Ostende - Boek.be

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Ostende - Boek.be
20Ostende
séjours et promenades à
20Ostende
Sophie Allegaert
séjours et promenades à
www.lannoo.com
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Ce livre a été conçue avec la coopération de Stad Oostende.
Texte: Sophie Allegaert
Traduction du néerlandais: Dirk Valcke & Marguerite Storm
Couverture et mise en pages: Keppie & Keppie
Photos: Pieter Cliqteur
Cartes: Marie Vandevoorde
© Uitgeverij Lannoo nv, Tielt, 2012
Dépôt légal: mai 2012
D/2012/45/370 – NUR 504
ISBN: 978 94 014 0321 4
Toutes réproductions ou adaptations d’un extrait quelconque de ce livre,
par quelque procédé que ce soit, sont interdites pour tous pays.
contenu
B i enve n u e I n for m ati o n s p r atiq u e s 6
8
20 sé jo u rs e t p rome n a d e s à o ste n de
1 .
e ns o r Sur les traces de James Ensor 14
2.U n pas s é roya l Le roi pèse le pour et le contre
30
3 .U n patri m o i n e d e b o n g o ût La beauté d’antan préservée pour le futur
46
4 .Le cœur m aritime d’Ostende Le cœur maritime d’Ostende 62
5.Sou l l’O ste n da is e Le soul Ostendais
78
6.b e ac h li f e Life is a beach
94
7.
110
We lln e s s Des plaisirs nautiques de haut vol
8.Sh o p ti ll yo u dro p L’art de faire du shopping
126
9.Enfants admis Ostende à la mesure des jeunes forces vives 142
1 0.De s p e r le s c ac h é e s Reste à découvrir
158
Co lo pho n
176
bienvenue
6
« Dire qu’Ostende est une ville très animée n’est pas une exagération, loin de là. Il y
a 232 ans apparaissaient ici, sur cette immense plage, les premières cabines de bain ;
depuis lors, la ville ne s’est plus jamais endormie. Ostende a évolué en un temps
record d’un bourg de pêcheurs à une cité balnéaire mondaine au rayonnement
international. Tout cela grâce à Léopold II qui fut l’instigateur d’un grand nombre de
projets d’urbanisation que nous pouvons encore admirer pleinement aujourd’hui.
Depuis l’église Saints-Pierre-et-Paul jusqu’aux Galeries royales, en passant par le
parc Maria-Hendrika. Des lieux qui définissent toujours, bien des années plus tard,
la ville d’Ostende et qui impressionnent aisément des milliers de visiteurs chaque
année. Mais Ostende est bien plus que le simple prestige d’une grande ville. La ville
reste intimement liée à la mer. Le patrimoine maritime rappelle à chaque Ostendais
ses racines. Il y a les célèbres bateaux-musées, le musée d’histoire locale De Plate, le
Walraversijde qui vous emmène dans un village de pêcheurs du Moyen-Âge et Oostende voor Anker, l’événement historique maritime par excellence ! Au fait, cet événement en est à sa 13ème édition et attire chaque année près de 250 000 visiteurs !
Mais heureusement, la ville ne se repose pas sur ses lauriers. Par exemple, sur la rive
est (Oosteroever) va bientôt s’ériger un port-musée et la batterie côtière marine de
la Deuxième Guerre mondiale est reconstruite pour les visiteurs. Et si vous êtes dans
le voisinage, ne manquez pas de faire un petit tour au Fort Napoléon. Mon coin préféré pour me détendre au grand air et à ne pas manquer si vous voulez vous plonger
dans la nature. Un endroit idéal pour se reposer avant de repartir vous étourdir dans
la ville tourbillonnante. Car Ostende, c’est aussi une vie nocturne particulièrement
animée. Enrico Caruso, Maurice Chevalier, Josephine Baker, Edith Piaf, et d’autres
ont tous trouvé le chemin vers Ostende. Marvin Gaye, la légende mondiale de soul
music, y avait même une maison. Mieux encore, son énorme tube Sexual Healing
fut composé à Ostende. Bon à savoir lorsque vous vous laissez bercer par le même
Marvin Gaye. Toerisme Oostende a d’ailleurs créé un itinéraire, que vous pouvez
facilement télécharger sur votre iPhone, iPod ou appareil Android, qui vous emmène
tout au long de ses coins favoris en vous racontant l’histoire de sa vie dans un mix
d’images d’archives, de photos, d’articles de journaux et d’interviews. Un must pour
tout fan de musique !
Ce petit guide de voyage contient beaucoup d’autres informations très intéressantes. Pas d’adresses standard mais une sélection soigneuse d’endroits bien
choisis où vous ne rencontrerez pratiquement que des Ostendais. Vous y trouverez tout ce qu’il faut savoir sur les plages (p. 94), puis c’est James Ensor qui vous
prendra par la main (p. 14) en passant par la découverte du patrimoine culinaire
(p. 46), des conseils de shopping (p. 126) et quelques fantastiques centres de bienêtre (p. 110) pour terminer sur les perles rares (p. 158). Et si vous avez la chance
d’avoir une progéniture, allez voir en page 142. Vous l’avez remarqué, Ostende est
bien plus que son passé royal (p. 30), ses racines maritimes (p. 62) ou même son
Soul l’Ostendaise (p. 78). Ostende est un melting pot unique d’influences innombrables. Un mélange d’atmosphères princières et populaires, de prestige urbain et
de bateaux de pêche, une mer à perte de vue et un sable chaud. Une ville que vous
allez adorer et ne pourrez jamais oublier.
Bienvenue à Ostende ! »
Hilde Veulemans
Échevine du Tourisme
7
1. Ensor
«Ensor naquit et grandit
dans la Vlaanderenstraat.
C’est ici qu’il acquit
sa réputation mondiale.»
Ses œuvres ébahirent le
monde entier et pourtant,
James Ensor resta fidèle à sa
ville d’Ostende. C’est ici qu’il
vécut et travailla toute sa vie
et de nombreux endroits dans la ville rappellent toujours le
grand maître. Flâner là où il se promenait, admirer la mer, tout
comme il le faisait jadis avant nous. Tout cela reste présent.
14
sur les traces de james ensor
Nos conseils logement : Il ne fait aucun doute que l’Hôtel Du Parc est un hôtel de
standing. Un récit familial est étroitement lié à son histoire et lui confère
un caractère unique. Ici, vous goûtez à l’histoire. Un peu plus loin, dans le
Vrijhaven b&b, les trois chambres d’hôtes charmantes sont gérées avec
tout autant d’amour. Grand et majestueux d’une part, petit et élégant
d’autre part, mais tous deux ont le cœur a la bonne place.
Nos conseils restaurant : Sur le Wapenplein, dans le Falstaff, vous pourrez déguster une excellente sole ostendaise ou bien encore, opter pour d’excellents
crustacés frais, des gambas au homard. Le Bistro Beau Site propose une
large panoplie de toasts et de snacks avec, en prime, une vue phénoménale
sur la mer.
Nos conseils «plaisir» : Celui qui veut scruter les profondeurs de l’âme d’Ensor,
ou du moins s’y essayer, doit absolument déambuler dans cette inoubliable maison d’Ensor. Mettez ensuite le cap sur le Mu.Zee afin d’affiner votre bagage artistique que vous trouverez étalé sous vos yeux. Mais
peut-être préférez-vous vous laisser entraîner par le maître en personne?
15
Loger dans un monument
hôtel du parc
L’hôtel Du Parc est le monument-hôtel d’Ostende, un endroit qui porte
avec élégance les traces d’une histoire mouvementée. Le récit débute
en 1906 lorsque l’hôtel d’origine, l’Hôtel de Suède néoclassique, comptant cinq étages, fut rebaptisé en Hôtel du Parc. Au début des années
’30, les propriétaires – Victor et Maria Libert-Lefebvre – décident de
transformer et de rénover l’établissement. La façade se revêt d’une
parure austère de style Art Déco, très en vogue à l’époque, et tout
l’intérieur s’en inspire. Des vitrages et reliefs des plafonds jusqu’à
l’éclairage et aux meubles, sans oublier les carreaux et les miroirs, tout
renvoie à cet Art Déco très populaire.
16
La Seconde Guerre mondiale refroidit toutefois l’ambiance et cet hôtel
élégant, avec deux autres hôtels ostendais, est réquisitionné par l’occupant allemand pour être aménagé en Kommandantur. Le bâtiment
Hôtel Du Parc place Marie-José 3, Ostende
3 +32 (0)59/70.16.80 ! www.hotelduparc.be
. de € 82 à € 97 pour une chambre à deux lits
majestueux souffre en silence. Toutefois, tout n’est pas une succession de malheurs. Lors d’une des nombreuses alertes aériennes, la
famille Libert se réfugie dans les caves de l’hôtel où la fille Fernande
rencontre bientôt son futur époux, le docteur Pierre Vincke. Lorsque les
turbulences de la guerre se sont calmées, le couple se marie. En effet,
l’amour est plus fort que tout. Après la guerre, le tourisme tourne à
nouveau à plein régime, mais c’est alors que le sort s’acharna à nouveau sur la famille. Victor Libert décède et, terrassée par le chagrin, la
famille décide de céder l’hôtel. En 1983, après trente longues années,
Pierre et Fernande Vincke-Libert réparent cette faute. Ils parviennent
à acheter l’hôtel et trois des sept enfants se chargent de la gestion
quotidienne. Ils se mettent aussitôt à rénover sans toutefois porter
atteinte au caractère spécifique de leur cocon familial. Avec succès.
L’hôtel retrouve son prestige d’antan et, en 2000, l’Hôtel-Brasserie du
Parc est officiellement classé du fait sa valeur historique, artistique et
socioculturelle. Une aubaine de grande valeur.
Passer un week-end à l’Hôtel Du Parc revient à se plonger dans la
gloire de jadis. Il va de soi que quelques visites à la brasserie attenante
ne peuvent manquer à l’appel. C’est là une manière de s’intégrer et
l’occasion de tailler une bavette avec des Ostendais pure souche. Vous
rencontrez ici des petites dames de
la bourgeoisie francophone, des quadragénaires de type bohémien et des
jeunes qui viennent lire le journal du
week-end. Tous sont servis par des serveurs distingués, revêtus de costumes
sur mesure et qui amènent imperturbablement aux visiteurs le café dans
des filtres en argent. Et tout cela à
100 mètres de la plage.
«Aujourd’hui,
un week-end à l’Hôtel
du Parc revient à se
prélasser dans la gloire
d’antan sans se priver
de quoi que ce soit.»
17
Une sole ostendaise? Volontiers!
brasserie - restaurant falstaff
Les amateurs de poisson et de crustacés frais s’en donneront à cœur joie au Falstaff. Huîtres, homards, gambas, pattes de crabe… chacun de ces délices frais de
la mer apparaît sur la carte. Et puis, il y a encore la célèbre sole ostendaise : l’été
dernier, à la demande du journal Het Laatste Nieuws, le chef étoilé Luc Bellings
la goûta et déclara promptement qu’il s’agissait de la sole la plus délicieuse de
notre côte. Une référence qui vaut son pesant d’or.
Malgré toutes ces critiques élogieuses, vous pouvez également déguster un
simple croque-monsieur, un quartier de tarte aux pommes chaude ou une
coupe glacée aux fraises fraîches. Les promeneurs matinaux viennent même
prendre le petit déjeuner au Falstaff. La brasserie est idéalement située sur
la populaire Wapenplein. Une véritable bénédiction pour tous les mamans et
papas qui, après le repas ou entre les plats, peuvent laisser leur progéniture se
défouler sur la place interdite à la circulation automobile. Là aussi, il s’agit de
vraies vacances.
—
Brasserie - Restaurant Falstaff Wapenplein 7, Ostende 20
3 +32(0)59/44.54.56 ! www.restaurant-falstaff-oostende.be
Panorama artistique sur la mer
L’édifice classé de style art déco, le bistro Beau Site, est un endroit où vous pouvez
littéralement vous attarder pendant des heures. Vous ne cessez d’admirer certainement cette mar changeante. Les vagues qui roulent sur la plage, le sable qui s’envole
brusquement. Vous vous trouvez ici aux premières loges pour admirer ce spectacle.
Que vous soyez installé sur la terrasse, au rez-de-chaussée ou au premier étage! Si
vous vous lassez de ce théâtre naturel, vous pouvez jeter un coup d’œil dans la bibliothèque du bistro ou feuilleter l’un des nombreux journaux qui sont étalés sur la
table centrale. Mais on peut aussi manger copieusement. Il ne s’agit pas d’un dîner
gastronomique à cinq services, mais plutôt des bouchées originales et des snacks
inventifs. Du genre gorgonzola fondu aux poires, des écrevisses à la coriandre ou une
planche de fromages belges et français (grande ou petite).
Vous aurez compris que l’ambiance de cet établissement aux touches artistiques
est très détendue et, malgré les jolis motifs art déco, vous avez l’impression agréable
de vous retrouver dans une salle de séjour charmante. Et vous pouvez y rester des
heures durant.
—
Bistro Beau Site Promenade Albert Ier 39, Ostende 3 +32(0)486/77.45.74 ! www.bistro-beau-site.be
Ensor
bistro beau site
21
Sur les traces
de James Ensor
Dans la célèbre lumière ostendaise qui
parvint à inspirer James Ensor, le caractère
cosmopolite de la ville, ses habitants obstinés, le magasin de souvenirs de sa mère, ou
bien serait-ce cette mer infinie qui donnait
au peintre cette paix intérieure qu’il recherchait ? Le fait est que, James Ensor resta,
sa vie durant, fidèle à Ostende. Il trouvait
ici tout ce qu’il recherchait. Il en résulte un
impressionnant héritage. Ses créations de
la Vlaanderenstraat à Ostende nous sont

Le maître en personne
enviées par les musées les plus célèbres du
monde. Ostende vu à travers les yeux d’un
Ostendais très particulier.
Un personnage tout de noir vêtu, paré
d’une barbe blanche aux allures de Léopold
II, un foulard et une canne. Toute personne
qui fréquentait Ostende vers le milieu des
années 1900 voyait défiler ainsi l’un de nos
plus grands peintres le long de la digue de
mer. Ce ne qu’en été que le noir était rompu
par un chapeau gris clair. Dire que Maître
Ensor, c’est ainsi qu’il se faisait appeler,
était un personnage remarqué à Ostende
est une évidence. Ou comme le dit Arno,
«James Ensor, c’était un motherfucker
Escapade curieuse entre masques et coquillages 
un petit magasin de souvenirs dans la ville.
Le magasin se trouve au rez-de-chaussée et la famille habite au premier étage.
Ensor grandit entouré de porcelaines, de
coquillages, de vases chinois, des coraux de
Naples et … des masques de carnaval. Des
représentations multicolores qui allaient
l’inspirer toute une vie durant. À l’âge de
15 ans, il abandonne l’école et fait son apprentissage chez un peintre. Suit alors une
courte pause à l’Académie des Beaux Arts
d’Ostende et, en 1877, un Ensor adolescent
arrive à l’académie des arts de Bruxelles.
«James Ensor,
c’était un motherfucker
avant la lettre», Arno.
Ensor
avant la lettre.» Un solitaire qui allait, toute
sa vie durant, rester fidèle à Ostende et qui
ne se détacherait jamais de sa ville. Plus
encore, l’un des artistes les plus célèbres
artistes du pays vécut presque toute sa
vie dans la même rue d’Ostende. Qui fait
mieux? Il ne s’agit donc pas du parcours capricieux que l’on rencontre régulièrement
chez les artistes de son calibre. Et pourtant,
Ensor était flamboyant, cosmopolite, lettré
et très à la hauteur de ce que ses collègues
artistes réalisaient. Mais nous prenons ici
les devants. L’histoire débute en fait des années plus tôt, lorsque le petit James naît en
1860, fils d’un père aux racines anglaises,
cela explique son nom exotique, et d’une
mère flamande pure souche qui exploite
23
Fernand Khnopff y est son compagnon de
classe. Cet épisode bruxellois n’est pas un
véritable succès et à l’âge de 20 ans, en
1880, James Ensor quitte l’académie avec,
en poche, deux pitoyables septième et
dixième prix. Une immense déception et
le peintre débutant revient fâché et aigri
à Ostende. Il se retire chez ses parents au
coin de la Vlaanderenstraat et de la Van Iseghemlaan et aménage son premier atelier
au grenier. De la grande fenêtre du grenier,
il jouit d’une vue privilégiée sur la mer et

L’entrée dans la maison Ensor,
où le temps s’est vraiment arrêté.
voit comment les bancs de sable reflètent
la lumière pour lui donner des allures d’un
gris bleu canard.
La naissance
d’un chef-d’oeuvre
C’est ici, dans ce modeste atelier, qu’Ensor
réalisera ses meilleures œuvres et, en 1888,
il s’attaque à ce que d’aucuns considèrent
comme son chef-d’œuvre: «L’Entrée de Jésus à Jérusalem en 1889». Un tableau qui
lui vaudra une réputation mondiale absolue. Mais ce n’est pas pour tout de suite.
Très vite, il apparaît que le tableau prend
des proportions gigantesques et, avec ses
2,58 m sur 4,31 m, il est difficile de lui trouver une place dans l’atelier du grenier. Ensor
fixe son chef-d’œuvre sans beaucoup de
scrupules au mur et laisse traîner le bas du
tableau sur le sol pour l’enrouler peu à peu.
Sur le tableau apparaît le Christ, assis sur
un âne, et entouré d’une foule débordant
de joie, d’une fanfare et d’un cortège multicolore et masqué. Des milliers de figures
grotesques décorent l’œuvre, des femmes
de pêcheurs à un bourgmestre en costume
de clown sans oublier l’évêque grotesque.
Leurs masques révèlent leur véritable nature. Tout ce petit peuple est passé en revue
et est mis à nu de manière experte et sans
beaucoup de compassion. Une caricature
des valeurs établies ou Ensor face au reste
« Tout ce petit peuple est
passé en revue et est mis à
nu de manière experte
et sans beaucoup
de compassion. »
Une tête de L’entrée du Christ, petite mais impressionnante 
deux reprises cette œuvre avec le grand
public.
Ensor ouvre ses portes
La mère d’Ensor meurt en 1917 et cela offre
au peintre, qui a entre-temps déjà 57 ans,
l’opportunité de quitter enfin la maison familiale. Il s’installe dans la Vlaanderenstraat
toute proche où, avec son fidèle valet Gust
van Yper, il occupe la maison qu’il hérita de
son oncle Léopold qui y tint, une vie durant,
un véritable bazar. Résultat : un magasin de
souvenirs rempli de coquillages et de souvenirs où les jeux, les masques, les cartes
postales, les cuivres et les coquillages sont
empilés les uns aux côtés des autres. L’artiste
Ensor
du monde. Ce n’est pas un hasard si tout se
déroule à Bruxelles, mais surtout un coup
de bec délibéré à l’attention de la capitale
qui ne lui réussit en aucune manière. C’est
peut-être cette aversion qui mènera Ensor à
traiter son œuvre de manière nonchalante.
Pendant 30 ans, la toile restera enroulée
dans un coin de son atelier. L’un des plus
grands chefs-d’œuvre de l’art belge ne sera
ainsi admiré que par une poignée d’intimes
durant des siècles. Le reste de l’humanité
ne sait même pas qu’il existe. Il faudra finalement 40 ans avant que «L’Entrée de Jésus
à Bruxelles en 1889» ne soit exposée pour
la première fois. Mieux encore, durant sa
longue vie, James Ensor ne partagera qu’à
25
«Il est tout aussi unique et
fantastique que vous puissiez
flâner paisiblement
dans cet endroit unique.»
26
ferme aussitôt les portes du magasin mais
laisse le rez-de-chaussée intact en espérant
quelque inspiration supplémentaire. Elle ne
se fit pas attendre. Le peintre passera le reste
de ses jours dans la Vlaanderenstraat et exposera pour la première fois et de manière
correcte son chef-d’œuvre. Ce n’est pas une
sinécure. Lorsque l’œuvre déménage à Paris
pour une exposition, en 1929, il faut d’abord
démolir une partie du balcon d’angle. Dix
ans plus tard, il faut réitérer l’expérience
lorsqu’Ensor expose à Bruxelles. Le reste du
temps, le tableau est exposé dans le salon
bleu au premier étage. Il y reçoit ses amis
peintres, ses fans et sa famille et il y tient la
conversation avec des artistes, des poètes et
écrivains. Un endroit rempli de poupées, de
marionnettes, de masques, de vases et de
chinoiseries. Des reliques de sa jeunesse. Audessus de l’harmonium, James Ensor aimait
jouer un petit air, est suspendue la toile magistrale qui allait ensorceler le monde entier
quelques années plus tard. Le début de sa réputation éternelle. Il est tout aussi unique et
fantastique que vous puissiez flâner paisiblement dans cet endroit unique. D’accord, vous
ne trouverez pas ici des œuvres originales ;
celles-ci se trouvent depuis longtemps dans
les plus grands musées du monde, mais là
n’est pas la question. La maison d’Ensor vous
introduit sans peine dans le monde fascinant et bizarre du peintre. Un monde dont
on ne se lasse jamais. Ceux qui sont quelque
peu familiarisés avec l’œuvre du maître,
reconnaîtront immédiatement les masques
difformes et les objets bizarres qui apparaissent dans de nombreux tableaux. Dans
la salle à manger meublée à l’authentique et
dans l’atelier du salon, au premier étage, on
trouve par exemple un buffet en acajou que
vous pouvez également admirer dans «La
Mangeuse d’Huîtres» ; à un porte-manteau
sont suspendus le manteau et le chapeau du
maître et le magasin de souvenirs lui-même
a gardé son aspect émouvant. Le grand art
n’est jamais bien loin!
—
Ensorhuis
Vlaanderenstraat 27, Ostende
! www.muzee.be
Chemin faisant avec le maître
Celui qui veut voir Ostende par les yeux
du maître, choisira «Le Parfum d’Ostende».
Cette promenade digitale urbaine vous
fait découvrir l’Ostende d’Ensor et vous
emmène dans ces endroits où il passa sa
vie. Un Ostende différent donc. Ostende sur
les traces d’artistes amis tels que Léon Spilliaert et Constant Permeke, mais surtout
Ostende telle que James Ensor la vivait. La
promenade dure de 90 à 120 minutes et
comme il s’agit d’une promenade en solitaire, vous la parcourez à votre rythme. Un
audio-guide avec écran vous lance à travers
les rues d’Ostende et les voix sensuelles de
grands acteurs tels que Wim Opbrouck et
Els Dottermans vous racontent tout ce que
vous devez savoir. Une expérience globale
qui vous catapulte dans les temps de jadis.
Ou pour employer les termes d’Ensor… «Je
Mu.ZEE, l’endroit idéal pour admirer le travail d’Ensor grandeur nature et découvrir de nouveaux talents. 
—
«Le parfum d’Ostende» coûte € 7, y compris la location de l’audio-guide, la visite du musée d’Art et de
la maison d’Ensor; la visite est gratuite à l’achat d’un
City Pass ostendais (www.oostendecitypass.be).
On peut se procurer les audio-guides auprès du
Tourisme Ostende
Tourisme Ostende
Monacoplein 2, Ostende
! www.visitoostende.be
—
Mu.ZEE
Romestraat 11, Ostende
! www.muzee.be.
La paix dans la quiétude
James Ensor meurt en 1849 à l’âge de
89 ans après une longue vite richement
occupée. Son statut d’artiste a été remis à
l’honneur suite à des débuts plutôt déficients et, 20 ans plus tôt, le peintre fut
même couronné Baron. Le monde artistique
qui, au départ, le négligeait, l’a serré dans
ses bras et une grandiose reconnaissance
Ensor
vais vous faire voir mon Ostende et vous la
faire sentir. Ce mystère qui plane encore de
manière presque tangible dans les rues. Le
parfum unique de la ville. Je vais vous faire
sentir Ostende. Ostende, ma muse et mon
inspiration. Le grouillement des touristes, le
bruit de la mer, l’animation dans le port, la
lumière au-dessus des toitures d’Ostende.
Et le parfum indéniable de ma ville. Le parfum d’Ostende…»
27
internationale est son lot. Les dernières années de sa vie, James Ensor est devenu franchement populaire et le titre de baron qui
lui est accordé par le roi Albert constitue la
cerise sur le gâteau. À sa propre demande,
l’artiste est enseveli avec les égards nécessaires dans la simple église Notre-Dame ter
Duinenkerk. Tout Ostende a abrégé de manière gracieuse l’église en Duinkerkje. Cette
charmante petite église de pêcheurs dans
la petite église Sainte-Marie attenante
date de la seconde moitié du 14e siècle, est
entourée de dunes et comprend de nombreuses photos de bateaux et des modèles
de bateaux qui garantissent un voyage sans

Notre-Dame des Dunes, la dernière demeure
du maître, toute en sobriété
accrocs. Dans le cimetière sobre autour de
l’église, James Ensor jouit dans le calme de
sa paix éternelle. Une fin appropriée pour
un personnage obstiné qui, malgré son
nom et sa réputation, est resté un Ostendais avant tout.
—
Notre-Dame ter Duinenkerk
Dorpstraat, Mariakerke
À l’unisson
Cet autre artiste ostendais célèbre, Herr
Seele, a entretenu presque toute sa vie durant un lien indéniable avec James Ensor.
C’est ainsi que le cartooniste/accordonneur de violons/artiste peintre naquit plus
exemple le même jour qu’Ensor, et pendant
99 ans, ils partagent le même signe zodiacal, le bélier. En outre, Herr Seele , lorsqu’il
s’appelait encore Peter van Heirsele et qu’il
avait à peine quatre ans, assista à sa première exposition Ensor aux mains de sa
maman. Ce fut l’amour pour la vie. «Ensor
est une icône, un saint s’il en est.» Même si
Heer Seele n’est pas né et élevé à Ostende,
il tomba amoureux de la ville. La lumière
d’Ostende l’attirait, l’atmosphère cosmopolite et authentique parvint à le garder dans
les lieux. «J’aime cette atmosphère étrange,
parfois surréaliste qui enveloppe Ostende.
Je trouve cet isolement, cet emplacement
profane, superbe. J’en ai besoin. C’est propre
à mon signe zodiacal: le bélier a besoin d’isolement pour trouver l’originalité. James
«Ensor est une icône,
un saint à vrai dire»,
Herr Seele
Ensor était aussi un bélier. Tout comme bleau, des gendarmes mènent la garde près
Marvin Gaye d’ailleurs.» C’est ainsi que se de deux pêcheurs morts, une religieuse en
referme le cercle.
prière symbolise le clergé hypocrite et un
juge regarde de manière amusée. De l’EnTout est bien qui finit bien
sor de la meilleure veine donc. Combatif,
Ce serait un péché de quitter Ostende sans socialement engagé et droit au but. Cela en
passer par le Mu.ZEE. Principalement parce vaut vraiment la peine de rendre visite au
que ce musée d’art à la mer comprend d’im- Mu.ZEE, rien que pour jeter un coup d’œil
portantes pièces de James Ensor, mais aussi sur cette œuvre. Ce sera peut-être pour
de Leon Spilliaert, Constant Permeke, Luc vous le début d’une véritable dépendance
Tuymans, Panamarenko, Roger Raveel et de à Ensor…
bien d’autres. Un must donc pour chaque —
amateur d’art. Un de ces chefs-d’œuvre est Mu.ZEE
«De Gendarmen» d’Ensor, peint en 1898. Il Romestraat 11, Ostende
montre comment s’aggrave un conflit entre ! www.muzee.be.
les pêcheurs ostendais et anglais. Sur le ta-
Canterbury
Derrière cette façade, vous trouverez Ensor, Permeke, Tuymans, Panamarenko… 
29

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