Mutuelle Et Santé Mtrl Id

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Mutuelle Et Santé Mtrl Id
LA REVUE DE LA MTRL
REVUE TRIMESTRIELLE D’INFORMATION DE LA MTRL – N° 73 – MARS 2012 – 1 ¤
Mutuelle et Santé
Oh ! les beaux jours
La Revue de la MTRL
Mutuelle et Santé
n° 73
VIE DE LA MTRL
• Brèves
• Conférence Laboratoires Boiron
• Séminaire ADES
3
GESTION DES SOINS
Régulation téléphonique dans
la demande de soins
7
SOINS ET SANTÉ
Mycoses et vaginites :
la réponse homéopathique
8
ÉCONOMIE DE LA SANTÉ
La situation des
infirmières en France
10
SAVOIR
Le pied de l’enfant
13
CONNAÎTRE
Tissu adipeux et inflammation
14
ZOOM
Les intolérances alimentaires
(1re partie)
17
BIEN VIVRE
“Le cerveau a besoin
de plus qu’un sudoku…”
20
PRATIQUE
Presbytie : des solutions pour tous
22
Photo de couverture : Pál Szinyei Merse, Déjeuner
sur l’herbe (1873). Galerie nationale de Budapest.
La Revue de la MTRL - Mutuelle et Santé
est la publication officielle de la
Mutuelle de la région lyonnaise,
126-128, rue Pierre-Corneille
69421 Lyon Cedex 03
Tél. : 04 72 60 13 00. Fax : 04 72 60 13 01
N° Azur : 0 810 030 033
Internet : mtrl.fr et reflexe-prevention-sante.mtrl.fr
e-mail : acme6a@acm.fr et mtrlinfocom@acm.fr
N° de CPPAP : 0412M05960.
19e année – trimestriel – mars 2012 – n° 73
Le numéro : 1 ¤, dans tous les bureaux et agences
de la MTRL. Abonnement annuel : 4 ¤.
Directeur de la publication : Romain Migliorini.
Administrateur : Thierry Thévenet.
Éditeur délégué : Les Éditions du Chaland.
ISSN : 1253-921X
Impression : IMAYE Graphic, 53000 Laval.
ÉDITORIAL
« Mieux vaut chômer
que mal moudre »
« D EUX MILLIARDS D’ EUROS , tel est le montant des dépassements
d’honoraires (sur 18 milliards d’euros d’honoraires totaux), dont les deux tiers
pèsent directement sur les ménages, après intervention des organismes
d’assurance complémentaire. Constatant une augmentation importante des
dépassements au cours de la dernière décennie, la mission cherche, d’une part,
à analyser les raisons d’un tel phénomène susceptible de remettre en cause
certains des principes sur lesquels repose le système de soins. Elle avance, d’autre
part, des arguments pouvant permettre de réformer la pratique des
dépassements. Sur la base de cette évaluation, la mission a retenu 4 scénarios :
aménagement du dispositif existant (mieux informer, mieux évaluer, mieux
contrôler, quelle que soit la réforme engagée) ; modulation des possibilités de
dépassements en fonction de la réalité de l’offre locale ; plafonnement des
dépassements en volume et/ou en valeur ; suppression totale ou partielle de la
possibilité des dépassements ou aménagement des contreparties réelles en termes
de santé publique. »
Telle était la présentation, faite dans La Documentation française,
d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales, remis au ministre
de la Santé, Xavier Bertrand, en… avril 2007 !
Ce que 60 millions de consommateurs révèle aujourd’hui sur le même sujet
n’apporte guère d’éléments nouveaux, sinon que la somme des dépassements en
secteur 2 – honoraires libres – est passée à plus de 2,5 milliards d’euros
annuels, toujours aux frais des patients et de leurs complémentaires.
La Fédération hospitalière de France s’indigne, et le ministre de la Santé
évoque des sanctions afin de mettre « un terme aux dépassements qui sont
délibérément excessifs », ayant sans doute oublié que la loi sur l’hôpital
(HPST), de 2009, n’avait même pas osé aborder la question.
Toutes affaires cessantes, le gouvernement vient de transmettre, pour avis, à la
Caisse nationale d’assurance maladie et à l’Union nationale des caisses
d’assurance maladie le texte d’un décret sur la création d’un secteur optionnel
censé limiter les dépassements d’honoraires : les médecins spécialistes acceptant
d’adhérer à ce nouveau secteur ne pourraient dépasser 50 % du tarif de
convention ; la différence serait totalement prise en charge par les mutuelles,
qui ne pourraient refuser “sous peine de perdre les aides fiscales liées aux contrats
responsables”. Outre le refus de ces deux organismes d’approuver le texte du
ministre, jugeant le projet incomplet et inefficace, la menace à l’égard des
mutuelles nous plonge dans un abîme de perplexité : là encore, notre ministre
semble ne s’être pas aperçu que son collègue du Budget, à deux reprises l’an passé,
avait taxé les mutuelles de 3,5 % à chaque fois, soit 7 % au total, l’exonération
pour raison de contrats responsables ayant donc totalement disparu !
En résumé, un projet bâclé unanimement retoqué par les parties concernées,
un chantage à l’obéissance à l’égard d’organismes payeurs sous peine de leur
reprendre un “avantage” qui a cessé d’exister, autant dire qu’il est plus sûr
d’attendre le résultat des courses électorales de printemps pour envisager une
réforme sérieuse de la rémunération des actes médicaux.
Le président,
Romain Migliorini
Vie de la MTRL
LE NOUVEAU SIÈGE DE LA MTRL
Après plus de 40 ans dans les mêmes locaux administratifs, le siège de la MTRL vient de déménager, grâce à
l’acquisition, par notre Groupe, de locaux spacieux et adaptés. En effet, les 350 m2 que nous occupions rue PierreCorneille, dans une immeuble d’habitation, étaient progressivement devenus inadaptés tant aux conditions de travail
qu’aux besoins et à l’organisation des espaces utilisables.
Il était devenu nécessaire de disposer d’un siège social moderne,
parfaitement fonctionnel permettant d’accueillir tous nos services.
A compter du 2 avril 2012, l’adresse du siège de la Mutuelle est
désormais 37, avenue Jean-Jaurès, 69007 Lyon (métro SaxeGambetta). Nos coordonnées téléphoniques sont inchangées, et
vous pouvez joindre nos équipes au 0 810 030 033 (N°Azur, prix
d’un appel local).
L’agence Lyon-Servient, elle, reste dans les locaux rénovés du
34, rue Servient, 69003 Lyon.
INAUGURATION DE L’AGENCE LYON JEAN-JAURÈS
Couplé à l’acquisition du nouveau siège de la Mutuelle, nous disposons également d’un vaste local
commercial qui a été converti en agence mutualiste. La MTRL dispose donc
d’une nouvelle agence, 37 avenue Jean-Jaurès (au rez-de-chaussée du siège
social). Flambant neuve et spacieuse, elle est située au cœur d’un quartier très
animé et commerçant. Cette implantation complète donc notre réseau
lyonnais (3 bureaux).
L’agence Lyon Jean-Jaurès est
ouverte depuis le 28 février. Elle a
été inaugurée ce même jour par
M. Jean-Pierre Flaconnèche,
maire du 7e arrondissement
de Lyon, les membres du
conseil d’administration et
les équipes MTRL.
N°Azur (prix d’un appel
local) : 0 810 030 033
CONFÉRENCE DE SANTÉ SUR L’HOMÉOPATHIE À MÂCON
Dans le cadre des conférences de santé organisées par la MTRL en Bourgogne, un prochain événement se déroulera le jeudi 12 avril 2012,
à 18 h 30 à Mâcon (amphithéatre Guillermin, 18 cours
Moreau, 71000 Mâcon) sur le thème « Homéopathie : le
respect de votre santé ». La conférence sera animée par le
docteur Christelle Charvet, médecin gynécologue. Entrée
libre. Inscriptions en contactant l’agence MTRL de Mâcon :
03 85 20 06 70 ou MTRLMACON@acm.fr
La Revue de la MTRL
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Vie de la MTRL
RÉNOVATION DE L’AGENCE LYON-SERVIENT
Dans le cadre du programme de rénovation de ses
bureaux, l’agence MTRL Lyon-Servient a été totalement
modernisée et réaménagée. Cette transformation était
indispensable car ces locaux, inchangés depuis une quinzaine d’années, n’étaient plus adaptés à la qualité d’accueil due à nos adhérents. Toutes les agences MTRL
seront ainsi rénovées. Ce fut le cas de Villeurbanne, de
Mâcon et de Montceau-les-Mines. Grâce à ces travaux,
les agences proposent un espace chaleureux, lumineux et
des bureaux individualisés pour un dialogue personnalisé
entre les conseillers MTRL et nos adhérents.
L’agence Lyon-Servient a
été inaugurée le 8 février
par M. Thierry Philip,
maire du 3e arrondissement
de Lyon et conseiller général, en présence des administrateurs et du personnel
de la MTRL.
« DEVENIR DE LA MÉDECINE GÉNÉRALE »
ET « DIFFICULTÉS DE L’ HÔPITAL »,
COMPTE - RENDU DU COLLOQUE MTRL
En octobre dernier à Lyon, la MTRL organisait son premier
colloque d’économie de la santé sur les deux thèmes précédemment cités, en présence de nombreux professionnels.
La Revue de la MTRL en a proposé un compte rendu
détaillé dans sa dernière édition, mais la
Mutuelle, avec le concours du Tout Lyon, a
également édité l’intégralité des exposés et
du débat sous forme d’un livret, dispoPERMANENCE DU PRÉSIDENT
nible à son siège, avenue Jean-Jaurès.
Ce document, gratuit, est à disposition
Le président de la MTRL, à l’écoute des
des adhérents souhaitant le recevoir.
mutualistes, peut recevoir les adhérents qui
Contact : 04 72 60 13 08.
ont font la demande dans le cadre de permanences prévues à cet effet. Dans ce cas,
adressez votre demande et les motifs souhaités par mail à : romain.migliorini@mtrl.fr
ou par courrier à MTRL, Monsieur le Président, 37 avenue Jean-Jaurès, 69007 Lyon.
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Conférence-débat organisée par
les laboratoires Boiron sur le thème :
« Oncologie, soins de support, homéopathie »
Ce 12 janvier, le président Migliorini était invité à assister à cette conférence sur
le sujet énoncé plus haut. Le docteur Christelle Charvet, dont les lecteurs de notre revue
apprécient régulièrement les articles, participait à ce débat. Elle a bien voulu
en assurer également le reportage, ce dont nous la remercions vivement.
médicales en accompaes laboratoires Boiron ont par la prise en charge
gnant le patient qui suit
réuni autour d’un thème individuelle et globale
des thérapeutiques à
actuel – les soins de support en du patient, raison pour
visée oncologique. Elle
oncologie et l’homéopathie – plus laquelle le thème
aide le patient à supde cent professionnels de santé, « oncologie, homéopaporter les effets seconmédecins et pharmaciens dont thie et soins de supdaires de ces thérapeu24 universitaires, professeurs et maî- port » avait été choisi.
tiques pour en faciliter
Participaient notamtres de conférences des facultés de
l’observance.
pharmacie française, mais aussi des ment à cette conféAnne-Cécile Begot,
représentants de la cancérologie en rence-débat le Dr Jean- Jean-Claude Karp
milieu hospitalier, des oncologues Philippe Wagner, médecin oncologue auteur de Médecines parallèles et
espagnols et italiens, des médecins et à Strasbourg, prescripteur régulier de cancers (L’Harmattan), a présenté
pharmaciens de la région lyonnaise, médicaments homéopathiques, le une étude qualitative concernant les
des associations de patients. L’objec- Dr Jean-Claude Karp, médecin géné- différents types de
tif de cette réunion était d’échanger raliste homéopathe, consultant en patients qui ont eu
des regards d’experts multidiscipli- homéopathie dans le service d’onco- recours à des traitenaires sur les pratiques complémen- logie du centre hospitalier de Troyes, ments complémenM. François Roux, pharmacien en taires pour se faire
taires autour de l’oncologie.
La soirée s’est déroulée dans l’am- officine à Toulouse et Mme Anne- aider. Pour certains,
phithéâtre Boiron de la faculté de Cécile Begot, sociologue à Paris. Le le recours à une
Dr Wagner, prise en charge
médecine et de maïeutique Lyon Sud
le Dr Karp et h o m é o p a t h i q u e
Charles-Mérieux.
F r a n ç o i s leur permet de
La conférence a débuté par une
Roux
ont redevenir acteurs de Anne-Cécile Begot
interview filmée du Pr Ivan Krainsisté sur la leur santé.
kowsky, président de l’Association
Ces témoignages d’experts ont
nécessité
française des soins oncologiques de
d ’ i n t é g r e r montré toute l’intelligence de la
support, qui exerce à Nancy. Il définit
l’homéopa- médecine qui se dessine pour
les soins de support, comme « l’enthie dans les demain, toute la complémentarité
semble de soins
Jean-Philippe Wagner
soins de sup- des professionnels de santé, l’alliance
et
soutiens
François
Roux
port
pour des médicaments homéopathiques et
nécessaires aux
p e r s o n n e s apporter une qualité de vie à des allopathiques pour préserver la santé
malades paral- patients qui voient leur existence pro- des patients. L’aventure ne fait que
lèlement aux longée par les nouveaux traitements commencer, et les perspectives sont
t r a i t e m e n t s oncologiques. Ils ont précisé que enthousiasmantes…
䊓
oncologiques ». l’homéopathie doit être considérée
L’homéopathie comme une médecine « complémens’intègre dans taire » plutôt que « parallèle »,
cette définition puisqu’elle fait partie des stratégies
L
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Séminaire organisé par l’ADES sur le thème :
« Savoirs partagés, certitudes et incertitudes
dans la recherche en sciences de la vie »
Ce 8 mars, à l’invitation de Mireille
Bernard, ingénieur en biologie
(Univ. Bordeaux Segalen) – auteur
pour notre revue d’un article en
deux volets sur “l’alimentation crétoise” (nos 66 et 67) –, le président
Migliorini a assisté à un séminaire,
sur le campus universitaire de Bordeaux, organisé par le laboratoire
ADES, sur le thème cité plus haut.
A l’initiative de Denis Retaillé,
directeur de l’unité mixte de recherche 5185 ADES, et de Mireille Bernard, ce séminaire comportait cinq
interventions, dont nous retiendrons plus particulièrement celle du
docteur Michel de Lorgeril (Après le
scandale du Mediator, celui des anticholestérols) et celle de Mireille Bernard (De la bataille du lait aux
recommandations sur la prévention
des fractures). Nous n’en dirons pas
plus à ce stade, car nous avons eu
l’assurance, par
les conférenciers, que ces
deux
sujets
feraient l’objet
de deux prochains articles
dans
notre
M. de Lorgeril
revue.
Comme le revendique son directeur, l’ADES vise à rassembler un
éventail très large de compétences
disciplinaires, proposant, dans cet
esprit, de confronter les savoirs les
plus éloignés en apparence, ceux
de la recherche biomédicale et ceux
de la recherche en sciences humaines et sociales. La vérité établie en
laboratoire ou à l’hôpital, celle de
l’expertise scientifique, n’est pas
6
nécessairement la même que celle
de l’individu, de l’être social, objet
de la recherche. La quête des “bonnes pratiques”, en la matière, procède souvent de cet examen
contradictoire.
Mireille Bernard, chargée de l’organisation du séminaire, insiste sur
la volonté des participants d’éclairer
le savoir médical par des chercheurs
ayant une formation particulière en
sociologie des sciences, pour ne pas
dire en “philosophie des sciences”.
Des chercheurs biomédicaux acceptent de soumettre leur conception
de la construction du savoir scientifique à la sagacité et aux connaissances des spécialistes en sciences
humaines et sociales qui constituent
le laboratoire ADES. Tous font la
démarche d’exposer leurs hypothèses et les expériences successives
dans leurs travaux de recherche,
sans occulter leurs propres tâtonnements. Au niveau clinique, il faut
sûrement au médecin, comme au
malade, optimisme et parfois
courage pour certaines prises de
décision. Au niveau préventif,
mieux vaut que les
recommandations
à la population
générale soit établies sur des preuves solides ; la prévention de la santé
concerne tout le
long de la vie, aussi
les recommandations doivent-elles
être assez prudentes pour ne pas
être délétères.
Cette déclaration d’intention
annonçait un exposé particulièrement percutant à l’égard des politiques nutritionnelles dans leurs
incitations répétées à la prise de
suppléments calciques, sans une
analyse sérieuse de leur bien-fondé,
communication iconoclaste dont
nous bénéficierons d’un large
développement dans un prochain
numéro de la revue.
Quant au cardiologue Michel de
Lorgeril, le titre de plusieurs de ses
ouvrages, qui ont fait grand bruit, à
la fois auprès d’un large public et
dans la communauté scientifique –
Cholestérol : mensonges et propagande, entre autres –, ne laissait planer aucune ambiguïté sur la teneur
de son propos, véritable réquisitoire
contre un monde médical complice,
volontaire ou non, d’une industrie
pharmaceutique dont la propagande, voire les pressions, pour
l’utilisation à tout-va des statines
procure à celle-ci un enrichissement
– peut-être ? – criminel… Nous en
espérons également un article futur
dans Mutuelle et Santé.
䊓
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numéro 73
Gestion des soins
Place et évolution de la régulation
téléphonique dans la demande de soins
Depuis la création des centres 15 en 1977, le dispositif centré sur la réponse aux appels urgents évolue chaque année
avec des appels concernant les demandes de soins sans caractère d’urgence. Actuellement, le centre 15 de Lyon reçoit
près d’un million d’appels par an, alors que le nombre de sorties SAMU reste stable, entre 3 000 et 4 000 par an.
Qui vous répond au 15 ?
Ce sont d’abord des auxiliaires de régulation, qui évaluent rapidement une demande extrêmement urgente, créent la
fiche informatique et orientent l’appel vers les urgences ou la permanence de soins.
Associés dès la création des centres 15, les médecins généralistes sont de plus en plus nombreux à être présents auprès :
䉴 de leurs confrères hospitaliers spécialistes de l’urgence,
䉴 des auxiliaires de régulation,
䉴 des sages-femmes pour la régulation des accouchements,
䉴 des infirmiers, des ambulanciers et des pompiers, qui coopèrent pour prendre en charge les urgences.
Actuellement, de façon expérimentale, les médecins seront bientôt rejoints par des infirmières puéricultrices, qui seront
à même de prendre le temps d’expliciter les conseils de prise en charge de la pathologie courante des plus jeunes enfants.
On voit par là que les équipes s’étoffent, pour répondre à une demande qui évolue.
Cette évolution de la demande risque de voir saturer à certaines heures la capacité de traitement des urgences véritables.
Pourquoi appelle-t-on le 15 aujourd’hui ?
La demande croissante de la population concerne désormais des avis médicaux sur la nécessité de soins ou des informations sur les possibilités du système sanitaire et même social.
Pour répondre à ces demandes, a été mis en place dans de nombreux centres 15 un numéro autre que le 15 (à Lyon,
le 04 72 33 00 33), mais qui est différent dans chaque centre 15 et payant, ce qui constitue parfois une limite pour les
populations précaires. En Franche-Comté, a été mis en place un numéro à 4 chiffres, le 3966, adopté aussi en Bourgogne.
Pour ma part, je milite pour l’adoption d’un numéro 16, qui permette de répondre à la demande d’avis médical sans
urgence et sans saturer les capacités de réponse urgente du centre 15. L’expérience que nous en avons acquise depuis
2004 à Lyon montre que la population est tout à fait apte à distinguer une urgence d’une demande d’avis.
Quand appelle-t-on le 15 ?
En dehors de situations urgentes, qui surviennent de façon inopinée, les appels affluent aux heures de la permanence
des soins – quand les cabinets des médecins généralistes sont fermés – car, depuis 2003, les appels relevant de la permanence
des soins doivent tous être régulés sous la responsabilité du centre 15. Ainsi, les appels sont au maximum les samedis, dimanches et fériés, avec l’épineux problème du samedi matin, qui n’est pas encore officiellement inclus dans la permanence
des soins, alors que la pratique des médecins généralistes à cet égard diffère. Les soirs de semaine, les appels augmentent
dès 18 heures, ce qui correspond souvent aux horaires de fermeture des secrétariats des médecins.
On constate aujourd’hui que ces demandes débordent de plus en plus les horaires de la permanence des soins,
probablement du fait d’une insuffisance de la capacité de réponse des professionnels mais aussi d’un manque de
connaissance du bon usage des soins et des structures de soins.
Compte tenu de la pénurie annoncée en médecins généralistes, la population a besoin, à la fois :
䉴 de messages clairs sur le bon usage des structures de soins,
䉴 d’avis médicaux en journée.
Je plaide pour l’extension des moyens de la régulation médicale en journée, avec pour missions :
䉴 d’évaluer le degré d’urgence des demandes,
䉴 d’apporter les conseils simples permettant de reporter les soins éventuels au lendemain,
䉴 et, a contrario, d’orienter les demandes de soins vers les structures adaptées devant le développement des services
d’urgence spécialisés, comme la prise en charge des infarctus, des accidents vasculaires cérébraux, des plaies de la main,
qui sont de véritables urgences à orienter sans perdre le temps d’un passage dans un service d’urgence généraliste. 䊓
Dr Pascal Dureau
coordonnateur des médecins généralistes
URPS médecins de Rhône-Alpes
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numéro 73
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Soins et santé
Chlamydiae trachomatis
Mycoses et vaginites :
la réponse homéopathique
ombreuses sont les patientes
qui souffrent d’un inconfort
vulvo-vaginal, se traduisant
par des démangeaisons, des brûlures,
des rougeurs, des pertes gênantes.
La cause peut être une simple irritation, une vaginose bactérienne, une
mycose, beaucoup plus rarement une
infection gynécologique grave. Le
traitement de la première crise est en
général aisé, consistant en une application de crème ou d’ovules, mais les
récidives sont fréquentes ; le rôle de
l’homéopathe est de préciser la cause
des récidives et de modifier le terrain
par des conseils d’hygiène et des prescriptions de médicaments homéopathiques adaptés.
Nous aborderons ici uniquement la
prise en charge des mycoses et des
vaginoses bactériennes à répétition.
N
Pourquoi surviennent
ces mycoses et vaginoses ?
Le vagin est un organe non stérile qui
abrite des milliards de bactéries
constituant la flore vaginale normale,
en particulier des bacilles lactiques ou
bacilles de Doderlein. Son pH est
acide. Tout déséquilibre – modification du pH vaginal par certains
savons, problème hormonal, prises
d’antibiotiques, grossesse, pilule… –
va contribuer à la prolifération de
germes normaux mais dont la supériorité en nombre, par rapport à la
flore normale, va créer les symptômes : citons les champignons
(Candida albicans ou non albicans)
responsables de mycoses, les bactéries
8
(streptocoques,
staphylocoques,
Gardnerella, Escherichia coli, klebsielles,
mycoplasmes, Ureaplasma urealyticum…), agents des vaginoses bactériennes (anciennement appelées
vaginites aspécifiques)… Le tabac et
le stress sont des facteurs de modification de l’immunité vaginale et, à ce
titre, peuvent entretenir un déséquilibre de la flore vaginale.
Comment poser un diagnostic
de vaginite mycosique
ou de vaginose bactérienne
à répétition ?
Il s’agit de la répétition fréquente de
symptômes vulvo-vaginaux gênant la
vie quotidienne, la vie sexuelle et
nécessitant une prise en charge. Toute
récidive de symptômes impose un
examen médical. Le diagnostic est
avant tout clinique ; l’interrogatoire
précise les symptômes. Des pertes
blanches, démangeaisons et rougeur
vaginale sont très évocatrices d’une
mycose. Des pertes odorantes (odeur
de poisson, d’œuf pourri), épaisses,
sans démangeaison, font penser à la
présence de Gardnerella vaginalis.
Les diagnostics différentiels des
mycoses peuvent être un eczéma, un
psoriasis, c’est-à-dire des maladies de
peau, une simple irritation de contact
ou une véritable allergie (protègeslips, papier toilette, crèmes dépilatoires, beaucoup plus rarement
latex des préservatifs ou sperme).
La présence de douleurs pelviennes,
de fièvre nous alerte sur le risque
d’infection de l’utérus (endométrite)
ou des trompes (salpingite) et doit
imposer des examens complémentaires à la recherche de bactéries
dangereuses, en particulier Chlamydiae
trachomatis, qui doit être traitée par
antibiotiques.
Le prélèvement vaginal est nécessaire en cas de récidive ou de doute
diagnostique, car il n’est pas rare de
trouver plusieurs germes ; il permet
aussi de juger de la qualité de la
bonne flore vaginale et de vérifier
l’absence de germes plus dangereux.
Comment prendre en charge
ces mycoses ou vaginoses
bactériennes ?
Les consignes d’hygiène
䊉 Ne pas utiliser de savons détergents.
L’utilisation de savons liquides « spéciaux hygiène intime » est possible
mais non obligatoire et certainement
pas répétée plusieurs fois par jour.
Privilégier des savons à pH neutre.
䊉 Proscrire tout produit non prévu
pour la vulve (gels douche), ainsi que
les douches vaginales.
䊉 Eviter les épilations complètes, qui
suppriment la protection physiologique vulvaire.
䊉 Choisir des sous-vêtements adaptés : pas de strings, culottes en coton.
䊉 Limiter les bains en piscine : le chlore
détruit la flore vaginale normale.
䊉 Proscrire, sauf nécessité extrême, les
antibiotiques (qui décapent aussi la
flore vaginale). En cas de prise obligatoire d’antibiotiques, se faire prescrire
également un ovule imidazolé.
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numéro 73
Soins et santé
䊉 Ne traiter le partenaire qu’en cas de
symptômes péniens (rougeurs, brûlures, démangeaisons).
Les traitements probiotiques
Ils sont particulièrement indiqués
dans les problèmes vaginaux récidivants. Les probiotiques sont « des
micro-organismes vivants qui,
lorsqu’ils sont consommés en quantité suffisante, améliorent la santé de
l’hôte » (définition de l’OMS) ; ces
probiotiques stimulent l’immunité,
neutralisent les substances toxiques.
En gynécologie, les principaux
probiotiques vaginaux sont les lactobacilles : L. casei, L. acidophilus,
L. rhamnosus, et L. bifidus. Ces probiotiques sont commercialisés sous
forme d’ovules, de tampons imprégnés à placer pendant les règles ou de
comprimés à avaler.
Les traitements allopathiques
䉴 En cas de mycose récidivante, les
traitements allopathiques consistent
en l’application répétée tous les mois
de crème et d’ovules antimycosiques,
par exemple econazole (Gyno-Pevaryl®), serticonazole (Monazol®),
fenticonazole (Lomexin®). En cas
d’intolérance à ces produits, un
traitement par la bouche est possible
par fluoconazole (Triflucan®,
Béagyne®) ; ce produit est contreindiqué en cas de grossesse, une
contraception efficace doit être prévue pendant la durée du traitement,
qui est de 6 mois.
䉴 En cas de vaginite à Gardnerella, la
prise d’imidazolés (Secnol® ou Fasigyne® ou Flagyl®) en prise unique
est possible lorsque les récidives ne
sont pas trop fréquentes. Ces médicaments ne doivent jamais être absorbés
en même temps qu’une boisson
alcoolisée, sous peine de provoquer
des douleurs digestives.
La démarche homéopathique
dans la prise en charge des
mycoses et vaginites à répétition
Elle présente un double intérêt : l’efficacité au long cours et le respect de
la flore vaginale. L’objectif est de
rééquilibrer la flore vaginale de façon
durable : pour cela, il faut identifier
la cause du déséquilibre et la prendre
en charge.
䉴 Trouver la cause du déséquilibre ;
outre les facteurs de déséquilibre cités
précédemment, il n’est pas rare
d’identifier dans ces vaginites à répétition une problématique sexuelle
(rapports non désirés par exemple,
situation conjugale non satisfaisante).
La démarche homéopathique, qui
donne une grande importance à
l’écoute, permet aux patientes de
livrer des informations très personnelles. Enfin, il existe des terrains prédisposés que nous décrirons plus loin
䉴 Eliminer les facteurs de risque par
des conseils adaptés, prescrire des
probiotiques pour réensemencer la
flore vaginale.
䉴 Traiter les patientes par des médicaments homéopathiques.
En cas de mycoses à répétition
䊉 Monilia albicans 15 CH : 5 granules par jour est une solution simple
pour prévenir les mycoses à répétition ; je le prescris systématiquement
en cas de 2e mycose.
䊉 Les médicaments de terrain (liste
non exhaustive)
– Patiente à peau claire, obsessionnelle d’une hygiène rigoureuse,
consommatrice de sucré : Pulsatilla
15 CH, une dose globules par
semaine ou 5 gr par jour pendant
3 mois.
– Patiente maigre, ne supportant pas
les graisses, migraineuse, alternant
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numéro 73
infections urinaires et mycoses : Sepia
15 CH, une dose globules par
semaine ou 5 gr par jour 3 mois.
– Patiente ronde, docile, aimant bien
manger, peu tonique, facilement
dépressive, antécédents d’asthme,
polypes, fibromes : Calcarea carbonica 15 CH une dose globules par
semaine ou 5 gr par jour 3 mois.
– Patiente aux antécédents d’allergies
cutanées, infections ORL à répétition, migraines, anxiété, fatigue
et surtout désespoir de guérir :
Psorinum 15 CH une dose globules
par semaine ou 5 gr par jour 3 mois.
En cas de vaginites aspécifiques
(Gardnerella, streptocoques, staphylocoques, Escherichia coli…)
– Possibles Sepia, Calcarea carbonica,
Pulsatilla cités précédemment mais
aussi :
– Patiente ayant suivi des traitements
antibiotiques répétés, pertes nauséabondes : Medhorrinum 15 CH une
dose globules par semaine.
– Patiente aux antécédents d’infections récidivantes ORL, respiratoires,
cutanées avec retentissement sur l’état
général, sueurs malodorantes la nuit : Mercurius
solubilis 15 CH une
dose globules par
semaine ou 5 gr par
jour 3 mois.
Les mycoses et vaginoses bactériennes à répétition sont bénignes mais
peuvent entraîner des symptômes
gênants. Les médicaments homéopathiques respectent la flore vaginale et
permettent d’individualiser le traitement en identifiant le terrain de la
patiente. Tous les traitements doivent
être accompagnés d’explications sur
la cause de ces affections et de
conseils d’hygiène de vie. La patiente
est ainsi actrice de sa santé.
䊓
Dr Christelle Charvet
gynéco-obstétricienne et homéopathe
9
Économie de la santé
La situation des
infirmières en France
(1re partie)
M
Pénurie d’infirmières :
son chiffrage et ses causes
On comptait environ 520 000 infirmières (88 % de femmes) en France
au 1er janvier 2010, selon le répertoire ADELI2. Leur âge moyen est de
40,5 ans pour les hommes et 40,3
pour les femmes, 6 % ayant plus de
55 ans.
Les infirmières – et infirmiers –
salariées représentent 88 % du total3,
et les libérales les 12 % restants. Sur
les 88 % de salariées, 49 % le sont en
hôpital public, 14 % en hôpital privé,
4 % sont salariées d’un établissement
pour personnes âgées et 21 % sont
salariées d’autres structures, comme
le sont les médecins scolaires, les
médecins du travail, les médecins de
collectivités locales, ou en intérim…
En effectifs, on dénombre donc
environ 327 000 infirmières en hôpitaux, publics et privés, et 62 000 libérales. La densité totale est donc de
8 infirmières, tous emplois, pour
1 000 habitants, dont 5 d’infirmières
d’hôpitaux et 1 infirmière libérale.
Les effectifs infirmiers4 évoluent
plus vite que la population française.
Ils étaient de 300 000 en 1990, pour
une population de 58 millions d’habitants, soit une densité de 5,17 pour
1 000 habitants, contre 8 aujourd’hui. La DREES5 prévoit une aug-
mentation durable de cette densité,
atteignant 9,5 pour un effectif d’environ 1,2 million en 2030.
La France se situe toutefois assez
bas dans la densité d’infirmières par
rapport aux autres pays de l’OCDE6.
Les pays nord-européens ont une
densité plus élevée de 25 % que la
densité française. A noter la situation
paradoxale de l’Espagne, qui est
« exportatrice » d’infirmières alors
que sa densité est faible !
Cette augmentation rapide et durable du nombre d’infirmières et de leur
densité tient évidemment à l’augmentation des besoins en soins infirmiers.
D’abord parce que la population
vieillit, et qu’un nombre croissant de
personnes ont besoin de ces soins,
qu’ils soient à l’hôpital ou à domicile,
qu’ils soient temporaires ou durables.
Autre cause de l’augmentation de la
densité d’infirmières : les progrès de
la médecine, qui se traduisent par des
soins nouveaux, plus précoces, plus
PERSPECTIVE DE L’ÉVOLUTION DES EFFECTIFS INFIRMIERS EN FRANCE
Effectifs
Densité
800 000
760 000
720 000
680 000
640 000
600 000
560 000
520 000
480 000
440 000
400 000
1 400
1 300
1 200
1 100
1 000
Effectifs
900
Densité
800
700
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
2023
2024
2025
2026
2027
2028
2029
2030
étier récent que celui d’infirmières1 ! Si la médecine
existe – ou a recommencé
d’exister – comme science universitaire, au XIe siècle en France et Italie,
le métier d’infirmière n’est apparu
qu’au XIXe siècle. Les premières écoles
d’infirmières ont été créées en 1836 en
Allemagne et 1878 à Paris. Jusque-là,
les malades étaient soignés, sous la
conduite de médecins, dans les institutions religieuses, et les sœurs faisaient
fonction d’infirmières. Le diplôme
d’Etat d’infirmière est apparu en
France en 1951. Le double recrutement des infirmières a persisté
jusqu’en 1960, les personnels de la
Croix-Rouge, notamment, étant
recrutés auparavant sur base religieuse.
Deux thèmes vont être approfondis
dans cet article : pourquoi manque-ton d’infirmières, en France comme
dans d’autres pays ? Que revendiquent les infirmières dans leurs relations avec les médecins, les hôpitaux
et les malades, et quelle pourrait être
l’évolution de leur rôle, réglant en
partie, éventuellement, le problème
de la pénurie ?
1. Nous utiliserons systématiquement le féminin dans ce texte, en sachant toutefois que 12 % des personnels infirmiers sont des hommes.
2 et 3. Etudes et résultats, n° 759, mai 2011.
4. DREES. Document d’études et recherches, Barlet Muriel et Cavillon Marie, nov. 2010.
5. Etudes et résultats, n° 760, mai 2011.
6. OCDE. Panorama de la santé, 2011.
10
La Revue de la MTRL
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numéro 73
Économie de la santé
DENSITÉ D’INFIRMIÈRES DANS
CERTAINS PAYS DE L’OCDE
Statistiques OCDE sur le personnel infirmier
(pour 1 000 habitants)
Islande
Suisse
Belgique
Danemark
Norvège
Allemagne
Suède
Etats-Unis
Royaume-Uni
Finlande
Japon
Pays-Bas
France
Autriche
Portugal
Espagne
Corée
Grèce
Brésil
Chili
Nombre
d’infirmières pour
1 000 habitants
Ratio
infirmiers/
médecins
15,3
15,2
14,8
14,8
14,2
11
11
10,8
9,7
9,6
9,5
8,4
8,2
7,6
5,6
4,9
4,5
3,3
0,9
0,5
4,2
4
3,1
4,3
3,5
3
3
4,2
3,6
3,5
4,4
3,9
2,5
1,6
1,5
1,4
2,3
0,5
0,5
0,5
nombreux ou plus durables. On
inclut ici les soins palliatifs, qui
constituent évidemment un progrès
mais exigent un personnel qualifié,
avec surveillance permanente du
patient, et qui ne peuvent, faute de
moyens, être offerts qu’au tiers des
patients qui pourraient en bénéficier7, 300 000 personnes en étant privées en France. Enfin, cette augmentation en nombre est censée compenser la lente baisse de la durée du travail des infirmiers salariés. Ils cherchent, comme tous les travailleurs, et
aussi les jeunes médecins, à gagner
autant en travaillant un peu moins.
Sur ce point, il y a là, évidemment,
une différence entre les infirmières
salariées en hôpitaux et les infirmières
libérales. Aux premières a été accordé,
en 2000, l’avantage des 35 heures,
mais en 2008 leur temps effectif de
travail était encore de 38 heures et le
temps déclaré de 35,5 heures, ce qui,
ipso facto, a posé le problème de l’accumulation des RTT.
Incidemment – mais que le lec- au sud et en Bretagne, que l’on ne
teur n’y voie aucune critique –, peut pas ne pas lier à l’héliotropisme,
selon un ancien directeur général et une sous-densité au nord. Pour les
des hôpitaux, lors du remplacement infirmières salariées, la densité est
des religieuses par des infirmières heureusement mieux répartie,
diplômées d’Etat – en notant que dépendant évidemment des offres
nombre de religieuses avaient ce d’emploi des hôpitaux, avec des
titre elles aussi –, il a fallu trois infir- départements du centre et de l’est
mières laïques pour remplacer une bizarrement mieux dotés (densités de
infirmière religieuse… La foi soute- 9 à 12), et des départements du sud
nait évidemment une productivité pas favorisés.
très élevée, impossible pour
des mères de famille !
DENSITÉ D’INFIRMIERS LIBÉRAUX
Malgré cette hausse de la
ET SALARIÉS AU 1 ER JANVIER 2009
densité
d’infirmières,
Libéraux
nombre de pays, et la
Densité par bassin de vie ou canton ou ville
France au premier chef,
constatent encore une
pénurie dans ce domaine.
On peut risquer une évaluation de cette pénurie
par comparaison avec les
pays où la densité d’infirmières est la plus élevée.
Chiffrons donc à 11 (voir
tableau OCDE ci-dessus)
cette densité moyenne
supérieure, qui peut
constituer un objectif pour
la France. Le besoin en
densité supplémentaire
serait donc de 3, soit, à
durée du travail constante,
Champs : Infirmiers libéraux, âgés de moins de 65 ans, en activité au 1 janvier 2009, France métropolitaine.
et sur la base de la populaSource : Répertoire Adeli.
©IGN – DREES 2011
tion actuelle, en gros
150 000 infirmières, ce
Salariés
Densité départementale d’infirmiers salariés
qui porterait leur effectif
à 670 000 (520 000
+ 150 000). Ce chiffre
n’est pas incompatible avec
le chiffre prospectif de la
DREES pour les années
2015-2020 évoqué plus
haut.
Mais cette pénurie globale n’est pas du tout également répartie sur le territoire. Le mieux pour la
déterminer, ce sont ces
deux cartes DREES-IGN8.
Elles montrent clairement, pour les infirmières
libérales, une surdensité
7. « Fin de vie : un premier état des lieux ». Observatoire national de la fin de vie, févr. 2012.
8. Etudes et résultats, n° 759, mai 2011.
La Revue de la MTRL
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mars 2012
䉬
numéro 73
er
Champs : Infirmiers salariés, âgés de moins de 65 ans, en activité au 1er janvier 2009, France métropolitaine.
Source : Répertoire Adeli.
©IGN – DREES 2011
11
Économie de la santé
Cette insuffisance de l’offre globale
est très clairement mise en évidence
par le fait que la pente de croissance
des effectifs n’a pratiquement pas
marqué d’accélération à la suite de la
forte hausse des quotas de 2003 à
2006 (hausse de 17 000 à 27 000
puis à 30 000).
Manifestation d’infirmières dans
toute la France, le 12 mai 2011.
© Jiémel
Mais il y a d’autres raisons à cette
faiblesse de l’offre de travail infirmier.
La première est la pénibilité réelle du
travail dans certains secteurs. Cette
pénibilité, c’est d’abord la surcharge
de travail pour les hospitalières, publiques ou privées, plus particulièrement
dans certains services, comme les
urgences, les blocs, les divers services
chirurgicaux. Elles sont souvent
contraintes aux heures supplémentaires et accumulent donc les RTT. On
les rappelle fréquemment durant leurs
congés. On voit cependant que cette
surcharge est liée à une durée du travail sensiblement inférieure à celle de
pays dont le système social est souvent
jugé supérieur à celui de la France !
Revendication identique à celles
des étudiants en université.
Face à cette pénibilité, à cette soif
de reconnaissance, à ce coût de formation, à cette « désutilité » du travail infirmier, à des milieux géographiques et climatiques plus ou moins
agréables, quelle est, comme disaient
les économistes d’autrefois, l’« utilité » du revenu des infirmières ?
Selon le site emploi de la Santé et
du Social, le salaire d’une infirmière
hospitalière dans le secteur public, en
début de carrière, est de 1 484 ¤
(1 515 avec les primes, 18 180 ¤ par
an) et, en fin de carrière, de 2 393 ¤
(2 550 avec les primes, 30 500 ¤ par
an). Les salaires des infirmières des cliniques privées sont de 10 % inférieurs. Toutefois, à la suite de l’accord
sur l’allongement de 55 à 60 ans de
l’âge de départ en retraite, signé en
avril 2010, un supplément de 2 000 ¤
par an a été accordé. On peut donc
combiner les deux données pour fixer
un salaire moyen des infirmières françaises à 24 000 ¤ par an.
Ce salaire moyen des infirmières
françaises est plutôt bas par rapport
aux salaires infirmiers dans les pays
de l’OCDE.
䊓
Pénibilité du travail
et manque de considération
Sans doute eut-il été judicieux, lors
du passage aux 35 heures, de séparer
le cas des personnels hospitaliers de
celui des autres fonctionnaires, puis,
peut-être, de lier la durée de cotisation pour une pleine retraite à la fixation d’une baisse plus lente de la
durée hebdomadaire du travail.
La pénibilité existe aussi chez les
infirmières libérales ; déplacements,
montées d’escaliers, patients difficiles, quartiers dangereux et, dans certains cas, soulèvement de malades
pondéreux, sont quand même des
éléments de pénibilité. Mais elles
ont le degré essentiel de liberté de
choix et du nombre de patients
qu’elles traitent.
La seconde raison de cette faiblesse
de l’offre est, au dire des intéressées
elles-mêmes, le manque de « reconnaissance », de considération,
notamment de la part de certains
médecins. Lors du mouvement infirmier de 1988, les revendications portaient effectivement sur cette reconnaissance de leur identité professionnelle, ce qui se traduisait par la
demande d’équivalence universitaire
à « bac + 3 ». C’est ainsi qu’est née la
Coordination infirmière. Nous
reviendrons sur ce thème à propos,
justement, du partage des tâches
entre les médecins et elles.
Une troisième raison avancée
par les associations d’infirmières
est le coût des trois ans d’études.
Jean Matouk
agrégé de sciences économiques,
professeur des universités
DURÉE DU TRAVAIL DES INFIRMIÈRES EN EUROPE
(base 100, définie ici pour la France)
Moyenne horaire
annuelle travaillée
Infirmière
Infirmière spécialisée
au bloc opératoire
Infirmière spécialisée
en anesthésie
Infirmière spécialisée
en puériculture
Privé
Public
Privé
Public
Privé
Public
Privé
Public
Allemagne
Belgique
Danemark
Espagne
France
Italie
Norvège
Suède
Suisse
Royaume
Uni
1 656,6 h
1 748 h
1 620,6 h
1 747,2 h
1 575 h
1 672 h
1 695 h
1 676,2 h
nc
1 685,2 h
97
104
110
110
119
108
119
119
111
113
102
100
102
91
102
100
167
161
194
170
194
154
194
170
93
124
101
119
101
108
101
119
100
100
100
100
100
100
100
100
91
100
87
87
87
79
84
89
167
161
194
170
194
154
194
170
153
137
172
141
172
128
169
141
196
188
214
214
204
184
168
173
113
110
104
104
117
112
117
123
Stéphane Desmichelle, sept. 2010, ActuSoins-toute l’actualité infirmière.
12
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numéro 73
Savoir
Le pied de l’enfant
Le pied est une structure composée de 26 os,
66 articulations et 214 ligaments qui lui permettent
de supporter le poids du corps, de s’adapter à la surface
du sol tout en absorbant à chaque pas les chocs.
L’étape de la petite enfance est primordiale
es os sont consolidés vers
l’âge de 18 ans en moyenne.
Le pied du nouveau-né est
essentiellement constitué de cartilage
mou, souple qui se transforme progressivement en os au fur et à mesure
de l’avancée en âge.
La marche intervenant plus ou
moins entre 10 et 18 mois, la voûte
plantaire n’est pas visible et le pied
semble plat, mais c’est normal car
physiologique. Vers l’âge de 4 ans, les
muscles et les tendons vont se renforcer. Il est conseillé de consulter à cet
âge un podologue qui sensibilisera les
parents aux gestions de bonne santé
du pied et orientera, si nécessaire,
vers un professionnel de santé approprié (pédiatre, orthopédiste…). Il est
recommandé de laisser les pieds le
plus souvent libres, de ne pas les brider dans des chaussures car la préva-
C
La Revue de la MTRL
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mars 2012
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numéro 73
lence des pieds plats est de 8,6 %
chez les enfants portant des chaussures plus de 8 heures par jour alors
qu’elle est seulement de 2,8 % chez
ceux qui marchent le plus souvent
pieds nus. Cette marche pieds nus
permet aux muscles d’agir sans
contraintes.
De l’importance d’un
chaussage approprié
Le podologue effectuera un examen
clinique complet au travers de tests et
de jeux qui lui permettront de poser
un diagnostic sur la statique de l’enfant, d’évaluer les amplitudes articulaires (pieds plats, genoux déviés,
genu valgum, chutes trop fréquentes,
usure anormale des chaussures…), de
contrôler le chaussant afin de conseiller les parents sur un chaussage approprié. Le podologue proposera un plan
thérapeutique et un suivi.
Il faut examiner régulièrement
le pied des enfants au niveau :
䊉 de la peau : toute apparition de
rougeurs ou de rugosités sur les
voûtes plantaires ou sous l’os de la
cheville, voire de rougeurs entre
les orteils, d’ampoules sur l’arrière
du talon, doit faire l’objet d’une
visite chez le podologue ;
䊉 des ongles : l’apparition d’une
inflammation autour de l’ongle
doit être prise au sérieux car elle
peut être le signe d’une infection, voire créer un ongle
incarné à cause d’une malformation d’un ou de plusieurs ongles
ou à cause des bourrelets latéraux des orteils ;
䊉 de déformations des orteils, qui
peuvent générer des lésions cutanées
ou unguéales ou des déséquilibres au
niveau de la posture ; il est nécessaire
de consulter le podologue, qui pourra
proposer le port d’orthoplasties (petit
appareil sur mesure destiné à corriger
les malformations du pied), d’orthèses plantaires avec un suivi régulier.
Consulter le plus tôt possible
Le pied des adolescents est également
à surveiller, une fois par an par le
podologue, en particulier s’il souffre
de pathologies liées à la croissance.
Une consultation précoce est indispensable pour qu’un bon diagnostic
soit porté dès que possible, qui
permettra une prise en charge pluridisciplinaire adaptée, si nécessaire.
Les activités sportives en excès peuvent être responsables de retard de
croissance, de retard de maturité, de
douleurs. Dans le cas de troubles
statiques et dynamiques du pied, le
podologue pourra proposer un plan
thérapeutique incluant la prescription d’orthèses plantaires, un suivi et
des conseils en matière de chaussage
en fonction du sport pratiqué.
Il convient d’avoir un bon diagnostic initial, d’où l’importance d’une
consultation précoce et régulière chez
le podologue. C’est le plus souvent le
retard du diagnostic qui est la cause
de complications qui retentiront sur
l’appareil locomoteur de l’adolescent
et de l’adulte.
䊓
Odette Vaudray
Fédération nationale des podologues
13
Connaître
Surpoids, tissu adipeux,
et inflammation : un
epuis une vingtaine d’années, la
vision du tissu adipeux a profondément changé. Classiquement, le tissu adipeux chez les
humains est constitué d’adipocytes
dits « blancs », par rapport aux cellules graisseuses dites « brunes » chez
l’animal. Chez les animaux mammifères, la graisse brune joue un rôle
important dans la thermorégulation.
Le tissu adipeux blanc humain joue
un rôle endocrine, c’est-à-dire qu’il
est maintenant considéré comme une
authentique glande interne, qui
sécrète des hormones se déversant
dans le sang. Tout de suite, on appréhende son importance : si j’ai 30 kg
en trop, j’ai vraiment une très très très
grosse glande adipeuse… mais si je
pèse 34 kg tout habillé pour être
envisageable dans un casting de pub,
sans doute quelque chose de très
important me manque, non ?
D
Rôle et composition
du tissu adipeux
Le premier rôle dévolu à ce tissu adipeux – abhorré, négligé ou adoré –
est évidemment le plus visible : celui
du stockage ; et secondairement il
fait fonction d’isolant thermique.
Dans cette période de changement
climatique, voilà qui a de quoi faire
réfléchir !
Le tissu adipeux est localisé dans la
zone sous-cutanée et tout autour de
nombreux organes internes, ce que
l’on sait moins ; il est essentiellement constitué de cellules graisseuses adultes appelées adipocytes, mais
d’autres cellules sont présentes, telles
les pré-adipocytes fibroblastiques,
les cellules endothéliales formant les
capillaires sanguins et les mastocytes
– globules blancs qui fabriquent des
substances très bioactives comme
l’histamine, l’héparine, la sérotonine, la bradykinine.
14
Donc l’idée d’un tissu gras constitué uniquement de cellules spécifiques stockeuses de graisse appartient
au passé : le tissu adipeux comprend
plusieurs lignées cellulaires différentes et distinctes. Rien ne va plus !
Présence de cellules
inflammatoires
Chez la personne grosse, on retrouve
en plus dans le tissu graisseux un
grand nombre de cellules appelées
macrophages. La présence de ces
macrophages infiltrant le tissu adipeux signe clairement leur intervention dans le processus inflammatoire.
Ces cellules sont impliquées dans les
interactions entre adipocytes adultes
et pré-adipocytes, et libèrent une
grande quantité d’hormones locales.
Les hormones du tissu
adipeux
Les adipocytes fabriquent toute une
famille d’hormones eux aussi : les adipokines, dont on connaît maintenant
une bonne soixantaine de membres.
La première adipokine fut découverte en 1994 : c’est la leptine – du
grec leptos signifiant mince –, fabriquée par les adipocytes adultes uniquement ; produit du gène lep chez
l’homme – gène ob chez la souris –,
sa mutation est à l’origine d’une obésité. Sa découverte fut en quelque
sorte une véritable révolution.
La leptine exerce une action sur
l’hypothalamus. L’hypothalamus est
une zone située au centre du cerveau
– dont il représente moins de 1 % du
volume total –, au-dessus de l’hypophyse, avec laquelle il est relié par une
« tige », la tige pituitaire. Il assure un
double rôle de contrôle des sécrétions
hormonales de la glande hypophyse
(considérée comme le « chef d’orchestre » des autres glandes de l’organisme et de la taille d’un petit pois
Structure cristallisée de l’ACRP30
(Adipocyte Complement-Related Protein).
extra-fin non surgelé) et de régulation
de l’homéostasie (maintien des paramètres biologiques de l’organisme).
L’hypothalamus intervient également
dans le comportement sexuel et les
émotions. Il fait partie d’un système
appelé le système limbique (impliqué
dans les émotions).
Chez l’homme, l’obésité est associée à des taux élevés de leptine, ce
qui laisse à penser qu’il existe une
résistance éventuelle à son action ou
une diminution du passage de la leptine du sang au cerveau. Certains
chercheurs avancent également qu’il
existerait une anomalie des récepteurs
cérébraux de la leptine. Normalement, l’action de la leptine provoque
une diminution de l’appétit par
apparition de la satiété, ce qui explique son pouvoir amaigrissant physiologique. Chez l’individu gros, cette
action satiétogène n’existe plus.
Adiponectine et adipokines
On a très vite mis en évidence une
autre hormone de la même famille, et
fabriquée elle aussi exclusivement par
des adipocytes matures, c’est l’adiponectine. Celle-ci est déversée puis circule bien sûr dans le sang, mais à dose
La Revue de la MTRL
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mars 2012
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Connaître
flore intestinale
conflit génétique ?
inversement proportionnelle à la
quantité de tissu adipeux ; donc peu
de graisse, beaucoup d’adiponectine,
et inversement. Oui, mais cette adiponectine est une protéine antiinflammatoire, elle augmente la sensibilité à l’insuline et améliore la
fonction endothéliale : elle lutte donc
contre le diabète en modulant le taux
de sucre sanguin et protège beaucoup
les vaisseaux sanguins. D’autres adipokines régulent la tension artérielle,
le métabolisme lipidique, l’appétit et
la balance énergétique.
Autant dire que les adipokines sont
des hormones de tout premier ordre
dans l’organisme. Enfin, on sait
maintenant que les adipokines jouent
un rôle central dans l’inflammation
et l’angiogénèse (fabrication de nouveaux vaisseaux sanguins) et participent plus ou moins directement au
processus cancéreux (sans doute plus
que moins).
Inflammation, cancer
et tissu adipeux
Les liens existant entre adipokines,
obésité et inflammation sont très étudiés. L’obésité – mais aussi le surpoids
– se caractérise par un état chronique
d’inflammation à bas bruit (dit de bas
grade) mais parfaitement objectivé
par des niveaux élevés de protéines
Acides gras
et cellules
immunitaires
Statégies
anti-inflammatoires,
nutritionnelles
et médicales
Tissu adipeux
Inflammation
Stress oxydant
La Revue de la MTRL
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circulantes telles la C-Reactive Protein, l’interleukine 6, l’haptoglobine,
l’orosomucoïde ou SAA, le TNF
alpha, la MCP-1 et le MIF. Il est très
intéressant de noter qu’un amaigrissement normalise automatiquement
les taux de ces marqueurs du sang !
Le tissu adipeux péritumoral de
certaines tumeurs – du sein en particulier – libère aussi un grand nombre
d’adipokines pro-inflammatoires ; les
adipokines se mettent au service de la
tumeur pour modifier profondément
le tissu péritumoral et mettre à profit
du cancer le maximum des ressources
tissulaires environnantes.
Toutes ces hormones pro-inflammatoires diminuent également la
réponse à l’insuline des pré-adipocytes et inhibent leur différenciation en
adipocytes adultes : en fait, on voit ici
que l’inflammation peut déclencher,
entretenir et/ou aggraver un diabète
et/ou un état apparenté comme le
syndrome métabolique – associant
anomalies lipidiques sanguines, surpoids, hypertension. D’autre part, on
ne peut s’empêcher de penser aux
liens épidémiologiques constatés
dans la population : surpoids-inflammation-cancer.
On sait, depuis 70 ans, que l’inflammation chronique fait le lit du
cancer, et maintenant de façon certaine que le tissu adipeux est une source
majeure d’inflammation. On sait aussi que
le déséquilibre de la
flore intestinale induit
une
inflammation
corporelle et augPathologies
mente le stockage lipidique du sujet. Comment ne pas voir que
Biothérapies
l’obésité, le diabète et
le cancer sont intimement liés ? Or ces trois
numéro 73
affections présentent un lien social
étroit : on parle à leur propos d’épidémie ! Ça ne vous interpelle pas ?
Une autre « couche » supplémentaire d’inflammation pourrait être
une réponse au stress déclenché par
une hypoxie locale. Les capillaires
sont littéralement écrasés, pincés sous
le poids du tissu adipeux, bloquant le
flux sanguin, donc l’arrivée d’oxygène, entre autres. D’autre part,
l’adipocyte mature est une très grosse
cellule d’une taille comprise entre
150 et 200 microns, supérieure à la
distance de diffusion de l’oxygène : il
y a donc localement carence en oxygène
disponible – risque presque immédiat
de mort cellulaire – et donc mise en
route d’un phénomène de sauvetage
d’urgence appelé néoangiogénèse
tissulaire : le tissu adipeux réagit,
comme d’autres tissus, à la situation
de carence en fabriquant de nouveaux
capillaires sanguins de suppléance :
l’oxygène arrivera de nouveau, et les
cellules peuvent continuer à vivre.
Ouf, il était temps.
Un lien entre flore
bactérienne et obésité ?
Le rôle du microbiote intestinal dans
le stockage des graisses et dans l’obésité est un champ très actif en pleine
phase de recherche. Des résultats
montrent que le microbiote effectue
une meilleure digestion des résidus
alimentaires, tout en contribuant à
l’absorption par l’hôte de glucides et
de lipides, et en favorisant le stockage
des graisses. Des équipes de chercheurs montrent en effet que les souris sans microbiote mangent davantage mais accumulent moins de
graisse au bout du compte.
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Connaître
De plus, le transfert de flore intestinale de souris obèses à des souris sans
flore – dites axéniques – induit une
augmentation de l’extraction énergétique des aliments ingérés et donc
une prise de poids de l’ordre de 40 %
supérieure à celle induite par le transfert d’un microbiote issu de souris
minces.
Il a été montré que l’humain obèse
présente un déséquilibre de flore
intestinale, avec un rapport firmicutes/bacteroïdes de l’ordre de 100/1 –
c’est-à-dire qu’il existe un important
déficit en bacteroïdes –, identique à
celui observé chez des souris obèses
génétiquement déficientes en leptine.
La perte de poids est par ailleurs corrélée à l’augmentation de la proportion de bacteroïdetes – ratio qui tend
alors vers 10/1. Hallucinant !
Incontournable insuline
Au cours de l’évolution, l’homme a
été confronté à une insuffisance de
nourriture (mais est-ce vraiment différent aujourd’hui ?) : l’insuline est
alors là pour stocker de l’énergie (en
prévision de la fermeture inopinée,
mais bien improbable, du Mac Do
par exemple), et il est très clair que
l’évolution de l’homme et de sa flore
intestinale a favorisé l’extraction optimale de l’énergie nutritionnelle.
Cette symbiose est devenue trop efficace dans les nouvelles conditions de
vie de nos contemporains (souvenez-
vous, la pizza arrive en cyclomoteur
dans les 20 min !). Voilà à mon sens
une des explications fondamentales
de l’obésité actuelle, évoluant dans un
contexte inflammatoire cancérigène
et bourré de dommages collatéraux.
L’insuline, ce si puissant facteur de
croissance humain, sans doute le plus
puissant de notre organisme car d’action ubiquitaire, est parfois redondante avec une autre hormone trop
peu prise en compte : l’hormone de
croissance, la GH. Faisons une
connexion très rapide mais incisive
avec la fameuse hormone T3 de la
thyroïde, et globalement le décor et
les mécanismes des maladies de civilisation sont plantés : tout y est. Nous
en reparlerons.
Je suis sûr que vous sentez intuitivement bien les choses. L’inflammation
sécrète des molécules attirant d’autres
macrophages, augmentant l’état
inflammatoire du tissu adipeux ; et,
partant de là, de notre corps entier, à
travers leur sécrétion sanguine de
molécules inflammatoires ; mais aussi
du fait de leur interaction avec les adipocytes, sécrétant à leur tour des protéines de l’inflammation.
Tous ces produits inflammatoires
ne sont pas du tout spécifiques d’un
tissu ou d’un système ou d’un type
cellulaire : une fois produits et sécrétés, ils sont capables d’affecter tous les
systèmes fonctionnels et tissulaires de
l’organisme.
Déclarer la guerre totale
à l’inflammation
Les complications métaboliques de
l’obésité représentent la plus grande
part des coûts de la maladie. En effet,
le diabète est la comorbidité dont le
risque relatif augmente le plus avec
l’obésité, car ce risque commence à
augmenter pour un indice de masse
corporelle de 21, soit bien avant le
seuil de 30 qui définit l’obésité.
C’est pourquoi la prévention du
diabète est absolument prioritaire. Le
rôle du médecin de famille apparaît
essentiel à ce niveau. Chez les sujets
non diabétiques, le syndrome métabolique associant obésité abdominale, hypertension et dyslipidémie est
associé à un risque de pathologies cardio-vasculaires comparable à celui des
diabétiques avérés. Le diagnostic de
ce syndrome et la prise en charge
nutritionnelle de la prévention des
affections cardio-vasculaires chez ces
sujets sont donc tout aussi prioritaires : on touche des millions de sujets,
ne l’oublions pas.
Enfin, le rôle de l’environnement
« obésogène » est relatif au mode de
vie occidental et doit être directement
dénoncé, avec l’influence de la télévision, de l’ordinateur, de la consommation de boissons sucrées et d’aliments riches en graisse – à la maison
et à l’école, y compris dans l’enseignement supérieur –, et de la sédentarité. La prévention de l’obésité chez
l’enfant est un domaine capital où
malheureusement on n’avance guère.
Nous sommes en présence d’un
phénomène typique de cercle
vicieux : prise de poids, inflammation, cancer, diabète… Tout est relié !
Comment intervenir tout de suite ?
Il y va de notre entière responsabilité : vous, lecteur mutualiste
informé, que faites-vous ? Nous verrons cela une prochaine fois.
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Philippe Fiévet
Médecin nutritionniste
Maître en sciences et biologie médicales
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Les intolérances alimentaires
(1re partie)
N’allons pas croire que notre intestin est un organe anodin.
Selon des études récentes, il a été mis en évidence qu’il est responsable de
la plupart de nos problèmes de santé. Analyse de processus complexes
n effet, l’intestin joue un rôle
prépondérant dans l’apparition
de nombreuses pathologies semblant n’avoir aucune relation avec les
problèmes intestinaux habituellement décrits : surpoids, envie d’aliments sucrés, stress, déprime, insomnie, migraines, psoriasis, eczéma, problèmes de la sphère ORL, problèmes
pulmonaires, maladies auto-immunes, infections, etc. Le système
immunitaire intestinal est le plus
important de notre organisme. Il a
pour fonction de faire barrage à tous
les indésirables : bactéries, moisissures, substances toxiques, virus et
autres xénobiotiques. Il a été démon-
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tré que les aliments en cause étaient
les plus courants de notre alimentation quotidienne. En découlent une
production massive et régulière d’anticorps anti-aliments et l’accumulation nocive des déchets dans les tissus, avec toutes les conséquences que
cela entraîne.
Progression constante
des maladies allergiques
Selon les maladies répertoriées par
l’OMS, les intolérances alimentaires
et les maladies allergiques sont en
constante progression puisqu’elles
occupent désormais le quatrième
rang, par ordre de fréquence. On
estime que 15 à 20 % de la population a été confrontée ou sera confrontée à une maladie allergique. C’est
dire à quel point ce véritable enjeu de
santé publique concerne tous les âges
et touche tous les organes, alternativement ou simultanément.
Si l’on considère le nombre impressionnant de gens qui fréquentent les
magasins de diététique à la recherche
de produits sans gluten, sans caséine,
sans additifs alimentaires, sans œufs,
on peut évoquer une forte évolution
des symptômes ou des pathologies
liés aux intolérances alimentaires.
Dès la naissance, le nourrisson peut
déjà être sensibilisé à divers aliments,
17
Zoom
y compris au lait de sa mère et, à plus
forte raison, au lait de vache.
Tout d’abord, il est indispensable
de distinguer l’allergie de l’intolérance, En cas d’allergie, la manifestation est immédiate et extériorisée –
conjonctivite, diarrhée, rhinorrhée –,
parfois violente – choc anaphylactique. Ce sont les immunoglobulines E
ou anticorps qui en sont le support
immunologique. L’intolérance alimentaire est une réaction lente qui se
produit au-delà de deux jours et peut
durer des années en générant de lourdes séquelles au niveau digestif. Par
exemple, on peut être intolérant à la
levure de boulanger, au blanc d’œuf
ou aux cacahuètes sans avoir
conscience ni des symptômes ni de la
cause. Les immunoglobulines G sont
la toile de fond de cette dérégulation
immunologique.
Alors, comment devient-on intolérant ? Les causes étant multifactorielles, il est difficile d’apporter une
réponse claire et précise, tant certaines
pistes restent encore à explorer.
Cependant, grâce aux avancées de la
science et la mise au point de tests spécifiques, nous pouvons aujourd’hui
identifier les aliments mis en cause
dans les processus d’intolérance.
En observant le phénomène des
intolérances alimentaires, à tout âge, on
observe une amplification générale de
toutes les pathologies allergiques ainsi
que l’industrialisation des produits
alimentaires, dont la structure moléculaire ne correspond plus à la nourriture de nos ancêtres. Pour expliquer
cette croissance vertigineuse, on peut
raisonnablement avancer plusieurs
hypothèses.
La théorie de l’hygiène
La communauté scientifique est unanime sur le concept de l’hygiène. ll a
été constaté que l’exposition précoce
– dès la néo-natalité – à des microbes
et autres infections stimulait le système immunitaire du nouveau-né, lui
permettant de reconnaître les substances étrangères nuisibles à son organisme et de neutraliser ses allergènes
et ses antigènes. Le fait que nous
évoluons aujourd’hui dans un envi18
ronnement de plus en plus
aseptisé, où la propreté est de
rigueur, n’est pas favorable au
développement de l’immunité.
Les jeunes enfants ne sont plus
autant exposés qu’avant aux
micro-organismes destinés à
renforcer ultérieurement leurs
défenses naturelles.
En dehors des facteurs d’hygiène, on peut incriminer aussi
la prise systématique d’antibiotiques
chez les enfants en bas âge, qui, en
neutralisant les microbes, empêchent
l’organisme de déployer sa stratégie
immunitaire et d’organiser sa propre
défense. Force est de constater que
ces enfants, dans les années qui suivent, sont plus enclins à développer
des pathologies infectieuses, des allergies et des intolérances sur un terrain
inflammatoire et affaibli.
L’introduction précoce
de nourriture
Un autre aspect important à souligner, dans le développement de plus
en plus fréquent des allergies et intolérances alimentaires chez les bébés,
est l’introduction trop précoce d’une
nourriture variée et antigénique, alors
que leur système immunitaire n’a pas
atteint fa maturité nécessaire pour la
tolérer. Rappelons le rôle essentiel du
système digestif dans le développement de l’immunité, puisqu’il lui faut
plusieurs mois pour atteindre sa
maturité. C’est ainsi que, en raison de
l’immaturité de son système digestif
lors du passage des aliments allergènes à travers la muqueuse intestinale,
l’absence de formation d’anticorps
dans le sang ne peut s’opposer à l’invasion de ces éléments étrangers.
Aliments et fruits nouveaux
L’émergence des fruits exotiques sur
le marché français a généré l’apparition de nouvelles allergies et intolérances. C’est ainsi que, depuis deux
à trois décennies, l’importante production française de kiwis est source
d’allergies assez courantes, mais
aucun principe de précaution n’a été
mentionné avant de présenter ces
aliments nouveaux sur les étals des
Le mangoustan.
primeurs – agrumes, noix de cajou,
grenade, avocat, mangue, mangoustan,
ananas, pousses de bambou.
En dehors des fruits exotiques,
nous pouvons signaler l’allergénicité
bien connue de la moutarde, un
ingrédient présent dans nombre de
sauces.
L’ensemble des épices présente également un risque d’allergie méconnu.
Notons que les intolérances aux épices représentent 6 % de l’ensemble.
L’industrie agro-alimentaire
L’industrie alimentaire, pour affronter
une concurrence de tous les instants,
développe sans cesse de nouvelles
niches de marché. La composition des
nouveaux produits qu’elle conçoit sans
relâche est de plus en plus complexe et
bien souvent allergénique, On en
constate les effets pervers avec l’introduction systématique d’additifs, et de
contaminants protéiques. En effet,
l’allergénicité des protéines provient
de nombreuses technologies alimentaires : aromates et arômes industriels,
mixages composites, addition de
nombreuses épices, divers procédés
de cuisson, etc.
Les ingrédients protéiques résultent
de l’alimentation moderne. Il s’agit de
Des bonbons pour vos enfants :
rien que du naturel !
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toutes les substances utilisées dans la
fabrication d’une denrée alimentaire
et qui restent présentes dans le produit fini. Ce sont des allergènes déguisés sous les étiquettes, que le consommateur ne va pas démasquer s’il n’étudie pas attentivement la composition
du produit. On les trouve dans les
protéines isolées d’aliments : les
hydrolysats de protéines, les huiles,
auxquelles s’ajoutent les composants
non protéiques et les contaminants
non alimentaires (acariens, nickel,
etc.). Les traitements spécifiques de
protéines, comme la texturisation,
provoquent des transformations de la
structure moléculaire.
La cuisson des aliments
La cuisson des aliments modifie la
structure des protéines d’où une déstructuration, puis une désorganisation aboutissant à une agrégation
protéique, ainsi qu’à des liaisons
covalentes avec des lipides oxydés ou
des produits dérivés des sucres. Dès
qu’il y a cuisson, on assiste à la formation de molécules de Maillard. Ces
dernières ne sont pas assimilables par
l’organisme humain et donc pathogènes, puisque notre métabolisme ne
les reconnaît pas. L’association d’une
molécule sucrée et d’une protéine
déclenche la réaction de Maillard et
d’acides aminés oxydés, dite de stress
oxydant des protéines par les glucides, ou encore glycation. Lors de la
cuisson, les sucres se polymérisent, les
huiles s’oxydent, se polymérisent et se
cyclisent d’autant plus aisément
qu’elles sont insaturées, raison pour
laquelle il est préférable de ne pas
chauffer les huiles de maïs, de tournesol ou de colza, riches en acides gras
insaturés, afin de prévenir la formation d’isomères. Nos enzymes n’agissent effectivement que sur la substance originelle et naturelle, et non
sur l’isomère, souvent non reconnu
par l’organisme. L’allergénicité s’en
trouve modifiée. À noter que la
carence en vitamine B6 favorise la
glycation, notamment chez les diabétiques de type II.
Tous ces aliments cuits et, a fortiori, les médicaments chimiques et
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autres xénobiotiques sont confrontés
à la barrière immunitaire intestinale
où veillent les cellules présentatrices
d’antigènes, véritables chiens de
garde à l’affût de la moindre molécule
étrangère.
Les polluants
environnementaux
Les six principaux polluants sont
l’aluminium, le baryum, le plomb, le
mercure, le phosphore et le manganèse, les trois derniers cités étant les
plus dangereux. Avec l’émergence de
nouveaux produits de synthèse, la
liste des polluants environnementaux
neurotoxiques ne cesse de s’allonger.
L’intoxication lente aux métaux
lourds est due principalement aux
rejets industriels de mercure et de
plomb dans l’atmosphère, à la présence de divers métaux dans les amalgames dentaires (mercure, étain, cuivre, béryllium, argent…), aux cigarettes (cadmium), aux vaccins en général
(aluminium), dont le plus dangereux
est le ROR (rougeole-oreillonsrubéole) à cause de sa teneur en mercure. Les métaux lourds, en s’accumulant dans l’organisme, neutraliseraient
une classe d’enzymes (les peptidases)
dont le rôle est de détruire un ensemble de protéines alimentaires provenant du gluten et des caséines du lait.
Ils ont la capacité d’induire un phénomène d’auto-immunité en plus des
dépôts silencieux qui se figent dans les
organismes. Les pays industrialisés
sont particulièrement concernés par
une hausse des troubles du comportement et de la personnalité liés au
mercure : hyperactivité, autisme,
schizophrénie, épilepsie, repli sur soi…
Dès lors que ces systèmes enzymatiques sont inhibés, les aliments ne
sont plus assimilés et les nutriments
deviennent toxiques. De ce fait, lorsque les protéines des céréales contenant du gluten et celles du lait de
vache ne sont pas complètement
dégradées, elles franchissent la paroi
intestinale et passent dans le flux
sanguin, du fait de la perméabilité
exagérée de l’intestin. Ces peptides
atteignent les récepteurs du cerveau
spécifiques à ces substances, sous
forme d’opioïdes, et vont se comporter dans l’organisme comme certains
morphiniques. En occupant et en
saturant les récepteurs opiacés, les
peptides provenant du gluten et de
la caséine vont provoquer un
ensemble de troubles comportementaux et dérégler la gestion des
neurotransmetteurs (la sérotonine
et la dopamine).
䊓
Dr Jean-Pierre Willem
Les voitures, de plus en plus inopportunes en centre ville.
19
Bien vivre
“Le cerveau a besoin de
plus qu’un sudoku…”
Alzheimer, dépendance et sénilité nous font peur, et avec raison.
Le public réalise que la santé de notre cerveau est de première importance
lorsqu’il s’agit de vieillir en bonne santé
otre culture doit à Descartes
la séparation du corps et du
cerveau. Le cerveau, organe
noble, serait le siège de l’intelligence
et des fonctions élevées de la
réflexion. Il est donc logique de penser que, pour exercer et entretenir son
cerveau, il convient de s’adonner à
des jeux de réflexion stimulant l’abstraction, la mémoire. Un sudoku et
un peu de calcul mental chaque jour
suffiront pour garder toute notre tête.
Vraiment ?
N
Dichotomie
Pourtant, la séparation claire faite
entre le cerveau et le corps peut paraître étonnante à quelqu’un qui possède des bases d’embryologie. Sans
entrer dans des détails compliqués,
on peut dire que le système nerveux
est meneur dans le développement
du fœtus et que la croissance du corps
s’organise autour de sa croissance. De
ce fait, le cerveau est partout. Le cerveau n’est pas cloisonné à notre crâne,
il est la moelle épinière, il est les nerfs
périphériques qui s’étendent dans les
membres, les organes. Il « est » les
myriades de différents capteurs qui le
renseignent sur la position de nos
membres, la vitesse de ceux-ci, l’état
des muscles, des organes, qui produisent la sensation de douleur, mesurent
la chaleur, l’humidité… Le cerveau va
jusqu’au bout des doigts. Il devient
alors difficile de séparer le cerveau
du corps.
D’autant qu’il semblerait que le
dessein du cerveau ne soit pas la gamberge. Le Dr Wolpert, de l’université
de Cambridge, va même jusqu’à dire
20
que la raison
d’exister du cerveau est de produire des contractions musculaires
en série complexes et coordonnées. Il cite, pour
illustrer son propos, l’exemple des
tuniciers qui sont
de petits êtres
marins qui, lors
de leur début
d’existence, sont
amenés à se mouvoir dans l’océan
et possèdent un
système nerveux.
Devenus adultes, ils se fixent sur un
rocher et continuent leur existence
ainsi. Cependant, leur première
adaptation à cet état nouveau est de
phagocyter leur propre système nerveux. Ils ne bougeront plus, donc ils
peuvent se passer d’un cerveau.
“Un imbécile qui marche
ira toujours plus loin qu’un
intellectuel assis” (M. Audiard)
Le cerveau se serait développé dans le
but de produire des mouvements
coordonnés et fluides basés sur des
prédictions faites sur la base d’informations stockées par la mémoire, qui
est nourrie par la faculté d’apprendre.
Le Dr Wolpert prend aussi en exemple les difficultés de la robotique à
produire des mouvements coordonnés et fluides dans un environnement
incertain, alors que les ordinateurs
sont aujourd’hui capables de battre
des champions du monde d’échecs.
Si on y pense, toutes les activités dites
intellectuelles requièrent des contractions musculaires. Ecrire, parler. La
pensée, pour s’exprimer, a besoin de
l’action formidablement coordonnée
des muscles de l’expression orale.
Un neurone, pour survivre, a
besoin de nutriments mais aussi et
surtout d’information. Un neurone
qui ne reçoit pas d’information –
d’impulsions – et donc n’en produit
pas mourra. La majorité de l’activité
du cerveau est consacrée à cacher à
notre conscient la gigantesque masse
d’information qu’il reçoit des millions de récepteurs disséminés dans
le reste du corps pour ne filtrer que
l’information pertinente à notre but
présent. Ce point est important, car
cette masse d’information nourrit les
neurones, leur garde une raison
d’être. Le mouvement est donc essenLa Revue de la MTRL
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Bien vivre
tiel au maintien en bonne santé de
notre cerveau, car il augmente le flux
d’information en arrivage et en partance du cerveau. L’inactivité physique contribue à la dégénérescence
cérébrale !
10 000 pas par jour
L’effet préventif d’une pratique quotidienne a même été démontré chez
des sujets génétiquement prédisposés
à la maladie d’Alzheimer. On connaît
donc aujourd’hui un lien direct préventif. Mais il existe un lien sur les
facteurs indirects causant toutes les
maladies cognitives.
Il existe une relation, aujourd’hui
connue, entre le diabète de type 2 et
la maladie d’Alzheimer. Une étude
récente dégage même un risque accru
de toute maladie cognitive chez les
sujets qui voient leur glucose sanguin
trop augmenter à la suite de repas. La
relation est forte pour les sujets souffrant de diabètes mais existe aussi –
bien qu’un peu moins forte – chez les
prédiabétiques. D’autre part, une
autre étude a forcé des sujets physiquement actifs à devenir inactifs pendant quelques jours. Ces sujets ont vu
leur glucose sanguin augmenter après
les repas comme chez les prédiabétiques. Il semble que le niveau d’activité minimum nécessaire pour maintenir une réponse insulinique de qualité soit de 10 000 pas par jour !
10 000 pas représentent à peu près 7
à 8 km à pied par jour. Notre métabolisme a besoin pour fonctionner
correctement d’une grande quantité
d’activité physique.
De plus, des études sur les rats
montrent que l’exercice améliore la
capacité du cerveau à absorber le glucose, qui est le substrat énergétique
qu’il utilise pour fonctionner correctement.
Toutes ces évidences sont-elles suffisantes pour vous convaincre que
notre mode de vie est par trop sédentaire, qu’il influence défavorablement
l’évolution de nos capacités cognitives au cours des années et que les
sudokus et autres mots croisés ne suffisent sûrement pas à maintenir notre
cerveau en santé ?
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Se bouger,
mais pas inconsidérément !
Maintenant convaincu de l’importance de l’exercice, on prend ses baskets, on va dehors, on se met à courir.
Las ! au bout de quelques semaines/
mois les douleurs apparaissent, et on
revient à l’inactivité précédente avec
des douleurs en plus qui diminuent
encore notre mobilité. Que faire ?
Tout le monde peut marcher, tout
le monde peut monter les escaliers au
lieu de prendre l’ascenseur, les transports en commun en ville au lieu de
la voiture. Si votre métier vous tient
assis pendant des heures, levez-vous à
espace régulier. Cependant, il vous
faudra probablement consacrer du
temps à l’exercice. Quiconque allume
sa télévision durant la semaine perd le
droit de dire qu’il manque de temps !
Ce qui est important, c’est de garder une bonne capacité de mouvement le plus tard possible dans notre
vie. Il ne s’agit pas de courir des
marathons. D’ailleurs, la pratique
trop intensive de l’endurance a de
nombreux effets indésirables, qui
vont des troubles musculo-squelettiques aux problèmes inflammatoires
et cardio-vasculaires. La qualité de
base du mouvement est la force. La
force se définit comme la capacité de
notre corps à produire des tensions
plus ou moins importantes. Avec
l’âge, l’inactivité cause une fonte
musculaire qui nous rend trop faibles
pour nous mouvoir de façon suffisante et supporter un métabolisme sain. Nous avons vu plus
haut que les prérequis d’activité
physique pour un métabolisme
sain représentent une quantité de
travail physique non négligeable.
Il faut encourager la pratique du
renforcement musculaire, qui
maintient – ou même augmente
– la force des muscles ainsi que
leur masse totale. Le renforcement musculaire peut être entrepris à tout âge et produit des
résultats positifs même dans la
8e décennie. Les études montrent
que la perte de masse musculaire
– sarcopénie – est un facteur de
risque majeur pour toute cause
de mortalité chez les sujets en maison
de retraite. La lecture de cet article
devrait clairement en éclairer les
raisons et la cascade dégénératrice :
䊉 L’inactivité entraîne la perte de
masse musculaire, qui provoque la
perte de force, qui diminue la capacité à se mouvoir, qui empêche de
bouger assez pour maintenir un
métabolisme sain.
䊉 Un métabolisme altéré entraîne,
après des années, des maladies cognitives. La mauvaise nouvelle est que
les maladies cognitives sont loin
d’être les seules affections qui sont la
conséquence grave de cette inactivité. Mais la bonne nouvelle, c’est
que certains des effets de l’inactivité
sont réversibles ! Commencez à
bouger maintenant et les facteurs de
risque diminueront.
䊉 Les exercices mentaux sont loin
d’être les seuls requis pour vieillir
« avec toute sa tête ». Il faut se bouger
et bouger beaucoup. Pour cela, puisque
nos modes de vie ne nous y obligent
plus, il faut pratiquer des exercices de
renforcement qui entretiennent et
augmentent notre force et notre
masse musculaire afin d’être capables
de produire assez de mouvement pour
maintenir un métabolisme sain. Le
cerveau n’est pas séparé du corps, ils
ne font qu’un. Allez, au travail !
䊓
Jérôme Simian
La marche nordique à petits pas…
21
Pratique
Presbytie : des
solutions pour tous
Les premiers signes de la presbytie sont toujours les mêmes, on peine à déchiffrer
un texte, on allonge de plus en plus les bras pour lire le journal.
Ce n’est pas un drame, juste une fatalité : le poids des ans seul en est la cause.
Que faire ? Essayons d’y voir plus clair, c’est le cas ici de le dire…
ous finissons tous par voir
difficilement de près. Les raisons en sont simples. L’œil
est un organe et, à ce titre, il vieillit et
s’use normalement. Au début de la
vie, le cristallin est souple. Il permet,
comme le zoom d’un appareil photo,
de faire des mises au point très nettes
et à toutes les distances. On appelle
cela « l’accommodation ».
Au fil des années, le cristallin commence à perdre en souplesse et en
élasticité, mais c’est à partir de la quarantaine (il n’y a pas de vérité précise
en ce domaine et ce peut être quelques
années plus tard) que l’accommodation devient plus difficile et perd en
précision. On visualise moins bien
d’abord les objets les plus proches.
Ce phénomène classique apparaît
souvent plus tôt chez les hypermétropes et un peu plus tard chez les myopes, mais tout le monde est concerné.
A un moment ou à un autre. Les
hommes comme les femmes.
N
Quand les premiers signes
se manifestent…
Lorsque l’on commence à ressentir le
besoin d’allonger les bras pour lire,
que l’on écarquille les yeux et que
l’on opère un léger recul pour voir
quelque chose de près, quand on
force sa vue au risque d’avoir mal à la
tête, que les yeux piquent… on peut
alors dire que la presbytie s’installe.
Il est temps de consulter un médecin ophtalmologiste pour éviter des
efforts inutiles et de plus en plus pénibles : un examen des yeux permettra
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de déterminer le degré d’altération de
la vue et la correction nécessaire.
Les visites « chez l’ophtalmo » vont
devenir un pèlerinage régulier, tous
les ans, tous les deux ou trois ans au
mieux, jusqu’à ce que la presbytie se
stabilise mais seulement, en général,
vers le milieu de la soixantaine.
Jusqu’à cet âge donc, elle a tendance à s’accentuer progressivement,
sans à-coups majeurs, ce qui nécessite
un changement d’équipement optique environ tous les deux à trois ans.
Faire un point régulier avec le spécialiste permet en outre de dépister
d’autres problèmes oculaires éventuels : tension anormale, sécheresse
oculaire, début de cataracte, de
glaucome, diabète…
Les verres progressifs
En matière de presbytie, on a le choix
entre lunettes et lentilles de contact.
Les lunettes à verres progressifs représentent les équipements les plus courants. Les verres progressifs sont en
effet la solution la plus simple et
incontestablement la plus efficace. Ils
permettent de voir net à toutes les
distances, car leur puissance optique
varie de façon progressive entre la
partie supérieure du verre, réservée
à la vision de loin, et la partie
inférieure, destinée à la vision de près.
Les verres progressifs ne cessent de
s’améliorer, et ils s’adaptent de mieux
en mieux aux particularités de comportement dans la vision de près,
même si, pour la lecture ou des
travaux de précision, ils ne peuvent
toujours pas rivaliser avec les lunettes
spécialisées (demi-lunes ou autres)
dans la vision de près.
La recherche aujourd’hui permet
d’aboutir à des verres progressifs
de plus en plus adaptés à la diversité
des types de presbytie, tout en étant
également capables de corriger d’autres troubles visuels. S’ils nécessitent
souvent un petit temps d’adaptation,
leur confort et leurs performances
sont incontestables.
Les verres unifocaux
Ces verres (également appelés « simple foyer ») ont la même puissance sur
toute leur surface. Ils sont la solution
pour les personnes qui ne s’adaptent
pas aux verres progressifs ou qui ne
souffrent que d’une légère presbytie.
Ce type de verres ne corrige que la
vision de près et ne s’adresse en
quelque sorte qu’aux presbytes
« débutants », qui ne portent leurs
lunettes que de façon occasionnelle.
Et qui les enlèvent pour voir de loin
car, avec les verres unifocaux, la
vision n’est pas bonne au-delà de
quelques dizaines de centimètres.
La Revue de la MTRL
䉬
mars 2012
䉬
numéro 73
Pratique
On peut, à ce stade de l’« infirmité », se contenter de lunettes
« demi-lunes », dont les verres sont
réduits de moitié, qui corrigent la
vision lorsque l’on regarde vers le bas
et qui ne gênent pas la vision de loin
lorsque l’on relève les yeux, pour voir
par-dessus les lunettes.
Notons que les demi-lunes ne corrigent que la presbytie et ne sont pas
adaptées si vous avez d’autres troubles
de la vue.
Les verres bifocaux
Egalement appelés verres à double
foyer, ils sont de moins en moins
utilisés ; ils se composent de deux
parties : l’une permet de voir de près
et l’autre de loin. Ils se portent en
permanence. Toutefois, ils n’offrent
qu’une vision intermédiaire assez peu
satisfaisante. En sus, ils sont très
inesthétiques et, de ce fait, de plus en
plus délaissés.
Les lentilles de contact
Un certain nombre de porteurs de
lunettes « potentiels » n’ont pas envie
de ce type d’équipement et « fuient »
cet accessoire autant que faire se
peut… Considération esthétique
avant tout mais pourquoi pas ? En
effet, il existe désormais des lentilles
pour presbytes.
150 000 presbytes seulement, pour
l’heure, sur environ 22 millions de
sujets atteints en ont fait le choix.
Les lentilles multifocales
Appelées lentilles progressives, elles
représentent la solution idéale :
copiées sur les verres du même nom,
elles permettent de voir quelle que soit
la distance et conviennent à tout le
monde, que l’on ait eu une vue parfaite avant la presbytie ou que l’on
soit, en plus, myope ou hypermétrope.
Toutefois, il faut un temps
d’adaptation, de l’ordre d’un mois
environ, et ce sont des lentilles souples jetables. Elles restent d’un coût
élevé, et il faut compter de 75 à
120 ¤ chez l’ophtalmo pour le
forfait adaptation. Il convient d’y
ajouter le coût des verres de contact
et les produits d’entretien.
La Sécurité sociale n’intervient pas
sur ce type de prestations, et c’est
donc votre mutuelle qui vous proposera une prestation dans le cadre des
garanties prévues dans votre contrat.
Les lentilles rigides
à double foyer
Elles sont plus anciennes et moins
agréables à utiliser mais en constants
progrès. Comme les verres du même
nom, elles sont divisées en deux parties : l’une pour voir de près et l’autre
pour voir de loin. Elles permettent
de corriger tous les défauts visuels
associés à la presbytie et notamment
les plus complexes.
LA CHIRURGIE
Longtemps approximatives, elles
sont aujourd’hui performantes et
offrent une excellente façon de se passer de lunettes ! Mais le choix des lentilles reste encore très minoritaire,
même s’il est appelé à se développer :
La Revue de la MTRL
䉬
mars 2012
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numéro 73
Si l’opération de la myopie au laser
continue de se développer (lentement
mais sûrement), la chirurgie de la presbytie – également au laser – n’en est
qu’à ses débuts, et elle ne donne toujours pas entière satisfaction. En effet,
cette technique chirurgicale nécessite
actuellement d’être renouvelée tous les
deux ans jusqu’à 65 ans, âge où la
presbytie tend à se stabiliser.
C’est donc une chirurgie de confort
contraignante, coûteuse et encore
perfectible.
ETRE ASTIGMATE
L’œil astigmate présente une anomalie de
courbure de la cornée qui revêt une forme
ovale au lieu d’être ronde. Dans ce cas, les
rayons lumineux qui arrivent à l’œil se focalisent en des points différents en arrière et en
avant de la rétine, ce qui provoque une
déformation de l’image.
La vision s’en trouve imprécise à toutes les
distances, avec allongement des lignes verticales
et horizontales, et la
confusion de lecture
de lettres telles que
H, M, N et de chiffres
comme 8 et 0.
En cas de myopie, par
exemple, le fait d’être
également astigmate
accroît le trouble
oculaire. Cela se corrige par un équipement optique adapté, verres spécifiques, lentilles de
contact et même chirurgie au laser, selon le degré.
Les lentilles à simple foyer
Elles utilisent le système de bascule.
On porte une correction différente
sur chaque œil, dont l’une pour voir
de près. Elles sont de moins en moins
prescrites car elles ne donnent pas
entière satisfaction. Et elles sont peu
commodes à l’usage.
Lentilles + lunettes
Les lentilles permettent-elles l’économie d’une paire de lunettes ? Pas
absolument. En effet, à la moindre
sensation anormale telle qu’œil
rouge, vision floue, conjonctivite,
irritation, il faut ôter les verres de
contact et les remplacer, au moins
momentanément, par des verres
classiques. En insistant, vous pouvez
laisser s’installer des complications
sévères. En tout état de cause, mieux
vaut toujours conserver près de soi
une paire de lunettes, au moins de
secours. Vous les apprécierez aussi le
soir chez vous, après avoir enlevé les
lentilles pour laisser reposer vos yeux.
N’oubliez pas, au moment d’envisager un achat optique, de vous faire
faire un devis et de consulter votre
mutuelle pour connaître à la fois le
montant de votre remboursement et
celui restant à votre charge.
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