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Nouvelles de Saint-Hilarion no 3
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Chers tous et toutes,
Voici un an, le 5 décembre 2002, je rencontrais le P. GianCarlo Bregantini
pour lui soumettre mon projet de vie et lui demander son aide et son soutien. Ce
qui s'est passé depuis est une de ces merveilles de Dieu dont je m'étonne
toujours. Que de chemin parcouru! Il est banal de le dire, mais derrière ces mots
usés se profile toute l'épaisseur de la vie.
Nous voici dans le temps de l'Avent. Comme toujours, dans la tradition de
l'église, la mémoire est source et condition d'espérance. Le mémorial de la venue
du Verbe dans notre chair se fait attente de celui qui vient aujourd'hui et
toujours. Incarnation de Dieu et glorification de l'être humain sont inséparables :
«Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu», ne se lassent pas de
répéter les Pères de l'Église. En Jésus ressuscité, la transfiguration du monde est
déjà advenue mais nos yeux tardent à s'ouvrir à la lumière... Or c'est pourtant là
le défi de toute vie chrétienne : regarder le monde avec les yeux de Dieu ; dans
et par Sa lumière, contempler la lumière. C'est donc aussi le défi de ma présence
à Saint-Hilarion.
Une nuit j'ai fait un rêve aussi bref que réjouissant : J'étais ici, en Calabre,
heureux d'avoir le temps de vivre, y compris pour lire et écrire. Tout le paysage les murs de la vielle maison, les arbres et la campagne - baignait dans une
merveilleuse lumière dorée. La joie que j'en éprouvais était telle que je ne
pouvais y croire. Et je me répétais : “C'est un rêve! C'est un rêve! Je vais me
réveiller. Bientôt, je vais me réveiller”. Et je me suis réveillé... Je me sentais
toujours heureux, mais un peu moins, et la merveilleuse lumière avait disparu.
Ce rêve m'a beaucoup fait réfléchir. Comment voir le monde avec les
yeux de Dieu ? Comment ne pas reculer face à la révélation du mystère ? Je n'ai
pas de réponse complète à ces questions qui sont plus existentielles que
théoriques ; juste quelques pistes à emprunter...
Voici dix ans, lors de mon premier séjour au Brésil, j'ai ressenti combien
la douleur du peuple de là-bas me pénétrait les entrailles. Or ce que je ressentais
n'était pas seulement de la peine, mais une sorte de joie, la joie lavée de larmes.
Ici aussi la douleur est grande, et partout ailleurs dans le monde. Au fil des jours,
j'entre plus avant dans l'intimité de ce peuple et découvre telle violence commise
il y a des générations et dont le poids pèse toujours sur les épaules des arrières
petits-enfants de l'offenseur et de l'offensé, les adultères et les incestes, les
assassinats et les crises de folie, les pardons impossibles à donner - et qu'il
faudrait pourtant donner, puisque l'on ne pardonne jamais que l'impardonnable.
Comme Jésus sur Jérusalem, il nous faut pleurer sur le monde, ville sainte qui
n'a pas reconnu le temps où elle était visitée par l'Étranger. Bienheureux ceux
qui pleurent, ils seront consolés.
Nouvelles de Saint-Hilarion no 3
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Et la consolation ne manque pas, dès ici-bas et dès à présent. La proximité
des pauvres et des simples n'est pas la moindre des grâces vécues ici. Les petits
sont les préférés de Dieu, non parce qu'ils sont meilleurs que nous, mais parce
qu'il sont pauvres. Ils ont encore besoin de Lui et ne se font pas d'illusions sur
leurs éventuelles richesses spirituelles. Leur amitié m'est douce au cœur.
Tandis que j'écrivais les lignes qui précèdent, une foule de visage s'est
pressée à la porte de ma mémoire. Ils sont si nombreux. Il y a Lucrezia, une
mère de famille encore jeune qui consacre une bonne part de son temps à
soigner son beau-père qui est grabataire. Et elle le fait de si bonne grâce et avec
tant de tendresse que c'en est merveille! Il y a Giuseppe, boiteux de naissance,
qui a toujours le sourire aux lèvres. La bonté de cet homme a quelque chose de
déconcertant. Toujours un mot gentil, toujours un service à rendre, et parfois un
conseil discret à donner. Il y a Roberto et Teresa, un jeune couple qui, malgré les
difficultés économiques qu'il rencontre, a osé mettre au monde trois enfants et
prendre en charge un ado dont la famille ne pouvait s'occuper. Il y a Nicola, un
retraité qui a longtemps travaillé en Suisse alémanique, et qui n'eut de cesse, le
jour où je le rencontrai, de m'offrir son meilleur vin, ses noix, ses kiwis et eut
encore cette incroyable délicatesse de me remercier de l'occasion que je lui
donnais d'être heureux!
Aucun de ceux que j'ai nommé ne fréquente régulièrement l'église
paroissiale. Leurs défauts sont très évidents : difficulté à pardonner, incapacité à
s'organiser communautairement, solidarité restreinte à la famille et aux amis etc.
Mais, sans qu'il le sachent, une bonne part de leur vie révèle Dieu, la beauté et la
bonté de Dieu.
Ces derniers mois j'ai complété les travaux commencés cet été. Il y a
maintenant 13 fenêtres dotées de vitres, au lieu des quatre que j'ai trouvées en
arrivant en avril. Depuis deux jours je dispose enfin d'un WC! La modernité
prend possession des lieux... Je poursuis aussi le renouvellement de l'installation
électrique. J'ai installé un poêle à bois dans ma cuisine salle-à-manger e devrais
en installer un second dans la vielle cuisine, à l'autre bout du bâtiment. Ceci dit,
rassurez-vous, si vous venez (ou revenez) il y aura encore énormément de travail
à faire!
Les gros travaux de restauration devraient débuter en avril... Je ne cache
pas mon inquiétude à leur sujet. Trop d'argent en jeu, le risque que les appels
d'offre soient truqués, les pesanteurs bureaucratiques et, surtout, la crainte que la
commune et l'entreprise qui aura charge des travaux ne comprennent guère le
souci de simplicité qui nous animent l'évêque et moi... J'espère aussi qu'ils ne
dureront pas trop longtemps, sinon il me faudra corriger mes projets d'accueil
pour l'été prochain.
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Il n'y a pas eu d'événements particulièrement marquants depuis ma
précédente circulaire. Avec l'automne et les jours qui diminuent, les visites se
sont raréfiées. Quelques fidèles résistent encore, tel Renato, un homme de 35
ans qui est très actif dans les trois paroisses que dessert notre curé, ou encore
Giovanna et son mari GianLuigi, avec lesquels je partage une commune dette
envers Taizé.
Depuis un mois environ, j'accueille chaque semaine deux petits groupes
de catéchèse. Le premier est formé de cinq garçons et filles de onze ans. Ils sont
très actifs et remplis de bonne volonté. Les groupe des ados est beaucoup plus
problématique. Tous sont très gentils mais il n'ont guère le sens de l'engagement
et moins encore celui de la continuité... J'ai aussi essayé de mettre sur pied un
groupe d'adultes en vue d'un partage d'évangile, mais là aussi engagement et
continuité ne sont pas des vertus très cultivées. Au fil des semaines je mesure
toujours davantage que le seul chemin praticable est celui d'une amitié
inconditionnelle, faite d'écoute, de reconnaissance et de patience.
À vous tous je souhaite un Noël de paix. Votre fidélité m'est chère, signe
de la fidélité de l'Emmanuel, Dieu-avec-nous.
Frédéric
Frédéric Vermorel
Monastero Sant’Ilarione
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