L`objet à l`ombre du chercheur, le chercheur à la

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L`objet à l`ombre du chercheur, le chercheur à la
L’objet à l’ombre du chercheur, le chercheur
à la lumière de son objet
Alexandre Ployé
Longtemps le paradigme scientifique expérimental a affirmé la nécessité, au
nom de l’impératif d’objectivité, de séparer l’objet de la recherche de la
subjectivité du chercheur. Longtemps, dans un mouvement parallèle, les
pères fondateurs de la psychanalyse se sont méfiés dans la conduite de la
cure du transfert de l’analyste, pensé comme réaction au transfert du
patient et nommé contre-transfert. Ainsi Freud (1910) donne-t-il pour tâche
au médecin de maîtriser son contre-transfert.
Puis vient le temps où ces deux modèles se trouvent remis en cause. Paula
Heimann la première (Heimann et al, 1949), s’appuyant sur la description
de l’identification projective par Mélanie Klein, montre à propos du contretransfert que l’idéal de « l’analyste détaché » émotionnellement de ce que
ses patients apportent en séance ne tient plus. Elle constate au contraire
que l’élaboration du contre-transfert est un mode de perception du
psychisme du patient. Dans le lien intersubjectif tissé par le setting de la
cure, le patient dépose des fragments de son fonctionnement psychique qui
rencontrent les propres objets internes de l’analyste. Un dialogue s’instaure
ainsi.
G. Devereux, à son tour, écrit que vouloir défaire le chercheur de sa
subjectivité est une illusion intenable (Devereux, 1967). La démarche
clinique d’orientation psychanalytique, dans la perspective de laquelle je
m’inscris, a repris à son compte cette posture épistémologique. Après la
note de synthèse qui insiste sur la nécessité d’une « prise en compte de la
subjectivité du chercheur dans cette approche » (Blanchard-Laville,
Chaussecourte, Hatchuel et Pechberty, 2005, p. 123), Laurence Gavarini a
pu réaffirmer que dans les sciences humaines, « dès lors que nous sommes
en présence, face à des autres, et que nous les considérons comme des
sujets et non comme des objets, quelle que soit la disparité sociale de la
situation qui nous rassemble, la question de la subjectivité est
incontournable » (Gavarini, 2007, p. 3). Cette question pose celle du contretransfert du chercheur. Qu’en faire ? L’élaborer d’abord, le rendre public
ensuite. C’est autour de ce second point, en ce qu’il conditionne la validité
des recherches cliniques en sciences de l’éducation, que s’articule cet article
car, ainsi que l’écrivent les auteurs de la note de synthèse citée ci-dessus,
« il peut sembler nécessaire de rendre publics des éléments de cette
élaboration pour permettre aux lecteurs d’appréhender la pertinence des
résultats et donc, en ce sens, on peut considérer que cela fait partie du
processus de validation de ce type de travaux » (Blanchard-Laville et al.,
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Alexandre Ployé
2005, p. 124). Ainsi, si cet article n’a pas pour ambition de retracer l’histoire
épistémologique d’un concept issu de la psychanalyse – le contre-transfert
du chercheur –, il se donne néanmoins pour objectif de réfléchir à un
moment singulier de mon parcours de recherche qui engage la question de
la place du contre-transfert dans la production de nouveaux savoirs pour le
chercheur en sciences de l’éducation que je suis. Quelle attention le
chercheur doit-il donner à ses éprouvés ? Par quels liens est-il attaché à son
objet de recherche ?
Chantal Costantini (2009) avait décrit, dans son article sur le chercheur
sujet-objet de sa recherche, comment sa propre recherche l’avait conduite à
explorer des pans de son histoire jusqu’alors restés dans l’ombre. Pour ma
part, dans cette filiation clinique, je propose de m’arrêter sur un moment
singulier de l’exploration de mon terrain de recherche, dans lequel il me
semble possible de montrer que non seulement l’élaboration des éprouvés
contre-transférentiellement ressentis au cours d’un entretien clinique à visée
de recherche me permet des intuitions à propos de la situation exposée
mais qu’au-delà de cette dimension, elle donne également lieu à des insight.
Si on reprend la définition que le Dictionnaire international de la
psychanalyse (2013) donne de ce terme, à savoir « le processus par lequel
le sujet se saisit d’un aspect de sa propre dynamique psychique », à la
rubrique « contre-transfert » rédigée par R. Perron (p. 861), alors il faut
considérer que ces éprouvés contre-transférentiels parlent également du
chercheur lui-même et de son histoire, à condition que celui-ci se donne
l’autorisation de les écouter.
Je vais, au détour de l’analyse de cet entretien clinique, montrer par quelles
modalités la recherche me donne l’occasion de mettre au jour, dans mon
propre fonctionnement psychique, le travail d’un objet transgénérationnel
(Eiguer, 2001) jusque-là sourdement transmis. Cet article vise donc à
avancer quelques réflexions autour de ce qui circule de l’inconscient du
chercheur à ses objets de recherche. Définissons d’emblée avec Alberto
Eiguer (id, p. 104) ce que sont ces objets transgénérationnels : « l’objet
transgénérationnel se réfère à un ancêtre, à un des grands-parents (aïeul)
ou à un autre parent ou collatéral des générations antérieurs, qui suscite
des fantasmes et des affects, qui provoque des identifications ; celles-ci
interviennent dans la constitution d’instances psychiques chez l’un ou
plusieurs membres de la famille ». C’est donc à déplier un moment singulier
de la transformation d’un objet transgénérationnel en objet de recherche
pour le chercheur que je suis que je vais consacrer ces quelques pages.
Je montrerai d’abord comment, dans le vif d’un entretien clinique à visée de
recherche, a pu se manifester, dans le ton particulier de mes relances, une
volonté de savoir qui s’opposait à la logique jusque-là dominante du
refoulement de la honte et du secret, logique dont je fais l’hypothèse qu’elle
opérait aussi bien pour moi que pour mon interlocutrice. Le contre-transfert
du chercheur est ici pensé comme le lieu de transmissions psychiques
inconscientes entre le chercheur et le sujet interviewé ; cet article aura donc
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également pour objectif de montrer combien l’élaboration de la dynamique
transféro-contre-transférentielle dans la recherche organise un détour par
soi, son histoire, les angles morts de cette histoire ; détour qui, loin des
effets de confusion que l'on pourrait redouter, permet certaines lumières
dans le clair-obscur des situations dont on cherche à atteindre un sens
potentiel. Puis j’essaierai de tirer les conséquences épistémologiques de
cette expérience afin de montrer que, parfois, le chercheur se dévoile à la
lumière de son objet.
Le double destinataire d’une relance
Mon entrée en recherche doit beaucoup à un moment princeps. Alors
formateur d’enseignants spécialisés dans la prise en charge d’élèves
handicapés mentaux ou psychiques, je venais pour la troisième fois visiter
un enseignant spécialisé en formation dans l’institut médico-éducatif où il
effectuait son stage en alternance. Il avait en face de lui quatre adolescents
déficients auxquels il proposa un jeu de bataille navale, prétexte à travailler
le repérage dans l’espace sur une grille orthonormée. La situation
d’apprentissage déplut tant à l’une des quatre élèves qu’elle refusa le travail
d’une manière que son enseignant, selon mon interprétation, vécut comme
menaçante. Un conflit violent opposa alors le maître et l’élève : entre
attaque sadique et repli masochique, l’enseignant me donna à voir en acte
les « potentialités sadomasochistes » telles que décrites par Claudine
Blanchard-Laville (2006) dans lesquelles s’abîme parfois le désir de
l’enseignant. Mais ce qui me surprit le plus fut l’entretien qui suivit. Il
s’agissait d’un entretien de formation au cours duquel le formateur est censé
accompagner le stagiaire dans l’élaboration immédiate de sa pratique. Il se
déroule immédiatement après l’observation de la séance d’apprentissage.
Pendant la conduite de cet entretien, je fus à mon tour, en écho de la
situation observée, traversé par une violence singulière, incapable de
maîtriser ma colère et la retournant contre l’enseignant à qui j’adressais,
avec une sorte d’acharnement, reproches et conseils impérieux.
Après ce moment, je dus me convaincre de faire une place à ma propre
agressivité que j’avais découverte dans le miroir tendu par l’enseignant de
l’IME. Une réflexion commença qui, partant de cet éprouvé personnel, voulut
interroger ceux des enseignants qui, comme moi, travaillaient ou désiraient
travailler avec des élèves handicapés mentaux. La mise en recherche
commença autour de cette séance observée et des violences diffractées
qu’elle suscita, avant de prendre un tour décisif avec l’entretien que je vais
maintenant évoquer. L’un des effets les plus importants à titre personnel de
cette entrée en recherche fut de m’inviter à reconsidérer mon cheminement
professionnel comme une découverte tardive de mon intérêt pour la
question du handicap : j’ai enseigné quinze années l’histoire-géographie en
collège. Mon « rapport au savoir » était alors doublement « disciplinaire » :
transmettre les objets incontournables de mes deux disciplines d’élection
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(l’histoire davantage que la géographie) et discipliner des classes pensées
comme rétives à cette transmission. C’est au détour de la réorientation
professionnelle de l’un de mes proches vers l’enseignement spécialisé que
j’ai « découvert » mon désir d’enseigner auprès d’un public handicapé
mental. J’ai alors suivi une formation en ce sens, avant de devenir formateur
à mon tour. Ainsi devais-je reléguer l’enseignement de l’histoire au second
plan et quitter le collège, la question du handicap devenant alors le cœur de
mes investissements.
J’ai nommé Claire mon interlocutrice dans l’entretien de recherche que je
vais désormais présenter. Claire est une étudiante de deuxième année du
master Métiers de l’éducation. Elle se destine à devenir enseignante du 1er
degré. Comme l’ensemble du groupe de formation auquel elle appartient et
auprès duquel j’ai pu intervenir pour des cours de méthodologie, elle fait
partie de mon terrain de recherche. Je crois aujourd’hui ce choix de mêler
terrain professionnel et terrain de recherche révélateur de ma volonté de
poursuivre, par la médiation de la recherche, mes élaborations à propos de
ma propre identité professionnelle. Le groupe que composent ces étudiantes
(le groupe est exclusivement féminin) a été pour moi un support
d’identification. Je cherche en effet à comprendre auprès de ces étudiantes
qui écrivent leur mémoire professionnel autour du thème de l’école inclusive
l’impact de la rencontre avec l’élève handicapé sur leur parcours de
formation et de construction de leur identité professionnelle, de même qu’au
travers de cette recherche je cherchais à comprendre la place de ma
connaissance intime du handicap dans mes choix professionnels. À quels
éprouvés ces étudiantes sont-elles convoquées par la rencontre avec la
somme d’étrangeté que représentent parfois les handicapés mentaux dans
les classes ? C’est dans ce cadre que je sollicite auprès de Claire un
entretien clinique à visée de recherche dans lequel je l’invite à raconter
l’histoire de son désir de devenir enseignante et de travailler avec des
enfants handicapés autour de la consigne suivante : « J’aimerais que vous
me racontiez pourquoi vous avez voulu devenir enseignante et pourquoi
finalement vous avez fait de manière parallèle le choix de cette option de
recherche dont le thème est l’école de la diversité et le handicap. » Ma
consigne pose donc implicitement l’hypothèse qu’il existerait un lien entre ce
désir et l’histoire du sujet – voire sa préhistoire.
Au cours de cet entretien, Claire narre son parcours d’étudiante. Elle
témoigne de son attrait pour les questions de l’enfance et du langage. Ainsi,
le signifiant « enfant » la conduit-elle à évoquer sa mère et sa grand-mère
qui toutes deux travaillent ou travaillaient auprès de très jeunes enfants à
l’école. Claire fait un lien entre son désir professionnel et le fait d’avoir
toujours eu des enfants autour d’elle. Plus loin, elle évoque son petit-frère ;
elle laisse entendre qu’il n’est pas pour rien dans sa vocation. A ce moment
de l’entretien, j’ai l’intuition que Claire masque l’essentiel. Elle se dérobe
derrière un discours lisse qui répond scrupuleusement à la consigne initiale.
Elle a planté un décor, y a situé des personnages – la constellation
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familiale – mais elle les a vidés de toute substance. Je suis alors envahi du
sentiment contre-transférentiel que si le discours est presque entièrement
lisse, délivré d’une voix monocorde, il est également porté par une certaine
mélancolie tout juste scandée par quelques moments plus euphoriques
quand Claire évoque notamment son désir de savoir, son appétit pour des
connaissances nouvelles autour des troubles du langage. Je me souviens
avoir alors pensé que le voile posé par le refoulement que je croyais deviner
était léger et qu’il suffirait de le bousculer pour que se dévoile un propos
d’une tout autre profondeur.
Je me suis intéressé dans l’après-coup de l’analyse à la tonalité particulière
de mes relances au moment de la bascule de l’entretien, c’est-à-dire à partir
du moment où quelque chose qui ressort de la pulsion de savoir – en savoir
plus – a été attisé chez moi, en écho de ce que je j’entendais chez Claire. Je
suggère en effet que ce désir de savoir qui s’actualise dans le transfert est
circulaire. Il se transmet dans un premier temps de Claire à moi par son
ambivalence (elle dit/ne dit pas mais laisse entendre ; les ellipses me
paraissent l’outil de rhétorique qu’utilise Claire, inconsciemment, pour
exprimer à la fois son désir de dire et son besoin de taire) ; puis dans un
second temps, de moi à Claire par mes relances plus impératives. Ainsi, au
milieu de l’entretien, je lui demande : « alors le handicap dans tout ça ». On
tombera d’accord, d’un point de vue méthodologique, pour juger la portée
de mon propos bien supérieure à celle d’une relance usuelle. Il s’agit bien
davantage d’un rappel à l’ordre, celui de la consigne initiale qui contenait le
mot handicap qu’évitaient jusqu’alors les propos de Claire. Cependant il me
semble possible de poser l’hypothèse que cet énoncé a pu également
fonctionner comme une interprétation, au sens que donne la psychanalyse à
ce terme. Ainsi, comme l’affirme Jacques Angelergues dans le Dictionnaire
international de la psychanalyse (p. 878), « l’interprétation vise à la mise en
évidence, dans le cadre de la méthode analytique, du sens latent des
paroles et agirs d’un sujet ; il s’agit de dégager les désirs inconscients et les
conflits défensifs qui s’y attachent ».
L’agressivité contenue du ton de ma relance, le mépris qu’on pourrait
entendre pour ce qui a déjà été dit par Claire dans le « tout ça » sont sans
doute bien éloignés de l’attitude clinique qui sied à ce type d’entretien au
regard de la démarche que j’ai adoptée. Cependant, je propose de penser
que cette relance agacée et pressante produit un effet de bascule ; en effet,
Claire déplie ensuite l’histoire qu’elle « cachait » jusqu’alors. Dans le cadre
du transfert de Claire à son formateur, la relance-interprétation aurait à mon
sens permis la levée de certaines résistances. J’ai ainsi le sentiment que le
discours de Claire se réorganise autour d’un objet central qui n’était
manifestement pas apparu dans la première partie de l’entretien : son
attrait pour les questions des troubles du langage renvoie à son jeune frère
gravement épileptique dont le langage est très troublé, au point d’avoir été
longtemps incompréhensible. Elle évoque également un « mystère des
origines » concernant ce handicap du petit frère. Elle rapporte en effet ce
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que sa mère a coutume de raconter, à savoir que le bébé aurait souffert de
crises d’épilepsie pendant la grossesse. Une sorte d’incrédulité semble
présider à cette « révélation ». Claire fantasmait-elle le travail de recherche
lié à l’écriture de son mémoire professionnel comme l’endroit où elle allait
enfin pouvoir en savoir plus au sujet de ce mystère des origines ? Je mesure
la force de cet investissement fantasmatique quand j’entends l’étudiante
évoquer l’intense frustration et la colère qu’elle ressentit quand son
directeur de mémoire l’invita à abandonner l’objet de recherche tel qu’elle le
dessinait dans les premiers mois de sa réflexion pour travailler à des thèmes
qui l’engageraient moins affectivement : les fonctions du langage chez
Jacobson. C’est ce mouvement de déprise imposée qui pourrait avoir
provoqué la mélancolie qui perce dans l’entretien. Ainsi ces quatre lignes :
« comment dire c’est pas que ça me motive moins mais euh / peut-être
parce qu’il y a aussi plusieurs choses à côté qu’on doit préparer la classe
aller en cours tout ça c’est peut-être difficile / là j’ai l’impression d’être
beaucoup moins dedans cette année le mémoire alors est-ce dû au sujet
est-ce dû euh au rythme euh là je je sais pas mais /// ça m’intéresse mais
je suis moins dedans ».
Je fais l’hypothèse que Claire est dépositaire d’un double objet
transgénérationnel au sens d’Eiguer. Cet objet serait composé par la honte
qu’aurait éprouvée la mère d’avoir donné la vie à un enfant handicapé. Cette
honte s’attacherait au traumatisme narcissique qu’implique la naissance d’un
tel enfant. Par ailleurs un éprouvé de culpabilité vraisemblablement
partagée par la famille s’ajoute à cet affect, peut-être attachée à la violence
des pensées mobilisées contre l’enfant handicapé. Albert Ciccone et Alain
Ferrant (2012) ont montré la force de ces « affects mêlés » dans
l’intersubjectif familial. La honte en particulier est un affect susceptible d’un
« travail d’enfouissement, d’encapsulation d’expériences traumatiques »
(p. 21). Le secret honteux compose une crypte, cachant un objet psychique
résistant au travail d’élaboration et d’intégration.
Ainsi, le désir de Claire de devenir enseignante, et plus encore auprès
d’enfants présentant des troubles du langage, résonne-t-il autrement pour
moi dans l’après-coup : il serait le résultat, projeté sur la scène
professionnelle, du travail de ces « objets du deuil » maternels (Eiguer,
2001) dans le psychisme de Claire. C’est à elle qu’il incombe de traduire le
fantasme familial de réparation de l’enfant handicapé. C’est avant tout la
première partie de l’entretien qui me permet de poser une telle hypothèse :
Claire évoque à plusieurs reprises sa mère et sa grand-mère ; elle s’inscrit
dans les pas des femmes qui l’ont précédée et qui s’occupent d’enfants ;
dans la deuxième partie de l’entretien, elle évoque le destin parallèle au sien
de sa sœur qui a entrepris les mêmes études avec le même but
professionnel : devenir enseignante et s’occuper des enfants au langage
troublé. Par ailleurs, j’ai pu dire comment j’avais été affecté par la tonalité
mélancolique de l’entretien, Claire donnant à penser sa tristesse de ne
pouvoir mieux comprendre le handicap de son frère au travers de la
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problématique de son mémoire. Ainsi, le deuil familial (impossible ?) autour
des idéaux narcissiques blessés par la naissance d’un enfant handicapé
aurait constitué pour Claire, et peut-être aussi pour sa sœur, un objet
auquel elle aurait identifié son devenir professionnel, sur le mode du deuil
mélancolique décrit par Freud (1917). C’est au sens que longtemps cet objet
est demeuré difficile à intégrer psychiquement pour Claire que je l’associe à
ce que disent Nicolas Abraham et Maria Torok des objets encapsulés dans
les cryptes du psychisme : ce sont des objets sur lequel le travail de la
pensée ne s’exerce pas, se soustrayant donc à l’intégration psychique, des
fantômes. Or, il arrive que « lors des réalisations libidinales, à minuit, le
fantôme de la crypte vienne hanter le garçon du cimetière, en lui faisant des
signes étranges et incompréhensibles, en l’obligeant à accomplir des actes
insolites, en lui infligeant des sensations inattendues » (Abraham et Torok,
2001, p. 266).
Ainsi donc la relance « alors le handicap dans tout ça » permit à Claire de
dire quelque chose de cet objet d’un deuil familial agissant sourdement sur
son devenir professionnel. Cependant, j’ai compris dans l’après-coup qu’au
moins autant que l’étudiante j’étais le destinataire de cet énoncé. Ainsi fautil compléter l’hypothèse que j’énonçais plus haut, selon laquelle la relance
pourrait avoir constitué dans le cours de l’entretien une interprétation : la
capacité de celle-ci à lever le refoulement m’aurait concerné autant que
Claire. En effet, les contenus transmis dans l’entretien, dans le discours
manifeste ainsi que dans le latent contre-transférentiellement entendu, ont
contribué à réactualiser chez moi des éprouvés jusque-là refoulés, liés au
secret dont je me suis senti habité après avoir entendu celui de Claire. Je
considère avec Ciccone que « le transfert est un exemple type
d’identification
projective,
en
tant
que
processus
d’interaction
intersubjective impliquant une action sur l’autre. Le transfert engage un
double
processus
de
transmission :
l’un
intrapsychique,
l’autre
intersubjectif » (Ciccone, 2012 p. 33). La situation transférentielle dans
l’entretien clinique est le lieu d’une projection de mon monde interne et
réciproquement de celui du sujet interviewé dans le lien intersubjectif créé
notamment par le protocole de l’entretien de recherche. Un dialogue
inconscient s’engage. Catherine Yelnik (2007) a pu montrer combien la
situation de l’entretien clinique pouvait induire des mouvements
transférentiels : « (l)’entretien de recherche est l’objet d’investissements
forts ». Qu’investit le chercheur ? Sa « quête », son « histoire », sa
« problématique personnelle ».
Ce qui s’est pour moi transmis dans la situation transférentielle liée à
l’entretien, c’est la nécessité du travail autour d’éprouvés mis au secret,
c’est-à-dire autour d’objets transgénérationnels incorporés au sens
d’Abraham et Torok (2001). Ainsi, l’analyse de l’entretien a pu constituer
une sorte de point d’orgue d’un parcours de deux années au cours duquel
j’ai cherché à élaborer les racines conscientes et inconscientes de mon objet
de recherche – le lien des professionnels de l’éducation au handicap – dans
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mon histoire. En ce sens, la relance « alors le handicap dans tout ça » serait
à entendre également comme l’admonestation que je m’adresse : qu’ai-je
fait, dans mon histoire, du handicap avec lequel j’avais dû composer dès
mes premières années ? Qu’avais-je fait des affects liés à la rencontre avec
mon cousin, invalide moteur cérébral ? Le choix même du prénom donné à
l’étudiante de master m’apparaît maintenant traduire ce lent travail de
dévoilement : ne s’agissait-il pas d’y voir enfin clair dans une histoire
maintenue dans l’obscurité ?
Eiguer montre que les objets transgénérationnels déposés dans le psychisme
provoquent la honte et « déterminent les parents à proférer un interdit de la
pensée à l’enfant » (Eiguer, 2011, p. 21). Dans mon histoire, c’est tout le
lien objectal à mon cousin handicapé, au deuil jamais transformé en langage
des parents et grands parents qui est resté silencieux au nom de la honte et
du secret. Le contrat narcissique par lequel mes parents et grands-parents
ont anticipé ma venue au monde (je suis le deuxième des petits-enfants)
n’était-il pas plein d’une peur de la répétition et du fantasme de la
réparation ?
C’est l’entrée dans la recherche et la méthodologie clinique (parce qu’elles
invitent à s’intéresser aux liens entre les objets de recherche et le
psychisme du chercheur) qui ont pu, pour moi, constituer un espace
potentiel (Winnicott, 1971). Si le psychanalyste anglais l’envisage comme le
lieu de la séparation du psychisme de l’enfant de celui de la mère par le jeu
et l’expérience culturelle, je dirais que cet espace fut pour moi le lieu et le
moment d’une séparation d’avec des objets internes jusqu’alors inélaborés.
La recherche engage à une créativité psychique qui a permis un début de
métabolisation de l’objet transgénérationnel chez le chercheur. J’ai pu
comprendre que j’avais été d’une certaine manière sollicité pour remplir des
« missions au titres des ancêtres », missions qui peuvent se réaliser « à un
niveau professionnel […] tout cela dans un but de compensation face à une
injustice ayant pu s’abattre sur la famille ancestrale » (Eiguer, 2001,
p. 105).
La notion de « contrat narcissique » qui renvoie au travail de Piera Aulagnier
(1975) peut caractériser de telles missions générationnelles : en échange de
sa reconnaissance par la famille, le bébé est investi d’une mission. Il s’agit,
selon Ciccone d’une « alliance inconsciente » : les parents transmettent à
l’enfant le devoir d’accomplir leurs vœux idéaux. En ce qui concerne Claire,
en ce qui me concerne, sans doute y-a-t-il quelque chose autour du vœu de
conserver dans le creux de nos psychismes l’objet d’un deuil soustrait au
travail du langage. Ciccone (2012, p. 82) fait l’hypothèse que les objets
transgénérationnels provoquent un « empiètement imagoïque » qu’il décrit
comme « le processus par lequel une imago parentale (un objet psychique
du parent) s’impose ou est imposée comme objet d’identification de l’enfant
(l’enfant est identifié comme réplique, dépositaire ou héritier de l’imago) ».
Cet objet effectue un travail que Ciccone décrit comme toxique ; la question
est donc de savoir comment ce travail peut être transformé pour devenir
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créatif. Je fais l’hypothèse que, pour le chercheur, l’entrée en recherche est
le lieu d’une créativité nouvelle qui joue le rôle d’espace transitionnel. Je
propose ainsi de penser qu’il existe, par la dynamique transféro-contretransférentielle, une analogie entre la situation de la cure et celle de
l’entretien clinique de recherche, voire de la recherche clinique dans son
ensemble : le sens y est le fruit d’une « coconstruction, une copensée, une
cocréation » (Korff-Sausse, 2013, p. 183). Il s’agirait alors, comme le
propose Simone Korff-Sausse à propos de la relation analyste/patient, de
penser que le chercheur ne travaille pas sur la personne interviewée, mais
avec celle-ci.
Au final, la situation clinique de l’entretien entre Claire et moi pourrait être
pensée comme un moment où, dans le lien intersubjectif (d’autant plus
complexe à analyser a posteriori qu’il mêle formation et recherche), se
réverbère une problématique commune de non-élaboration autour d’un
objet transgénérationnel. Cet objet contient les traces de la honte familiale
autour de la perte possible des idéaux familiaux liée à l’irruption du
handicap. Ces effets de deuil de l’idéal narcissique familial ont été
particulièrement mis en valeur dans la clinique du handicap par Ciccone
dans son ouvrage récent sur les transmissions psychiques inconscientes
(2012).
L’analyse dans l’après-coup donne à cet objet une fluidité nouvelle pour moi
et me permet d’écrire une histoire de mon objet de recherche. Ainsi,
l’aventure de l’écriture du mémoire s’est avérée l’occasion d’une reprise d’un
processus d’écriture biographique que je nommerai à la suite de Piera
Aulagnier « processus d’historisation » (Aulagnier, 1989). Pour se construire,
le soi-professionnel du chercheur a eu besoin de s’étayer sur un « fonds de
mémoire » (Aulagnier) dont je n’avais jusque-là pas conscience. La honte
familiale liée au handicap de l’un des membres de ma famille, le secret
entourant la grossesse envahie de vœux de morts de la mère de cet enfant,
constituent sur un mode traumatique l’objet transgénérationnel qu’on me
transmit et qui devint par la vertu perlaboratrice du travail du chercheur
clinicien le point d’ancrage du travail d’historisation.
Vouloir savoir
Les premières années de ma vie professionnelle sont comme une période de
latence au cours de laquelle cet objet transgénérationnel resta dans sa
crypte. Comment expliquer alors qu’il accepta d’en sortir dès lors que je me
mis en recherche ? La double adresse de la consigne « alors le handicap
dans tout ça » me paraît significative de l’affirmation d’une volonté de savoir
à laquelle je vais essayer de donner sens dans la fin de cet article.
L’expérience du master et l’entrée en thèse me permettent d’envisager la
recherche, malgré l’apparent romantisme du mot, comme une quête. Tant
l’entretien avec Claire que la reprise biographique de ma propre relation au
handicap ont résonné pour moi comme l’expression d’une quête visant à
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connaître les origines d’un traumatisme constitué par la survenue du
handicap dans l’histoire familiale. Quelles sont les sources pulsionnelles
d’une telle volonté de savoir ? Je crois possible de déplier davantage cette
idée de la quête et de son rapport à la posture du chercheur. Je m’appuierai
ici sur les travaux de Sophie de Mijolla-Mellor autour de la question du
plaisir de pensée (1992).
Ma posture de chercheur est ambivalente : l’angoisse et la jubilation sont les
deux faces d’une même médaille. De même que Claire, dans l’entretien,
manifeste tour à tour de l’enthousiasme pour sa propre recherche qui doit la
conduire à en savoir toujours plus à propos de son petit frère, puis de la
déception quand elle devine que l’objet lui échappera malgré tous ses
efforts, j’ai pu éprouver au long de ces deux années de mise en recherche la
jubilation d’enfin trouver le terrain où pouvait se métaboliser l’objet de ma
quête et le profond désarroi de voir sans cesse se faire et se défaire le
questionnement de la recherche. L’objet de recherche, finalement,
appartiendrait à une double temporalité : il est, suivant la belle expression
des historiens Éric Conan et Henry Rousso d’un « passé qui ne passe pas »
(1994) ; un passé qui s’actualise sans cesse sur le terrain de la recherche ;
mais en même temps, il est un horizon qui recule à mesure qu’on avance. Il
demeure à la fois lové dans le creuset du psychisme et point de mire qu’on a
l’illusion de pouvoir saisir à pleines mains. L’objet de recherche est ainsi
deux fois inatteignable. Ce qui relie ces deux pôles inatteignables, c’est la
pulsion de savoir. Sophie de Mijolla montre que la pulsion de savoir, ou
encore la pulsion de recherche, est une tension ne s’apaisant jamais entre
une pulsion d’emprise infantile face à un objet qui ne cesse de s’échapper et
la transformation de ce mouvement premier en appétit pour les savoirs. J’ai
senti l’écho de cette pulsion d’emprise infantile dans la véhémence de
certaines de mes relances dans l’entretien. Mais j’ai également senti que
c’est à l’appétit de savoir que je dois d’avoir contenu l’angoisse et maintenu
le plaisir de pensée qui sous-tend la recherche et permet notamment de
s’engager à écrire.
Sophie de Mijolla compare ce plaisir de pensée au flash de la prise d’une
drogue : il y a cette jubilation qui fait croire momentanément à la toutepuissance de la pensée, laquelle réactive l’illusion infantile. Puis vient la
rechute. Pour exprimer le sentiment qui s’empare du sujet à ce moment
précis, elle parle de désarroi, comme pour l’élève Törless (Musil, 1995). La
tension entre jubilation et désarroi décrit ma posture de chercheur ces
dernières années. N’est-elle pas, par ailleurs, une caractéristique de la
recherche, en général ? Sophie de Mijolla propose de penser l’alternance
jubilation/désarroi comme la condition du renouvellement de l’expérience.
Elle indique également que la dimension de l’énigme qui soutient la pulsion
de recherche implique que le sujet « se tienne au plus près de l’objet
d’angoisse afin de ne pas risquer d’être à nouveau débordé par lui de
manière traumatique » (Mijolla-Mellor, 1992, p. 177). Chercher et continuer
de chercher, c’est donc domestiquer l’angoisse. L’angoisse et la pulsion de
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L’objet à l’ombre du chercheur, le chercheur à la lumière de son objet
Revue Cliopsy n° 12, 2014, 29-40
savoir sont liées pour lutter contre ce que Musil appelait la « mélancolie des
pensées refroidies » (cité par Mijolla-Mellor, p. 172).
Ainsi donc conclurai-je en revenant à l’héritage du travail de Devereux et au
titre de cet article. La psychanalyse introduit de l’incertitude à l’endroit de
l’idée qu’il existe une dissociation entre le sujet-chercheur et l’objet qu’il
observe. Fethi Ben Slama (1989, p. 142) résume en montrant qu’il existe un
lieu où se rejoignent « les investigations rationnelles universelles et
l’imagination créatrice dont les racines sont dans le sujet singulier ». La
recherche se nourrit d’une volonté de savoir qui s’est déplacée d’un terrain
(l’intime du chercheur) à un autre : le terrain de la recherche. Nous croyons
enquêter sur un objet qui nous serait parfaitement étranger, mais il se
pourrait fort bien que nous ne fassions en fait qu’enquêter sur l’ombre
portée de nous-même. Ainsi, il s’agit de considérer qu’il n’y a pas de dehors
absolu pour celui qui produit des savoirs scientifiques. L’objet du dehors est
aussi vu, observé, pensé en fonction de l’objet interne et de la manière dont
il organise le psychisme de l’observateur. L’extériorité radicale n’existerait
pas.
Il y a donc bien un problème pour l’épistémologie classique fondée sur la
séparation rigoureuse entre le phénomène et celui qui l’observe : la
psychanalyse montre, notamment par l’attention qu’elle a portée au
phénomène du contre-transfert, que cette séparation n’est qu’illusion, voire
même qu’elle serait quelquefois une modalité défensive n’ayant d’autre but
que de masquer au sujet la part de lui-même projetée sur l’objet. Ainsi, si
l’objet de recherche naît à l’ombre du chercheur, il est aussi, par un
retournement que la clinique met en lumière, ce qui éclaire les propres
cryptes du chercheur.
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Alexandre Ployé
Université Paris-Est Créteil Val de Marne
Laboratoire CIRCEFT (Paris 8 St Denis)
Pour citer ce texte :
Ployé, A. (2014). L’objet à l’ombre du chercheur, le
chercheur à la lumière de son objet. Cliopsy, 12,
29-40.
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