la Lucarne de Kerboulard

Commentaires

Transcription

la Lucarne de Kerboulard
GLAD SENOLF!
DECEMBRE
2009
Le NEZ de
KERBOULARD
Restitution de la lucarne du manoir des Kerboulard.
Lors
de mon arrivée à kerboulard, j’ai rapidement noué des
relations enrichissantes avec l’association créée par Tugdual Kalvez, et
son bureau fondateur. Parmis eux Gérard LE GAC qui est l’instigateur de ce projet.
En effet, lors d'une visite à kerboulard alors que je le raccompagnais il s'arrêta, et montrant la façade du manoir, me dit : « il faudra
rendre son nez à ta maison! ». J’acquiescais poliment mais ne comprit
que quelques secondes plus tard l’évidence de sa remarque : l'embryon de
lucarne encore en place n'est que la base d'un édifice beaucoup plus
grand comme on les voit sur la plupart des manoirs bretons : il faudra
donc la reconstruire.
La réalisation d'un tel projet ne se fait pas à la légère. Et la restitution
de la lucarne qui consiste à reconstruire aussi proche que possible cet édifice
de ce qu'il était avant sa ruine implique au préalable de répondre aux questions suivantes :
- quelles étaient les formes et les dimensions de cette lucarne à l'origine?
- comment la reconstruire?
- pourquoi a-t-elle disparu?
D’ancienne extraction chevaleresque, la
maison de Kerboulard tire son origine du
manoir de ce nom en la paroisse de SaintNolff au diocèse de Vannes, où elle résidait
dés le XIVe siècle.
Elle comparut parmi les nobles de cette
paroisse aux réformations et montres de
1426 à 1536 et fut maintenue d'ancienne
extraction chevaleresque à la réformation de
l670 avec sept générations.
Le Manoir à été édifié vers 1530 par Messire Robert de Kerboulard, marié, vers 1508
à demoiselle Anne de Collédo, et qui comparait à La Réformation de 1514.
Tout commence donc par l’analyse minutieuse du bâti existant, par la connaissance de son histoire et de celle d'édifices équivalents. L'étude architecturale et historique du manoir de Kerboulard
permet de dater sa construction au début du XVIe siècle vraisemblablement dans les années 1530. Gérard DANET : Le manoir de Kerboulard
étude historique et architecturale.
1-Manoir de Kergal (brandivy, 56).
!
PASCAL AUROY POUR GLAD SENOLF
A cette époque l'évolution des goûts et de la mode architecturale
tend à faire disparaître de la façade les éléments ornementaux sculptés
pour les reporter sur la lucarne qui est « désormais hypertrophiée et
cherche à attirer l'oeil. Surmontée de pignons suraigus, elle est le plus
souvent accostée de crossettes et porte des ornements zoomorphes directement empruntés aux gargouilles de l'architecture religieuse. Ce
parti pris se retrouve aussi bien dans les grands édifices ... que dans les
petits. » Le manoir en Bretagne 1380 - 1600, cahiers de l'inventaire, imprimerie national, mai 1993. Cet attachement au répertoire flamboyant est vivace en particulier dans les petits édifices jusque vers 1560. Il est vraisemblable que les lucarnes prennent alors pour les petits manoirs la
signification de puissance et de domination que détenait les donjons et
les tours des grands édifices jusqu'au XVe siècle.
Le manoir de Kergal prés de Brandivy dans le Morbihan, construit au cours de la première moitié du XVIe siècle montre des proportions et des dimensions de sa lucarne proche de ce que pouvait être
celle du manoir de Kerboulard dont les éléments d'origine restant en
place et l'appui saillant mouluré de la baie sont semblables (fig 1et 4).
PAGE
1
GLAD SENOLF!
DECEMBRE
2009
Huit projets ont été nécessaires avant de proposer une restitution qui répondait à tous les paramètres architecturaux (fig. 2). Certains de ces paramètres étaient strictement imposés par les éléments d'époque
encore en place sur l'édifice, d’autres étaient libres faute d’information. Les modèles numérisés et reportés sur des images numériques ont permis de visualiser et de valider le rendu final sur l’aspect du bâtiment un an avant le début du chantier (fig. 3).
F
3-Modelisation du projet : différentes lucarnes numérisées reportées sur des images du batiment
L
c
c’
m’
m
b
a
S
2-Huitième et dernier projet de restitution de la
lucarne ; les pierres marquées d’un point sont
celles encore en place sur l’édifice.
4- La lucarne décapitée ; la travée et les pierres en dessous sont d’origine.
La partie inférieure de la lucarne constituée de l'appui saillant mouluré, du chaînage des moellons de part et d'autre de la baie, et de la
traverse, sont encore en place (fig. 4). Comme les baies à travées de cette époque présentent toutes des proportions similaires entre la
partie sur, et sous la travée (approximativement 1/3 au-dessus et 2/3 en dessous) et que la partie inférieure mesure 80 cm, cela nous impose une ouverture de 40 cm de hauteur au-dessus de la travée encore en place. Cette mesure est corroborée par le fait qu'elles implique
une hauteur de 30 cm pour les 2 moellons (cf. fig. 2 m, m’) en façade qui supportent le linteau (L). Or la pierre de l’appui saillant (S), et
tous les gros moellons en place sous la travée ont 1 pied de hauteur soit 30 cm (sauf un de 36 cm cf. fig. a). De plus le seul gros moellon
de chaînage encore en place dans l'axe et à gauche de la traverse mesure aussi 30 cm de haut (b), et si on le surmonte d'un moellon de 30
cm de haut cela place automatiquement le linteau à 40 cm au-dessus de la traverse. Il est donc fortement vraisemblable que la base du
linteau soit exactement à sa place originelle. Mais quelle est sa hauteur ?
Compte tenu des contraintes qu’il doit supporter (la seule pierre sculptée portant le blason pèse plus de 600 Kilos) elle est vraisemblablement supérieure aux 30 cm des moellons de chaînage, même si il est doublé en arrière par un faux linteau de dimension identique qu'on appelle le palâtre. C'est la charpente qui nous donnera la réponse. En effet, par chance les deux grandes fermes en chêne qui
constituent la charpente sont d'origine, et bien que l'emplacement des pannes actuelles soit différent de celui des pannes d'origine, les
pièces de chêne qui constituent les fermes, présentent toutes à 2,70 mètres du sol du grenier une enture libre de 21 cm de hauteur par 9
cm de profondeur. Une seconde enture est visible à 4,40 mètres du sol. Il s'agit bien sûr de l'emplacement des deux pannes du rampant
du toit, la 3ème panne étant faîtière. Les logements de ses pannes sont d’ailleurs visibles dans la maçonnerie des pignons (cf. fig. 6 page
3).
Puisque les pannes du toit de la lucarne s'appuient en façade sur le linteau et ses deux moellons de chaînages latéraux et de leur autre
extrémité sur les pannes de la charpente du manoir, et qu'elles sont nécessairement horizontales, cela place avec précision la hauteur à
laquelle se trouve le lit supérieur du linteau, du palâtre, et des 2 moellons de chaînage (c, c’ ) à 2,70 m, mais aussi la pierre d’appui du
faîtage du toit de la lucarne (F) à 4,40 m.
Les dimensions de la lucarne semblent donc fixées précisément par les entures des pannes d'origine sur les fermes. Mais en
réalité, si les pannes sont placées exactement, la position du lit supérieur du linteau et la position de la pierre où s'appuie la panne faîtière de la lucarne peuvent varier de 40 cm selon les modes d'assemblage. En effet la dimension des entures impose des pannes de section 20X12 cm, ce qui est cohérent compte tenu de leur longueur, des contraintes qu'elles subissent, du matériau (bois de chêne ou de
châtaignier). Les pannes de la toiture de la lucarne subissent des contraintes identiques et devaient être de même section.
!
PASCAL AUROY POUR GLAD SENOLF
PAGE
2
GLAD SENOLF!
DECEMBRE
2009
Donc pour un assemblage à mi-bois (fig 5 cas3) :
le champ inférieur des pannes de la lucarne (L) sera au
même niveau que le champ inférieur des pannes de la
toiture (T) et que lit supérieur du linteau et de même
pour la pierre d'appui au faîtage de la lucarne (A). Si les
pannes de la lucarne (L) sont posées sur les pannes de la
toiture (T) le linteau et la pierre d'appui (A) doivent être
20 cm plus hauts (cas1). Si les pannes de la lucarne sont
fixées pendantes sous les pannes de la toiture le linteau
et la pierre d’appui sont situés 20 cm plus bas (cas2) que
l'assemblage à mi bois (cas3).
Cette dernière solution (cas2) plus complexe à
mettre en oeuvre car elle nécessite une ferrure, et aussi
moins fiable, n'aurait certainement pas été retenue par
les charpentiers du XVIe siècle.
5-Ci-dessous : trois modes d’assemblage.
cas 1
cas 3
cas 2
panne de la lucarne posée sur
les pannes de la toiture
panne de la lucarne et de
T
la toiture au même niveau
panne de la lucarne pendante
sous les pannes de la toiture
L
L
A 20cm
L A
A
Ainsi les mode d'assemblage confèrent à nos hypothèses concernant les dimensions de la lucarne une incertitude de l'ordre de 20cm. À cette incertitude peut s'ajouter
des choix architecturaux ou techniques ; les pannes basses
de la lucarne pouvant reposer sur le palatre ou sur des
moellons posés sur le palatre ou encore sur une poutre
horizontale posée sur le palatre (disposition effectivement
restituée cf (fig7 ci-dessous). Entre autres, la présence ou
non d'un coyau commande, ces diverses dispositions.
6-Ci-dessus : Dessin en perpective de la
charpente et de la maçonnerie de la lucarne
restituée du manoir de kerboulard.
La panne faîtière repose toujours sur une pierre dont le lit supérieur est en
dessous d'au moins 30 cm de la ligne de faîtage des ardoises de couverture, mais ce
retrait peut être beaucoup plus important jusqu'à 60 cm environ. En tout état de cause
la position de la panne faîtière sur la lucarne est définie par sa nécessaire horizontalité et son mode d'assemblage sur la panne haute du toit. Dans notre cas une erreur de
calcul de 20 cm nous a contraint à un assemblage pendant de la panne faîtière de la
lucarne sous la panne haute du toit ; la pierre d’appui sur la lucarne étant trop basse
de 20 cm. le faîtage du toit et le sommet du gable de la lucarne devaient donc être 20
cm plus hauts, voir 40 cm selon les differents retraits possibles par rapport au faitage.
On pourrait cependant, suggérer un autre mode d'assemblage entre la panne
faîtière de la lucarne et la charpente du toit. Une ou deux pièces de bois (appelée
parfois linçoire) joignant verticalement les deux pannes du toit du manoir permettrait
de fixer la panne faîtière de la lucarne à n'importe quel niveau. Nous ne pouvons pas
complètement rejeter cette hypothèse bien qu'elle soit peu économe en bois (une ou
deux poutres en plus, de 2 m environ) et en assemblages (2 à 4 assemblages supplémentaires). Mais : 1-la situation des pannes basses de la lucarne ne dépend que du
niveau de la panne basse du toit du manoir et aucun type d'assemblage ne permettrait
de les placer plus bas, 2-le niveau du linteau sur lequel repose les pannes ne pourrait
pas être plus bas car il dépend aussi de la hauteur de l'ouverture de la baie au-dessus
de la traverse, 3-la mise en place de la panne faîtière de la lucarne devrait être beaucoup plus basse car il n'y aurait pas d'intérêt a compliquer cette partie de la charpente
pour seulement 30 ou 60cm. La conjonction de ces trois certitudes conduit, si on
retient l’hypothèse d’un linçoire et puisque les pannes basses de la lucarne ne peuvent être plus basses, à rompre l'harmonie esthétique des proportions de la lucarne
7Photographie pendant le travail de charpenterie. car le gable devient trop petit et ses rampants trop peu pentus : celà est peu probable
compte tenu des tendances architecturales au début du XVIè sciècle.
!
PASCAL AUROY POUR GLAD SENOLF
PAGE
3
GLAD SENOLF!
DECEMBRE
2009
Donc, sauf à accepter l’hypothèse d’un assemblage compliqué et d’une lucarne disharmonieuse, nous pensons que le
faîtage du toit et le sommet du gable de la lucarne d'origine était vraisemblablement 20 ou 40 cm plus hauts que ceux restitués. Notre
erreur de calcul ( - 4% à - 8 % de hauteur perdue ) affecte finalement très peu les proportions de l'édifice. Son intégration par rapport
au faitage du toit du manoir et à l'élancement de la façade semble bien restituer l'équilibre des proportions supposées harmonieuses de
ce qu’elle devait être à l'origine.
Si les paramètres dimensionnels de la lucarne ont été fortement contraints par l'analyse des éléments restants, ce n’est pas le cas des détails architecturaux car aucun descriptif ou dessin n'a pu être retrouvé.
Cependant la richesse ornementale toujours présente sur les
lucarnes d'édifice contemporain et les raisons probables de la
destruction du gable et de la partie haute de la façade de cette
lucarne (fig. 17) sont deux arguments forts plaidant en faveur
d'une ornementation originelle dense.
L'encadrement de la baie présente un chanfrein sur les moellons
d'origine encore en place comme la plupart des ouvertures
d'époque encore présentes sur le site. Nous avons souhaité prolonger ce chanfrein par une accolade pour répondre à celle pré8-Linteau de la maitérie de la porte (début
sente sur le linteau de la porte de la longère qui fait face au ma- XVIè) face au manoir : model repris pour
noir (fig. 8).
la restitution de la lucarne
La corniche à la base du gâble est empruntée aux deux lucarnes
9aLa villeneuve jacquot
du manoir contemporain (fin XVe début XVIe) de Toul-an-Gollet (Plésidy, 35) (fig. 13). C’est aussi la réplique exacte de la moulure de l'appui saillant de la baie de la lucarne de
1530 (Quistinic,56)
kerboulard (fig. 4,10 et 14). Le larmiers protégeant le blason, la disposition des choux, la présence des chimères sont repris, entre autres de
La Villeneuve Jacquot 1530 (Quistinic, 56)9a, du Plessi Josso
(Theix,56)9b, et de la lucarne du manoir de kergal (Brandivy, 56) (fig.
1).
Le blason est sculpté d’après le model du Nobiliaire et Armorial de Bretagne, par Potier de Courcy (en cartouche fig. 10).
Le modèle des chimères est inspiré du griffon et du lion décapités encore présent à la base des rampants du toit du manoir (cf. photos ci-dessous). Les dimensions des chimères ont été respectées (90
cm de longueur) pour harmoniser les proportions avec l’existant. Hélas les sculpteurs n'ont pas réussi parfaitement à rendre la naïveté des
formes des modèles présents et l'aspect restitué du lion surtout, du
9bLucarne vers1565 au Ples- griffon un peu moins, fait plus penser au style de la fin que du début
10-blason sculpté d’aprés le Nodu XVIe siècle (fig. 11 et 12).
biliaire et Armorial de Bretagne.
si Josso (Theix,56)
11- griffon (au sud) et lion (au nord) décapités présents à la base
des rampants de la facade Est du toit du manoir de Kerboulard
12- griffon et lion bruts de sculpture, avant le sablage qui reproduira en parti l’érosion naturel
des pierres de la facade exposées au climat : la «naïveté médiévale» est difficile à reproduire.
!
PASCAL AUROY POUR GLAD SENOLF
13-Toul-an-Gollet (Plésidy, 35)
14-le moulage en élastomère coulé en plâtre puis
peint, de l'appui saillant de la baie de la lucarne
de kerboulard qui a servi de modèle, est posé tête
bêche à coté de la moulure de la nouvelle corniche. derrière lui, on distingue les goujons en inox.
PAGE
4
GLAD SENOLF!
DECEMBRE
2009
L'optimisation de la restitution des ornements et des dimensions de la lucarne serait vaine si le choix des matériaux et des techniques d'assemblage n'étaient pas cohérents.
Le granit utilisé pour la construction du manoir vers 1530 a été prélevé sur place. En effet nous avons retrouvé au cours de travaux de
drainage une partie du front de taille de la carrière située à 8 m environ de l'angle nord-ouest du bâtiment. Ce granite local riche en
quartz et au feldspath abondant à un grain moyen à gros, il n'est pas très dur et se fend facilement sous la contrainte ce qui le rend
désagréable à sculpter et le réserve plutôt pour la maçonnerie. Tirant sur le jaune pale il prend selon la lumière une belle coloration
dorée mais sauf à extraire localement des noyaux particulièrement denses et résistants il n'était pas envisageable de prendre le risque
de le sculpter. Aussi avec l'aide de Pierre CARADEC tailleur de pierre et sculpteur alors installé à Saint-Nolff nous avons recherché des granits ayant le même
aspect mais avec des caractéristiques mécaniques permettant le travail de sculpture sans risque de perdre les pierres par fissuration. Notre choix s'est porté sur
une veine de granit extrait de la carrière Chamaillard située au Lande du Moulin
prêt de BIGNAN (56) dont l'apparence est strictement identique au granit de
kerboulard mais qui résiste à la sculpture.
L'appareillage a été étudié pour qu'il corresponde aux techniques du XVIe siècle et qu’il crée un rythme cohérent et élégant de succession de lits horizontaux
scandés par des joints verticaux sans pour autant générer des défauts de structures (traits de sabre favorisant l'ouverture des joints). Malheureusement le calepinage des joints soigneusement définis sur le plan (fig. 2) a été faussé par une
inversion de pierre entre le rampant gauche et droit de la lucarne. Le montage à
blanc a permis de constater le manque d'harmonie dans l'agencement des joints
verticaux. La création de trois saignées verticales créant de faux joints a réglé
ce problème (fig. 15).
L'épaisseur des joints a été définie comme ne pouvant pas être supérieure à 1,5
cm.
En fait leur épaisseur fluctue sur toute la lucarne entre 0,5 et rarement 2 centimètres. Ils ont été creusés avant le durcissement complet du liant afin de reproduire l'érosion climatique des autres joints de la façade.
15-simulation avec des gaines en plastic noir de la
Quel que soit le liant utilisé, la fiabilité de la liaison du dernier et de l'avant- meilleur position pour créer de faux joints afin
dernier lit au faîtage du gable, ne peut être assurée que par un goujonnage. Au d’harmoniser l’appareillage.
XVIe siècle il était réalisé, soit en coulant du plomb dans des trous percés verticalement de part et d'autre du lit de pierre, soit en noyant dans ces mêmes trous
des os longs en général de moutons. Bien entendu l'utilisation de fer est proscrite car son oxydation huit fois plus volumineuse que le fer dont elle est issue
provoque inévitablement l’éclatement des pierres goujonnées. Nous avons utilisé des goujons en tige d'acier inoxydable de 20 cm de longueur et de diamètre
15 mm (fig. 14). Les forages de 11cm de profondeur par sécurité ont été réalisés
face à face perpendiculairement au lit de pierre. Un seul goujon a été utilisé
pour assurer la liaison entre la pierre du fleuron et le faîtage du gable, deux ont
permis d'assurer la liaison entre la pierre de faîtage du gable et les pierres en
dessous d'elle (fig. 16).
Comme les deux pierres en dessous du 2e lit sont maintenues par la charpente à
l'ensemble des autres pierres du gable, la résistance de tous les joints situés audessus du linteau aux contraintes horizontales est assurée. La résistance des
joints en dessous du linteau est acquise par le chaînage longitudinal et surtout
perpendiculaire à la façade de l'épaisseur de la maçonnerie du mur.
Les pierres brutes de sculptures présentent des arêtes particulièrement aiguës,
et une surface régulière avec un grain fin. Avec le temps le grain devient plus
saillant et les reliefs s’émoussent, car l'érosion climatique crée de petites fractures sur les arêtes vives, et attaque le feldspath en surface, creusant autour des
grains de quartz et de mica. Il convient donc de reproduire cette érosion par
sablage avec un mélange de sable fin et de corindon et d'émousser les arêtes en
les matant avec une massette. Ce travail de finition permet de donner à la restitution un état de surface proche de celui des pierres d'origine.
Une patine constituée de pigments naturels noyés dans un liant acrylique à l'eau
permet de simuler les dépôts organiques divers qui colorent la surface des pierres. Des colonies de lichens ou des mousses de colorations diverses sont appliquées à la brosse aux endroits où l'eau est naturellement retenue et où se
développent ces végétaux. Tous ces détails finissent d'intégrer la restitution au 16-le faitage du gable et l’emplacement des goujons en
bâti ancien. Au fur et à mesure que les colonies naturelles de végétaux se dé- place. il y a bien deux pierres sous le faîtage car le
velopperont le liant acrylique disparaîtra progressivement laissant la place à joint de droite est factice.
une patine entièrement naturelle.
!
PASCAL AUROY POUR GLAD SENOLF
PAGE
5
GLAD SENOLF!
DECEMBRE
17- débit sur place des chevrons par la scierie mobile (Breizh
Scierie Mobile, Croix De Beauval 56580 BREHAN)
2009
18-lignolet croisé du faitage de la lucarne, vu du versant nord : les
ardoises entrecroisées sont posées au clou de cuivre.
Le bois de la charpente a été choisi sur pied dans la futaie
dépendante du manoir qui s'étend sur le coteau nord de kerboulard. Il n'y a pas beaucoup de chênes et ce sont donc les
châtaigniers abondants dans ce secteur qui ont été retenus. Ils
ont été abattus au coeur de l’hiver puis les grumes ont été
débitées en poutres aux formats exacts des entures des grandes fermes déjà en place, en longueur suffisante, et aux autres
formats prévus par le plan de charpenterie. Un grand douglas
de 65 ans environ abattu par une tempête l'hiver précédent a
donné son bois pour les chevrons et les voliges. Le recours à
une scierie mobile a permis d'éviter les difficultés de transport des grumes (fig. 17).
Les ardoises de couverture déposées de l'appentis avant la
restitution ont été en partie réemployées sur le versant sud de
la lucarne. Des ardoises neuves ont été utilisées sur le versant
nord. Le faîtage a été réalisé en lignolet, alternant des découpes d'ardoises en fleur de lys et en hermine (fig. 18).
Mais quelles sont les causes de la ruine de la lucarne de kerboulard ?
Il vient d'abord à l'esprit l'usure du temps et le défaut d'entretien qui ne peuvent être écartés. Mais l'analyse attentive des
chimères de la façade montre qu'elles ont été volontairement décapitées. En effet il est impossible que les deux ce soit
naturellement fracturées au niveau du col des animaux qu’elles représentent. Enfin, l’état de la surface fracturée suggère
plus les traces de coups de masse qu'une fracture naturelle suivant le fil de la pierre (fig. 11).
Les délabrements des chimères et de la lucarne pourraient être liés. Mais pour quelles raisons ou sous quelles contraintes
prendrait-on le risque de grimper à une telle hauteur pour fracasser des sculptures de granit, ou démonter une lucarne puis
adapter la charpente et la couverture? La ferveur révolutionnaire et la contrainte administrative, peut-être, car de telles
destructions ont été rapportées pendant la révolution française de 1789 sous la dénomination de vandalisme révolutionnaire.
!
PASCAL AUROY POUR GLAD SENOLF
PAGE
6
GLAD SENOLF!
DECEMBRE
2009
En effet, le 6 août 1793 la convention nationale édicte une loi relative à la «démolition des châteaux forts et forteresses de l'intérieur». mais son interprétation est discutée, et dès la fin de l'année 1793 François-Martin Poultier, député du Nord initiateur de cette
loi et «Rapporteur devant la convention» tente d’en préciser les contours : « l'égalité d'habitation ne se trouve pas dans la déclaration
des droits de l'homme... Ce n'est pas une loi somptuaire que vous avez rendue en ordonnant la démolition des châteaux et vous avez
voulu anéantir ses restes gothiques et barbares de l'antique féodalité, qui peuvent comme dans la Vendée, servir de repère aux brigands... » Extrait du Rapport de Poultier : Collection complète des Lois, décrets, ordonnances, règlement, avis du conseil d'État (de 1788 à 1830
inclusivement par ordre chronologique), parJ.B. DUVERGIER, tome 7e, Paris 1834, page 368.
Le 17 pluviôse an II (soit le 5 février 1794) le «mode d'exécution» est publié (fig. 19).
La lettre et l'esprit de la loi sont ambigus ; sous couvert de précaution militaire évitant de laisser aux «ennemis du peuple» d'éventuelles places fortes, la convention nationale associe « les emblèmes féodaux et les
objets de défense ». L'application de cette loi est zélée surtout concernant les biens
des émigrés. La présence des propriétaires «ex Nobles» ou de leurs commanditaires
permet de limiter parfois les travaux aux objectifs strictement militaires. Les travaux, parfois considérables, sont à la charge des propriétaires, et c’est donc souvent
l’état lorsque les biens confisqués ne sont pas encore vendus.
Les Commissaires dans leurs recommandations débordent la loi. La composante
militaire est souvent délaissée et ne subsiste que la volonté d’effacer les traces de
l’ancien régime au point que sont fréquemment inclus dans les emblèmes féodaux
les couvertures côniques des tours «... Elles sont décorées, de chacune un comble en
forme de pyramide conique, couverte aussi en ardoise, ce qui annonce encore le
faste de la féodalité ; d'ailleurs elle ne présente aucun moyen d'attaque ou de défense » les deux pyramides devront malgré tout être « démolies de toute la hauteur
de leurs charpentes et les tours seront recouvertes en appentis », de même la porte
d'entrée de la cour sera démolie pour « supprimer les mas coullies qui la décor » et
les 4 larmiers seront arrachés et rebouchés « en grosse maçonnerie ». Rapport au
Directoire du District de Gannat suite à la visite le 27 mai 1794 du château de rilhat (03) par
le Commissaire Cariol Ainé de Pontarlier : archivent départementales de l'allier, L 567,
pièce 25.
En 1794 la seigneurie de Kerboulard, confisquée à un émigré, est la propriété de
l’état. Car elle à été saisie sur les sieur et dame de Kerboullart le 12 mars 1716 puis
vendu avec la terre du Pradic en Plumergat pour la somme de 17000 livres à Joachim Descartes sieur de Kerleau en Elven (A.D.M. B 1119).
Le 15 mai 1784 l’ensemble à été revendu à François de Talhoët comte de Trégomard, l’atteste un bail du pourprix de Kerboulard, à honorable Majol Le Derf qui
habite le manoir avec son fils Jean. Le bail est passé pour neuf ans à commencer à
la saint Gilles 1787. Ce bail est mentionné dans le procès-verbal d’estimation révolutionnaire des 26, 28 et 29 septembre 1794 procès-verbal d’estimation du pourprix de
Kerboualrd provenant de la saisie des biens de l’émigré Trégomard : Le pourprix comprend
à la fois le manoir, la maison de la cour, la maison ruinée ..., le puits, le four et la grange
située sur l’aire à battre. Le procès-verbal mentionne aussi une vieille chapelle en ruine à
l’intérieur de la cour, et un colombier situé vers la grande route, aujourd’hui disparu
(A.D.M. 1Q 95).
19- Mode d’exécution de la loi du 13 pluviose An II
(Répertoire universel et raisonné de jurisprudence,
Volume 2, Par Philippe Antoine Merlin, Paris
1816. p599).
A-t-on contraint l’occupant (Majol Le Derf ) ou le propriétaire (l’état) en 1794 à
respecter la loi de démolition des châteaux forts et forteresses de l'intérieur, ou cette
obligation a-t-elle attendu le future propriétaire après son acquisition le 20 juin
1796 adjudication de la métairie de Kerboulard avec toutes ses dépendances provenant des
biens de l’émigré Trégomard, à Le Maillaud pour la somme de 20074 francs (A.D.M. 1Q
198).
La lucarne a-t-elle eté abattue et les chimères décapitées (guillotinées) pour «
anéantir ses restes gothiques et barbares de l'antique féodalité »? Si c’était le cas,
cela impliquerait que la lucarne sacrifiée fût trop imposante ou portait « les emblèmes féodaux »?
Nous ne sommes pas en mesure de trancher mais cela est vraisemblable. Une seule certitude les chimères ont bien été décapitées
volontairement...
L’ensemble de se travail de restitution à demandé environs trois années de travail discontinu, de la modélisation à la finition.
Etude : Pascal et Anne-Laure Auroy, taille de pierre et sculpture : Pierre Cardec*, Sculpture chimères : Solen Moreau*, sculpture
finition : Pascal Auroy, maçonnerie : Solen Moreau* et son frère*, finition patine : Solen Moreau*, Sciage : Pierre**, charpente :
Pascal et Adrien Auroy, couverture : Pascal Auroy.
Un grand merci à Pierre Floc’h société sculpture restauration.
permis de construire 056 231 08 Q0037 du 18/12/2008.
* : Société Sculpture Restauration Za du clos Joubaud 56460 la Chapelle Caro
** : Breizh Scierie Mobile Croix De Beauval 56580 BREHAN
!
PASCAL AUROY POUR GLAD SENOLF
PAGE
7
GLAD SENOLF!
DECEMBRE
!
PASCAL AUROY POUR GLAD SENOLF
2009
PAGE
8

Documents pareils