compte rendu final 2010 - Chambre d`Agriculture de l`Hérault

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compte rendu final 2010 - Chambre d`Agriculture de l`Hérault
2010
Action régionale concertée : Pilotage de l'irrigation et optimisation de
l’itinéraire hydrique en fonction de l’objectif produit
1. Objectifs des essais de la Chambre d'Agriculture de l'Hérault
Les viticulteurs qui souhaitent aujourd'hui irriguer sont confrontés à plusieurs problèmes dont celui
du pilotage parcellaire de leurs irrigations. Piloter les irrigations à l'échelle parcellaire revient à
répondre à 3 questions :
1/ Quand commencer à irriguer ?
2/ Quand renouveler les apports ?
3/ Quelle quantité apporter ?
Actuellement, la plupart des vignerons prennent les décisions de façon empirique, sur la base de
leurs connaissances propres, lorsqu'ils ont de l'expérience, ou alors par mimétisme avec leurs
voisins.
La Chambre d'Agriculture de l'Hérault souhaite proposer aux vignerons des outils simples pour
répondre aux 3 questions fondamentales de l'irriguant. L'objectif principal des essais mis en place
est de tester l'impact de "règles de décision" sur l'agronomie de la vigne, sa physiologie et les vins
produits.
Ce compte-rendu fait le bilan de 5 ans d’expérimentation.
2. Dispositifs expérimentaux et méthodes pour le pilotage des apports
d’eau parcellaires
2.1 Parcelles expérimentales
Les essais ont été conduits sur 3 parcelles viticoles situées dans le secteur du Gignacois héraultais,
à 35 km à l'ouest de Montpellier.
Les principales caractéristiques de ces parcelles sont reprises tableau 1. Les systèmes d'irrigation
sont, quant à eux, décrits dans le tableau 2.
Code
parcelle
Cépage /
PG
Sy-GAG
Syrah /
R110
CS-GAG
CS-Raie
Cabernetsauvignon
/ 140Ru
Cabernetsauvignon
/ 140Ru
Sol /
Densité
Appellation (m x m)
Terrasse
alluviale / 2,25 x 1,1
AOC
Année de
plantation
Superficie
(ha)
Irrigation
pratiquée
1980
1,0
goutte-àgoutte
Alluvions /
VdP
2,5 x 1,0
1994
0,8
goutte-àgoutte
Alluvions /
VdP
2,5 x 1,0
1980
0,5
gravitaire à
la raie
Tableau 1 : Caractéristiques des parcelles expérimentales
Chambre d'Agriculture de l'Hérault – Contrat de projet 2010
Service Intervention – Viticulture – Janvier 2011
1
2010
Débit réel mesuré
Irrigation
Première Espacement
d'un goutteur ou
Code parcelle
pratiquée
irrigation entre goutteurs débit délivré à la
borne
Sy-GAG
goutte-à-goutte
2003
1m
1,2 l/h
CS-GAG
goutte-à-goutte
1995
2m
3,4 l/h
CS-Raie
gravitaire à la raie
1983
–
8-11 m3/h +
+
: le débit varie en fonction des prélèvements sur le réseau
Tableau 2 : Systèmes d'irrigation sur les parcelles expérimentales
Les parcelles CS-GAG et CS-Raie sont deux parcelles voisines. Leur sol est composé d'alluvions
récentes de texture fine (limons et argiles) avec une teneur en cailloux très variable, surtout au sein
de la parcelle CS-GAG.
La parcelle Sy-GAG est plantée sur des alluvions plus anciennes, fines à grossières.
Pour une étude agronomique, et particulièrement sur l'irrigation, les sols alluviaux présentent
l'inconvénient majeur d'être très hétérogènes à l'échelle intra-parcellaire, rendant certaines
interprétations difficiles.
2.2 Règles de décision
Les règles de décision testées portent sur le déclenchement du premier arrosage et le
renouvellement des apports.
Nous répondons à la question de la dose d'arrosage en fixant une règle de calcul inspirée des
pratiques de l'arboriculture et qui dépend de la demande climatique (Evapotranspiration Potentielle
– ETP). L'ETP se définit comme étant la consommation en eau d'un gazon sans contrainte
hydrique. C'est une donnée climatique calculée à partir de données thermiques, hygrométriques et
radiatives et anémométriques. Une vigne bien alimentée en eau consomme généralement 0,5 à 0,6
ETP lorsque le feuillage est bien développé.
Pour nos essais, souhaitant produire du raisin de cuve à vocation qualitative, nous avons choisi
d'instaurer une très légère contrainte en fixant la dose à 0,4 ETP, l'ETP utilisée étant l'ETP
moyenne précédant l'arrosage. La dose n'est donc pas fixe mais varie au cours de la saison.
Les arrosages sont raisonnés pour être appliqués au maximum une fois par semaine en raison d'un
tour d'eau qui contraint le calendrier d'apports.
Pour toutes les règles de décision (RDD) testées, un arrosage massif est assuré en début de saison
si le bilan hydrologique de l'hiver n'a pas assuré le remplissage des réserves. Seule la modalité
TEM de la parcelle CS-GAG échappe à cette règle car le producteur souhaite limiter les apports
d'eau au maximum.
Les quantités d'eau à apporter sont diminuées des pluies survenues en considérant qu'elles
s'infiltrent intégralement, ce qui n'est pas tout à fait juste. Toutefois, cette hypothèse est acceptable
car les parcelles sont planes et avec une faible pente.
Les règles de décisions testées sont les suivantes :
-
IRR : irrigation systématique. Les arrosages sont appliqués une fois par semaine dès le mois de
mai à raison de (2/3) x kc x ETP, kc étant un paramètre variant avec le développement du
végétal, quasiment constant à partir de début juillet.
Chambre d'Agriculture de l'Hérault – Contrat de projet 2010
Service Intervention – Viticulture – Janvier 2011
2
2010
-
SEC : aucun apport d'eau n'est effectué en dehors du remplissage des réserves en début de
saison.
-
TEM : le producteur applique les arrosages qu'il souhaite (quantité) aux dates qu'il a choisies.
-
PB : les arrosages sont déclenchés pour maintenir la vigne dans les limites du confort hydrique
mesuré par le potentiel de base. Ces limites sont celles définies par les travaux de l'ITV
(Kansou, 2004) à dire d'expert ; elles sont différentes en zones AOC et VdP et évoluent au
cours de la saison. L'arrosage est déclenché lorsque le potentiel de base passe sous la limite
inférieure. Il est renouvelé après chaque mesure hors limite.
-
APEX : le premier arrosage est déclenché lorsque la croissance a ralenti de façon significative.
L'indice de croissance utilisé pour prendre cette décision est un indice calculé (voir 2.3.3.). Le
seuil de déclenchement est variable en fonction de la zone de production (50 pour les VdP et 66
pour la parcelle en AOC). Cet arrosage est suivi d'un second apport 15 jours plus tard.
Le tableau 3 reprend les RDD testées pour chaque parcelle.
Sy-GAG
CS-GAG
CS-Raie
IRR
SEC
PB
X
X
X
X
X
X
X
APEX TEM
X
X
X
X
X
X
Tableau 3 : Règles de décision testées sur chaque parcelle
2.3 Paramètres mesurés et simulés
2.3.1
Agronomie générale
Sur chaque parcelle, les stades phénologiques sont enregistrés. Les précédentes études n'ont pas
montré d'influence significative du régime hydrique sur la phénologie, si bien que le relevé est fait
sur une seule modalité par parcelle.
Les données de vendanges (nombre de grappes, poids de vendange par souche) sont enregistrées
pour chaque RDD, tout comme les données de taille (nombre de sarments, poids de bois de taille),
sur un échantillon de 40 souches identifiées.
80 à 100 kg de raisins sont prélevés sur chaque modalité pour être vinifiés à l'ITV de Pech Rouge
(Gruissan – 11).
2.3.2
Contrainte hydrique
La croissance des apex est indicative d’une contrainte hydrique précoce. Elle est suivie toutes les
semaines sur une trentaine d'apex par RDD (choisis au hasard). La méthode de suivi est rappelée
dans les comptes-rendus précédents. Un indice est calculé pour rendre compte de la croissance
dès son ralentissement :
IAC = (-%P + %R + 2x%C +100)/3
Où %X représente le pourcentage d’apex notés X dans l'échantillon (X = P ; R ; C).
Cet indice varie de 0 (pousse active généralisée) à 100 (arrêt de croissance total). Il est
généralement plus sensible que le seul relevé du nombre d'apex chus (%C).
Chambre d'Agriculture de l'Hérault – Contrat de projet 2010
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3
2010
Pour rendre compte de la contrainte hydrique ressentie pendant la maturation du raisin de façon
synthétique, une mesure du rapport isotopique du carbone (δ13C) est réalisée sur le jus des raisins
à la vendange.
L’évolution de la contrainte hydrique est simulée pour chaque parcelle par le modèle de bilan
hydrique de l’IFV-INRA.
2.3.3
Raisins
La maturité des raisins est suivie au moyen : du poids de 200 baies, de la teneur en sucres, de
l'acidité totale, de la teneur en acide malique, du pH, des teneurs en anthocyanes (méthode ICV) et
en polyphénols (Indice des polyphénols totaux).
Pour valider au mieux les résultats obtenus les années précédentes nous avons souhaités apporter
la même quantité d’eau (choisie par le viticulteur) sur l’ensemble des modalités pour les 3 parcelles
suivies. On souhaitait ainsi vérifier l’hétérogénéité de la parcelle mise en évidence dès les
premières années de l’expérimentation
3. Résultats
Les résultats de cette synthèse portent sur :
-
l’influence de la stratégie de pilotage sur la date d’arrosage et la quantité d’eau apportée
-
le lien entre quantité d’eau apportée et caractéristiques de la vendange (quantité et qualité)
-
le lien entre quantité d’eau apportée et caractéristiques végétatives de la vigne
3.1 Climat
Les précipitations, l'ETP et le bilan hydrologique mensuel simplifié sur la période d’expérimentation
sont illustrés sur la figure 1.
nov-09
juil-09
sept-09
mai-09
janv-09
mars-09
nov-08
sept-08
juil-08
mai-08
janv-08
mars-08
nov-07
sept-07
juil-07
mai-07
janv-07
mars-07
nov-06
sept-06
-50
juil-06
0
mai-06
0
janv-06
50
mars-06
50
nov-05
100
juil-05
100
sept-05
150
mai-05
150
-50
-100
-100
-150
-150
-200
P
ETP (-mm)
200
267
mars-05
Pluie (mm)
200
-200
ETP
-250
-250
Figure 1 : Evolution des éléments constitutifs du bilan hydrique de 2006 à 2010
Sur la période, ce sont produits des millésimes chauds et secs (2005, 2006, 2009), un millésime
plutôt humide (2008) et un millésime proche de la normale (2007).
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2010
3.2 Influences de la stratégie d’arrosage
3.2.1
Influence sur la date du premier arrosage
La comparaison des dates du premier arrosage pour les 3 parcelles et les 5 ans d’étude sont
représentées figure 2. Les 2 seules méthodes pour lesquelles il est possible de faire une
comparaison sont la méthode des apex et le potentiel de base.
La concordance des dates est relativement mauvaise : le potentiel de base, avec les règles de
décision utilisées, ne provoque pas d’arrosage dans près de la moitié des situations (7 situations
sur 15). En outre, lorsque le seuil de déclenchement est atteint, c’est généralement pour faire
arroser plus tard que par la méthode des apex, souvent plus de 30 jours plus tard.
Les seuils d’interprétation pour le déclenchement des arrosages ayant été établis empiriquement, il
n’est pas possible de dire si l’une méthode est plus pertinente que l’autre par rapport aux besoins
de la vigne.
A l’usage, la méthode des apex se révèlera plus satisfaisante pour le producteur puisqu’elle aura
tendance à faire arroser plus régulièrement, même si le premier arrosage survient tard dans la
saison.
29-sept
CS gag
09-sept
Syrah gag
CS grav
Apex
20-août
31-juil
11-juil
21-juin
01-juin
01juin
21juin
11juil
31juil
20août
09sept
29sept
Potentiel de base
Figure 2 : Comparaison de la date du premier arrosage préconisée pour les 3 parcelles expérimentales pendant
les 5 ans d'étude.
3.2.2
Influence sur la quantité d'eau apportée
Toutes les stratégies d'apport calculent la dose en fonction de l'ETP. Les quantités d'eau apportées
sont donc dépendantes à la fois de la date du premier arrosage mais aussi de la météo. La figure 3
montre les quantités d'eau apportées pour chaque modalité au cours de l'essai. Les barres
blanches représentent des accidents d'arrosage et non pas des préconisations.
La figure montre que, sans surprise, les arrosages systématiques (modalités IRR) apportent plus
d'eau que les autres. Les modalités pilotées par le suivi des apex se situent dans la moyenne, avec
des apports réels qui dépendent plus de la parcelle (i.e. de l'exploitant) que des préconisations.
Lorsque l'exploitant choisit sa propre stratégie d'arrosage, les quantités d'eau apportées sont très
variables mais sont soit faibles, soit très élevées. Rien ne semble justifier ces écarts, ni la
météorologie, ni des nécessités techniques.
Chambre d'Agriculture de l'Hérault – Contrat de projet 2010
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2010
160
140
Quantité d'eau (mm)
120
100
80
60
40
20
cs
-
sy
r
cs
-
gr
av
-
SE
C
ga
gT
-g EM
ag
sy TE
M
rcs ga
g
-g
ra -PB
v
-A
sy
r-g PE
ag
X
cs -A
-g P E
ag
X
-A
cs PE
-g
X
ra
sy
r-g v -P
B
ag
cs -AP
-g
EX
ra
sy
v
r-g -S E
C
ag
-A
sy PE
r-g
X
sy agr-g P B
ag
cs
-g S E
C
ra
vTE
cs
-g M
ag
cs -PB
sy ga
r-g g -P
ag
B
cs -A
-g P E
ag
X
cs -AP
-g
ag EX
-A
cs
PE
-g
ra
X
cs v-A
P
-g
E
ra
v- X
A
cs
-g PE
ag
X
sy AP
r-g E X
ag
cs -IR
R
-g
a
cs
-g g-IR
ra
v- R
A
cs PE
-g
X
ra
vsy
r-g P B
ag
cs
-g IRR
ra
v
cs -TE
-g
ag M
sy -TE
r-g
M
a
sy g-IR
r-g
R
a
cs g-IR
-g
ag R
cs -TE
M
-g
ag
cs -IR
R
-g
ag
-IR
R
0
Figure 3 : Quantités d'eau réellement apportées sur les parcelles expérimentales en fonction des stratégies. Les
situations sans arrosage ne sont pas représentées.
3.2.3
Influence sur les paramètres de la contrainte hydrique
• Potentiel de base au 15 août
La figure 4 montre le niveau de contrainte hydrique mesuré par le potentiel de base au 15 août,
c'est-à-dire au moment où il n'est légalement plus possible d'irriguer.
cs
-g
cs
-g
ag
-T
EM
ra
vSE
sy
r-g
C
ag
-T
sy
r-g EM
ag
-IR
cs
R
-g
ra
vPB
cs
-g
ra
vPB
cs
-g
ra
vS
sy
r-g EC
ag
-P
sy
r-g B
ag
-T
cs
EM
-g
ag
-IR
cs
R
-g
ra
vTE
sy
M
r-g
ag
-A
cs
PE
-g
X
ra
vTE
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M
-g
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cs
B
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ag
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r-g EC
ag
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r-g EC
ag
-P
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B
-g
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PE
-g
X
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sy
EM
r-g
ag
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sy
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r-g
ag
-A
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PE
-g
X
ra
vP
sy
r-g B
ag
-P
cs
B
-g
ag
-P
cs
B
-g
ag
-T
cs
EM
-g
ag
-IR
cs
R
-g
ag
-P
sy
B
r-g
ag
-IR
cs
R
-g
ra
vAP
cs
-g
EX
ag
-A
cs
PE
-g
X
ag
-IR
sy
r-g R
ag
-IR
R
On constate que quelle que soit la stratégie utilisée, le niveau de contrainte hydrique est
acceptable, et qu'il n'y pas de classement en fonction des stratégies, l'effet « parcelle » étant
prépondérant sur l'effet traitement.
0
-1
Potentiel de base (bars)
-2
-3
-4
-5
-6
-7
Niveau optimal
-8
-9
Risque de sécheresse excessive
-10
Figure 4 : Potentiel de base en fin de période d’autorisation d’irrigation pour toutes les situations durant la
période de l’étude. Les niveaux de référence sont ceux établis par la bibliographie.
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2010
• δ13C
cs-gag-TEM
cs-gag-IRR
cs-grav-SEC
cs-grav-TEM
cs-gag-TEM
cs-grav-APEX
cs-grav-TEM
cs-grav-PB
cs-gag-TEM
cs-grav-SEC
syr-gag-TEM
cs-gag-PB
cs-gag-IRR
cs-gag-APEX
cs-gag-PB
syr-gag-TEM
cs-grav-APEX
syr-gag-TEM
cs-gag-PB
cs-gag-APEX
syr-gag-APEX
cs-grav-PB
syr-gag-IRR
syr-gag-TEM
cs-grav-TEM
cs-gag-TEM
cs-grav-SEC
cs-gag-IRR
syr-gag-PB
syr-gag-PB
cs-gag-APEX
cs-grav-PB
syr-gag-APEX
syr-gag-APEX
syr-gag-SEC
syr-gag-PB
syr-gag-SEC
cs-grav-TEM
cs-grav-SEC
cs-grav-PB
cs-gag-PB
cs-gag-IRR
cs-grav-APEX
syr-gag-SEC
cs-grav-APEX
syr-gag-SEC
syr-gag-PB
cs-gag-APEX
syr-gag-IRR
syr-gag-APEX
syr-gag-IRR
syr-gag-IRR
Le d13C est un paramètre qui est lié au niveau de contrainte hydrique moyen et maximal ressenti
par les vignes pendant la maturation du raisin. La figure 5 montre l’ensemble des données
recueillies pendant la période d’expérimentation.
-20
Delta C13 (pour mille)
-21
forte
contrainte
-22
contrainte
moyenne
-23
-24
contrainte
faible
-25
contrainte
nulle
-26
Figure 5 : Rapport isotopique du carbone (δ
δ13C), et niveaux de contrainte hydrique moyen correspondants
Il apparaît que l’irrigation systématique (barres bleues) ne garantit pas forcément le bon confort
hydrique des vignes. Cela dépend en grande partie du couple parcelle/fréquence d’arrosage. Par
exemple, la parcelle de syrah convenait bien à une stratégie d’apport hebdomadaire. Le seul point
de mesure pour cette parcelle qui échappe à la règle correspond à l’année où il y a eu un problème
de pompe qui a empêché les arrosages. En parallèle la parcelle de cabernet-sauvignon arrosée au
goutte-à-goutte, avec son sol riche en graviers, ne convient pas aux arrosages hebdomadaires et
l’eau apportée est plutôt gaspillée qu’efficace.
En règle générale, les modalités qui sont en bon confort hydrique pendant la maturation sont quand
même celles qui ont été irriguées systématiquement ou dont les irrigations ont été pilotées par la
méthode des apex. A l’opposé, celles qui affichent une forte contrainte sont celles qui n’ont jamais
été arrosées et qui présentent un sol limitant (parcelle CS-grav et syrah pour la modalité TEM).
3.2.4
Influence sur la quantité de bois de taille
Le pilotage de l’irrigation ayant été conduit de façon identique sur la parcelle tout au long de l’essai,
le résultat sur la taille a été analysé en cumul sur la durée de l’essai. Afin de comparer les parcelles
et les modalités entre elles, les résultats ont été transformés en indices de base 100. L’indice 100
correspond à la valeur de poids de bois de taille cumulé minimale. Les résultats sont montrés figure
6.
Les principaux résultats rejoignent parfois certain exposés précédemment :
-
la modalité SEC de la parcelle de syrah, bien que n’ayant pas été arrosée, présente une
production de bois 22 % supérieure à la modalité irriguée systématiquement.
-
la modalité TEM de la parcelle CS-gag montre une production de bois très faible malgré les gros
apports, sans doute trop tardifs pour être efficaces sur la croissance, contrairement à ceux de la
modalité IRR qui a permis une bonne croissance mais pas un confort hydrique satisfaisant
-
le pilotage par le potentiel de base ou les apex donne des résultats équivalents sur la
croissance annuelle.
Chambre d'Agriculture de l'Hérault – Contrat de projet 2010
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2010
Poids de taille cumulé (indice base 100)
130
120
110
100
90
cs-gagTEM
cs-gagAPEX
cs-gagPB
cs-gagIRR
cs-grav- cs-grav- cs-grav- cs-grav- syr-gag- syr-gag- syr-gag- syr-gag- syr-gagSEC
TEM
APEX
PB
IRR
PB
APEX
TEM
SEC
Figure 6 : Données de poids de taille cumulé sur la durée de l’essai ramenées sur une base 100
3.2.5
Influence sur la quantité de récolte
Les données de vendange sont présentées de la même façon que les données de taille (figure 7).
L’indice 100 correspond au cumul de récolte minimal. Les résultats concordent assez bien avec
ceux obtenus sur la taille, aux exceptions suivantes :
-
pour la parcelle CS-gag, la modalité pilotée par le suivi de la croissance a plus d’effet sur la
production de bois que sur la production de raisins,
-
les irrigations systématiques sur la parcelle de syrah ont un effet notable sur la récolte, bien plus
que sur la production de bois
-
un sol bien alimenté en eau (modalité syr-SEC) ou, au contraire, limitant par sa granulométrie
grossière (CS-gag-TEM) a des influences sur les paramètres agronomiques que l’irrigation ne
peut pas forcément compenser
Poids de vendange cumulé (indice base 100)
140
130
120
110
100
90
cs-gagTEM
cs-gagAPEX
cs-gagIRR
cs-gagPB
cs-grav- cs-grav- cs-grav- cs-grav- syr-gag- syr-gag- syr-gag- syr-gag- syr-gagSEC
TEM
APEX
PB
PB
TEM
APEX
IRR
SEC
Figure 7 : Données de récolte cumulée sur la durée de l’essai ramenées sur une base 100
3.2.6
Conclusion sur les stratégies d’arrosage
Sur les parcelles étudiées, pendant la durée de l’essai, le pilotage des apports, que ce soit par la
méthode des apex ou par le potentiel de base, permet d’économiser de l’eau par rapport à des
arrosages systématiques. En l’absence de seuils de pilotage bien établis, les stratégies adoptées
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Service Intervention – Viticulture – Janvier 2011
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2010
permettent de maintenir les vignes en bonne santé physiologique, avec une quantité de récolte
équivalente ou meilleure que sans irrigation, et plus faible ou égale à celle obtenue avec des
irrigations systématiques (voir aussi le paragraphe suivant).
Il apparaît clairement que les apports systématiques permettent un meilleur confort hydrique aux
vignes mais on constate aussi que les apports modestes réalisés au bon moment sont suffisants
pour éviter à la vigne de trop fortes contraintes hydriques.
Enfin, il est essentiel de garder à l’esprit que la connaissance de son sol est primordial pour décider
d’une stratégie d’arrosage. En effet, lorsque le sol est trop filtrant, les apports massifs deviennent
inutiles ; pour être efficaces, ils doivent être commencés tôt en saison, avec une fréquence de
renouvellement élevée et des doses d’apport limitées. A l’opposé, lorsqu’un sol possède
naturellement le potentiel pour la production qu’on lui demande, il devient plus efficace qu’un sol
dont on cherche à compenser les limites par l’emploi de l’irrigation.
3.3 Liaison entre quantité d’eau apportée et résultats agronomiques
Les résultats ci-après sont tous présentés en écart relatif par rapport au témoin sec. Sur la parcelle
de syrah, nous avons retenu la modalité TEM comme modalité de référence sans arrosage car la
modalité SEC est, comme expliqué précédemment, naturellement mieux alimentée en eau que le
reste de la parcelle. Pour la parcelle CS-gag, la modalité de référence est la modalité PB qui n’a
jamais reçu d’arrosage.
Pour la lisibilité des graphes, les quantités d’eau apportées ont été regroupées par tranche de 20
mm.
3.3.1
Effets sur le développement de la vigne
Les effets de la quantité d’eau apportée sur le poids de bois de taille sont montrés figure 8. On
constate avant tout que l’effet des arrosages est en faveur de la production de bois, à de rares
exceptions près. En revanche, il ne semble pas y avoir proportionnalité entre quantité d’eau et
augmentation de vigueur.
50%
CS-grav
CS-gag
40%
Syr-gag
Variation p/r témoin sec
30%
20%
10%
0%
0
0-20
20-40
40-60
60-80
80-100
100-120
120-140
-10%
-20%
-30%
Irrigation annuelle (mm)
Figure 8 : Irrigation annuelle et son effet sur le poids moyen d’un sarment rapporté à celui de la modalité sans
irrigation.
Chambre d'Agriculture de l'Hérault – Contrat de projet 2010
Service Intervention – Viticulture – Janvier 2011
9
2010
3.3.2
Effets sur la quantité de raisin
• Récolte totale
La mise en regard de la quantité de vendange totale et quantité d’eau apportée (figure 9) ne permet
pas de mettre en évidence de relation claire. Les effets sont souvent faiblement positifs (moins de
10 % de gain), sachant que cette valeur moyenne recouvre une très forte hétérogénéité d’une
situation à l’autre.
50%
CS-grav
CS-gag
40%
Syr-gag
Variation p/r témoin sec
30%
20%
10%
0%
0
0-20
20-40
40-60
60-80
80-100
100-120
120-140
-10%
-20%
-30%
Irrigation annuelle (mm)
Figure 9 : Irrigation annuelle et son effet sur la vendange totale rapportée à celle de la modalité sans irrigation.
• Poids des baies
La figure 10 confronte la quantité annuelle d’eau apportée par irrigation au poids moyen des baies.
La parcelle de syrah semble profiter généralement des apports d’eau pour produire de plus grosses
baies, mais le gain reste limité (au maximum 13%). A l’opposé, les modalités de la parcelle CS-gag
présentent toutes des baies plus petites que la modalité PB. Ceci signifie que la modalité PB,
jamais arrosée car le seuil de déclenchement n’a jamais été atteint, devait être en meilleure
situation que le reste de la parcelle pour faire grossir les baies. Ceci signifie également que
l’irrigation n’a pas pu compenser les situations déficitaires des autres modalités.
20%
15%
Variation p/r témoin sec
10%
5%
0%
0
0-20
20-40
40-60
60-80
80-100
100-120
120-140
-5%
-10%
-15%
CS-grav
-20%
CS-gag
-25%
Syr-gag
-30%
Irrigation annuelle (mm)
Figure 10 : Irrigation annuelle et son effet sur le poids des baies rapporté à celui de la modalité sans irrigation.
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10
2010
3.3.3
Caractéristiques du raisin
• Acidité totale
Comme le montre la figure 11, la quantité totale d’eau n’a pas d’effet net sur l’acidité totale des
raisins à la vendange.
20%
15%
Variation p/r témoin sec
10%
5%
0%
0
0-20
20-40
40-60
60-80
80-100
100-120
120-140
-5%
-10%
-15%
CS-grav
-20%
CS-gag
-25%
Syr-gag
-30%
Irrigation annuelle (mm)
Figure 11 : Irrigation annuelle et son effet sur l’acidité totale des jus de raisin à la vendange rapportée à celle de
la modalité sans irrigation.
• Quantité de sucres à l’hectare
Le revenu de l’agriculteur dépendant à la fois de la quantité de raisins et de sa teneur en sucres,
l’analyse porte sur l’influence de la quantité d’eau apportée par irrigation sur la production de sucres
à l’hectare (figure 12).
Sur ce paramètre encore l’effet n’est pas évident. La parcelle de syrah semble réagir plutôt
positivement aux apports d’eau alors que la parcelle CS-gag réagit plutôt négativement.
20%
15%
Variation p/r témoin sec
10%
5%
0%
0
0-20
20-40
40-60
60-80
80-100
100-120
120-140
-5%
-10%
-15%
CS-grav
-20%
CS-gag
-25%
Syr-gag
-30%
Irrigation annuelle (mm)
Figure 12 : Irrigation annuelle et son effet sur la quantité de sucres à l’hectare rapportée à celle de la modalité
sans irrigation.
3.3.4
Conclusions
La mise en regard des quantités d’eau avec les différents paramètres agronomiques n’a pas permis
de dégager des relations claires.
Si la parcelle de syrah semble réagir, même faiblement, aux apports d’eau, il n’en est pas de même
pour les 2 parcelles de cabernet-sauvignon. Ceci tient essentiellement aux caractéristiques des
parcelles dont l’hétérogénéité ne peut être compensée par l’irrigation.
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11
2010
4. Conclusion générale
L’irrigation est aujourd’hui reconnu comme une technique à faire entrer dans l’itinéraire cultural pour
améliorer rendement voire qualité des raisins.
L’expérimentation menée sur 3 parcelles hétérogènes pendant 5 ans montre que les résultats
habituellement présentés pour promouvoir l’irrigation se heurtent à certaines réalités du terrain.
L’objectif premier de l’expérimentation était de tester les règles de décision pour déclencher les
arrosages, en confrontant une irrigation systématique, l’absence d’irrigation et 2 modes de pilotage.
La conclusion de cette partie de l’étude est que le pilotage est essentiel pour économiser de l’eau
tout en conservant les vignes en bonne santé physiologique. Bien que les seuils de déclenchement
des arrosages soient discutables, les règles testées ont permis de maintenir les vignes sans
contrainte hydrique. Il est aujourd’hui essentiel de savoir tirer profit du pilotage pour justifier la
demande d’irrigation auprès de la société qui a encore du mal à accepter qu’on utilise de l’eau
potable pour des cultures, surtout comme la vigne de cuve qui n’est pas une production alimentaire.
Un objectif collatéral de cette expérimentation était de connaître les effets de l’irrigation sur la
production et le comportement agronomique général des vignes. La conclusion principale est que
l’irrigation peut ne pas suffire pour gommer les hétérogénéités intra-parcellaires. Par suite, dans
certaines situations, même en apportant beaucoup d’eau, on n’observera pas d’effet sur la récolte
et/ou la croissance des plantes. Dans ces cas, il faut analyser les composantes du rendement et il
est prévisible que le manque d’eau n’est pas le principal facteur en cause dans un rendement plus
faible (mode de conduite inadapté, fertilisation…).
L’irrigation reste donc un élément de l’itinéraire technique intéressant à utiliser pour lutter contre les
excès de la sécheresse. Comme toute technique, elle demande toutefois d’avoir les clés du
raisonnement pour son utilisation optimale :
-
parfaite connaissance du sol de la parcelle (notamment sa granulométrie et sa profondeur)
-
utilisation d’une méthode de pilotage pour utiliser un minimum d’eau pour un maximum
d’efficacité
-
autres paramètres agronomiques (taille, conduite du feuillage, entretien du sol, fertilisation)
maîtrisés en accord avec les objectifs de production.
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