PRESIDENTIELLE : ETAIT-CE ECRIT DANS LES ASTRES ? LES

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PRESIDENTIELLE : ETAIT-CE ECRIT DANS LES ASTRES ? LES
PRESIDENTIELLE : ETAIT-CE ECRIT DANS LES
ASTRES ?
LES COULISSES DE LA PREDICTION
Des contradictions qui prêtent à rire
Sur un forum internet, on trouvait récemment une « démonstration »
astrologique. Le jour du 2ème tour, la négative « opposition entre vénus et
pluton » interdisait clairement l’élection d’une femme, donc de Ségolène Royal.
En effet vénus symbolise la femme, et pluton une certaine forme de pouvoir, rien
n’est du au hasard dans cette vie… Mais le hasard faisant bien les choses, dans
ce ciel du 2nd tour de l’élection présidentielle on trouve aussi un négatif « carré
entre mars et pluton ». Or, si l’on reprend à la lettre la démonstration ci-dessus,
on peut conclure sans se tromper que si « mars symbolise l’homme » et pluton
toujours « une certaine forme de pouvoir », alors un homme ne peut pas être élu
non plus ! On voit le terrible dilemme qui aurait du tourmenter notre praticien :
d’après ses critères d’interprétation (rejetés par nombre d’astrologues, il faut le
reconnaître) la France ne pouvait élire, le 6 mai 2007, ni présidente, ni
président… Nicolas Sarkozy nous aurait-il caché quelque chose sur son
anatomie ??? ;-) Bien sûr, le recours permanent au symbolisme par le biais de
l’analogie permet d’alimenter a posteriori toute intuition et toute donnée (issue
ou non des sondages). Mais amène aussi à des contradictions indépassables…
sinon par de nouvelles analogies.
Les motivations de la prédiction
Mais au-delà de la caricature, pourquoi certains astrologues ont-ils pensé pouvoir
prédire le résultat de la présidentielle ? Fort de sa croyance, plusieurs raisons se
présentent au prévisionniste. La première est d’ordre métaphysique : l’astrologie
révèlerait une sympathie universelle postulant que le Cosmos est une sorte de
gigantesque organisme dont les parties sont toutes liées. Ce pourquoi l’étude de
certaines (positions des astres par exemple) permettrait de renseigner sur les
autres (événements terrestres). En oubliant bien sûr, la contradiction profonde
qui fait du résultat de l’élection une partie du Cosmos, donc un phénomène ; et
du choix de chaque électeur un acte biaisé puisque d’après les astres le résultat
est pipé.
La seconde raison découle de la première : dès qu’il peut faire parler les astres
sur un événement passé, présent ou à venir, l’astrologue attribue a priori aux
facteurs astrologiques le statut d’information sur l’événement en question. Et
donc à son discours celui de traitement d’information. Un peu comme si la
peinture pouvait renseigner toujours sur la structure physique d’un mur, ou
l’apparence sur le fond... Selon certains astrologues, il y a donc pour tout
événement un message caché dans les astres. Mais pour le sceptique le système
astrologique ne permet à l’astrologue que de colorer les situations, donc de
porter des jugements non en traitant une information immanente, mais en y
ajoutant du sens. Ainsi, porter un jugement sur l’avenir n’est pas prévoir.
La 3ème raison est plus médiatique. En plus de faire parler d’eux, nombre
d’astrologues ont développé, dans le sillage des plus médiatiques, une
conception naïve de la preuve et de l’expérience (paradoxalement) quasi
positiviste. Il suffirait de multiplier les « exemples de réussite » ou les
« expériences positives » pour finir par convaincre chacun (même les
scientifiques) de la validité de l’astrologie. Or, cette démarche est doublement
contradictoire : c’est ramener d’abord la preuve au statut d’argument
(convaincre n’est pas prouver). C’est oublier aussi que les courants de pensée
incompatibles de l’astrologie ont chacun leurs exemples et leurs « preuves ». Ce
qui ne prouve plus rien et pousse à la prédiction tout azimut sans jamais se
poser la question de la pertinence. Ainsi, il faut remarquer qu’avec 4 candidats
capables de gagner la présidentielle, le hasard prévoyait plus de chances de
réussite qu’un lancé de dé ! Une chance sur 4 contre une chance sur 6…
Astrologie et voyance
Mais pour que l’analyse des coulisses astrologiques de la présidentielle présente
un intérêt, commençons par distinguer ces prédictions de celles de la voyance. Si
l’amalgame traditionnel existe, c’est parce que l’astrologie ne revendique aucune
cause physique pour justifier de sa prétendue efficacité prévisionnelle : comment
prévoir sans causes ??? Or l’astrologie est soumise à quelques contraintes
techniques qui lui imposent certaines limites. Ainsi fin 1994, en vue de l’élection
présidentielle de 1995, se rappelle-t-on que le favori des astres (et des
sondages…) était Jacques Delors. Lequel ne se présenta finalement pas à
l’élection. L’astrologie ne peut donc pas toujours prévoir : elle est dépendante de
l’officialisation des 500 signatures, ou bien des résultats des primaires des partis
politiques (pour la Gauche Fabius, Jospin ou Strauss-Kahn ? pour la Droite
Sarkozy, de Villepin ou… Chirac ?). Autre contrainte plus matérielle encore : tant
que les dates de l’élection ne sont pas définies, il manque un support pour la
prédiction. La pratique de l’astrologie étant technique, il y a donc un temps pour
la prévision-prédiction : l’astrologue a besoin de deux dates pour formuler sa
question que disent les planètes du jour de l’élection sur tel candidat ? Mais
l’astrologue doit-il conclure contre sa croyance, que limitée par de telles
contraintes l’astrologie n’est pas un métadéterminisme, et qu’elle ne peut
manifestement pas donner le résultat de l’élection ? Pas encore. L’esquive est la
suivante : si les êtres humains que sont les astrologues sont limités par les
contraintes ci-dessus, « là-haut » le résultat est peut-être déjà connu. Pourtant,
la prédiction par l’astrologie reste limitée ici par d’autres contraintes toutes aussi
concrètes la ramenant au mieux à l’état de sous déterminisme.
L’astrologue et les sondages
En effet, pourquoi aucun astrologue n’a-t-il osé prédire l’élection de la populaire
Arlette Laguiller ? Etait-ce écrit noir sur blanc dans les astres ??? Ou bien les
sondages influencent-ils l’astrologue quoi qu’il en dise ? La réponse ne se discute
même pas, aucun astrologue n’ayant prédit l’élection d’un seul « petit »
candidat : les prétendants des astrologues ne sont que des candidats en tête des
sondages. Aussi doit-on constater que le candidat ayant les meilleures planètes
ne sera pas forcément élu (ce que paradoxalement, chaque prévisionniste
reconnaît). Pour certains les meilleures planètes étaient ainsi pour… Chirac (sur
qui les pronostics ne pouvaient faire l’impasse avant l’annonce de sa non
candidature). On a même imaginé des honneurs à son départ de l’Elysée ou… un
enterrement précipité en grandes pompes ! On le voit, il y a un espace de doutes
dans lequel l’astrologue s’engouffre par superstition, pour une publicité gratuite,
ou simplement par jeu.
Le fatum astral
Car pour le prévisionniste plusieurs événements peuvent valider une prédiction :
avoir pronostiqué la victoire de Ségolène Royal n’est pour lui qu’un demi-échec...
elle a été fêtée au soir du second tour. Son échec électoral restera donc un
succès personnel. Mais l’astrologue ne mesure pas les conséquences de ce genre
de position faisant passer le « climat astral » avant l’événement à proprement
parler. En effet, comment valider une prédiction de succès si elle se réalise à la
fois quand le candidat gagne et quand il perd avec les honneurs ??? Et si elles
n’indiquent pas l’élection du plus petit candidat, pourquoi les meilleures planètes
indiqueraient-elles celle du futur président ??? De plus, si on ne choisit pas le
futur Président au 1er tour, le vote du second tour prête encore plus à
l’accusation de fatum. Puisque l’astrologue pense pouvoir prédire le résultat, en
quoi les électeurs choisissent-ils vraiment leur futur président ? N’est-il pas
contraint d’admettre que, dans ce cas-là au moins, la notion de choix intimement
liée au suffrage universel, est incompatible avec le pronostic astral ? En fait, le
« climat astral » ne déterminant pas la réalisation d’un événement unique, il ne
semble pas naturel de prédire le résultat d’une élection par l’astrologie.
Prévision ou prédiction ?
Mais à la lecture de ce début d’article, nombre d’astrologues doivent bondir et se
dire : la prédiction c’est pour la voyance, nous faisons de la prévision en
anticipant des mouvements planétaires calculables bien à l’avance. C’est en
général l’argument technique qui permet à l’astrologue de s’affranchir de
l’accusation de prédiction (la prévision fait plus scientifique). Quel que soit le
support qui lui donne ses « flashs », le voyant prédit à partir d’un contenu
purement subjectif et aléatoire, quand l’astrologue décode ou décrypte quasi
objectivement les paramètres astrologiques fournis par son système
mathématique. Il est pourtant possible de concevoir la chose autrement, en
ramenant la prédiction au cœur du pronostic astral. En effet, bien que pour telle
ou telle date les positions des astres se calculent, l’astrologue ne peut nier qu’il
choisit parmi les configurations données par le calcul. Elles ne s’imposent pas
toutes d’elles-mêmes. La complexité des techniques astrologiques de prévisionprédiction est à ce prix, chacune (transits et autres) livrant de façon brute des
dizaines de paramètres (positions en signes, en maisons, aspects astrologiques,
etc). Mieux, comme la plupart du temps l’astrologue cumule les techniques de
prévisions, ce sont des centaines de « paramètres » (dont de nombreux
contradictoires) à partir desquels il doit tenter une synthèse. Comme ce n’est pas
possible, il lui faut donc opérer un tri.
Certes, l’astrologie se sépare de l’astronomie dès que commencent ses
interprétations, mais d’un point de vue méthodologique la prévision devient
prédiction avant même l’interprétation. Le tri (subjectif) des configurations
astrales à mettre en valeur constitue une importante étape intermédiaire.
Autrement dit, la prévision devient prédiction quand l’humain prend la suite de la
technique. Ainsi tous les astrologues n’utilisent-ils ni les mêmes techniques ni les
mêmes paramètres, ni ne hiérarchisent de la même façon parmi les techniques
qu’ils ont en commun. D’où le flou artistique habituel. Contrairement à ce qui est
dit, la prédiction est omniprésente dans la « prévision astrologique ».
La notion d’erreur
La notion d’erreur est intimement liée à celle de contradiction, en astrologie
comme ailleurs. Or en termes d’analogies la contradiction reste qualitative. Ce
pourquoi des analogies contraires peuvent coexister sans qu’il y ait
systématiquement « contradiction » (l’échec électoral de Ségolène Royal et son
succès personnel). Plus techniquement, les mouvements des astres étant
indépendants du sens qu’on leur attribue, ils forment en permanence des
configurations contradictoires. L’astrologie n’est donc pas armée a priori pour
intégrer la notion d’erreur ni à son système, ni à ses interprétations. Chez les
fanatiques la position est même digne de celle d’un équilibriste : l’astrologie
annonce toujours quelque chose, mais on ne sait vraiment quoi qu’une fois que
cela s’est produit... Les nombreux paramètres astrologiques permettent toujours
une réinterprétation a posteriori.
Ainsi, que conclure après un échec ? Prisonnier de son postulat d’universalité, le
prévisionniste considère qu’il s’est trompé en oubliant ou en négligeant un
paramètre (ou plusieurs) finalement très important(s). Ce n’est jamais
l’astrologie qui n’annonçait rien… Pour cette raison, la notion d’événement non
prédictible n’est, en général, pas définie en astrologie… Seuls de rares
astrologues en acceptent l’idée, pour les autres elle n’intervient que pour excuser
une prédiction ratée…
Comme on l’a compris, limiter le nombre d’événements à prédire amènerait à
renier le postulat d’universalité de l’astrologie. Et impliquerait rétroactivement
sur les catégories d’événements éliminés, que bien des astrologues auront dit
n’importe quoi… On ne saurait plus finalement ce sur quoi l’astrologie peut dire
quelque chose ou non… ni même si elle peut dire quelque chose sur quoi que ce
soit. Mais l’astrologue et son outil oseraient enfin se confronter à la notion
d’erreur… notion incontournable pour qui réclame le statut de science… Si
l’astrologue se trompe ce n’est peut-être pas seulement parce qu’il a mal
interprété, c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a (parfois ? souvent ? toujours ?)
« rien » à interpréter… La notion de hasard permettrait aussi d’introduire celle
d’erreur, mais elle est incompatible avec la vision totalisante de l’astrologie. La
synchronicité (2 événements simultanés liés par le sens ne se sont pas produits
par hasard) dévore celle de coïncidence.
Conclusion
Ainsi, ni acte de voyance (on a vu que l’astrologie ne peut pas tout prévoir, par
exemple qui sera candidat), ni témoignage d’un fatum (même si le plus petit des
candidats a les meilleures planètes l’astrologue ne prévoira pas son élection), ni
prévision (l’astrologue doit trier subjectivement parmi ses paramètres), la
prédiction astrologique est une œuvre littéraire. Sa contrainte première n’est pas
de coller à la réalité, mais de coller à l’idée de l’événement à venir. Et l’adage
traditionnel le plus célèbre « les astres inclinent mais ne déterminent pas » ne
semble pas inciter à limiter les prédictions, bien que nombre d’autres facteurs
non astrologiques inclinent aussi le choix des électeurs.
Serge BRET-MOREL
Master en Histoire et Philosophie des Sciences