Vie associative - Inauguration du calvaire de Gênes

Commentaires

Transcription

Vie associative - Inauguration du calvaire de Gênes
Extrait du bulletin communal de septembre 2009
VIE ASSOCIATIVE
28 juin - Inauguration du Calvaire de Gênes
Photos : Louis VIEUXEMPS
C
e dimanche 28 juin, les habitants
et amis de Gênes se sont retrouvés
autour du calvaire à l’entrée du
village pour saluer la rénovation de la
croix et le nouvel aménagement de
l’endroit.
Les discours et interventions nous
rappelaient toute la signification de
cette croix. Nous vous proposons cidessous, le discours de Monsieur
Jean-Marie Antoine.
La lecture des annonces paroissiales
des années 1942 et 1943 nous fait
prendre conscience de la place
qu’occupaient les prisonniers dans la
vie des paroissiens. Surmontant leur
douleur, leur souci est de prier et de
les secourir matériellement. Au fil
des dimanches, les annonces
égrènent les actions entreprises :
dimanche consacré à la prière pour
les prisonniers ou pour les morts de
la guerre, messe spéciale, salut,
images avec prières récitées au salut
et vendues 0,25 F communions pour
les prisonniers et même lors de
l’adoration une heure est consacrée
à la prière pour les prisonniers. Voilà
pour le côté spirituel. Les idées
foisonnent aussi pour le matériel :
tombola, tournoi de football, séance
dramatique par les jeunes filles ou
projections de film, tricot et colis du
prisonnier … Un marbre du souvenir
acheté grâce à la générosité des
paroissiens est accroché à l’église. Il
est encore visible dans le porche de
notre église.
C’est dans ce climat qu’en mai 1942
une nouvelle idée a germé : planter à
Gênes mais aussi à Hodister la croix
des prisonniers qui sera pour les
générations futures le souvenir de
toutes les souffrances de la guerre
actuelle, lit-on dans les annonces.
On érigera d’abord la croix de bois.
Monsieur Gaston Bouchat de Marloie
a donné pour les deux calvaires deux
chênes de 7 m de hauteur et un
autre de 6 m. Les deux premiers
serviront à confectionner les
montants de la croix, le troisième,
coupé en deux, fera les bras de la
croix. Un trou de 1,20m remploi de
béton sera nécessaire pour fixer
solidement la croix. La bénédiction
aura lieu le 12 juillet 1942. En voici
le programme : salut avec prières
pour les morts et prisonniers de la
guerre, cortège au chant du Vexilla
Regis, sermon par Monsieur le curé
de Chéoux, cantique par la chorale
des jeunes filles, bénédiction de la
croix, discours par Monsieur
Raymond Antoine, mon papa,
instituteur de Gênes et combattant
de 1940, appel des morts et des
prisonniers, sonnerie de clairon,
lecture par Maria Collin et Germaine
Hollange de deux poésies écrites par
Léon Antoine de Halleux pendant sa
captivité. La cérémonie se termine
par l’offrande de fleurs par les
enfants et un cantique.
Voici
quelques extraits de ce discours.
« Cette croix, symbole du sacrifice,
redira sans cesse aux passants, que
des jeunes gens de chez nous sont
séparés de leurs foyers et de leurs
affections »
« Que bien souvent vous ayez pour
eux une pensée pieuse et que les
anges emportent par-delà la frontière
le fruit de vos prières afin qu’un peu
de courage et de réconfort
adoucissent le sort de nos pauvres
exilés ».
« Il est important que nous nous
montrions dignes d’eux pour qu’à
leur retour, nous puissions tous les
regarder en face, la tête haute ».
« Que cette croix soit aussi pour
nous un sujet d’espérance. Croyons
fermement qu’après les heures de
souffrances et de deuil, le Ciel nous
rendra une Patrie purifiée où les
absents auront retrouvé leur place et
où il fera bon de vivre. Le jour de
Pâques n’est pas bien éloigné du
vendredi saint ».
Après la croix, il faut acquérir un
christ, ce sera un christ en fonte de
fer, de ton bronze vert de 1,75m dont
coût 3.200 F, délai de livraison 6
mois. Ce qui laisse un certain temps
pour récolter l’argent par des
collectes à l’église, à Saint-Thibaut
même 270 F, par la vente de roses,
par un tournoi de foot les 14 et 15
août, la kermesse de septembre
rapportera 1900 . Chaque dimanche,
l’abbé Preud’homme totalise les
sommes reçues et motive ses brebis.
Avec le temps, les donateurs
s’essoufflent mais la somme fatidique
sera atteinte et le 18 août 1943 un
christ grandeur nature rejoindra la
croix. Une seconde cérémonie sous
l’œil des Allemands du camp restés à
distance. (Vous trouverez les
discours et des photos dans le livre
« Un autre regard sur … les croix
de nos chemins »)
Depuis lors, la croix des prisonniers
devenue le calvaire trône à l’entrée
du village. Elle servira de reposoir
lors des processions.
Le temps a usé deux croix,
l’originale de Monsieur Bouchat et
la suivante offerte par Emile
Mostenne, le menuisiers du village
et assemblée à la forge par Emile
et Théophile Henin. La croix actuelle
est l’œuvre de Guy Legrand (vers
1988-1989). A cette occasion, le
christ a subi un premier lifting grâce à
Aline Poncin et Léa Houard.
Soucieuse de son patrimoine,
l’administration communale a offert à
notre calvaire un deuxième lifting et
un nouvel environnement. Qu’elle en
soit remerciée.
Gênes, le 28-06-2009