Message 58– écrit en mars 2007 Nombres de

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Message 58– écrit en mars 2007 Nombres de
Message 58– écrit en mars 2007
Nombres de milles parcourus : 8780 milles
Zone de navigation : BVI (British Virgin Islands)
Le Feuilleton des Vierges
Episode n°2
Pendant que ce pauvre lion dort, le Cap est comme un poisson dans l'eau !
"Certains souvenirs sont comme des amis communs, ils savent faire des réconciliations"
Marcel Proust : A la recherche du temps perdu
Résumé:
Dans ce mail, nous évoquons pour vous, les plus beaux sites de l'archipel des îles Vierges britanniques. Nous vous convertirons
au style en vigueur, c'est-à-dire, "le Pusser's look". Nous vous emmenons sur les plus vastes lagons que protègent jalousement
les barrières de corail virginales. Vous découvrirez un paysage particulier comme les Baths. Nous vous présenterons une faune
aquatique aux moeurs plutôt familières. Nous vous embarquons dans une chasse au trésor au lieu-dit "les caves " de Norman
Island... Le portrait serait incomplet si nous oubliions Soper's Hole et ces petites maisons colorées.
En fin de mail vous trouverez :
La photo du mois : Rencontre inoubliable!
L'astuce du mois : Ce mois-ci un de nos amis navigateurs prend la parole dans cette rubrique.
Dans la presse : La revue "Bateaux" du mois d'avril donne de nos nouvelles.
Bonjour à tous,
Dépassé le temps où nous nous lamentions de voir les Vierges tant fréquentées ! Nous
nous mêlons au flot des vacanciers et ne boudons pas notre plaisir de découvrir cette
poignée d'îles. Notre seconde escale aux Vierges est Marina Cay. Sur la route entre
Jost Van Dyck et Marina Cay, nous croisons une armada de voiliers en bois. Ils se
rendent à Great Harbour, où Foxy organise son annuelle Foxy's Wooden Boat Regatta.
Pendant plusieurs jours, les coques en bois supplantent les coques en plastique. Les
vieux gréements mais aussi les "neufs qui font vieux " prennent possession de la baie.
Les équipages se lancent des défis sur l'eau. Ils jaugent la forme de leur monture et sa
capacité à remonter au vent... Le soir, ils débattent des résultats devant une bière ou un
pain killer au Foxy. Une semaine de festivités pour sortir Jost Van Dyck de sa torpeur
habituelle.
Nous parvenons à Marina Cay à l'heure où tous ceux qui sont arrivés la veille s'en
vont. Une cinquantaine de bateaux larguent les amarres en moins d'une heure,
laissant place nette pour les nouveaux arrivants. Entre 11 heures et 13 heures, nous
avons le champ libre. C'est très pratique finalement cette discipline ambiante ! A
l'abri de l'île une cinquantaine de bouées attendent la prochaine fournée. Il est
néanmoins possible de jeter l'ancre en dehors de ce parc à bateaux organisé.
Cependant l'arrière du mouillage se révèle rouleur. Nous hésitons un moment. Il y
aurait une troisième possibilité, là, à l'avant de l'alignement des bouées. Mais, nous
avons des scrupules. Nous ne voulons pas déranger les hôtes de l'île. En effet, cette aire
de mouillage là se situe dans un tout petit lagon. Il est fait comme une vaste baignoire
naturelle limitée par le récif et la plage de l'îlot. J'imagine déjà l'expression "so
shoking " de l'hôtesse de qualité en bibi "so british" qui découvrirait dans sa piscine
une chose incongrue qui arbore fièrement un drapeau tricolore ! Il y aurait de quoi
réveiller de vieilles animosités... Nous décidons donc de nous soumettre aux moeurs
locales et de prendre une bouée. Vingt-cinq dollars, on ne fera pas ça tous les jours...
Marina Cay est organisé comme un petit monde en marge de Tortola. Tout est
soigné et coquet. Même le ponton de fuel et de ravitaillement en eau arbore des
couleurs éclatantes qui semblent fraîchement repeintes. Au ponton des annexes, des
pélicans placides pêchent sans même nous
décocher un regard. Il est vrai qu'ils
barbotent au pays du poisson protégé... Audelà du ponton, dans l'ombre d'un jardin
soigné des petits sentiers se faufilent entre la
boutique du Pusser's landing store, du Pusser's restaurant and bar et du Pusser's hotel. Le
Pusser's est une chaîne de magasins et de restaurants qui est implantée sur toutes les îles des
Vierges. Tous les bâtiments arborent le même style architectural qui mélange sans complexe
une ossature créole aux couleurs voyantes d'une maison de Barbie. S'il vous manque quoi que
ce soit, les Pussers's sont là pour vous faire sortir votre porte-monnaie de la poche et pourvoir à
tous vos manques : Fuel, eau, glace, matériel de plongée, alcool, vêtements, chapeaux, cartes
postales, cadeaux, souvenirs... Et pour se rassasier, dans la partie restaurant, ils organisent des
"shrimp party " c'est-à-dire des soirées où l'on peut s'empiffrer à volonté de gambas de la taille
de crevettes noyées dans une sauce sucrée. Si vous n'aimez pas ça, le lendemain vous
découvrirez leurs fameux travers de porc au barbecue avec de la sauce sucrée... Sucrée? Oui,
sucrée! Tout est sucré d'ailleurs ! De l'entrée au dessert, tous les plats servis où que ce soit sur le territoire des Vierges sont sucrés !
Mais nous ne faisons pas un voyage gastronomique ! Revenons au décor.
Le tour de l'île est vite fait. Quelques chambres occupent un espace à l'écart. Sur le sommet de
l'unique butte de l'île, un bar et un espace lecture donnent sur une terrasse qui croule littéralement
sous les fleurs. Vue imprenable sur le lagon et sur la barrière de corail où la houle se casse le nez et
saigne d'une grosse écume blanche.
Le lendemain nous lâchons la bouée pour nous diriger dans le Gorda Sound de Virgin Gorda.
Aucune difficulté particulière pour cette navigation. Cependant l'arrivée dans le Nord de l'île
demande de rester vigilants. Les courants sont défavorables à l'entrée de la passe entre le rocher
moustique et la pointe cactus. Deux récifs ne demandent qu'à cueillir les imprudents. Il est très bien
balisé et pourtant, un voilier couché sur le flanc s'est laissé prendre ! Gorda Sound est une baie
immense qui offre une dizaine de possibilités de mouillages. Au Sud, les mornes dévalent vers le
plan d'eau. Les fonds plongent rapidement. Les montagnes verdoyantes se reflètent sur une eau d'un
bleu profond, presque noir. A l'opposé, le récif de
mosquito et la petite île de Prickly Pear sont
vaguement échancrés. L'eau y est émeraude et
cristalline. Les mouillages à peine protégés du récif peuvent y être rouleurs. Dans la
partie Est de Gorda Sound, un minuscule rocher du nom de Saba Rock sépare
Prickly Pear de Virgin Gorda. Nous jetons notre dévolu sur cette partie de la baie.
Derrière nous la montagne arborée n'a pas laissé la main de l'homme la bétonner.
Sur bâbord, Prickly Pear, île rase à la végétation sèche. A tribord la pointe de Bitter
End et un hôtel de luxe lové sous une cocoteraie généreuse. Devant nous LE lagon!
Deux barrières de corail nous séparent de la houle du large. Les alizés ventilent le bateau. C'est magnifique ! Le lagon abrite encore
une autre île : Eustatia Island. Deux maisons y sont construites sous les cocoteraies,
évidemment ! Plus loin Necker Island. Il paraît qu'elle abrite la maison du patron de
Virgin Mega Store... Tiens, tiens!!! Sur Prickly nous nous baladons, tels des
Robinson. En fait, les équipages des bateaux de location ne prennent pas le temps
de se promener. Ils changent de mouillage matin, midi et soir. La plupart d'entre
eux ne sont là que pour quelques jours. Ainsi, il reste beaucoup d'espaces où l'on a
de réelles impressions de solitude. Imaginez-vous ! Une plage, longue de deux
kilomètres au moins, au bord d'un lagon de plus de deux kilomètres carrés. Des
couleurs étincelantes, l'eau translucide, un ventilateur en forme et le soleil. Que
demander de plus ?
De Gorda Sound à l'extrémité sud de Virgin Gorda il n'y a pas plus de 10 milles. Nous faisons pourtant une halte à mi-chemin, à
Spanish Town. Le mot town signifie ville. Je ne peux penser à cet endroit sans me remémorer la surprise d'une amie qui passait par là.
Cherchant au coeur des Vierges un brin de civilisation urbanisée, elle se rendit
pleine d'entrain à Spanish Town. Elle découvrit une petite marina sympathique dont
l'unique prétention réside dans la beauté outrageuse de ses fleurs de bougainvillée.
Plus loin, quelques échoppes et restaurants montrent un je-m'en-foutisme
commercial exacerbé par une ambiance où les alizés refusent obstinément de se
rendre. Au-delà de la marina quelques rues rassemblent à peine quelques maisons.
Ma copine, pensant qu'elle s'était trompée de chemin rassembla son courage et les
restes de quelque anglais obstiné pour s'adresser à une passante :
"Please, where is the Town?" (S'il vous plaît, où est la ville)
"Which Town?"(Quelle ville?)
"Spanish Town"
"But here!" (Ici), répondit l'autochtone dont l'expression dénotait l'incrédulité.
Celle de mon amie aussi. Revenue des Vierges elle s'étonnait encore que l'on puisse nommer "ville" un assemblage sommaire de
maisonnettes.
Le lendemain matin à 5H30, le capitaine sonne le clairon sur le pont. Il faut bien ça
pour réveiller son équipière avant les aurores ! Nous partons pour une longue
navigation de ... 2 milles! C'est bien la peine de me réveiller! En fait, le seul moyen
de visiter les Baths dans de bonnes conditions c'est d'y arriver avant le rush des
estivants! Dès neuf heures du matin, l'espace est envahi de touristes, impossible de
prendre la moindre photo sans avoir en prime un nombre de têtes équivalent à un
car entier! Nous amarrons le bateau à une bouée. Là c'est obligatoire et gratuit ! Les
fonds sont si profonds qu'il est impossible de mouiller à l'ancre. On ne peut y rester
de nuit tant le mouillage est rouleur.
Raison pour laquelle en arrivant aux
aurores, nous sommes seuls. Nous découvrons qu'il est obligatoire de mouiller le dinghy
aux bouées. Interdit de le remonter sur la plage. Il faut donc que l'un d'entre nous se
sacrifie... L'appareil photo et la caméra ne supporteraient pas la baignade ! Devinez qui s'y
colle... Après tout... c'est bien le travail du capitaine ?!?
Aux aurores on peut à loisir se balader au sein d'un amas de blocs énormes de granit.
L'érosion les a façonnés ronds, dodus, tendres, doux au toucher... Sensuels ! Au gré de leur
positionnement, ils forment des piscines. Il faut se faufiler entre les rochers. Un chemin est
aménagé. Lorsque le sol est trop glissant, des cordages rivés dans la roche permettent de
s'agripper. On monte, on descend, on se trempe les pieds dans les piscines. Ca fait penser aux parcours de scouts. On y joue comme
des gosses. Il paraît qu'il existe deux autres endroits de ce type. L'un en Bretagne,
l'autre aux Seychelles. Mazette! Aux deux extrémités de ce parcours ludique, des
plages plus belles les unes que les autres. Il y a aussi un chemin de randonnée qui
se faufile sur la colline derrière l'amas de granit. Le sommet dégage un panorama
sur Jérusalem. C'est le nom de l'île voisine. Ce nom est sensé évoquer la ville après
des échanges de tirs nourris. Bref, c'est un amas de pierres qui figure, aux esprits
imaginatifs, des ruines.
Après notre balade au pays des
cailloux ronds, nous levons l'ancre
pour Cooper Island. Lorsque nous arrivons, le mouillage est quasiment désert. Par
contre, à la tombée de la nuit, nous assistons à un spectacle bien étrange. Tels des
automobilistes qui briguent la même place de parking à l'ombre au bord de la plage un
14 juillet, plusieurs équipages se grillent la politesse. Le nombre de bouées disponibles
devant la jolie petite plage qui abrite un hôtel paisible n'est pas suffisant pour la
fréquentation de ce soir. Une vraie foire d’empoigne !
Le lendemain, le capitaine me réveille aux aurores. C'est une manie ! Il a repéré un rocher au fond du mouillage. Il pressent qu'il y aura
là de belles rencontres ! Il a déjà mis les masques, les palmes et tubas dans l'annexe. Nous voici au lieu dit. Nous nous mettons à l'eau.
Et là, quelle surprise ! Nous sentons des chatouilles aux jambes. Dom me regarde, pensant qu'il est le jouet d'une de mes facéties.
Mais, je n'ai rien fait! Regardant sous l'eau et derrière nous, nous voyons une bande
de petits poissons. Ils ne sont absolument pas effarouchés. Je dirais presque qu'ils
paraissent demandeurs. Dom comprend. Nous retournons au bateau. Il s'empare de
l'horrible pain chewing-gum que nous avons acheté dans l'une des supérettes de
Tortola. Au retour au rocher, la bande de poissons est toujours là. Dom se met à
l'eau... Moi, je ne préfère pas me mettre au milieu de cette bande d'affamés. Je les
trouve un peu trop familiers ! La réaction des nouveaux copains de Dom ne se fait
pas attendre. Je le vois littéralement envahi de petits ogres qui dans un tourbillon
d'écume virevoltent autour de lui. Ils sont insatiables et mangent dans la main de
mon capitaine ! Des poissons tropicaux apprivoisés, ça ne vous étonne pas, vous ?
Mon capitaine ayant fini de barboter avec ses nouveaux amis, nous pouvons lever
l'ancre, vers l'île au Trésor. Sur la route, Dom et moi, nous rêvons. Nous venons de
lire dans le guide nautique qu'en 1750 le trésor de la "Nuestra Senora" qui avait
coulé au large de Norman avait été retrouvé. Ce trésor a été évalué à 450 000
dollars. Et si il restait un coffre caché quelque part ? En pénétrant dans la vaste baie
de Bight, toutes nos folles idées de richesse s'envolent. Il y a là plus de 100
bateaux. Le secret le mieux gardé ne peut résister à une telle fréquentation ! Ici,
nous retombons au pays de l'orgie récréative. Deux bars entretiennent à longueur de
nuit une débauche de décibels. L'un d'eux rassemble les candidats au pain killer sur
une copie de bateau ancien. Qui doit susciter des idées de piraterie et d'aventure
dans l'esprit des visiteurs. Du moins je suppose. L'autre a pris possession de la seule
plage de la baie et se nomme qui l'eut cru (?) "Billy Bones". La concurrence musicale est rude ! Nous avons le choix entre "The lion
sleeps tonight" et un genre de salsa américanisée... Va pour le lion... Tant qu'à faire
s'il dort, nous trouverons peut-être le sommeil, nous aussi. La nuit tombée et bien
avancée. : "le lion dort toujours"! Sachant que la traduction de la chanson est "le
lion meurt ce soir ", j'en suis à me demander à trois heures du matin, tandis que
mon capitaine l'accompagne dans les bras de Morphée, combien de vies a ce pauvre
lion, qu'on tue toutes les demi-heures !
Le lendemain, je me réveille
d'humeur aléatoire. Le Cap, quant à
lui, frais et dispo, entraîne son petit
monde vers Soper's Hole, dernière
étape des BVI. Au fond d'une gorge qui se faufile entre des mornes et des îlots, une
marina arbore les couleurs criardes du Pusser's le plus à l'ouest des BVI. En face du
mouillage: Saint John la première des vierges américaines, nous tend les bras.
Amitiés marines
Nat et Dom de "L'Etoile de Lune
La photo du mois
Rencontre inoubliable!
L'astuce du mois
A la suite du mail 57, un de nos lecteurs et amis nous a envoyé quelques petites recommandations concernant les BVI. Pour les futurs
usagers des bouées du parc des BVI voici ce qu'il nous dit :
"Pour les bouées sachez que seules les blanches sont payantes les rouges sont gratuites.
Mais, il ne faut pas y rester trop longtemps pour laisser la place aux autres, de toute
façon les endroits où elles se trouvent sont souvent rouleur. En revanche les blanches
on peut les utiliser de jour personne ne vous demandera rien. Il n' y a que le soir à la
tombée de la nuit qu'une petite embarcation vient vous réclamer 25$ en espèces donc si
vous arrivez après ...
Les rouges sont souvent synonymes de visites soit aquatique soit terrestre. Exemple à
ne pas manquer ( îles Pélican avec ces têtes d' Indiens , la plongée y est fantastique)
D'ailleurs munissez vous avant de plonger de nourriture style riz et lâcher la très
doucement et là c'est vraiment le top du top!
Ne manquez pas "the Baths" au sud de Virgina Gorda c'est un des endroits le plus
beaux de toutes les BVI! Malheureusement, tout le monde le sait. Mais, tous les
loueurs repartent très tôt. Ils se mettent soit au port soit aux mouillages tapissés de bouées. Ce qui fait que soit tôt le matin soit en fin
d'après-midi on est tranquille. Il est tout aussi surprenant de voir qu'il n' y a personne sur les plages qui ne sont qu'à 550 m des bouées!
En revanche a Virgin gorda Sound le m² est cher!!! "
Jean-Pierre de Trinidad
Texte écrit par Nathalie Cathala et mis en page par Dominique Cathala en Avril 2007 - Tous droits réservés
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