à lire en pdf

Commentaires

Transcription

à lire en pdf
les Docteurs Honoris Causa
de l’université pierre et marie curie
≥ 26 mars 2010
Grand Salon de la Sorbonne
47, rue des écoles, 75005 Paris
01
Tous les deux ans l’UPMC honore huit
personnalités scientifiques exceptionnelles en
leur remettant les insignes de docteur honoris
causa.
édito
jean-charles
pomerol
Président de l’université
Pierre et Marie Curie
Cette nomination est initiée par les composantes de l’UPMC puis validée par le Directoire
de la recherche et enfin le Conseil scientifique
qui fait les derniers arbitrages. Le choix est
évidemment difficile, puisqu’il faut peser ce
qui n’est pas comparable : l’excellence scientifique d’une part, et d’autre part, l’illustration
et la défense des valeurs universitaires de
liberté, de tolérance et d’humanisme. Nous
nous efforçons aussi de représenter un large
échantillon de nos disciplines et de pays avec
lesquels nous avons des liens, tout en tendant
vers la parité des genres. Les mathématiques,
l’ingénierie, la climatologie, la médecine, les
neurosciences, la biologie cellulaire, autant
de disciplines qui sont distinguées dans cette
promotion et bien représentées à l’UPMC.
Chaque nouveau docteur honoris causa
connaît bien l’UPMC ou du moins certaines
de nos équipes, mais en devenant docteur
de l’université, il participe pleinement de
notre communauté. Appartenant désormais
à l’UPMC, il devient notre ambassadeur
autorisé pour parler de nos forces et, avec indulgence, de nos faiblesses. Nous n’avons pas
de meilleurs porte-paroles dans le monde que
nos docteurs honoris causa, à nous de savoir
les garder proches de l’UPMC qui devient leur
seconde alme mère.
02
Ces nouveaux docteurs, que vous allez
découvrir au fil des pages de ce livret, vous
font découvrir leur science, ils parlent aussi de
nous et de leur vision de la recherche, ilsw
pourront ainsi nous conseiller utilement si
nous savons entretenir des relations
soutenues avec eux. En effet, je crois que
l’établissement de relations pérennes avec
nos nouveaux docteurs est une priorité
absolue si nous voulons bénéficier de leurs
lumières et savoirs pour progresser encore en
science et en formation, car il est de première
priorité que les étudiants, comme les futurs
docteurs soient ouverts sur le monde.
Au moment où plusieurs universités
parisiennes, les premières dans leurs disciplines respectives, se regroupent dans
« Sorbonne Universités », nous ne pouvons
que nous réjouir de la notoriété et qualité de
nos nouveaux docteurs honoris causa bien
dignes de l’antique réputation de la Sorbonne.
Once every two years the UPMC honors eight
outstanding scientific personalities and
presents them with the insignia of Doctor
Honoris Causa.
editorial
jean-charles
jean-charles
pomerol
President of Pierre et Marie Curie
University
The UPMC Faculties initiate this appointment
which is then validated by the Management of
Research; the Scientific Council makes
the final decisions. The choice is obviously
difficult, since we must weigh what is not
comparable: the scientific excellence on the
one hand, and the illustration and the
defense of academic values of freedom, tolerance and humanism on the other hand. We
also strive to represent a broad sample of our
disciplines and of the countries with which we
are connected, while moving towards gender
parity. Mathematics, engineering, climatology,
medicine, neuroscience, cell biology, many
disciplines are distinguished in this promotion
and well represented at UPMC.
These new doctors, you will discover in this
booklet, will make you discover their scientific field. They also talk about us and how they
view scientific research, so they can properly
advise us if we maintain ongoing relations
with them. Indeed, I believe that establishing
long-term relationships with our new doctors
is a priority if we want to benefit from their
knowledge for further progress in science
and education, because it is our top priority
that students, such as future doctors are open
to the world.
At a time when several universities in Paris,
the first in each discipline, group together and
become ‘Sorbonne Universities’, we can only
rejoice over the reputation and the quality of
our new Doctors Honoris Causa worthy of the
Sorbonne’s ancient reputation.
Each new Doctor Honoris Causa knows the
UPMC or at least some of our teams, but
being a Doctor of the University one fully participates in our community. Now belonging to
UPMC, they become our ambassadors authorized to speak about our strength and, with
indulgence, about our weaknesses. We have
no better spokesperson in the world that our
Doctors Honoris Causa. It is our duty to keep
them close to the UPMC which becomes to
them a second source of knowledge.
rat imperdiet. Aenean suscipit nulla in justo.
Suspendisse cursus rutrum augue. Nulla tincidunt tincidunt mi. Curabitur iaculis, lorem
vel rhoncus faucibus, felis magna fermentum
augue, et ultricies lacus lorem varius purus.
Curabitur eu amet.
03
John Ball
Sedleian Professor of Natural Philosophy
à l’université d’Oxford, Royaume-Uni
Sir John Ball est au premier rang
des spécialistes mondiaux de
l’élasticité non linéaire, du calcul
des variations, de la théorie
mathématique des matériaux et,
plus généralement,
des mathématiques appliquées.
Il a reçu de nombreux prix et
distinctions : nommé Fellow of the
Royal Society of London (Académie
des sciences britannique)
depuis 1989 et membre étranger
de l’Académie des sciences de Paris
depuis 2000.
04
Ce doctorat honoris causa vient récompenser
un ensemble de travaux et de nombreuses
contributions dans les domaines du calcul
des variations, des équations aux dérivées
partielles non linéaires, des systèmes dynamiques de dimension infinie et de leurs
applications à la mécanique non linéaire.
Quels sont les plus significatifs selon vous ?
JB - Comme de nombreux autres chercheurs,
j’ai plutôt tendance à m’enthousiasmer pour
mes travaux les plus récents. Toutefois, mes
contributions étaient sans doute meilleures
quand j’étais plus jeune ! Mes travaux sur
l’élasticité non linéaire, dont les équations
ont d’abord été écrites par Cauchy vers 1822,
ont établi pour la première fois l’existence
de configurations minimales de l’énergie du
matériau sous conditions réalistes. Nous
savons encore très peu de choses sur ces
configurations, par exemple si elles varient ou pas de manière régulière de point
en point. Néanmoins, en essayant à défaut
de prouver ceci, j’ai trouvé, avec le défunt
Vic Mizel, des exemples unidimensionnels
surprenants, dont les fonctions minimales
ne satisfont pas l’équation d’Euler-Lagrange.
Plus tard, influencés par Jerry Ericksen,
Dick James et moi avons étudié des cas
sans configuration minimisant l’énergie,
montrant que l’on pourrait ainsi comprendre les microstructures résultant des
transformations d’une phase solide. Ces
travaux restent encore recevables aujourd’hui.
Pourriez-vous décrire vos recherches
actuelles en mathématiques des cristaux
liquides ?
JB - Je travaille sur différents aspects de la
théorie Q-tenseur des cristaux liquides, que
l’on doit au grand chercheur français
Pierre-Gilles de Gennes et qui décrit l’ordre
orientationnel des molécules de cristaux
liquides en bâtonnets par un paramètre
d’ordre tensoriel, alors que la théorie
couramment utilisée d’Oseen-Frank le fait
en termes de champ vectoriel. Curieusement,
il n’y a pas eu beaucoup de travaux mathématiques sur la théorie du Q-tenseur,
ce qui laisse de nombreuses questions
mathématiques inexplorées. Avec Arghir
Zarnescu, j’étudie la relation entre cette
théorie et celle d’Oseen-Frank, qui a des
aspects topologiques, tandis qu’avec Apala
Majumdar, je regarde ce qui préserve les
contraintes physiques pesant sur les valeurs
propres du Q-tenseur. Ces travaux ne touchent
pour l’instant qu’à des enjeux théoriques
fondamentaux, mais peut-être qu’il y aura
quelques applications pratiques à terme.
Vos nombreuses distinctions ainsi que
votre rôle d’ancien président de l’IMU et celui
de président actuel du CIEC font de vous un
porte-parole international important pour
les mathématiques. À votre avis, quelles
sont les questions les plus importantes
aujourd’hui en matière de mathématiques
au niveau international ?
JB - Une question importante, qui ne touche
pas seulement les mathématiques, est l’utilisation croissante de systèmes métriques
pour évaluer la recherche, comme les
facteurs d’impact des publications. Ceci
conduit à des pratiques immorales telles
que la manipulation de ces facteurs, et menace
les chercheurs individuels dont l’évaluation
par de telles statistiques ne peut pas remplacer de manière fiable l’évaluation par les
pairs. Le nombre d’étudiants en mathéma-
tiques ainsi que la qualité de leur formation
à tous les niveaux sont des préoccupations
persistantes, la première étant étroitement
liée à un manque de compréhension populaire
des mathématiques et de leur importance
pour la société. Naturellement, l’aptitude
pour les mathématiques dépasse les frontières géographiques et il reste beaucoup
à faire avant que les possibilités offertes
pour développer ce talent ne dépendent
plus de l’endroit où l’on naît.
Pensez-vous qu’il existe une interaction
suffisante entre la communauté des
mathématiciens avec d’autres disciplines,
pour lesquelles les mathématiques sont
extrêmement importantes? Quelles évolutions structurelles proposeriez-vous pour
encourager davantage cette interaction?
JB - Plus les sujets scientifiques sont maîtrisés et plus ils deviennent mathématiques ;
c’est l’une des raisons pour lesquelles les
mathématiques jouent un rôle de plus en
plus important en sciences de la Vie. De
façon plus réaliste, c’est auprès des jeunes
chercheurs que le renforcement de cette
interaction doit être abordé. Les jeunes
chercheurs en sciences de la Vie, par
exemple, ont besoin d’une bonne formation
mathématique, tout au moins suffisante
pour comprendre la valeur des modèles
mathématiques, alors que les mathématiciens ont besoin de rencontrer une large
gamme d’applications pendant leur formation
et de s’entraîner à briser les barrières
linguistiques entre les disciplines.
Pourriez-vous parler de votre collaboration
scientifique avec François Murat et le
Laboratoire Jacques-Louis Lions ?
JB - Quelques méthodes de résolution des
problèmes aux limites non-linéaires de
Jacques-Louis Lions, était l’un des premiers
livres que j’ai étudié en troisième cycle ; j’ai
donc été très tôt attiré par l’approche française des mathématiques. Puis, peu après
avoir prouvé mon théorème d’existence de
l’élasticité non-linéaire, j’ai réalisé que ces
méthodes étaient étroitement liées à celles de
la théorie de la compacité compensée, développée par Luc Tartar et François Murat.
J’ai donc visité plusieurs fois le Laboratoire
d’analyse numérique, comme on l’appelait
à l’époque, y compris pour une année
sabbatique en 1987-1988. Ce fut le début de
ma collaboration autour du calcul des variations avec François, ainsi que d’une amitié
profonde et durable. Depuis, je retourne
régulièrement à Paris et au Laboratoire
Jacques-Louis Lions.
Bien que les mathématiques soient la langue
universelle de la science et des technologies,
les étudiants et les chercheurs doivent
utiliser d’autres langues pour en discuter.
La barrière linguistique vous a-t-elle posé
problème pendant vos séjours à Paris ?
Pensez-vous que les universités et les
chercheurs anglophones soient injustement avantagés lors de leur évaluation ?
JB - Heureusement, je parle convenablement le français, et je n’ai donc pas senti
de barrière linguistique. Bien sûr, le fait que
l’anglais soit la langue scientifique internationale donne un certain avantage à ceux
pour qui l’anglais est la langue maternelle.
La plupart des mathématiciens français que
j’ai rencontré parlent assez bien l’anglais et
de nombreux séminaires sont en anglais
(surtout si des étrangers sont présents),
mais il est certain que les étrangers qui
parlent français profitent plus d’un séjour
scientifique à Paris que ceux qui ne le
parlent pas. De plus, la très bonne réputation des mathématiques françaises au niveau
international montre bien que la question
de la langue n’est pas vraiment un problème pour les Français.
En tant que mathématicien britannique
très distingué, comment percevez-vous la
position de l’UPMC dans le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche,
tant au niveau européen qu’international ?
JB - Paris est, sans aucun doute, le principal
centre international d’études des équations
aux dérivées partielles, et le Laboratoire
Jacques-Louis Lions, plaque tournante de
cette activité, reste l’un des meilleurs départements de mathématiques appliquées dans
le monde. C’est, bien sûr, le département de
l’UPMC que je connais le mieux, mais l’université est clairement un acteur très important
sur la scène mondiale.
Que représente pour vous ce doctorat
honoris causa ? Envisagez-vous à l’avenir de
continuer votre collaboration scientifique
avec l’UPMC ?
JB - Je suis ému de recevoir un doctorat honoris
causa de cette institution prestigieuse avec
laquelle j’ai développé une association si
étroite et si fructueuse au cours des années.
Je continuerai ma collaboration sans aucun
doute et viendrai souvent rendre visite !
05
John Ball
Sedleian Professor of Natural
Philosophy, Oxford University,
United Kingdom.
Sir John Ball is today one of the
leading global specialists in
nonlinear elasticity, the calculus
of variations, the mathematical
theory of materials and, more
generally, applied mathematics.
He has been awarded a number
of prizes and distinctions.
He was named Fellow of the Royal
Society of London in 1989 and has
been an international member of the
Paris Academy of Science since 2000.
T h i s h o n o ra r y d o c to ra te rew a rd s an
exceptional body of work and numerous
contributions in the areas of calculus of
variations, nonlinear partial differential
equations, infinite-dimensional dynamical
systems and their applications to nonlinear mechanics. Which of your research
achievements do you feel are most significant, and why?
JB - In common with many researchers I
tend to be most enthusiastic about my most
recent work, which concerns liquid crystals.
However, no doubt my contributions were
better when I was younger! My work on
nonlinear elasticity, whose equations were
first written down by Cauchy around 1822,
established for the first time the existence
of energy-minimizing configurations under
realistic conditions on the material. We still
know very little about these configurations,
for example whether they vary smoothly
from point to point. In trying, and failing, to
prove this, I nevertheless found with the late
Vic Mizel some surprising one-dimensional
examples whose minimizers don’t satisfy
the Euler-Lagrange equation. Influenced by
Jerry Ericksen, Dick James and I later studied cases when there is no energy minimizer, showing that one could in this way understand microstructures arising from solid
phase transformations. These are pieces of
work that I still find very satisfying.
Can you outline your current research interests
in the mathematics of liquid crystals?
JB - I am working on different aspects of
the Q-tensor theory of liquid crystals, due to
the great French scientist Pierre-Gilles de
Gennes, which describes the orientational
order of rod-like liquid crystal molecules by
a tensor order parameter, whereas the com-
06
monly used Oseen-Frank theory does so in
terms of a vector-field. Surprisingly there
has not been much mathematical work on
the Q-tensor theory, which leads to many
unexplored mathematical questions. With
Arghir Zarnescu I have been studying the relationship of the theory with that of OseenFrank, which has topological aspects, while
with Apala Majumdar I have been working
on the question of what preserves the physical constraints on the eigenvalues of the Qtensor. The work concerns basic theoretical
issues, but perhaps there will eventually be
some practical applications.
Your many distinctions and your roles as
past President of the IMU and current chair
of the CIEC make you an important spokesman for mathematics internationally. In
your opinion, what are the most pressing
issues concerning mathematics today at
the international level?
JB - One important issue, not just affecting
mathematics, is the increasing use of metrics
for evaluating research, such as impact
factors of journals. This is leading to unethical
practices such as impact factor manipulation, and threatens individual researchers
for whose assessment such statistics cannot
reliably replace peer review.
The number and quality of training of
mathematics students at all levels are
continuing concerns, the former being
related to a lack of public understanding of
mathematics and of its importance for
society. Of course mathematical talent
does not respect geographical boundaries,
and much work needs to be done before
the opportunities for developing this talent
depend less on where you are born.
Do you feel that there is sufficient interaction between the mathematics community
and other disciplines, for which mathematics are extremely important? Which structural changes would you propose to further promote such interaction?
JB - As subjects become better understood
they become more mathematical – this is
one of the reasons why the role of mathematics in the life sciences is increasing.
Realistically, increasing the interaction has
to be tackled through young people. Young
life scientists, for example, need a good
mathematical training, at least sufficient
to understand the value of mathematical
models, while mathematicians need to
encounter a broad range of applications in
their education, and get some experience of
breaking down language barriers between
disciplines.
Tell me about your collaboration with
François Murat and the Laboratoire
Jacques-Louis Lions. How did this research
relationship arise?
JB - One of the first mathematical books I
studied as a research student was Quelques
méthodes de résolution des problèmes
aux limites non linéaires by Jacques-Louis
Lions, so I was early on an admirer of the
French style of mathematics. Then, shortly
after I had proved my existence theorem for
nonlinear elasticity, it became clear that the
methods were closely related to those of the
theory of compensated compactness
developed by Luc Tartar and François Murat,
so I made a number of visits to the Laboratoire d’Analyse Numerique, as it was then
called, including a sabbatical year 1987-88.
This was the beginning of my collaboration
on the calculus of variations with François,
and of a deep and enduring friendship.
Since then I have been a regular visitor to
Paris and the Laboratoire Jacques-Louis
Lions. visité plusieurs
Mathematics may be the universal language
of science and technology, but students
and researchers must use other languages
to discuss it. How have you dealt with the
language barrier while in Paris?
Do English language universities and
researchers have an unfair advantage
when it comes to evaluation?
JB - Fortunately I speak reasonable French,
so I have not felt a language barrier. Of
course the fact that English is the international scientific language confers some
advantage on those for whom English is
t h e i r n a t i ve l a n g u a g e . M o st Fre n c h
mathematicians I have met speak pretty
good English and many seminars are in
English (especially if foreigners are present),
but certainly foreigners who speak French
can gain more from a scientific visit to Paris
than those who don’t. The very high reputation of French mathematics internationally
suggests that the language issue is not
much of a problem for the French.
the UPMC that I know the best, but the
university is clearly a very important player
on the world stage.
What does this honorary degree represent
for you? Do you envisage continuing your
collaboration with UPMC in the future?
JB - It is moving for me to receive an honorary
degree from such a prestigious institution
with which I have had such a close and fruitful
association over the years. There is no doubt
that I will be continuing my collaboration
and returning to visit often!
As a highly distinguished British mathematician and academic, how do you view
UPMC’s position in the higher education
landscape, both at the European and
international levels?
JB - There is absolutely no doubt that
Paris is the main international centre for the
study of partial differential equations, and
that the Laboratoire Jacques-Louis Lions is
the hub of this activity and one of the very
best applied mathematics departments in
the world. Of course it is the department of
07
Dennis Patrick
Curran
Professeur à l’université de Pittsburgh,
États-Unis
Dennis Patrick Curran est l’un des
chimistes les plus connus au monde.
Après ses études, il s’est établi à
Pittsburgh, où il a fait toute sa carrière.
Auteur de près de 350 articles et
détendeur ou codétenteur de plus
de 35 brevets, il est l’un des pionniers
de la chimie organique des radicaux
libres et a fondé un nouveau domaine
scientifique, celui de la chimie fluoreuse.
Il a créé une entreprise qui a maintenant
plus de 10 ans d’existence. Il a été, à
maintes reprises, distingué par des prix
dont le Cope Scholar Award (1988) et la
chaire Blaise Pascal (2007).
08
Ce doctorat honoris causa vient récompenser l’ensemble de vos travaux et de
n o m b re u s e s co n t r i b u t i o n s d a n s le
domaine de la synthèse organique. Selon
vous, quels sont les plus significatifs ?
DC - Je suis très fier de nos travaux précoces,
que nous poursuivons en chimie radicalaire
synthétique. Je crois que nous avons été les
premiers à utiliser une réaction radicalaire en
cascade afin de synthétiser un produit naturel
(hirsutene, en 1985). Nous avons également
développé de nombreuses méthodes de synthèse basées sur le transfert de l’atome et du
groupe, et avons étudié des aspects importants de la stéréosélectivité. Nous n’étions
certes pas les uniques pionniers en chimie
radicalaire synthétique, mais j’estime que nos
travaux ont contribué à briser une barrière,
ce qui a conduit à une explosion de nouvelles
réactions radicalaires imaginatives qui continue encore aujourd’hui. Alors qu’une grande
partie de nos recherches en chimie radicalaire
a été fondamentale, d’importantes applications
sont apparues. Par exemple, nous avons
actuellement un composé, AR67, en essai
clinique de phase II pour le traitement des
tumeurs cancéreuses. Ce développement
s’est produit grâce aux ouvertures que nous
a dévoilées la chimie radicalaire, et que nous
avons décidé d’explorer.
Quels sont les aspects les plus passionnants de vos recherches dans le domaine
relativement nouveau de la chimie fluoreuse ? Existe-t-il des spécificités dans la
relation entre la recherche fondamentale
et la recherche appliquée dans ce domaine ?
DC - L’aspect le plus passionnant de
la recherche en chimie fluoreuse est de voir
comment elle s’est développée dans des
directions que nous n’aurions jamais imaginées au début. Par exemple, des techniques
que nous avons conçues, il y a dix ans, pour
une utilisation dans la synthèse de petites
molécules ont maintenant été adoptées et
élargies de façon imaginative pour une
utilisation dans la synthèse des macromolécules, dans la protéomique, et dans de nombreux aspects de la biologie chimique. Nous
avons fondé une entreprise en 2000, Fluorous
Technologies, Inc (FTI), afin de commercialiser
les composants de méthodes fluoreuses et
de fournir de l’expertise technologique sur le
marché. Leur travail, que l’on pourrait qualifier
de recherche appliquée, a été essentiel pour
le développement du domaine. Ils ont rendu
disponibles des réactifs fluoreux fiables et
du gel de silice pour des milieux de biologie
synthétique et chimique. Ils sont devenus
experts dans les applications de la chimie
fluoreuse telles que la synthèse de bibliothèques chimiques de petites molécules.
J’ai hésité à lancer l’entreprise au début,
nous prenions tellement plaisir à faire
de la recherche fondamentale en chimie
fluoreuse que j’aurais bien voulu continuer
comme ça indéfiniment. Mais nous avons
bien fait. Les produits et matériaux qui ont
été commercialisés par la société ont fourni
rapidement de nouvelles possibilités encore
plus intéressantes. En bref, la FTI a aidé le
domaine entier à faire un grand bond en
avant.
En tant que lauréat de la Chaire internationale Blaise Pascal, vous avez passé une
année à l’UPMC en 2007-2008. Quels aspects
de ce séjour vous ont marqué, tant en
termes de recherches menées ici que de
vie universitaire en général ?
DC - L’année à Paris a certainement été l’un
des moments forts de ma vie personnelle et
de ma vie professionnelle. Bien que je n’ai
jamais étudié le français à l’école, cela fait
deux décennies que j’essaie de l’apprendre et
pour ce faire, il n’y a rien de mieux que d’être à
Paris. Bien sûr, j’ai apprécié les restaurants et
la vie culturelle parisienne, surtout la musique, avec ma femme qui a pu souvent venir
à Paris pendant mon séjour ici. Du côté professionnel, il était aussi très agréable d’avoir
un deuxième et même un troisième groupe de
recherche à Paris. Max Malacria a réuni une
équipe exceptionnelle de chercheurs dans son
laboratoire, ce qui a créé à l’UPMC un environnement stimulant pour générer des idées
et expériences nouvelles. J’ai également passé
beaucoup de temps à l’ESPCI Paris Tech avec
le professeur Janine Cossy et ses collègues. Cela fait 30 ans que nous sommes amis
et elle est l’une des principales chimistes de
synthèse en Europe. J’ai la chance d’avoir eu
des interactions profondes avec à la fois le
groupe Cossy et le groupe Malacria, grâce
à ce long séjour. Et entre ces deux universités
et les autres, Paris a tant d’autres très bons
chercheurs en chimie organique. En effet,
même si je comprends le système français
assez bien pour voir qu’il n’est pas réaliste, je
pense parfois que si toutes les universités
parisiennes fusionnaient, elles auraient l’un
des meilleurs laboratoires de chimie
organique au monde.
En tant que chimiste américain très
distingué, comment percevez-vous la
position de l’UPMC dans le paysage de
l’enseignement supérieur et de la recherche,
tant au niveau européen qu’international ?
DC - Je peux vous dire avec certitude que vos
professeurs et vos chercheurs en chimie
organique aspirent à ce que l’UPMC soit l’un
des meilleurs établissements de recherche
et de formation en France, en Europe et
même dans le monde entier. À l’université de
Pittsburgh, notre chancelier est toujours en
train de nous dire que nous devons faire plus
avec moins. C’est sûr que les chercheurs de
l’UPMC sont habiles pour cela ; le rapport
qualité-prix pour la recherche est étonnant.
De plus, la formation doctorale dépend
surtout de l’attitude et de l’engagement des
enseignants-chercheurs qui travaillent avec
les doctorants et ici encore, l’UPMC excelle en
tant qu’institution de formation.
Que représente pour vous ce doctorat honoris
causa ? Envisagez-vous plus de collaboration
scientifique avec l’UPMC dans l’avenir ?
DC - Ce doctorat honoris causa est certainement l’un des moments les plus marquants
pour moi, à la fois personnellement et professionnellement. C’est l’aboutissement d’un
long processus qui a commencé en 1987
lorsque j’ai visité la France pour la première
fois sur l’invitation de Jacqueline SeydenPenne, alors professeur de chimie organique
à l’université de Paris Sud à Orsay. Je suis
tombé amoureux de la France et de la langue
française, et j’ai eu la chance de voir qu’il y
avait une communauté française dynamique
et accueillante en chimie organique. Je suis
depuis retourné en France au moins une ou
deux fois par an, et en tant que professeur
invité une demi-douzaine de fois.
En ce qui concerne nos projets, en 2007 et
2008, j’ai envisagé une petite collaboration
avec l’UPMC qui pourrait encadrer le travail
d’un ou deux doctorants ou post-doctorants. Mais une fois le travail lancé à Paris,
les choses ont tout simplement explosé.
Le projet sur la chimie borane carbène
N-hétérocyclique s’avère largement plus
prometteur que ce que j’avais imaginé au
départ, et nous avons maintenant plusieurs
collègues y travaillant, à Pittsburgh et à
Paris. Nous avons eu la chance d’obtenir un
financement à la fois à Pittsburgh et à Paris,
ce qui me permet de passer un peu plus de
temps à Paris. Nous profitons pleinement
des technologies modernes, comme la
viséoconférence, afin de faire avancer la collaboration au plus vite. C’est un domaine de
recherche tellement nouveau qu’il semble
que chaque nouvelle expérience génère
plus de questions que de réponses. Ainsi, la
recherche continue à s’étendre, et ce projet
et la collaboration associée seront certainement un des éléments principaux de notre
programme de recherche pour l’avenir.
J’ai le plus profond respect pour la communauté de chimie organique en France en
général et à l’UPMC en particulier, et je suis
extrêmement reconnaissant de recevoir ce titre.
09
Dennis Patrick
Curran
Professor at the University
of Pittsburg, United States
Dennis Patrick Curran is one of the
world’s best-known chemists.
After completing his studies, he
established himself at the University
of Pittsburgh where he has spent his
entire career. The author of nearly
350 articles and holder or co-holder
of more than 35 patents, he is one
of the pioneers of organic radical
chemistry and founder of the new
scientific field of fluorous chemistry.
He started a company that has now
been in business for over 10 years.
He has many prestigious prizes to
his name, including the Cope Scholar
Award (1988) and the Blaise Pascal
Chair (2007).
10
T h i s h o n o ra r y d o c to ra te rew a rd s a n
exce p t i o n a l b o d y o f wo r k a n d n um e ro u s co n t r i b u t i o n s to t h e f i e l d
o f o rg a n i c s y n t h e s i s . W h i c h o f yo u r
re s e a rc h a c h i eve m e n t s d o yo u fe e l
a re m o st s i g n i f i ca n t , a n d w h y ?
DC - I am very proud of our early and continuing work in synthetic radical chemistry.
I believe that we were the first to use a cascade radical reaction to synthesize a natural
product (hirsutene, in 1985). We have also
developed many synthetic methods based
on atom and group transfer, and studied important aspects of stereoselectivity. We certainly were not the only pioneers in synthetic
radical chemistry, but I do feel that our work
helped to crack through a barrier, leading
to an explosion of imaginative new radical
reactions that continues even today. While
much of our research on radical chemistry
has been basic in nature, there have also
been significant practical consequences
that we never expected at the beginning.
For example, we currently have a compound
called AR67 in Phase II clinical trials
for treatment of cancerous tumors. This
development came about because radical
chemistry opened up new doors for us, and
we decided to walk through them to see
where it would lead us.
ago for use in small molecule synthesis
techniques that we pioneered over ten years
ago for use in small molecule synthesis
have now been adopted and expanded in
imaginative ways for use in macromolecule
synthesis, proteomics, and many aspects of
chemical biology. We founded a company
in 2000 called Fluorous Technologies, Inc.
(FTI) to commercialize the components of
fluorous methods and to provide technology
expertise to the marketplace. Their work,
which might be called applied research, has
been critical for the development of the field.
They have made available reliable fluorous
reagents and silica gel for both synthetic
and chemical biology settings. They have
become experts in applications of fluorous
chemistry such as the synthesis of small molecule chemical libraries. I was reluctant to
start the company at first; we were having
so much fun with basic research in fluorous
chemistry that I just wanted to continue on
indefinitely. However, in the end it was definitely the right thing to do. The products
and materials that were commercialized by
the company soon provided us and others
with new and even more interesting opportunities. In short, FTI helped the whole field
leapfrog forward.
What are the most exciting aspects of your work
in the relatively new field of fluorous chemistry?
Are there any particularities in the relationship
between basic and applied research in this field?
DC - The most exciting aspect of work in
fluorous chemistry has been seeing how it
has expanded out in directions that we never
envisioned at the beginning. For example,
techniques that we pioneered over ten years
As a Laureate of the Blaise Pascal International Research Chair, you were able to
spend a year at UPMC in 2007-2008. What
aspects of this stay stand out in particular,
both in terms of research conducted here
and the general university environment?
DC - The year in Paris was certainly one of
the highlights of both my personal life and
my professional life. Although I never studied
French in school, I have been trying to learn
it for two decades, and there is nothing better
than the “milieu français” of Paris for that.
Of course I enjoyed the restaurants and the
cultural life of Paris, especially the music,
with my wife who commuted back and forth
from Pittsburgh to Paris during my stay
here. From the professional side, it was also
very enjoyable to have a second and even a
third research group in Paris. Max Malacria
has put together an outstanding team of
researchers in his laboratory, and this provides a stimulating environment for generating new ideas and experiments at UPMC.
I also spent a considerable amount of time
at ESPCI Paris Tech with Professor Janine
Cossy and her co-workers. She has been
a good friend for 30 years and is one of the
leading synthetic chemists in Europe. I feel
very fortunate to have had the in depth interactions with both the Cossy group and the
Malacria group that a long term stay provided. And Paris has so many other fine organic chemists in these two Universities and
in the other universities as well. Indeed,
though I understand the French system well
enough to see that it is not realistic, I sometimes imagine that if all the Parisian universities fused together, they would have one of
the best departments of organic chemistry
in the world.
As a highly distinguished American chemist
and academic, how do you view UPMC’s
position in the higher education landscape,
both at the European and international
levels?
DC - I can tell you with certainty that the
Professors and researchers in organic
chemistry aspire for UPMC to be one of the
leading research and graduate educational
institutions in France, in Europe, and indeed
in the whole world. At the University of
Pittsburgh, our Chancellor is always telling
us that we have to do more with less. Certainly the researchers at UPMC are adept
at doing that. The “rapport qualitié-prix”
for research is amazing. And the education
that the PhD students get depends more
than anything else on the attitude and commitment of Professors and researchers that
the students work with. Here again, UPMC
excels as an educational institution.
What does this honorary degree represent
for you? Is there further scope for scientific
collaboration with UPMC in the future?
DC - This Honorary Degree is certainly one
of the highlights for me both personally
and professionally. It is the culmination of
a long process that started in 1987 when I
visited France for the first time at the invitation of Jacqueline Seyden-Penne, then a
Professor of organic chemistry at the University of Paris South in Orsay. I fell in love
with France and the French language, and I
was fortunate that there was a vibrant and
welcoming French community in organic
chemistry. Since then, I have visited France
at least once or twice every year, and have
been a Visiting Professor about a half-dozen
times. I have the deepest respect for the
organic chemistry community in France in
general and at UPMC in particular, and I am
extremely grateful for this honor.
Regarding our projects, in 2007 and 2008, I
envisioned a small collaboration with UPMC
that might encompass the work of one or
two postdocs or PhD students. But once the
work got going in Paris, things simply
exploded. wwThe project on N-heterocyclic
carbene borane chemistry has much more
potential than I had envisioned at the outset,
and we now have several co-workers active
in both Pittsburgh and Paris. We have been
fortunate to get funding in both Pittsburgh
and Paris, and this is allowing me to spend
some additional time in Paris. We are also
making full use of modern technology such
as videoconferences to keep the collaboration moving quickly. This is such a new area
of research that it seems as if almost every
new experiment generates more questions
than it does answers. So the research keeps
expanding, and this project and the associated collaboration will certainly be a main
component of our research program for the
indefinite future.
11
JEAN-MICHEL FOIDART
Professeur à l’université de Liège,
Belgique
Jean-Michel Foidart est un gynécologueobstétricien, qui allie une carrière de
chercheur et une responsabilité clinique
de grande envergure. Sa notoriété est liée
à ses travaux fondamentaux sur la matrice
extracellulaire des tissus reproducteurs
et des cancers gynécologiques de la
femme. Il est un expert de l’éclampsie,
de l’implantation et de la prolifération
des cancers du sein. Titulaire au Collège
de Belgique, il a reçu de nombreux prix
belges et internationaux, dont le grand
prix du Fonds de la recherche scientifique
belge en 2005. Il préside actuellement
le Collège « Mère-Nouveau Né » qui
conseille le ministre de la Santé en
matière de médecine de la reproduction.
12
Ce doctorat honoris causa vient récompenser
l’ensemble de vos travaux dans les domaines
de la gynécologie-obstétrique et de la
cancérologie. Quelles sont vos priorités de
recherche actuelles ?
JMF - Lors de ces dix dernières années, nous
avons particulièrement étudié l’angiogenèse
normale et pathologique au cours de maladies néoplasiques, mais aussi de pathologies
précancéreuses et de conditions telles que la
dégénérescence maculaire liée à l’âge, l’endométriose ou les placentations anormalement
invasives. Une dissection moléculaire des
mécanismes contrôlant l’angiogenèse, la lymphangiogenèse et la maturation des vaisseaux,
permet de mieux examiner la croissance des
organes, le développement embryonnaire
et aussi d’identifier les dysfonctionnements
des cellules endothéliales et des péricytes au
cours de pathologies vasculaires telles que la
prééclampsie, le diabète, et l’athéromatose.
De tels travaux ont aussi pour vocation ultime
d’asphyxier les tumeurs cancéreuses et de
mieux contrôler le développement de diverses
pathologies bénignes.
Nos recherches actuelles visent également
à caractériser un nouvel œstrogène récemment décrit : l‘ESTETROL. Cet œstrogène,
spécifiquement produit par le fœtus humain,
est un SERM (Selective Estrogen Receptor
Modulator). Contrairement aux autres SERMs
de synthèse, cet œstrogène-SERM serait un
agoniste spécifique du récepteur « alpha » des
œstrogènes. Dans le cas du cancer du sein en
particulier, ce SERM se comporte comme un
anti-œstrogène, et présente ainsi l’avantage
d’inhiber la prolifération des cellules mammaires normales ou cancéreuses. Nos travaux
concerneront plus particulièrement la sécurité
vasculaire et l’impact de ce nouvel œstrogène
physiologique fœtal, sur les propriétés des
cellules endothéliales, sur le fonctionnement
coronarien et sur la prévention des athéromes
au cours d’administrations prolongées. Il est
donc possible que les œstrogènes, « diabolisés » par certains essais épidémiologiques
américains effectués à l’aide d’hormones synthétiques et non-physiologiques, se révèlent
finalement des molécules hautement
bénéfiques dans le maintien en bonne santé
de l’adulte vieillissant.
Vous menez de nombreuses collaborations
scientifiques avec des chercheurs et des
équipes de l’UPMC. Avec qui travaillezvous précisément, et sur quels projets ?
JMF - D’importantes relations scientifiques
se sont tissées entre mon laboratoire de
recherche et le service d’endocrinologie du
professeur Philippe Bouchard, aboutissant
à la publication régulière de travaux scientifiques précliniques et cliniques. Avec le
professeur Bouchard, nous partageons les
mêmes passions médicales : l’étude des
cibles thérapeutiques des SERMs, et des
stéroïdes physiologiques ainsi que des progestatifs et œstrogènes de synthèse utilisés
dans les domaines de la contraception et de
la ménopause. Au fil des années, une solide
amitié s’est nouée entre les membres de nos
équipes, en particulier avec le professeur
Christin-Maitre, le docteur Nathalie ChabbertBuffet et surtout le docteur Axelle Pintiaux,
gynécologue-endocrinologue liégeoise qui
apprécia son séjour de longue durée à Paris
sous la conduite du professeur Bouchard. Elle
dirige à présent notre clinique de la ménopause.
D’autre part, sur le plan de la cancérologie
sénologique et de la physiologie mammaire,
l’équipe du professeur Serge Uzan, doyen de
la faculté de médecine et chef du service de
gynécologie-obstétrique à l’Hôpital Tenon,
collabore avec nos cliniciens et chercheurs
dans le domaine des cancers à haut risque de
transmission génétique. Le Centre clinique,
créé par le professeur Uzan pour développer
la gestion intégrée des familles porteuses
de mutations des gènes BRCA1 et BRCA2, a
aujourd’hui une réputation internationale. Le
docteur Joëlle Desreux bénéficie du soutien
du professeur Uzan et de son équipe pour
organiser, dans notre université, un centre
qui puisse, de manière similaire, intégrer des
soins spécifiques et conseiller les patients qui
devront en bénéficier.
En outre, sur le plan de l’implantation embryonnaire, de la vascularisation placentaire et
de la prééclampsie, le professeur Uzan et moimême participons à des travaux de recherche
communs. C’est son équipe qui découvrit
l’action bénéfique de faibles doses d’aspirine
dans la prévention de la prééclampsie. Non
seulement un brillant doyen, et un chef d’orchestre hors pair de sa faculté de médecine, il
est aussi un grand patron clinicien, chirurgien
et homme de science, curieux et travailleur
acharné. Finalement, au cours de ma carrière,
j’ai noué des relations professionnelles et amicales avec de nombreux collègues de l’UPMC.
Citons le professeur Tabassome Simon qui
travaille au service de pharmacologie de
l’Hôpital Saint Antoine, et les brillants obstétriciens, le professeur Jacques Milliez et le
professeur Bruno Carbonne.
Comment percevez-vous la position de l’UPMC
dans le paysage international de l’enseignement supérieur et de la recherche ?
JMF - L’université Pierre et Marie Curie est
la première université de France. Elle est un
fleuron qui rayonne bien au-delà de Paris,
à travers la France et toute la Francophonie.
L’anglais s’est certes imposé comme outil de
dialogue scientifique intercontinental. Toutefois, la pensée scientifique et médicale
bénéficie grandement de la curiosité latine,
de la qualité exemplaire de l’enseignement
et des unités d’excellence de l’UPMC. Il est
donc extrêmement important que des relations structurées puissent être organisées
au niveau de l’enseignement supérieur et de
la recherche entre les États européens. Les
programmes ERASMUS, les programmes
d’échanges scientifiques et les programmes
d’investissements, de mobilité des scientifiques, des étudiants et des chercheurs révolutionnent notre conception de l’apprentissage
et de l’acquisition des compétences. C’est en
confrontant nos pédagogies, nos recherches
respectives, nos procédés d’enseignement
entre universités d’excellence que nous pouvons remettre en question nos certitudes,
progresser, et permettre l’avènement de
générations scientifiques, médicales, et
intellectuelles meilleures, mieux armées dans
le paysage économique européen, mais aussi
social et éthique, pour devenir les citoyens
d’une Europe unie, respectueuse de ses
différences.
le dépassent, condition essentielle de progrès
et d’investissement dans un futur meilleur.
L’université de Liège, mon département de
gynécologie-obstétrique, mon laboratoire de
recherche et les équipes parmi les meilleures
de France au sein de l’UPMC, trouveront dans
cette distinction un trait d’union supplémentaire unissant les collaborations scientifiques,
le respect humain et l’amitié fraternelle non
seulement entre les « patrons » mais aussi
entre les équipes de chercheurs et de doctorants, pour le plus grand bien de nos patients
et des malades qui sont avant tout l’une de nos
préoccupations essentielles.
Que représente pour vous cette distinction
de docteur honoris causa ?
JMF - La distinction de docteur honoris causa
est une source de reconnaissance. Elle doit
inciter à la modestie. En effet, elle récompense
une équipe plus qu’un seul homme. Un
docteur honoris causa ne peut qu’espérer que
ses collaborateurs de la nouvelle génération
13
jean-michel
foidart
Professor at the University of Liege,
Belgium
Jean-Michel Foidart is an obstetrician-gynecologist who combines a
career as a researcher and a clinical
responsibility of great magnitude.
His reputation is tied to his fundamental work on the extracellular
matrix of reproductive tissues and
on cervical cancer in women. He is
an expert of eclampsia, and of
implantation and proliferation
of breast cancer. Teaching at the
College of Belgium, he has received
numerous Belgian and international
awards, including the grand prize
from the National Fund for Scientific
Research in Belgium in 2005.
He currently chairs the College
«Mother / New Born», which advises
the Health Minister as regards
medicine of reproduction.
14
T h i s h o n o ra r y d o c to ra te rew a rd s a n
exce p t i o n a l b o d y o f wo r k a n d s i g n i f i ca n t co n t r i b u t i o n s to g y n e co lo g y /
o b ste t r i c s a n d o n co lo g y re s e a rc h .
W h a t a re yo u c u r re n t re s e a rc h
priorities?
JMF - Over the last decade we have concentrated on normal and pathological angiogenesis in neoplastic diseases, as well as
precancerous pathologies and conditions
such as age-related macular degeneration,
endometriosis or abnormally invasive placentation (placenta percreta and accreta).
A molecular dissection of the mechanisms
controlling angiogenesis, lymphangiogenesis and vessel maturation helps improve
control of organ growth and embryonic
development and to identify dysfunctional
endothelial cells and pericytes occurring
in vascular diseases such as preeclampsia,
diabetes, and atherosclerosis. This work
also aims ultimately to asphyxiate cancerous tumors and to control better the development of various benign pathologies.
Our current research aims also to characterize a new, recently described estrogen:
ESTETROL. This estrogen, produced
specifically by the human fetus, is a SERM
(Selective Estrogen Receptor Modulator).
Unlike other synthetic SERMs, this estrogen-SERM seems to be a specific agonist
for estrogen’s «alpha» receptor. In the
breast, in particular, it behaves as an antiestrogen, which gives it the advantage of
inhibiting the proliferation of normal or
cancerous breast cells, making it an antibreast cancer agent.
Our work will focus particularly on the
vascular safety and impact of this new, phy-
siological, fetal estrogen on the properties
of endothelial cells, on coronary function
and on the prevention of atheroma during
prolonged administration. It is therefore
possible that estrogens, «demonized» by
some American epidemiological tests performed using synthetic, non-physiological
hormones, ultimately prove to be highly
beneficial molecules for maintaining health
in aging adults.
You lead many scientific collaborations
with researchers and teams from UPMC.
Who specifically do you work with, and can
you describe your shared projects?
JMF - The significant scientific relationship
we have forged between my research laboratory and Professor Philippe Bouchard’s
department of Endocrinology leads regularly to publication of pre-clinical and clinical scientific studies. Professor Bouchard
and I share the same medical passions:
the study of SERMs’ therapeutic targets, of
physiological steroids and of synthetic progestins and estrogens used in contraception and during menopause. Over the years
a strong friendship has developed between
members of our teams, in particular Prof.
Christin-Maitre and Dr. Nathalie ChabbertBuffet, and endocrinologist gynecologist Dr.
Axelle Pintiaux from Liege, who enjoyed a
long-term stay in Paris under the guidance
of Professor Bouchard. She now leads our
Menopause Clinic.
In addition, the team of Prof. Serge Uzan,
dean of the Faculty of Medicine and head
of gynecology and obstetrics at the Hôpital
Tenon, works with our clinicians and
researchers in the study of breast cancers
with a high risk of genetic transmission. The
Clinical Center, created by Professor Uzan
to develop the integrated management of
families carrying mutations of the BRCA1
and BRCA2 genes, now has an international
reputation. Dr Joëlle Desreux is fortunate to
have the support of Professor Uzan and his
team for organizing a center in our university
that can, in a similar fashion, integrate the
special care and guidance that these
patients should receive.
Furthermore, Professor Uzan and I participate together in joint research on embryo
implantation, placenta vascularization and
preeclampsia. It is his team that discovered
the beneficial effect of low doses of aspirin
in preventing preeclampsia. He is not only a
brilliant dean and peerless conductor of his
outstanding Faculty of Medicine, he is also
an inquisitive and hardworking master
clinician, surgeon and scientist. Finally,
during my career I have established professional relationships and friendships with
many colleagues at UPMC. I would like to
mention Professor Tabassome Simon, who
works at the Hospital St Antoine department of pharmacology, and the brilliant
obstetricians, Professors Jacques Miller
and Bruno Carbonne.
How do you view UPMC’s position in the
research and higher education landscape, both
at the European and international levels?
JMF - Pierre & Marie Curie University is the
premier university in France. It is a jewel
that shines far beyond Paris, with an influence extending throughout France and
all the Francophone countries. English has
certainly emerged as the main tool of
intercontinental scientific dialogue.
However, scientific and medical thinking
benefits greatly from Latin curiosity, and
from UPMC’s exemplary quality of teaching
and research units of excellence. It is
therefore extremely important that structured
relationships can be organized in higher
education and research between European
states. ERASMUS programs, scientific exchange
programs and investment programs, and
the international mobility of scientists,
students and researchers all revolutionize
our conception of learning and skill acquisition. It is in comparing our teaching
methods, our respective research and our
courses between top class universities that
we can challenge our certainties, progress,
and enable the development of stronger
scientific, medical and intellectual generations
who are better equipped in the European
economic, social and ethical landscapes
to become citizens of a united Europe,
respectful of its differences.
France, will find in this distinction an additional
link uniting scientific collaborations,
personal respect and brotherly friendship
not only between the “bosses” but also
between teams of researchers and doctoral students, for the greater good of our
patients and the sick, who are after all our
most essential concern.
What does this honorary doctorate mean
to you?
JMF - The award of an honorary doctorate
is a source of recognition that should incite
modesty. Indeed, it rewards a team more
than a man. As recipient of an honorary
doctorate, one can only hope to be overtaken
by one’s colleagues of the next generation,
which is an essential condition for progress
and investment in a better future. The Université de Liège, my gynecology and obstetrics
department, my research laboratory and
UPMC’s teams, who are among the best in
15
susan hockfield
Présidente de l’Institut de technologie
du Massachusetts (MIT), Boston,
États-Unis
Susan Hockfield est présidente
du prestigieux MIT depuis 2005. En plus
de sa riche carrière politique et administrative, qu’elle a d’abord commencée
à l’université de Yale, elle a toujours
poursuivi des activités de recherche.
Utilisant des anticorps monoclonaux sur
des extraits de cerveau, elle a découvert
un gène qui joue un rôle crucial dans la
propagation du cancer dans cet organe.
Cette découverte a débouché sur la
caractérisation d’une famille de protéines
de la surface cellulaire. Elle a reçu de très
nombreux prix et distinctions comme la
Sheffield Medal de l’université de Yale en
2004 et le Golden Plate Award de
l’Academy of Achievement en 2005.
16
Ce doctorat honoris causa vient récompenser
l’ensemble de vos travaux et de nombreuses
contributions dans le domaine des neurosciences. Selon vous, quels sont les plus
significatifs ?
SH - Les travaux auxquels j’ai participé,
démontrant que l’expérience peut modifier
définitivement l’expression des gènes et des
protéines dans le cerveau, ont fourni les
premiers candidats moléculaires agissant sur
la stabilisation des connexions dans le cerveau
en développement. Bien que des observations
anatomiques et physiologiques aient montré
des modifications dépendantes de l’activité,
le concept selon lequel un changement biochimique correspondant laisserait une trace
permanente était tout à fait nouveau. Il s’avère
que la famille de molécules que nous avons
identifiée joue un rôle dans l’inhibition du
remodelage du cerveau et est d’une grande
importance dans son processus de développement ; elle a également des implications
puissantes dans la capacité (ou l’incapacité)
du cerveau mature à reconstruire des réseaux
neuronaux après une blessure.
L’accélération considérable du rythme de
recherche en neurosciences moléculaires
a permis de mieux comprendre comment
ces découvertes précoces et durement
gagnées sur un seul gène ou une seule
protéine s’intègrent dans des systèmes
complexes. En tant que scientifique, le
sentiment d’avoir contribué à ajouter un
autre maillon, même modeste, à la chaîne
de la connaissance est très gratifiant.
En tant que présidente du MIT, je ne dirige
plus de laboratoire de recherche, mais je
suis très optimiste au regard du travail
extraordinaire de nombreux laboratoires
de neurosciences au MIT et ailleurs qui
déplace désormais les découvertes du laboratoire au chevet du malade. Il n’y a pas
longtemps, les neurosciences étaient
essentiellement des sciences descriptives,
fascinantes, mais sans grand espoir d’application pratique à court terme. Aujourd’hui, avec
les outils de la biologie moléculaire, des
technologies comme l’imagerie fonctionnelle
par résonance magnétique et la montée en
puissance du calcul de pointe et d’autres stratégies de l’ingénierie, l’étude de la conscience
et du cerveau fait des bonds vers le monde
réel. Je suis sûre que de notre vivant, nous
verrons de nouvelles avancées contre des
troubles complexes et jusque-là insolubles,
comme l’autisme ou la maladie d’Alzheimer.
Comment, selon vous, la situation des
femmes dans le domaine de la recherche
scientifique a-t-elle évolué au cours de votre
carrière ? Des mesures proactives menées
auprès des jeunes femmes pour la promotion de la formation et des carrières scientifiques sont-elles encore nécessaires ? Y
a-t-il des exemples de telles mesures prises
au MIT ?
SH - J’aimerais commencer par l’exemple
d’une des professeures les plus éminentes du
MIT, Barbara Liskov. Il y a quarante et un ans,
elle a été la première femme aux États-Unis,
et probablement au monde, à recevoir un doctorat en informatique. L’année dernière, elle a
remporté le prix Turing, considéré comme le
prix Nobel de l’informatique. Mais quand elle
était au collège, son père lui a conseillé de
prendre un cours de dactylographie, au cas où
elle devrait gagner sa vie comme secrétaire.
Certes, le monde a changé, et de façon à me
remplir vraiment d’espoir. Cela dit, il reste des
obstacles allant de la difficulté à concilier
les exigences d’une jeune famille avec
l’intensité d’une carrière scientifique, aux inhibitions culturelles qui font que les filles ne
s’attendent pas à réussir en mathématiques
et en sciences. Les étudiants et professeurs
du MIT ont développé un éventail de programmes pour faire venir des collégiennes et
des lycéennes sur notre campus et dans nos
laboratoires, et les enthousiasmer autour de
ce qu’elles pourraient réaliser dans le monde
grâce à la puissance des mathématiques, des
sciences et de l’ingénierie.
Le MIT a officiellement commencé à admettre
des femmes en 1883, mais relativement peu
de femmes se sont inscrites avant les années
1960. Cette année, 45 % de nos étudiants sont
des femmes, même avec notre concentration
intense autour de la science et de la technologie.
Nos professeures mènent des projets de
recherche extrêmement impressionnants,
de Maria Zuber, qui dirige un projet de 420
millions de dollars sur l’exploration de la lune
avec des satellites jumeaux, à Angela Belcher et Paula Hammond, qui ont inventé
de nouvelles batteries révolutionnaires qui
s’assemblent elles-mêmes à l’aide de virus
bénins, en passant par JoAnne Stubbe,
décorée de la Médaille nationale de la Science
cette année pour ses travaux qui expliquent
les mécanismes d’enzymes au rôle essentiel
dans la réplication et la réparation de l’ADN.
La créativité et les accomplissements de ces
chercheuses remarquables aident définitivement les jeunes femmes à imaginer une vie
productive et épanouie dans tous les
domaines de la science.
En tant que présidente du MIT, quelles sont
les stratégies principales que vous appuyez
afin de renforcer les partenariats avec
d’autres universités et établissements de
recherche à travers le monde ?
SH - Au MIT, nous suivons la curiosité de
nos chercheurs. Leur quête de questions de
recherche importantes et de collaborateurs
productifs, est à l’origine d’une série d’engagements mondiaux significatifs, depuis l’Institut de science et de technologie de Masdar
à Abu Dhabi, situé dans la ville de Masdar à
zéro carbone et zéro déchets, à notre Alliance
pour l’énergie à faibles émissions de carbone
avec l’université Tsinghua et l’université de
Cambridge, en passant par notre travail
multi-facettes à Singapour, notamment le
lancement récent de l’université de technologie et du design de Singapour, établie en
collaboration avec le MIT, où l’intégration de la
conception et de l’ingénierie fournira les bases
d’un nouveau programme de formation.
minante de la vie universitaire, en particulier
dans le domaine de la science et des technologies : les mêmes idées sont poursuivies en
parallèle autour du globe.
Dans un monde trop souvent brisé par les
conflits, cette tradition d’un « intellect
universel » représente une force de communion importante pour l’humanité, et un outil
puissant utile à l’ambition mondiale unifiée de
faire avancer le bien commun. Si nous nourrissons cet « intellect universel » en partageant
nos connaissances et en tendant la main pour
travailler avec des collaborateurs de l’autre
côté de l’Atlantique et partout dans le monde,
et si nous formons nos étudiants à apprécier
la valeur de cette remarquable tradition, nous
apporterons de grandes contributions à
l’invention d’un avenir meilleur pour toute
l’Humanité.
Si nous voulons relever les grands défis mondiaux de cette ère, il devient de plus en plus
important de travailler avec des partenaires
au-delà de nos frontières géographiques. La
frontière de l’innovation s’étend maintenant à
travers le monde ; nous devons nous engager
avec d’autres plaques tournantes de l’innovation afin de continuer à être un moteur pour
des idées nouvelles.
Que représente pour vous ce doctorat honoris
causa ?
SH - C’est un honneur extraordinaire d’être
reconnue par l’UPMC, qui n’est pas seulement
la principale institution scientifique en France,
mais qui est aussi l’incarnation des valeurs et
des normes scientifiques de Pierre et Marie
Curie, qui continuent à nous inspirer de
manière incommensurable. Plus largement,
cet honneur traduit une caractéristique déter-
17
w
susan
hockfield
President of the Massachusetts
Institute of Technology (MIT),
Boston, United States
Susan Hockfield has been President
of the prestigious MIT since 2005.
In addition to her rich political and
administrative career, which she
began at Yale University, she has
never ceased her research activities.
Using monoclonal antibodies on brain
extracts, she discovered a gene that
plays a crucial role in the spread of
cancer in the brain. This discovery
led to the characterization of a family
of cell surface proteins. She has
received many prizes and distinctions,
such as Yale University’s Sheffield
Medal in 2004 and the Golden Plate
Award of the Academy of Achievement in 2005.
18
This honorary doctorate rewards an exceptional body of work and numerous contributions to neuroscience. Which of your research achievements do you feel are most
significant, and why?
SH -The work my colleagues and I did
demonstrating that experience can permanently alter the expression of genes and
proteins in the brain provided the first molecular candidates for stabilizing connections
in the developing brain. While anatomical
and physiological observations had shown
activity dependent changes, the concept
that a corresponding biochemical change
would leave a permanent trace was quite
novel. The family of molecules we identified
has been shown to play a role in inhibiting
brain remodeling and has great significance
in brain development; it also has powerful
implications for the ability (or lack thereof)
of the mature brain to “rewire” after injury.
The vastly accelerating pace of molecular
neuroscience has provided insight into how
those early, hard-won, single gene and
single protein discoveries fit in complex
systems. As a scientist, it’s deeply gratifying
to feel that you have helped add another link,
however modest, to the chain of knowledge.
As MIT’s president, I no longer maintain an
active research lab, but I am enormously
encouraged by the extraordinary work of
the many neuroscience labs at MIT and
elsewhere that is now moving discoveries
from the bench to the bedside. Not long
ago, neuroscience was essentially a
descriptive science – fascinating, but
without much hope for practical application
in the near term. Today, with the tools
of molecular biology, technologies like
functional magnetic resonance imaging
and the growing power of advanced computation and other strategies from engineering, the study of the mind and brain
is racing towards real-world significance.
I’m optimistic that in our lifetime, we will
see new advances against complex and previously intractable disorders like autism
and Alzheimer’s disease.
How do you feel the situation for women in
the field of scientific research has evolved
over the space of your career so far? Are
proactive measures for the promotion of
scientific education and careers for girls
and young women still necessary? Are
there examples of such measures undertaken at MIT?
SH -Let me start with the example of one of
MIT’s most distinguished faculty members,
Barbara Liskov. Forty-one years ago, she
was the first woman in the United States,
and likely the world, to receive a doctorate
in computer science. Just last year, she
won the Turing Award, considered to be the
Nobel Prize of computer science. But when
she was in school, her father suggested that
she take a course in typing, in case she had
to support herself as a secretary.
Certainly the world has changed, and in
ways that make me extremely hopeful.
Having said that, barriers do remain, from
the challenges of balancing the demands
of a young family with the intensity of
a scientific career, to cultural inhibitions
that keep girls from expecting themselves
to succeed in math and science. Students
and faculty at MIT have developed a range of
programs to bring middle school and high
school girls to our campus and our labs,
to get them excited about what they could
achieve in the world through the power of
math, science and engineering.
MIT began officially admitting women in
1883, but relatively few women enrolled
before the 1960s. This year, 45% of our
undergraduates are women, even with our
intensive focus on science and technology.
Our female professors lead extraordinarily
impressive research projects, from Maria
Zuber, who heads a $420 million project to
explore the moon using twin satellites, to
Angela Belcher and Paula Hammond, who
invented revolutionary new batteries that
are self-assembled by benign viruses, to
JoAnne Stubbe, decorated with the National
Medal of Science this year for her work in
understanding the mechanisms of enzymes
that play an essential role in DNA replication
and repair. The creativity and accomplishments of these remarkable scholars make
it much easier for girls and young women
to imagine a productive and fulfilling life in
science.
As President of MIT, what are the main strategies you support in order to strengthen
partnerships with other universities and
research institutions around the world?
SH - At MIT, we follow the research
interests of our faculty members.
Our faculty’s pursuit of important research
problems and productive collaborators has
initiated a range of significant global
engagements, from Abu Dhabi’s Masdar
Institute of Science and Technology, located
in the zero-carbon, zero-waste Masdar City,
to our Alliance for Low-Carbon Energy with
Tsinghua Universityand the University of
Cambridge, to ourmulti-faceted work in
Singapore including the recent launch of
the Singapore University of Technology and
Design, established in collaboration with
MIT, where the integration of design and
engineering will provide the foundation for
a new curriculum. If we want to tackle this
era’s great, global challenges, working with
partners across geographic boundaries
becomes increasingly important. The innovation frontier now stretches around the
world; we must engage with other hubs
of innovation to remain on that frontier and
to continue to be an engine for new ideas.
What does this honorary degree represent
for you?
SH - It is an extraordinary honor to be
recognized by UPMC, which is not only the
leading institution of science in France, but
also the embodiment of the incalculably
inspiring scientific values and standards of
Pierre and Marie Curie. More broadly, this
honor speaks to a defining feature of
academic life, particularly in the sciences
and technology: that the same ideas are
pursued simultaneously around the globe.
In a world too often fractured by conflict,
this tradition of the “global intellectual
commons” represents an important convening force for humankind and a powerful
tool for a unified global ambition to advance
the common good. If we nurture the global intellectual commons by sharing our
knowledge and reaching out to work with
collaborators across the Atlantic and
siological,
around the world,
and iffetal
we estrogen
train ouron the properties
of endothelial
cells,
students to appreciate
the value
of on
thiscoronary function
and we
on can
the prevention
of atheroma during
remarkable tradition,
make great
prolonged
administration.
contributions towards
inventing
a better It is therefore
possible that estrogens, «demonized» by
future for all of humankind.
some American epidemiological tests performed using synthetic, non-physiological
hormones, ultimately prove to be highly
beneficial molecules for maintaining health
in aging adults.
You lead many scientific collaborations with
researchers and teams from UPMC. Who specifically do you work with, and can you describe
your shared projects?
JMF - The significant scientific relationship
we have forged between my research laboratory and Professor Philippe Bouchard’s
department of Endocrinology leads regularly to publication of pre-clinical and clinical scientific studies. Professor Bouchard
and I share the same medical passions:
the study of SERMs’ therapeutic targets, of
physiological steroids and of synthetic progestins and estrogens used in contraception and during menopause. Over the years
a strong friendship has developed between
members of our teams, in particular Prof.
Christin-Maitre and Dr. Nathalie ChabbertBuffet, and endocrinologist gynecologist Dr.
Axelle Pintiaux from Liege, who enjoyed a
long-term stay in Paris under the guidance
of Professor Bouchard. She now leads our
Menopause Clinic.
In addition, the team of Prof. Serge Uzan,
dean of the Faculty of Medicine and head
of gynecology and obstetrics at the Hôpital
Tenon, works with our clinicians and
19
nadia rosenthal
Directrice du Laboratoire européen
de biologie moléculaire (EMBL),
Monterotondo, Italie
Nadia Rosenthal s’est distinguée dans
le domaine de la recherche musculaire
et cardiaque.
Formée à Harvard, elle a par la suite
créé un laboratoire à Boston.
C’est en biologie moléculaire du muscle
qu’elle occupe alors une des premières
places. Elle prend plus tard la direction
du Laboratoire européen de biologie
moléculaire et rejoint au même moment
un grand centre de cardiologie à Londres.
En 2008, elle fonde un important centre
de recherche en Australie : l’Institut
australien de médecine régénérative.
Habituée des prix et des distinctions,
elle a reçu en 2002 le Ferrari-Soave Prize
in Cell Biology de l’université de Turin.
20
Ce doctorat honoris causa vient récompenser
l’ensemble de vos travaux et de nombreuses
contributions dans le domaine de la biologie
régénérative et de la recherche autour des
cellules souches.
Quels sont les plus significatifs selon vous ?
NR - La médecine régénérative est un
domaine relativement récent mais en plein
essor, qui recouvre les mécanismes par
lesquels les organismes adultes restaurent
leur forme et leur fonction aux tissus et
aux organes endommagés. Nous avons obtenu des résultats considérables qui nous ont
permis d’avancer vers nos objectifs, comme
trouver des techniques pour restaurer une
partie de la capacité régénérative des tissus
mammaliens, phénomène qui se produit
naturellement dans les embryons mais qui
s’arrête après la naissance. Nous avons travaillé sur des souris afin d’exprimer les facteurs spécifiques qui régénèrent les muscles,
et qui permettent à la souris de se remettre
complètement des blessures, de résister aux
maladies musculaires et de défier les processus de vieillissement. Ces travaux proposent
des pistes significatives sur le plan clinique au
niveau de la prévention des maladies liées aux
déficiences musculaires, comme dans la dystrophie musculaire ou l’insuffisance cardiaque.
Ces résultats nous éclairent sur les processus
de mobilisation des cellules souches à travers
le corps, ainsi que sur leur prise de fonctions
spécialisées dans les tissus. En améliorant la
nature, nous espérons améliorer les pratiques
de la médecine.
Quels sont vos futurs projets et objectifs de
recherches ?
NR - J’ai toujours voulu revenir à la biologie du
développement (dont les modèles me fascinent depuis mon enfance) pour y appliquer les
outils de recherche génétique que j’ai appris
entre-temps. Les vertébrés inférieurs peuvent
réinitialiser le développement cellulaire et
régénérer des membres entiers, comme les
nageoires, la queue, la mâchoire ou même des
parties du cœur. En revanche, nous humains
ne pouvons pas régénérer beaucoup plus
de cellules que l’équivalent du bout de notre
doigt. Tous les organismes ont des capacités
fondamentales de régénération, mais chez les
vertébrés supérieurs la régénération semble
être entravée par la formation de cicatrices,
par l’insuffisance des réserves de cellules
souches, ou par un manque de structuration
dans les tissus de remplacement sur la plaie
réparée. J’aimerais mieux comprendre les
processus de régénération de divers organismes pour pouvoir améliorer notre propre
capacité à régénérer nos organes ou nos
tissus en cas de détérioration ou de maladie.
À l’avenir, je compte appliquer certains des
principes que nous avons décelés en étudiant la souris, à d’autres organismes plus
régénératifs, tels que le poisson ou la
salamandre. Nous pourrons rapidement progresser puisque l’amélioration des techniques
de séquençage de l’ADN et la manipulation
génétique plus sophistiquée ont révélé l’empreinte génétique de ces animaux. En fin de
compte, les mécanismes spécialisés dans ces
organismes peuvent nous en dire long sur les
obstacles auxquels nous sommes confrontés
en médecine régénérative.
En plus de vos activités de recherche, vous
avez dirigé des équipes et des instituts de
recherche sur trois continents. Selon vous,
quels sont les défis majeurs des chercheurs,
d’une part, et des établissements de
recherche, d’autre part, générés par l’actuel
environnement scientifique mondialisé ?
NR - Je ne saurais mieux répondre à cette
question qu’en utilisant la génétique des
souris comme exemple. Pendant les dix dernières années, la communauté de recherche
sur la génétique des souris est passée d’une
liste d’individus éparpillés, travaillant chacun sur un gène ou un groupe de gènes, à un
consortium extrêmement interactif avec des
financements internationaux et qui établit
collectivement des objectifs à long terme visant à réaliser un panel génétique complet
de la physiologie et la pathologie des mammifères. La mise en place d’une initiative de
génomique fonctionnelle systématique de la
souris n’aurait jamais pu naître de la réflexion
d’un seul chercheur ou d’un seul institut, et
a déjà aujourd’hui un impact majeur sur le
développement de nouvelles thérapeutiques
basées sur l’identification de gènes cibles.
La démarche collective porte également
ses fruits pour les chercheurs individuels
qui peuvent à présent commander une souris knock-out à un prix raisonnable et en un
temps bien moindre que s’ils l’avaient conçue
eux-mêmes.
Ces avancées ont d’importants impacts sur
les programmes de financement futur. Les
chercheurs européens, à l’avant-garde de la
recherche en génomique des mammifères
à travers le développement de leurs outils
basés sur la souris, sont maintenant bien
placés pour mener des recherches biomédicales pendant les dix prochaines années,
grâce peut-être à des compétences collaboratives très développées. Mais nous ne pouvons
pas agir seuls. Les prochaines étapes doivent
désormais être examinées collectivement en
Europe et à l’étranger. Une approche concertée capitalisant sagement sur l’investissement
européen déjà réalisé dans ce domaine sera
clairement plus rapide et plus efficace
financièrement pour répondre aux grandes
questions des pathologies humaines.
Comment la situation des femmes dans le
domaine de la recherche scientifique a-t-elle
évolué au cours de votre carrière? Les mesures proactives menées auprès des jeunes
femmes pour la promotion de la formation et
des carrières scientifiques, sont-elles encore
nécessaires ?
NR - En tant que scientifiques, nous sommes
tous mordus par le même défaut de curiosité
universelle et avons tous la même crainte de
l’échec personnel, mais les femmes portent
un fardeau supplémentaire : la discrimination. Comme la féministe Gloria Steinem a
dit récemment, celui qui pense que la société
d’aujourd’hui est à l’aise avec les femmes en
position de pouvoir a besoin de lunettes. En ce
début du xxie siècle, nous sommes en général
à l’aise avec la notion abstraite qu’une femme
ait autant le droit de satisfaire sa curiosité
scientifique qu’un homme. Les chercheuses
en sciences de la vie abondent dans les
établissements universitaires, du moins
jusqu’à ce que les postes, l’argent et l’espace
atteignent une certaine limite (en général au
niveau du professeur associé) ; puis d’un coup,
le taux de déperdition augmente honteusement. Et ce n’est pas seulement une question
d’enfants. Il y a beaucoup de femmes sans
enfant qui abandonnent, et celles qui ont
atteint des positions de pouvoir dans leur
métier sont tout aussi susceptibles d’avoir ou
non des enfants.
Il y a mille manières, plus ou moins subtiles,
de décourager une jeune chercheuse pour
la détourner des joies de la découverte et la
dissuader de demander plus de place ou de
soutien quand elle en a clairement besoin et
qu’elle le mérite. Il est également important
d’identifier nos propres obstacles. Nous ne
sommes pas toutes suffisamment équipées pour faire face à la concurrence, sur les
postes, les promotions ou les publications ;
et la concurrence est une constante dans
la recherche. Par-dessus tout, nous devons
reconnaître le pouvoir que donne un financement de recherche externe, et savoir en
demander assez.
Comment donc pouvons-nous promouvoir
un sentiment d’ayant droit parmi les femmes
dans la science ? C’est un problème complexe
qui nécessite beaucoup plus d’attention qu’il
n’a pu en recevoir jusqu’ici. Toute stratégie que
nous développons ou employons pour survivre
et prospérer doit commencer par saisir
l’opportunité au bon moment et l’utiliser à
notre avantage. La patience n’est pas la vertu
que j’inciterais ici, mais plutôt une intolérance
obstinée du compromis personnel. Cela
requiert une habile élaboration de stratégies
pour continuer à faire ce qui nous intéresse,
face au passage de modes et au financement
instable. Mais au centre de tout il doit y avoir
une passion personnelle pour la science.
Que représente pour vous ce doctorat honoris
causa ? Envisagez-vous d’autres collaborations scientifiques avec l’UPMC ?
NR - Ce doctorat représente la reconnaissance de mes pairs scientifiques, un des
honneurs les plus importants que l’on puisse
recevoir dans la recherche. En ce qui concerne
les collaborations, elles naissent entre les
personnes plutôt qu’entre les institutions. Je
suis très enthousiaste à l’idée d’en apprendre
davantage sur les chercheurs de l’UPMC, ainsi
que de forger des connexions autour de mon
propre travail et de celui de mes collègues de
l’EMBL.
21
nadia
rosenthal
Head of the European Laboratory
of Molecular Biology (EMBL),
Monterotondo, Italy
Nadia Rosenthal is an outstanding
figure in research on muscle and
cardiology. Trained at Harvard, she
has subsequently established in
Boston a laboratory which now
occupies one of the first places in
the field of muscle molecular biology.
She later managed the European
Laboratory of Molecular Biology
and joined at the same time a large
cardiology center in London. In 2008,
she founded a large research center
in Australia: the Australian Institute
of Regenerative Medicine. Regular
recipient of prizes and distinctions,
she was awarded the 2002 FerrariSoave Prize in Cell Biology from the
University of Turin.
22
This honorary doctorate rewards an exceptional body of work and numerous
contributions to stem cell research and regenerative biology. Which of your research
achievements do you feel are most significant, and why?
NR - Regenerative medicine is a relatively
new but exploding field that broadly refers to
the mechanisms whereby adult organisms
restore form and function to damaged tissues and organs. We have made significant
headway in our goal to find way to restore
some of the regenerative ability of mammalian tissues, which happens naturally in embryos, but is lost shortly after birth. We have
engineered mice to express specific factors
that regenerate muscle, letting the mice
recover fully from injuries, resist muscle disease and defy the aging process. This work
suggests clinically relevant avenues for
preventing disease-related muscle frailty,
as in muscular dystrophy or heart failure
and gives new insight into how stem cells
can be mobilized across the body, and how
they take on specialized functions in tissues.
By improving on nature we hope to improve
the way medicine is practicednear term.
What are your future research projects and
goals?
NR - I’ve always wanted to get back to
developmental biology--to those patterns
that had fascinated me as a child--and apply the genetic research tools I’ve learned in
the meantime. Lower vertebrates can recapitulate development by regenerating whole
limbs, fins and tails – even jaws and parts of
their hearts if they are injured. In contrast,
we can’t regenerate much more than a
fingertip. All organisms have some funda-
fundamental capacity to regenerate, but
in higher vertebrates, regeneration seems
to be prevented by scar formation, or by
inadequate stem cell pools, or by a lack of
patterning in the replacement tissues of the
repaired wound. I’d like to understand the
processes of regeneration in different organisms well enough to be able to improve
our own capacity to regenerate in cases of
damage or disease.
In the future I plan to apply some of the
principles we have learned in mice to the
study of other, more regenerative organisms, such as the fish or salamander. We
can make real headway now because the
genetic blueprint of these animals is accessible through improved DNA sequencing
techniques and more sophisticated gene
manipulation. Ultimately, the specialized
mechanisms in these organisms can tell us
a lot about the impediments we face in regenerative medicine.
In addition to your research activities, you
have headed research teams and institutes
on three continents. In your opinion, what
challenges for individual scientists, on the
one hand, and research institutions, on the
other, are generated by the current, truly
globalized scientific arena?
NR -I can best speak to this issue using the
current revolution in mouse genetics as
an example. Over the past ten years since
I left the US, mouse genetics research has
been transformed from a scattered list of
individuals each working on a gene or set of
genes, to a highly interactive, internationally
funded consortium, who collectively have
set long-term goals for achieving a comprehensive genetics-based view of mammalian
physiology and pathology. The establishment of a systematic mouse functional
genomics initiative could never have been
accomplished by an individual scientist or
institute, and is already having a major impact upon the identification of gene-based
targets for the development of novel therapeutics. The collective approach is also
bearing fruit for the individual scientist, who
now can order up a knockout mouse at a
fraction of the cost and time it used to take
to produce one herself.
These advances have important ramifications for future funding schemes. European
scientists have been in the vanguard of
mammalian genomic research through their
development of mouse-based tools, and are
now positioned to lead biomedical research
into the next decade, perhaps because of
our more highly developed collaborative
skills, but we cannot do it alone. The next
steps must now be considered together as
a research community within Europe and
abroad. A concerted approach to capitalize
wisely on the European investment already
made in this area is clearly the most rapid and
cost-effective way to crack the big questions
in human disease.
How do you feel the situation for women in
the field of scientific research has evolved
over the space of your career so far? Are
proactive measures for the promotion of
scientific education and careers for girls
and young women still necessary?
NR - As scientists, we are all bitten by the
same bug of universal curiosity and have the
same dread of personal failure, but women
have the additional burden of discrimination.
As the feminist Gloria Steinem recently
said, anyone who thinks that today’s society is comfortable with women in power
needs glasses. At the beginning of the 21st
century, we are generally comfortable with
the abstract notion that a woman is equally
entitled to satisfy her scientific curiosity.
Female life scientists abound in academic
institutions, at least until the positions and
money and space become limited (usually
at the Associate Professorship level), then
the attrition rate is embarrassingly high.
And it’s not just about children. There are
plenty of childless women on the drop-out
list, and those who have attained positions
of power in their profession are just as likely
to have children as not.
There are a thousand subtle and not-sosubtle ways to discourage a young researcher, to distract her from the joys of discovery and dissuade her from demanding
more space or more support when she
clearly needs and deserves it. It’s also important to identify our own impediments.
We are not all well enough equipped to deal
with competition – for positions, promotions
or papers – and competition is a constant
in research. Above all, we need to recognize
the power imparted by external research
funding and ask for enough of it.
would espouse here, but rather a stubborn
intolerance of personal compromise when it
comes to the ideas in your head. It takes clever strategizing to keep doing what interests
you, in the face of shifting fashions and inconsistent funding. But the centerpiece has
to be a personal passion for science.
What does this honorary degree represent
for you? Is there scope for scientific collaboration with UPMC in the future?
NR - This degree represents recognition by
my fellow scientists, which is the highest
honour one can receive in research. As for
collaborations, they arise between people
rather than with institutions. I am very excited about the prospect of learning more
about researchers at UPMC, and forging
connections to my own work and that of my
colleagues at EMBL through the opportunities for interaction that may arise through
this distinction.
How then, do we promote a sense of entitlement amongst women in science? It’s a
multifaceted problem that requires much
more attention than it has received. Any
strategies we develop or employ to survive
and flourish must begin with seizing the
moment as it unfolds and using it to our
best advantage. Patience is not the virtue I
23
Joseph Silk
Professeur Savilian d’astronomie,
université d’Oxford, Royaume-Uni
Astrophysicien, Joseph Silk est sans
conteste l’un des pionniers de la
cosmologie moderne. Ses travaux de
recherche ont marqué tous les domaines
de la cosmologie, depuis l’origine des
fluctuations de densité qui ont donné
naissance aux grandes structures
de l’Univers, jusqu’à la formation
et l’évolution des galaxies.
Docteur honoris causa de l’École normale
supérieure de Lyon et de l’université
de Rome (2005), il s’est vu remettre
de nombreux prix comme la Gold Medal of
the Royal Astronomical Society (UK)
en 2008.
24
Ce doctorat honoris causa vient récompenser l’ensemble de vos travaux. De nombreux chercheurs connaissent le processus
d’amortissement sans collision, le « Silk
damping », qui porte votre nom. Pourriezvous nous parler de vos travaux actuels ?
JS - J’étudie une nouvelle forme d’accélérateur de particules qui promet de surpasser
toutes les machines terrestres imaginables.
Deux ingrédients sont nécessaires. Le
premier : un trou noir immense. Ces derniers
sont censés être omniprésents dans notre
galaxie, et sont les blocs de construction
reliques du trou noir supermassif au centre
de notre galaxie. Le second : l’existence de
la matière sombre sous forme de particules
élémentaires interagissant faiblement entre
elles. Très près du trou noir, ces particules
s’accumulent et entrent en collision les unes
avec les autres. Dans le cas du trou noir de
Kerr (trou noir en rotation), les collisions dégagent une énergie énorme et des débris sont
en mesure de s’échapper. Peut-être qu’un jour
nous pourrons utiliser de tels systèmes pour
étudier les interactions des particules dont
les forces s’approchent de l’échelle ultime
permise par la théorie, l’échelle de Planck.
Qu’est-ce qui rend cette forme d’accélérateur
de particules si prometteuse? Quels obstacles
devrez-vous d’abord franchir?
JS - Si l’on pouvait un jour détecter des débris
de collisions de particules à proximité de l’horizon d’un trou noir, les résultats pourraient
être d’une importance capitale pour notre
connaissance de la nature fondamentale de
l’univers, de sa matière et de son contenu
énergétique. Par exemple, on pourrait atteindre
des énergies de collision qui seraient largement au-delà de tout ce que le plus grand
collisionneur de particules terrestres
concevable pourrait jamais produire. Nous
pourrions, du moins en principe, sonder le
type d’unification des interactions fondamentales dans la nature. Bien entendu, nous
devons d’abord trouver des trous noirs candidats et leurs cuspides de matière noire qui
les entourent. La meilleure perspective pour
la localisation de ceux-là vient de l’astronomie
du rayon gamma, ou encore mieux, dans un
avenir plus lointain, de l’astronomie neutrino.
Comment l’étude de telles interactions des
particules approfondirait notre compréhension
de la formation des galaxies?
JS - La matière noire fournit l’infrastructure
à partir de laquelle les galaxies se forment.
Si les particules de matière noire souffrent
occasionnellement d’annihilations mutuelles,
comme le suggère la théorie, l’énergie libérée
peut jouer un rôle dans l’ionisation et le chauffage des nuages de gaz primordial à partir
desquels les galaxies se sont développées. La
nature des premières étoiles de l’Univers, la
date précise de leur formation ainsi que leur
nombre pourrait être influencés indirectement
par la matière noire, par ses fluctuations de
densité et par ses interactions. La détection de
la première lumière dans l’Univers est l’un des
principaux objectifs de la nouvelle génération
de télescopes, comme l’European Extremely
Large Telescope, long de 42 mètres et encore
au stade de la conception.
En plus de vos activités de recherche de pointe,
vous avez écrit de nombreuses publications de
vulgarisation scientifique. Est-ce que rendre la
cosmologie accessible à un public plus large est
un élément fondamental de votre travail ?
JS - Il est crucial pour les scientifiques de
communiquer leurs travaux à un public plus
large. Je suis particulièrement chanceux car
la cosmologie attire un public généraliste et
fournit toujours un sujet de conversation très
apprécié. Il est important de profiter de cette
passerelle et d’expliquer notre sujet, nos
objectifs et nos passions, dans des termes qui
ne sont pas seulement accessibles mais qui
sont aussi intéressants et attrayants pour le
lecteur moyen.
En tant que lauréat de la Chaire internationale
Blaise Pascal, vous avez pu séjourner à l’Institut
d’astrophysique de Paris en 1996. Qu’est-ce qui
vous a attiré à Paris, et quels aspects de votre
séjour retiendrez-vous ?
JS - L’Institut d’astrophysique de Paris
accueille la plus grande concentration en
France d’astrophysiciens et de cosmologistes.
Mon séjour, réparti sur deux ans, m’a permis
d’initier de nombreuses collaborations qui
perdurent encore aujourd’hui. J’ai développé
de nouveaux thèmes de recherche et j’ai
bénéficié d’interactions avec un large éventail
de chercheurs en Île-de-France. Une autre
initiative réussie qui a découlé de mon séjour,
après mon retour à Oxford, était de créer un
site de formation Marie Curie pour la formation doctorale en physique des astroparticules
et en cosmologie. C’est là que mes contacts à
l’IAP ont joué un rôle important afin d’y attirer
les étudiants.
hôte. Le trou noir et la galaxie elliptique se
forment à la même époque dans l’Univers
naissant. Pendant que le trou noir accumule
du gaz et augmente en masse, il forme un
écoulement violent. Lorsque le trou noir est
suffisamment massif, essentiellement tout le
gaz diffus qui reste est dispersé et la phase de
croissance à la fois de la galaxie et du trou noir
se termine. De cette manière, leurs masses
sont inextricablement liées, comme le suggèrent les données d’observation.
Dans un autre projet, nous avons exploré les
conséquences de l’accumulation de matière
noire autour du trou noir massif situé au centre
de notre galaxie, la Voie lactée. Cela a conduit
à des prévisions de flux améliorés des rayons
gamma et d’autres produits du taux accru de
collisions et d’annihilations de particules de
matière noire capturés près du trou noir. La
recherche de preuves de ce phénomène est
toujours un thème d’expérimentation en
astrophysique des particules.
Que représente pour vous ce doctorat honoris
causa ? Envisagez-vous plus de collaborations
scientifiques avec l’UPMC à l’avenir ?
JS - Je me réjouis de cet honneur. J’espère
que cela conduira à de nombreuses autres
collaborations.
Pouvez-vous décrire les thèmes de recherche
que vous avez commencé à explorer lors de
votre séjour à Paris ?
JS - Deux nouvelles initiatives majeures dans
mes recherches sont nées à cette période.
L’une était la notion intime et dynamique entre
les trous noirs supermassifs et leur galaxie
25
joseph silk
Savilian Professor of Astronomy,
University of Oxford, United Kingdom
Astrophysicist Joseph Silk is
without question one of the
pioneers of modern cosmology.
His research has made its mark
on all fields of cosmology, from the
origin of density fluctuations which
gave rise to the major structures of
the universe, to galaxy formation
and evolution. Holder of an honorary
doctorate from the École Normale
Supérieure in Lyon and the University
of Rome (2005), he has been awarded
numerous prizes, including the Gold
Medal of the Royal Astronomical
Society (UK) in 2008.
26
This honorary doctorate rewards an
exceptional body of work, and many of
those attending the ceremony will, at the
very least, be familiar with silk damping.
They will be less familiar with your current
research interests. Can you tell us about
what you have been working on recently?
JS - I am studying a novel form of particle
accelerator that promises to outdo any
conceivable terrestrial machine. Two ingredients are required. One is a massive black
hole. These are believed to be ubiquitous in
our galaxy, and are the relic building blocks
of the supermassive black hole at the centre
of our galaxy. The second is the existence
of dark matter in the form of weakly interacting elementary particles. Very near
the black hole, these particles accumulate
and collide with each other. In the case of
a spinning black hole, the collisions occur
at huge energy and the debris is able to
escape. Perhaps we may use such systems
one day to study the particle interactions at
strengths that approach the ultimate scale
allowed by theory, the Planck scale.
What makes this form of particle accelerator
so promising? Which difficulties must first
be overcome?
JS - If one could ever detect debris from
particle collisions near the horizon of a
black hole the results could be of profound
importance for our knowledge of the fundamental nature of the universe and its matter
and energy content. For example, one reach
collision energies that are vastly in excess of
anything that the largest conceivable terrestrial particle collider could ever produce. We
could, at least in principle, probe the nature
of the unification of the fundamental interac-
tions of nature. Of course one first has to
find candidate black holes and their surrounding cusps of dark matter. The best
prospect for locating these comes from
gamma ray astronomy or, even better, in
the more distant future from neutrino
astronomy.
How would the study of such particle
interactions further our understanding of
galaxy formation?
JS - Dark matter provides the infrastructure within which galaxies form. If the dark
matter particles occasionally suffer mutual
annihilations, as theory suggests, the energy
released can play a role in ionizing and
heating the primordial gas clouds from
which the galaxies developed. The nature
of the first stars in the universe might be
influenced indirectly by the dark matter.
Detecting the first light in the universe is
one of the primary goals of the new generation of telescopes, such as the 42 metre
European Extremely Large Telescope which
is under design Study. Precisely when these
first stars formed and in what numbers is
influenced by the dark matter, its density
fluctuations, and its interactions.
In addition to your cutting edge research
activities, you have also penned a number
of popular science publications. Do you see
making cosmology accessible to a broader
public as a fundamental part of your work?
JS - It is crucial for scientists to communicate their work to a broader public. I am
especially fortunate in that cosmology has
such a broad appeal. It provides an invariably
popular subject of dinner conversation. It is
important to take advantage of this gate-
way and explain our subject, our goals, and
our passions, in terms that are not just
accessible but are interesting and appealing
to the general reader.
As a Laureate of the Blaise Pascal International Research Chair, you were able to
spend a year at the Institut d’Astrophysique
de Paris in 1996. What attracted you to
Paris, and what aspects of this stay stand
out in particular, both in terms of research
conducted here and the general environment?
JS - The Institut d’Astrophysique de Paris
hosts the greatest concentration in France
of astrophysicists and cosmologists. My
stay, spread over two years, enabled me to
initiate many collaborations which continue
to this day.
Can you give details of these collaborations?
What links exist between the Oxford
Astrophysics department and UPMC
through the IAP?
JS - I developed new research themes and
benefited from interactions with a broad
spectrum of scientists in the greater Paris
area. One successful initiative that came out
of my stay and after my move to Oxford was
to set up a Marie Curie Training Site for Doctoral Training in Particle Astrophysics and
Cosmology, in which my IAP contacts played
an important role in attracting students.
galaxy. Black hole and galaxy spheroid form
coevally, in the early universe. As the black
hole accretes gas and grows in mass it
develops a violent outflow. When the black
hole is sufficiently massive, essentially all
remaining diffuse gas is dispersed, and the
growth phase both of the galaxy and the
black hole terminates. In this way, their
masses are inextricably linked as is suggested
by the observational data.
Another project developed the implications
of the accumulation of dark matter around
the massive black hole in the centre of our
own Milky Way galaxy. This led to predictions
of enhanced fluxes of gamma rays and other
products of the enhanced rate of collisions
and annihilations of dark matter particles
captured near the black hole. Searches for
evidence of this phenomenon continue to
be a theme of particle astrophysics experiments.
What does this honorary degree represent
for you? Is there further scope for scientific
collaboration with UPMC in the future?
JS - I am delighted by this honour. I hope
that it will lead to many further collaborations.
Can you describe the research themes you
began to explore while in Paris?
JS - Two major new initiatives in my research
came out of this period. One was the notion of
the intimate and dynamic relation between
supermassive black holes and their host
27
susan solomon
Professeur à l’université du Colorado
et chercheur à la National Oceanographic
and Atmospheric Administration (NOAA),
États-Unis
Susan Solomon fait partie des
scientifiques mondialement reconnus
dans le domaine des sciences du climat
et de l’atmosphère. D’abord remarquée
pour ses travaux en Antarctique sur la
raréfaction de l’ozone, elle a depuis
codirigé en 2007 les travaux du groupe
intergouvernemental d’experts sur le
climat (GIEC). C’est en grande partie
grâce à son action, que le GIEC a pu
partager le prix Nobel de la Paix
en 2007 avec Al Gore.
En mars 2000, elle a reçu la Médaille
nationale de la science qui est aux
États-Unis la plus haute distinction
scientifique.
Membre associé étranger de l’Académie
française des sciences, elle a obtenu
la grande médaille de l’Académie des
sciences en 2008.
28
Vos recherches sur le trou dans la couche
d’ozone et les CFC sont comptées parmi les
principaux facteurs qui ont conduit au protocole de Montréal et, par conséquent, à la
reconstitution probable de la couche d’ozone.
Depuis, quels sont vos travaux les plus
significatifs selon vous ?
SS - Après avoir démontré l’importance des
CFC et de la chimie de surface des particules
stratosphériques polaires pour la raréfaction
de l’ozone antarctique, j’ai poursuivi en
démontrant que les CFC et la chimie de
surface des particules volcaniques sont
également importants. Il s’avère que ce
dernier fait explique la raréfaction accrue de
l’ozone qui a eu lieu après deux éruptions majeures, El Chichon au début des années 1980
et Pinatubo au début des années 1990. Avec
Dave Thompson, j’ai pu ensuite démontrer que
l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique
affecte le climat de surface de l’Antarctique de
manière inattendue. L’appauvrissement de la
zone stratosphérique est si grave en Antarctique que pendant certaines saisons, il modifie la configuration des vents jusqu’au sol,
avec des effets importants sur le climat. Par
ailleurs, j’ai travaillé récemment pour mieux
comprendre l’irréversibilité des changements
climatiques dus au dioxyde de carbone. Ces
travaux nous ont aidé à clarifier comment les
propriétés spécifiques de ce gaz rendent ses
effets de changement climatique remarquablement durables.
Le changement climatique reste cependant
un plus grand défi que le trou d’ozone. Face
à ce problème alarmant, quels objectifs de
recherche sont les plus pressants dans les
domaines de la climatologie et de la chimie
atmosphérique? Quelles sont vos propres
priorités de recherche actuellement ?
SS - Il est fascinant et important de comprendre comment la gamme de produits
chimiques dans notre atmosphère peut
influencer le climat. Les particules de suie
sont potentiellement un sujet capital, et plus
particulièrement la question de la suie sur
la neige et le rôle qu’elle pourrait jouer dans
la disparition de la couverture neigeuse,
des glaciers et de la banquise. Alors que le
dioxyde de carbone est le principal gaz à effet
de serre, d’autres gaz sont aussi importants.
Je tente de mieux comprendre les effets de
cet éventail de gaz, et la durée de vie réelle
de leurs impacts sur le climat. Je reste fascinée par l’interaction entre la stratosphère
et le climat de surface, et une large partie de
mes travaux vise à mieux comprendre l’importance potentielle de la stratosphère dans
le changement climatique, pas seulement en
Antarctique mais partout ailleurs.
Votre travail de recherche, d’une part, et
votre rôle au sein du GIEC, d’autre part, sont
des fonctions très différentes qui nécessitent
des qualités différentes. Comment arrivezvous à concilier les deux?
SS - En fait, je préconise toujours la science
rigoureuse dans tout ce que je fais. Je pense
que la recherche et les progrès scientifiques
ont une valeur énorme, non seulement pour
la science, mais aussi pour la société, et l’enjeu central du GIEC est de communiquer les
connaissances scientifiques à la société. Les
deux besoins sont totalement complémentaires. Je ne préconise pas une quelconque
position politique sur le changement climatique, mais plutôt la valeur de la science à travers tout. Pour moi, le rôle de la science est
de fournir des informations pour que notre
société puisse prendre des décisions, les plus
éclairées possibles ; mais il tient vraiment à
la société de décider s’il convient de limiter
le changement climatique ou non. La science
fournit des informations et nous espérons
qu’elle contribue de manière utile à ce choix,
mais il n’appartient pas à la science de choisir
puisque des questions de valeurs sont en
cause. Quel niveau de risque est de trop ? Pour
qui ? Ce sont des questions auxquelles chacun
de nous en tant qu’individu ainsi que toutes les
nations devrons répondre, et elles dépendent
de beaucoup plus que de la science uniquement.
Le prix Nobel que vous avez partagé en 2007
en tant que coprésident du premier groupe de
travail du GIEC témoigne également du rôle
extrêmement important que vous et vos collègues jouez dans la définition de questions
qui nous touchent tous. Pour vous, que signifie ce prix Nobel ?
SS - Il importe beaucoup que ce prix soit un
prix de la paix, et non pas un prix de physique
ou de chimie. On a ainsi reconnu que la science
peut contribuer aux efforts du monde pour
trouver la paix. Je crois profondément que la
science peut apporter de la lumière dans un
monde souvent sombre, et ce prix soutient ces
propos. Mais il est important de souligner que
les scientifiques impliqués dans le GIEC ne
partagent pas vraiment un prix Nobel ; c’est
l’organisation qui a reçu le prix. Ainsi, ni moi ni
personne d’autre du GIEC n’est un lauréat du
prix Nobel. Le Prix reconnaît l’importance du
GIEC en tant qu’institution, et non chacun des
individus qui forment ce groupe de réflexion.
Vous vous êtes souvent décrite comme
optimiste en ce qui concerne le changement
climatique. L’êtes-vous toujours après
Copenhague ? Les scientifiques peuventils en faire plus pour avoir un impact sur de
telles réunions politiques, en préparation
pour le Mexique par exemple?
SH - Je suis une optimiste technologique, et
je suis très impressionnée par certains des
progrès qui semblent émerger dans le développement de sources d’énergie renouvelables. Il
est essentiel, si nous voulons éviter un réchauffement futur, d’éliminer mondialement le
carbone de nos méthodes de production
d’énergie ; pour cela rien n’est plus important que de meilleures technologies. Elles
l’emportent véritablement sur la politique, à
mon avis : tous les engagements de l’univers
ne signifient pas grand chose s’il n’existe pas
de technologies qui aident les personnes à
émettre concrètement moins de carbone,
s’ils le souhaitent. Un leadership international
éclairé cherche des moyens pour faire avancer
le monde, pas seulement à travers des traités
mais aussi à travers l’éducation, la recherche
et la promotion des développements technologiques ; et je vois vraiment beaucoup de
progrès dans tous ces domaines en ce qui
concerne le changement climatique.
Quant à la politique, comme je l’ai dit précédemment, je ne crois pas que ce soit le travail
des scientifiques d’inciter à l’action politique.
Notre travail, c’est seulement de dire ce que
nous savons et comment nous le savons, de
l’expliquer aussi clairement que nous le pouvons et d’éviter les plaidoieries politiques.
Lors de votre première expédition en
Antarctique vous étiez la seule femme parmi
plusieurs hommes. Pensez-vous que la
situation des femmes scientifiques ait évolué
au cours des 25 dernières années ? Les mesures proactives menées auprès des jeunes
femmes pour la promotion de la formation et
des carrières scientifiques sont-elles encore
nécessaires ?
SS - Pour l’expédition en 1986, j’étais la seule
femme avec une équipe de 15 hommes. Il est
assez rare de voir cela aujourd’hui. Donc oui,
la situation des femmes scientifiques (et les
hommes aussi !) a beaucoup évolué au cours
de ces 25 dernières années. Mais nous ne
pouvons pas nous permettre de relâcher notre
vigilance. Il existe toujours des préjugés contre
les femmes dans la science, plus encore dans
certains domaines et certains pays que dans
d’autres, et la promotion de la formation et
des carrières scientifiques pour les jeunes
femmes restera un point important pendant
encore un certain nombre d’années.
Parlez-moi de votre collaboration avec Hervé
Le Treut. Vous êtes tous deux membres de
l’Académie des sciences. Avez-vous aussi
des liens avec l’Institut Pierre-Simon Laplace
qu’il dirige ?
SS - J’apprécie beaucoup le travail du professeur Le Treut et de ses collègues de l’institut.
J’ai eu l’honneur de travailler au GIEC avec
certains membres de cet excellent groupe de
chercheurs.
Comment percevez-vous la position
de l’UPMC dans le paysage international
de l’enseignement supérieur et de la
recherche ?
SS - Il est clair que l’UPMC est une institution remarquable. Avec un nom pareil et
une telle histoire, elle doit rester à la hauteur
et construire un futur aussi brillant que son
passé ; je suis persuadée qu’elle continuera à
y arriver.
Que représente pour vous cette distinction ?
SS - J’accepte très humblement ce doctorat
honoris causa. Il a beaucoup d’importance
pour moi, d’autant plus que j’ai vécu en France
pendant un an quand j’étais jeune et que
j’éprouverai toujours une très grande affection
envers ce pays.
29
Susan Solomon
Professor at the University
of Colorado and scientist at the
National Oceanic and Atmospheric
Administration (NOAA), United States
Susan Solomon is an internationally
recognized scientist in the fields
of climatology and atmospheric
chemistry. First noted for her work
in Antarctica on ozone depletion, she
has since co-directed the work of the
Intergovernmental Panel on Climate
Change (IPCC) in 2007. Thanks in
large part to her efforts the panel
shared the 2007 Nobel Peace Prize
with Al Gore. In March 2000, she received the National Medal of Science,
the highest scientific distinction in the
US. Associated International Member
of the French Academy of Sciences,
she obtained the great Medal of the
Academy of Sciences in 2008.
30
Your research on the ozone hole and CFCs
was one of the major forces which lead to
the Montreal protocol and consequently to
the probable reconstitution of the ozone
layer. Since then, which of you research
achievements do you feel have been most
significant?
SS - After showing the importance of CFCs
and surface chemistry on polar stratospheric particles for Antarctic ozone
depletion, I went on to show that CFCs and
surface chemistry on volcanic particles are
also important. This turned out to explain
enhanced ozone depletion that occurred
after two major eruptions, El Chichon in the
early 1980s and Pinatubo in the early 1990s.
With Dave Thompson, I was later able to
show that stratospheric ozone depletion is
affecting the surface climate of Antarctica
in unexpected ways, which has been very
interesting. Stratospheric zone depletion is
so severe in Antarctica that it changes the
wind pattern all the way down to the ground
in certain seasons, with big effects on the
climate. I have also done recent work on
understanding the irreversibility of climate
changes due to carbon dioxide that has
proven to be quite important in clarifying
how that gas has special properties that
make its climate change effects remarkably
long-lived.
Climate change presents a greater challenge
than the ozone hole. In the face of this alarming
issue, which research goals are the most
pressing in the fields of climatology and atmospheric chemistry? What are your own current
research priorities?
SS - Understanding how the suite of chemicals in our atmosphere can influence
climate is fascinating and important. Soot
particles are a topic that is potentially
very significant, especially the question of
soot on snow and what role that may play
in the retreat of snow cover, glaciers, and
sea ice. While carbon dioxide is the main
greenhouse gas, others are important too,
and I am working to better understand the
effects of the range of gases and how longlived their impacts on climate really are. I
remain fascinated by the interplay between
the stratosphere and surface climate, and a
lot of my work is directed at understanding
better how important the stratosphere may
be for climate change, not just in Antarctica
but also elsewhere.
Your research work, on the one hand, and
your role in the IPCC on the other, are very
different functions requiring different
qualities. How do you reconcile the two?
SS - Actually I am always an advocate for
rigorous science in everything I do. And I
think research and scientific progress have
tremendous value not only to science but
also to society, and communicating science
knowledge to society is what the IPCC is all
about – the two needs are totally complementary. I don’t advocate for any particular
political view on climate change, but rather
for the value of science throughout. I feel
that the role of science is to provide information to people so that our society can
make the best-informed decisions – but it
really is up to society whether to limit climate change or not. Science provides information and hopefully it is a useful input
to that choice, but it’s not up to science to
choose because issues of values are
involved. How much risk is too much?
30
For whom? Those are questions each of
us as individuals and all nations have to
answer, and they depend upon much more
than science.
The 2007 Nobel Prize that you shared as
co-chair of the IPCC’s Working Group One
also testifies to the immensely significant
role that you and your fellow earth scientists and atmospheric chemists play in
shaping the political and societal view of
issues which affect us all. What does this
Nobel Prize mean to you?
SS - It’s significant that the Prize was a
peace prize, not a prize in physics or
chemistry. What that shows is the recognition that science can help in the world’s
efforts to find peace. I do believe that
science can provide light in a world that can
often be dark, and this prize is recognition
of that. But it’s important to emphasize that
the scientists involved in the IPCC didn’t
really share a Nobel prize; it was the
organization that received the prize – so
neither I nor anybody else involved is
a Nobel prizewinner. The Prize recognized
the importance of the IPCC as an institution,
not the individuals.
You have often described yourself as
optimistic regarding climate change. Do
you remain so post-Copenhagen? Is there
more that scientists can do to impact on
such political meetings, in preparation for
Mexico for instance?
SS - I am a technological optimist, and I’m
tremendously impressed by some of the
advances we seem to be seeing in the
development of renewable energy sources.
Decarbonizing the way we get energy world
wide is essential if we wish to avoid future
warming and for that, nothing is more
important than better technologies. It really
outweighs the politics in my view – all the
pledges in the universe don’t mean much
if there are not technologies that help real
people to emit less carbon if they want to.
Wise international leadership looks for ways
to help the world advance, not just through
treaties but also through education,
research, and fostering technology development, and I really see a lot of progress
happening in all those areas in climate
change.
Regarding the politics – as I said earlier, I
don’t feel it’s the job of scientists to push
for political action. It’s our job only to state
what we know, and how we know it, and
explain it as clearly as we can. And avoid
advocating for politics.
During your first Antarctica expedition
you were the only woman among several
men. Do you feel that the situation for
women scientists has evolved over the last
25 years? Are proactive measures for the
promotion of scientific education and
careers for girls and young women still
necessary?
SS - I was the only woman with a team of
15 men on the expedition in 1986. It’s pretty
rare to see that now. So yes, the situation for
women scientists (and men too!) has evolved
a lot in the last 25 years. But I think we can’t
afford to become complacent. There is still
prejudice against women in science, more
so in some fields and some countries than
others, and promotion of scientific education and careers for girls and young so
in some fields and some countries than
others, and promotion of scientific
education and careers for girls and young
women will still be important for some time
to come.
Tell me about your collaboration with
Hervé le Treut. You are both members of
the French Académie des Sciences. Do you
also have links with the Pierre-Simon
Laplace Institute that he directs?
SS - I certainly value Professor le Treut’s work
and his colleagues at the institute. I had the
honor of working with several of them on the
IPCC, and that has been my primary contact
with this outstanding group of scientists.
How do you view UPMC’s position in the
higher education landscape, both at the
European and international levels?
SS - Clearly UPMC is a remarkable institution.
With such a name and such a history, it has a
lot to live up to in keeping its future as great as
its past, but I am confident it will keep doing
that.
What does this honorary degree represent
for you?
SS - I’m certainly very humbled by this
honorary degree. It means a great deal to
me, not least because I have lived in France
for a year when I was young and always will
have tremendous affection for France.
31
Mario Tokoro
Président-directeur général de Sony
Computer Science Laboratories, Inc.
(Sony CSL) Tokyo, Japon
Informaticien, spécialiste des systèmes
répartis, il a été professeur à l’université
Keio, à Tokyo, jusqu’en 1997, puis
vice-président de Sony jusqu’en 2008.
Il a fondé Sony CSL en 1988,
pour en faire un laboratoire d’excellence
au niveau mondial, qui met en acte sa
vision du développement scientifique,
avec une branche à Paris en 1996.
Son dernier livre Open Systems Science
from Understanding Principles to Solving
Problems (2010) traduit l’évolution de
ses centres d’intérêt.
Il a reçu le Contribution Award de la
Japan Society for Software Science and
Technology (2004). En 2005, l’ambassadeur de France à Tokyo lui a remis les
insignes d’officier dans l’ordre national
du Mérite.
32
Par le passé, vos recherches ont contribué
de manière considérable à la programmation
concurrente orientée objet et la programmation/simulation à base d’agents, aux réseaux
informatiques et à l’Internet. Actuellement,
sur quoi se concentrent vos activités de
recherche ?
MT - Le sujet de recherche auquel je consacre
la plupart de ma passion et de mon temps
actuellement, c’est la nouvelle méthodologie que j’appelle Open Systems Science (la
science à systèmes ouverts). Les sciences ont
avancé par la méthodologie que l’on appelle le
réductionnisme, qui définit d’abord le domaine
d’un problème, réduit ensuite le problème de
façon à exposer sa vraie nature, et découvre
enfin les principes de base du domaine.
Lorsque le domaine d’un problème est trop
lourd pour qu’il soit facilement réduit, il est
divisé en sous-problèmes de sous-domaines
qui sont soumis au même processus de
réduction afin de découvrir leurs principes de
base. Le problème initial est résolu en combinant les résultats des sous-problèmes. Cette
méthodologie a énormément contribué aux
progrès scientifiques et à l’évolution technologique jusqu’à la fin du xxe siècle.
Toutefois, il existe encore de nombreux
problèmes qui attendent d’être résolus. Ces
problèmes se caractérisent comme étant
énormes, complexes et en constante évolution, de sorte qu’il n’est pas facile à décomposer un problème en sous-problèmes simples.
Un exemple typique est le problème de la
durabilité de la Terre, qui implique l’énergie,
le climat, la population, l’alimentation, la
biodiversité, les écarts, la sécurité, etc. Nous
avons appris que des solutions indépendantes
des sous-domaines ne peuvent résoudre le
problème entier. Un autre exemple est le
problème de la vie et la santé. Des maladies
qu’on aurait cru avoir déjà pu régler, comme
le cancer, les troubles métaboliques, et l’immunodéficience, sont très étroitement liées au
système de vie, qui ne peut pas être facilement
décomposé et recomposé. Un autre exemple
est la sécurité et la fiabilité des gigantesques
infrastructures d’information en réseau. Ces
infrastructures sont censées fournir des services en permanence et, si un incident se produit, doivent être restaurées rapidement avant
d’avoir un effet majeur sur la vie quotidienne
des gens.
Il n’est pas facile de définir le domaine de ces
problèmes et l’hypothèse du système fermé
n’y tient pas. Par conséquent, l’approche réductionniste ne peut pas être appliquée : ce
sont des problèmes à systèmes ouverts. Bien
que nous ne puissions pas résoudre ces problèmes en utilisant la méthode réductionniste,
leur résolution est vitale. J’estime que pour
traiter des problèmes à systèmes ouverts
nous avons besoin d’une méthodologie entièrement nouvelle.
Une des difficultés pour traiter des problèmes
à systèmes ouverts, c’est qu’il est impossible
de prendre le point de vue d’un observateur
externe. Autrement dit, nous ne pouvons pas
arrêter un système pour observer son
comportement. En outre, nous n’avons qu’une
vue partielle des divers problèmes de tout le
système, nous ne savons donc pas quel
objectif il faut optimiser et contrôler. Dévoiler
davantage le système nous permet de mieux
comprendre ce qu’il faut optimiser et contrôler.
Par conséquent, nous devons envisager un
système dans son axe temporel et faire un
effort continu pour gérer le système pour que
la situation s’améliore.
En tant que président des Laboratoires
Sony Computer pensez-vous qu’il y ait
une collaboration suffisante entre les
établissements de recherche privés et
publics ? Comment ces échanges pourraient-ils
être renforcés ?
MT - Il existe différentes étapes de recherche : la
recherche fondamentale de première phase, la
recherche fondamentale ciblée, la recherche
appliquée, le développement et la valorisation, et la fabrication. La recherche publique
est plus performante pendant les premières étapes, l’industrie pendant les étapes
ultérieures. J’ai observé qu’il existe de nombreuses collaborations fructueuses dans les
premiers stades de la recherche, mais moins
dans les étapes ultérieures. Cette tendance
est induite par le régime uniforme de collaboration, quel que soit le stade de recherche. Les
programmes de collaboration devraient être
différenciés selon les étapes de recherche.
L’importance majeure dans les collaborations
publiques-privées est de comprendre la force
de chacun des participants.
Comment votre collaboration avec le LIP6
(Laboratoire d’Informatique de Paris 6)
a-t-elle commencé ?
MT - De concert avec mes recherches sur la
programmation concurrente orientée objet et
les systèmes multi-agents, mes activités
et réalisations ont été reconnues par
les communautés concernées en Europe et j’ai
commencé à communiquer avec elles de
plus près. Parmi celles-ci, la communauté
française était l’une des plus pointues, et
j’ai collaboré à divers titres avec des
chercheurs français, notamment ceux de
l’UPMC, dirigés par Jean-Pierre Briot et
Jean-François Perrot.
Par exemple, j’ai participé de manière contiguë à l’ECOOP (European Conference on
Object-Oriented Programming) depuis 1987,
et j’ai contribué à la création de l’Association internationale pour les technologies objets
en 1992, qui est devenu l’organisme de financement de l’ECOOP. J’ai également contribué à
la création de l’International Foundation on
Multi-Agent Systems (IFMAS).
Sur l’invitation de Jean-François Perrot et
Jean-Pierre Briot, j’ai été professeur invité
à l’UPMC d’août à septembre 1992 et j’ai
donné une série de conférences sur les
technologies objet. En 1996, la création de
l’agence parisienne des Laboratoires Sony
Computer m’a permis d’encourager la
collaboration entre l’UPMC, les SCL et les
communautés de recherche au Japon.
En 2005, j’ai été nommé officier de l’ordre
national du Mérite de la République française pour ma contribution à la recherche
en informatique et à la promotion de la
collaboration entre la France et le Japon.
en R & D se développent entre l’UPMC et
l’industrie japonaise. Je serai très heureux
de soutenir de telles activités et je suis très
honoré de recevoir ce doctorat honoris causa
de l’UPMC.
En tant que chercheur japonais du plus
haut niveau, que représente pour vous
l’UPMC dans le paysage international de
l’enseignement supérieur ?
MT - Je reconnais que l’UPMC est vraiment
une des premières universités de recherche
en Europe et dans le monde. J’espère donc
vivement que davantage d’étudiants
japonais puissent étudier à l’UPMC, que
plus d’échanges de recherche entre l’UPMC
et les universités japonaises prennent
forme, et que davantage de collaborations
33
mario Tokoro
President and CEO, Sony Computer
Science Laboratories, Inc.
A computer scientist specialized in
distributed systems, Tokoro has been
teaching at Keio University in Tokyo
until 1997 and has been Senior Vice
President of Sony Corp. until 2008.
He founded Sony CSL in 1988 and
turned it into a top class research
institution which puts into action his
vision of scientific development, with
a branch in Paris created in 1996.
His latest book Open Systems Science
- From Understanding Principles to
Solving Problems (2010) translates
the evolution of his centre of interests. He received the Contribution
Award from the Japan Society for
Software Science and Technology in
2004, and the insignia of Officer in
the National Order of Merit from the
French ambassador to Tokyo in 2005.
34
Your past research has resulted in major
contributions to Object-Oriented Concurrent
Programming and Agent-Based Programming/Simulations, computer networks and
the internet. What are your current
research priorities?
MT - The research topic to which I am
devoting most of my passion and time is the
new scientific methodology that I call Open
Systems Science. Science has advanced by
the methodology called reductionism that
first defines the domain of a problem, then
reduces the problem in a way that exposes
its true nature, and finally discovers the
underlying principles of the domain. When
the domain of a problem is too unwieldy to
reduce the problem simply, it is divided into
subproblems of subdomains that are subjected to the same process of reduction to
discover their basic principles. The original
problem is solved by combining the results
of subproblems. This methodology contributed enormously to scientific advances and
technological developments up until the end
of the 20th Century.
However, there are still many problems
waiting to be solved. These problems are
characterized as huge, complex and everchanging, so that it is not easy to decompose a problem into simple subproblems.
A typical example is the earth sustainability problem that involves energy, climate,
population, food, biodiversity, differentials,
safety assurance, etc. We have learned that
independent solutions for subdomains cannot give the solution for the whole problem.
Another example is life and health problem.
Diseases that we had expected to have settled
by now, such as cancer, metabolic disorder,
and immunodeficiency are very closely interrelated to the system of life, which cannot
be easily decomposed and recomposed. Yet
another example is the safety and dependability of gigantic networked information
infrastructures. These infrastructures are
expected to provide services continuously
and, if an incident occurs, must be restored
promptly before having any vital effects on
peoples’ everyday lives.
It is not easy to define the domain of these
problems and the so-called closed system
assumption cannot hold. Therefore, the
reductionist approach cannot be applied.
Hence, these problems are open systems
problems. Though we may not be able to
solve these problems using the reductionist
method, their resolution is vital. I believe
that to approach open systems problems we
need a whole new methodology.
One of the difficulties in approaching open
systems problems is that we cannot take an
external observer’s viewpoint. That is, we
cannot stop a system to observe its behaviors. In addition, we only have a partial view
of the problems of the whole system, so we
don’t know which target to optimize and
control. As we reveal the system further, we
can better understand what to optimize and
control. Therefore, we need to envisage a
system with its time axis and make a continuous effort to manage the system so that
the situation improves.
As President of the Sony Computer
Science Laboratories, do you think there
is sufficient collaboration between private and public research establishments?
Should exchanges be strengthened
between the two and, if so, how could this
be done?
MT - There are different stages of research:
fundamental research at search phase,
targeted fundamental research, applied
research, development, and productization/manufacturing. Academia is stronger
in the earlier stages, and industry is
stronger in the later stages. I have observed that there is much successful
collaboration in the earlier stages of
research, but fewer in the later stages.
This trend is caused by the uniform
scheme of collaboration, regardless of
the stage of research. Collaboration
schemes should be differentiated
according to the different stages of research. Understanding the strength of
collaborato rs i s m o st i m p o r ta n t i n
public-private collaborations.
How did your collaboration with JeanPierre Briot and the LIP6 (Laboratoire
d’informatique de Paris 6) arise? What
are your common research interests and
goals?
MT - In conjunction with my research on
Concurrent Object Oriented Programming
and Multi-Agent Systems, my activities and
achievements were highly recognized by the
related communities in Europe and I began
to communicate with them more closely. For
example, I have participated conti guously
in ECOOP (European Conference on ObjectOriented Programming) since 1987and was
involved in founding the International
Association for Objets Technologies
in 1992, which became the funding organization of ECOOP. I also contributed to the
establishment of the International Foundation on Multi-Agent Systems (IFMAS). The
French community was one of the strongest,
and I have collaborated in various ways with
French researchers, especially those of Université Pierre et Marie Curie (Paris VI) lead
by Jean-Pierre Briot and Jean-Francois
Perrot. Upon their invitation, I was Visiting
Professor at the Université Pierre et Marrie Curie from August to September 1992
and gave a series of lectures on Object
Technologies. Then I established a branch
laboratory of Sony Computer Science
Laboratories in Paris in 1996, through which
I promoted collaboration between UPMC,
Sony Computer Science Laboratories and
Japanese research communities. In 2005,
I was named Officier de L’Ordre National du
Merite by the French Republic for my contribution to research in Computer Science and
to the promotion of collaboration between
France and Japan.
academic exchanges between UPMC and
Japanese universities arise, and more R&D
collaborations between UPMC and Japanese
industry develop. I am pleased and willing to
support such activities, and I am much
honored to receive a doctorate honoris causa
from UPMC.
As a highly distinguished Japanese
research scientist, how do you view UPMC’s
position in the higher education landscape,
both at the European and international
levels?
MT - I acknowledge that UPMC is truly one of
the premier research universities in the EU
and worldwide. Therefore, I strongly hope that
more Japanese students enter UPMC, more
35
36
www.upmc.fr