Route de la Soie

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Route de la Soie
EXPOSITION PRÉSENTÉE
Du 29 avril au 17 mai 2009
Au Château de la Fresnaye
COMBS-LA-VILLE
par la S.H.A.G.E.
Société d’Histoire, Art, Généalogie et d’Échange
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QUELQUES REPÈRES DANS LE TEMPS
Confucius
Bouddha
6ème siècle avant Jésus Christ
Babylone, civilisation grecque
Alexandre le Grand -336/-323
1er tracé de routes
Empire perse
Tribus gauloises
Début de la route -100
-60 conquête de la Gaule par les romains
Mahomet début 7ème
Dagobert 629/639
Croisades 1096/1291
Philippe Auguste 1180/1223
Gengis Khan 1155/1227
Saint Louis 1226/1270
Marco Polo 1254/1324
Saint Louis envoie des ambassadeurs en Orient
Ambassades de l’Orient vers l’Occident
Philippe le Bel 1285/1314
Tamerlan 1337/1405
Charles VI le fol 1380/1422
Ulug Beg 1409/1449
Jeanne d’Arc 1412/1431
Henri le navigateur 1394/1460
Charles VI, Charles VII 1422/1461
1ère manufacture à Tours
Louis XI 1461/1483
Christophe Colomb 1451/1506
Louis XII 1498/1515
Vasco de Gama 1469/1524
Magellan 1480/1521
Jacques Cartier 1491/1557
François Ier 1515/1547
Olivier de Serres 1539/1619
Henri IV 1589-1594/1610
Colbert 1619/1683
Grande Fabrique Lyonnaise
Louis XIV 1643/1715
NB : date de règne des rois
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LA ROUTE DE LA SOIE
Depuis plus de deux mille ans, des routes terrestres et maritimes relient l’Occident
et l’Orient.
Ces voies de communication sont connues depuis le XIXème siècle sous le nom
global de « Route de la Soie » Die serdenstrasse, nom qui leur fut donné en 1877 par le
géographe Ferdinand Von Richtofen, appellation peu reprise par ses contemporains.
Au début du XXème siècle, des archéologues français, allemands, suédois
renouvellent les connaissances sur l’Asie Centrale et la Chine après les très importantes
découvertes faites à DUNHUANG au Turkestan chinois.
Au début des années 1990, le projet interculturel de l’UNESCO exalte ces « routes
de dialogue » entre civilisations et met en valeur le terme « Route de la Soie » dont l’usage
médiatique se banalise.
La Route de la Soie est la plus longue route commerciale terrestre de l’Antiquité :
elle partait de Chan ‘An (actuelle Xi’An) pour arriver finalement à Antioche (Turquie). Il
n’y avait pas une seule route mais un réseau commercial aux tracés variables au gré des
conflits existants. Parmi toutes les marchandises échangées, la soie de Chine était la plus
précieuse et la plus convoitée.
Parallèlement, la notion « route de la soie » s’étend à tous les pays baignés par la
mer de Chine, l’Océan Indien, l’Atlantique et la Méditerranée, car il existe les routes
maritimes de la soie.
Aucune des deux civilisations, l’occidentale comme l’orientale,
exactement ce qu’il y avait à l’autre bout de la route.
ne savait
Les caravaniers qui transportaient les ballots d’une étape à l’autre à travers l’Asie et
l’Europe n’avaient qu’une notion vague de l’origine ou de la destination de ces
marchandises.
En même temps ils véhiculaient, sans en avoir trop conscience, des connaissances,
des idées, des rumeurs fausses, des informations vraies. Ils communiquaient mais ils ne le
savaient pas.
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DU VER A SOIE AU FIL DE SOIE
Le ver à soie
C’est la chenille d’un papillon asiatique : le Bombyx Mori.
L’élevage (ou éducation) de cet animal domestique (il ne peut pas vivre sans l’homme) est pratiqué
dans des magnaneries (du nom provençal du ver : le magnan, ainsi appelé en raison de son grand
appétit.
Le papillon : Bombyx Mori
Papillon de nuit dont la vie est très éphémère
(environ 8 jours). Il donne naissance au ver à soie, le
meilleur producteur du précieux fil.
La ponte
Après l’accouplement, au début de l’été, la femelle
du bombyx mori pond 500 œufs minuscules (1mm)
de couleur jaune pâle, appelés graines.
Ceux qui sont fécondés deviennent gris au bout de
quelques jours et ils contiennent un embryon.
La diapause
Après 4 jours, arrêt du développement de l’embryon : la graine vit au ralenti pendant 5 à 6 mois à
une température de 22° : c’est l’estivation.
Pour faire repartir le développement de l’embryon, il faut mettre les graines en hivernation, à une
température de 5-6° pendant 4 à 5 mois, puis les réchauffer jusqu’à une température de 24° par le
procédé de l’incubation.
L’incubation et l’éclosion
Elle est provoquée artificiellement quand poussent les premières
feuilles de « l’Arbre d’or » (le murier), au printemps : pendant une
douzaine de jours, on réchauffe progressivement les œufs jusqu’à 24°c.
Longtemps on a utilisé la chaleur du corps humain pour cette
incubation : les femmes portaient des petits sacs de graines sur leur
poitrine ou leur ventre.
L’incubateur: une double paroi est remplie d’eau. L’appareil était
chauffé au pétrole, actuellement, il est alimenté électriquement.
En Touraine : on utilisait la cheminée équipée de petits tiroirs
contenant les œufs.
12 à 14 jours plus tard, les premiers vers sortent. La chenille noire,
couverte de poils, mesure 3mm. L’éclosion dure un quart d’heure et
aussitôt, elle part à la recherche de nourriture.
La croissance
En l’espace de 30 jours, le ver multiplie par 10.000 son
poids initial et par 30 sa taille à la naissance.
Il change 4 fois de peau: c’est la mue :
1ère : au 4ème jour
2ème : au 11ème jour
3ème : au 17ème jour
4ème : au 25ème jour
La période entre deux mues est appelée âge
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La nourriture
L’Arbre d’or
le Morus Alba ou mûrier blanc, originaire de
Chine, importé au XVè siècle est le plus
apprécié des vers à soie.
Le Morus Nigra ou mûrier noir, viendrait de
Perse et d’Arménie, répandu par les Romains
dans le bassin méditerranéen, plus résistant
aux gels.
Les magnaneries sont de grands bâtiments
dans les Cévennes ou le Vivarais. En Anjou, on
les appelle des verreries. Les pièces sont vastes
et très bien ventilées.
Le ver à soie se nourrit exclusivement de feuilles de mûrier : seule nourriture qui donne un fil
solide, fin, élastique. Les feuilles sont disposées sur des claies : ces litières sont nettoyées
régulièrement et changées après chaque mue.
Le ver mange 3 à 5 fois par jour des feuilles fraîches, sèches. Au premier et deuxième âge, les
feuilles doivent être hachées.
Pendant la dernière semaine, le ver consomme plus que pendant les 4 âges réunis : c’est le temps
de la grande frèze : le ver ne fait plus que manger.
La production du fil de soie
Le fil est produit par deux glandes séricigènes qui se réunissent pour aboutir à la filière: le fil est
appelé bave et il est constitué de deux brins de chaque glande, il est composé de:
- fibroïne, principal constituant de la soie (75%)
- de grès qui enrobe la fibroïne et forme une glue qui colle les deux brins ensemble et colle
les fils entre eux pour former le cocon (25%)
La fabrication du cocon
Vers le 30ème jour, le ver arrête de manger et commence la
fabrication de son cocon qui dure 3 jours; il monte dans des
rameaux de bruyère, s’y arrime avec le fil qu’il commence à
sécréter puis, en tournant sur lui-même, la tête décrivant une
forme de huit, il va s’entourer d’une trentaine de couches de fil
continu d’une épaisseur de 20 microns (50 fils pour faire un fil de
1mm) et mesurant de 700m à 1km600.
Le cocon, jaune pâle ou blanc, mesure 3 à 4 cm, pèse 2 à 3 gr.
Après 2 ou 3 jours, le ver s’engourdit et se métamorphose en
chrysalide.
Les maladies
Si l’on respecte toutes les conditions d’hygiène, d’espace, de température, d’aération, de
nourriture saine, il ne devrait pas y avoir de maladies.
Toutefois les maladies les plus courantes sont:
- la pébrine identifiée par Pasteur a été éliminée dès lors qu’on a utilisé des graines vérifiées
comme saines.
- la grasserie due en général à un excès de chaleur
- la flacherie qui se traduit par la diarrhée des vers
- la muscardine, due à un champignon, assez rare
Le seul traitement approprié est de supprimer les vers malades et de nettoyer soigneusement les
claies.
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TECHNIQUES TRADITIONNELLES ET
USAGE DE LA SOIE EN CHINE
La langue chinoise reflète l’importance de la soie.230 caractères sur les 5000 caractères les plus
couramment utilisés ont pour « clé » la soie comme celui qui signifie papier
Papier = Zhi = soie =
LA SERICICULTURE — art d’élever les vers à soie et de traiter le fil de soie— a existé quand on a
songé à :
- tuer la chrysalide dans le cocon car, pour sortir, elle casse le fil
- gérer parfaitement nourriture et hygiène
Hier comme aujourd’hui, c’est le travail des femmes à l’image de la première impératrice. Les
hommes s’occupent de la culture des mûriers, comme le premier empereur.
LA FILATURE
1 - Le tri des cocons
8 à 10 jours après l’achèvement des cocons, on les retire et on
les trie:
- les mauvais sont éliminés
- d’autres sont gardés pour la reproduction
- ceux destinés à la production sont étouffés ou
ébouillantés
- les cocons doubles sont conservés
2 - l’étouffage de la chrysalide
Les cocons sont placés dans une étuve chauffée à 70° pendant
8 heures : la chrysalide meurt.
Dans la Chine ancienne, on allumait le feu sous les claies où
étaient logés les cocons
3 - le dévidage du cocon
Les cocons sont mis dans l’eau chaude à 80-90° pendant 4 à 5 minutes pour ramollir le grès. Ils
sont battus dans cette eau avec des petits balais de paille de riz ou de bruyère auxquels
s’accrochent les « maitres-brins » (le bout du fil du cocon).
Quand le grès refroidit, la fileuse réunit plusieurs baves qui se soudent ensemble : 4 à 12 suivant la
grosseur du fil à réaliser : c’est le titre.
4 - le moulinage
Le fil subit ensuite une torsion plus ou moins forte pour augmenter la résistance. On obtient un
écheveau de soie grège appelé flotte.
Il faut 10 à 12 kg de cocons pour donner un kg de soie grège.
5 - le décreusage
La flotte est plongée dans l’eau bouillante mélangée à du savon de Marseille afin de dissoudre le
grès, la soie devient souple et brillante. Elle est imprégnée d’alun pour pouvoir recevoir la teinture.
LE TISSAGE
Le principe consiste à entrecroiser sur un cadre une rangée de fils de chaine dans la longueur et de
fils de trame dans la largeur, à l’aide d’une navette.
Les premiers métiers chinois sont attestés dès 1600 av. JC par l’empreinte d’un tissu façonné sur
un bronze qu’il enveloppait daté de la dynastie Yin vers –1600. La première représentation date
des Han (-206; +220).
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Les premiers métiers sont à tendeurs puis à pédales,
à baguettes et, pour façonner de grands
dessins,
les Chinois inventent le métier à la tire qui est
l’ancêtre de la mécanique Jacquard. Le « tireur de
lacs » généralement un enfant, est au-dessus du
métier.
Les tisserands de soie chinois inventèrent
pratiquement toutes les techniques de tissage
réalisant des tissus somptueux destinés à réaliser les
vêtements d’apparat des empereurs Ming.
En tissant la soie d’une certaine manière et en la
doublant, on arrive à produire une toile
imperméable qui sert à transporter des liquides ou, après l’avoir laquée, à confectionner des tasses
à thé.
Dans la tombe de la marquise de Daï décédée en 194 av. JC, on a trouvé plus de 3000 objets
témoignant de la vie quotidienne en Chine il y a 2200 ans: une bannière funéraire qui
recouvrait le cercueil, des traités de médecine, d’astrologie et météorologie écrits sur soie, 1600
tissus dont 46 rouleaux de tissus multicolores, robes, chaussures en taffetas ou brocart velouté,
satin, gaze avec broderies en relief.
LA TEINTURE
La couleur des vêtements permettait d’identifier le rang social: la soie jaune fut longtemps
réservée à l’empereur à l’extérieur du palais, de même qu’à la
première épouse.
Les empereurs Tang imposent aux mandarins la couleur de leurs
vêtements de fonction: violet, rouge ou vert suivant leur échelon.
La teinture se faisait en pièces pour les soies monochromes ou en
fils pour les tissus polychromes, toujours à base de pigments
naturels: jaune: gaude, ocre ou orpiment
noir: charbon de bois
blanc: céruse
vert: malachite
bleu: azurite ou indigo
rouge: cinabre ou « sang de singe gibbon singsing » ou pourpre de murex acheminé
depuis le Moyen-Orient par la Route de la Soie.
Au XIXe s. les colorants de synthèse remplacent les pigments naturels.
LA SOIE ET LE BOUDDHISME
Nombre de panneaux peints en soie représentant le bodhisattva ont été trouvés dans les grottes de
Dunhuang ainsi que cette bannière en gaze transparente peinte.
Les sûtra, textes religieux, étaient conservés dans des boites doublées de soie, glissées dans un étui
portant les symboles du bouddhisme: le dais, les poissons, l’aiguière, le lotus, la conque, le nœud
sans fin, le parasol, la roue de la loi.
Pendant plus de 1000 ans, la soie sera par excellence le cadeau diplomatique : en l’an I la Chine
envoie à ses voisins, les Xiongnu, en échange de la paix, 370 vêtements de soie, 30 000 rouleaux de
soie, 30 000 jin de bourre de soie (75 quintaux).
La soie est la monnaie en usage sur la Route de la Soie : les soieries s’échangent contre l’or, l’ivoire,
les pierres précieuses, les chevaux et font apparaître un étalon-soie jusqu’à Palmyre et aux
frontières de l’Empire romain.
Dans les années 1990, la production de soie tissée en Chine dépasse 2 milliards de mètres soit 60%
de la production mondiale.
En 2000, la sériciculture occupe 20 millions de familles rurales chinoises et 670 000 ouvriers.
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LA SOIE SORT DE CHINE
En Chine, depuis plus de 5000 ans, on utilise le fil du ver à soie pour fabriquer des tissus et, depuis
plus de 3000 ans, on élève le ver dans les maisons.
L’usage de la soie est réservé à l’empereur et, très vite, la soie s’emploie comme valeur
monétaire.
LA DYNASTIE DES QIN : LA GRANDE MURAILLE
Au nord du territoire chinois, vivaient les Xiongnu (ancêtres possibles
des Huns) qui menaient d’incessantes incursions et razzias en terre
chinoise.
L’empereur Shi Huangdi (-221/-207) pour se protéger consolida et
étendit les remparts qui couraient d’est en ouest au nord du pays qui
deviendront la Grande Muraille achevée par les Ming entre le XVè et le
XVIIè siècle.
LA DYNASTIE DES HAN ET LES XIONGNU
L’empire des Han (-206/+24) appelé « le Pays des Sères » est connu audelà de ses frontières pour la somptuosité de ses soieries.
La puissance des Xiongnu s’accroît et, les premiers souverains n’ayant pu la contenir
militairement, décident de signer un traité : la Chine « achetait la paix ». Plusieurs fois par an, des
présents étaient offerts aux Xiongnu et atteignaient des dizaines de milliers de pièces de soieries.
Cette paix relative ne dura pas et l’empereur chercha des alliances avec d’autres pays d’Asie
Centrale.
Ces évènements sont à l’origine de l’expansion chinoise vers l’ouest et de l’ouverture des
Routes de la Soie.
LES AVENTURES DE ZHANG QIAN
Première expédition
L’empereur Wudi (-140/-187) envoie en –138 le
général Zhang Qian chercher des alliances à
l’ouest. Cette expédition, qui dura 13 ans, fut un
échec sur le plan
diplomatique mais les
renseignements rapportés seront déterminants
pour l’extension de la Chine en Asie Centrale et les
échanges vers l’Inde et l’Occident.
Il parle des chevaux célestes de la vallée du
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Ferghana qui étaient si rapides qu’ils semblaient voler et permettaient à une armée d’aller plus
vite et plus loin. De nombreuses caravanes emporteront de grandes quantités de soie pour
acheter au roi du Dayuan ces chevaux exceptionnels.
En Chine, Zhang Qian est considéré comme celui qui a ouvert la Route de la Soie.
Deuxième expédition
En –115, Zhang Qian repartit vers l’ouest accompagné d’ambassadeurs avec une caravane
importante et les plus magnifiques tissus de soie. Il fut reçu par le roi des Wusun, envoya les
ambassadeurs dans toutes les directions et ramena avec lui dix envoyés du pays pour leur faire
mesurer la puissance des Han et en informer leur roi au retour.
Il rentra en Chine et mourut sans avoir pu participer à l’ambassade chinoise chez les Parthes en
–105 qui allait permettre l’ouverture officielle de la Route de la Soie.
Le roi des Wusun envoya 1000 chevaux en échange de la princesse Han.
Poème de LIU Xijun, princesse donnée en
mariage au roi des Wusun vers 110-105 av.
J.C
« Ma famille m’a mariée de l’autre côté du ciel,
On m’a envoyée au loin dans un étrange pays,
chez le roi des Wusun,
Une yourte est ma maison, du feutre en forme
les murs,
La viande est ma nourriture, le lait fermenté en
est la sauce,
Je vis en songeant constamment à ma terre
natale, mon cœur est tout meurtri,
Je voudrais être un cygne d’or pour retourner
dans mon pays d’origine. »
Pendant plus de douze siècles, la soie sera par excellence, le cadeau diplomatique chinois, celui
que « le fils du ciel » remet aux grands feudataires en visite et qu’il envoie aux nombreux rois et
princes qui se partageront l’Asie Centrale comme signe de paix.
En retour, les étrangers apportent des cadeaux à la cour de Chang An (Xi’An).
Cette politique coûtait très cher (près du tiers des revenus de l’empire au 1er siècle de notre ère).
Par contre, elle devait stimuler les échanges commerciaux grâce au trafic qui se développera, fondé
en grande partie sur la Route de la Soie.
LA SOIE A ROME
C’est au cours d’une bataille désastreuse contre les
Parthes en –53 à Carrhes (aujourd’hui Harran en
Turquie) que les Romains auraient découvert la
soie légère et translucide. Outre les flèches
meurtrières, les Parthes brandirent des étendards
en soie qui, au soleil, éblouirent les soldats et
firent se cabrer les chevaux romains.
Lorsque la soie apparaît à Rome, on lui donne le
nom de « serica » du pays des Sères, de l’autre
côté de l’Asie Centrale.
La soie est le premier produit d’échange entre
l’Orient et l’Occident dont on peut suivre la trace
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avec certitude. Valeur monétaire sûre, à Rome, elle vaut le prix de l’or.
L’élite romaine s’habille de soie et cherche à commercer directement avec la Chine. Au IIè siècle,
les marchands chinois parviennent jusqu’au Golfe Persique.
Romains et Chinois entrent en contact probablement en 166.
A partir du IVè siècle, l’empire romain d’orient
qui deviendra l’empire byzantin a de grands
besoins en soieries. On tissait des écheveaux de
soie en Syrie mais on ignorait comment était
obtenu ce fil.
En Asie Centrale et en Chine jusqu’au VIIIè
siècle, la soie était partout utilisée comme
monnaie d’échange : légère et coûteuse, elle
représentait un investissement sûr, ne se
dévaluant pas facilement
LA FIN DU MONOPOLE CHINOIS
Pendant des siècles, les Chinois réussissent à préserver le secret de la sériciculture, la
production du fil de soie. Un décret impérial condamnait à mort sous la torture quiconque
trahirait ce secret.
Le célèbre pèlerin bouddhique Xuan Zhang (602-664) rapporte cette légende:
En 480, le roi du Khotan (l’actuel Turkestan chinois) envoie un ambassadeur vers l’empereur de
Chine pour lui demander des graines de mûrier et de ver à soie, celui-ci refusa. Le roi du Khotan
demanda donc la main
d’une princesse chinoise.
La jeune fille disposa dans
le rembourrage de sa
coiffure des graines de
mûrier et de ver à soie au
risque de subir la mort et
arriva au Khotan.
C’est
ainsi
que
la
sériciculture
aurait
commencé au Khotan.
L’évocation
de
cette
légende a été retrouvée
par Aurel Stein sur une fresque d’un tombeau près du Khotan
Procope de Césarée raconte dans sa « Guerre des Goths » qu’au VIè siècle, l’empereur byzantin
Justinien 1er (483-565) veut connaître le secret de fabrication de la soie afin de briser le
monopole chinois. En 552, il envoie dans une contrée nommée Serinda deux moines qui y avaient
vécu et qui savaient comment la soie y était produite.
Les deux moines retournèrent donc à Serinda et rapportèrent à Byzance les œufs de ver à soie
soigneusement cachés dans le creux de leur canne de bambou. Ils réussirent à les faire éclore et les
nourrirent avec des feuilles de mûrier.
C’est le premier exemple d’espionnage industriel.
Le secret de la soie s’échappait de Chine. Il fut un des secrets les mieux gardés de l’humanité.
Entre les premiers élevages dans la Chine des empereurs mythiques du IIIè millénaire avant
J.C. et ceux créés en Occident, il s’écoulera près de 4000 ans.
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CARAVANES ET CARAVANSÉRAILS
Les distances considérables séparant Xi’An - capitale de la Chine ancienne – de la Mer Noire, les
chemins dangereux et les cols escarpés à franchir à travers le Pamir ou les Monts Célestes, les
déserts à traverser, brûlants le jour, gelés la nuits tels le Taklamakan ou le Gobi, ainsi que les
attaques de pillards obligent très vite les voyageurs - ambassadeurs, commerçants ou
religieux - à se regrouper pour effectuer leur périple sur la Route de la Soie. Ainsi se constituent les
premières caravanes organisées. Il fallait environ 8 mois à un an – voire plusieurs années – pour
faire tout ce parcours.
La caravane est dirigée par un maître de
caravane (caravan bachi) qui se charge des
démarches
administratives
et
de
l’organisation générale du groupe. Chaque
caravane comprend entre 100 et 500
personnes, voire un millier pour les plus
grandes : des hommes armés font partie de la
caravane
ainsi
que
des
interprètes
indispensables pour mener à bien les
négociations en terre étrangère. Chaque
caravane comprend divers animaux de bât :
chevaux, mulets, bœufs ou
encore yacks
ou chameaux suivant le type de région à
traverser.
Les Animaux de bât
Le Chameau de Bactriane : le « Vaisseau du Désert » est
indispensable pour traverser les zones désertiques :
- Il peut boire de 120 à 150 litres d’eau en dix minutes, se
satisfait d’épineux et de plantes salées abondantes en Asie
Centrale.
- son organisme est conçu pour éviter la déperdition
d’humidité
et ses bosses constituent des réserves
énergétiques.
- ses longs poils le protègent des températures extrêmes.
- il porte 130 à 150 kilos de marchandises
Avant de traverser les Pamirs, les caravanes échangeaient les chameaux contre des yacks très
adaptés aux hautes régions montagneuses :
- grande endurance, résistance au froid et à l’altitude dues à un cœur et des poumons
surdéveloppés.
- il peut porter 130 kilos sur son bât
- il donne un lait très apprécié
- la bouse de yack séchée est un excellent combustible.
Dromadaires et mules assurent le tronçon occidental. Les chevaux sont sur les routes non
désertiques, à une altitude modérée. La soie étant légère, les chevaux la transportaient
rapidement.
De multiples dangers :
- Les montagnes : les crêtes aigues du Pamir ou des Monts Célestes en Asie Centrale culminent
entre 6.000 et 8.000 m. Les cols permettant de les franchir sont entre 4.500 et 5.500 m. Les sentiers,
étroits et escarpés, sont propices aux chutes mortelles.
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- les déserts :
- le Taklamakan « une fois dedans, jamais
dehors » en ouïgour : on ne peut s’y
aventurer que la nuit en été et le jour en hiver
- le Gobi réputé pour ses vents extrêmement
violents
-le Kyzylkoum
« les sables rouges » en
ouzbek. Lorsque les koumlis, les hommes des
sables le traversent, ils ne quittent pas leur
telpek, haut bonnet de fourrure qui les protège
du vent et du soleil
- les brigands dépouillent les petits groupes de voyageurs.
Pline évoque des régions où l’on trouve des scythes anthropophages, des bêtes sauvages et des
serpents qui pullulent dans les déserts
Les démons égarent les voyageurs dans le désert : les chinois en parlent au VIème s. et plus tard
Marco Polo : « démons qui, lorsque souffle le vent chaud, vous font perdre la tête et vous
entraînent vers la mort. »
Les Caravansérails
Le terme « Caravansérail » est un emprunt du persan karwan-saray
(karwan : caravane et saray : palais, grande maison, cour)
A l’origine, les caravansérails sont des gîtes d’étape dans les steppes d’Anatolie, ils sont distants
de 25 à 30 km, environ une journée de marche. Ils ont une fonction protectrice et n’ouvrent que
par une porte unique et défendue. A l’intérieur, écurie, logements pour les voyageurs ; certains
étaient équipés d’un moulin, d’une boulangerie, d’une salle de prière, d’une maison de thé et d’un
petit commerce
Ces fortins de pierre érigés tout le long des routes de la soie permettaient non seulement aux
voyageurs de se protéger des pillards, de se restaurer, de se reposer et de changer d’animaux de
bât, de guide, voire d’interprètes mais aussi de se repérer dans les solitudes désertiques cars ils
étaient visibles de loin et éclairés la nuit. Leur architecture était adaptée au climat : protégés de
murs très épais dans les régions montagneuses, équipées de tours ajourées pour la ventilation dans
les déserts chauds.
Les plus anciens sont mentionnés par Hérodote de Halicarnasse qui parle de « très beaux
caravansérails » sur la célèbre route
royale que Darius Ier, roi de Perse, fit
construire au Vème s. av J.C. Les vestiges
les plus anciens ne remontent qu’au IXè
s. apr J.C.
Au Nord-Ouest du Taklamakan, sur la
route entre les Monts Célestes et
Samarcande, à la frontière sino-kirghize,
Tash Rabat est un ancien monastère
nestorien du VIIè s. aménagé en
caravansérail pour abriter les caravanes
venant de Chine.
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A partir des Seldjoukides (XIè – XIIè s.), « l’institution caravansérail » prit toute son ampleur et se
répandit d’Est en Ouest à travers l’Iran, l’Irak, le Levant et la Turquie.
Le caravansérail de Dayr-i-Khatun, au Turménistan, aurait été fondé par une princesse
seldjoukide (khatun signifie dame), son décor témoigne d’une construction soignée en briques.
L’iwan introduit par les Abassides (750-1258) est un vaste
porche voûté ouvert sur un côté par un grand arc. L’iwan
combiné avec le plan carré des palais achéménides a
donné le modèle du plan de mosquée dit « iranien » :
quatre iwans disposé en croix et s’ouvrant sur une cour.
Autour de la cour, de belles arcades évoquent une
architecture de cloître.
Celui d’Incussu en Turquie, construit en 1600, abrite
toujours hommes et animaux.
Les châteaux du désert : Qasr al Sharqi
Dans l’enceinte de la propriété, protégée par
un rempart long de 15 km, on trouve les
vestiges d’un bâtiment qui est probablement
un caravansérail : les califes résidant dans ces
propriétés contrôlaient le trafic des grandes
caravanes de Mésopotamie et de Perse vers la
côte syrienne.
Cette somptueuse demeure découverte en Syrie, construite au VIIIè s. par un calife omeyade, était
à l’origine, enfouie au milieu de vergers et de jardins parcourus de canaux d’eau bruissante
amenée par un canal de 30 km depuis la source de El Kown utilisée depuis la préhistoire.
En ville :
A l’époque ottomane, le caravansérail apparaît dans les grandes
villes, il ouvre sur une cour carrée, lieu de commerce et d’échanges,
synonyme de bazar. Les bâtiments s’élèvent sur deux ou trois étages
pour loger les voyageurs. Le foundouk de Fès construit au XVIè s.
récemment restauré en est un superbe exemple.
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LES ROUTES TERRESTRES
Axe commercial, long d’environ 8000 km, entre l’Asie et l’Europe allant de Chang’an
(actuelle Xi’an) en Chine jusqu’à Antioche.
CHINE
GROTTES DE BINGLISI →
Grottes aménagées et décorées de sculptures et de peintures.
Sanctuaire bouddhique actif pendant plus de 1000 ans.
FORTERESSE DE JIAYUGUAN
Avant poste militaire pour protéger les caravanes des razzias
nomades apparentées aux Huns.
Se situe aux portes du Gobi.
XI’AN
Point de départ des caravanes.
Ancien Temple de Confucius devenu musée, il possède de nombreuses
pierres et stèles écrites.
Pagode de l’Oie Sauvage : elle contient des reliques de Bouddha qui sont
visibles tous les 30 ans.
Mausolée de Qin Shihuang, situé à 40 km de Xi’an, site des guerriers et
chevaux en terre cuite.
TURPAN
La vallée est à 150m au-dessous du niveau de la mer.
Région du raisin sec.
Un KAREZ : canal souterrain creusé artificiellement, construit sous la
dynastie Qing (1644/1912).
Les karez sont composés de trois parties: les puits verticaux, les canaux
souterrains et les canaux hors terre.
Séchoir à raisin : sorte de hangar de briques, les côtés sont ajourés pour laisser passer le vent.
GROTTES DE MOGAO
Grottes aux mille Bouddha. La construction débute en 336 et se termine au XIVème siècle.
Elles sont inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco.
GOACHANG
Ville de garnison construite au IIème siècle avant J.C, détruite vers le XIVème siècle.
Lieu de rencontre entre les commerçants et les intermédiaires perses.
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LE DESERT DE GOBI
Principalement situé en Mongolie, c’est un désert continental
balayé par des vents violents, aux hivers glacials et aux étés
caniculaires.
DUANHUANG
La route se sépare en deux pour atteindre Kashgar: par le sud:
désert du Taklamakan, par le nord pour l’éviter.
URUMCHI
En ouïgour : le « beau pâturage »
Regroupement du groupe Chine et du groupe Pamir de la croisière jaune d’André Citroën en
1931.
KUQA
Ville importante sur la route de la soie
Aux environs : la tour d’argile de Kizirgaha.
GROTTES DE BEZEKLIK 
Elles sont couvertes de fresques.
On y trouve une image représentant la princesse chinoise
emportant le secret de la fabrication de la soie.
JIAOHE
Citée abandonnée au XIVème siècle.
KASHI OU KASHGAR
Au pied des Pamir
Lieux de tous les échanges.
Foire aux bestiaux où les caravaniers venaient échanger leurs
yacks ou chevaux pour des chameaux.
La route du nord et du sud s’y rejoignent.
HOTAN OU KHOTAN
Vieille oasis.
Ville du jade blanc.
SHACHE OU YARKAN
Au moyen âge elle devint un comptoir important.
A partir de 1271, Marco Polo ouvrit cette voie jusqu’à Pékin.
LE PAMIR
Plateau élevé d’Asie Centrale situé principalement dans le
Tadjikistan.
Altitude moyenne 4 000m. Région aride peuplée de nomades.
LE TAKLAMAKAN →
« celui qui y entre n’en ressort jamais »
Fait de sable, de plaines argileuses et de cailloutis.
Température variant de –40 à +50°.
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OUZBEKISTAN
KHIVA →
Ancien petit fort et poste commercial sur la route de
la soie.
Minaret Kaltar-Minor : sa construction fut arrêtée à la
mort du gouvernant d’où son nom Kalta = le court.
LES PORTES DE FER DE DERBENT
Se situent sur la route de Samarkand à Balkh
(Afghanistan).
Défilé entre de hautes falaises verticales.
Une puissante muraille artificielle longue de près de 2 km et renforcée par une citadelle barre le
fond de la vallée.
Elles séparaient deux grands empires : au nord la Bactriane, au sud la Sogdiane.
SAMARKAND
A la croisée des chemins de la Route de la Soie, qui vient de Chine et va
vers l’Afghanistan et l’Inde, et l’autre, orientée au sud-ouest vers la Mer
Caspienne.
C’est ainsi que Samarkand fut depuis la Haute Antiquité la Rome de
l’Asie centrale.
BOUKHARA
 Le minaret de Kalon domine la ville. Il a 850 ans et servait de phare
aux caravanes.
Nombreux caravansérails, quatre sont en restauration dont un par des
français.
KIRGHIZISTAN
VALLEE DU FERGHANA
Partagée entre le Kirghizistan et l’Ouzbékistan.
Carrefour commercial, lieu d’échanges entre l’Orient et l’Occident.
Le bazar était réputé dans toute l’Asie Centrale.
Les caravanes s’y formaient et se dirigeaient vers Samarkand.
Origine des chevaux célestes.
OSH
Décor traditionnel des costumes locaux
PAKISTAN
BALTIT
Forteresse construite pour protéger la vallée de l’Hunza
Demeure royale des Mir.
Restaurée par la fondation Agha Khan, elle est ouverte aux
visiteurs depuis 1997.
ISLAMABAD
Site de Taxila : cité de l’antiquité
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LE KARAKORAM ou KARAKORUM
Massif montagneux au nord du Pakistan.
Il abrite le K2 (8611m) et de nombreux glaciers.
Ces eaux contribuent à l’alimentation du fleuve Indus situé au sud
de la région.
La karakorum highway
C’est la plus haute route asphaltée du monde.
Elle relie la Chine et le Pakistan en franchissant des cols jusqu’à
4693m d’altitude.
AFGHANISTAN
BAMYAN
Statues géantes de Bouddha détruites en 2001.
On cherche actuellement un Bouddha couché aux pieds de ces statues.
BALKH
Antique Bactres
Capitale de la Bactriane ancienne, jadis métropole prospère.
INDE
BENARES
Ville sainte sur le Gange.
Temple de la Mère : le Bharat Mata Mandir.
A l’intérieur se trouve une carte en relief de l’Inde taillée dans
le marbre. →
CALCUTTA
La ville n’existe en tant que telle que depuis l’arrivée de la
compagnie britannique des Indes en 1690.
AGRA
Le Taj Mahal : « palais de la couronne »
8ème merveille du monde
C’est un mausolée de marbre blanc. Sa construction débute en 1631, elle a été demandée par
l’empereur moghol Shâh Jahân en mémoire de son épouse, morte en donnant naissance à leur
14ème enfant.
Shâh Jahân est aussi l’instigateur de la construction du Fort Rouge.
AMRITSAR
Ville sainte des Sikhs ou se trouve le Temple d’Or.
Lieu de culte et d’accueil sans distinction d’origine, de religion et
surtout de caste.
NEW DELHI
Le Fort Rouge : forteresse d’architecture moghol en grès rouge
datant du 17ème siècle.
Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.
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IRAN
YAZD
Classée au patrimoine mondial de l’Unesco.
C’était une étape indispensable car réputée pour sa soie et son accueil.
Yazd est la cité des zoroastriens.
Marco Polo s’y arrêta en 1292 et décrivit le culte du feu dans ses récits de voyage.
Ce feu a été maintenu allumé par des prêtres pendant plus de mille cent années.
ISPAHAN
La ville se situe au centre sur les routes commerciales entre la Chine et
l’empire ottoman et entre le golfe persique et la Russie.
TABRIZ
Les marchands européens venaient y acheter des pierres précieuses.
Dans le bazar le plus long du monde la laine et les tapis sont renommés.
BAM
La citadelle remonte à deux mille ans.
Centre commercial important grâce aux caravanes de soie et d’épices.
Détruite en partie en 2003 par un tremblement de terre.
Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco.
SARAKHS
C’était un important relais.
Le caravansérail Rubat Sharaf est l’un des plus vastes d’Iran.
MASCHAD
La seconde plus grande ville de l’Iran.
Tombeau de l’Imam Ali Reza, un des hauts lieux de
pèlerinage.→
IRAK
HAMADAN
Point de passage obligé pour les routes commerciales entre la
Mésopotamie et le reste de l’Iran.
Réputée pour ses luxueux palais.
BAGDAD
Aux environs, le minaret Malwiyah le plus ancien de forme élicoïdale.
TURQUIE
DOGUBAYAZIT
Au pied du mont Ararat, volcan qui domine à 5 137m.
Le palais d’Ishak Pasa est situé sur la route de la soie.
Ce palais construit entre 1685 et 1784 servait de caravansérail.
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IZMIR
Peu de vestiges de l’ancienne SMYRNE.
ISTAMBUL
Ville située sur le détroit du Bosphore.
Caravansérail de la sultane Mère.
LES CAPPADOCES
PERGAME, BERGAMA
Ville fondée par Alexandre le Grand.
Un des hauts lieux de la civilisation hellénique.
Le parchemin à base de cuir y fut créé.
SYRIE
PALMYRE, TADMOR
 Cité des palmiers
Importante cité caravanière au Ier siècle avant J.C.
Au IIIème siècle sous le règne de la reine Zénobie (266/272), la ville contrôle
une partie de l’Asie Mineure, de là Antioche pour le port de la
Méditerranée, ou Constantinople.
ALEP
François 1er y fit construire la première ambassade française.
DAMAS
Ville des mille et une nuits.
Elle a subit l’influence de nombreuses civilisations : assyrienne, perse, grecque, romaine et arabe.
La mosquée aurait été construite sur une ancienne église, elle-même construite sur un ancien
temple romain.
Artisanat réputé : épée en acier damasquiné, brocard tramé d’or : le damas.
JORDANIE
PETRA
Capitale des nabatéens.
Grand carrefour commercial à la croisée des routes de l’encens du Yémen et de
l’Arabie, des épices indiennes et de la soie de Chine.
Chute de Pétra au IIème siècle, Palmyre en Syrie prend sa place.
EGYPTE
ALEXANDRIE
Fondée par Alexandre le Grand en 332 av. J.C.
Les marchandises y sont embarquées pour l’Europe.
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ALEXANDRE LE GRAND
356 - 323 avant J.C.
Pionnier des routes de la Soie
Roi de Macédoine à 20 ans, né à Pella, capitale de la
Macédoine antique, fils de Philippe II et d’Olympia, il
eut comme précepteur Aristote.
Il fut le premier à franchir les limites du monde connu:
renversant l’Empire Achéménide, il poussa vers l’est
jusqu’en Inde.
Après la conquête de l’Orient méditerranéen, (victoires
de Granique en 334 et d’Issos en 333), il fonde
Alexandrie, s’empare des capitales perses, (Gaugamèles
en 331), pousse jusqu’à l’Indus qu’il descend jusqu’à
Pattala.
Malgré de regrettables actes de cruauté, il se montre grand guerrier, grand législateur, grand
politique.
Son armée est composée de soldats, d’ingénieurs chargés de construire des villes, des routes, des
ponts, de géographes pour établir des cartes précises, de naturalistes, d’historiens, d’artistes et de
philosophes.
Il fut un grand constructeur de villes nouvelles, reliées entre elles par des routes.
Il créa :
• Le grand port d’Alexandrie égyptienne qui relie aux autres Alexandrie, permettant
d’acheminer les produits d’Asie, d’Afrique et tête de pont de la Route de la Soie.
• Alexandrie d’Eskhate près de Tachkent
• Alexandrie d’Oxiane
• Alexandrie Charax
• Alexandrie du Caucase
• Alexandrie des Orites
• Alexandrie d’Issos
• Alexandrie Phophtasia
• Alexandrie Harat
• Alexandrie Margiane (Mary)
• Alexandrie Kandahar
Ces travaux étaient financés par des trésors en or et argent trouvés dans les palais royaux de
Babylone, Suze, Persépolis etc...
Cités construites dans le bassin de l’Indus: Nicée, Bucéphale et le port de Pattala, d’où l’amiral
Néarque partit avec 120 navires. Premier navigateur de l’Océan Indien à décrire le phénomène de
la mousson et des marées, ce qui devait plus tard permettre le développement de la route maritime
de la soie.
Alexandre est arrivé en quelques années à tisser un incroyable réseau de relations entre les villes
de son vaste Empire, qui s’étendait de l’Adriatique à l’Indus, et du Nil à la Mer Noire.
Ce réseau deviendra par la suite la Route de la Soie.
L’EMPIRE D’ALEXANDRE ET LE MONDE HELLÉNISTIQUE
Grâce aux routes qu’il créa ou
améliora, aux ports et aux placesrefuges
qu’il
aménagea,
les
échanges entre l’Orient et l’Occident
se développent.
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ECHANGES COMMERCIAUX
Des négociations avec les Scythes pour la libre circulation des caravanes venues d’Altaï et du
Turkestan chinois, permettent aux commerçants d’échanger de la vaisselle grecque d’argent
contre de la poudre d’or (Musée de Samarkand, Tachkent, Saint-Pétersbourg).
Plus tard se commercialiseront les pierres précieuses, les épices et la soie.
ÉCHANGES CULTURELS
La langue et la civilisation grecque se répandirent dans toute l’Asie jusqu’au bassin de l’Indus.
Un courant sans précédent d’hommes, de techniques, d’idées, de tendances artistiques, de
formules architecturales sera impulsé.
Alexandre et les savants ont rencontré des savants asiatiques dont les techniques ont permis
d’enrichir le monde occidental en astronomie, géographie, histoire naturelle. Alexandre fait
parvenir à Aristote des échantillons d’animaux inconnus qui l’ont aidé à composer son « Histoire
des animaux », chef-d’œuvre d’observation scientifique.
Introduction en Europe de plantes nouvelles telles le pêcher, le citronnier, le riz.
ÉCHANGES HUMAINS
Il désira fondre tous ces peuples en un seul peuple, il veut amener
la concorde entre tous, et fait preuve d’une grande tolérance:
respect de leurs coutumes, de leurs religions.
Pour sceller son alliance avec la noblesse iranienne, il épouse en
327 Roxane, princesse d’une exceptionnelle beauté. Ses
compagnons et, par la suite, des milliers de soldats feront de
même.
Etablissement de colonies adroitement semées sur mille points du
territoire.
ALEXANDRE ET LA SOIE
Dans les palais royaux fut trouvé un échantillonnage varié de tissus : (les plus beaux) des 31 états
qui composaient l’Empire.
Il fit construire un tombeau pour son père à Aigeai récemment découvert
par l’archéologue grec Manolis Andronikas. Le défunt était enveloppé
dans un magnifique tissu de soie pourpre brodé d’or. Il s’agit là du plus
ancien tissu de soie trouvé en Grèce.
ALEXANDRE MEURT le 13 JUIN 323
Macédonien imprégné de culture hellénique, après avoir conquis la
Grèce, puis monarque oriental captivé par l’idéalisme de l’Orient, il était
l’incarnation du brassage culturel.
Il est entré dans la légende parce qu’il poursuivait un grand rêve : unir
l’Orient et l’Occident.
Son royaume fut désintégré en unités plus petites :
les Grecs de Bactriane
les Sogdiens
les Parthes
les Scythes
plus tard les Sassanides.
Cette fragmentation n’entrava pas le mouvement des peuples et des
marchandises, au contraire, grâce au progrès des connaissances
géographiques, l’activité commerciale s’intensifia.
21
GENGIS KHAN 1155 – 1227
PREMIER EMPEREUR MONGOL
Aux XIIe et XIIIe siècles, les Mongols conquirent un empire immense qui s’étendait
De la mer de Chine à la mer Méditerranée
Né en Mongolie vers 1155, sa ténacité, sa volonté et son courage lui
assurent un destin hors du commun.
En 20 ans il mate et fédère les tribus nomades des steppes dont il
devient le chef.
Ces nomades sont des cavaliers et des pasteurs, dont le cheval sobre et endurant est le héros.
Leur habitat est la yourte, maison démontable, pratique à déplacer avec les troupeaux.
Progressivement, Gengis Khan va agrandir son territoire :
Le Tibet vassalisé, la Chine envahie, les royaumes musulmans d’Asie Centrale et les royaumes
chrétiens du Caucase, de la Russie et des Balkans vaincus.
Tyran sanguinaire et destructeur barbare, en même temps, héros d’épopée, il se révéla posséder à
la fois l’art de la guerre et du gouvernement.
Il retrouva les principes des Sassanides, des Pharaons, des Césars.
Il accepta les conseils de savants chinois et turcs, qui lui permirent d’évoluer petit à petit, de se
civiliser.
Il favorisa le commerce et les marchands
- ouverture de routes.
- création de postes relais « les Yams » sur tout le Territoire.
- « La Pax Mongolia » assure la liberté et la sécurité.
Il fit preuve d’une grande tolérance vis-à-vis des religions
« chacun a le droit de prêcher sa foi »
Imprégné de chamanisme, croyant en un seul dieu, il pensait que « plusieurs chemins menaient à
lui ».
Un Edit de Tolérance exemptait les prêtres et religieux de taxes et corvées
(Manichéens, Juifs, Bouddhistes, Taoïstes, Chrétiens, musulmans etc….).
Le Nestorianisme est une religion à part, les souverains Mongols ayant des
femmes et mères nestoriennes.
Il permit un grand brassage civilisateur
La complète circulation des hommes, des marchandises et des idées suscitait
un extraordinaire développement des échanges commerciaux et culturels.
22
La route de la soie, grande voie de circulation, relie désormais la Chine à la Méditerranée.
Pour la première fois, l’Orient et l’Occident entrent en contact : résultat heureux de la terrible
conquête de Gengis Khan.
A sa mort en 1227, il a un Empire immense, le plus grand du monde connu.
Son Empire est partagé entre ses fils qui achevèrent la conquête mongole.
Son fils Ogodeï 1229-1241
Fonde la capitale Karakorum.
Elimine les Jin de la Chine du Nord.
1237-1242 : destruction du royaume de la
Kiev, Cracovie, Budapest.
grande Bulgarie, conquête de l’Iran, prise de Moscou,
Les Mongols sont aux portes de Vienne.
Ses petits fils:
- Batu de 1236 à 1242, sème la terreur jusqu’à l’Adriatique.
Au Moyen Orient, l’Azerbaïdjan et la Transcaucasie sont conquis, le Sultanat Selfoukide de Rün
vassalisé.
- Guyuk 1246-1248, envoie des ambassadeurs mongols à Lyon et à Chypre.
1258 : Bagdad est prise, annexion de l’Irak.
KUBILAÏ KHAN 1260-1294
Petit-fils de Gengis Khan
- Fonde sa capitale à Pékin.
- 1279 : élimination des Song.
- 1280 : toute la Chine est Mongole.
- Dynastie Mongole des Yuan : 1271-1368
- Il réorganisa l’administration du pays :
- Création de postes relais sur toutes les routes.
- Tolérance avec les religions et organisation de colloques inter-religieux
- Favorisa les commerçants et profita de leur expérience.
- Il encouragea la présence d’étrangers.
- Il reçut des ambassadeurs envoyés par le Pape et le Roi de France.
- Il reçut Marco Polo, commerçant et diplomate; il lui confia plusieurs missions et le garda
17 ans auprès de lui comme conseiller.
23
LES AMBASSADES
Durant le XIIIè siècle, les MONGOLS reçurent des ambassadeurs venus d’Europe
envoyés par des souverains
L’Empire Mongol avait des espions en Europe et connaissait le monde occidental.
L’Europe, très occupée par les croisades, ne s’intéresse à l’Orient qu’à partir des invasions des
cavaliers mongols venus jusqu’aux portes de Vienne (1241).
Ambassades de l’Occident vers l’Orient
Le Pape Innocent IV (règne : 1243-1254) fut l’un des premiers à s’émouvoir de la situation. Il
envoya des ambassadeurs religieux: Dominicains ou Franciscains.
But de la mission des ambassadeurs:
- porter une missive du Pape au grand Khan lui demandant de se convertir et de faire la
paix.
- informer le Pape sur le pays, les peuples, le mode de vie, les territoires, l’organisation
de la vie etc…
)
Ambassade conduite par Jean de Plan Carpin (1182-1252
Accompagné par Benoît de Pologne et Etienne de Hongrie. La
mission dura d’avril 1245 à octobre 1247.
Après un voyage très dur et un retour tenant du miracle, Jean de Plan
Carpin rapporta au Pape la réponse négative du grand Khan.
D’après les renseignements précis qu’il avait relevés, il publia
« l’Historia Mongalorum », source d’information la plus ancienne
et la plus sûre qu’un Européen ait compilé.
Le Roi de France Louis IX -St Louis (1214-1270)
rêvait de gagner les Mongols à la cause chrétienne.
But de la mission: St Louis, qui préparait la 7ème croisade, espérait
faire une alliance contre l’Islam.
1ère ambassade:
André de Longjumeau né vers 1200
Il fut reçu en 1250 par la veuve du Khan Güyük qui venait de mourir.
2ème ambassade:
Guillaume de Rubrouk, moine franciscain accompagné
par Barthélémy de Crémone.
Sa mission dura d’avril 1253 à l’été 1255. Son but:
-porter une lettre du roi demandant la protection des
chrétiens.
-obtenir des renseignements sur les peuples rencontrés.
Guillaume rapporta la réponse du grand Khan:
décevante et sans objet.
Il rédigea un récit:
« Voyage dans l’Empire Mongol », œuvre littéraire de
premier ordre.
24
Les missionnaires ambassadeurs
En recevant les ambassadeurs, les Mongols demandent d’autres ambassades religieuses.
Le Pape Nicolas IV (1288 - 1292) envoya en 1289:
Jean de Monte Corvino (1247-1333)
Il fonda une mission, fut le premier évêque de Pékin et baptisa plusieurs milliers de Mongols.
Odoric de Pordenone (1285-1331)
Il séjourna 12 ans en Chine et laissa un récit avec de nombreuses observations.
Il signala la ville de Lhassa au Tibet.
Le pape Benoît XII :
en 1339 à la demande du Grand Khan, envoie Jean de Marignoli.
Parti en 1338, il atteignit Pékin en 1342 où il resta 11 ans.
Il a laissé ses « souvenirs de voyage en Orient ».
Une mission franciscaine avait tenté de s’installer à Almaliq dans la vallée du fleuve Ili, la
population était musulmane, les Nestoriens étaient nombreux.
Des noms ont marqué cette étape:
-Richard de Bourgogne nommé évêque d’Almaliq
-Pascal de Vittoria, martyr
-François d’Alexandrie
Les Empereurs Mongols envoyaient également des ambassades en Occident
Güyük 1246-1248
Envoya des ambassadeurs à Lyon et à Chypre.
Le Khan Arghoun envoya Raban bar Cauma, moine nestorien ouïgour, auprès du Pape et des
souverains européens.
Il part en 1287, rencontre le Pape et Philippe le Bel.
Il rentre en Perse en 1288.
Le Khan de Perse adresse une lettre au Pape Honorius IV, en 1285, pour lui
demander une croisade contre les Turcs.
En 1289, il adresse à Philippe le Bel (1268-1314) une missive lui donnant un
rendez-vous devant Damas afin de mener une expédition militaire contre les
Turcs.
Pour des raisons mal éclaircies, l’Europe semble se désintéresser de toutes
propositions d’alliance avec les Mongols.
Le Pape Honorius IV qui avait fait ses études à l’université de Paris, y fit créer
des chaires de langues orientales pour faciliter les rapports de l’Eglise avec
l’Orient et les Musulmans.
Brusquement, au XIVè siècle, les relations cessent entre la Chine et le monde
chrétien.
1ère cause: l’épidémie de peste venant de Chine qui ravage l’Europe (1348) et
provoque 75 millions de morts.
2ème cause: l’affaiblissement du pouvoir mongol en Perse et en Chine,
l’avènement des Ming, nouvelle dynastie.
Les territoires se fractionnant, les frontières se reconstituent.
Les routes caravanières sont moins empruntées,
Les routes maritimes s’intensifient.
25
LE COMMERCE EN ORIENT
Au IXè siècle, les Arabes monopolisent le commerce maritime, trait
d’union entre les deux extrémités du monde, comme le furent jadis
les Parthes (IIIè siècle av.JC).
Les géographes musulmans ont laissé de précieux témoignages sur
ces routes maritimes. Le plus ancien : « la relation de la Chine et de
l’Inde » a été rédigé en 851 à partir de plusieurs récits de marchands,
dont un certain Solaïman.
Le grand port chinois auquel ces marchands arabes aboutissent est Canton.
Les fastes de la cour de Bagdad encouragent le commerce maritime entre le Moyen-Orient et
l’Extrême-Orient.
Les marchands arabes, dont Sindbad le marin est l’incarnation légendaire, sont organisés, selon
Solaïman, à Canton sous la responsabilité d’un chef musulman.
Le voyage du Golfe Persique en Chine dure 8 mois minimum.
Les autorités douanières appliquent une règlementation sévère. Les taxes sur les marchandises
peuvent atteindre 30%.
Au IXè siècle, les Chinois assurent également le commerce maritime jusqu’en Inde et dans le Golfe
Persique.
Le géographe chinois Jia Dan (fin VIIIè s.), décrit cet itinéraire et mentionne la boussole, utilisée
depuis la dynastie des Han (25-220), désignée sous le nom de « cuillère aimantée indiquant le
sud ».
Les marchands chinois appartiennent à des tribus nomades intégrées à
l’Empire.
Le commerce en Chine est socialement déconsidéré.
Ils vendent aux Sogdiens de Samarkand, aux marchands iraniens qui
revendent à des Syriens, des Grecs ou des Juifs qui revendent eux-mêmes aux
marchands génois et vénitiens.
Ces marchands louaient des interprètes dans les différents pays.
En Chine, aux XIè et XIIè siècles, des commissariats à la marine marchande sont établis à Canton,
Hangzhou et Mingzhou puis à Quanzhou.
L’activité marchande au XIIè siècle est relatée par Zhao Rukua, lui-même commissaire à la marine
dans « la description des peuples barbares, le Zhufan Ji ».
Une partie décrit les régions avec lesquelles la chine était en relation : Indonésie, Malaisie, Inde,
Philippines, Corée, Japon.
L’autre partie fait l’inventaire des produits importés en Chine: bois aromatiques, résines,
médicaments, épices, ivoire….
La Chine exporte la soie.
Le commerce de la céramique est en plein essor.
La porcelaine prendra peu à peu une place capitale dans le
commerce maritime.
Sa transparence avait émerveillé les voyageurs arabes dès le
IXè siècle.
26
LE COMMERCE S’OUVRE AVEC L’OCCIDENT
Le trafic par mer s’est développé entre le Moyen-Orient et la Chine.
Les routes caravanières n’ont pas connu un essor aussi important.
L’avènement des Mongols qui unifient les peuples d’Asie et contrôlent l’Empire, va permettre une
meilleure circulation sur ces routes.
Les croisades seront un facteur de développement de ces routes qui bénéficiera particulièrement
aux marchands italiens, génois et vénitiens qui assurent le transport du ravitaillement, voire des
troupes, vers la Terre Sainte.
Des comptoirs sont ouverts en Méditerranée.
En 1204, la prise de Constantinople par les croisés favorise l’installation des Vénitiens qui
deviennent maîtres de la ville.
VENISE ET L’ORIENT
Du XIè au XVè siècle, Venise s’affirme comme la plaque tournante des échanges avec l’Orient.
Les Vénitiens se révèlent être des diplomates habiles, des marchands astucieux.
Les marchands vénitiens cherchent des débouchés vers l’Orient lointain en raison du coût élevé
des marchandises précieuses (soie, épices etc…) dû aux taxes importantes prélevées par les
marchands musulmans, d’où un déséquilibre commercial entre ces articles coûteux d’importation,
et ceux exportés par les Européens, laine et toile essentiellement.
A Venise, un système d’association existe : « la colleganza », qui
réunit un capitaliste apportant l’essentiel des fonds et restant
sur place, et un marchand fournissant le reste du capital et
assurant les transactions.
Au retour, les bénéfices sont partagés par moitié.
Les marchands doivent prendre des interprètes dans les
différents pays.
En 1311, le Concile de Vienne décide que les universités de Bologne, Paris, Salonique et Oxford
formeront des missionnaires à l’arabe, l’hébreu, le chaldéen.
Un dictionnaire trilingue (Turc, Persan, Latin): le « Cumanieus », est rédigé pour marchands et
commerçants d’Asie.
C’est dans ce contexte que deux marchands vénitiens, Mafféo Polo et son
frère Nicolo prennent la route.
Partis de Venise en 1260, ils vont à Constantinople puis à Saldaïa, comptoir
vénitien de Crimée, vendent leur cargaison, achètent des joyaux et
échangent des marchandises.
Ils parviennent au royaume d’un des petits-fils de Gengis Khan, Berke, ils lui
offrent leurs joyaux pour obtenir sa protection.
Au retour, une guerre les oblige à partir à l’opposé, ils parviennent à
Boukhara où ils demeurent trois ans.
Des envoyés du Grand Khan Kubilaï les emmènent à Karakorum résidence du Khan à qui ils
parlent de leur pays et de la chrétienté.
Celui-ci les charge d’un message pour le Pape, demandant cent savants pour lui expliquer la
doctrine chrétienne et un peu d’huile de la lampe qui brûle devant le sépulcre de Dieu à Jérusalem
pour sa mère chrétienne.
Munis de sauf conduits, ils parviennent à Alexandrette et arrivent en avril 1269 à Acre après un
voyage d’environ trois ans depuis Karakorum. Là, ils apprennent que le Pape Clément IV est mort
et que la réponse au message du Grand Khan ne pourra être donnée que par son successeur.
Ils rentrent à Venise, Nicolo y retrouve son fils Marco âgé de 15 ans.
27
MARCO POLO - VENISE 1254 – 1324
AMBASSADEUR ET FONCTIONNAIRE DU GRAND KHAN KUBILAÏ
En 1271, Marco Polo part avec son père Nicolo et son oncle Mattéo pour une véritable odyssée qui
durera 25 ans (1271-1295), et donnera lieu à un livre célèbre « le Devisement du Monde », appelé
aussi « le Livre des Merveilles ».
Ils se rendent à Saint-Jean-d’Acre puis à Jérusalem, où ils obtiennent un peu d’huile de la lampe du
Sépulcre du Christ, demandée par Kubilaï pour sa mère qui était chrétienne.
Arrivés à Layas, munis des lettres du Légat du Pape, ils
apprennent que le nouveau Pape est élu sous le nom de
Grégoire X. Ils retournent à Saint-Jean-d’Acre où celui-ci leur
donne les instructions pour le voyage et deux frères
dominicains pour les
accompagner. Ces derniers
renonceront à aller en mission, les sarrasins ravageant
l’Arménie.
« Les trois voyageurs se mettent en chemin, chevauchant par
hiver et par été, sans regarder à nul danger ou peine ».
Traversant les déserts, ils vont toujours de l’avant dans le
sens du vent grec (Nord-Est) et de la tramontane (Nord).
Le voyage durera trois ans et demi exclusivement par terre.
« Le Grand Khan les reçoit avec honneur et leur fait grande fête. Il leur demande mille choses sur
leur vie et comment ils s’étaient comportés en chemin ».
Le jeune Marco Polo fait son ambassade avec grande sagesse et succès.
Le Grand Khan vit qu’il était sage et lui confia plusieurs missions:
• dans un premier temps : inspecteur, voire agent de renseignements.
• contrôle et surveillance des fonctionnaires chinois: (cette pratique était courante,
ils étaient encadrés souvent par des ressortissants d’autres pays conquis).
• contrôle de la perception des taxes en Inde.
• gouvernement de la région de Yangzhou durant 3 ans.
Il a pour atout de savoir plusieurs langues: (sans doute le persan et le mongol et
peut-être le turc et l’arabe), ainsi que quatre écritures et lettres.
« Il demeura 17 ans avec le Grand Khan durant lesquels il ne cessa d’aller en mission ».
Dans « le livre des Merveilles du Monde » il décrit:
Les régions et les particularités
En Mongolie, la ville de Calacian, (Yinchuan), réputée pour la fabrication du tissu de camelot,
en poil de chameau.
La ville de Qinsai (Hang-Chou): cette cité sur l’eau a émerveillé le Vénitien, il en décrit les
quartiers, l’organisation.
L’organisation des postes et le réseau de relais
« plus de 10000 » qui permettent d’acheminer les
messages. Ils servent aussi d’étapes aux voyageurs
qui trouvent jour et nuit logement et chevaux.
Les postes sont établis tous les 25 ou 30 miles sur les
principales
routes
de
province.
Ce système étonna tous les occidentaux.
Les richesses minières ou de la mer.
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Le palais du Grand Khan
La vie à la cour
Les batailles
Les traditions et les légendes
Les chasses
Les déplacements
Le commerce
Les nombreux marchands étaient logés à l’extérieur de la ville; à chaque sorte de gens, un
caravansérail était réservé.
Les marchandises
« Des marchés existent, où 40 à 50000 personnes proposent des marchandises en grande
abondance ».
Le système monétaire
« Comment le Grand Khan fait dépenser
papier pour argent. Il fait l’éloge de cette
« alchimie » monétaire, par laquelle des
feuilles faites à partir d’écorce de mûrier
munies du Sceau du grand Sire, prennent
valeur d’or ou d’argent ».
Il décrit également des contrées avec des animaux fabuleux et sauvages, tels serpents et reptiles
crocodiliens, lions du Cuigiu, animaux de l’Inde, ainsi que des gens très sauvages et le commerce
de denrées exotiques.
Les trois marchands souhaitaient rentrer à Venise.
Plusieurs fois, le Grand Khan avait refusé.
Alors que Marco Polo revenait d’une ambassade en Inde, trois envoyés d’Arghun, Khan des
Tartares, arrivent en Chine pour demander à Kubilaï une dame du lignage de la reine Bolgana, sa
femme, qui venait de mourir.
Marco Polo propose d’accompagner les envoyés d’Arghun et la princesse par voie de mer, ce qui
fut accepté.
Embarqués sur quatorze vaisseaux de quatre mâts et douze voiles,
ils feront le voyage en 18 mois.
A leur arrivée le roi Arghun est mort, la princesse épousera son fils.
Après un séjour de 9 mois, ils repartent à Venise par voie de terre à
travers la Turquie et Constantinople. Ils arrivent à Venise après un
voyage de 3 ans.
Marco Polo a 41 ans, il reprend ses activités de marchand, se marie,
a trois filles, acquiert une grande demeure « Corte del Milione ou
Ca’Polo ».
Il meurt à Venise en 1324.
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TAMERLAN 1336 – 1405
« TIMUR BEG » « LE BOITEUX »
Au XIVè s. il créa l’Empire turco-mongol des Timourides en Asie Centrale
Né à Kech près de Samarkand en 1336.
Issu d’un petit clan turco-mongol à demi- sédentarisé et islamisé.
En 1370 il fixa sa capitale à Samarkand.
Il y régna 35 ans.
Durant cette période, Samarkand connut une prospérité et un renom
inouïs :
« La plus belle ville sur la route de la soie, un joyau de l’art islamique ».
Il mena des campagnes victorieuses entre 1371 et 1402 qui le
conduisirent de Delhi à la Mer Egée et de Damas au Turkestan
chinois.
Il s’avéra un grand bâtisseur : art architectural nouveau :
Architecture timuride introduite par des architectes
venus d’Iran avec ceux de Samarkand.
Art de décoration inspiré d’Iran et Samarkand: décor
de fleurs, arabesques, dessins géométriques.
Sentences islamiques.
Il construisit de nombreux monuments : (mosquées, palais) et
des jardins, mais il habite une yourte construite dans les
jardins du palais.
Il est à l’origine d’un mouvement « culturel islamique » appelé en Europe « renaissance
timuride »:
Réunions de lettrés, professeurs, intellectuels.
Renouveau des arts plastiques.
Naissance de la poésie.
Développement des mathématiques.
Il favorisa le commerce :
Création du Palais bleu, banque d’état.
Organisation de la circulation : routes, balises de
bornes indiquant les distances.
Mise à disposition de caravansérails avec chevaux et
nourriture.
Maisons de thé, hôtelleries.
Création de cours de justice qui siègent en
permanence.
Encouragement de l’artisanat, fabrication d’objets,
de produits vendus et exportés.
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La population est très cosmopolite, s’y côtoient Turcs, Mongols, Grecs etc…
La religion officielle est l’Islam, mais de nombreuses religions sont
représentées (catholiques, grecques, arméniens, nestoriens jacobites).
La langue :
Le turc pour le peuple.
Le persan pour l’élite et l’administration.
Les femmes étaient exemptées de la charia.
Les épouses de Tamerlan avaient une liberté qui choquait les chroniqueurs
arabes.
Une prospérité inégalée dans le pays grâce au commerce et aux échanges :
Des fêtes somptueuses et nombreuses sont données par Tamerlan dans ses
nombreux palais entourés de magnifiques jardins où sont dressées des tentes.
Des artistes des deux sexes se produisent dans des orchestres, spectacles, danses et chants.
La population était conviée et le vin coulait à flot.
RELATIONS AVEC L’OCCIDENT
• Correspondances entre Tamerlan et Charles VI roi de France (1368-1422).
• Ambassade envoyée en 1403 par Henri III roi de Castille, conduite par Ruiz Gonzales de
Clavijo, qui fut reçu avec égard et fut convié à des fêtes fastueuses où il put admirer, entre autres,
le défilé des femmes de Tamerlan somptueusement vêtues.
De retour en 1404, ils arrivèrent en Castille en 1406 après un voyage éprouvant.
C’est le seul Européen qui ait rencontré Tamerlan.
Tamerlan mourut en 1405 sur la route de Chine.
LES SUCCESSEURS DE TAMERLAN
La présence à Samarkand d’une école réunissant des professeurs et des intellectuels de talent fit
des émules:
Chahrouk, fils de Tamerlan, fut un grand savant bibliophile.
Ulug Beg,
son fils,
petit-fils de Tamerlan, (1409-1449) régna à
Samarkand qui devint alors capitale de l’esprit.
Il fut un des plus grands savants de son temps: astronome, poète, écrivain et
un mécène pour les sciences et les arts.
Des savants de tous pays sans distinction d’origine ou de religion, sont reçus
et travaillent ensemble.
Création de l’école d’astronomie et d’astrologie avec observatoire, où sera
élaboré le traité des étoiles appelé tables de Gurgan.
Grand bâtisseur, il dota la ville de nombreux et magnifiques monuments.
Le peuple, poussé par les religieux et les militaires, renversa le régime.
En 1449 Ulug Beg fut assassiné.
Les savants et les artistes furent chassés, les bâtiments de l’observatoire détruits, les livres brûlés,
(le Traité des Etoiles fut sauvé et passa en Turquie).
Ce fut la décadence.
En 1525 : Babur, issu de Tamerlan (5ème génération) fonde l’empire des Grands Moghols en Inde.
31
INVENTIONS ET TECHNIQUES
La transmission de l’Orient à l’Occident et de l’Europe à la Chine des sciences et techniques a été
un élément du flux réciproque des idées sur la Route de la Soie. La plupart des innovations
scientifiques et techniques n’ont pas été réinventées indépendamment en Europe, mais y sont
arrivées après un cheminement très complexe.
Les anciens chinois gravaient leurs pictogrammes sur des os et écrivaient sur
du bambou ou de la soie. Puis on utilisa la bourre des mauvais cocons ou des
lambeaux de soie pour fabriquer un papier de soie très fin et très fragile.
En 105, un ministre chinois Cai Lun →
améliora la production et codifia l’art de fabriquer le papier. Son nom reste
comme celui de l’inventeur du papier même si les premières traces de papier en
Chine datent du IIIe siècle avant notre ère.
Au Ier siècle, on mélangea de jeunes pousses de mûriers, de vieux chiffons et filets de pêche.
Après des opérations de macération, broyage, bain de soude caustique, la pâte obtenue était
délayée avec de l’eau additionnée d’amidon et le liquide versé dans des châssis en
bambou. La pâte solidifiée donnait une feuille de papier.
Outre l’écriture, le papier servait à fabriquer des vêtements chauds et des armures
faites de couches de papier et de carton si résistantes aux flèches qu’au XIIè siècle, on
échange une armure de fer contre une bonne armure de papier.
Les lampions en papier sont toujours vendus en Chine.
La « route du papier » vers l’occident côtoie la Route de la Soie. En 751, au cœur de l’Asie
Centrale, les islamistes battent les Chinois. Parmi eux, des sériciculteurs et des papetiers
transmettront leur savoir. La diffusion se fera vers Bagdad (dès 793) et Damas, l’Espagne
musulmane en 950. Le papier ne sera introduit en France qu’au XIIIe siècle ;
LA LITHOGRAPHIE
Le papier étant périssable, pour conserver les pensées de Confucius, on les grava sur des stèles de
pierre.
Sur la pierre gravée, enduite d’encre de Chine, on appliquait une feuille de papier.
LA XYLOGRAPHIE
Au début du VIè siècle, les chinois mirent au point l’impression sur planches gravées.
818: les chinois utilisent du papier monnaie:
billets à ordre nominatifs.
863: parution d’une gazette de la cour ou Bao
dont le principe dura jusqu’en 1911.
868: premier livre imprimé : le Sutra du
Diamant, livre bouddhique avec gravures
réalisé six siècles avant la Bible de Guttenberg.
1083: impression de livres de mathématiques.
1107: premiers billets de banque en couleur.
Les premiers en Europe sont imprimés en
1661 à la Riksbank de Stockholm.
32
L’IMPRIMERIE À CARACTÈRES MOBILES
Entre 1041 et 1048, l’alchimiste Bi-Sheng inventa l’imprimerie à caractères mobiles en terre cuite,
rassemblés dans un cadre de fer, démontables et réutilisables après l’impression du texte.
En 1298, Wang Chen réalisa des lettres en bois dur : 60000 caractères.
Cette technique fraya la voie à l’imprimerie à caractères de plomb.
L’invention du papier et de l’imprimerie a permis à la bureaucratie impériale de diffuser
rapports et documents au service d’une administration centrale qui maintenait l’unité de
l’empire, y compris par les Mongols aux XIIIe et XIVe siècles.
Sous les Tang (618-907), la technique d’imprimerie chinoise fut introduite au Japon et en Corée
puis en Asie, en Afrique du Nord et en Europe.
La diffusion des techniques d’imprimerie vers l’occident augmente le nombre de livres, accélère
l’accumulation et la transmission du savoir dans le monde.
LA POUDRE À CANON
Les alchimistes taoïstes chinois manipulaient le soufre et le salpêtre.
L’ajout de charbon de bois rendit le mélange explosif.
Sous les Tang (618-907), on fabriqua des feux d’artifice pour faire
peur aux esprits et aux ennemis.
Sous les Song du Nord (920-1127), on l’utilisa à des fins militaires
sous forme de flèches à poudre, puis de lance-flammes inventé par
Chen Gui en 1132.
Plus tard, on mit au point le mortier en bronze « le Général de bronze », ainsi nommé pour sa
grande puissance de feu.
Au XIVe s. la Chine fabriqua des canons en fonte plus puissants et d’une plus longue portée, grâce
à son avance dans le domaine de la métallurgie.
Dans leurs campagnes occidentales, les Mongols utilisèrent des canons et ainsi, par les Arabes, la
technique de fabrication atteignit l’Europe.
La conséquence en fut le déclin de la chevalerie et une révolution de l’art de la guerre en occident
Quand, en 1510, les Portugais introduisirent les armes à feu occidentales en Chine, les Chinois, qui
les avaient pourtant inventées, jugèrent les canons européens meilleurs que les leurs et engagèrent
des ingénieurs européens pour les aider à moderniser leur artillerie.
LA PORCELAINE
Semble apparue en Chine au 1er siècle. Translucide, elle était très recherchée.
Les potiers européens découvrirent le kaolin à la fin du XVIIIè siècle et produisirent des copies
d’articles chinois.
LA BOUSSOLE
Il y a 2000 ans, les Chinois découvrirent l’aimant et inventèrent la boussole à
aiguille flottante ou pivotante dès le IXe siècle, puis le compas magnétique.
Celui-ci, d’abord utilisé « pour la religion », indiquait la direction du Sud car
cela représentait l’harmonie avec la nature.
En navigation maritime en 1187, l’anglais Alexander décrit « une aiguille
transportée à bord qui permet de suivre un cap, même lorsque l’étoile polaire
est cachée par les nuages ».
L’étoile polaire étant la plus proche du pôle céleste Nord, l’aiguille indiquait la
même direction, soit le Nord, ce qui est la direction donnée par toute bonne
boussole.
33
LES JEUX
Une forme de jeu d’échec existerait depuis le IVè s. avant J.C.
Ancêtre du jeu actuel : le jeu de l ‘éléphant ou Xiangqi.
Le football : des représentations et textes littéraires de l’époque Han (206/+220) attestent d’un jeu de balle au pied très prisé dans la Chine
ancienne et qui « renforce la combativité du soldat » (Liu-Xin, disciple
de Confucius (-50/+23).
QUELQUES AUTRES INVENTIONS
EN CHINE
EN OCCIDENT
La première horloge mécanique connue fut
inventée et réalisée par le chinois Yixin,
moine et mathématicien en 725.
Les premières horloges à
apparaissent au XIIIe siècle.
poids
La cloche en bronze: en 2260 avant J.C.
L’empereur Hoang-Ti en fit fondre douze.
Les premières apparaissent dans les
églises chrétiennes au VIe siècle.
Le parachute décrit dans les annales chinoises Léonard de Vinci en fit une ébauche au
en 90 avant J.C.
début du XVIe siècle.
L’attelage à bricole : IIe siècle
Collier d’épaule : Xe siècle.
Bricole: XIIe siècle.
La brouette à roue axiale : IIIe siècle
XIIIe siècle
Le gouvernail : 1er siècle
XIIIe siècle
L’écluse: 24 sur le Grand Canal de 1794 km
Commencées en 486 av. J.C.
Italie XVe siècle, perfectionnée par
Léonard de Vinci.
Tour de forage pour extraction du sel à
1350m de profondeur au 1er siècle.
Première application en 1859 en
Pennsylvanie par des travailleurs
chinois.
Coque à compartiments étanches par
calfatage au IIe siècle.
XVIIIe siècle
34
LA COMPAGNIE FRANÇAISE DES INDES
LES COMPAGNIES MARITIMES
La compagnie maritime portugaise :
Le prince Henri du Portugal (1394/1460) fut l’instigateur de la découverte de nouvelles routes
maritimes vers l’Orient.
A sa mort, les portugais ont atteint la côte de l’actuelle Sierra Léone.
La compagnie maritime anglaise :
Création en 1600 de l’East India Company.
Elle marque la création du futur empire colonial britannique.
Elle décline progressivement puis disparait en 1874.
La compagnie maritime hollandaise : la V.O.C
Elle fut créée en 1602.
Véritable état, elle pouvait déclarer la guerre, signer la paix, négocier les traités, construire des
forteresses...
LA COMPAGNIE FRANCAISE DES INDES ORIENTALES
FLOREBO QUOCUMQUE FERA
Je fleurirai partout où je serai porté
En 1601 Henri IV crée la compagnie des marchands formée entre négociants de
St Malo, Laval et Vitré.
Richelieu organise en 1627 « la compagnie des 100 associés ». Ces associés promettent de peupler
la Nouvelle France (Canada) en y envoyant des colons catholiques.
En 1626, il crée « la compagnie de la nacelle de St-Pierre fleurdelisée » avec des flamands, sans plus
de succès.
En 1664, création de la compagnie française des Indes Orientales. Quelques mois plus tard, Colbert
est nommé contrôleur général.
Il voit dans le commerce l’avenir de la France et la marine française prend ici son réel essor.
LORIENT
Le nom de la ville proviendrait du 1er navire
construit: il s’agissait du « soleil d’Orient Les
ouvriers travaillant à la construction auraient fini par
appeler le chantier « le soleil d’Orient », puis
« L’Orient ».
La création de la compagnie a impliqué :
Une organisation financière : actions détenues par le
roi et sa famille (45%), la noblesse de robe, de cour,
les ministres, les financiers et les négociants. La
négociation de ces actions est à
l’origine de la
Bourse des valeurs à Paris.
Un chantier naval de construction : Port-Louis à été choisi en raison de l’existence d’une rade, et à
proximité de Nantes pour ses matières premières de construction navale et d’avitaillement
(cordages, voiles).
Les produits transportés :
Les drogues : café, thé, alun, aloès.
L’épicerie : le poivre, la cannelle
Le salpêtre, les cauris, la porcelaine de Chine, les cotonnades, la soie.
35
LES VOYAGES
Trois objectifs : assurer la sécurité du bâtiment et
de la cargaison. Obtenir la plus grande rapidité
possible.
Respecter les délais de navigation afin de profiter
au mieux des vents dominants.
Route du Cap : il faut quitter Lorient entre fin
octobre et début avril.
Route de l’Océan Indien : mousson du sud-est (avril à octobre), pour gagner l’Asie.
mousson du nord-est (décembre à mars), pour le retour.
LES ESCALES
Il fallait 8 à 10 mois aux bateaux pour rejoindre l’Asie. L’obligation de relâcher pour se procurer
des vivres et de l’eau, ainsi que pour réparer les navires et reposer l’équipage, contraignit
chaque compagnie à rechercher des lieux d’escale.
Les anglais s’installèrent sur l’île de Sainte-Hélène et les hollandais à la pointe sud de l’Afrique en
fondant la ville du Cap.
Après l’échec de la mise en valeur de Madagascar, les français s’installèrent dans l’archipel des
Mascareignes sur l’île de France (île Maurice) et l’île Bourbon (île de la Réunion).
CHUTE DE LA COMPAGNIE
La guerre d’usure avec les hollandais, puis avec les anglais conduisit à la perte de la compagnie.
En 1793 après le traité de Paris, la France perd son empire colonial, il ne lui reste que cinq
comptoirs : Pondichéry, Karikal, Yanaon, Mahé et Chandernagor.
Sous la pression des économistes et des armateurs, la compagnie est suspendue en 1769.
En 1954, les établissements français sont transférés à l’Inde.
MAHE
Transport surtout du poivre et du café.
En 1724, un fort y est construit.
En 1741, le capitaine Bertrand-François Mahé de
la Bourdonnais libère le comptoir occupé par les
Marathes. À la suite de cette action, son nom est
donné à la ville.
YANAON
Commerce des cotonnades et du sel.
Au fil des conflits, Yanaon sera souvent anglaise pour de courtes périodes.
Le site est abandonné en 1727 par manque d’intérêt commercial.
MADAGASCAR
Fort-Dauphin : nommé ainsi en hommage à Louis XIV.
Jusqu’à la fin du XVIIIè et au cours du XIXème siècle, Fort- Dauphin restera une base
commerciale privilégiée et fréquentée par l’ensemble des flottes naviguant dans l’Océan Indien.
KÂRIKÂL
District du territoire de Pondichéry
La ville servait de base pour le ravitaillement de Pondichéry en riz et autres produits alimentaires.
Au gré des conflits, la région passe deux fois sous administration anglaise avant de revenir à la
France, après le traité de Paris.
36
PONDICHERY
Dans les entrepôts on trouve :
- le poivre et épices fournis par le comptoir de Mahé.
- étoffes de coton, sous forme de cotonnade (pièce
écrue) ou indienne (toile imprimée).
- des soieries provenant du Bengale.
- les cauris, petits coquillages servant de monnaie
d’échange pour la traite en Afrique.
En 1761, la ville est rasée par les anglais. Elle est
rendue à la France en 1793, mais ce n’est plus qu’une escale vers les colonies d’Extrême -Orient.
Aujourd’hui, quelques milliers de français y vivent encore. Il reste des traces de l’influence
française : le consulat, le lycée français, les noms des rues, les képis des policiers.
La bibliothèque Romain-Rolland, fondée en 1827, possède des volumes en français, en anglais et
en Tamoul.
CANTON
Port du sud de la Chine
La plupart des puissances européennes ont une installation à
Canton. Les vaisseaux mouillent dans une rade fluviale au
voisinage de petites îles qui parsèment la rivière.
Chaque île est attribuée à une nation. Des hangars en bambou
garnis de nattes y sont construits pouvant servir de logement.
Les autorités chinoises ont disposé les factories de manière à ce
qu’elles soient facilement isolées et
contrôlées.
Les européens ne sont pas autorisés à résider en permanence, ils
doivent quitter Canton après le départ de leurs navires et gagner
Macao.
On trouve à Canton des carrelets chinois, vestige probable de
l’expédition de Zengh He qui passa par là avant les européens.
LES ADMINISTRATEURS
JOSEPH DUPLEIX
1697/1763
En 1731 il est nommé directeur de Chandernagor où il reste 7 ans.
Il se proposait d’intervenir dans les querelles de princes indigènes et d’établir un
système de protectorat qui, appuyé sur une force militaire, assurerait à la France
un monopole de trafic et une
souveraineté pratique.
Après de nombreux conflits avec les Anglais, il est rappelé par Louis XV en 1753
FRANCOIS MARTIN
Paris 1634 / Pondichéry 1706
Il prend possession de Pondichéry en 1673. Il y sera gouverneur de 1699 à 1706
PIERRE BENOIT DUMAS
1696/1746
BERTRAND FRANCOIS MAHE DE LA BOURDONNAIS
St Malo 1699/Paris 1753
La compagnie lui confère en 1734 le gouvernement de l’Ile de France et de Bourbon où il
développe l’économie et une base navale.
Esprit en avance sur son temps, il avait compris l’importance que prenaient les océans et la
puissance navale dans la politique internationale.
37
LES ROUTES MARITIMES
Les Arabes
Ils furent les premiers à se risquer en haute mer
Les premières expéditions du XVe s. sont lancées par les Ming
Zheng He (1371—1433)
Premier voyage en 1405
Le Portugal commence l’époque des grandes découvertes
- Madère en 1419
- Les Açores en 1427
- ils franchissent l’Equateur en 1475
- découvrent l’embouchure du Congo en 1482
- longent les côtes de l’Angola en 1484
- Barthélémy Diaz franchit le Cap de Bonne Espérance en 1488
LES BATEAUX
La jonque
Bâtiment chinois ponté mais sans quille, voiles avec lattes
Le baochang (navire de Zheng He)
140 m de long et 50 m de large, il pouvait transporter 500 hommes
La caravelle XIIIe—XIVe siècle →
Deux mâts et voiles latines
La nef XVe-XVIe siècle (servait au transport des marchandises)
Un grand mât, voiles rondes
Un mât de misaine, voiles rondes
Un artimon, voiles latines
Cabines pour passagers et officiers
La caraque desservait les Indes
Utilisée jusqu’à la fin du XVe s. Le plus grand navire de
l’époque
Le galion XVIIe s. A vocation militaire
Utilisé pour le transport des trésors
Bâtiment à trois ou quatre mâts, voiles carrées.
La navigation se faisait d’abord près des côtes.
Elle dépendait de la mousson: mousson du sud-ouest (avril à octobre) pour gagner l’Asie
mousson du nord-est (décembre à mars) pour le retour
Puis les inventions et les découvertes techniques permettent d’aller plus loin.
38
LA CARTOGRAPHIE
Globe : représentation cartographique sur une sphère
Mappemonde : l’ensemble du globe terrestre est figuré sur deux
hémisphères distincts
Planisphère : représentation plane de toute la terre
Claude Ptolémée IIe siècle après J.C.
Premier cartographe scientifique
Il recense les lieux connus, 800 à l’époque, en fonction de la latitude.
Du Ve au XVe s. les savoirs de l’Antiquité disparaissent
Au VIIIe s. une carte biblique du monde apparaît : carte T dans l’O
Cette carte représente la terre avec deux barres en forme de T, cela divise le
monde en trois car Noé a eu trois fils:
Sem est parti vers l’est : Asie
Japhet est parti vers l’ouest : Europe
Cham est parti vers le sud-ouest : Afrique
Le plus souvent, le haut de la carte représente Jérusalem
Au XIe s. le savoir des Arabes se diffuse, la boussole se transmet à l’Europe
Du XIIIe au XVIe s. la carte Portulan permet la navigation près
des côtes
Etablie en fonction de la direction prise par le navire et du temps
pour effectuer le trajet, elle comporte des descriptions des ports
et les accidents des côtes sous forme de légendes ou de figures
Au XVe s. La cartographie portugaise est secrète et parfois
fausse pour induire en erreur.
Mercator, Flamand (1512-1594) invente l’atlas en projection. A partir de là, les Hollandais vont
dominer la production et l’impression des cartes.
1494 : le pape découpe le monde qui sera découvert en deux:
la partie orientale aux Portugais,
la partie occidentale aux Espagnols
La première carte de Chine dessinée par un occidental, le Portugais Luis de Barbuda publiée pour
la première fois en 1584
XVIIe s.
1662 : Atlas de Maior : livre le plus cher et le plus complet du siècle
1682 : Coronelli offre deux globes à Louis XIV
Le bleu représente la voûte céleste, les signes du zodiaque, la
position des étoiles le jour de la naissance de Louis XIV
Le vert représente le globe terrestre montrant les continents
inachevés et leurs noms tous féminins
39
LES ROUTES MARITIMES
Elles supplantent les routes terrestres au XVè siècle car la longueur du parcours, les multiples
dangers encourus par les voyageurs, rendaient très chers les produits qui y transitaient.
De nombreux progrès techniques et scientifiques ont permis aux navigateurs de faire de nouvelles
découvertes.
VENISE Italie
Dès le Xè-XIè siècle, des marchands vénitiens sont installés à
Constantinople et dans les régions musulmanes. Ils importent
d’Occident du bois, des métaux (fer, cuivre, argent), des produits
textiles (draps de laine, serge, toiles de chanvre et de lin). Aux
occidentaux, ils fournissent parfums, épices, esclaves, soie, coton
et alun.
Du monde slave, ils font venir du bois, du miel, de la cire, des
fourrures, des esclaves et vendent leurs draps, du sel et des
métaux.
Au XIIè siècle, les italiens créent de véritables colonies de peuplement. Les vénitiens possèdent des
comptoirs sur tous les rivages méditerranéens.
MASCATE Sultanat d’Oman
Le sultanat d’Oman est traversé à Mascate par le tropique du Cancer.
Des routes de l’encens à celles de l’or noir, l’histoire d’Oman est jalonnée d’échanges maritimes et
terrestres.
Selon la légende, Simbad le marin aurait vécu vers le Xè siècle à Sohar, un port du nord omanais.
CHENNAI (MADRAS) Inde
Un des premiers avant-postes de la British East Company.
Ville fondée en 1639.
Saint Thomas, l’un des 12 apôtres, est associé à Chennai. Il est venu en Inde évangéliser, il est mort
à Chennai.
COLOMBO Sri Lanka
3 dominations européennes successives :
- la période portugaise (1505-1568) : ils introduisirent des missionnaires catholiques, et
pratiquèrent un catholicisme agressif. Ils détruisirent plusieurs temples.
- la période hollandaise (1568-1796).
- la colonisation britannique 1796-1948) : ils firent de Colombo une colonie
de la couronne en 1802.
BANGKOK Thaïlande
Ville et province.
Nombreux temples postérieurs au XVIIIè siècle.
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PHUKET Thaïlande
L’île est située sur l’un des principaux axes commerciaux reliant l’Inde à la Chine, et était
couramment indiquée sur les carnets de bord des vaisseaux marchands étrangers.
Phuket a tiré ses premières richesses de l’étain et du caoutchouc.
MALACCA Malaisie
Alfonso de Albuquerque s’empare de Malacca en 1511. La ville était devenue le plus grand port
d’Asie du sud-est. Les portugais s’installent ensuite aux Moluques. Les hollandais les évincent en
1641.
1795: arrivée des anglais.
Commerce des épices comme le clou de girofle, le poivre, la
muscade.
JAPON
Vers 391, en provenance de Chine, la sériciculture, le tissage
et les sciences chinoises (y compris l’écriture) se développent au Japon.
1543 : arrivée des portugais. Les occidentaux vont très vite commercer avec ce nouveau pays qui
regorge de richesses, notamment la soie.
1609 : un comptoir hollandais s’établit dans l’île de Hirado.
1613 : création d’un comptoir anglais.
HAKATA (agglomération de Fukuoka)
Eisai (1142-1215) : moine érudit, initié en Chine, en rapporta le culte bouddhiste zen. Il initia aussi
la culture du thé inconnu alors au Japon.
La proximité du continent, Chine, Corée, d’où se sont infiltrés le bouddhisme et le
christianisme, les arts, les armes à feu, ont sans doute prédisposé la cité à devenir aujourd’hui la
ville la plus cosmopolite du Japon.
OSAKA
NARA
Ville fondée en 710, elle resta capitale du Japon pendant 74 ans.
Avant Nara, les capitales se déplaçaient de royaume en royaume lors du décès du souverain. La
mort constituait l’impureté la plus grave. Il fallait détruire les palais. Les monuments historiques
de l’ancienne Nara ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1998.
BRUNEI
En 1520, le premier sultanat de Brunei est instauré par les arabes.
En 1526, Brunei conclut un accord commercial avec le Portugal qui y
établit un comptoir.
1641, défaite des portugais devant les hollandais.
Au XVIIIe siècle, Brunei devient un comptoir anglais de la Compagnie
des Indes.
LES ILES MOLUQUE
François-Xavier jette les bases d’une mission jésuite à Ambon (sur l’île Amboine) en 1546 et 1547,
marquant le début de l‘implantation du catholicisme en Indonésie.
Monopole hollandais de la muscade :
« voler une noix de muscade, c’est mourir avant de l’avoir plantée ».
41
LES NAVIGATEURS
ZHENG HE (1371—1433)
Navigateur chinois
Il fit sept expéditions de 1405 à 1433.
A la cinquième, il longe les côtes de la Somalie et du Kenya de 1416 à 1419.
HENRI LE NAVIGATEUR (1394—1460)
Troisième fils de Jean 1er du Portugal.
Il n’a jamais participé à une expédition maritime.
Il fonda l’école de Sagres qui se trouve à la pointe du Portugal
et y rassembla les meilleurs navigateurs et géographes.
BARTHELEMY DIAZ (1450—1500)
Explorateur portugais
CHRISTOPHE COLOMB (1451—1506)
Explorateur italien
Il effectua quatre voyages en tant que navigateur au service des rois catholiques espagnols Isabelle
de Castille et Ferdinand d’Aragon.
Il fut considéré comme un acteur majeur des grandes découvertes des XVè et XVIè siècles.
ALFONSO DE ALBUQUERQUE (1453—1515)
Explorateur portugais
En 1508 il devient vice roi des Indes .
En 1510 il prend Goa (Inde) et en fait la capitale des possessions portugaises.
En 1511 il prend Malacca (Malaisie) permettant aux portugais de commercer avec le Siam, la Chine
et les Moluques.
VASCO DE GAMA
(1469—1524)
Explorateur portugais
Il pose les bases de l’établissement de liens commerciaux en Inde.
Il est le premier européen à atteindre Calicut (Inde) par la mer lors de son premier
voyage (1497-1499).
FERDINAND MAGELLAN (1480—1521)
Explorateur portugais
Il veut rejoindre les Moluques par l’ouest, il découvrit sur son chemin le
détroit qui porte son nom.
JACQUES CARTIER
(1491—1557)
Explorateur français
1534: il part vers l’ouest pour l’Inde.
1535: il remonte le fleuve Saint-Laurent.
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LES INSTRUMENTS
LA BOUSSOLE
Importée d’Orient par les arabes au milieu du XIIè siècle
L’ASTROLABE
Permet de mesurer la hauteur du
calculer l’heure.
Il existait à l’époque hellénique.
soleil par rapport à l’horizon et ainsi de
L’instrument nautique fut mis au point par l’Ecole de Sagres.
L’ARBALESTRILLE
1342
Remplaça l’astrolabe
LE LOCH
Permet de calculer la vitesse du bateau
Cette ligne portait des nœuds placés de façon à ce que la distance entre eux soit égale au 1/120è
du mille marin (15,43m).
LE SEXTANT
1730
En mesurant avec un sextant la hauteur du soleil, on détermine la
latitude.
L’OCTANT
Milieu du XVIIIè s.
Il fait partie de la famille du sextant.
L’HORLOGE DE JOHN HARRISON 1693—1776
1734
Elle sert à déterminer la longitude.
Ce fut le début des chronomètres de marine.
1795 : Création en France du Bureau des Longitudes
La latitude est l’angle formé en un lieu donné par la verticale du lieu avec le plan de l’équateur
elle est comptée à partir de l’équateur vers les pôles de 0 + 90°, positivement vers le nord et
négativement vers le sud
La longitude est l’angle formé en un lieu donné par le méridien du lieu avec le méridien de
Greenwich et compté de 0 à + 180° (positif vers l’ouest, négatif vers l’est)
43
EXPLORATEURS EUROPEENS
DU DEBUT DU XXè SIECLE
Fouilles archéologiques des cités perdues du Taklamakan
Le pionnier : un suédois, Sven HEDIN (1865-1952)
Il est l’un des plus grands explorateurs et fut couvert d’honneurs dans
plusieurs pays.
Ses œuvres, qui comprennent plus de 50 volumes, furent traduites dans
une trentaine de langues. Il parle couramment 7 langues. A 29 ans, il
entreprend une série de voyages en Asie Centrale. Il meurt dans l’oubli à
87 ans à cause de ses prises de position en faveur des allemands au cours
des deux guerres mondiales.
Trois expéditions à travers l’Asie Centrale:
Il faillit mourir lors de la première expédition qui sera infructueuse.
Les deux dernières devaient livrer des découvertes d’une importance archéologique considérable.
2ème expédition: il quitte Kashgar le 14 décembre 1895 et couvre 480 kms jusqu’à Khotan en 21
jours. Il passe par Borasam qui fut identifiée comme Yotkan, ancienne capitale de la région.
Après 10 jours de marche en direction de Keriya, il découvre les vestiges d’une civilisation
bouddhique perdue depuis longtemps.
3ème expédition: dans le Taklamakan en septembre 1899, financée par le roi Oscar de Suède et
Emmanuel Nobel. Après 20 jours dans le désert, il atteint l’oasis de Cherchen sur la Route de la
Soie et se dirige vers le désert de Lopsor. Il dégagea du sable, des maisons et 120 pièces de bois
avec des inscriptions, puis 36 fragments de papier avec des caractères chinois, dont l’un permit
d’établir ce site comme celui de Lou-Lan, ville de garnison chinoise fondée pour protéger la
circulation le long de la Route de la Soie et tombée aux mains des barbares au IVè siècle. Ce site
était déjà enseveli sous les sables du désert de Lop en 1224, lorsque Marco Polo y passa.
Le professeur français Paul PELLIOT (1878-1945)
En 1906, il a 27 ans et dirige une expédition de trois hommes dans
le Turkestan chinois. Il est accompagné de son ami le docteur Louis
Vaillant et de Charles Mouette, photographe de l’expédition.
Il parle parfaitement 13 langues. Les mandarins sont étonnés de
l’entendre faire des citations de leurs classiques et lire les
sentences écrites sur les panneaux des salles de réception.
Départ pour Kashgar, fin août 1906, où ils séjournent six
semaines, puis six semaines de fouilles sur les ruines de
Toumchouq, ancienne cité monastique bouddhique jusque vers
l’an 800. Ils restent ensuite huit mois à Kaitcha et découvrent un
nombre important de documents bouddhiques dont certains écrits
dans l’ancienne langue Koutchéenne jusqu’alors perdue.
Ils partent vers Uroumchi et atteignent les grottes des mille
Bouddhas qui contiennent entre 15000 et 20000 manuscrits. Ils y
restent quatre mois et ramènent en France des caisses de manuscrits et des peintures murales.
44
Sir Aurel STEIN (Budapest 1862-Kaboul 1943)
Archéologue et explorateur britannique d’origine hongroise, il est fasciné par
Alexandre le Grand. Ses travaux portent sur les anciennes civilisations d’Asie
Centrale. Il parcourt durant 16 années, 40 000 kms à travers le Turkestan
chinois. Il reçut le titre de docteur « honoris causa » des universités d’Oxford
et de Cambridge, et obtint la médaille d’or de la Royal Géographical Sociéty.
3 expéditions:
1 –1900-1901 (il a 37 ans) à travers les montagnes du Karakoram. Depuis
Sringar au Cachemire puis, Kashgar, Yarkand, Guma, Khotan et 11 jours
pour rejoindre Dandan-Ulik. Tous les
documents trouvés portent des
dates entre 782 et 787, prouvant que Dandan-Ulik a été déserté à la fin du VIIIè siècle. Il dégagea
14 édifices avec vergers, avenues de peupliers et canaux d’irrigation. Sur le site de Niya, il trouve
beaucoup de tablettes écrites dans une langue prakrite indienne, puis des sceaux représentant des
divinités grecques, site abandonné en 269. Au site d’Endere, il découvre, sur du papier raide et
jaune, les plus anciennes écritures tibétaines.
2 –1906-1908 : Dunhang est le plus fascinant des sites explorés par Stein, il persuade l’abbé Wang
de lui céder certains manuscrits de la bibliothèque murée de Touen-Houang.
3 –1913-1915 : de Kashgar, il se dirige vers le Lop et rejoint Dunhang pour acheter de nouveaux
manuscrits au moine Wang.
En novembre 1914, il atteint Turfan et découvre le site d’Astana.
Il est de retour à Kashgar en 1915.
Albert Von LE COQ (Berlin 1860-1930)
Fils d’un riche marchand de vin huguenot. A
Berlin, il étudie l’arabe, le turc, le persan et le
sanskrit. A 42 ans, il entre au département de
l’Inde du Musée Ethnologique de Berlin. Deux
ans plus tard, il
entreprend sa première
expédition avec Théodor BARTUS.
Ils quittent Berlin en 1904 pour Uroumchi. De là,
ils gagnent Turfan à 160 kms. A Karakhoya,
ancienne cité, ils découvrent une fresque de 1,80m
de haut qui représente Manès, fondateur de la
religion
manichéenne, ainsi qu’une église
nestorienne. Dans les gorges de Sangin, ils
mettent au jour deux bibliothèques de manuscrits.
Puis, ils se rendent à l’ensemble monastique de Bezeklik. Ils découvrent des peintures avec des
inscriptions en brami, en ouighour, en chinois, des fresques du VIIè siècle, des broderies et des
manuscrits.
A Shui-Pang, ils trouvent des manuscrits chrétiens.
Puis ils regagnent Kashgar pour aller à Kyzil, ils découvrent plusieurs temples, les peintures
murales, les sculptures et les manuscrits sont intacts.
45
MUSÉES DÉTENANT CE PATRIMOINE
En France, ces trésors sont au Musée Guimet et à la Bibliothèque Nationale de France.
Le reste est conservé dans différents musées et bibliothèques : Londres, Berlin, Saint-Pétersbourg,
New Dehli, Pékin, Shanghai, Tokyo …..
PARIS
B.N.F.
Manuscrits rédigés en chinois, tibétain, sogdien et ouigour, d’une grande importance pour l’étude
de la diffusion du bouddhisme. Ces manuscrits sont actuellement en cours de numérisation dans
le cadre du projet international de Dunhang.
Livret à la colle dit « en papillon » constitué de 75 feuilles de papier pliées,
assemblées par collage (Fonds Pelliot)
MUSÉE GUIMET
Peinture murale moitié du VIIIè siècle—Kucha
BERLIN
En sept terribles nuits, lors de la seconde guerre mondiale, furent
anéantis à Berlin plus de chefs-d’œuvre de l’art d’Asie Centrale que les
pilleurs de tombes, les paysans, les systèmes d’irrigation ou les
tremblements de terre n’auraient pu le faire en plusieurs années.
MUSEUM FÜR INDISCHE KUNST
Conserve ce qui reste des expéditions de Le Coq : sculptures en argile et
en bois, peintures murales, importante collection des manuscrits
nestoriens des oasis de Turfan en langue sogdienne.
LONDRES
BRITISH MUSEUM
Au département d’art asiatique, sont conservés: peintures, bannières et manuscrits de Mogao des
missions Aurel Stein.
NEW DEHLI
NATIONAL MUSEUM
La galerie des Antiquités d’Asie Centrale conserve 600 pièces des missions Aurel Stein des sites de
Miran, Astana, Hotan, Bezeklik, Dunhuang : sculptures, peintures bouddhiques sur soie et sur
papier, manuscrits, pièces de monnaie en or et argent, textiles, statuaires.
46
LA SOIE EN EUROPE
En 552, l’empereur byzantin JUSTINIEN Ier, après avoir dérobé aux chinois le secret de la
sériciculture, en fait un monopole d’état, et on commence à fabriquer de la soie dans l’empire
byzantin.
Avec l’expansion arabe, la sériciculture se développe dans l’Espagne arabe, en Italie et dans le Sud
de la France. Charlemagne aurait rapporté d’Espagne des pièces de soie nommées « samit ».
EN Italie
Les ateliers de soie apparaissent d’abord en Sicile au
XIIème siècle, quand le roi ROGER II – descendant des
Normands qui avaient envahi la Sicile au XIème siècle –
installe des tisserands byzantins à PALERME.
Charles d’Anjou, frère de Saint Louis, s’assurant le trône
de Naples – dont dépend la Sicile – de nombreux
tisserands francs s’installent à Palerme. A la suite de la
révolte des « Vêpres Siciliennes « et du massacre des
français, de nombreux tisserands francs émigrent de
Palerme à LUCQUES.
Au début du XIIIème siècle, on comptait plus de 3.000 métiers à Lucques. Les draps de Lucques
étaient décorés d’animaux rappelant les motifs des tisserands Tang. Les grandes familles
lucquoises dominaient le marché des soieries.
Le « diasprum lucanum », de couleur bleue le plus souvent, broché d’or et
d’argent, mêlant motifs gothiques et fantaisie orientale, était très apprécié
des princes européens.
Le pillage de Lucques par les pisans en 1314, entraîne une nouvelle
migration des tisserands vers VENISE, GENES et FLORENCE.
Venise et Gênes produisaient surtout des velours dont le velours
alluciolato, enrichi de mille trames d’or et d’argent, décoré du motif de la grenade hérité du Moyen
Orient, symbole de résurrection.
Florence fabriquait de magnifiques brocarts de soie, d’or et d’argent.
Au milieu du XVème siècle, on plante des mûriers et on tisse la soie à Milan.
AVIGNON ET LA COUR PONTIFICALE
De 1305 à 1417, les papes voulurent faire d’Avignon la nouvelle capitale de
l’Eglise Catholique et Romaine. Ils firent venir des artistes et des tisserands de
soie italiens. Pour satisfaire les besoins de cette cour luxueuse, des tisserands
italiens introduisent la culture du mûrier dans le Comtat Venaissin
Le vestiaire liturgique est très riche : les gants, les bas et les chaussures sont en
soie brodée.
LA GRANDE PESTE
Apparue en Chine en 1333, elle est véhiculée par les caravanes et les bateaux génois. En 1348, elle
atteint Avignon et anéantit la moitié de la population, ainsi que la moitié du petit royaume de
France, 8 habitants sur 10 à Florence, 3 sur 4 à Venise. L’expansion en Europe de la Route de la
Soie fut paralysée, quantité de banques florentines firent faillite, entraînant dans leur chute nombre
d’ateliers de tissage de soieries.
47
A LYON
A la fin du XIVème siècle, les grandes villes étaient approvisionnées par les commerçants des états
italiens. On estime que le royaume de France dépensait chaque année près de 4 millions d’écus
pour ses fournitures de soie.
Charles VII (R 1422-1461), voulut éviter ces importantes sorties d’argent et accorda à la ville de
Lyon l’autorisation de tenir deux foires annuelles : banquiers et tisserands italiens vinrent s’y
installer nombreux.
Louis XI (R 1461-1483) choisit par lettre patente du 23 Novembre 1466, la ville de Lyon – proche
des Etats italiens – pour y installer une manufacture de soie mais la ville, craignant l’effondrement
des échanges avec les marchands italiens mécontents de cette concurrence lyonnaise, fit échouer le
projet.
A TOURS
Louis XI fit alors installer l’entreprise à Tours, plus proche du pouvoir. Nobles et membres du
clergé passèrent de nombreuses commandes.
Le 12 Mars 1470, Louis XI ordonne aux conseillers et procureurs de la ville de Lyon d’envoyer à la
ville de Tours des ouvriers en soierie pour y exercer leur profession.
Charles VIII (R 1483-1498) prit de nombreuses
mesures protectionnistes : par arrêté de 1495, il
interdit l’usage des draps d’or, d’argent ou de soie
autres que ceux portant le sceau de la ville de Tours.
On mit au point l’armure de tissage baptisée « Gros de
Tours » armure dérivée du taffetas, très utilisée au
XVIIème et XVIIIème siècles pour les tissus
d’ameublement.
Louis XII (R 1498-1515) : sous son règne, à Tours, sur 12.000 habitants, 4.000 étaient ouvriers de la
soie. Les soieries tourangelles étaient préférées à celles de Milan ou Florence, voire même à celles
d’Asie.
François Ier (R 1515-1547) et le Camp du Drap d’Or,
ou l’apogée de la soierie tourangelle.
Désireux de s’attirer la sympathie du roi
d’Angleterre Henri VIII et son appui contre
Charles Quint, François 1er lui proposa une
rencontre. Pour montrer à Henri VIII sa richesse et
sa puissance, il commanda – pour cette entrevue
– 350 tentes de « drap d’or frisé en dehors et
au-dedans ». L’entrevue fut un échec et François
1er dut régler les factures : 16.532 livres de
fournitures, soit le salaire annuel de plusieurs
milliers d’ouvriers.
En 1536, par lettre patente, il octroie aux lyonnais
le privilège de la fabrication d’étoffes d’or, d’argent et de soie pour remercier la ville de Lyon de
lui avoir fourni les moyens nécessaires à la conquête d’Italie.
En 1545, il ordonne l’établissement de deux foires franches annuelles pour favoriser le commerce
intérieur de la soie.
La concurrence lyonnaise puis la Révolution entraîneront le déclin de la soierie tourangelle.
Toutefois, deux manufactures perpétuent la tradition: les tissages Jean Roze et la
Manufacture Le Manach.
En centre ville, place Plumereau, le passant peut encore se reposer à l’ombre d’un « arbre d’or ».
48
LE DEVELOPPEMENT DE LA SERICICULTURE EN FRANCE
Henri IV (R 1589-1610) et Olivier de Serres :
Le nouveau roi – bien conseillé par l’économiste Laffemas et par l’agronome Olivier de Serres –
entreprit de lutter contre la suprématie de la soie italienne et donc de produire la matière
première indispensable aux manufactures en faisant planter des mûriers et construire des
magnaneries.
Avec la protection d’Henri IV, Olivier de Serres (1539-1619), surnommé « Monsieur du Pradel »,
contribua fortement au développement de la sériciculture en plantant des mûriers et en élevant
des vers à soie.
Il publie le traité « de la cueillette de la soie par la nourriture des vers qui la font ». Henri IV fit
planter 20.000 plants de mûrier aux Tuileries et à Fontainebleau.
En revanche, Sully fut toujours opposé à la production de ces tissus de luxe.
LA PRODUCTION DE LA SOIE DANS LES CEVENNES
La
sériciculture,
probablement
arrivée
d’Espagne avec les Arabes, fut implantée dans
les Cévennes sous le règne de Saint Louis.
Dès le début du XIVème siècle, les sédiers
d’Anduze reçoivent des marchands étrangers
venus négocier l’achat de cocons et le tirage de
la soie. Louis XII
autorise les habitants de
Nîmes à exercer l’art et le métier de la draperie
de soie. Le pays se couvre de mûriers. François
Traucat en fait planter 4.000.000 et, à la suite de
l’hiver 1709 particulièrement rude, « l’arbre
d’or » va remplacer « l’arbre à pain » ou
châtaignier. Colbert soutient les manufactures cévenoles.
En 1853, les Cévennes – l’une des deux premières régions séricicoles au monde – assurent plus de
la moitié de la production française.
En 1845, la pébrine décime les élevages de vers à soie.
Pasteur trouve – non pas un traitement
mais – une méthode de sélection de graines saines évitant la propagation de la maladie.
L’activité continuera, concurrencée par les soies chinoises et japonaises, passant par le canal de
Suez ouvert en 1869 et l’apparition de la soie artificielle.
La seconde guerre mondiale apporte un débouché, car l’armée ne veut que des parachutes en soie
fabriquée en France.
La production séricicole cévenole est l’une des dernières à avoir perduré en Europe. La dernière
filature fermera en 1968.
49
LA SOIE A LYON
En 1540, un édit royal de François Ier stipulant que « tous les draps d’or et d’argent et les soieries
étrangères entrant en France devaient être expédiés à Lyon pour la perception des droit d’entrée »
assure à Lyon le monopole du marché de la soie. C’est le début de la Fabrique Lyonnaise.
Sous Louis XIV, la Fabrique compte 14.000 métiers donnant du travail à plus du tiers de la
population. Lyon est appelée « Ville de la Soie ».
En 1667, Colbert crée la Grande Fabrique capable d’honorer les somptueuses commandes du
Garde-Meuble Royal et édite les règles qui normalisent et garantissent la qualité des tissus de soie.
Le métier à la grande tire de Claude Dangon vers 1605-1620 va
permettre à Lyon de tisser de beaux façonnés. Il sera utilisé jusqu’au
XIXème siècle.
La Révocation de l’Edit de Nantes en 1685 oblige de nombreux ouvriers
protestants à émigrer vers la Hollande, l’Allemagne ou la Suisse.
Madame de Pompadour – en sa qualité d’actionnaire de la Compagnie
des Indes Orientales – instaure la mode des « chinoiseries ».
Sous Louis XVI, la mode occupe une place considérable, la reine MarieAntoinette ayant une passion pour les toilettes et les dessins de fleurs,
perles et jardins. On peut toujours admirer à Versailles le meuble d’été
commandé par Marie-Antoinette et porté sur les registres du GardeMeuble : « Meuble en gros de Tours blanc, broché de fleurs nuées,
ruban et plumes de paon. »
NAPOLEON 1er : « Lyonnais, je vous aime »
Après le désastre de la Révolution, l’industrie de la soie se reconstitue
rapidement grâce à l’impulsion donnée par Bonaparte : la ville de
Lyon, reconnaissante, lui offre un habit de velours qu’il emportera à
Sainte-Hélène.
La préoccupation de secourir et développer l’industrie lyonnaise
amènera le premier consul, puis l’empereur Napoléon à commander
moires, velours, damas et lampas pour ses châteaux de Saint-Cloud,
Compiègne, Fontainebleau et Versailles. Le Garde-Meuble impérial
assura le renom en France et à l’étranger des fabricants lyonnais.
En 1811, la Fabrique est en situation désastreuse ; l’empereur
commande plus de 80.000 mètres d’étoffes unies et façonnées pour
éviter la fermeture des ateliers et affecte un fonds de deux millions de
francs pour la commande destinée à Versailles. De plus, les navires
étrangers mouillant dans les ports de la Méditerranée doivent charger
au retour la moitié de leur cargaison en étoffes de soie.
50
LES CANUTS
Ce nom proviendrait de la canne de compagnonnage dont étaient porteurs les
ouvriers en soie qui, se retrouvant dans la misère du fait de la Révolution, durent
vendre les décorations en or et en argent qui décoraient leur canne. A leur passage,
on disait : « voici les cannes nues », puis les canuts.
Le canut est un ouvrier-tisseur très habile. Il travaille en famille pour un négociant
ou marchand-fabricant, le soyeux, qui passe commande, fournit le fil et le paie à
façon selon un tarif déterminé par lui seul.
La femme du canut, « la canuse » prépare les fils de chaîne et ses enfants sont tireurs
de lacs. Il fait travailler également des compagnons et apprentis qu’il loge, nourrit
sur place et paie aux pièces tissées.
Pour permettre de livrer les pièces finies à l’abri des intempéries, on aménage les « traboules » qui
permettent de passer d’une rue à l’autre en traversant maisons et cours.
LE METIER JACQUARD
Joseph-Marie Jacquard (1752-1834) - lyonnais, fils de soyeux - met au
point le métier qui porte son nom à partir du métier Falcon (1728) qui
utilise déjà des cartons perforés et en améliorant le métier de
Vaucanson - métier à la tire inspiré du modèle chinois - qui permet de
tisser des façonnés. Il est reconnu en 1804.
Sur ce métier, les lacs - ou lices - initialement levés à la main par des
enfants - sont remplacés par des cartes perforées au travers desquelles
passent de fins crochets qui lèvent les lices.
Les dessins peuvent être plus complexes et réalisés en plus de huit
couleurs.
L’ensemble de l’appareillage multipliait par trois la hauteur du métier.
Cette invention contribua grandement à supprimer le travail des
enfants et les canuts manquèrent de peu de jeter Jacquard dans le
Rhône.
LA CROIX -ROUSSE
L’apparition du métier Jacquard oblige les canuts à quitter les maisons basses du quartier SaintJean : on construit sur la colline de la Croix-Rousse des immeubles pour installer les métiers qui
mesurent plus de 4 mètres de haut. Partout on entend le « bistanclaque » (bruit caractéristique
produit par le métier en fonctionnement). On appelle ce quartier « la colline qui travaille » par
opposition à « celle qui prie », à savoir Fourvières.
Les canuts travaillent plus de 18 heures par jour et sont à peine rémunérés.
En Octobre 1831, paraît le premier journal ouvrier à l’initiative des canuts : « l’Echo de la
Fabrique ». Les marchands-fabricants n’appliquant pas le tarif unique décrété par le Préfet, le 21
Novembre, les canuts votent la grève générale, dressent des barricades, drapeau noir en tête
portant leur devise:
« VIVRE EN TRAVAILLANT OU MOURIR EN COMBATTANT ».
Une seconde révolte en Avril 1834 aboutira à la semaine sanglante qui fera nombre de morts,
prisonniers et déportés.
51
L’OUVERTURE VERS L’ORIENT
Au cours des années 1840 à 1890, la soie représente 75% de l’activité économique de la ville. Lyon
occupe la première place aux Expositions Universelles.
Les épidémies qui touchent les vers à soie annihilent la production française indigène entre 1849
et 1866 et conduisent les lyonnais à diversifier leurs sources d’approvisionnement en fil de soie. Ils
se tournent vers le Liban, l’Inde, la Chine et le Japon. L’Europe achète en Chine 50% de la soie
grège qu’elle travaille. La France est le premier importateur. La création d’une ligne maritime
directe entre Shangaï et Marseille, facilitée par l’ouverture du canal de Suez en 1869, et la création
de structures financières appropriées, font de Lyon l’entrepôt mondial des soies asiatiques. La
soierie lyonnaise jouit également d’une réputation au Japon qu’elle conserve encore de nos jours.
Lyon reste toujours la « Ville de la Soie », grâce aux Manufactures qui perpétuent
la tradition par un savoir-faire exceptionnel sur des métiers d’époque : métiers à
bras qui ne permettent de tisser que quelques centimètres par jour.
La Maison TASSINARI ET CHATEL, créée en 1680 par Louis Pernon,
« négociant de draps d’or et d’argent », a travaillé pour les cours de France et
d’Europe. Elle travaille toujours pour l’Etat français, à Fontainebleau et
Versailles, mais également pour le palais de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg et la
Maison Blanche à Washington.
TRADITION ET MODERNISME
La Maison PRELLE, fondée en 1752, travaille pour le Louvre
et Versailles, où elle a participé avec Tassinari et Chatel à la
réfection de la Chambre du Roi et a refait la chambre de la
Reine.
De nombreuses autres manufactures lyonnaises perpétuent la
tradition d’excellence de « La Ville de la Soie ».
Les Lyonnais ont également le talent de s’adapter aux besoins
du XXIe siècle, tant pour la soierie que pour l’industrie qui
fabrique les tissus techniques pour les industries
aéronautique et automobile. Le tissage du carbone sert à
renforcer les matériaux composites.
Les recherches en teinture ont également favorisé le
développement d’une industrie chimique très importante.
COMPLAINTE DES CANUTS
Pour chanter « Veni Creator »
Il faut une chasuble d’or.
Nous en tissons pour vous, grands de l’Eglise.
Et nous, pauvres canuts, n’avons pas de chemise.
C’est nous les canuts,
Nous sommes tout nus.
Pour gouverner, il faut avoir
Manteaux ou rubans en sautoir.
Nous en tissons pour vous, grands de la Terre,
Et nous pauvres canuts, sans drap on nous
enterre
C’est nous les canuts,
Nous sommes tout nus.
Mais notre règne arrivera
Quand votre règne finira,
Nous tisserons le linceul du vieux monde,
Car on entend déjà la tempête qui gronde.
C’est nous les canuts,
Nous sommes tout nus.
Aristide Bruant (1851-1925)
52
LA TRADITION RELIGIEUSE EN CHINE
Les Chinois reconnaissent l’existence d’une triple religion dans leur pays:
• le confucianisme
• le taoïsme
• le bouddhisme
L’ORDRE COSMIQUE
Le yin et le yang représentent les deux éléments complémentaires de
la dualité fondamentale.
Le yin : obscur, froid, doux est féminin
Le yang : lumineux, chaud, dur est masculin
Le livre des mutations, connu en Occident sous le titre de YI-KING est
le plus ancien texte philosophique de la Chine. Contemporain de
l’invention des idéogrammes, c’est le livre-maître de la pensée chinoise.
C’est une série de diagrammes :
yang = lignes pleines
yin = lignes brisées
C’est pendant la période des royaumes combattants (475-221 av.JC) que furent également mis en
système les cinq éléments: la terre, le bois, le feu, le métal et l’eau.
PELERINAGE AU TOMBEAU DE FU-XI
Fu-Xi a vu le jour il y a 4959 ans dans la ville de Tian-Shui et il est mort 125 ans plus tard à
Huaiyang. Ce n’est ni un prophète ni un envoyé de Dieu, c’est un souverain civilisateur.
Il est surtout honoré par quatre institutions fondamentales de la civilisation chinoise : les rites, la
cuisine, l’écriture et les huit trigrammes à l’origine du Yi-King.
Comme Adam, il est doté d’une compagne féminine Nü Gua, qui a créé l’humanité en pétrissant
l’argile du Fleuve Jaune.
Les femmes se pressent autour de sa statue pour un motif essentiel : avoir un garçon.
LE CULTE DES ANCÊTRES
Les liens avec le passé ont engendré le culte des ancêtres
et la loi de la piété filiale considérée comme la vertu
suprême à l’intérieur d’une famille.
Les rites de passage accomplis lors des funérailles
élèvent le défunt au rang des ancêtres. On brûle des
modèles en papiers de leurs biens pour les expédier dans
le monde des esprits. On peut faire appel au clergé
bouddhiste ou taoïste pour transférer le mérite religieux
du défunt dans l’au-delà.
Les ancêtres sont vénérés sous forme de tablettes
funéraires qui portent leur nom et abritent leur âme et
conservées sur l’autel familial où brûle l’encens.
LE CULTE IMPERIAL
L’Empereur est considéré comme le fils du ciel et le représentant sur terre de l’ordre divin. Cela
remonte très haut dans l’histoire de la Chine, avant Lao-Tseu et Confucius, probablement aux
environs de l’an mil avant notre ère, sous la dynastie Zhou.
Le culte impérial fut ressuscité sous les Han (206 av.JC—220 apr.JC) par les confucéens qui
voyaient en eux des empereurs dignes d’exercer le « Mandat Céleste »
53
CONFUCIUS et le CONFUCIANISME
Confucius est un sage chinois (vers 551-vers 479 av.JC)
qui consacra sa vie à enseigner que la bienveillance
envers les hommes, les règles de la morale et les liens
familiaux étaient l’essence même d’une société
harmonieuse et bien ordonnée.
Il n’était pas ouvertement religieux mais sa philosophie
empreinte
d’humanisme aspirait aux plus hautes
valeurs éthiques des autres systèmes religieux.
Il reconnut le culte des ancêtres et eut toujours la
conviction d’être guidé par une puissance supérieure
qu’il appela le ciel.
La vision de l’existence qu’avait Confucius lui prouvait
qu’il était vain de vouloir s’opposer au changement.
Il ne se considérait pas comme le créateur d’une pensée
nouvelle, mais comme un homme du passé tourné vers
le présent, oeuvrant pour l’avenir, un maître de
l’ancienne culture et de ses valeurs.
« je n’invente rien, je transmets »
C’est pour cela qu’il fit des disciples, pour maintenir en vie cet idéal sans lequel le monde
sombrerait dans la sauvagerie.
La dynastie des Han qui se termine en 220 après J.C. fut la première à avoir fait du Confucianisme
la doctrine de l’état.
Confucius resta le maître à penser de la Chine jusqu’au triomphe du communisme.
LAO-TSEU et le TAOÏSME
On n’est pas certain que Lao-Tseu ait vraiment existé. Il
serait un contemporain de Confucius un peu plus âgé.
Le taoïsme est l’autre grande tradition religieuse nationale de
la Chine. Il cherche aussi la communion entre l’homme et
l’univers.
Le TAO est le principe suprême régissant l’ordre cosmique.
Il est exposé dans les deux textes taoïstes philosophiques,
considérés
comme étant les plus anciens et les plus
importants:
le Tao-tö-King (le livre de la voie et de la vertu)
attribué à Lao-Tseu
Le Tchouang tseu, collection de textes baptisés du nom
de leur auteur (en chinois Zhuangzu) qui vécut au IVè s. av.JC
Ces textes, écrits à une époque où le pouvoir étendait son emprise sur tous les secteurs de la
société, privilégient l’individu sur la collectivité et la vie intérieure sur le monde de la
politique, des affaires et des honneurs.
La paix de l’âme s’obtient par une vie simple et droite et le détachement du sage l’amène à entrer
en communion avec l’univers.
LE TAOÏSME RELIGIEUX
La philosophie mystique qu’était le taoïsme à ses débuts a pris avec le temps les allures d’une
religion axée sur le surnaturel et la magie.
Son fondateur Zhang Tao-Ling, un magicien serait né en 34 et aurait vécu jusqu’à l’âge de 123 ans.
Le taoïsme religieux connut son apogée à l’époque des six dynasties (222-589). Il était compatible
avec la conception politique traditionnelle de la Chine.
Il donnait au régime des souverains une caution spirituelle et populaire.
54
LE BOUDDHISME DANS LA CULTURE CHINOISE
Le bouddhisme chinois, dit le bouddhisme du grand
véhicule, mit du temps à s’installer en Chine.
C’est au IIIè siècle que furent traduits du sanskrit un
certain nombre de textes bouddhiques qui
proposaient des techniques pratiques comme la
méditation.
Vu la difficulté de traduire en chinois les concepts
abstraits de la spiritualité indienne, les traducteurs se
servirent d’équivalents empruntés au taoïsme.
La dimension métaphysique du bouddhisme resta
foncièrement étrangère à la mentalité chinoise, plus
terre à terre.
C’est en souvenir de sa mère que le prince Li Zhi, de la dynastie Tang, fit ériger en 652, la pagode
de la Grande Oie sauvage.
Les textes sacrés que le moine Xuan Zang rapporta de son pèlerinage en Inde bouddhique y furent
conservés.
A cette époque, la pagode avait cinq étages et une hauteur de 54 mètres.
Détruite lors des persécutions anti-bouddhiques de l’impératrice Wu Zetian, au début du VIIIè s,
elle fut
reconstruite à l’identique quelques années plus tard, mais avec deux étages
supplémentaires.
L’étude approfondie du bouddhisme amena de nombreux moines à se demander s’il était fait pour
l’âme chinoise et à aller chercher la réponse en Inde.
C’est ainsi que Xuan Zhang (602-664) héros du roman « le voyage vers l’ouest » récit
autobiographique, parcourut les lieux saints de l’Inde pendant seize années.
De retour en Chine avec 520 œuvres du Petit et du Grand Véhicule, il en adapta 1338 chapitres en
chinois tout comme il transposa Lao-Tseu en sanskrit.
Le sort du bouddhisme en Chine varia avec les siècles. Il fut persécuté à plusieurs reprises par les
tenants du confucianisme mais continua de s’acclimater à la Chine jusqu’à son interdiction par les
autorités communistes.
55
CHEMINEMENT DES RELIGIONS
SUR LES ROUTES DE LA SOIE
LE ZOROASTRISME ou MAZDEISME
Zoroastre naquit vers 600 avant J.C. dans le Nord de l’Afghanistan.
Cyrius le Grand fait du zoroastrisme la religion d’état de la Perse
achéménide. Après les conquêtes arabes, une partie des fidèles
émigre vers l’est.
Le souci de préserver la terre, l’eau et le feu de la souillure, interdit
aux zoroastriens d’enterrer leurs morts, de les immerger ou de les
incinérer. Ils les exposent aux oiseaux de proie. Ils abandonnent les
cadavres en haut des Tours du Silence.
« Le culte du dieu céleste du feu », selon les chinois, joua un grand rôle sous les Tang.
Les temples du zoroastrisme ont disparu en Chine.
Aujourd’hui, on compte environ 150000 adeptes de Zoroastre, essentiellement en Inde à Bombay et
en Iran.
La transmission exclusivement héréditaire à la fois par le père et la mère fait décliner peu à peu le
nombre des fidèles.
LE JUDAÏSME
Une petite population juive originaire du Moyen-Orient a émigré en Chine vers 200.
La présence de commerçants juifs sous les Tang au VIIè siècle est avérée par Marco Polo.
Aurel Stein a rapporté de la région de Khotar une lettre en judéo-persan datable du VIIIè siècle, et
Paul Pelliot découvrit à Dunhuang une prière d’indulgence en hébreu sur une amulette portée par
un voyageur juif iranien.
Ces juifs avaient bien l’hébreu comme langue liturgique, mais leur langue maternelle était le
persan.
Cette minorité est engagée dans le négoce des soieries, des épices et des pierres précieuses et
s’installe dans les caravansérails en Chine de l’ouest.
LE BOUDDHISME
Siddharta Gautama, prince indien, contemporain de Confucius et de
Lao-Tseu, quitte son palais et devient Bouddha
Il n’a laissé aucun écrit, ses pensées sont réunies dans des textes sacrés
: les sûtra qui ont joué un grand rôle dans la diffusion du bouddhisme
sur l’ensemble du continent asiatique.
Deux courants profondément différents se sont développés entre deux
grandes zones.
- le Petit Véhicule en Inde, à Ceylan et en Asie du sud-est, tendance
qui met en avant la voie monastique et la parole du maître.
- le Grand Véhicule en Chine et au Japon, tendance qui se fonde sur
les sûtra pour affirmer que chaque homme peut parvenir à
l’illumination suprême.
Le bouddhisme tibétain est une sous-branche du Grand Véhicule. Il appartient à la tradition du
Véhicule du Diamant ou tantrisme.
LE MANICHEISME
Né en Mésopotamie en 215, Mani se considère comme un prophète
et prêche une religion universelle. Il délivre son message de
Babylone jusqu’en Inde. Il se considère comme le successeur de
Zoroastre, Bouddha, et Jésus et
le dernier des prophètes.
Condamné à mort, il s’éteint en prison en 277.
56
Le manichéisme se diffuse au sein de l’Empire Romain, au Moyen-Orient, en Afrique du nord et
dans le sud de l’Europe, où il rencontre un certain succès avant d’être persécuté au IVè siècle.
Le manichéisme se répand à l’est jusqu’en Chine, et au VIIIè s il devient la religion des ouigours.
Bannis comme hérétiques par les musulmans et les chrétiens, les manichéens se réfugient dans les
oasis d’Asie centrale où ils forment des colonies prospères jusqu’au XIè s.
Cette religion est connue par la découverte des manuscrits du Taklamakan.
LE NESTORIANISME
Le nestorianisme trouve son origine dans une controverse entre le
Patriarche de Constantinople Nestorius, et celui d’Alexandrie Cyrille.
Celui-ci obtient le soutien de Rome, et le concile d’Ephèse de 431
condamne la thèse de Nestorius.
Les nestoriens se réfugient en Perse. Suivant les routes commerciales, les
marchands perses nestoriens se font missionnaires et fondent
d’importantes communautés en Asie centrale.
Des nomades turco-mongols se convertissent et au VIIè s. Kashgar est un
royaume chrétien nestorien.
Le nestorianisme est la première forme sous laquelle le christianisme
s’introduisit en Chine et en Mongolie, bien avant les jésuites.
La première église nestorienne chinoise est fondée à Xian en 638.
En 845, sous la dynastie Ming, sont éradiquées les religions professant la vie contemplative comme
le bouddhisme et le nestorianisme, qui ne correspondent pas à l’idéal confucéen de participation à
la vie sociale.
Le nestorianisme disparaît définitivement de Chine.
Le nestorianisme connut de beaux jours sous l’empire mongol, et fut pratiqué par plusieurs
princesses de la famille de Gengis Khan.
L’ISLAM
Au début du VIIè siècle, dans l’actuelle Arabie Saoudite, un marchand de La
Mecque, Muhammad ibn Abdullah, Mahomet pour l’Occident, reçut des
révélations divines qui, consignées plus tard dans le coran, constituent le
fondement de l’islam.
Dès le milieu du VIIè siècle, la Perse fut vaincue par les arabes. L’islamisation de
l’Asie Centrale commença par le Turkestan pour gagner la Chine occidentale.
Cette période d’islamisation fut suivie du Xè au XIIè siècle par une période de
haute érudition, qui se donna pour défi de concilier la philosophie et la science
grecques avec la foi religieuse.
Deux grands penseurs :
Le persan Ibn Sînâ ou Avicenne (980-1037).
Brillant médecin et philosophe, son influence arrive jusqu’au Moyen-Âge latin.
Ibn Rushd ou Averroès (1126-1198)
Il affirme que la religion et la philosophie ne peuvent se contredire. En Europe, on
se passionne pour ses commentaires sur Aristote jusqu’en 1600.
Tout au long des XIIIè et XIVè siècles, l’empire islamique d’Orient subit les violentes attaques
mongoles sous l’impulsion de Gengis Khan. Il détruit Samarkand en 1220.
Le soufisme s’est répandu en Asie Centrale au XIIIè siècle. Adepte de la vie monastique, ce
courant est sans doute inspiré par les moines chrétiens et les ascètes manichéens. Les confréries
soufies jouèrent un rôle important dans le maintien de la cohésion musulmane contre l’invasion
soviétique.
57
LES JESUITES EN CHINE
DU XVIè au XVIIIè SIECLE
Religieux, humanistes, missionnaires et savants.
En Chine, à la cour des Empereurs, ils sont astronomes, lettrés, cartographes, musiciens, peintres
et diplomates. Ils contribuèrent à ouvrir l’Europe à la Chine.
Créateurs de la « sinologie », ils restèrent les « grands passeurs » entre l’Empire du Milieu et
l’Occident durant deux cent cinquante ans.
Au XVIe siècle : début des missions jésuites en Chine
IGNACE DE LOYOLA
Créé en 1540 « la Compagnie de Jésus » - les jésuites - qui ont parcouru le monde,
ouvert des collèges pour la rencontre des cultures et adapté la liturgie chrétienne
aux cultures locales.
MELCHIOR NUNEZ BARETTO
Est le premier jésuite à pénétrer en Chine en 1555 à Canton à deux reprises.
Durant vingt ans, des missions mal préparées échoueront.
FRANÇOIS XAVIER
Arriva à Goa en 1542.
Durant sept ans, il parcourut la partie orientale de l’Océan Indien.
En 1549, il est au Japon.
En 1551, à San Chon près de Canton où il meurt en 1552 sans avoir pu, comme il le souhaitait, aller
en Chine.
ALESSANDRO VALIGNANO 1539—1606
Considéré comme le second fondateur de la mission des Indes Orientales, va organiser la mission
en Chine. « Il prône » une rencontre respectueuse des différences entre l’Europe et l’Asie : une
évangélisation avec prise en considération de la culture et des traditions des peuples.
A son arrivée à Macao, il appelle Ruggieri de Goa et Mattéo Ricci de Rome où il a suivi les cours
du célèbre mathématicien Clavius.
MATTEO RICCI 1552—1610
Arriva en 1583 en Chine. Il est mathématicien,
astronome, cartographe. Durant 18 ans, il parcourut la
Chine, étudia le chinois, dessina une mappemonde (la
première), écrivit et traduisit des textes latins et grecs
en chinois. Il écrivit également avec succès sur la
morale de Confucius et celle du christianisme.
L’empereur l’appela en 1601 à Pékin. Mattéo offrit des
cadeaux: une épinette, une mappemonde, deux
horloges et des livres occidentaux.
La vigueur de son intelligence, les innovations
techniques, ses écrits et la traduction du calendrier
grégorien le font apprécier par l’empereur.
A sa mort en 1610, l’empereur pourvoit à sa sépulture
ce qui équivaut à une reconnaissance officielle.
C’est le premier occidental à être aussi proche de
l’empereur depuis les nestoriens.
58
Au XVIIe siècle : expansion et apogée des missions jésuites
En 1629, Paul SIU confie à TERRENTIUS (Schrech) la réforme du calendrier chinois et obtient que
Schall vienne former les chinois à l’astronomie.
Terrentius meurt en 1638.
Adam SHALL (1551-1666) lui succède. Il devient mandarin et président
du Tribunal d’Astronomie le « Qiantianpian ». Les jésuites garderont la
présidence jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Astrologue, armurier, il est
conseiller technique de l’empereur, y compris pour la fonte des canons. Il
est aussi musicien, il construit, à la demande de l’empereur, une épinette
sur le modèle de celle offerte par Mattéo Ricci et traduit en chinois la
méthode pour jouer, met au point mélodies et psaumes pour rendre la
méthode plus claire.
En 1650, l’empereur accepte la construction d’une église à Pékin. A la mort
de l’empereur, les régents, hostiles au christianisme, condamnent Schall à
mort. Malade, il meurt en 1666. En 1669, il est réhabilité.
En 1669, Ferdinand VERBIEST (1623-1688) succède à Schall à la présidence du Tribunal des
Mathématiques et à l’Observatoire.
Il participe également aux travaux de ses collègues européens. Esprit génial et ouvert, il
expérimente en mécanique et étudie l’utilisation de la vapeur. Avec des lettrés chinois, il écrivit de
nombreux ouvrages scientifiques.
Grâce à sa personnalité, des scientifiques, des lettrés et des membres de la famille royale se
convertissent.
En 1678, il lance un appel aux jésuites d’Europe.
Il mourut en 1688 et fut enterré près de Mattéo Ricci.
Son nom figure sur une liste de 108 héros nationaux d’un livre populaire chinois
A l’appel des Pères Verbiest (1678) et Couplet (1684), Louis XIV
réagit et décide d’envoyer des jésuites français: Fontenay, Gerbillon,
Bouvet, Tachard, Lecomte et Visdelou sous l’égide de l’Académie
Royale des Sciences, avec des consignes concernant l’observation de
la vie en Chine (géographie, histoire, culture etc…) dans un but de
communication d’ouvrages chinois ou mandchous. C’est ainsi que
la bibliothèque royale de Louis XIV rassemble, à l’époque, une
collection qui rivalise avec la bibliothèque du Vatican.
En 1685, les jésuites français embarquent à Brest avec les
ambassadeurs du Siam et de France.
En 1687, ils sont reçus par l’empereur à qui ils remettent les cadeaux
du roi de France.
La position des jésuites en Chine est délicate: envoyés par le roi de
France, ils sont en butte à l’autorité de Rome.
Petit à petit, une entente de bon aloi s’établit.
En 1688, PEREYRA succède à Verbiest: il interdit aux jésuites français de communiquer avec leur
supérieur français et les savants de Paris.
L’empereur Kang Hi les accueille dans son palais et leur permet de construire une église, qu’il
honore d’une inscription.
En 1689, Gerbillon et Pereyra sont envoyés comme interprètes au traité de Nertchinsk en Sibérie et
obtiendront que la Russie n’entre point en guerre avec la Chine.
En reconnaissance pour ce succès diplomatique, l’empereur accorde en 1692 un décret sur la liberté
du christianisme.
59
Au XVIIIe siècle: difficultés des missions jésuites
La querelle des rites chinois entraîne des tensions entre Rome et la Chine, elle divise les jésuites et
irrite l’empereur. Le père Parennin et les pères de Pékin tentent de calmer l’empereur Kan Hi.
Dominique PARENNIN, ami de l’empereur avec qui il s’entretenait de sciences et de religion,
dessine la célèbre « carte jésuite » de la Chine, de la Mandchourie et de la Mongolie qui sera
publiée à Paris en 1735.
Il réussit à garder la confiance du nouvel empereur Yong Tcheng mais ne put empêcher les édits
de 1724 et 1732 qui proscrivent le christianisme dans l’empire et exilent à Canton puis à Macao
les missionnaires, excepté ceux de Pékin.
Malgré les édits, certains pères parviennent à retourner dans leurs missions et envoient les futurs
prêtres chinois au Collège Louis-le-Grand à Paris où Jean-Baptiste DU HALDE (1674-1743),
historien, rédige, d’après les récits des pères des missions de Chine, sa « Description
géographique, historique, chronologique, politique et physique de l’Empire de la Chine et de
la Tartarie chinoise », qui constitue une des publications majeures en Europe au XVIIIe siècle,
dédicacée à Louis XIV. Voltaire, Rousseau, Montesquieu la citent.
Cette œuvre et l’atlas de 1735 eurent de multiples traductions et adaptations, qui exercèrent sur
l’histoire des idées philosophiques du XVIIIè une forte influence.
L’Empereur Kien Long a encore moins de sympathie pour le
christianisme que son prédécesseur.
Les pères séduisent par leurs peintres et leurs architectes qui décorent
palais et jardins.
Frère Giuseppe CASTIGLIONE peint pour les trois empereurs
successifs : Kan Hi, Yong Cheng et Gianlong. Outre ses peintures, il
effectue des dessins et sculpte pour la maison de plaisance de
l’empereur, en dirige la construction, aidé par le Frère Attiret, le père
Sichelbart et le frère Augustin Damacène Salusti.
BENOIST grave une mappemonde, une carte du ciel, une carte de
Chine, imagine des décors de jardin (fontaines etc…)
DA ROCHA et d’ESPINA explorent l’Asie Centrale.
Joseph-Marie AMIOT (1718-1793)
Dernier jésuite de la grande épopée des missions jésuites en Chine. Auteur
d’un dictionnaire tatar, mandchou, français. Il se passionna pour tout :
langues, coutumes,
dialectes, histoire, musique, danses rituelles
chinoises….
Il prit avec lui un jeune chinois qu’il forma aux méthodes scientifiques
européennes et durant 31 ans, publia avec lui ses écrits. Outre
l’astronomie, il poussa ses recherches dans le domaine du magnétisme et
s’occupa de la formation d’hommes de sciences chinois.
En 1775, l’ordre des jésuites est supprimé en Chine.
Leur remplacement par les lazaristes n’empêche pas l’interdiction de la religion chrétienne.
60
CONCLUSION
La Route de la Soie est le premier pont entre l’Orient et l’Occident. Elle a permis des mouvements
de peuples et des échanges entre les cultures qui ont joué un rôle central dans l’évolution de la
civilisation humaine. Des identités culturelles se sont formées grâce aux influences venues
d’ailleurs.
Influence humaine : Elle a apporté une contribution précieuse à la civilisation humaine.
En effet, outre les commerçants et leurs marchandises, elle a été parcourue par les créations de la
pensée, du savoir-faire et de l’imagination humaine. Sur cette route, des dialogues se sont noués
entre des peuples divers; des idées nouvelles se sont
diffusées et des techniques ont été
transmises. Parallèlement, en tant que voie des armées conquérantes et des migrations massives de
populations, elle a contribué à donner à des régions entières leur caractère politique, ethnique et
religieux actuel.
.
Influence scientifique : La transmission dans les deux sens, des sciences et techniques a été un
élément du flux réciproque des idées sur la Route de la Soie. De Chine sont venues
principalement la technique de fabrication du papier, l’imprimerie et la poudre à canon, inventions
qui ont changé le monde occidental.
D’Occident, sont venues de nouvelles découvertes en mathématiques, médecine et astronomie qui
se sont répandues en Chine.
Influence culturelle : Ce que le patrimoine culturel et artistique des peuples d’Asie Centrale a
d’unique, il le doit en grande partie à la Route de la Soie. Celle-ci n’a pas seulement permis aux
caravanes de marchands de circuler, mais a joué un rôle important dans l’élaboration de la
symbiose artistique de la région. En effet, chaque groupe, dont les caravanes s’arrêtaient pour un
temps sur ces pistes accidentées, a contribué tant sous l’angle de l’expérience humaine que sous
celui de l’imagination, à l’Art qui y a été créé.
Influence spirituelle : La diffusion de religions nouvelles a été facilitée par les échanges
commerciaux sur la Route de la Soie. C’est ainsi que le bouddhisme, le christianisme, l’islam, le
zoroastrisme et le manichéisme se répandirent très loin de leur terre d’origine, d’abord par les
activités des commerçants eux-mêmes, puis par le truchement de voyageurs et de
missionnaires.
d’après le Rapport de l’Unesco (1990)
61
BIBLIOGRAPHIE
LIVRES :
Le Livre des Merveilles du Monde
Marco POLO
Les Routes de la Soie
La Route de la Soie
Marco Polo et la Route de la Soie
La Route de la Soie
La Route de la Soie
Les Chemins de la Soie
WIENI
Le Ver à Soie
La soierie Lyonnaise
Tours, Capitale historique de la Soie
La soie en Touraine
Les Compagnies des Indes
Bouddhas et rôdeurs sur la route de la soie
Samarkand-Boukhara-Khiva (photos)
En pays Kirghize (photos)
Sur les Routes de la Soie
Gengis Khan
Atlas historique
Alexandre le Grand
Venise, la Sérénissime et la mer
Les Missions Jésuites
Histoire des Papes
La Route de la Soie ou les empires du mirage
Les Evangiles de la Route de la Soie
Chrétien d’Orient sur la route de la soie
Les Traditions religieuses en Chine
Mémento d’histoire de France
La Passion des motifs
Atlas des peuples d’Asie
Le Ver à Soie
Technologie des matières et industries textiles
CHINE (photos)
Jacques ANQUETIL
Luce BOULNOIS
Jean-Pierre DREGE
Jean-Pierre DREGE
José FRECHES
huit auteurs de CLAVAIROLLE à
62
BT Nature
Jean ETEVENAUX
André-Roger VOISIN
Conseil Général d’Indre et Loire
Ph. HAUDREVE et G.LE BOUEDEC
Peter HOPKIRK
Vadim E.GIPPENREITER
Réza – Olivier WEBER
H. LAMB
G.DUBY
P. BRIANT
A.SYBERG ; R.BURLET
P.LECRIVAIN
F.HAYWARD
Edith et François BERNARD
M.PALMER
S de COURTOIS
J.LAPORTE
O.VIQUIER
J.SELLIER
R-H. NOAILLES
Mme M. LE FUSTEC
PML Editions
REVUES :
Dossier de l’ART :
- Les Grandes Heures de la Soierie Lyonnaise
- Soieries de Lyon, Commandes Royales au XVIIIè S.
Itinéraires de découvertes :
- Routes de la Soie : sur les traces des caravanes
Chemins d’étoiles :
au fil des routes de la soie
Nos Ancêtres n°28
- les Canuts
Historia n° 648 :
Les Canuts
Historia n° 553
-Samarcande, les Routes de la Soie
HISTORIA spécial « la folle épopée des Mongols »
L’empire des steppes de Gengis Khan à Tamerlan
GEO Histoire
Routes de l’Extrême Orient
Dossiers d’Archéologie
La Bactriane, de Cyrus à Tamerlan
Le Monde de la Bible n° 184
Chrétiens en route vers Pékin
Océan Indien
Madagascar, route de la soie
Courrier International
- de la Chine à la Caspienne sur les routes de la soie
L’UNESCO
Les Routes de la Soie, Patrimoine commun, identités plurielles
Echanges sur les Routes
Le Monde des Religions
- Les mystiques
CATALOGUES D’EXPOSITION :
- Lumières de Soie, exposition Riboud au Musée Guimet
- Trésors de Dunhuang, exposition au Musée Guimet
63
REMERCIEMENTS
Nous remercions tout particulièrement
Madame Luce BOULNOIS, auteur de l’ouvrage de référence
« La Route de la Soie » publié en 1963.
Madame Gaële DE LA BROSSE, directrice de publication de la revue
« Chemins d’étoiles ».
qui, en nous communiquant généreusement leur documentation, leur avis et leurs
conseils, nous ont apporté une aide indispensable.
Merci également à
- Monsieur Patrick ALBALADEJO
- Monsieur Mathieu BIGEARD
de la maison HERMES pour le prêt du Carré « Au fil de la soie »
Tous nos remerciements, aussi, aux amis et aux membres de la SHAGE qui nous ont prêté
des objets, souvenirs précieux d’un voyage en Chine ou en Asie Centrale
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EXPOSITION RÉALISÉE
Par
La S.H.A.G.E.
Société d’Histoire, Art, Généalogie et d’Échange
Recherches et conception :
Chantal DORÉ
Elise HAGET
Christiane DAGUET
Catherine DENAUX
Chantal MARIE
Mise en page et montage :
Marcelle GRISELLE
Catherine DENAUX
Réalisation de la bannière en soie:
Annie AUGÉ
Comité de lecture :
Micheline TRISTAN
Gérald AUGÉ
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