Sommes nous vraiment faits pour dormir ensemble

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Sommes nous vraiment faits pour dormir ensemble
GÉO & POLITIQUE
TÉLÉVISIONS
Droit d’inventaire au Royaume-Uni
Le bon parti des TV américaines
Emmanuel Le Roy Ladurie :
« Les paysans survivront ! »
Fox News ou MSNBC ont choisi
leur candidat... et ça paye
L’historien analyse les menaces
sur l’agriculture française PAGE 17
Les piliers de l’establishment sont
ébranlés par la crise et les scandales
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012 - 68e année - N˚21074 - 1,60 ¤ - France métropolitaine - www.lemonde.fr ---
Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directeur : Erik Izraelewicz
Lesderniers
joursdeKadhafi
Les conseils
me
de M Royal
à M. Hollande
t Enquête sur la mort
du dictateur libyen et le
rôle des services français
Q
ue s’est-il vraiment passé le 20 octobre 2011 sur la route à quatre voies à
l’ouest de Syrte ? Comment est mort
le « Guide », qui avait dirigé la Libye pendant quarante ans ? Les envoyés spéciaux
du Monde, Christophe Ayad et Benjamin
Barthe, ont reconstitué les dernières heures de la fuite du dictateur. Depuis la maison du district numéro 2 de Syrte où il
avait trouvé refuge jusqu’aux canalisations sous la route à quatre voies où il fut
repéré et tué. Il semble que les forces françaises, ayant situé la bande des fuyards
grâce au téléphone portable de Kadhafi,
aient ensuite bombardé leur convoi, causant la mort de 53 fidèles du « Guide ».
Mais qui a finalement tué le leader
libyen ? Des insurgés ivres de vengeance
ou un membre des forces spéciales françaises au sol ? Toutes les pistes paraissent
envisageables. p Page 16
t Dans un entretien au « Monde »,
l’ex-candidate estime que le pouvoir
doit lancer des réformes de structure
et donner un cap clair
t Elle rappelle qu’elle « peut
toujours être utile au pays »
Lire pages 7 et 18
Ségolène Royal à Paris, le 17 octobre 2012.
ROBERTO FRANKENBERG/MODDS POUR « LE MONDE »
Le Liban hanté par la peur
de la contagion syrienne
Europe, les trois crises à venir
L
UK price £ 1,70
e conseil européen des 17 et
18 octobre à Bruxelles n’a
rien donné. Au fond, c’est rassurant. Signe que l’Europe est sortie de la phase la plus aiguë de la
crise, lorsque, de sommet de la
dernière chance en réunion de crise, les dirigeants européens s’efforçaient de sauver l’euro. Depuis
le pic de la crise, atteint il y a un
an au G20 de Cannes, l’Europe
s’est dotée d’un pacte budgétaire
et d’un mécanisme de solidarité.
Elle va mettre en place, bon an
mal an, une union bancaire.
De nouveaux dirigeants, Mario
Monti en Italie et Mariano Rajoy en
Espagne, décident de réformes courageuses. La Banque centrale européenne (BCE), pendant l’été 2011, a
garanti la survie du système. Les
failles de construction de Maastricht sont largement corrigées.
Après la crise de l’euro, voici
venir les temps des crises de l’Eu-
rope. La première sera budgétaire : en octobre, les dirigeants européens s’écharperont sur le budget
communautaire pluriannuel.
S’annonce un affrontement entre
les défenseurs des avantages
acquis – agriculture, aides régionales dont les vertus méritent
d’être sérieusement vérifiées – et
ceux qui plaident pour un budget
ambitieux, tourné vers les investissements d’avenir et le capital
humain. Le premier ministre britannique, David Cameron, dont le
Editorial
pays bénéficie d’un rabais négocié par Margaret Thatcher en
1984, a annoncé la couleur en
menaçant par avance d’imposer
son veto.
La deuxième crise opposera la
zone euro à l’Union européenne à
Le regard de Plantu
27. L’intégration économique de
l’union monétaire devient telle
qu’elle rend quasi impossible le
maintien d’un marché unique
homogène: une banque espagnole, protégée par les nouveaux
mécanismes de solidarité, sera
avantagée, et fortement, par rapport à une banque hongroise.
Plus la zone euro s’intègre,
plus elle s’éloigne du marché pur
et parfait voulu par Londres. La
question du statut de la City, place off shore de la zone euro non
soumise aux règles de la zone
euro et à la taxe sur les transactions financières, est posée.
La troisième crise portera sur
le contrôle économique au sein
de l’union monétaire. A force d’efforts douloureux, les pays du Sud
(Portugal, Espagne) et l’Irlande
ont rattrapé environ la moitié du
retard accumulé par rapport à
l’Allemagne depuis le lancement
de l’euro. Mais l’accalmie monétaire inquiète Berlin et les banquiers centraux, qui craignent
que les pays peu compétitifs ne
s’assoupissent. Angela Merkel
veut désormais contraindre les
pays à engager des réformes
structurelles. Elle propose que
ceux qui bénéficient de la solidarité, par le biais d’un éventuel budget réservé à la zone euro, signent
des engagements contraignants.
Si François Hollande a engagé
la réduction des déficits publics,
le chef de l'Etat n’a pas – encore –
réalisé le « choc de compétitivité »
promis. Il est attendu de pied ferme par ses partenaires. Mais aussi par les marchés, qui pourraient aller chercher noise à la
France lorsque, convaincus des
efforts accomplis, ils reprendront le chemin des pays du sud
de l’Europe. p
ATTENTAT Le chef des renseignements libanais a été tué,
vendredi 19 octobre à Beyrouth, lors de l’explosion
d’une voiture piégée, qui a fait 8 morts et 90 blessés. P. 3
Moscou renforce son emprise
sur le secteur pétrolier
RUSSIE Rosneft, présidée par un proche de Vladimir
Poutine, va prendre le contrôle de TNK-BP. P. 12
Lire pages 5 et 13
Corse: le cri
d’alarme
du juge Thiel
A
près l’assassinat de l’avocat
Antoine Sollacaro, mardi
16 octobre à Ajaccio, le juge
antiterroriste Gilbert Thiel, chargé
des dossiers corses, s’inquiète de la
faiblesse de la réponse judiciaire.
«L’appareil policier et judiciaire ne
brille pas par son degré de performance, confie-t-il au Monde. Il y a
des résultats, mais pas à la hauteur
des enjeux.»
EnCorse,souligneM.Thiel,«ilya
aujourd’hui environ 80 attentats
par an» : «C’est encore énorme, il y
aurait 80 attentats en Lozère on
enverraitl’armée.»Vendredi19octobre, environ un millier de personnes, dont 150 avocats, ont assisté
aux obsèques de Me Sollacaro à Propriano. p Lire pages 2 et 9
Par l’auteur
du MONDE
SELON MONSANTO
et NOTRE POISON
QUOTIDIEN
+ un film en VOD & DVD - www. arte.tv/moissonsdufutur
Algérie 150 DA, Allemagne 2,20 ¤, Antilles-Guyane 2,00 ¤, Autriche 2,40 ¤, Belgique 1,60 ¤, Cameroun 1 600 F CFA, Canada 4,25 $, Côte d’Ivoire 1 600 F CFA, Croatie 18,50 Kn, Danemark 28 KRD, Espagne 2,00 ¤, Finlande 2,80 ¤, Gabon 1 600 F CFA, Grande-Bretagne 1,70 £, Grèce 2,20 ¤, Hongrie 750 HUF, Irlande 2,00 ¤, Italie 2,20 ¤, Luxembourg 1,60 ¤, Malte 2,50 ¤,
Maroc 12 DH, Norvège 28 KRN, Pays-Bas 2,20 ¤, Portugal cont. 2,00 ¤, Réunion 2,00 ¤, Sénégal 1 600 F CFA, Slovénie 2,20 ¤, Suède 35 KRS, Suisse 3,20 CHF, TOM Avion 380 XPF, Tunisie 2,00 DT, Turquie 6,50 TL, USA 3,95 $, Afrique CFA autres 1 600 F CFA,
0123
page deux
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
Guerre des sexes au pied
du mur des Lamentations
T
Interrogé jeudi par Le Monde,
Micky Rosenfeld, porte-parole de
la police israélienne, confirme
l’incident, mais affirme ne pas
être « au courant» des conditions
de détention rapportées par
Mme Hoffman. « Elle aurait pu rentrer chez elle le soir même, indique-t-il, mais elle n’a pas accepté
les exigences qui lui ont été présentées.» Lesquelles? Renoncer à
revêtir un tallith au Kotel, renoncer à troubler l’« ordre public ». Si
elle a été arrêtée, précise M.Rosenfeld, c’est parce qu’elle n’a pas
« respecté les règles en vigueur ».
ous les juifs ne sont pas
égaux devant le Kotel (mur
des Lamentations). La halacha, la loi juive, impose des différences entre hommes et femmes.
Tout d’abord, les premiers disposent d’un espace deux fois plus
important pour prier que les
secondes. Mais cela n’est rien : les
femmes n’ont pas le droit d’arborer un tallith (châle de prière), de
tenir en main une torah, encore
moins de lire et prier à haute
voix, et bien sûr de souffler dans
un shofar (corne de bélier utilisée
lors de cérémonies religieuses juives).
Anat Hoffman, chef de file du
mouvement Women of the Wall
(« Femmes du mur ») sait tout
cela, mais cela ne l’empêche pas
de se battre depuis plus de vingttrois ans pour obtenir des droits
égaux devant le Mur occidental.
Dans la soirée du mardi16 octobre, elles étaient environ 250 à
s’être rassemblées pour Rosh
Hodesh (début de chaque mois
selon le calendrier lunaire juif),
ainsi qu’elles le font tous les
mois. Comme souvent, la police
intervient lorsque les femmes du
Kotel font mine de prier à haute
voix et portent un tallith. Cette
fois-ci, cela s’est mal passé :
menottée, Anat Hoffman a été
emmenée sans ménagement.
Son récit de l’incident, rapporté par le journal Jerusalem Post de
jeudi 18 octobre, fait froid dans le
dos : « Cette fois, ils m’ont fouillée
nue, complètement, sans sousvêtements. Ils m’ont traînée sur le
sol sur 15 mètres ; mes bras ont été
meurtris. Ils m’ont mis dans une
cellule sans lit, avec trois autres
prisonniers, dont une prostituée.
Je suis restée sur le sol en me couvrant de mon tallith. » La détention durera douze heures.
« Une erreur »
Le gardien du strict respect de
la halacha au mur des Lamentations, c’est le rabbin (orthodoxe)
du Kotel, Shmuel Rabinowitz. Il y
a quelques jours, il nous avait
expliqué la genèse de ce malaise
des membres de Women of the
Wall.
En 1967, lors de la guerre des
Six-Jours, lorsque les parachutistes israéliens « ont libéré le Mur
occidental, on a considéré que les
femmes priaient moins que les
hommes, et donc qu’elles avaient
besoin de moins d’espace devant
le Kotel»… C’est pour cela, précisait-il, qu’aujourd’hui elles ne disposent que d’un tiers de l’espace.
«C’était une erreur», reconnaîtil. Quant au port du tallith et à la
lecture à haute voix de la Torah,
Shmuel Rabinowitz constate
qu’« on ne peut donner à tout le
monde les mêmes droits». En tout
état de cause, le rabbin du Kotel
ne veut pas « entrer dans un
débat sur la halacha avec ce groupe de femmes » pour « ne pas leur
donner de prétexte ». « Elles font
de la provocation », assure-t-il. p
Laurent Zecchini
(Jérusalem, Correspondant)
Les indégivrables Xavier Gorce
Entretien Le juge antiterroriste Gilbert Thiel, chargé des dossiers corses,
analyse comment le nationalisme, le crime organisé et la vendetta alimentent
la violence insulaire. Il s’inquiète de la faiblesse de la réponse judiciaire
«Qui est fort en Corse? Le crime
organisé. Qui est faible? Les élus»
des pies et racontent leurs exploits pour
briller auprès des filles.
L’affaire des Clandestini corsi, même
chose: il s’agissait de mineurs de 17 ans, de
Bastia, qui s’en prenaient aux Marocains,
avec un discours franchement raciste.
Resistenza corsa, un groupuscule xénophobe qui a lui aussi fait des attentats
contre les Maghrébins a finalement été
«Il y a aujourd’hui
environ 80attentats
par an [enCorse] (…). C’est
encore énorme, il y aurait
80attentats en Lozère
on enverrait l’armée»
absorbé par le FLNC, heureux de l’aubaine.
J’ai vu des jeunes qui voulaient entrer
dans la police ou l’armée et qui n’ont pas
été pris pour des raisons évidentes, alors
ils sontentrés au FLNC.Prestige de l’uniforme. Mais ça a quelque chose d’effrayant.
Vous écrivez que « la mondialisation a
frappé le nationalisme de plein fouet ».
Le juge Gilbert Thiel était l’invité du « Grand Journal » de Canal mercredi 17 octobre,
au lendemain de l’assassinat de l’avocat Antoine Sollacaro à Ajaccio. KENZO TRIBOUILLARD/AFP
G
ilbert Thiel est premier juge
d’instruction à la section
antiterroriste de Paris, chargé principalement des affaires corses depuis septembre1995. Auteur de Derniers
jugements avant liquidation (Albin Michel,
245 p., 18,25 euros), il livre son analyse de
l’évolution de la criminalité en Corse.
L’assassinat de Me Antoine Sollacaro,
mardi 16 octobre, est-il le signe d’une
escalade de la violence ?
Ce crime est dans le prolongement du
bain de sang danslequel est baignéela Corse depuis des décennies. Est-ce un assassinat symbolique? On ignore si Antoine Sollacaro a été tué en sa qualité d’avocat ou
s’il a été tué alors qu’il était avocat. Si c’est
un assassinat symbolique, il rappelle évidemment celui du préfet Erignac – c’était
le symbole de l’Etat qui était visé. Sinon,
les criminelsont agi par intérêt ou par vengeance. Au travers de ces deux options, on
voitce dont souffrela Corse, un nationalis-
«On ne sait plus si le groupe armé
rackette pour se donner
les moyens de la lutte ou s’il
se donne les moyens de la lutte
pour pouvoir racketter»
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me radical extrêmement violent et un
grand banditisme qui s’est implanté au
tout début des années 1980, avec au nord
le gang de la Brise de mer et au sud le parrainJean-JéColonna. Commesi celane suffisaitpas, la Corse souffreencore du clanisme traditionnel et des vieilles querelles :
les gens se tuent avec une fréquence assez
remarquable parfois pour des raisons qui
remontent à plusieurs générations et
qu’ils ne connaissent même plus.
Dans tout cela il y a une constante : qu’il
s’agissedesnationalistes,du crimeorganisé ou des vendettas, les gens finissent toujours par se tuer entre eux, après en avoir
assassiné quelques autres. Ces trois foyers
de violence s’autoalimentent. La Corse est
la région la plus criminogène d’Europe.
Vous constatez une porosité entre
nationalisme et banditisme ?
Les nationalistes ont évidemment
besoin d’argent pour entretenir leur petite armée clandestine. Dès les premières
années,le FLNC procuraitune sortede pension à ses détenus à la sortie de prison.
Pour trouver de l’argent, ils ont « l’impôt
révolutionnaire», en clair, le racket.La tentation est grande pour les racketteurs d’en
prendre une pincée pour eux. Au point
qu’on ne sait plus si le groupe armé rackette pour se donner les moyens de la lutte ou
s’il se donne les moyens de la lutte pour
pouvoir racketter. Certains dirigeants
avaient de solides appétits financiers,
notamment immobiliers: le littoral corse
est un trésor. Et c’est toujours le plus fort
qui écrase le faible. Qui est fort en Corse ?
Le crime organisé. Qui est plus faible ? Les
élus, qui font l’objet de sollicitations pour
rendre constructibles des terrains qui ne
le sont pas.
Des voyous sont ainsi devenus nationalistes par intérêt, des nationalistes ont versé dans le banditisme. Richard Casanova,
l’un des barons de la Brise de mer, était
d’abord un militant nationaliste. Le parcours le plus éloquent est sans doute celui
de Gilbert Casanova, l’un des nationalistes
engagés dans l’action dure. Il a survécu à la
guerre fratricide des nationalistes, est
devenu président de la chambre de commerce et d’industrie d’Ajaccio, avant d’être
finalement condamné pour trafic de drogue. Pour des gens qui taguaient vingt ans
plus tôt « a droga fora », « la drogue
dehors», le raccourci est saisissant.
Ceux qui ne versent pas dans les affaires deviennent des intégristes. Le commando Erignac dénonçait cette dérive crapuleuse et a voulu retourner à « la pureté
originelle » de la lutte. La pureté, c’est un
mot qui fait froid dans le dos au regard de
l’Histoire. Et qui fait abattre un préfet.
Vous indiquez dans votre livre que le
recrutement des clandestins « laisse de
plus en plus à désirer tant sur le plan de
la formation politique que sur celui des
capacités pyrotechniques » ?
J’ai vu passer à partir de 1995 des types
qui avaient une formation politique – ce
n’était déjà plus celle des pères fondateurs
du FLNC de 1976, mais ils pouvaient expliquer leurs idées. C’étaient des militants,
des gens un peu articulés – ça ne veut pas
dire qu’on n’y comptait pas des voyous
qui se servaient du parapluie idéologique.
Aujourd’hui, vous avez l’affaire de
l’Oréedu bois, jugée cet été – une douzaine
d’actions terroristes, dont une grenade
avec 6 000 billes d’acier jetée dans la cour
de la préfecture de région, c’est un miracle
qu’il n’y ait pas eu de morts. On a arrêté un
groupe de gamins d’une vingtaine d’années, pas un n’a été capable d’expliquer
pourquoi il avait fait ça, sauf pour avoir
une sorte de statut social. Ils étaient attirés
par l’uniforme, la cagoule et le treillis, ne
savaient pas trop quoi faire de leur vie et
étaient incapables d’articuler trois mots.
Ces jeunes désœuvrés sont recrutés par
de glorieux anciens, qui ont passé l’âge de
monter « au front », si j’ose dire. Le type
qui a jeté la grenade est allé ensuite braquerun tabacpour se faireun peu de monnaie, avec une voiture volée par le FLNC et
un copain. En plus ils sont bavards comme
Mais oui, les douanes ont saisi en
juillet2011 à Marseille 25 000 Ribellu, des
petits porte-clés qui représentent le célèbre tireur cagoulé, agenouillé, avec une
kalachnikov. C’est là qu’on a appris que les
partisans les plus acharnés des produits
identitaires font désormais fabriquer les
emblèmes de la clandestinité en Chine…
La lutte contre le terrorisme ou le crime
organisé est-elle efficace ?
L’appareil policier et judiciaire ne brille
pas par son degré de performance. Il y a
des résultats, mais pas à la hauteur des
enjeux. Les pouvoirs publics d’abord ont
mené une politique pour le moins intermittente. Robert Broussard, lorsqu’il était
préfet de police en Corse, en 1983-1984,
avaittiré le signal d’alarmeet dit que la criminalité organisée investissait pour blanchir l’argent sale. Il n’a pas été écouté, les
pouvoirs publics ont été très longs à prendre la mesure du problème posé par la Brise de mer. Roger Marion, le chef de la division nationale antiterroriste, avait même
dit que la Brise était un mythe et fait supprimer des fichiers certains de ses chefs.
Elisabeth Guigou, alors garde des
sceaux, a bien installé un pôle financier à
Bastia, mais la lutte contre le blanchiment,
ce n’est pas comme le Saint-Esprit qui descend sur les têtes, il faut des magistrats formés et des enquêteurs compétents, à qui
on demandait d’ailleurs de traiter d’abord
le terrorisme, et c’est parti en capilotade.
Sur le terrorisme, il y a eu dans les
années 1980 les politiques de négociation
clandestines, de Charles Pasqua ou JeanLouis Debré ; des amnisties à répétition,
les gens ne restaient pas longtemps en prison. Il y a aujourd’hui environ 80 attentats par an, on se dit que ce n’est pas beaucoup – effectivement, j’ai connu des
années où il y en avait jusqu’à 800. Mais
c’est encore énorme, il y aurait 80 attentats en Lozère on enverrait l’armée.
Pour le crime organisé, il faut un peu de
temps. Les juridictions interrégionales
spécialisées (JIRS) ont été créées en 2004,
mais celle de Marseille est réellement opérationnelle depuis 2008-2009. Il est encore tôt pour un bilan, mais il n’y a pas beaucoup de règlements de comptes résolus.
L’outilest probablementadapté,mais performant,certainementpas. C’estunequestion de moyens, de qualité des hommes et
surtout de constance de l’action de l’Etat.
Vous êtes inquiet ?
Jesuisinquietdel’architecturequisedessine. La police judiciaire ne fait plus de renseignement, c’est devenu un monopole de
la DCRI, la direction centrale du renseignementintérieur,etcommetouslesmonopoles, il a des effets pervers. Ma crainte, c’est
que la PJ soit à la remorque de la DCRI, qui
trie ses informations selon des critères
inconnus de tous. Quand une machine qui
déploie beaucoup d’énergie n’a pas de
résultats depuis quatre ans, c’est probablement qu’il faut repenser le système. p
Propos recueillis par Franck Johannès
international
0123
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
3
LechefdurenseignementlibanaistuéàBeyrouth
La mort de Wissam Al-Hassan dans un attentat ranime les craintes d’une contagion, au Liban, de la crise syrienne
Beyrouth
Correspondance
Une lente déstabilisation
Q
Juin 2011 Affrontements entre
pro et antisyriens à Tripoli.
Octobre L’opposition dénonce le
tir d’obus syriens contre des localités libanaises.
Février 2012 Nouveaux combats
sanglants à Tripoli.
Mai Flambée de colère dans le
nord du Liban, après la mort d’un
cheikh sunnite à un barrage de
l’armée, attribuée par l’opposition à Damas. Combats à Beyrouth. Protestations dans les
quartiers chiites, après l’enlèvement en Syrie de onze Libanais.
Août Enlèvement de Syriens
par un clan chiite au Liban.
Octobre Tirs d’obus syriens
contre le territoire libanais.
Des enquêteurs sur le site de l’explosion qui a ravagé une rue du quartier chrétien d’Achrafiyeh, vendredi, à Beyrouth. AHMED JADALLAH/REUTERS
Liban dans la tourmente. Vendredi soir, l’opposition a pointé la responsabilité directe du président
syrien, Bachar Al-Assad, ainsi que
celle de ses « alliés régionaux » et
de ses « outils locaux» dans l’attentat contre Wissam Al-Hassan, aussitôt condamné par Paris,
Washington… et Damas.
Ce camp a aussi réclamé sans
détour la démission de l’exécutif
en place, dominé par la coalition
du Hezbollah, allié des Assad, et
celle du premier ministre. « Najib
Miqati assume personnellement la
responsabilité du sang versé par le
général Wissam Al-Hassan et par
les innocents », a indiqué Ahmed
Hariri, secrétaire général du Courant du futur et l’une des figures
du 14-Mars.
Au sein de la majorité, le Hez-
ViVez
l’élection
américaine
sur BFmtV
aVec
le monde
0123
bollah a quant à lui dénoncé un
« crime odieux visant à déstabiliser le Liban et à saper son unité
nationale », tandis que son allié
chrétien Michel Aoun souhaitait
« n’accuser personne au moment
du crime » et attendre les résultats
de l’enquête.
Le Hezbollah
a dénoncé un « crime
odieux visant à
déstabiliser le Liban»
Les déclarations politiques, qui
se sont multipliées au cours de la
soiréede vendredi,ne sont intervenues que tardivement. Car en fait,
la mort de Wissam Al-Hassan n’a
été connue que plusieurs heures
après l’attentat. Au point que les
habitants témoins de l’attentat
s’interrogeaient tout au long de
l’après-midi sur ses mobiles :
« Pourquoi avoir visé notre ruelle ?
Il n’y a pas de député qui y vit, pas
de bureau politique ! », se demandait ainsi Hala Chahrour, au
milieu des éclats de verre jonchant le sol de son appartement,
quelques mètres au-dessus de la
scène de l’attentat. « On va revivre
le chaos », s’inquiétait-elle, d’une
voix à peine audible, étranglée par
les larmes.
« On a déjà eu tant d’attaques
de ce type, il y a quelques années,
ça risque de recommencer. C’est
une catastrophe », s’alarmait
Nadia, 68 ans, dans son magasin
de textiles à la vitrine brisée.
Sur le plan politique, le meur-
tre de Wissam Al-Hassan est d’une
extrême gravité. Quant à l’attentat, il renvoie les Libanais au cauchemar des années 2005-2008,
lorsque plusieursattaques à la voiture piégée ont visé des personnalités antisyriennes.
Devant l’un des hôpitaux qui
ont accueilli les blessés de l’explosion, un jeune homme sanglote,
sousle choc, attendantdes nouvelles de sa mère : « Juste après l’explosion, j’ai accouru vers la maison de
mes parents, j’entendais ma mère
crier “Je vais mourir”. » Des femmes ressortent de l’hôpital, le
regardhagard, le corps encore couvert de traces de sang laissées par
les éclats de verre soufflés par l’explosion. Dans ce même hôpital,
sonnés, des Libanais donnent leur
sang, en geste de solidarité.
Sur les lieux de l’explosion, des
témoins décrivent l’incendie qui a
envahi la ruelle, après que le son
de deux détonations a été entendu, tandisque des enquêteursrelèvent les indices, au milieu de carcasses de véhicules carbonisés,
devant un immeuble à la façade
éventrée. Des habitants chrétiens
disent craindre de se retrouver
visés par Damas, alors qu’une partie de la communauté soutient la
révolte en Syrie.
A l’annonce de la mort du général Wissam Al-Hassan, plusieurs
manifestations de colère se sont
succédé. A Tripoli (nord), des
échanges de tirs ont opposé quartiers pro et antisyriens. Sur l’un
des principaux axes de Beyrouth,
au centre d’un quartier sunnite,
des jeunes ont bloqué la route en
brûlant des pneus. Autour de la
place Sassine, près de laquelle
s’est produit l’attentat, de nombreux véhicules militaires étaient
déployés vendredi soir. Tandis
que samedi était déclaré jour de
deuil national. p
4ème World Innovation Summit for Education
“Collaborating for Change*”
Du 13 au 15 novembre 2012 - Doha, Qatar
Pour WISE, l’éducation doit contribuer à relever les grands défis mondiaux (pauvreté,
guerre, chômage, inégalités) et offrir à chacun des opportunités à la hauteur de ses
espérances.
* Collaborer pour le changement. Credit photo : Romain Staros Staropoli
u’une personnalité libanaise
de haut niveau soit tuée
dans un attentat, sur fond de
conflit syrien : ce scénario était
redouté depuis des mois par les
observateurs occidentaux à Beyrouth, tant il risque de déstabiliser
davantage le Liban, déjà éprouvé
par les divisions entre alliés et
adversaires de Damas.
Il s’est produit vendredi 19 octobre. Wissam Al-Hassan, le chef du
renseignementdes Forces de sécurité intérieure (FSI), a été tué dans
la puissante explosion à la voiture
piégée qui a dévasté, en début
d’après-midi, une ruelle d’Achrafiyeh, quartier chrétien de Beyrouth, faisant sept autres morts et
près de 90 blessés.
Proche de la famille Hariri – du
père Rafic, d’abord, assassiné en
2005, puis de l’héritier, Saad,
actuel chef de file de l’opposition
libanaise –, le général Wissam
Al-Hassan comptait parmi les
bêtes noires du régime syrien. Silhouette athlétique, fine moustache, ce sunnite introduit dans les
cercles occidentaux avait participé activement aux enquêtes sur
l’attentat contre Rafic Hariri.
Agé de 47 ans, il s’était aussi distingué,au mois d’août, en supervisant l’arrestation de l’un des plus
proches alliés de Damas à Beyrouth, le chrétien Michel Samaha.
Wissam Al-Hassan le soupçonnait
d’avoir préparé des attentats à
caractère confessionnel, sur ordre
du régime syrien, pour embraser
le Liban.
Selon le dirigeant chrétien
Samir Geagea, membre de l’oppositiondu 14-Mars, lechef du renseignement « avait installé sa femme
et ses enfantsà Paris car il se sentait
visé. (…) Il était parmi les responsables de sécurité qui n’avaient peur
de rien ».
Le 14-Mars, qui soutient la révolte syrienne, avait déjà dénoncé la
main de Damas derrière plusieurs
épisodes de violences survenus
au Liban, l’accusant de chercher à
faire diversion en plongeant le
C’est dans cette perspective que le 4ème World Innovation Summit for Education
(WISE) réunira plus de 1000 décideurs internationaux des secteurs de l’éducation, de
l’entreprise, du monde politique et de la société civile. Pendant 3 jours d’échanges et
de rencontres, ces innovateurs venus de plus de 100 pays débattront, proposeront des
solutions innovantes et initieront de nouveaux projets.
Sous le thème de «Collaborating for Change*», WISE 2012 identifiera les approches les
plus inspirantes et les plus à même de redynamiser les systèmes éducatifs et d’inventer
les sociétés de demain.
Inscrivez-vous dès maintenant pour assister à WISE 2012 :
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Partenaires
Partenaires médias internationaux
United Nations
Educational, Scientific and
Cultural Organization
Sponsor
Laure Stephan
4
0123
international
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
IsraëletlesEtats-Unis Divisée et harcelée, l’opposition russe
est réduite à l’impuissance
réaffirmentleur
Alors que Russie Unie a largement remporté les élections régionales partielles, le pouvoir
alliancemilitaire
multiplie les procédures judiciaires et les campagnes de calomnie pour discréditer les opposants
D’importantesmanœuvresstratégiques
doiventdébuterdimanche21octobre
Jérusalem
Correspondant
O
fficiellement, comme l’a
assuré, mercredi 17octobre,
le général CraigFranklin,de
l’armée de l’air américaine, les
manœuvres israélo-américaines,
baptisées « Austere Challenge
2012 », ne sont liées « ni à des élections ni à la perception de tensions
au Proche-Orient ». Au-delà de la
prudence diplomatique de ce responsable militaire – à laquelle
répondent avec une même réserve
ses homologues israéliens –, force
est de constater que cet exercice, le
plusimportant dans l’histoire dela
coopération militaire entre les
deux pays, intervient à un
moment propice.
Des sources militaires confirment que les manœuvres débuteront dimanche 21 octobre et se termineront trois semaines plus tard.
Soit au moment de l’élection présidentielle américaine du 6 novembre. Cette concomitance tombe
bien pour le président Barack Obama, régulièrementcritiquépar son
adversaire, Mitt Romney, pour son
manque de soutien présumé à
Israël. Les relations entre l’Etat juif
et les Etats-Unis sortent tout juste
d’une période de tension liée à
l’éventualité de frappes militaires
israéliennes contre les sites
nucléaires de l’Iran, dont la Maison
Blanche, tout particulièrement en
cette période électorale, ne voulait
pas.
Si le premier ministre israélien,
Benyamin Nétanyahou, a fini par
se laisser convaincre par les multiplesmises en garde de Washington
et a repoussé cette possibilité au
printemps ou à l’été 2013, c’est
notamment parce qu’il ne disposait pas d’un soutien suffisant
pour une telle opération au sein de
son cabinet de sécurité, et auprès
des principaux responsables militaires israéliens. Les manœuvres
Austere Challenge 2012, qui sont
axées sur la défense antimissile,
vont permettre d’afficher, au-delà
de ce différend diplomatique, une
apparente convergence de vues
stratégiques.
« Le fait que nous nous entraînions et travaillions ensemble est
ensoiunmessagefort », acommenté le général israélien Nitzan
Nuriel, assurant que l’objectif de
ces manœuvres est « de faire face à
des menaces venues de tous les
fronts ». Le général Nuriel n’a pas
été plus explicite, mais il est clair
Moscou
Correspondante
que le premier « front » considéré
estl’Iran.Cetentraînementmilitaire va associer quelque 3 000 soldats américains (un millier d’entre
eux seront présents en Israël), et
1 000 soldats israéliens. Initialement prévu en avril, il avait été
repoussé, semble-t-il, à la demande des deux pays.
Défense antimissile
Austere Challenge 2012 est
d’abord un exercice de simulation,
par l’intermédiaire d’ordinateurs,
quinenécessitepas deplacerbeaucoup de moyens sur le terrain. Il
s’agit de mettre en œuvre des scénarios de détection et d’interceptiondemissiles,etdevérifier,précise un expert militaire, « l’interconnexion des systèmes ». Comme ils
l’avaient fait à la même époque en
2010, lors des manœuvres « Juniper-Cobra», les Etats-Unis et Israël
cherchent à renforcer l’interopérabilité de leurs deux armées en
matière de défense antimissile.
Israël mettra en œuvre le système Iron Dome, actuellement utilisé pour intercepter les roquettes
lancées par les groupes islamistes
de Gaza, et ses batteries de missiles
Arrow2, destinées à la destruction
de missiles balistiques. Des batteries américaines et israéliennes de
missilessol-air de moyenneportée
Patriot (PAC-3) feront partie de
l’exercice, ainsi qu’une frégate
américaine équipée du système de
détectionAegiset demissilesSM-3.
Parmi les scénarios figurera l’interception de drones, ce qui tombe
bien : en Israël, une polémique
s’est développée sur l’efficacité de
l’intervention de l’armée de l’air,
qui a détruit, le 6 octobre, un drone
lancé par le Hezbollah, mais de
fabrication iranienne. Dans le quotidien Haaretz, l’expert militaire
Reuven Pedatzur qualifie d’« échec
retentissant » le fait que ce petit
avion sans pilote ait pu voler «pendant plus de deux heures au-dessus
de la mer » sans être détecté.
Tout comme l’exercice naval
sous commandement américain
associant une vingtaine de pays,
qui s’est déroulé dans le golfe Arabo-Persique fin septembre, Austere Challenge 2012 se veut un avertissement aux dirigeants iraniens :
pour empêcher Téhéran de se
doter de l’arme nucléaire et pour
faire face à d’éventuelles représaillesde missilesiraniens,Israëlet
les Etats-Unis feront preuve d’une
même détermination. p
Laurent Zecchini
A
l’hiver 2011-2012, la longévitépolitiquedeVladimirPoutine semblait compromise.
«Il ne pourra pas achever son mandat », expliquaient à l’envi les politologues. La classe moyenne, en
révolte contre la « démocratie dirigée» semblait lui avoir définitivement tourné le dos. Dix mois plus
tard, Vladimir Poutine, nettement
réélu pour un troisième mandat,
n’ajamaisété aussisolidementinstallé au sommet. Sa côte de popularitéestconfortableetsonparti,Russie unie, a remporté haut la main
les élections régionales partielles
du 14 octobre. Dans cinq régions de
la Fédération (sur 83 en tout), les
gouverneurs, réélus au suffrage
direct pour la première fois en huit
ans, l’ont emporté sans difficulté
sous l’étiquette Russie unie. La très
faible mobilisation des électeurs
(25% en moyenne) est sans importance, la notion de seuil de participation a été abolie il y a quelques
années.
Malgré l’apparition de dix-neuf
nouveaux partis – parmi lesquels
celui des « réseaux sociaux »,
l’Union des citoyens, celui des
« buveurs de bière » et une formation baptisée La Russie intelligente
– l’opposition n’est pas parvenue à
mobiliser l’électorat. Il faut dire
que le vote en Russie est plus un
exercice de soumission au pouvoir
en place que d’expression d’une
opinion politique.
Le parti de l’opposition libérale
unie, Parnas, a fait son entrée au
conseil municipal de Barnaoul
(région de l’Altaï). L’égérie des écologistes, Evguénia Tchirikova est
arrivée deuxièmeavec 17 % dessuffrages à Khimki dans la banlieue de
Moscou face au maire sortant,
Sergueï Chakhov, de Russie unie,
élu avec 48 % des votes.
Treize candidats se présentaient
à Khimki, parmi lesquels quelques
farfelus venus jouer les troublefête, tel le rocker Sergeï Troitski, dit
l’Araignée, qui promettait de faire
de cette ancienne ville fermée le
Las Vegas russe et de s’entourer de
collaboratrices dénudées.
Selon les observateurs, là où le
vote anticipé et les urnes à domicile étaient légion, les scores de Russie unie ont flambé, comme à Khimki où 25 % des électeurs (pour
une participation de 30%) ont voté
de façon anticipée sur leur lieu de
travail. Ceux qui se sont rendus
aux urnes étaient principalement
des fonctionnaires de l’Etat et des
ouvriers des grandes usines tandis
que les sympathisants de l’opposi-
Une opposante tient une affiche « libérez Lebedev » à Moscou, jeudi 18 octobre. IVAN SEKRETAREV/AP
tion restaient chez eux.
« Le mouvement anti-Poutine a
perdu le fil. Après s’être imposée en
tantqueforcevivedelasociété,l’opposition s’est montrée incapable de
s’organiser et d’offrir une alternative nouvelle pour les élections »,
constate Alexeï Moukhine, directeur du Centre pour l’information
politique à Moscou.
Le politologue omet de préciser
à quel point la marge de manœuvre des opposants est devenue
étroite : lois liberticides, harcèlement des figures de l’opposition.
Alexeï Navalny, le blogueur anti
corruption, est sous le coup d’une
enquête du parquet. Le député
Guennadi Goudkov a été privé de
sonmandatparses pairssurunclaquement de doigt, sans enquête ni
décision de justice.
Ksénia Sobtchak, vedette du
show-business, a retrouvé l’argent
(1,5 million d’euros) confisqué par
la police lors d’une perquisition
maissamère,LioudmillaNaroussova, la veuve d’Anatoli Sobtchak,
ancien maire de Saint-Pétersbourg
et mentor politique de Vladimir
Poutine, vient d’être dépossédée
de son mandat de sénatrice.La veuve avait été la seule à condamner à
voix haute la nouvelle loi concoctée par le Kremlin pour restreindre
le droit de manifester. Mal lui en a
pris.
La chaîne câblée Soverchenno
Sekretno qui avait diffusé une
interview d’elle où elle critiquait
vertement M. Poutine et rappelait
la mort aussi étrange que brutale
de son mari, décédé dans un hôtel
de Kaliningraden 2000, a vu sa diffusion stoppée net.
Les médias alternatifs sont mal
en point. Le site d’information en
ligne Ura. ru est sous le coup d’une
enquête, le site d’opposition grani.
ru ne trouve plus de sponsors, le
bi-hebdomadaire Novaïa Gazeta,
propriété du milliardaire Alexandre Lebedev et de l’ancien président Mikhaïl Gorbatchev, est
asphyxiéfinancièrement.Lessponsorsne sont pas chaudspour financer des voix dissonantes au
«L’opposition s’est
montrée incapable de
s’organiser et d’offrir
une alternative
nouvelle »
Alexeï Moukhine
directeur du Centre pour
l’information politique
moment où une telle chape de
plomb s’abat sur la société civile.
« De façon naturelle l’ivraie sera
éliminée et des personnes brillantes, intéressantes, cohérentes apparaîtront»,aexpliquéVladimirPoutinedansunerareallusionàl’opposition lors d’une interview diffusée
sur la chaîne NTV le 7 octobre, jour
de son 60e anniversaire. Le même
jour, le journaliste Arkadi Mamontov, spécialiste des informations
bidonnées, montrait sur la même
chaîne un de ces documentai-
resimaginatifs dont il a le secret.
L’opposant
communiste
Sergueï Oudaltsov et deux de ses
compagnons y étaient montrés en
train de recevoir les instructions
d’un proche du président géorgien
Mikheïl Saakachvili dans le but de
«fomenter des troubles» en Russie,
enéchanged’unefortesommed’argent, disait le commentaire.
Ce film a servi de prétexte au
Comité d’enquête - placé directement sous l’autorité de M. Poutine- pour inculper Sergueï Oudaltsov et surtout son adjoint Konstantin Lebedev, placé en garde à vue
jusqu’au 16 décembre au moins.
Accusés d’avoir voulu renverser le
régime, ils risquent 10 ans de prison.
Pour relancer la dynamique,
l’opposition organise samedi20 et
dimanche21 octobreun cyberscrutin. 160 000 internautes se sont
enregistrés. Ils vont élire les 45
membresdu«Parlementdel’opposition » parmi les 211 candidats en
lice.
Une fois de plus, le Kremlin a
attaqué. 64 candidats qui cherchaient à s’enregistrer sans succès
au cyber scrutin ont porté plainte
pourescroqueriecontrel’organisateurduvote,LéonidVolkov,unproched’AlexeïNavalny.Les 64savent
de quoi ils parlent, tous sont issus
de l’ancienne pyramide financière
MMM qui ruina des centaines de
milliers d’épargnants russes de
1992 à 1994. Le Parquet a ouvert
une enquête. p
Marie Jégo
L’opposition tunisienne dénonce un «assassinat politique» lors d’une manifestation
La mort d’un militant du parti Nida Tounes, à Tataouine, marque une nouvelle aggravation de l’affrontement entre islamistes et progressistes
Tunis
Envoyée spéciale
R
edouté par les uns, souhaité
par d’autres, l’affrontement
entreprogressistesetislamistes devient chaque jour un peu
plus oppressant en Tunisie. Il a pris
un tour dramatique, jeudi 18 octobre, avec la mort d’un homme à
Tataouine (sud) où de violentes
échauffourées ont opposé les deux
camps. La victime, Lotfi Naguedh,
âgé d’une cinquantaine d’années,
était le responsable local de Nida
Tounes («Appel de la Tunisie»), un
parti créé par Béji Caïd Essebsi,
deuxième premier ministre de la
transition après la chute de Zine
El-Abidine Ben Ali, qui apparaît
comme le grand rival d’Ennahda,le
parti islamiste au pouvoir.
Devant la presse, vendredi
matin, Béji Caïd Essebsi, n’a pas
hésité à qualifier la mort de son
Tunis
Kairouan
A LG É R I E
Gafsa
Sidi Bouzid
Sfax
Mer
Méditerranée
Gabès
Tataouine
L I BY E
AFRIQUE
150 km
représentant à Tataouine de « premierassassinatpolitiquedela Tunisie après la révolution» et à dénoncer une « vague de violence préparée et organisée». « La situation est
en train de prendre une grave tournure, a lancé cet ancien compagnon de route d’Habib Bourguiba,
pèrede l’indépendancetunisienne.
Cequis’estpassé estun crimed’Etat,
un crime politique».
Après lui, l’ensemble des partis
d’opposition a pris le relais pour
réclamer la « dissolution » de la
Ligue populaire de protection de la
révolution, impliquée dans les
affrontementsde Tataouine,considérée comme la « milice » d’Ennahda, ainsi que celle du ministre de
l’intérieur, Ali Larayedh, issu des
rangs du parti islamiste.
A Tataouine,les faits demeurent
confus. Selon Ahmed Rached, un
témoin oculaire des événements
qui se déclare apolitique, quelques
jours auparavant, une voiture
avait commencé à circuler dans les
rues de la ville, avec unmégaphone
« pour appeler à l’épuration des
RCDistes [du nom des membres du
RCD, l’ancien parti de Ben Ali] »,
l’une des principales accusations
lancées par les adversaires de Nida
Tounes décrit comme l’héritier de
l’ancien régime. Partie jeudi vers
9 h 30 de la Maison du peuple, la
manifestation s’est dirigée vers le
localdel’Uniontunisiennedesagriculteurs et des pêcheurs présidée
par la victime, Lotfi Naguedh. Le
cortègea étéaccueillipardesjetsde
cocktails Molotov envoyés depuis
le balcon du premier étage du syndicat, comme l’atteste une vidéo
tournée sur place, et les esprits se
sont échauffés.
« Une quinzaine de personnes
sont montées pour négocier, mais
lorsque Lotfi est sorti, des personnes
l’ont jeté à terre et frappé jusqu’à ce
qu’il perde connaissance, il a même
reçuunebriquesurle thorax», affirme Lotfi Ben Abdallah Rebedh, un
parent accouru sur place.
« Lorsque la police est montée
chercher la victime qui lançait avec
sa bande des cocktails Molotov sur
les manifestants, ils l’ont trouvé
dans un état de fatigue extrême»,
réplique Habib Smida, le responsable local d’Ennahda. Plusieurs
témoinsévoquent la passivité de la
police, pourtant alertée.
Jeudi soir, le ministère de l’intérieur a affirmé, sur la base de premières constatations médicales,
que la cause du décès serait une crise cardiaque. Une version contestée par la famille de M.Naguedh et
par Nida Tounes qui ont réclamé, à
Tunis, une nouvelle autopsie.
Bataille médiatique
Entre les deux camps la bataille
se joue aussi dans les médias. Vendredi, le journal Maghreb, proche
de l’opposition, reproduisait un
communiqué de la Ligue de la protection de la révolution qui prévenait que « chaque personne qui collabore avec les RCDistes nouveaux
(…) ou tentant de ranimer le RCD,
sera considérée comme un ennemi
de dieu et de la nation » ; le quoti-
dien El Fajr, l’organe d’Ennahda,
publiait le dessin d’une main aux
couleurs de la Tunisie poussant
d’une chiquenaude des dominos à
l’effigie, après l’ancien dirigeant
Ben Ali, des principaux responsables de Nida Tounes sous le titre :
« Les fondements de la contrerévolution».
Dans la soirée, le président
Moncef Marzouki, dont le parti, le
Congrès pour la République (CPR),
membre de la coalition au pouvoir, est impliqué dans la manifestation, a reconnu à la télévision
l’hypothèse d’un « lynchage ».
« Comment une telle opération de
lynchage est-elle possible en Tunisie ? », s’est-il exclamé, en évoquant une « atrocité absolue, inacceptable ». Sans commentaire, le
gouvernements’estcontenté d’annoncer le remplacement du directeur de la sécurité nationale. p
Isabelle Mandraud
0123
international & europe
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
Climat apaisé
à la veille des
élections au Pays
basque espagnol
Le scrutin intervient un an après « l’arrêt
définitif de ses actions armées » par l’ETA
Bilbao, Leioa (Pays basque)
Envoyée spéciale
M
algré le ciel menaçant,
une foule se masse, jeudi
18 octobre, sur la place de
Recalde, quartier populaire de Bilbao, au Pays basque espagnol. A
trois jours des élections au Parlement autonome, prévues dimanche, elle est venue écouter le candidat socialiste et actuel président du
gouvernement basque, le lehendakari Patxi Lopez, exposer son programmecontrelacriseet brandirla
menace des thèses indépendantistes qui « divisent au lieu d’unir ».
Détendu malgré les sondages
qui lui prédisent une défaite sévère, celui qui a rompu trenteans de
mainmise politique du Parti nationaliste basque (PNV, droite) en s’alliant avec les conservateurs du Parti populaire (PP) lors des précédentesélectionsde 2009,savourecette
campagne pas comme les autres.
« Nous avons repris l’espace
public», déclare-t-il au Monde. Il y a
un an, le 20octobre 2011, le groupe
séparatiste armé ETA annonçait
« l’arrêt définitif de ses actions
armées». La campagne de ces élections régionales s’est donc déroulée, pour la première fois depuis le
retour à la démocratieen 1975, sans
la menace des bombes.
« Nous sommes devenus normaux, résume le député socialiste
basque Eduardo Madina, luimême victime d’un attentat à la
voiturepiégéeen2002quiluiacoûté l’amputation de la moitié de la
jambe gauche. Auparavant, nous
aurions été plus surveillés et il
aurait fallu partir rapidement »,
ajoute-t-il avant d’aller prendre un
café avec M.Lopez.
Durant la campagne, centrée
sur la crise économique, les partis
ont remisé au placard le thème de
l’ETA, tout comme la question de la
convivencia, la possibilité de vivre
ensemble en paix dans une société
basque divisée. Dans la rue, un sentiment de tranquillité domine,
mais aussi l’envie de faire table
rase de ce qui appartient au passé.
Les entrepreneurs, qui ne subissent plus de racket et de menaces,
savourent une « sensation de liberté absolue», dit le directeur du Cercledesentrepreneursbasques,Enrique Portocarrero. La tentation de
l’oubli est forte. « L’existence de
l’ETA était si anachronique que sa
disparition semble déjà durer
depuis une éternité.»
Cette nouvelle donne a permis à
Batasuna,vitrine politiquede l’ETA
interdite depuis 2003, de revenir
dans l’arène politique lors des élections municipales de mai 2011 par
lebiaisdelacoalitiondepartisindépendantistes de gauche, Bildu. A
présent, « pour la première fois
depuis 2001, nous allons élire un
Parlement dans lequel se trouvent
toutes les forces politiques, se félicite Laura Mintegi, tête de liste de la
coalition. C’est le signal d’un début
de normalité mais il en manque
d’autres : la fin de l’ETA comme
organisation politique, une politique pénitentiaire juste et la reconnaissance de toutes les victimes. »
Même sémantique
Entre les bâtiments du campus
de l’Université du Pays basque à
Leioa, à 10 km de Bilbao, sur la place Mikel-Laboa, mercredi, une
soixantaine d’étudiants et une
quinzaine de professeurs assistent au meeting que tient cette
enseignante de littérature et écrivain de 57 ans, aux yeux clairs et
aux cheveux gris coupés courts.
A-t-elle changé de position depuis
le temps où elle figurait sur les listes de Batasuna, en 1987 et 1989 ?
« Pas du tout, dit-elle avant de se
reprendre: La différence est que la
gauche abertzale n’envisage pas la
possibilitéque quelqu’unpuisseutiliser la violence pour atteindre ces
objectifs.»
En revanche, la sémantique est
restée la même : les étarras sont
qualifiés de « prisonniers politiques », les « victimes » se trouvent
d’un côté comme de l’autre et les
gouvernements espagnols et français, « acteurs du conflit »,
devraient négocier avec l’ETA.
« Leur rejet de la violence est une
simple formalité mais dans le fond,
ils continuent à traiter les membresd’ETAcommedes héros et àtravailler pour l’impunité de ses crimes et la réécriture de l’histoire »,
regrette Maite Pagazaurtundua,
présidente de la Fondation des victimes du terrorisme (Covite), dont
le frère, policier à Andoain, a été
assassiné par l’ETA en 2003.
Cet été, lors des fêtes de ce village situé à 15km de Saint-Sébastien,
l’une des « attractions » offertes
par la mairie, gouvernée par Bildu,
était la possibilité, pour un euro,
d’être pris en photo aux côtés de la
photo grandeur nature d’un etarra. « Cela me sembleraitune injustice terrible si ceux qui ont soutenu
trente ans de violences apparaissaient comme les artisans de la
paix », conclut Patxi Lopez. p
Sandrine Morel
Balkans
Rencontreentre lespremiers
ministresserbe et kosovar
BRUXELLES. Les premiers ministres serbes, Ivica Dacic, et kosovar,
Hashim Thaçi, se sont rencontrés pour la première fois, vendredi
19 octobre, sous l’égide de l’Union européenne à Bruxelles. Cet événement s’inscrit dans le cadre du dialogue technique engagé en mars 2011
entre les deux pays, interrompu depuis plusieurs mois. Dans la soirée,
M.Dacic a affirmé que Belgrade « était prêt à continuer ce dialogue»
pour trouver un « accord historique ». Mais il a souligné que « la Serbie
ne change pas de position lorsqu’il s’agit du Kosovo et ne reconnaîtra
jamais son indépendance unilatéralement proclamée.» – (AFP.) p
Terrorisme Les cinq accusés dans le procès
du 11-Septembre boycottent une audience
GUANTANAMO. Les cinq accusés des attentats du 11-Septembre ont boycotté, vendredi 19 octobre, une nouvelle journée d’audience devant le tribunal militaire de Guantanamo, destinée à préparer leur procès. Ils
demandaient son annulation car le vendredi est «jour de prière». – (AFP.)
Afghanistan Visite de Laurent Fabius à Kaboul
KABOUL. Le ministre des affaires étrangères français, Laurent Fabius, est
arrivé, samedi 20octobre, à Kaboul pour discuter de la mise en œuvre
d’un traité de coopération entre la France et l’Afghanistan, signé en janvier par le chef de l’Etat afghan, Hamid Karzaï, et Nicolas Sarkozy. – (AFP.)
5
Menace de veto britannique
sur le budget de l’Union européenne
Le premier ministre David Cameron s’oppose à toute nouvelle hausse des dépenses
Bruxelles
Bureau européen
U
ne menace annonciatrice
d’une nouvelle épreuve de
force : le premier ministre
britannique, David Cameron, s’est
dit prêt, à l’issue du Conseil européen vendredi 19 octobre à Bruxelles, à mettre son veto au projet de
budget pluriannuel de l’Union
européenne (UE) s’il prévoyait des
hausses de dépenses « inacceptables » sur la période 2014-2020.
« On ne peut pas toujours ajouter
desdépensesauxdépenses»,aprécisé le chef de gouvernementconservateur, à l’heure où les Vingt-Sept
vontselancer,d’iciauConseileuropéen des 22 et 23 novembre, dans
un périlleux marathon budgétaire
sur fond d’austérité généralisée.
LapostureadoptéeparM. Cameron est prise très au sérieux à
Bruxelles. Elle témoigne du fossé
qui se creuse entre l’UE et le Royau-
me-Uni,sous la pression d’uneopinion publique et d’un gouvernement conservateur de plus en plus
eurosceptiques. En moins d’un an,
David Cameron s’est déjà démarqué, dans le contexte de la crise des
dettes souveraines qui frappe
l’Union monétaire, de trois projets
portés par les dirigeants européens: le traité budgétaire négocié
à la demande de la chancelière allemande Angela Merkel, en décembre 2011, la supervision des banques de la zone euro, et la taxe sur
les transactions financières.
Négociations compliquées
M.Cameronveut«moinsd’Europe» tandis que la zone euro fait des
efforts d’intégration pour surmonter la crise. « Tout le monde veut
une Europe à plusieurs vitesses. Il y
en a même qui ont passé la marche
arrière», a ironisé François Hollande, en prévoyant « plusieurs nuits »
de négociations en novembre.
Deux camps se toisent depuis
des mois : celui des contributeurs
nets, qui réunit l’Allemagne, le
Royaume-Uni, la Suède, la Finlande, les Pays-Bas et l’Autriche et
qui plaide en faveur d’une réduction drastique du futur budget. Et
les pays plus pauvres qui bénéficient des fonds structurels, avec à
leur tête la Pologne, la Roumanie
ou la Hongrie. Ces derniers craignent que les économies ne se fassent à leur détriment, pour mieux
épargner la politique agricole
commune défendue par la France. Depuis son arrivée, François
Hollande a pris ses distances avec
le camp des contributeurs nets et
avec David Cameron, plus proche
de Nicolas Sarkozy.
Les négociations risquent d’être
d’autant plus compliquées que les
pays de l’Union monétairemènent
parallèlement des discussions sur
un budget de la zone euro : une initiative embryonnaire qui donne
dessueurs froidesaux pays d’Europe centrale, alors que David Cameron y voit au contraire une occasionderéduirel’engagementfinancierdesonpaysenEurope.Pourcalmer le jeu, Herman Van Rompuy,
le président du Conseil européen,
qui mènera les discussions avec la
présidence chypriote des VingtSept, s’efforce de faire la distinction entre les deux exercices.
La Commission européenne a
proposé en juillet une enveloppe
sur sept ans de 1 033 milliardsd’euros en crédits d’engagements. Une
somme qui prend en compte l’adhésion de la Croatie en 2013 et
représente une hausse de près de
5 % par rapport à la période
2007-2013. M. Cameron exige, au
minimum un gel des dépenses.
Sans oublier de défendre le rabais
dont Londres bénéficie sur sa
contribution depuis Margaret
Thatcher. p
Philippe Ricard
6
planète
0123
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
La Tanzanie
veut briser
le moratoire
surl’ivoire
Le pays souhaite vendre 101 tonnes
dedéfenses malgré le braconnage
P
our la Tanzanie, le commerce
de l’ivoire n’est pas incompatible avec la survie des éléphantsd’Afrique.Bousculantlestatu quo difficilement préservé
depuis 1989 avec l’adoption d’un
moratoiresurlecommerceinternational de l’ivoire, les autorités tanzaniennes viennent de demander
très officiellement à la Convention
sur le commerce international des
espècesmenacées(Cites)l’autorisationde vendreles 101tonnesd’ivoire que le pays a accumulées depuis
vingt-trois ans – soit les défenses
de quelque 10 000 éléphants.
La Tanzanie réclame dans le
même temps que sa population
d’éléphants soit retirée de l’annexe 1 de la convention – celle qui
assure la protection maximale au
plus grand mammifère terrestre –
pour rejoindre l’annexe 2, qui
offre plus de souplesse aux pays
quiveulenttirerprofitdu commerce de leur faune. Seuls quatre pays
en bénéficient à ce jour : l’Afrique
du Sud, le Botswana, la Namibie et
le Zimbabwe, dont la communauté internationale a reconnu que
l’avenir de leurs populations d’éléphants était assuré.
Dans un argumentaire de vingtdeux pages rendu public par la
Cites le 16 octobre, le gouvernementtanzaniens’attacheàdémontrer que le pays peut à son tour
rejoindre ses quatre voisins. « Le
nombre des éléphants en Tanzanie
est passé de 55 000 en 1989 à
110000en2009»,plaideleministère des ressources naturelles, qui a
rédigé le document. Sans rappeler
cependant que le pays avait vu disparaître la moitié de ses pachydermes au cours des années 1980.
Alors que les chiffres publiés au
mois de juin par la Cites montrent
que le massacre des éléphants
d’Afrique pour alimenter des
mafiasen directionde l’Asieatteint
des niveaux inégalés depuis dix
Une clôture électrique de 400 km autour du mont Kenya
Le Kenya a décidé de recourir
aux grands moyens pour isoler
ses éléphants trop envahissants. Une clôture électrique de
400 km de long et de 2 mètres
de haut va être construite
autour du mont Kenya, classé
par l’Unesco au Patrimoine mondial de l’humanité en 1997. Le
gouvernement espère ainsi
réduire les tensions croissantes
entre les villageois et les pachydermes. L’ouvrage doit aussi per-
mettre de renforcer la protection d’un des principaux châteaux d’eau du pays, aux versants encore largement boisés.
Le chantier prendra cinq ans et
coûtera 11 millions de dollars
(8,4 millions d’euros). L’ONG
Rhino Arc, qui a été chargée de
la construction de l’ouvrage,
assure qu’il ne présentera aucun
danger pour les hommes ou
pour les animaux qui recevront
une décharge en cas de contact.
Parc national de Tsavo-Ouest, au Kenya. Quelque 5 tonnes d’ivoire de contrebande saisies à Singapour sont sur le point d’être brûlées.
Contrairement à son voisin tanzanien, le Kenya défend le moratoire sur le commerce international de l’ivoire. XINHUA/ZUMA/REA
ans, l’initiative relance avec fracas
ledébat surl’avenirde l’embargoet
l’impact des ventes ponctuelles
autorisées par deux fois, en 1999 et
en 2008, à la demande des quatre
pays d’Afrique australe.
La Tanzanie n’en est pas à sa première tentative, mais en 2010, face
à un refus annoncé de la communautéinternationale,elleavaitfinalement retiré sa demande. Une
majorité de deux tiers parmi les
176 pays membres de la Conventionestnécessairepourqu’uneproposition soit adoptée.
Cette fois-ci,sans attendre la discussion qui aura lieu lors de la
conférence de la Cites en mars2013
à Bangkok, le Kenya, le Burkina
Faso, le Togo et le Mali – euxmêmes en butte à un intense braconnage – ont allumé les contrefeux en déposant une «contre-proposition»exigeantqu’aucunedérogation au moratoire ne soit accordée. « Nous ne sommes pas dans
une situation où il est encore possi-
ble de prendre des risques en autorisant des ventes ponctuelles», expliquent-ils, affirmant qu’il « n’existe
aucune preuve scientifique robuste
démontrant que les ventes légales
n’ont pas d’incidence négative sur
la survie des espèces ».
Massacres d’éléphants
Dans son plaidoyer, la Tanzanie
prend sans surprise le contre-pied
de cette affirmation, sans qu’il soit
possible de départager les deux
camps.Lesexpertschargésde plancher sur ce sujet ne sont euxmêmes pas parvenus à trancher.
Pour les ONG de conservationet les
Etats qui tentent de démanteler les
réseaux criminels de l’ivoire, un
feu vert enverrait quoi qu’il en soit
un signal très négatif.
Sur le terrain, la Tanzanie est
confrontée, comme la majorité
des pays africains où subsistent
encore des pachydermes, à un trafic massif. « Nous vivons une
guerre de l’ivoire », raconte, sous
Biodiversité: les paysdéveloppéss’engagent
à doublerd’ici à 2015l’aidefinancièreaux Etatsdu Sud
L’accord arraché à l’issue de la conférence d’Hyderabad, en Inde, ne cite aucun montant
New Delhi
Correspondant
U
n nouvel élan dans la lutte
en faveur de la protection
de la biodiversité? La onzième conférence des parties (COP11)
delaConventionde ladiversitébiologique s’est achevée à Hyderabad,
en Inde du Sud, dans la nuit du vendredi 19 au samedi 20 octobre, sur
uncompromisenmatièredefinancement d’actions visant à enrayer
la disparition des espèces animales
et végétales.
Arrachéàl’issued’âpresnégociations entre les représentants de
plus de 180 Etats, l’accord stipule
que les pays développés doubleront d’ici 2015 leurs contributions
– publiques comme privées – aux
pays en voie de développement
afin d’aider ces derniers à financer
leurs programmes de préservation
de la biodiversité. « C’est un bon
résultat», a commenté la ministre
française de l’écologie, Delphine
Batho. «Ce n’est pas une révolution,
mais c’est un soulagement, a réagi
la députée européenne Sandrine
Bélier (EELV). Un pas a été franchi à
Hyderabad.»
LasseGustavsson,directeurexécutif des programmesde conservation à WWF-International, a toutefois qualifié le résultat de « décevant» au regard des ambitions affichées lors de la précédente COP, en
2010, à Nagoya (Japon).
A l’époque, cette réunion avait
été saluée comme « historique» car
elle avait fixé un certain nombre
d’objectifs précis à l’horizon 2020.
La communauté internationale
s’était notamment engagée à porter les aires protégées à 17 % de la
surface terrestre (13,5 % aujourd’hui) et 10 % de la superficie des
océans (contre moins de 2 %) et à
élaborerdesplansnationauxincorporant des objectifs de préservation de la biodiversité. En outre, les
parties avaient adopté le Protocole
de Nagoya , qui prévoit un partage
des bénéfices tirés de l’utilisation
des ressources génétiques afin de
lutter contre la bio-piraterie.
Deux ans après, Hyderabadétait
censé prolonger cette dynamique
en donnant de la substance financière au catalogue de promesses.
Selon WWF-International, une
somme annuelle de 200 milliards
de dollars (153 milliards d’euros)
serait nécessaire pour atteindre
les objectifs de Nagoya. Or, selon
une estimation approximative –
faute d’étude de synthèse disponible –, seuls 10 milliards de dollars
(7,6 milliards d’euros) seraient
affectés chaque année à la protection de la biodiversité. C’est cette
somme qui est vouée à être multipliée par deux d’ici à 2015.
Faiblesse du compromis
Toutefois, le document final
adopté à Hyderabad ne cite aucun
chiffre censé représenter la base de
départau « doublement» annoncé.
Là est la principale faiblesse du
compromis. « Cet objectif de doubler les sommes affectées à la biodiversité n’engage pas à grand-chose,
pointe Romain Pirard, chercheur à
l’Institut du développement durable et des relations internationales,
présent à Hyderabad. Car on ne sait
pas de quelles sommes on parle. »
Des progrès sur la protection de la haute mer
Au-delà de l’accord sur le financement, la conférence de la
Convention sur la diversité biologique (CDB), réunie à Hyderabad du 8 au 19 octobre, a permis
de progresser sur le dossier de
la protection de la haute mer.
Après l’échec du sommet de
Rio + 20 en juin, c’est désormais
au sein de la CBD que la
réflexion avance sur cette question de la gouvernance de la biodiversité dans les eaux internationales. A Hyderabad, 56 aires
marines d’« importance écologique ou biologique » ont été identifiées. Cet inventaire n’a pour
l’instant qu’une valeur scientifique, mais il pourrait servir de
base à l’établissement futur de
zones protégées. « C’est un progrès », s’est félicité Lasse Gustavsson, directeur exécutif des
programmes de conservation à
WWF-International. L’Islande et
la Norvège se sont toutefois
opposées à ce que l’Atlantique
nord figure dans cette liste.
Quoi qu’il en soit, Hyderabad
n’a pas brisé l’élan politique de
Nagoya, et c’est ce que chacun
veut retenir. Pour en arriver là,
pays développés et pays en développement, dont l’affrontement a
dominé les débats sur le financement, auront dû assouplir chacun
leurs positions initiales. En échange des contributions consenties
par les Etats du Nord, les pays en
développement se sont engagés à
adopter des mécanismes de vérification et de traçabilité des fonds
qu’ils recevront.
LeBrésil,dontl’activismeencoulisse a été noté, a fait cause commune avec les pays africains lors des
tractations. L’Inde a également
pesé de tout son poids pour arracher des engagements financiers
aux pays développés, même si sa
qualité de pays hôte la posait surtout en acteur de compromis.
Les discussions ont été par
ailleurs compliquées par les divisions au sein de l’Union européenne, les Britanniques ayant durci
leur position dans la foulée de la
récente nomination d’Owen Paterson au poste de secrétaire d’Etat à
l’environnement. D’autre part, le
Japon et le Canada ont résisté longtemps, cherchant à s’assurer du
maximum de garanties sur le bon
usage des futures aides. Au bout du
compte, chacun a fait un geste, ce
qui fait dire à Sandrine Bélier que
« la communauté internationale a
tenu les promesses» de Nagoya. p
Frédéric Bobin
couvert d’anonymat, le représentant d’une ONG de conservation.
Il n’est pas nécessaire de séjourner longtemps dans le pays pour
palper la peur que soulève la simpleévocationdusujet.Fonctionnaires, ONG, organisateurs de safaris
ouvillageoistémoinsde massacres
d’éléphants, personne ne veut
prendrelerisquede parlerouvertement. Dans un récent rapport à la
Cites, l’ONG Traffic pointait la prépondérance des ports tanzaniens
dans les routes de l’ivoire vers
l’Asie. Une place sur un tel podium
ne se décroche pas sans complicités à des niveaux élevés de l’administration. Ni sans corruption.
Ce n’est pourtant pas en priorité
à la lutte contre le braconnage que
la Tanzanie promet de consacrer
les 55 millions de dollars (42 millions d’euros) qu’elle estime pouvoir tirer de la vente de ses 101 tonnes d’ivoire à la Chine et au Japon.
Le sort des éléphants repose
davantage, selon les autorités du
pays, sur la bonne cohabitation
avec des populations rurales en
pleine expansion. « 109 personnes
ont été tuées par des éléphants
depuis 1997. Les animaux sont une
nuisance pour les paysans pauvres,
qui deviennent progressivement
opposés à leur conservation.» Voilà
« la réelle menace » qui rend
urgent, pour le gouvernement tanzanien, de démontrer à sa population que la protection de la faune
peut avoir des retombées financières pour les villageois qui en supportent les conséquences.
C’est un vrai débat, mais doit-il
conduire à inonder le marché de
nouvelles quantités d’ivoire? Cette
« proposition est tout simplement
ridicule», tranche Mary Rice, directrice exécutive d’Environmental
Investigation Agency, une ONG
baséeàLondres,parmilesplusactives dans la campagne contre le
commerce de l’ivoire. Les Etats réunis à Bangkok en mars jugeront. p
Laurence Caramel
En Inde,des intouchables
sur la route de Michelin
L
es villageois de la caste des
intouchables de Thervoy,
dans le Tamil Nadu, un Etat
du sud de l’Inde, auront-ils raison
contre Michelin, qui souhaite
implanter une usine sur leurs terres ? S’il est trop tôt pour le dire,
ils ont indéniablement remporté
une première victoire, après cinq
ans passés à essayer de faire
valoir leurs droits : la direction de
Michelin, qui compte prochainement inaugurer son usine de
pneumatiques dans le parc industriel de Thervoy, va devoir s’expliquer devant l’Organisation de
coopération et de développement économiques (OCDE).
Le point de contact national
(PCN) de l’OCDE, auprès duquel
une plainte avait été déposée en
juillet par cinq organisations, a
jugé, jeudi 18octobre, « la saisine
recevable». Le PCN français (composé de représentants syndicaux,
du Medef et de plusieurs ministères) considère que les « questions
soulevées méritent d’être approfondies» et a convoqué l’entreprise
française et les cinq plaignants le
22novembre. Selon les ONG,
Michelin a violé plusieurs des
principes de l’OCDE sur l’environnement, les droits de l’homme,
l’information des populations…
Pour l’heure, la multinationale
déclare prendre acte de la décision du PCN. « La position de
Michelin est claire : nous réfutons
les accusations contenues dans
cette saisine et Michelin s’en justifiera devant le PCN de l’OCDE»,
a-t-elle expliqué au Monde.
L’affaire remonte à 2007,
quand les 6000 villageois de Thervoy découvrent que la compagnie
State Industries Promotion Corporation of Tamil Nadu (Sipcot) veut
détruire 456 hectares de la forêt
collective entourant le village
pour y implanter un parc industriel. Michelin a signé avec l’Etat
indien un contrat pour la construction d’une usine de pneus destinés au marché local. Ce projet a
tout de suite été combattu par le
village, peuplé à 95% par des
dalits (intouchables, selon le système des castes), qui vivent grâce à
la terre, à l’élevage et aux forêts.
Complexe routier
Des plaintes ont été déposées
devant la cour de justice de
Madras, qui a ordonné, en
mai2009, le paiement d’indemnités par la Sipcot, toujours non versées à ce jour. Une autre plainte a
été déposée devant une juridiction indienne créée en 2010, les
« tribunaux verts ».
A la veille du démarrage de la
production, onze panchayat de la
région, des autorités locales correspondant aux conseils municipaux, ont adopté une résolution
condamnant les conditions
d’ouverture du site. L’implantation de ces usines nécessite encore de grands travaux de raccordement, notamment un complexe
routier construit par les autorités
indiennes, et aura des conséquences sur l’accès à l’eau ainsi qu’en
termes de pollution. p
Rémi Barroux
france
0123
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
7
Ségolène Royal: «Passons au rêve français!»
Après une période de «diète médiatique», l’ancienne candidate à la présidentielle livre ses vérités au «Monde»
Entretien
C
ela faisait plusieurs semaines qu’elleavait acceptél’entretien. Mais plusieurs fois,
elle avait reporté. « Trop tôt »,
disait-elle.« Je ne le sens pas», répétait-elle. Et puis elle a rappelé pour
dire qu’elle était « prête ». Et
qu’après la « diète médiatique »
qu’elle s’était imposée depuis la
rentrée, le temps était venu, pour
elle, de « dire les choses ».
Parler, donc. Mais sur quel ton ?
Ce mercredi 17 octobre, dans son
bureau de Montparnasse où elle
reçoit Le Monde, Ségolène Royal
prévient d’emblée : « Je ne veux
pas apparaître comme une donneuse de leçons. » Anticipant
qu’on l’interrogerait sur les difficultés du gouvernement, elle a
griffonné quelques formules sur
de petites feuilles blanches, et s’y
rattachera à plusieurs reprises
pendant
l’entretien,
aux
moments où les mots pourraient
dépasser sa pensée. « Je veux que
la gauche réussisse. Je dois donc
être au-dessus et en avant. Je ne
veux pas jouer les Mère Fouettard. »
«Dix ans de droite au
pouvoir, donc dix ans
d’habitudes pour
l’administration,
cela crée des freins
et des blocages»
Par souci du « gagnantgagnant », comme elle dit, on ne
l’entendra donc pas sur les débats
qui traversent le gouvernement
et la majorité. Sur la dépénalisation du cannabis et le droit de vote
des étrangers, par exemple, on
connaît ses réserves, mais elle
refusera de les réaffirmer. Sur la
procréation médicalement assistée, la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, qui n’a
jamais hésité à afficher ses convictions sur les sujets de société, quitte à prendre à revers ses camarades socialistes, n’entend pas
aujourd’hui jouer les trouble-fête.
Sur les affaires privées, l’ex-candidate à la présidentielle garde la
même discrétion. Comment
a-t-elle vécu le fait que le chef de
l’Etat ne la salue pas, l’autre jour,
dans les couloirs de l’ONU ? « Ne
revenons pas sur cet incident », ditelle, précisant simplement qu’elle
s’en est expliquée « avec François » et que « la page est tournée ».
Elle n’en dira pas davantage, refusant toute question qui pourrait
la « ravaler à un personnage de
théâtre de boulevard », n’acceptant de répondre qu’à celles qui
s’adressent à la « femme politique ».
Le premier, c’est la démocratie
parlementaire. Le Parlement doit
retrouver un espace d’initiative. Il
faut davantage de propositions de
loi pour accélérer le rythme des
réformes. Il aurait pu y en avoir
davantage lors de la session parlementaire de juillet.
Le deuxième changement, c’est
la démocratie territoriale. Il y a
beaucoup d’attente, la nouvelle
phasede décentralisationdoit permettre aux régions plus d’efficacité et de rapidité pour l’emploi, en
s’appuyant sur un Etat enfin en
phase avec elles.
Le troisième changement, c’est
la démocratie citoyenne et participative.Les grandesréformes structurelles que j’évoquais ne réussiront que si les Français sont associés. Je pense en particulier à la
grande réforme fiscale promise
pendant la campagne. Si l’on veut
que l’impôt ne soit pas seulement
vécu comme une punition mais
comme un élément de cohésion
nationale, il faut un grand débat
démocratique.
Cette semaine a été annoncée
en conseil des ministres la création de la Banque publique d’investissement (BPI), que vous
réclamez depuis longtemps. Estelle conforme à vos attentes ?
Je ne peux que m’en féliciter,
bien sûr. Mais pour que la BPI soit
pleinement une réussite, il faut
que trois critères soient remplis. Le
premier, c’est la rapidité de sa mise
en œuvre, d’ici un mois, compte
tenu du manque criant de fonds de
roulement dont souffrent les PME.
Le deuxième, c’est sa puissance
d’intervention: la BPI doit avoir
une vraie force de frappe, et qu’on
ne retombe pas dans les erreurs du
fonds stratégique d’investissement (FSI), bureaucratique et lent.
Troisième critère de réussite, c’est
l’appui sur les régions, car aucune
PME n’ira frapper à la porte d’un
guichet à Paris. Les antennes régionales de la BPI doivent engager
80 % des dépenses. Sinon, on
retombera dans un système rigide
où les filières les plus innovantes
seront ignorées.
Cinq mois après l’élection
de François Hollande,
quel regard portez-vous
sur l’action du gouvernement ?
A une semaine du congrès du
PS, quel regard portez-vous sur
la succession de Martine
Aubry ? Le PS d’aujourd’hui est
loin de celui que vous défendiez
en 2008, quand vous ambitionniez d’être première secrétaire…
Cette première phase de l’actiongouvernementaleest une opération vérité réussie : le chef de
l’Etat a pris la mesure de la crise, il
a dit la vérité aux Français, il a mis
fin aux opérations de diversion du
gouvernementprécédent,il a réparé les injustices les plus flagrantes
et rétabli la sérénité républicaine.
De ce point de vue, ces cinq premiers mois ont été constructifs.
Maintenant, il faut passer à une
nouvelle phase, celle des réformes
destructures promisesdans le programme présidentiel: réforme du
système financier, réforme fiscale,
révolutionécologique,avenir de la
jeunesse. En un mot, après l’« opération vérité », passons au « rêve
français».
Comprenez-vous l’impatience
des Français pour qui le gouvernement ne va pas assez vite et
pas assez loin ?
Bien sûr, et le gouvernement
aussi l’a comprise, en accélérant. Il
faut quand même rappeler ceci :
dix ans de droite au pouvoir, donc
dix ans d’habitudes pour l’administration, ce qui a forcément créé
des freins et des blocages quand le
nouveau pouvoir s’est installé.
Faceà cela,laréponse,c’est ladensification de l’impulsion politique,
car la haute administration, en
France, est loyale, mais elle se met
dans le mouvement si le pouvoir
politique fixe clairement un cap et
donne du sens à son action.
Ce cap, justement, trouvez-vous
qu’il manque aujourd’hui
à l’action gouvernementale ?
C’est le moment de le donner,
aprèslesbonnesdécisionsd’urgen-
Marcher est une valeur sûre.
Fabrication Française
Je vous accorde que cela peut
paraître un peu étrange que le parti à l’origine des primaires ouvertes à tous les citoyens ait adopté
desstatutsconduisantàune prédésignation du premier secrétaire
par quelques-uns. Cela dit,
essayons de voir le côté positif : au
moins, cette fois, on n’aura pas un
congrès d’affrontement, mais un
congrès d’apaisement.
« Le temps viendra où je serai
utile », aviez-vous déclaré après
votre défaite aux législatives.
Le temps est-il venu de nouvelles responsabilités ?
ROBERTO FRANKENBERG POUR « LE MONDE »
ce et les mesures courageuses
pourréduireles déficitsque ladroite a laissés. Les Français ont besoin
de comprendre le sens des efforts
qui leur sont demandés. Prenons
par exemple les 3 % de déficit en
2013. Le président de la République a été clair, car il faut protéger
les Français contre les risques de la
dette, et il n’y a pas la moindre
contestation à avoir sur le sujet.
Mais c’est un critère comptable,
pas un objectif politique. La question, c’est d’expliquer pourquoi il
faut atteindre les 3 %, au nom de
quel projet de société. Je suis sûre
qu’alors les Français vont reprendre confiance en l’avenir.
Claude Bartolone, le président
socialiste de l’Assemblée nationale, ou Harlem Désir, le premier
secrétaire du PS, ont exprimé
des doutes sur les 3 %. Les comprenez-vous ?
Disonsqu’ils étaienten phase de
rodage… Après les tâtonnements
compréhensibles du début, l’heure
est venue de la cohésion sans faille.
Vous dites cela aussi pour les
ministres ?
Les uns et les autres ont pris
leurs marques. Des talents individuels se sont affirmés. Mais un
gouvernement, ce ne sont pas seulement des individus qui s’additionnent, ce sont des hommes et
des femmes qui se mettent au service d’un projet collectif. Voilà ce
qu’on attend maintenant: passer
de l’addition des talents individuels à leur démultiplication pour
construire l’avenir du pays.
En clair, sur la dépénalisation
du cannabis, Vincent Peillon
aurait dû se taire…
www.paraboot.com
Il a reconnu son erreur. En effet,
toute prise de parole qui permet à
la droite d’avoir un angle d’attaque est à éviter. Les Français veulent un gouvernement fort. Il faut
donc bannir l’éparpillement et
l’improvisation.
Jean-Marc Ayrault manque-t-il
d’autorité ?
Le premier ministre est solide
alors qu’il est la cible d’attaques
très rudes. Mais si la politique était
facile, ça se saurait ! J’exhorte la
droite à cesser d’utiliser un vocabulaire injurieux que jamais nous
n’avons utilisé par respect pour le
débat démocratique dans l’opposition. Ses difficultés prouvent qu’il
s’attaque aux vrais problèmes, car
le choix a été fait de prendre les
mesuresdifficilesaudébutduquinquennat. En complément, il s’agit
maintenant d’en expliquer le sens.
Mais comment ?
En disant clairement comment
on va atteindre nos objectifs et la
vision du pays dans cinq ans. Par
exemple, comment crée-t-on des
emplois dans l’économie de l’intelligence? Comment réalise-t-on
la révolution écologique ? Comment transforme-t-on la France
en pays d’entrepreneurs ? Com-
«Je vous confirme
que ma passion
pour la politique est
intacte et que je veux
toujours être utile
à mon pays»
ment fait-on pour que les jeunes
soient dans une meilleure situation à la fin du quinquennat
qu’au début ? Comment permeton aux catégories populaires et
aux classes moyennes de croire à
nouveau dans la promesse républicaine d’ascension sociale ?
Comment redore-t-on, en cinq
ans, ce talisman de la gauche
qu’est l’éducation nationale, en la
hissant au premier rang ? Quelle
Europe voulons-nous?
Voilà ce que les Français veulent savoir : quels sont les objectifs
fixés et comment on les atteint.
Mais cela passe aussi par une profonde rénovation de notre système de gouvernance.
Qu’entendez-vous par là ?
Depuisl’électionprésidentielle,
ily a eu l’apaisementaveclespartenaires sociaux. Les corps constitués, méprisés par le gouvernement précédent,ont été réintégrés
au dialogue démocratique. Tout
cela est très positif et permet d’engager trois autres changements.
Oui, je vous confirme que ma
passion pour la politique est intacte et que je veux toujours être utile
à mon pays. Ce temps viendra pour
la bonne raison que, quand la tâche
est difficile et immense, il faut rassembler toutes les forces et toutes
les expériences. p
Propos recueillis par
David Revault d’Allonnes
et Thomas Wieder
mobeco
AVANT LES TRAVAUX D’EMBELLISSEMENT
LIQUIDATION DU STOCK
par autorisation préfectorale - déclaration n° 118 - Art. L1310 du Code du Commerce - Décret n° 2005-39 du 18-12-2005
du 1er octobre au 1er décembre 2012
239-247 rue de Belleville - 75019 Paris
Métro
Télégraphe
Matelas et sommiers Convertibles
Rangements
Relaxation
Meubles et déco
Canapés et salons
7 jours sur 7
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LEMONDE93150LIQUIDATION
société
8
0123
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
Invité de l’USM, Manuel Valls assure qu’il
ne dressera pas la police contre les juges
Réunie en congrès, l’Union syndicale des magistrats accueillait pour la première fois un ministre
de l’intérieur. «Nous espérons beaucoup, nous craignons d’être déçus», a dit son président
Colmar
Envoyé spécial
I
Marie-Hélène
« Marie-Hélène Lafon fait remonter
à la surface les sentiments anciens,
les interdits qui durent, les forces
naturelles, les rituels d’église. »
Xavier Houssin, Le Monde des livres
« Marie-Hélène Lafon fait partie
de ces romancières qui tracent leur
sillon avec talent et ténacité. »
Bernard Lehut, RTL
« Marie-Hélène Lafon décrit
superbement un monde qui
s’en va… Lumineux. »
François Busnel, L’Express
« La Depardon de
la littérature française. »
Clara Dupont-Monod, France inter
« Un auteur à lire absolument. »
Philippe Claudel
de l’académie Goncourt
w w w . b u c h e t c h a s t e l . f r
BUCHET R CHASTEL
© Jean-Luc Paillé
lafon
l est vrai qu’il est habitué mais
cette fois encore, c’était lui la
vedette. Manuel Valls, parfaitement à l’aise, était vendredi 19octobre le premier des ministres de l’intérieur à assister, à Colmar, au
congrès de l’Union syndicale des
magistrats (USM, majoritaire).
C’était aussi le premier à être invité
– «Bizarrement, il ne nous était pas
venuàl’espritd’invitervosprédécesseurs », a plaisanté Christophe
Régnard, le président du syndicat.
Le ministre de l’intérieur a indiqué qu’il avait conscience de vivre
un moment « sinon historique, en
tout cas privilégié » et a annoncé
solennellement qu’il était venu
« tourner la page d’une décennie,
dix années durant lesquelles, malgréles mises en cause provenantdes
plus hautes autorités de l’Etat», les
juges «n’ont jamais cédé à la provocation ». C’est évidemment ce
qu’avaient besoin d’entendre les
magistrats, qui n’ont pas oublié
que le précédent chef de l’Etat trouvait qu’ils ressemblaient plutôt à
des petits pois.
«Je n’admettrai pas de manifestations des forces de l’ordre contre
desdécisionsdejustice,aditavecforce le ministre, devant un rang de
représentantsdessyndicatsdepolice qui n’ont pas bronché, je désapprouve les commentaires partiaux
et les polémiques entretenues à des
fins partisanes. » Christophe
Régnard avait auparavant dénoncé
« les dérapages inacceptables» et
les manifestations de policiers
contre des décisions de justice,
pour lesquels le président de la
République de l’époque avait plutôt manifesté sa sympathie.
M. Valls a été plus loin : il ne veut
plus que «la communicationsur les
affairesmédiatiséessoit le monopole des organisations syndicales» de
policiers, et pour éviter «que certaines situations ne dégénèrent »,
entend autoriser davantage ses
directeurs à parler à la presse.
Il refuse ensuite « la dictature du
fait divers» et annonce que le gouvernement«nelégiférerapasàchaque drame ». Il répugne « à utiliser
lasouffrancedesvictimespourorganiserlasurveillancedesjugesetdresser la police contre les juges». Enfin,
«laloipénalenesedécrètepasàl’Elysée,laloines’imposepassurdemande du ministère de l’intérieur, la loi
s’écrit au ministère de la justice, pas
contrelui,passanslui».C’esteffectivement un gros changement.
«Je n’admettrai pas
de manifestations
des forces de l’ordre
contre des décisions
de justice»
Manuel Valls
M. Valls a longuement salué sa
coopération avec Christiane Taubira, entend avoir «un respect absolu
de l’indépendancede la magistrature », mais réclame en contrepartie
«l’ouverture de la justice sur les préoccupations légitimes des policiers
et gendarmes» – il n’oublie jamais
les gendarmes –, « parce qu’avant
tout, nous sommes républicains ».
Le ministre a été chaleureusement
applaudi par une USM heureuse-
ment surprise, et s’en est retourné
satisfait à Paris regarder le dernier
Astérix avec ses enfants.
Christiane Taubira, la garde des
sceaux, a pris la suite avec l’aisance
qu’on lui connaît pour un long discours fleuri et sans notes, avec la
rafale de citations traditionnelles
–Balzac,PhilippeClaudel(Paulc’est
trop commun), Orwell (pas celui de
1984, mais celui plus obscur de son
premier livre, Une histoire birmane), Montaigne (en ancien françois)
et Gandhi pour finir : « Sois toimêmelechangementquetusouhaitesvoirdanslemonde.»Belleprestationmaissurlefond,peudenouvelles et une seule annonce. Elle a indiqué que la collégialité des juges,
longtemps espérée et constamment repoussée, serait bien mise
en place en 2014, dans une forme
aménagée. Le Conseil supérieur de
la magistrature (CSM) sera bien
réformé mais on n’a pas le détail. La
ministre a d’ailleurs lancé plein
d’audits dans plein de secteurs. Elle
est longuement revenue sur sa circulaire de politique pénale, certes
novatrice, mais qui ne vaut pas une
bonne petite loi.
ChristopheRégnard,dansundiscours brillant et assez vif, avait lui
réclamé une série de mesures parfoisradicalespourassurerenfinl’indépendance de la magistrature, le
thème de ce 38e congrès, et notamment un CSM totalement dégagé
de la tutelle gouvernementale.
«Beaucoup de chantiers ont été lancés, mais aucun n’a encore pu aboutir, s’est inquiété le président. Nous
espérons beaucoup, nous craignons
aussi d’être déçus. Les promesses du
passé rarement suivies d’effet sont
là pour nous convaincre de rester
prudents.»
ChristianeTaubiraavoululerassurer : « Nous serions bien misérables si nous décidions de louvoyer
encore.» Christophe Régnard a été
mollement rassuré, mais la salle a
longuement applaudi, debout, la
ministre qui sait si bien brosser
l’hermine dans le sens du poil. La
garde des sceaux avait, avant les
juges et avec les mêmes aimables
méthodes, obtenu un triomphe
semblable devant les notaires, puis
devant les avocats au Conseil national des barreaux. p
Franck Johannès
Manuel Valls et Christiane Taubira au congrès de l’USM à Colmar, vendredi 19 octobre. PATRICK HERTZOG/AFP
FrançoisHollandeexigeune diminutionprogressive
maistangibledes dépassementsd’honoraires
Dans un discours sur la santé, samedi, devant la Mutualité française, le président de la République
devait se prononcer pour la généralisation de l’accès à des contrats de qualité d’ici à 2017
I
l n’y aura pas que les congressistesdelaMutualitéfrançaise,réunisàNice,quiserontattentifsau
premier discours sur la santé que
devaityprononcerFrançoisHollande, samedi matin 20 octobre. En
plein bras de fer sur l’épineux dossier des dépassements d’honoraires, patients, médecins mais aussi
internes attendaient des gages.
Maîtriser ces dépassements est
le premier dossier que le gouvernementamissurlatablepouraméliorer l’accès aux soins. C’était pourtant loin d’être le plus simple. Le
président de la République devait
préciser son objectif, samedi, en
indiquant que la conclusion d’un
accord était conditionnéeà la diminution, progressive mais réelle, de
ce qui reste à la charge des patients.
Il devait notamment plaider pour
le plafonnement des dépassements – ce que certains syndicats
refusent. De quoi séduire le président de la Mutualité, Etienne
Caniard, qui s’était inquiété jeudi
que l’accord aboutisseà la stabilisation des dépassements d’honoraires, pas à leur réduction.
Devant la Mutualité française,
organisme qui regroupe la quasitotalité des mutuelles de santé,
M.Hollande devait aussi réitérer la
menace de sa ministre de la santé :
faute d’accord, le gouvernement
passera par la loi pour encadrer les
dépassements. La dernière séance
de négociations est prévue lundi à
l’assurance-maladie,aveclesmédecins et les complémentaires.
D’autres voix commencent à se
faire entendre. Le Parti de gauche a
prévude distribuer lundi, devant le
siègede laCNAM,des « cartesVitale
gold» pour dénoncer un « simulacre d’encadrement» des dépassements, tandis que les internes
manifesteront pour réclamer le
maintiendusecteur2(àhonoraires
libres), qu’ils jugent menacé. Un
autresujet les inquiète: une propositionducandidatàl’Elyséedelimiter la liberté d’installation des
médecinseninterdisantde nouvelles arrivées en secteur 2 dans les
zones surmédicalisées. Le président élu, lui, semble vouloir, du
moins pour l’instant, se cantonner
auxmesuresincitativespours’attaquer aux déserts médicaux.
Il devait aussi rappeler la création de 200 postes de « praticiens
territoriaux de médecine générale»
dans les zones les moins bien
dotées, une proposition inscrite
dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS)
pour 2013, dont la discussion commence mardi 23 octobre.
« Inégalités de santé »
Mais les dépassements et les
déserts médicaux ne résument pas
à eux seuls les freins à l’accès aux
soins. M. Hollande, qui estime que
les bons résultats apparents affichés par la France, notamment en
termes d’espérance de vie, cachent
de «profondes inégalités de santé»,
juge que des décisions pénalisant
les assurés sociaux ont été prises
ces dix dernières années, comme la
création des franchises ou d’un
taux de remboursement à 15%.
Pour faciliter le recours aux
soins, le président compte sur la
généralisation de l’accès à une couverturecomplémentairede qualité
d’icià 2017.Reprenantla critiquede
la Cour des comptes selon laquelle
les 4,3 milliards d’aides fiscales et
sociales à l’acquisition d’une complémentaire de santé profitent
davantage aux cadres des grandes
entreprises qu’aux temps partiels,
retraités ou chômeurs, il devait
annoncerqu’ilvademanderaugouvernement de les réorienter.
Il devait aussi s’engager à une
révision de la fiscalité des assurances complémentaires, en proposant une modulation de la taxe sur
les contrats dits responsables (sans
discrimination d’âge ou de situation de santé). Il était très attendu
sur ce point. En 2011, le gouvernementFillonl’avait augmentée,provoquant la colère des mutuelles
– et une hausse des cotisations.
Autre geste, il devait se dire favorable à ce qu’elles soient autorisées à
passer des contrats avec des médecins dans le cadre de réseaux de
soins où les tarifs sont négociés,
une possibilité jusque-là réservée
aux assureurs.
Il y a un autre sujet sur lequel
M. Hollande compte marquer sa
différence avec la droite : l’hôpital
public, qui « ne sera jamais une
entreprise ». 354 millions d’euros
doivent y être investis en 2013 et
170millions en 2014. Le PLFSS prévoit déjà la suppression de la
convergence des tarifs versés aux
établissements publics et privés.
Le président veut aussi en finir
avec la multiplication des plans de
santépublique.Dequoisurcepoint
faire surtout des mécontents. p
Laetitia Clavreul
0123
9
société
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
Ultime hommage à l’avocat Antoine
Sollacaro, entre tristesse et inquiétude
Environ un millier de personnes, dont de très nombreuses personnalités de l’île, ont assisté,
vendredi 19octobre à Propriano, aux obsèques du magistrat assassiné mardi à Ajaccio
Reportage
un aspect
méconnu
de l’histoire
américaine
Propriano (Corse-du-Sud)
Envoyé spécial
U
ne haie de robes noires
figées au garde-à-vous dans
un silence pesant que seul
le vent osait rompre a salué la
dépouille de l’avocat ajaccien
Antoine Sollacaro, 63 ans. Vendredi 19 octobre, le bâtonnier Sollacaro a reçu l’ultime hommage de
ses confrères, de ses proches, de
nombreux amis et anonymes.
Ils étaient environ un millier de
personnes dont 150 femmes et
hommes en robe noire d’avocat
massés dans la trop petite église
Notre-Dame-de-la-Miséricorde à
Propriano (Corse-du-Sud) et sur le
parvis pour assister aux obsèques
de l’homme assassiné mardi
16octobre à Ajaccio. Il était environ
13 h30 et déjà les habitants de Propriano avaient commencé à prendre place sur les bancs. Les femmes
à gauche et les hommes à droite. Le
cortège funèbre long de 200 voituresvenu d’Ajaccion’avaitpas encore atteint la petite localité de 3 000
habitants située en bord de mer
dont Antoine Sollacaro était natif.
Il y avait là sur ce parvis bâti
au-dessus de la mer et cerné par les
montagnes de l’Alta Rocca des responsables politiques de l’île parmi
lesquels Dominique Bucchini
(PCF), président de l’Assemblée territoriale,SimonRenucci(PS),maire
d’Ajaccio, Paul-Marie Bartoli (PRG),
maire de Propriano, Jean-Jacques
Panunzi (DVD), président du
conseilgénéralde Corse-du-Sud…Il
y avait aussi les chefs nationalistes,
ceux du mouvement autonomiste
comme Jean-Christophe Angelini
ou ceux du mouvement indépendantiste comme Jean-Guy Talamoni. Il y avait encore des magistrats
dont Xavier Bonhomme, procureur de la République d’Ajaccio, et
son prédécesseur Thomas Pison
qui avait fait le voyage de Nancy, il
y avait des familles qui avaient été
clientes d’Antoine Sollacaro, comme la sœur et le frère d’Yvan Colonna, Christine et Stéphane. Et puis il
y avait, enfin, celles qu’un drame
semblable à celui survenu mardi a
Des avocats portent le cercueil d’Antoine Sollacaro devant l’église de Propriano, le 19 octobre. PASCAL POCHARD/AFP
frappées, comme Mme Feliciaggi,
veuve de Robert, l’élu assassiné
d’une balle de pistolet dans la tête,
un soir de mars 2005, sur le parking de l’aéroport d’Ajaccio. Cette
fois encore, le meurtrier s’était
enfui à moto. Il n’a jamais été
retrouvé. Cet homicide avait en
quelque sorte ouvert la série macabre qui depuis n’a toujours pas été
interrompue.
« Déliquescence »
Comme à chaque fois qu’elle
enterre une de ses figures, victimes
de tueurs, la Corse cherche à comprendre.Unefoisdepluselles’inter-
roge, une fois de plus elle s’indigne,
et une fois de plus elle répète ces
phrases et ces constats tellement
entendus au cours de ces journées
funestes. « C’est un drame terrible;
l’enfoncementdansunprocessusde
déliquescence. La société corse se
referme sur elle-même », déplore
l’avocat nationaliste Lucien Felli,
qui fut, avec Antoine Sollacaro, parmi les défenseurs des premiers
nationalistes jugés devant la cour
desûretédel’Etatàlafindesannées
1970. Dominique Bucchini demande, lui, «un programme pour lutter
contre la mafia sur dix ou quinze
ans», et attend de voir « les proposi-
Le parquet de Marseille ouvre une information judiciaire
Le parquet de la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de
Marseille a ouvert, vendredi
19 octobre, une information judiciaire pour « assassinat en bande organisée » et « association
de malfaiteurs ». Les juges marseillais Christine Saunier,
Thierry Azéma et Christophe
Perruaux ont été chargés de
l’instruction. Ce même jour, le
Fauteuils & Canapés Club
Haut de Gamme
procureur de la République, Jacques Dallest, a lancé un appel à
témoins garantissant l’anonymat de ceux qui le souhaiteraient. Concernant l’enquête,
les policiers ont retrouvé le propriétaire de la moto, une BMW
de grosse cylindrée, dont les
tueurs se sont servis pour exécuter leur forfait. Elle avait été
volée il y a deux mois à Ajaccio.
tions du gouvernement». D’autres
préfèrent ne rien dire.
Dans cette foule, la tristesse et le
recueillement le disputent à l’inquiétude. C’est palpable. Dans quel
état la Corse s’est-elle mise au
cours de ces dernières années pour
être là où elle en est, s’interroge-t-on mezzo voce ? Cette Corse
dont certains de ses enfants tuent
certains autres de ses enfants dans
un climat de banalisation tel qu’il
fautqu’unepersonnalitéemblématique tombe sous les balles pour
que la population s’alarme.
Le diacre Antoine Peretti ne s’y
trompe pas. Dans son homélie, il
exhorte « les gens à renoncer à la
violence ». Et de lancer à tous :
« N’ayez pas peur », tout en fustigeant « l’invasion de la drogue, du
sexe, de la haine, de l’envie, de la
jalousie et de la rumeur». Même si
lescausesdecetteviolenceendémique ne se limitent probablement
pas à ces seules explications.
Antoine Sollacaro repose désormais au cimetière marin. Au-dessus des flots du golfe de Propriano. p
« La romancière américaine
d’origine japonaise boucle son
majestueux livre en disant tout d’un
sujet demeuré tabou.
Ses voix ont libéré une parole
longtemps muselée. »
Françoise Dargent, Le Figaro
« Un grand chœur invisible.
Tragique. Magnifique. »
Fabienne Pascaud, Télérama
« Le calvaire de ces femmes, Julie
Otsuka le retrace avec une voix
durassienne, un lamento parfois
résigné, parfois courroucé. »
André Clavel, Lire
Yves Bordenave
Fait divers
Unlycéenaccuse la policede
violences: uneenquêteest ouverte
Une enquête a été confiée à l’IGS (la « police des polices») sur les accusations portées par un lycéen qui affirme avoir été roué de coups par trois
policiers de la brigade anticriminalité du Val-de-Marne après avoir tenté d’échapper à une interpellation à Sucy-en-Brie, dans la nuit du 5 au
6octobre. Selon le récit de l’avocat du plaignant, Me Jérôme Karsenti,
Chaïn, scolarisé en 1re ES, aurait été interpellé alors qu’il rentrait d’un
match de football. L’adolescent pris de panique aurait voulu s’enfuir.
Un médecin lui a prescrit une interruption temporaire de travail de
cinq jours. – (AFP.)
Emploi
Contratde génération: accord
entrelessyndicatset le patronat
Quatre syndicats sont parvenus, vendredi 19octobre, à un accord avec le
patronat sur le futur contrat de génération qui vise à encourager l’embauche de jeunes et le maintien en activité des seniors. La CFDT, FO, la CFTC
et la CFE-CGC ont défini les modalités du futur dispositif avec le Medef, la
CGPME et l’Union professionnelle artisanale. La CGT reste réservée. Le
contrat de génération doit faire l’objet d’un projet de loi, présenté le
12décembre au conseil des ministres, pour un vote début 2013. – (AFP)
« Une voix d’une force bouleversante
à des femmes anonymes aux destins
effacés. Un chœur sacré
contre l’oubli. »
Marie Chaudey, LaVie
« La plus envoûtante des mélopées. »
Alexis Liebaert, Marianne
« Une incantation poétique,
émouvante aux larmes »
Isabelle Courty, Le Figaro Magazine
« Un roman puissant à côté duquel
il ne faut pas passer. »
Pierre Maury, Le Soir
Santé Une mère perd son enfant
avant d’arriver à la maternité
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Une mère a perdu son nouveau-né, vendredi 19octobre, après avoir accouché seule alors qu’elle se rendait à la maternité de Brive, en Corrèze, située
à une heure de route de son domicile dans le Lot. Après les fermetures des
maternités de Figeac et de Gourdon, le Lot ne compte plus qu’une seule
maternité, à Cahors, pour une population de 170000habitants environ.
Banditisme Des armes découvertes près de Belfort
Une nouvelle cache d’armes a été découverte, mercredi 17 octobre, à
Chèvremont, près de Belfort, dans le cadre de l’enquête sur un vaste trafic
de kalachnikovs vraisemblablement destinées à alimenter le milieu du
banditisme. Un homme a également été interpellé. Trois personnes soupçonnées d’être impliquées dans ce trafic ont été mises en examen fin septembre pour infraction à la législation sur les armes. – (AFP.)
w w w. e d i t i o n s p h e b u s . f r
10
0123
politique
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
Les régions s’opposent à l’Etat
Le gouvernement
sur la Banque publique d’investissement justifie son recul
Les collectivités régionales réclament un rôle accru dans la gestion de la future BPI. Le président
de l’Association des régions de France, M.Rousset, dénonce «un dialogue de sourds» avec Bercy face aux «pigeons»
Le ministre du budget, Jérôme Cahuzac,
cherche à apaiser la majorité parlementaire
L
Jean-Pierre Jouyet, futur président de la Banque publique d’investissement, lors du congrès des régions, jeudi 18 octobre à Lyon. JEFF PACHOUD/AFP
C
de la BPI, national et régional.
Concrètement, l’ARF formule
trois grandes revendications: elle
réclame trois sièges d’administrateurs sur quinze pour les régions,
au lieu de deux prévus, dans le
futur conseil d’administration de
la BPI; elle exige que l’Etat et la CDC
soientreprésentésaucomiténational d’orientation, présidé par les
régions, afin de mieux échanger
avec les deux grands actionnaires
de la banque sur les choix d’investissement ; enfin, l’ARF veut des
comités régionaux d’orientation à
la composition plus ouverte, où
l’Etat (et les préfets) ne régneraient
pas en maîtres. Elle souhaite que
les comités d’engagement régionaux promettent des montants
substantiels (de 10 à 50 millions
d’euros), sans en référer au niveau
national de la banque.
« Le projet qui vise à faire sortir
l’Etat central par la porte pour
STEINER DUVIVIER BUROV DIVA COLLINS & HAYES STRESSLESS
e
PARIS 15
STRESSLESS STEINER DUVIVIER BUROV DIVA COLLINS & HA mieux le réintroduire par la fenêtre
COLLINS & HAYES STRESSLESS STEINER DUVIVIER BUROV D est un mauvais projet», analyse un
observateur. L’Etat doit comprenDIVA COLLINS & HAYES STRESSLESS STEINER DUVIVIER BUROV
dre « qu’il ne peut pas reprendre
BUROV DIVA COLLINS & HAYES STRESSLESS STEINER DUVIVIER
d’une main ce qu’il a accordé de
DUVIVIER BUROV DIVA COLLINS & HAYES STRESSLESS STEINE l’autre », s’exaspère Jean-Paul
STEINER DUVIVIER BUROV DIVA COLLINS & HAYES STRESSLESS
Huchon, président de la région Ilede-France.
« Nous avons un dialogue de
sourds avec l’appareil technique de
Fabrication française, label qualité NF
Bercy. Il pense macroéconomie,
Cuir de mouton patiné et ciré à la main
alors que la relance de notre industrie passe par la réactivité des terriCONDITIONS AUTOMNALES !
toires », déplore Alain Rousset.
« J’ai travaillé dix ans au ministère
des finances; je connais, poursuitil. Le ministère est composé d’énarques et de hauts fonctionnaires
dont la pensée dominante s’élabore
’est en rangs serrés que les
présidents de région ont
ouvert le feu, les 18 et 19 octobre, lors du Congrès des régions qui
setenaitàLyon.Leurcible:leministère des finances, premier frein,
selon eux, à leur volonté de jouer
unrôledechefdefiledudéveloppement économique et de l’innovation.
Si la question du futur projet de
loi sur la décentralisation, prévu
début 2013, inquiète les régions, les
tensionsactuellessont centréessur
leur poids dans la future Banque
publique d’investissement (BPI) –
ce bras armé de l’Etat, géré conjointement avec la Caisse des dépôts et
consignations (CDC), qui sera créé
d’icià lafin del’annéeafin desoutenir les PME industrielles et de stimuler la croissance économique.
Le coup d’accélérateur dont a
besoin l’économie française passera par la « régionalisation du
soutien aux PME », avance Alain
Rousset, président PS de l’Association des régions de France (ARF) et
de la région Aquitaine. « Pour une
aide à l’innovation, à l’équipement, à la formation ou à l’obtention de garanties pour l’export, les
régions sont les mieux placées, du
fait de leur proximité, pour comprendre et répondre aux besoins
des entrepreneurs », souligne le
président de l’ARF.
Dans une lettre adressée, le
10 octobre, au premier ministre
Jean-MarcAyrault, que s’est procurée Le Monde, M. Rousset réclame
ainsiune clarificationet un renforcement des pouvoirs accordés aux
régions dans les différents étages
Le Club
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Première maladresse du
futur président de la BPI
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Jean-Pierre Jouyet, directeur
général de la Caisse des dépôts
et futur président de la Banque
publique d’investissement (BPI)
a commis une première maladresse, vendredi 19 octobre. Interrogé sur l’opportunité d’aider le
site industriel de Florange (groupe ArcelorMittal), M. Jouyet a
répondu que la BPI n’avait pas
vocation à soutenir « les canards
boiteux ». Il s’est aussitôt fait
reprendre par le chef de l’Etat,
qui, au sortir du sommet européen, a estimé que le cas de
l’aciérie de Florange ne relevait
pas de la BPI et que cette usine,
ainsi qu’ArcelorMittal, n’étaient
pas des « canards boiteux ».
entre le boulevard Saint-Germain
et la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Ils n’ont aucune idée, et aucun
respect pour ce qui se réalise dans
les régions», relance M. Huchon.
Les régions, dont 21 sur 22 en
métropolesont dirigées par la gauche, regrettent que le projet de loi
créant la BPI, adopté le 17 octobre
enconseildes ministres,ait été inspiré par un rapport de l’inspection
des finances, prévoyant de leur
accorder un rôle jugé trop secondaire. D’où le tir de barrage de
l’ARF. « Le modèle jacobind’organisation de l’Etat veut des collectivités aux compétences émiettées,
« François Hollande
n’a pas beaucoup
de cartouches à tirer,
il ne doit pas rater
celle-là »
Jean-Jack Queyranne
président de la région
Rhône-Alpes
s’insurge Alain Rousset, ce n’est
pas l’intérêt général! »
A Bercy, où la lettre de M. Roussetaétéadresséeencopieauministre de l’économie, Pierre Moscovici, on se dit ouvert à la discussion.
Le débat parlementaire sur ce projet de loi permettra d’amender le
texte, assure-t-on. La demande
pourtroisadministrateurs,notamment,ne paraît pasirrecevable.« Le
diable se nichant dans les détails,
nous regarderonsavec attention les
textes qui sortiront », avertit
M. Rousset. Le bras de fer avec le
gouvernement, des présidents
socialistes de région se disent prêts
à le mener. « En matière d’emploi,
de formation, les régions se sont
engagées à soutenir le gouvernement dans son projet de croissance,
et l’Etat ne pourra pas le faire sans
nous. Ce n’est pas pour se faire mettre dans le vent à la première occasion», fait valoir M.Huchon.
« Cette réforme peut revitaliser
le modèle industriel français,
remettre du carburant intellectuel
au cœur du développement économique », analyse Jean-Jack Queyranne, président du conseil régional de Rhône-Alpes. « FrançoisHollande doit réussir la décentralisation. Il n’a pas beaucoup de cartouches à tirer, il ne doit pas rater cellelà », avertit-il. p
Anne Michel et Eric Nunès
es députés achèveront lundi
22 octobrel’examen de la premièrepartie de la loi de finances pour 2013, qui doit être votée
par scrutin public mardi 23 octobre. Quand la séance a été levée,
peu avant 3 heures, dans la nuit de
vendredi à samedi, il restait encore 76 amendements à examiner.
Le gouvernement semblait
avoir franchi la plus haute haie de
sa course d’obstacles budgétaire en
faisant adopter – finalement sans
grandes difficultés – les principales
dispositions de son projet de loi. A
commencer par celles qui avaient
concentré la polémique, ces derniers jours, suite à la mobilisation
des entrepreneurs qui s’étaient
baptisésles«pigeons»contreledispositif de taxation des plus-values
de cession. Ce qui avait contraint le
ministre délégué au budget, Jérôme Cahuzac, à revoir sa copie, qu’il
soumettait à la discussion vendredi après-midi.
L’affaire aurait pu mal se présenter. L’opposition n’allait pas se
priver de profiter de la volte-face
du gouvernement. Le climat, à la
reprise de la séance, s’en ressentait. Celle-ci a failli d’emblée déraper. Nathalie Kosciusko-Morizet
(UMP, Essonne) s’apprêtait à prendre la parole pour défendre « le
monde de l’entreprise » lorsque le
rapporteur général, Christian
Eckert (PS), a lâché – hors micro – :
« Tiens, voilà les conflits d’intérêts
qui s’amorcent ! », provoquant un
tollé de l’opposition.
« Politique de Gribouille »
Passé ce moment d’ébullition,
le débat a repris son cours normal.
La droite a accusé le gouvernement d’avoir « la main lourde et
maladroite», demener« une politique de Gribouille », d’« envoyer un
signal négatif aux entrepreneurs»,
de faire des entrepreneurs « les
adversaires du gouvernement »…
« Le mal est fait », a insisté Laure de
la Raudière (UMP, Eure-et-Loir)
considérant que la nouvelle rédaction proposée par le gouvernement ne changerait rien à l’affaire.
Il revenait à M. Cahuzac de faire
œuvre de pédagogie. Sans grand
espoir de convaincre l’opposition
mais avec celui d’apaiser le sentiment, dans sa majorité, que le gouvernement avait été bien prompt
à lâcher du grain aux « pigeons».
Leministrea assuméson«changement d’opinion ». « Le projet de
loi,sur certainsaspects,étaitprobablementerroné,a concédéM. Cahuzac. Nous avons estimé qu’une
erreur avait été faite, nous avons
tenté de la corriger le mieux et le
plus vite possible. Certains ont pu
être choqués de la manière dont le
gouvernement a tenté de le faire.
J’espère que, au regard des explications que je donne, ils comprendront la rapidité avec laquelle nous
avons agi. » Autant de précautions
à usage de sa propre majorité.
Il s’est toutefois défendu de vouloir remettre en cause le principe
directeurdeceprojetdeloidefinances, à savoir que « le capital doit
contribuer autant que le travail ».
Reste que l’amendement du gouvernement à son projet de loi initial entraîne une perte de 800millionsd’eurossur lemilliardque cette disposition était censée rapporter. Le choix du gouvernement de
compenser cette moindre recette
en prolongeant de deux ans la surtaxe à 35 % d’impôt sur les grandes
sociétés a calmé les aigreurs à gauche. Les amendements du gouvernement ont été adoptés par l’ensemble de la majorité.
Face à une opposition finalementmoins pugnace que lesdéclarations véhémentes de ses dirigeants ne le laissaient attendre, le
ministre du budget a dû, à plusieurs reprises, s’employer pour
tempérerlesdemandesde samajorité. Ni les écologistes ni le Front de
gauche n’ont réussi à voir aucune
de leurs demandes d’alourdissement de la fiscalité exaucées.
« Les entreprises sont déjà suffisamment sollicitées, il convient de
ne pas trop chargerla barque», leur
a régulièrement opposé M. Cahuzac. Qui a dû aussi composer avec
le groupe socialiste. Certains députés s’inquiétaient ainsi des abattements consentis sur les cessions
de terrains à bâtir. En commission
des finances avait été adopté un
amendementmodérantce dispositif. Le gouvernement n’y était pas
favorable. « Je vous demande d’en
rester au texte gouvernemental», a
insisté M. Cahuzac, s’adressant à
ses anciens collègues du groupe
PS. Les députés socialistes ont cédé
de bon gré aux arguments du
ministre du budget. p
Patrick Roger
Durcissement atténué
du malus automobile
LE MATCH n’est pas terminé,
mais l’industrie automobile française peut se féliciter d’avoir remporté une première victoire.
Contre l’avis du gouvernement,
les députés ont voté, vendredi
19 octobre, un amendement de la
commission des finances au nom
« de la défense de l’industrie automobile française», limitant le durcissement du malus aux seuls
véhicules émettant plus de 155 g
de CO2 par km.
Dans le dispositif initial défendu par le gouvernement, présenté
dans le cadre du projet de loi de
finances, les acquéreurs de voitures se voyaient affectés d’un malus
sensiblement alourdi: 100 euros
contre zéro auparavant pour les
véhicules dégageant de 135g à
140g, 300 euros contre 200 euros
aujourd’hui de 140g à 145g,
400euros contre 200 euros entre
145g et 150g, 1000 euros contre
500 euros de 150g à 155g.
Des augmentations jugées trop
élevées par les députés: pour ces
catégories de véhicules, l’amende-
ment adopté annule la hausse envisagée. Le reste du dispositif gouvernemental, concernant les véhicules les plus polluants, n’a en revanche pas été modifié: au-dessus de
155g d’émissions de CO2, le malus
est plus que doublé dans la plupart
des catégories, atteignant même
6000 euros au-dessus de 200g.
Le ministre du budget, JérômeCahuzac, a annoncé qu’il ferait
procéder «à une seconde délibération» pour revenir sur le vote des
députés, lequel représente, selon
lui, une perte de recettes de
«140millions d’euros» pour l’Etat.
Le vote de cet amendement risque également de provoquer la
colère des écologistes, qui trouvaient déjà le dispositif trop indulgent d’un point de vue environnemental. Ils avaient, de leur côté,
déposé un amendement proposant d’inclure les émissions de
particules fines dans le calcul du
bonus-malus, une mesure qui
ciblait les moteurs diesel. Mais
leur amendement a été rejeté. p
Rémi Barroux
(Publicité)
Lettre ouverte aux hommes politiques, aux économistes ainsi qu’aux femmes
et aux hommes intéressés par la situation économique actuelle de l’Europe
POUR LUTTER CONTRE LA CRISE : LE CHOC DE LA DEMANDE
Nous sommes entrés dans la période économiquement difficile, qui fait suite à une crise de la dette. Ce
type de situation se rencontre une fois par siècle. Cette période peut être longue et pénible, elle peut être
même très longue et très pénible si on n’y prend pas garde. Ceci, peut-être, parce que l’on n’a pas compris
exactement dans quel type de crise l’on se trouve.
Pour remonter presque jusqu’à l’origine, il faut revenir au début des années 80, après la stagnation,
et l’hyper inflation des années 70. La politique énergique de Monsieur Volker aux USA, de hausse
vigoureuse de taux d’intérêt, suivie un peu partout dans le monde, a réussi alors à stopper les
anticipations inflationnistes. L’économie dans sa globalité repartit sur des bases nouvelles, avec une
inflation désaccélérant à partir de sommet de près de 15 % dans les années 70, à près de 2 % au début
des années 2000.
Les taux d’intérêts ont suivi le même chemin, passant de sommet de près de 15 % pour les taux d’intérêts
d’Etat à 10 ans, à moins de 1,5 % dans certains pays en 2012.
Cette diminution de l’inflation, ces taux d’intérêts de plus en plus favorables à l’emprunt, une macro
économie globalement considérée comme moins cyclique que par le passé, ont favorisé l’endettement
des ménages et des états, au-delà de la mesure. Ceci parce que l’on n’en voyait plus les conséquences
négatives.
On était supposé être rentré dans l’ère d’un nouveau paradigme d’économies moins risquées, de
croissance technologique, d’ouverture des frontières, d’offres de plus en plus compétitives.
Au début des années 90 certains Etats de l’Europe du Sud ne voyaient plus pourquoi leurs dettes ne
pourraient pas continuer à croître indéfiniment. Au début des années 2000, des hommes politiques
français considéraient que cela durerait aussi longtemps qu’eux-mêmes. Il eut toutefois en 2007 un
ministre français qui déclara presque incongrûment, que notre pays était virtuellement en faillite.
Les hommes politiques, les banquiers, les autorités monétaires et celles en charge de la régulation, les
agences de notation ne s’étaient pas aperçus qu’au milieu des années 2000, le système économique de
l’endettement était rentré dans une phase de perversion extrême, dont les crédits « subprime » aux EtatsUnis en furent un des exemples symptomatiques.
Il n’était plus question de calculer si les emprunteurs auraient la capacité de rembourser un jour leurs
dettes, puisque de toute façon, après quelques années, lorsque le prix de leurs maisons aurait monté
suffisamment, les emprunts seraient renégociés dans des termes plus favorables. On leur accorderait alors
un nouveau crédit hypothécaire et un nouveau crédit à la consommation, adossés sur l’accroissement de
la valeur supposée du bien, objet de l’hypothèque « subprime ».
Le problème économique de ce type d’attitude face aux risques, est qu’elle ne fonctionne que dans la
phase ascendante du cycle de crédit. C’était l’époque où l’on considérait que la balance des paiements
et la balance commerciale, n’avaient plus d’importance, comme le soutenaient certains économistes
anglais et américains. L’important pour la prospérité économique d’un pays était d’avoir une bourse qui
monte, une bourse qui attire toujours plus de capitaux à l’intérieur du pays. Cette situation avait l’avantage
de combler miraculeusement le déficit de la balance des paiements.
Cette politique optimiste, comme nous l’avons rappelé, ne fonctionne que dans la phase ascendante du
cycle de crédit. Si l’économie reste cyclique, malgré des cycles plus faibles que dans les années d’après
guerre, cette approche est suicidaire à terme. C’est le nœud du problème que peu d’économistes ont
perçu, car il était masqué par le nouveau paradigme économique de la globalisation.
Le cycle du crédit repartit ainsi de plus belle de 2003 à 2007.
Il est vrai que ce cycle de crédit, que l’on peut dater du début des années 80, mais plus encore du début
des années 90, à partir de 93 – 94, est le cycle qui a permis l’actuelle globalisation. Cette globalisation a
eu pour « moteur du monde », le consommateur américain, et le déficit du même pays. Les
importations américaines ont permis le décollage industriel des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine).
Le moteur s’est grippé au milieu des années 2000, vers 2007, lorsqu’ au vu d’une activité économique
plus incertaine, de risques croissants, les banquiers puis les consommateurs américains ont considéré
confusément, que le système était devenu trop dangereux pour continuer à prêter et à emprunter.
Dans ce type de situation, à un moment donné, les banques ne prêtent plus, les consommateurs mal à
l’aise ne veulent plus emprunter. C’est ce que Hayek a appelé la « barrière monétaire » dans son célèbre
livre sur la crise des années 30, « Prix et Production ». C’est ce que Kindleberger appelle un
« déplacement » dans son livre sur les crises financières. A un moment donné, il s’opère un
déplacement dans les appréciations du risque, dans les anticipations des banquiers, des
consommateurs et des emprunteurs. Ils estiment que l’activité économique est trop incertaine, le risque
trop élevé, l’endettement trop dangereux pour continuer à prêter, pour les banquiers d’abord, puis à
emprunter pour les autres, les consommateurs et entreprises (ceci démontre assez qu’une offre de
monnaie supplémentaire ne peut être le remède à elle seule).
Les « subprime » ont semblé d’un seul coup monstrueux. L’endettement des ménages a culminé dans la
2ème moitié des années 2000, parfois à près de 140 % de leur revenu annuel, contre moins de 50 % 25
ans plus tôt. D’un seul coup, les consommateurs ont repris conscience que l’activité pouvait être cyclique.
Ils ont voulu réduire leur consommation et augmenter leur épargne.
Cette rupture s’est traduite par un choc récessif extrêmement brutal en 2008, avec une chute de la
production allant jusqu’à 7 %. Depuis lors, la production a remonté avec beaucoup d’hésitation. En 2012,
cette récupération aurait tendance à s’infléchir sinon à s’inverser, dans certains pays. L’Allemagne et les
Etats-Unis sont les deux seuls pays occidentaux à avoir retrouvé leur niveau de production de 2007. Les
autres sont très en deçà.
C’est une crise durable, peut-être aussi durable, et peut-être même plus durable que celle des
années 30.
Les politiques d’austérité ont leur limite. Un chancelier de l’échiquier anglais constatait l’an dernier, avec
un certain effarement, que malgré sa politique d’austérité et ceci bien qu’il ait lu toutes les études
afférentes, la croissance ne repartait pas. Au 1er semestre 2012, la Grande Bretagne s’enfonce à nouveau
dans la récession après 5 ans de crise.
QUEL EST LE MAL ? QUEL EST LE REMEDE ?
Le mal est assez simple à analyser, c’est une crise de surendettement. Après s’être surendettés en grande
partie à cause de taux d’intérêts trop faibles, les ménages souhaitent réduire leur endettement. Aussi, se
trouve t-on dans la situation assez terrible d’avoir une volonté d’épargne proportionnellement plus
grande, sur un revenu lui-même diminuant, comme c’est le cas en Angleterre en 2012. Comment
s’étonner alors, que la consommation baisse ? C’était inéluctable et relativement facile à anticiper.
A partir de 2008, devant cette baisse de la consommation généralisée, les Etats occidentaux ont décidé,
pour éviter une forte diminution globale de la demande, de ne pas réduire leurs dépenses et de laisser
filer leur déficit. Les Etats-Unis poursuivent dans cette direction. L’Europe, dans un contexte de désunion,
a décidé d’adopter une politique différente en réduisant les déficits publics. Nous constatons ainsi en
Europe une récession qui se poursuit, alors que les Etats-Unis connaissent une croissance réelle, toutefois
plus faible que ne l’auraient espérés les tenants de la politique de déficit.
Pour reprendre l’enchainement dangereux, les ménages ont un revenu décroissant, alors même qu’ils
souhaitent épargner plus sur ce revenu décroissant, afin de faire baisser leur endettement global, de près
de 140 % aux USA, à par exemple moins de 100 %, de leur revenu annuel. Il est aisé de percevoir que
c’est un processus long et difficultueux qui peut durer une décennie, voire plus. Si l’on n’y prend garde,
on peut rentrer dans une spirale déflationniste de type japonaise. Ce pays connaît une économie
stagnante depuis plus de 20 ans, avec un endettement croissant de l’Etat, à plus de 200 % du PIB, et un
désendettement décevant des ménages. Le maintien des taux de la Banque centrale japonaise à 0 %, et
une hausse régulière des dépenses publiques n’ont pas suffi à contrebalancer l’impact de ce mouvement
de désendettement graduel des ménages japonais. Du fait d’un manque de réformes structurelles
menées suffisamment en profondeur pour redynamiser l’économie, celle-ci a perdu une part de sa
capacité d’innovation. Elle est par ailleurs handicapée, comme l’Europe mais plus qu’elle, par le poids
d’une population vieillissante. C’est la voie que l’Europe ne doit pas suivre, et, le cas dangereux que nous
devons garder en tête à tout instant. Monsieur Bernanke est bien conscient de cet écueil, il l’a même
théorisé, raison pour laquelle il est très actif pour éviter de tomber dans cette trappe.
Par ailleurs, il faut garder à l’esprit que le développement de cette crise de l’endettement se réalise dans
un cadre global plus compétitif, plus dangereux qu’autrefois pour les économies occidentales.
Lors de la récession du début des années 90, Il n’y avait pas de pays émergents en croissance, faisant
monter le prix des matières premières comme aujourd’hui. En 2012, le consommateur est pris dans une
tenaille plus dangereuse qu’à l’époque, dans la mesure où, pour la première fois, dans la phase
descendante d’un cycle, nous constatons des prix des matières premières ascendants. Ce phénomène a
pour conséquence que les anticipations de taux d’inflation et les taux d’inflation sont restés dans les pays
occidentaux, jusqu’à ce jour, après 5 ans de crise, à plus de 2 %, notamment aux USA et en Angleterre.
Ce taux est situé au-delà de la ligne haute du « target » de la politique monétaire des banques centrales
occidentales. C’est un paradoxe dont elles ne pourront pas faire l’économie de la réflexion dans la
gestion du binôme prix-emploi. Les objectifs d’inflation de politique monétaire des banques centrales,
devront être déplacés raisonnablement vers le haut, pour ne pas handicaper la croissance.
La demande est atone, les ménages se désendettent, les salaires augmentent moins vite que l’inflation,
notamment en Angleterre et dans le sud de l’Europe.
Sans un choc salutaire, nous sommes entrés dans un cercle vicieux dépressionniste. Les Etats n’y peuvent
plus rien, ils se sont eux-mêmes surendettés dans la 1ère phase de la crise, afin de compenser la baisse de
la demande des consommateurs. Ils sont aujourd’hui en Europe, et demain sans doute aux Etats-Unis, en
cure d’austérité.
Il faut casser ce cercle vicieux. Aussi est-il nécessaire de créer des anticipations reflationnistes par une
demande plus dynamique. En Europe, seul un choc de la demande réalisé, parce que les
consommateurs pensent qu’ils vont bénéficier d’un revenu durablement plus élevé, peut faire diminuer
un taux d’épargne trop important. Ce taux d’épargne est devenu profondément déflationniste.
Il est nécessaire de créer ce choc de la demande. Les états européens, les patronats européens et les
organisations représentatives des salariés doivent décider tous en même temps, que les salaires minimaux,
nationaux, sectoriels ou par entreprises sont augmentés de 2 % immédiatement, si nécessaire par la loi,
peut-être dans le cadre d’une réorganisation plus globale du marché du travail. Les faibles salaires
devront, pour une période suffisante, de 3 à 5 ans, augmenter de 2 % plus vite que l’inflation,
chaque année. Cette période assez longue permettra une contamination progressive de la hausse des
salaires les plus faibles, vers les salaires intermédiaires. Cette anticipation par les salariés, d’une période
assez longue de hausses de salaires, permettra d’ancrer des anticipations de revenus et de dépenses plus
élevées. Seule cette échelle mobile des salaires faibles, qui sont ceux des salariés qui consomment le plus,
peut casser le cercle vicieux des anticipations négatives, et permettre aux consommateurs d’épargner un
peu moins.
Il faut simplement réamorcer la pompe. Cette inversion des anticipations est le point crucial qui peut
mettre fin à la crise. Ce ne sera pas un retour marqué à une croissance forte, mais une inflexion
suffisamment significative pour inverser une tendance. Il faut un choc brutal et puissant pour l’obtenir.
Pour que ce choc de la demande soit efficace, il doit provoquer un rebond fort de la confiance des
ménages. Cela sera possible si les ménages observent que cette hausse des salaires s’accompagne des
mesures nécessaires de réformes structurelles, permettant de dessiner à terme un environnement porteur
donnant la possibilité d’affronter efficacement, les défis de la concurrence mondiale.
Par ailleurs, il serait souhaitable que la BCE continue à baisser ses taux d’intérêts afin que l’euro se déprécie
pour qu’il n’y ait pas, après la hausse des salaires, de perte de compétitivité extérieure de la zone euro.
Toutefois, l’immense réserve de productivité, en raison du faible taux d’utilisation des capacités de
production, en Europe et dans le monde, auquel nous sommes parvenus, devrait garantir une
accélération faible de l’inflation. Dans un premier temps, la reprise fait baisser les coûts unitaires des biens
produits. Il y aura une augmentation de la demande puisque la presque totalité de l’augmentation des
faibles salaires sera dépensée. De surcroît, une faible baisse du taux d’épargne abondera la demande
globale. C’est seulement dans un deuxième temps, lorsque l’on s’approche de la pleine utilisation des
capacités de production, que des goulets d’étranglement apparaissent. Ils font alors monter les prix, mais
nous en sommes loin. Il faudra des années avant d’y arriver, car ce sera une reprise modérée.
Il y aura globalement une progression du pouvoir d’achat garanti sur une période suffisante. Ce nouvel
état devrait permettre aux consommateurs de reprendre le chemin des achats optimistes afin de constituer
un choc positif des demandes. Si il y a une bonne coordination des états, des organismes patronaux,
des organisations représentatives des salariés et des entreprises, les demandes augmenteront partout en
même temps, les profits des entreprises suivront. Les marchés salueront cette unité d’action
retrouvée des principaux acteurs économiques. Cette unité d’action est cruciale. Elle a beaucoup
manqué depuis 5 ans pour le rétablissement de la confiance.
Cette politique n’exclut pas, par ailleurs, pour des pays qui ont été particulièrement peu diligents quant à
leur coût de production, de commencer à mettre en œuvre une politique de l’offre. Cette politique de
l’offre prendra des années à produire ses effets. Elle est indispensable mais elle ne sera pas capable de
réamorcer la pompe.
Il y a un ordre hiérarchique des priorités : les politiques de l’offre, de baisse des coûts, de
réduction des déficits budgétaires, sont une impasse si le consommateur ne reprend pas le
chemin des supermarchés, les achats d’automobiles, de biens d’équipement…
Par ailleurs, il faut faire en sorte que les banques puissent prêter. Aussi la mise en place de ratios de
solvabilité plus exigeants pour les banques et les compagnies d’assurances, est une erreur si l’on procède
trop rapidement. Les banques doivent pouvoir prêter, les compagnies d’assurance doivent pouvoir
investir dans le capital risque et les valeurs immobilières en bourse. Les nouveaux critères de solvabilité leur
interdisent quasiment d’y parvenir.
Après avoir fait l’erreur dans les années 2000 de permettre aux banques de mettre en levier leurs bilans
de façon excessive, ce serait une très mauvaise politique que de les obliger maintenant, à les réduire
drastiquement, dans la précipitation. Comme un écolier pris en faute, les autorités monétaires veulent
réparer leurs erreurs avec une rapidité très dangereuse pour la croissance économique. Après une erreur
de négligence, il ne faut pas ajouter une faute de précipitation.
Hausse des salaires au niveau européen, réformes structurelles pour une politique de l’offre vraiment
renforcée, baisse des taux d’intérêts, baisse de l’euro, application retardée et modifiée des critères de
solvabilités bancaires et assurances, permettront d’inverser les anticipations et de réamorcer la pompe.
Il n’y aura pas de miracle mais comme le choc a été calibré pour ne pas fragiliser les entreprises,
avec environ 1 % de croissance supplémentaire de la masse salariale par année sur 5 ans, en trois
ou quatre ans, nos économies devraient avoir repris la bonne direction, avec la capacité de
résoudre sur une période encore assez longue, la gigantesque crise de surendettement
que nous connaissons. Cette crise n’est pas le fruit de quelques disfonctionnements actuels,
mais la mise en place sur plus de 30 ans d’un mécanisme économique et psychologique
excessivement dangereux, duquel il est impossible de sortir sans prendre de la hauteur
et briser des tabous. La crise de surendettement est une crise profonde de nos sociétés,
qui doivent réapprendre une certaine rigueur et une certaine morale, tant
économique que politique.
Didier Voydeville
Economiste
[email protected]
économie
12
LES FILMS DU LOSANGE,
X FILME CREATIVE POOL et WEGA FILM
présentent
0123
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
Igor Setchine, le tsar du pétrole
russe, met la main sur TNK-BP
Le président de Rosneft réalise un vieux rêve de son ami
Vladimir Poutine: accroître l’emprise de Moscou sur le secteur
Moscou
Correspondante
L
“Trintignant,
impérial et touchant.”
LE FIGARO
“Amour nous bouleverse,
Amour est immense.”
LIBÉRATION
“★★★★”
PREMIÈRE
JEAN-LOUIS TRINTIGNANT
EMMANUELLE RIVA
AVEC LA PARTICIPATION DE
ISABELLE HUPPERT
AMOUR
Un film de
MICHAEL HANEKE
LE 24 OCTOBRE
La bande originale interprétée par ALEXANDRE THARAUD
est disponible sur disques Virgin Classics
e dernier épisode du feuilleton de l’année en Russie se
joue en ce moment à Londres, où les patrons des majors britannique BP et russe Rosneft achèvent de redessiner leur alliance
stratégique. Le pacte devrait être
officialisé lundi 22 octobre.
Détenue à 75 % par l’Etat russe,
Rosneft veut privatiser 12,53 % de
ses parts, BP est acquéreur. En
échange,la major britannique met
dans la corbeille la moitié de TNKBP, troisième producteur de brut
en Russie. Elle en partageait jusqu’ici la propriété avec le consortium Alfa-Access-Renova (AAR),
détenu par un quarteron de milliardaires russes installés à l’étranger (Mikhaïl Fridman, Viktor Vekselberg, Len Blavatnik et German
Khan). Mais AAR et BP sont à couteaux tirés depuis de longs mois.
Rosneft, de son côté, convoite
TNK-BP. Les 50 % de BP lui sont
donc acquis, contre des actions et
15 milliards de dollars (11,5 milliards d’euros). Des négociations
ontdémarréavecAARpourl’acquisition des 50 % restants, qui
devraient lui coûter quelque
28 milliards de dollars.
Si l’affaire va à son terme,
Rosneft se hissera au rang des premiers producteurs d’hydrocarbures de la planète, avec 3,3 millions
de barils par jour, contre 2,4 millionsactuellement.Mais ellese traduira aussi par une hausse de l’endettement de Rosneft, qui doit
déjà quelque 25 milliards de dollars aux banques. Ce qui risque,
ont prévenu les agences de notation Fitch et Standard & Poor’s, de
nuire à son profil financier.
Rosneft détient avec Gazprom
le monopole de l’exploitation des
gisements en eaux profondes,
notamment dans l’Arctique, le
nouvel eldorado des pétroliers.
Maissa gestionlaisse à désirer,l’investissement est insuffisant. Et
Igor Setchine, le président de Rosneft, en visite à Caracas, au Venezuela, le 27 septembre. RIA NOVOSTI
l’action de la major a perdu 6 % en
Bourse depuis six ans que l’entreprise est cotée.
Igor Setchine, lui, se frotte les
mains. Le président de Rosneft
vient de réaliser, à 52 ans, ce que
Vladimir Poutine attendait de lui :
augmenter l’emprise de l’Etat sur
le secteur pétrolier, qui passe ainsi
de 30 % à 50 %. Originaire de SaintPétersbourg, tout comme le président, il fut son secrétaire particulier en 1991, son chef de cabinet en
2000, son vice-premier ministre
en 2008. Jadis interprète de l’armée soviétique en Angola et au
Mozambique, il est un membre du
premier cercle, le chef de file des
« siloviki », comme on appelle ces
« hommes en épaulettes » favorables à la mainmise de l’Etat sur
l’économie.
Hommede l’ombre,il en est sorti en prenant la tête de Rosneft en
2004. Le groupe public n’est alors
qu’un acteur mineur. Grâce à la
captation des principaux actifs de
la major privée Ioukos, après l’arrestation de Mikhaïl Khodorkovski, son PDG, il devient numéro un
du secteur. Le « faucon » Setchine
joua un rôle décisif dans le démantèlement de Ioukos, confia un jour
l’oligarque déchu, qui purge
actuellement treize ans de prison
pour fraude fiscale.
Conditions drastiques
Ces derniers mois, Igor Setchine
a bataillé avec le premier ministre
Dmitri Medvedev, alors que les
libéraux du gouvernement veulent empêcher Rosneft d’acquérir
des sociétés électriques qui doivent être privatisées. Il n’en faut
pas plus à Igor Setchine pour réclamer la médiation du maître du
Kremlin, dont il a l’oreille depuis
l’époque où les deux hommes travaillaient à la mairie de SaintPétersbourg,dans les années 1990.
Un familier des lieux décrit
BP se recentre sur l’exploration-production
Londres
Correspondant
BP compte sur la cession à
Rosneft de sa participation de
50 % dans la coentreprise TNK-BP
pour accélérer son opération de
recentrage sur le cœur du métier,
l’exploration-production. Le
géant des hydrocarbures d’outreManche espère que cet ancrage
permettra de soutenir son cours
en Bourse, qui se languit depuis
la tragédie du naufrage, le
20 avril 2010, de la plate-forme
Deepwater Horizon dans le golfe
du Mexique.
L’offre de Rosneft devrait
financer l’accord final avec les
autorités américaines concernant la plus grave pollution écologique de l’histoire des Etats-Unis.
Les compensations versées à ce
jour, soit 38 milliards de dollars
(29,2 milliards d’euros), ont été
payées grâce aux cessions d’actifs non stratégiques, principalement de vieux gisements, des
opérations de raffinage ou des
réseaux de stations-service.
En s’ancrant à Rosneft, dont BP
se retrouve au passage actionnaire, le pétrolier britannique va participer à la grande aventure de
l’exploitation des hydrocarbures
de l’Arctique, tout en se débarrassant des oligarques russes d’AAR
avec qui elle était associée au sein
de TNK-BP.
Au-delà de la nouvelle frontière pétrolière russe, l’ex-British
Petroleum dispose d’autres relais
de croissance. L’entreprise demeure le premier opérateur dans le
Golfe du Mexique, où elle a pu
reprendre ses forages par le truchement de son associé texan
Noble Energy.
Par ailleurs, le groupe, dirigé
par Bob Dudley, aligne nombre de
nouvelles coentreprises d’explora-
tion (Jordanie, Brésil, mer de
Chine, Australie…) en vue de compenser la venue à maturité de ses
champs traditionnels d’Alaska et
de la mer du Nord. La société est
également bien placée au Canada
pour tirer bénéfice de l’extraction
des schistes bitumineux. p
Marc Roche
M. Setchine, dont le bureau jouxtait celui de M. Poutine, alors responsable des relations extérieures, comme celui qui gérait l’accès
au « patron». Il consignait les coordonnées de chaque entrant dans
un carnet de cuir, « aussi épais que
le roman “Guerre et Paix” de Léon
Tolstoï».
Enonze ans,lefonctionnaireterne estdevenule tsar du pétrolerusse. Le 28 septembre, revêtu d’un
maillot à l’effigie de Hugo Chavez,
il regardait jaillir la première production des gisements de brut de
l’Orénoque (Junin 6), aux côtés du
président vénézuélien, vantant
« le premier pétrole extrait par la
Russie sur le continent américain ».
Dans cette histoire, Caracas a
imposé à Rosneft des conditions
drastiques: les Russes, qui détiennent 40 % seulement de la société
mixte, ont dû mettre un milliard
de dollars sur la table. Le groupe
s’est également engagé à investir
20milliards de dollars sur quarante ans. Le pari est osé. L’accord juridique n’a toujours pas été signé.
Mais qu’importe. Rosneft n’en a
cure, il réalise les ambitions stratégiques du Kremlin. Car, vu des
bords de la Moskova, le Venezuela,
moteur de « l’anti-impérialisme»
enAmérique latine,est lepartenaire idéal pour asseoir la puissance
russe dans une zone longtemps
perçue comme l’arrière-cour des
Etats-Unis. p
Marie Jégo
0123
13
économie
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
Malgré les doutes sur sa rentabilité,
l’Espagne finance le TGV Madrid-Galice
LES FILMS DU LOSANGE,
X FILME CREATIVE POOL et WEGA FILM
présentent
Les élections dans cette région auront valeur de test pour le gouvernement du Galicien M.Rajoy
des 2 190 passagers potentiels.
« Un désastre » qui coûtait chaque
jour 18 000 euros à l’Etat, avait
alors avoué Enrique Urkijo, le
directeur général de la clientèle de
Renfe, la société nationale des chemins de fer espagnols.
Madrid
Correspondance
L
’heure n’est pas au gaspillage
dans l’Espagne de la rigueur.
Et pourtant.Lors de la campagne pour les élections galiciennes,
prévu dimanche 21 octobre, le président du gouvernementespagnol
a annoncé que la ligne de train à
grande vitesse entre Madrid et la
Galice serait prête en 2018, alors
que la crise a réduit à peau de chagrin les programmes d’investissement en infrastructures.
Les origines galiciennes de
Mariano Rajoy sont-elles pour
quelque chose dans ce traitement
de faveur ? Ou s’agit-ilplus simplement de permettre au président
sortant de la région, membre du
Parti populaire (PP, au gouvernement), Alberto Feijoo, de gagner
desvoixdansuneélectionrégionale qui fait figure de test grandeur
nature pour le gouvernement
conservateur, élu il y a un an à
Madrid.
Ce n’est en tout cas pas la première fois que les Espagnols peuvent constater une telle « coïncidence» entredesdécisionsd’investissement dans des infrastructureset l’origineduprésidentdugouvernement. Le TGV Madrid-Séville
Une affiche d’Alberto Feijoo, président de Galice. M. VIDAL/REUTERS
a été inauguré lorsque l’Andalou
Felipe Gonzalez était aux manettes. L’aéroport de Leon agrandi
lorsque José-Luis Rodriguez Zapatero, originaire de cette province
de Castille, gouvernait le pays…
« Cela démontre que le gouver-
Une région sur deux veut demander une aide à l’Etat
Deux nouvelles régions espagnoles ont annoncé, vendredi
19 octobre, qu’elles allaient faire
appel au fonds de secours créé
par l’Etat pour aider les communautés autonomes, privées d’accès aux marchés de capitaux :
les Asturies, pour 261,7 millions
d’euros, et les îles Baléares,
pour 355 millions d’euros.
Après la Catalogne, l’Andalousie, les îles Canaries, la région de
Valence, de Castille-La Manche
et la Murcie, elles sont les septième et huitième régions à solliciter le fonds de liquidité. Des
demandes qui représentent près
de 17 milliards d’euros. Le gouvernement assure que le montant alloué à ce fonds, 18 milliards d’euros, sera suffisant.
L’Espagne ne devrait pas remplir ses objectifs budgétaires, en
grande partie à cause des importantes dépenses engagées par
ses 17 régions.
nement continue de faire la même
politiquedépourvuede sens économique et de rentabilité, basée sur
des critères politiques », estime
l’économiste spécialiste en infrastructures Germa Bel, professeur
invité à Cornell University aux
Etats-Unis.
Une allusion à une politique
d’investissementsen infrastructures largement financée par les
fonds européens lors des années
du boom, qui a permis la construction, dans presque toutes les capitales de provinces, d’aéroports à
moitié vides et d’un réseau de
lignes TGV, certes le plus grand
d’Europe, mais très peu utilisé.
En 2011, la ligne de TGV entre les
trois capitales de provinces de Castille-La Manche a été supprimée.
Chaque jour, seuls neuf passagers
empruntaient les trains, au lieu
Difficulté à remplir les trains
Le TGV galicien s’ajoutera-t-il à
la liste des infrastructures déficitaires et sous-utilisées que compte
le pays ? Déjà les premiers tronçons en fonctionnement du TGV
galicien laissent entrevoir la difficulté à remplir les trains. Sur les
trois premiers mois d’exploitation de la ligne Saint-Jacques-deCompostelle-Ourense, 80 % des
places étaient vides.
Les syndicats estiment, qu’une
fois terminé, le trafic pourrait
dépasser les trois millions de passagers par an. Les experts en doutent. « Pour le TGV en Galice, les
prévisions sérieuses tablent à peine sur un à deux millions de passagers annuels. Et pendant ce temps,
sur 40 km autour du pôle industriel de Tarragone, dans le couloir
le plus fréquenté du sud de l’Europe, le tronçon ferroviaire n’a
qu’une seule voie… », rappelle
M. Bel, qui ne cache pas son agacement.
Selon le budget pour 2013 présenté fin septembre, le projet du
TGV en Galice sera doté de
1,079 milliard d’euros. Soit un
tiers des investissements en
matière de transport ferroviaire
prévus l’an prochain. Et davantage que le couloir méditerranéen
(1,019milliardd’euros), une infrastructure-clé pour le transport de
marchandises par voie ferroviaire
entre les principaux ports du
pays, à commencer par Valence et
Barcelone, et la frontière française
et donc le reste de l’Europe. p
Sandrine Morel
La taxesur les transactionsfinancièresvavoir le jour
Dix pays membres de la zone euro, dont la France, sont prêts à s’associer en ce sens
Bruxelles
Bureau européen
F
rançois Hollande en a fait un
élément-clé du « pacte pour
la croissance » européenne
qui doit compléter le traité budgétaire : à l’issue du Conseil européen, le chef de l’Etat s’est réjoui,
vendredi 19 octobre à Bruxelles,
du lancement imminent d’une
taxe sur les transactions financières dans une partie de l’Union
européenne.
Au moins dix pays – tous membres de la zone euro – sont prêts à
s’associer pour mettre en place
une coopération renforcée en ce
sens dès 2013. Outre la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne participeront au projet, avec la Belgique,le Portugal,la Slovénie,l’Autriche, la Grèce et la Slovaquie. Certains, comme l’Estonieet la Finlande,pourraientsejoindreà l’initiative dans un second temps.
Un exercice au long cours, lancé
par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, et qui a déchiré les Vingt-Sept.
A l’instar du Royaume-Uni, où siège la City, et de la Suède, aucun
pays non membre de l’euro ne se
DIMANCHE
21 OCTOBRE À 18 H 10
BERNARD CAZENEUVE
MINISTRE DES AFFAIRES EUROPÉENNES
joindra à l’initiative. Au sein de
l’union monétaire, l’Irlande ou le
Luxembourg n’y participeront
pas non plus.
Pressée d’avancer au plus vite,
la Commission européenne s’apprête, dès mardi 23 octobre, à lancer la première étape de cette coopération, pour que les Vingt-Sept
autorisent les pays volontaires à
s’associer, si possible dès la prochaine réunion des ministres des
finances, le 13 novembre.
Reverser au budget européen
D’ici là, Wolfgang Schäuble et
Pierre Moscovici, les ministres des
finances allemand et français,
vont devoir s’assurer du soutien
de pays, comme la Pologne, qui ne
veulent pas jouer les pionniers sur
la taxe, mais sont encore en mesure de bloquer le processus.
Algirdas Semeta, le commissaire européen chargé de la fiscalité,
prendra alors quelques semaines
pour présenter une proposition
définitive aux Etats volontaires.
Les grandes lignes du projet sont
déjà fixées : la taxe devrait se monter à 0,1 % sur les ventes d’actions
et obligations, et à 0,01 % pour les
produits dérivés. Elle pourrait rapporter une trentaine de milliards
d’euros, en fonction de l’assiette
qui sera retenue par les Etats participants. La Commission avait calculé, en suggérant de lancer une
taxe sur les transactions financières à Vingt-Sept, voici un an, qu’elle rapporterait de l’ordre de 57 milliards d’euros par an.
Que faire de ces revenus ? Le
débat ne fait que commencer,
dans une Europe où l’austérité fait
rage. Certains pays, dont la France,
envisagent d’en reverser une partie au budget européen. D’autres,
comme l’Allemagne, ne l’entendent pas de cette oreille, à l’heure
où les Vingt-Sept s’apprêtent à de
longues négociations sur le sujet,
d’ici au prochain Conseil européen, les 22 et 23 novembre.
« Une part – c’est la position de la
France – devra être mutualisée,
c’est-à-dire affectée à des travaux
d’infrastructure qui compléteront
le pacte de croissance ou à un fonds
qui pourrait être dédié à la formation desjeunes », a dit François Hollande. Les ONG, comme Oxfam,
demandent d’en affecter une partie à l’aide au développement.
Pour Paris,cette ressourcepourrait même servir à financer le budget de la zone euro, une des pistes
esquissées depuis l’été pour tenter
de renforcer l’union monétaire. p
Philippe Ricard
Finance Emprunt groupé pour 44 collectivités
locales françaises
www.tv5monde.com
Xavier Lambrechts (TV5MONDE), Bruno Daroux (RFI),
Benoit Vitkine (Le Monde)
DIFFUSION SUR LES HUIT CHAÎNES DE TV5MONDE, EN DIRECT
SUR LES ANTENNES DE RFI ET SUR INTERNATIONALES.FR
et
avec
Un groupement de 44 collectivités locales françaises a réalisé, vendredi
19 octobre, un emprunt obligataire de 610 millions d’euros. L’opération
est inédite, tant par le montant levé que par le nombre de collectivités
engagées. Des opérations analogues, en 2004 et 2008, avaient concerné
11 et 22 collectivités locales. L’emprunt est d’une durée de dix ans, contre
un taux d’intérêt de 4,30 %. « C’est très faible pour un emprunt non noté
par les agences», relève Jérôme Pellet, banquier chez HSBC, tête de file
de cet emprunt groupé avec Natixis et Cacib (groupe Crédit agricole).
“Emmanuelle Riva,
formidable de force
et d’obstination.”
LE MONDE
“Un couple magnifique.”
L’HUMANITÉ
“Un choc comme
le cinéma en offre peu.”
LE PARISIEN
JEAN-LOUIS TRINTIGNANT
EMMANUELLE RIVA
AVEC LA PARTICIPATION DE
ISABELLE HUPPERT
AMOUR
Un film de
MICHAEL HANEKE
LE 24 OCTOBRE
La bande originale interprétée par ALEXANDRE THARAUD
est disponible sur disques Virgin Classics
14
0123
économie
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
L’UEJF affirme avoir Pauvreté et déficit d’investissements
obtenu de Twitter pèsent sur le redressement philippin
le retrait de tweets Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a entamé, vendredi, une visite de trois jours dans l’archipel
antisémites
Manille
Envoyé spécial
InstalléàSan Francisco,leréseausocialestsoumis
àla compétencedesjuridictionsaméricaines
S
i l’information se confirmait,
ce serait une première :
l’Union des étudiants juifs de
France (UEJF) a affirmé, vendredi
19octobre, avoir obtenu du réseau
socialTwitterqu’ilretiredes tweets
antisémites et racistes sur la base
d’une liste d’une trentaine de messages transmise par l’association.
Depuis plusieurs jours, la publication de messages à caractère
antisémites, publiés sur le site de
microblogging avec le mot-clé
#UnBonJuif, faisait polémique au
point d’avoir conduit des associations, comme le Mouvement
contre le racisme et pour l’amitié
entre les peuples (MRAP) ou SOS
Racisme, à se pourvoir en justice.
Des discussions ont eu lieu, vendredi, entre les avocats des deux
parties. Mais Twitter ne s’est pas
encore exprimé officiellement sur
le sujet et un certain flou demeure.
« Nous ne savons pas si tous les
tweets que nous allons signaler
serontsupprimés,ouseulementrendus illisibles en France », précise le
président de l’UEJF, Jonathan
Hayoun.
Et pour cause : la pratique de
Twitter n’est pas de supprimer des
tweets mais, éventuellement, de
bloquer leur accès dans les pays où
leurcontenuseraitcontraireà laloi
locale. Le réseau social, dont le siège est à San Francisco et qui n’a pas
encore de représentation officielle
en France, est uniquement soumis
à la compétence des juridictions
américaines. Il ne peut être
condamné par la loi française, tout
au plus sollicité dans le cadre d’une
procédure en France, sans avoir
l’obligation de coopérer.
En théorie, Twitter se réserve le
droit de retirer certains contenus
dans un pays donné, à condition
que la demande émane d’autorités
jugées « compétentes ». Le site de
micromessagerie a ainsi accepté,
jeudi, de faire fermer le compte
d’un groupe néonazi interdit en
Allemagne,après une intervention
de la police locale. Un geste remarqué, alors que son seul cadre légal
effectif demeure celui des EtatsUnis, où la liberté d’expression est
garantie par le premier amendement.
Dans l’affaire d’#UnBonJuif,
une action de la justice pourrait
permettre d’accélérer la suppression du contenu litigieux. La loi
pour la confiance dans l’économie
numérique(LCEN)de 2004 permet
à la justice française d’exiger que
Twitter prenne « toutes les mesures
pour faire cesser le dommage
constatéet[procède]àladésindexation des tweets ou du mot-clé sur
son site », explique l’avocate Virginie Bensoussan-Brulé, spécialiste
du droit lié à Internet. « Twitter
aura alors le choix de coopérer ou
de refuser de répondre aux demandes, poursuit l’avocate. Jusqu’ici, la
plupart des entreprises américaines confrontées à des cas similaires,
telles que Ebay ou Yahoo!, ont opté
pour la première solution.»
Pour autant, cela n’entraînera
pas automatiquementde condamnation pour les émetteurs de
tweets jugés antisémites. Selon la
loi de 1881 sur la liberté de la presse,
ils peuvent être poursuivis pénalement en France pour injure raciale
et provocation à la haine. Mais les
tweetssontapriorianonymespuis-
Leréseau social
«ne souhaite pas (...)
communiquer
lescoordonnées des
auteurs des tweets»,
selon l’avocat de l’UEJF
qu’un membre n’a aucune obligation de s’inscrire sous une identité
réelle. Et il reste à prouver que ces
messages ont bien été postés
depuis la France. Ce qui nécessite la
pleine coopération de Twitter.
Pour l’instant, le réseau social
« ne souhaite pas nous communiquer les coordonnées des auteurs
des tweets », fait savoir l’avocat de
l’UEJF, Me Stéphane Lilti. Celui-ci
prévoit le dépôt prochain d’une
action devant la justice à ce sujet.
En cas de refus de l’entreprise
de San Francisco, le seul moyen
d’action juridique potentiel resterait d’exiger des fournisseurs d’accès un filtrage, en France, de l’affichage des tweets antisémites.
« Les tribunaux ont déjà demandé le blocage de site par noms de
domaine, pour empêcher leurs
abonnés d’accéder à partir du territoire français à des sites illicites
[sites de jeux en ligne non agréés,
sites pédopornographiques, sites
négationnistes] », rappelle Virginie Bensoussan-Brulé. Mais le précédent n’a jamais eu lieu en ce qui
concerne des messages spécifiques sur un réseau social. p
Michaël Szadkowski-Troger
avec Marie de Vergès
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LA VOIX
EST
LIBRE
C
e n’estpasun hasardsi le premier ministre français, JeanMarcAyrault,a choisiles Philippines – après une étape à Singapour – comme première destination étrangère non européenne,
depuis sa nomination à Matignon : cet archipel, situé à l’extrême orient de l’Asie du Sud-Est,
pourrait bien être le prochain
« émergent » de la région.
Certespays pauvre, ces Philippines où M. Ayrault a entamé, vendredi 19 octobre, une visite de trois
jours,ont plutôtbien résistéà la crise mondiale.
En 2011, l’archipel a ravi à l’Inde
sa place de capitale mondiale des
centres d’appels délocalisés. Un
succès accompli grâce à une population urbaine résolument anglophone et au niveau d’éducation
soutenu : 683 000 Philippins travaillent dans ce secteur de services
qui a généré en 2011 plus d’une
dizaine de milliards de dollars.
La croissance a été de 6,1 % au
premier semestre 2012. Elle
devrait être de 5,5 % en fin d’année,
selon la Banque de développement asiatique (ADB).
Le pays possède des réserves en
devises de l’ordre de 70 milliards
de dollars (53,7 milliards d’euros).
Il a vu, en juillet, la note de sa dette
rehaussée de « BB » à « BB + » par
l’agence de notation Standard
& Poor’s, à un cran au-dessous du
grade « investissement» (qui commence à « BBB – ») auquel il aspire.
L’ancienne colonie américaine
est moins dépendante de ses
exportations que d’autres pays de
l’Association des nations de l’Asie
du Sud-Est (Asean). Une dizaine
de millions de Philippins travaillent à l’étranger et ont renvoyé en 2011 quelque 20 milliards
de dollars au pays.
Le gouvernement philippin
s’estdernièrementoffertleluxe de
proposer un prêt d’un milliard de
dollars au Fonds monétaire internationalpourcontribuerau relèvement de l’économie européenne…
La croissance démographique
de cet archipel farouchement
catholique, longtemps perçue
comme un fardeau, pourrait bien
représenter à terme un atout : plus
Le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, et le président des Philippines, Benigno Aquino,
au palais de Malacanang, à Manille, vendredi 19 octobre. BULLIT MARQUEZ/AP
de la moitié de la population a
moins de 22 ans, et les prévisions
indiquent que le pays va continuer à se rajeunir dans les prochaines années.
« Notre problème est la persistance d’une pauvreté évaluée à
26 % de la population, et une offre
d’emplois encore insuffisante au
vu du nombre de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché »,
relève Guillermo Luz, codirecteur
du Conseil de compétitivité nationale, organisation chargée de
conseiller le président Benigno
Aquinosur les questions économiques et sociales. « Notre but est de
réduire le taux de pauvreté à 16,5%
d’ici à 2016, poursuit-il. Nous
devons nous concentrer sur les
moyens de faire augmenter la classe moyenne.»
Lutte anticorruption
Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres, en dépit de l’actuelle
embellie. « Si le navire philippin
n’a pas été chahuté en haute mer,
c’est qu’il n’a jamais quitté le port »,
ironisait récemment un quotidien
de Manille.
Le déficit d’investissements
étrangers, le manque d’infrastructures – aéroports modernes, axes
Airbus vend dix nouveaux avions à Philippines Airlines
Sous les lambris du palais de
Malacanang, le palais présidentiel philippin, Jean-Marc Ayrault
s’est félicité, vendredi 19 octobre, que la République des Philippines se soit lancée dans une
« stratégie ambitieuse de développement économique » et a
appelé les entreprises françaises à « saisir toutes les opportunités » pour renforcer les relations
entre la France et l’archipel.
Samedi, le premier ministre français a signé une nouvelle vente
de 10 Airbus pour 2,5 milliards
d’euros à la compagnie Philippines Airlines, qui s’était déjà portée acquéreur de 54 appareils en
août et a pris une option pour
30 autres. Peugeot va également retourner aux Philippines,
sous la forme d’un partenariat
qui permettra au constructeur
français de distribuer environ
2 000 voitures par an. Total a
récemment pris une participation dans un bloc d’exploration
en mer de Chine du Sud.
routiers, centrales électriques –
montrentquebeaucoupresteà faire si le pays veut sortir de plusieurs décennies de stagnation.
Si les étrangers ont longtemps
été peu enclins à investir, c’est que,
selon M. Luz, « les Philippines
avaient perdu la confiance des
investisseurs, notamment sous le
mandat de la précédente présidente,Gloria Arroyo». Celle-ciest poursuivie pour corruption et fraude
électorale par son successeur.
« S’il n’y avait pas la corruption
et le fait que les Philippins sont les
champions de l’évasion fiscale, on
se débrouillerait plutôt bien », indique Winnie Monsod, célèbre économiste de l’université des Philippines, à Manille.
Depuis son arrivée aux affaires,
en 2010, Benigno Aquino s’est lancé dans une lutte anticorruption à
grande échelle. Il a aussi signé, en
début de semaine, un projet d’accordde paixavec la plusimportante guérilla musulmane de l’île de
Mindanao. Cela pourrait permettre d’exploiter les richesses minières de cette région. Tous les indicateurs (ou presque) sont donc au
vert pour que le navire philippin
gagne bientôt d’autres rivages. p
Bruno Philip
LiShufu,le propriétairechinoisdeVolvo,change
le conducteurdu constructeurautomobilesuédois
Stefan Jacoby a été remplacé par Hakan Samuelsson, ancien président de MAN
D
eux ans et puis s’en va. Stefan Jacoby, le PDG de Volvo
Automobile, a été remercié, vendredi 19 octobre, par le
conseil d’administration du grouperacheté,en 2010, parle constructeur chinois Geely à l’américain
Ford. Il avait été débauché, en
août2010,aux Etats-Unis,où il dirigeait Volkswagen.
M. Jacoby, 54 ans, a été remplacé, avec effet immédiat, par Hakan
Samuelsson, 61 ans, ancien président de MAN, le constructeur de
poids lourds. Officiellement, ce
remplacement n’a rien à voir avec
l’état de santé de M. Jacoby. En septembre, l’Allemand avait souffert
d’un accident cérébral.
C’est plutôt l’état de santé fragiledu groupesuédois qui a été sanctionné. Au premier semestre, le
constructeur a accusé un fort repli
de son bénéfice net : 28 millions
d’euros (pour un chiffre d’affaires
de 7,6 milliards d’euros), contre
177 millions d’euros sur la même
période en 2011.
Tout avait pourtant bien commencé. A son arrivée, M. Jacoby a
lancé la marque dans une stratégie ambitieuse. Avec l’objectif,
d’ici à 2020, que le groupe écoule
800 000 véhicules à travers le
monde, contre à peine 450 000
en 2011.
Pour accompagner la croissance du groupe, Li Shufu, le propriétaire de Geely et de Volvo, qui
avait déjà déboursé 1,8 milliard de
dollars (1,4 milliard d’euros) pour
racheter la compagnie, a promis
d’investir 11 milliards de dollars
entre 2011 et 2016.
Tout en conservant son image
de sûreté et de durabilité, le groupe a cherché à renouveler, élargir
et rendre plus séduisante, grâce à
un design plus agréable, sa gamme de véhicules. Il a aussi annoncé sa volonté de développer une
nouvelle plate-forme technique
pour remplacer celle de Ford, toujours utilisée.
Objectif affiché : un déploiement du groupe à l’international,
notamment en Chine, où il compte écouler 200000 voitures.
Volvo produit déjà à Chongqing,
dans l’usine de Changan et de Ford,
son ancien propriétaire. Mais les
volumes se sont limités à
16 000 véhicules l’an dernier. La
marque suédoise inaugurera en
2013 son propre site à Chengdu,
dansle centredelaChine.M.Jacoby
avait, par ailleurs, décidé de faire
monter en gamme la marque pour
aller titiller la fine fleur du haut de
gamme allemand et japonais.
Dans un premier temps, la stratégie a semblé fonctionner. Après
la crise de 2007-2008,Volvoa regagné du terrain en 2011. Ses ventes
globales ont progressé de 21 %.
Alors que le marché
américain s’est
apprécié de 14,5%
depuis le début de
l’année, Volvo a vu ses
ventes reculer de 1%
Aux Etats-Unis, son premier
débouché, le constructeur a livré
67 000 voitures et 4 × 4. En Chine,
la croissance était également au
rendez-vous. L’an dernier, Volvo a
écoulé 47 000 véhicules, soit près
de 50 % de plus qu’en 2010. Enfin,
en Europe, le groupe a connu une
croissance de 10 % de ses immatriculations en 2011.
Mais voilà, Volvo n’a pas su rééditer ces bons résultats cette
année. Alors que le marché américain s’est apprécié de 14,5 % depuis
début 2012, Volvo a vu ses ventes
reculer de 1 %.
EnEurope, le constructeurplonge de 11,4 %, sur un marché luimême en baisse de 7,8 %. Enfin, en
Chine, il stagne depuis le début de
l’année.
Ces résultats ont forcé Volvo à
mettre au chômage technique,
pendant une semaine, son usine
de Torslanda, dans la banlieue de
Göteborg, en Suède.
Pour redonner du souffle au
constructeur, Li Shufu compte
désormais sur Hakan Samuelsson,
un vétéran de l’industrie automobile suédoise.
La feuille de route est claire : « Je
vois pour Volvo d’importantes
opportunités d’améliorer sa rentabilité et d’accélérer son plan de
croissance, plus particulièrement
en Chine. Je suis persuadé que
M. Samuelsson nous aidera, de par
sa vaste expérience et son leadership, à consolider nos résultats », a déclaré Li Shufu. p
Philippe Jacqué
0123
marchés
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
Pertes & Profits| chronique
Paris
Francfort
Londres
Eurostoxx 50 New York
+ 3,41 %
+ 2,05 %
+ 1,77 %
+ 2,96 %
7 380,64 points
5 896,15 points
Nasdaq
15
Tokyo
par Stéphane Lauer
Un café et l’addition
CAC 40
3 504,56 points
Carrefour
P
artir à la conquête de nouveaux territoires est toujours plus valorisant que
d’organiser la retraite de Russie.
Georges Plassat, le nouveau PDG
de Carrefour, se sentait sans doute
par nature davantage l’âme d’un
conquistador que d’un Napoléon
au lendemain du siège de Moscou.
Mais les circonstances en ont décidé autrement. A la tête d’une
armée sur la défensive, il sait qu’il
sera jugé sur sa capacité à organiser le repli en bon ordre pour, peutêtre, un jour repartir de l’avant.
En attendant, après avoir vendu ses activités à Singapour et en
Grèce, Carrefour quitte désormais
la Colombie. Si les deux premières filiales n’étaient pas du premier choix et ont été cédées le
moins mal possible, concernant la
troisième, il s’agissait d’une autre
paire de manches et Georges Plassat se savait attendu au tournant.
La Colombie est en effet une
des économies sud-américaines
les plus dynamiques. La distribution y est en plein essor. Présent
dans le pays depuis 1998, Carrefour est numéro deux du marché,
mais très loin du leader, Exito,
dont le français Casino détient
60% du capital. Au fil des ans,
focalisé sur ses difficultés en Europe, Carrefour s’est laissé distancer
dans ce pays prometteur, qui
vient de doubler l’Argentine en
termes de richesse nationale.
Au milieu du gué, n’ayant plus
les moyens d’investir pour revenir
dans la course avec Exito, Carre-
four n’avait d’autre choix que de
chercher preneur pour les 17,7 % de
parts de marché qu’il détient en
Colombie. Une occasion en or pour
le chilien Cencosud, qui cherche
au contraire à accélérer son développement en Amérique du Sud.
Envolée de l’action
Comme ce qui est rare est cher
et que l’américain Wal-Mart se
tenait en embuscade, Cencosud
n’a pas lésiné sur le prix. L’affaire a
été rondement menée, en quelques semaines, presque sur le rythme: «Le café et l’addition.» Le groupe chilien savait qu’il s’agissait
d’une opportunité qui ne se représenterait pas, tandis que Carrefour
n’avait pas envie de faire durer le
plaisir, alors qu’il traîne une dette
de près de 7milliards d’euros et
que la relance des affaires en France va être gourmande en capital.
Quant à l’addition, la valeur de
Carrefour en Colombie a été négociée sur la base de 2 milliards d’euros, soit 20 fois le résultat d’exploitation (Ebitda), alors que la
moyenne des transactions dans le
ratio dans le secteur dépasse rarement les 12fois. D’où l’enthousiasme de la Bourse de Paris, vendredi 19 octobre : l’action Carrefour
s’est envolée de 5,85 %, à
18,35 euros. Sur la semaine, la
valeur a bondi de 13,09 %, du
jamais-vu depuis le printemps
2009. Comme quoi on peut se
replier sans que cela se transforme nécessairement en Berezina. p
Retrouvez Pertes & Profits sur le Net
lauer.blog.lemonde.fr
Matières premières
D
epuis un mois, le cuivre est
bloqué. Il hésite entre
8 000 et 8 400 dollars la
tonne. Vendredi 19 octobre, à Londres, pour livraison à trois mois, il
valait 8 015 dollars, soit 5 % de
mieux qu’au début de l’année. Pas
de quoi pavoiser. Ni se lamenter
non plus. Médiocre. Comme la
conjoncture économique qui ne
saittropoùelleva.Maisunemédiocrité en dents de scie.
Début septembre, la Réserve
fédérale américaine décide enfin
un « QE3 », une injection massive
de 40milliards de dollars (30,7milliardsd’euros) par an poursoutenir
DAX 30
+ 0,11 %
– 1,26 %
13 343,51 points
3 005,62 points
Dow Jones
2 542,24 points
S
oulagés. Les marchés, qui
aiment jouer à se faire peur,
ont fait montre cette semaine d’un enthousiasme qui tranche
avec les inquiétudes des jours précédents.
Jusqu’à présent, les causes de
leursangoissesrécurrentesserésumaienten deux points. D’une part,
l’avenir de la zone euro et la capacité des dirigeants politiques et
autres banquiers centraux à éviter
une désintégration de la monnaie
unique. D’autre part, les performances des entreprises au cours
du troisième trimestre, susceptibles de donner un reflet précieux
de la bonne ou de la mauvaise santé des économies occidentales.
« Sur le front politique comme
sur celui des résultats financiers, les
nouvelles ont été plutôt bonnes »,
résume Aymeric Diday, gérant
chez Pictet.
Les Bourses européennes ont
donc terminé la semaine dans le
vert. Le CAC 40 s’est adjugé 3,41 %
en cinq séances, sauvegardant,
malgré un accès de faiblesse vendredi, le niveau des 3 500 points.
En Allemagne, le DAX a grimpé de
2,05 %, tandis que le Footsie britannique gagnait 1,77 %. OutreAtlantique, les marchés ont été
un peu plus mesurés : le Dow
Jones a crû de 0,11 % et le Nasdaq,
l’indice des valeurs technologi-
Les investisseurs sentent que le
cuivre est plein d’avenir. N’est-il
pas le seul des métaux dont le prix
au comptant est demeuré au-dessus de ses coûts de production?
En attendant la Chine
Ils savent que la production est à
la peine en raison de la baisse de la
teneur en cuivre des minerais
chiliens.L’offre est contrainte, car il
est de plus en plus difficile d’ouvrir
une mine, comme le prouvent les
malheurs du projet (5,9 milliards
de dollars) d’Xstrata aux Philippines, où un nouveau code minier
n’en finit pas de ne pas voir le jour.
Taux et changes
L
E
Cap au sud
de 500 millions… Le changement
est flagrant, le coefficient de couverture de l’offre par la demande
progressant de 1,7 en septembre à
plus de 6 un mois plus tard.
Dans un style différent, Campari a profité de l’appétit retrouvé
pour le risque italien. Réputé pour
sa boisson homonyme, le groupe
a acquis, début septembre, près de
82 % du capital de Lascelles deMercado & Co Limited, spécialisé
notamment dans la fabrication de
rhum jamaïquain, pour l’équivalent de 330 millions d’euros.
Le 10 octobre, l’entreprise italienne avait annoncé son souhait
de trouver le financement sur le
marché obligataire. Chose faite
une semaine plus tard. Gruppo
Campari a émis 400 millions d’euros, remboursables dans sept ans,
promettant un coupon de
4,659 %.
Pour cette opération, qui ne
bénéficie d’aucune notation de la
part des agences spécialisées, la
demande a totalisé 4,8 milliards
d’euros, 12 fois le montant finalement émis. Peut-être un effet des
vapeurs d’alcool. p
9 002,68 points
Les indices ont grimpé sur fond d’accord, certes a minima, sur le calendrier d’une union bancaire
ques, a reculé de 1,26 %. Côté politique, les avancées des derniers
jours sont venues ajouter quelques pierres à l’édifice patiemment construit, depuis des mois,
par les dirigeants européens pour
tenter de stabiliser les turbulences de la zone euro.
Mardi 16 octobre, l’Allemagne a
laisséentendrequ’elleétait«ouverte » à l’octroi d’une ligne de crédit à
Madrid, qui tergiverse depuis des
semaines sur l’opportunité politique,économiqueetsocialed’appeler officiellement au secours.
Quant au sommet européen
des 18 et 19 octobre, il a permis une
entente, certes a minima, mais
réelle sur un calendrier d’union
bancaire. En substance, les Européens se sont engagés à donner un
cadre légal au projet en 2013, mais
ont remis à 2014 sa mise en place
effective. Manière de continuer à
faire avancer le projet, que la Franceappellede ses vœux, touten préservant la susceptibilité de l’Allemagne, sensible à la question de sa
souveraineté bancaire.
« Ne pas lâcher la bride »
« Les dirigeants européens ont
indiqué leur volonté de mettre la
Banque centrale au cœur du système, ce qui devrait permettre la
mise en place du Mécanisme européen de stabilité et la recapitalisation, dès 2013, des banques espagnoles si elles en font la demande »,
se réjouit M. Diday.
A ces avancées se sont ajoutées
de bonnes surprises côté entreprises. « En dépit du ralentissement
chinois et de quelques déceptions
[Microsoft,General Electric], la saison des résultats trimestriels se
Les banques françaises tournent la page grecque
La Société générale a annoncé,
vendredi 19 octobre, la vente,
pour 1 million d’euros, de sa filiale grecque Geniki Bank, déficitaire, à Piraeus Bank. L’opération,
qui devrait être finalisée avant
fin 2012, se soldera par une perte d’environ 100 millions dans
les comptes du troisième trimestre de la Société générale. En
milieu d’après-midi, vendredi,
l’action de la banque française
était en recul de 1,8 % à la Bourse de Paris.
Mercredi, le Crédit agricole avait
cédé, pour 1 euro symbolique, sa
filiale Emporiki à Alpha Bank.
Cette transaction viendra réduire, au troisième trimestre, le
résultat net part du groupe d’un
montant estimé à 2 milliards
d’euros.
Ce n’est pas le vœu – sympathique – de rouvrir des mines en
France, formulé par Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, qui devrait saturer le marché : le sous-sol de
l’Hexagone n’est pas celui de la
Zambie…
Que se passera-t-il quand l’immobilier repartira, comme il semble le faire aux Etats-Unis ? Et si la
zone euro se tirait du bourbier de
sa dette ? Les cours flamberont.
Goldman Sachs prédit que le
métal rouge dépassera 9 000 dollars dans les six mois. Cette banque s’étant mis le doigt dans l’œil
déroule mieux que prévu. Les
valeurs financières américaines –
Goldman Sachs en tête – affichent
leur bonne santé, ce qui souligne
les effets positifs des plans d’aides
de la banque centrale américaine », selon M. Diday.
En France, Carrefour s’est envolé de 5,85 %, vendredi 19 octobre,
grâce à la cession de ses activités
en Colombie pour une valeur d’entreprise de 2 milliards d’euros.
Le pire serait-il passé pour l’économie mondiale? « Le risque systémique pour la zone euro a clairement diminué. Mais il ne faut pas
lâcher la bride, car de nouveaux
défis demeurent, notamment aux
Etats-Unis. L’élection présidentielle et la question du fiscal cliff
[prolongation des mesures fiscales qui risque de peser sur la
dette] seront cruciales », avertit
M. Diday.
Pour l’heure, les investisseurs
semblent résolus à voir le bon
côté des choses. En témoigne la
reprise progressive des introductions en Bourse. Le numéro deux
russe de la téléphonie mobile,
MegaFon, qui compte se coter à
Londres d’ici à fin 2012, devrait
être valorisé plus de 12 milliards
de dollars (9,2 milliards d’euros),
affirmait vendredi le quotidien
russe Vedomosti. p
Audrey Tonnelier
Hésitations
Le cuivre, métaphore de nos espoirs
l’économie. Le cuivre bondit de
10% en quinzejours: cette promesse de perfusion financière annonce
une reprise de la consommation
qui ne pourra se passer de tuyaux
et de câbles, donc de cuivre.
Mais l’économie de l’empire du
Milieu freine sec, et les groupes
miniers – comme Rio Tinto et
BHP Billiton en Australie – annoncent des reports d’investissements
pour ne pas dégrader leurs résultats, en recul du fait de la demande
chinoise en berne. Le cours du cuivre rebaisse. Puis les spécialistes
découvrent que la Chine a restocké
du cuivre. Les cours remontent.
+ 5,49 %
Nikkei
L’entente européenne ravit les Bourses
Capitaux Isabelle Ehrhart
es emprunteurs du sud de
l’Europe ne sont plus mis à
l’écart. Italiens et Espagnols
sont à nouveau les bienvenus. Les
Grecs restant tout de même hors
du champ d’acceptationdes investisseurs. La perspective de stabilité de la notation de l’Espagne a
soulagé les tensions.
Deux opérations ont particulièrement montré l’appétit croissant pour les obligations du Sud.
Dans le secteur bancaire, un établissement espagnol a ainsi rencontré un grand succès avec une
émission d’obligations sécurisées
– des cedulas.
Jeudi 18 octobre, Bankinter a
emprunté 500 millions d’euros
de titres remboursables dans trois
ans. Les investisseurs en ont
demandé pour 3,2 milliards d’euros. Le phénomène est remarquable, tant les banques sont en première ligne lorsque la méfiance
s’installe envers un pays.
Pour mémoire, le 10 septembre, l’espagnol Banesto et ses banquiers estimaient que le succès
était là avec 850 millions d’euros
de demandes pour un emprunt
FTSE 100
un certain nombre de fois, on se
gardera de miser des milliards sur
le cuivre, métaphore de nos
espoirs de reprise. « Gardonsnous de croire celle-ci enclenchée
tant que la Chine n’émettra pas
des signaux plus clairs », conseille
Damien Grulier, analyste chez
Exane. Le plan de 158 milliards de
dollars élaboré par Pékin dans les
infrastructures avait fait monter
le cuivre, le 6 septembre. Le recul
de 6,8 % des investissements
étrangers en Chine l’a fait retomber, le 19 octobre. Le mieux n’est
pas encore sûr. p
COURS DU CUIVRE
à Londres, en dollars la tonne
pour livraison en janvier
8 400
8 200
8 000
7 800
7 600
7 400
7 200
Avril 2012
Alain Faujas
1 ¤ = 1,3024 $
b
Taux à 10 ans (France) = 2,21 %
8 015
19 octobre 2012
SOURCE : BLOOMBERG
b
Taux à 10 ans (US) = 1,76 %
Zone euro: la patience nouvelle des marchés
nd’autrestemps, il auraitsuffi de bien moins que cela
pour rallumer la mèche.
Mais les cafouillages du Conseil
européen du jeudi 18 octobre –
marqué par l’affrontement musclé entre Angela Merkelet François
Hollande sur l’agenda de la future
supervision bancaire européenne – n’ont pas provoqué la moindre étincelle sur les marchés financiers. Bien au contraire même. Une
preuve supplémentairede la mansuétude nouvelle accordée par les
grands investisseurs à la zone euro
depuis cet été.
Un regard trois mois en arrière
suffit à rappeler le chemin parcouru. Fin juillet, les rendements des
emprunts espagnols à dix ans
culminaient à 7,51 % ; vendredi, les
taux de ces mêmes obligations
n’étaient « que » de 5,32 %, des
niveaux inédits depuis mars. « Le
nouvel outil de la Banque centrale
européenne [BCE], présenté cet été,
protège considérablement», résume René Defossez, de la banque
Natixis. En se disant prête à acheter de la dette d’un Etat en difficulté parallèlement aux fonds de
secours européens (MES, FESF),
l’institution monétaire a donné
aux marchés un puissant anesthésiant, dont les effets ne s’émoussent toujours pas.
Et en plus, comme tant redouté
ces dernières semaines, Madrid
n’a pas vu sa dette reléguée dans
l’infamante catégorie des obligations pourries (junk bonds) par
l’agencede notationMoody’s; l’Espagne continue donc de bénéficier
d’un sursis inespéré. Un répit qui
lui a permis de réaliser, jeudi, une
adjudication de dette un peu plus
importante que prévu, étant donné la forte demande.
De nombreuses incertitudes
L’Italie,de soncôté, a achevé jeudi une levée de dette auprès des
particuliers, sur un succès totalement inattendu : les Italiens se
sont rués dans leurs agences bancaires, dans les bureaux de poste
ou sur Internet, pour prêter une
partie de leur épargne au Trésor.
Résultat,quelque 18milliardsd’euros ont pu être empruntés, dix fois
plus que lors d’une opérationsimilaire en juin.
Toujours prompts à voir le noir
aux pires heures de la zone euro,
les marchés feraient-ils preuve
aujourd’huid’uneindulgence exagérée ? « Il existe encore tellement
d’incertitudes qu’il est impossible
de se montrer très optimiste», juge
Clément Genes, économiste chez
Kepler. « Quand les investisseurs
finiront par se rendre compte qu’il
n’y a toujours aucune décorrélation entre le risque de solvabilité
d’une banque et celle de son Etat,
cela va forcément se ressentir sur
les marchés », juge ainsi M. Defossez. La décision de repousser courant 2013 le début effectif de la
supervision bancaire européenne
risque donc de finir par peser…
Nombre d’observateurs ne
croient d’ailleurs toujours pas que
l’Espagne pourra profiter du répit
actuel pour faire l’économie d’un
appel à l’aide auprès de ses partenaires européens. Madrid a certes
déjà bouclé 94 % de son programme annuel de financement sur les
marchés – soit avec un bon mois
d’avance par rapport à son tableau
de marche habituel. Mais se profilent des échéances délicates. En
2013, le pays devra emprunter
entre 90 et 100 milliards d’euros,
contre 86 milliards cette année. Et,
à force d’émettre des emprunts de
plus faible maturité pour bénéficier de taux d’intérêts moins élevés, Madrid va se trouver confronté en 2014 et 2015 à un mur de dette
à refinancer.
« L’effet de dissuasion provoqué
par les annonces de la BCE ne suffira plus, au bout d’un moment, à
maintenir les rendements espagnols actuels, note M. Genes. Les
incertitudes portent bien davantage sur le timing de l’intervention
que sur la question d’un appel à
l’aide ou non. » p
Clément Lacombe
La Société des lecteurs
du «Monde»
Cours de l’action
VENDREDI 19 OCTOBRE : 1,13 euro
Société des lecteurs du « Monde »,
80, boulevard Auguste-Blanqui,
75707 Paris Cedex 13.
Tél. : 01-57-28-25-01.
Courriel : [email protected]
16
0123
décryptages ENQUÊTE
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
La canalisation où Mouammar Kadhafi
s’était réfugié, le 20 octobre 2011, avant
d’en être extirpé puis d’être abattu. En
bas, la villa de Syrte où le Guide libyen
a passé la dernière semaine de sa vie.
ENRICO DAGNINO POUR « LE MONDE »
Christophe Ayad
et Benjamin Barthe
Syrte (Libye)
Envoyés spéciaux
A
Syrte, la rumeur dit que les
nostalgiques de Mouammar Kadhafi n’empruntent
jamais cette route. Une quatre voies en parfait état, à la
lisière ouest de la ville, qui
traverse un terrain vague sablonneux,
avecquelquesenclos à moutonset un bâtiment à l’abandon, au loin. Redoutent-ils
que leur ancien maître, qu’on disait adeptede magie noire,ait lancé un ultimemauvais sort sur ce morceau d’asphalte bordé
d’eucalyptus? Craignent-ils d’entacher la
mémoire de leur grand homme?
Car c’est ici que le colonel, fameux pour
ses tenues excentriques, a terminé sa carrière dans les frusques d’un pantin hagard
et ensanglanté.C’est ici que l’homme dont
l’impétuosité les avaient tant séduits a
fini sa vie, traqué comme une bête sauvage. La canalisation de béton où il se réfugie ; le révolutionnaire au visage d’enfant
qui l’en extirpe, encore stupéfait de sa
découverte; la bousculadedes révolutionnaires vociférant autour de leur proie ; le
corps nu et désarticulé juché sur le capot
d’une Jeep : ces images d’un hallali libyen,
pleindefureuret de bruit,quiont hypnotisé les internautes le 20 octobre 2011, ont
toutes été prises ici.
Le conseil militaire de Syrte a tenté de
dissimuler l’endroit en le recouvrant de
sable. Les ex-thuwars (révolutionnaires)
désormais au pouvoir, redoutaient qu’il
ne devienne un lieu de culte des kadhafistes. C’est pour cette raison même que la
dépouille mortelle du guide a été inhumée dans le plus grand secret, quelque
part dans le désert de Syrte. Mais le vent
qui balaie le sable et la forêt de graffitis qui
maculent le remblai de la route ont réduit
à néant les efforts des thuwars. Le site draine chaque jour son lot de curieux, désireux de revivre les derniers instants de
l’homme qui leur a si longtemps fait peur.
Mais, fin septembre, dans une double
interview au quotidien britannique The
Telegraph et au site Internet Mediapart,
Rami Al-Obeïdi, l’ancien maître espion de
la rébellion libyenne, a semé le trouble. Il
affirme, à rebours de l’impression de lynchage laissée par les vidéos, que les services de renseignement français ont joué
« un rôle direct » dans la mort de Kadhafi.
Onsavait depuis longtemps que l’aviation
tricolore avait participé à l’opération qui a
stoppé le convoi dans lequel il tentait de
fuir Syrte. Al-Obeïdi suggère deux nouveaux éléments : d’une part Bachar
Al-Assad, le dictateur syrien, soucieux de
retrouver les bonnes grâces de Paris,
aurait fourni aux services français le
numéro de téléphone satellite de son
homologuelibyen, un appareil de marque
Iridium, de façon à ce que ceux-ci puissent
le localiser: d’autre part, un agent français
au sol aurait « directement exécuté Kadha-
«Personne dans le
quartier n’a jamais su
que Kadhafi vivait là.
La maison appartenait à
un homme d’affaires»
Mousbah Mohamed
un voisin
fi»,en appuyantsurla gâchette.Des allégationsconfirméespar MahmoudJibril, l’ancien chefdu premier gouvernementrebelle, qui assure à son tour qu’« un agent
étranger» a été impliqué dans l’élimination de Kadhafi.
C’est dans une petite villa du district
numéro2 de Syrte, un quartier habité par
des membres de la tribu Warfalla, acquise
à son régime,que le Guide libyen a passé la
dernière semaine de sa vie. Les façades ont
été repeintes à neuf, dans des teintes violettes acidulées et deux buissons de fleurs
ont été plantés autour du portail métallique. Rien ne laisse deviner qu’une partie
dramatique s’est jouée derrière ces murs.
D’ailleurs, même durant les combats
acharnés qui se sont déroulés à proximité,
« personne dans le quartier n’a jamais su
que Kadhafi vivait là, dit Mousbah Mohamed, un voisin. La maison appartient à un
homme d’affaires qui était parti à Benghazi dès le début du siège ».
A l’intérieur,selon des témoignagescol-
Lesderniersjours
de
Kadhafi
lectés par Human Rights Watch (HRW),
qui a publié, mercredi 17 octobre, un rapport très détaillé sur ces événements, le
théoricien halluciné de la Jamahiriya, la
République des masses, passe la plupart
de son temps à prier et à lire le Coran. Il est
entouré d’un quarteron de fidèles, Mansour Dhao, son aide de camp, Abou Bakr
Younès, son ministre de la défense, Ezzedine Al-Anshari, le chef de sa garde privée,
Hamad Massoud, son chauffeur personnel et quelques gardes du corps. Il n’y a
plus de médicaments, très peu d’eau, des
pâtes et du riz en guise de nourriture.
A l’extérieur, c’est son cinquième fils,
Moatassem, qui dirige les combats. Il est
planté avec un groupe de snipers sur le
toit d’une maison adjacente, d’où l’on surplombe le district 2 et la rue Dubaï, par où
progressent les rebelles. « Il était relax, il
ne donnait pas l’impression d’avoir peur »,
raconte Faraj Zidani, le propriétaire de la
maisonnette, aujourd’hui grêlée d’impacts de balles, qui a partagé des repas
avec lui. A cause de sa barbe et de ses cheveux longs, qui lui donnent de faux airs de
guérillero, les gens du quartier le surnomment « Che Guevara ».
A intervalles réguliers, le leader déchu,
qui s’agace de ne pas pouvoir regarder la
télévision, use de son téléphone satellite
pour obtenir des informations auprès de
ses ultimes soutiens. Le relevé de communications que Le Monde a consulté montre
qu’il a composé des numéros libyens et
reçu des appels en provenance de Syrie et
du Liban. Des imprudences qui l’ont sûrement trahi, sans même que Bachar
Al-Assad ait à s’en mêler. Car le modèle de
son appareil, un Thuraya et non un Iridium, le rendait aisément localisable par
les avions espions de l’OTAN. Autour du
17octobre 2011, l’informationselonlaquelle l’homme le plus recherché de Libye se
trouve dans le district numéro 2 de Syrte
Il y a un an,
le dictateur libyen
connaissait une
mort violente
aux abords de Syrte.
«Le Monde»
a reconstitué
ces événements,
même si des
questions risquent
de rester à jamais
sans réponse
commence à circuler parmi l’état-major
de la rébellion.
Pressentant un effondrement imminent de ses lignes de défense, Moatassem
Kadhafichoisit la fuite.L’échappéeest prévue pour la nuit du 19 au 20 octobre, aux
alentours de 3 h 30, pour profiter de l’obscurité et de l’assoupissement des
assaillants. Mais l’embarquement de
250 personnes – des blessés et des civils
qui craignent les représailles de révolutionnaires et se sont joints à la troupe des
kadhafistes – dans une cinquantaine de
véhicules prend plus de temps que prévu.
Quand le convoi s’ébranle, il est 8 h 30.
L’effet de surprise est nul. Les fuyards parviennent à forcer un premier barrage
rebelle avant d’être identifiés par un drone français, alors qu’ils roulent plein sud,
à tombeau ouvert. Quelques secondes
plustard, unmissiletirépar undroneaméricain explose à proximité de la Jeep où se
trouve Kadhafi et oblige le convoi à sortir
de la route. Ce faisant, ses occupants foncent droit sur le campement d’une brigaderévolutionnairede Misrata,avec laquelle des combats éclatent aussitôt.
C
’est à ce moment qu’une seconde
frappe survient. Deux bombes de
250 kilos à guidée laser anéantissent une bonne partie de la caravane,
selon HRW. Ont-elles été larguées par un
Mirage 2000 français ou par un drone
américain? Impossible de le savoir. Le lendemain, sur le site de l’explosion, l’organisation de défense des droits de l’homme
découvre un épouvantable carnage : cinquante-trois cadavres, calcinés et criblés
de shrapnels. Les survivants se dispersent
sur le terrain vague sablonneux où va se
jouer l’acte final. Après s’être cachés quelques instants dans une bâtisse inachevée,
Kadhafi et une dizaine d’autres personnes
se glissent dans une conduite en béton.
Pour repousser les poursuivants,un garde
du corpsdu Guide libyen lancetrois grenades, dont l’une rebondit à l’intérieur de la
canalisation, tuant Abou Bakr Younès et
blessant Kadhafi au visage.
Les détonations attirent l’attention de
trois jeunes combattants d’une brigade de
Misrata : Salem Bakir, Ahmed Ghayd et
Omrane Cha’abane. (Ce dernier, capturé
quelques mois plus tard par des kadhafistes de Bani Walid, est mort en septembre
des suites des tortures infligées durant sa
détention.) Ils voient émerger un Kadhafi
titubant, pistolet à la main. « Qui êtes-vous
jeunes gens, qui êtes-vous ? », entend-on le
Guide maugréer sur les premières vidéos
prises au téléphone portable. Dans la
mêlée qui s’ensuit, un rebelle le sodomise
avec un objet semblable à une baïonnette.
Des forces spéciales françaises sontelles au sol ? Rien ne permet de l’affirmer,
même si la présence de conseillersmilitaires occidentaux, parmi lesquels des Français, est attestée par plusieurs témoins,
notamment des journalistes ayant couvert la bataille de Syrte. Le corps nu et inanimé de Mouammar Kadhafi est finalement embarqué dans une ambulance qui
prend la route de Misrata. Avait-ildéjà succombé à ses blessures ? Le coup de grâce
lui a-t-il été administré durant le trajet,
sachantque la dépouille mortelle exposée
à Misrata porte deux impacts de balle, au
flanc et au front ?
Ces questions risquent de rester sans
réponse. Les tombeurs du régime Kadhafi
s’en désintéressent. Ils n’accordent pas
non plus d’importance aux propos de
Rami Al-Obeïdi et de Mahmoud Jibril.
« Jibril est dans une démarche politicienne,
fait remarquer un diplomate étranger. Il a
besoin de récolter les voix des nostalgiques
de l’ancien régime et pour cela il a tout intérêt à faire croire que le crime ultime n’a pas
été commis par un rebelle ». Dans l’esprit
desthuwars,le peuplelibyendevait sevenger de quarante années d’oppression, il l’a
fait et le reste n’est que littérature. Aux
abords de la canalisation, lieu symbole de
la révolution du 17 février, Ali Al-Ferjani
résume le point de vue de ses compagnons d’armes : « Si c’était moi qui étais
tombé sur Kadhafi, je n’aurais pas hésité
une seconde à le tuer de mes propres
mains.» p
f Sur Lemonde.fr
Le portfolio sur la route de Benghazi à
Syrte, un an après la mort du colonel
Kadhafi.
0123
décryptages DÉBATS
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
Revue
Renaissance
d’une revue
d’art
U
n beau jour de 2011, le producteur
de cinéma Staffan Ahrenberg
déambulait à Saint-Germain-desPrés. Passant rue du Dragon, il avisa une
devanture, celle des Cahiers d’art, petite
boutique poussiéreuse, mais chargée
d’histoire: c’est là que de 1932 à 1970,
Christian Zervos publia la revue du même
nom, qui fut une des plus importantes
pour l’histoire de l’art du XXe siècle. Là aussi qu’il organisa des expositions consacrées à l’architecture contemporaine
(1934), aux sculptures de Julio Gonzalez,
ou encore une manifestation de soutien
aux républicains espagnols, avec, parmi
les participants, Mirò et Picasso. Picasso,
qui fut aussi la grande affaire de Zervos,
Cahiers d’art
36e année
136 pages,
60 ¤
puisqu’on lui doit les 33volumes du catalogue raisonné des peintures et des dessins réalisés par l’artiste jusqu’en 1972,
soit seize mille œuvres répertoriées et
reproduites.
Tout cela, Staffan Ahrenberg le savait :
son père Theodor fut un des plus grands
collectionneurs d’art moderne du monde,
et le petit Staffan a grandi avec les artistes
qu’il recevait dans sa maison qui dominait le Léman. Ce qu’il ignorait, c’est que
le lieu, mais aussi le titre de la revue et les
collections subsistantes étaient à vendre.
L’apprenant, il a non seulement sorti son
chéquier, mais aussi décidé de relancer le
titre mythique. Le premier numéro a été
publié jeudi 18octobre. Il a été confié à l’artiste américain Ellsworth Kelly. Un choix
judicieux: Kelly a commencé sa carrière à
deux pas de là, rue du Four, en avril 1951, à
la galerie de Jean-Robert Arnaud, qui fit sa
première exposition personnelle. A l’époque, le jeune Kelly rêvait devant la revue
Cahiers d’art, qu’il était trop pauvre pour
s’offrir. Il n’a donc pas hésité quand Staffan Ahrenberg et sa bande lui ont proposé
de travailler à la renaissance de la revue.
Car le comité de rédaction comporte,
outre le nouveau propriétaire, deux des
plus grands noms du milieu de l’art:
Samuel Keller, qui dirige la Fondation
Beyeler de Bâle, et Hans-Ulrich Obrist,
commissaire d’exposition et critique d’art
globe-trotteur.
Cela donne une fort belle livraison de
136 pages très richement illustrées. Outre
Kelly, auquel Yve-Alain Bois, Obrist, Ann
Hindry et Richard Townsend ont consacré
des textes (celui de Townsend l’étant à la
collection que Kelly a constituée d’outils
néolithiques amérindiens, qui est en partie exposée dans l’espace du 14, rue du Dragon). Mais le sommaire comporte aussi
un article sur Oscar Niemeyer par – excusez du peu – Tadao Ando, une étude sur
les relations entre architecture et musée,
des articles sur des artistes plus jeunes
comme Cyprien Gaillard, Sarah Morris,
Adrian Villar Rojas, et la réédition d’une
rare interview de Picasso, par Zervos luimême. Le tout pour 60 euros, histoire que
les jeunes artistes impécunieux d’aujourd’hui, à leur tour, rêvent un peu. p
Harry Bellet
17
L’agriculture se développera à l’avenir en gagnant du terrain
sur les plaines fertiles, au risque de nuire à l’environnement.
Comment peut-elle se maintenir sans rogner la biosphère?
Les paysans survivront!
U
n millénaire chasse l’autre.
Dans un livre récent, Le
Temps des laboureurs
(Albin Michel, 374 p.,
24 euros), consacré au
second espace de mille ans,
celui qui commence au XIe siècle, Mathieu
Arnoux, grand ruraliste devant l’Eternel,
dresse la figure pacifique et durable du
laboureur, héros éponyme du beau Moyen
Age et d’une croissance économique jusqu’alors sans exemple: elle ne se termine
que dans la première moitié du XIVe siècle.
Le laboureur et le vilain, le gros fermier
et le manouvrier (saisonnier), forment
ainsi le couple auguste qui, tant bien que
mal, survivra dans nos campagnes pendant plus de neuf siècles. Néanmoins, la
peste noire et les guerres de Cent Ans de
1348 à 1450 détruisent à plus de 50 % ce
peuplement rural de la France d’autrefois
avec sa double nature, exploitante et prolétarienne.
La renaissance démographique de 1450
à 1560 rétablit l’agreste duo dans son intégrité de l’avant-peste: 20millions d’Hexa-
Emmanuel Le Roy Ladurie
de l’Académie des sciences morales et politiques
AFP
Professeur honoraire au Collège de France,
ex-administrateur général de la Bibliothèque nationale.
Né en 1929, il a été un des pionniers de la micro-histoire
avec « Montaillou, village occitan » (Gallimard, 1975).
Il est l’auteur d’une « Histoire humaine et comparée
du climat » en trois volumes (Fayard, 2004-2009)
et de « La Civilisation rurale » (Allia, 62 pages, 6,20 ¤)
un certain nombre d’agriculteurs, les
années 1940-1944, si déplorables qu’elles
fussent à leur égard, ne furent pas les pires
qu’ils aient jamais connues, compte tenu
des très rudes épreuves que leur avait infligées la crise mondiale lors de la quatrième
décennie du XXe siècle.
M.etMme Grenadou,cultivateursbeaucerons, avaient même prospéré sous Vichy
tant leurs produits se vendaient bien. Mais
bien sûr, il y eut les déportations, les bom-
«La peste noire et les guerres de Cent Ans de 1348
à 1450 détruisent à plus de 50% ce peuplement rural
de la France d’autrefois avec sa double nature,
exploitante et prolétarienne»
gonaux (l’Hexagone virtuel est une figure
géographique commode), dont 18millions
de paysans socialement structurés comme
précédemment. Cette masse humaine est
stable, malgré les blessures anti-populationnistes, vite réparées, que lui infligent
de temps à autre les guerres bourbonniques et louis-quatorziennes.
Le XVIIIe siècle est témoin d’un essor
des peuplements agraires, équilibré, sans
plus, par le développement économique
du temps des Lumières. La Révolution
française libère la paysannerie du « joug »
seigneurial, un joug qui n’était pas toujours aussi pesant qu’on le dit puisque la
seigneurie fonctionnait, comme le soulignera Fernand Braudel, en tant qu’agent
éventuel du développement de l’économie sur son territoire.
La paysannerie survit comme telle, malgrélessouffrancesdesguerresdela Révolution et de l’Empire, par rapport aux pertes
d’un à deux millions de personnes que lui
ont infligées ces conflits. Le XIXe siècle, jusque vers 1860, voire1870,marquel’apogée,
en volume, du bloc agraire de la nation :
plus de 30millions de ruraux. L’Hexagone,
en dépit des faibles rendements agricoles,
estcultivécommeun jardin.Plusspectaculaire sera la chute. Dès la fin du Second
Empire et sous la IIIe République, le reflux
campagnard est amorcé.
Bientôt, dès 1913, la population active
non agricole est en voie de rattrapage
vis-à-visdesaconsœurpaysanne.Lemassacre de 1914-1918 éprouve davantage la jeunesse villageoise que ce n’est le cas pour les
ouvriers : ils sont souvent affectés spéciaux dans les usines d’armement.
Ladépopulationrustiquecontinuedans
l’entre-deux-guerres; elle est ensuite freinée à l’époque de l’occupation allemande,
tant le secteur agricole, donc alimentaireet
vital, s’avère indispensable dans un pays
privé d’importations de nourriture : pour
bardements, les exécutions sommaires,
etc. Inutile d’insister à ce propos. L’aprèsguerre, les « trente glorieuses » et le tournant des XXe-XXIe siècles ont affecté les
zones rurales. Nous sommes, en fait de
démographieagricole,plusrabaissésqu’en
1450, la situation est pire, si l’on peut dire,
puisque même en cette époque maudite, il
y avait davantage de personnes employées
àla terre,à l’herbageetà laforêtque cen’est
le cas de nos jours.
Sous Charles VII, il y avait, dans l’Hexagone virtuel, plus étendu que ne l’était le
royaume proprement dit, plus de 9 millions de ruraux parmi lesquels 95 % de
cultivateurset cultivatrices.En 2012, on est
loin du compte, les terroirs agricoles sont
dépeuplés,etl’onn’imaginepas unedémographie rurale équivalente à celle, si maigrichonne soit-elle, dont bénéficiait la
France vingt ans après le bûcher de Jeanne
d’Arc (1431).
Qu’adviendra-t-il de l’agriculture française dans ces conditions? A titre comparatif,auxEtats-Unis,lorsdelaGrandeDépression des années 1930, certains théoriciens,
trèsthéoriqueseneffet,imaginaientvolontiers une économie « étasunienne» sans
secteur agricole, celui-ci étant considéré
comme trop peu rentable et devant disparaître en conséquence au profit de branches productives plus avantageuses,
situées hors des professions traditionnelles des Farmers. Les visions futurologiques
de ce genre étaient utopiques.
Ce qui s’est vraiment produit aux EtatsUnis, c’est l’abandon éventuel des terres
les moins rentables, ainsi que le gigantisme accru des exploitations terriennes
d’outre-Atlantique. Pour celles-ci, l’unité
de base est dorénavant, dans bien des cas,
le millier d’hectares, et non pas la dizaine
ou la centaine d’hectares, comme c’est le
cas, en revanche, en France, voire dans
d’autres pays d’Europe.
S
U
TO ITIQU ES
L
O
P
Notre agriculture française survivra elle
aussi, semble-t-il. Elle se maintiendra, au
titre de chaque exploitation survivante,
sur une superficie mise en valeur de plus
en plus vaste par regroupements terriens.
Les vignerons feront exception. Mais les
grands fermiers « macro-entrepreneurs
rustiques» rassemblentd’un seul tenant et
rassembleront plus encore les domaines,
certes contigus, qui continueront, eux, à
dépendre de propriétaires différents. Ce
deveniraffecterasurtoutlesterroirsdeplaines ou de contrées relativement planes et
recouvertes, si possible, de limons fertiles.
Il est vrai que l’usage souvent massif des
engraiset despesticidespermetdéjàd’augmenterlesrendementsdefaçonconsidérable au détriment de l’environnement. Ce
faisant, les agriculteurs, et ils le savent fort
bien,prennentdesrisquesgénétiquespeutêtre considérables pour leur descendance.
L’agriculture bio est-elle une solution ?
En principe, oui, mais le producteur travaille toujours ou presque toujours à la
marge de la profitabilité: il n’envisage pas
volontiers, on le comprend, pour mieux
préserver l’environnement, d’éroder les
maigres profits qu’il attend de son activité.
J’ai parlé de l’installation préférentielle
des exploitations agricoles dans les plaines, où le sol est éventuellement plus fertile et où l’utilisation des machines, volontiers gigantesques, permet de réduire les
coûts… à coups d’emprunts préalables.
Mais dans cette hypothèse également,
l’agriculture de plaine entre en compétition avec d’autres investissements, porteurs de profits plus considérables.
Laconstructionde maisonnettesdansla
plaine de Caen, sur un rayon de plusieurs
kilomètres ou davantage aux alentours de
la ville, dévore préférablement des sols
limoneux et fertiles ; ils sont dorénavant
perdus pour la production agricole, celle-ci
indispensable néanmoins pour l’export et
pour l’alimentation des milliards d’individus supplémentaires; ceux-ci viendront
s’ajouter aux chiffres de population mondiale déjà existants. Les mêmes réflexions
s’imposent à propos de l’établissement de
larges autoroutes et d’aéroports immenses, eux-mêmes grands amateurs de terrains plats.
L’agriculturede montagneest abandonnée, et pour cause, dans les vallées alpines
etailleurs.Lesvignerons,oléiculteurs,jardiniers et même céréaliculteurs du Languedoc avaient imaginé, à flanc de coteaux des
Cévennes ou des pré-Cévennes, une production agricole installée sur des terrasses
artificiellement étagées sur des pentes de
collines, voire de montagnes.
Ces terrasses avaient coïncidé avec la
mise en valeur agricole croissante des ter-
E 21 O
H
C
N
A
DIM
roirs méridionaux lors des XVIIIe, voire
XIXe siècles. Il n’est évidemment pas question de recultiver ces prodigieux escaliers
d’agriculture ou de viticulture, tant le travail fait uniquement à la main ou à la
rigueur avec des mules y était pénible et,
c’est le cas de le dire, assez peu rentable.
La formidable augmentation des rendements du blé, froment et autres céréales
d’une quinzaine de quintaux à l’hectare
(ou moins encore au XVIIe siècle) jusqu’à
100quintaux à l’hectare, plafond presque
indépassable de nos jours, est un bienfait
pour nos exportations frumentaires vers
les pays déficitaires en production des
grainsau suddelaMéditerranéeet ailleurs.
Mais il y a un prix à payer: dans les campagnes de l’ouest de la France, les terres schisteuses à très faible épaisseur de sol arable
sont devenues porteuses de moissons
assez considérables… et les coccinelles ont
disparu, victimes des insecticides. Les
bleuets et les coquelicots qui cernaient
autrefois les vastes parcelles labourées,
puis emblavées, se sont évanouis, si l’on
peut dire, dans la nature.
Il ne sert évidemment à rien de gémir,
puisque, à cette liste quelque peu impressionniste des divers méfaits subis par l’environnement rural, on pourrait ajouter
bien d’autres phénomènes du même
genre. Ne parlons pas des flatulences des
vaches et autres bovidés : elles contribuent, à force de méthane, au réchauffement du climat, en compétition avec le
CO2. L’évocation du réchauffement mondial n’est pas inutile.
La situation, quant à ce problème, n’est
pas très différente de celle que nous
venons d’évoquer pour l’agriculture de
«Ne parlons pas
des flatulences des vaches
et autres bovidés : elles
contribuent à force
de méthane au
réchauffement du climat,
en compétition
avec le CO2 »
plus en plus industrialisée. D’une part, le
plus grand nombre des Européens, sinon
des Américains, fait preuve d’une prise de
conscience désormais perspicace quant
aux périls « calorifiques» issus de l’accroissement d’injections atmosphériques des
gaz à effet de serre. Mais d’autre part, très
peu parmi les citoyens du Vieux Continent, notamment paysans, acceptent d’envisager, de façon concrète, une réduction
del’usagedel’automobileetdelamotorisation en général.
Le problème est presque insoluble: les
désirsde confort de nos populations,en soi
légitimes, sont en contradiction flagrante
avec les exigences, elles aussi fondées, du
respect de l’environnement sous ses diverses formes. La pensée hégélienne ellemême, amoureuse des propositions
contradictoireset de leurs solutions dialectiques, s’y casserait les dents, qu’elle avait
pourtant fort longues. p
Les 15es Rendez-vous de l’histoire à Blois consacrés aux paysans se tiennent du 18 au 21 octobre
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LA VOIX
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18
0123
décryptages ANALYSES
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
PS: le syndrome du parti godillot
A
u temps du général de Gaulle, on accolait
toujours le mot de godillot à l’Union
pour la nouvelle République (UNR), ce
parti qui avait été fondé, le 1er octobre 1958, avec
comme but exclusif le soutien inconditionnelà
l’actiondu fondateurde la Ve République.A l’Assemblée, ses députés approuvaient sans broncher et sans débattre tout ce qui était estampillé « gaulliste». De par sa culture du débat, sa
traditionnelleindisciplineet surtoutsastructuration en courants, le Parti socialiste n’a jamais
été vraiment godillot. Peu après son élection,
en 1981, François Mitterrand l’avait mesuré en
étantconfrontéà la frondedes députés socialistes contre l’amnistie accordée aux « généraux
félons» de la guerre d’Algérie.
Au lendemain de l’élection d’Harlem Désir,
jeudi 18 octobre, au poste de premier secrétaire
du PS – avec 72,5% des voix, soit à peine mieux
que sa motion (68,45 %), contre 27,5 % à Emmanuel Maurel,le porte-parolede l’aile gauche–, le
syndrome du parti godillot guette le parti de
François Hollande. Au diapason de Martine
Aubryet de M. Désir, Jean-MarcAyrault a balayé
cette crainte. «Les débats sont légitimes, le PS ne
sera jamais un parti godillot, a déclaré le premier ministre, le 11 octobre, ça n’existe pas, ce
n’est pas dans notre culture, ce n’est pas un parti
qui a le culte du chef, c’est un parti démocratique, où on discute, on débat, on vote, et il faut
que ça continue.» En même temps, M. Ayrault a
souligné le « besoin d’une vraie solidarité» afin
de « se rassembler sur l’essentiel ». Le président
de l’Assemblée nationale, l’ancien fabiusien
Claude Bartolone, a renchéri dans le même
sens: « Nous n’avonspasune majorité godillot.»
De fait, même si les courants sont devenus
subliminaux, le plus structuré, celui de l’aile
gauche s’étant scindé en deux – les amis du
ministre Benoît Hamon rejoignant la motion
majoritaire –, l’existence de cinq motions pour
le congrès de Toulouse, du 26 au 28 octobre,
donne une touche plurielle au PS. M. Désir y a
décelé la clé du score décevant d’une motion
majoritaire qui avait vocation, sous l’impulsion de Mme Aubry et de M. Ayrault, à être unani-
Analyse
Par Michel Noblecourt
Editorialiste
me. « Qu’est-ce qu’on aurait dit s’il y avait eu un
score de 90 %, a protesté l’ancien lieutenant de
Bertrand Delanoë, on aurait dit, c’est un parti
[nord] coréen ou à la soviétique ! »
Les vingt-neuf rebelles socialistes, qui ont
voté non ou se sont abstenus à l’Assemblée sur
le traité budgétaire européen, ont fait un sort à
l’image d’un parti godillot. Même si Bernard
Cazeneuve, ministre délégué aux affaires européennes, leur a rappelé que, sur un sujet essentiel, il fallait « jouer collectif» et « faire masse ».
Le PS n’est pas un parti godillot. Mais deux
facteurs nourrissent le syndrome : les conditionsde l’électiondeM. Désir et la faiblessemilitante. La contestation qui avait entouré l’élection de Mme Aubry, en novembre 2008 à l’issue
Deux facteurs nourrissent
le syndrome : les conditions
de l’élection d’Harlem Désir
et la faiblesse militante
du calamiteux congrès de Reims, avait amoindri son autorité et sa légitimitésur un parti coupé en deux. M. Désir va prendreles manettesdu
PS avec un déficit de légitimité.
Premier secrétaire par défaut ou par accident, il a été imposé comme premier signataire
de la motion majoritaire par M. Hollande, qui
l’a encore adoubé le 19 octobre depuis Bruxelles, contre l’avis de la maire de Lille et du premier ministre. Et les ministres qui se sont
employés à être ses parrains – la « bande des
quatre » composée par Manuel Valls, Pierre
Moscovici, Vincent Peillon et Stéphane Le Foll –
semblent le voir comme un maillon faible qui
leur laissera les coudées franches dans le parti.
Un an après la primaire qui avait vu plus de
3 millions de sympathisants de gauche choisir
Ecologie | chronique
par Hervé Kempf
le candidat socialiste, le PS souffre d’une vraie
faiblesse militante. A la fin 2011, il comptait
174 022 membres,alorsqu’au moment de la primaire de 2006, réservée aux seuls militants,
ces derniers étaient 280 000. Certes depuis
Reims, les fichiers ont été « nettoyés », et
48 000 adhérents inactifs ont été rayés. Mais
cette chute est préoccupante, alors que
700 000 électeurs de la primaire de 2011
avaient laissé leur nom pour être associés à la
campagne du candidat.
L’élection de M. Hollande n’a pas suscité d’
élanmilitant. Le PS n’est pas attractif. La participation aux votes pour le congrès de Toulouse a
été faible – 50,9 % pour les motions, moins de
47 % pour l’élection de M. Désir – alors qu’en
1997, quand M. Hollande avait battu Jean-Luc
Mélenchon pour le poste de premier secrétaire,
elle avait été exceptionnelle (73,84 %).
Se référant à Pierre Mendès France, décédé le
18 octobre 1982, M. Désir a assigné au PS le
« devoir de dire la vérité aux Français, de leur
redonner espoir ». « Les militants socialistes
seront les premiers militants du changement»,
a-t-il affirmé, en voulant conjuguer « une totale
solidaritéavec le gouvernementet la pleineliberté dans le débat et les propositions».
Le fondateur de SOS-Racisme est plein de
bonne volonté, et il a affiché sa « détermination
totale à poursuivre la rénovation ». Dans son
entretien au Monde (du 17 octobre), il souligne
que le PS « doit être réinventé. Le PS est une force
desoutien au gouvernement,mais doit être aussi une force autonome ». En bon jospiniste, il
veut revenir au vote direct des militants pour
élire le premier secrétaire – avec plusieurs candidats – instauré par Lionel Jospin en 1995.
Mais pour poursuivre la rénovation engagée
par Mme Aubry et conjurer le syndrome du parti
godillot, il lui manque au départ deux atouts :
la force militante et la pleine légitimitéqui donne l’autorité. M. Désir arrivera peut-être à
gagner son pari, mais son mandat s’ouvre sur
une longue marche semée d’embûches. p
[email protected]
Une cause nationale
L
e lourd silence de Cécile
Duflot, de José Bové, de
Daniel Cohn-Bendit, de Nicolas Hulot et de tant d’autres sommités, le désintérêt des médias, la
passivité d’Europe Ecologie-Les
Verts, le « courage fuyons» des
élus PS informés des enjeux écologiques, l’apathie de la grande majorité des associations environnementales, le désir si manifeste de
tout ce joli monde de tourner la
page n’y font rien: ce qui s’est
déroulé cette semaine et se poursuit ces jours-ci autour de NotreDame-des-Landes (Loire-Atlantique) est vital, crucial, essentiel.
Si ceux pour qui les mots « crise
écologique» veulent dire quelque
chose perdaient cette bataille, si
cet aéroport se faisait, le mouvement écologique en serait aussi
affaibli qu’il l’avait été, en 1977, par
les événements de Creys-Malville.
On s’étonne que ne soit pas comprise l’importance de ce bras de
fer. Mais peut-être faut-il, de nouveau, en expliquer les enjeux. Il
s’agit, donc, d’un projet d’aéroport
qui occuperait près de 2000hectares de terres au nord de Nantes.
Vieux d’une quarantaine d’années, il a ressurgi au début des
années 2000. La résistance tenace,
non violente, assise sur des expertises solides, de paysans, d’élus,
d’écologistes, de citadins, d’habitants anciens et nouveaux, a retardé le projet. Elle a permis de voir
que se cristallisent ici toutes les
problématiques qui forment le
complexe écologique de ce début
du XXIe siècle. Ce n’est pas Tri-
fouilly-les-Oies, c’est une cause
nationale.
Alors que le Programme des
Nations unies pour l’environnement vient d’annoncer que les
zones humides, essentielles à la
biodiversité et à la régulation des
écosystèmes, ont perdu dans le
monde la moitié de leur superficie
depuis un siècle, on s’apprête en
France à détruire un site dont 98%
des terres sont des zones humides.
Alors que, semaine après semaine,
les climatologues publient des études montrant la gravité du changement climatique, on s’apprête en
France à construire un aéroport
On s’apprête
à construire
un aéroport qui
stimulera le trafic
aérien
qui stimulera le trafic aérien,
important émetteur de gaz à effet
de serre. Alors que l’artificialisation des sols et la disparition des
paysans sont officiellement déplorées, on les planifie ici, ce qui les
justifiera ailleurs. Alors que le pouvoir du capital et les partenariats
public-privé sont partout dénoncés, on donne les clés du projet à la
multinationale Vinci.
Il y a des moments où il faut
savoir dire non. Il est temps que se
fassent entendre ces « non ». p
[email protected]
Le livredu jour
Le déclin français
O
n ne peut reprocher à Nicolas Baverez une quelconque inconstance.
Auteur il y a neuf ans de La France
qui tombe(Perrin, 2003),le voilà quirécidive avec Réveillez-vous !, un essai très noir
sur le déclin français. On sort de la lecture
du pamphletassomméet déprimé,et finalement en adéquation avec le climat
ambiant, celui de la neurasthénie française, sur laquelle vogue la vague du déclinisme. Et en même temps le livre fait mouche parce que les faits décrits semblent
Réveillez-vous !
Nicolas Baverez
Fayard, 180 p., 11,90 ¤
¶
Historien et
économiste,
Nicolas Baverez
est chroniqueur
au Point et au
Monde
donner raison à l’auteur, qui sait disséquer l’engrenage de la chute.
La thèse de Baverez ? La France est en
train de mourir de son incapacité à voir le
monde tel qu’il est. Elle se complaît dans
son passé, tente de sauver coûte que coûte
un modèle social qu’elle n’arrive plus à
financer et qui la mène au suicide. Tel un
procureur, l’auteur énumère « les dénis
français » qui se succèdent depuis la fin
des « trente glorieuses » : la relance en 1981
à contre-courant des autres pays, la réduction du temps de travail « meurtrière pour
la compétitivité; l’accélération des dépenses publiques en 2008 comme réponse à la
crise des subprimes. » Le décrochage du
pays ne vient pas de l’éclatement de l’économie de bulles en 2007. Il provient d’un
modèle de croissance par la dette publique « qui menace sa souveraineté», accuse
Baverez en évoquant la perte du triple A
et,dans la foulée,la doubletutelledes marchés financiers et de l’Allemagne.
La grandeur et la décadence des nations
le hantent. Il convoque les figures de son
panthéon personnel, Thucydide, saint
Augustin,Chateaubriand,Bernanos,Mira-
beau, Soljenitsyne… pour mieux faire le
procès de ce qu’il n’hésite pas à appeler
« un Montoire intellectuel et moral », la préférence collective pour « la faillite plutôt
que pour la réforme ». Il souligne aussi la
« méfiance» grandissante du pays à l’égard
de la science et du progrès, « le divorce »
entre les élites politico-administratives et
l’entreprise, « la fusion » qui s’est opérée
entre la classe politique et la haute fonction publique pour préserver coûte que
coûte la dépense publique.
Et pendant ce temps, les craquements
qui s’opèrent dans les tréfonds de la société : violence, racisme, perte de repères,
peur de l’autre, montée des populismes.
Nicolas Baverez a le sens du tragique, il en
abuse souvent mais sait aussi s’en servir
pour sa thèse. Par contraste avec tout le
pathos qu’il décrit, sa solution apparaît
lumineuse: ça va mal ? et bien faisons comme les autres ! Comme le Canada, comme
la Suède, comme l’Allemagne qui, eux aussi, se sont trouvés au bord du gouffre et ont
su faire le choix : basculer de plain-pied
dans la mondialisation.
En libéral convaincu, l’auteur décrit le
cheminde la rédemption: une politique de
l’offre fondée sur la réduction des dépenses publiques et l’augmentation concomitante du travail, de l’épargne et de la production; l’administrationremise à sa place
et l’entreprise mise en vedette ! Il saisit
bien le moment où, en pleine crise européenne, la France se retrouve comme en
apesanteur, capable aussi bien de basculer
dans le camp des pays surendettés que de
se hausser en stoppant la fuite en avant
pour mieux sauver l’euro.
On sent que le dénouement de la crise
approche mais le scénario n’est pas encore
écrit.A moins que M.Baverez,dans lesecret
de son cabinet, n’ait déjà repris la plume. p
Françoise Fressoz
Rectificatifs&précisions
Justice La directrice des affaires criminelles et des grâces
(DACG) au ministère de la justice
se nomme Marie-Suzanne
Le Quéau, et non Marie-Thérèse,
comme écrit par erreur (Le Monde du 9 octobre).
Nucléaire Contrairement à ce
que nous avons écrit dans l’article
« Dans les entrailles du premier
cimetière nucléaire» (Le Monde
du 16 octobre), le WIPP emploie
1 100 personnes, dont 650 à Carlsbad… et non pas 65.
culture
0123
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
19
La dynastie Henochsberg, le cinéma en famille
Ils font revivre les salles d’art et d’essai de la capitale et inaugurent un nouveau complexe porte des Lilas
Q
uestion : pourquoi les sièges
sont-ils numérotés au SaintGermain-des-Prés, salle parisienne mythique où les cinéastes
dela NouvelleVagueaimaientpardessus tout sortir leurs films ?
Ce petit détail, on le doit à
Alexandra Henochsberg. « J’y
tenais beaucoup. Les spectateurs
aiment se souvenir. Chaque fois
que je vois un beau film, je me rappelle toujours de l’endroit où j’étais
assise. Chez nous, le travail est artisanal», dit-elle.
Ce « nous », c’est la famille
Henochsberg– prononcezHenoksberg – qui a créé un petit circuit art
et essai dans la capitale, avant de
développer ses antennes bien
au-delà : à Chelles (Seine-et-Marne), à Vichy (Allier), bientôt à
Béthune (Pas-de-Calais) avec un
multiplexe de neuf salles en
construction,sansoublier«un projet de rachat » en Ile-de-France
tenu top secret…
Ce n’est pas une tribu, avec
neveux et cousines, juste un trio :
il y a le père, Jean Henochsberg,
75 ans, et deux de ses quatre
enfants, Alexandra, 43 ans, et
David, 33 ans. Les Henochsberg
sont moins visibles que les Karmitz, avec leurs salles parisiennes
frappées de la marque MK2, et
bien moins puissants que les Seydoux, propriétaires des Pathé.
Qui sait, en effet, que derrière
leur nom se cachent trois salles
parisiennes historiques acquises
par le pater familia : le Saint-Germain-des-Prés en 1980, puis le Balzac aux abords des Champs-Elysées, en 1981, du moins 50 % des
parts, l’autre moitié restant aux
mains d’une autre famille du cinéma, les Schpoliansky ; enfin la
Pagode, depuis 2000, qui trône
dans le calme et chic 7e arrondissement. Deux autres fleurons, trop
coûteux, ont été revendus, Le Racine et LesTrois Luxembourg.Le parcours des Henochsberg reflète
l’histoire récente et complexe du
cinémad’art et essai dans la capitale, entre rayonnement et grande
fragilité.
La preuve ? Mercredi 24 octobre, le père, le fils et la fille inaugu-
reront un complexe de sept salles,
l’Etoile-Lilas, situé comme son
nom l’indique porte des Lilas, à
cheval sur la capitale et la proche
banlieue nord-est, dans ces quartiers mixtes où cohabitent des
classes populaires et des bobos.
Vue panoramique depuis la terrasse, Paris et sa périphérie. Programmation arc-en-ciel, qui ratisse large, du film d’auteur pointu
au blockbuster tiroir-caisse, de
qualité, bien sûr. Pas question
d’ouvrir une usine, mais il faut
que ça tourne…
Doté de 1 500 fauteuils, financé
grâce à Cap Cinémas, le nouveau
vaisseau vise les 400 000 entrées
par an. « Nous développer, c’est la
seule façon de sauver nos trois salles historiques », expliquent en
chœur le frère et la sœur. Lui : « On
a deux ans pour donner une identité à ce lieu, avant l’arrivée des dixhuit salles de l’UGC, dans la ZAC
Claude-Bernard. Ça va être dur… »
L’Etoile-Lilas est le dernier grand
projet imaginé par Jean Henochs-
Pas question d’ouvrir
une usine, mais il faut
que ça tourne.
Le nouveau vaisseau
vise 400000 entrées
par an
Alexandra et David Henochsberg : ils ont hérité la passion du cinéma de leur père. SYLVAIN GRIPOIX POUR « LE MONDE »
Lesindépendantsredessinent la carte des salles parisiennes
IL Y A CES ONZE SALLES qui ont
fermé depuis 2010, à Paris, le plus
souvent des mono-écrans. Il y a
l’exploitation art et essai qui résiste, 38 salles au total dans la capitale, avec quelques renouvellements réussis (Le Nouveau Latina,
La Clef, le Denfert…). Et, toujours,
les complexes et multiplexes qui
ouvrent ou se transforment.
La géographie parisienne des
salles se développe, note la Ville
de Paris, dans un document intitulé « La dynamique de l’exploitation cinématographique parisienne à l’horizon 2015 », rédigé à l’occasion de l’inauguration de l’Etoi-
le-Cinéma, porte des Lilas, mercredi 24 octobre. Car cette actualité
signe le retour d’un indépendant:
il n’y avait pas eu à Paris d’ouverture de salle par des indépendants
depuis la reprise du Cinéma des
cinéastes, par l’ARP en 1996. Il y
en aura prochainement un
deuxième, au printemps 2013,
avec l’arrivée du Louxor-Palais du
Cinéma. « Si tous les projets voient
le jour, Paris disposera en 2015 de
88 établissements et 431 écrans,
contre 89 établissements et
369écrans en 2000 », recense le
rapport.
Aux côtés des quartiers tradi-
tionnellement présents sur la carte des cinéphiles (quartier Latin,
Champs-Elysées, Montparnasse…), se développent quatre nouveaux pôles : Gambetta-porte des
Lilas, place d’Italie-Bibliothèque,
Passy-Grenelle-Convention et Clichy-Barbès-Montmartre.
Des films plus pointus
La place de MK2 grossit, avec
notamment un projet à la Villette. Le 9 novembre, le groupe
ouvre une salle au Grand Palais,
avec une programmation le weekend axée sur le patrimoine (Chaplin, Disney…). Bientôt, le MK2
Bibliothèque ouvrira quelques
salles proches de la Bibliothèque
nationale de France : y seront projetés des films plus pointus, pour
délester le multiplexe et « laisser
plus de temps aux films », précise
le patron, Nathanaël Karmitz. « Il
ne faut pas confondre les MK2, ses
librairies et magasins de DVD,
avec n’importe quel autre usine à
pop-corn, dit-il. Quand un spectateur va voir Harry Potter dans un
MK2, il se cultive. S’il le voit
ailleurs, il va voir un blockbuster. »
Pourquoi? Sans doute un nouveau mystère de Paris. p
Cl. F.
berg, avec son fils David. Alexandra assurera la programmation
avec Jean Hernandez, compagnon
de route du père.
Tout commence lorsque Jean
Henochsberg rencontre « la bande
de l’Olympic», du nom de ce réseau
desallesparisiennesaniméparFrédéric Mitterrand, à partir des
années 1970. Jean Henochsberg est
alors un restaurateur prospère. Le
Fernand, rue Guisarde, est une
adresse à la mode. Mais ce bon
vivant, joueur de cartes jusqu’à
point d’heure, est aussi cinéphile. Il
se lie avec Mitterrand, s’associe
avec lui au sein de la société Gerick
Films. Ensemble, en 1985, ils achètent au Festival de Cannes Papa est
en voyage d’affaires, d’Emir Kusturica. Sur le chemin du retour, ils
apprennent que le film a la Palme
d’Or. Adieu arrière-cuisines, bonjour les salles obscures.
Dans le grand loft qui leur sert
de lieu de travail, rue de la Fontaine-au-Roi, où le prix de l’immobilier flambe un peu moins
qu’ailleurs, toute l’histoire familiale est là. Ici, les bureaux
d’Alexandra Henochsberg. La
jeune femme a créé sa société de
distribution, Ad Vitam, en 1999.
L’équipe a eu du nez, a sorti en salles Le Cauchemar de Darwin
(2005), d’Hubert Sauper, Lady
Chatterley (2006), de Pascale
Ferran, ou encore Mammuth
(2010), de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Après la distribution, la production : Ad Vitam
vient de signer pour le premier
long métrage de Cécile Ducros.
David a un autre parcours. Il ne
s’en cache pas : « Je voulais être
comédien. » Il n’est pas devenu le
Léa Seydoux masculin… mais un
entrepreneur, patron d’une centrale d’achat dans la restauration.
Jusqu’à ce que son père lui demande de lui « donner un coup de
main ». Les cinémas parisiens
étaient plombés par l’arrivée des
cartes illimitées, déplumés par
l’appétit des multiplexes pour les
« films d’auteur grand public ».
David s’est investi dans l’exploitation. A corps perdu, comme son
pèreen son temps. C’est lui, le trentenaire qui est désormais le
patron du groupe rebaptisé EtoileCinémas.
Enfin, voici le bureau de Jean
Henochsberg. Vide. « Papa » n’est
pas en voyage d’affaires. Il ne travaille plus vraiment, mais passe
de temps à autre, de préférence le
matin. Alexandra regarde son frère : « Tu es le businessman, beaucoup plus que moi. » Lui : « Tu as
travaillé beaucoup plus avec
papa. » Le frère et la sœur se ressemblent, bien que nés de mères
différentes. Mêmes traits fins,
même cheveux bruns, même
tenue classique, jean et chemise à
rayures. Pas un poil de branchitude. Elle s’interroge, à voix haute :
« Pourquoi sommes-nous tant
accrochés à nos salles parisiennes,
qui ne nous rapportent rien ? Parce que c’est l’histoire du cinéma. Et
par attachement familial. »
Au début des années 2000, le
Saint-Germain-des-Prés sombrait. Décision fut prise d’en faire
« un bijou », au prix de travaux
colossaux. Mais rien à faire, la
courbe ne s’inverse toujours pas.
« Nous louons la salle, pour des
avant-premières, on décroche les
films, on s’arrache les cheveux »,
résume Alexandra Henochsberg.
Léo, le fidèle collaborateur, passe
la tête. « Dans les années
1995-2000, on pouvait encore
vivre des monosalles art et essai.
Aujourd’hui,elles sont structurellement déficitaires.»
Pour avoir le récit de la grande
époque, il faut attendre l’entretien
téléphonique avec Jean Henochsberg, un peu souffrant. Une voix
étonnamment jeune raconte: « A
Paris, il n’y avait pas de concurrence entre les salles. L’économie était
tendue, mais nous nous faisions
plaisir. On a eu à peu près tous les
bons films. »
Les Rivette, Rohmer, Godard,
ont défilé. Des génies, parfois
insupportables… « Au Saint-Germain, Godard était venu m’engueuler parce que certaines couleurs du film n’étaient pas bonnes ! » Jean Henochsberg éclate de
rire. Se réjouit d’avoir des enfants
« assez intrépides ». Compte les
joursavantl’inaugurationdu complexe de la porte des Lilas. « Cela
concrétise une longue histoire, que
je lègue à mes enfants.» p
Clarisse Fabre
Sousla perruqueblondede MissKnife,cettefine lamed’OlivierPy
Au Théâtre de l’Athénée, l’ancien directeur de l’Odéon retrouve avec malice son double travesti pour un tour de chant jubilatoire
Spectacle
M
iss Knife a lancé son premier couteau ce 18 octobre et nous l’a fiché en
plein cœur. C’est en effet au Théâtre de l’Athénée qu’Olivier Py a
entamé un tour de chant qui
devrait occuper jusqu’à la fin de
l’année puis de mars à mai 2013
l’ancien directeur de l’Odéon,
avantsa prisede fonctionsau Festival d’Avignon à l’automne 2013.
Miss Knife est sortie tout armée
de la cuisse d’Olivier Py en 1992 :
elle n’était alors que la Lanceuse de
couteaux de sa pièce La Nuit au cirque, créée au Théâtre du Peuple à
Bussang. Amphitryon revisité
mêlaitaux dieux de l’Olympeceux
de la foire. Olivier Py est devenu
Miss Knife sans abandonner pour
autant la Femme-Serpent, la
Clownesse, le Squelette de
cotillon… comme en témoigne le
texte de ses chansons aussi tristes
et radieuses, parodiques et sentimentalesque libreset désespérées.
Compagne d’infortune
En 1996, cracheur de feu prométhéen, Py a introduit Miss Knife et
sa Parade dans le sacro-saint Festival d’Avignon. Avant d’en faire sa
compagnede fortune ou d’infortune selon que tournaient les vents.
C’est donc tout naturellementavec
elle qu’il a fait ses adieux sur la scè-
nedel’Odéonle12mars.Jolierevanche qu’un directeur d’institution
quittant son job en chanteuse travestie, perruque blonde, boucles
d’oreilles et robe à paillettes, montrant son cul en parlant de ses
amants « des toilettes de la gare de
l’Est»…
Aujourd’hui, Miss Knife n’est
paspacifiée.Ellechante sadésespéranceavecl’humourtragiqueetsalvateur consubstantiel du fait de
vivre. Ses chansons réalistes disent
la vie brève, l’espérance violente,
les amours délétères, les enfants
perdus, les artistes perdants.
Empruntent à Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, au jeune Mallarmé,
etsurtoutàNervallesuicidé(ElDes-
dichado). Les belles musiques –
romances, tangos, javas – de Stéphane Leach et Jean-Yves Rivaud,
les musiciens de jazz qui l’accompagnent sont comme le décor de
lampes vives imaginé par PierreAndré Weitz avec ses grandes gélatines colorées qui tombent comme
des couperets.
Puisssance incantatoire
La voix d’Olivier Py est chaude
et prenante – travaillée avec le
même professeur de chant que le
baryton Laurent Naouri –, jamais
caricaturale. Elle nasille parfois en
ouvrant les voyelles, prend des
accentuations tragiques à la grande Barbara, évoque l’émouvant
vibrato et la puissance incantatoire de Léo Ferré. Olivier Py en scène
n’a que les stigmates irrévérencieux d’une chanteuse de musichall. Cet homme qui se vêt de
bijoux et de plumes (parce que
« quand vous avez perdu beaucoup dans vos combats, il reste une
solution: les mettre sur ses fesses »)
ne masque rien de sa masculinité
pileuse, fût-elle inscrite dans un
string de strass rouge.
Il n’est jamais plus beau que la
tête nue, cils charbonnés et lèvres
peintes, abandonné à la musique,
le corps presque brutal sanglé
dans un fourreau ouvert sur des
jambes gainées de rouge méphistophélique. Histoire de dire sans
doute que l’ange déçu a toujours
le diable au corps. p
Marie-Aude Roux
Miss Knife chante Olivier Py. Avec Olivier Py (textes et chant), Jean-Yves
Rivaud (musique), Stéphane Leach (piano, musiques), Julien Jolly (batterie), Olivier Bernard (saxophones, flûte), Sébastien Maire (contrebasse), Pierre-André
Weitz (costumes), Bertrand Killy (lumières). Théâtre de l’Athénée, Paris 9e. Du
18 au 27 octobre. Tél. : 01-53-05-19-19.
De 7 €à 32 €. Tournée à Bruxelles (du 14
au 17 novembre), Marseille (27 novembre), Vienne (28 novembre), Sartrouville
(4 décembre), Mulhouse (11 décembre),
Orléans (14 décembre), Bordeaux
(19 décembre), Toulon (21 décembre).
20
0123
culture
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
Londres retourne à l’âge du bronze
Galeries
La Royal Academy confronte des époques et des lieux différents, unis par un même matériau
Arts
pêcheur draguant dans le détroit
de Sicile l’a remonté dans ses filets.
Ou comme ce magnifique portrait
d’un jeune soldat bouclé, coiffé
d’un casque phrygien, du IIe siècle,
trouvé dans un champ, en Angleterre, en mai2010.
Les petits sujets dament le pion
aux grandes figures. Si le trio
géant du Saint Jean-Baptiste
priant (1506-15011), qu’on dit provenirde l’atelierdeLéonarddeVinci, impressionne, c’est la grâce des
groupes de la Renaissance que l’on
Londres
R
aconter 5000 ans de l’art du
bronze paraissait mission
impossible: « Bronze », à la
Royal Academy de Londres, y parvient de manière saisissante. Les
œuvres sont confrontées par genres, figures en pied, portraits, femmes, hommes, animaux, objets
décoratifs, de culte… Peu importe
la taille, l’origine, la date : le dialogue s’engage avec une rare vitalité.
On est transporté dans le temps,
sous toutes les latitudes et continents, par la beauté et la qualité
des pièces qui s’affrontent. Il en est
ainsi du roi Seuthes III qui a régné
au IVe siècle avant J.-C. Ses yeux
clairs, en albâtre et pâte de verre,
sont si vifs que son regard de tyran
fait frémir. Son portrait de bronze
a été exhumé, en 2004, près d’un
tumulus de Bulgarie centrale, l’ancienne Thrace. «Presque inconnue,
jamais exposée, c’est, pour moi, la
plus importante pièce vue au cours
de ma carrière. On dirait qu’il nous
parle », s’enthousiasme David
Ekserdjian, le commissaire.
Son contraire, la dame d’Ife
– capitale spirituelle des Yoruba,
au Nigeria –, le visage incisé de
lignes parallèles, comme scarifié,
est d’une extrême douceur, et son
regard plein de compassion. Comme l’indique son double rang de
perles monté en diadème, ce portrait anonyme dit « Tête couronnée », du XVe siècle, est celui d’un
personnage de sang royal.
Le parti pris de David Ekserdjian
est avant tout esthétique. « J’ai
essayé de réunir le meilleur de tou-
Le parti pris du
commissaire, David
Ekserdjian, est avant
tout esthétique
« Satyre dansant », Grèce. SCALA /FLORENCE 2012
tes les civilisations. J’avais en tête
une liste de cent pièces, je rêvais,
depuis longtemps, d’organiser une
telle exposition. Quand on les voit
ensemble, il y a une étrange parenté », souligne le professeur d’université, spécialiste de la Renaissance italienne, ancien responsable de
la sculpture européenne pour la
maison de ventes Christie’s.
Le commissaire a arpenté la planète pour convaincre conservateurs et collectionneurs de lui prê-
ter les pièces repérées. Obtenir le
prêt de la Chimère d’Arezzo, joyau
de l’art étrusque, du Musée archéologique national de Florence, était
une gageure: « Je suis allé à Florence, avec le projet et les illustrations.
J’ai entendu un “ Bon, je suis
convaincue”. J’ai failli m’évanouir
de joie. » Les cent cinquante
œuvres rassemblées sont parfois
le fruit de découvertes récentes.
Comme le gracieux Satyre dansant, sauvé des eaux, en 1998 : un
retient. Les Putti au tambourin de
Donatello, le Guerrier nu de Leonhard Magt, Nessus et Deianira, de
Jean de Boulogne, et la Nymphe
endormie par un satyre d’Antonio
Susini l’emportent, la sensualité à
fleur de peau. Comme la puissance nerveuse du Chasseur portant
une antilope (Nigeria), de la même
époque.
Les objets de culte les plus
anciens intriguent : « Rare témoignage d’un monde dont on ne sait
presque rien », note le commissaire, tel ce Chariot au disque solaire
danois du XIVe siècle av. J.-C. Ou
encorecesmenusaccessoires,sceptre,couronne,chandelier…de3500
av. J.-C. venus du désert de Judée ;
et ce surprenant équipage, du VIIe
av. J.C., trouvé près de Graz (Autriche),quiconvoieunedivinitéfémininedeboutportantl’urnefunéraire, entourée de soldats en armes.
En point d’orgue, la joyeuse
fable de David Ekserdjian met en
scène Spider 4, l’araignée de deux
mètresd’enverguredeLouiseBourgeois (1996), prête à bondir sur ses
proies, alignées en contrebas, le
Babouin à l’enfant de Picasso
(1951), le Dindon de Jean de Boulogne (1567), la Mante religieuse de
Germaine Richier (1946), ou
l’oiseau de Brancusi (1911)…
Une formidable découverte et
une
constatation :
durant
5 000 ans, la technique du bronze
a traversé les civilisations avec un
même souci de perfection pour
donner à l’œuvre son gage d’éternité. p
Florence Evin
Bronze. Royal Academy of Arts (RA),
Burlington House, Piccadilly, Londres,
jusqu’au 9 décembre. Tous les jours de
10 heures à 18 heures, le vendredi jusqu’à 22 heures. De 5 ¤ à 20 ¤.
Catalogue : 300 pages, 49 ¤, éd. RA.
Royalacademy.org.uk
Edition Sélection
du prix Femina
Le jury du prix Femina, qui sera
décerné le 5 novembre, a conservé
dans sa dernière sélection cinq
romans français et quatre étrangers, ainsi que cinq essais. Le premier roman, très remarqué, de
Julia Deck, Viviane Elisabeth Fauville (Minuit), figure notamment
dans cette ultime liste aux côtés
des livres de Jérôme Ferrari, Le Sermon sur la chute de Rome (Actes
Sud) et de Patrick Deville, Peste et
choléra (Seuil), retenus cette
année par les jurés de plusieurs
prix, dont le Goncourt. Un autre
« primo-romancier», l’ex-ministre de l’agriculture Bruno Le Maire, reste aussi dans la course du
Femina avec Musique absolue.
Une répétition avec Carlos Kleiber
(Gallimard). – (AFP.)
Arts Katinka Bock reçoit le
Prix de la Fondation Ricard
Née en 1976, l’artiste allemande,
pensionnaire de la Villa Medicis, a
reçu, vendredi 19 octobre, le 14e
prix décerné par la Fondation
Ricard à un jeune artiste. Les
autres candidats étaient Mathieu
Kleyebe Abonnenc, Bertille Bak,
David Drouard, Louise Hervé
& Chloé Maillet et Emilie Pitoiset.
JeanTinguely
Galerie Vallois
On pourrait rester des heures à
regarder ces petites formes s’affoler doucement: une impulsion du
pied sur le bouton au sol suffit, et
voilà que les toiles de Jean Tinguely s’animent. Leur charme sec
d’abstraction géométrique se fait
alors valse féerique. La galerie Vallois, qui commence à travailler sur
l’héritage du grand plasticien suisse, inaugure ce travail de mémoire
avec un véritable coup d’éclat.
Issus des meilleures collections et
parfois jamais montrés au public
depuis l’exposition historique de
la galeriste Denise René en 1955,
neuf Méta-reliefs emportent le visiteur dans leur danse toute minimale: sur fond noir, des cercles,
boucles, spirales et autres carrés
ouvragés viennent opposer leurs
formes blanches, détachées de
quelques centimètres de la toile et
entraînées par un invisible
moteur; idem sur fond blanc, où
se jouent alors de noires ombres
chinoises. C’est la Fontaine Stravinsky, au pied de Beaubourg, en
version domestique, des bijoux
dignes de collections muséales.
« Bleu-Blanc-Noir », de Jean
Tinguely. AURÉLIEN MOLE/GALERIE GP & N.
VALLOIS
Même figées, ces neuf peintures
sculptées semblent frémir. Elles
sont ici accompagnées de deux
sculptures de la série des Métamatics, dont l’allure plus rude et
bricolée vient souligner encore un
peu plus l’infinie élégance
de cet accrochage. Un enchantement… p Emmanuelle Lequeux
Jean Tinguely, « Meta-reliefs, métamatics, 1955-1961 », 36, rue de Seine,
Paris 6e. Tél. : 01-46-34-61-07. Du lundi
au samedi de 10 h 30 à 13 heures et de
14 heures à 19 heures. Jusqu’au
17 novembre. Galerie-vallois.com
Emmanuel
Lagarrigue
Galerie Sultana
D’abord, se laisser emporter par le
minimalisme des formes. Arpenter ce paysage de poutres de bois,
sculptées de multiples encoches
laissées à leurs énigmes. Croire
que ce sont elles qui finalement
portent les murs, ou qu’au contraire elles sont prêtes à vaciller dans
leur équilibre précaire. Puis se
mettre au rythme de la lumière:
dans l’entrée et au fond de la gale-
« Le crépuscule du matin ».
EMMANUEL LAGARRIGUE/SULTANA
rie, elle vacille elle aussi, tantôt
vive, tantôt discrète. Comme si, là
encore, elle voulait nous envoyer
des signaux. Puis entrer, enfin, au
cœur du monde d’Emmanuel
Lagarrigue, également présenté
aux Tuileries dans le parcours de
la FIAC. Et lire les quatrains qui lui
ont servi de matrice. Ils ont été
écrits par Hélène Bessette, figure
oubliée dans l’ombre de Duras.
« Un concert de lamentations/Ce
n’est que cela/Un si vieux concert./
Asssssssez». Poursuivant sa
conversation avec les lettres, de
Beckett à Jauffret, l’artiste a sculpté en morse ces mots sur les poutres. Avec la sciure, il a construit
des briques, forcément fragiles.
Parti d’un travail sur le langage, sa
sonorité et ses inconscientes résonances, le plasticien quadragénaire se sert aujourd’hui du silence
des mots comme fondation. Il
nous rappelle ainsi que leur plénitude n’est en fait qu’un entre
chien et loup… p E. Le.
Emmanuel Lagarrigue, « Le crépuscule
du matin. (Dans ce jour qui est presque nuit) », 12, rue des Arquebusiers,
Paris 3e. Du mardi au samedi de 11 heures à 19 heures. Jusqu’au 20 décembre.
Galeriesultana.com
& vous
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Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
21
La famille
auxcinqNobel
Lieu d’histoire, le Musée Curie, à Paris,
vient de rouvrir ses portes, après deux ans de
travaux. Hommage à la mémoire de Marie
Sklodowska-Curie, née à Varsovie, « personnalité universelle devenue personnage de
légende», selon Claude Huriet, président de
l’Institut Curie. Dans cet espace restreint de
150m2, un nouveau parcours est proposé
autour du bureau et du laboratoire de cette
imminente physicienne et chimiste. Marie
Curie fut la seule femme à recevoir deux prix
Nobel, celui de physique en 1903, avec son mari Pierre Curie et Henri Becquerel, pour leurs travaux sur les radiations, et celui de chimie en 1911, pour ses travaux sur le polonium et le radium. Elle fut aussi la première femme
professeur à la faculté des sciences de la Sorbonne, et première femme à entrer au Panthéon.
C’est aussi l’histoire de la radioactivité artificielle, découverte par la fille de Marie Curie, Irène, et son
mari Frédéric Joliot, qui est contée. Ce lieu fait revivre le destin exceptionnel de la « famille aux cinq prix
Nobel », son engagement au service de la science et dans la lutte contre le cancer. p Pascale Santi
(PHOTOS : CHRISTOPHE HARGOUES/INSTITUT CURIE)
Musée Curie, 1, rue Pierre-et-Marie-Curie, Paris 5e. Ouvert du mercredi au samedi de 13 heures à 17 heures. Entrée gratuite.
Mariecurie.science.gouv.fr
Sommes-nous vraiment faits pour dormir ensemble?
Pour une vie de couple épanouie au lit, le confort compte: un matelas de 160cm vaut mieux que le classique 140, selon les spécialistes du sommeil
A
llons-nous cesser d’être
masochistes au lit ? Apparemment, nous y travaillons.Surles 4millions dematelas vendus chaque année, la largeur 140 cm est toujours la star
incontestée de nos nuits (65 % des
matelas achetés en France). Mais
une révolution silencieuse est en
marche : en 2012, plus de 610 000
matelas de largeur 160 devraient
N’en déplaise à
l’Eglise, dormir à deux
est une habitude
récente pour notre
espèce, et qui n’a rien
de naturel
s’écouler, « trois fois plus qu’il y a
cinq ans », note Gérard Delautre,
directeur général de l’Association
pour la literie.
Tendance similaire chez Ikea
qui ne donne toutefois pas de chiffres précis. « Depuis dix-huit mois,
nous enregistrons une forte
demande pour des lits plus larges », reconnaît Muriel Rolland,
porte-parole de l’enseigne où les
ventes de cadres de lit taille 140
baissent au profit des 160. Dans le
même temps, le matelas simple
est de plus en plus remplacé par
un double. Conséquence : pour
trouver de la place, les urbains
abandonnent les tables de chevet
« et veulent des têtes de lit avec rangements intégrés », ajoute
Mme Rolland.
Cette recherche de confort n’a
rien de vain. Nous passons en
moyenne vingt-quatre ans à dormir, « ce qui représente, pour les
couples,la plus longue période passée ensemble », note le professeur
Damien Léger de l’Hôtel-Dieu à
Paris. Ce spécialiste du sommeil
reconnaît voir « très régulière-
Une photo extraite de la série « Les Sommeils » de Jean-Louis Tornato. JEAN-LOUIS TORNATO
ment des personnes qui ont du mal
à dormir à deux, mais qui n’osent
pas l’avouer ». Le Monde a lancé un
appel à témoignages. Des dizaines
d’internautes, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, ont
répondu à la question : « Dormir à
deux, la galère ? »
Il est vrai que nous nous lançons, depuis quelques décennies,
un défi de taille : non seulement
nous voulons conjuguer amour et
couple (une nouveauté de moins
d’un siècle), mais nous cherchons
toujoursà dormir ensemble.Ce faisant, nous perpétuons une tradition instituée par l’Eglise catholique qui « a sacralisé la conjugalité
et le lit pour lutter contre le paganisme et maîtriser la société et sa
reproduction », précise l’ethnolo-
gue parisien Pascal Dibie, auteur
d’Ethnologie de la chambre à coucher (Métaillé, 2000).
N’en déplaise à l’Eglise, dormir
à deux est un acte récent pour
notre espèce, et qui n’a rien de
naturel. Jugez plutôt : nous faisons en moyenne quarante mouvements chaque nuit, « mais cela
peut facilement aller jusqu’à
soixante », précise M. Léger. Nous
sommes, comme de nombreux
mammifères (singes, cochons,
chiens, chats), des ronfleurs (un
homme sur trois, une femme sur
six). Et pour pimenter le tout, les
générations ne cessent de grandir
et de grossir (en trente ans, plus
2 cm et 2 kg pour les femmes, plus
5 cm et 5 kg pour les hommes). Ce
changement
morphologique
accentue le ronflement… et quatre
Français sur dix déclarent souffrir
de troubles du sommeil, selon
l’Institut national du sommeil et
de la vigilance.
Les Français ne détiennent pas
seulement le record mondial de
consommation d’anxiolytiques,
ils utilisent, avec leurs voisins
espagnols, les lits à deux places les
plus étroits du monde occidental
(135 centimètres de large en Espagne, 170 en Italie). Pour rappel, les
140 centimètresfrançaisreprésentent deux carrures et quelques
d’un homme bien charpenté.
Or, l’impact de la dimension du
lit sur la qualité de notre sommeil
est flagrant. En janvier 2012, dix
couples bardés de capteurs ont
dormi successivement dans des
lits de 140 puis de 160 centimètres
sous la direction du professeur
Léger. Les résultats sont bluffants:
les « cobayes » ont augmenté de
15 % leur temps de sommeil profond (152 minutes contre 132). Leur
nombre de réveils nocturnes a
baissé d’un quart (vingt-trois fois
contre trente). Et, une fois la nuit
au large passée, les couples estiment avoir amélioré « de près de
50 % leur sensation de confort ».
Pour autant, la dimension du lit
n’explique pas tout. « Hommes et
femmes ne vivent pas du tout de la
même façon la nuit à deux », expliquent John Dittami, chercheur au
service de biologie des comportements de l’Institut de zoologie de
Vienne (Autriche), et son comparse Gerhard Klösch, de l’Institut de
recherchesur le rêve et la conscience del’universitémédicalede Vienne. « Les femmes ont un sommeil
plus reposant sans leur partenaire,
alors que les hommes ont un sommeil plus doux quand ils dorment
avec leur compagne », expliquent
les auteurs de Ein Bett für zwei
(« un lit pour deux », Herbig Verlag, 2008, non traduit).
Pourquoi cette différence? Dormir à deux à l’écart du groupe est
un comportement social récent à
l’échelle de l’évolution, et cela ne
s’est pas encore répercuté sur
notre activité psychique. Il faut
donc chercher ces explications
dans des habitudes ancestrales. La
femme, maîtresse du foyer, semble avoir une sensibilité bien plus
importanteauxbruits et aux mouvements. Alors que l’homme assimile la présence de sa compagne à
celle, sécurisante, du groupe.
Mais plus ces chercheurs creusent, plus le sujet leurs paraît complexe. « Les femmes, par exemple,
semblent subir le lit à deux, mais
ne veulent pas laisser leur place,
arguantque cela rassureleurs compagnons », notent-ils. « La culture
est le plus grand ennemi du som-
meil, lance John Dittami. Dans chaque pays, cette culture nous dicte
quand et comment il faut dormir.
Alors qu’on dort bien quand on fait
ce que l’on veut. » D’une traite, en
petites siestes, seul, en groupe… En
bons Autrichiens, ces deux chercheurs ont choisi, pour leurs couples respectifs, des lits jumeaux
avec chacun sa couette : « La grande couette commune est un désastre. Chacun dans le lit veut la tirer à
lui. C’est une source de tension
énorme que nous avons mesurée.»
Anecdotique, la couette ? Pascal
Dibie ne le pense pas. L’utilisation
de cet objet, apparu il y a une trentaine d’années en France, est une
aberration due à… Ikea, estime-t-il.
« La France appartient aux sociétés
dites “bordées” qui vont jusqu’à
l’Egypte. Dans ces pays, traditionnellement dépendants de la
culture du lin, on dort habillé et sur
le dos, bordéd’un drap et de couvertures, dans des chambres non
Avec leurs voisins
espagnols, les Français
utilisent les lits
à deux places les plus
étroits du monde
occidental
chauffées. » Une habitude opposée à celle des pays nordiques. « Du
nord de la France à la Scandinavie,
la domestication des canards
eiders a créé des sociétés à couettes.
Les gens dorment nus, lovés en
chiende fusil dans des couettes personnelles, même s’ils dorment côte
à côte. Et les chambres sont chauffées. » Le typique lit à deux en largeur 140 utilisé avec monocouette
et pyjama est donc un ovni français générateurde stress dont, estime M. Dibie, «on ne nous a pas vendu le mode d’emploi». p
Laure Belot
«Le lit conjugal est latin et catholique»
Entretien
Michelle Perrot, historienne, est
l’auteur d’Histoire de chambres
(Seuil, 2009).
Depuis quand dort-on à deux ?
Le lit conjugal existe depuis
longtemps. Lorsque Ulysse rentre
de son périple, Pénélope vérifie
son identité par l’étrange « épreuve du lit » : « Lequel a été le
nôtre? », dit-elle. L’idéal conjugal
existe dans la Grèce antique, mais
les habitudes de polygamie et l’astreinte au gynécée [appartement
des femmes] font que le lit ne sert
pas vraiment à dormir ensemble.
Dans la Rome antique non plus,
l’homme et la femme ne se retrouvent pas tous les soirs. C’est l’Eglise catholique qui va théoriser très
tôt la question du lit conjugal.
Nous dormirions donc à deux
par tradition religieuse ?
On peut le dire. Le lit conjugal
est latin et catholique. Les deux
lits côte à côte sont protestants et
anglo-saxons. L’Eglise catholique
fait du mariage un sacrement au
XIIIe siècle. Le théologien Thomas
d’Aquin déclare : « Le couple doit
avoir son lit et sa chambre.» L’Eglise mise sur la conjugalité pour
maîtriser la société. François de
Sales, au XVIIe, bénit le lit conjugal, « lieu d’un amour tout sain,
tout sacré, tout divin», célébrant
« la jouissance à plein drap » plutôt qu’« à la dérobée». Mais les
femmes subissent l’appétit
sexuel des maris. Le lit devient un
lieu d’affrontement comme l’attestent les textes de confession.
Les confesseurs exhortent leurs
pénitentes à remplir leur « devoir
conjugal», tandis que celles-ci
demandent à leurs époux de « faire attention », c’est-à-dire de pratiquer le coït interrompu, considéré par l’Eglise comme « le péché
d’Onan». Faire chambre à part est
désapprouvé par le clergé.
En revanche, ceux qui ont les
moyens dorment seuls…
Le roi en effet dort seul et rend
visite, le cas échéant, à la reine
ou… à sa maîtresse. L’aristocratie
sépare les appartements du maître et de la maîtresse de maison.
Certains intellectuels aussi prennent position. Au XIVe siècle, le
poète Eustache Deschamps déclare : « Plus aisé coucher un seul que
deux.» Son contemporain Montaigne ajoute : « J’aime à coucher dur
et seul, voire sans femme, à la royale, un peu bien couvert.»
La donne change-t-elle en ville ?
Aux XVIIIe et XIXe, le lit pour deux
se généralise en ville, mais pas uniquement par manque de place. Le
couple est un socle fondamental
de la bourgeoisie, dont le symbole
est le lit. « Le lit est tout le mariage », écrit Balzac. En 1850, le lit
exposé au Bon Marché est encore
large. Mais, en 1920, il se rétrécit,
comme les appartements.
Pourquoi le choix de deux lits
pour les Anglo-Saxons ?
Pour les protestants, dormir
séparé est un choix amoureux
(chacun reste un individu dans
l’amour), un choix sociétal (restriction des naissances plus facile).
C’est aussi un choix hygiénique.
En France, le lit double se généralise au XVIIIe en ville, mais la salle de
bains ne va apparaître que deux
siècles plus tard !
Dormir seul est-il encore tabou ?
En 2009, la Télévision suisse
m’a interrogée sur un fait divers:
un couple de paysans âgés venait
de décider de faire chambre à part
et cela émouvait famille, village et
même pays. « Nous séparons notre
sommeil de notre désir», avaientils déclaré. L’idée du couple est toujours construite sur la fusion des
corps, signe d’amour. Cela continue à peser très fortement, quelles
que soient nos envies. p
Propos recueillis par L. Be.
LES RETOURS
DU DIMANCHE
Agnès Chauveau et Nicolas Truong
Peut-on refonder la pensée politique ?
A l'occasion des 10 ans de la collection
La République des idées aux éditions du Seuil
18h10 - 19h /dimanche 21 octobre
En partenariat avec
franceculture.fr
22
météo & jeux
< -10°
-5 à 0°
-10 à -5°
0 à 5°
5 à 10°
10 à 15°
50 km/h
12 15
35 km/h
Caen
Reykjavik
14 22
Rennes
Metz
Dijon
Poitiers
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13 19
Limoges
Chamonix
Clermont-Ferrand
15 22
15 18
6 22
Lyon
A
Montpellier
Toulouse
14 19
Nice
Marseille
18 20
20 22
19 21
Températures à l’aube 1 22 l’après-midi
Le temps changera peu, avec une nouvelle
perturbation qui traversera une bonne
moitié ouest et centrale du pays. Les pluies
seront plus fréquentes et abondantes sur
le Languedoc-Roussillon et les Cévennes,
avec des cumuls qui commenceront à
s'accumuler depuis plusieurs jours ! Les
averses orageuses gagneront la Côte d'Azur
en soirée ou dans la nuit au plus tard. Les
éclaircies et une grande douceur
continueront de dominer sur la façade est.
Nord-Ouest
Ile-de-France
Nord-Est
Sud-Ouest
Sud-Est
Ajaccio
60 km/h
15 23
Lever 14h41
Coucher --.--
Lever 08h19
Coucher 18h47
Aujourd’hui
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Dépression
Front froid
Occlusion
Thalweg
A
Alger
1015
éclaircies
13 17
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17 23
nuageuxetorageux20 22
beautemps
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9 19
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8 19
nuageux
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enpartieensoleillé 13 19
beautemps
10 19
éclaircies
12 14
assezensoleillé 10 14
enpartieensoleillé 7 13
aversesmodérées 8 8
soleil,oragepossible18 20
assezensoleillé 10 18
22 23
beautemps
aversesmodérées 15 19
8 23
assezensoleillé
averseséparses 10 14
enpartieensoleillé 11 21
averseséparses 12 16
8 13
éclaircies
23 27
beautemps
6 9
averseséparses
6 16
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2 6
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Riga
Rome
Sofia
Stockholm
Tallin
Tirana
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Vienne
Vilnius
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enpartieensoleillé
assezensoleillé
beautemps
faiblepluie
aversesmodérées
assezensoleillé
beautemps
beautemps
enpartieensoleillé
enpartieensoleillé
Dans le monde
Alger
enpartieensoleillé
Amman
soleil,oragepossible
Bangkok
soleil,oragepossible
Beyrouth
assezensoleillé
Brasilia
soleil,oragepossible
Buenos Aires averseséparses
Dakar
averseséparses
Djakarta
soleil,oragepossible
Dubai
beautemps
Hongkong assezensoleillé
Jérusalem assezensoleillé
Kinshasa
variable,orageux
Le Caire
beautemps
Mexico
enpartieensoleillé
Montréal
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Nairobi
éclaircies
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1
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VI
VII
2
VIII
D’OBAMA
Horizontalement
I. Appréciation. II. Virevolte. Sa.
III. Alinéa. Limer. IV. Nana.
Scanner. V. Titres. St. SA.
VI. Traduit. Aa. VII. René. Erosive.
VIII. Azur. Mou. IX. Usera.
Semeur. X. Surprotégées.
Verticalement
1. Vous en mettra plein la vue.
2. Rongeur africain. Duchesse et
deux fois reine de France. 3. Solide
chemise militaire. Romains.
4. Petite baie. Comburant. 5. Dans
la gamme. Fait suer. 6. Met le
bâtiment à niveau. 7. A toujours
quelque chose à vous demander.
Assurent l’avancement. 8. Le
quatrième fut Terrible. Charge
lourdement. 9. Etalée. Dans
l’immédiat. 10. Passe par
Mulhouse et Strasbourg. Avale.
11. Plantés pour bien frapper.
Rougeoyant dans l’âtre.
12. Passeront l’éponge.
Philippe Dupuis
Verticalement
1. Avant-trous. 2. Pilaire. Su.
3. Printanier. 4. Renarde. Rp.
5. Eve. Eu. Aar. 6. Coassiez. 7. Il.
Trust. 8. Atlas. Orée. 9. Teintas.
MG. 10. Mn. Aimée. 11. Osées.
Voué. 12. Narrateurs.
Europe Nobel de la paix justifié
Lecteur du Monde depuis… son premier numéro, je tiens à vous féliciter
de la présentation que vous avez faite de l’attribution à l’Union européenne du prix Nobel de la paix, et plus particulièrement de l’analyse d’Arnaud Leparmentier « Un Nobel de la paix pour une Union en crise » (Le
Monde du 15octobre). D’autres journaux ont cru bon de faire de l’humour
sur cet événement – ou de présenter une vue partielle de l’histoire de
l’Union européenne. Vous avez judicieusement rappelé d’où vient cette
union: de l’initiative historique de Robert Schuman et de la Déclaration
du 9 mai 1950, inspirée et préparée dans son intégralité par Jean Monnet,
treize ans avant le traité de l’Elysée (de Gaulle-Adenauer). Vous avez rappelé la constitution de la Communauté européenne du charbon et de
l’acier, suivie de l’échec de la Communauté européenne de défense
devant le Parlement français, puis de la signature du traité de Rome et des
traités ultérieurs. Vous nous invitez à ne pas regarder seulement en arrière. L’UE est en crise – économique et politique. Regardons devant nous:
où en sera l’Europe dans soixante ans? Merci au Monde de nous inciter à
y réfléchir, à quelques mois des prochaines élections européennes…
Jacques-René Rabier, ancien directeur de cabinet
de Jean Monnet, Bruxelles
Société Mariage homosexuel, la confusion
Le mariage homo, c’est comme le tableau La Bataille de San Romano
(1456), de Paolo Uccello. La confusion triomphante. Chacun tire la couverture à soi, à l’exception de ces petits êtres muets non éligibles: les
enfants. Il y a la rhétorique humaniste des émancipateurs: exigeons le
droit pour tous à embrasser l’ensemble de la tradition ! Le vœu de chaque maman et ses implications natalistes. Il y a aussi le fourvoiement
des promoteurs des nouvelles sexualités ou des nouvelles tendresses.
Reste l’opportunisme des politiques dans ces joutes sociétales. Et puis,
comme toujours en marge des grandes batailles, il y a dans l’ombre les
petits qui souffrent en silence. N’en déplaise aux enquêteurs partisans
ou compatissants de la très prosélyte cause homo, l’avis des enfants
doit passer par un décodage: c’est l’effet Cosette. Un enfant n’avouera
jamais qu’il souhaite quitter son poste, même atypique. Il s’en accommode parce que toutes ses intentionnalités sont tournées vers son
futur d’adulte enfin libre. Par contre, s’il est adopté, il sera inlassablement en quête de ses origines. Si, en plus, il est placé chez un couple
homo, il s’enlisera dans le sentiment de la fatalité de son incomplétude
face au bonheur basique de ses camarades. Les champs de bataille laissent toujours place à une cohorte de victimes… sans voix.
Jean-Marie Baurens, Montpellier
Les soirées télé
Solution du n˚12-250
9
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4
3
1
Expert
Complétez toute la
grille avec des chiffres
allant de 1 à 9.
Chaque chiffre ne doit
être utilisé qu’une
seule fois par ligne,
par colonne et par
carré de neuf cases.
Euro Millions
X
Solution du n° 12 - 250
7
Courriels
Beaucoup de journalistes passent leur temps, quand ils reçoivent des invités politiques à la télévision ou à la radio, à tenter de les faire déborder du
cadre (et des compétences) de leur ministère ou de leurs fonctions. On les
interroge sur tout et n’importe quoi, à la recherche du spectaculaire, de la
contradiction, du bon mot. Ensuite, on crie au dérapage. Cette forme de
journalisme n’aurait pas eu cours il y a quelques années, où on demandait aux journalistes d’être responsables, même si on peut prétendre que
les politiques n’ont qu’à ne pas leur répondre, ce qui est vrai.
Michel Blanc, Paris
IQUE
L’AMER
8
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
Presse Responsabilité partagée
Réalisé par Yan Georget
IX
I. Quand on est sûr de ne rien
avoir oublié. II. Tout à fait
convenable. Bien descendus.
III. Des filles toujours belles.
Unissent les bras au thorax.
IV. Vous fait passer au rouge.
Qu’il a fallu apprendre. V. Se lance.
Pourra être approuvé. Bord de
rivière. VI. Refait surface après un
passage en sous-sol.
VII. Ensemble mal foutu.
Organiser le bon fonctionnement.
VIII. Préposition. Pas folle en
principe. Trois points sur quatre.
IX. Instrument de force. Godille
quand il est à l’arrière. X. Remet
tout le monde à sa place.
7
LE REGARD
DE CINQ
ROMANCIERS
AMÉRICAINS
LATINOS ACT
DREAM
LOI ANTI-IMMIGRANTS
OCCUPY WALL STREET
RETRAITES
GUANTANAMO
BEN LADEN
9
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30
24
27
28
26
ÉLECTORALE
BATAILLECRATE
S
DÉMO
LICAINS
VS RÉPUBNEY
MITT ROM
TY DATEURS
TEA PAR
PÈRES FON
CONGRÈS
2
3
V
22
27
21
25
25
23
Météorologue en direct
au 0899 700 703
III
IV
assezensoleillé
averseséparses
assezensoleillé
enpartieensoleillé
assezensoleillé
éclaircies
HORS-SÉRIE
4
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Cayenne
Fort-de-Fr.
Nouméa
Papeete
Pte-à-Pitre
St-Denis
1,34 € l’appel + 0,34 € la minute
7 jours/7 de 6h30-18h
10 1 1 12
II
beautemps
23 32
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9 16
aversesmodérées 7 13
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soleil,oragepossible25 32
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enpartieensoleillé 13 20
beautemps
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soleil,oragepossible 21 26
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7 18
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13 15
Outremer
Sudoku n˚12-251
9
New Delhi
New York
Pékin
Pretoria
Rabat
Rio de Janeiro
Séoul
Singapour
Sydney
Téhéran
Tokyo
Tunis
Washington
Wellington
DÉCLIN
E
INDUSTRIE AUTOMOBIL
PLAN DE RELANCE
RÉGULATION DE LA FINANCE
PHIQUE
NOUVELLE DONNE DÉMOGRA
SYSTÈME DE SANTÉ
I
Horizontalement
Jérusalem
Le Caire
à découvrir en kiosque dès maintenant
8
Ankara
Beyrouth
D
« L’Amérique d’Obama »
7
D
Athènes
Tripoli
Tripoli
Un hors-série du Monde
6
1015
Istanbul
Tunis
Tunis
Où en est le rêve américain ?
Motscroisés n˚12-251
2
D
Rabat
Front chaud
Amsterdam
Athènes
Barcelone
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Berlin
Berne
Bruxelles
Bucarest
Budapest
Copenhague
Dublin
Edimbourg
Helsinki
Istanbul
Kiev
La Valette
Lisbonne
Ljubljana
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Luxembourg
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Moscou
Nicosie
Oslo
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Reykjavik
Les jeux
1
Anticyclone
En Europe
17 20
1015
Séville
1020
6 degrés attendus à Reykjavik
Perpignan
Jours suivants
Mardi
Lisbonne
Lisbonne
Odessa
Bucarest
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Belgrade
Milan
Barcelone
Barcelone
10
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Berne
Munich Vienne
Madrid
12 23
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Sainte Céline
Coeff. de marée 66/74
00
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DMoscou
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1020
Paris
D
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Grenoble
13 17
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Bordeaux
Biarritz
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St-Pétersbourg
Copenhague
Minsk
Amsterdam Berlin
Varsovie
Prague
Bruxelles
Londres
1015
10
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Riga
Dublin
Strasbourg
9 22
990
Besançon 985
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15 km/h
1020
Helsinki
Oslo
Stockholm
A
Orléans
10 16
Nantes
D
1025
Edimbourg
9 22
> 35°
10
15
www.meteonews.fr
14 22
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20 km/h
A
Châlonsen-champagne
PARIS
30 à 35°
1025
12 20
12 18
5 17
25 à 30°
Amiens
Rouen
Brest
20 à 25°
21.10.2012 12h TU
Lille
Cherbourg
15 à 20°
En Europe
1020
A
Dimanche 21 octobre
5
102 0
Encore des pluies vers la moitié ouest
102
1035
12 19
0123
écrans
Résultats du tirage du vendredi 19 octobre.
16, 29, 37, 40, 44, 8 e et 10 e
Rapports : 5 numéros et e e : pas de gagnant ;
5 numéros et e : 655 940,10 ¤ ; 5 numéros : 65 594,00 ¤ ;
4 numéros et e e : 8 199 ,20 ¤ ; 4 numéros et e : 221,90 ¤ ;
4 numéros : 103,70 ¤ ;
3 numéros et e e : 83,70 ¤ ; 3 numéros et e : 16,90 ¤ ;
3 numéros : 13,00 ¤ ;
2 numéros et e e : 27,00 ¤ ; 2 numéros et e : 9,50 ¤ ;
2 numéros : 4,40 ¤ ; 1 numéro et e e : 14,20 ¤.
Les résultats du Loto sont publiés dans nos éditions
datées dimanche-lundi, mardi, mercredi et vendredi.
Tous les jours Mots croisés et sudoku.
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Collection : Le Monde sur CD-ROM : CEDROM-SNI 01-44-82-66-40
Le Monde sur microfilms : 03-88-04-28-60
Samedi 20 octobre
TF 1
20.50 Danse avec les stars.
Episode 3. Invités : M Pokora, Sofia Essaïdi,
Jeanne Mas, Jean-Luc Lahaye, Sabrina...
23.15 « Danse avec les stars », la suite.
23.55 Les Experts.
Série. Trop jeune pour mourir. La Marque
du vampire (S4, 10 et 13/23, 105 min) V.
FRANCE 2
20.45 Simplement pour un soir.
Invités : Michel Sardou ; Anne Roumanoff, Liane
Foly, Jenifer, M Pokora, Enrico Macias, Anggun...
23.00 On n’est pas couché.
Invités : Laurent Baffie, Melody Gardot, Luce,
Chloé Lambert et Stanislas Merhar, Jean-Marie
Bigard, Jean-François Copé (185 min).
FRANCE 3
20.45 Enquêtes réservées.
Série. Un témoin de trop. La Mort au compteur
(saison 5, 7 et 8/8). Avec Jérôme Anger U.
22.20 Adresse inconnue.
Série. Quelques jours (saison 2, 4/4).
23.20 et 3.30 Soir 3.
23.40 Appassionata.
Les Victoires du jazz : 10e édition [2/2] (60 min).
CANAL +
20.55 Les Hommes libres p
Film Ismaël Ferroukhi. Avec Tahar Rahim,
Michael Lonsdale, Mahmud Shalaby (2011) U.
22.45 Jour de rugby. Magazine.
23.15 Jour de foot. Magazine (45 min).
ARTE
20.45 L’Aventure humaine.
Le Mystère des momies coptes d’Antinoé.
Documentaire (France, 2012).
21.40 En Ethiopie, sur les traces
des premiers chrétiens. Documentaire (2011).
22.35 Fashion !
Golden Eighties. Anti fashion. [1 et 2/3] (2012).
0.30 Tracks. Magazine (50 min).
M6
20.50 FBI : duo très spécial.
Série. Le Stradivarius. Le Yankee Stadium.
Liberté chérie ! (saison 3, 14, 15 et 16/16, inédit) ;
La Bouteille de Franklin. La Rançon (saison 1,
12 et 13/14). Avec Beau Bridges, Matthew Bomer.
0.55 Medium.
Série (saison 4, 7 et 8/16, 95 min) U.
Dimanche 21 octobre
TF 1
20.50 Les Infiltrés pp
Film Martin Scorsese. Avec Leonardo DiCaprio,
Matt Damon, Jack Nicholson (coprod., 2006) V.
23.35 Les Experts : Manhattan.
Série (saison 5, 10 et 12/25, 95 min) U.
FRANCE 2
20.45 L’Etrange Histoire
de Benjamin Button ppp
Film David Fincher. Avec Brad Pitt, Cate
Blanchett, Julia Ormond (EU, 2008, audio.).
23.35 Faites entrer l’accusé.
Trois hommes et un magot (Affaire
Gauvin/Dubois). Magazine (75 min) U.
FRANCE 3
20.45 Les Enquêtes de Murdoch.
Série. La Balle magique. La Malédiction de
la reine de Ma’at (saison 5, 2 et 3/13, inédit) ;
Crabtree mène l’enquête (saison 2, 9/13).
23.10 et 1.35 Soir 3.
23.30 Strip-tease. Code et Coran...
0.25 Lilly Turner pp
Film William A. Wellman. Avec Ruth Chatterton,
George Brent (Etats-Unis, 1933, N., 90 min).
CANAL +
21.00 Football.
Ligue 1 (9e journée). Troyes - Marseille. En direct.
22.55 Canal Football Club. Magazine.
23.15 L’Equipe du dimanche. Magazine.
0.05 Le Journal des jeux vidéo W.
0.25 Homeland. Série. Marine One.
Electrochocs (saison 1, 12 et 13/13, 85 min) U.
ARTE
20.45 Journée Beatles.
Magical Mystery Tour. The Documentary (2012).
21.45 The Magical Mystery Tour Film Bernard
Knowles. Avec les Beatles (GB, 1967, v.o.).
22.40 Becoming the Beatles. Documentaire.
23.35 The Rutles : All You Need Is Cash. Téléfilm.
Eric Idle et Gary Weiss. Avec Eric Idle (1978, v.o.).
0.50 Arte Video Night (205 min).
M6
20.50 Zone interdite.
Crimes, trahisons et ados en danger : enquête
sur une justice au bord de la faillite. Magazine U.
22.45 Enquête exclusive.
Le Désert de tous les dangers : des Français
dans le piège du Sahel. Magazine (90 min).
0123
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
disparitions
Journaliste
Jean Leclerc
du Sablon
+, "+,#+
$/#*+&&+!+,#
" ', (0%.)*+
Le Carnet
Vos grands événements
Naissances, baptêmes, fiançailles,
mariages
Avis de décès, remerciements,
messes, condoléances
Colloques, conférences,
portes-ouvertes, signatures
Soutenances de mémoire, thèses,
HDR
Expositions, vernissages
Pour toute information :
01 57 28 28 28
01 57 28 21 36
[email protected]
6/95851973
AU CARNET DU «MONDE»
Décès
Mme Jeanne Canape,
son épouse,
Damien, Carina et Eitan,
son fils, sa belle-fille et son petit-fils,
La famille Guilly,
L’ensemble de la famille,
Ses amis et ses proches,
ont la profonde douleur de faire part
du décès de
6/95851973
M. Jean-François CANAPE,
survenu le 17 octobre 2012, à Paris,
à l’âge de soixante-six ans.
Dans les années 1970. AFP
J
ean Leclerc du Sablon, mort le
17octobre à Saint-Lô (Manche) à
l’âge de 70 ans, des suites d’une
maladieneurologique,étaitunjournaliste spécialiste des questions
internationales et passionné par la
Chine. Il était aussi, rappellent ceux
qui l’ont fréquenté, un monument
5 juin 1942 Naissance à Montpellier (Hérault)
2002 Publication de « L’Empire
de la poudre aux yeux »
17 octobre 2012 Mort à SaintLô (Manche)
de générosité.Bon vivant,physique
imposant, personnage solaire aux
manières parfois bourrues, il faisait
preuve d’une rigueur qui suscitait
le respect et l’admiration de ses
interlocuteurs.
Né le 5juin 1942 à Montpellier, il
était l’aîné d’une fratrie de neuf
enfants, filles et garçons, mère au
foyer et père cadre dirigeant à la
SNCF. La famille s’installe à Paris
dans les années 1950. Après une
licencedesociologie,ilentreauCentre de formation des journalistes
(CFJ) mais travaille déjà la nuit à
l’Agence France Presse (AFP). Le CFJ
luidemandede choisir: il optepour
l’entrée directe dans le métier.
Sa maîtrise de l’allemand lui
vaut d’être affecté à l’international.
En Tchécoslovaquie, où le « printemps de Prague » bat son plein,
l’agence a besoin d’un correspondant.Le20août1968,jourdel’irruption des chars soviétiques,il est parmi les rares journalistes occidentaux présents. Alors qu’il est encore
débutant – son chef lui envoie par
télex des conseils de méthodologie –, sa couverture lui vaut une
notoriété mondiale.
Sa carrière l’entraîne d’un continent à l’autre. Après un an en Bolivie, il est nommé en 1970 chef du
bureau de l’AFP à Pékin, où il prend
la relève de Jean Vincent. Figure de
l’agence, ancien résistant, celui-ci
est pour lui un modèle. La Chine de
Mao, où la Révolution culturelle
entre dans sa phase finale, est un
monde opaque. En 1971, le jeune
journaliste est le premier à faire le
lienentre la disparitiondu dauphin
de Mao, Lin Biao, et un accident
d’avion en Mongolie où celui-ci,
fuyant vers l’URSS, aurait trouvé la
mort. Dans le cercle des spécialistes
de la Chine, Jean Leclerc du Sablon
setaillerapidementunehauteréputation. Sa passion pour ce pays
dépasse la sphère politique. Son
livre La Chine que j’aime (éd. Sun,
1979) en est une illustration.
Fin 1972, il est à Hanoï, sous les
bombardements américains, dans
les caves de l’Hôtel Métropole, en
compagnie de la chanteuse Joan
Baez et du correspondant de l’AFP
Jean Thoraval, avec qui il recevra le
prix George Polk, habituellement
réservé à des journalistes américains.L’annéesuivante,il estcorrespondant à Washington, en pleine
affaire du Watergate. De retour en
France en 1974, il quitte l’agence et
travaille d’abord au Quotidien de
Paris, fondé par Philippe Tesson,
puis au Matin de Paris, créé par
Claude Perdriel et qu’il quittera en
1981 pour L’Express. En 1989, il couvre la révolte et la répression de la
placeTiananmen.Pourlui,qui,comme son ami et confrère du Monde
Francis Deron, avait cru en une possible ouverture démocratique, c’est
une blessure. Elle l’amènera par la
suite à cultiver un doute systématique, résumé par le titre de son livre
L’Empiredela poudreauxyeux.Carnets de Chine 1970-2001 (Flammarion, 2002).
Après Tiananmen, toujours basé
à Pékin, il travaille simultanément
pour L’Express et Le Figaro. Christine Ockrent, qui a pris en 1994 la
direction de l’hebdomadaire, opère
une restructuration. « Viré » comme d’autres, il consacre ses indemnités à l’achat d’un chalet, qu’il baptise « Christine». C’est au Figaro, où
il est embauché sur un poste plein
parFranz-OlivierGiesbert,qu’ilpasse ses dernières années de salarié.
Des principes intangibles
Capable de s’enthousiasmer
pour une couleur, une fleur, un
visage ou un paysage, Jean Leclerc
du Sablon incarnait des principes
journalistiques qu’il jugeait intangibles: le rapport aux faits, le souci
du détail, l’abord de chaque sujet
par le terrain. « C’était un marcheur», relève son jeune frère, Luc,
cinéaste. « Il se démenait pour obtenirl’info,mais avecdroiture», souligne une consœur.
Et il ne badinaitpas avec la question des sources. Une séquence du
film de Raymond Depardon sur la
création du Matin de Paris le montre intraitable face à Claude Perdriel, qui juge superflue la mention répétée de l’AFP dans un article. Sa qualité de plume ne le
conduisaitniàfaire prévaloirlestyle sur le fond ni à se départir de sa
lucidité.
Plongé très jeune dans la réalité
dela Chinede Mao,il ressentitdurement le gouffre entre celle-ci et les
fantasmes d’une partie de sa génération qui chantait les louanges du
Grand Timonier. En exergue de
L’Empire de la poudre aux yeux, cet
observateur insatiable et inclassable avait placé un aphorisme,
chinois bien sûr, qui résumait son
approche: « Il ne faut pas confondre la perle avec l’œil du poisson
mort». p
Luc Cédelle
23
carnet
La levée de corps aura lieu le mardi
23 octobre, à 13 h 30, à l’hôpital Cochin,
Paris 14e.
La cérémonie religieuse aura lieu
ce même jour, à 14 h 30, en l’église NotreDame-du-Rosaire, Paris 14e.
L’inhumation aura lieu au cimetière
de Montevrain (Seine-et-Marne).
Cet avis tient lieu de faire-part.
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Mme Claude Cheysson,
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Bettine et Sylvain Carlo de Preaulx,
Jean-Christian et Jacqueline Cheysson,
Christophe Cheysson
et Carole Richert,
Thomas et Vanessa Cheysson,
Amélie Cheysson
et Jean-Baptiste Mariscal,
Carole Cheysson et Laurent Bénard,
Ainsi que ses petits-enfants
Et arrière-petits-enfants,
ont la tristesse de faire part de la disparition
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Claude CHEYSSON,
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commandeur de la Légion d’honneur,
croix de guerre 1939-1945,
croix de guerre des TOE,
médaille des Évadés,
ancien ministre des Relations extérieures,
ancien membre
de la Commission européenne,
survenue le 15 octobre 2012,
dans sa quatre-vingt-treizième année.
La cérémonie religieuse sera célébrée
en la cathédrale de Saint-Louis-desInvalides, le samedi 27 octobre,
à 15 heures.
Ni fleurs ni couronnes, mais un don
peut être adressé à l’association
Enfants&Développement.
Cette annonce tient lieu de faire-part.
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née JAMET,
nous a quittés le 18 octobre 2012.
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Maïe DENTRAYGUES,
65:490 )F(9;0:4 '5.
Patrice,
son fils,
Isabelle,
sa fille
et leurs conjoints,
Martine Jamet,
Annemarie Léger-Jamet, Nelly Jamet,
ses sœurs et sa belle-sœur,
Philippe Baraduc,
son cousin germain,
Jean-Joseph, Pauline, Camille, Florent,
Juliette, Clémence, Perrine, Adrien,
ses petits-enfants de sang et de cœur,
Coline, Louise, Rosalie, Lucien,
Gaspard, Antoine, Esther,
ses arrière-petits-enfants,
Ses neveux et nièces
et leurs enfants,
Aurore Chabrol,
Cécile Maistre
et son fils Gabriel,
Tous ses amis,
lui rendront un dernier hommage
le mercredi 24 octobre, à 10 h 15, en la
chapelle sud du cimetière du PèreLachaise, Paris 20e.
Ses cendres rejoindront le caveau
familial de Saint-Symphorien (Gironde).
Mme Christiane Lagarde,
son épouse
Et toute la famille,
Anniversaires de décès
Pour
ont la tristesse de faire part du décès de
M. Alexis LAGARDE,
chevalier de la Légion d’honneur,
officier dans l’ordre national du Mérite,
commandeur
dans l’ordre des Palmes académiques,
professeur de l’université de Poitiers,
Patrice COLDREY,
mort le samedi 21 octobre 1995,
à l’âge de quarante-deux ans.
« Perdre aussi nous appartient. »
Rilke.
Sylvie,
Adrien et Pierre Coldrey-Verlhac.
survenu le 12 octobre 2012,
à l’âge de quatre-vingt-trois ans.
Copenhague.
http://souvenirsalexislagarde.unblog.fr/
Yvonne Navelet,
Catherine et Nicolas Brieger,
François et Catherine Lamotte
d’Incamps,
Anne et Roland Bouzigon,
ses enfants,
Marc, Raphaëlle, Olivier, Christophe,
Anne-Sophie, Boris, Anne-Charlotte,
Samuel, Claire et Jérôme,
ses petits-enfants,
Et ses nombreux arrière-petits-enfants,
font part, avec tristesse, du décès de
Il y a deux ans, disparaissait
Patrick HAMELIN.
Isabelle Durousseau.
Ceux qui l’ont connue et aimée se
souviennent de
Claire ROYER
décédée accidentellement dans Paris,
le 22 octobre 2001,
dans sa trentième année.
Hommage
Elisabeth
LAMOTTE d’INCAMPS,
dans sa cent deuxième année,
le 10 octobre 2012.
Les obsèques auront lieu en l’église
de Saint-Michel-sur-Orge (Essonne),
le mardi 23 octobre, à 10 heures.
Que ceux qui l’ont aimée pensent à elle
ce jour là, elle nous a montré qu’elle nous
quittait dans la sérénité.
Condoléances sur registre.
Cet avis tient lieu de faire-part.
M. Guy Miniconi,
son fils,
Mme Solange Miniconi,
sa belle-fille,
Sabine Miniconi,
sa petite-fille,
Aurélien,
son arrière-petit-fils,
ont la douleur de faire part du décès de
Mme Claire MINICONI,
née CURNIER,
institutrice,
veuve de Ange-Marie Miniconi
(commandant « Jean-Marie »
dans la Résistance),
survenu à Auxerre, le 1 octobre 2012,
à l’âge de quatre-vingt-dix-neuf ans.
er
« Il n’y a pas de mort,
je peux fermer les yeux
J’aurai mon paradis dans les cœurs
qui se souviennent. »
M. Genevoix.
« Mais ce sera comme une vieille
écorce abandonnée,
Ce n’est pas triste les vieilles
écorces... »
Saint-Exupéry.
Hervé,
son fils,
Jean-Yves,
son frère
Et toute sa famille,
ont la tristesse de faire part du décès de
de
Le CNRS rend hommage à la mémoire
Jean CARIGNAN,
décédé le 12 octobre 2012.
Jean Carignan, ingénieur de recherche
CNRS, ancien directeur du Service
d’analyse national des roches et minéraux
adossé au CRPG à Nancy, directeuradjoint de l’Unité mixte internationale
« Takuvik » co-fondée par le CNRS et
l’université Laval à Québec, était un
géochimiste internationalement reconnu
pour ses travaux sur le comportement des
métaux dans l’environnement.
Alain Fuchs,
président du CNRS,
Jean-François Stéphan,
directeur
de l’Institut national des sciences
de l’univers du CNRS
Et toute la communauté scientifique
des sciences de la Terre,
adressent leurs plus sincères condoléances
à Caroline, son épouse, ainsi qu’à leurs
enfants Jules et Olivier.
Conférences
Conférence de Thierry Lentz,
directeur de la Fondation Napoléon,
« La conspiration du général Malet,
23 octobre 1812, premier ébranlement
du trône de Napoléon ».
le mardi 23 octobre 2012, à 17 heures,
aux Archives de Paris,
18, boulevard Sérurier, Paris 19e,
métro Porte-des-Lilas.
Dans le cadre des
« Conférences René Girard »
Conférence de Timothy Snyder,
suivie d’un débat avec Marc Lazar
et Annette Wieviorka,
L’Europe entre Hitler et Staline,
jeudi 25 octobre 2012,
de 18 heures à 19 h 45,
à Sciences-Po, Paris, 7e
amphithéâtre Chapsal.
www.conf-girard.fr
Cours
Françoise MOUREAU,
docteur en médecine,
survenu le 2 octobre 2012,
à l’âge de quatre-vingt-trois ans.
La cérémonie religieuse a eu lieu
en l’église Saint-Médard, Paris 5e, le mardi
9 octobre.
149, rue Raymond-Losserand,
75014 Paris.
Corinne et Pierre,
ses enfants,
Sa famille,
ont la tristesse de faire part du décès de
M. Claude PASQUEREAU,
survenu à Paris, le 14 septembre 2012,
à l’âge de soixante-douze ans.
Les obsèques ont eu lieu dans l’intimité
familiale.
Pierre Pasquereau,
Consulat de France à Moscou,
13, rue Louveau,
92438 Chatillon cedex.
Les familles Pradier, Dumora et Sota
ont la tristesse d’annoncer le rappel à Dieu
de
Bernard PRADIER,
homme de Lettres,
survenu le jeudi 17 octobre 2012.
Une messe à été célébrée à SaintMartin de Biarritz, le samedi 20 octobre,
à 10 h 30.
Ni fleurs ni couronnes.
« Salve Regina. »
Modules « Langue des Affaires »
en Arabe, Chinois, Japonais
et Russe.
Les samedis 17 et 24 novembre
er
et le 1 décembre 2012,
de 9 h 30 à 13 h 30.
• Objectifs et méthode
- Acquisition des termes et des
savoir- faire nécessaires dans un
contexte d’échange international.
- Cadre de travail convivial
et personnalisé (5 à 7 stagiaires)
- Etude de cas et mise en situation
pour gagner de l’autonomie en langue
des affaires.
• Profil des stagiaires
- capacité de s’exprimer avec une
certaine aisance à l’oral et l’écrit
(le niveau de langue des candidats
sera évalué, sur RV,
avant l’inscription).
• Organisation et tarif
- 12 heures de formation
en 3 demi-journées, de 9 h 30 à 13 h 30,
session d’automne :
Arabe, Chinois, Japonais et Russe.
- Coût total : 1000 €
(100 € Frais d’inscription,
900 € frais pédagogiques)
• Lieu de formation
- Pôle des Langues et civilisations,
Formation Continue :
65, rue des Grands Moulins, Paris 13e,
métro Bibliothèque François
Mitterrand, ligne RER C et ligne 14.
Toutes nos formations sont éligibles
au DIF/CIF.
Renseignements et inscription :
01 81 70 11 44/49
[email protected]
24
0123
0123
Dimanche 21 - Lundi 22 octobre 2012
Opération punitive
sur un toit
Lettre du Proche-Orient
Laure Stephan
D
es ouvriers syriens passés à tabac
dans les rues de Beyrouth? Il y a
comme un air de déjà-vu. Seulement, nous ne sommes pas en 2005, lors
d’épisodes de violences faisant suite à l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri ainsi qu’à presque trente
années d’occupation par l’armée de
Damas, et dont des travailleurs syriens au
Liban paieront le prix. Et ce ne sont pas
des voyous qui s’en sont pris aux
ouvriers syriens.
Dans la nuit du 7 au 8 octobre, c’est l’armée libanaise qui a fait une descente
dans le quartier populaire de Jeïtaoui,
situé dans l’est de Beyrouth. De nombreux travailleurs migrants vivent dans
cette zone résidentielle à majorité chrétienne, aux allures de village. Ils s’y serrent dans de petits logements, dont ils
partagent le coût. Les militaires y ont
interpellé plus de 70 étrangers, de nationalité syrienne pour la plupart, avant de
les passer à tabac, dans deux habitations
du quartier.
Des actes documentés et dénoncés par
Human Rights Watch (HRW). Peu après
les faits, l’organisation américaine de
défense des droits de l’homme a demandé qu’une enquête soit ouverte, afin de
sanctionner les membres de l’armée et
des services de renseignement qui ont
frappé et maltraité les ouvriers.
C’est peu de dire que l’armée libanaise
n’a pas apprécié, rejetant « toute atteinte
portée à l’institution militaire sous couvert de défense des droits des ouvriers
étrangers» et expliquant l’opération par
la « multiplication des plaintes des habitants (…), à cause d’actes attentatoires
aux mœurs publiques, d’agressions répétées contre les passants et de cambriola-
ges perpétrés par des ouvriers étrangers».
Indiquant avoir procédé à onze arrestations, l’armée a, pour justifier les « altercations », pointé la « violente résistance»
que les ouvriers lui ont opposée. Et présenté, aussi, ses excuses aux migrants
« innocents» qui ont été visés par le raid…
Une position qui convainc peu HRW.
D’après les témoignages que Nadim Houry, directeur du bureau de Beyrouth, a
récoltés, « aucune question n’a été posée
aux travailleurs sur des affaires de
mœurs», et les ouvriers ont ouvert la porte de leurs habitations sans difficulté.
Pour ces derniers, ce sont les modalités de l’opération qui posent problème.
« Si les forces de sécurité recherchaient un
clandestin ou un délinquant, ils n’avaient
pas besoin de tabasser des dizaines de personnes. Mais qui nous défendra ? », déplore, avec un fort accent syrien, Yassine
(qui utilise un pseudonymeet souhaite garder l’anonymat), 28 ans. Il a été
enfermé dans une pièce avec une quarantaine de personnes, avant d’être roué de
coups. Son dos en porte encore les stigmates.
Mohammed, un Syrien de 35 ans qui
vit au Liban depuis six ans, ne décolère
pas : « Des hommes en uniforme ont tapé
contre la porte. Ils sont rentrés, je n’avais
pas peur, je vis en toute légalité au Liban,
je leur ai dit qu’ils pouvaient perquisitionner autant qu’ils le voulaient. Ils m’ont
traîné vers le toit d’une autre habitation,
avant de nous frapper. C’était très violent. »
Ahmad, un Egyptien conduit de force
sur le même toit, le 7 octobre, poursuit:
« Je me suis retrouvé à genoux, les mains
derrière la nuque, tabassé. Sur le toit, nous
étions une quarantaine, à plat ventre. On
nous a marché dessus. Le plus dur, pour
moi, c’était d’entendre les soldats rigoler,
comme s’ils s’amusaient. Je me sens très
insulté. » La scène, pour Ahmad et les
autres migrants, durera près de quatre
heures. « On ne nous a pas posé une seule
question, on ne nous a pris nos papiers
d’identité qu’à la fin », affirme-t-il.
Comprend-il les raisons de cette opération ? « Par rapport aux Egyptiens, non.
Mais quant aux Syriens, certains se com-
Les militaires libanais ont
interpellé à Beyrouth plus
de 70 étrangers,
de nationalité syrienne
pour la plupart, avant
de les passer à tabac
portent comme s’ils étaient chez eux, ils
ont le regard qui traîne sur les femmes.
Enfin, ce n’est pas nouveau! », juge-t-il,
tout en concédant que le racisme antisyrien est diffus au Liban.
C’est bien cette boîte de Pandore
qu’ont rouverte les incidents du 7 octobre : celle d’un mépris envers les Syriens,
toujours latent, parfois tu. « A moins que
tu ne fasses partie de la haute société : tu
seras alors très courtisé par la bourgeoise
libanaise, car, aujourd’hui, c’est exotique
d’avoir un hôte syrien », se moque une
jeune Syrienne de la classe aisée.
Pour les autres ? « Une gifle de temps en
temps, cela ne peut pas leur faire de mal, à
ces Syriens ! », lance Hoda, une jeune femme du quartier, scandalisée qu’une organisation de défense des droits de l’homme critique l’armée. « Il y a de plus en plus
de Syriens au Liban, à cause de la guerre
dans leur pays. Ils n’ont jamais vu une fille
de leur vie. On n’ose plus rentrer seule chez
soi, tard », poursuit Hoda.
A-t-elle eu connaissance d’un incident
récent? Non, dit-elle. Mais elle s’inquiète
de leur appétit sur le marché du travail.
Avant de débattre sur l’opportunité que
les nouveaux arrivants soient hébergés
dans des camps, «pour les surveiller», plaide l’une de ses amies. « Ça ne va pas, on
n’en a pas assez avec les réfugiés palestiniens ? », s’insurge Hoda.
Youssef, un jeune Libanais dont l’appartement donne sur le toit où ont été
passés à tabac les travailleurs syriens, se
sent confus: «Ces travailleurs sont de pauvres gens. Ce n’est pas correct de tabasser
des gens de façon indiscriminée. Mais l’armée sait ce qu’elle fait. »
Cet été, un couvre-feu avait déjà été
imposé à des travailleurs syriens par la
municipalité d’une petite ville de montagne, à l’est de Beyrouth. Sans susciter d’indignation nationale. p
[email protected]
Juste un mot | chronique
par Didier Pourquery
Arriviste
E
n cette période de nominations politiques et économiques où valsent les carrières
et brillent les CV, voici un mot légèrement suranné qu’il est urgent de
redécouvrir dans toutes ses nuances. Certes, le terme ne date pas
d’hier, on le repère dans les années
1890 et il est en vogue pendant la
Belle Epoque. Raison de plus pour
le dépoussiérer.
L’actualité éditoriale s’en charge
puisque viennent de paraître deux
livres épatants: l’un, de la psychanalyste Corinne Maier, s’intitule
Petit manuel du parfait arriviste
(Flammarion, 134 p., 16 ¤), et
l’autre, d’Henri Château, Manuel
de l’arriviste (JC Gawsewitch, 194p.,
12,50¤). Je précise encore une fois à
l’attention des pisse-vinaigre du
milieu de l’édition, toujours
prompts à vous soupçonner de
copinage, que je ne connais pas
Corinne Maier. Elle n’est même
pas ma psy. Quant à Henri Château, il était mort depuis longtemps lorsque je vins au monde.
Mort sans doute, ce M.Château,
mais auteur d’un manuel vivant et
très contemporain (quoique édité
d’abord aux éditions Villerelle en
1901). Ces prétendus «papiers trouvés chez un de nos plus notoires
contemporains» décrivent avec un
cynisme plaisant ce qu’il faut faire
pour gravir les échelons sociaux:
d’abord « ne chercher qu’à s’élever
au-dessus de ses contemporains»,
en être obsédé jour et nuit, et surtout «ne songer qu’à soi-même».
Tout le reste ne sert à rien.
L’individualisme forcené s’étale
en liberté dans ces pages où l’on
apprend à briller en société, à
gagner de l’argent – la clef ultime –,
à jouer de son influence, à jouir de
sa considération dès que l’on en a
un peu. Si cet excellent ouvrage
(légèrement anarchisant quand
même, subversif antibourgeois,
voire situationniste avant la lettre)
fait référence à des archétypes proches de Rastignac ou Bel-Ami,
qu’en est-il aujourd’hui?
Pour le savoir c’est simple: lire
Corinne Maier. D’abord parce qu’elle traduit tout cela dans le langage
du jour et qu’elle y ajoute un trait
contemporain essentiel à l’arriviste de notre temps: il doit être
«fake», hypocrite, toc, antinaturel,
fabriqué. En novlangue d’entreprise, cela se dit, note Mme Maier,
«customiser son moi» et faire
de l’«auto-storytelling».
L’arriviste moderne est un communicant maîtrisant à fond l’art
de la feinte, des impostures, des
faux-semblants et des bobards.
Corinne Maier connaît bien le
monde de l’entreprise (rappelezvous son Bonjour paresse, paru en
2004 chez Michalon), condition
L’arriviste moderne
est un communicant
maîtrisant à fond l’art
de la feinte,
des impostures,
des faux-semblants
essentielle pour le caricaturer et
s’en moquer. Son portrait de l’arriviste fait la part belle à tous les
côtés faux-cul, duplice et pipeau
des manipulateurs qui nous entourent, nous embobinent de jargon
managérial, politicien ou
technoïde, osent tout, et réussissent finalement à grimper dans les
organigrammes. Il montre aussi
comment il faut toujours paraître
sûr de soi, tranchant, rapide et
dans l’action, même si…
On le voit, ce livre, comme celui
d’Henri Château, fait du bien à
nous autres qui n’arriverons
jamais très haut mais que les gesticulations des arrivistes de tout
poil divertissent. p
A ne pas manquer sur 0123.fr
Eclairage Vel d’Hiv, Sétif, essais nucléaires :
les repentances de l’Etat
La reconnaissance de la responsabilité de la France dans la répression
sanglante de la manifestation du 17 octobre 1961 est une nouvelle étape
sur la voie de la repentance vis-à-vis de périodes sanglantes de l’histoire
du pays. Retour sur une pratique donc Jacques Chirac fut à l’initiative,
en juillet 1995.
www.lemonde.fr/politique
pTirage du Monde daté samedi 20 octobre 2012 : 361 546 exemplaires.
123
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le monde en 2050
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Alors que les agriculteurs ne représentent plus que 3 % de la population active en France,
on assiste à une complexification et une diversification des mondes agricoles : campagne
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Face au défi alimentaire, aux enjeux démographiques et à la course aux terres cultivables,
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