l`amour est une drogue, c`est scientifiquement prouve

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l`amour est une drogue, c`est scientifiquement prouve
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L’AMOUR EST UNE DROGUE, C'EST
SCIENTIFIQUEMENT PROUVE
23.04.2016 - 15 h 09. Mis à jour le 23.04.2016 à 15 h 09. Clément Guillet
Les addictions utilisent les mêmes voies neuronales que les sentiments
amoureux.
«L’amour, c’est la plus grande drogue de ma vie», confiait Maïwenne après la
réalisation de Mon Roi, un film sur sa relation de dépendance affective à un
manipulateur, incarné à l’écran par Vincent Cassel. De Baudelaire à Sylvie Vartan, le
langage de l’amour a souvent emprunté le lexique de l’addiction, depuis l’ivresse de la
passion jusqu’au sevrage de la rupture. Et si les poètes et les yéyés avaient raison?
«Ce qui rend accro dans un cas comme dans l’autre, c’est la dimension du plaisir»,
explique le professeur Michel Reynaud, psychiatre et addictologue à l’hôpital
universitaire Paul-Brousse à Villejuif et auteur de L’amour est une drogue douce...en
général. Le corps humain est programmé pour le plaisir et le système de récompense
naturel nous pousse à chercher ce qui nous fait du bien: nourriture, sexe… Les drogues
emballent cette machine et, lorsqu’un individu y est habitué, leur absence devient alors
très douloureuse:
«On sait aujourd’hui expliquer comment l’amour, au même titre que la drogue, peut
utiliser le circuit du plaisir, au point d’induire un manque perçu comme invivable.»
Philtre d’amour hormonal
La mécanique des fluides qui nous rend amoureux (ou drogué) est d’abord liée au
système de la récompense. «Tous les plaisirs procèdent du même principe, la hausse
du débit d’une substance “stupéfiante” qui vient inonder le cerveau: la dopamine,
écrit Michel Reynaud. La dopamine, c’est l’envie d’agir, de créer, d’aimer, de faire
l’amour, de découvrir, d’en savoir plus, d’aller plus loin. Toute dépendance résulte
d’une stimulation particulièrement forte et répétée du débit de dopamine.»
Durant l’acte sexuel par exemple, le désir est lié à l’augmentation de la sécrétion de
dopamine. Aux premières sensations de plaisir (toucher ou baiser par exemple), il s’y
ajoute une sécrétion de testostérone et de lulibérine, une hormone qui multiplie les
effets de la dopamine. Enfin, avec l’orgasme, ce sont les endorphines secrétées
brutalement, qui donnent une impression de bien-être, de détente, qui apaisent les
douleurs et le stress. En parallèle, le cerveau sécrète aussi de l’ocytocine, molécule de
l’attachement –qu’il soit de la mère ou de l’amoureux– qui nous donne envie de
rechercher le contact de l’autre. Dopamine, lulibérine, testostérone, ocytocyne: c’est la
recette du philtre d’amour hormonal.
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Débâcle chimique
L’ocytocine est aussi secrétée lors de tendresses quotidiennes, ce qui favorise
l’attachement et le développement du sentiment amoureux. Mais la proximité
physique, en éloignant le manque, a tendance à inhiber le désir. La sécrétion de
lulibérine, qui multiplie les effets de l’ocytocine durant l’acte sexuel, chute. Cette
débâcle du bonheur chimique met en danger le bonheur tout court.
«Ce qui se passe dans l’érosion du désir peut être comparé au phénomène
d’accoutumance observé dans la toxicomanie: vient un temps où, pour une même
substance, les mêmes doses ne produisent pas les mêmes effets. En matière
d’attachement les prises pourraient s’apparenter à une perfusion continue. L’écueil
possible de l’attachement est d’entraîner un amour potentiellement sans manque du
type de celui qu’on voue aux amis», explique le professeur Reynaud.
Amour et darwinisme
D’un point de vue évolutionniste, si la nature a fait de nous des êtres sensibles à
l’amour, c’est pour préserver les liens entre les parents et favoriser la perpétuation de
l’espèce. «On a trouvé que ça pour faire des enfants, explique le professeur Reynaud
joint par Slate au téléphone. Du désir et de l’attachement sont nécessaires pour faire
des petits et les élever jusqu’à ce qu’ils soient capables de vivre leur vie et d’être assez
autonomes.» L’épuisement du désir favorise-t-il alors le changement de partenaire et le
brassage génétique?
Le système de la récompense est modulé par différents récepteurs-émetteurs situés à la
surface des neurones. «Les plaisirs naturels leur font produire, selon leur nature, des
endorphines, des endocannabinoïdes, de l’acétylcholine (“endonicotine”), du GABA
(acide gamma amino-buty-rique), toutes ces substances qu’imitent les les opiacés, le
cannabis, la cigarette, l’alcool», détaille Michel Reynaud dans son livre. Ainsi, si les
drogues sont efficaces, c’est qu’elles activent très fortement les circuits neuronaux
existants pour les récompenses naturelles –dont fait partie l’amour– et normalement
conçus pour des plaisirs subtils avec des molécules endogènes. L’alcool par exemple a
une structure très similaire à l’ocytocine, l’hormone de l’attachement.
«Les drogues stimulent le système de la récompense, mais en court-circuit. Elles le
détournent pour devenir la récompense principale, explique le professeur Reynaud. Il
n’y a pas cette espèce de cocktail subtil entre le désir, le plaisir sexuel, l’attachement,
renforcé par l’histoire, la mémoire, les odeurs et tout ce qui se construit dans une
histoire amoureuse. Lorsque l’on prend de la cocaïne par exemple, elle vient
directement se fixer sur la petite synapse dopaminergique qu’on va faire cracher. Ce
n’est pas très fin.»
Drogues empathogènes
«Elle était ma drogue, ma dope, ma coke, mon crack, mon amphétamine…» Dans sa
polytoxicomanie amoureuse, Mc Solaar voit juste: la MDMA, une amphétamine
connue sous le nom d’ecstasy, est souvent décrite par les usagers comme l’une des
drogues dont les effets se rapprochent le plus du sentiment amoureux. En effet, elle
stimule –via la sérotonine– la production de dopamine et d’ocytocine par le cerveau et
ce qui entraîne de l’empathie (on parle alors de drogues «empathogène»).
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Dans son rapport de 2015, l’OFDT (Observatoire français des drogues et
toxicomanies) note une multiplication par trois d’usagers réguliers de MDMA entre
2010 et 2014. Chaque drogue est le reflet de son époque. À la mode du LSD et la quête
de rébellion psychédélique dans la société encore conservatrice des années 1960-70,
avaient succédé les années 1980-90, placées sous le signe de la productivité et
ensevelies sous la cocaïne. La société individualiste des années 2010 voit l’avènement
de la MDMA –sorte de «soma» du Meilleur des Mondes d’Huxley–, témoin de
l’incommunicabilité entre contemporains.
«Beaucoup de drogues sont empathogènes et facilitent le rapport à l’autre et la
relation sexuelle, rappelle Michel Reynaud. C’est pour cela que, dans une soirée, il y a
au minimum de l’alcool –voire du cannabis ou de la cocaïne– qui fait qu’on se sent
mieux, que l’on a plus d’empathie et de désir sexuel.» Véritables lubrifiants sociaux,
les produits permettent de gérer les rapports à autrui, de trouver les autres
sympathiques. Le danger est que cet état de facilitation provisoire soit à nouveau
recherché, vécu comme meilleur, parce que plus simple. De la répétition naît alors
l’addiction.
Sevrage de la rupture
Pour les drogues comme pour l’amour, tout ce qui monte peut être amené à
redescendre brutalement. «La rupture amoureuse et très proche du sevrage de drogue,
c’est un effondrement de ces circuits qui ne sont plus stimulés et stimulants, explique
le professeur Reynaud. On éprouve donc le manque, ce que ressentent les drogués,
cette espèce de crispation intérieure, d’angoisse, cette impression de ralentissement,
de vie triste, grise, sans plaisir ni saveur. C’est une inversion de cette belle
mécanique.»
Malgré ces similitudes, l’amour reste une drogue douce selon Michel Reynaud, en ce
sens qu’elle est une récompense naturelle sécrétée par le cerveau. Du fait de sa
complexité, cette biologie subtile de la passion ne peut être remplacée par une drogue
ou un philtre d’amour. «En fonction de l’histoire de chacun, on modèle la réactivité de
ces circuits hormonaux du cerveau. L’intrication génétique, développementale et
interactive avec le partenaire fait que ,même si l’on sait un certain nombre de choses
en neurobiologie, chaque relation amoureuse est unique.»
http://www.slate.fr/story/114097/amour-drogue

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