203. Naissance USA.S..

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203. Naissance USA.S..
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LA NAISSANCE DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE
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I. Situation préalable.
A. Géographie et histoire. Carte : D 114/4 ; drapeau : D 26/2.
Il y a 13 colonies britanniques échelonnées le long de la côte (est) atlantique de l'Amérique du
Nord, sur près de 2 000 km de long. Elles ont été fondées aux XVIIe et XVIIIe siècle (1607-1733) - et pas
avant. En effet, ces régions n'attiraient pas les premiers explorateurs européens, avec leur climat âpre, leurs
côtes peu hospitalières, et surtout l'absence de métaux précieux et d'épices (principaux atouts recherchés par
les explorateurs des XVe et XVIe siècles). Dès lors, il s'agira non de colonies de commerce comme ailleurs,
mais bien de colonies de peuplement . Ce peuplement a été principalement le fait de minorités politiques et
religieuses (britanniques surtout, mais aussi belges, hollandaises, suédoises…) qui étaient persécutées en
Europe : puritains, catholiques, jacobites, quakers, etc. Il s'agit donc en majorité de réfugiés .
Les treize colonies totalisent environ 1,5 million d'habitants, en majorité Anglo-Saxons (soit un peu
moins du quart de la population métropolitaine). Le territoire actuel des Etats-Unis est en outre peuplé, bien
entendu, d'Indiens, mais aussi de Français ; ceux-ci sont envion 80 000 à 100 000, mais ils sont disséminés
sur un territoire beaucoup plus vaste.
N.B. La Couronne britannique est également présente au Canada, dès le XVIIe siècle (Québec 16291632 ; Acadie 1654-1667). Au traité d'Utrecht (1713), la Grande-Bretagne avait reçu de la France l'Acadie,
Terre-Neuve et la Baie d'Hudson ; au traité de Paris (1763), toute la Nouvelle-France . Une politique
intelligente d'intégration de ces Français d'Amérique assurera à Londres leur loyalisme lors de la révolte des
treize colonies.
B. Statut.
1. Au plan politique
Les treize colonies sont administrées séparément :
- sur base d'une charte accordée par le Roi au moment de l'institution de la colonie. Cette
charte fait office de constitution.
N.B. Les colons ne peuvent donc se réclamer de textes législatifs britanniques qui ne
sont pas explicitement repris dans leur charte.
- par un gouverneur (nommé par le Roi) ;
- par une assemblée élue (suffrage censitaire*), pour le vote des lois et des impôts locaux.
2. Dans le domaine économique.
Chaque colonie voit son économie régie par le pacte colonial *.
C. Mentalité.
1. Dimension religieuse héritée du puritanisme.*
N.B. Actuellement, plus de 9 Américains sur 10 déclarent croire en Dieu. Les chrétiens
représentent 88 % de la population, dont 59 % de protestants.
Le puritanisme.
La mentalité puritaine a joué un rôle capital dans la formation morale des futurs Etats-Unis.
1/ Historique.
- Force d'opposition.
En Grande-Bretagne, les puritains étaient des protestants calvinistes adversaires de l'Eglise
officielle (ou anglicane, fondée par Henry VIII en 1534), qu'ils voulaient purifier (d'où leur nom) de toute
corruption papiste , c'est-à-dire de toute influence catholique ; ils refusaient en outre le césaro-papisme* et
étaient de farouches adversaires de la monarchie absolue (pratique de l'élection des pasteurs, et de la
constitution d'assemblées héritée de la Genève de Calvin).
- Objectifs.
Les puritains voulaient construire une société nouvelle, régénérée, inspirée de la Bible et
rappelant l'Eglise primitive, une sorte de théocratie (dans le sens d'une société dans laquelle tous les aspects
de la vie économique et politique soient réglés selon les principes chrétiens). En effet, leur exigence de
pureté (qui leur a valu leur nom) se manifestait également dans la vie morale : il s'agissait de s'appliquer au
2
travail, de mener une vie austère et conforme au christianisme, en fuyant les tentations et les divertissements
futiles (morale sexuelle rigoureuse). Le puritanisme devait établir une société de saints !
La mentalité puritaine envisage la vie comme une croisade. Au plan collectif, c'est un
combat pour étendre le règne de Dieu1; amener l'avènement du bien et lutter contre le mal. Au plan
individuel, c'est une vie austère et travailleuse, qui condamne certes le gaspillage et les plaisirs futiles, mais
nullement la richesse et la réussite individuelle ; celles-ci, au contraire, sont valorisées comme signe des
mérites personnels et même de la bénédiction divine (assurance d'être sauvé, de figurer parmi les élus
prédestinés par Dieu, selon la théorie de Calvin).2 Ce trait a joué un grand rôle dans la formation de la
mentalité capitaliste anglo-saxonne.
- Persécutions et exil.
Le nombre des puritains s'étant fortement accru (petits propriétaires et artisans des villes)
sous le règne d'Elizabeth Ière (qui avait renforcé l'anglicanisme), ils firent l'objet de persécutions
(emprisonnements…) qui se poursuivirent sous les premiers Stuarts (Jacques Ier, Charles Ier), amenant les
puritains soit à renforcer et à durcir leur opposition au pouvoir royal, soit à émigrer, les uns aux ProvincesUnies, les autres en Amérique du Nord.
Ex.: le 16 septembre 1620, 102 colons anglais (dont une majorité d'anglicans, plus 35
membres de l'Eglise séparée de Leyde) quittent Plymouth à bord du Mayflower et débarquent sur la côte
américaine, au cap Cod (actuellement Provincetown, Massachusetts) le 21 novembre suivant (66 jours de
voyage).3 A la fin de l'année, ils fondent la colonie de Plymouth (Nouvelle-Angleterre, Massachusetts) - la
premier établissement permanent d'Amérique du Nord.
2/ En Amérique.
Le Massachusetts deviendra un véritable Etat puritain, organisé sur des bases théocratique
et où sévit l'intolérance.4 L'influence des puritains sera prédominante dans toute la Nouvelle-Angleterre.
Cette région sera à l'avant-garde du combat pour l'indépendance ; elle est restée aux Etats-Unis un pays de
tradition et de vieille culture (Université de Harvard, fondée dès 1636). Les puritains avaient débarqué en
Amérique du Nord par vagues successives ; le nombre croissant de nouveaux arrivants amènera un
assouplissement du régime et la fin de la théocratie5, mais l'esprit puritain persistera.
N.B. La mentalité puritaine a commencé à s'affaiblir et à régresser après la première
guerre mondiale (Roaring Twenties, 1919-1929), et surtout après 1960, avec l'avènement d'une société
permissive.
3/ Manifestations : la référence à Dieu (sans équivalent ailleurs).
:
- La proclamation d'indépendance fait référence à Dieu ; le premier amendement à
la constitution de 1787 concerne la religion (art. 1 du Bill of Rights, 1791).
- La mention IN GOD WE TRUST(Nous avons foi en Dieu) sur le dollar.
- L'investiture du président se fait par un serment prêté la main posée sur la Bible
(avec présence obligatoire d'un pasteur protestant, d'un prêtre catholique et d'un
rabbin).
- La Bible, vendue annuellement à 9 millions d'exemplaires aux Etats-Unis, est lue
par les Américains : quotidiennement pour 17 % ; toutes les semaines pour 23 % ;
au moins une fois en entier pour 26 %.
- La fête du Thanksgiving (Action de grâces) - commémorant le festival de trois
jours organisé par ordre du gouverneur William Bradford (un des passagers du
Mayflower) à l'automne 1621 en action de grâces pour les premières récoltes
1 Cet état d'esprit n'était nullement le propre des puritains. En effet, s'il se manifeste naturellement chez les pèlerins du
Mayflower débarqués à Plymouth (Massachusetts) en 1620, on le retrouve aussi bien dans la famille catholique de
lord Baltimore, qui crée le Maryland en 1632, ou chez le quaker William Penn qui donna son nom à la Pennsylvanie
en 1681. Tous étaient convaincus d'être élus par Dieu pour faire advenir dans ces contrées sauvages la nouvelle
Terre promise.
2 Cette explication a été développée par Max Weber (1864-1920), économiste et sociologue allemand.
3 Au départ, le Mayflower avait largué les amarres à Southampton le 15 août, devant faire route avec un navire plus
petit, le Speedwell. Cependant, à deux reprises, des avaries survenues à celui-ci ont obligé l'expédition à faire demitour ; finalement le départ s'est fait de Plymouth et sans le Speedwell.
4 Du moins jusque 1691, lorsque Londres donna une nouvelle charte au Massachusetts.
5 Le régime du Rhode Island et du Connecticut était d'ailleurs déjà beaucoup plus libéral.
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engrangées sur le continent américain - est une fête nationale depuis 1863 (dès la
fin du XVIIIe siècle, il était célébré dans toute la Nouvelle-Angleterre6).
- Dans un discours, le président John Fitzgerald Kennedy († 1963) a dit : " Sur
cette terre, l'oeuvre de Dieu passe vraiment par nos mains."
- Dans son discours le soir du 11 septembre 2001, le président George Walker
Bush parle de prier, cite la Bible (Psaume 23) et termine par l'acclamation " God
Bless America " (Dieu bénisse l'Amérique !). Tout ceci est typique de la
mentalité américaine, et nullement spécifique à la religiosité de ce président. En
France, où le régime est fondé sur le principe de laïcité de l'Etat, le président
aurait terminé simplement par " Vive la France ! ", sans aucune référence à la
divinité.7
2. Esprit démocratique.
Dès le XVIIe siècle se sont installées des habitudes démocratiques , par l'action de plusieurs
facteurs : d'abord l'importation sur le nouveau continent, par les Anglo-Saxons, majoritaires, de la très
ancienne tradition anglaise de limitation du pouvoir royal, de contrôle de l'exécutif et de participation au
pouvoir, ainsi que de règles constitutionnelles (1215, 1295, 1641-1649, 1688) ; ensuite l'abondance de la
terre, permettant au mouvement de colonisation de s'étendre d'est en ouest ; l'absence de noblesse héréditaire
; le recours au vote et à la représentation populaire (héritage du calvinisme genevois) ; enfin le mélange des
nationalités et des communautés religieuses, qui oblige les gens à s'entendre.
3. Identité originale face aux Indiens et aux colons français.
Les colons américains partagent un sentiment d'originalité, cultivent leur différence :
a) par rapport aux Français (Canada et Louisiane), méprisés en tant que papistes et sujets
d'un monarque absolu ;
b) par rapport aux Indiens, à la civilisation moins avancée, semi-nomades pour certains,
agriculteurs pour les autres et concurrents pour la possession et la mise en valeur des terres.
4. Solidarité face à la métropole.
Considérés par les métropolitains comme des citoyens de second ordre, voire des renégats, les
colons américains ont conscience d'intérêts communs aux treize colonies à l'encontre de la Grande-Bretagne :
ils n'ont pas de représentants au Parlement de Londres et sont soumis à un régime de dépendance
économique (pacte colonial*).
II. Origines du conflit avec la Grande-Bretagne.
A. Le point de départ : la guerre de Sept Ans (1756-1763).
C'est un conflit européen déclenché par la rivalité entre puissances impérialistes (Prusse, Autriche,
Russie) et par la rivalité coloniale franco-anglaise.
N.B. Ce conflit colonial entre une France avant tout continentale et une Grande-Bretagne grande
puissance maritime est marqué dès le départ par la position d'infériorité de la France :
- énorme infériorité de la flotte (notamment à cause de difficultés financières) ;
- indifférence d'une grande partie de l'opinion publique, qui attache plus d'importance à la
position française sur le continent - et, outre-mer, à la possession des Antilles (îles à
sucre) plutôt qu'au Canada (fourrures) ;
- infériorité du peuplement français en Amérique du Nord8 : s'il semble dessiner du nord au
sud un arc menaçant d'encerclement les colonies britanniques, ce peuplement est fort
inférieur, tant en chiffres absolus (environ 80 000 habitants, contre 1 500 000 colons
britanniques) qu'en densité (population éparpillée sur des territoires énormes).
La victoire du camp britannique (Grande-Bretagne, Hanovre, Prusse) sur le camp français (France,
Autriche, Saxe, Russie, Suède, Espagne) avait été consacrée par le traité de Paris (10 février 1763) :
6 Nom donné dès le XVIIe siècle à l'ensemble formé par les quatre colonies du groupe septentrional, à savoir NewHampshire, Massachusetts, Connecticut et Rhode Island.
7 Cette différence de conception est d'ailleurs si forte que, généralement, les Français s'obstinent à traduire erronément
un passage de la déclaration d'indépendance qui fait référence à Dieu.
8 On constate une situation analogue en Inde, où la France est évincée par la Grande-Bretagne dans la seconde moitié
du XVIIIe siècle.
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- F cède à GB toutes ses possessions à l'est du Mississipi (Louisiane orientale ) ; dès lors, les
possessions britanniques d'Amérique, jusque-là limitées (outre quelques terres au Canada)
aux treize colonies de la côte est, se trouvent augmentées vers l'ouest par d'immenses
territoires (peuplés d'Indiens et de colons français) s'étendant jusqu'au fleuve Mississipi.
La Grande-Bretagne reçoit en outre, aux Antilles, les îles contestées (la Dominique, la
Grenade, les Grenadines, Saint-Vincent et Tobago).
- F cède à E la Louisiane occidentale (ouest du Mississipi), en compensation de la Floride.
- E cède à GB la Floride.
B. Les facteurs du conflit entre la Grande-Bretagne et ses colons américains.
1. A partir de 1763, la Grande-Bretagne impose une limite (Proclamation Line ) au mouvement de
colonisation vers l'ouest, afin de ménager et d'administrer distinctement ses nouveaux ressortissants indiens
et français.
2. A partir de 1764, Londres revoit sa politique fiscale , assurant une stricte perception des taxes et
en établissant de nouvelles. Cette politique s'explique par la nécessité de renflouer le Trésor appauvri par la
récente guerre, d'autant que les colons n'ont apporté aucune aide et se sont même enrichis par le commerce
de contrebande avec les Antilles. Ces taxes sont considérées par les colons comme illégales parce que non
consenties, faute de représentation au Parlement.
3. A partir de 1765, la Grande-Bretagne interdit aux colonies l'émission de monnaie et leur impose
le logement de troupes britanniques.
N.B. La fermeté du gouvernement de Londres peut aussi s'expliquer par une politique inspirée par le
mépris et la méfiance :
- mépris pour ces descendants d'émigrés plus ou moins volontaires, marginaux,
dissidents ou hors-la-loi, qui ont renié et abandonné leur patrie ;
- méfiance et crainte par rapport à la mentalité américaine et aux idées nouvelles qu'ils
pourraient introduire en Grande-Bretagne même (en cas de représentation au Parlement), ce qui pourrait
constituer une menace pour le régime en place dans la métropole autant que pour le statut des autres
colonies.
III. Le conflit.
N.B. On parle parfois de la révolution américaine. Ce terme est à rejeter absolument. Il s'agit, dans
un premier temps, d'une sédition (1764-1776), et, dans un second temps, d'une insurrection (d'où
le nom d'insurgens) - et, du point de vue américain, d'une sécession.
A. Les querelles politiques (1764-1776) - sédition
- 1764 : protestation des colons contre les nouvelles taxes sur les importations nonmétropolitaines (mélasses, vins, café, indigo, tissus) et le rhum non-métropolitain.
- 1765 : opposition au Stamp Act9. Boycott des produits anglais et manifestations ;
condamnation de cette taxe à un congrès des représentants des colonies à New-York.
- 1766 : annulation par Londres du Stamp Act et réduction des taxes (sucre).
- 1767 : nouvelles taxes. Regain d'opposition et violences ; renforcement des troupes royales.
- 1770 : Massacre de Boston (Massachusetts). Une provocation de la part des Américains
fait cinq morts. Devant le boycott de ses marchandises, Londres retire les taxes, sauf sur le
thé.
- 1773 (nuit du 16 au 17 décembre) : Boston tea Party (La Partie de Thé de Boston ). Des
jeunes gens de Boston, déguisés en Peaux Rouges, jettent à la mer la cargaison de trois
navires (340 caisses de thé) appartenant à la Compagnie des Indes. - Réaction de Londres
(1774) : fermeture du port de Boston jusqu'au paiement des dommages ; limitation des
libertés du Massachusetts ; renforcement des troupes. Ces mesures ruinaient le commerce
de la ville et supprimaient pratiquement les libertés de la colonie ; appelées Intolerable Acts
par les colons, elles constituent l'étincelle de la guerre d'indépendance.
9 Loi votée en 1765, imposant un timbre fiscal sur les journaux, pamphlets, documents juridiques et commerciaux
(licences, contrats, testaments), cartes à jouer, réclames publicitaires, almanachs, etc.
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- 1774 : Quebec Act. Renforcement du Proclamation Act (1763), suite à la révolte des colons.
La vallée de l'Ohio (acquise de la France en 1763, et dont le loyalisme sera assuré par une
intelligente politique d'intégration) est désormais intégrée au territoire canadien, ce qui
bloque l'expansion vers l'ouest des colons américains. La loi rappelle en outre que la
métropole pourrait adopter une politique plus sévère.
- 1774 : premier Congrès continental, réuni à Philadelphie (Pennsylvanie). Les colons ne
rejettent pas l'autorité du roi (George III de Hanovre), mais bien celle du Parlement, tant
qu'ils n'y sont pas représentés ; ils réclament l'autonomie.
- 1775 (19 avril) : échauffourée de Lexington (Massachusetts). Violences à Boston et
environs.
- 1775 (mai) : deuxième Congrès continental, réuni à Philadelphie. Il ordonne la levée d'une
armée , dont le commandement est confié (15 juin) à George Washington, officier et député
de Virginie.
- 1776 (4 juillet) : proclamation par les treize colonies de leur indépendance (à la suite de la
Virginie, qui l'a déjà fait en juin).
* Déclaration d'indépendance : D 26/1 ; dollar : D 114/2.
B. La guerre d’indépendance (1776-1783) - insurrection (ou, du point de vue américain,
sécession).
1. Les forces en présence.
a) Handicaps des insurgens :
- pas d'autorité centrale ;
- manque de ressources ;
- mouvement loyaliste, en particulier dans le sud.10 Au total, un tiers des colons resta
loyal à la Couronne (sans oublier le Canada) ; les deux autres acceptèrent de se battre,
pour des raisons diverses d'ailleurs (beaucoup ont suivi le mouvement par peur).
b) Atouts des insurgens :
- tactique de la guerre d'usure (guerilla, harcèlement) : forts de leur connaissance du
terrain, les colons harcèlent par surprise les colonnes anglaises, habituées à la bataille
rangée ;
- ralliement de nombreux indifférents suite aux pillages effectués par les soldats
anglais.
2. Trois événements décisifs (après plusieurs défaites des insurgens).
a) Défaite anglaise de Saratoga (1777 ; act. Etat de New-York).
b) Arrivée de volontaires étrangers (1777), commandés par le marquis de La Fayette.
Quelques jeunes officiers étrangers, placés sous les ordres de Washington, vont jouer
un rôle déterminant dans le conflit. On citera :
1/ un Français : La Fayette (1757-1834), un noble libéral, débarque en avril 1777 ;
repassé en France (1779) pour obtenir des renforts en hommes et en matériel, il est
de retour en avril 1780. Il conduira l'assaut décisif de Yorktown (octobre 1781).
2/ un Polonais : Tadeusz Kosciuszko, qui a fait une partie de sa formation militaire en
France. Il contribuera à la formation de l'Académie militaire américaine (WestPoint) et sera le héros de la résistance polonaise contre la Russie.
3/ un Prussien : le baron Friedrich Wilhelm von Steuben (1730-1794), qui débarque en
1778. Nommé inspecteur général de l'armée américaine (1778-1784), il réorgnisera
celle-ci remarquablement et jouera un grand rôle au siège de Yorktown (1781).
c) L'alliance avec la France de Louis XVI (1778).
Elle sera négociée par Benjamin Franklin11 avec Vergennes, secrétaire d'Etat aux
Affaires étrangères, la France voulant prendre sa revanche du traité de Paris (1763), et
récupérer la Nouvelle-France (Canada).
N.B. La divergence de point de vue entre les Français (La Fayette) et les Américains
10 Après la reconnaissance des Etats-Unis (1783), environ 40 000 loyalistes se réfugieront au Canada (en NouvelleEcosse surtout) - alors qu'à cette époque la population britannique du Canada ne dépassait pas
10 000 habitants.
11 Philosophe, imprimeur, inventeur du paratonnerre.
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(Washington) allait empêcher toute reconquête pour la France. Chargé en 1777 par le
Congrès continental de conquérir le Canada, La Fayette pense travailler pour le
compte de la France, mais Washington - pourtant franc-maçon comme lui - préfère
saboter l'expédition plutôt que de favoriser une reconquête papiste . De même, en
1782, les Américains (Jay et Adams, anti-français, et Franklin, pro-français mais
minorisé) concluront une paix séparée avec la Grande-Bretagne, violant le traité
d'alliance franco-américain. Ainsi, ils obtiendront l'indépendance, mais ne feront rien
pour restaurer la Nouvelle-France.
3. La capitulation britannique (1782).
Après avoir tenu bon, les Britanniques sont défaits au siège de Yorktown en Virginie
(1781). Sur mer, l'avantage va à la flotte française, mais la défaite de l'amiral de Grasse
aux Antilles (Iles Saintes, 1782) va permettre à la Grande-Bretagne d'obtenir une paix
honorable (1782).
4. Le traité de Versailles (3 septembre 1783).
a) GB confirme l'indépendance (1782) des treize colonies et leur abandonne les
Territoires de l'Ouest, c'est-à-dire la Louisiane orientale (est du Mississipi).
b) E reprend la Floride12 à la Grande-Bretagne et conserve la Louisiane occidentale13.
c) F se voit céder par GB quelques îles aux Antilles (Tobago, Sainte-Lucie), Saint-Pierreet-Miquelon14, ainsi que des comptoirs sur les côtes du Sénégal. Piètres gains, tandis
que la guerre a lourdement grevé le budget de la France.
IV. La construction du nouvel Etat.
A. Nombreuses difficultés.
1. Conséquences de la guerre et de l'indépendance.
a) Perte, pour les armateurs du Nord, des avantages du commerce avec la Grande-Bretagne
et sa marine (franchise de taxes).
b) Endettement des planteurs du sud.
c) Mécontentement des anciens combattants, qui ne se voient rémunérer ni en argent ni en
terres.
2. Manque d'institutions communes.
a) Le Congrès continental, sans pouvoirs, ne peut prendre des décisions liant les treize
Etats.
N.B. Néanmoins, l'ordre est assuré, dans le nord par l'aristocratie communale, et dans le
sud par les grands propriétaires (il ne s'agissait pas d'un mouvement populaire).
b) Ni banque nationale, ni monnaie propre.
c) Différences importantes entre les Etats (douane, politique extérieure, etc.).
3. Désaccord sur le modèle politique à adopter : fédération* ou confédération*.
Une longue querelle (1776-1787) est survenue les anciens colons américains sur le système
politique à adopter. Elle oppose d'une part les partisans d'un pouvoir central fort, voulant
faire primer la solidarité nationale sur les droits et intérêts des Etats : ce sont les
fédéralistes du XVIIIe siècle (chef : George Washington, premier président), correspondant
à l'actuel parti républicain (dont la forme actuelle remonte à 1854) ; et d'autre part les
défenseurs du droit des Etats contre l'emprise du pouvoir central, réclamant un maximum
d'autonomie pour chaque Etat et aussi la plus grande extension possible des libertés
individuelles : ce sont les républicains-démocrates du XVIIIe siècle, groupés en parti par
Jefferson en 1801 ; ils correspondent à l'actuel parti démocrate (ainsi dénommé depuis
1829). Si les répubicains (ou anti-fédéralistes ) l'emportent dans un premier temps (Articles
de Confédération , rédigés en novembre 1777), c'est finalement la forme de la fédération
qui sera adoptée pour le nouvel Etat.
12 La Floride sera vendue par l'Espagne aux Etats-Unis en 1819.
13 Celle-ci sera cédée en 1800 à la France, qui la cèdera à son tour aux Etats-Unis en 1803.
14 Archipel de la côte méridionale de Terre-Neuve (océan Atlantique), comportant principalement l'île Saint-Pierre
(avec la préfecture de Saint-Pierre) et les îles Miquelon, et secondairement divers îlots (Ile aux Marins, Grand
Colombier, Ile aux Vainqueurs, Ile aux Pigeons).
7
B. La Constitution (1787). D 26/3. Amendements (dont 5 articles du Bill of Rights) : D 26/4.
En 1787, une convention (assemblée nationale constituante), réunie à Philadelphie sous la présidence
de George Washington (25 mai), vote la Constitution (17 septembre), qui entre en vigueur dès 1788.15
C. La capitale fédérale.
Il ne pouvait en être question aussi longtemps qu'on n'avait pas renoncé définitivement à l'idée d'une
confédération. Philadelphie (Pennsylvanie) a semblé jouer ce rôle jusque 1800, même si le Congrès a siégé
en bien des endroits avant d'aller établir son siège à Washington. L'Assemblée avait décidé que la capitale
fédérale - un titre auquel plusieurs villes avaient déjà affirmé leur prétention - ne devait appartenir à aucun
des treize Etats. On créa alors un district fédéral formé de territoires occupant une position centrale et qui
avaient été cédés par le Maryland et la Virginie ; à la mort du premier président (1799), ce district reçut son
nom : Washington.
V. Bilan : originalité du modèle américain.
A. Au plan externe : premier cas de décolonisation.
La proclamation d'indépendance (1776) affirme le droit de toute Nation :
- à disposer d'elle-même (liberté, indépendance) ;
- à l'autodétermination (libre décision quant à son organisation politique).
B. Au plan interne : un système politique nouveau (1787).
1. Une république (système réputé jusque-là irréalisable pour un grand Etat).
2. Un régime constitutionnel.
Il l'est au sens moderne du mot, car la constitution * de 1787, définissant l'ensemble de
l'organisation des pouvoirs dans l'Etat, est un texte fondateur d'un système et d'un régime
nouveaux. Il va donc beaucoup plus loin que le rappel ou l'accentuation de règles déjà
définies antérieurement, comme l'avait fait le Bill of Rights* britannique (1688).
Afin de garantir la pérennité de cette loi fondamentale, socle de l'Etat, on a prévu une
procédure très lourde pour y apporter des modifications : adoption des amendements par
chacune des deux Chambres du Congrès à la majorité des deux tiers, et entrée en vigueur
après ratification par les trois quarts des Etats.
N.B. La constitution (17 septembre 1787), avec le Bill of Rights (ensemble des dix
premiers amendements16 ; voté le 15 décembre 1791) et la déclaration d'indépendance (4
juillet 1776), forment les trois textes sacrés des Etats-Unis ; ils sont pieusement protégés et
conservés dans le hall des Archives nationales à Washington.
3. Un système fédéral* équilibré.
Les Etats-Unis forment une fédération *. La constitution établit un équilibre remarquable
entre le pouvoir central (gouvernement fédéral) et le pouvoir régional (à l'échelle de chacun
des 13 Etats, actuellement 50). Ainsi, au Sénat, les Etats sont représentés sur un pied
d'égalité, quelle que soit leur importance géographique ou démographique (2 membres par
Etat, soit 26 membres en 1789) ; mais à la Chambre des Représentants, ils le sont au
prorata de leur population. D'autre part, une bonne partie du pouvoir, notamment législatif,
reste aux mains de chaque Etat (y compris sur la peine de mort !), dans les limites
cependant de la Constitution.
4. Bicamérisme (système bicaméral).
L'assemblée représentative, appelée Congrès , possède un pouvoir délibératif et est
composée de deux Chambres : la Chambre des Représentants et le Sénat . Il s'agit donc
d'un régime parlementaire au sens le plus large, mais non pas du parlementarisme*.
5. Séparation très poussée des pouvoirs .
Ce principe est plus fort que partout ailleurs. Ainsi, le président ne peut dissoudre le
Congrès, ni le Congrès déposer le président ou renverser les secrétaires d'Etat (ministres)
15 A cette date, elle était ratifiée par onze Etats, auxquels se joindront la Caroline du Nord (novembre 1789) et le
Rhode Island (mai 1790).
16 Il s'agit donc, malgré son nom, d'un texte constitutionnel et non pas d'une simple loi comme le Bill of Rights
britannique de 1688.
8
- sauf procédure spéciale de mise en accusation (impeachment*). Quant aux neuf juges de
la Cour suprême, ils sont nommés par le président, mais à vie.
6. Un exécutif fort (régime présidentiel *).
Le président de la République, élu pour quatre ans, est chef de l'exécutif et choisit luimême ses chefs de départements (juges et fonctionnaires). Par son droit de veto*, il peut
annuler toute loi passée par le Congrès - sauf opposition des 2/3 du Congrès assemblé.
N.B. Compte tenu de ce régime présidentiel, la personnalité du président sera
déterminante. Ainsi, en 1803, le président Jefferson (1801-1809) acquiert la Louisiane de la
France, sans consulter le Congrès, alors que le Sénat est normalement habilité à ratifier les
traités.
7. Un système (et régime) libéral , consacré par la Loi.
L'accent mis sur la liberté est, encore actuellement, un des traits les plus caractéristiques
des Etats-Unis ; il résulte de la situation des immigrants dès les origines, et aussi de la lutte
menée par les colonies au nom des traditions libérales britanniques. Quant à la référence
systématique à la Loi (c'est-à-dire le droit, la légalité), elle souligne qu'on a affaire à un
Etat de droit *, dont l'arbitraire est donc banni.
Le libéralisme* politique américain se caractérise par un certain nombre de traits visant,
comme son nom l'indique, à préserver au maximum la liberté individuelle, grâce à une
limitation maximale de la puissance publique (Etat) :
a) une constitution (1787) énonçant l'organisation de l'Etat (système politique) ainsi que
les droits civiques fondamentaux ;
b) la décentralisation (Etat fédéral) ;
c) la séparation des pouvoirs ;
d) la protection de la liberté individuelle et de la vie privée des citoyens.
Ce dernier point est bien sûr consacré dans la constitution, mais plus encore dans
l'ensemble formé par ses dix premiers amendements et connu sous le nom de Bill of
Rights * (1791), dont l'énoncé marque le triomphe de la liberté individuelle.
Principales dispositions :
1/ Généralités
- Les droits individuels ne se bornent pas à ceux explicitement énumérés par la
Constitution (art. 9) ;
- Les pouvoirs, en dehors de ce que prévoit la Constitution, restent propriété des
Etats et des individus (art. 10).
2/ Droits civiques et protection de la vie privée :
- Liberté de religion, d'expression, de réunion, de presse, de pétition (art. 1) ;
N.B. La liberté individuelle en matière d'opinion et d'expression bénéficie d'une
protection extrême, puisqu'on va jusqu'à tolérer l'intolérance (p.ex. exprimer des
opinions racistes, inciter à la haine, etc.) ; dans les Etats européens actuels au
contraire, la loi fixe à cet égard des restrictions à la liberté.
- Droit de détention et de port d'armes (art. 2) ;
- Liberté et inviolabilité du domicile, sauf perquisitions selon la Loi (art. 4) ;
- Restrictions à l'imposition du logement de troupes : jamais en temps de paix sauf
consentement du propriétaire, et en temps de guerre selon la Loi (art. 4) ;
3/ Garanties judiciaires (art. 5 à 8), notamment : conditions des expropriations
d'intérêt public (art. 5) ; rapidité et publicité de la justice, droit à l'information, à la
défense, à la comparution de témoins à décharge (art. 6) ; droit d'être jugé par un
jury (art. 7) ; illégalité de tout excès dans les cautions exigées comme dans les
peines (amendes, châtiments) infligées (art. 8)17.
Remarque importante.
Le libéralisme politique est certes une composante importante de la démocratie, mais la nouvelle
république américaine ne possède nullement, à l'époque, un régime démocratique.
Le pouvoir, en effet, est réservé à une classe de riches propriétaires ; c'est un régime de suffrage
17 Les partisans de l'abolition de la peine de mort se réclament de cet article.
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censitaire *, qui distingue les citoyens actifs, pouvant élire et être élus, des citoyens passifs, privés de ce droit
de suffrage. Le régime relève donc de la ploutocratie*.
Un tel régime se justifie selon les critères de ce temps, à savoir :
1/ argument de justice (!) et de logique.
Certes, le suffrage censitaire est en opposition avec le principe d'égalité de tous les citoyens
devant la Loi et les charges. Cependant, on considère qu'il est normal de réserver le droit de vote (et, par là,
le choix des orientations politiques et des dépenses, c'est-à-dire ce qu'on fera de l'argent des contribuables) à
ceux des citoyens qui contribuent le plus à la richesse nationale.
2/ présomption de talents et de capacité. Voir politisation*.
a/ sur base des preuves qu'un citoyen a données dans le privé, en gérant sa fortune et ses
biens (terres, entreprise) et en conduisant des hommes (personnel), on peut raisonnablement penser qu'il
possède une aptitude à la gestion des biens (économie) et à la conduite des hommes (politique). Il serait utile
de voir ces talents mis au service de la collectivité.
b/ ayant du bien, le propriétaire dispose normalement des loisirs nécessaires pour
s'informer sur les affaires publiques et du temps requis pour étudier sérieusement les dossiers.
c/ présomption d'un certain niveau d'instruction (il n'existe pas d'enseignement gratuit)
nécessaire pour mesurer les enjeux politiques et faire des choix valables dans l'intérêt du pays.
3/ présomption de mérite : la fortune est normalement le fruit du travail, ce qui suppose du
mérite.
4/ présomption d'indépendance : quelqu'un qui dispose déjà d'une fortune sera sans doute moins
tenté par les malversations (détournement de biens ou de fonds publics) et risquera moins de faire une
carrière politique à des fins d'enrichissement personnel.
Remarques.
- Ce régime n'implique pas nécessairement, comme on pourrait le croire, une gestion contraire
aux intérêts du plus grand nombre. En effet, les intérêts des censitaires coïncident le plus souvent avec ceux
de l'ensemble de la Nation, qu'ils n'ont aucun avantage à sacrifier.
- Les citoyens passifs, s'ils sont privés du droit de suffrage, n'en sont pas moins, pour le reste,
des citoyens comme les autres, et à ce titre disposent des mêmes droits et devoirs, et bénéficient de la
protection de la Loi.
- Grâce à la remarquable stabilité des institutions mises en place par la Constitution (1787), une
évolution souple et graduelle mènera à la démocratie : dès 1812, plusieurs Etats se dotent du suffrage
universel , qui sera généralisé aux Etats-Unis en 1830, et ultérieurement étendu aux Noirs (1870), puis aux
femmes (1920) ; en 1971, la majorité électorale sera abaissée à 18 ans.
8. Bipartisme .
La vie politique américaine est dominée par l'alternance entre deux grands partis
politiques : le parti républicain et le parti démocrate .
Cette situation résulte de la longue querelle (1776-1787) qui a opposé les anciens colons
américains sur le système politique à adopter : fédération* ou confédération* (voir ci-dessus IV, A, 3).
Le bipartisme, qui fut aussi longtemps en vigueur en Grande-Bretagne, présente sur le
multipartisme l'avantage de permettre la constitution de gouvernements homogènes, ce qui dispense de
composer laborieusement des coalitions dont les différentes parties doivent constamment construire des
compromis entre les différentes tendances existant en leur sein.
Cependant, le bipartisme américain est beaucoup moins rigide que son homologue britannique.
En effet, chacun des deux grands partis comporte une aile conservatrice et une aile progressiste. Cela
explique que, le plus souvent, les lois fédérales sont votées par une coalition de conservateurs ou de libéraux
émanant des deux partis.
Comme dans les autres régimes bipartites, chaque parti ne peut l'emporter qu'en ralliant l'électorat
centriste (a priori indécis). C'est ainsi que, généralement, les programmes électoraux présentent entre eux peu
de différences importantes ; dès lors, les électeurs n'ont pas à opérer de choix très tranchés (no real choice ),
du moins sur le fond.
N.B. Il existe une grande différence - qui, il est vrai, a tendance à diminuer depuis quelques
années18 - entre les partis politiques américains et leurs homologues d'Europe (à l'exception, dans une
18 On constate en effet une évolution significative des partis politiques en Europe même, sous l'action de plusieurs
facteurs : faillite des régimes communistes, estompement des contours idéologiques par le fait de la mondialisation,
10
certaine mesure, de la Grande-Bretagne). Ceux-ci sont fondés sur une idéologie dominante qui les différencie
fortement les uns des autres et qui se traduit par un programme axé sur de grandes idées, des idéaux, des
projets généraux et à plus ou moins long terme, dans une approche plutôt théorique ; ils sont aussi souvent
des partis de classe, défendant avant tout les intérêts d'une ou plusieurs catégories sociales bien définies. A
l'opposé,les partis politiques américains ne sont pas fondés sur une idéologie dominante et ne sont pas des
partis de classe, mais des coalitions d'intérêts ou de groupes ethniques. Partis de cadres plutôt que partis de
masse, ces formations politiques visent avant tout, dans une perspective pragmatique, à mobiliser les forces
vives de la nation pour mettre en place un gouvernement solide, homogène et fonctionnel, capable de
réalisations efficaces, de solutions à des problèmes plus concrets.19
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d'une mentalité plus tolérante et plus ouverte à la solution de problèmes pratiques, nécessité de prendre en compte
des problématiques restées jusque-là l'apanage d'un autre parti, par exemple en matière d'écologie, etc.). Par
conviction ou par nécessité électorale, les partis sont amenés à élargir leur vision et leur programme en atténuant
fortement, voire en abdiquant leurs convictions de base, y compris au niveau des étiquettes.
19 On retrouve ici l'opposition de mentalité entre d'une part l'empirisme des nations maritimes (Grande-Bretagne,
Provinces-Unies, Etats-Unis), surtout anglo-saxonnes, cultivé par une bourgeoisie active et dynamique, et d'autre
part l'abstraction et le juridisme souvent rigide et verbeux des peuples latins, en particulier la France.