Journal Electronique - Présentation de l`Association d`Amitié France

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Journal Electronique
11 décembre 2012
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Ces pays émergents qui jouent l'Etat-providence...
Syrie Copains d'avant
1954. Photo de classe de Samir Abdulac (3 - sup - e - /sup - en partant de la gauche au 3 - sup - e - /sup - rang).
MLF-CHAM COLLECTION SAMIR ABDULAC
Au fur et à mesure que le pays sombre dans le chaos, les divergences affleurent entre les anciens du lycée
franco-arabe de Damas, fleuron du système éducatif syrien des années 1930 à 1960. Une discorde
emblématique des déchirements que provoque le soulèvement anti-Assad dans le monde arabe
Ils avaient prévu de se retrouver à Damas, de déambuler sous les treilles de la vieille
ville, de trinquer dans l'un de ses patios ombragés. Ils se réjouissaient à l'idée de
ranimer leur camaraderie d'antan, de communier dans le souvenir de ce bon vieux
lycée, auquel ils doivent tant. Et puis la guerre est arrivée, et la politique s'en est
mêlée. Déprimés par les images de leur pays en ruine, divisés entre ceux qui
soutiennent la révolution et ceux qui en ont peur, les anciens du lycée franco-arabe de
Damas, fleuron du système éducatif dans la Syrie des années 1930 à 1960, ont dû
renoncer à se retrouver.
1961. Photo de classe de Sami
Chatila (dernier rang, 3 - sup - e /sup - en partant de la gauche).
MLF-CHAM COLLECTION SAMIR
ABDULAC
Trop de deuils, de brouilles et de désarroi. La joyeuse amicale qu'ils avaient formée il y
a dix ans - un club de vieux francophones distingués qui ont souvent fait de belles
carrières à l'étranger - est désormais en friche. Les uns et les autres se querellent à
longueur d'e-mails, sur la place des islamistes dans la rébellion, le jeu des pétromonarchies du Golfe ou la pertinence
d'une intervention militaire étrangère. Une discorde emblématique des déchirements que provoque le soulèvement
anti-Bachar Al-Assad dans l'ensemble du monde arabe.
Parmi les anciens, beaucoup ont élu domicile à Paris. Il y a par exemple Farouk Mardam Bey, 69 ans, une figure de
l'intelligentsia arabo-parisienne, ex-tête pensante de l'Institut du monde arabe, aujourd'hui éditeur chez Actes Sud. " Je
refuse d'ouvrir les e-mails que m'envoient mes condisciples, confie cet ardent partisan de la révolution. Il y a trop de
textes qui, sous couvert d'anti-impérialisme, en viennent à légitimer le régime Assad. Je les efface tout de suite. Je
préfère garder mes souvenirs d'enfance intacts. " Il y a aussi Sami Chatila, 68 ans, un ex-ingénieur, résident de Neuilly,
qui, sitôt son " bachot " en poche, est parti travailler dans la filière pétrolière française. " On n'est pas vraiment fâchés,
c'est juste que l'on n'a plus le coeur à rigoler ", tempère-t-il.
Autre diplômé du lycée de Damas installé sur les bords de Seine : Aboud Isreb, 61 ans, un chef d'entreprise, originaire de
Lattaquié. " Damas, c'est l'ancienne capitale de l'empire arabo-musulman, c'est la ville d'où est parti Saladin pour
libérer Jérusalem, elle a une place unique dans l'imaginaire arabe, dit-il. C'est pour cela que la crise syrienne
déclenche autant de passions. " Il y a enfin Samir Abdulac, 68 ans, architecte, expert en patrimoine, fils du premier chef
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de tuiles rouges scolarise les enfants de la maternelle à la terminale, dans le cadre d'un cursus entièrement bilingue
L'établissement est situé boulevard Bagdad, en lisière de la Ghouta, cette palmeraie qui nourrit l'expansion de Damas. I
a été ouvert en 1925, à l'époque du mandat français en Syrie, par la Mission laïque, une association sous influence franc
maçonne, qui refusait d'abandonner aux congrégations religieuses l'enseignement du français dans les possession
d'outre-mer.
Le lycée de Damas et son jumeau d'Alep, qui ambitionnent de former une élite indigène, imprégnée de la culture de l
métropole, ont survécu à l'indépendance de la Syrie, concédée en 1946 par une France exsangue. La " Mission " s
maintiendra cahin-caha jusqu'au milieu des années 1960, date où le parti Baas, parvenu au pouvoir, nationalisera toute
les écoles étrangères. Le lycée franco-arabe sera alors rebaptisé Al-Horreya (" la liberté "), avant de prendre le nom d
Bassel Al-Assad, frère aîné de Bachar Al-Assad, décédé dans un accident de voiture en 1994.
Dans ces premières années post-indépendance, l'école est soumise à rude épreuve. Avec des enseignants en majorit
français et des élèves pour la plupart syriens, elle se retrouve projetée sur la ligne de fracture entre le Nord et le Sud
entre le nationalisme arabe au faîte de son rayonnement et les vieilles puissances européennes, cramponnées à leu
empire. Farouk, Sami et Samir s'initient à l'art de la dissertation au moment où les paras français sautent sur Port-Saïd
et pourchassent les fellaghas dans la casbah d'Alger. Ils découvrent Ronsard et Du Bellay en même temps que Gu
Mollet - président du Conseil pendant la piteuse équipée de Suez en 1956 - et Robert Lacoste - gouverneur général d
l'Algérie française en 1956-1958 et artisan de la répression anti-Front de libération nationale.
De cette époque mouvementée, ils gardent pourtant un souvenir lumineux : celui d'une communauté indissoluble
métissée - car le lycée accueille aussi bien des chrétiens que des sunnites, des alaouites, des juifs, des Kurdes et mêm
quelques étrangers -, mais vierge de toute barrière confessionnelle. " Personne ne demandait à l'autre de quelle religion
il était, se remémore Samir Abdulac, sur un ton rêveur. Ça paraît inimaginable maintenant, mais nous formions un
tout. "
Autre motif de nostalgie, la mixité, que la " Mission ", à rebours de ses rivales religieuses, se fait un devoir d
promouvoir. " On faisait des surprise-parties, les filles faisaient du sport en short et personne ne trouvait rien à redire
c'était la norme ", sourit Sami Chatila, qui a été conseiller municipal à Neuilly. A ce chromo de la Syrie d'avant le Baas
d'avant sa mise en coupe réglée par la famille Assad, Farouk Mardam Bey ajoute une touche personnelle : " J'avais un
professeur proche du PCF, qui me refilait en douce des journaux d'opposition, comme Le Canard enchaîné et Franc
Observateur. Grâce à lui, j'ai compris qu'il était possible d'aimer la France tout en détestant la colonisation. "
Les retrouvailles inaugurales ont lieu en 2000, dans les jardins du château de Chantilly, dans l'Oise, par un be
après-midi de printemps. Les anciens se voient ensuite pour les 100 ans de la Mission laïque, célébrés au Sénat, en
2002. Des voyages de groupe s'ensuivent, à Athènes, à Florence et en Syrie bien sûr. " C'était très émouvant, se souvien
Farouk Mardam Bey, le regard pétillant. Imaginez un peu, on retrouvait toutes ces filles qui nous avaient tant fai
souffrir et qui, entre-temps, étaient devenues grands-mères. "
Les trois coups de la révolution, en mars 2011, scellent la fin de cette belle histoire. Au fur et à mesure que la Syri
sombre dans le chaos, les divergences affleurent entre les anciens, à l'instar de l'opinion publique arabe, beaucoup
moins unanime sur la question syrienne que son homologue occidentale. Aucun d'entre eux ne se proclame pro-Bacha
Al-Assad, mais beaucoup s'inquiètent de la direction prise par la rébellion.
Inconditionnel du principe de laïcité dans lequel il a été éduqué, Sami Chatila s'indigne par exemple du soutien que l
Qatar et l'Arabie saoudite accordent à l'opposition. " Je n'ai pas de leçons de démocratie à recevoir d'un despot
wahhabite ", fulmine-t-il. En tant que chrétien, il se méfie des Frères musulmans, la formation la mieux organisée de l
Coalition de l'opposition récemment créée à Doha. Il redoute surtout une " irakisation " de la crise syrienne, une dériv
vers la guerre confessionnelle à outrance, dont sa communauté ferait les frais. " Au lieu de couper les ponts avec Damas
la France aurait dû pousser pour l'instauration d'un dialogue entre l'opposition intérieure et le gouvernement, quitte à
maintenir Bachar au pouvoir de façon transitoire, jusqu'à l'organisation d'élections libres, contrôlées par l'ONU "
dit-il.
Samir Abdulac, lui, pousse la prudence encore plus loin. En bon esthète, allergique à toute forme d'engagement partisan
il plaide pour une forme de neutralisme. " Quand la situation est à ce point désastreuse, il est vain de chercher à
distribuer les bons et les mauvais points, professe-t-il, dans le salon de son domicile parisien, décoré de peinture
abstraites. L'urgence, c'est d'éteindre l'incendie. "
Se désengager ? La proposition heurte Farouk Mardam Bey et Aboud Isreb. A leurs yeux, les insuffisances d
l'opposition, aussi réelles soient-elles, ne sauraient être mises sur le même plan que les menées du régime. " Parmi le
anciens de l'école, il y a beaucoup de gens qui n'ont jamais été politisés et qui véhiculent inconsciemment la
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djihadiste que j'ai converti en six mois à la modération. Il a épousé une catholique française et dirige aujourd'hui un
cabinet d'architectes à Paris. A l'épreuve des réalités, même les extrémistes se mettent à changer. "
Auprès de ses amis de Lattaquié, une ville côtière où résident de nombreux alaouites, la communauté à laquell
appartient le clan Assad, il a souvent entendu la thèse du complot de l'étranger : elle impute la crise syrienne au seu
désir des monarchies du Golfe et des puissances occidentales de casser l'arc chiite, qui va des ayatollahs iraniens au
Hezbollah libanais, en passant par Damas et Bagdad. " Il y a du vrai dans cette théorie, concède Aboud Isreb. Mai
s'est-on jamais demandé si le peuple syrien n'avait pas son propre agenda ? S'il ne voulait pas en finir avec la
dictature, ses outils et ses symboles ? "
Liberté, égalité, laïcité, lucidité... Les anciens du lycée franco-arabe ont grandi dans le culte de ce credo républicain
Aujourd'hui, c'est au nom de ces mêmes valeurs qu'ils se déchirent. Le passé qui les unissait n'a pas résisté aux tumulte
de l'actualité.
Benjamin Barthe
© Le Monde
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