Bouger à l`international pour mieux innover

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Bouger à l`international pour mieux innover
Bouger à l'international pour mieux innover Article paru dans l'édition du 21.8.13 Une étude confirme qu'une expatriation bénéficie à la créativité Alors que les flux migratoires de travailleurs se sont intensifiés à l'échelle internationale, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à encourager leurs cadres à s'expatrier pour quelques années. D'après une enquête récente menée auprès de plus de 1 200 sociétés dans 70 pays, 41 % d'entre elles pensent augmenter le nombre de leurs collaborateurs qui pourraient être conduits à travailler à l'étranger dans l'année à venir. Ces programmes de mobilité, coûteux, et par ailleurs parfois difficiles à concilier avec les contraintes personnelles des employés concernés, sont‐ils des investissements rentables aussi bien pour les organisations que pour leurs salariés ? Selon une étude menée par un groupe de chercheurs de l'Institut européen de l'administration des affaires (Insead) basé à Paris et de l'université de Columbia aux Etats‐Unis (" Fashion with a foreign flair : Individual professional experiences abroad facilitate organizational creativity ", Insead, working paper), l'expérience professionnelle à l'étranger a un impact important sur la créativité des employés, et par voie de conséquence sur celle de leur entreprise. S'appuyant sur l'analyse de l'industrie de la mode entre 2000 et 2010, les auteurs montrent que les sociétés les plus innovantes sont celles dont les cadres dirigeants ont travaillé à l'étranger. Et elles le sont encore plus quand leur expérience professionnelle a constitué, pour eux, un véritable dépaysement culturel. Changement de décor D'après les résultats de l'étude, les bénéfices professionnels que les individus tirent de ces expériences ont en effet aussi des conséquences positives, en matière d'innovation, pour les entreprises qui les emploient. Suivant les auteurs, cette dynamique ne se limite d'ailleurs pas à l'industrie de la mode, mais se retrouve dans d'autres secteurs d'activité. Ces travaux de recherche ont des implications importantes aussi bien pour les organisations en matière de gestion des ressources humaines que pour les individus en matière de gestion de carrière. Les entreprises ont, tout d'abord, intérêt à continuer de favoriser la mobilité internationale de leurs cadres. Mais elles devraient aussi privilégier l'embauche de candidats qui ont travaillé à l'étranger pour pourvoir certains postes. Certes, ceux dont les principales responsabilités ont trait à la standardisation et à l'amélioration des processus existants n'exigent pas une telle expérience. En revanche, pour les postes chargés de l'innovation qui nécessitent de la créativité, l'embauche de candidats ayant eu une véritable mobilité internationale est un atout. En termes de gestion de carrière, les cadres qui cherchent à accroître leur créativité devraient poursuivre, quand ils le peuvent, une aventure professionnelle dans un autre pays, bénéficiant ainsi de nouveaux modes de pensée et d'organisation. Un tel changement de décor permet une prise de recul souvent nécessaire pour oser être en rupture et innover aussi bien à l'étranger qu'une fois de retour dans son pays d'origine. Les bénéfices de cette expérience ne se limitent d'ailleurs sans doute pas au secteur privé. A l'heure où les cadres dirigeants de notre pays s'appliquent à réformer nos institutions, ne serait‐il pas en effet utile qu'un plus grand nombre d'entre eux ait eu une expérience professionnelle à l'étranger ? Julie Battilana