click here - Martina Bacigalupo

Commentaires

Transcription

click here - Martina Bacigalupo
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
NOS HISTOIRES
26
ROSETTE NHIMIRIMANA, 23 ans
Je suis née dans une famille très pauvre de la province de Gitega, où mes parents faisaient l’agriculture pour les autres afin de soutenir la famille.
Nous étions sept filles et un garçon. Moi je suis
la sixième. A 7 ans j’ai commencé l’école mais à
13 ans j’ai dû arrêter à cause de la pauvreté de
ma famille. Je n’ai jamais répété une année. Tous
les enfants à la campagne arrêtent vers les 13
ans car les parents pensent qu’ils sont capables
de travailler et qu’ils ont suffisamment étudié. J’ai
commencé à vendre la main d’œuvre, je gagnais
80 fbu par jour. J’ai arrêté quand j’ai connu le
projet Ishaka car ils nous ont appris que nous les
filles pouvions nous mettre ensemble, cotiser et
nous donner du crédit pour faire des petits projets.
Dans ce cadre-là, je me suis payé mes cours de
vétérinaire. Pour moi c’est comme si Care avait
été envoyé par Dieu car je ne voyais pas comment
je pouvais arrêter d’être utilisée comme main
d’œuvre. Avant, tout ce que je gagnais était pour
la survie, maintenant chacune de nous - on est
24 dans notre groupe - a un petit budget et peut
mettre de l’argent de côté.
Maintenant je suis le vétérinaire de la colline, je
soigne tous les animaux.
En plus je fais du plaidoyer pour les jeunes auprès
des bashinganthae. Par exemple, l’autre jour j’ai
plaidé pour une fillette qui avait dû arrêter ses
études à cause de la pauvreté. Les prêtes avaient
accepté de payer le matériel et la commune de
lui donner l’autorisation d’étudier sans frais, mais
la famille et les voisins disaient qu’il fallait qu’on
la laisse faire la main d’œuvre, que tous les gens
d’ici vivent comme ça. Moi je suis allée chez les
banshinganthae qui ont convaincu la famille de
laisser la fille aller à l’école.
Par après, une autre famille est venue me
demander de plaider auprès des banshinganthae
pour que leur fils puisse aller à l’école aussi. Les
banshinganthae m’acceptent et m’écoutent. Je
pense qu’ils me respectent aussi parce que j’ai un
travail.
Si j’avais eu les moyens pour étudier j’aurais voulu
faire la journaliste car ça me faisait mal de voir
tous ces problèmes sur ma colline et personne qui
en parlait. Mais finalement, aujourd’hui, je fais un
peu ça, même si je n’ai pas étudié.
MEDIATRICE NTAKURUTIMANA, 18 ans
Je vis sur la colline de Rwesro, dans la province
de Gitega.
Je suis née dans une famille d’agriculteurs. Mes
parents m’ont mise à l’école à 7 ans. A 13
ans j’ai arrêté, car je n’avais pas trop envie de
continuer et je me disais que la réussite d’une fille
était d’être bien mariée, que peu importaient les
études. Mes parents ont insisté pour que je continue les études mais moi j’ai refusé.
J’ai commencé à me donner aux hommes, même
pas pour l’argent. C’était des garçons de mon
âge, ils m’achetaient de temps en temps une boisson ou quelque chose à manger. Puisque mes parents n’aimaient pas cela, parfois ils me refusaient
de rentrer à la maison. Alors moi, je rentrais chez
le garçon avec lequel j’étais ou alors je dormais
en brousse. Mes parents me frappaient parfois,
pour me faire abandonner ça, mais moi j’aimais
les belles choses que ces garçons me donnaient :
les habits, les bijoux, la bonne nourriture. Un jour
je suis tombée enceinte et j’ai beaucoup souffert
car je ne savais pas qui était le père. Après avoir
fait mes calculs j’ai compris et je suis allée chez
lui pour lui dire mais lui n’a pas reconnu, il m’a dit
« avec tous les garçons avec lesquels tu couches
comment tu sais que c’est moi ? » - et il est parti.
En même temps mes parents me maltraitaient et
me refusaient la nourriture. J’ai même été emprisonnée une nuit car j’étais sous alcool dans la rue
la nuit avec des garçons. Pendant 6 mois les parents me maltraitaient et puisque j’étais seule, que
le père avait fui, je voulais me suicider. Mais à
ce moment-là j’ai entendu parler de Ishaka et j’ai
voulu aller voir. Quand j’y suis allée la première
fois personne ne voulait s’approcher de moi – tout
le monde me voyait comme la fille qui n’avait pas
écouté ses parents et qui couchait avec beaucoup
de garçons - les autres filles ont commencé à se
mettre en groupe, elles m’ont écartée.
A ce moment-là j’ai de nouveau pensé à me suicider – personne ne me voulait. Je me suis confiée
à la coordinatrice du projet Ishaka et elle a parlé
aux filles qui m’ont finalement acceptée. Après
ça a marché, elles m’ont même élue président de
notre groupe. Mais mes parents ne voulaient toujours pas m’accepter à la maison. La coordinatrice
a parlé avec ma mère qui par après a parlé avec
mon père et finalement, eux aussi ont accepté que
je rentre à la maison. Quand j’ai mis au monde,
les filles du groupe m’ont beaucoup aidée, et
grâce à Care j’ai appris que je pouvais enregistrer mon fils à l’état civil même s’il n’avait pas de
père. Je l’ai donc enregistré avec mon nom.
Après, le papa a entendu que j’étais bien et que
je travaillais, et il est revenu, et il s’est fait inscrire
comme le papa de l’enfant. Il est aussi allé chez
mes parents s’excuser de m’avoir abandonné mais
mes parents lui ont dit « va remercier le projet
Ishaka car nous-mêmes l’avions abandonnée
même si c’est notre propre enfant »
Je suis très contente aujourd’hui, car je sais que je
peux avoir une vie normale comme les autres.
ALBERTINE, 24 ans
Je suis née dans une famille de 8 enfants dans
la province de Gitega, mes parents étaient agriculteurs. Je suis allée à l’école jusqu’en 9ième,
j’avais 16 ans. J’ai arrêté les études car je suis
tombée enceinte d’un type qui travaillait près de
l’archevêque. Il avait 20 ans. Je voulais me marier
avec lui mais il temporisait, il disait qu’il ne se
sentait pas prêt. Quand je suis tombée enceinte
mes parents étaient très fâchés, d’un côté parce
que je n’avais pas encore terminé mes études,
et de l’autre parce que l’auteur de la grossesse
était un tutsi, une ethnie différente de celle de ma
famille. A cette époque les relations entre hutus
et tutsis étaient très difficiles, on se tuait. Mais
lui était gentil, il était chauffeur et il me donnait
toujours des lifts et on parlait beaucoup. C’était
pas fréquent d’avoir des amis d’ethnies différentes
à cette époque, mais quand tu aimes tu ne penses
pas à l’ethnie. Mes parents m’ont chassée de la
maison et moi j’ai commencé à vivre chez les
amis et les gens. Lui au début m’aidait, il a même
reconnu l’enfant mais il ne pouvait pas se marier
à cause de la situation. Un jour il a perdu l’emploi
et il ne pouvait plus m’aider. Mais nous sommes
restés en bons termes.
C’était difficile pour moi, je me demandais quel
sens avait ma vie puisque personne ne m’aidait.
Finalement les bashinganthae ont parlé avec ma
famille et ils l’ont convaincue de me reprendre
à la maison. Mais j’étais mal traitée : ils ne me
donnaient pas assez à manger tant et si bien
que je suis tombée malade de malnutrition. Par
après, je suis allée travailler deux ans dans une
association locale qui faisait la sensibilisation sur
le VIH/SIDA. Ils ne me payaient pas mais ils nous
donnaient de l’argent pour faire des activités alors
j’ai mis en place une alimentation avec un ami. Je
gagnais un peu pour mon enfant. J’ai commencé
à épargner même le moindre argent que j’avais,
mais mon ami utilisait mal l’argent alors j’ai quitté
l’alimentation et j’ai acheté un poste à souder et
j’ai fait la soudeuse. Je gagnais bien alors avec le
capital gagné j’ai ouvert un restaurant. J’ai confié
la machine à souder à un employé pour pouvoir
faire la restauration, mais le gérant du resto a pris
tout l’argent et l’employé a vendu mon poste à
souder. Je me suis rendue compte que j’étais toujours victime de mauvaise considération. Je pense
que si j’avais été garçon cela ne serait pas arrivé.
En tous cas, j’ai su qui avait acheté mon poste à
souder et j’ai pu en récupérer au moins une petite
partie. Avec cet argent j’ai commencé l’élevage.
J’avais un porc et une vache mais le porc est mort
en accouchant et la vache est tombé malade,
j’ai dû la vendre pour rien. Je suis tombé dans le
désespoir – je ne savais plus quoi faire.
C’est à ce moment-là que j’ai entendu parler du
projet Ishaka. C’était à l’église, un dimanche. Je
suis allée tout de suite au rendez-vous et puis j’ai
vu que beaucoup de filles étaient réticentes car
elles voulaient de l’argent ou bien du matériel
alors que les gens de Care nous enseignaient à
faire des groupes de solidarité, pour démarrer un
système de crédits.
J’ai convaincu des filles de faire un groupe et on
a commencé. Avec mon premier crédit j’ai fait le
commerce des bières Primus. Ca a bien marché
et j’ai commencé l’élevage, j’ai acheté des lapins.
Ca a marché et j’ai acheté plus lapins. Puis j’ai
acheté une chèvre.
Maintenant j’ai des chèvres et des porcs et je
viens d’acheter une vache. Je suis contente et
je suis très fière : mon fils peut aller à l’école et
je peux lui acheter tout ce dont il a besoin. A la
rentrée j’ai vendu 4 lapins et je lui ai acheté le
matériel scolaire pour toute l’année.
VENERANDE NAMAGANDA, 24 ans
Je suis née en Ouganda de mère burundaise et de
père ougandais. Mes parents faisaient l’agriculture au sud d’Ouganda. On est venu au Burundi
quand j’avais 9 ans, après que mes parents se
sont disputés et que ma mère a décidé de rentrer
au pays avec ses 3 enfants.
On est venus à Giheta car la famille de ma mère
était de là mais ils ne nous ont pas bien accueillis
car elle était revenue avec 3 enfants. Donc on est
parti à Bujumbura pour qu’elle puisse travailler.
Elle faisait un peu de commerce et nous allions
à l’école. Quand j’avais 10 ans on est rentré à
Giheta car ma mère voulait nous acheter une
propriété. A 15 ans j’ai arrêté l’école car ma
mère est décédée et ma grande soeur n’avait
pas l’argent pour me payer les frais scolaires.
Je suis tombée enceinte peu après d’un garçon
de ma colline mais lui a pas reconnu l’enfant et
je suis restée vivre avec mon enfant, ma sœur et
mon frère misérablement. Quand ma sœur est
décédée, elle a eu un accident de moto, mon petit
frère a été obligé de quitter les études. Mais il a
eu la chance de trouver un job comme vendeur
dans un magasin à Bujumbura. Moi j’ai continué
à vivre dans la propriété de ma mère et à faire
l’agriculture, et lui m’envoyait de l’argent de temps
en temps. J’ai pensé plusieurs fois à aller chercher
mon père en Ouganda mais c’était trop loin et je
ne savais pas comment y aller.
Je vivais ici misérablement quand j’ai connu
Ishaka. J’ai rejoint le groupe des filles tout de suite
et j’ai commencé à faire le commerce du manioc.
J’achète le manioc, je le donne aux transporteurs
qui vont à Bujumbura, mon frère le recupère et il
le vend au prix de la ville. Comme ça on fait un
peu d’argent. Ca marche bien: j’ai pu acheter des
lapins et une chèvre.
J’espère un jour avoir assez d’argent pour aller
chercher mon père en Ouganda, me réconcilier
avec lui et vivre là avec mon enfant.
ARLETTE NIMBONA, 23 ans
Je suis née à Bujumbura. Nous étions à dix dans
ma famille, moi je suis la neuvième. Notre père
travaillait dans les champs et notre mère faisait le
petit commerce.
Je suis allée à l’école à 7 ans. Quand j’avais 10
ans j’ai commencé à voir un garçon. C’était un
orphelin, il louait la maison de ses parents et il
me donnait la moitié chaque mois (40.000 fbu).
C’était aussi un voleur et il me donnait tout ce qu’il
faisait. Il avait 23 ans et moi 10. Je voyais que
c’était bon, j’aimais cette vie que je menais. Au
début il ne me demandait rien, mais à partir de la
7ième il a commencé à me demander d’avoir des
rapports sexuels avec lui. Moi je refusais. Puisque
j’avais déjà vu ma sœur avoir des problèmes de
prise en charge de ses enfants je me suis dit qu’il
fallait que je quitte ce garçon. En plus les gens
commençaient à dire que j’aimais un voleur. Ma
famille n’était pas au courant, je gaspillais l’argent
donc ils ne soupçonnaient rien. A 20 ans, j’ai dû
arrêter l’école car j’avais des problèmes aux yeux,
je ne pouvais pas rester sous le soleil, j’avais des
vertiges aussi. J’étais à la maison je ne faisais
rien, et c’est à ce moment que j’ai connu Ishaka.
Je me suis inscrite dans un de premiers groupes
de mon quartier et ils m’ont choisie comme leader.
C’est à partir de ce moment-là que j’ai appris
comment utiliser l’argent et comment faire le bon
commerce. Avec mon premier crédit j’ai commencé le commerce de bananes avec une copine
au marché de Musaga. Ca a très bien marché,
maintenant j’ai un capital de 50.000 fbu. Je vais
continuer avec cela et si je trouve un homme qui
m’aime on va avoir des enfants, mais le travail
vient avant. En famille on ne peut pas être sans
argent, il faut que tout le monde travaille, il faut
cheminer à deux.
De toute façon, moi je vais continuer à travailler
car je ne veux plus être vulnérable.
LOUISE HABIARIMANA, 25 ans
Je suis née à Giheta mais je vis dans le quartier de Musaga. J’ai fait l’école primaire sans
problème. Pendant la guerre mon papa a été
tué et nous sommes restés avec maman. Après
la famille s’est un peu reconstituée, et moi je suis
venue à Bujumbura pour continuer mes études,
chez un oncle. J’avais 12 ans. Un jour il y a eu
une attaque des rebelles dans notre quartier : la
famille avec laquelle j’habitais s’est dispersée et
moi je me suis perdue. Je ne savais plus où aller.
Ca faisait 3 jours que je ne mangeais pas. Un
garçon ami de la famille m’a vue et il m’a demandé où j’habitais, je lui ai dit ici dans le caniveau.
Il m’a récupérée et il m’a amenée dans une autre
famille. Il venait souvent me rendre visite dans
cette famille où ils me donnaient à manger. Puis
un jour il m’a dit qu’il m’aimait depuis longtemps
et qu’il avait un plan pour moi. Il m’a demandé de
faire l’amour avec lui mais je lui ai dit que j’étais
dans mes mauvaises dates, que je voulais rentrer
chez ma mère pour terminer l’école d’abord.
Mais lui a insisté en me disant que si je n’acceptais pas, ça voulait dire que je ne l’aimais pas.
J’ai continué de refuser mais il m’a prise par force.
Je lui ai dit de se souvenir de cette date – la date
de ma grossesse – j’avais même écrit la date sur
le mur de sa maison. Il m’a dit qu’il assumerait.
Je suis rentrée chez ma mère, et après deux mois
je me suis aperçue que j’étais enceinte, alors je
lui ai écrit une lettre et il m’a envoyé un ticket de
bus pour que je rentre à Bujumbura. Mais une fois
là je me suis aperçue qu’il ne voulait pas de moi.
Moi, j’attendais de mettre au monde pour pouvoir
continuer l’école.
Un jour je suis allée chez lui car je n’avais plus
où aller : je suis restée chez lui et j’ai accouché
d’un mort-né. En rentrant de l’hôpital je ne savais
pas quoi faire mais je ne pouvais pas rentrer chez
mes parents car je ne voulais pas être appelée
« femme divorcée » donc je suis retournée chez
lui. Il me maltraitait tous les jours et il me disait
que je n’étais pas une femme comme les autres
puisque je ne pouvais même pas avoir d’enfant.
Il me battait beaucoup et il ne me donnait pas à
27
28
manger. C’était les voisins qui m’aidaient un peu.
Quand je suis tombée enceinte la deuxième fois
j’ai su que je n’avais pas d’autre choix que de
rester chez lui.
J’ai commencé à chercher un emploi, et j’en ai
trouvé un dans une cabine de téléphone public en
centre ville. J’ai travaillé pendant ma grossesse.
Lui il avait perdu son travail. Je rentrais à la
maison le soir et je devais lui préparer à manger.
Quand j’ai eu l’enfant j’ai commencé le commerce
de boissons : je travaillais pour moi et pour mon
enfant et lui continuait à me maltraiter. Quand
il a vu que je devenais indépendante et que je
pouvais vivre sans lui il a voulu m’empêcher de
continuer.
Je n’ai jamais dit cela à ma mère ou à qui que ce
soit, j’ai gardé ça dans mon cœur. Je ne voulais
pas donner à ma mère un autre problème, car
elle avait déjà beaucoup souffert. En tout cas c’est
comme ça au Burundi : « Une fille doit souffrir là
où elle a fondé son foyer ».
Même s’il voulait m’empêcher de travailler moi j’ai
continué, et c’est comme ça que j’ai connu Ishaka.
J’ai commencé le commerce des habits ici au
marché de Musaga et ça marche vraiment bien:
aujourd’hui c’est moi qui m’habille et qui habille
mon enfant, et je peux même me payer une bonne
qui garde mon fils pendant que je travaille. Je fais
honneur à ma famille.
ASHA SHIMIRIMANA, 19 ans
Je vis dans le quartier swahilophone de Buyenzi.
Nous étions 6 dans la famille et moi j’ai pu
étudier jusqu’ en 8ième. J’ai arrêté l’école à 17
ans à cause d’une grossesse. A cette période-là
je voyais beaucoup de garçons. Celui qui m’a
mise enceinte avait 26 ans et il était un footballeur. Quand il a su que j’étais enceinte il m’a
abandonnée, et il ne m’a jamais aidée en rien.
Quand j’ai mis au monde je menais vraiment une
vie misérable chez des amis et chez une cousine.
Ma mère m’a dit de rentrer à la maison. J’ai
commencé à avoir du savon au moins et d’autres
choses.
A ce moment-là j’ai connu le projet Ishaka et j’ai
commencé le commerce de bouillie et de patates
douces dans le quartier, devant la maison de ma
mère. Tout le monde passe acheter, ça marche très
bien et j’arrive à soutenir mon enfant et moi-même.
J’ai pu reprendre les études. Je vais à l’école le
matin, puis sur le chemin du retour je vais chercher
le charbon, la bouillie et le sucre. A la maison je
cuisine tout ça pour travailler l’après-midi.
Quand j’ai commencé à être indépendante, le
père de ma fille est venu me chercher, mais moi
je ne voulais plus de lui, car je savais qu’il voulait
seulement mon argent. Je regrette de ne pas avoir
connu Ishaka avant car je n’aurais jamais eu tous
ces problèmes.
Je ne veux plus perdre mon temps avec un garçon
et en plus j’ai pas le temps pour ça en ce moment
: je rentre de l’école, je travaille, je prie, je mets
mon enfant à dormir, je relis mes notes et puis je
vais dormir. Je dois donner beaucoup de temps à
mes études car je dois penser à mon avenir.
CLAUDINE HAKIZIMANA, 20 ans
Je vis dans le quartier Batwa de Buterere. Mes
parents étaient agriculteurs et on menait une vie
très pauvre. Quand mes parents sont morts j’ai
commencé à mendier en centre ville à Bujumbura.
Je faisait 800 fbu par jour. Puis à 13 ans j’ai
commencé à vendre la main d’œuvre. Comme je
n’étais pas assez forte, j’ai commencé à chercher
un mari qui pourrait me mettre dans sa maison.
J’ai trouvé un garçon de 17 ans, un orphelin
comme moi, qui m’a offert d’aller vivre avec
lui jusqu’à ce qu’on ait 4 enfants ensemble. Un
jour il est parti : son frère est décédé alors il est
allé vivre avec sa veuve. J’ai alors repris une vie
très difficile. Je cherchais la nourriture dans la
poubelle : je trouvais aussi parfois des petits morceaux de charbon et que je vendais pour avoir
quelques sous. Je gagnais 500 fbu par jour, mais
ce n’était pas suffisant donc j’ai recommencé à
mendier. Je faisais 800 fbu par jour et je rentrais
le soir pour nourrir mes enfants. C’est là en ville
que j’ai rencontré un groupe des filles qui se
prostituaient dans un endroit derrière le marché
appellé « home ». Elles gagnaient 2000 fbu par
jour, et j’ai commencé à travailler avec elles. J’ai
fait cela pendant un an puis j’ai rencontré Ishaka.
Avec mon premier crédit j’ai commencé à faire le
commerce des oranges : je les achetais à Kinama
car elles sont moins chères et je les revendais ici à
Buterere. J’ai quitté la prostitution car je préférais
gagner moins mais plus dignement.
J’ai pu avoir un petit capital que j’ai investi dans
les patates douces. Je gagnais 1000 fbu par jour.
Jusqu’à aujourd’hui je fais ça ; c’est pas encore
bien mais ça va venir.
Je ne pense pas pouvoir avoir un grand capital
parce que tout ce que gagne je l’utilise pour la
nourriture de mes enfants, le charbon et le savon.
Avec ce que je gagne aujourd’hui mes enfants
pourront aller à l’école jusqu’à la 4ième. Mon
rêve est d’avoir un capital suffisant pour qu’ils
puissent faire tout le cours scolaire régulier.
FANNY (W)UYMANA, 20 ans
Je vis à Kumasi, quartier pauvre sur la plage dans
le quartier industriel de Bujumbura.
Mon père était mécanicien et ma mère petite commerçante, mais ils sont morts quand j’étais encore
petite alors je suis allée vivre avec ma sœur. Mais
je n’aimais pas ce qu’elle faisait: elle exerçait
le métier de la vente du sexe dans une maison
avec d’autres filles et elle voulait que je fasse la
même chose mais moi j’ai refusé car j’avais peur
d’attraper le Sida comme elle, je suis partie. Mais
par après je n’avais rien à manger et j’ai dû faire
ça pour pouvoir manger. Ce que j’avais refusé de
faire chez elle j’ai été obligée de le faire après. Je
suis alors rentrée chez ma sœur mais ça marchait
pas bien. En plus j’étais enceinte alors elle m’a
chassée. Je suis allée chez l’homme qui m’avait
engrossée mais il m’a dit que la grossesse ne lui
appartenait pas. J’avais 15 ans à ce moment-là et
j’étais vraiment malheureuse. J’ai cherché un autre
homme qui disait m’aimer, c’était un commerçant
de chaussures de Jabe.
Il m’a gardée chez lui tout en continuant à aller
chercher d’autres femmes et moi j’avais toujours
peur du Sida : je suis restée chez lui jusqu’à
l’accouchement puis je suis partie. Je suis rentrée
chez ma sœur mais avec l’enfant c’était difficile
pour elle de me donner la nourriture alors je suis
partie chez une copine qui m’a accueillie chez
elle. C’est là que j’ai entendu parler du projet
Ishaka. Les femmes de Care sont venues, elles
nous ont formées et éduquées. J’ai commencé
à faire le commerce du maïs auprès du port, ça
marchait vraiment bien alors quand j’ai eu un
capital suffisant j’ai construit une maison et j’ai
fait l’élevage des chèvres. Maintenant je vis de la
vente du charbon, et je soutiens mes enfants. Je vis
avec le premier homme qui m’a mise enceinte, on
a eu un autre enfant, un peu espacé, en suivant
les conseils de Care sur la sexualité responsable.
Nous vivons bien ensemble aujourd’hui, il a compris qu’il faut pas aller chercher d’autres femmes,
lui aussi a peur du Sida aujourd’hui. Il a parlé
de moi à sa famille, on va s’enregistrer comme
mariés bientôt. Il fait la réparation des téléphones
en ville.
Mon rêve est d’aller dans d’autres pays pour
chercher de bons produits : comme par exemple
de bons matelas en Ouganda. J’espère que mes
enfants pourront aller à l’école jusqu’à l’Univer-
sité. Moi j’ai dû arrêter en 7ième. Si j’avais eu la
possibilité de continuer à étudier, j’aurais voulu
devenir médecin pour aider les autres.
CRISTINE NDUWIMANA, 19 ans
Mon papa a été tué dans la guerre en 1996,
en mai. J’ai grandi avec ma mère, qui était
cultivatrice. Puisque je n’avais pas de père je
suivais des garçons qui me donnaient de l’argent
pour continuer les études. Ils me demandaient du
sexe en échange. Je faisais ça pour continuer les
études. Mais ils m’ont trompée car je suis tombée
enceinte et j’ai dû arrêter définitivement. J’avais
14 ans. J’ai essayé d’avorter : j’ai préparé du
savon et j’ai mangé la mousse, mais ça n’a pas
marché. J’ai été accueillie chez des voisins jusqu’à
la naissance de l’enfant et puis j’ai dû partir car
ils n’avaient pas assez d’argent pour nous. J’étais
à la rue et j’ai commencé à me prostituer. Je
n’habitais nulle part, je ne savais pas où aller, les
hommes me trouvaient dans la rue, et ils pensaient
que j’étais un enfant de la rue, je n’avais pas de
tarifs, ils me donnaient selon mes besoins. Si un
jour j’avais besoin du savon, je faisais cela pour
un savon.
Puis j’ai arrêté et j’ai commencé à vendre la main
d’œuvre : j’étais aide-maçon, je gagnais 1200
fbu par jour. Je travaillais avec mon enfant sur
le dos car je n’avais pas l’argent pour me payer
une bonne. Je suis retournée vivre avec ma mère.
L’homme qui m’avait engrossée est revenu et il
m’a dit qu’il ne m’avait pas abandonnée. Mais il
voulait seulement les relations sexuelles et il m’a
abandonnée une deuxième fois. Puis j’ai connu
Ishaka. Au début je pensais que c’était un projet
pour les prostituées car la plupart des filles de
notre quartier faisaient ça. Les autres ne voulaient
pas se joindre à nous. Mais grâce à la persévérance du coordinateur du projet on a commencé
à travailler ensemble. Moi j’étais la plus pauvre
alors elles m’ont fait un crédit de 10.000 fbu et
le premier jour j’ai fait la vente du maïs grillé sur
la route qui va au Congo et j’ai fait beaucoup
d’argent : 18.000 fbu! Il y a avait beaucoup des
clients. Mais maintenant ce n’est pas la saison
du maïs. Je gagne beaucoup moins avec les
tomates et le charbon mais je paye pour moi et
mon enfant. Je suis très contente d’avoir rencontré
le projet Ishaka, je peux me soutenir et j’ai aussi
pu construire cette petite maisonnette. C’est les
filles qui m’ont aidée, c’est un groupe vraiment
solidaire.
Je souhaite que mes enfants puissent étudier pour
ne pas rater la vie comme moi j’ai fait. Je voudrais
qu’ils deviennent magistrat et médecin.
ZIZINE NIBIGIRA, 21 ans
Je suis née dans une bonne famille où les parents
s’entendaient très bien. Mais après il y a eu la
guerre et ils se sont séparés à cause des problèmes ethniques : mon père était hutu et ma mère
tutsi ; mon père a chassé ma mère pour chercher
une femme hutu comme lui. J’avais 6 ans, avec
ma petite sœur nous sommes restées avec lui et
mon petit frère est parti avec maman. Puisqu’au
Burundi on prend l’ethnie du père, mon petit frère
avait des problèmes chez la famille de ma mère,
parfois ils lui refusaient à manger car il était hutu.
Papa s’est remarié avec une femme qui était très
méchante avec nous : elle nous traitait comme des
travailleurs de la maison, et elle ne faisait rien.
Papa ne donnait aucune remarque.
Ma mère connaissait la situation et elle était très
mécontente de tout cela, alors elle a demandé à
sa sœur 6000 fbu pour faire un petit commerce
d’huile de palme et avoir de l’argent pour venir
nous reprendre. Le jour où elle est venue nous
chercher, notre père ne s’y est pas opposé. C’est
à ce moment-là que j’ai commencé l’école. Pendant mes études, ma mère est tombée dans une
embuscade à Rumonge et ils lui ont tout volé : elle
n’avait plus rien, de nouveau. J’ai alors commencé
à aider ma mère : je faisais les tresses, avec cet
argent je faisais des beignets et je les vendais
à l’école. Je donnais tout à ma mère mais ça ne
suffisait pas.
Mais les tresses nous ont permis d’avoir les petits
moyens pour survivre : on mangeait des beignets
et du chai (thé). Quand j’ai terminé le secondaire je pensais que c’était fini avec l’école car
on n’avait pas les moyens, mais par après j’ai
entendu parler de Ishaka. J’ai commencé avec
un crédit de 10.000 fbu, j’ai fait le commerce
des œufs avec un garçon, et à la fin de chaque
mois on avait 30.000 fbu. Je lui donnais 10.000
et je gardais 20.000. J’ai vu que je pouvais me
payer l’université parce que ça coûte 50.000 par
trimestre.
Dans la même période une femme est venue me
demander 40.000 fbu pour payer des crédits.
Elle m’a dit qu’elle allait me donner 80.000 fbu
chaque mois du prêt. Je n’étais pas sure qu’elle
me rembourse mais elle était très honnête et 5
mois après elle est venue avec 400.000 fbu. Son
mari qui vit en Sud Afrique venait d’arriver au Burundi pour la chercher. J’étais vraiment contente.
Avec cette somme j’ai investi 100.000 fbu pour
mes études et puis j’ai donné le reste à ma mère
pour réparer une maisonnette qu’on avait à
Ruziba. Avec le capital des œufs j’ai donné une
petite somme à ma mère qui a commencé à faire
un petit commerce et maintenant elle est devenue
fournisseur pour les autres commerçants. Je continue toujours à faire les tresses, et ainsi nous nous
occupons de la famille à deux : ma sœur et mon
frère font leurs études secondaires et moi je fais le
droit, car je veux devenir magistrat.
On vit bien aujourd’hui : on peut étudier, manger
ce que l’on veut, même du poisson et des pâtes. Je
fais de mon mieux pour que mes frères oublient la
mauvaise vie qu’on menait avant.
Sans Ishaka je n’aurais rien de cela. C’est à partir
de ce premier crédit de 10.000 fbu que tout a
commencé.
FRANCINE SINGURANAYO, 22 ans
Je suis née de mère rwandaise et de père burundais. Mes parents se sont séparés quand j’étais
petite et ma mère m’a amenée au Rwanda chez
ma grand-mère. Je suis restée là-bas 10 ans et on
est rentré au Burundi quand j’avais 12 ans. Puis
ma mère est décédée et ma vie a complètement
changé. Je n’avais mis jamais pied à l’école
puisque personne, ni ici ni au Rwanda, n’était
en mesure de me suivre. J’ai alors commencé à
faire la bonne chez les gens, jusqu’au jour où un
homme m’a engrossée. J’avais 17 ans. Pendant
la grossesse on a trouvé un abri et on a vécu
ensemble dans une grande pauvreté, mais quand
j’ai mis au monde il m’a chassée et il est allé chercher d’autres femmes. Un jour il a pris mes habits
et il les a jetés dehors pour me faire comprendre
qu’il fallait que je quitte la maison. Par après
j’ai vécu la situation de femme libre : quand les
hommes venaient ici dans le quartier pour boire et
qu’ils me demandaient de faire le sexe, j’acceptais, même pour 1000 fbu.
Mais j’étais malheureuse car je n’aimais pas cela
et j’avais de la rancune envers le bébé qui m’obligeait à mener cette vie-là.
Quand j’ai rencontré Ishaka tout a changé : j’ai
commencé avec un petit commerce de maïs,
aujourd’hui je peux acheter des habits pour moi
et mon enfant et nous mangeons suffisamment. Je
gagne 3000 fbu par jour, je n’arrive pas trop à
mettre de côté encore mais parfois oui. J’espère
un jour avoir l’argent pour ma propre maison,
pour que les gens puissent me respecter plus.
29
OUR STORIES
30
ROSETTE NSIMIRIMANA, 23 years old
I was born in a very poor family of Gitega Province where my parents used to farm for others
to support the family. We were seven girls and a
boy. I am the sixth. At the age of seven, I began
primary school, but at the age of 13th, I have
to give up because of the poverty of my family. I
have never redone the year. All the countryside
children countryside used to stop at about 13
years because parents think that at this age
they are able to work and that they have learnt
enough. Then I began to sell my labor where I gained 80 francs per day. I stopped this activity when
I acquainted with ISHAKA project; where one let
us know that we girls could put our strengths together in working in order to be able pay our fees
and give ourselves credit to make small projects. I
paid for veterinarian’s courses. According to me,
it’s as if CARE had been sent by God because, I
did not see how I could not do this before.
Now I am the veterinarian of my region. Besides,
I make of the plea for the young people with
Bashingantahe. For example, recently I pleaded
for a girl who had to give up her studies because
of the poverty. The priests had accepted to pay the
school equipment and the municipality to give her
the authorization to study for free; but the family
and the neighbors said that we had to let her sell
labor because all people of the area live like that.
I pleaded to the Bashingantahe who convinced the
family to let the girl go to the school.
Later on, another family came to ask me to plead
with Bashingantahe so that their son can go to the
school also. Bashingantahe accepted .I think now,
they also respect me because I have work.
If I had had the means to study I would have
wanted to be a journalist because it hurts me to
see all these problems on my hill and nobody
speaks about it.
MÉDIATRICE NSHIMIRIMANA, 18 years old
I lived at Rwesero in Gitega Province. I was born
into a farmers’ family. My parents registered me
for school at the age of 7. When I was 13 years
I gave up because I did not want to continue and
I said to myself that the success of a girl was to
marry well, and not studies. My parents insisted
that I continue the studies but I refused.
I began prostitution, with boys of my age. Sometimes; they bought for me something to drink or
something to eat. Because parents did not like it,
sometimes they refused me to come back home.
Then I, I returned at the boy’s with whom I was or
then I slept in wilderness. My parents sometimes
struck me, to force me to abandon that life, but I
liked the easy life which these boys offered me:
clothes, jewels, good food.
One day, I fell pregnant and I suffered a lot
because I did not know who the father was. Having
made my calculations, I went to one of the boys
with whom I have made sex with to tell it to him,
but he did not recognize that it could be his baby.
He said to me: «among all the boys with whom you
have made sex; how do you know that I am the
father of your child? »He abandoned me forever.
At the same time my parents mistreated me and
refused to feed me. I was even imprisoned one
night because I was drunk in the street with boys.
During 6 months my parents mistreated me and as I
was alone to bear this punishment, the father of my
pregnancy had run away; I then wanted to commit
suicide. At that moment, I heard about ISHAKA and
I wanted to know more. When I went there for the
first time, nobody wanted to approach me –everybody considered me as a non respectful girl who
slept with many boys. Other girls put themselves in
groups and they pushed me aside.
At this moment I thought of committing suicide
because nobody wanted me. I then confided in
ISHAKA project coordinator and she spoke to
the girls who finally accepted me. After that, they
have elected me as the leader of the group. But
always my parents did not accept me home. The
coordinator spoke to my mother who, later on
spoke to my father and finally they allowed me to
return home.
When I delivered, the members of the group
helped me a lot, and thanks to CARE, I learn that I
could register my son to the registry office even if
he was registered as having no father.
Later, the father of my pregnancy heard about me;
that I was in good health and that I had worked.
He came back to me, and he was registered as
father of the child. He also went to my parents
apologize for having abandoned me and my
parents said to him: «thank first ISHAKA project
because we, also had abandoned her.”
ALBERTINE, 24 years old
I have been born in an 8 children’s farmer’s family
at Gitega. I studied until 9th grade; I was sixteen
years old when I gave up my studies because I fell
pregnant by a boy who worked near the archbishop. He was 20 years old. I wanted the marriage
but he delayed saying that he was not ready.
When my parents knew about my pregnancy, they
were shocked; on one hand because I had not
ended my studies yet, and on the other because
the father of my pregnancy was a Tutsi, an ethnic
group different from that of my family. At that time
the marriage or any other relation between Hutu
and Tutsi were impractical or were practiced with
great difficulty. Sometimes they killed each other.
But the concerned boy was kind to me, he was a
driver and he sometimes transported me by car.
Everywhere, they talked about us. It was rare to
have friends of ethnic group different from yours
at that time, but when love is, you do not consider
ethnic matters.
My parents chased me and I began to live at the
friend’s and at the neighbors. Immediately after,
the father of my pregnancy helped me; he even
recognized the child; but he could not marry me
because of this ethnic problem. One day he lost
his job, he could not help me anymore but we
stayed in good terms.
Life became difficult for me. I wondered which
way my life would go because nobody helped me.
Finally the Bashingantahe spoke to my family and
they tried to convince the boy to take me home.
My parents did not give me enough to eat so that
I suffered from the malnutrition. Later, I went to
work two years in a local association which made
raised awareness on HIV. They did not pay me but
they gave us some money to make activities. Then
I set up a small garden with a friend. I gained a
little bit of money for my child. Later I began to
save a little money, but my friend managed badly
and I left him. I succeeded in gaining a small sum
of money and with my small capital I opened a
restaurant.
But regrettably the restaurant manager took all
the money with him and the employee sold my
machines. I realized that I was always a victim.
I think that if I had been a boy, I would have not
been considered as such a bad person.
I knew who had bought my machine and I was
able to get back some of the money. With this
money I began animal breeding. I had a pig and
a cow in but the pig died when giving birth and
the cow fell ill. I had to sell it almost for nothing.
I fell once again in despair, I did not know any
more what to do.
It is at that moment there that I heard about the
ISHAKA project .It was Sunday after church. I
went there at once and I noticed that many girls
were reluctant because they wanted money or
equipment while CARE was talking about making
groups of solidarity, to start a savings and credit
system.
I convinced these girls to make groups. With my
first credit, I dealt in Primus beer. It worked well
and I began rabbit breeding. It also worked well
and I bought more rabbits. Then I bought one
goat. Now I have goats and pigs and I have just
bought a cow. I am satisfied and I am very proud:
my son can go to the school and I can buy to him
what he needs. At the beginning of the school
year I sold 4 rabbits and I bought him the school
equipment for all year.
VENERANDE NAMAGANDA, 24 years old
I was born in Uganda from Burundian mother
and Ugandan father. My parents did farming in
southern Uganda. We came to Burundi when I
was 9 years old. My parents quarreled and my
mother decided to return to the country with her 3
children.
We came to Giheta because my mother’s family
was from there but they did not welcome us
because she had returned with 3 children. Then
we left for Bujumbura so that she can work. She
sold small thing and we succeeded in going to the
school. When I was 10 years old, we returned
to Giheta because my mother wanted to buy us
a property. At 15 years, I gave up the studies
because my mother died and my big sister had no
money to pay my school fees. I fell pregnant by a
near-by man, but he did not recognize his child.
I stayed with my child, my sister and my brother
but in a bad situation. Meanwhile, my sister died
during a motorcycle accident. My small brother
was obliged to give up his studies, but he was
lucky to find a job as salesman store at Bujumbura. I continued to live on my mother’s property
for farming. Sometimes, my brother sent me some
money. I thought several times of fetching my
father in Uganda, but it was too far and I did not
know how to get there.
I lived in misery before ISHAKA. I joined the
group of the girls at once and I have begun to
sell some manioc. I bought the manioc, I sold it to
marketmen/women who went to Bujumbura, my
brother got it back and he sold it at a good city
price. We succeeded in having a little money and
I was able to buy rabbits and goats.
I hope one day to have enough money to fetch my
father in Uganda, make reconciliation with him
and live with my child there.
ARLETTE NIMBONA, 23 years old
I was born in Bujumbura. We were ten in my
family; I am the ninth child. Our father was a
farmer and our mother had a small business.
I went to school at 7 years old. When I was 10
years old I began to have a relationship with
a boy. He was an orphan, who rented out his
family’s house and he gave me half every month
(40 000 Burundian francs) .He was also a thief
and he gave me all that he had. He was 23 years
and I was10. I found that it was the nicest. At the
beginning he did not asked me for sex; but he
began to ask me to have sexual intercourse with
him. I refused because I had seen my sister who
had had problems of taking care of her children
and I said to myself that I had to leave this boy. In
addition, more people began to say that I loved a
thief. My family did not know; I wasted the money.
At 20 years old, I have given up my studies
because I had problems with my eyes; I could not
stay out in the sun; I was also dizzy. I stayed home
doing nothing, and it is at the moment that I knew
about ISHAKA. I was registered in the first group
of my district and they chose me as leader.
It is from this moment there that I learnt how to
use the money and how to sell goods. With my
first credit, I began the business of bananas with a
friend to the market of Musaga.
It went very well. Now I have a capital of 50
000 Burundian francs. I wish to continue with it
and if I find a man who loves me we are going to
have children, but work is priority. We cannot live
without money, everybody has to work.
In any case, I am going to continue to work
because I do not want to be vulnerable anymore.
LOUISE HABIARIMANA, 25 years old
I was born to Giheta but I lived in Musaga. I
attended primary school with no problem at all.
During the war, my father was killed and we
stayed with our mother. Later I came to Bujumbura
to continue my studies, at my uncle’s house. I was
twelve years old. One day, he had a heart attack
and there were rebels in our district: the family
with which I lived scattered and I was lost. I did
not know any more where to go. I spent three
days without eating. A friendly boy asked me
where I lived, I said to him here in the gutter. He
brought me into another family. He often came
to visit me in this family where they gave me to
eat. Then one day he told me that he loved me
for a long time and that he had a plan for me.
He asked me to make love with him but I told him
that I couldn’t, otherwise I could get pregnant. I
wanted to return at my mother’s place to finish my
studies first. But he insisted saying that if I did not
accept, that meant that I did not love him. I continued to refuse but he took me by force. I told him
to remember this date the date of my pregnancy-I
had even written the date on the wall of my house.
He said that he would assume responsibility. I
returned to my mother’s, and after two months
I noticed that I was pregnant, then I wrote him
a letter and he sent me money to come back to
Bujumbura. But once there I noticed that he did not
want me. I waited to give birth and after, continue
my studies.
One day I went to him because I did not have
anywhere to go: I stayed with him and I gave birth
to a stillborn. Coming back from the hospital I
did not know what to do but I could not return my
parent’s because I wanted not to be called «divorced woman” thus I returned to him. He mistreated
me every day and he said that I was not a woman
like others because I could not even have a child.
He beat me a lot and he did not give me food to
eat. It was the neighbors who helped me a little.
When I fell pregnant the second time, I saw that I
had nothing else to do, that I had to stay with him.
I began to look for a job, and I worked at a public
telephone booth downtown. I worked during my
pregnancy. He had lost his work. I had to return
at home in the evening and I had to cook for him.
When I got the child I began to sell alcoholic
drinks: I worked for me and for my child and my
husband continued to mistreat me. When he saw
that I could live without him, he wanted to prevent
me from continuing.
I have never shared my problems with my mother
or others; I had to keep that in my heart. I did
not want to disturb my mother with my problems,
because she had already suffered a lot. In any
case it is like that in Burundi: “a girl has to suffer
there where she got married”. Even if he wanted
to prevent me from working I continued, and I
knew Ishaka. I began to sell clothes here to the
market of Musaga and that really works very well:
I can cloth my child and myself, and I can even
pay for a baby sitter who takes care of my son
while I work. I honor my family.
ASHA NSHIMIRIMANA, 19 years old
I live in Buyenzi, a Swahili district.
We were 6 in the family and I was able to study
until 6th grade. I stopped studying when I was 17
years old because of a pregnancy. During that
time, I had many partners. The one who got me
pregnant was 26 years old and he was a football
31
32
player .When he knew that I was pregnant, he
abandoned me, and he has never helped me at
all. When I gave birth, I lived a really miserable
life at my friend’s house with a cousin. My mother
told me to come back home. At least, I began to
get some soap and other basic things.
Then I heard of the Ishaka project and I began the
business of selling porridge and sweet potatoes
in the district, in front of my mother’s house.
Everybody passed to buy. It works very well and
now I am able pay for everything we need. I was
able to resume my studies. I go to school in the
morning. After classes I go to buy coal, porridge
and sugar. At home I cook so I can sell in the
afternoon.
When I began to rely on myself, the father of my
daughter came back to me, but I did not want
him, because I knew that he only wanted my
money. I regret not having known Ishaka before
because I would never have had all these problems. I do not want to waste my time any more
with a boy and I do not have time for that. After
classes, I work, pray, put my child to sleep, study
and then I go to sleep. I have to take a lot of time
studying, because I have to think of my future.
CLAUDINE HAKIZIMANA, 20 Years old
I live in the fatwa (a small discriminated ethnic
group) district at Bitterer. My parents were farmers
and we lived a very poor life .When my parents
died I began to beg in downtown Bujumbura. I
began to sell labor when I was 13. As I was not
rather strong, I began to look for a husband who
could take care of me. I found a boy of 17 years
old, an orphan like I am with whom I lived until
we have 4 children together. One day he left: and
went to live with his brother’s wife, because the
brother had died. I then resumed a very difficult
life. I used to look for food in the trash can: I could
also find small pieces of coal. I sold it to have
some money. I earned 500 Burundian francs a
day, but this was not enough, so I started to beg.
Then I earned 800 Burundi francs a day and I
came home at night to feed my children. There,
in town, I met a group of girls who prostituted
themselves in a place behind the market called
«home». They earned 2000 Burundian Francs per
day, and I started working with them. I was doing
this for a year until I heard of Ishaka. With my
first loan I started to sell oranges, I bought them in
Kinama because they are cheaper and I sold them
to Buterere. I left prostitution because I preferred to
earn little but honestly.
I was able to have small assets which I invested in
sweet potatoes. I won 1000 Burundian Francs a
day. Till now I do that: it is not yet good but I still
hope that things will change. I do not have many
assets, because everything I earn I use it for my
children’s food, coal and soap. With what I earn
all of my children go to school. My dream is to
have enough money to get everything they need
during their studies.
FANNY (W) UYMANA, 20 years old
I live in Kumasi, a poor neighborhood on the
beach in the industrial district of Bujumbura.
My father was a mechanic and my mother was
a marketwoman, but they died when I was still
young so I went to live with my sister. But I did not
like what she did. She was a prostitute in a house
with other girls and she wanted me to do the same
thing but I refused because I was afraid to catch
AIDS like her, I left. But after I had nothing to eat,
and then I was obliged to go back to my sister’s
house but it was not working well. In addition
I was pregnant and she turned me out onto the
streets. I went to the man who made me pregnant
but he said the pregnancy was not his. I was 15
years old at that time and I was really unhappy.
I looked for another man who said he loved me the shoe merchant at Jabe.
He kept me at home while continuing to chase
other women and I was always afraid of AIDS:
I stayed with him until my delivery and then I
left. I went to my sister’s, but with the child, it
was difficult for her to give us food, so I went
with a friend who welcomed me home. That is
when I heard about the Ishaka project. Women
from CARE came; they trained and educated us.
I started to sell maize near Bujumbura port, it
worked really well so I now have enough capital
to build a house and I have been raising goats.
Now I live on the charcoal sales and I take care
of my children. I live with the first man who made
me pregnant; we have another child, which we
spaced out a bit, following the advice of CARE on
how to be responsible in sexuality.
We live peacefully together today, he understood
that he should not chase other women, he too is
afraid of the AIDS today. He talked about me to
his family and we are going to register to be married soon. He repairs mobile phones in town.
My dream is to sell goods in other countries, for
example, quality mattresses in Uganda. I hope
that my children will study all the way through
university. I had to stop in 7th grade. If I had had
the possibility to continue to study, I would have
wanted to become a doctor to help others.
CHRISTINE NDUWIMANA, 19 years old
My father was killed in the war in May 1966. I
grew up with my mother who was a farmer. Since
I had no father I used to have sex with the boys
who gave me money to continue my studies. In
return, they demanded sex. I did that to continue
my studies. But they deceived me, I fell pregnant
and I had to give up earning money. I was 14
years old. I tried to abort: I prepared soap and
ate its foam, but it did not work. I stayed with my
neighbors until the birth of my child and I had to
leave because they did not have enough money
for me and my baby. I was in the street and I began too prostitute myself. The men who found me
in the street thought I was a street child. I had no
fixed prices; they gave me according to my needs.
If I needed soap, I would do it for soap. Then I
stopped and began to sell my labor: I was assistant mason; I earned 1200BURUNDIAN FRANCS
a day. I used to work with my child on the back as
I had no money to pay for a baby sitter. I moved
back to live with my mother. The man who made
me pregnant came back to me and said that he
did not abandon me. But he wanted only sex and
he abandoned me a second time. Then I knew
Ishaka. At the beginning I thought that it was project for prostitutes because most of the girls of our
district do that. Other girls did not want to join us.
But thanks to the perseverance of the coordinator
of the project we began to work together.
I was the poorest and they gave me credit of 10
000BURUNDIAN FRANCS and the first day I have
made the sale of roasted corn on Gatumba road
and I made a lot of money: 18000 Burundian
francs! I had many customers there. But now it is
not corn season. I don’t earn a lot with tomatoes
and coal but I can pay everything for my child
and myself. I am happy to be part of Ishaka. I
am able to rely on myself and I was also able to
build this hut. It is the girls who helped me; it is a
really united group. I hope that my children would
study to live better than me. I would want that they
become magistrates or doctors.
ZIZINE NIBIGIRA, 21years old
I came from a good family which got along well.
But we all were separated due to the war. There
were ethnic problems. I was 6 years old. My younger sister and I stayed with our father and my little
brother left with our mother. Because in Burundi
we take the line of the father’s ethnic group, my
little brother had many problems in my mother’s family, sometimes they refused to him to eat because
he was Hutu. My father remarried a woman who
was very bitter with us. She treated us as house
workers, and she did nothing at home. My father
never commented.
My mother knew the situation and she was very
dissatisfied with all this, then she asked her sister
6000BURUNDIAN FRANCS to start a small
business in palm oil and to have money to come
to take us back. When she came to look for us,
our father did not oppose. Then I started to study.
During my studies, my mother was ambushed and
robbed of everything at Rumonge: She remained
with nothing at all. I then began to help my mother:
I started braiding hair and with this money, I made
doughnuts and sold them to school. I gave all of the
money to my mother but that was not enough.
But braiding allowed us to have small means to
survive: we used to eat doughnuts and tea. When
I finished secondary school, I thought that I was
finished because I had no means to continue studying, but later I heard about Ishaka. I began with
a credit of 10 000BURUNDIAN FRANCS. I dealt
in eggs with a partner and at the end of the month
we had 30 000BURUNDIAN FRANCS. I had to
give him 10 000BURUNDIAN FRANCS and I
remained with 20 000BURUNDIAN FRANCS. I
saw that I could pay for university because it is 50
000BURUNDIAN FRANCS a quarter.
During that time a woman came to borrow
400000BURUNDIAN FRANCS. She said that
she was going to give me 80 000BURUNDIAN
FRANCS every month of the loan. I was not sure
that she was going to pay off me but she was very
honest and 5 months later she came with 400
000BURUNDIAN FRANCS. Her husband who
lives in South Africa had just arrived to Burundi to
look for her. I was really satisfied. With this sum I
invested 100 000BURUNDIAN FRANCS for my
studies and then I gave the remaining sum to my
mother to repair a hut which was at Ruziba. With
the profits from egg-selling, I gave a small sum
to my mother who began to do a small business
and now she became a supplier for storekeepers.
I always continue to braid hair, and so we both
take care of the family: My brother and my sister
are in secondary school and I am in the law department, because I want to become a magistrate.
Today we live a better life because we can study,
eat whatever we want, even some fish and some
dough. I do my best so that my brothers forget
the bad things that has happened to us. Without
Ishaka I would have had nothing.
It is from this credit of 10 000BURUNDIAN
FRANCS that everything began.
FRANCINE SINGURANAYO, 22 years old
I came from a Rwandan mother and a Burundian
father. My parents divorced when I was still young
and my mother brought me to Rwanda to my
grandmother. I stayed for one year and we came
back in Burundi when I was 12 years old. Then
my mother died and my life completely changed.
I have never been at the school because nobody,
neither here nor in Rwanda was able to pay me
school fees. I began to do baby sitting until a man
made me pregnant. I was 17 years old. While
pregnant we found a place to live and we have
lived together in poverty, but when I gave birth,
he chased me away and he went to chase other
women. One day he took my clothes and threw
them outside to make me understand that I had
to leave the house. Later I started prostitution:
When men came here in the district to drink and
asked me to make sex, I accepted, even for 1000
Burundian francs.
But I was unfortunate because I did not like it. I
was even angry at the baby who obliged me to
live this kind of life.
When I met Ishaka everything changed: I began
with a small business of corn, today I can buy
clothes for my child and myself and we have
enough to eat. I earn 3000 Burundian francs
a day. I do not manage to save all of the time
but sometimes yes. I hope that one day I will get
enough money to build my own house, so that
people respect me much more.
33
34
THANK YOU TO MARTINA BACIGALUPO FOR IMAGES AND WORDS
WHICH ARE DEDICATED TO THE COURAGE OF THESE GIRLS.
35
MERCI A MARTINA BACIGALUPO POUR LES IMAGES ET LES MOTS
POUR QUE NOUS POUVONS TEMOIGNER LA COURAGE DE CES FILLES.
CARE INTERNATIONAL BURUNDI
Route Rumonge, Blvd Mwezi Gisabo n°30
PO Box 6424 Bujumbura Burundi
Tel. +257 22 21 46 60
email:
Graphic Production: Phoenix Design Aid A/S