Chalets «au noir» :

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Chalets «au noir» :
03
À LA UNE
Technologie
Le train reviendra-t-il à Gaspé ?
Des emplois grâce au numérique
05
37 900 EXEMPLAIRES VOL.13 N°08 PP 41234045
Photo principale : Jacques Gratton - Mise en scène.
ÉTÉ 2012
DOSSIER
Chalets «au noir» :
ÉPIDÉMIE?
04 environnement
Le caribou en péril
08 Éditorial
Citoyens : aux urnes !
24 Musique
Les coulisses des festivals
02
Graffici
été 2012
PUBLIREPORTAGE
PUBLIREPORTAGE
PUBLIREPORTAGE
PUBLIREPORTAGE
PUBLIREPORTAGE
été 2012 Graffici
À LA UNE
03
Nelson Sergerie | [email protected]
GASPÉ – Même si le train ne siffle plus à Gaspé depuis six mois, les observateurs croient toujours au potentiel ferroviaire en Gaspésie. De son côté, la Société du chemin de fer de la Gaspésie (SCFG) n’ose plus prédire
un moment pour la reprise des activités sur le tronçon situé à l’extrémité de la péninsule.
A
vant d’autoriser la reprise de la circulation sur le tronçon, la SCFG veut
s’assurer que cela sera fait de façon
sécuritaire. Le travail d’inspection des ponts
se fait avec minutie. Lors du passage de
GRAFFICI à Haldimand, des travailleurs
utilisaient une nacelle afin de vérifier chaque
élément en acier du pont centenaire surplombant la rivière Saint-Jean. On pouvait entendre
clairement le son d’un marteau cognant sur la
structure afin de s’assurer de son intégrité.
Malgré les difficultés, Cynthia Patterson
de Dignité rurale croit toujours au rail en
Gaspésie. « J’ai confiance en son potentiel de développement autant du côté de
la marchandise que des passagers. Mais la
situation survenue depuis six mois est inacceptable », dit-elle.
Mme Patterson se pose des questions sur
la gestion actuelle de la crise : « Pourquoi la
SCFG a pris beaucoup de temps avant d’établir que tout le circuit n’était pas sécuritaire ?
Je ne comprends pas leur façon de répondre à
la situation. C’est une façon bizarre d’exploiter
un chemin de fer. Pourquoi ne pas présenter
publiquement les études des ingénieurs ? »,
questionne l’observatrice.
Elle trouve anormal d’avoir découvert que
tout le tronçon Matapédia-Gaspé était dans
une situation de crise seulement en décembre
dernier, lorsque la voie a été fermée entre
Matapédia et Gaspé. « C’était un choc », ajoute
Mme Patterson.
Actuellement, certains trains de marchandise peuvent circuler jusqu’à Chandler depuis
la mi-mai, selon le type de cargaison à transporter. Le tout dépend du poids du wagon.
Via Rail doit s’arrêter à New Carlisle en raison
de l’impossibilité pour le train d’effectuer un
demi-tour plus à l’est.
Depuis décembre dernier, près de cinq
millions de dollars ont été investis afin de
remettre en état les infrastructures problématiques, qui avaient été laissées pratiquement
à l’abandon par le Canadien National avant
l’acquisition de la voie par la Société. « C’est
de l’argent puisé à même l’ancienne entente
venue à échéance le 31 mars. Maintenant, on
puise dans celle de 17 millions, conclue avec
Québec pour deux ans », précise M. Demers.
Après avoir remis le tronçon à niveau
avec les 95 millions réclamés aux deux paliers
de gouvernement, la SCFG prévoit devoir
investir en moyenne quatre à cinq millions $
par année pour maintenir l’infrastructure
en bon état. « Avec 95 millions, on sera bon
pour 30 ans, autant pour les ponts que pour
la voie ferrée. C’est dans cette optique qu’on
travaille », selon M. Demers.
Via Rail maintiendra ses activités
« On attend impatiemment, avec
beaucoup de hâte, de pouvoir retourner à
Gaspé », affirme le porte-parole de Via Rail,
Malcolm Andrews.
Il assure que le train Chaleur demeure
dans les plans de l’entreprise, alors que toutes
sortes de rumeurs ont circulé sur l’avenir
de cette ligne, particulièrement avec les
compressions majeures annoncées à la fin
juin par Via Rail à travers le Canada.
« Les choses vont bien. [Le Chaleur a] une
bonne base de clientèle, une clientèle fidèle »,
ajoute M. Andrews, alors que le train Océan,
qui transite par Campbellton, au NouveauBrunswick, verra son service réduit de moitié
à l’automne. Cette décision a suscité beaucoup de mécontentement dans la Baie-desChaleurs, la clientèle et les politiciens dénonçant cette diminution du service.
Ces changements pourraient avoir un
impact sur l’horaire du train Chaleur, mais
les trois départs seront maintenus chaque
semaine, selon le porte-parole.
Des travailleurs procèdent
à l’inspection du pont de
Haldimand.
L’analyse se poursuit
CE MOIS-CI DANS GRAFFICI
Photo : Geneviève Gélinas
Nelson Sergerie
Rédacteur en chef en
remplacement de Maïté SamuelLeduc, en congé de maternité.
Photo : Nelson Sergerie
« Je ne me risque pas à dévoiler une date
[pour le retour du train à Gaspé], indique
prudemment le directeur général de la SCFG,
Olivier Demers. Je préfère attendre de voir
le rapport sur l’état des structures, qui est
attendu prochainement, avant d’établir un
plan de match. Est-ce quelques semaines ?
Quelques mois ? Je ne me risque pas. »
La réponse de M. Demers est prévisible,
d’autant plus que les projections faites depuis
six mois ont toujours été déjouées par de
nombreux impondérables.
SOMMAIRE
Dossier Des chalets sont loués « au noir »
13
Mathilderies Flétan aux amandes
Environnement Les caribous au parc national de la Gaspésie 04
Jeunesse Reconnaître les mollusques
Technologie L’économie numérique en Gaspésie Rétroviseur Les artéfacts de Forillon
05
17
19
20
Tour en bref 06
Coup de chapeau Rémi Cloutier et son magasin général
ÉDITORIAL Il y a des limites aux annonces
Musique Dans les coulisses des spectacles culturels 24
08
Libre arbitre D’autres révélations sur la cimenterie COMMERCE La cuisine japonaise arrive à Gaspé
09
10
Loisirs Des bateaux miniatures à Cascapédia-Saint-Jules
11
22
Cinéma Les artisans du 7e art s’organisent
25
Arts visuels Cinq ans de souffle du cœur à Maria 26
Critique littéraire Sylvain Rivière : Réfugiés poétiques
27
CONVENTION DU SERVICE POSTE-PUBLICATIONS NO 41234045 RETOURNER LES ARTICLES NON DISTRIBUABLES À : JOURNAL GRAFFICI, 200B, BOUL. PERRON OUEST, NEW RICHMOND (QUÉBEC) G0C 2B0
04
Graffici
été 2012
environnement
GENEVIÈVE GÉLINAS | [email protected]
Le roi des cimes en péril
PARC NATIONAL DE LA GASPÉSIE – De nombreux faons de caribous ont été observés sur le mont
Jacques-Cartier au début de l’été. Une rare bonne nouvelle pour une population en voie de disparition, qui n’a jamais été si peu abondante.
150 caribous
100 caribous
survie a diminué radicalement à cause des
coupes forestières en périphérie du parc.
La jeune forêt a favorisé la multiplication des ours, qui s’y gavent de petits fruits,
et des coyotes, qui y trouvent quantité de
petites proies. Si un faon de caribou passe
à leur portée, ils le croqueront. L’orignal,
dont la densité atteint des records, s’égaie
maintenant près des sommets. Il y attire les
prédateurs, friands des carcasses de ce gros
cervidé.
Quoi faire pour sauver le caribou? Il
faut restaurer les vieilles forêts, en faisant
des coupes partielles plutôt que totales.
« Ça peut prendre de 50 à 60 ans », admet
Mme Lalonde. Le caribou tiendra-t-il
jusque-là? La biologiste est convaincue que
c’est possible. En attendant la repousse,
on trappe les prédateurs dans l’habitat du
caribou. Chaque année, des techniciens
de la faune mettent environ 30 ours et 40
coyotes hors d’état de nuire.
L’hiver prochain, on capturera des caribous pour les munir de colliers émetteurs.
750 caribous
présence encourage ceux qui œuvrent à la
protection du caribou.
Ils en ont bien besoin. Parce que ça va
mal pour le roi des cimes. L’automne dernier,
la biologiste du ministère des Ressources
naturelles et de la Faune, Mélinda Lalonde,
et ses collègues ont effectué le décompte
annuel des caribous : une journée de
manège dans un hélicoptère secoué par les
forts vents des sommets. En descendant
de l’appareil, « on était très «débinés» »,
lance Mme Lalonde. Et pas à cause du mal
de cœur. Au total, son équipe a observé un
maigre 72 caribous, dont seulement deux
faons, le plus bas nombre jamais vu. En
tenant compte du fait que certaines bêtes
passent inaperçues, le cheptel est estimé
entre 83 et 105 individus.
Qu’est-ce qui empêche le caribou de
prospérer? La « cause ultime », décrit Mme
Lalonde, est la perte de son habitat. En
hiver, le caribou descend des sommets pour
manger le lichen qui pousse dans les arbres
des forêts matures. Ce garde-manger de
1950 2002
2011
Mieux connaître leur utilisation du territoire
permettra de raffiner les mesures de protection. On en profitera pour prélever du sang
et des poils afin de mesurer leur état de
santé et leur diversité génétique.
Et il faut continuer de « baliser » la
présence humaine, malgré certaines critiques de l’industrie récréotouristique, dit
Mme Lalonde. Tous ont à gagner à la survie
du caribou, estime-t-elle. « Le caribou, c’est
un moteur économique et une carte postale
pour la Gaspésie. »
Les caribous de la Gaspésie sont les
derniers représentants des grands
troupeaux qui couvraient l’est du
Québec et la Nouvelle-Angleterre
jusqu’au 19e siècle, avant d’être
décimés par la colonisation et la
chasse. La population de la péninsule
est génétiquement distincte de celle
du Nord-du-Québec, même si elle
appartient à la même espèce.
Les caribous de la Gaspésie sont les seuls représentants de cette espèce au sud du Saint-Laurent.
Photo : Marc L'Italien, SÉPAQ
S
ur le sentier du mont JacquesCartier, dans le parc national de
la Gaspésie, un troupeau humain
monte à la rencontre du caribou. Après
une heure de sueur, la forêt laisse place
aux plantes alpines qui poussent dans un
sol rocailleux balayé par le vent. Bienvenue
dans le domaine du caribou.
Pendant notre halte au sommet, un
mâle traversera le plateau en contournant
des randonneurs accroupis. « J’ai tourné
la tête et j’ai vu ce caribou qui sortait de
nulle part. C’était magique. Il est passé à
15 mètres en s’arrêtant près de chacun de
nous. C’était presque un défilé de mode! »,
lance Marie-Pierre Hébert, une jeune
touriste belge qui n’est pas près d’oublier
sa rencontre.
Un peu plus tôt, trois femelles et leurs
faons sont venus brouter à portée de nos
jumelles. Mieux : la semaine précédente,
un garde-parc a observé 14 faons. « Ça
faisait 20 ans que ça ne s’était pas vu! »,
affirme Marc L’Italien, garde-parc naturaliste. La partie est loin d’être gagnée
pour ces petits, vulnérables aux prédateurs jusqu’à l’âge de six mois. Mais leur
été 2012 Graffici
TecHnologie
05
Nelson Sergerie | [email protected]
À l’heure de l’économie numérique
CHANDLER – À partir de son poste de travail à Chandler, Greg Georges coordonne une équipe de
10 personnes à Montréal, et de cinq autres… en Inde! Développer l’économie numérique en Gaspésie
permettrait de rapatrier des emplois, croit ce développeur de logiciels. Et il veut convaincre la Conférence
régionale des élus Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (CRÉGÎM), qui met en place son plan numérique.
G
reg Georges travaille aux côtés de
20 autres personnes au Technocentre
des technologies de l’information et
des communications, dans l’édifice qui abritait jadis la caisse populaire Desjardins, sur
la rue Commerciale, à Chandler. Celui qui
est à l’origine de ce centre souligne que de
60 à 75 % des travailleurs en technologies
de l’information et des communications
(TIC) oeuvrant à Chandler obtiennent leurs
mandats d’entreprises basées à Montréal.
« Mon emploi est à Montréal, mais je
dépense mon argent ici. On peut garder nos
ressources à l’intérieur de notre province.
Les décideurs ne savent pas que c’est
possible. Ça permet de créer de la richesse
chez nous », dit M. Georges, convaincu du
bien-fondé du Technocentre.
Il rêve du jour où les grandes entreprises
comme Bell ou Air Canada rapatrieront
leurs centres d’appels des pays émergents
vers la Gaspésie. « Ces entreprises veulent
exporter du travail par manque de maind’oeuvre. Mais on peut faire ça ici. C’est
ce que les travailleurs font actuellement à
Chandler », explique M. Georges.
Le potentiel numérique de la région existe,
selon lui, alors que le réseau collectif déployé
sur le territoire représente une autoroute à
15 voies, mais utilisée par seulement six
voitures à l’heure. « Il y a un potentiel énorme
d’utilisation du réseau. Il faut voir maintenant
comment on peut trouver de la clientèle pour
l’utiliser », affirme le développeur de logiciels.
Greg Georges a déjà des idées pour le
plan numérique de la CRÉGÎM : « On veut
devenir l’organisme qui coordonne la stratégie des TIC et être un acteur lors de sa
mise en œuvre », dit celui qui est un des
partenaires de la CRÉGIM dans le développement du plan. Et cette idée, dont il rêve
depuis déjà trois ans, pourrait se concrétiser
rapidement puisque la CRÉGÎM a accordé
50 000 $ au Technocentre pour favoriser ce
développement.
Photo : Nelson Sergerie
L’agriculture à l’ère technologique
Greg Georges coordonne
des travailleurs en Inde à
partir de Chandler.
Les Serres Jardins-Nature de New
Richmond, un producteur de tomates certifiées biologiques, a intégré dès le départ,
en 2 000, les technologies de l’information,
lors du montage du plan d’affaires.
« Tout est informatisé. On peut avoir de
l’information sur un tas de sujets pertinents
à la production. C’est ce qu’on voulait pour
obtenir le meilleur rendement et la meilleure
qualité possible », explique le président de
l’entreprise, Christian Côté.
Les technologies de l’information
permettent de contrôler plusieurs facteurs
dans la production : l’arrosage, la dose de
fertilisants, la quantité de lumière, l’humidité, la chaleur, etc.
Les TI ont été un élément incontournable :
« ça a permis d’atteindre le plein potentiel de
notre rendement. En termes de production,
on est passés de 35 kilos à 50 kilos au mètre
carré en 10 ans. », selon M. Côté.
Il indique que sans la technologie,
la croissance n’aurait pas été aussi forte :
« Maintenant, en serres, ça prend ces technologies-là pour atteindre des rendements
aussi intéressants. Ça a assuré la croissance
et la pérennité de l’entreprise », dit-il.
La CRÉGÎM est à finaliser le plan numérique qui devrait être dévoilé à l’automne.
Celui qui pilote le dossier, Antoine Audet,
insiste sur le fait que le plan doit demeurer
mobile pour faire face aux changements
technologiques.
« Il faut que le plan soit souple et
flexible. Sinon, il deviendra rapidement
périmé », dit M. Audet.
Une fois le plan mis en place, il faudra
aller chercher l’argent nécessaire afin d’assurer son développement.
Un exemple de l’utilisation
technologique :
on
peut
maintenant connaître l’origine
de notre homard, grâce à une
étiquette fixée à l’une des pinces
du crustacé et sur laquelle est
gravé un code alphanumérique
et le logo d’Aliments du Québec.
Le consommateur peut consulter
le site Internet d’Aliments
du Québec et ainsi trouver
rapidement le lieu de la capture
du homard.
06
Graffici
été 2012
un tour en bref un tour en bref un tour en bref un tour en bref un tour en bref un tour
BONAVENTURE
L’équipe U18 d’Avignon-Ouest a donné un boni à la population locale en remportant la
médaille d’or.
Petit tournoi est devenu grand
MATAPÉDIA – Quand un petit groupe de bénévoles a décidé d’organiser un tournoi
de soccer à Matapédia, à l’été 2009, environ 15 équipes s’y sont inscrites, regroupant 225
joueurs et pas loin du double d’accompagnateurs et de parents. L’expérience a suffisamment bien fonctionné pour que les initiateurs la répètent en 2010, 2011 et 2012. Les 14
et 15 juillet, 55 équipes regroupant 800 joueurs ont participé au quatrième Tournoi de
soccer de Matapédia. Des équipes se sont déplacées de Saint-Siméon à Sayabec, et de
Campbellton à Saint-Léonard, au Nouveau-Brunswick. Plus de 2000 personnes se sont
rendues les voir jouer. Le concessionnaire de la cafétéria de l’école des Deux-Rivières a
ouvert ses portes pour servir des repas à une bonne partie de ces joueurs et amateurs. « On
a commencé avec deux terrains municipaux non réglementaires en 2009. Cette année,
on a été obligés d’aménager quatre terrains réglementaires dans le secteur de l’école, et
de faire un terrain avec les deux de la municipalité. Quand on parle aux commerçants, ils
sont très contents. Le concessionnaire de la cafétéria de l’école est venu nous voir pour
réserver sa place pour l’an prochain », précise le président du tournoi, Serge Normandeau.
Comme boni, l’équipe qu’il entraîne, la catégorie U18, les 17 et 18 ans, représentant Avignon-Ouest, a gagné la finale devant Amqui. (Gilles Gagné)
T H É Â T R E
Festival des produits locaux à
Shigawake
SHIGAWAKE - L’organisme CEDEC, qui voit au développement économique en milieu
anglophone, et des partenaires comme la Société agricole de Shigawake, la Chambre
de commerce de la MRC de Bonaventure, Aliments du Québec et Gaspésie gourmande
ont organisé les 14 et 15 juillet le premier Festival de produits locaux, à Shigawake. Plus
de 500 personnes se sont rendues à l’événement. « Les buts principaux étaient d’amener des producteurs vers un marché où ils ne vont pas, et d’inciter les gens à découvrir
des produits qu’ils ne connaissent pas. Par exemple, je ne pense pas que tout le monde
savait qu’il y avait un élevage yacks de dans la MRC de Bonaventure », explique le directeur du CEDEC, Dave Felker. L’événement a été un succès. Certains producteurs envisagent profiter de la Foire agricole et du Festival de musique de Shigawake, du 16 au 19
août, pour revenir présenter leurs denrées dans ce secteur. Il est aussi question d’organiser un marché public à la fin de septembre, sur les terrains de la Foire agricole de
Shigawake, afin de profiter du temps des récoltes. « On veut éviter de concurrencer les
marchés publics de Nouvelle et de New Richmond », précise M. Felker. (Gilles Gagné)
Photo : Gilles Gagné
Photo : Gracieuseté du Tournoi de soccer de Matapédia
AVIGNON
Maria Chatterton, à gauche, avait des questions sur les variétés de légumes du producteur
Étienne Goyer, à droite, sous le regard intéressé d’autres consommateurs.
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(sax) et Pierre Tanguay (batterie) réunis pour un
hommage à l’une des plus grandes figues du jazz,
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été 2012 Graffici
07
en bref un tour en bref un tour en bref un tour en bref un tour en bref un tour en bref
CÔTE-DE-GASPÉ
Courir contre le cancer
SAINTE-ANNE-DES-MONTS — Le nouveau Festival du
maquereau se tiendra à Sainte-Anne-des-Monts du jeudi
26 au dimanche 29 juillet. Il s’agit d’un événement festif pour
les amateurs de pêche au maquereau et pour tous ceux qui
veulent s’y initier. Il vise également à faire découvrir aux citoyens le patrimoine maritime ainsi qu’à mettre en valeur le
fleuve Saint-Laurent et ses affluents. Au programme de l’événement : épluchette de blé d’Inde sur le quai, concours de
pêche avec pesée officielle, concours amateurs, dégustation de
produits de la mer, animation, ainsi que le tirage d’un bateau
et d’une remorque. Toutes les activités se tiendront sur le quai
qui, pour la durée de l’événement, sera interdit à la circulation
automobile. Les visiteurs devront payer un droit d’accès de 2
dollars par jour. Toutes les sommes recueillies seront versées
à l’entretien du quai et aux organismes communautaires qui
le gèrent. Organisé par la Société des Tamaloùs, l’événement
bénéficie du soutien de la Ville de Sainte-Anne-des-Monts et
de l’administration portuaire. (Johanne Fournier)
Photo : Johanne Fournier
Toutes les activités du 1er Festival du maquereau se tiendront
sur le quai de Sainte-Anne-des-Monts.
Photo : Math Duchaîne
1er Festival du maquereau
Les participants ont le choix entre le demi-marathon
de 21 km, ou des parcours de 10 km ou 5 km.
GASPÉ - Amélie Fournier Belley court presque tous les jours,
sauf celui du Demi-marathon de Gaspé! « C’est un peu trop
d’organisation ! », lance l’instigatrice de l’événement, qui
sera présenté pour une deuxième fois le 18 août. L’an dernier,
167 participants avaient couru autour de la baie de Gaspé.
Cette année, les organisateurs en attendent 250, parmi
lesquels une cinquantaine de coureurs venus en autobus
de l’Université Laval, à Québec. L’argent des inscriptions
(45 $ par personne ou 25 $ pour un étudiant) sera remis
à l’Association du cancer de l’Est du Québec. « Les gens
me disent que le Demi-marathon les motive à s’entraîner, rapporte Mme Fournier Belley. Et en plus, l’exercice
physique est une bonne façon de prévenir le cancer ! »
(Geneviève Gélinas)
ROCHER-PERCÉ
Exposition Michaud-Myles
à Barachois
BARACHOIS – Les toiles de John Michaud seront
dans leur élément cet été à la galerie du Café des couleurs, à Barachois. « Le barachois m’impressionne par
sa lumière, ses changements de couleurs. J’en peins
deux ou trois par an, parce que j’ai du mal à m’en
détacher », dit l’artiste originaire de Chandler, qui
vit maintenant à Québec. Les œuvres de Jeannette
Myles, aussi native de Chandler, côtoieront celles
de M. Michaud sur les murs du café. Des toiles de
Michaud seront également exposées à la Vieille usine
de L’Anse-à-Beaufils, jusqu’en septembre dans les
deux cas. (Geneviève Gélinas)
Photo : Gracieuseté John Michaud
Haute-Gaspésie
John Michaud utilise les formes des fous de Bassan
qui plongent et des voiles de navires, dans un
mélange de figuratif et d’abstraction.
La toute nouvelle édition du Circuit des arts de
la Gaspésie vous propose un parcours de plus de
40 galeries d’art et de boutiques de créations, dont
17 nouveaux artistes et artisans. Offrez-vous une
balade de découvertes artistiques pour votre plus
grand plaisir et celui des créateurs passionnés qui
vous invitent à entrer dans leur univers.
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Jean‑Pierre GaGnOn
aGate et CaillOu
les raCkmOdeuses
marGOt mérette
Julie FraPPier
12-06-14 14:53
08
Graffici
été 2012
éditorial
Gilles Gagné | [email protected]
Il y a des limites aux annonces !
I
l faut toutefois reconnaître que le Parti
libéral de Jean Charest fait de grands
efforts pour battre des records cet été. La
pluie d’annonces lancée en juin et s’étant
étendue à tout le mois de juillet est à ce point
dense et artificielle qu’elle n’a fait souvent
qu’augmenter le cynisme de l’électorat,
un phénomène qui pourrait paradoxalement aider les libéraux qui enregistrent de
meilleurs résultats quand le taux de participation est bas, à moins que les électeurs
décident de réagir en votant nombreux.
La presse et des citoyens du sud de la
Gaspésie ont ainsi assisté à des coupes
de rubans d’édifices à logements ouverts
depuis plus d’un an, comme à Caplan le
17 juillet, ou à l’annonce de la répartition
d’une enveloppe destinée à la lutte contre
la pauvreté, le 12 juillet, huit mois après
l’annonce officielle, réalisée à Sainte-Annedes-Monts, en novembre 2011.
Certaines des annonces sont tellement
vides de sens que l’entourage du député
de Bonaventure, Damien Arsenault, a évité
qu’une période de questions soit tenue
devant public, lors de coupures de rubans
d’édifices à logements, le 17 juillet à SaintAlphonse et à Caplan.
Ces annonces regroupent des gens qui
semblent avoir été forcés d’y participer,
manifestement à la dernière minute parfois.
L’atmosphère régnant dans la pièce est
souvent empreinte d’une forte impression
de : « Mais que fait-on ici ? ».
Il y a bien sûr eu des annonces utiles,
qu’on pense à l’aménagement d’une unité
d’hémodialyse à l’hôpital de Chandler le 12
juillet ou à la modernisation de l’usine d’Unipêche M.D.M. à Paspébiac sept jours plus tard.
Toutefois, la pertinence de toutes les
autres est à ce point douteuse qu’il est permis
de se demander si l’État québécois n’a pas
retardé le déblocage de projets strictement
à des fins électorales. Le public combattrait
alors le cynisme par le cynisme.
Le bilan du gouvernement de Jean
Charest est-il à ce point suspect que les
éminences grises du Parti libéral aient besoin
de tenir des annonces qui n’en sont pas ?
Sur le plan gaspésien, le bilan du dernier
mandat libéral est acceptable en matière
d’énergie éolienne, l’une des locomotives
de l’économie régionale maintenant. Jean
Charest a maintenu les normes de contenu
gaspésien dans les parcs éoliens québécois,
et l’appel d’offres de 2008 a gardé la maind’œuvre gaspésienne passablement occupée.
Il reste toutefois à convaincre ce gouvernement qu’il est nécessaire de mettre en place
des mesures qui garantiront une meilleure
acceptabilité sociale des parcs éoliens et
des incitatifs qui augmenteront la participation des citoyens dans le montage financier
des projets. Cette dernière caractéristique
pourrait d’ailleurs alléger passablement le
processus d’acceptabilité sociale. Le modèle
d’émergence des parcs éoliens communautaires a été trop timide jusqu’à maintenant et
il confirme la mainmise du grand capital sur
ce secteur énergétique.
Le bilan du gouvernement Charest est
beaucoup moins reluisant en matière de
foresterie. L’État a donné un traitement privilégié à l’usine Temrex de Nouvelle lors du
Cet espace vous appartient.
à [email protected]
N’en déplaise aux prestataires, l’assurance-emploi est et a
toujours été une aide financière temporaire aux chômeurs,
pendant qu’ ils cherchent un nouvel emploi ou perfectionnent leurs compétences pour s’adapter au marché du travail.
Bien qu’adoptée sous un mode opératoire abusif, la nouvelle
réforme redonnera aux prestations leur véritable vocation.
Depuis toujours, les Gaspésiens contraignent les autres
régions à être complaisantes à leur égard. On ressasse que
cette réforme ne tient pas compte du fait que la Gaspésie ne
à New Richmond :
200B, boul. Perron Ouest,
New Richmond (Québec) G0C 2B0
Tél. : 418 392-7440
Téléc. : 418 392-7445
à Gaspé :
37, rue Chrétien, local Z 29
Gaspé (Québec) G4X 1E1
Tél. : 418 368-7575
www.graffici.ca
Le 17 juillet, le député de Bonaventure Damien Arsenault a inauguré un édifice à logements
à Caplan alors qu'il est occupé depuis déjà plus de 13 mois. Des citoyens
se demandent si toutes ces annonces faites aux frais des contribuables sont justifiées.
projet de modernisation de 20 millions de
dollars annoncé en septembre 2010, alors que
d’autres usines ont subi des passages à vide. Le
ministre des Ressources naturelles, Clément
Gignac, a de plus commis une bourde ce
printemps en sabrant dans les programmes
d’aménagement forestier, bourde corrigée in
extremis. Il a toutefois causé des inquiétudes
pour l’avenir. De plus, le programme national
d’aide à l’industrie, annoncé le 16 juillet, sent
l’électoralisme à plein nez. L’industrie est en
crise depuis sept ans.
En tourisme, dans les pêches et en développement économique, le gouvernement
Expédiez vos textes d’opinion (300 mots max.)
« La meilleure façon de tuer un homme,
c’est de le payer à ne rien faire »
Pour nous joindre
Photo : Gilles Gagné
Chaque précampagne électorale comporte son lot d’annonces factices, recyclées ou réelles de la part du
parti politique au pouvoir. Le gouvernement fédéral l’a fait sans réserve avant l’élection du 2 mai 2011. Le
Parti québécois l’avait fait au début de 2003 avant le déclenchement du scrutin d’avril de la même année.
sortant passe, mais il manque de vision.
À l’aube de la campagne électorale, les
défis ne manquent pas pour les trois autres
partis en Gaspésie. Le Parti québécois doit
surtout faire valoir ses solutions plutôt que
critiquer systématiquement le régime en
place. La Coalition Avenir Québec doit
prouver qu’elle a une réelle politique de
développement régional, ce qu’elle n’a pas
fait jusqu’à maintenant. Québec solidaire
doit enfin convaincre l’électorat de ne pas
voter stratégiquement simplement pour
évincer les libéraux.
Les propos communiqués ici n’engagent que leur auteur. GRAFFICI
se réserve le droit de publier en entier ou en partie les textes reçus.
vit principalement que de ressources saisonnières comme le
tourisme, la pêche ou la forêt. Les autres régions du Québec
doivent composer sans la mer et dans bien des cas sans le
tourisme ou la forêt pour se développer. Néanmoins, ils font
meilleure figure sur le plan économique. À constamment
répéter qu’on ne sait faire autre chose, on en arrive à ne rien
vouloir faire d’autre.
Si l’économie gaspésienne est agonisante, c’est en partie
parce que le régime actuel ne valorise pas la création de
richesse, le développement économique et la formation professionnelle. Rien ne sert de promouvoir l’entrepreneuriat si
la voie la plus lucrative pour les gens demeure l’inaction. Au
pied du mur, les chômeurs seront contraints de s’adapter au
marché du travail, car ils y verront finalement une avenue
plus rémunératrice que la léthargie habituelle.
Partout, les gens font leurs choix professionnels en tenant
compte des emplois disponibles, de leur rentabilité et de leur
constance. Il en revient aux Gaspésiens d’en faire autant. Les
gouvernements ne doivent pas être tenus de compenser
ad vitam aeternam le chômeur qui refuse de s’adapter. Bien
plus qu’une façon de restreindre les dépenses publiques, je
vois d’abord dans cette réforme une façon d’astreindre la
Gaspésie à se prendre en main. Marc Poirier
L’équipe de Graffici
DIRECTEUR Benoit Trépanier, [email protected] RÉDACTeur EN CHEF Nelson Sergerie, [email protected] ASSISTANTE À LA RÉDACTION Geneviève Gélinas, [email protected]
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Pascal Alain, Michel Lambert, [email protected] COLLABORATION À LA RÉDACTION Gilles Gagné, Sophie I. Gagnon, Johanne Fournier, Antoine Rivard-Déziel, Gabrièle Briggs, Isabelle Larose COLLABORATION AU
CONTENU VISUEL Gilles Gagné, Sophie I. Gagnon, Johanne Fournier, Antoine Rivard-Déziel, Gabrièle Briggs, Isabelle Larose RECETTE Mathilde Cotton BÉDÉISTE Marie-Eve Tessier-Collin (Orbie)
MOTS CROISÉS Jacqueline Frenette-Roy COMPTABLE Mic Dufour RÉVISION Geneviève Gélinas CORRECTION Sous la supervision de Gauthier Communications : Claudette Leblanc, Micheline Levesque,
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Impression Les Presses du Fleuve, Montmagny DISTRIBUTION Postes Canada
Dépôt légal - Bibliothèque nationale du Québec, 2003
CTA
irage
ertifié
MECQ
été 2012 Graffici
LIBRE ARBITRE
Thierry Haroun
[email protected]
Cimenterie –
D’autres révélations
L
e mois dernier, le Libre arbitre s’était engagé à révéler des informations et des
documents pour, entre autres, mettre en contexte le discours que tient sur la
place publique le promoteur de la cimenterie à Port-Daniel. Chose promise,
chose due. Nous parlerons aussi d’élections, bien sûr.
Dans Graffici.ca, le rédacteur en chef, Antoine Rivard-Déziel, a récemment
produit des reportages sur le projet de cimenterie qui sont dignes de mention, notamment en ce qui a trait aux déclarations du porte-parole du promoteur, Gisement
McInnis, Denis Boucher. C’est-à-dire ? « Nos choix technologiques ne sont pas encore
arrêtés. Par contre, nous sommes en discussion avec plusieurs équipementiers afin
d’obtenir les meilleures performances sur le plan de l’environnement », a déclaré M.
Boucher. Ce qui n’est pas dit dans l’entrevue, c’est que parmi les équipementiers, il y a
des Chinois. Saviez-vous qu’en février 2010, des équipementiers sont partis de Hong
Kong en jet privé et ont atterri à Toronto pour ensuite se rendre jusqu’à Port-Daniel? Il
y avait un traducteur anglais avec eux.
Plus loin dans l’entrevue, M. Boucher note que pour chauffer le four, des «pneus»
sont envisagés. C’est vrai. Dans un document produit par le ministère de l’Environnement, daté du 7 février 1996, il est question d’odeurs provenant de la combustion de
pneus. Toujours dans cette entrevue, mon collègue journaliste pose la question suivante :
si votre projet est à ce point novateur sur le plan environnemental, pourquoi ne pas en
faire la démonstration publique en organisant des rencontres avec la population? « Je
comprends très bien le désir des citoyens de mieux comprendre, d’avoir plus d’information. Mais la rencontre publique est un mode de communication dépassé qui ne permet
pas d’atteindre les résultats que les gens souhaitent obtenir », répondait le porte-parole.
Or, quelques jours plus tard, la Conférence régionale des élus (CRÉ) a pris une position franchement intéressante. Elle appuie le projet en demandant, et tenez-vous bien,
au promoteur de tenir des séances d’information publiques parce que les élus n’ont pas
à se substituer au promoteur en ce qui a trait à la diffusion de l’information auprès du
public, laissait entendre le président de la CRÉ, Bertrand Berger. Très sage. En d’autres
mots, la CRÉ renvoie la balle au promoteur et ce qu’on entend entre les lignes, c’est
quelque chose comme : « Arrangez-vous pour expliquer votre projet vous-mêmes parce
que la CRÉ ne portera pas l’odieux d’un malentendu éventuel avec le public ».
Réflexion faite, le promoteur a, au cours des derniers mois, entamé une démarche
auprès des instances régionales (municipalités, préfectures, etc.) afin d’obtenir leur
appui au projet. Ce qu’ils ont réussi. Une démarche planifiée de longue date et qui
n’est pas désintéressée puisqu’on est maintenant à même de nous demander si cette
caution publique n’est pas en train de servir de prétexte au promoteur pour ne pas
se lancer dans des séances d’information ? En clair, on a l’appui des élus, qui eux,
représentent des milliers de personnes. Remarquez, c’est leur plein droit. Gardons
toutefois en mémoire que ce projet s’échelonnera sur 100 ans et que notre génération
est redevable devant l’Histoire si jamais ce projet connaissait des pépins en cours de
route. En cela, allons-nous nous mordre les doigts de ne pas avoir soumis ce projet à
l’examen d’un bureau d’audiences publiques sur l’environnement? Nous ne serons
probablement plus là, mais nos enfants nous jugeront. Souhaitons que tout aille bien.
Le Libre arbitre divulguera d’autres documents-clés éventuellement.
***
Au moment d’écrire ces lignes, tout indique que nous irons aux urnes en septembre.
Les enjeux électoraux dans la région tourneront autour du secteur forestier (Atlantic
Fiber à Chandler qui est dans les limbes), le sous-financement des groupes communautaires, les banques alimentaires qui crient famine, les maisons d’hébergement qui
ferment leurs portes temporairement faute d’argent, les fermetures d’écoles (celle du
village de Percé est passée au couperet) et le Plan Nord qui sollicite la main-d’œuvre
gaspésienne. Les libéraux de la région devront évidemment défendre leur bilan. La
nouvelle carte électorale jouera-t-elle contre les libéraux ? Ainsi, dans Gaspé, il faudra
voir si la Haute-Gaspésie, qui vote péquiste normalement, fera perdre les élections
au député libéral, Georges Mamelonet. Dans Bonaventure, si Chandler vote majoritairement pour le PQ (ce qui est déjà arrivé par le passé), ce bastion libéral pourrait aussi faire chuter le libéral Damien Arsenault. Dans Matane-Matapédia, il sera
difficile de déloger le péquiste Pascal Bérubé et aux Îles, on a tendance à changer de
parti politique à tous vents. La candidate péquiste, Jeannine Richard, pourrait ravir la
circonscription. Elle avait perdu par seulement 316 voix en 2008 aux mains du libéral,
Germain Chevarie. N’oublions pas que Bonaventure, Gaspé, Matapédia et Matane
étaient toutes péquistes entre 1994 et 1998. Bonne campagne.
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Graffici
été 2012
Commerce
Gabrièle Briggs | [email protected]
L’Asie pour emporter
GASPÉ - Il est midi et les gens attendent sagement au comptoir qu’on leur remette leurs pad thaï, rouleau de printemps, ou
poulet général Tao dans de petites boîtes en carton blanches. Nous ne sommes pas dans le quartier chinois de Montréal,
mais bien à l’arrière de la boutique Inspire, au 107, rue de la Reine, à Gaspé.
L
e comptoir de plats pour emporter
Gaspasia a ouvert ses portes le 21
juin dernier, au grand bonheur des
amateurs de cuisine asiatique. Le projet a
germé dans la tête de Sachi Hattori, arrivée
à Gaspé à l’hiver 2011 pour rejoindre son
mari qui complétait une formation de
guide d’aventure au Cégep de la Gaspésie
et des Îles. Celle dont le prénom signifie
« bonheur » en japonais s’est associée au
chef André Lagacé pour proposer une
cuisine asiatique accessible, mettant en
vedette des produits gaspésiens.
« Quand je suis arrivée à Gaspé, j’ai adoré :
les super paysages, les gens gentils. Je me suis
dit : “Il manque quelque chose ici… la nourriture asiatique ! ” », s’esclaffe la jeune femme,
en extrayant la chair d’un homard servant à la
confection des sushis. Alors qu’elle travaillait
comme cuisinière pour la Traversée de la
Gaspésie, elle a rencontré André Lagacé, qui
avait lui aussi l’idée de démarrer un projet
mettant en vedette les saveurs de l’Orient.
Dans sa cuisine où règnent la coriandre,
la menthe et le gingembre, il explique :
« Lorsque je donne des cours privés, les
gens me demandent beaucoup d’enseigner
la cuisine asiatique. Il y a une demande.
Les gens voyagent et reviennent ici avec de
nouveaux besoins, de nouvelles connaissances. Le timing était bon ».
Gaspasia propose chaque jour des
nouveaux plats inspirés des traditions du
Japon, de la Thaïlande, de la Chine et du
Vietnam. Certains mets, plus connus, reviennent régulièrement : sushis, pad thaï, poulet
général Tao. Mais André Lagacé ne compte
pas en rester là. Il souhaite éduquer les
Gaspésiens à cette culture culinaire, à mille
lieues de la cuisine nord-américaine. « Éventuellement, plus les gens vont nous faire
confiance, plus on ira du côté de Sachi, avec
une cuisine japonaise traditionnelle. »
Et la clientèle semble au rendez-vous,
à en juger par la foule qui se masse le
midi devant les salades de calmar et les
gyôzas (raviolis japonais) d’André et Sachi.
L’affluence dépasse les attentes. Le mari
de Sachi, Camille Logeay, venu aider aux
cuisines, sourit : « Les gens sont hyper
heureux. On reçoit plein de réponses positives. Ça fait longtemps qu’ils attendent ça ».
Photo : Gabrièle Briggs
Sachi Hattori et André
Lagacé comptent bien donner
l’occasion aux Gaspésiens de
pratiquer l’art de manipuler
les baguettes.
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loisirs
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Isabelle Larose | [email protected]
Les petits bateaux de M. Thibodeau
CASCAPÉDIA–SAINT-JULES - De la minutie, de la patience et de l’ingéniosité, Jean-Louis Thibodeau en a à revendre! Menuisier de métier et
maniaque de pêche, celui qui se décrit comme un « gosseux professionnel »
allie depuis 15 ans ses deux passions pour concevoir des répliques miniatures de canots de pêche. Portrait d’un perfectionniste passionné.
Un travail de moine
« C’est comme faire un violon,
explique Jean-Louis Thibodeau. Il faut
que tu lui donnes la forme et ensuite
que tu lui laisses du temps pour sécher
parce que le bois a été mouillé. Ça se fait
étape par étape. » Aujourd’hui, concevoir un modèle lui prend 80 heures,
idéalement étalées sur deux mois.
Avec du bois de cèdre soigneusement choisi pour sa souplesse,
M. Thibodeau scie des dizaines de
lattes d’à peine un millimètre de
largeur pour former la structure du
canot. Ensuite, c’est la création des
64 côtes du bateau : 264 coups de banc
de scie et plusieurs heures de sablage
sont nécessaires pour les obtenir. Ces
morceaux de bois sont ensuite courbés
à la vapeur et apposés délicatement à
l’intérieur de la structure. Puis, vient le
sablage, l’application des travers, d’une
toile de fibre de verre et de peinture.
L’artisan va même jusqu’à couler du
plomb pour réaliser une petite ancre.
« Ce n’est vraiment pas rentable,
je mets beaucoup trop de temps, trop
d’amour à faire cela. Un coup qu’il
est fait, je suis fier et ça me valorise »,
explique le passionné. Preuve
qu’il n’est pas un artisan comme
les autres, Jean-Louis Thibodeau a
un atelier garni d’instruments de
dentiste, de podiatre et de bijoutier… sans oublier quelques limes
à ongles pour la finition.
Quatre doigts en moins
« Quand on veut, on peut ! »,
soutient celui qui a perdu deux
doigts et l’usage partiel de deux
autres dans un accident de travail
survenu il y a 30 ans. Friand
de nouveaux défis, l’artisan se
lancera bientôt dans la confection d’un nouveau type de canot.
Pour l’instant, les curieux peuvent
aller zieuter ses bateaux, offerts
au magasin Sexton & Sexton de
Cascapédia-Saint-Jules.
Photo : Isabelle Larose
I
mpossible de ne pas s’émerveiller
devant les deux bateaux miniatures qui trônent sur la table de
l’atelier de Jean-Louis Thibodeau. Des
bancs jusqu’à la peinture, la réplique
est parfaite. Seule différence : ce qui
mesure 30 centimètres sur un véritable
canot équivaut à deux centimètres sur
ses réalisations. C’est pour financer ses
parties de pêche que le menuisier s’est
lancé dans la construction de canots
dans ses temps libres. Puis, un ami lui
a lancé le défi d’en créer un miniature.
Cent vingt heures de travail plus tard,
le défi était relevé. Depuis, 24 petits
canots ont vu le jour.
Après 80 heures de travail, Jean-Louis Thibodeau effectue
la finition de son canot.
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Graffici
été 2012
été 2012 Graffici
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DOSSIER
Hébergement illégal
Chalets à louer : un essor fulgurant
De plus en plus de Gaspésiens louent leur maison à la semaine à des touristes. Des dizaines le font
dans l’illégalité, souvent sans même s’en douter. GRAFFICI a tenté de cerner le phénomène.
GENEVIÈVE GÉLINAs | [email protected]
attendant, elle la loue aux touristes.
« Je n’aurais pas les moyens de payer
deux maisons », dit-elle.
Est-ce légal? lui demande GRAFFICI. Mme Michel répond qu’elle ne
s’est pas encore informée. « Je loue
juste deux semaines par-ci, deux
semaines par-là. Je veux voir si ça
marche. Mais c’est dans mes projets
de m’informer parce qu’à un moment
donné, je peux me faire taper sur les
doigts. »
Le Règlement sur les établissements d’hébergement touristique
précise qui doit obtenir un permis :
« Tout établissement exploité par une
personne qui offre en location à des
touristes, contre rémunération, au
moins une unité d’hébergement pour
une période n’excédant pas 31 jours.
En sont exclues les unités d’hébergement offertes sur une base occasionnelle. »
« Occasionnel », voilà un terme qui
porte à interprétation. « On ne veut
surtout pas empêcher «mononcle»
Alphonse de louer son chalet à sa
cousine, une semaine dans l’année »,
lance Suzanne Asselin, directrice à
l’accueil et à l’hébergement touristique au ministère du Tourisme.
«Mononcle» Alphonse devra
toutefois demander un permis s’il loue
son chalet sur une base « commerciale, répétitive et annoncée », décrit
Mme Asselin. Bref, les maisons
offertes sur le web pour plusieurs
centaines de dollars par semaine sont
clairement dans l’illégalité.
Dans bien des cas, les établissements non-classés « contournent
toutes les règles », remarque Mme
Asselin, et pas que celles du ministère
du Tourisme, en omettant de déclarer
leurs revenus et de payer les différentes taxes.
Deux inspecteurs pour tout
le Québec
Photo : Julie Delisle
T
ous les ans, en juin, Rachel
Thibault déménage ses affaires
personnelles. Elle ne va pas très
loin : elle passe l’été dans son atelier d’artiste, à quelques dizaines de mètres de sa
maison du chemin Thivierge, à Bonaventure. Celle-ci devient le refuge de
touristes pendant huit ou neuf semaines
par année.
Mme Thibault a commencé ce
commerce pour deux raisons : le revenu
d’appoint empoché et le plaisir de rencontrer des gens. Huit ans plus tard, l’artiste
constate que « faire le ménage chaque
semaine, et déménager deux fois par
année, c’est lourd. Mais ça m’aide beaucoup financièrement. Ça me permet d’entretenir la maison, de payer les taxes. »
Selon Mme Thibault, l’essor des résidences de tourisme comme la sienne est
« fulgurant ». « À Bonaventure, quand j’ai
commencé, on était trois. Aujourd’hui, on
n’est pas loin de dix. Et on parle seulement des enregistrés. »
Les « enregistrés », ce sont les résidences de tourisme certifiées par la
Corporation de l’industrie touristique
du Québec (CITQ). Pour le compte du
ministère du Tourisme, cet organisme
classe les établissements avec un système
d’étoiles et attribue les panneaux en
forme d’écusson.
En Gaspésie, la majorité des résidences de tourisme ne possède pas cette
attestation de la CITQ, démontre un
décompte effectué par GRAFFICI. Sur
le site www.chaletsalouer.ca, 78 des 130
maisons proposées (60 %) dans la région
ne sont pas classées. Sur un autre site,
www.chaletsauquebec.com, 98 des 143
chalets (69 %) sont loués dans l’illégalité.
Pas par des bandits de grand chemin.
Mais par des gens comme Gilda Michel,
une Gaspésienne d’origine qui caresse
un rêve de retraite. Dans dix ans, cette
enseignante dans les Laurentides a l’intention d’habiter sa maison construite en
2010, au bord de l’eau à Hope Town. En
Depuis huit ans, Rachel Thibault loue sa maison de Bonaventure avec une attestation, en toute légalité.
Elle remarque un essor « fulgurant » de l’offre en résidences de tourisme, classées ou pas.
Les « officiels »
hésitent à dénoncer
Comment devenir légal
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Graffici
été 2012 Graffici
Hébergement illégal
geneviève gélinas | [email protected]
Deux inspecteurs
pour tout le Québec
Les « officiels »
hésitent à dénoncer
Le ministère du Tourisme emploie deux inspecteurs pour surveiller la conformité de l’hébergement dans l’ensemble de la province. C’est bien
assez, juge le ministère. C’est nettement insuffisant, selon l’industrie touristique, surtout vu le
niveau d’ignorance de la loi
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« Internet ouvre toutes sortes de canaux [pour offrir de l’hébergement illégal]. Je serais
menteuse de vous dire qu’on peut gérer toutes les situations », concède Suzanne Asselin,
du ministère du Tourisme.
750 $ à
2 250 $
amendes prévues par la loi en cas
d’hébergement illégal
0
constats d’infraction émis depuis 2000
53
actes de dépistage en Gaspésie dans
la dernière année
Quelle paperasse ?
Assurance :
Formulaire d’ouverture de dossier : La
Corporation de l’industrie touristique du
Québec (CITQ) y demande grosso modo
les coordonnées de l’exploitant
et de l’établissement.
Il faut acheter une assurance
responsabilité civile qui couvrira
jusqu’à 2 millions de dollars en
cas de pépin.
Certificat de la municipalité :
Preuve de propriété :
Ce document confirme qu’on a bel et
bien le droit d’exploiter une résidence de
tourisme chez nous.
Elle atteste qu’on possède bel
et bien l’établissement à louer,
ou encore que son propriétaire
est averti et d’accord.
Photo : Geneviève Gélinas
D’avril 2011 au 18 juin 2012, le ministère du Tourisme a posé 53 « actes de dépistage » en Gaspésie. De ce nombre, trois
détenaient déjà une attestation, 32 ont
reçu un premier avis, et 10 sont à l’étape du
second. Aucun exploitant n’a reçu de mise
en demeure, encore moins de constat d’infraction. « Ça fait un bout de temps qu’on
n’en a pas émis », admet Mme Asselin.
En fait, personne au Québec n’a reçu
d’amende pour hébergement illégal
depuis 2000, a appris le député péquiste de
Matane, Pascal Bérubé, lors d’un échange
avec la ministre du Tourisme, Nicole
Ménard, en avril à l’Assemblée nationale.
« Il y a de l’impunité, estime le député. S’il
n’y a jamais de condamnation, on n’envoie
pas le signal qu’on veut y mettre fin. »
La directrice générale de l’Association
touristique régionale de la Gaspésie, Joëlle
Ross, a l’impression que l’hébergement
illégal, « ce n’est pas surveillé “pantoute” ».
La solution passe par davantage d’inspecteurs, juge-t-elle. « Le gouvernement
serait bien mieux de s’attaquer à ça qu’aux
cantines qui vendent des frites à 1 $ et
qui sont maintenant obligées de faire des
factures ! », lance Mme Ross.
Suzanne
Asselin
promet
une
campagne publicitaire au cours de la
prochaine année. Elle informera les exploitants comme François Ménard – et surtout
leurs clients ! – de l’obligation et des avantages de détenir une attestation et de loger
dans les établissements classés.
La plupart des hôteliers voient d’un mauvais œil la prolifération de l’hébergement illégal. De là à dénoncer leurs voisins,
il y a un grand pas…
Photo : Geneviève Gélinas
F
rançois Ménard loue une maison
à L’Anse-au-Griffon. Il déclare à
l’impôt, détient les assurances nécessaires, et estime faire les choses « de la
bonne manière ». Une attestation ? C’est
GRAFFICI qui lui apprend qu’elle est
obligatoire. En sept ans, il n’a eu « aucun
contact » avec des inspecteurs du ministère
du Tourisme, dit-il. Pourtant, il s’affiche sur
un site web de chalets à louer, et même
dans le guide touristique officiel de Gaspé.
Deux inspecteurs, est-ce suffisant ?
« C’est assez, juge Suzanne Asselin, du ministère du Tourisme, parce que 95 % du travail
se fait par courriel, courrier et téléphone. »
Les inspecteurs ne se déplacent qu’à l’étape
cruciale du constat d’infraction, explique-telle. « Et j’ai augmenté leur budget de déplacement », avertit Mme Asselin.
L’hôte délinquant recevra un premier
avis, suivi d’un second, puis d’une mise
en demeure. S’il ne se conforme pas, un
inspecteur le visitera, histoire de le prendre
sur le fait. Il lui donnera un constat d’infraction, puis son dossier sera transmis au
Bureau des affaires pénales. Les amendes
varient entre 750 $ et 2 250 $.
Pourquoi toutes ces étapes avant de
sévir? Le ministère souhaite avant tout
que les exploitants se conforment, plutôt
que de distribuer les amendes, explique
Mme Asselin. « Les résidences de tourisme
répondent à un besoin. En haute saison,
notre offre d’hébergement (classé) n’est
pas complète. On est plus gagnants à
informer et à sensibiliser. »
15
Bobby Cotton (avec son fils Lubo), propriétaire des Chalets du bout du
monde, à Gaspé, jette un œil tolérant sur l’hébergement illégal. Il estime
que de toute façon, son entreprise ne joue pas dans les mêmes ligues.
Combien ç
Pas si simple. Dans les milieux tricotés serrés de
armen Vallée, du Domaine Tourelle sur
mer, loue des chalets au bord de l’eau la Gaspésie, il existe une gêne à dénoncer. Certains
dans le village du même nom. « Pendant hôteliers ont critiqué vertement les chalets au noir
la première semaine de juillet, on a eu six nuits où auprès de GRAFFICI, mais ont refusé de voir leur
il nous restait des chalets libres alors que d’habi- nom cité, sous prétexte que « ça va leur nuire » ou
tude, c’est plein. » L’hébergement illégal est sans qu’on leur a déjà dit « de se mêler de leurs affaires ».
« Parfois, je suis au courant que des gens louent
doute en partie en cause, croit Mme Vallée. « Il
s’est ajouté beaucoup d’illégaux depuis deux ans, leur maison [au noir], mais en même temps, ils m’envoient des membres de
surtout à Sainte-Anneleur famille », résume
des-Monts. »
« Je pense bien que si tout Jean-Pierre Bourdages,
Les chalets au noir
propriétaire des Résifont surtout mal en
le monde déclarait,
dences Vents et Marées
basse et en moyenne
saison, juge Jacqueline
j’aurais le double de taxe à Bonaventure. M. Bourdages préfère miser sur
Francoeur, des Chalets
à l’hébergement. »
ses atouts. « J’ai une
de l’Anse Sainte-Hélène,
clientèle établie, qui
à Maria. « Honnêtement,
l’été, ça ne nous affecte – Joëlle Ross, directrice générale préfère avoir les étoiles
plutôt qu’aller à l’avenpas. On a un bon achade l’Association touristique
ture. » Il rappelle que
landage. Mais on est
bien des chalets au noir
ouverts 12 mois par an,
régionale de la Gaspésie.
n’ont pas d’assurance
et ça nous nuit certaineresponsabilité civile, qui garantit que le touriste tout
ment le reste de l’année. »
Les établissements non classés ne font pas comme l’hôte seront protégés en cas de problème.
D’autres « officiels » jettent un œil tolérant sur
payer à leurs clients la taxe sur l’hébergement de
3 %, qui sert à la promotion et au développement l’hébergement illégal. Bobby Cotton, propriétaire
touristique de la Gaspésie. C’est surtout ce qui des sept Chalets du bout du monde à Haldimand, à
dérange Mme Francoeur : « Ils en profitent, mais ils Gaspé, juge qu’il ne joue pas dans les mêmes ligues
que les particuliers non-classés. « Je ne pourrais pas
ne contribuent pas à l’essor de la région. »
« Je pense bien que si tout le monde déclarait, te dire que ça ne me nuit pas, mais mes chalets sont
j’aurais le double de taxe à l’hébergement », estime pleins jusqu’à la fin de l’été. Et je me demande c’est
la directrice générale de l’Association touristique quoi, la plus-value d’être légal, à part pour le contrôle
régionale de la Gaspésie, Joëlle Ross. Les recettes de la qualité. »
Pendant plusieurs années, M. Cotton a loué sa
passeraient ainsi de près d’un million de dollars par
an à deux millions. « Moi, je ne suis pas la police, mais propre maison à des touristes sans détenir d’attessi mes membres savent qu’il y a de l’hébergement au tation. C’est cette expérience qui lui a donné le goût
d’investir 700 000 $ dans des chalets classés. « J’avais
noir, ils doivent porter plainte », croit Mme Ross.
l’impression que si j’avais eu dix maisons, je les
aurais toutes louées », dit-il.
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16
Graffici
été 2012
été 2012 Graffici
RECETTE
Michel lambert
Les Mathilderies
Chef et historien
de la cuisine familiale
du québec
Flétan aux amandes
Mathilde vous propose un plat cuisiné traditionnellement par sa fille
Monique. Cette recette allie bien le goût de noisette du flétan et
les amandes. Elle ne vous prendra que quelques minutes à réaliser.
Préparation
Photo : Jacques Gratton
• Dans une poêle chaude, faire fondre une noisette de beurre et griller
les amandes jusqu’à ce qu’elles soient dorées. Réserver.
• Dans une poêle, faire chauffer le beurre et l’huile à feu moyen. Faire cuire le
flétan pendant trois minutes de chaque côté.
• Augmenter à feu élevé. Ajouter le vin blanc et laisser frémir deux minutes.
• Parsemer le poisson d’amandes grillées.
INGRÉDIENTS (6 portions)
• Servir avec un riz à l’estragon et des légumes de saison.
3 livres de filet de flétan
1 c. à table d’huile d’olive
3 c. à table de beurre
½ t d’amandes effilées
¼ t de vin blanc sec
Sel et poivre au goût
Pour plus
de recettes
et pour faire
l'achat en ligne du
livre des Mathilderies, allez sur
GRAFFICI.CA. Vous y trouverez
aussi les points de distribution !
17
Le flétan est cuit lorsque la chair se défait à la fourchette
Attention de ne pas trop le cuire.
- Mathilde
D’aussi loin que
l’Afghanistan
La recette présentée ici est une
interprétation libre du classique
filet de sole amandine. Ce
sont les chefs français de la
télévision qui nous ont appris
à cuisiner le poisson avec des
amandes, mais la recette n’est
pas vraiment française. Elle a
été empruntée aux Espagnols
qui cuisinent presque toujours
leurs poissons et leurs volailles
avec des amandes. Et ces
derniers ont appris à cuisiner
les amandes des Arabes qui ont
islamisé le sud de l’Espagne,
au 7e siècle. L’amande est
originaire d’Afghanistan, en Asie
centrale. Les marchands arabes
l’auraient rapportée chez eux
en même temps qu’ils faisaient
le commerce des épices et
de la soie avec la Chine. Mais
l’amande était déjà connue des
Égyptiens et des Grecs qui
étaient aussi allés la chercher en
Afghanistan auparavant.
DIVERTISSEMENT
1
MOTS CROISÉS GASPÉSIENS
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1
HORIZONTALEMENT
1. Grand poisson comestible Balle de service que l’adversaire
ne parvient pas à toucher.
2. Celle des Petits Méchins en
est une - Éloignement dans
l’espace et le temps pour juger
d’un événement.
3. Cellules capables de recevoir,
d’analyser et de produire des
informations - Postal ou des
déchets.
4. Légères ondulations à la
surface de l’eau - Bramer en
parlant du cerf.
5. Que je sois tenu de - Épuisé.
6. Comme celle de Damoclès Astuce.
7. Par personne - Donner du goût
au gigot.
2
8. Sommet des Hautes
Pyrénées, au sud de la vallée
d’Aure - Symbole de électronvolt
- Frotté avec une substance
grasse.
9. Langage de programmation
informatique - Enseigne une
nouvelle technique.
10. Le radius et le cubitus en
sont - Application portée à
quelque chose - Abréviation
d’un terme servant à indiquer le
manuel à consulter.
11. Peut être de conduite ou
d’éthique - Époux de Fatima et
gendre de Mahomet.
12. Bon divertissement - Dans le
temps présent.
Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide. Chaque
ligne, chaque colonne et chaque boîte 3 x 3 délimitée par
un trait plus épais doivent contenir tous les chiffres de
1 à 9. Chaque chiffre apparaît donc une seule fois dans
une ligne, dans une colonne et dans une boîte 3 x 3.
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12
VERTICALEMENT
1. Village paisible situé entre Chandler et
Grande-Rivière.
2. Mammifère domestique plus petit que le
cheval, dont la tête très puissante est munie
de longues oreilles - Carmen et Le barbier de
Séville en sont.
3. Personnes qui prêtent de l’argent à des taux
excessifs - Marque la proximité dans l’espace
ou le temps.
SUDOKU
4. Peut être celle d’un navire ou d’un avion sous
l’effet des vagues ou du vent - Morceau de bois
brûlé en partie et encore en combustion.
5. Poème mis en musique - Désigne le sud Peut être postal ou génétique.
6. Enjolive - Abréviation de « c’est-à-dire ».
7. Tu (...) gentil - Dépression profonde d’un
terrain formée par le passage d’un torrent.
8. Lentille - Pas elle - C’est une langue du sud
de la France.
9. Lame d’acier utilisée dans le travail du bois.
10. De naissance et de présence - Baguette de
bois servant d’appui à une tablette.
11. D’amaigrissement ou thermale - Sent une
bonne odeur.
12. Choisir un candidat en temps d’élection Celle du Nord ou du Sud - Pronom personnel
masculin.
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Niveau de difficulté : INTERMÉDIAIRE
LA SOLUTION DES JEUX :
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Sud
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été 2012
Graffici
Sudoku
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Placez un chiffre de 1 à 9 dans chaque case vide.
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Chaque ligne, chaque colonne et chaque boîte 3x3
délimitée par un trait plus épais doivent contenir tous
les chiffres de 1 à 9. Chaque chiffre apparaît donc une
3
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seule fois dans une ligne, dans une colonne et dans
LA SOLUTION DES JEUX
une boîte 3x3.
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de la page 17
Solution
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été 2012 Graffici
JEUNESSE
19
Sophie i. Gagnon | [email protected]
GLUANTS, PIQUANTS, ÉPATANTS...
LES MOLLUSQUES!
Photo : Gracieuseté
Dans l’eau ou sur la plage, plusieurs coquillages picotent tes
orteils, mais piquent-ils aussi ta curiosité? GRAFFICI a rencontré
le biologiste Mathieu Lemonde-Landry du centre Exploramer à
Sainte-Anne-des-Monts qui démystifie ce qu’on peut rencontrer
en matière de mollusques gaspésiens.
Graffici : On trouve les
mollusques que dans la
mer ?
Mathieu Lemonde-Landry : On
peut en trouver en eau douce
et d’autres sur terre comme
la moule de lac, l’escargot
terrestre, d’eau douce et la
limace.
G : Quels sont les
différents types de
mollusques et leurs
caractéristiques ?
M. L-L : Les gastéropodes
(estomac sur pied) rampent sur
un large pied ventral souvent
pourvu d'une coquille dorsale
spiralée comme le bourgot et le
bigorneau.
Les bivalves (deux valves) sont des mollusques comportant deux
coquilles reliées par une charnière leur permettant de s’ouvrir et
de se fermer comme les moules, les pétoncles et les myes (clams).
G : Les mollusques servent de nourriture
à quels autres animaux?
M. L-L : Certains mollusques sont des
mangeurs de mollusques eux-mêmes.
C’est le cas pour deux types d’escargots
marins. Plusieurs mollusques sont les
proies de crustacés tels que les crabes et les
homards, qui possèdent de bons outils pour
briser les coquilles! L’étoile de mer est une grande
consommatrice de moules. Les oiseaux marins aussi
comme les macreuses, un canard marin qui pose certains
problèmes aux producteurs de moules de la Gaspésie. Et
pour finir, plusieurs espèces comestibles se retrouvent dans les
étalages des poissonneries pour être mangées par… toi!
MONSTRES MARINS ?
*1E
*1D
*1C
Les polyplacophores
(plusieurs plaques) sont des
mollusques qui broutent et
dont la coquille est composée
de sept ou huit écailles
articulées comme les chitons.
Les céphalopodes (tête sur pied) sont
des mollusques sans coquille comme les
pieuvres et calmars dont le pied est divisé
en tentacules avec des ventouses. La tête
se retrouve au-dessus du pied et possède
un cerveau bien développé.
G : Pourquoi la cueillette est parfois
interdite?
*1F
*1A
*1B
Mathieu Lemonde-Landry
M. L-L : Ça peut provenir de la pollution
de l’eau ou de l’accumulation de certaines
algues toxiques dans le corps des bivalves.
Dans le cas de l’humain, l’intoxication par
des mollusques contaminés peut aller
jusqu’à la mort par paralysie. Il est donc
important de respecter les zones fermées,
car rien ne permet d’identifier à l’œil ou à
l’odeur un mollusque contaminé et la cuisson ne détruit pas les molécules
toxiques des algues. Pour connaître, les secteurs fermés ainsi que les tailles
minimales légales des mollusques pour la récolte, on peut consulter le site
du ministère de Pêches et Océans Canada. http://www.qc.dfo-mpo.gc.ca/
peches-fisheries/recreative-recreational/mollusque-mollusc-fra.asp
Un pétoncle possède plusieurs centaines de
petits yeux bleu/noir situés sur le pourtour de
ses deux coquilles. Il a pratiquement des yeux
tout le tour de la tête.
Comment faire :
1) Découpe des bandes de papier
*1H
Il te faut :
- Un pot en verre;
- Du papier absorbant (essuie-tout);
- De la colle blanche;
- Un pinceau;
- Des ciseaux;
- Une bougie de chauffe-plat;
- Du sable ou des petites pierres;
- Tes trésors cueillis au bord de la mer
(coquillages, verres polis, algues séchées, etc.)
*1K
Plusieurs céphalopodes
possèdent aussi des cellules
sur leur peau leur permettant
de changer rapidement de
couleur pour se camoufler ou
pour communiquer. Le lunatie
est le plus gros escargot marin
du Saint-Laurent qui vit enfoui
sous le sable, où il mange les
bivalves en perçant un trou dans
la coquille de sa proie pour
ensuite les manger facilement.
*1L
*1G
BRICOLAGE
Réalise une lanterne avec des
coquillages ramassés pendant tes
promenades au bord de la mer!
verre de colle;
3) Applique les morceaux de papier
*1J
EXPOSITION NOCTURNE
*1I
absorbant;
2) Avec le pinceau, enduis le pot en
sur la colle en les croisant;
4) Applique une deuxième couche de
colle;
5) Une à une, pose une décoration et
fixe-la avec un morceau de papier à
chaque fois;
6) Colle une seconde couche de
morceaux de papiers sur toute la
surface du pot;
7) Laisse sécher jusqu’à ce que le
papier devienne translucide pour voir
apparaître les coquillages;
8) Verse un peu de sable dans le fond
du pot et place la bougie à l’intérieur.
Et te voilà avec une belle lueur de
bord de mer !
Photos 1A, B C et E : Luc Gagnon. Réseau de suivi de la biodiversité marine / Photo 1D, H : Mathieu Lemonde-Landry, Exploramer /
Photo 1G : Blaise Barette. Réseau de suivi de la biodiversité marine / Photos 1F, I, J, K, L : Sophie I. Gagnon
20
Graffici
été 2012
Rétroviseur
PASCAL ALAIN | [email protected]
Un devoir de sauvegarde
R
www.orbie.ca
écemment, on apprenait l’intention
du gouvernement fédéral de transférer les artéfacts reliés à l’expropriation de Forillon, en 1970, du Centre de service
de Québec vers un lieu indéterminé ailleurs
dans la province, possiblement Gatineau.
La nouvelle a fait réagir des politiciens ainsi
que la population en général. Bien que la
route 132 n’ait pas été prise d’assaut, on peut
parler d’une certaine mobilisation pour la
sauvegarde de ce patrimoine de la Gaspésie.
Et si nous avions un devoir de sauvegarde de
notre mémoire ?
Dans les années 1970-1980, et même
avant, une telle mobilisation aurait été
impensable et ce projet typiquement conservateur serait passé sous silence. Autre temps,
autre mœurs. Pour qu’il y ait mobilisation, il
faut au préalable une prise de conscience,
chose qui n’existait pas vraiment en matière
de sauvegarde du patrimoine un peu partout
au Québec, il n’y a pas si longtemps.
Un intérêt grandissant pour le patrimoine est donc observable au Québec et
dans ses régions, comme en Gaspésie. La
définition du patrimoine est simple : c’est la
transmission d’un bien ou d’un savoir, l’héritage commun d’un groupe ou d’une collectivité, transmis de génération en génération.
Les premiers pas
de la notion de patrimoine
L’intérêt pour le patrimoine est intimement relié à l’histoire. L’un des défricheurs
dans ce domaine est François-Xavier Garneau,
qui nous éveille à notre histoire en publiant en
1849 son Histoire du Canada. Cet ouvrage se
veut une réaction au fameux rapport Durham,
publié en 1838, qui qualifiait les Canadiens
français de peuple sans histoire ni littérature.
Avec Garneau, on assiste à un premier
mouvement d’intérêt pour l’histoire nationale qui mène le gouvernement québécois
à adopter, en 1922, la première Loi sur les
biens culturels. Cette loi a d’ailleurs été
refondue cette année en Loi sur le patrimoine culturel, destinée à protéger le patrimoine sous toutes ses formes : bâti, mobilier, immobilier, vivant, paysager, etc.
Avec la Révolution tranquille, le Québec
entre dans une phase de «rattrapage» et
de modernisme. Un double mouvement
marque cette époque : d’un côté, on conteste
les traditions héritées du passé, les symboles
identitaires traditionnels comme Dollard
des Ormeaux ou Madeleine de Verchères.
C’est l’époque du bungalow qui envahit
le Québec; on vide les greniers d’objets de
toutes sortes qui nous font trop penser au
passé. On jette tout à la poubelle. Plusieurs
immeubles anciens ne résistent pas à la
démolition. Place à la modernité !
De l’autre côté, le Québec fait appel à
l’histoire pour avancer, pour persévérer,
pour se définir, pour fonder des projets qui
vont nous propulser vers l’avant. Ce n’est
ORBIE
BÉDÉISTE
pas un hasard si les mouvements nationalistes prennent naissance dans ce contexte.
Les Gaspésiens et le patrimoine
Les Gaspésiens n’ont pas mis plus de
temps que le reste des Québécois à s’intéresser
au patrimoine. Sa sauvegarde ne peut figurer
en tête de liste des priorités d’une population quand celle-ci sert de main-d’œuvre à
bon marché et est continuellement en mode
survie. Jusqu’à la Révolution tranquille (1960),
les Québécois font tout pour prendre leur
place dans la société, pour cesser d’être considérés comme des citoyens de seconde zone
en leur propre pays.
La Gaspésie emboîtera donc le pas au
reste du Québec dans les années 1960. En
1962, Michel Lemoignan pose les bases de
la Société historique de la Gaspésie. L’année
suivante, la société publie le premier numéro
de la Revue d’histoire de la Gaspésie, connue
aujourd’hui sous le nom de Magazine
Gaspésie. Dès cette époque, Lemoignan et
ses proches demandent aux Gaspésiens de
fouiller dans les greniers pour trouver livres,
correspondances, archives, photos et objets
anciens qui témoignent de l’histoire régionale.
Ces trésors s’accumuleront dans les armoires
du Séminaire de Gaspé au point où celles-ci
déborderont…
Ces efforts de conservation ne seront pas
vains car ils aboutiront, en juin 1977, à l’ouverture du Musée de la Gaspésie, à Gaspé, qui
possède une mission de sauvegarde, de
conservation, de mise en valeur et de transmission du patrimoine. Le musée a récemment vu ses espaces de travail et ses réserves
de collection s’agrandir. Son rôle est déterminant dans la sauvegarde de notre mémoire.
Les objets sont des témoins précieux de
notre histoire et de notre culture. À nous d’en
prendre soin devant les politiques dénuées de
sens du gouvernement Harper.
Vous pouvez voir d'autres dessins
d'Orbie sur GRAFFICI.CA
été 2012 Graffici
21
22
Graffici
été 2012
coup de chapeau
GENEVIÈVE GÉLINAS | [email protected]
L’histoire vivante à L’Anse-à-Beaufils
D
ans son interprétation, Rémi
Cloutier mélange la grande
et la petite histoire. Au récit
sur Charles Robin et son empire de
la morue, succède celui du jour où le
« mononcle Alban » de Rémi a pêché
un flétan de 180 kilos (400 livres).
L’homme n’épargne aux touristes
ni son fort accent gaspésien, ni son
débit rapide. Il est le même que dix
minutes avant l’ouverture, à ceci
près qu’il a troqué son jeans et son
coton ouaté contre une tenue de
commis. « Rémi, c’est un authentique, il est aussi vrai que tous les
objets qui l’entourent », lance Lison
Grenier, qui le côtoie depuis 30 ans.
Sur les étagères s’empilent des
articles des années 30 et 40 : chaussures, vaisselle, radios… Le père,
Gaston, a racheté le magasin de
la compagnie Robin en 1972 et l’a
exploité jusqu’à sa mort en 2000. Il
gardait tout, en homme qui a vécu la
Grande Dépression des années 30.
Avant d’être terrassé par une
crise cardiaque, Gaston Cloutier
donne les clés du magasin à Rémi.
« Je voyais bien que le magasin
n’était plus rentable », dit le fils.
« Rémi, c’est un authentique,
il est aussi vrai que tous
les objets qui l’entourent. »
- Lison grenier
La famille décide de le « remonter
d’époque ». Pendant des mois, les
Cloutier et leurs amis arrachent le
vieux prélart, décapent, repeignent
avec les couleurs d’origine, trient et
rangent. « Je “scrapais”
de la peinture au rasoir jusqu’à 11 heures
ou minuit le soir », se souvient
Ghislain, le frère de Rémi. « On
était sous l’effet d’un coup de cœur.
Dans ce temps-là, tu ne comptes
pas tes heures », lance Rémi.
Ghislain et Rémi ont puisé à
plusieurs sources pour bâtir l’interprétation. À la fin des années
60, la famille Cloutier partageait
une maison avec George Camiot,
un gérant des Robin, et sa femme.
Ces « grands-parents adoptifs »
leur ont transmis l’histoire de la
compagnie. Ils ont pêché d’autres
bribes dans les dires des aînés
qui visitent le magasin. « À eux,
tu n’essaies pas d’expliquer des
choses, indique Rémi. Ils parlent et
toi, tu ramasses l’info. »
Douze ans après sa transformation, le magasin demeure la
propriété des trois frères Cloutier (Rémi, Ghislain et Yannick)
et de leur mère, Léonie. L’entreprise embauche six animateurs,
et reçoit 9 000 personnes de la
mi-juin à la fin septembre.
Pour
les
villageois
de
L’Anse-à-Beaufils, le magasin
général est « un bijou dans un écrin »,
décrit Lison Grenier. Les touristes
eux-mêmes développent un sentiment d’appartenance, au point où
certains donnent aux Cloutier des
antiquités de leur propre famille.
Photo : Geneviève Gélinas
L’ANSE-À-BEAUFILS – Les objets, les meubles, l’accent des animateurs et
leurs histoires : tout est authentique au magasin général de L’Anse-à-Beaufils.
Rémi Cloutier et sa famille ont retapé ce joyau du patrimoine et l’ouvrent au
public pour une 12e saison.
Rémi Cloutier (à droite) et son frère Ghislain devant le magasin
général construit en 1928 par la compagnie Robin,
et acheté par leur père il y a 40 ans.
CE !
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été 2012 Graffici
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Graffici
été 2012
musique
Nelson Sergerie | [email protected]
L’envers du décor de
l’organisation de spectacles
GASPÉ – Voir un spectacle en salle ou assister à une activité d’un festival ne prend que quelques
heures de notre temps. Mais pour les organisateurs, c’est le fruit d’un long travail. GRAFFICI s’est
intéressé à ce qui se passe en coulisses.
Photo : Ricochet Design / FMBM
Le Festival musique du bout du monde présente
à chaque année des artistes renommés.
COMMUNICATIONS
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COMMUNICATIONS
animation
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Diplômée organisationnelle
en communication organisationnelle
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B.A.A. Gauthier, B.A.A.
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rue(Québec)
des Sarcelles,
Maria (Québec) G0C 1Y0
rue392-0882
des Sarcelles, 25,
Maria
G0C 1Y0
759-5380
418418
562-2125
Cellulaire25,418
Maria 418 759-5380 Maria
Matane418
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562-2125Matane
Cellulaire
392-0882
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tionne ». Le festival compte sur un budget
global de 700 000 $.
Amasser une telle somme représente
aussi un gros défi : « à chaque année, il faut
reprendre le travail, affirme M. Roy. Plus l’événement grossit, plus on est en mesure d’attacher des ententes pluriannuelles. Mais il faut
sans cesse convaincre les partenaires qu’on
est toujours pertinent ».
La reddition de comptes est aussi
laborieuse. « Moi, en tant que directeur
général, je passe la moitié de mon temps à
la recherche de commandites et à la reddition de comptes », conclut-il.
Autre contexte pour les
spectacles en salle
Les salles de spectacles comme celles de
New Richmond, Gaspé ou Sainte-Anne-desMonts font face à une autre réalité.
Par exemple, CD Spectacles, à Gaspé,
prépare sa programmation de 12 à 18 mois
à l’avance : « quand tu es rendu à préparer
l’automne 2014, tu n’as pas le choix d’y
aller avec des valeurs sûres », dit la directrice générale, Josée Roussy.
Il a été difficile d’attirer des artistes
établis comme André-Philippe Gagnon
ou Marie-Mai par le passé, mais les temps
ont changé : « la chanson a de la difficulté
à remplir des salles dans les grands centres.
On vit une crise. Ça a permis d’ouvrir les
spectacles en région », selon elle.
Le fait que les salles se sont regroupées
au sein du Réseau des organisateurs de spectacles de l’Est du Québec (ROSEQ) facilite
l’obtention d’artistes qui, autrement, seraient
inaccessibles en raison des cachets demandés.
« Ça nous permet de négocier, de partager
les coûts avec d’autres salles. Par exemple, si
un artiste fait le tour de la Gaspésie, on peut
diviser les coûts de production », dit-elle.
Le fait que le réseau compte des salles
Attirer des artistes de calibre comme
Florence K demande des efforts de
longue haleine, selon les organisateurs
de spectacles.
Photo : Ricochet Design / FMBM
«C’
est très essoufflant ! », lance fait travailler nos réseaux de contacts. Mais
le directeur général du la notoriété du festival est établie et c’est de
Festival musique du bout plus en plus facile d’aller chercher ceux qui
sont plus connus », selon
du monde, Martin Roy.
M. Roy.
Dès le festival terminé,
« Ça
prend
des
des démarches sont entre« Je passe la moitié ressources
humaines et
prises afin de préparer
de mon temps à
des compétences, explique
l’édition suivante. L’obcelui qui n’a qu’une
jectif est de conclure avant
la recherche de
adjointe pour abattre la
Noël la recherche du
commandites et
tâche colossale. On devrait
porte-parole et des têtes
être deux personnes à plein
d’affiche.
à la reddition
temps pour faire le travail »,
«Par la suite, on
de comptes. »
dit-il. Il peut compter sur
continue avec le reste de
des étudiants pour l’aider
la programmation. On va
– Martin Roy du FMBM.
à compléter les derniers
à des foires où l’industrie
préparatifs durant l’été,
de la musique du monde
se rencontre. On tâte le terrain et on tente sans oublier une armée de 250 bénévoles
de prendre les décisions en février-mars pour parvenir à ses fins.
Tout est une question de budget : « C’est
pour ce volet », ajoute le directeur.
Ça représente tout un défi de programmer bien beau d’avoir une bonne relation, mais
80 activités musicales, des arts de la rue c’est toujours une question de chiffres. Si
et d’autres volets connexes. « On fait les ce qu’on propose comme cachet vaut la
démarches auprès des agences d’artistes. On peine, on a plus de chances que ça fonc-
de plus de 650 places permet à Gaspé, avec
ses quelque 400 sièges, de tirer son épingle
du jeu et de revoir des vedettes comme
Isabelle Boulay.
En plus de présenter ces spectacles populaires, CD Spectacles a le mandat de développer la culture en présentant des activités
de théâtre, de danse et de musique. « Ça nous
oblige à faire des choix. On ne peut pas faire
juste des shows payants. Les choix doivent
être mesurés », indique Mme Roussy.
Ainsi, les profits générés par les spectacles populaires permettent de financer les
autres initiatives.
été 2012 Graffici
CINÉMA
25
Nelson Sergerie | [email protected]
Des séries et films en Gaspésie ?
PERCÉ ­­– Les artisans du cinéma souhaitent que la production se développe en Gaspésie et les
premiers États généraux du cinéma ont permis une mobilisation qui pourrait porter ses fruits.
U
disponibles pour la production. L’organisme
en devenir souhaite aussi être une vitrine de
promotion auprès des réalisateurs d’ailleurs
en province.
La commission est la première démarche
des états généraux, une réflexion qui mijotait
dans l’esprit de M. Cormier depuis plusieurs
années : « quand on est à Montréal, on se
rend compte qu’il y a un milieu du cinéma
très structuré, mais les états généraux m’ont
permis de dire oui, il y a une communauté,
des artisans en Gaspésie. On veut qu’il y en
ait plus et faire du cinéma sous le signe de
l’appartenance », souligne-t-il.
« Il y a une communauté, des artisans du
cinéma en Gaspésie. »
– François Cormier.
Un autre aspect qui devra être étudié
est la diffusion des productions faites par les
artisans gaspésiens. L’idée d’établir des collaborations avec les cinémas gaspésiens afin
qu’ils diffusent des œuvres tournées ici sera
analysée. « Si on prend le cinéma Paradiso à
Chandler, est-ce qu’on pourrait s’asseoir avec
eux et leur demander de diffuser un ou deux
courts métrages gaspésiens avant la présentation commerciale ? », questionne-t-il.
Contrairement aux cinéastes qui peinent
à faire connaître leur œuvre, Motel Chevreuil
a la chance d’avoir une plate-forme de
diffusion : « dès le début, Télé-Gaspé a été
impliqué dans le projet, à titre de coproducteur. On a eu le rêve, on s’est organisés pour le
faire ensemble », explique le réalisateur de la
série, Jean-François Aubé.
Autre facteur important : le financement
était au rendez-vous. « On s’est dits qu’on
allait faire le projet seulement si on était capables de payer tout le monde. Ce n’est pas une
fortune, mais c’était important », dit M. Aubé,
sans vouloir entrer dans les détails financiers
de l’aventure.
Malgré le peu de ressources disponibles,
il a fait preuve d’audace. « C’est tout un défi,
dit-il. Si on l’a fait, c’est que j’ai commencé à
sentir à Gaspé qu’il y avait du monde assez
solide pour former une équipe de production.»
M. Aubé qualifie sa série de comédie
noire, mélangeant le comique et le tragique :
« On a procédé à un vrai casting. Ce ne sont
pas tous des professionnels, mais beaucoup
d’entre eux avaient une petite expérience de
la scène », précise-t-il.
Télé-Gaspé diffusera sur son site internet
les six épisodes d’une durée de six à huit
minutes en septembre. Il n’est pas exclu que
la série soit diffusée au petit écran à l’antenne
des télévisions communautaires. « Ce serait
très intéressant », indique M. Aubé.
Le tournage du film La Maison du
Pêcheur, des Productions Vic Pelletier, avec
son budget de 4,2 millions de dollars, sera le
plus important en Gaspésie depuis les Fous
de Bassan , d’Yves Simoneau, en 1986. « Ça
va changer la donne, croit M. Cormier. C’est
produit par un producteur de la Gaspésie,
plusieurs artisans de la région travailleront
durant plusieurs semaines à Percé. C’est une
expérience qui nous servira de modèle pour
attirer d’autres productions », rêve-t-il.
Les cinéastes Sarah L’Italien de Sainte-Anne-des-Monts et Jean-Guillaume Bastien
d’Amqui ont participé aux États généraux du cinéma gaspésien.
Photo : Nelson Sergerie
Photo : Nicolas Fournier
n résultat tangible vient de se réaliser
à Gaspé avec Motel Chevreuil.
Une vingtaine de comédiens ont
été appelés à jouer dans cette série web,
tournée à la fin juin au motel Adams. Lorsque
GRAFFICI s’est rendu sur le plateau de tournage, on pouvait sentir toute la fébrilité des
acteurs et de l’équipe technique, qui a tourné
en quatre jours les six épisodes de la série.
C’est ce genre de projets que François
Cormier du Festival les Percéides, celui qui a
été à la tête des états généraux, à la mi-juin,
à Percé, souhaite développer pour la région.
Il croit que lors de cette rencontre, la soixantaine de participants ont pu échanger et
créer des liens.
La Commission du film de la Gaspésie,
qui devrait naître de ce forum, se voudra une
ressource pour les artisans d’ici. Elle permettra
le réseautage des professionnels gaspésiens
et contiendra une banque d’équipements
Les comédiens à l’œuvre lors du tournage de Motel Chevreuil.
26
Graffici
été 2012
ARTS VISUELS
ANTOINE RIVARD-DÉZIEL | [email protected]
Cinq ans de souffle
du cœur exposé à Maria
MARIA – Après avoir lancé leur récit poétique illustré, une œuvre fantaisiste baptisée Souffle au cœur sur papier griffon, deux jeunes artistes de
la Baie-des-Chaleurs, Caroline Dugas et Catherine Bujold, exposent les
images originales de leur livre à Maria.
La quête d’Ana-Coluthe
La complémentarité des deux
passionnées est remarquable, autant dans
l’exposition que dans le livre, qui mettent
en scène un personnage nommé Ana-
Coluthe, dans un environnement à la fois
sombre et rempli d’espoir. «Au début de
l’histoire, on apprend qu’Ana-Coluthe
souhaite à tout prix construire un mobile.
Le lecteur comprendra que ce souhait va
au-delà de l’objet, qu’il s’agit d’une quête
d’équilibre, de sens à la vie», indique Mme
Bujold, qui caressait le rêve de publier un
livre depuis longtemps.
L’évolution du personnage représente
en quelque sorte ce que les deux jeunes
femmes ont traversé ces dernières années.
«Il y a beaucoup de nous là-dedans. Au
début du projet, nous étions aussi à la
recherche de notre propre mobile, de
notre propre équilibre», souligne Mme
Bujold.
Les visiteurs et les lecteurs entreront donc dans l’univers des deux jeunes
gaspésiennes, qui espèrent maintenant
«toucher le cœur des gens» avec ce qu’elles
considèrent comme le plus important
projet artistique de leur carrière. S’agira-til de leur dernier projet commun ? «C’est
clair que non, répond sans équivoque
Caroline Dugas. Au fil du temps, on a
développé une complicité prometteuse»,
déclare l’illustratrice.
Des cadres originaux
Afin d’élargir leur démarche, les deux
femmes ont eu l’idée, quelques semaines
avant le début de l’exposition, de faire
appel à des créateurs gaspésiens pour
confectionner des cadres originaux. Au
total, une dizaine ont répondu à l’appel,
au plus grand plaisir des deux artistes. «Le
résultat est super, s’exclame Mme Dugas.
Certains sont en verre, d’autres en poches
de café. C’est vraiment ‘trippant’.»
L’exposition sera présentée jusqu’au
18 août à l’Auberge Mowatt de Maria.
Photo : Claude Bolduc
D
epuis plus de cinq ans, Caroline Dugas et Catherine Bujold,
respectivement illustratrice et
auteure, ont fait évoluer ce projet singulier à travers un processus qu’elles ont
appelé La correspondance du souffle. «À
chaque fois qu’on complétait une page,
on l’envoyait par la poste à près de 200
personnes de la Gaspésie, du Québec
et même de l’Europe. Cette démarche
évolutive nous a permis de recueillir des
commentaires et des suggestions pour
guider notre processus créatif», explique
Mme Bujold, visiblement enchantée par
le résultat présenté au public.
Après leur livre et leur exposition, Caroline Dugas
et Catherine Bujold se promettent d’entreprendre
d’autres projets artistiques communs dans un
avenir rapproché.
été 2012 Graffici
critique Littéraire
david lonergan | [email protected]
Un recueil engagé
L’œuvre de Sylvain Rivière s’enracine dans son pays et plus spécifiquement dans sa Gaspésie, ses Îles-de-la-Madeleine et même l’Acadie.
Souvent, il utilise une langue colorée qui plonge dans les racines du
passé, habitées par la mer et le territoire.
A
vec son nouveau recueil de poésie
Réfugiés poétiques (Éditions
Trois-Pistoles), il élargit sa palette,
tout en préservant les qualités spécifiques
de son écriture. Un recueil courageux aux
poèmes simples et sobres qui se fonde sur
l’intériorité du poète et sur son engagement social.
Le recueil se construit à partir de la
problématique des réfugiés politiques qui
n’ont d’autre choix que de s’empiler dans
des camps de fortune et d’y survivre dans
des conditions épouvantables. Au centre
du recueil, on retrouve huit photographies couleur sur autant de pages qui nous
montrent un camp de réfugiés et « ses »
habitants.
Plutôt que de parler directement des
réfugiés, Rivière choisit de se placer au
centre de ses poèmes. Il éprouve le besoin
d’écrire « penché au bord du monde / Où
LIVRE DE RECETTES GASPÉSIENNES
La meilleure façon
de cuisiner le terroir gaspésien
PUBLIÉ PAR LE JOURNA
L GRAFFICI
LES MATHILDERIES
La Gaspésie en recettes
PLUS DE 70 RECETTES
GASPÉSIENNES
DES CAPSULES
HISTORIQUES SURPRENANTES
DE MICHEL LAMBERT
En vente en Gaspésie dans les
librairies, épiceries fines, boutiquescadeaux et dans plus de 50 autres
points de vente (voir la liste au
www.graffici.ca), ou sur commande.
418 368-7575, poste 3
[email protected]
Journal GRAFFICI :
fier éditeur du livre Les Mathilderies
27
tout vacille et prend eau » (p. 129).
Il interroge le « mystère » qui est en
chaque personne, cherchant à comprendre
ce qui pousse les humains à agir comme
ils le font, rappelant le tragique destin
qui semble frapper l’humanité. Tour à
tour, il centrera ses textes sur le cœur,
l’esprit, l’âme dans l’espoir de mieux se
comprendre et de saisir ainsi ce qui lui
échappe et qui expliquerait l’inexplicable :
pourquoi faut-il que des hommes agissent de telle façon que d’autres sont des
victimes d’abus dont on sent qu’il n’ose
les décrire? Les photos sont là pour témoigner. Il faudrait « porter son âme à bout de
bras » en espérant « nous mener de soi aux
autres » (p. 108).
Les poèmes sont très courts, quelques
lignes sur une page, parsemés d’images et
de réflexions douces-amères, nourris par
la volonté de défendre la vie alors qu’il a
l’impression que nous sommes
des « hirsutes ignorants sanguinaires » (p. 91). Car après tout,
ce qui se passe dans ces pays si
éloignés géographiquement de
nous est aussi notre responsabilité. « Il suffirait d’un verbe
/ […] Pour que la goûtance
revienne » (p. 126), mais il
ne sait « plus dire je t’aime »
(p. 128) et il a beau espérer
la lumière, « le rire a fui le
palais » (p. 130).
Malgré tout demeure
un espoir, si faible soit-il. Il
faut « réensemencer, réensemencer encore » (p. 144),
affirme-t-il dans le poème
qui clôt le recueil. On aimerait y croire.

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