur grande diversité d’activités en toutes saisons. Les
résultats de cette recherche seront mis à la disposition du public et de l’industrie touristique très
prochainement.
Certaines destinations ont mis la main à la pâte et décidé d’agir face au réchauffement. Les efforts
entrepris par plusieurs d’entre elles pour atténuer les effets des changements climatiques ou même en
tirer parti se dessinent à l’international. Cette analyse expose des exemples de mesures et de stratégies
d’adaptation.
Mais s’adapter à quoi, au juste?
Les gestionnaires des entreprises touristiques du Québec observent déjà plusieurs phénomènes qui
influencent leurs revenus et leurs activités, le comportement de la clientèle de même que le milieu naturel:
- l’imprévisibilité et la variabilité des conditions climatiques;
- la diminution de la saison hivernale et de l’accumulation de neige au sol;
- l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des vents;
- la hausse des pluies;
- l’allongement de la saison estivale.
La communauté scientifique affirme que l’accentuation de la fréquence, de l’intensité ou de la durée des
événements extrêmes s’ancre comme une tendance fort probable. Néanmoins, les incertitudes liées à
l’évolution du climat et aux phénomènes météorologiques n’empêchent pas des destinations et des
secteurs d’activités de prendre des mesures afin d’offrir un produit de qualité, plus résistant au contexte
actuel et pour les décennies à venir.
Parce qu’il faut atténuer mais aussi s’adapter
La Commission européenne (CE) a récemment mis en ligne un système d’indicateurs pour la gestion
durable des destinations touristiques. Ce guide vise à soutenir et à orienter les destinations dans leur
démarche vers un développement viable des ressources. L’atténuation, soit la réduction des gaz à effet
de serre, demeure la clé de la durabilité économique, environnementale et sociale. Néanmoins, les
critères liés à l’adaptation au climat (p. ex.: infrastructures en zone vulnérable, mise en place d’une
stratégie) s’inscrivent maintenant dans le volet environnemental, signe que l’industrie subit ou profite déjà
de certains impacts.
L’Australie, un leader
Les écosystèmes fragiles de l’Australie (les récifs, régions tropicales, parcs nationaux ou régions
montagneuses) sont sensibles aux effets des changements climatiques. L’engagement des entreprises en
adaptation figure dans la stratégie touristique nationale à long terme de l’Australie, intitulée Tourism
2020. Cette initiative, soutenue par un groupe de travail, vise à accroitre la qualité et la productivité des
entreprises par l’utilisation de systèmes et de standards améliorés. Elle est appuyée par une recherche
collaborative avec les acteurs sur la vulnérabilité aux effets des changements climatiques et les coûts de
l’inaction.
Dans la même optique, Sustainable Tourism Australia, une organisation appartenant à Ecotourism
Australia, a mis sur pied une certification pour reconnaître les efforts mis de l’avant face au climat. Elle est
accessible à l’ensemble des organisations touristiques publiques ou privées.
Le programme Climate Action Australia classe les organisations en trois niveaux:
1. Certifié business: l’entreprise a mis en place des actions de réduction de
gaz à effet de serre et d’adaptation, mais ne mesure pas nécessairement
son empreinte carbone.
2. Certifié innovator: l’entreprise a mis en place des actions de réduction de
gaz à effet de serre et d’adaptation, évalue et mesure son empreinte
carbone.
3. Certifié leader: l’entreprise a mis sur pied une stratégie intégrée sur les
changements climatiques à tous les niveaux pertinents des activités et de
la planification d’affaires.
Une mise à jour sera effectuée au même rythme que l’évolution des technologies, de la disponibilité de
l’information et des changements législatifs. Voici quelques-uns des critères du programme:
-
-
-
éthique et responsabilité collective: considérer les options d’assurance pour se prémunir des
dommages liés aux événements météorologiques extrêmes, travailler ensemble pour réduire les
coûts;
clientèle: colliger de l’information sur les répercussions sociales du changement climatique
(décision d’achat, comportement de voyage) pour adapter son produit, son service et son
marketing, assurer le confort du visiteur, communiquer les risques liés à la santé et à la sécurité;
choix de fournisseurs responsables.
Investir dans la sauvegarde du patrimoine naturel
Dans la région de Devon, située au sud-ouest de l’Angleterre, l’offre touristique est composée de parcs
nationaux, de sports extrêmes, de plages, de plaisirs gastronomiques, de villages et de villes rustiques.
L’organisation de gestion de la destination, Visit Devon, engage autant les habitants et entreprises de la
région que les touristes dans une démarche durable et collective pour la conservation de l’héritage
naturel, la façon qu’elle a choisie pour combattre les impacts du réchauffement. L’objectif est que la région
devienne la plus «verte» d’Angleterre.
Source: Visit Devon
Le site destiné aux professionnels, Devon Tourism Advice, propose des ressources aux entrepreneurs
actuels et futurs pour le développement durable. Plusieurs outils sont mis à leur disposition, notamment:
-
un réseau de «champions» formé d’entrepreneurs prêts à aider les autres dans leur processus de
gestion responsable;
des suggestions pour partager la responsabilité de conservation avec les clients (projet Visitor
Gifting). Par exemple, les entreprises peuvent collecter de l’argent lors d’événements spéciaux ou
ajouter un supplément sur des produits locaux;
le guide Green Tourism Marketing Toolkit;
plusieurs certifications et récompenses régionales (p. ex.: Dartmoor first, Devon Environmental
Business Initiative Awards) et nationales (p. ex.: Green Tourism Business Scheme) axées sur la
durabilité (environnementale, sociale, économique et locale).
La promotion du site Climateprepared, un site Web qui aide les gestionnaires à agir maintenant
face aux inondations, aux sécheresses, à l’érosion côtière et aux périodes de canicule.
Source: Climateprepared
La proactivité des parcs nationaux
Les parcs sont bien placés pour être des ambassadeurs sur le plan climatique, en raison de leur mission
d’éducation et de conservation. De plus, ces derniers agissent comme baromètre à l’échelle du pays sur
le suivi de l’évolution du réchauffement. Le service des parcs nationaux des États-Unis a publié son plan
d’action sur les changements climatiques 2012-2014 dans le cadre d’une stratégie plus élargie
comportant des actions de réduction, de sensibilisation, de communication et d’adaptation.
Source: National Park Service. Climate Change Response Program, U.S. Department of the Interior.
En Australie, les parcs nationaux sont aussi encadrés par une stratégie climatique. Le tableau ci-dessous
présente les quatre objectifs et quelques mesures d’adaptation du plan stratégique 2010-2015 du parc
national de Kakadu.
Tableau 1: Objectifs du parc national de Kakadu (Australie) et mesures d’adaptation
Objectifs
Exemples d’actions

Définir les paramètres de base pour surveiller efficacement les effets
des changements climatiques et continuer à améliorer la gestion des
données et les ressources du personnel technique du parc.
Mettre en place des mesures
d’adaptation pour maximiser la
résilience des espaces naturels

Identifier les espèces et les habitats sur lesquels les effets des
parasites, des mauvaises herbes et des feux sont les plus importants
à cause des changements climatiques.
Collaborer avec les communautés
locales, les entreprises et les
parties prenantes

Saisir les occasions d’aider les entreprises touristiques dépendantes
du parc à adapter leur plan d’affaires face aux impacts des
changements climatiques.
Communiquer les implications et
les actions entreprises

Développer une stratégie de communication pour mieux informer les
parties prenantes sur les implications et les orientations du parc.
Comprendre les effets des
changements climatiques
Source: Kakadu National Park. Climate Change Strategy 2010-2015, gouvernement d’Australie, direction des parcs
nationaux.
Miser sur l’excellence
Le programme de recherche international Clim-ATIC (2008-2011) a permis le développement de projets
pilotes dans cinq pays nordiques. Des stratégies porteuses ont été mises en place pour le tourisme. Par
exemple, dans la province de Jämland, en Suède, une destination de ski a opté pour une stratégie
environnementale nourrie par des alliances entre les autorités locales et le secteur privé
(110 entreprises). La destination d’Åre mise sur l’excellence et la recherche. Elle compte assurer le
leadership européen en matière d’adaptation et développer les sports (hiver et été) ainsi que les loisirs de
plein air en devenant, d’ici 2016, la première destination (ski) présentant un bilan carbone neutre.
L’étude de cas détaillée sera accessible dès la publication de l’étude menée par la Chaire de tourisme
Transat.
Des solutions adaptées
Source: Facebook. The North Face Ultra-Trail du Mont-Blanc.
Après trois ans de mauvaises surprises météorologiques, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (France, Suisse et
Italie) propose un format de course garanti pour 2013 en cas de mauvais temps. Les organisateurs ont
prévu des parcours de rechange avec des caractéristiques semblables à ceux d’origine, ce qui assurera la
sécurité des coureurs et des bénévoles.
Dans un autre ordre d’idées, certains se proclament anticaniculaires. Par
exemple, France Montagnes, un organisme de promotion des sports de
montagne, profite des vagues de chaleur pour attirer la clientèle dans ses
«zones de fraîcheur».
Au Québec, les entreprises réagissent depuis longtemps à l’imprévisibilité des conditions météorologiques
et communiquent de plus en plus efficacement avec leur clientèle. Le simple fait d’être proactives leur
permet de mieux se préparer et de se prémunir contre des effets indésirables. À un autre niveau, un
encadrement législatif et politique pour soutenir les entrepreneurs s’avèrent nécessaires pour l’élaboration
de stratégies face aux effets des événements météorologiques en matière de ressources humaines,
financières et matérielles de l’entreprise.
Également, l’anticipation des changements de comportement de la clientèle assurera une plus grande
résilience de l’industrie touristique et, par le fait même, un meilleur positionnement à long terme.
Sources:
Bleau S., K. Germain et M. Archambault. «Analyse socioéconomique des impacts et de l’adaptation aux
changements climatiques de l’industrie touristique québécoise», Rapport final pour Ouranos, 2012.
Commission européenne. «European Tourism Indicator System TOOLKIT For Sustainable Destinations»,
Entreprises et industrie, février 2013.
France Montagnes. «La montagne : solution anti-canicule!», consulté en ligne le 12 mars 2013.
Kakadu National Park. «Climate Change Strategy 2010-2015», gouvernement d’Australie, direction des
parcs nationaux, 2010.
The North Face Ultra-Trail du Mont-Blanc. «Communiqué de presse: Sport / Aventure», 26 octobre 2012.
Tourism Australia. «Tourism 2020», 2013.
Sites Web:
Climate Action Australia Certification Program
Clim-ATIC
Climateprepared
Visit Devon
Devon Tourism Advice

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