POURQUOI ÈVE VIENT-ELLE CHEZ ADAM CE SOIR ?

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POURQUOI ÈVE VIENT-ELLE CHEZ ADAM CE SOIR ?
POURQUOI
ÈVE VIENT-ELLE
CHEZ ADAM CE SOIR ?
Écriture, mise en scène Ubik Group
Dimanche 14 février 2016 • 16H & 18H
THÉÂTRE DÈS 12 ANS
Revue de Presse
La libre.be - Baudet Marie - 25 mars 2015
VOIR.CA Montréal - octobre 2014
KULTURELLEMENT VÔTRE - gerardsophie - 27 octobre 2014
LE SOIR.BE / MAD - Samy Trabelsi - 23 avril 2014
UNIVERSITÉ DE LIÈGE - Marie-Héléna Sanchez Fernandez - Avril 2013
Reg’ART.ORG - Gérard Noël - Novembre 2012
La Terrasse - Agnès Santi - 21 octobre 2012
Question ouverte pour monde clos. Ubik Group présente jusqu’à vendredi au Théâtre de Liège son
spectacle extra-ordinaire. Avec Anja Tillberg et Sylvain Daï.
C’est en 2009 que commence l’aventure, à l’Esact (École supérieure d’acteurs du Conservatoire
de Liège), dans le cadre des solos/cartes blanches. Anja et Emilia Tillberg jettent les bases, avec
Sylvain Daï, de ce qui deviendra «Pourquoi Eve vient-elle chez Adam ce soir ?» tandis que se
constitue l’Ubik Group, collectif international (Suède, Belgique, Suisse, France, Pologne) et
interdisciplinaire (théâtre, arts plastiques, photographie, installation, bande dessinée…).
Avec ce projet scénique pas banal - coécrit,
mis en scène et scénographié par les précités
avec aussi Cyril Aribaud et Yaël Steinmann -,
Ubik pousse jusqu’à l’Ancre, à Charleroi, où
il trouve un tremplin et rencontre l’équipe de
L’L, lieu de recherche et d’accompagnement
pour la jeune création établi à Bruxelles.
Un laboratoire (qui fêtera bientôt 25 ans
d’existence !), un vivier d’expériences où le
jeune collectif trouvera résidence.
Caoutchouc et café tiède
Feu et glace, caoutchouc et café tiède,
images et objets innombrables peuplent le
monde d’Adam Krassovski, archiviste obstiné et solitaire de sa propre mémoire. Son univers clos et foisonnant - apparaît derrière des vitres, mettant le public en position de voyeur/auditeur,
puisqu’on entend aussi en voix off ses pensées de diariste, ses doutes, ses cheminements. «Je suis
un microcosme de choix», dit-il.
L’irruption d’Eva Dagaran - femme réelle ou produit de l’imagination d’Adam - va le bousculer
dans sa linéarité, provoquer décalages temporels et dérapages existentiels, l’emmener aux frontières
de son esprit.
Comme la proposition de l’Ubik Group, Eva rend pluriel le monde qu’elle pénètre.
Spectacle aussi inclassable que réjouissant, drôle et inquiétant - entre théâtre, installation plastique
et fantasmagorie onirico-cinématographique (grâce aussi au son ciselé de Julien Courroye et David
de Four, et aux lumières organiques de Cyril Aribaud) - «Pourquoi Eve vient-elle chez Adam ce
soir ?» a été conçu graphiquement avec le soutien des dessins d’Emilia Tillberg. De storyboard
dramaturgique, ce travail s’est mué en objet distinct : le «Journal d’Adam Krassovski», BD éditée
par L’L, est en vente à la table de la librairie liégeoise Livre aux Trésors, dans le grand hall du
Théâtre.
Nées en connivence avec le plateau, ces planches au noir et blanc velouté étendent encore le champ
d’un spectacle atypique, mystérieux et pourtant accessible -, qui rend palpable la densité élastique
et vertigineuse des rêves
La libre.be - Baudet Marie - 25 mars 2015
octobre 2014
Pourquoi Eve vient chez Adam ce soir ?
Vu à l’Usine C en octobre dans le cadre
du festival Actoral
Suivant les traces de Tarkovski (Stalker),
cette étonnante pièce imagine un lieu
fermé dans lequel surgit un personnage
dont la présence irréelle et la richesse
d’esprit sont propices à la révélation
d’un foisonnant monde caché : une
déflagration mentale qui se déroule
ici par la parole, sur un ton posé et
philosophique, entre une femme et
un homme naviguant entre réalité et
monde onirique. Dans une magnifique
scénographie vitrée rehaussée par de
savants jeux de lumière, le spectacle
questionne la perception du réel et
le sens de nos vies dans un monde
où la multiplication des possibles
est vertigineuse. Obsédé par la trace
qu’il laisse dans ce monde saturé, le
personnage principal interprété par
Sylvain Daï est en pleine discussion
avec la mort et avec les fantômes. Un
spectacle aux couches de sens infinies.
Le ton est donné dès l’installation dans la salle de l’Usine C, où se joue la pièce Pourquoi
Ève vient-elle chez Adam ce soir? dans le cadre du festival actOral! Nous nous trouvons
assis face à une maisonnette dont les vitres reflètent nos visages, comme si nous, les
spectateurs, étions les acteurs. Mais dès le début de la pièce, les lumières s’allument, nos
reflets disparaissent et nous découvrons l’univers d’Adam Krassovski à travers des vitres,
redevenant ainsi spectateurs mais aussi voyeurs!
Adam Krassovski, personnage
principal de la pièce interprété
par Sylvain Daï, est une personne
qui réfléchit beaucoup et
qui s’interroge sur lui-même. Il
nous emmène dans son délire
obsessionnel tout au long de la
pièce nous transportant, tantôt
dans la réflexion pour essayer de
suivre sa philosophie, tantôt dans
le rire par l’absurdité de ses propos.
Les nombreux procédés scéniques
et techniques utilisés comme
les répétitions/déformations de
séquences, les ellipses, les ralentis et les playbacks renforcent ce sentiment d’étrangeté,
lié à l’univers d’Adam Krassovski.
Il accorde une place très importante, à l’aube de sa mort, à ses souvenirs qu’il veut
conserver et qu’il enferme tour à tour dans des sachets plastifiés qu’il accroche à son
mur. Une page du livre qu’il est en train de lire ou encore, plus insolite, le contenu de sa
tasse de café, ornent ainsi la pièce unique dans laquelle il vit, tels des trophées. N’avonsnous pas tous rêvé un jour de pouvoir conserver des souvenirs intacts?
Eva Dagaran, être étrange et multiple, fait des apparitions au cours de ses réflexions. Estelle réelle ou irréelle? C’est la question que se pose le spectateur tout au long de la pièce.
La mise en scène est remarquable! On pense souvent à tort que le théâtre est figé de par
ses contraintes techniques. Mais Pourquoi Ève vient-elle chez Adam ce soir? démontre le
contraire. Le spectateur se retrouve en pleine forêt, dans un train à vive allure et, bien sûr,
dans la maison d’Adam Krassovski sans bouger de son siège.
Pourquoi Ève vient-elle chez Adam ce soir? est un bel exemple de création collective.
Dirigée par Anja Tillberg, qui interprète le personnage d’Eva, et inspirée de Stalker d’Andreï
Tarkovski, cette pièce vous emmène dans un autre monde!
KULTURELLEMENT VÔTRE - gerardsophie - 27 octobre 2014
Pourquoi Eve vient-elle chez Adam ce soir ?
***
Écrire sur une pièce, c’est élaborer une petite fiche de vie en plus pour ne pas oublier.
C’est à travers des miroirs sans tain et une pluie triste et grise que nous faisons la connaissance
d’Adam Krassovski (Sylvain Daï) comme lors d’un matin quelconque. Il nous invite à sa
mélancolie douce. Il vit seul, perdu dans ses souvenirs, ses angoisses et ses manies qui s’affichent
ou s’expriment. Une multitude de détails se révèlent à nous, chacun portant son univers propre.
On a l’impression que si son conscient rêve de calme, de zenitude, son inconscient rêve de côte
saignante, d’une rencontre pétillante à rajouter à l’inventaire de sa vie, mais qu’Adam n’a pas
encore trouvé le moyen d’en percer le secret.
Apparaît Eva Dagaran (Anja Tillberg) dans des éclairs du quotidien, elle prend le train de
cette histoire, elle réchauffe le monde d’Adam, l’imprègne tellement bien qu’elle en vient à le
revendiquer. Une complicité directe les lie comme ce suédois qu’ils parlent ensemble. Dès
lors, ces deux-là vont se mettre en scène, ils en viendront même à partager leur suédois et leur
environnement avec nous.
Le temps de la pièce se cadence par des fondus qui épousent matins et crépuscules entre les
différentes scénettes. Le temps est à l’image de cette multiplicité partout présente dans la pièce.
De nombreuses teintes viendront émailler le décor. Une explosion et les aboiements d’un chien
à la fois présent et absent nous rappellent qu’il peut exister un ailleurs, différent à cette pièce si
familière, si berçante.
Ce sont deux personnages complexes qui se présentent à nous, des vers de terre qui amassent
leurs moments heureux et malheureux en différentes strates. Parfois, ils ne s’écoutent pas, se
charrient, croisent leurs monologues pour piéger leur univers cosy, fantomatique, hallucinogène.
Eva est un personnage coloré qui n’en demeure pas moins plus pâle qu’Adam. Par les multiples
apparitions et disparitions d’Eva, on a l’impression qu’Adam semble parfois dépassé, ne paraît
pas toujours capable de bien s’occuper d’elle.
La pièce nous renvoie à nous-même, hibou haut perché sur l’estrade. Le public est passé à la
moulinette avec des détails, des réflexions et l’on ne peut que réagir, résonner à ces musiques. La
pièce nous quitte sur cette fin qui n’en est pas une et nous rappelle que les bons spectacles sont
des rêves que l’on n’a pas faits.
SAMY TRABELSI - 23/04/2014
Pourquoi Eve vient-elle chez Adam ce soir ? est le premier projet du groupe Ubik qui naît au
même moment en 2010. Ce travail revendique deux référents essentiels : Stalker de Tarkovski
et Adam et Eve de Boulgakov. Il souhaite interroger notre rapport à la réalité dans toute sa
complexité. Revenons sur leur représentation de samedi soir au Festival Émulation.
Derrière une vitre sans tain, Adam est seul dans ce qui paraît un espace saturé et vide à la fois.
Des centaines de papiers, d’affiches et d’objets recouvrent les murs qui l’entourent. Réalité ou
symboles de son subconscient ? Nous ne le saurons jamais vraiment… Sa vie semble suspendue,
vide et intemporelle. Seules ses pensées nous parviennent en voix off. « J’aime le café chaud.
Ou tiède ? » est un exemple de raisonnement qui jaillit de son esprit. Une lumière terne et
opaque renforce l’idée d’enfermement et de privation du monde réel. Tel un reality-show, nous
observons sa vie à travers la vitre. Il ne nous voit pas…
C’est là qu’Ève arrive comme un esprit
vagabond. La merveilleuse scénographie
couplée aux jeux de lumière transforme l’idée
que nous avons du réel. Est-elle vraiment là ?
Le pari est réussi et le doute s’installe en nous.
Commence alors une série de dialogues sans
véritables liens narratifs ou même en langue
étrangère. En plein délire psychédélique, ils
répètent à plusieurs reprises les mêmes phrases
comme dans un… rêve. La minute suivante,
Adam et Ève dansent sur de la musique
hindoue et puis, elle disparaît de nouveau.
Tout d’un coup, le rapport de réalité s’inverse. La vitre se transforme en miroir et le public se voit
à travers son propre reflet.
Le décor, la narration et le jeu d’acteur très convaincant nous immergent dans une complexité
figée mais le réel déclencheur de sensation est sans aucun doute la vitre. Elle transforme tout
le rapport traditionnel du spectateur qui devient, en quelque sorte, acteur à travers son image
qu’il voit apparaître sur l’espace scénique. Elle transforme également le rapport de l’acteur à
son public car il ne le voit pas. Le lien est transgressé et l’effet de réalité est renforcé par cette
barrière visuelle. En effet, cet outil est paradoxal puisque le jeu théâtral n’existe qu’à travers les
yeux et les oreilles de son public. Si le jeu requiert cette dualité entre acteur et spectateur et
qu’elle est rompue, serions-nous alors dans la réalité ? Tandis que toute la mise en scène nous
pousse à accepter l’idée d’une image et d’un son chimériques.
Tel est le coup de maître de ce spectacle qui rivalise avec les grands mouvements artistiques
souhaitant avant tout « interroger » et non « affirmer ».
Finalement, peu de choses devraient être dites sur ce spectacle si ce n’est d’aller le voir. Au
delà du message ouvert et libre d’interprétation, sensation, perception et interrogation sont les
maîtres mots. Que le sujet traité plaise ou non, cette pièce jeune et innovante vous plongera
dans une expérience théâtrale inédite.
Marie-Héléna Sanchez Fernandez - Avril 2013
Étrange sensation que procure ce spectacle : on y croit vivre un rêve éveillé, une sorte de voyage
inédit dans des sphères auxquelles, effectivement, on n’a pas l’habitude au théâtre. Qu’on en juge :
il y est question d’un homme cloîtré. Il a accumulé dans une sorte de refuge des photos, des objets,
…objets de sa vie, objets témoins, du moins on peut l’imaginer. Dès le début, nous sommes dans
la redondance : le personnage d’Adam souligne verbalement les actions qu’il exécute. Il parle de
café en s’en versant. On se demande un peu où on est.
Ah si, précision très importante, tout ceci est vu à travers des vitres, vitres constituées de miroirs
sans tain. Ce qui signifie qu’au début, nous nous voyons dans les miroirs et dès que cela s’éclaire
sur scène, nous voyons les personnages qui, eux, ne nous voient pas.
Là est visiblement l’essentiel : un travail
avec une réflexion poussée sur le
spectaculaire, la téléréalité notamment.
Un travail riche sur les sons, la
musique. À la limite, le propos n’est
pas si important, pas plus que le jeu
des comédiens, parfois approximatif.
L’incommunicabilité est soulignée par
le fait que les personnages recourent
à certains moments à des langues
différentes (flamand et suédois m’at-il semblé) Adam, c’est l’homme
de l’origine, bien sûr, c’est l’homme
labyrinthique, la savant reclus dont la situation pourrait perdurer à l’infini si une visite ne venait
pas tout perturber : la visite de LA femme, bien sûr, à savoir Ève.
On pourrait déplorer (et en même temps, pourquoi ?) que tout cela ne soit pas davantage exploité,
qu’on se contente d’une petite danse rythmée et d’un changement du costume d’Ève pour faire
percevoir un bouleversement dans la relation entre les personnages.
Si une référence ajoutait quelque chose à l’appréhension de ce spectacle, ce pourrait être « À bout
de souffle » de Jean-Luc Godard. Là aussi, la banalité des échanges était voulue et son côté incongru
faisait parfois sourire. Ici aussi, on procédait à une sorte de collage avec emprunts nombreux et
savants. Il y avait aussi des répétitions « signifiantes ». On n’aurait pas été surpris d’y entendre,
comme ici, des références à Timothy Leary, l’inventeur du LSD.
Tout a été fait, en tout cas beaucoup, en matière de théâtre. Cela ne doit pas empêcher de jeunes
créateurs, Anja Tillberg, en l’occurrence (également comédienne, dans le rôle d’Ève) de chercher,
de nous livrer leur réflexion sur l’état du monde d’aujourd’hui. Sur la mémoire ou la création. Sur
la « temporalité ». Sur « les décalages et les troubles » qui se multiplient en ce début de siècle.
Créé au festival actOral de Marseille, en octobre, le spectacle ne reste que peu à Paris. Il poursuit
ensuite sa route à Liège et à Roubaix en 2013.
Gérard Noël - Novembre 2012
Pourquoi Eve vient-elle chez Adam ce soir ?
Un voyage « psychédélique, intemporel » conçu par Anja Tillberg, au cœur de l’esprit
troublé d’un homme qui s’approche de la mort.
Juste avant de mourir, un homme
seul convoque ses rêves et ses
souvenirs. Lors de ce moment
suspendu, où s’interrompt la
ligne du temps, son monde
intérieur bouillonne et se débat,
entre réel et irréel. Anja Tillberg
entreprend de générer une
écriture scénique pouvant rendre
compte de cette effervescence
complexe, et s’inspire en partie de
l’emblématique Stalker d’Andreï
Tarkovski, film qui tente une intrusion
dans les territoires inconnus de
l’âme. Les personnages sont installés dans une boîte vitrée, que le spectateur épie. Adam
Krassovski (Sylvain Daï), cet homme vivant reclus, est bousculé par l’arrivée d’une femme,
Eva Dagaran (Anja Tillberg), être étrange, impalpable, irréel, peut-être simple projection
mentale de l’esprit d’Adam. Le public se trouve confronté à ce monde de l’entre-deux,
est emporté dans ce voyage introspectif au cœur de l’esprit de cet anti-héros, prisonnier
du présent, où des questions concrètes et métaphysiques se côtoient, où des ellipses et
courts-circuits disent le trouble. Un théâtre sensible et sensoriel.
La Terrasse - Agnès Santi - 21 octobre 2012