dossier Steinbeck Les raisins de la colère

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dossier Steinbeck Les raisins de la colère
CPGE scientifiques : La justice
Aide à la lecture.( dossier réalisé par F. PLICHON)
20112012
JOHN STEINBECK. Les raisins de la colère (1939)
1. Les Joad sur la route 66 ( photo extraite du film de John Ford. Grapes of wrath, 1940)
Conseils pour une lecture efficace.
Compte tenu de la longueur du roman, il est peu probable que vous trouviez le temps pendant l’année de le relire intégralement. Il est donc
essentiel que votre lecture estivale soit la plus efficace possible. Au moment où je rédige ce dossier, je n’ai évidemment pas encore travaillé
l’œuvre en détail, et les conseils que je peux vous donner ne peuvent être que généraux.
Ce dossier vous fournit un résumé. Vous n’avez donc pas à en rédiger un. Je peux fournir à ceux qui le souhaitent une version numérique de
ce résumé, si tel ou tel souhaite le compléter. (me contacter via le site http://gambaggio.unblog.fr/ onglet contact)
Pour compléter ce résumé, je vous conseille de vous constituer des fiches sur chacun des personnages principaux, dans lesquelles vous notez
les éléments d’identification du personnage (membre de tel famille, fils/fille de), tout ce qu’on vous dit sur le passé du personnage ainsi que
tout ce qui lui arrive au cours du roman. Essayez aussi de noter quelques éléments en ce qui concerne son évolution (voir annexe 1 : étudier
un personnage de roman)
Ayez en tête que le thème de cette année est la justice. Si le mot n’est pas cité dans le roman, de nombreuses situations peuvent lui être
rattachées : situations où les personnages la justice est bafouée, où l’on réclame justice, passage où l’on évoque la légitimité des lois, la
manière dont elles sont appliquées, la manière dont la crise économique engendre la mise en place de lois nouvelles (justes ou injustes) Vous
devez autant que possible repérer ces passages, et en noter les références, car ce seront sans doute des passages utiles en dissertation.
Vous devez arriver à la rentrée en étant capable de résumer le roman et d’y circuler facilement, d’identifier les personnages,
et… d’orthographier correctement les noms propres.
Bonne lecture !
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1. RESUME DU ROMAN. ( Ce
20112012
résumé ne saurait se substituer à une lecture attentive du
roman)
Chap 1 : p.7-11 :
Oklahoma . mai-juin : Description de la dévastation par la rigueur du climat de la récolte de maïs. (sécheresse, poussière,
nuages d’orage, vent qui disperse la poussière et dévaste les plantes. Réaction des hommes en fin de chapitre.
« Femmes et enfants savaient que nulle infortune n’est trop lourde du moment que les hommes tiennent le coup » (p.11)
Chap.2 : p.12-24 :
Un chauffeur routier accepte de prendre celui dont on découvre qu’il se nomme Tom Joad. Sorti de prison où il purgeait une
peine pour homicide, il retourne chez son père. Discussion méfiante entre le routier et son passager, qu’il a pris contre le
règlement, parce qu’il voulait être « un chic type ».
Chap3 : p.25-27
Description de l’avancée d’une tortue du bas-côté à la route qu’elle traverse. Au passage elle emporte des graines de folle
avoine qu’elle va semer de l’autre côté de la route, après avoir manqué deux fois d’être écrasée. Rencontre de Tom Joad et de
l’ancien pasteur Casy, qui ne l’est plus parce qu’il a perdu « l’esprit du seigneur ». Il culbutait les filles après les « meetings »
religieux, et ça le tourmente.(question du péché p.36-38) : « Au diable toutes ces conneries ! Y a pas de péché, y a pas de vertu. Y
a ce que les gens font. Tout ça fait partie d’un tout. Et i y a des choses que les gens font qui sont belles et y en a d’autres qui
n’sont pas belles. C’est tout ce que le gens ont le droit de dire » (p.37) Le pasteur lui livre le résultat de ses méditations (le Saint
Esprit comme toutes les femmes et tous les hommes que nous aimons, p 28)
Tom évoque son séjour en prison. Ils partent ensemble vers la maison des Joad. Récit d’anecdotes sur le père et l’oncle Ils
découvrent la maison de haut, et immédiatement constatent de loin que quelque chose a changé.
Chap 5 p.47-58.
Expulsion des fermiers au nom de la banque et des grands propriétaires ; discussion avec les agents qui viennent leur annoncer
qu’ils doivent partir (injustice et déshumanisation). Arrivée du tracteur qui laboure la terre. Discussion avec un métayer, même
nécessité, même déshumanisation ; sentiment d’injustice des fermiers qui opposent leur histoire à l’impersonnalité de la
banque.
Chapitre 6 p.59-95
Arrivée de Tom Joad et de Casy, l’ex-pasteur à la ferme de la famille Joad, qu’ils découvrent abandonnée ; arrive Muley, un
voisin qui leur explique ce qui s’est passé : la famille Joad est partie chez l’oncle John, ruinée par ses dettes, et se prépare à
partir pour la Californie. Ils ont été victime de récoltes insuffisantes, les propriétaires des terres ont licencié leurs métayers et
les ont remplacé par des tracteurs ; Muley partage avec Tom et Casy les lapins qu’il a capturé (thème du partage de la
nourriture, de l’hospitalité qui reviendra ensuite vs l’action des grandes sociétés qui s’emparent de la terre. Discussion sur la
solitude de Muley et sa folie grandissante. Ils sont interrompus par l’arrivée d’un voiture qui surveille les terres, se cachent et
vont dormir dans une grotte.
Chapitre 7 : p.88-95 :
La vente des voitures aux futurs nomades. Profit à tous prix et exploitation de la détresse de ce qui ont tous perdus : faire des
affaires à tout prix (absence d’honnêteté, exploitation de la situation pour s’enrichir)
Chapitre 8 p 96-121 :
Au petit matin, Tom et Casy font le trajet vers la ferme de l’oncle John. Retrouvailles de la famille Joad et découverte des
personnages qui vont partir : Grand-père et Grand-mère, Rosaharn et Connie, Noah, le premier né, Al le jeune frère de Tom, les
deux enfants Ruthie et Winnfield, et les parents. Image d’une famille unie dont la cohésion semble nécessaire à la survie (autour
du personnage de Mam. Au passage on évoque le meurtre commis par Tom, qui est en gros vu comme légitime par la famille.
Tom, en tant qu’ancien criminel, en tant que celui qui a tué un homme, bénéficie d’un certain prestige aux yeux de Al.
Chapitre 9 p 122-126
Evocation de la vente par les métayers de leurs biens. Ils sont là aussi exploités par les commerçants qui profitent de l’urgence
de leur situation et de leur besoin urgent d’argent. Les objets cédés sont tous des morceaux de leur histoire, dont ils sont
contraints de se dépouiller.
Chapitre 10 p.127-159
Préparatifs du départ pour les Joad : inquiétude de Man qui se demande si la Californie sera le paradis décrit dans les prospectus
qu’on leur a distribués. Le grand Père rêve aussi de la Californie comme d’un paradis sur terre, une espèce de Jardin d’Eden, où il
n’y a qu’à tendre le bras pour cueillir des fruits. Retour du camion après la vente des leurs objets inutiles ; Ils racontent la
manière dont la vente s’est passée. Arrivée de Rosaharn et de Connie avec le camion. Ils font leurs comptes, autour de « la seule
chose vivante », à savoir le camion. Ils décident d’accepter que Casy les accompagne. Ils décident de partir le lendemain matin
(on tue les cochons et on sale la viande qui sera mangée pendant le trajet. Départ au petit matin, on endort le grand père, qui au
dernier moment refuse de partir.)
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Chapitre 11 p.161-163
Description des maisons abandonnées qui tombent en ruine après le départ des fermiers ; La nature y reprend ses droits.
Chapitre 12 p 164-170 :
Evocation du trajet suivi par les fermiers : la route 62, puis la 66 de l’Oklahoma à la Californie, des rêves et des craintes qui les
accompagnent sur le trajet, de la solidarité qui naît entre les migrants.
2 le trajet de la route 66 de Chicago à la Californie
3: le trajet accompli par les Joad
Chapitre 13 : p.171-208
Début du trajet. Arrêt pour faire le plein et discussion avec le pompiste qui ne comprend pas la raison de la migration.. Le chien
de la famille se fait écraser. Traversée d’Oklahoma city, puis ils prennent la route 66 vers l’ouest. Le soir les Joad s’arrêtent pour
camper. Mort de Grand père et début de l’amitié avec les Wilson, avec qui ils partiront le lendemain. On enterre le grand père
(débat sur son enterrement, et le problème du respect de la loi p.195).
Chapitre 14 p 209-212
Inquiétudes des Etats de L’Ouest face à l’arrivée des immigrants. Le narrateur évoque les tensions sociales qui en découlent et le
risque de grève
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Chap. 15 p.213-227
Un café sur la route 66. Description des clients et arrivée de migrants affamés et pauvres. Le chapitre évoque là aussi les peurs
qu’engendrent souvent ces migrations mais aussi les sentiments de compassion et la générosité dont ils bénéficient parfois.
Chapitre 16 p.228-269
Retour au voyage des Joad et des Wilson. Rêves de stabilité et de prospérité de Rosaharn. Panne de la voiture des Wilson, qu’Al
conduit. Al, Casy et Tom restent sur place, et s’occupent de la réparation, (discussion avec l’employé de la ferraille, maltraité par
son patron, évocation par Tom de son séjour en prison p 247-248) pendant que les autres vont camper un peu plus loin. Ils se
rejoindront ensuite une fois la réparation effectués. Tom refusant de payer les 50 cents au camping où s’est arrêté le reste de la
famille reprend la route. Au camping, première rencontre avec un homme qui revient de Californie et en fait un tableau assez
différent de celui des prospectus des Joad p. 264 sq.
Chapitre 17 p.270-280
Les étapes du soir : le chapitre montre comment se constitue une sorte de société, avec ses règles et ses interdits dans les
campements improvisés des migrants. Evocation de la vie quotidienne des migrants, de leurs angoisses et de leurs espoirs
partagés.
Chapitre 18 p.281-323.
Suite du voyage de Joad et des Wilson (Arizona, Nouveau Mexique), et arrivée à la frontière de la Californie. Juste avant la
traversée du désert qui précède les vallées fertiles de la Californie. Au campement près d’une rivière, ils rencontrent des texans
qui s’en retournent chez eux, et leur expliquent que les californiens détestent les migrants qu’ils appellent de Okies, et évoquent
la richesse agricole du pays, aux mains de grands propriétaires qui exploitent les migrants. Bain dans la rivière. Noah l’un des fils
de la famille décide de ne pas aller plus loin et les Wilson ne repartent pas (épuisement de Mme Wilson. La grand-mère Joad
délire, sou l’effet de la fatigue. Ils repartent le lendemain matin traversent le désert. Mort de Grand-mère Joad pendant le trajet.
Ils arrivent de l’autre côté du désert.
Chapitre 19 p. 324-336 :
Evocation de l’histoire de la Californie, enlevée par les américains au mexicains, qui après s’être installé ont profité de leur
opulence et ont été dépouillés par les nouveaux arrivants. Répétition de l’histoire annoncée, mais évocation aussi du « racisme »
que provoque chez les Californiens l’arrivée des Okies. Surdité sociale des grands propriétaires, et colère montante des Okies.
Chapitre 20, p.337-395
4. Photo de logement de migrants (photos réalisées pour la Farm
security administration, organisme crée en 1937 pour aider les
fermiers migrants à la suite de la Grande dépression)
Après avoir dû se résoudre à un enterrement dans le terrain
du comté pour la grand-mère, les Joad parviennent dans l’une
des « Hooverville », nom donné aux campements sauvages de
Okies qui fleurissent dans chaque ville de la région. Ils y
découvrent d’autres migrants, à la recherche de travail, et que
leur conditions de vie ont atteint physiquement et
psychologiquement. Man cuisine un peu de lard qui leur reste
et s’attire l’hostilité de ses voisins, dont les enfants se sont
approchés, affamés. Un employeur, accompagné de shérifs –
adjoints armés vient recruter, mais refuse de préciser le
montant du salaire. Floyd, un migrant avec lequel Tom Joad a
sympathisé manque de se faire arrêter, parce qu’il exige de
connaître ce montant. Il s’échappe, un shérif lui tire dessus,
mais l’intervention musclée de Tom Joad détourne le tir. Une
femme est blessée et Casy est arrêté, car il se dénonce à la
place de Tom, qui va se cacher. L’oncle John va se saoûler. Le
soir même, les Joad quittent Hoover ville pour rejoindre un
camp gouvernemental, plus confortable et plus sûr.
Hooverville est brûlée par les milices locales, juste après leur
départ.
Chapitre 21 p 396-398
Retour sur le destin des migrants, qui de fermiers sont devenus nomades et sur le fonctionnement des grandes propriétés et des
sociétés foncières qui profitent de leur détresse pour fixer les salaires au minimum.
Chapitre 22 p.400-456
Installation des Joad dans le camp du gouvernement, où ils trouvent confort et bon accueil. Ils découvrent l’autogestion du
camp, qui le met à l’abri des interventions des shérifs et des milices, et tente de rétablir une forme d’égalité et de justice sociale
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Tom trouve du travail chez un petit fermier, lui aussi contraint par les banques à baisser les salaires. Pa et l’oncle John eux ne
trouvent rien.
Chapitre 23 p.457-465
Evocation des veillées dans les campements : récits et musiques.
Chapitre 24 : p.466-488 : épisode du bal
Prévenus que lors du bal organisé le samedi soir, une bagarre
va être provoquée par des éléments extérieurs au camp, à
l’instigation des shérifs, le comité central du camp s’organise
pour l’éviter, y parvient. IL s’avère que ceux qu’on a recrutés
pour provoquer cette bagarre et rendre possible l’entrée des
shérifs dans le camp sont eux-mêmes des migrants qui ont été
payés.
Chapitre 25 p.488-492
Richesse et opulence agricole du printemps californien. Mais
pour des raisons de rentabilité, on détruit une partie des
récoltes, sous l’œil affamé des ouvriers sans travail
Chapitre 26 p.493-570.
Sans travail, sans argent, les Joad sont contraints de quitter le paradis du camp gouvernemental, pour remonter vers le nord. Sur
le trajet, un recruteur leur indique où trouver du travail (La ferme Hooper) Ils s’y rendent, y pénètrent sous la protection de la
police, et s’installent dans les baraques prévues pour les saisonniers. Leur salaire est de 5 cents par caisse de pêches. Ils
commencent à travailler dès leur arrivée et peuvent manger de la viande le sois (vendue à des prix excessifs à l’épicerie de la
ferme. Le soir Tom sort et rejoint le campement qu’il a vu, à l’extérieur de la propriété lors de leur arrivée. Il s’agit en réalité
d’un piquet de grève, dont le meneur est l’ancien pasteur, Casy. Ils sont attaqués, Casy est tué, et Tom frappe son meurtrier, et
frappé à son tour. Il s’enfuit et rejoint la famille, se cache le lendemain. Les Joad décident de partir à nouveau : Tom est
recherché, le piquet de grève a été brisé, et l’entreprise de ce fait a baissé les salaires. Les nouveaux arrivants ont accepté de
travailler pour 2 cents et demi la caisse. Un peu plus loin vers le nord, ils voient un panneau de recrutement pour la cueillette du
coton. Tom va se cacher dans les environs, jusqu’à ce que son visage soit cicatrisé, et le reste de la famille va travailler, et loger
dans les wagons prévus à cet effet.
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Chapitre 27 p.571-575
Evocation de la cueillette du coton par les migrants
Chapitre .28 p.576-607
Installation des Joad dans les wagons, description des conditions de logement et de travail.
Les Joad peuvent enfin manger à leur faim. Mais Ruthie, lors d’une dispute entre enfants
parle de Tom et de sa cachette. Tom doit partir, de peur d’être dénoncé ; il compte tenter
de fédérer les ouvriers agricoles. Les Joad sympathisent avec les Wainwright, leurs voisins
dans le wagon, d’autant plus qu’Al et Aggie Wainwright ont l’intention de se marier. Ils
vont tous ensemble cueillir du coton dans une ferme des environs. La pluie commence à
tomber dès qu’ils ont fini.
5.Cueilleur de coton (photo FSA)
Chapitre 29 p.608-612
Pluies sans arrêt sur la Californie ; Impossibilité de travailler, et inondations.
Chapitre30 p.613-639
Le camp sous la pluie. Les migrants craignant les inondations se demandent s’il faut partir ou pas. Pa Joad parvient à les
convaincre de construire une digue, qui s’effondre rapidement. Les moteurs des voitures sont noyés, ce qui rend tout départ
impossible Rosaharn accouche d’un bébé mort né, et l’oncle John est chargé d’enterrer le corps : il pose la caisse où on a déposé
le corps du bébé mort sur l’eau et le laisse dériver, en lui disant : « Va leur dire. Va pourrir au milieu de la rue pour leur montrer.
Ça sera ta façon à toi de parler ». Les Joad doivent quitter le wagon inondé, et se réfugient dans un grange sur les hauteurs. Ils y
trouvent un jeune garçon et son père qui est en train de mourir de faim, et qui s’est tellement privé de manger pour tout donner
à son fils qu’il ne peut plus rien avaler. Le roman s’achève sur l’image de Rosaharn donnant le sein au vieil homme pour le
sauver, et sur le « mystérieux sourire » de Rosaharn, qui s’est pourtant plainte pendant tout le roman.
2. Quelques informations pour comprendre le roman
•
Le contexte historique
Le roman de Steinbeck évoque le sort des fermiers contraints à la suite de la Grande dépression (revoyez vos cours d’histoire de
ère
1 et de terminale à ce sujet) de quitter leur terre pour l’Ouest. Plus précisément, les Joad quittent la région nommée le Dust
Bowl, qui va du Texas au Dakota du Sud et qui fut envahi, dès novembre 1933 par des tempêtes de poussières (cf. chapitre 1).
Steinbeck, qui fut aussi journaliste a évoqué le sort réservé à ces fermiers dans une série d’articles rédigés pour le San Francisco
News et publié entre le 5 et le 12 octobre 1936, et sous-titrés « The Harvest Gypsies, on the road of the grapes of Wrath »,
(gypsies signifie bohémiens) dans lesquels Steinbeck propose une description précise et attentive de la vie des migrants venus à
l’Ouest pour participer à la récolte des fruits en Californie. Il y dresse également un constat de la situation économique et sociale
en Californie, que le roman reprend largement (pauvreté vs richesse, racisme grandissant à l’égard des migrants, exploitation
économique) ainsi que les efforts du gouvernement Roosevelt (élu en 1932) pour venir en aide à ces travailleurs avilis. ( en
particulier la création de camps gouvernementaux : cf. chapitre 22).
Les raisins de la colère ont donc une dimension politique et sociale à laquelle vous devez être attentif au cours de votre
lecture. Il s’agit de non seulement d’informer, d’évoquer une situation réelle, mais aussi de faire réagir le lecteur : à son éditeur
qui lui demandait de modifier la scène finale et lui signalait qu’elle rappelait une nouvelle de Maupassant (Idylle, 1884),
Steinbeck répond : « I’m not writing a satifying story. I’ve done my damnest to rip a reader’s nerves to rags. I don’t want him
satisfied” (Je n’écris pas une histoire satisfaisante, j’ai tout fait pour irriter le lecteur, je ne veux pas qu’il soit satisfait »). Le
roman est également traversé par la tentation révolutionnaire (voir le chapitre 14 par exemple)
•
La mythologie américaine :
Le roman s’inscrit aussi dans ce qui constitue un des aspects essentiels de la mythologie américaine. Cette nouvelle ruée vers
l’Ouest rappelle en effet un schéma fondamental de la culture américaine : le mythe de la Frontière. (Le mot frontière désigne
dans la mythologie américaine la lisère entre terres cultivées et vie sauvage.) Ainsi rappelle-t-il, dans le personnage de Grandpère Joad, la figure traditionnelle du pionnier, qui a conquis sa terre à la force du fusil contre les indiens, terre que ses
descendants ont cultivée. Cette mythologie est d’ailleurs évoquée dans les récits du chapitre 23. Mais les nouveaux migrants
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que sont les Joad, qui rejoignent la Californie qu’ils voient comme une terre promise, sont jetés sur les routes pour survivre et
confrontés à un système économique où le surplus de main d’œuvre renforce à l’excès le pouvoir des propriétaires terriens. Ce
mythe est central dans le roman, si l’on suit le parcours des Joad de leur ferme où ils cultivaient la terre, vers le nouvel Eden de
la Californie, où ils sont parfois réduits à une vie quasi-sauvage. Le mythe est mis à mal, et s’esquisse là une réflexion sur la
démocratie américaine.
Le sens d’un titre : la référence biblique
Le titre anglais, « Grapes of wrath » est tiré d’un chant anti esclavagiste composé en 1862 par Julia Ward Howe (1819-1910) et
intitulé The battle hymn of the republic :
Mine eyes have seen the glory of the coming of the Lord:
He is trampling out the vintage where the grapes of wrath
are stored;
He hath loosed the fateful lightning of His terrible swift
sword:
His truth is marching on.
Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur;
Il piétine le vignoble où sont gardés les raisins de la
colère;
Il a libéré la foudre fatidique de sa terrible et rapide épée;
Sa vérité est en marche.
Cette référence à un vieux chant des plantations élargit à la nation toute entière le destin des Joad : Steinbeck semble nous
rappeler que la nation américaine est fondée sur un mythe pastoral, la recréation d’un Eden perdu, à l’ombre d’un Dieu vengeur.
Ce titre a en outre de nombreuses résonance bibliques : dans la Bible, le raisin est associé à la notion d’Eucharistie, et donc de
pardon, et à celle d’Apocalypse, donc de la vengeance du dieu de l’Ancien Testament. La Californie représente aux yeux des
Joad, un Eden possible, où il n’y a qu’à tendre la main pour cueillir les fruits qui y poussent en abondance. Cet Eden se révèle
1
cependant bien décevant. De la Bible, on arrive au pamphlet politique et social.
•
La composition du roman.
Le roman adopte un principe de composition particulier. Steinbeck y fait alterner des chapitres consacrés à l’histoire des Joad
et des chapitres « intercalaires » aux styles très divers où s’esquisse en filigrane la description d’une société en déroute dans un
monde où le progrès fait des ravages. Dans ces chapitres, on trouve aussi bien un style réaliste qui évoque le fonctionnement
économique et ses conséquences, ainsi que la réalité sociale qui en découle. Mais ils font également la part belle à l’évocation
de la déshumanisation que subissent les migrants, et à la parole prophétique du narrateur annonçant la révolution à venir. Il est
important au cours de la lecture de relever les thèmes abordés dans ces chapitres et de relever leurs correspondances avec les
chapitres plus narratifs, consacrés aux Joad.
Source utilisée pour ces quelques pages :
M.C. LEMARDELEY-CUNCI. Les raisins de la colère de John Steinbeck Folio, coll. Foliothèque, n°73 (1998)
1
Pamphlet : Petit écrit en prose au ton polémique, violent et agressif ; libelle.
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Annexe 1.
Informations à relever pour ficher les personnages du roman de Steinbeck
Vos relevés d’informations doivent être assortis de citations ou de référence à des passages précis (pages, 1ers
mots…derniers mots)
Caractérisation
• Nom et prénom du personnage : (ou comment le nomme-t-on dans le roman ?)
• Membre d’une famille ? laquelle ?
• Histoire personnelle du personnage ?
Fonction du personnage :
• Quelles relations a-t-il avec les autres personnages ?
• Quel rôle joue-t-il auprès des autres personnages ?
• Rôle dans l’intrigue du roman ?
Evolution du personnage :
• En quoi les évènements qu’il rencontre le modifient-ils ? en quoi change-t-il entre le début et la fin du récit ? étapes et
raisons de ce changement ?
Interprétation :
• Le personnage est-il un type ? (type social, psychologique) Si oui quel aspect de la société américaine, de l’histoire
américaine peut-il représenter ?
• Quelles attitudes le personnage adopte-t-il face à l’injustice ?
• Le personnage a-t-il une signification philosophique ? laquelle ?
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