Reconversion patrimoniale et économique à Wesserling

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Reconversion patrimoniale et économique à Wesserling
Le musée, équipement touristique structurant
Reconversion patrimoniale
et économique à Wesserling
FRANÇOIS TACQUARD
PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION DE GESTION DU PARC TEXTILE DE WESSERLING
CONSEILLER GÉNÉRAL DE SAINT-AMARIN, PRÉSIDENT DE LA COMMUNAUTÉ DE COMMUNES DE LA VALLÉE DE SAINT-AMARIN
([email protected])
esserling se situe dans la vallée de la Thur, dans la partie méridionale du massif vosgien, à proximité de Mulhouse dans le sud du département du Haut-Rhin (Alsace).
Globalement orientée est-ouest, la vallée est encadrée par les plus hauts sommets des Vosges.
En raison de son emplacement et de la présence d’un des cols les plus accessibles des hautes
Vosges, le col de Bussang, la vallée de la Thur est l’objet depuis longtemps d’un courant
d’activités et d’échanges. Elle était et est encore un des axes transvosgiens les plus
empruntés, notamment pour les relations entre l’Italie du Nord, la Suisse et le Benelux.
Dès le XVIIIe siècle, des industries s’y implantent, d’abord minières et métallurgiques, puis
textiles, qui font passer la vallée de l’économie agricole et pastorale à l’ère des manufactures.
Créée en 1762 au centre de la vallée, occupant environ 70 hectares (dont 17 hectares de
parc avec château, villas et ferme, 24 hectares d’usine et 29 hectares de prés et étangs),
la manufacture d’impression de Wesserling a résisté jusqu’en 2002 aux crises qui ont jalonné
ses deux siècles et demi d’existence. Jusqu’à il y a deux ans, elle imprimait des tissus de
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grande qualité sous les marques Gros-Roman, puis Boussac.
Aujourd’hui encore, Wesserling est un site unique par sa cohérence et son état de conservation. Il est un haut lieu de l’histoire industrielle nationale, mais aussi un agréable endroit
à découvrir.
On y trouve “la plus extraordinaire agglomération d’architectures industrielles en Alsace,
avec des manufactures du XVIIe siècle, des habitats patronaux et ouvriers, des usines du
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e
XIX et du XX siècle, des infrastructures énergétiques et des équipements sociaux”.
1993. L’ÉCHEC RELATIF
D’UN PREMIER MUSÉE DU TEXTILE ET DES COSTUMES
Wesserling n’a pas été épargné par les secousses du XXe siècle dans l’industrie textile. En 1986, le département du Haut-Rhin rachète l’ensemble des actifs non industriels
de la manufacture, afin de les soustraire au morcellement qui semblait inéluctable après
le naufrage de l’empire Boussac. Il reprend les 12 hectares de parc et jardins autour du
château, les 5 hectares du parc rural de la ferme et 30 hectares d’espaces naturels localisés en amont du site (bords de rivières et zone humide du See d’Urbes).
Le conseil général rénove les voiries et réseaux, remet en état quelques bâtiments périphériques comme la chapelle, vend quelques logements et commence à réaménager le parc.
Mais, séduit et trompé par des promesses mirifiques de soi-disant investisseurs suisses (qui
parlent de grand hôtel et de centre de conférences), il laisse tomber en ruine le château,
la ferme, les écuries, la première manufacture (surnommée la barrette) et de nombreuses
villas.
En 1993, il décide pourtant d’installer, pour 30 MF, un musée du textile et des costumes
dans un bâtiment industriel situé en périphérie du parc.
Il achète une importante collection de costumes. Mais celle-ci n’a aucun lien avec l’histoire de Wesserling et la direction des Musées de France la juge sans grande valeur.
Une association de sauvegarde se crée pour défendre le patrimoine de Wesserling et se
heurte au département du Haut-Rhin. L’association réclame une sauvegarde prioritaire
du château et de la barrette, qu’elle souhaite voir classés monuments historiques. Elle redoute
que Wesserling ne soit victime d’irrémédiables destructions.
Le musée départemental du textile et des costumes de Haute-Alsace ouvre ses portes en
1996. Prévu pour accueillir 100 000 visiteurs, il plafonnera aux alentours de 15 000.
En février 1998, l’association de sauvegarde gagne une bataille, avec l’inscription des 17
hectares a du site à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques, contre l’avis
du département.
À la suite des cantonales de 1998, le conseil général change de majorité et d’équipe, ce
qui rouvre la discussion sur l’avenir du site de Wesserling.
1998. LA RELANCE
D’UN PROJET CULTUREL ET TOURISTIQUE PLUS AMBITIEUX
En 1998, avec l’inscription du site à l’Inventaire supplémentaire des monuments
historiques, une nouvelle équipe, réunie au sein de l’Association de gestion du parc textile de Wesserling, lance un projet ambitieux de réhabilitation des 17 hectares du parc,
qui constitue un ensemble patrimonial unique en Alsace.
Pour faire vivre un tel ensemble, le conseil général et les acteurs du site choisissent de diversifier les fonctions des différents bâtiments. Certains sont destinés à des services pour la
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population locale (logements, pôle d’accueil de la petite enfance…), d’autres accueillent
des commerces en rapport avec le développement touristique du lieu.
Mais l’essentiel reste propriété de la collectivité départementale pour permettre à l’association de gestion du parc et au conseil général de réaliser un projet culturel et touristique,
qui s’articule alors autour de trois axes :
– faire du site de Wesserling l’un des plus beaux jardins d’Alsace ;
– développer dans la ferme un espace de découverte de l’agriculture de montagne et du
goût ;
– développer un vrai musée de l’industrie textile alsacienne, axé sur l’impression.
Faire du site de Wesserling l’un des plus beaux jardins d’Alsace
La réhabilitation des cinq jardins du parc commence en 1999 par l’aménagement
de potagers décoratifs, mais également productifs, gérés par une association de réinsertion, l’Association des jardins de Wesserling. Les terrasses méditerranéennes sont rénovées en 2002, suivant les plans du XIXe siècle. Le jardin à l’anglaise devrait bientôt suivre.
En 2003, l’association de gestion crée un Festival des jardins métissés dans le jardin régulier. Des jardins surprenants et éphémères présentent des démarches novatrices en matière
d’aménagement paysager. Payants durant les trois mois d’été, les jardins de Wesserling
attirent plus de 35 000 visiteurs en 2004.
Histoire de l’industrie textile à Wesserling
L’industrie textile prend naissance en 1762 à Wesserling, dans
un pavillon de chasse déjà entouré de beaux jardins. Le site
avait été aménagé en 1699 par les princes-abbés de Murbach.
sur une moraine glacière,proche de la rivière,la Thur.Ce pavillon
est transformé en fabrique d’indiennes, des toiles imprimées
à la planche, suivant une méthode existant aux Indes et
reprise par des manufacturiers suisses et anglais.
Le château, incendié en 1776, est reconstruit et devient la résidence des manufacturiers. La “barrette”, installée à proximité
du château, longue de 120 mètres, constitue le premier atelier d’impression à la planche et de teinture, utilisé en tant que
tel de 1773 à 1805. En 1786, un décret signé par le roi
Louis XVI élève le site de Wesserling au rang de manufacture
royale d’indiennes.
En 1802, avec le début de la révolution industrielle, les manufactures quittent le parc paysager et se développent en
contrebas, sur les bords de la Thur : création de la première
filature mécanisée, mue par des roues à augets ; apparition en
1825 de la machine à vapeur pour du tissage ; développement
de bâtiments à plusieurs étages, branchement au réseau ferroviaire, apparition des usines avec toits en sheds vers le
début du XXe siècle, etc.Wesserling est le premier établisse-
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ment à assurer l’intégration filature, tissage et impression.
Les familles Gros et Roman règnent sur l’empire industriel de
Wesserling de 1802 à 1933. D’innombrables innovations
techniques voient le jour à Wesserling, qui est appelé le Petit
Paris.
L’aménagement du parc continue, avec la création de nouveaux
jardins, l’installation d’écoles, d’un théâtre, d’un temple protestant (religion des patrons), de plusieurs villas. Il y règne une
intense vie culturelle. L’entreprise récolte plusieurs médailles
d’honneur aux célèbres expositions universelles du XIXe siècle.
Elle produit les tentures du boudoir de la Reine Victoria
d’Angleterre !
Inspirée d’un chalet suisse, avec des façades magnifiquement
ouvragées, la ferme de Wesserling est construite en 1860. Elle
est entourée d’un parc de 5 ha.
À son apogée, vers 1865, ce sont près de 6 000 personnes
qui travaillent pour Wesserling.Elle est alors une des plus importantes usines textiles d’Europe.
En 1933, Marcel Boussac reprend l’usine, qui devient la manufacture d’impression de Wesserling (MIW).Après une période
d’intense activité, le lent déclin de la MIW commence dans
les années 1960.
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Développé autour du château qui domine la colline morainique, le parc paysager de 17
hectares est composé de cinq jardins. Le visiteur peut ainsi découvrir, au gré des chemins
et des allées, l’harmonieuse symétrie du jardin à la française, le charme romantique du
jardin à l’anglaise, la douce intimité des terrasses à l’italienne, les saveurs authentiques
du jardin potager et l’ambiance champêtre du parc rural de la ferme.
Créer un espace de découverte de l’agriculture de montagne
En 2001, en pleine rénovation, la ferme est victime d’un incendie. Des travaux de
reconstruction à l’identique sont réalisés, qui permettent de l’ouvrir au public à l’été 2005.
En liaison avec l’association Agriculture et paysages, qui regroupe des agriculteurs de la
vallée, la ferme devient progressivement un lieu :
– de découverte de l’agriculture et des paysages de la montagne vosgienne (avec une forte
activité pédagogique), et d’hivernage d’animaux de la vallée ;
– de vente des produits de l’agriculture de montagne et de sensibilisation au goût ;
– de découverte des relations agriculture-industrie dans le cadre du musée de site ;
– de fêtes.
Développer un vrai musée de l’industrie textile alsacienne
Le projet de musée de l’industrie textile alsacienne vise à reconstituer des unités
de production telle qu’elles existaient au XIXe siècle dans un bâtiment de 1819 qui jouxte
le musée actuel, puis de les faire fonctionner en production réelle, en particulier avec des
anciens du textile. Les travaux d’aménagement sont en cours.
Les premiers résultats sont encourageants
Avec une subvention de fonctionnement presque identique à celle accordée auparavant au seul musée, l’équipe salariée (25 personnes) s’occupe désormais d’un site de 17 hectares composé d’éléments très variés : château, maisons de maître, usines, jardins, ferme.
Une dizaine d’associations s’investissent dans le parc et contribuent à son animation :
– l’Association des jardins de Wesserling, qui gère les jardins sociaux et leur grande fête ;
– l’association Agriculture et paysages, qui anime un marché paysan régulier ;
– l’association culturelle Ouver-thur, qui organise un festival du théâtre et une fête du livre ;
– l’association Wesserling. Un patrimoine pour l’avenir, qui œuvre pour la sauvegarde du
site ;
– l’office du tourisme de la vallée, qui a mis en place et exploite un son et lumière sur
l’histoire du site ;
– l’association de petite enfance Les Thur-lutins ;
– le groupement des artistes ;
– l’association d’insertion Arcs ;
– le Club vosgien (sentier de découverte).
Toutes ces associations sont membres de droit de l’Association de gestion du parc textile de Wesserling, avec les représentants du département, de la communauté de communes
de la vallée de Saint-Amarin et de la commune de Husseren-Wesserling.
En 2004, la fréquentation globale payante du site dépasse les 50 000 personnes. La fréquentation totale est plus importante, de 70 000 à 80 000 personnes, puisque le site est
libre d’accès neuf mois sur douze et que plusieurs grandes fêtes et manifestations sont gratuites.
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2003. DU PROJET TOURISTIQUE AU PROJET INDUSTRIEL
La lente érosion des emplois industriels se transforme à partir de 2001 en crise grave :
les entreprises textiles de la vallée subissent de plein fouet la mondialisation, et l’usine d’impression de Wesserling, qui comprenait encore 230 salariés, est mise en liquidation judiciaire. C’est un traumatisme majeur pour la vallée.
La communauté de communes de la vallée de Saint-Amarin tire les leçons d’autres naufrages économiques. Les friches industrielles sont un handicap si on les laisse se clochardiser. Mais elles peuvent devenir un atout si elles sont immédiatement valorisées, en particulier en pépinière ou hôtel d’entreprises.
Aussi, elle rachète en 2004 l’usine de Wesserling (24 ha et 60 000 m2 de bâtiments), immédiatement après la fermeture de l’usine.
Dans le cadre d’un plan global de mise en valeur, le site accueille déjà, au bout d’un an,
une vingtaine de locataires : des PME textiles, artisanales et commerciales sur 16 000 m2,
ce qui dépasse toutes les prévisions.
Lors des ventes aux enchères liées à la liquidation de l’usine, l’Association de gestion du
parc textile de Wesserling rachète une chaîne complète d’impression textile de la fin du XXe
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siècle. La communauté de communes lui confie, par ailleurs, des dizaines de milliers
d’objets restés dans l’usine, dont plus de 20 000 échantillons de tissus avec dossier d’impression.
L’Association de gestion devient ainsi gestionnaire d’une très importante collection d’objets textiles : des plans du site, des livres d’échantillons, des tissus, des documents administratifs, du matériel industriel, des machines, etc.
La communauté de communes de la Vallée de Saint-Amarin met à la disposition du
conseil général et de l’Association de gestion du parc textile un bâtiment industriel du XXe
siècle de 3 000 m2 proche du musée actuel, le “triangle”, apte à recevoir une chaîne d’impression complète. Elle leur propose également une partie des friches patrimoniales, où se
trouvent encore de beaux bâtiments industriels, quasiment dans l’état de 1840, ainsi
qu’une vieille centrale à vapeur et un complexe d’énergie hydraulique du XIXe siècle.
À partir de là, les deux projets, celui du conseil général du Haut-Rhin pour le parc de Wesserling
et celui de la communauté de communes pour l’hôtel d’entreprises, peuvent s’enrichir mutuellement :
– le conseil général et l’Association de gestion du parc textile peuvent développer à
Wesserling un grand (éco)musée de site textile, à la mode anglaise, avec une très belle collection de bâtiments et d’objets ;
– la communauté de communes peut utiliser l’image de marque et le dynamisme touristique du site pour attirer des entreprises locataires dans ses bâtiments.
2005. UN PROJET DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
À présent, Wesserling est l’objet de deux projets convergents, l’un du conseil général du Haut-Rhin pour le site patrimonial et touristique, et l’autre de la communauté de
communes pour un hôtel d’entreprise de 35 000 m2.
Un projet de grand (éco)musée de site
Il est prévu de faire de Wesserling un grand écomusée de l’industrie textile alsacienne. Ce
projet culturel va se développer autour de plusieurs espaces qui, ensemble, permettront une
découverte de l’extraordinaire aventure industrielle de Wesserling :
– histoire du textile en Alsace et à Wesserling dans un centre d’interprétation (actuel musée) ;
– des salles de production textile des XVIIIe et XIXe siècles dans l’aile B du musée ;
– des salles de production textile du XXe siècle dans une usine datant des années 1960 ;
– l’art des jardins dans les différents espaces du parc ;
– l’agriculture des ouvriers-paysans, ses relations avec l’industrie au XIXe siècle, et le fonctionnement d’une ferme de patron, dans la ferme ;
– le paternalisme des manufacturiers protestants et la vie des patrons dans une partie du
château de Wesserling ;
– les énergies de l’industrie textile et l’architecture, dans la friche patrimoniale du bas du
site.
Les autres activités continueront à se développer : manifestations culturelles, festival des
jardins métissés, ferme pédagogique, etc.
Un projet de reconversion économique et touristique
La communauté de communes a décidé de faire de l’usine de Wesserling un très grand
hôtel d’entreprises (35 000 m2), en jouant des atouts propres du territoire, qu’ils soient du
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savoir-faire textile, d’artisanat local, de création ou touristique, en liaison avec le Parc. Cinq
“produits économiques” sont proposés à 70 entreprises, avec l’objectif de créer 270
emplois :
– une pépinière d’entreprises et des espaces de création et de logistique textile. Six PME
viennent de s’installer sur le site. Un partenariat avec le pôle textile de Mulhouse est en
projet ;
– des locaux artisanaux pour répondre à une demande d’artisans locaux souhaitant se desserrer ;
– des locaux industriels liés à la station d’épuration industrielle ;
– un centre des métiers d’art, orienté vers la création textile et les arts de la mode, ainsi
que vers les arts des jardins (points forts du site de Wesserling). Douze lots sont aménagés ; six candidats travaillent actuellement sur une charte de qualité ; il sera accompagné
de trois magasins d’usines (dont deux sont déjà en place) ;
– des ateliers d’artistes. Treize lots avec loft sont prévus dans un bâtiment bien éclairé ;
une dizaine de candidats travaillent actuellement sur une charte de qualité.
Un espace culturel et d’entreprise avec petite salle de spectacles (120 places) sera créé. Il
sera utilisable également pour les expositions, les réceptions des entreprises du site.
DES CONDITIONS FAVORABLES À LA RÉUSSITE
Le projet de réhabilitation du site de Wesserling s’inscrit dans une démarche de qualité, créant des conditions favorables à sa réussite :
– la maîtrise foncière du site. En tant que propriétaires principales, à 90 %, les collectivités (communauté de communes et conseil général du Haut-Rhin) maîtrisent totalement le
site. Cette maîtrise permet le développement d’un projet cohérent sur l’ensemble des
41 hectares ;
– la qualité patrimoniale de l’aménagement. Grâce à l’inscription du parc de Wesserling
à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques, la réhabilitation de l’ancienne
usine se fait de façon “patrimoniale”, en cohérence avec les travaux déjà entrepris dans
le parc de Wesserling. Cette cohérence est le gage d’une bonne image pour le site. Les espaces
communs du site sont et resteront (bien) entretenus par l’Association de gestion, pour le
parc paysager, et par la communauté de communes, pour les anciennes usines ;
– un projet clair et ambitieux, porté par une équipe décidée, mais une grande souplesse
dans la mise en œuvre ;
– la forte mobilisation des acteurs locaux, à travers le développement d’une dizaine d’associations fédérées au sein de l’Association de gestion du parc textile de Wesserling ;
– des produits immobiliers bien typés et adaptés pour l’hôtel d’entreprises. En définissant
cinq produits immobiliers bien typés, la communauté de communes peut répondre aux
demandes du marché et proposer ainsi, à chaque demande, un local adapté. En affichant
des prix de location proches de 2 € le m2 par mois, la communauté de communes est très
compétitive par rapport au marché de l’immobilier d’entreprise alsacien. Ce prix tient compte
de la situation géographique de fond de vallée ;
– des services développés pour les entreprises installées. Les entreprises qui s’installent à
Wesserling y trouvent des services communs : gardiennage, logistique, nettoyage, secrétariat,
salle de réunions, espace de réception, show-room, etc. Le parc de Wesserling accueille déjà
des services pouvant profiter aux entreprises et aux salariés (restauration, halte-garderie
et crèche, centre culturel, commerce…) ;
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– des synergies textiles et touristiques. Les entreprises textiles pourront bénéficier de
l’image historique du site et des partenariats pourront être proposés avec le Musée du textile. Un partenariat avec le pôle textile de Mulhouse est à l’étude. Les entreprises touristiques bénéficieront de l’image du parc de Wesserling, qui a accueilli 56 000 visiteurs payants
pour l’année 2004. Les espaces collectifs (métiers d’art, ateliers d’artistes) se développeront sur la base de chartes de qualité réalisées en partenariat avec les différents acteurs de
ces projets.
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Le projet de réhabilitation du site de Wesserling est un projet exemplaire pour les
vallées vosgiennes et l’Alsace. Tout d’abord, dans une région (et une vallée) très densément
peuplée, où le foncier est rare, la réutilisation intensive des friches est un objectif fondamental de l’aménagement durable du territoire.
Ensuite, la revalorisation de bâtiments industriels du XIXe et du XXe siècle permet à la vallée de préserver un patrimoine architectural et industriel de grande qualité, qui a forgé son
identité. Cela est trop rarement fait en Alsace, où la mise en valeur du patrimoine des maisons à colombage masque souvent l’intérêt des patrimoines plus récents.
La valorisation des friches permet de louer à très bon prix (le prix du marché local) des
surfaces à des entreprises. En conséquence, elles s’installent dans une vallée dont l’accessibilité est (pour l’instant) médiocre, ce qu’elles n’auraient jamais fait autrement. Indiquons
que le coût de rénovation des bâtiments de l’usine est en moyenne deux fois moins cher
que la construction du neuf (250 euros le m2, alors que le neuf dépasse 400 euros).
La mise en place d’une mixité des fonctions, industrielles, tertiaires, commerciales, artisanales et culturelles, dans le respect d’un patrimoine commun et d’une charte de qualité,
donne du tonus à l’ensemble et le rend plus attractif. Fréquente dans d’autres pays (en GrandeBretagne, par exemple), cette mixité reste rare en France, alors qu’elle correspond bien à
une tertiarisation générale de l’économie.
La création de synergies entre création textile, logistique et petite production industrielle
textile est un des éléments important du projet. C’est un vrai pari à l’heure où les déloca❍
lisations d’industries textiles se multiplient dans les territoires de fond de vallée.
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