Eros Pigalle - Addict Galerie

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Eros Pigalle - Addict Galerie
Eros Pigalle
Gilles Elie COHEN
Exposition du 8 Septembre au 26 Septembre 2015 Mardi - Samedi 11:00 - 19:00
Vernissage le Samedi 5 Septembre 2015 de 17:00 à 21:00
Communiqué de presse
Cette exposition sur le Pigalle de la fin des années 70, nous est racontée par Gilles Elie Cohen. Il s’agit là d’un document
rarissime, unique en son genre. Il nous offre à voir au travers de ses photographies, les coulisses et l’envers du décor de ce
quartier mythique, guidé par “ Lolo Pigalle “...
“ J’avais une amie qui était engagée dans le mouvement féministe. Je lui en ai parlé et elle m’a présenté à Lolo Pigalle.
Lolo avait déjà été filmée une quinzaine d’années auparavant par Marguerite Duras et avait soif de s’exprimer. En 1965 elle
avait dit à Marguerite Duras qu’elle voulait faire autre chose dans la vie.
A présent, autour des années quatre-vingt, elle était la plus vieille stripteaseuse de Pigalle et continuait à faire le tour des
boîtes. Elle accepta tout de suite que je fasse un reportage photographique sur elle, qu’elle me serve de cheval de Troie
dans ce monde qui plonge dans le secret et l’obscur quand les néons s’allument. Je n’ai jamais su son vrai nom et d’ailleurs
je ne le lui ai jamais demandé… “
Gilles Elie Cohen
J’avais accepté un boulot de photographe pour un livre
pornographique. C’était un moment difficile […] Je me souviens encore de
l’odeur âcre et du silence sur le plateau, un grand studio dans le XVIIIe
arrondissement. Une société spécialisée dans les photos de mariage
traitait en sous-main la séance. Une grande Brésilienne riait aux éclats et
faisait son truc sans état d’âme. Les mecs étaient capables de surprenantes
performances. Le producteur, le visage ruisselant de sueur, mâchait nerveusement son cigare en donnant des indications. C’était un gros avec un visage
d’omelette baveuse et une grosse mèche teinte en rouge rabattue sur son
crâne chauve. Il a désormais abandonné la profession et est devenu bouddhiste. C’est à cet instant qu’est née mon idée de faire un reportage sur Pigalle.
Lolo a grandi à l’orphelinat, elle n’a jamais été à l’école. Elle m’a dit que
lorsqu’on n’avait nulle part où aller, ce quartier pouvait être un asile pour
vous. Sa mère a été abandonnée avec cinq enfants. Elle dit : “ J’ai élevé tout
ça, je peux même dire que j’ai élevé ma mère parce que tout ce qu’elle a eu
au monde c’est moi qui le lui ai donné “ . Dans le film de Marguerite Duras,
on voit Lolo faire de la barre dans une salle de danse. “ Mon métier ne me
plaît pas “, dit Lolo à l’écrivain. Elle dit aussi que l’amitié est la chose la plus
importante au monde. Je regretterai toujours de ne pas lui en avoir donné
assez. Un ami à moi, que je lui avais présenté, a eu une histoire d’amour avec
elle. Je n’avais pas aimé ça. Lolo Pigalle m’appartenait comme une grande
soeur.
Chaque jour, vers midi, commençait sa journée de travail. J’allais la
prendre dans son petit appartement, un petit cocon douillet et bien rangé
sur la Butte Montmartre. Elle faisait le tour des boîtes et lorsqu’un client
s’était laissé convaincre par un rabatteur, un rayon de lumière entrait
dans la boîte plongée dans la pénombre, Lolo fonçait sur la scène tandis
que les entraîneuses sortaient de leur somnolence. On me demandait de
m’installer avec une fille autour d’une bouteille de champagne pour faire
croire au client qu’il y avait de l’ambiance. Dans l’arrière-salle, le barman
remplissait la bouteille de Dom Pérignon avec du mousseux éventé. Une
fois, lors du salon des agriculteurs, la haute saison pour Pigalle, un groupe
de paysans furieux de s’être fait avoir, avait défoncé une boîte avec un
bulldozer volé dans un chantier.
Lolo avait ses protégées, des jeunes filles échouées là après l’orphelinat
ou je ne sais quelle galère. Lolo surveillait de près leurs fréquentations et
interdisait aux macs de s’approcher d’elles. Elle leur évitait le coup de fer
à repasser dans la gueule pour obliger la petite à faire le trottoir. Les macs
rôdaient comme des prédateurs, elle les connaissait, elle m’en a montré
quelques-uns, des beaux gosses spécialisés dans le recrutement pour la
pègre des proxénètes.
Quelquefois, elle sacrifiait sa journée à de mystérieuses visites à la prison
de la Santé. Elle m’en a raconté un bout, elle en savait long sur le quartier. Il
y a toujours un moment où on en sait trop, où on est trop dans le coup pour
prendre des photos, le boitier pend comme un appendice inutile sur votre
ventre, tandis que le commissaire avec son holster sur sa chemise — il a
laissé tomber la veste — joue au poker dans l’arrière-salle, à midi ; il fait noir,
l’unique ampoule dessine un cercle de lumière sur la table. Je me souviens
de cette fille, une beauté qui dirigeait une boîte, elle m’avait frappé en plein
coeur, on avait pris rendez-vous pour prendre des photos. Une fois arrivé, son
bienfaiteur à la soixantaine superbe était là en costume sombre et écharpe de
soie blanche, les cheveux argentés plaqués en arrière. Il a posé une rivière de
diamants devant la belle en me regardant du coin de l’oeil. J’avais compris.
Souvent, une fille insistait pour que je la prenne en photo, je trouvais
qu’elle ne savait pas ce qu’elle faisait, qu’elle pouvait se retrouver dans un
journal, être reconnue par ses parents. Elle me disait : “ Je m’en fous “. Une
stripteaseuse, “ Cacahuète “, tenait absolument à ce que je la photographie
dans des postures provocantes et étranges. Pourquoi donc ?
Une prostituée voulait que je fasse un portrait d’elle un rouleau de papier
hygiénique sur la tête. Quand on plonge son regard dans l’inconnu, on
comprend que la photographie n’est qu’ “ une approche sans connaissance “.
Après quelques semaines à rôder à Pigalle avec Lolo, je n’en savais pas
plus long. “ Il n’y a pas de vocation de stripteaseuse… Quand on est dans
la misère, on ne connaît pas autre chose », dit Lolo. Un jour, j’ai jeté à la
poubelle une centaine de diapos de ce reportage. Je ne me souviens pas très bien pourquoi. Pour voyager léger sans doute.
En 2015, je me suis mis à la recherche de Lolo. Elle doit avoir à présent entre soixante-dix et quatre-vingt ans. Je demandai à tous les rabatteurs en face des boîtes s’ils connaissaient Lolo Pigalle. “ C’est l’ancienne
génération “, me dit une jeune fille en riant. Une fille rabatteur… Les temps
ont changé. Finalement un homme aux cheveux blancs m’interpella : “ Je
la connais, elle est morte, mais si tu en veux une autre, on a ce qu’il faut. “
Je revis mon ami qui avait eu une histoire avec elle. Il me dit être capable
de retrouver son appartement sur la Butte, quand il ira mieux, précisa-til. Il venait d’avoir une crise cardiaque. Quelques semaines plus tard, on
prit un taxi et il retrouva tout de suite la rue, juste en bas des vignes de la
Butte Montmartre. Il reconnut le petit immeuble. Une porte en fer interdisait l’entrée. Je sonnai longuement, personne ne répondit, l’immeuble
semblait abandonné, puis on alla boire un verre sur une terrasse ensoleillée.
Interview de Lolo Pigalle par Marguerite Duras en 1965. Disponible sur le
site de L’INA.
La Galerie ADDICT & Laetitia Hecht présentent du 8 Septembre au 26 Septembre 2015 les photographies de l’exposition
Eros Pigalle de Gilles Elie Cohen. A l’occasion de la sortie de l’ouvrage Eros Pigalle aux Editions Serious Publishing, le photographe Gilles Elie Cohen et les auteurs Joël Houssin et Ange Rebelli seront présents pour une dédicace le soir du vernissage
le Samedi 5 Septembre 2015 de 17h à 21h.
Pour toute demande de visuels nous contacter au 01 48 87 05 04 ou par mail [email protected]
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