A Rouen - Hannover.de

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ROUEN ET HANOVRE, LA RECONSTRUCTION
Auteurs Cécile-Anne Sibout, Stéphanie Springer et Jacques Guillet
Conception et réalisation Direction Culture-Patrimoine-Jeunesse de l’Agglomération de Rouen
Photos © Archives Départementales de Seine-Maritime, Historisches Museum Hannover, coll. privées Jacques Guillet, Patrick Herr,
CP Nicolas, Cécile-Anne Sibout, Stéphanie Springer
Remerciements entre autres à Herbert Baum, Michel Croguennec, Alain Gaspérini, Wolf-Dieter Mechler, Patrice Pusateri et Alain Robinne
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Des destructions considérables
Rouen occupée par les Allemands et bombardée par les Alliés
L
e 9 juin 1940, jour de l’entrée des Allemands dans
Rouen, l’armée française, espérant ralentir l’avance
ennemie, fait sauter les trois ponts Corneille, Boïeldieu et Transbordeur, puis incendie les docks et entrepôts de
pétrole situés rive gauche. Peu après le feu ravage pendant
trois jours tout le quartier sud de la cathédrale aux vieilles maisons à pans de bois. En 1942-1943 des bombardements alliés
ponctuels commencent à frapper la cité et ses environs.
Dès le 19 avril 1944, 6 000 bombes alliées
ravagent l’agglomération. La « Semaine Rouge »
(30 mai-5 juin 1944) sera encore plus
dramatique
Début 1944 la ville est menacée par l’imminence prévisible
d’un débarquement anglo-saxon sur les côtes de la Manche, car
Rouen est un noeud de communication vital entre Paris, l’Ouest
et le Nord, ainsi qu’une puissante région industrielle. Dès le 19
avril 1944, 6 000 bombes alliées ravagent l’agglomération, faisant 900 victimes. Le quartier des Carmes, entre autres, est gravement touché, de même que Sotteville, important centre ferroviaire. La « Semaine Rouge » (30 mai-5 juin 1944) sera encore
plus dramatique. L’objectif est de ralentir à tout prix la Wehrmacht peu avant le Débarquement. Les dégâts sont très lourds
de part et d’autre de la Seine : le quartier Grand-Pont, le Théâtre des Arts, l’Hôtel des Douanes (où meurent 140 personnes
réfugiées dans ses caves), les quais de la Bourse et du Havre
ainsi que le bas de la rue Jeanne d’Arc sont notamment anéantis. Le 1er juin, la cathédrale prend feu par la tour Saint-Romain,
mais l’entrepreneur Georges Lanfry et son équipe parviennent
à maîtriser le sinistre. Il y aura plus de 400 nouvelles victimes,
dont des pompiers venus de Paris. Beaucoup de communes
périphériques sont aussi touchées : Oissel, Petit et Grand-
Hiver 1945 à Rouen, temple Saint-Eloi
Rue Saint-Nicolas, avril 1944
Couronne, Petit-Quevilly, Déville… Rouen même est détruite
sur 30% de sa surface environ.
Beaucoup de communes périphériques sont
aussi touchées
Ces bombardements intensifs ont cependant participé à la
réussite du Débarquement, et ont sans doute aussi évité à
Rouen de devenir un champ de bataille. On peut enfin noter
une différence de nature entre le bombardement des villes
françaises occupées, et celui des villes allemandes, où l’objectif affiché était de terroriser les civils.
Rouen wird als bedeutender Handels- und Verkehrsknotenpunkt am 9. Juni 1940 von der Wehrmacht besetzt. Die Alliierten werfen 6000 Bomben und
zerstören damit 30 % der Stadt, um die Landung der Alliierten zu sichern, dabei sterben 900 Menschen.
Hanovre : l’apocalypse fin 1943
A
Hanovre la 2 e Guerre mondiale se termine le 10
avril 1945. Les soldats de l’armée américaine, qui
arrivent vers midi, découvrent une image de destruction absolue.
Le bombardement le plus catastrophique,
survenu dans la nuit du 8 au 9 octobre 1943,
réduit la vieille ville en cendres
Après plus de 100 bombardements échelonnés entre le 1er
août 1940 et le 28 mars 1945, 90 % des bâtiments du centre-ville sont anéantis et la distribution de gaz, électricité et
eau se trouve interrompue à maintes reprises. Le bombardement le plus catastrophique, survenu dans la nuit du 8 au 9
octobre 1943, réduit la vieille ville en cendres : sur les 16 000
maisons à colombages, qui ont marqué le visage de Hanovre
pendant des siècles, 40 à peine restent encore debout. Les
trois châteaux royaux (Leineschloss, Herrenhausen et Linden)
ont brûlé. Seuls trois bâtiments-phares, qui se dressent parmi
les ruines, témoignent encore de l’identité hanovrienne : l’Anzeiger-Hochhaus, l’immeuble qui édite la presse, un bijou architectural des années 1920 en brique rouge avec coupole
de cuivre ; la nouvelle mairie ; et, malgré des dégâts majeurs,
l’église principale de Hanovre, Marktkirche. Tous les lieux de
culte, beaucoup d‘hôpitaux, de cinémas, théâtres et terrains
du sport sont détruits totalement ou en partie. Quatre écoles
sur 87 sont restées intactes, ce qui provoque quasiment l’arrêt
de tout enseignement. Les installations industrielles de leur
côté souffrent de graves dégâts, contraignant au chômage
une bonne moitié de la population. Seules six grandes villes
en Allemagne ont été plus durement atteintes que Hanovre.
Tous les lieux de culte, beaucoup d‘hôpitaux,
de cinémas, théâtres et terrains du sport sont
détruits totalement ou en partie
Table rase, vue de l’église Marktkirche vers la place Steintor avec la ruine de l’église de la Croix (Kreuzkirche) et l’Anzeiger-Hochhaus
Heureusement le chiffre des victimes (environ 7 000 morts
dans les bombardements) apparaît relativement bas grâce à
un système efficace d’abris
bétonnés et de terrains découverts, dans lesquels les
habitants ont pu se réfugier
pendant les 1 400 alertes. Par
ailleurs près de 11 000 soldats
issus de Hanovre sont morts
au front, et 6 000 autres ont
disparu en 1945. Il en résulte
que la population de la ville
chute de 472 000 habitants
Mamans allemandes au milieu
en 1939 à 217 000 en 1945.
des gravats
In Hannover zwischen August 1940 und April 1945 sterben 7000 Menschen in über 100 Bombenangriffen. Die Stadt gleicht einem Trümmerfeld : 90 %
der Häuser sind zerstört, von einst 16 000 Fachwerkhäusern stehen noch 40.
Rouen et Hanovre, la Reconstruction
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Les abris et constructions provisoires
Rouen : rebâtir d’abord des ponts
A
Rouen la reconstruction des ponts apparaît prioritaire, puisque la ville est traversée par la Seine. A
la place de l’ouvrage métallique édifié par les Allemands au bas de la rue Grand Pont, on bâtit en deux jours, dès
septembre 1944, un pont de type Bailey. Il s’agit d’une structure préfabriquée conçue par un Anglais, aux éléments légers
transportables par camions, mais assez résistant pour permettre le passage de chars ; il sera peu après encore consolidé, et
sa largeur doublée. Un an plus tard un deuxième pont provisoire est construit au bas de la rue du Bac, tandis que dès le
printemps 1945 une passerelle relie l’île Lacroix à la rive gauche,
ses habitants devant jusque-là emprunter des barques pour
s’y rendre.
Le nombre des sinistrés grossit brutalement
avec les bombardements du printemps 1944
Par centaines, des Rouennais avaient été relogés dans des baraquements dès 1940, par exemple place du Boulingrin, suite
à l’incendie qui avait ravagé le quartier sud de la cathédrale.
Le nombre des sinistrés grossit brutalement avec les bombardements du printemps 1944. Les boulevards ceinturant Rouen
se couvrent alors de constructions précaires faites de tôle et
de bois, souvent importées des Etats-Unis ou des pays nordiques, abritant des familles parfois très nombreuses !
Les commerçants s’organisent de leur côté dans l’urgence en
emménageant dans de petits magasins provisoires, où les marchandises, rares encore il est vrai, sont entassées et mal mises
en valeur. La plus importante concentration de ces boutiques
temporaires est située près du Palais de Justice, au nord de la
rue Saint-Lô.
La plus importante concentration des
boutiques temporaires est située près du
Palais de Justice
Canots avec passagers reliant l’île Lacroix à la rive gauche, 1945
Parfois ce sont les baraquements édifiés par les occupants euxmêmes pendant la guerre qui servent de structure d’accueil ;
Baraquements de fortune rive gauche
ainsi une Maison des Jeunes s‘installe près de la gare dans
l’ancien foyer réservé aux soldats allemands. Même la vie religieuse subit des formes de précarité, une chapelle provisoire
étant par exemple édifiée près de l’église Saint-Maclou éventrée. L’écrivain André Maurois, ébahi devant la multitude des
constructions provisoires, compare Rouen aux villes-champignons construites dans l’Ouest américain par les pionniers, et
y décèle dans ce foisonnement anarchique un signe d’espoir
pour l’avenir.
In Rouen von höchster Priorität ist der Wiederaufbau der Brücken. In Baracken werden Hunderte von Menschen untergebracht, andere Provisorien, zum
Teil von der deutschen Besatzungsmacht errichtet, dienen als Jugendheime, Geschäfte oder Kirchen.
Hanovre : les réfugiés grossissent le nombre des sans-abris
D
ans Hanovre bombardé le problème fondamental,
plus aigu encore qu’à Rouen, est la pénurie de logements : 360 000 appartements manquent par rapport
à 1939, et par ailleurs la puissance d’occupation britannique
confisque des habitations jusqu’à l’été 1949 pour y installer
des soldats. Les propriétaires sont donc forcés de partager
leur logis avec d’autres familles.
de logements provisoires tels les “Nissenhütten“ en tôle ondulée, construits en forme de semi-tonneaux. Inquiet en matière
sociale et hygiénique, le service des travaux public est cependant contraint d’autoriser ces abris plus longtemps que prévu :
en 1950 près de 40 000 personnes vivent encore dans des ruines, des appartements endommagés, des caves, des garages,
des bâtiments industriels, ou même des cabanes de jardin.
En décembre 1945 les Hanovriens ont déjà
rendu habitables de leur propre initiative
50 000 pièces endommagées
Il faut donc ériger une multitude de logements
provisoires tels les “Nissenhütten“ en tôle
ondulée, construits en forme de semi-tonneaux
Le journal Neue Hannoversche Kurier rapporte qu’en décembre
1945 les Hanovriens ont déjà rendu habitables de leur propre
initiative 50 000 pièces endommagées ; mais ce n’est qu’une
goutte d’eau dans la mer,
d’autant que la population
augmente avec le retour
des militaires, de ceux qui
se sont réfugiés à la campagne, et surtout avec l’arrivée d’immigrés venant de
tous les anciens territoires
allemands, en particulier
de la zone occupée par les
Soviétiques. A l’automne
1945 il y a déjà 284 000 habitants à Hanovre, et le 28
juin 1954, dans le livre d’or
de la mairie, on enregistre avec fierté la naissance
d’un garçon : le demi-millionième habitant. Il faut
Des réfugiés arrivent à la gare de
donc ériger une multitude
Hanovre vers 1948
Les constructions provisoires concernent tous les domaines.
Ainsi un spectacle lyrique est donné dès l’été 1945 - une
première dans l’Allemagne d’après-guerre ! - dans l’orangerie des jardins de Herrenhausen, car le fameux opéra de
Laves, l’architecte royal du classicisme à qui Hanovre devait
ses plus beaux bâtiments, est gravement détérioré. Le café
Kröpcke, favori des Hanovriens depuis 1870, n’interrompt
quasiment pas son activité : après sa destruction en juillet
1943, il ressuscite dans une baraque au même endroit, et
pendant la première foire industrielle de 1947 il propose,
sous une tente, des rafraîchissements et un lieu de rencontre apprécié.
Premier café provisoire Kröpcke, dans une baraque, 1944
In Hannover es fehlt es vor allem an Wohnraum, zumal die britische Besatzungsmacht Wohnungen konfisziert und Hunderttausende Heimkehrer, Flüchtlinge und Vertriebene in die Stadt strömen. Provisorien dienen länger als gewünscht als Unterkunft.
Rouen et Hanovre, la Reconstruction
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Les difficultés de la vie quotidienne
Rouen : de l’angoisse au sursaut
Un nouveau quotidien surgit en septembre 1944, intitulé Normandie, dont le contenu rompt avec l’orientation vichyste de
son prédécesseur le Journal de Rouen, mais qui, à cause des
restrictions de papier, n’offre en général que deux pages jusqu’à la fin de 1946. Le mécontentement de la population, face
aux duretés de la vie quotidienne aggravées par l’inflation,
se manifeste particulièrement fin 1947, période où des grèves dures se déclenchent dans tout le pays. Mais les Rouennais cherchent aussi légitimement à se détendre, et dès 1946
fréquentent les manèges de la première foire Saint-Romain
d’après guerre, aux installations encore modestes et dispersées dans plusieurs endroits de la ville.
Manifestation à Sotteville contre la vie chère, vers 1945
L
es Rouennais, comme beaucoup de leurs compatriotes français, continuent à manquer de tout dans l’hiver 1944-1945, car les combats de la Libération ont
cloisonné le pays dont la force productive se trouvait déjà bien
affaiblie par la guerre et l’occupation allemande.
Les produits en vente libre demeurent rares et
les cartes d’alimentation ne disparaîtront
qu’en 1949
On continue à faire la queue devant les magasins (dont il
faut repérer la nouvelle adresse, beaucoup étant sinistrés !),
les produits en vente libre demeurent rares et les cartes d’alimentation ne disparaîtront qu’en 1949. Quant à la compagnie
rouennaise de tramways, elle ne possède plus que quelques
véhicules en mauvais état. Par ailleurs la promiscuité dans les
logements surpeuplés complique la vie quotidienne, et crée
parfois des tensions. La santé publique est préoccupante (mortalité infantile de presque 100 ‰ en 1945). Enfin les Rouennais
vivent dans un cadre bouleversé par les destructions, avec en
particulier un paysage de “no man’s land” très démoralisant
au sud de la cathédrale, quartier où la vie était spécialement
intense avant 1940. Quant aux hommes prisonniers en Allemagne depuis parfois cinq ans, ils commencent à revenir au
printemps 1945, suscitant la joie dans certaines familles, mais
aussi l’angoisse puis le deuil dans d’autres qui déplorent un
ou plusieurs disparus.
Un paysage de « no man’s land » très
démoralisant au sud de la cathédrale
Tramway place du lieuenant Aubert, 1951
In Rouen, die Menschen drängen sich in engen und schlechten Unterkünften, es gibt kaum Verkehrsmittel, Inflation, Hunger und Streik zehren. Aber ab
September 1944 erscheint eine erste freie Zeitung und ein Jahrmarkt bietet ab 1946 bescheidende Attraktionen.
A Hanovre on pratique le troc
L
’un des premiers soucis des occupants britanniques,
à Hanovre, est de rétablir la sécurité publique. Avec la
fin du conflit, certains habitants appauvris, en particulier les nombreux prisonniers de guerre brutalement libérés,
profitent en effet du chaos pour voler dans les entrepôts. Une
police civile est donc mise en place. Le problème le plus aigu
demeure l’afflux continuel de réfugiés, qui aggrave la crise du
logement. Quelques urgences sont cependant résolues assez
vite, malgré les énormes dégâts dus aux bombardements : les
réseaux d’eau et d’électricité fonctionnent dès août 1945, de
même que le traitement des eaux usées à la fin de l’année.
La collecte des ordures est en revanche gênée jusqu’en 1950
par l’accumulation des débris et gravats, totalement évacués
seulement en 1954. L’approvisionnement en denrées et combustibles s’avère problématique au départ. Les Hanovriens
pratiquent donc le troc au marché noir, et partent aussi se
ravitailler en vélo chez les fermiers des environs («Hamstertour»). A cause des pénuries, la production industrielle redémarre très difficilement. Au début de la reconstruction, on
réemploie par exemple comme matériau des briques tirées
des décombres.
Au début, la parution de journaux allemands est interdite par
les Anglais, qui attendent la consolidation de la démocratie.
Les Hanovriens se débrouillent donc avec des panneaux muraux sur lesquels figurent des petites annonces. Le premier
journal, le Hannoversche Presse, parait cependant dès septembre 1946 ,puis quelques semaines après suit l’hebdomadaire Der Spiegel.
L’hiver 1946-1947 est très froid, puis le dégel
et une pluie diluvienne en février causent une
inondation catastrophique
Inondation à Hanovre, 1946
La météorologie de son côté vient encore tout compliquer,
car l’hiver 1946-1947 est très froid, puis le dégel et une pluie
diluvienne en février causent une inondation catastrophique,
noyant non seulement des dossiers officiels, mais aussi les rares biens sauvés des bombardements. Au contraire l’été suivant est chaud et la récolte mauvaise. Le rationnement doit
donc être prolongé jusqu’en 1950, avec des portions parfois
inférieures à celles distribuées pendant le conflit, ce qui provoque jusqu’en 1948 d’épisodiques “manifestations de la faim“.
Petit commerçant devant l’église du marché « Marktkirche »
In Hannover, auch wenn die Gas- und Stromversorgung bald repariert sind und die Trümmer geräumt werden, ist die Versorgungslage zum Teil schlechter als zu Kriegszeiten. Die Hannoveraner tauschen auf dem Schwarzmarkt oder gehen auf „Hamsterfahrt“.
Rouen et Hanovre, la Reconstruction
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Les décideurs politiques et administratifs
A Rouen l’influence du ministère de la Reconstruction
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a France, à la Libération, connaît une période d’incertitude sur le plan politique, donc également sur
le plan décisionnel. Le général de Gaulle préside un
Gouvernement provisoire qui n’est reconnu par les Alliés que
fin octobre 1944. Les premières consultations démocratiques,
compte tenu de la désorganisation du pays, ne peuvent se
tenir qu’en mai 1945, mais lors de ces élections municipales
les femmes ont pour la première fois le droit de voter.
Un ministère de la Reconstruction et de
l’Urbanisme (MRU) est créé fin 1944.
Son pouvoir sera très important car la France
est un pays alors centralisé
La nouvelle constitution ne sera ratifiée par les Français qu’en
novembre 1946, date de naissance de la Quatrième République. Un ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU)
est créé ce mois-là. Son pouvoir sera très important dans les
années qui suivent, car la France est alors un pays fortement
centralisé, et l’idéologie de la Résistance, alors dominante, est
d’inspiration antilibérale et dirigiste, y compris dans le domaine économique. Le ministre de la Reconstruction qui a joué le
rôle le plus grand est Eugène Claudius-Petit (1948-1952).
La fonction importante d’urbaniste en chef est
occupée, de 1941 à 1948, par l’architecte
Jacques Gréber
Le ministre Claudius-Petit (au centre-gauche) visite Sotteville, 1950
A Rouen c’est l’armateur Jacques Chastellain, appartenant
à la droite modérée, qui est élu élu maire en 1945. Ni lui ni
le conseil municipal ne sont guère instances de décision en
matière de reconstruction urbaine : ils ne peuvent qu’émettre
des avis, de même que les principales administrations de la
ville. L’autorité essentielle émane en effet du MRU et de son
représentant départemental. Ceux-ci examinent, discutent
et amendent les plans proposés par les urbanistes. La fonction importante d’urbaniste en chef est d’abord occupée, de
1941 à 1948, par l’architecte Jacques Gréber, auquel succèderont Henri Bahrmann et Jean Fontaine. Dans le domaine
urbanistique, on constate en effet une nette continuité entre
Le maire de Rouen Jacques Chastellain, à droite (1945-1958)
les projets élaborés sous le régime de Vichy et ceux qui seront
mis en place à la Libération. L’épuration sera d’ailleurs faible dans le milieu de l’architecture et des bâtiments publics,
sans doute à cause du caractère essentiellement technique
de ces branches d’activité. Notons enfin le rôle discret mais
fondamental joué également par l’administration des Ponts
et Chaussées, dépendante du ministère des Travaux Publics.
Das 1946 mit der IV. Republik gegründete Ministerium für Wiederaufbau und Städteplanung entscheidet zentral, so dass in Rouen wenig Freiraum für
den neuen Bürgermeister Jacques Chastellain und seinen Rat bleiben.
Hanovre administrée au départ par les Anglais
P
our les Britanniques, l’administration municipale allemande doit au départ détenir seulement un pouvoir délégué, qu’ils veulent contrôler étroitement.
Le major anglais Lamb, commandant de Hanovre, nomme dès
son arrivée maire de la ville Gustav Bratke, un social-démocrate de 67 ans expérimenté en matière de gestion municipale,
mais emprisonné par les nazis dès la chute de la République de
Weimar en 1933. La collaboration entre Lamb et Bratke s’avère
fructueuse.
Les Anglais admettent rapidement que les
Allemands sont prêts à se tourner résolument
vers la démocratie
Officiers anglais près de la mairie de Hanovre, 1946
Début 1946 est nommé un conseil municipal sur le modèle
anglais, avec un président du conseil (“Oberbürgermeister“)
et un directeur de l’administration (“Oberstadtdirektor“), système “à deux têtes” qui sera abandonné seulement en 1996.
Bratke devient directeur de l’administration jusqu’à son remplacement fin 1949 par Karl Wiechert. Les Anglais admettent
rapidement que les Allemands sont prêts à se tourner résolument vers la démocratie. Ils autorisent donc la formation de
partis politiques dès septembre 1945. A l’automne 1946 ont
lieu les premières élections municipales libres, dans lesquelles
s’affrontent, entre autres, le SPD (Parti Social Démocrate) et la
CDU (Union Chrétienne Démocrate). Comme dans les années
1920, Hanovre choisit le SPD, et ceci jusqu’à nos jours.
Hinrich-Wilhelm Kopf (SPD) obtient en 1946 la
création d’un Land de Basse-Saxe, avec Hanovre
pour capitale, dont il devient Premier ministre
Wilhelm Weber, ancien prisonnier du camp de concentration
proche de Neuengamme, devient pour 10 ans président du
conseil municipal. Quant à Hinrich-Wilhelm Kopf (SPD), il obtient en novembre 1946 la création d’un Land de Basse-Saxe,
avec Hanovre pour capitale, dont il devient Premier ministre.
Le Parlement, encore nommé à l’époque, se réunit pour une
session constituante fin 1945.
La vie démocratique reprend
donc rapidement à Hanovre
comme ailleurs en Allemagne, après la “dénazification“
de la population et la création
en 1949 de la RFA. Quant à la
reconstruction de Hanovre,
elle est confiée à l’architecteurbaniste Rudolf Hillebrecht,
qui a déjà travaillé sous le réGustav Bratke, premier maire
gime précédent.
après 1945 de Hanovre
Die Briten erlauben nur einen schrittweisen Übergang der unter ihrer Regie gebildeten Kommunalverwaltung in die Selbstbestimmung unter Leitung
von Gustav Bratke, dem ersten Oberbürgermeister und späteren Oberstadtdirektor.
Rouen et Hanovre, la Reconstruction
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Le pilotage : urbanistes et architectes en chef
A Rouen une reconstruction impulsée par Jacques Gréber
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Herr coordonne ensuite toutes les études
particulières, confiées à des architectes en chef
d’îlots, qui eux-mêmes pilotent de nombreux
architectes d’opération, le tout en étroite
collaboration avec les associations de reconstruction
ouen étant partiellement sinistrée dès 1940, un urbaniste parisien réputé, Jacques Gréber, y est nommé début 1941 pour réfléchir à la recomposition de
la cité. Gréber, né en 1885, fait partie des architectes de l’entre-deux-guerres militant en faveur de plans d’aménagement
urbain, afin d’éviter que les grandes villes se développent de
façon anarchique par simple juxtaposition de bâtiments médiocres. Toutefois Gréber, comme plusieurs de ses confrères,
voit ses projets rester lettre morte dans une France qui se préoccupe alors peu d’urbanisme, tandis qu’il rencontre paradoxalement du succès à l’étranger, signant le plan d’aménagement de Philadelphie (1917) ainsi que celui d’Ottawa (1939).
François Herr, architecte en chef adjoint de Rouen (1948-1960)
Ce dernier, âgé de 40 ans en 1949, donc contemporain d’Hillebrecht, signe cette année-là le plan-masse des îlots prioritaires de la rive droite, lequel reprend en l’adaptant l’essentiel du
plan Gréber. Herr coordonne ensuite avec son collègue Démaret toutes les études particulières, confiées à des architectes en
chef d’îlots, qui eux-mêmes pilotent de nombreux architectes
d’opération, le tout en étroite collaboration avec les associations de reconstruction auxquelles doivent obligatoirement adhérer les sinistrés. Si l’on mentionne en outre le rôle spécifique
joué à Sotteville par Marcel Lods, nommé architecte en chef de
cette cité-martyre fin 1944, grand admirateur quant à lui de Le
Corbusier, on mesure à quel point la reconstruction de l’agglomération rouennaise a constitué une oeuvre collective.
Le plan Gréber s’élargit en 1946 à toute
l’agglomération et sera approuvé par arrêté
ministériel en 1947
Dès son arrivée à Rouen, Gréber élabore un premier schéma
urbanistique, qu’il devra modifier à la fin de la guerre suite aux
graves destructions survenues en 1944. Après un long cheminement administratif (enquêtes publiques et consultations diverses à Rouen, approbation par le conseil municipal, puis le MRU),
ce plan Gréber qui s’élargit désormais à toute l’agglomération,
sera approuvé par arrêté ministériel en août 1947. Pourtant peu
après Gréber quitte Rouen assez brusquement, et rejoint Ottawa. Il aura pour successeurs deux urbanistes et deux architectes en chef, le rôle essentiel dans la reconstruction rouennaise
revenant surtout à l’un d’entre eux, François Herr.
Marcel Lods, urbaniste en chef de Sotteville à partir de 1945
Jacques Gréber, urbaniste en chef de Rouen (1941-1948)
Jacques Gréber, renommierter Städteplaner aus Paris, erhält bereits 1941 den Auftrag, den Wiederaufbau der 1940 schwer beschädigten Stadt zu planen.
Sein 1944 an die aktuelle Situation angepasster und auf den gesamten Großraum ausgedehnter Entwurf - „plan Gréber“ - wird 1947 nach langwierigen
Konsultationen vom Stadtrat und dem Ministerium für den Wiederaufbau (MRU) angenommen. Die Umsetzung erfolgt dagegen nicht mehr durch ihn,
der abrupt nach Ottawa überwechselt, sondern durch seinen Nachfolger François Herr zusammen mit seinem Kollegen Démaret und zahlreichen anderen Architekten.
A Hanovre le rôle fondamental de Rudolf Hillebrecht
C
ontrairement à Rouen, Hanovre n’a eu, pendant la
période de la reconstruction, qu’un seul “capitaine”, l’architecte-urbaniste Rudolf Hillebrecht, né en
1910 à Linden, centre industriel incorporé à Hanovre en 1920.
Hillebrecht fait ses études à Hanovre et Berlin. En 1933-1934
il travaille à Hanovre comme architecte salarié, et aide Walter Gropius, le fondateur de la célèbre école Bauhaus, pour la
construction de maisons particulières.
Hillebrecht fait ses études à Hanovre et Berlin.
En 1933-1934 il travaille à Hanovre comme
architecte salarié, et aide Walter Gropius
Après avoir obtenu son diplôme en 1937, Hillebrecht
est employé à Hambourg
par l’architecte en chef Gutschow (lequel deviendra luimême après guerre conseiller
d’Hillebrecht pour la reconstruction de Hanovre). Le
ministre nazi Albert Speer
charge alors Hillebrecht de
pourvoir à l’approvisionnement de Hambourg en matériaux mais aussi en main
d’oeuvre, y compris avec des
prisonniers de guerre et des
déportés du camp de Neuengamme, proche de la grande
cité hanséatique. Considéré toutefois en novembre 1945 comme non coupable de complicité idéologique avec le nazisme,
Hillebrecht reprend après guerre ses activités, cette fois sous
l’autorité de l’administration militaire britannique. Il est nommé urbaniste en chef de Hanovre le 1er août 1948, et gagne
vite la confiance du conseil municipal, plus particulièrement
celle du directeur de l’administration Karl Wiechert.
Considéré en novembre 1945 comme non
coupable de complicité idéologique avec
le nazisme, Hillebrecht reprend après guerre
ses activités
Dès le début, Hillebrecht multiplie les efforts pour réaliser
ses projets en concertation avec la population hanovrienne,
et surtout avec les propriétaires concernés. La reconstruction de sa ville natale devient sa grande ambition, à laquelle
il consacrera toute sa vie. Ses qualités de persuasion et d’organisation, sa ténacité et son souci de l’avenir, indispensables pour rebâtir à la fois rapidement et de façon partiellement visionnaire, le rendent célèbre dans toute l’Allemagne
ainsi qu’à l’étranger. Il n’assume directement la construction
d’aucun immeuble, jugeant sa fonction de “chef d’orchestre”
urbanistique incompatible avec celle d’architecte. Il travaille
à la renaissance d’Hanovre jusqu’en 1975, et décèdera en
1999.
Walter Gropius, fondateur
du Bauhaus en 1919
La reconstruction de sa ville natale devient la
grande ambition d’Hillebrecht
Hillebrecht décoré de l’ordre du mérite (au centre, 1974)
Der Wiederaufbau Hannovers ist untrennbar mit dem Namen Rudolf Hillebrecht verknüpft. Er wurde 1910 in Hannover-Linden geboren und widmete
seine gesamte berufliche Laufbahn nach dem zweiten Weltkrieg dem Wiederaufbau seiner Heimatstadt. Hierfür errang er international Anerkennung.
Der Anhänger Le Corbusiers mühte sich unermüdlich um die Zustimmung aller betroffenen Eigentümer, Politiker und Wirtschaftsvertreter. Er selbst betrachtete sich dabei als „Dirigent“ und nicht als „Solist“.
Rouen et Hanovre, la Reconstruction
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Les idées directrices de la Reconstruction
A Rouen dès 1946 un urbanisme à l’échelle de l’agglomération
J
acques Gréber est un urbaniste adepte du néo-classicisme, donc influencé par le XVIIIe siècle ainsi que
par Haussmann. Il apparaît soucieux, dès son premier
plan datant de 1942, de paysage urbain et de mise en valeur
des principaux monuments historiques. Il prévoit donc d’élargir certaines rues, de ménager des places rayonnantes avec
des percées en diagonale, tout en maintenant au centre-ville
des constructions sobres, de hauteur modérée. Les aléas de la
guerre obligent toutefois Gréber à modifier plusieurs fois ses
plans. Le ministère de la Reconstruction impose par ailleurs ses
vues sur certains sujets, décidant par exemple que les ponts
de Rouen seront surélevés à 7 mètres au dessus du fleuve, ce
qui oblige à concevoir deux niveaux de quais : ce bouleversement engendrera des conséquences négatives à long terme
pour la ville, instaurant une coupure mutilante entre les bords
de la Seine et la vie urbaine.
L’idée-maîtresse de Gréber est d’élargir à la rive
gauche les fonctions dévolues jusqu’ici au
centre-ville, une innovation dans l’histoire
de la cité
Immeuble Garibaldi, Sotteville (Marcel Lods)
Après 1944 Gréber étend sa réflexion à l’ensemble de l’agglomération. Son idée maîtresse est d’élargir à la rive gauche les
fonctions dévolues jusqu’ici au centre-ville, ce qui constitue
une innovation dans l’histoire de la cité : le sud de Rouen, jusque-là encombré d’usines et d’entrepôts, doit en effet devenir
selon Gréber un quartier administratif et résidentiel. Le plan de
développement qu’il préconise en 1946 pour Rouen contient
des vues prospectives prémonitoires, en particulier la nécessité de prévoir un contournement routier complet pour la ville.
Les successeurs de Gréber après 1948, tout en s’inspirant de
ses conceptions, les modifieront notablement, en particulier
rive gauche. Dans cette partie de Rouen, c’est l’influence du
Mouvement moderne, auquel appartient Lods, qui va l’emporter. Ce courant architectural, synthétisé par la Charte d’Athènes (1933, attribuée à Le Corbusier) critique l’architecture traditionnelle éclectique du 19ème siècle, laquelle multipliait
les références historicistes. L’urbanisme au contraire, selon les
Les quais reconstruits sur deux niveaux
modernistes, doit être avant tout fonctionnel, et différencier
des zones urbaines réservées respectivement au logement, au
travail, aux loisirs et à la circulation. On préconise de construire
des immeubles élevés, pour apporter aux habitants l’air et la
lumière, et ménager au sol de larges espaces verts. La notion
traditionnelle de rue a ainsi tendance à s’effacer.
Place de la Calende actuellement
Jacques Gréber ist noch vom Neo-Klassizismus, mithin vom 18. Jahrhundert, und Haussmann, dem großen Pariser Architekten, inspiriert. Sein Plan respektiert das historische Erbe der Altstadt auf dem rechten Seineufer, sieht dagegen auf der linken Seite der Seine, traditionell den Fabriken und Lagern
vorbehalten, radikale Neuerungen vor. Hier sollen Verwaltungs- und Wohnviertel entstehen. Die Nachfolger Grébers, namentlich Lods, bleiben grundsätzlich bei dieser Aufteilung, verwirklichen den Plan jedoch ganz im Sinne der avangardistischen Städteplaner der „Moderne“ nach den Ideen von Le Corbusier und der „Charta von Athen“ (1933). Luft und Licht soll in die Städte geholt werden, die in die Funktionsbereiche Wohnen, Arbeiten, Freizeit und
Verkehr aufzuteilen sind.
A Hanovre Hillebrecht inspire le Masterplan
Principales voies de circulation hanovriennes en 1939, puis en 1949
Voie radiale et nœud de trafic place Waterloo
L
e conseil municipal de Hanovre met en concours
dès 1948 un projet urbanistique pour la ville et reçoit beaucoup de réponses, car de nombreux architectes ont réfléchi dès 1943 sur le sujet. La synthèse de
toutes ces propositions constitue en 1949 le “Master plan”,
largement inspiré des idées d’Hillebrecht. Ce dernier prend
en considération les suggestions émanant des propriétaires, des commerçants et des simples citoyens, tout en les
canalisant. Le conseil municipal établit ensuite en 1951 un
plan d’occupation des sols – le premier en Allemagne -, qui
sera réaménagé tous les 5 ans, et qui se fonde au départ sur
l’estimation optimiste d’une population future de 600 000
habitants.
Hillebrecht prend en considération les suggestions
émanant des propriétaires, des commerçants et
des simples citoyens, tout en les canalisant
Hillebrecht, admirateur du Bauhaus (Gropius, Mies van der Rohe),
est donc, comme Lods, adepte du Mouvement moderne. Les
conceptions urbanistiques des architectes modernistes sont paradoxalement assez voisines (même si n’existe aucune proximité
idéologique entre les deux mouvements) de celles développées
par le national-socialisme, lui aussi partisan du zonage des villes,
dans la mesure où une telle séparation des fonctions peut favoriser le contrôle de la population. La reconstruction hanovrienne
d’après guerre s’appuie ainsi sur une double continuité de vues.
Le projet d’Hillebrecht intègre en outre un autre principe : selon
lui la ville doit s’adapter aux voitures, afin de garder une circulation fluide et d’éviter tout trafic superflu. Le Masterplan prévoit
donc notamment de :
• réserver le centre-ville au commerce, en y incluant des zones
piétonnières mais en revanche très peu de logements
• canaliser le trafic routier par un réseau de larges voies interdépendantes
• déterminer des quartiers spécifiques, par exemple pour les activités bancaire (Aegidientor) et politico-administratives (place
Waterloo)
• conserver des parcs urbains (Eilenriede)
Auch Hillebrecht kann auf Vorarbeiten seiner Vorgänger aus der späten Kriegszeit zurückgreifen, die er mit einer eigenen Gruppe von Fachleuten überarbeitet und nach einer öffentlichen Ausschreibung in einen „Masterplan“ gießt. Darüber hinaus legt er dem Rat 1951 den ersten Flächennutzungsplan
Deutschlands zur Entscheidung vor, der von einer künftigen Bevölkerungszahl von bis zu 600.000 Einwohnern ausgeht. Wie Lods ist Hillebrecht Bauhaus-Adept und Anhänger der „Moderne“. Seine Planung der „gegliederten und aufgelockerten Stadt“ wird maßgeblich von der Idee der „autofreundlichen Stadt“ bestimmt.
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Moyens matériels et financiers
A Rouen comme ailleurs on emprunte pour reconstruire
dommages subis sera donc long, d’autant que le nombre de
sinistres est très élevé, les procédures complexes, et les arbitrages délicats. Globalement cette indemnisation sera inférieure aux dépenses effectives générées par la reconstruction, compte tenu notamment de la forte inflation qui règne
après-guerre, les sommes versées par l’Etat ne la compensant qu’en partie.
Les fonds provenant du Plan Marshall
(1947-1952), précédés et prolongés par
d’autres aides américaines complémentaires,
constituent un apport fondamental
E
tant donné l’échec de la politique de réparations financières après la 1ère guerre, les vainqueurs de 1945
choisissent de privilégier, à l’égard de l’Allemagne, les
réparations en nature. Une loi du 28 octobre 1946 prévoit donc
une large indemnisation des sinistrés par l’Etat français, étendue notamment aux pertes et pillages subis pendant l’exode
de 1940.
Le remboursement des dommages subis sera
long, d’autant que le nombre de sinistres est
très élevé
Toutefois les gouvernements successifs de la IVe République
manquent d’argent, à cause des conséquences appauvrissantes de la guerre, et aussi des opérations militaires engagées en Indochine à partir de 1946. Le remboursement des
Par ailleurs le premier plan national, adopté en janvier 1947
sous l’impulsion de Jean Monnet, met la priorité sur des activités de base permettant le redémarrage de l’économie (charbon, électricité, sidérurgie, transports intérieurs), et non sur la
reconstruction des régions bombardées. Le budget du MRU
reste donc modeste dans les premières années, et du coup
on bâtit parfois sans grands moyens. Les fonds provenant du
Plan Marshall (1947-1952), précédés et prolongés par d’autres
aides américaines complémentaires, constituent un apport
fondamental pour la renaissance de l’économie française,
mais seule une fraction de cet outil financier est attribué à la
reconstruction proprement dite (un tiers seulement en 1950
contre deux tiers affectés aux industries de base). L’Etat comme les villes recourt donc à l’emprunt, et les particuliers euxmêmes s’endettent pour retrouver un logement d’un niveau
égal voire supérieur à celui dont ils disposaient avant le conflit.
Les entreprises, de leur côté, sont mises à contribution pour
aider au développement du logement social (plan de 1953 dû
à Pierre Courant, maire du Havre et ministre à l’époque de la
Reconstruction).
Trotz der Bemühungen des französischen Staates, die Kriegsschäden auszugleichen (Gesetz vom 28.10.1946), gelangen aufgrund der Inflation, der
schlechten Wirtschaftslage und der ab 1946 für den Indochina-Krieg benötigten Mittel nur ein Bruchteil der vorgesehenen Gelder an die Berechtigten.
Zugleich richtet sich der Monnet-Plan vorrangig auf die Widerbelebung der Wirtschaft. Auch aus dem Marshall-Fonds wird nur ein Bruchteil für den
Wiederaufbau im engeren Sinne verwandt, so dass sich der Staat und die Komunen ebenso wie die Bürger hierfür stark verschulden.
Un nouveau mark et des foires-expositions
L
’économie hanovrienne redémarre lentement, faute
d’énergie et de moyens de transport. Les restrictions
imposées par l’administration militaire constituent
un obstacle supplémentaire. Cependant la réforme de la
monnaie, décrétée par les Alliés occidentaux le 20 juin 1948,
est un tournant positif. Même si chaque Allemand voit alors
s’évaporer ses économies excepté 60 marks par personne (la
ville de Hanovre perd en 220 millions, destinés à la reconstruction), cette mutation incarne un signal fort de confiance.
La réforme de la monnaie, décrétée par les
Alliés occidentaux le 20 juin 1948, est un
tournant positif
Affiche pour la 1ère foire internationale de Hanovre, 1947
Dès le lendemain, vitrines et rayons se remplissent d’ailleurs
de marchandises. Les prix sont libérés, les biens courants vendus désormais sans restriction, et la productivité se met à croître parallèlement à la demande.
Comme toute la RFA (créée cette année-là), Hanovre profite
par ailleurs des retombées du plan Marshall à partir du 1949.
Cependant, alors que la loi fondamentale stipule que la réparation des dommages de
guerre relève de l’Etat fédéral, ce sont essentiellement
les Länder et les municipalités qui assumeront leur coût
(environ 500 millions de DM
pour Hanovre par exemple
jusqu’en 1956), au prix d’un
fort endettement. Les Hanovriens se montrent heureusement très solidaires : pour
rebâtir l’Opéra, une grande
tombola est ainsi organisée,
et 2 millions de billets venUne du catalogue de l’exposition
dus, avec pour gros lot une
Constructa, 1951
Point de ramassage des anciens Reichsmark en 1948
maison individuelle. Hillebrecht persuade par ailleurs les propriétaires au centre-ville de céder gratuitement 15 % de leurs
parcelles pour agrandir la voirie.
Diverses expositions jouent de leur côté un rôle moteur, informant utilement sur les nouveaux matériaux et techniques. La
foire industrielle de 1947 va doter Hanovre d’une réputation internationale. Cette véritable “fenêtre sur le monde” réunit 1 300
exposants, et les militaires anglais participent au transport et
au logement des visiteurs, ces derniers d’autant plus nombreux
qu’un million de petits pains et 60 tonneaux de poissons y sont
vendus sans tickets de rationnement ! D’autres manifestations
dynamisantes suivront, telle en 1951 la première exposition internationale du bâtiment, baptisée “Constructa“.
Diverses expositions jouent de leur côté un rôle
moteur, informant utilement sur les nouveaux
matériaux et techniques
Die Währungsreform am 20. Juni 1948 erweist sich als Motor für die Wirtschaft und damit zugleich des Wiederaufbaus. Entscheidende Hilfe kommt in
den folgenden Jahren durch den Marshall-Plan. Gleichwohl trägt Hannover schwer an den Kosten; die Stadt, die durch die Währungsreform alle ihre Rücklagen verloren hat, muss bis 1956 rund 500 Millionen DM Darlehen aufnehmen, um den Wiederaufbau zu finanzieren. Aber die Hannoveraner zeigen
sich solidarisch und spenden Geld oder treten sogar Parzellen ab. Die Industriemesse von 1947, die Baumesse Constructa und die Bundesgartenschau
von 1951 öffnen „ein Fenster zur Welt“.
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Des dizaines d’architectes mobilisés
A Rouen, des architectes normands et parisiens
zones bombardées, à un labeur considérable, ce qui explique que des architectes
parisiens, entre autres, soient
venus épauler leurs confrères normands. Conséquence
aussi de cette tâche énorme à accomplir rapidement,
les étudiants-architectes en
cours d’études (Alain Gaspérini, Alain Robinne) sont vivement sollicités par leurs aînés
professionnels déjà confirmés, pour qu’ils viennent les
seconder dans leurs agences
le soir et le week-end.
La formation des architectes,
Maitres d’œuvre et d’ouvrage devant le futur Palais des Consuls
dans les années 1920-30, est
er
(1 rang : 2e à gauche G. Lanfry, 4e à droite Flavigny, 5e à droite F. Herr ;
marquée par le classicisme
2e rang : 2e à gauche P. Chirol)
académique, ou encore par
le régionalisme (par exemple en Normandie réinterprétation
e nombreux architectes ont travaillé à la reconstrucdes colombages avec des matériaux contemporains).
tion de Rouen, d’origine géographique, d’âges, de
formations et d’inspirations très diverses. De façon
générale dans l’entre-deux-guerres, période de stagnation
Brusquement en 1945 les architectes, comme
urbanistique en France, l’activité de ces professionnels avait
d’autres corps de métiers (métreurs,
souvent été restreinte, cantonnée même parfois à la simple
entrepreneurs de travaux publics...), ont dû faire
maintenance de bâtiments. Brusquement en 1945 les archiface à un labeur considérable
tectes, comme d’ailleurs d’autres corps de métiers (métreurs,
entrepreneurs de travaux publics...) ont dû faire face, dans les
D
Une minorité toutefois d’architectes, souvent parmi les
plus jeunes, adhère au Mouvement moderne, tel Henri
Tougard, élève d’Auguste
Perret. Ceux-là admirent
l’urbanisme mis en œuvre
après guerre au Havre, avec
ses grandes percées et ses
André Robinne, un des architectes
de Rouen (1893-1991)
immeubles géométriques
pourvus de toits en terrasse.
Malgré les différences de sensibilités et de générations (Pierre
Chirol a 68 ans en 1949, mais Raoul Leroy - nommé architecte
en chef du département cette année-là - 40 ans seulement),
des dizaines d’architectes ont travaillé à Rouen dans la complémentarité, selon une hiérarchie en cascade : les architectes
en chef supervisent les architectes d’îlots, qui encadrent euxmêmes les architectes d’opération. Le modelage des îlots est
un travail passionnant mais complexe, car chacun d’eux possède ses spécificités : configuration et exposition des parcelles, désirs des sinistrés concernant la distribution des espaces,
respect éventuel des servitudes aux abords des monuments
historiques.
Une minorité d’architectes, souvent
parmi les plus jeunes, adhère au
Mouvement moderne
Der Wiederaufbau in Rouen ist wie im gesamten Frankreich geprägt durch die enge Zusammenarbeit einer Vielzahl von Architekten jeder Altersgruppe
von unterschiedlicher Herkunft, Ausbildung und Gesinnung. Insbesondere Architekten aus Paris helfen den Kollegen in der Normandie und Studenten oder frisch examinierte Architekten wie Alain Gaspérini und Alain Robinne erhalten die Chance, sofort an großen Projekten beteiligt zu werden. So
entsteht eine Hierarchie von den älteren und renommierten Chef-Architekten (Pierre Chirol) über die Architekten der Stadtviertel zu denjenigen, die
die einzelnen Häuser planen.
Oesterlen, Zinsser, Lindau : 3 parcours hanovriens
souvent déjà travaillé pendant le IIIe Reich, tels deux des trois
principaux architectes s’impliquant dans sa résurrection.
Hanovre, comme bien d’autres villes,
confie sa reconstruction à des professionnels
qui ont souvent déjà travaillé pendant
le IIIe Reich
Dieter Oesterlen (1911-94) après ses études à Stuttgart et Berlin où il subit l’influence du Bauhaus, dessine des cités pour
les ouvriers affectés aux usines de guerre, ce qui lui évite le
service militaire. En 1945 il ouvre un cabinet à Hanovre, et reçoit bientôt des commandes-phares : la Marktkirche (1946), le
Café-Kröpcke (1948), le Parlement (1957-62)... Devenu professeur à Brunswick en 1953, Oesterlen y fonde un mouvement
d’architecture moderne réputé, la Braunschweiger Schule.
Dieter Oesterlen confie la clef du nouveau Musée historique au directeur, 1966
B
eaucoup d’architectes allemands étant morts à la
guerre, seuls les plus compromis politiquement parmi les survivants sont sanctionnés en 1945 dans le
cadre de la dénazification. Hanovre, comme bien d’autres villes, confie donc sa reconstruction à des professionnels qui ont
Dieter Oesterlen, après ses études à
Stuttgart et Berlin où il subit l’influence
du Bauhaus, dessine des cités pour les ouvriers
affectés aux usines de guerre. En 1945 il
ouvre un cabinet à Hanovre, et reçoit bientôt
des commandes-phares
Ernst Adolf Zinsser (1904-85) commence ses études comme Oesterlen à Stuttgart et devient ensuite architecte libéral à Berlin. Dès 1935 toutefois il s’installe à Hanovre pour
construire l’usine VLW (métal léger), entre ensuite au service
de cette entreprise et peut ainsi éviter lui aussi le service militaire. Dès 1945 il s’intègre à l’équipe qui réfléchit à la reconstruction d’Hanovre. Cultivé en matière de musique et de peinture, Zinsser construit des immeubles importants comme les
sièges des usines Kali-Chemie (1950-51) et Continental (195253), ou l’extension de l’hôtel Luisenhof. Il fait aussi partie des
architectes qui imaginent l’original quartier de l’église de la
Croix en 1950-51.
Une fois à la retraite, Friedrich Lindau
se consacre à l’histoire de la
reconstruction, et critique l’œuvre
d’Hillebrecht,
auquel il reproche d’avoir détruit
l’identité hanovrienne
Friedrich Lindau (1915-07) termine ses études à Hanovre en
1939, devient soldat, puis est blessé et fait prisonnier à Stalingrad. Après guerre, d’abord
assistant de Zinsser, il ouvre en
1951 un cabinet d’architecte
à Hanovre et construit, entre
autres, la Maison des syndicats (1952-53). Une fois à la
retraite, il se consacre à l’histoire de la reconstruction, et
critique l’oeuvre d’Hillebrecht,
auquel il reproche d’avoir détruit l’identité hanovrienne.
L’architecte Zinsser
Auch in Deutschland sind die Architekten nach dem Zweiten Weltkrieg rar, so dass viele – abgesehen von denjenigen, die politisch zu sehr belastet sind
- nahtlos ihre Tätigkeit fortsetzen können. Zu diesen gehören Dieter Öesterlen (1911-1994), der mit der Marktkirche (1946), dem Café Kröpcke (1948)
und dem Landtag (1957-62) einige der wichtigsten Gebäude wieder errichtet, und Ernst Adolf Zinsser (1915-1985), der die u.a. mit den Fabriken und
Verwaltungsgebäuden der Kali-Chemie (1950-951), Continental (1952-1953) und der Erweiterung des Hotels Luisenhof die Industriearchitektur prägt.
Friedrich Lindau (1915-2007) nimmt als einziger der genannten als Soldat am Krieg teil und beginnt nach dem Weltkrieg völlig unbelastet. Er geißelt bis
zu seinem Tod den Wiederaufbau Hillebrechts als zweite Zerstörung der Identität Hannovers.
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Les cent métiers de la Reconstruction
Des conditions de sécurité parfois précaires
A
ux côtés des architectes et des salariés du secteur
tertiaire qui les assistent (secrétaires et commis, souvent polyvalents vu l’urgence), de très nombreuses
professions sont mobilisées pour réaliser l’oeuvre de titan que
constitue la reconstruction des deux cités.
L’importance du patrimoine historique
nécessite pour sa restauration les compétences
d’artisans spécialisés
A Rouen des ingénieurs, appartenant notamment aux Ponts et
Chaussées, interviennent sur tous les chantiers où sont mises
en oeuvre des techniques innovantes (pont Corneille soudé et
non riveté ; tranchée couverte rive gauche construite en béton
Pose d’un élément de plancher, vers 1952
tailleurs de pierres. Des artistes sont aussi parfois sollicités, tel
Raymond Subes pour les ferronneries du Palais des Consuls,
ou les sculpteurs Saupique et Baumel, qui décorent le pont
Boïeldieu de statues évoquant le passé maritime rouennais,
dont un impressionnant groupe de Vikings. Deux autres familles professionnelles ont joué un rôle essentiel dans la renaissance de la ville. Des milliers d’ouvriers étrangers (prisonniers allemands au départ, puis Espagnols et Portugais) ont
travaillé de longues années dans des conditions de sécurité
pas toujours satisfaisantes. Il ne faudrait pas non plus oublier
les nombreux fonctionnaires, en particulier ceux dépendant
du MRU, qui ont tenté de faire cheminer sans trop de délais
dans le maquis administratif des myriades de dossiers.
précontraint). L’importance du patrimoine historique nécessite pour sa restauration les compétences d’artisans spécialisés. Des maîtres-verriers remontent ainsi dès 1948 les vitraux
de Saint-Patrice ou Saint-Romain déposés par précaution dès
1939. C’est surtout au Palais de Justice et dans les églises que
s’affairent de multiples métiers, en particulier des tailleurs de
pierres, des ferronniers et des sculpteurs sur bois.
Des milliers d’ouvriers étrangers (prisonniers
allemands au départ, puis Espagnols et Portugais)
ont travaillé de longues années dans des
conditions de sécurité pas toujours satisfaisantes
Le ministre de la Reconstruction Claudius-Petit, lui-même
ancien ouvrier ébéniste, tient à décorer de la Légion d’Honneur en 1950 dans une cathédrale encore fermée au public et
ouverte aux courants d’air, Paul Winckler, chef de chantier des
Construction d’une voûte, vers 1955
Groupe de Vikings (J-M. Baumel, 1957)
Eine Vielzahl verschiedenster Berufe sind am Wiederaufbau beteiligt. Architekten, Ingenieure und Techniker bringen die neusten Technologien zu Einsatz. Auf der anderen Seite gelangt z.B. bei den Kirchen, oder dem Justizpalast das traditionelle Kunsthandwerk mit den Bleiverglasungen, Schnitzereien,
Steinmetz-, Stuck- und Schmiedeeisenarbeiten zur neuen Blüte. Zugleich arbeiten tausende Kriegsgefangene und später Fremdarbeiter jahrelang unter
wenig befriedigenden Bedingungen.
Travailler à la force de ses bras
chaussures en bois, pas de casques de sécurité. Il leur faut, de
plus, acheter leurs outils. Quant aux premiers chantiers, comme celui de L’Europahaus, ils possèdent des échafaudages aux
lattes de bois fixées avec de simples cordes, et ne bénéficient
pas encore de grues.
Les conditions de vie et de travail sont dures,
comme le prouve, entre autres, le témoignage
de l’ancien ouvrier maçon Lothar Springer
«Trümmerfrauen» (femmes travaillant au déblaiement) vers 1944
A
u début de la reconstruction hanovrienne, la main
d’œuvre étant rare, les femmes sont mobilisées pour
déblayer les ruines (“Trümmerfrauen“), puis l’immigration procure des techniciens et des ouvriers. Leurs conditions de vie et de travail sont dures, comme le prouve, entre
autres, le témoignage de Lothar Springer, réfugié en 1947 à 17
ans dans la ville, qui y fait son apprentissage de maçon chez la
grande entreprise Meyerhoff. Il est d’abord logé dans un baraquement, puis dans une chambre endommagée par les bombes, qu’il réparer pour la rendre habitable. Il travaille 48 heures
par semaine, avec au début 10 jours fériés annuels seulement
et un salaire faible lui permettant à peine de se nourrir : participant à la reconstruction des locaux de l’entreprise Bahlsen
productrice de gâteaux, il balaie discrètement quelques morceaux tombés par terre et apaise ainsi sa faim. L’équipement
des maçons est sommaire : vêtements en coton blanc épais,
Même si la priorité concerne évidemment la reconstruction
matérielle, les artistes participent eux aussi à la renaissance hanovrienne. Hillebrecht s’intéresse à l’art urbain, même
dans ses détails (forme et position des réverbères, publicité
extérieure des magasins). La sculpture monumentale, nationaliste et héroïque caractéristique du IIIe Reich fait place,
Construction de la radiale Ferdinand-Wallbrecht
Ouvriers sur le toit de la Marktkirche, 1947
dans les zones piétonnes, devant les écoles ou les bâtiments
publics, à de petites scènes sereines et gaies évoquant la vie
quotidienne. Le principal artiste de la reconstruction hanovrienne est Kurt Lehmann, enseignant à l’Université. Il est
entre autres l’auteur du berger agenouillé dans les ruines de
l’église Aegidientor, une oeuvre intitulée “humilité“.
Auch in Hannover wird jede Hand zum Wiederaufbau gebraucht. Frauen räumen die Tümmer, Flüchtlinge und Vertriebene finden als Handwerker schnell Arbeit. Die Arbeitsbedingungen sind bescheiden und der Einsatz ist groß, um die Hungerjahre zu überstehen. Auch wenn die schnelle und günstige
Schaffung von Wohnraum das vorrangige Ziel ist, legt Hillebrecht großen Wert auf eine qualitätvolle „Straßenmöblierung“; Künstler wie Kurt Lehmann
beleben mit intimen, heiteren Alltagsszenen, die sich elementar von der heroischen Kunst des 3. Reiches unterscheiden, das Straßenbild.
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Les premiers travaux : 1944-1950
Déblayer Rouen et y concevoir de nouveaux îlots
L
e premier travail à accomplir, dans l’agglomération
rouennaise, est de libérer la voirie des véhicules incendiés et des débris de toutes natures qui l’encombrent. Il faut aussi boucher les excavations et démolir les pans
de mur inutilisables. Avec l’aide au départ des soldats américains, ce déblaiement est vite mené sous la direction du service des Ponts et Chaussées avec à sa tête Jean Prempain, personnalité qui jouera un rôle discret mais très important dans la
reconstruction. Dégagé de ses dizaines d’épaves, le port peut
à nouveau accueillir des bateaux début 1945.
Des quartiers ayant disparu, on peut modifier
les limites des propriétés et même la largeur,
voire la position des rues, donc remodeler des
portions entières de la ville
Seconde tâche difficile : procéder à l’évaluation et au remembrement des biens fonciers sinistrés. Des quartiers ayant disparu, on peut modifier les limites des propriétés et même la
largeur, voire la position des rues, donc remodeler des portions
entières de la ville. Parmi les voies nouvelles, citons la rue de la
Tour de Beurre, mais surtout
la rue du Général Leclerc,
pavée dès 1948 et achevée trois ans plus tard, dont
le tracé tente de briser l’orthogonalité d’un quartier
désormais bien différent de
son prédécesseur médiéval.
Cité commerçante, mais
aussi ville-musée par sa richesse patrimoniale, Rouen
pose aux urbanistes quelques problèmes délicats. Le
début des travaux est également retardé par l’affaire
de la surélévation des quais,
décision gouvernementale
issue d’un irréaliste projet
«Paris-port de mer», qui se
traduira, après de longues
hésitations, par le rehaussement à 7 mètres du tirant
d’air des ponts.
Début de la reconstruction rive droite, vers 1950
Pour assurer le démarrage de la reconstruction l’Etat édifie
directement plusieurs immeubles rive gauche, sans attendre
l’attribution des lots remembrés aux propriétaires sinistrés.
Les “Docks”, où les premiers occupants s’installent dès 1950,
propose une architecture d’avant-garde, avec deux grands
blocs reliés au dernier étage par un pont-passage habité. De
même à Sotteville, les premiers immeubles de la Zone verte,
dus à Lods, imposent une verticalité novatrice de dix étages,
avec une conception intérieure inédite, procurant aux appartements lumière et confort.
Pour assurer le démarrage de la reconstruction
l’Etat édifie directement plusieurs immeubles
rive gauche
Rive droite en revanche fin 1950 les premiers îlots commencent à peine à sortir de terre du côté de la rue Grand Pont.
Immeuble des Docks, construit dès 1950 rive gauche
Dank der Hilfe der amerikanischen Soldaten unter der Regie von Jean Prempain, Leiter der Direktion für Brücken- und Strassenbau, sind die Trümmer relativ schnell geräumt. Ab 1945 öffnet der Hafen wieder. Die großen Schäden erlauben zum Teil eine neue Aufteilung und Anordnung der Grundstücke und
Strassen. Vor allem die Rue de la Tour de Beurre und die 1951 fertig gestellte Rue Général Leclerc brechen mit der mittelalterlichen Straßenführung. Die
Kombination aus Handels- und mittelalterlicher „Museumsstadt“ verursacht den Planern einige Probleme. Vor allem die durch Regierungsentscheidung
beschlossene Anhebung des Niveaus des Seineufers auf 7 Meter im Rahmen des Projektes „Paris – port de mer“ verursacht große Verzögerungen beim
Wiederaufbau. Auf der linken Seineseite werden dagegen avantgardistische Wohnbebauungen realisiert.
La place Kröpcke, Kreuzkirchenviertel, les îlots Constructa
U
ne fois mises en place des structures démocratiques, un nouveau mark et un plan d’occupation
des sols, les travaux hanovriens démarrent avec dynamisme. Le quartier de l’église de la Croix (Kreuzkirchenviertel), au cœur de la vieille ville, constitue le premier chantier
concernant le logement. Ici des immeubles de 4-5 étages entourent des petites maisons pourvues de jardins. Cette «oasis»
est considérée jusqu’à nos jours comme un modèle, avec ses
bâtiments proches du centre, préservant pourtant l’intimité
de leurs habitants. Par ailleurs la coopération s’avère ici exemplaire : les possesseurs des terrains les confient à une coopérative, puis un groupe d’architectes réputés édifie l’ensemble,
redistribué enfin en parcelles
aux propriétaires.
La renaissance de la place
Kröpcke, cœur urbain social
et commercial, s’avère aussi
très précoce. En 1948 Oesterlen reconstruit son célèbre Café, sous forme d’un pavillon elliptique, transparent
et léger, puis en 1950 la place
est aménagée en sept semaines seulement. C’est là que
s’élève dès octobre 1949 la
toute première construction
hanovrienne, un immeuble
commercial enduit de blanc
au nom emblématique :
«Europahaus».
La maison Europa, place Kröpcke, 1949
La renaissance de la place Kröpcke, cœur urbain
social et commercial, s’avère très précoce
Deux unités “Constructa“ (nom de l’exposition sur les techniques du bâtiment organisée en 1951) sont également réalisées
à cette époque : un îlot de 500
appartem ents dans le quartier sud et une cité de 3 000
appartements sur un terrain
vierge entre la ville et le site
de la foire industrielle. C’est
une coopérative qui finance
ces habitations modernes, où
l’espace est assez généreusement distribué.
Il rouvre dès fin 1950, les travaux n’étant achevés qu’en 1956.
Autre symbole fort : la rénovation complète de l’église centrale
Marktkirche, exemple du style gothique typique d’Allemagne
du nord en brique rouge, dont les travaux sont dirigés par Oesterlen de 1946 à 1952.
Les Hanovriens, bien
que souffrants de la
précarité,
aspirent à un nouvel
élan culturel
Les Hanovriens, bien que
souffrants de la précarité,
aspirent à un nouvel élan
culturel. La reconstruction de
l’Opéra, le chef d’œuvre de
Laves, est réalisée vivement
et avec ardeur.
L’Opéra avec le nouveau Café-Kröpcke d’Oesterlen
Das erste Projekt zur Wohnbebauung hat bis heute Modellcharakter : das Kreuzkirchenviertel besticht durch seinen intimen Charakter inmitten der
Stadt. Zugleich ist die Zusammenarbeit verschiedener Architekten und aller Eigentümer beispielhaft. Das Herz der Stadt, der Kröpcke-Platz wird 1950 in
sieben Wochen aufgebaut. Hier entsteht 1950 der erste Neubau Hannovers, das „Europahaus“ und Oesterlen rekonstruiert das legendäre Café-Kröpcke.
Die Constructa-Wohnbebauungen in der Südstadt und am Mittelfeld zur gleichnamigen Messe setzten Standards moderner Wohnbebauung. Der Wiederaufbau der Oper (1950-1956) und der Marktkirche (1946-1952) haben Symbolcharakter.
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Les travaux de 1951 à 1954
A Rouen : béton et classicisme
Un style tout autre, rappelant l’architecture “paquebot”, en vogue vers 1935, peut se rencontrer rue du Général Leclerc. L’îlot
11, à l’angle de la rue du Bac, achevé en 1951, propose des
balustrades métalliques donnant un original aspect balnéaire
au bâtiment, impression renforcée par sa couverture en terrasse ; cette disposition, rare à Rouen, rappelle que l‘architecte
signataire de l’oeuvre, Henri Tougard, est un élève d’Auguste
Perret, lequel généralise alors au Havre les toits plats. A proximité, l’immeuble des Nouvelles Galeries (Bonnet, Feray, Robinne, 1953) se signale non seulement aussi par sa vaste terrasse,
mais par son angle largement arrondi qui contraste avec la
verticalité plus affirmée des constructions voisines.
Sud de la Cathédrale en 1952
B
rusquement le sud de la cathédrale se transforme
en fourmilière au début des années 1950, et des
immeubles d’aspects assez variés y surgissent pratiquement en même temps. Un des îlots les plus réussis est
sans doute, place de la Calende, celui qui porte le n° 12 sur
les plans. Les architectes Gleize et Viviès ont ici réussi à insérer harmonieusement des constructions neuves au pied de la
masse gothique de la cathédrale. Les toits en ardoise à double
pente, l’alternance de pleins et de vides (balcons, dernier étage en retrait), de même que l’ossature en béton armé tiennent
lieu de sobre décor. Les beaux immeubles à la tête du pont
Corneille rive droite, achevés eux aussi en 1951, relèvent de la
même inspiration (architectes Bloch et Rieux).
La reconstruction a beaucoup avancé rive
droite au milieu de la décennie 1950
Ailleurs, l‘aspect des nouveaux immeubles est encore différent : la façade du cinéma Omnia (Robinne, 1952) évoque un
écran géant un peu à l’américaine, tandis qu’en bord de Seine
Sud de la Cathédrale en 1951
Les toits en ardoise à double pente, l’alternance
de pleins et de vides (balcons, dernier étage en
retrait), de même que l’ossature en béton armé
tiennent lieu de sobre décor
Crédit Lyonnais, rue Jeanne d’Arc, vers 1953
le classique Palais des Consuls (Chirol, Flavigny, Herr, Pruvost,
1954) fait plutôt songer au Palais de Chaillot.
Au moment où disparaissent les derniers tramways à partir de
1953 (la suppression de leurs rails, elle, prendra des années !),
la reconstruction a donc beaucoup avancé rive droite au milieu de la décennie 1950. En revanche, on en est rive gauche
encore souvent au simple stade des études.
Ab 1950 beginnt der Wiederaufbau : die Kathedrale und die Altstadt, in der Lücken sensibel gefüllt werden, die Rekonstruktion der wenigen Art DecoGebäude und die Gestaltung mittels eines zeitgenössischen Stils beim Kino Omnia (1952) oder dem Palais des Consuls (1954 unter Verwendung von
Beton. Ab 1953 verschwinden die letzten Straßenbahnschienen.
A Hanovre reconstruction rapide et larges voies routières
de Laves (1953). Le tribunal de grande instance s’installe dans
un nouvel immeuble derrière la gare (1952-56), près du tribunal de première instance de style wilhelminien.
Cette période est marquée par la construction de
ministères et d’immeubles administratifs autour
de la place Waterloo et de l’Allée Laves, dispersés
dans une zone de verdure
Stade de Basse-Saxe, terminé en 1954
De même de grandes entreprises reconstruisent leur siège
d’administration, tels le Preussag (électricité), bâtiment qui
deviendra plus tard ministère de la Science et de la Culture
(1952), ou le Continental (Pneus), immeuble-phare à l’entrée
ouest de la ville (1952-53). Le même phénomène se constate
pour le monde du travail : la Maison de syndicats, rond-point
Otto-Brenner, s’élève en 1952, ainsi que la Chambre de commerce à la même époque. Au centre, autour de la place Kröpcke et des rues de la Gare, Georg, et Oster, surgissent des immeubles commerciaux, des bureaux et des hôtels. L’aéroport
ouvre en 1952, en même temps que la foire-exposition. Quant
O
utre les logements, beaucoup d’infrastructures hanovriennes sont à rebâtir : écoles, bibliothèques, églises, hôpitaux, piscines, stades... Quelques-uns sont
construits par des architectes renommés, et remportent donc
des prix. Parmi les établissements culturels, on peut citer la
station d’émission «NDR» près du lac Maschsee (1950-51), ou
le premier théâtre situé place Aegi (1953). Cette période est
aussi marquée par la construction de ministères et d’immeubles administratifs autour de la place Waterloo et de l’Allée
Laves, dispersés dans une zone de verdure. Le nouveau ministère de l’Economie est une extension du Palais Wangenheim
Siège de l’entreprise « Continental », vers 1953
Place Aegi, printemps 1950
au stade de Basse-Saxe, érigé littéralement sur un monceau
de gravats, il est inauguré en 1954.
Une voie circulaire entoure le centre-ville, d’où
partent des “radiales“, rejoignant des voies à
grande circulation, les “tangentes“
A partir de 1950, Hillebrecht met par ailleurs en oeuvre ses
conceptions concernant le trafic routier : une voie circulaire
entourant le centre-ville, d’où partent des “radiales“, rejoignant des voies à grande circulation, les “tangentes“. Hillebrecht anticipe un avenir où il y aurait une voiture pour 10
habitants (une pour 70 seulement encore en 1950 !). La place
Aegidientor est aménagée en rond-point en 1951-52 et l’espace Steintor se transforme vers 1954 en énorme dispositif de
régulation. On développe aussi cependant des rues piétonnes
au cœur de la cité.
Es fehlt an allem und überall wird gebaut : Wohnungen, Infrastruktur, Schulen, Krankenhäusern, Verwaltungsgebäude, Kultureinrichtungen, Büros und
Kaufhäuser. Der Kröpcke-Platz wird wieder aufgebaut und rund um das Leineschloss entsteht das neue Regierungsviertel. Vor allem realisiert Hillebrecht
sein Verkehrskonzept mit einer inneren Ringstraße und „Radialen“, die wie Speichen das Zentrum mit dem Fernverkehr auf den „Tangenten“ verbinden.
Hillebrecht plant eine Zukunft, in der jeder 10. Einwohner ein Auto besitzt – unvorstellbar in den frühen 50ern !
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Les travaux de 1955 à 1959
La rive sud rouennaise s’inspire de Le Corbusier
A
la fin de la décennie 1950, le centre de la rive droite
rouennaise achève quasiment sa reconstruction, par
exemple rue des Carmes ou place de la Haute Vieille
Tour. Les ponts Boïeldieu et Jeanne d’Arc (ce dernier constituant une nouveauté par rapport à l’avant-guerre), inaugurés
en 1956, facilitent la circulation entre le nord et le sud de la
ville. La même année, les fêtes Jeanne d’Arc revêtent une solennité particulière car, en présence du président Coty, la cathédrale est rouverte au public après plus de dix ans d’importants travaux. On commence par ailleurs, sous l’impulsion du
professeur Lavallée, à restaurer les façades rouennaises à pans
de bois souvent plâtrées au XIXe siècle, et parfois à les démonter afin de les réinstaller dans des lieux jugés plus adéquats.
En 1956, les fêtes Jeanne d’Arc revêtent
une solennité particulière car,
en présence du président Coty, la cathédrale
est rouverte au public après plus de dix ans
d’importants travaux
La tardive reconstruction de la rive gauche s’écarte, elle, des
idées de Gréber, lequel dans l’ensemble respectait l’ancien
profil des rues pour tenir compte des nécessités du commerce,
et aussi maintenir une convivialité de proximité. Au sud de la
Seine, au contraire, on a tendance à privilégier les grands îlots,
les immeubles en barres, les trames régulières et l’architecture
géométrique, par exemple dans le quartier situé entre le boulevard d’Orléans le quai Cavelier de la Salle. Les procédés de
construction industrialisée permettent certes un abaissement
des coûts, mais au prix d’une relative banalité de conception,
même si la dilatation de l’espace permet de ménager plusieurs
zones appréciables de verdure.
Au sud de la Seine, on a tendance à privilégier
les grands îlots, les immeubles en barres, les
trames régulières et l’architecture géométrique
Quelques bâtiments tranchent toutefois par leur relative hardiesse, telle la tour “CRAM” (Caisse de Retraite et d’Assurance
Maladie), haute de 16 étages, premier gratte-ciel rouennais,
qui offre une silhouette originale à cause de sa cage d’escalier
hors-oeuvre (Tougard, 1955).
Quartier Orléans vers 1959
Immeuble de la CRAM (actuellement logements pour les étudiants)
Ende der 50er Jahre ist der Wiederaufbau der Altstadt auf der rechten Seineseite quasi vollendet. Dagegen hat sich der Aufbau auf der linken Seineseite
nach dem „plan Gréber“ verlangsamt. Dennoch werden größere Straßenzüge bebaut, zum Teil banal, zum Teil architektonisch anspruchsvoll, wie der 16Stöckige Turm der Renten- und Krankenkasse „CRAM“ – dem ersten Wolkenkratzer von Rouen.
A Hanovre un Parlement et de nouvelles Halles
effet ambitieux : le portique conçu par Laves est soigneusement restauré, et la symétrie originale de la noble demeure
conservée, mais on édifie en outre une extension de style moderne, destinée à la salle des séances plénières.
Près du Parlement, les Halles sont rebâties en 1955, et deviennent vite un lieu de rencontre très convivial, incontournable
pour tous les Hanovriens, et pas seulement pour les ménagères faisant leurs courses ! Quant à la place Aegidientor, elle
se transforme à la fois en pivot du trafic routier et en quartier privilégié pour les banques et les assurances, occupant
des immeubles de grande qualité. La banque de Basse-Saxe
(1956-58) remporte un prix architectural, et l’immeuble d’assurances Magdeburger (1958-59) incarne, pour cette période,
un remarquable exemple de construction à la fois légère et
raffinée.
Le Parlement de Hanovre, dans le Château reconstruit
L
e quartier gouvernemental du Land de Basse-Saxe se
révèle relativement difficile à concevoir et à réaliser.
Au début on envisage d’installer le Gouvernement et
le Parlement près des rues Hohenzollern et Schiffgraben, mais
Hillebrecht convainc en 1948 le ministre-président Kopf et le
conseil municipal que les abords du château Leine et de la
place Waterloo seraient préférables : on revitaliserait ainsi, au
cœur de la circulation urbaine, un endroit historique proche
de la mairie ; de plus faire siéger les représentants du peuple
dans un ancien château royal prendrait valeur d’affirmation
de foi démocratique.
Le projet de reconstruction et
d’agrandissement du Château, confié à
Oesterlen, s’avère ambitieux
Le Conseil municipal et le Parlement acceptent cette solution
en 1949, mais les travaux ne commencent qu’en 1956, pour
se prolonger jusqu’en 1961, les députés siégeant entre-temps
provisoirement dans la mairie. Le projet de reconstruction et
d’agrandissement du château, confié à Oesterlen, s’avère en
Les assurances Magdeburger (1958-1959)
Hillebrecht überzeug den Rat, das Regierungsviertel nicht am Schiffgraben, sondern um das Leineschloss als neuen Sitz des Landtages zu bauen. Dennoch dauert es bis 1961 bis zur Vollendung des Parlaments, denn der Wiederaufbau des Laves-Baus erweist sich als komplex. In der Nähe läd die neue
Markthalle als Treffpunkt nicht nur „für die moderne Hausfrau“, wie eine damalige Zeitung schreibt, ein. Am Aegidientorplatz entsteht das Bankenviertel
mit preisgekrönten Neubauten.
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Derniers travaux après 1960
A Rouen un nouveau quartier administratif rive gauche
La question du logement demeure cruciale :
aux conséquences du baby-boom s’ajoutent
désormais en effet celles de l’exode rural
Concernant les habitations privées, on décide de démolir à la
fin des années 1960 les immeubles compris, à l’ouest de la
rue Jeanne d’Arc, entre les rues d’Harcourt et Saint-Eloi, pour
rebâtir à la place, dans ce quartier pauvre mais pittoresque,
des immeubles impersonnels bouchant l’accès à la Seine. Il
est vrai que la question du logement demeure cruciale : aux
conséquences du baby-boom s’ajoutent désormais en effet
celles de l’exode rural, sans compter la nécessité de trouver
un toit aux personnes chassées du centre-ville par la démolition des taudis (cas du quartier Martainville après 1958) ou
simplement par la hausse des loyers. La solution choisie sera
de construire des immeubles-barres par dizaines, en particulier sur les hauteurs nord (Les Sapins à partir de 1958, puis la
Grand Mare), selon une interprétation caricaturale et réductrice des idées de Le Corbusier fréquente à l’époque dans les
banlieues françaises.
La Tour des Archives et la Préfecture (devenue Hôtel du Département en 1995)
P
armi les ultimes chantiers de la reconstruction à
Rouen, mais non des moindres, figure l’achèvement d’un imposant quartier administratif rive
gauche, le long du quai Jean Moulin. On veut ainsi remédier à
la dispersion géographique un peu paralysante des services
de l’Etat. Les urbanistes rouennais, fidèles ici aux voeux de
Gréber, tentent d’atténuer par cette démarche volontariste le
clivage entre les deux rives. L’ensemble bénéficie par ailleurs
d’une incontestable inventivité architecturale. La longue façade de la cité administrative est dessinée avec une rigueur
épurée (Génermont).
La préfecture voisines’incurve en une large courbe lui imprimant une légèreté très esthétique (Bahrmann, Leroy, Dussaux,
1965). Quant à la tour des Archives, écho contemporain de la
flèche de la cathédrale en deçà de la Seine, elle alterne avec
bonheur deux façades lisses et deux façades alvéolées.
Les urbanistes rouennais, fidèles ici aux voeux
de Gréber, tentent d’atténuer par une démarche
volontariste le clivage entre les deux rives
Autre bâtiment emblématique, terminé tardivement (contrairement à son homologue hanovrien !), le Théâtre des Arts est
conçu selon un cubisme un peu rigide, allégé cependant par
la présence d’une immense loggia en façade.
La rive gauche reconstruite vers 1965
Am Kai Jean Moulin am linken Seineufer entsteht das neue imposante Verwaltungsviertel, das sich durch eine moderne, klare Formensprache von hoher
Qualität auszeichnet. Das Opernhaus wird im Gegensatz zu Hannover erst zu einem viel späteren Zeitpunkt errichtet. Problematisch bleibt die Errichtung von Wohnraum, der im Stadtzentrum zurückgedrängt wird, in den neuen Randgebieten.
Hanovre se penche sur son passé
L
ors de sa dernière phase, la reconstruction hanovrienne se penche davantage sur les racines historiques
de la ville. Autour de l’église Marktkirche et dans les
rues Kramer et Burg ont subsisté une dizaine de vieilles demeures à colombages. En 1959 Hillebrecht fait collecter les
quelques autres vestiges à pans de bois dispersés à Hanovre,
et recrée avec ce puzzle un quartier ancien, baptisé “Ilôt de
tradition“. Face aux critiques dénonçant l’aspect un peu artificiel de cette démarche, Hillebrecht argumente que les habi-
Herrengarten, photo actuelle
tants, comme les visiteurs, doivent pouvoir se faire une idée
du Hanovre d’autrefois. Au milieu de l’Ilot de tradition, Oesterlen bâtit le musée historique (1963-66), dont la forme intègre
l’ancien plan des rues ainsi que la porte du Marstall et la tour
médiévale des Béguines.
ne reste que la partie médiane, avec un grand escalier extérieur qu’Hillebrecht décide, sans doute à tort, de supprimer.
Par ailleurs l’urbaniste en chef entreprend une analyse rétrospective de ses conceptions en matière de trafic. Son anticipation “utopique“ d’une voiture pour 10 habitants s’avère inférieure à la réalité. Certes des adaptions routières sont réalisées,
comme la transformation des rond-points en carrefours avec
feux, ou la mise en place d’une circulation sur deux niveaux
places Rasch et Aegi. Cependant non seulement le trafic courant mais aussi le stationnement posent des problèmes croissants. En 1961 on construit sous la place de l’Opéra le premier
parking en sous-sol, ce qui oblige à de lourdes concessions
urbanistiques : toute la place surélevée perd beaucoup de son
charme. Face à ces évolutions, Hillebrecht commence à réaliser son plan d’un tramway qui deviendra en partie métro.
En 1959 Hillebrecht fait collecter les quelques
vestiges à pans de bois dispersés à Hanovre, et
recrée avec ce puzzle un quartier ancien,
baptisé “Ilôt de tradition“
Ilôt de tradition, photo actuelle
En revanche la reconstruction de la maison du philosophe Leibniz, projetée par Hillebrecht dès les années 1960, sera réalisée seulement en 1983.
Parallèlement à cette reconstitution du coeur hanovrien, on
se préoccupe à la même période de réhabiliter les jardins baroques de Herrenhausen, qui fêtent leur tricentenaire en 1966.
La ville achète à l’ex-famille royale des Welfen le terrain avec la
ruine du château et l’orangerie. De l’ancienne résidence d’été
Musée historique, 1965
In der letzten Phase des Wiederaufbaus besinnt sich Hillebrecht auf das Kulturerbe Hannovers. Um die Marktkirche, wo die meisten Fachwerkhäuser
stehen geblieben sind und weitere relokalisiert werden, entsteht eine „Traditionsinsel“. Die Herrenhäuser Gärten werden zum 300. Jubiläum erneuert,
aber Hillebrecht zeigt sich wenig sensibel gegenüber den Resten des zerstörten Schlosses. Dagegen erfolgen erste Anpassungen an die Veränderungen, insbesondere die Bedürfnisse des gestiegenen (ruhenden) Verkehrs. Der Opernplatz wird mit einem unterirdischen Parkhaus versehen und verliert
viel von seinem ursprünglichen Charme.
Rouen et Hanovre, la Reconstruction
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Réactions populaires face à la Reconstruction
La presse relaie l’impatience des français
L
e Conseil municipal rouennais manifeste son inquiétude, lors de la séance du 21 octobre 1946, devant le
nouveau plan de Jacques Gréber, lui-même influencé par les directives émanant du MRU. Selon la commission
chargée d’examiner le projet, ses concepteurs, voulant voir
grand et beau, “ont semblé oublier à certains moments que
Rouen vivait non seulement du tourisme, mais également et
surtout de son port, de son commerce et de ses industries”.
Donc, aux yeux des élus rouennais on veut trop aérer la ville,
élargir ses voies et limiter la hauteur des immeubles, au risque d’inciter une part de la population ou des industries à
émigrer en banlieue, ce qui aurait, entre autres, des incidences fiscales négatives. Ces alarmes se révéleront excessives,
en particulier la crainte d’une emprise excessive des espaces verts ! En revanche la protestation énergique du Conseil
municipal contre la surélévation des ponts “qui aura pour
résultat de supprimer un des charmes de Rouen”, est prémonitoire. Quoi qu’il en soit le projet Gréber, bien qu’un peu
amendé dans les années suivantes, sera exécuté, la municipalité n’ayant que voix consultative.
La lenteur de la reconstruction est pénalisante
pour les nombreux mal logés, et le quotidien
Paris-Normandie joue le rôle d’aiguillon
Pierre-René Wolf, directeur de Paris-Normandie (1945-1972) critique
à plusieurs reprises la lenteur de la reconstruction rouennaise
Les Rouennais de leur côté découvrent avec étonnement la hauteur et la longueur inédites de certains immeubles rive gauche.
Ils s’habituent non sans peine à vivre dans une ville en perpétuel chantier, avec par exemple des tranchées ouvertes dans
Le journaliste de Paris-Normandie Roger Parment
certaines rues pour y poser des canalisations. La lenteur de la
reconstruction est pénalisante pour les nombreux mal logés, et
le quotidien Paris-Normandie, notamment sous la plume de Roger Parment, joue le rôle d’aiguillon pour stimuler les pouvoirs
publics. La population est cependant peu à peu gagnée par la
satisfaction de voir les blessures de la ville se cicatriser. Chaque
inauguration (d’une rue, d’un magasin, d’un monument) est
une fête dynamisante. La vie intellectuelle renaît aussi, peutêtre plus vigoureuse encore qu’avant-guerre, le TNP de Jean
Vilar venant par exemple jouer Corneille en 1954 dans la cour
encore blessée du Palais de Justice.
Der Stadtrat befürchtet, dass der touristische Aspekt zu Lasten des kommerziellen bevorzugt wird und die Beschränkungen der Höhe der Gebäude und
die Auflockerung durch Grünflächen der Wirtschaft schaden. Auch wird die von Paris vorgegebene Erhöhung des Seine-Ufers kritisiert. Die linke SeineSeite erweist sich als permanente Baustelle und die Bevölkerung hat Mühe, sich mit den hohen, riesigen Gebäuden anzufreunden. Insgesamt wird die
Langsamkeit beim Wiederaufbau auch von der Tageszeitung „Paris-Normandie“ kritisiert. Dennoch ist jede Einweihung ein Anlass zur Freude und Anreiz
zum Weitermachen.
Les Hanovriens entre nostalgie et soif de modernité
L
a ville de Hanovre publie à chaque législature un
bilan des travaux en cours, au libellé encourageant
(celui de 1949 s’intitule ainsi «Anpacken und Vollenden» : “Attaquer et achever“). Hillebrecht de son côté sait que
ses plans ambitieux ne peuvent aboutir sans le soutien de la
population et spécialement celui des propriétaires sinistrés.
Habile communicant, il déploie sa force persuasive au cours
de centaines de réunions. Il va même jusqu’à installer une exposition permanente concernant la reconstruction dans le
grand hall de la mairie, et rédige aussi des articles explicatifs
pour la presse. Preuve de son succès, les possesseurs de par-
Couronne mortuaire devant l’horloge détruite
de Kröpcke (1954)
celles en centre-ville acceptent d’en céder gracieusement une
partie (opération “dividendes pour l’avenir“). Architectes, journalistes et politiciens issus de toute l’Allemagne et même de
l’étranger viennent constater le «miracle d’Hanovre», comme
le titre à la Une Der Spiegel (3 juin 1959).
Habile communicant, Hillebrecht déploie sa force
persuasive au cours de centaines de réunions
Néanmoins dès le départ des voix critiques se font aussi entendre, dénonçant la priorité accordée à l’automobile, l’américanisation et la disparition du bâti traditionnel. Leur porteparole, l’architecte Friedrich Lindau, stigmatise la «deuxième
destruction» d’Hanovre. Ponctuellement certains habitants
protestent de leur côté quand s’efface un symbole de l’identité urbaine ; ainsi, lors de la démolition de l’horloge Kröpke le
25 octobre 1954, quelques personnes déposent des couronnes mortuaires à cet endroit.
Cependant les Hanovriens, dont une notable fraction n’a pas
connu la ville d’avant-guerre, dans les années 1950 se battent
en majorité avant tout pour améliorer leur niveau de vie. Les
familles rêvent de posséder une voiture, et donc admettent la
nécessité d’un large réseau de voies urbaines. La reconstruction est une période où l’Allemagne à la fois se démocratise
en profondeur et se tourne résolument vers l’avenir, au risque
d’occulter une partie de ses racines et de son histoire.
Néanmoins dès le départ des voix critiques se
font entendre, dénonçant la priorité accordée à
l’automobile et la disparition du bâti
traditionnel. Leur porte-parole est l’architecte
Friedrich Lindau
La Une du Spiegel, 3 juin 1959 :
“Le miracle d’Hanovre”
Die Stadt veröffentlicht im 5-Jahres-Abstand Fortschrittsberichte, die ermutigende Titel tragen wie „Anpacken und Vollenden“ (1949). Hillebrecht schafft
es, viele Betroffene durch seine kommunikativen Fähigkeiten von der Notwendigkeit seiner Planungen zu überzeugen und „Der Spiegel“ widmet eine
Titelgeschichte dem „Wunder von Hannover“ (3. Juni 1959). Dennoch gibt es kritische Stimmen, die vor allem den Vorrang des Autoverkehrs auf Kosten
der städtischen Einheit anprangern. Friedrich Lindau bezeichnet den Wiederaufbau Hillebrechts als „Zweite Zerstörung“ und die Hannoveraner legen
Kränze nieder, als am 25.10.1954 die Kröpcke-Uhr demontiert wird. Ungeachtet dessen blickt die Bevölkerung in die Zukunft, akzeptiert die Opfer an die
Moderne und konzentriert sich auf die demokratische Gegenwart – der Neuanfang ist zunächst wichtiger als die Besinnung auf die historischen Wurzeln.
Rouen et Hanovre, la Reconstruction
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Mémoire à l’égard du passé
Le paysage rouennais disparu : un traumatisme
L
es destructions de la guerre ont représenté un énorme traumatisme à Rouen, surtout concernant ces
lieux à l’animation trépidante qu’étaient, rive droite,
les quais, la rue Grand-Pont, la Haute-Vieille Tour ou la place
de la République. Très vite des auteurs illustres ont publié des
livres sur le sujet, tel André Maurois.
L’opinion publique se mobilise sans
succès pour empêcher la surélévation
des quais, ressentie comme le risque, avéré
par la suite, d’une
coupure entre la ville et le fleuve
Le choc le plus rude, en dehors bien sûr du problème criant du
relogement des sinistrés, est sans doute de voir la cathédrale
blessée, mais il s’estompera au fur et à mesure de la restauration du monument. L’opinion publique se mobilise sans succès
pour empêcher la surélévation des quais, ressentie comme le
risque, avéré par la suite, d’une coupure entre la ville et le fleuve. Certains édifices sont préservés d’une destruction totale
par l’action d’associations de sauvegarde telle les Amis des
Monuments Rouennais : ces derniers obtiennent par exemple
le remontage de deux travées de la chapelle des Augustins,
initialement située au bas de la rue de la République, dans un
nouveau square au pied de la porte Guillaume Lion.
Sur cette même place, aucune voix ne s’élèvera pour la préservation d’un monument caractéristique de l’Art Nouveau, la
Bourse du Travail, que la guerre avait laissé intact.
Dans le centre de la rive droite, on peut estimer au total que la
reconstruction s’amalgame assez bien avec la ville ancienne.
Si quelques noms de rues ont à jamais disparu (rue du Hallage,
rue Haranguerie, place du Marché-aux-Balais), certains axes
ont été reconstruits à leur emplacement originel (rue du Bac,
rue de l’Epicerie). La nouvelle rue de la Tour-de-Beurre, créée
de toutes pièces, s’offre même le luxe de reproduire quelques
alignements irréguliers du vieux Rouen. En revanche, contrairement à Hanovre (église d’Aegi), Rouen n’a guère mis en valeur des ruines pour témoigner que la guerre est une folie.
Contrairement à Hanovre, Rouen n’a guère mis
en valeur des ruines pour témoigner que la
guerre est une folie
Un mur de Saint-Vincent, bas de la rue Jeanne d’Arc
L’idée, émise par Gréber, de reconstruire à l’identique les halles
de la Haute-Vieille-Tour ne sera malheureusement pas reprise
par ses successeurs. Seule la façade nord de la Halle aux Toiles est sauvée, mais entourée d’immeubles trop hauts et sans
grâce : la nécessité de reloger le maximum d’habitants a primé ici sur la reconstitution d’un décor familier aux Rouennais.
Place de la République vers 1910
Die Zerstörung Rouens und seiner lebendigen kulturellen Zentren um die Kais, die Rue Grand-Pont, la Haute-Vieille Tour oder den Platz der Republique
durch den Krieg hat die Bevölkerung starkt traumatisiert. Bücher erscheinen und Vereine wie die „Freunde der Denkmäler Rouens“ setzen sich für den
Erhalt der alten Gebäude ein und dies gelingt zum Teil. Andere traditionsreiche Orte verschwinden ohne großes Aufsehen.
Les Hanovriens entre commémoration et oubli
L
a relation entre l’urbanisme hanovrien des années
1950 et 1960 et la conservation du patrimoine se révèle finalement assez complexe. Quoi qu’en disent ses
détracteurs, Hillebrecht ne veut pas anéantir l’identité de la cité.
En témoignent les reconstructions de l’Opéra, de la Marktkirche, et globalement de l’Ilot de tradition. Mais comme d’autres
Ruines de l’église Aegidientor
urbanistes du Mouvement
moderne, Hillebrecht, tout en
préservant les symboles patrimoniaux, ne cherche pas à
sauvegarder des bâtiments
anciens moins connus et de
qualité plus discutable. L’ancienne configuration des rues,
l’aménagement des parcelles
et surtout l’architecture plutôt
méprisée du XIXe siècle doivent s’effacer, selon lui, devant
les exigences de la circulation
contemporaine. Ainsi non seulement les logements ouvriers
Famille allemande vers 1958
ne sont pas reconstruits mais,
malgré des protestations, on sacrifie des bâtiments comme
l’Eglise de la garnison (1959), le Château Friderike (1962), ou la
Villa Wilmer, dite “Château des larmes” (1971). De même dans la
vieille ville on comble un bras de la Leine, rattachant à la terre
ferme un îlot pourtant pittoresque.
Hillebrecht n’occulte pas les atrocités commises sous le IIIe
Reich, encourageant au contraire une véritable “culture de la
mémoire“. Il s’inspire du modèle de Coventry, qu’il a visité,
pour conserver les ruines de l’église Aegi, laquelle, pourvue
d’un nouveau carillon, devient un lieu de commémoration à
l’égard des victimes de la Seconde guerre.
Hillebrecht n’occulte pas les atrocités
commises sous le IIIe Reich,
encourageant au contraire une véritable
“culture de la mémoire“
De plus début 1950 Hanovre élève, dans le cimetière de
Seelhorst, un monument en mémoire des victimes des
camps hanovriens situés dans les quartiers de Mühlenberg,
Ahlem et Stöcken. On érige aussi une stèle pour les 1 900
prisonniers néerlandais tués dans le camp de concentration de Bergen-Belsen. Le lieu de Seelhorst n’est pas choisi
au hasard : quelques jours avant l’arrivée des Américains,
des membres de la Gestapo d’Ahlem ont assassiné dans ce
cimetière 154 prisonniers de guerre et des Russes soumis
au travail obligatoire.
Monument aux prisonniers de la guerre soviétiques près du Maschsee
Die Kritik an Hillebrecht ist nur zum Teil begründet. Sicherlich realisiert er sein Verkehrskonzept auf Kosten der alten Straßenführung und Bebauungen
und opfert vor allem in seiner Abneigung gegen die Architektur des 19. Jahrhundersts weniger bedeutendere Bauten, wie die Garnisionskirche, das
Friderikenschloss oder die Villa Wilmer, die angesichts der wenigen Zeugnisse des Vorkriegshannovers als Kostbarkeit erscheinen mögen. Die Rettung
von Marktkirche, Oper, Leineschloss und Traditionsinsel zeigen aber auch die andere Seite Hillebrechts. Unanfechtbar ist sein Geschichtsbewußstsein
vor allem, weil der nach dem Vorbild der Kathedrale von Coventry die Aegidienkirche als Ruine und Mahnmal stehen lässt und Orte der Erinnerung an
die Verbrechen gegen die Kriegsgefangenen und KZ-Häftlinge schafft.
Rouen et Hanovre, la Reconstruction
N°15
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Quelques choix problématiques à long terme
L’erreur à Rouen d’un double niveau de quais ?
Quartier au sud de la Cathédrale en reconstruction
P
lusieurs décisions urbanistiques prises à Rouen
dans l’après-guerre peuvent paraître discutables.
Certaines démolitions ne semblent pas totalement
justifiées : la chapelle des Augustins, témoin de l’architecture
normande du XIVe siècle, pouvait devenir un musée lapidaire ;
quelques immeubles en bord de Seine et les façades du Théâtre des Arts étaient en partie récupérables (mais à l’instar de
Allemagne, on ne s’intéresse guère alors à l’architecture du
XIXe siècle). Peut-être était-il trop difficile psychologiquement,
à l’époque, de restaurer : faire table rase des ruines semblait
sans doute un préalable nécessaire pour se tourner résolument vers l’avenir. De plus il convenait d’agir vite, or restaurer
est plus long que reconstruire. C’est ainsi qu’on a même démoli, autour de la rue des Charrettes, le quartier des marins
cher à l’écrivain Mac Orlan, endroit pourtant peu touché par
les bombardements.
L’urgence et le manque de moyens expliquent aussi plusieurs
conceptions hâtives : on n’anticipait guère la prospérité des
“Trente Glorieuses” vers 1950 ! Sur le plan esthétique, prenant
le contre-pied du régionalisme en vogue dans les années 1930,
un froid purisme orthogonal a sans doute été trop privilégié,
dans des zones comme la Haute et Basse Vieille Tour.
Faire table rase des ruines semblait sans doute
un préalable nécessaire pour se tourner
résolument vers l’avenir. De plus il convenait
d’agir vite ; or restaurer est plus long
que reconstruire
Le premier projet de Gréber (1942) prévoyait plusieurs larges
espaces verts, en particulier dans l’île Lacroix, mais le réalisme
utilitaire l’emportera, et Rouen ne sera pas une ville verte, sauf
dans sa grande banlieue.
La principale erreur (imposée par les bureaux parisiens !) a été
d’éloigner la ville de son fleuve nourricier, en construisant deux
niveaux de quais. Une dense circulation automobile, en bord de
Seine, a fâcheusement remplacé la chaleureuse animation qui
Rouen parie sur la voiture
règnait cours Boïeldieu jusqu’en 1940, lorsque, assis aux terrasses des grandes brasseries ou déambulant le long de cette promenade, les Rouennais pouvaient contempler la Seine sous ses
mille et un visages.
Ebenso wie in Hannover wurde beim Wiederaufbau in Rouen manches zerstört, was hätte gerettet werden können. Verachtung der zeitgenössischen Architekten für die Architektur des 19. Jahrhunderts, die größeren Umstände und Kosten einer Restaurierung, die Bedürfnisse des modernen Lebens und
der Wunsch nach einem radikalen Neuanfang haben in beiden Städten zu Ergebnissen geführt, die heute bedauert werden. In Rouen ist insbesondere
der Verlust des sozialen Lebens am Seine-Ufer durch die Anhebung des Niveaus zu beklagen. Daneben hat das kommerzielle Interesse die Schaffung
größerer Erholungs- und Grünflächen behindert.
Hanovre s’est-elle trop coupée de ses racines ?
L
es critiques envers l’urbanisme du Mouvement moderne, qui s’expriment avec vigueur après 1970,
s’abattent assez brutalement sur Hanovre. Lampugnani, spécialiste de l’histoire urbaine, écrit que la reconstruction hanovrienne a transformé une anciennne structure cohérente en un laid conglomérat d’îlots monofonctionnels, autour
desquels déferlent incessamment de gigantesques flux routiers. Même Hillebrecht évoque alors les chances perdues et
les fautes commises. La ville adaptée aux automobilistes telle
qu’il l’a conçue peut paraître, du point de vue piétonnier, une
insurmontable juxtaposition de quartiers hétéroclites. Cette
château Leine, perturbait-il vraiment la symétrie avec la mairie ? Ou ne s’agissait-il pas, plutôt, de mépris envers le style
historiciste du XIXe siècle ?
Compte tenu des immenses dommages dus à
la guerre, la destruction ultérieure de quelques
bâtiments anciens paraît inadmissible à certains
Hanovriens
Cimetière Nikolai « perturbé » désormais par le trafic routier
Jeu d’eau (Flusswasserkunst), détruit en 1962
analyse négative s’applique particulièrement aux routes à huit
voies telles les avenues Berliner et Laves. Plusieurs décisions
prises au moment de la reconstruction sont quasi irréversibles,
telle la blessure infligée à l’ancien cimetière Nikolai, coupé en
deux tronçons place Steintor par une rue à quatre voies. Quant
au système du «zoning», il est souvent considéré comme générant des conséquences négatives ; ainsi Hillebrecht ayant
privilégié au centre les commerces et les bureaux, le coeur de
ville a tendance le soir à se désertifier.
Par ailleurs, compte tenu des immenses dommages dus à la
guerre, la destruction ultérieure de quelques bâtiments anciens paraît inadmissible à certains Hanovriens. Ces sacrifices
sur l’autel de la modernité sont encore plus regrettés quand la
nouvelle construction prévue n’est pas réalisée, comme c’est
le cas du château Friderike, œuvre de Laves, abattu pour céder la place à la chancellerie du ministre-président, pourtant
jamais construite à cet endroit. Quant au jet d’eau proche du
Hillebrecht a achevé la reconstruction très vite, tout en cherchant à anticiper l’avenir. On peut lui reprocher d’avoir parfois
oublié que le «Zeitgeist» (“l’esprit du temps”) n’est pas toujours le meilleur conseiller pour évaluer l’intérêt du patrimoine urbain.
L’îlot Leine avant la 2e Guerre mondiale
Die Bewunderung der « autogerechten Stadt » ist in den 70er Jahren umgeschlagen in eine vehemente Kritik : Hillebrecht habe auf dem Altar der Moderne die Identität der Stadt zerstört und die Stadtviertel für Fußgänger durch die achtspurigen Schneisen unüberbrückbar voneinander abgeschnitten. Auch wird Hillebrecht vorgeworfen, er habe nicht das Maximum an historischer Substanz gerettet, sondern zum Teil sinnlos zerstört, wie das Friderikenschloss oder die Waserkunst. Hillebrecht hat den Wiederaufbau schnell und mit großer Konsequenz vollzogen. Sein Fehler mag gewesen sein, durch
die Privilegierung des Autoverkehrs und den Architekturstil einem flüchtigen „Zeitgeist“ zu huldigen, ohne das kulturelle Erbe der Stadt angemesen zu
bewahren.
Rouen et Hanovre, la Reconstruction
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Les réussites de la Reconstruction
Rouen a su se recomposer sur elle-même
du faubourg Saint-Sever a par ailleurs comblé en partie le fossé
qualitatif existant entre les deux rives, et a donc contribué indirectement à harmoniser socialement les deux moitiés de la
ville, que le nouveau pont Jeanne d’Arc a de son côté physiquement rapprochées.
L’urbanisme d’après-guerre a eu pour premier
et incontestable mérite de faire disparaître de
nombreux logements délabrés et insalubres
Rue du général Leclerc, 2007
L
a reconstruction à Rouen a été souvent critiquée par
les Rouennais eux-mêmes, parfois d’autant plus durement qu’ils embellissaient inconsciemment un passé
et un paysage urbains révolus. Avec un demi-siècle de recul,
une appréciation moins passionnelle de l’oeuvre importante
accomplie dans la décennie 1950 peut être tentée. L’urbanisme d’après-guerre a eu pour premier et incontestable mérite
de faire disparaître de nombreux logements délabrés et insalubres, en particulier rive gauche, ainsi que de repousser hors
du centre-ville des installations industrielles générant de multiples nuisances. L’enrichissement en fonctions administratives
Les appréciations esthétiques sont nécessairement subjectives. La sobriété élégante des immeubles reconstruits au sud
de la cathédrale est toutefois en général unanimement reconnue, ainsi que la qualité de leurs finitions. Indéniablement,
entre les ponts Jeanne d’Arc et Corneille, ”l’art difficile de la
juxtaposition” (Patrice Pusateri), à savoir ici le mariage entre
les bâtiments contemporains et ceux construits il y a plusieurs
siècles, a été dans l’ensemble réussi. La volonté de conserver
aux immeubles une hauteur modérée a permis en particulier
à la cathédrale de continuer d’émerger au-dessus des toits
de la ville dans toute sa majesté. Les nouveaux immeubles du
centre de Rouen paraissent assez “incolores” si on se contente
de les regarder rapidement. Une observation plus attentive
permet en revanche de repérer une réelle variété de styles
(ici un toit en terrasse, là une loggia, des pilastres saillants, un
entresol à fenestrage continu, ailleurs une arrondi en façade
d’inspiration maritime) n’engendrant nulle monotonie, et due
Les immeubles reconstruits en face du pont Corneille
à la présence à Rouen dans la décennie 1950 de dizaines d’architectes ayant pu exprimer leur sensibilité.
Les appréciations esthétiques sont
nécessairement subjectives. La sobriété
élégante des immeubles reconstruits au sud de
la cathédrale est toutefois en général
unanimement reconnue
Trotz aller Kritik ist zu konstatieren, dass durch den Wiederaufbau die zu Recht kritisierten wild gewachsenen, hygienisch und sozial nicht erträglichen
Wohnbebauungen des 19. Jahrhunderts verschwunden sind. Auch ist die Industrie auf der linken Seine-Seite mit ihren Problemen verschwunden und
die rechte und linke Uferseite haben sind angeglichen. Die Nachkriegsarchitektur fügt sich alles in allem dezent, qualitativ hochwertig und inspiriert in
die Altstadt ein und respektiert die Kathedrale als überragendes Erkennungszeichen der Stadtsilhouette.
La qualité de vie hanovrienne
Les efforts pour créer des logements apparaissent en particulier exemplaires, puisque dès 1960 est construit le 100 000e appartement. A propos du trafic, il faut rappeler que la situation
catastrophique d’avant guerre nécessitait une urgente adaptation. Le système d’Hillebrecht, avec ses tangentes et ses radiales, a fonctionné efficacement jusqu’à aujourd’hui. Il serait
de plus réducteur de ne définir l’urbanisme hillebrechtien que
par son adaptation aux flux routiers : Hanovre s’est montrée
aussi hardie en matière de zones piétonnières, et l’essor des
transports en commun, notamment du métro, a été précocement encouragé.
haute qualité, souvent désormais classés. Au total le centre
ville d’Hanovre forme un ensemble architectural à découvrir
ou à redécouvrir.
Un autre atout d’Hanovre a enfin été
sauvegardé : celui de constituer une
merveilleuse métropole verte
Il serait réducteur de ne définir
l’urbanisme hillebrechtien que par son
adaptation aux flux routiers
Le quartier de l’église de la Croix
M
ême s’il est légitime d’exprimer quelques critiques, il ne faut pas occulter les réussites de la reconstruction hanovrienne. Grâce à l’engagement
d’Hillebrecht, à sa perspicacité parfois visionnaire, cette immense tâche a été achevée rapidement et de manière structurée. Le nouvel Hanovre, par ailleurs, n’a pas été réalisé par une
administration isolée et lointaine, mais dans une coopération
étroite avec les parties concernées : experts économiques et
politiques, propriétaires et Hanovriens de base.
Hillebrecht a d’autre part empêché le centre-ville de se couvrir
de gratte-ciels, les quelques exceptions datant de la période
suivante. Ce grand urbaniste a posé parallèlement quelques
pierres fondamentales pour que se bâtisse une culture de la
mémoire concernant le IIIe Reich. Un autre atout d’Hanovre a
enfin été sauvegardé : celui de constituer une merveilleuse
métropole verte. La forêt Eilenriede, les jardins d’Herrenhausen, le Maschsee et les artères arborées au bord de la Leine et
de l’Ihme constituent un réseau qui non seulement améliore
la qualité de vie, mais aussi permet de multiplier les pistes cyclables, présentes également sur le bord des larges avenues.
Il faut enfin souligner le nombre notable d’immeubles de
L’Hôtel de ville et ses environs
Bei aller Kritik sollte nicht vergessen werden, dass der Wiederaufbau in Hannover dank Hillebrecht schnell, effektiv und vor allem unter Beteiligung aller
betroffenen Kreise von Statten gegangen ist. Das Verkehrskonzept funktioniert bis heute und wurden auch unter Äegide Hillebrechts frühzeitig um ein
ausgeprägtes Netz an Fußgängerzogen, Fahrradwegen, dem Angebot an öffentlichen Nahverkehrsmitteln und ausgedehnten Grünflächen ergänzt, die
die Lebensqualität erheblich steigern.
Rouen et Hanovre, la Reconstruction
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Valoriser et adapter le patrimoine de la Reconstruction
A Rouen panser les ultimes plaies de la guerre
contournement routier de Rouen, en particulier à l’est. Les
quais, alors allégés d’une partie de leur bruyante circulation
automobile, pourront voir poursuivre leur réaménagement, et
redevenir ainsi le lieu de promenade apprécié qu’ils étaient
naguère. L’achèvement complet de la reconstruction demande ainsi encore quelques efforts. A Saint-Maclou, dévastée par
une torpille en juin 1944, la magnifique tour-lanterne a été
enfin restaurée en 2007, mais plusieurs de ses chapelles se
trouvent encore en attente de rénovation. Les ruines de SaintPierre-du-Châtel, près de la rue aux Ours, en piteux état, mériteraient à la fois nettoyage et meilleure visibilité.
La flêche de Saint-Maclou en réparation à droite, 2003
A
près guerre, chaque ville bombardée a bénéficié
d’une reconstruction originale, en fonction notamment de la personnalité de ses urbanistes et architectes en chef. Saint-Malo a été rebâti en granit à l’identique
par Arretche ; au Havre, Perret a utilisé le béton de façon très
géométrique et novatrice ; au centre de Rouen, des quartiers
aérés ont été conçus à une échelle raisonnable, dans un habile
compromis mêlant traditionalisme et modernisme.
A Saint-Maclou, dévastée par une torpille en
juin 1944, la magnifique tour-lanterne a été
enfin restaurée en 2007
Le plan Gréber de 1946, riche de perspicacité prospective, ne
sera totalement réalisé que lorsque sera achevé l’indispensable
Le plan Gréber de 1946, riche de perspicacité
prospective, ne sera totalement réalisé
que lorsque sera achevé l’indispensable
contournement routier de Rouen,
en particulier à l’est
Un nouveau défi est enfin en train d’apparaître : conserver
et valoriser, maintenant qu’un demi-siècle s’est écoulé, le
patrimoine issu de la reconstruction. Peut-être est-il possible d’envisager l’amélioration partielle de certains îlots à la
valeur architecturale discutable, par exemple en brisant la
monotonie de certaines façades ? Il faut par ailleurs veiller
à entretenir le bâti des années 1950, là où ses éléments les
plus intéressants paraissent menacés (béton qui se fragilise) ou risquent d’être dénaturés (aménagements parfois
hétéroclites, tendant à estomper la cohérence de l’écriture
architecturale).
Quai aux livres, 2006
Zur Vollendung des Wiederaufbaus nach dem « plan Gréber“ fehlt es noch an der vollständigen Schaffung der Ringstraße um Rouen. Die Kais bedürften
einer Belebung, damit das Seineufer wieder Mittelpunkt des sozialen Lebens von Rouen werden kann. Einige Kirchen, darunter Saint-Maclou oder SaintPierre-du-Châtel harren noch der Vollendung ihrer Renovierung. Schließlich gilt es nach 50 Jahren, die Architektur des Wideraufbaus selbst zu achten
und zu erhalten.
A Hanovre protéger et faire évoluer l’architecture des années 1950
S
i on veut apprendre quelque chose de l’histoire de la
reconstruction hanovrienne, on ne doit pas répéter
des erreurs déjà commises en voulant par exemple
effacer l’architecture des années 1950 parce qu’on la jugerait
démodée, voire inesthétique. Cela n’empêche pas de corriger,
si possible, quelques problèmes qui ont surgi depuis. Maintenant que plus de 50 ans se sont écoulés, les bâtiments de cette
période font désormais partie, en dépit de certaines critiques
pertinentes, du patrimoine urbain hanovrien, qu’il convient
donc à la fois de préserver et d’adapter aux besoins actuels.
Dans ces domaines apparaissent déjà des exemples récents
prometteurs.
Pour parachever la reconstruction, le conseil municipal de Hanovre a décidé en novembre 2007, après de longues discussions,
la reconstruction du château du parc Herrenhausen. L’initiative
a échoué dans le passé par manque de volonté, mais surtout à
cause du coût de l’opération. Or récemment la fondation Volkswagen s’est déclarée prête à financer les 20 millions
d’euros nécessaires. La ville
de son côté va donner à cette
fondation le droit d’utiliser
gratuitement pendant 99 ans
le terrain sur lequel l’édifice
sera construit. Beaucoup de
Hanovriens soutiennent le
projet qui doit être achevé en
2012, même si certains s’interrogent sur la pertinence
de reconstituer d’anciens bâtiments dont il ne demeure
A gauche, la maison de Leibniz,
plus aucune trace matérielle.
reconstruite en 1983
En conclusion Hanovre, dont certaines artères sont peut-être
surdimensionnées, et Rouen, où les pistes cyclables apparaissent encore rares et l’art dans la rue peu développé, doivent
tirer parti de leurs expériences mutuelles. Ce sera une façon
dynamique et fructueuse de poursuivre la si belle aventure
qu’a constituée leur jumelage dès 1966.
Maison des Syndicats rénovée en 2005
Pendant longtemps l’architecture de la reconstruction n’a guère été admirée. Dans les années 1970-80 on a même démoli des
immeubles de haute qualité, tel le café Kröpcke d’Oesterlen, ou
la station d’essence en forme de trèfle près de la place Aegidientor. Aujourd’hui on reconnaît en général leur valeur, et plusieurs sont répertoriés et réhabilités. Ainsi depuis 1994 le siège
de la firme Continental, oeuvre de Zinsser, abrite les facultés de
Droit et d’Economie. De même la Maison des syndicats, située
rond-point Otto-Brenner, due à Lindau, a été restaurée soigneusement en 2005. Enfin en septembre 2007 Hanovre a lancé un
concours pour repenser entièrement la place Steintor, et revitaliser ainsi tout le quartier.
Pendant longtemps l’architecture de la
reconstruction n’a guère été admirée. Dans les
années 1970-80 on a même démoli des
immeubles de haute qualité. Aujourd’hui on
reconnaît en général leur valeur, et plusieurs
sont répertoriés et réhabilités
Projet d’aménagement pour la place Steintor, 2007
Die Architektur des Wiederaufbaus ist nach mittlerweile 50 Jahren selbst zum erhaltenswerten Erbe Hannovers geworden. Zwar ist der Wiederaufbau
immer noch nicht ganz vollendet: 2007 wurde der Wiederaufbau des Herrenhäuser Schlosses beschlossen. In den letzten Jahrzehnten sind etliche Bauwerke aus der Nachkriegszeit, wie z.B. das Café Kröpke, oder die Kleeblatt-Tankstelle am Aegidientorplatz, dem aktuellen Zeitgeist zum Opfer gefallen. Zugleich lassen positive Gegenbeispiele hoffen: das Verwaltungsgebäude der Continental von Zinsser beherbergt seit 1992 einige Fakultäten der
Universität und das Gewerkschaftshaus von Lindau wurde 2005 sorgfältig restauriert. Zugleich werden „Bausünden“ beseitigt oder gemildert, wie der
Steintorplatz, der nach einem Wettbewerb umgestaltet werden soll.
Die Untersuchung zeigt, dass beide Städte von ihren reichen Erfahrungen profitieren können. Auf diese Weise kann die Städtepartnerschaft zwischen
Rouen und Hannover, die ebenfalls ein Kind der Nachkriegszeit von 1966 ist, für eine künftige Entwicklung fruchtbar gemacht werden. So können aus
Fehlern gelernt und gute Beispiele übernommen werden.
Rouen et Hanovre, la Reconstruction
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