Gianni Motti - Cahiers d`Artistes

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Gianni Motti - Cahiers d`Artistes
Gianni Motti
Pro Helvetia
Fondation suisse pour Ja culture
Cahiers d'arti tes 1999
Editorial
Gianni Motti est un hyperactif. II est toujours en evei l. Cette hyperactivite
c'e t son mode de vie. Ce la tient d'une attitude globa le, baignee d'un channe
constant qui fait que chaque moment est important, qu ' un vernissage comme un simple
dlner ne peuvent etre banals.
Gianni Motti est un radical dont les po itions ne sauraient tenir lieu de bonne conscience
au milieu de l'a rt. Elles nous renvoient de fayon directe aux prejuges comme a l' impuissance qui nou rongent, a notre incapacite a reagir, a notre ego"lsme comme a notre ethnocentri me.
Gianni Motti est un moteur d'activite permanent, d'une profonde acuite. Ses interventions
prennent la dimension de rumeurs qui depassent Ja spbere de l'art. C'est un renegat, libere
des röles preetablis. C'est une fois degagee de tous discours et de tout contexte artistique
que son activite prend toute sa va leur.
Armelle Leturcq
Editorial
Gianni Motti is a ball of energy. He's forever on the alert. Hyperactivity is his way of life.
lt has to do with an attitude of unfla gg ing charm, which makes every momentan important
one, be it the opening of a show or just having supper - nothing can be commonplace.
Gianni Motti i al o a radica l who takes stands that tbe art wor ld cannot appropriate to clear
it consc ience. He refers us directly to the debilitating consequences of prejudice and
impotence, to our inability to react, to our ego ism, and to our eth nocentricity.
Gianni Motti is also endowed with an extrerne ly keen eye. His intervention take on the
dimension of rumours which go beyond the sphere of art. He is a ren egade, who has shed
all preordained roles. It is on ly when hi work is detached from all discourse and from all
artistic context that it assumes its fu ll worth.
Armelle Leturcq
CiaoMAMMA
Matc h de basket: Chalon-surSaöne!PSG D l , 24 janvier l999
Es pacc des arts: Ex position Xn
Chalon-s ur-Saöne
Je n'aijamais ete une fan de sports d'equipe, mais lorsque Gianni Motti m'a propose de l'accompagner dans
Je gymnase situe dans Je meme bätimenl de beton
Seventie que l'«Espace des Art » de Cha lon-surSaöne, j'a i acceptc. on offre n'etail pas toul a fait
desi nleressee, il s'agissa it en fa it de l'a idcr a porter un
panneau publi cilai re, exec ute le jour meme par Ja sy mpathique equ ipc techniq ue de l'espace de arls.
Je ne pus m'empecher d'etre prise d' un fou rire ta ndis qu e nous traversions Je bar sportif, puis les couloirs
et Jes vestiaires, pui s Ja porte et que nous so mmes entres dans l 'arene, en portant a Ja queue Jeu Jeu les deux
banni eres qu'avait fa it fabr iquer Gianni Motti ; ca r
j'etais devenue, co mme les ramasse urs de ball es dans
Jes matc hes de tennis, un e parti cipanle in vo Jontaire,
mais non inco nsciente, a l'action qui se deroul era it plus
tard. Nous avon pose ces panneaux publi citaires il une
place strategique, en bord ure de piste, aux cötes d 'a utres publ icites.
La beaute, souvenl, de ces caJi cots, c'est Jeur absolu
denuement d'images, notamment lorsqu e Je message
publ icitaire e t local. C'est ce qui se pas e aussi dans
Jes cinemas, dont Ja baisse ,de frequentation ob li ge il
accepter, entre deux ann onces pour des cremes glacees
ou des te lephones portables, une rec lame va nlant Ja
pizzeria du co in , Jes se rvices du garagiste d'a cöte.
ous n' avio ns pas idee, alors eul s dans Je stade co uvert, ouvrant les bras en un !arge geste d' acc lama tion ,
que Je match sera it vu, cn fa it, par des milJions de spectateurs, puisqu'il ava it l' honn eur d'etre retrans mis en
direct, televisuel lement.
Mais quand vi nt Je so ir du 24 janvicr 1999, Je verni ssage de l'ex position Xn, a laque lle parti cipait Gianni ,
debuta en meme lcmps que Je match, au lade attenant
a l'ex position. To us Jes bill ets ava ient etc ve ndus et
c'est a la te le sur anal +, qu e nous avo ns vu Ja performance de Giann i. haq uc bandero le apposcc pres des
buts eta il filmee invo lonta irement par les camcramen
de Ja chalne lorsq u' ils cadraienl un moment crucia l du
match.
Alors ' inscrivait en gros plan derriere les joueur ,
«ciao mamma» - J'enonce qu e Giann i Motti ava it fait
inscrire en ro uge sur fond blanc. «Ciao mamma».
Adieu maman , un adie u du Midi, un bonjour. C'est Ja
petite anno nce, Je message perso nn c (inco n ·cienl ou
non (q ue dec li ne chaq ue perso nnc qui , co mme on dit
«passe» il la te le (ce qui ve ut dire a Ja fois, ai nsi qu e
Warhol J' avait enonce, qu 'elle apparalt sur l'ecran et
qu 'elle y disparaltra aussi süre ment). «Regarde, maman, je suis Ja» cette interjcction d' unc enfance ce rtainement prolongee cst ici mi e en eq ui va lence avec
tous !es enonces promotionnels, tels «B uvcz prite»,
qui figurcnl a ses cö tes. Gia nni Molli dcplacc Ja performance du cötc si luati on niste, de l'i nterve ntion te lcvisuelle (finaJemcnt Je se uJ detourn emcnt qui SC mcd iatise sa ns di ffi culte cst sa ns dou te le detourn ement du
medium mcme de Ja teJcv ision). 11 deplacc ainsi Ja pro-
blematique artistique du li eu teile qu' elle fut etab lie par
Robert mithso n: chez Gianni Molli , Je « ite» est Je
stade, et Je «No n ite» Ja televisio n.
«C iao Mamma »: ou l'a rt de jeter un e boute ille il Ja
mere.
Elisabeth Lebovici
CiaoMAMMA
Basketballmatch: Chalon-sur-Saöne/PSC Dl, 24
January 1999
Espace des a rts: Exposito n Xn, Chalon-s ur-Saö ne
J've never been a team sports fa n, but when Gianni
Motti suggested 1go with him to th e gym located in the
same l 970s co ncrele building as thc ha lon-s m- aö ne
"Art Space", J acccptcd. His offc r was not unmotivated. 1 actua ll y had to help him carry adve rtising
hoa rdi ng.
J co uldn ' t help bursti ng in to laughler as we crossecl
th e ports bar, then wa lked through the co rri dors and
chang ing rooms, ancl fina ll y entered th e door leacling to
the arena, ca rrying in sing le fi le the two ban ners that
the friendly Art pace technical team had made for
Giann i Motti. Likc all those ball -girls at tennis
matches, J' d becomc an unin tcntional, but not un wittin g, parti cipant in th e forthco min g action.
We put th e hoarclin g in a slraleg ic spot ncx t to th e
other track-s icle adverti sements. The bea uty of th ese
banners ofte n resides in th eir being tota ll y dcvo icl of
images, es pcciall y when the publi cily is for a loca l
firm . Thi s is what happens in ci ncmas as we il , where
dec lining attendance is forc ing th em lo place co mmercia ls for the loca l pizzeria or garage betwee n spots fo r
icc crea m and ccll phones .
Alone there in the cove recl stadium, spread ing our
arms in a sweeping ges ture ofa ppl ause, wc had no idea
that th e match woul d actually be see n by mi lli ons of
viewe rs, sincc it was being broaclcast live on TV. But
when the eve nin g of 24 Janu ary 1999 ca me aro und, the
opening ofthe Xn ex hibiti on, in whi ch Gianni was represented, coincided with the match ncxl door. All the
tickels had been so ld and we watched Gianni 's performance on Canal+. Eac h banner fixed nea r th e goa ls was
fi lmed, like it or not, by the TV ca meramen, when th ey
homed in on cru cial mome nts in th c 111atch. So, ri ght
behind the players, in closc- up, vicwe rs saw th e wo rd s
"ciao ma111111a" - Gia nni Molli 's slatemcn t wrillen in
red on a white ground .
"Ciao 111a111111a." Good bye 111u111111y, a wa y of say ing
goodbye in Lhe so ul h, ancl a way of'say in g hcll o. Jt's th e
small ad, th c persona l message that "gels aired" on TV
(w hich also 111cans, as Andy Warhol sa id, lhal il appea rs
on the sc ree n ancl th en just as surely disa ppea rs).
" Look, 111u111my, it's me." This interj eclion, indicative
no doubt of a prolongecl chi ldhoocl, is here pul on a
par with neighbourin g, pro111otional ex hortation s like
" Drink Sprite".
Gianni Motti sh ifts hi s performance away fro111 th e
situat ionist ang le and from TV intervention (in the
end, the only TV-friendly hijacking is undoubtedly the
hijacking ofthe ae tu al 111ediu111 itse lf), thereby shi ft ing
the art istic issue ofp lace, as set lo rth by Robert S111ithson: Gian ni Motli 's "site" is the stadiu111, and hi s " 11011site" is TV.
"C iao 111a111111a" or the arl of tossing a bottle at 111other
an d into the ea. [play on Fr. ho111ophones: 111ere and
111er].
Elisabeth Lebovici
Entierro 0 1
Ribarteme igo, E pagne, 29 juillet
1989
Le 29 juillel l 9 9, en l'cglise de Ribarlemc, Vigo,
devail SC clcrouler une grande cercmonic cn l' honneur
de anla Marta, proleclrice du village el sa:ur de
Lazare. Le morccau elail lrop beau pour cchapper a
l'arli le qui elail clan la rcgion pour parliciper a unc
expo ilion ur l'art et la mort. II clecide alor de 'infillrer dan la ceremonie dans un cercueil. La fetc en
l'honneur de anta Marta devienl pelit ä petit une
authentique ceremonie funebre ... Le eure change de
programme, la fanfare, prete ä jouer de paso cloble,
improvi c de requiem , de pleureu es se lamentent
doucement ...
Beaucoup d'arli tcs ont joue avec la fiction de lcur
propre mort, mai jamai eile ne les a mcne i prcs de
la tombc. L'annoncc du dece de Gianni Motti ctait
paru le jour mcme dan le journal regional. EI Je 29
juillet 1989, il repo e lä, cercueil ouvert dans l'egli e
de Ribarteme, Vigo (Espagne). a pre enee ne trouble
pa Je recueillement de habitant du village, meme i
ce jour-lä il etaient venu en nombre pour celebrer
anta Marta, leur ainte proteetriee.
La eeremonie eommence, Je eure benil Ja statue et lc
jeune mort, puis Ja foule envahit le rue de Ri barteme,
uivant en proce ionju qu'au eimetiere Je eereueil de
Gianni. Motti. paupierc fermee , vi age impa sible,
entend les ehanls, la musique, le prieres et les ehuehotcments «ll a l'air i jeune» - la marche s'allonge
ou le olcil. Peu a peu, an que on vi age pui se
montrer la moindrc emotion, Gianni Motti e troublc.
La eonseienec de la realite 'estom pe: il vit son enterrement. Le temp dure, 'ctire, et la marehe eontinue
avec es chant , e priere et se chucholemenl .
Fin de Ja proccssion . Le cortegc et Je mort entrcnt
dan Je cimetiere. On depose le cercuci l pre d'un trou
creu e pour un defunl qui devail etrc enterre Je lendemain. Le ilenec e fait. Le eure commenec Je pricre
du dernier adieu. La foule a les !armes aux ycux. Une
grande emotion regne dan le cimctiere. Le a si tants
qui portaienl lc cercueil sonl trouble et ne savcnl
meme plu i Gianni e 1 mort ou vivant. L'un d'eux e
bai e et chuchote ä l'orcille de on maitre: «EI mainlcnant?» Motti se lrouve dans un cu l-clc-sac. 11 faul
reagir vite.
Quclque minute , un oupir, un ilence cl Gianni
Motti tcnte de sortir di cretemenl du cercueil. Le
momenl de stupeur e t de courte cluree: il faut touehcr
le miraeule! Dan un ai i semenl incontrölablc, les
mains e tendent, attrapent, pincent, aecroehcn t, dcchirent. Gianni Motti ne peut que ehereher ä e clcrober,
effrayc, ä 'enfuir et ä «disparaitre» pour quelque
jours ...
II exi te unc video de cet evenement {duree 45 min)
qui n'a etc montrce que huit ans aprcs l'enterrement, it
Ja Ga lerie Analix {Gcncve).
Fram;;olse Nlnghetto
Entierro o 1
Ribarteme igo, pain , 29 July 1989
On 29 July 19 9, a major ceremony in honour of anta
Maria, patron aint of the village and ister of La.larus,
wa to be held in the ehureh of Ribarteme Vigo. The
opportunity was too goocl to mi for the artist, who
happened lo bc in th c taking part in a nearby exhibition
011 art and death. l le dccicled to in filtrate the ceremony
in a comn. Thc fe tival in honour of anta Marta gradually turnecl into a real funeral ecremony. „ The pric t
switehed agendas. the village band, primecl to play
ome pa o cloble, improvised requiems, and mourning
wome n obbccl quietly „.
Lot of artist have toycd with the makc-belicvc of
their own death, but never has death taken them so
elose to the grave. The announeemen t of ianni
Motti 's death appearccl the very samc day in the
regional new paper on 29 July 19 9, as hc lay in an
open eomn in the ehurch of Ribarteme Vigo { pain).
ll i prcsence die! not disturb the contemplative hu h of
the villager , even if, on thal parlicular day, they had
lurned out in fo rce to celebrate Santa Marta, thcir
patron sai nt.
The eeremony got under way, the priest ble sed the
statue and th c youn g clecca ed man , then the erowd
spilled into lhc strcels of Ribartemc, forming a procc sion to fo ll ow Gianni's coffin to th c cemetery. With hi
eyes elosccl and his facc motionle s ancl impas ivc,
Motti hea rd all thc chanting, the musie, the prayers ancl
the whispercd remarks " l lc looks so young" as the
eortege wouncl it way along in thc un. Liule by little,
bul withoul hi faee betraying the lighle t Feeling.
Gianni Motti grew anxious. ll i awarene of reality
wa beeoming blurrccl: he was li ving his own burial.
Time stretehecl immcasurably, ancl the proces ion earricd on with it chanting, prayer and whispcrs.
Fi nall y the proce sion was ovcr. Thc eortege and th c
dcccascd cntered th c eemctcry. The coffin was set
down elose to a hole dug for a deeea ed per on due to
be buried the ncxt clay. ilcnee feil. The priest started to
reeite the prayer for the final fnrewell. Tear nowed.
The eemetery was awash with emotion. The as istants
bearing the eoffin were anxious, not even sure anymore
whether Gianni wa alive or dcacl. One ofthem stoopcd
and whispered into his ma ter's ear: "What now?"
lotti was in an impasse. omething had to be clone,
and fast.
A few minutes passed, there was a sigh, a silenee, and
then iann i Motti tricd to slip clisercetly out ofhi eoffin. The momcnt of froLcn amucmc nt was short-livcd.
Pcop lc instantly stru ggled to touch the miraeulously
healed man! With uncontrollable emotion. pcople
reaehed out, grabbcd, elutehed, elung and tore. All
Gianni Motti could try and do was stcal away, terrified,
nce and "vani sh into thin air" for a few days ...
The video ofthis event (45 min) was not hown until
eight years a11er the burial. at the Analix Gallcry
(Gcneva).
Franc;olse Ninghetto
CAN, Centre d'art euchatel
septembre I octobre 1995
A l'occasion du premier match de la saison de LNA
1995- 1996,
eucbätel Xamax/Young Boys Bern,
Gianni Motti mel en confiance le president de Xamax,
club de footba ll evoluant en premiere division uisse,
en lui faisant croi re qu' il est un artiste italien travaillant
depuis des annees autour du sport et lui propo e de
faire quelques photos dans le vestiaire, avant le match.
lmpressionne par l'artiste sportif et par le ca lcio italien
qu 'i l adrnire, le president lui donnc son accord. Mais
juste pour quelques photos. Motti ne quitte plus le vestiaire .
Fidele il sa strategie d' infiltration, Gianni Motti se
meut en vrai pro fe sionnel. II end o se le mai ll ot so us le
regard urpris des autres joueurs, («Tiens!» e dit Perret, cap itaine de l'equipe et titulaire dep uis plus de dix
ans, «encore un nouveau joueur. Decidement on me
cache des choses!»). Tl passe comme tout le monde sur
la lable du masseur. Entre sur le terra in, touc he
quelques ba lles et, sous le regard des te levis ion s et des
11000 pectateurs presents ce soir-lil, serre les mains de
l'equipe adverse, sa lue la foule, qu itte la pelouse et
s'assied sur le banc des remplayants. A la fin du match,
il jette son maillot dans les trib un es. Une infiltration
parfaitement reussie a un detail pres, qui pourtant
echappa ä tout le monde: Giann i avait conserve ses
chaussures de ville, des mocassins noirs il semell e li se.
Les mäts de cocagne que Gianni Motti a presentes au
CAN souli gnent parfaitement l' utopi e qui ous-tend sa
demarche artistique. La Cocagne, Eden lointa in, Graa l
virtue l, plane toujours quelque part au-dessus de nos
tetes. La ocagne, illusion malefique: on peul grimper
non sa ns peine le long du mät enduit de graisse. On
peut essayer de clecrocher le jambon, le Windows 95,
l'ours en peluche, la fiasque de vin , le alami „. Mais
la ch ute - inev itable - sera douloureuse.
A la fin du mois d'aoüt 1995, Gia nni Motti rencontre
Mister RG , grand magicien. II sera pendant deux
semaines son eleve. ll apprend vite, assimi lan t les techniques les plus ardues avec une faci li te qui deconcerte
son maltre. Peu ä peu, fasc ine par cet artiste do te d' un
rare talent d'adaptation, Mister RG lui livre les clefs de
certains secrets fascinants .
Le jour du vernissage, l'eleve est pret. Devant une
foule ebahie, Gianni Motti levite, flottant tranqui llement dans les espaces d'exposition. Puis, avec le sourire, il se fa it decouper le visage en ronde lles, passe une
herse au travers de son corps auque l il boute le feu.
Enfin, te ile une apparition revee, il disparalt et apparalt
ä volonte, peuplant le CA d'ombres chlorotiques.
Depuis cejour, le CA n'est plus pareil. Les visiteurs,
plus nombreux les jours de fete, arpe ntenl le sal les
d'exposition le dos voüte et ressemb lent ä autanl d' inspecteurs Colombo en quere d' indices. De minuscu les
tro us dan le mur ec lairent certaines th eories sur la
maltri e de la gravitation. Des traces aureo lees sur le
so l (que je prenais na'ivement pour des tae hes de vin)
semblent erediter les pouvoirs d'ubiquite de certains
etres. Les murs, l'espace tout enlier esl habile d' une
densite indicible, d'un entiment eonfu mais tenaee: il
est lä, quelque part.
Marc-Olivier Wahler
CAN Centre d 'art euchatel
September - October 1995
During the first match of the 1995- 1996 footba ll season - Neuchätel Xa max vers us Young Boys Bern Gianni Motti in troduced himse lf to the chai rm an of
Xa ma x (a Sw iss Division One footba ll club) as an ltalian artist whose long-time ubjeet matter was ports.
Motti came up with th e idea of taking a few photos in
th e chang ing room before the match. lmpressed by the
sporting artist and even more by ltalian footba ll , the
chairman gave the go-a head, but on ly for a fcw photographs. lnstead the artis t stayed pul.
Pursuin g his infi ltration tra tegy, ianni Molli turned into a rea l profess ional. He lipped on the team shi rt,
much to the surpri se of the oth er players (" Hey !'', Perret, the team ca ptai n and playe r ofmore than ten yea rs'
standin g, thought to himse lf, "a nolher new player. Peopl e are defi nitely hid ing things fromme! "). Like everybody eise, Motti had his spei! on the massage bench.
Once on the pitch, he touched th e ba ll a few Limes and ,
in front of the TV cameras and a erowd of 11 ,000 that
part icular evenin g, shook hand with th e oppos ing
team , waved to th e crowd, left th e play ing fi elcl ancl
took a seat on the ubstitutes' bench. At the end of th c
match, he tossecl hi s shi rt into th e stands. lt wa a
totall y success ful in filtrat ion, clespite one unclelectcd
cleta il : Gianni wore hi s orcl inary tow n hoes, a pair of
smooth-soled blac k moccasins.
The greasy poles (mäts de cocagne, in French) th at
Gian ni Motti showed at the CA apt ly illustrate th e
utopia und erlying his arti stic approach . ocka igne " land of milk and honey", di stan t Eden, virtual Gra il i alway floating somewhere above our heads. ocka igne, evil il lusion is a pole smeared with grease that can
be climbed, but not without a lruggle. You can try and
grab the ham, the Windows 95 package, the leddy bear,
the wine flask, the sa lami. But when yo u fall , as yo u
inevitably will , it wi ll hurt.
In late August 1995, Gianni Motti met Mister RG , a
grand wizard. He became his pupi l fo r a fortn ight. He
learnt fast, getting to grips with the mo t exactin g of'
techniques so eas il y th at it disconccrted hi s teacher.
lntrigued by this artisl with his exeeptional ab il ity to
ada pt, Mi tcr RG gradu all y handed him lhe keys to
certain spell binding ecrets.
On the day of the open ing, th e pupil was ready. In
front ofa dumbfounded crowcl, Gianni Motli levitatecl
gently floating in the ex hibition rooms. Then wi th ~
6
7
milc, hc had his facc cut into slicc , dragged a harro\1
across hi body, and then sct firc to it. Last ofall, like
an apparition in a dream, hc vanishcd and rcappcarcd al
will, filling thc AN wilh strcakcd shadows.
Thc AN has ncvcr bccn thc same sincc. Visitors,
who comc in grcater numbcrs on holidays, pacc up and
down thc cxhib ition room , hunchcd over, looking likc
so many In pcctor olombos chccking for clucs. Tiny
holes in the walls shccl light on onc or two thcorics
abo ut controlling gravitation. ll alo-likc marks on thc
noor (which 1 na'ivcly took for winc stains) sccm to
allributc ccrlain bcings with ubiquitou powcrs. Thc
walls and thc wholc spacc arc fillcd with an indcscribable dcnscncss, a bewilclcrccl but persistent rccling: hc
is th crc, somcwhcrc.
Marc-Olivier Wahler
oiree prospect, C P, Paris,
8 Juillet 1998
Inside/O utside
Les gari;:ons etaicnl furieux et les lille coquines. Un
mercredi soir de match de coupe du monde l'annee derniere, Gianni Motli transformait le jardins du Centre
national de la photographie ä Paris en ant ichambre de
sitcom. Les filles d' un cöte, le gari;:ons de l'autre. Plaisanterie cu lottee, bizarrement sexuee, san aut re justilication que son injustice candide, un peu olle. Lcs
gari;:on condamnes aux e paces verts du parc de la rue
Berryer, les lilles invitee dans le secret du CNP, confinees dans un espace aux volet clo , pri onnieres de
leur complicite avec l'arti te. ar Motti , l'reil en verve
et les cheveux plu fous que jamai , prolita de la belle
occasion qui lui etait faite pour faire promettre le secrct
ases captives d'un oir. L'artiste voleur de la moitie de
son public devenait ainsi voleur de pectacle. Que
s'e t-il donc pa e entre les sages mur de l'aile esl de
l'Hölel alomon de Rotschild? Magie noire, folie
blanche ou bull hit integral? Une performance par
defaut, abstraite car in visible et inraconlable, cent fois
plus memorable. A l'i nterieur, il faisait cha ud. Le
appariteur attendaient la finde l'experience pour fermer le portes du
P et courir voir le match. Dehor ,
les gari;:on s'ennuyaient et patientaient que leur tour
vienne. Bon ou mauvai genre? Au ortir de on
quart d'heure feminin, Gianni Motti e photographia
accroupi au milieu de ses femmes, parachevant la
bizarrerie de on intervention d'une touche de kitsch,
fai;:on equipe de foot Panini, l'arbitre autour et le
joueur au milieu .
ouvenir trompeur, quand on pense que les acteurs
les plus recepti ~ du dispositi f furent an doute les gari;:on , singulari e , fru tres, vexes, punis. Misen emoi,
bouscules, provoques et lina lement, activcs. Hi stoire a
l'enver d' une fausse exe lusion masculine.
Jade Lindgaard
" Prospect" Evcning at the C P
Paris, 8 July 1998
Inside/Out idc
The boys were mad and th e girl naughty. One Wednesday evening during la t year's World Cup, Gianni
Motti transformcd the gardens of the entre ational
de la Photographie into a sitcom-sty le antechamber:
gi rls on one side, boys on lhe other. The so le justification for lhis cheeky and bizarrely gender-o ri ented little
joke was its candid, slightly inane injusticc. Thc boys
were restricted to the green of the garden off Rue
Berryer, the girl were invited into the heart of the
P, behind clo ed hutters, impri oned in complicity
with the artist. Motti, with a twinkle in his eye and a
torm in hi hair, took advantage of th is fine opportunity to swear hi evening' eaptive to ecrecy. l-la vi ng
stolen half of his pub lic, the arti t now stole the show.
o what actua ll y happcned behind the demure wa ll of
the ea t wing of the Hötel alomon de Roth child?
Black magic, white madness or pure bull hit?
A performance by default, ab tract, invi ible, impossib le to recount, and a hundred time more mem rab lc.
Inside, it wa hol. Thc gua rd were waiti ng for th e end
of the event so they could closc the door of the
P
and rush off to watch the football. Out ide, thc boy
wcre getting bored, waiting their turn. Re pectable or
dubiou ? At the end of hi lifteen female minutcs,
Motti had himself photographecl quatting amicl t the
ladies, thus rounding offhi bizarre intervention with a
touch of kitsch, like a bubble-gum-card Football tea111
with the referee to the siele and the player in the middle. The souvenir was cleceptive, when one thinks that
the most receptive players in hi how were the boys it
et apart, frustratecl , vexed and puni hed. Worked up,
pushed around, provoked and, in the end, activated.
The inverted tory of a false ma culine exclusion .
Jade lindgaard
10
Git11111i Motti Assis1t1111
Tour du mondc, 1997/98
T hc mad profcssor
C'est la renconlre inatlendue d' un journal, L' l lumanite, organe d'obcdience communi te. et d'un collcctif
d'art de la rue Oberkampf, Glas box. Un clin d'a:il plus
qu'un veri table dialogue, un croisemenl furtif plus
qu' un rendcz-vo us constru il. II s'agit donc cl'un articlc,
ou plutöt cl' unc photo, pa ruc dans un numcro de
L'Huma de mai 98. Un cliche de manif, co111111e les
page du quotidien en regorgenl, en l'occurrence un
ra semblemenl anti-Front national a Pari . Au premier
plan, Robert llue, ecretaire general du parti, entoure
de clignitaires du Parti communiste frani;:ai . Et un peu
derriere, perdu dans Ja foule, mais bien visible sur Ja
photo, un jeune arborant un T-shirl a l 'inscription nette
et lisible: «Gianni Molli Assistant)). L'imagc serait passee inaperi;:ue si elle n 'avait cte reperee par un connai seur et accrochce au mur de Glassbox, lor d' une
cxpo ition intitulee Loi irs, working titlc. Flash-back
et explication.
L'annce prececlenle, un ctudiant de I' Ecole des
beaux-arls aGrenob le rei;;oil une bourse pour lravailler,
ix mois durant, comme a i lanl d'un artiste reconnu.
Le jeune homme choisit Gianni Moui, qui e relrouve
bien embarras e par la C0111pagnie de Celle aicle inatlendue, tant on travai l s'evertue clepui toujours a ne qua iment - rien produire, en tout cas rien fabriquer de
concrel. II opte clone pour une solut ion de facilitc touristi que: envoyer ba lacler l'apprenti ma is au tour du
monde, pendanl les ix mois impartis, en financ,;ant Je
periple par sa bour e d'ctude. Londres, Gencve, Los
araYbes, I'Au tralie, Ja ouvelle-Zengele , le
lande, la Tanzanie, les Philippines ... Une eule condition: porter une marque, un signe cli tinclif qui le
ignalerait aux yeux de tous, san pour autant rien
dcvoi ler de a mission. D'oi1 le T-shirt. ne performance itincrantc qui rappe lle les voyages cl'un autrc
grand fantai i te, David Medalla, qui e fit aus i photographier de par le monde, pour apart a proximite de
lettres formant son 110111. Retour a Ja case deparl. Le
jeune homme achcve 011 errance it Pari , en mai . Jour
de manif. Dcrniere mi ion. Photo surprise. xpo ition
a Glassbox. La bouele e l bouclee et Gianni enchantc,
sacrc haut Ja main grancl maltre du tourisme narcissique. De l' utilite de l'inutile. Apprentis age chic.
Jade Undgaard
Gianni Motti s Assistant:
World Tour, 1997-98
The lad Professor
The unexpected encounter between a newspaper, the
ommunist publication l'Humanite, ancl Glassbox, an
art collective on the Rue Oberkampf in Geneva was
more a ge ture than a real dialogue, more a furtive
crossing of paths than a structured coming-together.
The piece in question i an article, or rather a photograph, published in l 'Humanite in May 1998; a shot of
a clemonstration of the kind frequently reported in this
daily: an anti- ational Front march in Paris. In thc
foreground, Robert Hue, secretary general ofthe Party,
urrounded by other ommuni t dignitarie . ot far
behind, clearly visible in thc crowd, a young man
wearing a T-shirt with thc word "Gianni Motti's a sistant". The image would no doubt have been forgotlcn
had it not been spottcd by a connois eur and hung on
the wall at Glassbox during an cxhibition entitlcd
"Loisirs, working title". ow, by way of explanation, a
brief tlashback.
The previou year, a student at the finc arts schoo l in
Grenoble was awarded a ix-month grant to work as the
a i tant of a recogni ecl artist. Thc young man chose
ianni Motti, who, ince hi work ha always sought to
avoid producing anything, or at least anything concrete, was at a loss as to what to do with thi unexpcctcd helper. In thc end, he settlecl on a touri tic so lution :
the young apprentice would pcnd the six months travelling round the world, financing hi tour with the
scholarship money. London, Gcncva, Lo ngele , the
Caribbean, Australia, New Zcaland, the Philippinc ,
etc. - the only condition was that he hould wear some
kind of a sign indicating his pre ence to all but not
revealing the nature of his mission. Hence the T-shirt.
This peripatetic performance reminds u of the travcls
of anothcr great fanta ist, David Medalla, who had
himself photographed in variou location around the
world stancling next to lcttcrs forming his name.
Back to quare onc. Thc young man ' wandering
came to an end in Pari in the month ofMay. The day of
a demo. l lere wa the final mi ion. A urprise photo.
An exhibition at Glassbox. He hacl come full circle and
Gianni was enchanted, crowned king of narcis i tic
tourism. The usefulness of the useless. And such a chic
apprenticeship to top it off.
Jade lindgaard
12
~nt de ce samedi: lti presence desjeunes.
Un gage pour l'ave
ge:
tes »
ns une amrnaval, leurs
se pre sent
res. Sophie.
ehe derriere
ore, ort de
rencherit :
' rega lite et
sont des vaelles nous
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he, mais on
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tant de voula ruc pour
ger le chouc Armelle
1se en marfumee d'un
guez. «De
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nant, il cst
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« Depuis Jean Mouün »
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l'Histoire,
bouffeed'
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a toujours
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Cushy Job
C11sl1yJob
Galerie Analix, Geneve,
24/10 196 au 20/11/96
An a lix Gallery, Geneva,
24 October - 20 November 1996
Le carton d' invitation annonce une expos ition de
groupe 0 [1 Je nom de Giann i Mo tt i apparalt au se in
d' un e lis te d'a rtistes ce lebres: Robert Harry, Th omas
Hirsc hh orn, Sol LeWitt, Ros mari e Trockel, etc. Les
nombre ux spectateurs acco urus ä la ga leri e, so nt
coofro ntes ä une quinza ine de photos de Motti en train
de rea liser des ce uvres de ces arti stes: on Je vo it peind re
uo e pein ture murale de Lil y va n der Stokker, entasse r
des boilers de Na ncy Rubin, ou asse mbler des fusees de
Sylvie Fleury. Apres avo ir ete to ur a to ur mag icien, terro ris te te lepath e et foot ba lleur, Motti epo use ici Je röle
de l'o uvri er, rö le qui est so uvent Je sien; il infil tre so n
lieu de trava il au gre des nombreux petits boulots alimenta ires qu ' offre Je monde de l'a rt. Ces cliches ont
ete pris ä J' occas ion de montages d'expositi ons Oll
Motti a trava ille en qu alite de mance uvre, de peintre,
etc . La plupart des ph otos ont ete fa ites a sa demand e
par !es artistes eux- memes qui, le plus so uvent, ne
sava ient pas que Motti eta it l' un des leurs.
Le cus hy job en qu esti on (un e express ion signifian t
boul ot pe inard) est celui de l' artiste: ici, Motti monnaye so n Jabeur un e de uxieme fo is en en revend ant
l' image dans une ga lerie co mme rciale. Dans cette mise
en sce ne, qui substitu e l' ou vrier- artisa n a l'a rti ste,
Motti se pose des Je depart en acteur du sys teme qu ' il
pi rate. Une des photos le montre en train d' insta ller
indi ffe remment es propres ce uvres au Mamco. II ne
s'a pprop ri e pas ta nt les ceuvres qu ' il fa brique que Ja
va leur sy mbolique du trava il qui Jeur e t ass ignee. Sur
chaqu e photo Gianni Motti est Ja, ouri ant, Je cce ur il
l' ouvrage. L' image qu ' il donn e de l'o uvri er es t joyeuse, des in te ressee, utopiq ue: un rö le äjo uer po ur Je bien
de tous, ce lui de l'art. Dans une vil le qu i, pend ant longtem ps, a ex pl oite un e main-d'ce uvre sai so nni ere d'o ri gi ne ita lienne - avec toute Ja bonne co nscience qu ' il se
doit - l'effet grin9a nt de Ja demonstrat ion n'en es t qu e
ren Fo rce.
Cushy Job es t egalement le nom de l'agence de placement tempora ire install ee par l'artiste au deuxieme
etage de Ja ga leri e. Pendant toute Ja duree de l'expos ition, Ana lix placera des ann onces da ns !es journ aux
loca ux, as urera un standard te lephoni que, etc. En tout
et pour to ut, pres de vingt perso nnes tro uveront du travai l, des petit bo ulots allant du co urs d'anglais il Ja
menu ise rie. Moins chanceuses, deux jeunes artistes
genevoises «ä la recherche d' un mece ne» ne re9 urent
q ue des o ffres de boltes de stri p-tease.
The in vita ti on ann ounced a group show with Gianni
Motti 's name appea ring among a !ist of fa mous artists:
Robert Barry, Thomas Hirsc hhorn, Sol Le Witt, Rosemari e Trockel, etc. The horde of visitors wh o f'l ocked to
the gall ery to see this promi sing array found th emselves co nfronted with some fiftee n photog raph s of
Motti settin g up these arti sts' works: pain ting a mu ra l
by Lil y va n der to kker, piling up Na ncy Ru bin 's boil ers, and assembling Sy lvie Fleury's rocket . Afte r
being by turns a magic ian, a te lepathi c terro ri st and a
foo tballer, Motti here ass um ed th e ro le of handyman a part he often plays, scrapin g by on the little part-time
jobs offe red by th e arl wo rld. These photos we re taken
during the mountin g of ex hibi tions where Motti was
emp loyed as a tec hni cian . The maj ority were taken at
his requ es t by th e artists themse lves who, in most
cases, did not rea li se that Motti was one of th em.
The cushy j ob in qu es ti on is that of the arti t. Molti
ca pi ta li es on hi s labour tw ice, as he re-sell s th ese pi ctures in a co mmercial ga ll ery. ln this presentati on,
which replaces th e arti st by th e crafts man-cum-wo rkman, Motti poses from the outset as a playe r in the syste m that he is hij ac kin g. One of the photos shows him
installing hi s ow n wo rks helter- skelter at th e MAMCO.
l-l e does not appropriate th e artwo rks he is pa id to co nstru ct bu t rath er th e sy mbo li c value of the lab our
ass igned to th em. On every ph oto, Gianni Motti is
there, smiling, the ve ry nub of th e wo rk. The image he
prese nts of th e wo rke r is a j oyous one, se i f'l ess and
uto pian - the role played fo r th e co111111on we lfa re of
one and all , the ro le ofa rt. The fact th at seaso nal labour
hailing from ltaly has long been u ed in the city - with
all clue clear co nscience - merely reinforces th e grating
effect of the demonstrati on.
Cushy Job is also the name ofthe temp age ncy set up
by the artist on the second f'loor ofth e gal lery. Throughout th e show, An ali x pu t acls in local papers, manned
a sw itchboa rd, etc. In all , twe nty-odcl peo ple found
work, part- tim e j obs ranging from English lesso ns to
ca rpentry. Two yo un g artists fr om Ge neva " looking for
a patron" were less fo rtun ate, and onl y had offe rs from
Striptease joints .
Fabrice Stroun
Fabrice Stroun
14
-
15
Fond · ca11to11al d'art 11is11el,
Haut-Commissariat a11x Droits cle
l' Homme, Palais Wil on , Gcncve
Du 26 avril au 15 mai 1999
i c'e t l'occasion qui fail le larron. l'adage e verifie
regulierement dans l'reuvre de Gianni Motti. 'adaptanl ä chacun de contexte qu'il rencontre, cc Robin
des Bois contcmporain s'infiltre oi1 bon lui cmble
pour tentcr de rctablir a travers le champ de l'art lcs
equilibre sociaux economiques Oll politiquc Oll tout
au moin pousser l' individu it s' intcrroge r sur des que tions embarrassantes.
En gu isc d'occasion, celle de participer a unc cx position de groupe d' une vingtaine d'arti tes rc idant en
ui e, intitulee «Droit de l' Homme / Human Rights»
ne pouvait mieux 'accorder aux intention originelles
de l'arti te. elle-ci se deroule de urcroit au Palais
Wilson ä Geneve, soit l'ancien iege de la ocicte des
ation , ancl!tre de 1'0 U. L'expo ition c t organi ee
au nom du Haut- ommi ariat aux Droit de l' Hommc,
cn l' honneur des 150 ans de la onfederation et du
Jubile de la Declaration des Droits de l' Homme.
utanl dirc que Gianni Motti, l'un de dcrniers artiste humani tc , trouve In parfaitemcnt sa placc. Lui qui
s'e tju tement infiltre ä la 53e e ion de Droit de
I' Homme aGeneve cn novembre 1997, et qui occupait
le siege du delcguc indonesien ab ent. Au momcnt du
vote de la 48c rc olution concernant lc minoritc cthnique , Molli intervient en faveur de ces dcrni cres.
uite ä ectte pri sc de parole, les rcpresentants indoame ri cains et des difTcrcntes ethnies se sont rallies aux
propos du «dclcgue indonesiem> et ont quittc l'a semblee. La scancc a etc intcrrompuc. 'estju tcment une
photographie de cet episode hero"iq ue que l'artiste
decide d'exposer au Palais Wil on avant de sc voir ironie du ort - cen ure. En effet, le Haut- ommis ariat ne peut laisscr apparaitre de nom de pay dan 1'exposition afin de nc pas froi ser l' unc de nations
membre . La photographie de l'arti te apparaitra clone
avec un adhcsif ma quant le mot «lndone ie» et rendant finalement l'reuvre quelque peu incomprehenible. Qu'ä cela nc tienne, l'adhesif aura une duree de
vie fort limitee durant le vernis age. D'ailleur , l'arti le ne s'en ticnt pa ä une reuvrc officie llc entre les
murs du Palais fort bien garde. Tout lc ba tion militaire
filtre les enlrecs, cellcs-ci possib lcs uniqucment sur
presentation du carton d'i nvitation et d'unc piccc
d'idcntite. Rcfuser l'cnlrcc d' une expos ition sur lcs
Droits de l' Homme aux sans-papier emblc bien
contradictoire. Lc comique de la ituation n'cn ma que
pa pour autant a dimension tragique. Pour e venger
de la cen urc qu'on lui a fait ubir. Gianni Motti invite
une horde de manife tant kurde qui 'ajoutcra il la
cohue precieuse de verni age . Leur revcndication
concernent la condamnation ä mort par la Gouvernement turc d' bdullah Öcalan, chef de rebelle kurdes
du PKK (Parti de travailleurs du Kurdi tan, scparati te). Lc difficultcs de la Turquic a integrer la EE au
regard notammcnt de son manque de respect enver les
Droit de l'llommc 'esquissent. Finalcment, a lraver
un simple verni sage, Gianni Motti a reuni aux porte
Fomls Cantomtf d'Art Visuel, Hi 1 /t Co111111sissio11
for H11111a11 Rigltt , Paf<lis Wilson, Ge11eva.
26April - 15 Ma 1999
Opportunity make thc thief, they ay, and in Gianni
Motti ' ca e, it make the arh ork. dapting to each
new context, thi latter-day Robin l lood teal in wherever he can and u e art in an attcmpt lo restore ocial ,
economic or political balancc or, at thc very least, to
confront individual with uncomfortnb le que tions.
And, as opportunities go, what could be morc in line
with thc arti t' aims than a group show with a scorc
of wi -based artists entitl cd " Droit de l' homme/
Human Righ t "? This was held, morcover, in the Palai
Wil on in Geneva, the old heaclquartcr of the League
' predccc sor. The exhibition wa
ofNations, the
organi cd on behalf of thc High ommi ion for
Human Ri ght to comrnemoratc the l 50th anniver ary
ofthe founclation ofthe onfederation and the Jubilcc
ofthe Dcclaration of lluman Ri ght .
ced less to say, as one of th c last human ist artists,
Gianni Motti wa perfcctly at l10111c in all ofthis - cs pecially ha ing infiltrated the 53rd es ion on Human
Rights in Geneva in ovcmber 1997, and taken the seat
ofthe ab ent lndonesian clelcgatc. When thc time came
to vote on the 48th rc olution conccrning cthnic minorities, Motti made a peech on thcir behalf and the rcprcsentatives of thc American Indians and othcr cthnic
groups all rallicd to the words of the " lncloncsian dclcga te" and wa lkecl out of th c as cmb ly. Thc scss ion was
acljourncd. For th c cx hib ition at the Palais Wil son,
Motti chose to show a photograph of thi s heroi c cvcnt
which, ironically, was then ccn orcd: the lligh 0111mi ion cannot mcntion countrie by name in thc
exhibition for fear of upsetting member nations.
In the end, thc photograph wa hown with thc word
"lndonesia" tapccl ovcr, rnaking the wholc ra ther
ob eure. But not for long: the adhe ive did not outla t
the opening. Moreover, Motti had no intention of
limiting him elf to the one officia l work displayed in
the Palai . Thc exhibition was carcfu ll y controllcd by
the military, who aclmittcd only tho c vi itor carrying
both an invitation and an identity card. The irony of
denying peoplc without officia l papers ad mission to an
exh ibition on human ri ght is obviou , nor can thc
comedy of uch an incongruous proceclure cli sguisc
the tragic undcrtoncs. To avcnge himse lffor the ccn orhip, Motti invitcd a hordc of Kurdi h demonstrators
who mingled with thc sclcct crowd of private viewers.
They were protcsting again t the death cntencc impo ed by thc Turki h governmcnt on thc leadcr of the
PKK eparatist movemcnt, Abdullah Öcalan, thus
highlighting the fnct that thc country' poor Human
Rights record ha , for instance. compromi ed its
attempt to join the U. Thus, at an ordinary private
hO\ ing, Motti managcd to prc cnt thc High ommision for Human Ri ght wi th cnough cvidencc to
que tion the pondcrous wo rkin gs of a so icty that
continucs to excludc or rejcct it membcrs in the name
of ineffective convention or protocols that no longcr
meet contemporary nced .
t6
17
du Haul- Commissa rial des Droils de I' Hemme, un certain nombre d'elements remettant en question Je lourd
fon ctionnement d'une ociete qui continue a cxclure,
cen urer ou rejctcr au nom de rcglcs co nve nu es ou d' un
protoco le inadapte aux neces ites ac luelles. 'e t tout
un mccani sme et es travers qui so nl ainsi mis cn rclicf.
Un moi apres, pcndant Ja Feire de Balc, in vile par
Ja Galerie Gla box ä la Li tc 99, Motli recidive en
plantant Je drapeau kurde ur Je loil du bätimcnt de
l'exposition et en affichant une immense bachc qu i
rcpresentait Je lcader kurde. Le toul donnanl l' imprcssion d'une grande manife talion de soutien a la ca use
kurde, alors que le Conseil federal avail interclit loutc
manifestation de ce gcnre suite aux ern eutes du mois
prececlent.
i l' a: uvre de ianni Motti prencl parfois de allures
de fa rcc, eile mi lile neanm oins co nlin ucllcmcnL cl en
douceur contre le maux d'une societe qui pcinc a se
remettre en question .
Ana'ld Demir
A month latcr, at lhc Base l Art Fair, wherc hc was lhe
gue t ofthe Gla box Gallcry at Li te 99, Motti struck
again by placing a Kurdi h fla g on the roof of th e
ex hibition hal l ancl hanging up a huge banner depicting
th e PKK leadcr. This made thc cvent look li ke a
demon lration in supporl of th c Kurd ish cau c prcci ely al a time whcn the Feclcral ouncil had banned
all uch mani fc tations because of riots Lhe month
before.
Al th ough M.olli's work may at Lim es resemblc a practical joke, it ca mpa igns subtly bul incessa nlly aga insL
th e cvils ofa soc iely lhal is on ly rc luctantly secking lo
effect changc.
An a'ld Demir
Car Tou ch e
Exposition Ils sont passes par ici,
Fonds cantonal et d'art visucl de
Geneve, 27 juin - 13 septembre 1998
Faire voir ailleurs
25 juill 1998, 19 heures: ur un parking exigu, derriere
la gare Cornavin, stationlle le bu londollien rouge de
l'associatioll ar Touchc. Le bruit des trains se me le a
cclui des voiture . 'cndroit ressemble a la pluparl des
abords de gares: amb iance terne, atmos phcre pollucc,
site marginalisc. Lebus offre la se ul e touche de co ul eur
dans cet environnement. II fa it partie des insta llations
d'accueil et de olidarite mises en place par l'association Carrefour-Rue et ert d'hcbe rgement d' urgcncc
aux pcrsonncs en difficullc. On y a sure inform atio ns,
premiers soins, on y distribue vetcme nts et nourriture.
Le bu signale l'a bri et par echo la cletrcsse . Le 1ieu
comm uniqu e surtout l'envie d'a ll er voi r ailleu rs.
26 j uin 1998, 14 heures: place de l' ll e, centre-vi lle,
au milieu du Rhone. La petite place est ombragee. lci
pas de voitures, juste le bruit de l'eau. lci pas de
passants presses mais des fläneurs , des librairies, des
c paces d'exposi tion. Le bus ro ugc ajoute UllC notc
pittoresque au decor tranqui lle. On peut l'apercevoi r
des fe netres du luxueux Hotel du Rhone, sur le quai
oppo e el depuis celles des immeubles vo i in , in ve tis
par lcs banques et les horlogers. La misere serai1-e llc
en vill eg iature? On pourrait le cro ire mai le bu
n'o ffre pourtant aucu lle ex hibitioll miserabili te. On y
entre discretemellt, Oll eil ressort de memc.
II s'est cepelldanl ins1allc au ea:ur de la ville, dalls un
joli quartier, la ou les problemes soc iaux ne sont gucrc
perceptibles. II a acquis so n droit de citc, soll droil de
visibilite, le lemps d' un ete.
Giann i Molli, clont l'art dispose bien so uvent li bremelll de la ehose publique, a coni;:u sa partic ipation
a l'exposition II sollt passes par ici, co mme un e act ion
presque anonyme, depourvue de loute signature esthetique et ne temoignant que d' un so uci moral.
En faisa nt en sorte qu e le bus Car Touehe so il dep lace
d' un site marginal vers un si te centra l, il a offert de
modestes vacances a se u agers. Eil memc temps, il a
impo c sa presence embarrassa nte quoique di screte en
ecs 1ieux louristiques. on gc ·te peut füre compri s, su r
le mode d' un tac le subtil, comme un rappel ä la responsa bilitc co ll ecti vc face au mal -ctre des laisscs 1our
compte, auta nt quc commc un hom mage a la gc nerosi tc
de ceux qui s'y collfrontcnt quotidiennemcnt.
L'cnveloppe budgetairc accordcc it chaqu c arti ste par
le CDAV pour couvrir lcs frais de producti on de leur
a: uvre, a ici ete versee dircctement a l'associa1ioll Carrefour-Ruc et non pas a Giallni Molli. On pourrait evoqucr lcs bons sentimenls, ge ncralement facilcs cl non
gara nt du meilleur arl. Cc lui de Gianlli Molti trava ille
plulot, d'habitude, a produire de l'ironie, de !'absurd e,
du spectacle, s'infiltrant sub rep ti cemcllt dalls les
rouages lcs plus eli tisleS Oll les plus lourds de COllSeCJUCllCC (act ion a l' ONU , manife tation tclcpalhique a
Bogota, Campagne presidcntiell c ame ri cai ne), Cl
improvisa nt des stratcgies de deto urn ement a la li mite
du can ul ar. Mais repondanl ici a l' in vitatioll d'un
Fonds de decoration publique, l'artiste ajoue lejeu de
soll commandi tai re en modifiallt pos itivement le decor
de ce ux auxqu els ne s'aclressa ien t guere lcs enjeux
cl'une teile man ifestat ion.
Valerie Mavridorakis
20
Ca r Touche
Ex hibition lls sont passes par ici (Thcy Came
This Way), Cantonal Collection of Decorativc and
Visua l Arts, Gcneva, Junc - Se ptember l998
Looking Elsewhere
25 June 1998, 7 p.m.: The red London bus belonging to
the Car Touche assoc iati on is parked in a small ca rpark
beh ind orna vin station. The noise o r trains min gles
with thc noisc ofcars. Thc placc look li kc 1110 t placc
nea r stations: a dingy fee ling, polluted air, on the
frin gc. The bus pro vides Lhc on ly sp la h of co lour in
this setti ng. lt is part of thc rccc pti on and wcl fare
insta ll ations set up by thc Carrcfo ur- Ruc/Cross roadsStreet assoc iation and is used as emcrgc ncy acco1111110dati on fo r people in difficu lty. lt prov ides information
and lirst aid, and hands out clothin g and food. The bus
means shelter and, by extens ion , di tre s. Above all ,
th e place co mmunicates a desirc to look clsew here.
26 Jun e 1998, 2 p.111.: Place de l' ll e, dow ntow n, in
the midd le of the Rhöne. The mall sq uare is shady. No
cars here, just the sound of water. No scurryi ng
passe rs-by either,j ust people strollin g, bookshops, and
exh ibition ven ues. The red bu adds a picturesque note
to the peaceful scene. You can glimpse it from the windows ofthe sumptu ous 1-l ötel du Rhöne on the op pos ite
shore, and from the windows of nca rby bu ildings
acco111111odati ng banks and watchm akers. Co uld it be
!hat povcrty is on vacat ion? Yo u cou ld bc fo rgivc n fo r
th inkin g as rnu ch, but the bus is not show ing any " miscrab il ist" ex hibi tion, anyway. Yo u cnlcr it disc rccll y,
and leave in the sa rn e vc in.
lt is neverth eless in ta llecl in th e hea rt of the city,
in a prctty neighbourh ood, wherc oc ial prob lems are
barely perceptibl e. lt has earncd its right of citi zens hip,
its right of visibi lity, for th e duration of a su 111111er.
Gia nni Motti , whose art oflen makcs free u e of the
public domain, devised hi s participation in th e ex hibition lls sonl passes par ici as an almost anonymo us
act ion, dcvoid of any acsthetic signatu re and not
dea ling with any moral iss ues. ßy proceed ing in suc h a
21
way that the Car Touche bus is moved from a fringe site
to a centra l one, he has offcrecl modest holidays for it
users. At the sa me time, he has imposecl his embarrassing if cliscreet presence on these touri st places. His gesture rnay bc undcr toocl as a ubt le rem indcr of our collective responsibility in the face of the malaise of such
outcasts, as mu ch as a tr ibulc to Lhe gc ncros ity of Lh ose
who dca l with thc111 day in clay out. The budgct granted
to each artist by the Ca ntonal Co llcction [FCDAV] to
cove r th e producti on eo ts of th eir wo rk has in thi s casc
bee n paicl clirec tly to the Carrefo ur-Ru e assoc iation ancl
not to Gianni Motti. You co uld ca ll th is a nob le se nti ment, whi ch is usua ll y easy to come by and does not
guara ntce Lhc best kind of art. Bul Motti's arl usual ly
targets iron y, absurclity and spectacle by surreptitiously
working it way into the most elitist ancl consequently
the we ighti est e tab li sh ment (action at the UN , telepathic cvent in Bogota, Ame ri ca n presidential campaign), ancl by improvising hij ack strategies verging on
a hoax. In responcling to an invitation from the Fund for
Art in Publi c Spaces, the artist has playecl th e game of
his cli ent by clearly alter ing the setting of those
sca rcely aclclressecl by the challenges of such an eve nt.
Valerie Mavridorakis
„
MOTTJ 96' Th e best for
a better Wor/d
Ca mpagne pour les presiclentielles
americaines, aoGt - novembre 1996
«Le monde est un vi llage», aura it so uffl e Marshall
MacLuhan ä l' oreille du president Clinton. Tant mieux!
Pourquoi des lor ne pas imag iner un non-America in
revendiquer la place du numero un ya nkee? Entre aoO t
et no ve mbre 1996, Gia nni Motti brigue ai nsi le siege de
la Maison-Blanche via so n site In ternet. En marge de
son activi te cyber, il orga ni se, a Geneve, la campagne
MOTTJ 96 ' The best for a betler world: plusieurs meetings electoraux au Mamco, un e Fete pour son investitu re au bar du ator i pendan t le Festival de la Biltie, un
läc her de ba llons, des in terviews sur le plateau de
Leman Bleu, a la radio et dans la presse. A cela s'ajoutent la production d' un video-clip, de T-shi rts, de
badges et un e campagne d'affichage dans plusieurs
vi lles a travers Je monde. Avec SOil programme politique en tro is poi nts, Je candidat en quelques semaines
a deja acq ui s un jo li succes d'estime a defaut d'et re
electoral.
D'a ucuns se demandent it bord de qu ell e ga lere
Gianni s'est enco re embarque? Le 8 octobre, des majorettes defilent ains i au Mamco devant un parterre
acqui s aux idees du pres identiable. «Puisqu ' un e dec ision prise it Wa hin gto n a plus d'impact sur Ja politique
euro peenne qu ' un e decision pri e it Bruxe lles, pourquoi ne pas presenter des candidats europeens aux
elections ameri cai nes?», ou enco re ... «Plutöl que de
discuter de frappes ae ri enn es et d'envo is de tro upes
dans les Balkans, il aurait fal lu se servir de l' inforrnation pour renforcer les tendances pacifistes qui ex istent
en erbie, Croati e et Bosnie, mais qui n'ont pas acces
aux med ias. Parachuter de rad ios, de ord inateu rs
portab les, des fax, des cameras video, des cassettes.
Bornbarder Je pays de pro pagande pacifiste ou d'opposition», declare Je candidat tandis que les partisans
agitent leurs calicots.
Au soir du 5 novembre, jour des elections, Giann i se
rend a l' Hötel Iaterco ntinental ou se deroule une
graade so iree electora le organi ee par l'amba sadeur
americain en Suisse. L' artiste s' infiltre dans Ja cerernonie officie lle eo se fai sant passer pour un photogra phe
de presse. La securi te laisse fa ire. Gianni Motti arrivera
aiasi a gagner Ja tribune des officiels pour un disco urs
improvise. Mais Je ba in de fo ule attendu se transfo rm e
rapidement en douche froide. 'est Clin ton, on rival,
qui es t reelu . Sans etre reva nchard, l'artiste reste
tout juste beau joueur. Aux chalnes de television qui
enregistrent ses reactions, il dec larera: «Ce ne so nt
jamais les meilleurs qui gagnent.»
Emmanuel Grandjean
MOTTJ 96 - The B est for a Better Wo rfd
US presiclential election campaign
August - November 1996
As Mar hall MacLuhan mi ghl have said to Pres ident
Clinton, "The world is a village." Ri ght 011 ! And if is,
th en what's to stop a non -A merican putting himse lf
up for th e job ofYankee top dog? That is exactly what
Gianni Motti did 011 hi s Internet site betwee n Aug ust
and November 1996. Bes ide this cyber-a ault on
the White House, he also orga nised hi s campa ign,
"MOTT I 96 - The Best for a Better World", in Geneva :
electo ral ra ll ies were held at the Mu ee d' Art Moderne
et Contemporain, th ere was an investiture party at lhe
Satori bar durin g the Pille de la Bätie, a re lease f balloons, interviews at the Leman Bleu studios, 011 the
radio and in th e press, plus a video clip, T-s hirls,
badges and a poster campaign in severa l town around
the wo rld . With hi s three- point platfo rm, our ca ndiclale
wa ga th ering plenty ofp laudil - ifnot vo tes.
What kind of mess, asked so me, had Motti gone ancl
gotten him se lfin to thi s time? On 8 October, majorettes
marched through th e MAM CO to an audi ence wo n
over by Motti 's prog ram me:" ince a decision taken in
Washin gto n ha more impact on European poli cy than
a dec ision taken in Brus els, why not present European
cand idales at the American elections?" Or: "Rather
th an debate ai r stri kes or sendin g troops lo the Balkans,
we shou ld use in forma ti on to rein fo rce the pac ifi st tendencies lhat are already prese nt in erbi a, Croati a and
Bosnia but are clenied access lo the media: airli fts of
radios, laptop , fa x machines, video cameras and cassettes. Bombarcl the country with pacifist or oppos ition
propaga nda." o spoke the ca nclidate as his supporters
wavecl their bann ers.
On 5 Nove mber, election night, Gianni went to the
Höte l ln te rcontinental, where the Ame ri can embassy
hacl orga nised a big party. Pass ing himse lfoffa s a press
photogra pher, he infil trated th e official ceremony,
unm olested by security. Gianni even managed to get
onto the official platform and make an impromptu
speec h. However, the ant icipated glad-handing and
t1es h-press ing failed to happen: Clin ton, his riva l, was
re-elected. The artist wa not vindictive, but neither
was he especiall y sporting, dec laring to the TV cameras that "The best man never wi ns."
Emmanuel Grandjean
22
Confidentia l Meetin g, Mamco, Geneve 1998/99
De gauch e a dro ite :
Julio Marcnalcs, membre fond atcur
M LN-Tupamaros (U ru g uay)
Cher i Samba, gra nd maltre de la
pc inture po pul a ire .
Michel Mayor, as tron ome, dcco uvre
en 1995 Ja premi cre plan etc ex lra solaire.
Aydin Derc e t Ahmet Ahmet Kisa,
j o urn a li stes kurd es.
Miss Kittin, DJ
Denis Duboule, bi olog i te.
25
Restore Hop e
Version originale, Musee d' art
contemporain, Lyon 1997
Restore Hope
Version originale, M usec d'art
contcmporain, Lyon, 1997
En v1s1tant Je site Version Originale. il l'ad resse
http//www. lyo n-city.org/mac-vo, on decouvre un mesage intriguant qui promet d'apporter une olution au
probleme fa tal de Ja perte de cheveux.
Malgre l'apparenle pl at itude du theme, l' interet de
taute la sc ience tr ico logiq ue avee ses produ its et
speeialement l'attention de ta ut un chaeun y convergent. Dans lesen de cette a piration il Ja beaute, Motti
propose dans Restore Hope un e eure qu i co nsiste i\
prendre un rendez-vous pour un e legere interven ti on
telepathique de tro is minutes.
L'artiste semble s'etre converti pour l'occas ion en
imposteur ou en charlatan sympathique, tandis que le
ga leriste assiste comme co baye etj uge indulgent.
«Te te par un galeriste rep ute, un nouveau ysteme a
demontre photograp hi quement qu'i l etai t il meme de
fai re parvenir 16 fo is plus d'oxygene et d'elements
nutritifs directement a Ja rae ine du cheve u.»
Prete a jouer le jeu, j e suis les indicatio ns donnees
dans le site afin de prendre un rendez-vou te lepathi que
avec Gia nn i. <d ' aim era is reso udre les prob lemes suiva nts: ea lvitie - chute - trop gras - trop ecs - cassa nts
- pe lli cules„.»
« ... Au moment du rendez-vous, si des picotements
e font sentir, ne touchez surtout pas votre tete, vo us
risqueriez de perturber l' oxygenati on de vo tre cuir cheve lu .. .»
Je cli que ur le chcma de la ton ure monaca le
(numero 7). Apres reflex ion,je choisis le mardi 7 juillet
1998 a 2 1 heures. Milieu de soiree „. Je ne sa i pas
pourquoi mais j' imagi ne vo lontiers que les reseaux
telepath ique seront moins charges il cette heure- Ja.
A !' heure de ma sea nce, je m' install e deva nt l'o rclinateur pour visionner l'i mage de l'artisle. on visage
sed uisant, ca lme, sür, maitre de la siluat ion ra ppell e les
portraits rcmbranesqucs clont le regarcl est toujours prcsent, hors temps. Cette image apparai t co mme un tali man, ma is eile es t taut cl ' aborcl un upport po ur un
co ntact avec l'artis te et une bell e reponse il notre narcissisme primaire. Les trois minutes devant l'ecran se
transforment en hypnose chatoui llant mon cuir cheve lu, juste au-dess us de mon es prit pensa nt.
Bien que j 'es pere que l'artiste parti cipe avec
conscience professionne lle a cette aventure, ce rendezvous me donne un sentiment etrange. De plus, grilce au
recours il la te lepathie forme de communication immaterielle et sans lieu fixe, il est libre de sui vre scs
«patients» d'oli il veut. II se sert d' lnternet pour depasser les donnees electroniqu es, cherchant a pro voq uer
chez le pub lic une reaction reelle.
When you v1s1t the Original Version si te at
http//www. lyo n. city.o rg/mac-vo, yo u find an in tr iguin g
message that promises a solu tion to the fa tal problem
of hair loss.
Despite the ap parent banality of Lhe th eme, the site
exemp lifies the immense interes t in thc sc ience o r hair
and all the products it has spaw ned. omp lyi ng wi th
this aspiration to beauty, Motti offers a remedy in
"Restore 1-l ope", whi ch in vo lves making an appointment for a modest, threc-minute te lepathi c sess ion.
For the occa ion, thc artist wo ul d appear to have
turned himself into an impostor or fricnd ly charl atan,
whilc the ga lleri t i there as a guin ea-p ig and indulge ntjudge.
"Tested by a we l1-known ga llery ow ner, a new system
has show n photogra phica ll y that it ca n co nvey 16 times
more oxygen and nutritional elements directly to the
hair root."
Ready to play Lhe game, 1 fo llow th e instru ction
given on the site to make an ap pointment with Gia nni
Motti .
''l' d likc to so lvc thc fo llowi ng probl ems: ba ldn cs hair lass - too greasy - too dry - split ends - dandruff„ ."
" Ir yo u fee l little tingling sensations du ring the se sion, whateve r eise, cl on 't ta uch your head, because yo u
mi ght ri k di sturbin g thc oxygenat ion ofyo ur sca lp."
1 click on the di agra m of a monk's ton ure (no. 7). 1
think it over and choosc Tuesday, 7 Jul y 1998 at 9 p.m.
Middle or the evenin g„. 1 don' t know why, but for
some reaso n 1 imagine th at tclepathi c netwo rks wi ll be
less busy at th at hour.
When it's time for my appoin tme nt, 1 sett le dow n at
my computer to vicw th e artist's image. Hi s sed uctive
face, ca lm and co nlident, in co ntrol or th e situati on,
ca ll to mind Rembranclt-like portraits, where the cye is
alway prese nt, beyo nd time. This imagc appea rs like a
ta lisman, but it is lirst and rorcmost a medi um for co ntact wi th the artist and a subtle stimulation of our prima! narciss ism. The three minutes at the cree n are
transformed into hypnosis that aclually doe make my
scalp tingle, j ust above my cogni tive mind.
Although 1 hope that the artist is taki ng pa rt in th is
adventure with profess ional awareness, th e sess ion
leaves me with an odd fee lin g. What is more, because
ofthe use of telepathy - a form of im materia l communicatio n which has no et place - hc is free to follow hi s
" pat ients" from anyw herc hc wa nt . He uscs the In ternet to take thin gs beyo n 1electroni c clata, tryi ng to get a
rea l reaction from the public.
Annemarie Reichen
Annemarie Reichen
'aimerais resoudre les problemes suivants:
alvitie - chute - repousse - 1rop gras - 1rop secs - cassan1s - manque de voltune, de VIgUeUl, d'epaissetu - pousse tio:
es chewux se presentent ainsi :
1
insnuctiom
27
Estamos contigo Colombill!
Bogota, Colombie, mars 1997
Au printemps 1997, 1' spacio Vacio, un centre d'art ä
Bogota, invite Gianni Motti a presenter SOil «P y
Room », piece qui avait deja ete installee preeedemment a la Galerie Low Bet ä Geneve et au Magasin de
Grenoble. Pendant cleux emaines Gianni a clone re9u
des clients de toutes sortes qui racontaient leu r vie quoticlienne, leurs so ucis ... Apres l1ne emaine de consultations, Gianni Motti sc rend compte que la majo rite
des gens qu'il re9oi t clan son «cab inet» se plaignent du
presiclent rn esto Sa mpcr Piza no, et Font de lui la causc
principalc du malaise economique et po litique de leur
pays.
Motti ecrit alor une lettre au presiclent Samper, l'invitant a une seance d'analyse Oll il aurait tout le loisi r
de 'exp liquer sur le clifficultes que vit son pays.
ur ce, arr ive nt au centre Espacio Vacio des journa listes du j ournal national d'opposition co lombien, EI
Espcetaclor. In teresses par la clemarehe de ce «nouveau
psychanalyste», ils sont lit pour eerire un compte rcndu
ur le Psy Room. De ftl en aigu ill e, eux aussi en viennent it se plainclre du gouvern ement. Gianni leur parle
alors de la lettre qu'il a envoyee au president et de son
projet de lui ecrirc il nouveau un mot precisant que si
dans les trois jour il etait encore sans reponse de sa
part, il irait lu i-meme le destabiliser telepathiquement
clevant sa re iclence. ' ouvre alor une aventure artistico-politique Oll Motti e fait l'echo des cloleances des
Colombiens et clont le presiclent Sam per fera !es frais.
Le lendemai n, mercrccli 5 mars, EI Espectador publi e
un art icle bref intitule «Telepatia a Sampern (Te lepathie pour amper). «G ianni Motti, un artiste suisse („ .)
a so ll icite le pres iclcnt Ern esto amper Piza no lui offrant un e Lherap ie psychana lyt ique. A cejour il n'a re9u
aucu ne reponse. i 9a continue ai nsi, Motti ira en personne au palais Na riii o [la residence presidentie ll e) et
etab lira une communication telepathique avec le mandataire»
Vendredi 7 mar : nouvelle annonce cl'EI Espeetador
sous le titre muscle de «Nada por la fuerza, todo con
la mente» (Rien par la force , tout avee le mental). Le
delai de reponse etant ecou le, Motti decide de se rendre
au palais prcsidentiel pour entrer en eontact avec le
president. «Aujo urd ' hui a 13h00 pile, devant le palais
ariiio, Gianni Motti, commu niquera telepathiquement
avee le president Ernesto amper Pizano. D'au tres
art i tes eo lombien as i teront physiquement et mentalement a cctte rencontre. ont aussi invitcs tou ceux
qui le jugent opportun. Lc mot cle pour part icipcr il Ja
communication mentale c t: Dcmi sion!»
l 3h00: dcvant lc pa lais, des centaines de personncs
sont rcunies dans Je ca lmc et les yeux fcrmes. Gianni,
lui aussi ye ux clos, concentrc, se ticnt devant la fo ul e
com mc un eher d' orchcstrc. En olombie, l' intcret
po ur Ja parapsychol og ie cst trcs repand u et les rcactions de l'ass istancc sont enthousias tes.
Samcd i 8 mars: il la un e du journal EI Es pcetador,
une photographic de Giann i Mottl en tailleur, en plei nc
seance clevant le pa lais presiclentiel. «Message telepathique pour amper: Demission!». Le message semble
effectivement avoir passe: de telephone intimidants
au Centre d'art, des visitcs nocturn es it l' hötel oü est
clescendu l'arti tc. Sc sentant menace, il quitte le pays
des Je lendema in .
Philip Ursprung
"Estamos contigo Co fombia!"
Bogota, Colombia, March 1997
In the spring of 1997, th e Espacio Vacio, an art centre
in Bogota invitecl Gian ni Motti to show his "PsyRoom", a piece th at had alrcacly been in ta lled at th e
Low Bet Ga ll ery in Gcncva and at Le Magasin in
Grenob le. For two wceks Gianni receivecl clients from
cvery wa lk of life, who recountcd their clail y li ves, their
worries an cl concern „ . Alle r a week of consultations,
Gianni Motti rea liscd th at most ofthe people he saw in
his "surgery" were com plain ing about the Colomb ian
prcsident, Ernesto Samper Pizano, acc usi ng him or
being the main cause or their country's econom ic and
political malaise.
So Motti wrote a lcltcr to Pres ident amper, inviting
him to an analysis sess ion, where he would be at lei urc
to offer exp lanat ion about thc di fftcu lti es his co untry
was go ing throu gh. Thc Es pacio Vac io Ga llery was
duly visitecl by jo urn alists from lhc larges l Oppos ition
newspapcr in olombia, EI Espectado1: Attractecl Lo
thi s "new psychoana lys t's" approac h, th ey had come Lo
write a rcport on th c " Psy- Room". One th ing inev itably
led to anothcr an cl they too bcgan to grumbl c about th e
government. Gianni th en tolcl thcm about the letter he
had ent to the Presiclent, ancl about his plan to write
him anot her lettcr pointing out that ifhe did not receivc
a reply within threc days, hc wo uld himself go and
destabi li se him tc lcpathi ca ll y in front of his res idence.
This was th e start ofan arti sti c-cum-politi ca l adventurc
in whic h Motti, rc pondi ng to the gripes of hi s Co lombian patients, ca llcd upon Presiclcnt amper to take th e
con eq uences.
The following day, Weclncsday 5 March, EI Espectaclor published a hort arti clc titled "Te lepatia a Samper" [Telepathy for ampcrJ. "Gianni Motti, a Swiss
artist [„.) has approac hcd Pre idcnt Ernesto ampcr
Pizano, offering him psychoanalytical th erapy ancl
trcatment. As or this writing, hc has reccivecl no rcsponse. lf this continuc , Motti wi ll go in per on to th c
Na rifl o Palacc [the prcsiclential rcsidence] and cstab li h
Lelepathi c communi ca li on with thc prcs ident. "
Friday 7 March: EI Espectador iss uecl anoth er announ ccmcnt titlccl "Nada por la f'uerza, toclo con la
mcn tc" [Noth ing by Force, cvcryth ing th roug h th c
power of the mincl l. The clcacl li nc for thc Prcside nt's
28
an wer ca 111c and wen t, so Motti dccided to go to the
pres idential palacc to gc t in tou ch with the Pres idenl.
"Today, at 1 p.111. on the dot, in front of the Nariiio
Palace, Gianni M lli will co111111unicate te lepathically
wit h Pres ident · rnesto Sa111pcr Piza no. Other Colo111bian art ists wi ll be present both physically and mentally at th is 111eeting. Anyonc who dec111s it appropriate
may a lso atte nd . Thc keywo rd for taking part in this
mental co111111 uni cati on is: " Res ign! "
1 p.111 .: In front of th e pa lace, hundreds of peo pl e
have ga th ered peaccfully, thc ir eyes shut. Gianni ,
whose eycs are also shut, co ncentrates hard , standin g in
front ofthe crowd like a co nductor. In Colo111bia, interes t in parap ychology is widespread, and the reac tions
of th e crowd are enthusias ti c.
Saturday 8 Marc h: EI Espectador ca rri es a fronl-page
photo ofG ianni Motti wear ing a suit, in the 111iddle of
hi s seance in front of th e prcsi dential palace. "Telepathie 111essage for Sa111per: Res ign! " The message
actuall y see111s to have bee n conveyed - intimidating
te lcphone ca lls at th e Art centre, ni ght-ti111e vi its to the
hotcl where th e arti st is staying. Fee ling und er threat,
Gianni has tily leaves thc co untry th e next day.
Philip Ursprung
1
1
LUlS MIGU& GAR(:lA, EL ESPlCTADOR
Gianni Motti, artista italiano de visita por Colombia,
espera que su energia mental pueda desestabilizar, de
alguna manera, aJ presidente Samper. Asegura que Ja
gente ha logrado sostener un pais sin gobierno.
EI arte tambien pide renuncias
Esa es la imagen quese lleva el artista. Toda la semana se dedic6 a rccilncreible que una sola palabra sea bir en su "con ultorio" a pintores, estan com(m en los labios de las dece cultores y amantes de! arte para conas de bogotanos quc ha logrndo eo· nocer sus amores y desamores en tornoccr el artisla italiano Gi.mni Motti no al art.e, auscultando fanwsmag6ricas expcriencias e:;teticas.
en tan s6lo 10 dfas: "Sam per".
"Tanto me hablaron ellos, y toda
Algo tcnfa quc haccr Motti por el
pafs. Al mcnos asf lo sinti6 tras toda In gcntc que conod, dcl problema
una semana de conoccr colcgas-y la- con Samper, quc quise visitarlo. Asi
:cistas y vcndedores ambi~antes y que le cscribi una carta que nunca
gcntes dcl co111un hablando siempre respondi6. Por cso opte por un extrede Sampcr corno Ja causa primigenia mo: llevar hasta su mente la dcsesta ·
bilizaci6n". Para ello, varios compade todos sus male.s.
REOACCll)N llP F.I. FSPF.CrAOOR
SANTAFE IJF BOGOTA
29
tieros de! arte se reunieron ayer en Ja
Plaza de Bolivar y se concentraron
para comunicarle, de manera telepatica, su deseo: 1Dirnita!... otros colegas como Antonio Caro, sin embargo, lo trataron de "extranjero" y le
dijeron que nose meticra en "asuntos
que s6lo competen a Colombia"
Motti no estl de acuerdo. "EI presidcntc esta metido ahi, en Palacio,
pero no se sabc quien manda", afirma el artista con un convencimiento
que lo llevara, mas tarde, a practicar
la misma experiencia con Clinton.
Terremoto,
Ca lifornie, 28 juin 1992
Eartliquake
Ca lifornia, 28 Jun e 1992
J'ai connu Giann i Motti par de petits cartons d' invitation qui an non r;;a ient de eclipses de Lune tota les
ou parti elles. L'artiste se presentait comme Je createur
d'evenemenl eo miques, comme l'auteur de phcnomenes naturels. Mai j ' ai commence a veritab lcment
m' interesser il lui quandj 'a i deco uve rt a photographie
dans l e Matin du 30 juin 1992, yeux masques par un e
bande noire comme un terroriste, tenant a Ja main un
journal titrant «Crai nte du Big One» au-dess us du texte
d' une revendication toute particuliere: <de revendique
Je lremblcmcnt de terre qui a frappe Ja Ca li forn ie Je
28.06.92 („ .)» Apres Ja creation des ec lipses de Lun e,
Giann i inventait Je tremb lement de terre„.
Le 28 ju in 1992, a l 5h05 heure universelle, la terre
tremble en Ca li fo rni e, faisa nt trois mort dont deux par
crise cardi aque. Le tremb lement de terre d' intensite 9
et de magnitude 6,7 a ete re enti de Boise (ldaho) a
Albuq uerqu e (Nouveau Mex ique) et meme jt1squ 'ä
Denver (Colorado). ll a provoque pour 92 millions de
dol lars de degäts et a cree un e fai ll e giga ntesq ue de 70
ki lometres de long de Jos hua Tree a Barstow, de 8,5
metres de Jargeur et de 3,5 metres de profondeur.
Gianni Motti se rend alors ä I' Agence de presse
Keystone et revendique l'evcnement. tLrpris les journali tes de l'agence re fu sent d'aborcl de diffuser Ja
nouvc lle pui finis ent par envoye r Ja depeche rcvendicatri ce clans Je moncle entier. Consequ ence: l'a rti ste se
trouve <lote cl ' un e ce uvre colossale dans Je desert de
Ca lifornie, de 70 kilometres de long, propre a faire
pä lir de jalousie Walter De Maria com me tant d'autres
art iste america ins. Le tout pour zero fra nc.
Mais ce n'est qu 'accidentel lement qu e cette ce uvre- Ja
s' inscrit dans Ja traditi on de Ja sculpture monumentale
et du La nd Art. Elle ironise l'omnipotence de l'a rtiste,
eile tourne en derision son pouvoir de creation. Gianni
Motti est un art iste qui fait de l'art comme on va a Ja
peche: il pose plusieurs lignes, atte nd avec pati cnce et
se rue sur l'evenement quand enfin il mord a l' hamer;;o n.
Apres la Ca li fo rni e, Gianni reci di ve. En 1994 il
revendique le tremblement de terre du 14 clecembre
dans la region Rhone-A lpe , puis celui de Ja nui t du 14
au 15 juillet 1996 dans le meme secteur. Une depeche
de I'Agence France Presse se fait le relais cloci Je et
amuse des exp loits de Gianni Motti, «l' artiste telluriqu e qui offre en pleine Fete natio nale fra nr;;a ise un
bouquet fi nal sans artifi ces.»
1 was knew abo ut Gianni Motti through little in vitations announci ng total and parti al lunar eclipses. The
art ist introclucecl himself as the creato r of cos mic
events ancl Lhe author of natu ra l phenomena. Bul 1
started to take a rea l interest in him when l ca mc upon
hi s photograp h in Le Malin on 30 June 1992, hi s eyes
covered wi th a black strip like a terrorist, holding a
paper with the headline "Cra inte du Big One" - "Fear
ofthe Bi g One", above a report making a rather curious
cla im : " I claim res pon ibility fo r the earthquake that
struck aliforn ia on 28 .06.9 [„.)." Hav ing creating
lunar ec lipses, Gianni was now in ve nting earthquakes.
On 28 June 1992, at 3.05 p. m. un ive rsal tim e, the
earth shook in Ca li fornia, causing three death , two
from heart attac ks. The intensity 9 magnitucle 6.7 earthquake was fe it from Boise (Idaho) to Albuquerque
(New Mexico) ancl evcn as fa r as Denver ( olorado). lt
causecl damage to the tune of $92,000,000 and created
a co lossa l fa ul t 70 kil ometres long, 8.5 metres wide ancl
3.5 metre cleep, runnin g from Joshua Tree to Barstow.
Gianni Motti then went to the Keystone press agency
and claimed res ponsibi lity for the event. Taken aback,
the agency journalist initially refused to broadcast the
news, but then ended up sendin g the cli spatch all round
the wor ld . The res ult: th e art ist fo und him elf creditcd
with a va t work, 70 ki lometres long, in th e alirornia
desert, more than enough to make Wa lter De Maria,
and plenty or other Ame ri can art ists, turn green with
envy. And th c whole thing clicln ' t cost a cent.
But it was onl y by acci dent tliat thi wo rk became
part of th e monumental sculptu ra l tradition or Land
Art. lt takes an iron ic stab at th e omnipotence or the
artist and takes the mi ckey out of his crcati ve power.
Gia nni Motti is an arti st who makes art th e way olher
peop le go fis hing: he casts evera l li nes, wai ts patiently, ancl pounces on the event when it bites.
After Ca lifo rn ia, Gia nni dicl it all over aga in . In 1994,
he clai med responsibi lity fo r the earthquake of 14
December in the Rhon e-A lpes reg ion, and Jater, of the
qu ake th at strn ck th e same area on th e ni ghl of 15 Jul y
1996. An Age nce France Presse report becamc the
obedi ent and amused interm ecli ary of Gian ni Motti's
exp loits: "„. th e te llu ric artist offers a fina l no-tri cks
flin g in the midst ofFrance' nat iona l holiday."
Phillp Ursprung
Philip Ursprung
JO
Jeudi 15 d6cembre 1994
Trcmblemen_!_de terre de mag!2citudc 4,5 cn rfgion Rhönc-Alpes
Quitte pour la peur...
Qbloct nomo• TREMBLEMENT DETERRE
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I.l.m§.;_ 155708+0002
L'artislo gonovols Glannl MolU (photo) a rovendlquo dans la null du dlmancho 14 au lundl 15 julUelle lremblemenl de tone qul a trappe la zono
Rhone Alpes 01 la reg Ion gonevolse. Apres avclr mvendlque les secousses de Los Angeles en Juln 1992 et de Geneve en decombro 1094,
l'ertislo 1eUurlquo" cnre en plelne 1010 naUonale franc;olse un bcuquol final sans ertiflces. Molant au sculptural (la fallle do 74kmdans18 deser1
' de Calllomlo est toujours vtslble) un brln de phllcsophle, l'acie crealeur du genovols secoue les hommes comme l'art les ccnsclences•
kcuntry namo· CHE
froylnco
19980716
TREMBLEMENT PE TEBBE
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Headline & coptlon
J• •
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Centre national d'a rt,
Villa Arson, ice,
4 juillet 1998 au 4 octobre 1998
Pour ceux qui entrent dan le long cou loir qui mene aux
sa ll cs d'exposition, la premicre chose qui apparalt ce
sont des metres de panneaux publicitaires comme ceux
des tade de foot, legitimalions mediatiques incontournables qui annon cent et consacrent chaq ue evenement qui se respecte dans ce monde domine par la
pub licite.
Une fois passe ce magnifique prelude promolionnel,
on penetre dans un e petite salle entieremen t peinte
d'une co uleur rouge «Vieux ice» re pectant avec un e
pointe d'ironie le decret du maire qui a cru bon d'i mposer a sa vi lle le badigeon traditionnel de espaces
publics.
A peine entre dans ce hall rouge, le regard est atti re
par une grande baie vitree a travers laquelle des poules
nous observent attentivement. Chaque apparitio n d' un
visiteur dans le hall provoque une effervescence dans
ce petit poul aill er et les volati les se precipitent it la
fenetre pour admirer le nou vea u ve nu et e fa ire des
commentaires caq uetant sur ce monde de l'a rt vu du
dehor .
Quand on e retrouve soi-meme dan le jardin, on
'aperc;:oit en fait que cette reuvre, Pou/ai/ler avec
1\!forellel. se contem pl e recto verso. En effet 1'enclos
inso lite a ete place par Molti autour du pommi er so utenant une re uvre de Frani;:ois More lle!. Cell e-ci se
retrouve entouree d' un haut grillage enfermant les
poule avec leur pai ll e et leur grain. Une nouve ll e version, domestique, ecologiq ue et ironique de l'espace du
musee „.
A I' interieur de la Vi lla, une autre piece 111 'a frappee,
Garde-mc ubles. L'ouverture el la fe rm eture de l'expositi on co'lncidaient avec les vacances des et udiants de
l'Eco le des beaux-arts de la Vi ll a Arson. Certa ins
d'entre eux n'ayant pas assez d'a rgent pour garde r leur
appartement en vill e pendant les mois d'ete, le quittent
pour en retrouver un aulre a la rentree. e pose alor le
probleme encom brant des meubles. Motti leur propose
de leur ceder l' une de ses sa ll es d'ex position pour stocker leurs affa ires. II a ai nsi pu heberger dan son espace
les effets personnels de six etudiants, chaque pile
d'electromenagers, de disques, de matelas etc. constituant le portrait vivant de son proprieLaire. Tous ces
objets retourneront dans leur environnement fami li er ä
la rentree . On en connalt qui auraie nt lai sser de fortun es aux puciers du co in pour realiser de te ls asse mblage „. L'aspect econom iquc des reuvres de Motti
fa it partie integrante de son processus de creation. Non
seul ement cette installation n'a rien coute, mais eile a
aide quelques etudiants en mal d'argenl el en plus, a
donne l'occas ion au musee de rcmp lir sa vocation de
service public!
Gabi Scardi
Centre nation al d'a rt Villa Arson,
4 July 1998 - 4 October 1998
ice,
For those venturin g into th e long corridor leadin g to th e
ex hibiti on rooms, the lirst thin g to appear wa yards of
advertising li ke the hoarding yo u see in footba ll tadiums, in controvertibl e med ial legitimisation which
announces and consecrates each seif-respecting event
in this adve rt isement-do minated world.
Once pas t this splendid promotiona l prelude, visitors
entered a small room painled "O ld N ice" red all over,
in subtly ironic obed ience to a decree issued by the
mayor ofNice, who deemed it a good idea to impose on
hi s city th e traditional co lour was h for public places.
Once in this red hall , thc eye was drawn to a !arge
bay wi ndow through which chickens peered close ly at
viewer . Every time a visitor appeared in th e hall , there
was pandemonium in the sma ll chi cken run as the birds
da hed to the window to gaze at the newcomer and
iss ue the ir clucking comments on th is art wo rl d as seen
from without.
When visitors th en went into lhe ga rden th cmsc lves,
they rea li sed that this work of art, Pou/ail/er avec
Morelle! (C hi cken Run with Morell et), cou ld actu all y
be viewed from both sides. Motti in Fact placed the
unusual pen aro un d an apple tree supporti ng a work by
Franc;:ois Morelle!. The work wa surro unded by a hi gh
wire fence enclos ing the chicken with thei r straw and
feed. A new, iron ic, environment-fr iendl y househo ld
version of the museum spacc „ .
Inside the Vi lla, 1 was struck by another piece,
Garde-1//eubles (Furn iture Depot). The openin g and
clo ing of the exhibition eo inc ided with Lhe vaca tion
period for the students at the Villa Arson choo l ofF ine
Arls. ßeeau e some tudents lid not have enough
money to han g on to the ir apartments in town over th e
summer months, they wo uld give them up and then find
another place to rent when the au tumn semester started.
So there was the cumbersome prob lem of their furni ture. Motti proposed giving them one of the ex hibiti on
rooms to store th eir things in. In this way, he managed
to house the perso nal belongings of six stud ents in hi s
space, with each pi le of hou ehold app liances, records,
mattrcsses and the li ke making a living portrait ofthe ir
owner. When school resumed, all these thin gs wou ld
make their way back to their u ua l surrou ndings. Some
peop le wo uld have paid a sma ll Fo rtun e at a flea market
to produce uch assemb lages .. . The econom ic aspect
of Motli's wo rks is an in tegra l part of his creative
process. Not onl y did this in stall at ion cost nothing; it
al o helped one or two penniless student , and, what 's
more, gave Lhe museum a chance to fu lfi l its ca lling as
a place of pub lic service!
Gabl Scardl
Psy Room
A utoreverse 2, Centre 11atio11al d 'art
contemporain Le Mag asin, Grenoble,
juin-septcmbre 1996
Psy-Room
A utoreverse 2, Centre National d 'Art Co11te111porai11
L e Magasi11,
by Doctor Gianni Motti
Tout d'abord, un simple di po itif: un fautcui l, une
chaise longue, un e table, un te lephone, clans un e pi ece
neutre, sans decor ni aucun aulre signe d' habitation .
Ceci ressemb le a un e chambrc, a un burea u, a un e sa ll e
d'attente. C'est to ut ce la a la fois ava nt qu e le li eu ne
so it ac ti ve. Puis le protocole, to ut auss i elementaire:
une per onne inconnuc prend rcndez-vo u , 'a llonge et
parle d'e lle-meme, dans un temps circonscrit, face a
une autre personne, clont elle ignore tout, qui l'ecoute,
lui reponcl et la questionn e. Tou t ceci ressemb le etrangement a ce que nous connai s on tous cleja en rea lite
ou en esprit: la seance analytique. A Ja seule cl iffe rence
qu e le th erapeute est un art iste qui se passe de contröleurs, d'orthodox ies (po t) freucl ien ne ou (post) lacanienne, que chaq ue seance fa it l' objet d' un certifi cat et
d'un pol aro'id cleli vres au pati ent-spectateur,
traces formel les qui certifie nt clone qu e la personne a
ac hete et vec u quelque chose (ce quelque chose restant
a determiner). Autre deca lage, cette scene se situe dans
un contexte different et bien prccis, ce lu i d' un e expo ition dans un musee d'a rt contempora in.
ll n'est peut etre pas necessaire de dire aque l point ce
li eu est proprement adapte a ce type de dep lacements,
ta nt il est cha rge cl 'emotions, de fa ntas mes, de te nsions,
de fru stra ti ons non verba lisees, pour ce ux qui le visitent et ceux qu i Je gere nt.
Qui n'a pas dejil traverse ces espaces ne peu t mes urer
en effet la puissance du silence, du desa rroi ou de la
Folie non contrölee des acteurs de ces lieux.
La proposition fa ite a Gianni Motti de rentrer dans la
logiq ue, s'i l en est, de cette ex position tra ve rsee par la
questio n de Ja procluction de subj ecti vite, a trouve ici,
clans celte reponse a Ja fois littera le et raclicale, la possibi lite de clepasser Je seul caclre theorique et esthetique
du proj et, de deborder de I' intcri eur le champ de la
representation, de l'i mage et du sens (ce dontje lui suis
encore tres reconnaissante).
Le Psy Roo m - j e ne peux aujourd ' hui que l' imaginer, n'ayant jama is eu acces aux contenus de ces
seances, par respect du secret professionnel - fut pour
beaucoup une zone bien reelle cl 'echanges, de con fessions, d'abanclons, un th eätre sans th eätrali te. Un
es pace et un temps ou le sujet cesse d'etre represente et
regagne son autonomie, sa puissance verba le, son röle
et son statut d'acteur.
by Doctor Gianni Motti
The set-up i simpl e: an arm chair, a chaise longue, a
tab le ancl a tele phone in a neutral roo m without decorat ion or any other sign of human presence. lt looks like
a bcclroom, an offi ce or a waiting room. Ancl, before its
activa tion , it is all th o e thin gs. Then the proloco l,
whi ch i just as elementary: an unkn own person makes
an ap pointmcnt, rec line and, within a limited timeframe, ta lk about him/herself, fac ing another person
abo ut whom s/he knows noth ing, but who listens,
answers ancl asks questi ons. All this is stran gcly simi lar
to what we are all fami li ar with, eilher in practice or in
theo ry: psychoanalys is. The onl y di Ffe rencc is that the
th erapi st here is an artist who ignores the controllers of
(po t-) Freudian or (post-) Lacanian orth ocloxy, that
each sess ion results in a Polaro id and a certificate being
given to the pati ent-cum-v isito r, testifying that /he has
bought and ex peri enced somethin g (though just what
th is may be is a moot questi on). Moreover, th e scene
takes place in a di ffe rent and di tin cti ve setting, th at of
an ex hibi tion in a museum of contempora ry art.
There is perhaps no neecl to point out how suitab le
such a place is for this kincl of di splacement, charged as
it is with unspoken emotions, fa ntasies, tensions and
fru trat ion both fo r th ose who visit it ancl for those
who work there.
You need to have been in such spaces to measure the
power ofthe silence, confusion and un contro ll ed madness of the peo ple thcre.
The proposition macle to Gianni Motti to ex pl ore the
logic of this ex hibition in terms of the subj ectivity it
engender wa met wilh a litcral and rad ica l re ponsc
that made it poss ible to move beyond the simple theoretica l ancl ae thetic framework of the project, th ereby
breaking the bouncl of representat ion, image and
mea nin g (for whi ch 1 am still ve ry grateful).
Gi ve n th e rul e of pro fess ional conficlenti ality, 1 never
had access to what happenecl in Doctor Gia nni Motti 's
sessions, but 1 have no cloubt that many visitors experiencecl the " Psy- Roo m" as a place of rea l exchange,
confe sion and loss of inhibiti on, a theatre without th eatricality; a space ancl a time where the subject
ceased to be repre ented ancl rega ined autonomy,
verba l initi ative and an active ro le.
Stephanie Maisdon Trem bley
June-September 1996
Stephanie Moisdon Trembley
35
Galerie Jou sei eguin, Expa nder
1.0, Paris, 20 mars - 24 avril 1999
Quand Jes invitations deviennent formes
Tel un ba luchon de voyage, on dra pea u sur l'epaule,
Gia nni e t descendu du TGV Geneve- Paris. II s'c t deplace avec on re uvre, simplement comme on emmcne
un e va li c. A la ga re donc, bonj our monsieur ianni .
Le dra pcau ameri cain, l' icöne etran gement la plus
connue du vi ngtieme siecle. Lc fl ag certes mais non
plus une image, le fl ag en rea lite comme celui qu 'on a
plante sur la Lun e. Jas per Johns, Neil Amstrong,
Giann i Motti . Tirer un trait du tablea u a la conquete
spali ale, de la galeri e a la Lune et retour. Les re uvres ne
sont que des image menta le , des outils de transport.
Pl ante dans le sol au milicu de l'e pace, la galeri e
devient la Lune ain i qu e le terra in d' un relourn ement
de co lonisation. Loin du mur, l'reuvre attaqu e la question de centres en to u genres. Auto ur de Tra nqu ili ty
Ba e, la prem iere pierre est po ee pour qu 'autour alunis enl tous !es decenlrages po sibles.
Pour premicr dccentragc, la sccle de Rael est con viee
a mani fe ler pour le ve rnissage. onnex ion de l'art el
des croyances: deux sectcs vo nt se melanger. L' un e
polie, da ns les apparences et l'autre, de l'autre cöte du
miroir, dans la visio n. Un represe ntant de Rae l nous
rejoi nl ve rs 23 heure penda nl le repas avec son attache-case et sa mcdaille aulour du cou. Mani fes temenl il
se mefie, plus habitue aux rejets qu 'aux in vilation .
ou lui parl on des re uvres, lui de l'reuvre de di eu qui
nous a lou clones des l'ori gi nc. La j oncti on prog ress ivement s' opere. Deux parli es d' un etran ge va issea u
s'asscmblcnl. rl seront lä demain pour ex poser leur
veri te. Et l'ex pos iti on deri ve peu a peu vers la tentati ve
d' un nou vel cs pace de libertc, avec l'epreuve de ses
limi te qu ' il faud ra bicn bousculer.
Une sorte d' ex pos iti on/ fo rum fin de sieclc s'o uvre
devanl nous le lendemai n. Jamais l' ex posi ti on co llective n'avai t degage une teile atmos phere d'experience
et de mixage ... Les rae liens avec lcurs pancartes circulent parmi la fo ul e. Gianni entre-temps a in vite un
orche trc communard chanta nt avec leurs dra peaux
rouges des ai rs anarchi tes. Le melange de ce millier de
personnes esl integral auta nt qu ' insense. Pour fi nir,
Za hra Daoudi, jeun e danseu e alge ri enne d' Ora n,
monte ur la tab le, et les lumieres descendent pour faire
encore une fois place ä une no uvel eclairage. Quand
pour ne pas etre entierement largue de artiste meltenl pass ive mcnt des DJ's aux vc rnis age , la danse du
venlre enfo nce le clou d' un e incroya ble liberte: in viter
c' est in viler les autres, el pas toujours les m!!mes.
Ex pander 1.0, ce 20 mar 1999, a decompacte le
donnee de l' cxposi ti on. Lc milieu de l' art cn lin
rega rde, ouvre grand les ye ux alentour, est eberluc: on
l' a mi po ur qu clque heure sur la Lune.
Galerie Jousse-Segu in Expander
1.0, Paris, 20 March - 24 April 1999
When invita tions becomc forms
Gianni disembarked from th c Geneva- Pari s TGV with
a nag lung over hi s shoulder like a wayfarer's bundl e.
l-l e ca me with his wo rk, as simply as you would bring
yo ur luggagc. o, Bonj our Mon ieur Motti .
The American flag i , strangely enou gh, th c most
fa mous icon of th e lwe nti eth century. Not an image, of
cour e, but the fla g, lhe real fl ag, like th e one th ey
ra ised on th e moon. Jas per John , Ne il Armstrong and
Gianni Motti . From paintlng to th e conquest of space,
from the gallery to th e moon and back again . Artworks
are only mental images, means of lransport. Sti ckin g
th e fl ag in th e middle ofth e noor turns th e ga llery into
th e moon, a site ofreverse co lonisati on. Set away from
the wa ll, the work attacks th e idea of a centre, any
centre. The "Tra nq uili ty Base" is the ca irn around
which all conceiva ble clecentrings can moon-land.
First decentring: th e Rae lian hurch is inviled to present it elf at the gallery opening. Th e interface of art
and belief: two ects inter cct. One is polite, appearance-con cious; the olher, throu gh th e looking glass, i
concerned wilh vision. At about 11 p.m. a Rae lian joins
u at di nner with hi attache case and his medal around
his neck. He is clea rl y wary : he is more used to rejection th an to in vitati ons. We talk to him about th e
work , hc teils about th e work of Go 1, who cloned us
all , bac k when everythin g tmtcd . Graduall y minds
mcet. The componcnts or a stran ge paces hip come
togeth er. They will be thcre tomorrow to dcmonstra te
th eir truths. And the cxhibition slowl y dri~s towards an
attempt at findin g a new spacc of freedom, testin g limits that will need tobe pushcd bac k.
Thc openin g th e fo ll owing day is a kind or lin-desiec le ex hibilion-cum- forum . No group show has ever
feit so ex perimental, so hybrid . The Raelians wa lk
among th e crowd with th cir placa rds whil e a ommunard orchestra in vited by Gi anni sings anarchist songs
and wave red nags. The mi x embodi ed by th ese thouand peopl e is both cogent and cra zy. In conclusion, a
young Alge ri an dancer from Oran, Zahra Daoudi , gets
up on lhe table and the pots are dimmed so things can
be seen in yet another li ght. While oth er arti t pasivcly fo ll ow suit fo r [ear of being uncoo l and in vite
DJ to their openings, thi s bcll y dance fl aunts an
incredibl e freedom. ln viting mcan in viting thc oth ers,
ancl n t always th e sam e ones .
n March 20, 1999, Ex pander 1.0 deconstru cted thc
givens of ex hibitin g. At las t thc art world, eyes wide
opcn in amazement, gazed al th e world out ide: fo r a
few hours, it had been on th e moon.
Frank Perrin
Frank Perrin
36
Eclipse totale de Lune.
Vernissage-buffet sur le toit
de Ja Cite Radieuse,
Marseille, 16 septembre 1997
Total Lunar Eclipse
Opening with buffet on the roof
of La Cite Radieuse
Marseilles, 16 September 1997
Demystifiee, devenue ba e de la tranquillite, la Lune
n'en reste pas moin le lieu de l'evenement, lorsq ue la
geometrie de objets ce lestes projette notre ombre sur
un ecran qui echappe a toute autorite, si ce n'est celle
de notre narcissisme. Giann i Motti s'a pp ropr ie l'excitation et l'innocence beate de cha cun et tran forme le
phenomene en rassemblement convivia l ur le toit de la
Cite Radieuse a Marsei ll e.
J'etai present ce soi r-l a, le vernis age eta it prevu il
partir de 18 heures. Depuis le toit, nou avons d'abord
pu admirer Marseille tout entiere puis le coucher de
solei l. Ensu ite nous avon attendu l'arrivee de l'eclip e
en mangeant des petits fo urs. Une amb iance cre pusculaire regnait. On attend ait comme pour u11 co11cert, tou
impati ents de vo ir l 'artiste. D' un co up, le pectateurs
s'exclamcnt, se tournent vers la Lune et la nuit envahit
la Cite Radieuse.
Par les cartons d'invitation qu'il envoie depuis 1987
a l'occasion des diverses eclip es de Lune, de oleil ou
de pluie de Leo nie (ch ute de meteorites nuit du 17 au
18 novembre 1998), Giann i Motti designe l'experience
collective et ephemere d'un signe pourtant denue de
signification comme tant d'autres mai qui concentre
!'extreme realite d'etre ensemble, ici et ma intenant, lil
ou se produit l'evenement.
Pierre Bai- blanc
Although the Moon has been demy tified and ha
become a Tranquility Base,* it is sti ll ju t as much the
pl ace of an eve11t, when the geo metry of celesti al bodies casts our shadow 011 to a screen th at ide-steps all
auth ority except that of our own narc is i m. Gianni
Motti appro priated everyone's exciiement and their
blissful innocence and turn ed the phe11omeno11 into a
merry gatherin g 011 the roof of La ite Radi euse in
Marseilles.
l was there that evening - the opening wa schedul ed
to start at 6 p.111. From th e roof, we lir t looked out over
all of Mar eille a11d the11 watched the un go down.
Next, we waited fo r the eclip e a11d ate pctits fours. A
twi li ght mood set in . Lt was as if we were wa iti11g for a
co ncert to begi 11, all of u eager to see th e musician.
udden ly, the spectators all exclaimed, turned towards
the Moon, and ni ght came over La ite Radi euse.
With the in vitations he's been sendi11g out since 1987
for va ri ou lunar and solar eclipses or for Leonie 's
Rain (fa lli ng meteori te 011 the ni ght of 17- 18 Nove mber 1988), Gia11ni Motti draws attention to the collective and ephemeral experience of a sign, albeit trip ped
of mea11ing like o many others, but still ca pable of disti lling the quintesse11tial rea li ty ofbeing together, here
and 11 w, prccisely where an eve11t is happcni11g.
Pierre Bal-Blanc
*Par reförence au drapeau americain plante en 1969 sur la Lunc
et baptise Tranquility Base, Gianni Motti cree trente ans plus tard
une piecc du [email protected] nom, la replique cxactc plantce au milieu de la
Galerie Jousse- eguin, Paris. Voir l'article de Frank Perrin, «Quand
les invilations deviennenl formes.»
•In refercnce to theAmerican flag that was planled on the moon
in 1969 and christened Tranquility Base, ianni Motti has createcl
an eponymous piece, an exact replica planted in the middle of the
Jousse-Seguin Gallery in Paris. Cf. Frank Perrin's article "When
invitations bccome forms".
SPAZIO - LUGE
Presente
GIANNI
PLUIE
DE
MOTTI
LEONIE
"CHUTES DE METEORITES"
NUIT DU MARDI 17 AU MERCREDI 18 NOVEMBRE 1998
38
Pathfl11der
Pat/ijill(/er
Centre de gravure contemporain,
Geneve, 27 septembre 1997,
exposition "E te 97"
Centre de Gravure Contcmporaine
Geneva, 27 September 1997
Exhibition: "ll:te 97"
Le carton d' invitation promellait une soiree de pcrfo rmances. La premiere, celle de Gianni , devait avoir lieu
il l 8h00, il faisait bon dans le joli parc du Centre
de gravure contemporain , et comme les autre visite urs, j'attendais pat iemment que l'artiste se mani feste.
J'avais deja fa it le tour de l'expos iti on, mais il etait
introuvable. J'es pera i pour lui qu ' il ne oit pas en
retard. J ' avais beaucoup insiste les jours precedents,
mais il n'ava it pas vo ulu läc her le morceau ... Je ne
sava is rien, et comme tous ceux qui le connais ent je
me me!iais un peu.
Le gotha habituel deambulait so us les gra nds arb res
en dissertant sur le dernier monochrome d' Arthur
Schmi nken, les decontractes s' etaient dejil assis dans
!' herbe. Ycronique Bacchetta, la directrice, se plaignait
doucement du qu ota annuel des vi iteur du centre,
lorsqu' un autobus penetre dans le parc en bouscu lant la
fronda ison des arbres. Quelques bruits de moteur ronflant et bea uco up de gaz d'echappement. Le car s'arrete j uste devant l'entree. Les vi tres legerement teintees ne nous permettenl pas tout de sui te de voi r qu'a
l' interieur se tie nt tout un banc de Japonais, appare il
photo en main et yeux braques sur nous. «lls sortent
d'ou, ceux- la?» ri go lent un type derriere moi. Rien ne
bouge a l' interi eur, les portes restent closes. La guide
to uristiq ue, so uriante, commence a par ler dans un
micro en faisan t des gestes precis en direction du
centre. Le discours se prolonge. Les Japonais ont l'air
tres atte nti fs.
Tout a coup les deux portes du car s'ouvrent. Les to uristes de cendent precipitamment. Dans la cohue,
j'aperc,;o is Giann i et je comprends que c'est c,;a, a perfo rm ance. Apres avoir deto urn e un ca r de Japonais au
cen tre-vi ll e, il ava it reussi a les convai ncre - on ne sa it
comment - de venir jusqu'au centre, alors qu ' ils voulaient visiter l'ONU.
En quelques minu tes, les Japonais feb ril es ont ubmerge le bätimentju qu'au deuxieme etage. A l'entree,
plusieurs d'entre eux ri golent devant une video. Rosemarie Trockel n'ava itjamais declenche autant de reactions enthousiastes a la fois . Soud ain la horde du
premier etage deva le le escaliers et ort du centre en
prenant encore quelques photos. Tous se massent
devant le car, nous regardent en souriant et se mettent a
app laudir. lls ont l'air d'avoi r adore la visite. Ga fa it
rire Yeronique Bacchetta qui va fa ire ex ploser toutes
es statistiques de Frequentation. Tout le monde est
remonte dans le car. Les deux portes se referment.
L'a utob us ronron ne et lentement to urn e pour quitter le
centre. On lc regarde partir, un peu hebete, un peu surpri • un peu SOUS le choc. On etait to us devenus des
attractions touristiques.
The in vitation card promised an evening of performances. Thc first of the e, by Gianni Motti, was to take
place at 6 p.m. We were all wa iting pat ientl y for the
artist in th e pleasa nt warmlh of th e ga rd ens surrounding th e Centre de Gravure Contemporaine. 1 had
already wa ndered through the ex hibiti on but he was
nowhere tobe seen. 1 wa hoping he wou ldn ' t be late.
In sp ite of my inqu isiti ve press ure the days before, he
had refused to give anything away. l was in th e dark
and somewhat wary, li ke all those acq uai nted with
Motti. The u ual bigw igs were strolling through the tall
trees ex patiating on the late t monochrom e by Arthur
Schm inken, and more relaxed vi itors were already
sitting on the grass. Yeronique Bacchetta, the director,
was comp lain ing in an und ertone about th e Centre's
annual quota of visitors when a coach swu ng in to the
park, brushing through th e branches and coming to a
stop just outs ide the entrance amid engi ne noises and
ex haust fumes.
Because of the tinted windows it took a moment to
rea lisc th at inside a crowd of Japanese wcre starin g out
at u , cameras to the ready. " How the hell did they get
here?" a ked an amused vo ice behind me. Inside, nothing moved. The doors remained closed as th e smiling
guide bega n ta lkin g into the microphone, making precise gestures in the direction of the Cenlrc. The talk
went on and on. The Japanese looked very atte nti ve.
Sudd enl y, the two doors ofthe coach opened and th e
tourists bustled out. Catching a glimpse of Gianni
Motti in the crowd, l rea li sed that this was hi s perfo rmance. He had hijacked a coachload of.Japanese downtow n and managed to persuade th em - God knows
how! - to come out to the Cenl re instead of to th eir
planned destination, the UN. ln a matter ofminutes, th e
febrile Japanese had swa mped the building, all the way
up to the second floor.
At the entrance, a group of them were laughin g at a
video. Never before had Rosemarie Trockcl set off so
many enthL1siastic reactions all in one go. Suddenly, th e
horde 0 11 the first fl oor ru hed down the sta irs and came
out oft he entre, camcras still clicking. They ga thered
in fron t of the coach, looked at us wi th a smi le and
started app laud ing. This brought a laugh from Veronique Bacchetta, whose attendance figures had j u t gone
through the roof. Then th ey all climbed back into the
coach. The two doors closed. The coach rumbl ed and
turned slow ly to leavc th e Centre. We watched th em go,
a bit dazed, a bit surprised, a bit stunn ed. We had all
become tourist attractio ns.
Isabelle Sbrissa
Isabelle Sbrissa
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Digan lo que diga11,
Exposition collcctive, septembre
1998, Ga lerie Analix, Geneve
Quell e que so it l'exposi tion , l'aeeroehage reste un
exereiee delieat, jamais lais e au hasard et souvcnt
pretexte ade multiples eritiqu es. Le 16 septembre,jou r
du vernissage, il est 14h00 el Ja tension reg ne ä la Galerie Analix. Gianni Motti et Franeis ßaudevin so nt en
froid pour des qu es tions d'aeeroehage. Motti dee ide
alors de fa ire appel a deux mcdiums pour installer leur
a:uvres. La lourde re ponsa bilite de J'aeeroehage esl
eonfiee ä alaeha medium parap yehologue, as istante
de Cris Legros Grand Maltre Wieea. Celui-ei doit e
eha rger de purifier Je lieu et d attirer argent et bonheur.
Des lors, les remarques eritiqu es n' ont plus de sens,
puisque la disposition des reuvres s'en remel lt Ja pratique e olerique.
Pendant de Jongues minutes, atae ha ' impregne de
l 'ambianee de Ja ga lerie. La eoneentration est ä son
eomb le. Elle sort so n pendule et effleure les reuvres
melangees dan un eoi n. De qu e le pendule o eill e,
eile prend l'reuvre eorres pondanle et pareo urt a nouveau l'espaee pour pou vo ir Ja Joea liser.
Fini l'aeeroehage, entre en aetion ris, le Grand
Maltre Wieea. LI insta lle un petit autel eatoure de bougies et demande aux deux artiste de 'agenouiller. La
eeremonie eensee attirer Fortune et fö li eite eommenee.
L'eneeas enva hit la ga lerie. Le Grand Maltre marque le
front des artistes avee un e pou-d re, prononee des formules ineantatoires et leur dema nde de les repeler la
main levee. Les pri eres semblent avoi r ete exa ueces
puisque Motti a vendu toute e pieees.
Paseale Jeanneret
Digan lo que tligan,
Group show, eptc mb er 1998
Analix Gallery, Geneva
Hanging is a tri eky business in any ex hibition: it is
never lefl to eha nee and often mueh eritieised. On eptember 16, private vic\ day, tension run s high at th e
Analix Ga ll ery. Giann i Motti and Frane is ßaudev in are
loeking horns abo ut the han ging. Motti deeides to ea ll
on two mediums to inslall Lh c works. This heavy
respo nsibility is entrusted to atasha, a parapsyehologist, a medium and assista nt to riss Legro , "Grand
Master Wieea". lt i he who will puri fy the paee and
attraet mon ey and good Fortune. riti ea l remarks are
now mea nin glcss, for thc ar range ment of works has
been Je ft to c oterie praetiee .
Natas ha pends man y minutes immer ing hersc lf in
the atmospherc of th c ga llcry. Thc eo nce nlrati on is
intensc. he lake out her pendulum an d holds it elo e
to the works piled up in a eorner. As soon as it osei llates, she rcmoves the eorre pondin g work and wa lks
around the paee looking for a setting.
With lhe hanging out of the way, it is Grand Maste r
Wieea's turn . He sets up a small altar surroundecl by
ea ndl e and asks lhe lwo artists to kneel. Now begins
the eeremony to bring fortune ancl fe lieity. lneense fills
the gall ery. The Grand Master dabs powder on lhe
artisls' brows and reeite his ineantations, which the
art ists arc a kecl lo repea t wi th the ir hands raisecl. lt
wou lcl seem that the ir prayers were answc recl : Motti
so ld all of his works.
Pascale Jeanneret
42
43
Giaooi Motti est
ioooceot*
Gianni Motti est innocent. D'ailleur , il mime une vie
exemplaire. Mais saurait-il en etre autrement pour
quelqu'un qui , au cours de son enterrement, il y a dix
an , a connu la gräce de la Re urrection? En 1989, en
effet, dans un petit village du nord de l'E pagne,
Gianni Motti a agence ses propre funeraille , en pleine
fete de anta Marta . Largement documentc par des
photographics et unc video, l'evenement, annonce
comme il e doit dans la rubrique necrologique de la
presse locale, s'est termine assez abruptemcnt, peu
avant la mi e en terre, lorsque l'artisle s'est derobe a
une mise en cene clont le caractere mena~ant ne cessa it
de s'accentucr.
Que peut bien ignifier, dans le regime d'une
demarche arti tique, de simuler a propre mort? Noten
tout d'abord que le village choisi, sans etre celui de sa
nais ance, comportait de nombreuses similarite avec
celui-ci. II y a la un motif psychanalytique que l'on
pourrait deployer au gre des changements d'identite de
l'artiste - qu'il en remplace un autre, comme Alexandre Bianehini pour une scance de po e dans une exposition Tribune de Geneve, qu'il u urpe la place d' un
repre entant indonesien de l' ONU a Geneve ou qu ' il e
presente sous les cameras de telcvision comme un des
joueurs du Neuchätel-Xamax FC. On pourrait cga lement replacer cette action dans une seri e de performance 0(1 Gianni Moui, lt la suile de devanciers
celebres, se joue des limite du «possible», s'installant
ainsi dans une position d'artiste-demiurge. (II n'est pas
incident que lor qu 'i l revendique un tremblement de
terre ou Je «cra h» de hallenger, c'est moins pour
affirmer un pouvoir que pour porter la faule de telles
catastrophes ... )
Effacement des origines ou autoportrait ehri tique,
l'enterremenl de Gianni Motti apparait comme un point
nodal de son travail. Le suicide, intervenant ä un äge
deja mür, e t ain i avant tout celui de la fonetion traditionnelle de l'arti te. Des lors, en elTet, Gianni Motti ne
cesse de chercher de moyen de retrouver un rapport
actif avec le rcel. Qu ' il 'agisse du domainc de la culture (lorsqu'i l detourne, par excmple, un car de voyagcurs japonais pour transformer un festival de performances du entre gencvois de gravure contcmporaine
en altraction touristique), de la politique (lorsqu'il
tente de pousser a Ja dcmission le presidenl colombicn
par un efTort telepathique largement relaye par le
medias) ou du social. Une fois encore, il excelle lorsqu ' il peut offrir une reparation a une Situation concrete.
Ainsi, sollicite pour un de ces nombreux projets
d'installer «l'art dans la cite», il donne une veritable
repon e ä ce contexte mine, cn offrant a l'infrastructure
gcnevoise pour les sans-abri ar Touche tout implement un meillcur si tc, au bord du lae, au pied d'un
grand hötel, pour la duree (malheureusement) d'un etc.
On trouverait, enfin, avcc le mät de cocagnc (prcsente au AN de euchätel et a la Galerie nalix de
Geneve), un embleme de la relation que l'arti te sou-
haite entretenir avce Je pectateur de ses exposition .
Jambons, salamis, victuailles de toutes sortes, mai
aussi quelque accessoire tire d'un ex-shop voisin,
ou lc logicicl Windows 95 sont suspend us entre sol et
plafond dans l'attente qu'un visiteur temeraire grimpe
au milt, dont la base a ete enduite de graisse, pour les
cuei llir. Motti dcplace ainsi une structure interactive
(simulant l'abondance et la fe te) dans un lieu d'art,
sans toutcfois donner ä ec lle-ei un statut artistique particul ier u unc rc onance critique dt\terminec. Se limitant ä substituer une attractio n il une autre, ä confondre
le rcel et l'i maginairc en unc seule et meme performance, il alte te de sa croyance en cet improbable pays
de ocagne qu'e t l'art.
Lionel Bovier & Christophe Cherix
• Lc tilre, ici , fnit rffercncc tout u la fois t\ la piece de Gabriel
Qro,co declnrant que « linton is innoccnt» (Muscc d'arl moderne
de la Villc de Paris, 1999), tl la campngnc elcctoralc pour les presidenticlles americaincs mcnec par ianni Mo1ti en 1996 et ä l'nffiche realisec celle annee (EXIT, Lausanne) ou il affirmc n'avoir
jamais eu de relation sexuelle nvec lnjcunc fcmme represcntec (et
que tout lc monde aura reconnue comme etant Pipilolli Rist).
Gianni Motti is innoeent. The life he lcads is indeed
irreproachablc. But thcn how could it be otherwise for
omcone who, during his funeral, ten years ago, was
graced with Re urrcction? In 1989, in a mall village in
northcrn pain, Gianni Motti organised his own burial,
right in the micldle of All anta Marta . The event was
properly advertised on the obituaries page of the local
new paper, but ended uddenly, just before the body
was lowercd into the ground, when thc artist finally
wriggled out of what was an increasingly ominous
mise-en-sccne.
What can it mcan for an artist to imulate his own
death? Let us note, first or all, that the village Motti
chose, though not his chi ldhood home, was in many
ways si milar to it.
There is a p ychoanalytica l theme here which cou ld
be traccd through the artist's various changes of identity, whcther replaeing artist Alexandrc Bianchini at
a photography es ion at the exhibition "Tribune de
Geneve ", usurping thc place of an Indonesian represcntative at thc UN in encva, or ending up in front of
the TV camera as a member of the Neuchatel-Xamax
Footba ll tcam . The funeral action could also be placed
in lhe contcxt of Motti' scries of performances in
which, following in the footsteps of his illustrious
forebcars, he play with the limits or "possibility",
adopting the po ition or arti t-demiurge. (lt is significant in thi respect that whcn he claims responsibility
44
for an ea rthqu ake or for the "crash" of Challenge r, he
does so lcss to asse rt his power than to take th c blame
for such catastrophes.)
Whelhcr il is read a an erasure of origins or a Chri stlike self-portrait, Mo tti 's funeral ca n be seen as a foca l
point of hi work. This suicide, comm itted at a matu re
agc, was above all that of the trad itio nal artisti c function. incc th en, Motti has becn engaged in a ceaseless
search fo r ways of estab li shin g co ntact with th e rea l.
The sp here ma y be cultural (hijacking a coachload of
Japanesc tourists in order to transfo rm a performance
Festival at thc entre de Grav ure Co ntemporai ne in
Geneva into a touri st attraction), po li tica l (try ing to
Force thc res ignation of th e olombian president by
telepalh y, an attempt that beca me a media event) or
socia l.
Once again, he excels when th ere is a co ncrele situation to be addressed. Thu , when commissioned to
co ntribute to one of those num ero us attempl lo create
"pub lic art", he res ponded directly to th e se nsitive
i sues involvcd by offering a special shelter for
Geneva's hom cless, Car To uche, attractively placed on
the lakes ide, just below a luxury hotel, whi ch use rs
co uld enjoy for the duration of that summer (a nd ala
no longer).
Finally the greasy pole (mät de Cocagne) prcse nted
al th e AN in euchätel and the Ana li x Ga llery in
Geneva can be see n as cmb lematic of ihe kind of relation that the arti l eeks to esta bli sh with viewers ofhis
cx hibiti ons. Between cei ling and floor he hun g hams,
sa usages and other victuals, but also a few acccsso ri es
from a ncighbouring sex shop and Windows 95, all
waiting for a vis itor bold enough to climb up the slippery masl. Motti thus lransferred an interactive structure (s imul atin g abu ndance and festi vity) to an art
space, but withoul lending it any particular artisti c
status or defincd critica l reso nance. Li miti ng himsel fto
the substituti on of one attracti on for anoth cr, to the
(co n)fusion of rea lty and Fantasy in a si ngle performan ce, hc demon trated his belief in that un likely Land
ofCockaigne that is art.
Lionel Bovier & Christophe Cherix
• This ti tlc also a lludcs to the piece by Gabriel Orozco dec laring
that " lin ton is lnnoccn t" (Musce d 'A rt Modeme de la Ville de
Paris, 1999), Lo the American presidential campaign cITorl by Motti
in 1996 and lo lhc posier hc made thal year (EX IT, Lausanne) picturing a you ng woman thal hc c laims ncvcr lo havc had sexual rclati ons with (and whom everybody recognised as Pipilotti Rist).
0
45
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47
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3
Ciao Mamma
MOTTI 96' The best for a better World
Exposition Xn, Chalon-sur-Saöne, 1999
Soiree electorale organisee par l'ambassade suisse des
4/5
Etats-Unis, Hötel lntercontinental, Geneve, 6 novembre 1996
Entierro N"1
24
Ribarteme, Vigo, Espagne, 1989
MOTTI 96' The best for a better World
7
Meeting electoral, Mam co, Geneve, 1996
Mät de cocagne
25
CAN, Neuchätel, 1995
Confidential Meeting
8
Mamco, Geneve, 1998
Levitation (en haut) et Sans titre (en bas)
27
CAN , Neuchätel, 1995
Restore Hope
Vue de l'installation
Page du site Internet, 1994
En collaboration avec Mister RG
29
9
Estamos contigo Colombial
Ala sinistra
Article dans EI Espectador, 7 mars 1997
Stade de la Maladiere, 1995
31
10
Diverses revendications de tremblements de terre
Soiree Prospect
1992-1995
CNP, Paris, 1998
33
11/12
Vues de l'exposition
Gianni Motti Assistant
Villa Arson, Nice, 1998
World Tour, 1997-1998
35
13
Psy Room
Gianni Motti Assistant
Le Magasin, Grenoble, 1996
Article dans L'Humanite, mai 1998
37
15
Tranquility Base et performances
Cushy Job 1986-1999
De gauche
a droite:
Galerie Jousse/Seguin, Expander 1.0, Paris, 1999
38/39
Ugo Rondinone
Heaven's Gate
Julian Opie
1997
Rosemarie Trockel
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Sylvie Fleury
Eclipse totale de Lune
Thomas Hirschhorn
Cite Radieuse, Marseille, 16 septembre 1997
Jessica Diamond
(en bas)
Robert Barry
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17
Pathfinder
ONU, 7 novembre 1997, 53e session
Cen tre de gravure contemporain, Geneve, 1997
des Droits de l'Homme, Geneve
43
Sans titre avec la collaboration du
Digan lo que digan
Haut-Commissariat aux Droits de l'Homme
Accrochage, Galerie Analix, Geneve, 1998
Palais Wilson, Geneve 26 avril 1999 (en bas)
45
18/19
Pipilottigate 1999
Liberez öcalan! Liste 99, Bäle
Affiche 35 x 45 cm
20/21
Challenger 86'
Gar Touche
Revendlcatlon du crash de Challenger par voie de presse,
Exposition //s sont passes par ici, Geneve, 1998
29 janvier 1986
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Big Crunch Clock 1999
Couverture
Gianni Motti Assistant
Cara'ibes, novembre 1997
48
Remerciements partlculier
PRO HELVETIA, Marianne Baviera,
Christian Bernard
Lars Müller, Isa belle Sbrissa, les auteurs
Impressum
Editlng : Christine Jenny, Zürich
Proofreadlng : Marianne Sievert, Franz Scherer
Layout : Lars Müller und Glanni Mottl
English translatlons : Charles Penwarden , pp. 10, 12, 16, 22, 34, 36, 40, 42, 44
Simon Pleasance, pp. 1, 2, 4, 6, 14, 21, 26, 28, 30, 32, 38
Credits Photographlques: Juan Abla, p. 4; Joäl von Allemen, pp. 7, 8
Pierre-Wllllam Henry, p. 9; Stephanle Moisdon Trembley, p. 10; Sebastian
Pecques, pp. 11, 12, 43 ; Manuel Benitez, p. 17 ; llmari Kalkklnen, pp. 21, 25
Jean-Baptlste Bosshard, pp. 22, 23, 24; Catallna Ramelli , p. 25
J Brasile, p. 33; Nicolas Haute, Frank Perrin , p. 37; Madanl Mazen, p. 38
(Eclipse) Alexandra Blanchinl, p. 39; Sophie Perrler, CGGC , p. 41
Printing : Stämpfli AG Grafisches Unternehmen, Bern
Lithography : Ast & Jakob AG , Könlz
Giannl Motti
Vit
a Geneve et a Berlin
II meno une vle exemplaire
Gianni Motti
Lives In Goneva end Berlin
He led an exemplary life
PR e HELVETI/\
• 1
Collectlon Cahiers d'artlstes
Erstpublikationen junger Künstlerinnen und Künstler aus der Schweiz
Herausgegeben von der Schweizer Kulturstiftung PRO HELVETIA
c 1999, Pro Helvetia und die Autoren
Collectlon Cahlers d'artlstes
Premleres publlcatlons d'artistes de Sulsse
Edite per la Fondatlon suisse pour la culture PRO HELVETIA
c 1999, Pro Helvetla et les auteurs
Collectlon Cahlers d'artlstes
First publlcatlons of Swiss artists
Publlshed by Arts Councll of Switzerland PRO HELVETIA
I! 1999, Pro Helvetia end the authors
Lars Müller Publishers
5401 Baden, Swltzerland
ISBN 3-907078-11-X
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