Dossier Pedagogique Alice

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Dossier Pedagogique Alice
DOSSIER PEDAGOGIQUE
EN OCTOBRE
Lundi 20 et mardi 21 à 9h30 et 14h
Mercredi 22 à 15h
Jeudi 23 et vendredi 24 à 14h
Pour enfants de 5 à 10 ans et TOUS PUBLICS
ESPACE ICARE : 31 boulevard Gambetta 92130 ISSY-LES-MOULINEAUX
(à quelques mètres du métro CORENTIN-CELTON, ligne 12)
RESERVATIONS : 01 40 93 44 50
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RESUME
La représentation d’Alice au pays des merveilles va commencer.
Mais un curieux professeur entame une introduction
historico-psychologico-métaphysique sur le célèbre récit.
Heureusement, une jeune fille du public, elle aussi prénommée Alice, succombe au
sommeil et nous entraîne dans son rêve délirant et étrange…
Elle grandit, rapetisse, poursuit un lapin qui court après le temps, manque de se
noyer dans ses propres larmes, discute avec une chenille philosophe, une reine qui
menace de couper des têtes…
Cette adaptation impertinente à l’humour débridé démontre que Lewis Carroll
était un grand poète capable de mêler le merveilleux et un comique digne des
Monty Python!!
N’hésitez pas, faites comme Alice!: plongez dans le terrier du lapin!!
L’ORIGINE DU SPECTACLE
L’idée de créer un spectacle pour enfants basé sur Alice au pays des merveilles provient d’une
commande de l’Espace Icare pour célébrer les 10 ans du Musée de la Carte à Jouer à Issy-lesMoulineaux. Enthousiasmés par l’univers extraordinaire et foisonnant de Lewis Carroll, nous avons
décidé de créer un véritable spectacle en place de la lecture prévue dans un premier temps.
L’ADAPTATION
L’histoire est rêvée et vécue par une nouvelle Alice, une petite fille d’aujourd’hui qui connaît bien le
récit. Des éléments modernes et inattendus viennent donc se glisser au sein de la trame originale.
Des scènes très rythmées et burlesques (la poursuite du lapin, la course à la Caucus, le jardin de la
Reine de Coeur) alternent avec des moments plus sereins propres à traduire le caractère
énigmatique des dialogues de Lewis Carroll (les rencontres avec le Chat du Cheshire ou avec la
Chenille).
Le mystérieux Chat du Cheshire est le seul personnage conscient de sa nature onirique et allié
protecteur d’Alice. Nous avons choisi de faire de lui le narrateur de l’histoire. Il fait le lien entre Alice
et les spectateurs, entre le rêve et la réalité.
L’adaptation est donc restée fidèle au texte original par la lettre mais aussi par l’esprit en
laissant libre cours à notre fantaisie propre.
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UN CHEF D’ŒUVRE DE LA LITTERATURE POUR ENFANTS
Cette œuvre est un monument qui fascine et inspire depuis 1865 des générations d’enfants, d’artistes
divers (Nabokov, Aragon, Jean Cocteau, Tom Waits, Tim Burton, Ray Bradbury, le mouvement
surréaliste…), de logiciens ou de psychanalystes !
Alice au pays des merveilles interroge les spectateurs et les lecteurs grands ou petits sur une
infinité de thèmes qui les concernent profondément : l’éducation, la mort, le temps, la justice,
le rapport du rêve et de la réalité, l’autorité, le langage, les rapports de l’individu et de la
société…
Il faut parfois du temps pour être en mesure de formuler une explication juste des idées contenues
dans l’histoire mais avant même d’être comprises, elles nous parviennent par le biais de l’inconscient.
Le récit interpelle les adultes par son point de vue original, impertinent et drôle sur tous ces sujets
mais aussi par sa structure étonnante, incroyablement poétique, qui traduit si bien ce que l’on peut
vivre quand on rêve. Il annonce un grand nombre de thèses formulées quelque temps après par
Freud. Et son caractère imprévisible basé sur des jeux de mots complexes ou des péripéties faisant
échos à notre inconscient (Alice manque de se noyer dans ses propres larmes avant d’entrer au pays
des merveilles, comme une seconde naissance), suscite l’admiration des poètes.
L’adaptation et la mise en scène se devaient donc d’obéir à une exigence forte pour que le spectacle
s’adresse d’abord aux enfants tout en cultivant un humour et une poésie propres à séduire
également les adultes.
LA MISE EN SCENE
LE MIME
Pour la mise en scène, nous sommes partis de l’idée qu’Alice au pays des merveilles était une ode à
la puissance de l’imagination et du rêve. Le spectacle doit se jouer dans l’imaginaire du public
également, comme un dessin qu’il reviendrait à l’enfant de colorier ou de compléter. Le public est
notre partenaire, il se raconte sa propre version de l’histoire. Nous avons donc choisi d’utiliser le
mime pour évoquer la plupart des accessoires.
DECORS ET COSTUMES
Nous avons soigné l’esthétique et la cohérence des costumes.
L’animalité des personnages est évoquée par des éléments simples: oreilles, queues, masques
partiels.
Pour évoquer les changements de lieu, nous avons privilégié la représentation d’éléments essentiels
et dramatiquement intéressants : le champignon de la Chenille, le muret de Boumbadaboum (HumptyDumpty en Anglais)…
Pour traduire le foisonnement plein de vie du pays des merveilles, nous avons attribué des couleurs
vives et acidulées aux costumes et aux décors.
MUSIQUE ET DANSE
Le son accompagne puissamment l’action : la musique de Prokofiev (« Minuit » extrait du ballet
« Cendrillon ») cohabite avec les compositions de Goran Bregovicz (musiques de films d’Emir
Kusturicza), exprimant une hétérogénéité qui correspond bien à l’univers bigarré d’Alice.
Sur ces musiques, les comédiens sont amenés ponctuellement à danser des chorégraphies délirantes
et virevoltantes pour représenter certaines péripéties particulièrement mouvementées et fantastiques.
Seul le Chat du Cheshire, personnage à part dans le récit, dans des teintes plus sombres, est amené
à bénéficier de certains « effets spéciaux » : son, vidéo, magie mais toujours dans un souci de
simplicité.
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LES PERSONNAGES
17 personnages choisis pour la force de leurs propos et leur drôlerie croisent le
chemin d’Alice…
Alice!: Petite fille de 10 ans imaginative et timide. Grâce à son voyage au
Pays des Merveilles, elle apprend la valeur de ses rêves et l’importance de
se connaître soi-même pour mieux s’affirmer.
Le Professeur!: Très timide et maladroit, il est mal à l’aise avec les
enfants. Il se lance dans un cours ennuyeux de 2h30. Heureusement, Alice
nous entraîne avec elle dans son rêve magnifique.
Le Chat du Cheshire!: Par la grâce du rêve, le Professeur devient un chat
énigmatique doté d’un sourire inquiétant. Conscient d’être une émanation de
l’esprit d’Alice, il est le narrateur facétieux de son histoire.
Le Lapin Blanc!: Grand Intendant de la Reine de Cœur, il est
constamment pressé par le temps. Soumis et flagorneur au
travail, il se montre plus autoritaire dans sa vie privée,
notamment avec ses jardiniers.
La Souris : Susceptible et hautaine, cette aristocrate refuse tout d’abord
de sauver Alice de la noyade. Mais elle se laisse convaincre et révèle des
dispositions pour l’amusement lors de la Course au Caucus.
Le T-REX!: Vieux sénateur habitué à être obéi. Il dissimule son
autoritarisme derrière une bonhommie de façade. Son langage
procédurier trahit son accoutumance au pouvoir.
Pat!: Chef jardinier du Lapin. Un peu porté sur la boisson, il est rusé et peu soucieux des autres. Il
n’hésite pas à envoyer son subordonné affronter un monstre sans le lui dire.
Bill!: Jeune subordonné de Pat, il est naïf et pas très intelligent mais toujours de
bonne volonté. Ejecté d’une cheminée par le pied d’Alice, il découvre les joies du
vol plané.
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Rose!: Frivole, elle ne s’intéresse qu’à l’apparence. Elle ne pense qu’à sa beauté
et redoute beaucoup les progrès de l’âge.
Pâquerette!: Malgré son prénom féminin, il s’agit d’une fleur mâle. Frappée
d’une puissante insolation, elle est un peu dérangée.
La Chenille!: Ce Hippie a goûté toutes les drogues, survécu
à tous les excès et s’est initié à toutes les spiritualités. Juché sur son grand
champignon, il en tire un orgueil excessif mais est connecté au divin.
Boumbadaboum!: Héros d’une comptine pour enfants bien
connue, il passe ses journées assis en haut d’un mur. Issu
d’un milieu très pauvre, il est analphabète et il ne sait pas compter. Mais il est
très fier d’avoir parlé au Roi et il méprise ses semblables.
Le Chapelier Fou!: Fournisseur officiel précieux et
pédant de la Cour, il est persuadé que le temps lui en
veut. Pour lui, il est toujours l’heure du thé. Il saute
donc sur la moindre occasion de tromper son ennui,
notamment en accablant Alice avec ses sarcasmes
et ses sophismes.
Le Lièvre de Mars!: Vieux compagnon du Chapelier, il est aussi l’employé
principal de sa boutique. Il est excessivement soumis à son ami qu’il craint un
peu. Mais il est aussi précieux et pédant que lui.
La Duchesse!: Femme à
l’apparence très masculine, elle
n’aime pas son étrange bébé.
Elle essaie constamment de s’en
débarrasser en l’envoyant à sa
cuisinière. A l’inverse, elle
apprécie un peu trop Alice.
La Reine de Cœur!: Capricieuse, tyrannique et susceptible,
elle ne supporte pas la moindre contrariété, qu’on lui résiste ou
qu’on lui soit supérieur. Mais elle a trouvé la solution à tous ses
problèmes : couper les têtes !
Le Roi de Cœur!: Craintif et lâche, il rêve de gouverner pour
la justice et l’harmonie mais il redoute trop sa Reine dont il
exécute toutes les volontés.
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QUELQUES PISTES PEDAGOGIQUES…
Poète et photographe génial, Lewis Carroll était également un grand pédagogue, audacieux et
soucieux d’éduquer les enfants par ses écrits.
Chaque scène d’Alice traite un thème différent d’une manière originale, profonde et subtile, jamais
didactique, souvent sur 3 plans à la fois : social et politique, psychologique et spirituel.
Il est possible de discuter autour de ces différents thèmes ou encore d’inciter les enfants à exprimer
leur perception de la pièce, les accessoires ou les décors n’étant pas directement représentés.
- Quels étaient les objets mimés au cours de la pièce ?
- Comment était la bouteille, de quelle couleur était le liquide qu’elle contenait / la clef en or/
Qu’y avait-il sur la nappe du Chapelier fou et du Lièvre de mars ?...
- Comment était le jardin de la Reine de cœur ?
Tous les spectateurs ont assisté à la même représentation et pourtant, ils ont tous vu un spectacle
différent !
GRANDIR/LA CROISSANCE
Un enfant, ça grandit vite. En quelques mois, le bébé se
transforme en enfant ; à 2 ans, il utilise déjà la parole, il marche.
Pendant l’adolescence, la croissance peut devenir plus
clairement douloureuse car elle s’accompagne de changements
souvent disgracieux.
Si Lewis Carroll a choisi de faire grandir Alice très souvent et de manière embarrassante, ce
n’est pas par hasard. Cela fait échos aux changements de taille que l’enfant subit. Il se reconnaît
dans ces péripéties où son désarroi ainsi que ses sensations sont représentés sur scène. De cette
façon, elles sont dédramatisées et en parlant d’Alice, l’enfant peut parler de lui-même, il peut
verbaliser. Car si l’on peut grandir (ou rapetisser dans la pièce), on peut vieillir, et donc mourir. Par
des images, Lewis Carroll évoque ces inquiétudes inconscientes chez le jeune enfant.
LA DIFFERENCE ou les préjugés sociaux
La scène dans laquelle intervient Boumbadaboum (Humpty-Dumpty en anglais) est celle qui traite le
plus de l’importance des différences sociales.
C’est un personnage en forme d’œuf qui est assis tout seul sur un mur, en équilibre. Alice le reconnaît
immédiatement car il est le personnage principal d’une comptine connue de tous les petits Anglais au
XIXème siècle. Pour les Français, il est l’équivalent de la mère Michel ou de Frère Jacques.
Par son comportement, on devine aisément qu’il ne vient pas d’une famille très favorisée : il est
analphabète, il ne sait pas compter et il s’enorgueillit sans cesse de l’importance que lui donne le fait
d’avoir parlé au roi, comme s’il était complexé.
Il est seul sur ce mur parce qu'il se pense trop bien pour fréquenter les gens de sa classe sociale, de
son milieu mais d'un autre côté, les personnes d’un milieu plus aisé ou plus important le méprisent.
La valeur d’un homme ne se définit pas par son appartenance à une classe sociale ou par un
revenu. Et nous sommes moins forcés qu’à l’époque de Lewis Carroll de rester prisonniers d’un
milieu. Il est possible dans nos sociétés démocratiques d’acquérir une culture qui appartient
désormais à tous. Néanmoins, les préjugés sociaux existent toujours et le langage peut de la même
manière nous trahir et nous enfermer. « L’accent des banlieues » est l’équivalent de l’accent cockney
ou de l’accent faubourien d’autrefois. Il n’indique évidemment pas la « valeur » d’un individu ni même
son niveau de culture, mais il peut être un obstacle pour exercer certaines professions ou faire
certaines études, car des préjugés y sont attachés.
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LA VIOLENCE ET LES TABOUS DANS LES CONTES DE FEES
Alice au pays des merveilles n’est pas un conte de fées mais elle possède plusieurs points communs
avec eux : le merveilleux, le caractère initiatique et la violence.
Les versions originales de Pinocchio, de Blanche Neige, de Peter Pan, tous les classiques des Frères
Grimm, les contes folkloriques… nous apprennent que la vie comporte parfois des épreuves à
surmonter : un père incestueux dans « Peau d’âne », une belle-mère dangereuse dans « La belle au
bois dormant », l’abandon pour « le Petit poucet »…
Pareillement, Alice est humiliée et maltraitée très souvent au cours de son périple. L’histoire racontée
par la Chenille sur un crocodile qui dévore tranquillement trois petits poissons innocents est du même
ordre. Elle montre que la violence peut croiser notre chemin et que tout le monde n’est pas
forcément bien attentionné.
C’est pourquoi nous avons choisi de conserver les rencontres d’Alice avec le personnage de la
Duchesse, alors qu’elles sont rarement représentées sur scène. En effet, ces scènes représentent
une violence souvent tabou : celle de l’adulte vis-à-vis de l’enfant.
La Duchesse se montre agressive envers son propre bébé puis montre une attirance ambiguë pour
Alice. Or, une maman n’a pas le droit d’être énervée par son bébé. C’est un sujet qui ne doit pas être
abordé. La maman culpabilise de ressentir parfois de l’exaspération face aux pleurs de son enfant et
l’enfant ressent l’agacement de sa mère sans pouvoir clairement l’exprimer ou bien il culpabilise à son
tour de l’impatienter… Lewis Carroll, observateur attentif de la société victorienne pleine de
carcans répressifs, nous invite à nous libérer du silence et de la honte.
Les adultes ne sont pas infaillibles. Les mamans ont le droit d’être énervées parfois et les enfants ont
besoin de temps pour apprendre à contrôler leurs émotions…
L’autre aspect menaçant de La Duchesse est son envie manifeste de se rapprocher physiquement
d’Alice. Dans la version originale, la Duchesse est arrêtée par un flamand rose belliqueux. Dans notre
version, le chat s’interpose. Mais en tous les cas, il est incontestable que Lewis Carroll évoque la
pédophilie en termes pudiques et néanmoins assez clairs. Il semble inviter les enfants à ne pas se
laisser faire. Par conséquent, nous espérons que discuter avec les enfants de la scène de la
Duchesse est un bon moyen d’évoquer ces deux sujets tabous - et les tabous en général.
ETRE SOI
Le message principal contenu dans Alice au pays des merveilles nous semble être : soyez vousmême ! N’obéissez pas bêtement à ce qu’on vous impose, refusez le plus possible de faire ce que
vous n’approuvez pas. Cherchez à découvrir ce qui est vraiment important pour vous, ce que vous
êtes vraiment, et défendez-le !
Le rêve est l’un des moyens à notre disposition car il nous révèle des choses cachées au plus profond
de nous. Ce sont parfois des envies, des désirs ou des émotions qui sont présents en nous mais que
nous n’osons pas ressentir parce que la société ou nos parents, nous ont appris, volontairement ou
non, que c’était mal. Dans certains cas, ce n’est pas grave et la vie s’écoule sans problème. Dans
d’autres cas, comme nos besoins profonds ne sont pas satisfaits, nous pouvons même tomber
malades ou nous faire du mal. A cause de leur éducation, des personnes ne veulent pas se rendre
compte qu’elles sont homosexuelles, qu’elles ne font pas le métier qui leur conviendrait le mieux,
qu’elles sont en colère, il y a plein d’exemples… A cause de cela, elles peuvent être malheureuses
toute leur vie. Le grand Sigmund Freud nous a appris que nous ne savons pas tout ce qu’il y a en
nous. Et Lewis Carroll, un peu en avance sur le fondateur de la psychanalyse, nous invite à le
découvrir, à explorer notre monde intérieur. Cela peut prendre du temps de le découvrir, cela peut
être une aventure difficile, voire douloureuse, mais affronter ces petites douleurs est parfois
indispensable pour en éviter de plus grandes.
Affronter des décisions qui ne nous semblent pas justes
Déroger aux règles établies
Transgresser l’autorité
Penser
Pour la construction du soi …
Alice est un conte moderne élevant l'enfant au-delà de la mièvrerie, capable
de saisir le ridicule des adultes et la prison de leurs conventions
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L’AUTEUR!: LEWIS CARROLL (1832-1898)
Autoportrait
Lewis Carroll (de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson) écrivain, photographe et mathématicien
britannique né le 27 janvier 1832 à Daresbury, dans le Lancashire et mort le 14 janvier 1898 à
Guildford.
UNE ENIGME
Lewis Carroll à l’image de son œuvre, est une énigme.
Comment un professeur austère, aux opinions parfois conservatrices, débitant des cours ennuyeux au
possible, d’après certains témoignages, a-t-il pu créer des œuvres aussi inventives, pleines d’humour
et insolentes qu’Alice au pays des merveilles, La chasse au Snark ou Sylvie et Bruno ?
Dés l’enfance, Charles Lutwidge Dodgson a développé sa fantaisie, une grande sensibilité et une
pensée originale, cachés derrière un masque social acceptable. Ce qui en lui aurait pu choquer la
bonne société victorienne s’abritait derrière le pseudonyme de Lewis Carroll.
Une jeunesse créative et tourmentée
Charles Lutwidge Dodgson naît en 1832, d’un père pasteur, au sein d’une famille de onze enfants
dont deux seulement se sont mariés. Tous étaient comme lui gauchers et, comme lui, bégayaient.
A l’école, mêlé aux autres enfants, Charles garde le souvenir atroce de brimades et de moqueries
dues à son bégaiement et à sa grande sensibilité. Mais au sein de sa famille, il développe à la fois un
sens moral profond et un imaginaire dans lequel il prendra plaisir à se réfugier. Pendant ses
vacances, il écrit des revues manuscrites, illustrées par ses soins, pleines de jeux et d’historiettes
pour divertir sa famille. Ces tentatives littéraires juvéniles révèlent la virtuosité de Charles à manier les
mots et les événements, sa disposition très originale pour le nonsense et surtout sa créativité.
Un professeur guindé
Lorsqu’en 1855 l’ancien élève du Christ Church College d’Oxford y devient enseignant, Charles
Dodgson est brutalement projeté dans le monde des adultes. Son bégaiement persiste et sa timidité
également. Il ne se sent pas à l’aise en société. Il cherche donc des échappatoires : la compagnie des
enfants qui l’amusent et avec lesquels il ne bégaye plus, la photographie, le théâtre dont il est un
spectateur assidu, la lecture, le spiritisme, la rêverie, l’écriture régulière d’un journal intime dans lequel
il note inventions surprenantes (une méthode pour se raser sans savon…), souvenirs de rêves et
réflexions et bien sûr l’écriture de fictions et de poésies.
Un grand pionnier de la photographie
Il achète son premier appareil photographique à Londres en 1856. Rapidement, il devient l’un des
premiers grands photographes de l’histoire réalisant essentiellement des portraits de son entourage,
d’enfants, ou de personnalités. Cette passion durera jusqu’en 1880 et donnera naissance à quelques
trois mille clichés dont un millier ont survécu au temps et à la destruction volontaire.
"On dit que nous autres photographes sommes au mieux une race
aveugle, que dans les plus jolis visages nous ne pouvons voir qu’un
rapport d’ombre et de lumière, que nous admirons rarement, que
nous n’aimons jamais. C’est une erreur que je tiens à détruire."
Lewis Carroll
Alice Liddel par L.C
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Les petites filles
Gertrud Dykes par L.C
Aileen Wilson-Tod (1865) par L.C
Ethel et Lilian Brody par L.C
Les nus de petites filles, courants à l’époque, heurtent notre sensibilité moderne et renforcent le
soupçon de pédophilie qui pèse sur le célèbre auteur. En effet, toute sa vie, Charles Ludwidge
Dodgson cultive de nombreuses amitiés avec des petites filles. Il échange de très nombreuses lettres
avec ses jeunes amies. Ses placards regorgent de jouets. Il emmène toujours avec lui un stock de
jeux, des épingles à nourrice et autres accessoires pour pouvoir nouer des relations avec des petites
filles. Et si aucune preuve ne vient étayer la théorie d’un passage à l’acte criminel, la force de sa
passion pour les enfants demeure étonnante. Lewis Carroll victime d’apparences trompeuses ? Un
individu exerçant un fort contrôle sur lui-même ? La question reste ouverte.
Un auteur discret
Quoiqu’il en soit, les petites filles, et en particulier l’une d’entre elles, sont ses muses.
Durant plusieurs années, à l’abri de la redingote du révérend Dodgson, l’enchanteur fait paraître
poèmes et articles dans des magazines.
En 1856, il collabore en particulier avec le magazine The Train dont le rédacteur, Edmund Yates,
choisit parmi quatre pseudonymes proposés par Charles Dodgson celui de Lewis Carroll.
Une improvisation géniale!: Les Aventures d’Alice aux pays des merveilles
Vient le temps du chef-d’œuvre, « au cœur d’un été tout en or », la journée du
4 juillet 1862. Il promène sur la rivière Isis les trois filles de son doyen qu’il
connaît depuis longtemps, Alice, Lorina et Edith Liddel. Et pour elles, il
improvise l’essentiel du récit d’Alice au pays des merveilles.
C’est sur l’insistance de la petite Alice, alors âgée de 10 ans, qu’il se décide
de réaliser un manuscrit des « Aventures d’Alice sous terre », précieusement
calligraphié et illustré. Il l’offre à son inspiratrice, Alice Liddell, le 26 novembre
1864.
En 1865, il le fait publier à compte d’auteur sous le titre Alice au pays des
Merveilles. Un second volume intitulé « De l’autre côté du miroir et ce qu’Alice
y trouva » paraît en 1871. Les deux ouvrages accompagnés des magnifiques
illustrations de John Tenniel, connaissent un succès immédiat.
Ces œuvres audacieuses sont des galeries de personnages tous plus fous les
uns que les autres, un festival de jeux de mots, de parodies et d’invention
comiques, placées sous le signe du nonsense. Alice est un conte moderne
élevant l'enfant au-delà de la mièvrerie, capable de saisir le ridicule des
adultes et la prison de leurs conventions. Initialement destinées à la
jeunesse, les œuvres de Carroll ont, depuis, su conquérir les grandes
personnes qui ne cessent d'y découvrir des messages cachés.
Alice Liddel par L.C
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Les autres grandes œuvres de Lewis Carroll
1869 : Fantasmagorie et poèmes divers
1872 : Jabberwocky
1876 : La chasse au Snark
1889 : Sylvie et Bruno
1893 : Sylvie et Bruno, suite et fin
L’abondante correspondance publiée de Lewis Carroll avec ses très nombreuses amies petites filles
est également passionnante par son intelligence et par les trouvailles poétiques dont elle fourmille
Il est aussi l’auteur de nombreux contes et poèmes, d’ouvrages de vulgarisation scientifique et de
logique amusante. La vie à Oxford regroupe une douzaine d’écrits, la plupart des pamphlets publiés
anonymement, sur des problèmes soulevés dans l’enceinte de l’université. Charles Dodgson y fait
alterner des réflexions conservatrices à l’extrême et des critiques contre le suivisme de modes qu’il
juge néfastes.
PETITE BIBLIOGRAPHIE!:
• Lewis Carroll, une vie, Jean Gattégno, éd. du Seuil, coll. point biographie, 1984
• L'Univers de Lewis Carroll, Jean Gattégno, J.Corti, 1990
• Album Lewis Carroll, Jean Gattégno, Gallimard - La Pléiade, 1990
• Lewis Carroll dans l’imaginaire français : la nouvelle Alice, Marie-Hélène Inglin-Routisseau, éd.
L’Harmattan, 2006
• Lewis Carroll, une vie, une légende, Morton N. Cohen, éd.Autrement, 1998
• Lewis Carroll au pays des merveilles, Stephanie Lovett Stoffel, Gallimard, 1998
• Lewis Carroll dessinateur et photographe, Patrick Roegiers, Complexe, 2000
• La psychanalyse des contes de fées, Bruno Bettelheim, Pocket, 1999
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Cie Les Sans Chapiteau Fixe
Mise en scène et adaptation!: Jérémie Graine!; Collaboration artistique!: Johanna
Boyé!;
Conception visuelle!et décors : Angélique Borniche!;
Costumes!: Angélique Borniche et Isabelle Reffad!;
Lumières!: Frédéric Robert!; Son!: Alexis Bocq et Frédéric Robert!;
Vidéo!: Julien Joanny!; Illustration!: Guillaume Vellard!; Photos : Estelle Fougeray
Avec Stéphanie Bassibey, Maxime Bailleul, Johanna Boyé, Mehdi Dumondel, Antoine Schoumsky
LA RUBRIQUE PRO
« C’est avec beaucoup de talent que cette jeune compagnie a travaillé afin de proposer aux nombreux groupes
scolaires un spectacle d’une grande qualité. Drôle, impertinente et pleine d’esprit, l’adaptation proposée par la
compagnie a rencontré un vif succès auprès des enfants mais également auprès des différentes équipes
d’enseignants »
Jean-Philippe Brun, Directeur de l’Espace Icare, décembre 2007
« La valeur de votre interprétation, l’énergie déployée par l’ensemble de la troupe et les qualités de mise en
scène nous amènent à vous féliciter une nouvelle fois pour votre prestation appréciée et très applaudie. »
Denis Butaye, Directeur du Musée français de la carte à jouer, janvier 2008
« C’est une bien belle troupe que celles des Sans Chapiteau Fixe. De celles qui redonnent un sens à notre travail
de programmateurs ou de directeurs de salles. Je leur souhaite une belle route ! »
Colette Nucci, Directrice du Théâtre 13, janvier 2007
Ce spectacle s’adresse en priorité aux enfants de 5 à 10 ans.
Tarifs groupes!: 5 " par enfants
Renseignements et réservations
01 40 93 44 50 ou [email protected]
LA COMPAGNIE
La compagnie des Sans chapiteau Fixe est née en 2004, créée par des comédiens, auteurs et
metteurs en scène, issus d’un même cours de théâtre, les Ateliers du Sudden, dirigés par Raymond
Acquaviva.
Basée à Issy-les-Moulineaux dans le 92, la compagnie se caractérise par une envie de créer des
spectacles exigeants, tant sur le plan de la forme que du fond et privilégiant l’émotion du spectateur.
Parallèlement, son objet est d’apporter le théâtre à tous les publics à travers l’enseignement ou des
représentations dans des lieux spécifiques : écoles, maisons de retraite …
ILS ONT ACCUEILLI UN SPECTACLE DE LA COMPAGNIE
- Le Café des Jours Heureux : Théâtre 13, Sudden Théâtre, Théâtre du Lierre, Orangerie de Roissy, Péniche
Opéra… Festival d’Avignon 2007, Maisons-Laffitte (1er prix, prix du public et prix d'interprétation masculine au
14 ème festival de Maisons-Laffitte), 2005 coup de cœur du Festival « Ici et demain » (Paris)
- Alice : Musée de la carte à jouer, Espace Icare.
Résidence à l'Espace Icare : une rencontre entre un lieu et une compagnie
Les Sans Chapiteau Fixe sont en résidence pour un an à l’Espace Icare dans le cadre du dispositif « Carte
Blanche à la jeune création », pour y créer le Diable en partage et Alice aux pays des merveilles.
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