Le commerce équitable fait son apparition au Liban

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Le commerce équitable fait son apparition au Liban
AFFAIRES développement
Le commerce équitable
fait son apparition au Liban
Bachir Khoury
Le Liban a enregistré sa première commande de commerce équitable, un mouvement de plus en plus
populaire auprès des consommateurs des pays riches.
our la première fois, des câpres surfines du Hermel, des lentilles et du
hommos de Terbol, des tisanes et
des plantes aromatiques de Bécharré, ou
encore de l’huile d’olive de Kawzah sont
commercialisés en France selon les
normes du commerce équitable. La commande d’un montant de 75 000 dollars est
P
le fruit d’une coopération nouvellement
établie entre Artisanat Sel France et Fair
Trade Lebanon. Fondée en janvier dernier,
cette association implante au Liban un
mouvement en pleine croissance dans les
pays riches où la population demande de
consommer “politiquement correct”.
L’objectif du commerce équitable est en
88 Le Commerce du Levant - Juin 2006
effet de garantir une meilleure rémunération du producteur, généralement situé
dans des régions en développement.
Il n’existe pas de définition stricte du commerce équitable et la France, qui est l’un des premiers pays à avoir voulu normaliser le marché
pour protéger le consommateur, s’est heurtée
à la multiplicité des démarches adoptées par
telle ou telle organisation. Les principales
règles peuvent néanmoins se résumer en
deux points : promouvoir davantage d’équité
dans le commerce international et préserver
les droits des agriculteurs et des producteurs
marginalisés en leur assurant une meilleure
intégration au marché local ou international.
L’objectif est de sédentariser les habitants de
ces régions défavorisées en leur offrant des
opportunités de travail et donc de freiner les
migrations internes. Il s’agit aussi d’assurer un
développement économique plus équilibré et
de contribuer par conséquent à la stabilité
économique et politique des pays concernés.
Concrètement, les organisations du commerce équitable achètent des productions à un
prix supérieur de 20 % aux coûts de revient.
Elles se chargent ensuite d’organiser des circuits de distribution qui justifient cette marge
auprès des consommateurs.
Fair Trade Lebanon, qui travaille étroitement
avec l’organisation Saint-Vincent-de-PaulLiban, est financée par des fonds privés. Son
budget pour cette année est de 42 000 dollars. Les cinq membres de l’association,
Philippe Adaimy, Johanne Karkour, Gabriel
Debbané, Samir Abdel Malak et Jad Bitar,
veulent contribuer à la promotion des régions
déshéritées du Liban, non pas à travers une
logique d’assistance, mais grâce au commerce, l’instauration d’un cycle économique
viable étant plus durable qu’une aide humanitaire limitée dans sa portée. Leurs cibles
sont des populations pauvres dont le potentiel
agricole ou agroalimentaire est sous-exploité,
notamment dans le sud du pays (Bent Jbeil,
Aïn Ebel…) et la Békaa.
Fair Trade Lebanon a mis en place un processus de travail qui s’occupe de tous les détails,
de la production à la commercialisation des
produits. La première étape a été de sélectionner des villages en fonction du niveau de
pauvreté, de la qualité des productions et de
l’originalité des savoir-faire. Elle a favorisé des
unités de production déjà en place (bénéficiant
de l’aide d’ONG locales ou étrangères) et des
agriculteurs acceptant de jouer le jeu de la
transparence. La deuxième étape a consisté à
mettre en place un système de contrôle de la
qualité et d’assistance technique. Enfin, la
commercialisation en France s’est faite à travers un partenariat avec Artisanat Sel, une
ONG française qui opère depuis plus de vingt
ans dans les pays du Sud.
Une première commande de produits labellisés “Terroirs du Liban” a été écoulée en
avril en France. Soixante pour cent des revenus seront reversés aux producteurs, à
savoir 150 à 180 agriculteurs et ouvriers
Un marché en croissance de 50 % par an dans le monde
Le commerce équitable a
émergé dans les années
1950, à la faveur de la
prolifération d’organisations cherchant à protéger
les producteurs du Sud
contre l’inégalité des
termes des échanges avec
les pays du Nord. Le père
Van der Hoff est la personnalité la plus emblématique de ce mouvement.
Travaillant au Mexique,
dans le Chiapas, il est
scandalisé par l’exploitation des paysans de cette
région qui cultivent le café
et décide d’œuvrer en leur
faveur. Il crée ainsi le mouvement Max Havelaar qui
garantit un prix d’achat
plus élevé aux producteurs. Aujourd’hui encore,
la majorité des échanges
“équitables” concerne le
café. En France, ce produit
représente 55 % des aliments vendus sous ce
responsables de la cueillette qui bénéficieront
d’une somme de 45 000 dollars. Vingt-deux
autres personnes travaillant à la transformation des produits obtiendront 11 % du total,
soit 8 000 dollars. Cinq pour cent des revenus
seront alloués à Saint-Vincent-de-Paul-Liban.
Le reste, soit 9 %, couvrira les coûts d’emballage, de conception, d’étiquetage…
Près de 200 familles sont directement concernées par le projet. Pour Tamam Maroun, une
habitante de Aïn Ebel, dans le sud du Liban,
cette source de revenu améliore considérablement son niveau de vie. « Je n’ai aucun
autre revenu et mon mari subvient à peine
à
nos
dépenses
quotidiennes
élémentaires », dit-elle. Emballer des
tisanes et des plantes aromatiques pendant
trois semaines lui a permis de recevoir 400
dollars. Six autres femmes du village
(toutes âgées entre 28 et 50 ans) ont été
employées dans les mêmes conditions.
« Aujourd’hui, nous sommes à nouveau au
chômage », déplore Madame Maroun. Elle
espère la pérennisation de l’initiative de
Fair Trade Lebanon. L’association y travaille. Son plan d’expansion passe par l’ex89 Le Commerce du Levant - Juin 2006
label, et aux États-Unis
75 %, même si une nouvelle vague concerne
désormais le coton et les
cosmétiques. En 2002, les
ventes mondiales ont été
estimées à plus de 400
millions de dollars.
Aujourd’hui, ce marché ne
représente que 0,02 % du
commerce mondial, mais
sa croissance a atteint un
rythme annuel de 50 %
par an en 2005.
ploration des marchés étrangers aussi bien
que local, où la marque “Terroirs du Liban”
est déjà diffusée en supermarchés. Des
contacts sont en cours pour des commandes
en Belgique et au Canada semblables à celles
conclues cette année avec Artisanat Sel. C