les restes humains les plus anciens d`Andorre

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les restes humains les plus anciens d`Andorre
Colloques du Groupement des Anthropologistes de Langue Française (GALF)
Determination genétique de l’individu Néolithique de
Segudet (Ordino), les restes humains les plus anciens
d’Andorre
Genetic determination of the Neolithic individual of Segudet (Ordino), these are the most ancient
human remains found in Andorra
Díaz N.1,4, Solórzano E.1,4, Montiel, R.1,2, García, C.1,4, Yañez C.3, Malgosa, A.1
1
Unitat d'Antropologia. Dept. Biologia Animal, Vegetal i Ecologia, Universitat Autònoma de
Barcelona. España. E-mail: [email protected]
2
Departamento de Biologia - CIRN, Universidade dos Açores. Portugal.
3
Àrea de Recerca Històrica del Patrimoni Cultural d’Andorra.
4
Facultad de Odontología. Universidad de Los Andes. Venezuela.
Correspondance: Assumpció Malgosa. Unitat d'Antropologia. Dept. Biologia Animal, Vegetal i
Ecologia, Universitat Autònoma de Barcelona. España. E-mail: [email protected]
Mots-clés: ADN mitochondrial, RFLP’s, Néolithique, Andorre.
Keywords: DNA mitochondrial, RFLP’s , Neolithic, Andorra.
Resumé
Les restes humains analysés proviennent d’une tombe préhistorique découverte à
Segudet dans la paroisse d’Ordino. Le squelette appartient à un individu adulte, de
sexe féminin, dont l’age au décès peut être évalué à 30/35 ans. Le résultat de l'analyse
par la méthode de C14 (BETA - 160374) a permis de déterminer que ces restes
humains dataient de 5350+/- 40 BP. Par conséquent, ils sont les plus anciens mis à
jour en Andorre et cet individu appartient à la période du Néolithique ancien (période
épicardial).
La détermination génétique de l’ADN mitochondrial par RFLP’s et la séquence
d’un fragment de la région de contrôle ont permis de classer l’individu dans
l’haplogroupe européenne K. Une interprétation portant sur le groupe humain est
irréalisable, mais la relation entre l’ancienneté de cet haplogroupe et la situation
stratégique d’Andorre comme voie d’accès à la Péninsule Ibérique est remarquable.
Díaz N., Solórzano E., Montiel, R., García, C., Yañez C., Malgosa, A., 2004, Determination genétique de l’individu
Néolithique de Segudet (Ordino), les restes humains les plus anciens d’Andorre. Antropo, 7, 39-44.
www.didac.ehu.es/antropo
Díaz et al, 2004. Antropo, 7, 39-44. www.didac.ehu.es/antropo
Abstract
Human remains analyzed in this study come from a prehistoric burial from
Segudet, Ordino, Andorra. The skeleton was diagnosed as a female of between 30-35
years of age at death. C14 analysis results in 5350±40 BP; this date and the funerary
furnishings found in the burial set it in the ancient Neolithic Age, specifically in the
Epicardial period. These are the most ancient human remains found in Andorra.
Genetic determination was performed by mitochondrial haplogroup analysis and
sequencing the control region. Both analysis enable us to classify this individual
within the European haplogroup K. Although population interpretation cannot be
carried out, it is interesting to notice the antiquity of this haplogroup in Europe and the
strategic location of the country of Andorra as a pass to enter the Iberian Peninsula.
Introduction
Les restes humains analysés proviennent d’une tombe préhistorique découverte à Segudet
dans la paroisse d’Ordino à une altitude de 1324 m. Cet individu appartient á la période du
néolithique ancien (période épicardial, 4300 et 4050 av-JC). Ces restes, déposés pour étude au
laboratoire de Paleoanthropologie de la Unitat d'Antropologia, Dept. Biologia Animal, Vegetal i
Ecologia, Universitat Autònoma de Barcelona, ont été identifiés sous le sigle S-2001.
Le squelette appartient à un individu adulte, de sexe féminin, dont l’âge au décès est
évalué entre 30 et 35 ans. D’autre part, le résultat de l'analyse par la méthode de C14 (BETA 160374) a permis de déterminer que ces restes humains, datés de 5350+/- 40 BP, étaient les plus
anciens mis à jour en Andorre (Yañez et al., 2003) (fig. 1).
Figure 1. Localisation géographique du gisement néolithique de Segudet à Ordino et détail de la tombe.
On peut noter la richesse du trousseau (p.e. bracelets).
Figure 1. Geographic location of the Neolithic site of Segudet, Ordino, and photograph of the burial.
Wealth of the furnishings can be noted (ex. bracelets).
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Díaz et al, 2004. Antropo, 7, 39-44. www.didac.ehu.es/antropo
Matériel et méthode
Pour obtenir de l'ADN à partir des restes anciens il a fallu modifié les techniques employées
par la biologie moléculaire de sorte à les adapter aux conditions de conservation de ce type
d'échantillon pour lequel l’ADN est fréquemment trop dégradé pour permettre d’appliquer des
procédés trop délicats (Krings et al., 1997). Il faut également tenir compte que le spécimen est
susceptible d’avoir été contaminé par l’ADN moderne (Montiel et al., 2000, 2001).
L'analyse moléculaire a été effectuée suivant la méthode employée par notre laboratoire.
Celui-ci consiste, en l’obtention d’ADN à partir de pièces dentaires et suit les étapes suivantes :
extraction organique, concentration et purification de l’ADN obtenu (Montiel, 2001). Pour
effectuer ce travail, il est nécessaire d’employer des échantillons en excellent état (Fig 2), c’est
pourquoi notre choix c’est porté sur la pièce dentaire 33 (canine supérieure droit).
Figure 2. L’ADN a été obtenue de la chambre pulpaire des dents de l’individu S-2001.
Figure 2. ADN was obtained from the pulp chamber of teeth of the S-2001 individual.
Pour la caractérisation génétique de l’individu nous avons employé l’ADN mitochondrial,
en combinant les résultats de deux systèmes: les polymorphismes de la longueur des fragments de
restriction (RFLP's) décrits pour les populations européennes et l’analyse des séquences d’un
fragment de 230 pb de la région de control (HVI).
Resultats et discussion
L’analyse des 10 points polymorphiques de restriction (Torroni et al., 1996) avec
l’utilisation des primers qui amplifient de petits fragments (Garcia, 2002a): la séquence de 180 pb,
obtenue a partir de l’amplification d’un fragment de la région HVI, nous a permis de déterminer
que l’individu étudié appartient au haplogroupe européen K (fig. 3 table 1 et 2).
Six des haplogroupes Européens (H, I, J, K, T et W) sont fortement confinés a des
populations Européennes (Torroni et al., 1994, 1996) et leur arrivée est postérieure à celle des
premiers caucasoïdes qui sont déjà séparés génétiquement des ancêtres Africains modernes et
Asiatiques (Ozawa 1995, Torroni et al., 1996; Passarino et al., 1998; Macaulay et al., 1999). Ce
haplogroupe, caractérisé par un âge prévu entre 12.900 et 18.300 ans, semble être l’un des plus
anciens (Richards et al., 2000). D’autre part, sur un échantillonnage des populations européennes
contemporaines, l’haplogroupe K présente une proportion variant de 4.4 à 16.6% (Table 3), la
population autochtone d’Andorre présentant la fréquence la plus élevée.
41
Díaz et al, 2004. Antropo, 7, 39-44. www.didac.ehu.es/antropo
Figure 3. Electrophoresis de vérification de la restriction avec l’enzyme HaeII. (-9052).
*autres échantillons, d = digestion, a = amplifié.
Figure 3. Electrophoresis of restriction with HaeII enzyme (-9052).
*other samples, d = digestion, a = amplification.
I-X
V
H
W
K
Eur
U
J
T
-1715
- 4577
-7025
- 8994
- 9052
+/-10394
+ 12308
- 13704
+ 15606
DdeI
NlaIII
AluI
Hae III
HaeII
DdeI
HinfI
Bst0I
AluI
Segudet
+
+
+
+
+
+
No I-X
No V
No H
No W
K
No Eur
U
No J
No T
Table 1. Définition des haplogroupes sur la base de la présence (+) ou l’absence (-) des lieux de restriction
(Torroni et al., 1996).
Table 1. Definition of haplogroups based on presence (+) or absence (-) of restriction sites
(Torroni et al., 1996).
Anderson
1
6
2
2
0
1
6
2
2
4
1
6
2
2
9
1
6
2
4
1
1
6
2
4
4
1
6
2
5
7
1
6
2
6
0
1
6
2
6
1
1
6
2
7
4
1
6
2
8
5
1
6
2
9
0
1
6
3
1
1
1
6
3
1
6
1
6
3
2
5
1
6
3
4
4
1
6
3
5
1
1
6
3
5
7
1
6
3
6
2
1
6
3
8
9
1
6
4
0
0
A
T
T
A
G
C
C
C
G
A
C
T
A
T
C
A
T
T
G
C
HVI
RFLP
Haplo Haplo
Segudet
. C .
.
.
.
.
.
.
.
. C .
.
.
.
.
.
.
.
K
K
Table 2. Séquence de la région HVI de l’individu S-2001. Le point indique la présence du même nucléotide qu’il y a
dans la séquence de référence (CRS).
Table 2. HVI sequence of the individual S-2001. Points indicate the same nucleotide as in the reference sequence
(CRS). Mutations have been pointed out with blue colour.
Haplogroupes
Pays Basque
Catalogne*
Andorre**
N=156
N=90
N=99
X
1.2
2.2
0.0
V
10.8
3.3
3.5
K
4.4
5.6
16.6
H
58.9
44.4
51.8
U
14.1
11.1
22.4
T
5.1
13.3
9.4
W
0.0
0.0
J
2.5
13.3
4.7
I
0.0
7.1
Autre
2.5
Table 3. Fréquences des haplogroupes dans des populations ibériques actuelles.
Source: Bertranpetit et al., 1995 et Corte-Real et al., 1996 ; * Montiel, 2001 ; * Anglés et al., 2003.
Table 3. Haplogroup frequencies in present Iberian populations.
Source: Bertranpetit et al 1995 et Corte-Real et al., 1996 ; * Montiel, 2001 ; ** Anglés et al., 2002.
La signification de ces résultats doit être évaluée dans le contexte géographique, temporel et
culturel de la découverte archéologique. De plus, il est nécessaire de prendre en compte que le
lieu de la découverte est situé sur un axe de passage traversant les Pyrénées qui présente des
caractères comparables à ceux enregistrés pour d’autres gisements néolithiques européens.
Dans le contexte ancien de la Péninsule Ibérique, cet haplogroupe est présent dans les
populations néolithiques du Pays Basque (Izaguirre, 1999). En Catalogne, il n’apparaît ni dans les
séries néolithique, ni dans celles du Bronze du Mas d’en Boixos (Garcia et al., 2002), alors qu’il
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Díaz et al, 2004. Antropo, 7, 39-44. www.didac.ehu.es/antropo
est présent dans celle de la population médiévale de la Plaça Vella (Table 4). C’est pour cette
raison que sa présence dans le groupe des populations anciennes ayant pu entrer dans la Péninsule
n’est pas surprenante et qu’elle n’est pas non plus exceptionnelle dans la population néolithique
d’Andorre.
Haplogroupes
X
I,K,J
V
H
U
T
W
?
H,X,V,U,W?
SJAPL*
N=61
Longar*
N=27
Pico
Ramos*
N=24
Plaça
Vella**
N=24
Mas
d´Boixos***
(Néolithique)
N=5
0.0
0.0
0.0
39.4
22.2
33.3
33.4
40.0
0.0
0.0
0.0
12.5
37.7
40.7
37.5
33.3
20.0
18.0
14.8
12.5
8.3
4.9
14.9
16.6
8.3
0.0
0.0
0.0
4.2
20.0
20.0
Table 4. Fréquences des haplogroupes dans des séries anciennes.
Source : * Izaguirre, 1998 ** Montiel, 2001 ; *** Garcia, 2002.
Table 4. Haplogroup frequencies in ancient Iberian populations.
Source: * Izaguirre, 1998, ** Montiel, 2001; *** Garcia, 2002.
Mas
d´Boixos***
(Bronze)
N=12
8.3
75.0
16.6
-
Conclusions
Ces restes anciens sont les premiers restes analysés du point de vue génétique en Andorre.
La combinaison des résultats des deux systèmes: RFLP's et l’analyse de la séquence de la
région HVI, nous indiquent que l’individu S-2001, appartient au haplogroupe européen K.
On ne peut pas affirmer la relation génétique avec les autres gisements néolithiques
catalans, dont les données sont insuffisantes alors que la relation culturelle (le trousseau) est
indiscutable.
Comme ce haplogroupe a également été mis en lumière pour les populations du même âge
du Pays Basque, un lien peut perçu en se fondant sur la concomitance de leur situation
stratégique dans les Pyrénées.
Bien peu d’analyses paleogénétiques ont été effectuées dans notre contexte géographique, il
est par conséquent évident que de nombreuses études seront à réaliser afin de définir les relations
entre groupes de population.
Reconnaissance: Àrea de Recerca Històrica del Patrimoni Cultural d’Andorra.
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