Dans le Traité des couleurs auquel il consacra plus de vingt ans de

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Dans le Traité des couleurs auquel il consacra plus de vingt ans de
« Une rencontre entre Orient et Occident » :
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Dans le Traité des couleurs auquel il consacra plus de vingt ans de
recherche et dont l’essentiel parut en 1810, soit quatre ans avant
les premiers poèmes du Divan, Goethe définit les principes qui
gouvernent , selon lui , la nature :
« Diviser ce qui est uni , unir ce qui est divisé , telle est la vie de
la nature, c’est l'éternelle systole et diastole, l’éternelle syncresis et
diacrisis, l’inspiration et l’expiration du monde dans lequel nous
vivons , nous œuvrons et nous sommes . »
( Extrait de l’Introduction de Laurent Cassagnau au « Divan d’Orient et
d’Occident », Les Belles Lettres, Bibliothèque Allemande, 2011.)
Une nouvelle occasion de se livrer à la ‘défense et illustration’ de ce
principe est donnée à Goethe en 1814.
En 1813, les armées napoléoniennes se sont retirées. Ce retrait signifie,
pour Goethe, la possibilité de se rendre à l’ouest : de sortir de son duché
de Saxe-Weimar, sans pour autant être obligé de prendre la route de l’est,
de Marienbad et de la Bohême.
Cette liberté nouvelle dispose à l’ouverture et, si paradoxal que cela
puisse paraître, à l’ouverture vers l’Orient : Goethe venait de lire l’œuvre
d’un poète persan du quatorzième siècle, Hâfez, dans une traduction
allemande tout récemment parue de Joseph von Hammer-Purgstall ;
cette lecture l’avait ébranlé. Il avait un peu étudié l’arabe, recopié
des sourates du Coran, traduit le Cantique des cantiques, ne connaissait
pas le persan mais avait lu (très bien) plusieurs poètes persans en
traductions. Goethe commence alors à écrire son propre livre, « Le
Divan d’Orient et d’Occident ».
Le nom du livre de Hâfez, « Divân », n’est pas un titre mais un
nom commun pour un recueil. Celui de Hâfez compte 486 poèmes
(ou ghazal ), classés suivant l’ordre alphabétique de leur rime ou de leur
refrain.
Hâfez, selon Goethe, est un titre honorifique réservé à ceux qui, ayant
appris par cœur le Coran, sont capables « à chaque occasion [de] citer les
passages concernés », de « favoriser l’édification et aplanir les conflits. »
La soirée du 27 janvier réunira le traducteur de Goethe, Laurent
Cassagnau (enseignant à l’ENS Lyon) et un spécialiste renommé de
la littérature persane, Charles-Henri de Fouchécour, qui a traduit le
« Divân » de Hâfez : un travail monumental, paru en 2006 aux éditions
Verdier ( prix Nelly Sachs pour la traduction de poésie.) La traduction en
allemand de l’œuvre de Hâfez aura donc eu deux cents ans d’avance sur
sa traduction en français.
Charles-Henri de Fouchécour vivait à Téhéran dans les années
soixante-dix, en charge de l’Institut français. À Paris, il a enseigné de
longues années à l’Institut des Langues et Civilisations Orientales. Il est
actuellement Professeur émérite à Paris 3. Après s’être minutieusement
approché des subtilités de la langue et de la pensée de Hâfez, il nous en
rapporte ce qu’il y a de plus simple et de plus compliqué au monde : un
poème d’amour. Il a reçu en Iran la médaille du Centre de Recherche
d’études hâféziennes de Chiraz.
Le « Divan d’Orient et d’Occident » a tout récemment été évoqué sur le
site de Mediapart, au regard de l'approche culturellement conflictuelle
qui prévaut aujourd’hui.