Les chemins de la liberté autour de Civray

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Les chemins de la liberté autour de Civray
Des membres du maquis D2 - Bayard (Fin août 1944)
INTRODUCTION
SOMMAIRE
Introduction .................................................................................. p. 3
La ligne de démarcation ................................................................ p. 4
La constitution de la Résistance dans le Civraisien ........................ p. 5
Organigramme des maquis du Civraisien ...................................... p. 8
Chronologie des engagements et représailles .............................. p. 9
Les chemins de la Liberté autour de Civray (carte) ....................... p. 10
Etape 1 - Civray ............................................................................. p. 12
Etape 2 - Saint-Saviol ..................................................................... p. 13
2
Etape 3 - Sauzé-Vaussais ............................................................... p. 14
Etape 4 - Chaunay ......................................................................... p. 15
Etape 5 - Romagne / Etape 6 - Champagné-Saint-Hilaire .............. p. 16
Etape 7 - Saint-Maurice-La-Clouère .............................................. p. 17
Etape 8 - Joussé / Etape 9 - Mauprévoir ....................................... p. 18
Etape 10 - Le Vigeant .................................................................... p. 19
Etape 11 - Pleuville ........................................................................ p. 20
Etape 12 - Charroux ....................................................................... p. 22
Remerciements ............................................................................. p. 23
Conception graphique : Mission interdépartementale Mémoire
et Communication Poitou-Charentes - ONAC
Crédits photos : l’Amicale de la Résistance de Civray pour les pages de couverture, 12, 14, 19, 20, 23,
Roger Picard, La Vienne dans la guerre 1939-1945 pour les pages 19 et 21
Christian Genet, La libération des deux Charentes - Soldats en sabots pour la page 21
Impression : RBS 86 - Dépôt légal ISBN : 978-2-11-129874-3 - octobre 2012
Le 3 septembre 1939, la France
déclare la guerre à l’Allemagne qui
vient d’envahir la Pologne.
La région se vide de ses hommes
mobilisables qui rejoignent leurs
unités sur le front de l’est et du
nord ou dans les cantonnements de
l’intérieur. En revanche, les Civraisiens
doivent accueillir les réfugiés lorrains,
notamment les habitants de
Merlebach (Moselle) qui arrivent par
trains entiers, avec quelques bagages,
à la gare de Civray.
L’offensive allemande débute le 10
mai 1940. Sans déclaration de guerre,
les troupes allemandes pénètrent
aux Pays-Bas et en Belgique.
Le 13 mai, Hitler déclenche
l’opération
décisive
sur
la
zone de Sedan. Les Alliés sont
rapidement débordés et les lignes
de défense françaises se disloquent
une à une. Entrés à Paris le 14 juin
1940, les Allemands progressent
rapidement vers le sud.
Le 17 juin, le maréchal Pétain,
nommé président du Conseil, appelle
à cesser le combat. Le 18 juin, depuis
Londres, le général de Gaulle demande
aux Français de continuer la lutte.
Le 19 juin, la région poitevine est
bombardée par les Allemands. On
dénombre 131 victimes.
Le 22 juin, l’armistice est signé.
L’armée française est vaincue. Elle
vient de subir le plus grand désastre
de son histoire : près de 100 000
soldats tués, 200 000 blessés et
1 850 000 prisonniers.
Les Allemands atteignent Poitiers
le 23. Le 24, le maire de Civray déclare
sa ville « ville ouverte » afin d’éviter
des destructions et des représailles.
Les unités allemandes y pénètrent
le jour même sans rencontrer
pratiquement de résistance, les
troupes
françaises
ayant
été
éloignées. Aussitôt, les nouveaux
occupants vont s’installer dans des
bâtiments réquisitionnés et sur les
points stratégiques : les accès routiers
et la gare dans laquelle est stationné
un détachement qui assure la
permanence d’observation sur le toit
du silo voisin.
Ainsi débute cette occupation
allemande qui durera plus de quatre
ans avec en toile de fond depuis le
25 juin 1940, un département coupé
en deux par la ligne de démarcation,
véritable frontière imposée par les
Allemands, gardée à l’ouest par la
Wehrmacht puis par des douaniers
et par trois compagnies d’armistice à
l’est.
3
La constitution de la Résistance dans le Civraisien
La ligne de démarcation
Depuis l’armistice, une ligne de
démarcation coupe la région en deux,
l’Allemagne conservant la zone allant
de la côte atlantique jusqu’à 20
kilomètres à l’est de la ligne de chemin
de fer Paris-Bordeaux-Espagne.
4
L’ensemble des voies de
communication est coupé et le
franchissement de la ligne n’est
possible, avec un laissez-passer, en
Vienne sud, qu’à certains points de
passage situés :
> Sur la D 29 entre Saint-Secondin et
Bouresse ;
> Sur la D 102 entre Saint-Secondin et
Usson-du-Poitou ;
> Sur la D 741 entre Saint-Secondin et
Usson-du-Poitou ;
> Sur la D 25, à Bellevue, entre Ussondu-Poitou et Château-Garnier ;
> Sur la D 727, à « Les Essarts », entre
Usson-du-Poitou et Joussé ;
> Aux passages (2 fois) de la voie ferrée
reliant Saint-Saviol à L’Isle-Jourdain ;
> Sur la D 100, à « Chez Villatte »,
entre Mauprévoir et Payroux ;
> Sur la RD 948 (anciennement
la RN 148), à « La Petite Motte »,
entre Pressac et Charroux ;
> Sur la D 35 à Chatain.
Des passages clandestins se
font en dehors de ces points, grâce
au dévouement et au courage de
certains riverains, mais les arrestations
sont nombreuses et certains sont
emprisonnés ou déportés tels André
Ravarit à Pressac ou l’abbé Guillon à
Chatain.
La ligne de démarcation n’est plus
justifiée après l’entrée des Allemands
en zone libre le 11 novembre 1942.
Son ouverture n’est effective que le
1er mars 1943 et sa suppression est
définitive le 27 juin 1944.
Petit à petit, les Civraisiens
découvrent les conséquences de
la défaite des armées. L’idée d’une
résistance dans la région commence à
se développer.
Le rôle de résistant consiste tout
d’abord à :
> soustraire de la convoitise du
vainqueur les armes, les objets de
valeur, le ravitaillement ;
> faciliter l’évasion et le passage de
la ligne de démarcation pour tous
ceux qui fuient l’occupant et la police
allemande : prisonniers de guerre
évadés, ressortissants juifs,
étrangers, aviateurs alliés tombés
sur le territoire français.
Une première organisation de
résistance naît en 1941 et 1942
avec des Civraisiens ralliés au réseau
« Renard » de Poitiers.
A la suite de la découverte de
documents compromettants par les
autorités françaises qui transmettent
le dossier aux Allemands, le groupe
est démantelé en septembre 1942
et les Civraisiens Pierre Pestureau,
Norbert Portejoie, Maurice Grillas
sont arrêtés et déportés. Le premier
nommé ne reviendra pas, exécuté le
3 décembre 1943 à Wolfenbüttel avec
neuf de ses camarades dont Louis
Renard. Deux d’entre eux échappent
cependant à l’arrestation, Jean Multon
et Edmond Bernard qui, en compagnie
de deux dirigeants poitevins, Gaston
Chapron et Noël Sorin passent en
zone libre. Ils rejoignent le groupe «
Combat » à Marseille. Edmond Bernard
militera dans ce mouvement mais la
crainte d’une arrestation l’oblige, à la
fin de la guerre, à se replier dans la
Vienne où il participe activement aux
combats de 1944.
Multon, arrêté par les Allemands
en avril 1943, est « retourné » par
eux. Sa trahison coûte beaucoup à
l’armée de l’ombre. Il est, en effet,
à l’origine de l’arrestation de très
nombreux résistans parmi lesquels
Bertie Albrecht, René Hardy et le
général Delestraint. Il est exécuté
le 11 septembre 1946 au fort de
Montrouge.
Un deuxième groupe est constitué
en mars 1943 sous l’impulsion
du capitaine Musso de Poitiers
(Organisation Civile et Militaire).
Le Civraisien Georges Bonneau est
contacté pour constituer une équipe
dans le secteur. Rapidement, il recrute
six autres patriotes volontaires pour
cet engagement. Ce nouveau groupe
reçoit un premier parachutage
d’Angleterre composé de huit
containers d’armes, d’explosifs et
de munitions, qu’il cache dans les
5
6
bois puis dans la scierie de Georges
Bonneau et enfin dans la ferme de
Marcel Provost à Saint-Gaudent.
En août 1943, le capitaine Musso
est arrêté et les membres de son
groupe subissent le même sort, dont
les Civraisiens Georges Bonneau,
René Baillargeon et Marcel Provost.
Victimes des mauvais traitements,
René Baillargeon périt à la prison de
la Pierre Levée à Poitiers et Marcel
Provost en camp de concentration.
Les autres membres du groupe
réussissent à s’enfuir et à se cacher
mais leurs épouses, mesdames
Bourdet, Bourdin, Dupré, Savignat
et Suire ainsi que le fils Bourdin,
âgé de vingt ans, sont arrêtés et
emprisonnés.
La résistance locale n’est cependant
pas anéantie après ces arrestations.
Un nouveau groupe de Civraisiens,
animé par Georges Gaucher, se
charge de récupérer et de dissimuler
les containers d’armes et de matériel
d’un deuxième parachutage. Avec
Roger Bonnet, officier de réserve
du génie, qui accepte de prendre la
direction du groupe, ils organisent le
futur maquis de Civray.
D’autres groupes sont également
constitués dans la région et leur
action est particulièrement efficace
dans ce secteur traversé par la ligne
de chemin de fer Paris-BordeauxEspagne, la route nationale 10 Paris-
Bordeaux et la route nationale 148
(aujourd’hui RD 948) reliant la côte
atlantique (par Niort) au centre de la
France.
Cette région du Poitou-Charentes
est, de par sa situation géographique,
un passage obligé des troupes
d’occupation devant se déplacer sur
l’ensemble du territoire occupé.
L’ennemi a donc l’impérieuse
nécessité de maintenir constamment
en bon état d’utilisation les
voies de communication routières
et ferroviaires. Par ailleurs, la
configuration du terrain (bois et
brandes) se prête favorablement à
des actions de guérilla et de
regroupement de leurs auteurs dans
la discrétion.
Aussitôt le débarquement allié
en Normandie, le 6 juin 1944, les
volontaires rejoignent les maquis qui
attendent les ordres de l’état-major
pour lancer leurs actions.
Ceux-ci arrivent de Londres le 10
juin au matin. Les armes récupérées
et un nouveau parachutage
permettent d’équiper immédiatement
tous les hommes engagés et de
constituer les maquis de l’Armée
Secrète (A.S.). (cf. organigramme p.8).
De nombreuses actions sont aussi
réalisées par d’autres groupes de
la zone Vienne sud ou des environs
(cf. organigramme p.8).
A partir de la fin juin 1944, les
actions de ces maquis sont quasi
permanentes : sabotages de voie
ferrée et autres installations
techniques, embuscades et attaques
des convois sur les routes. De par
ces actions, les transports par voies
ferrées, indispensables pendant
cette période à cause du manque
de véhicules et de carburant,
deviennent presque impossibles au
cours de la deuxième quinzaine du
mois d’août.
Les troupes sont obligées de
débarquer sur les lieux des sabotages
ou dans les gares de Ruffec, SaintSaviol et Couhé, d’où elles essaient
de continuer par la route leur
remontée mais les attaques et les
embuscades ralentissent fortement
leur progression. Elles subissent, en
outre, des pertes importantes en
matériel et en hommes (tués, blessés
et prisonniers).
7
Un groupe du maquis D2 Bayard
(Collection Yvon Pautrot)
D1 - Henri
70 volontaires* dans
les bois « des
Maisonnettes » à
Lizant et ensuite
dans les bois de
« Maumulon » à
Charroux.
30 volontaires*
dans les bois de
« Chez Moutaud »
à Charroux
dans les bois des
«Chevreaux» à
Joussé
18 hommes de
Bayard et
20 venant de
Pleuville
Responsable :
Edmond Bernard
issu de Bayard, créé
le 7 juillet 1944
Joussé
D3 - Renard
* Effectif début juin 1944
Pleuville
80 volontaires à
la ferme
des « Ecures »
après de nombreuses
actions de résistance
depuis 1941, sera
officiellement formé
fin juillet 1944
D4 - RAF
La coordination entre les maquis est assurée par le Civraisien Marcel Bourdet
(commandant « Marcel »)
Responsables :
Roger Bonnet et
Georges Gaucher
Civray
D2 - Bayard
de la Vienne Sud
(Blondel) Responsable du groupement D
Commandant A.S. « Michel »
(Chêne) à Luchapt
Etat-major du colonel « Bernard »
Responsables :
Albert Suire
puis Henri Billet
Charroux
8
Adriers
C (Joël) avec de Crisenoy à
avec Tabourdeau à
Sauzé-Vaussais
(Deux-Sèvres) rattaché
ultérieurement à
Vienne-sud (F.T.P. Noël)
F.T.P. Noël – Le Docteur
K (Fernand) avec
Jousseaume à Melle
(Deux-Sèvres)
à Le Dorat (Haute-Vienne)
A (Marcel) avec Jalladeau
Availles-Limouzine
G (Maurice) avec Thiault à
I (Charles Pélignat) avec
Ponsonnet et Chargelègue
à Champagné-Saint-Hilaire
Antoine fils à
Usson-du-Poitou
F (Antoine Arlot) avec
D'autres maquis
civraisiens
ORGANIGRAMME DES MAQUIS DU CIVRAISIEN
Chronologie des engagements et représailles
1944
Etape 8 – Joussé
le 17 juillet
le 3 août
Etapes 11 et 12 – Pleuville et Charroux
Etape 10 – Le Vigeant
le 4 août
les 12 et 13 août
Etape 6 - Champagné-Saint-Hilaire
Etape 3 – Sauzé-Vaussais
les 20 et 21 août
les 24 et 25 août
Etapes 4 ; 5 ; 7 – Chaunay, Romagne, Saint-Maurice-la-Clouère
du mois de juin au 26 août
Etape 2 – Saint-Saviol
les 26 et 28 août
Etape 1 – Civray
9
Les chemins de la liberté autour de Civray
ma
rca
tio
dé
RN
10
n
7
Saint-Maurice-la-Clouère
de
Champagné Saint-Hilaire
lig
ne
DEUX-SÈVRES
La
6
VIENNE
Charles
5
LÉGENDE
Antoine
Romagne
Usson-du-Poitou
Joussé
10
Fernand
4
D3
Joël
8
Le Vigeant
10
Lieux d'implantation
des maquis
Principaux axes routiers
Civray
3
Maquis
Villes étapes du circuit
Ligne de chemin de fer
Paris - Bordeaux - Irun
Chaunay
SauzéVaussais
1
2
1
Saint-Saviol
FTP
Noël-Le Docteur
D1
12
La ligne de démarcation
9
Mauprévoir
Charroux
Availles-Limouzine
Maurice
D2
Pleuville
11
D4
RD
8(
94
RN
8)
14
CHARENTE
3 km
11
Etape 1 - Civray
Deux combats importants ont
marqué la fin de l’occupation et la
libération de Civray.
12
Le 26 août, une colonne allemande
venant de Ruffec par la RD 1 est
attaquée par les maquis D2-Bayard
et Jalladeau au carrefour de
Combeauseize à l’entrée de Civray.
Surpris, le convoi est stoppé net. Après
un mouvement d’encerclement,
la résistance s’empare (ou détruit)
un important matériel militaire :
un camion tout terrain avec
une mitrailleuse lourde, deux
tracteurs tirant des remorques
de munitions, deux canons, deux
camions citernes d’essence ….
Attaque de Combeauseize
L’engagement n’a causé aucune
perte du côté des maquisards mais
14 morts, 4 blessés et 4 prisonniers
du côté ennemi.
Le même jour, une partie du
maquis Bayard, en position dans le
virage des « Bourbes », sur la RD 948
(anciennement la RN 148), intercepte
plusieurs véhicules débarqués à la
gare de Saint-Saviol après un
mitraillage par l’aviation. Les
occupants sont tués ou faits
prisonniers dont le major S.S.
commandant le détachement. Un
maquisard est tué au cours de
l’embuscade.
Le 28 août, un important convoi
allemand, débarqué à la gare de
Ruffec, après les sabotages de voies
ferrées, essaie de remonter vers
Civray par la RD 1. A la traversée de
la Charente, au pont de l’Isle, à TaizéAizie (16), il est attaqué par le maquis
D3-Renard.
Malgré le sabotage partiel du
pont, le convoi réussit à passer. Il est
à nouveau attaqué au carrefour de
Combeauseize par les groupes des
maquis D2-Bayard et Jalladeau, et
ceci malgré un ordre de laissez-passer
du commandement de la Résistance
jugeant la colonne trop importante
et bien équipée. Mais cet ordre
parvient trop tard et la bataille est
déjà engagée.
Etant débordés, les maquisards
sont contraints au repli. L’occupant
pénètre dans Civray sans rencontrer
de résistance mais, se méfiant, tire
sur tout ce qui bouge.
Huit jeunes hommes sont pris en
otage mais ils sont libérés lorsque le
chef de la colonne, accompagné par
le maire à la clinique, Maurice Bailly,
constate les soins corrects donnés à
ses blessés par le docteur Guillard.
Cette heureuse constatation et
l’absence de résistance dans la ville
évitent de douloureuses représailles.
Si les pertes ennemies se montent à
13 morts, on dénombre 23 décès de
civils et de militaires, côté français,
âgés de 9 à 77 ans (15 à Civray, 4 à
Saint Gaudent et 4 à Saint-Pierre
d’Exideuil).
Le convoi allemand, après avoir
cantonné à Civray et Saint-Pierre
d’Exideuil, continue sa remontée sur
Poitiers le lendemain matin.
C’est le dernier passage des
troupes d’occupation à Civray et dans
le sud Vienne, désormais libéré.
Stèle en hommage aux victimes
des batailles des 26 et 28 août 1944
Combeauseize
Etape 2 - Saint-Saviol
(La ligne de chemin de fer et la gare
de Saint-Saviol)
Du fait du manque de véhicules et
de carburant, le transport par chemin
de fer revêt une importance capitale
pour l’occupant. La convention
d’armistice prévoit que toutes
les organisations ferroviaires des
territoires occupés soient mises à
la « disposition pleine et entière
du responsable allemand des
transports ».
Compte tenu de l’importance de
la ligne stratégique Paris-BordeauxHendaye, le trafic est placé sous la
surveillance de cheminots allemands,
et les installations gardées, soit par
des requis, soit par des unités
militaires.
Les installations ferroviaires de
la gare de Saint-Saviol permettent
de garer simultanément plusieurs
convois et d’embarquer ou de
débarquer du matériel lourd. C’est
pourquoi un poste de garde allemand
est installé sur place et les hommes
logés dans des maisons à proximité,
notamment à l’hôtel de la gare,
propriété de M. André Naffrechoux,
lui-même actif résistant. Des armes,
(mitrailleuses, fusils-mitrailleurs et
autres) sont en permanence en
position sur les toits des immeubles,
prêtes à être utilisées à la moindre
alerte.
13
14
Après le débarquement, les trains
de matériel allemand remontant vers
le nord y effectuent de fréquents
et nécessaires arrêts. A la demande
de
l’état-major
F.F.I.
(Forces
françaises de l’Intérieur), les alliés
attaquent ces convois à six reprises
et provoquent d’importants dégâts,
notamment le 16 juin et le 26 août
1944.
Les installations de la gare de SaintSaviol et les voies principales entre
Ruffec et Vivonne sont régulièrement
sabotées par les maquis (28 fois par
les maquis D2-Bayard et D3Renard) mais aussi par d’autres
groupes, obstruant fréquemment
la circulation des trains et ce d’une
manière quasiment totale au cours
de la dernière décade du mois d’août
1944.
Trois civils, dont le chef de gare
de Saint-Saviol, sont tués au cours de
mitraillages de l’aviation alliée.
Bombardement d’un train
en gare de Saint-Saviol (fin août 1944)
Etape 3 - Sauzé-Vaussais
A partir de 1941, quelques
patriotes isolés, notamment des
cantons de Sauzé-Vaussais (79) et
de Villefagnan (16), engagent des
actions de résistance dans ce secteur :
destruction des stocks de l’armée
d’occupation, sabotages, assistance
aux évadés et aux réfractaires, secours
aux aviateurs alliés…
Trois résistants sont capturés au
cours de ces actions et fusillés, un
autre est abattu dans les bois.
Le groupe décimé, un maquis
prend la suite, constitué sous la
dénomination de « Jean-Paul » par
Armand Rivaud, et regroupe les
volontaires de la région qui établissent
leur base près de Montalembert (79).
C’est aussi dans cette zone, au
cours de l’hiver 1943-1944, sous
l’impulsion du Dr Tabourdeau et de
son frère Raymond, qu’est créé le
maquis « Le Docteur ».
Une résistance organisée dans
ce secteur est d’un grand intérêt
du fait de la proximité de la RN 10
Paris-Bordeaux, de la la RD 948
Niort-Limoges (anciennement la RN
148) et de la ligne de chemin de fer
stratégique Paris – Bordeaux – Espagne.
Ils constituent rapidement
un groupe actif de plus de 70
compatriotes de la région connus
pour leur courage et leur patriotisme
(F.T.P. Noël).
Leurs actions se matérialisent par
des embuscades sur les routes (une
dizaine) et des sabotages de voies
ferrées et d’installations ferroviaires
(une vingtaine).
En liaison avec le groupe
Fernand (René Groussard et Ernest
Jousseaume), formé en juin 1944,
ils participent, le 13 août 1944, à
l’attaque de la garnison de Melle (79)
qui permet de récupérer deux camions
citernes et de faire des prisonniers.
Au cours des différentes opérations
de la seconde moitié du mois d’août
1944, ils anéantissent des convois
ennemis, détruisent ou récupèrent un
important matériel et capturent ou
reçoivent la reddition d’officiers et de
soldats allemands, russes et hindous
(ex-prisonniers de guerre anglais
retournés par les Allemands).
Les maquisards doivent déplorer
la perte de deux volontaires F.T.P.
(Francs-tireurs partisans), capturés et
fusillés.
Le 20 août 1944, René Groussard
et deux de ses compagnons sont
interceptés au retour d’une mission
d’approvisionnement du maquis
Fernand. Conduits à Sauzé-Vaussais,
puis à Ruffec avec deux autres otages,
ils sont exécutés le 21 août 1944 par
le 950ème régiment hindou.
A la suite de cet événement, la
« maquis Fernand » devient le maquis
« Fernand – Groussard ».
Etape 4 - Chaunay
Le 24 août 1944, les Allemands
arrêtent Marcel Texier, Léon Petit et
son neveu Henri Petit.
Les trois hommes sont emmenés
et fusillés sans autre explication
au bord de la route qui traverse le
bourg.
15
Stèle en hommage aux fusillés
Chaunay
Etape 5 - Romagne
Etape 6 - Champagné - Saint - Hilaire
Depuis le début de l’occupation,
une centaine de soldats allemands
occupent les haras de ChampagnéSaint-Hilaire où ils utilisent une
quinzaine de prisonniers de guerre
sénégalais pour des travaux divers,
notamment l’entretien des chevaux
destinés à l’armée allemande.
Deux des leurs réussissent à
appeler des renforts qui arrivent de
Poitiers. Après une bataille acharnée,
les F.F.I. libèrent 15 Sénégalais.
A 14h30, malgré tous leurs efforts,
les maquisards n’ont toujours pas
réussi à investir la villa. Ils décident de
se replier. Les pertes sont lourdes : 13
F.F.I. et 1 Sénégalais ont été tués.
Le bourg de Champagné est alors
envahi par les Allemands : le groupe
scolaire, la mairie et plusieurs maisons
sont incendiés.
Etape 7 - Saint-Maurice La-Clouère
Le 25 août 1944, le maquis Joël
attaque un convoi allemand à l’entrée
du bourg, fait plusieurs victimes et
détruit du matériel.
En représailles, les Allemands
arrêtent au hasard 9 personnes qu’ils
fusillent plus tard dans le parc du
château de « La Laudonnnière ».
Stèle à proximité du bourg en hommage
aux victimes du 25 août 1944
Romagne
16
Le 25 août 1944, des accrochages
entre des maquisards et une unité
allemande ont lieu sur la RD 37 à
proximité du bourg de Romagne et au
village de « La Millière ».
Les Allemands se vengent sur la
population civile et abattent quatre
personnes dans ce même secteur.
17
Stèle en hommage aux victimes
de l’attaque du haras
Champagné-Saint-Hilaire
Stèle de la Millière portant l’inscription :
« A la mémoire des victimes assassinées par
les boches le 25 août 1944 »
Dans le but de délivrer ces soldats
sénégalais, le maquis D3-Renard
décide d’attaquer les occupants des
haras.
Dans la nuit du 12 au 13 août
1944, les lignes téléphoniques sont
coupées et les bâtiments encerclés
par les maquisards sous les ordres du
capitaine Edmond Bernard.
Lors de l’attaque, les Allemands
sont retranchés dans la villa et résistent
énergiquement aux assaillants.
Stèle en hommage aux fusillés
Saint-Maurice-La-Clouère
Etape 10 - Le Vigeant
Etape 8 - Joussé
18
Le 17 juillet 1944, une colonne,
constituée de troupes allemandes et
de miliciens, rencontre, dans le bourg
de Joussé, un véhicule du maquis.
Une centaine de soldats descendent
rapidement des six camions du
convoi.
Après un court engagement,
les Allemands mettent le feu aux
habitations. Plus de la moitié des
maisons du village sont détruites.
Dix otages sont pris parmi les
habitants mais sont finalement
relâchés quelques jours plus tard.
Monument aux morts
Joussé
Etape 9 - Mauprévoir
Monument en hommage aux victimes du 4 août 1944
Le Vigeant
Afin de ne pas oublier que la
commune fut traversée par la ligne
de démarcation, la municipalité a
érigé le 8 mai 2000 une stèle au lieudit « Chez Villatte » , sur la route de
Payroux-Mauprévoir, à l’emplacement
d’un poste frontière.
Le 4 août, en fin de matinée, une
colonne de répression allemande,
la section rapide 608, encadrée par
des miliciens, est attaquée par la
Résistance, à 3 kilomètres au sud du
Vigeant (bois de Larreau).
Après la riposte des Allemands, le
maquis décroche sans avoir subi de
pertes.
Peu après, deux sections du
maquis, envoyées en renfort au bois
de Larreau, sont interceptées dans
la traversée du Vigeant. Surpris, les
maquisards sautent des camions,
mais, sous le feu ennemi, six sont tués
aussitôt. Par ailleurs, deux éclaireurs
envoyés par le maquis Adolphe
sont arrêtés et emmenés pour être
exécutés plus loin.
Le village est alors mis à feu et à
sang.
Gardés à genoux tout l’après-midi
en plein soleil, les otages sont fusillés
le soir. Deux femmes sont violées dont
une de 15 ans. Un bébé de quelques
mois est tué dans les bras de sa
grand-mère, une septuagénaire est
abattue à coups de hache, un vieillard
mourant est achevé dans son jardin.
Maisons incendiées le 4 août 1944
Le Vigeant
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En quelques heures, 22 civils (âgés
de 16 mois à 73 ans) et 18 résistants
(de 18 à 26 ans) périssent, l’église est
profanée, 23 maisons sont incendiées
et d’autres sont pillées.
Les Allemands et les miliciens
quittent le bourg vers 18 heures en
empruntant la route départementale
10. Un autre accrochage a encore lieu
à trois kilomètres au nord du Vigeant.
La colonne continue sa sinistre mission
en direction de Lussac-les-Châteaux.
20
Etape 11 - Pleuville (16)
La commission interalliée « IAN »
est parachutée près de Lussac-lesChâteaux dans la nuit du 20 au 21
juin 1944 et prend contact avec les
responsables des différents maquis
du secteur.
La mission « IAN » est une des
équipes « JEDBURGH » envoyées
en France, du nom de leur lieu
de formation en Ecosse. Elle est
composée d’un major américain
Jo (ou John) Gildee, du capitaine
français Alexandre Desfarges, sous
le pseudonyme d’Yves Delorme et
du sergent canadien opérateur radio
Bourgoin.
prise sous le feu d’un groupe d’avantgarde (section rapide 608), qui passe
au Vigeant le lendemain. Elle avait
déjà tiré sur une moto du maquis qui
s’était trouvée en face d’eux.
Le sergent radio canadien Bourgoin
et le maquisard Ernest Mandinaud
sont tués. Le commandant américain
Jo Gildee et le capitaine Delorme
arrivent à s’échapper et à se cacher.
La colonne allemande envahit le
bourg et la fusillade devient intense.
Les Allemands mettent le feu
aux maisons et 17 sont détruites.
Ils se dirigent ensuite vers la ferme
des « Ecures » où ils incendient les
bâtiments et les gerbiers. C’est dans
cette ferme que le maquis D4-RAF
était en train de se former.
Cet accrochage fait 4 morts et deux
blessés parmi les Alliés. Les pertes
allemandes n’ont jamais été connues.
Le lendemain, les troupes
allemandes se regroupent sur la
RD 948 (anciennement la RN 148) et
continuent leur néfaste parcours dans
le sud Vienne.
L’équipe interralliée Jedburgh «Ian»
De gauche à droire : Jo Gildee, L. Bourgoin et
Alexandre Desfarges
Stèle en hommage aux victimes
du 3 août 1944
Pleuville
Le 3 août 1944, revenant d’une
tournée en Charente, elle traverse
le bourg de Pleuville pour se rendre
à Joussé. En passant devant le
monument aux morts, leur voiture est
La ferme des Ecures incendiée le 3 août 1944
Pleuville
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Remerciements
L’ONAC tient particulièrement à remercier pour leur aide :
Etape 12 - Charroux
Le 3 août, une colonne allemande
traverse Charroux et prend en otage
5 personnes (deux enfants de 14 et
15 ans, leur père et deux ouvriers
agricoles) qui se trouvent sur son
passage.
Emmenés à Le Vigeant, ils sont
fusillés le lendemain avec les autres
otages devant la mare du cimetière.
- M. Jacques RIGAUD, ancien maquisard (groupe D2-Bayard) et ancien maire
de Civray
- M. Jean-Henri CALMON, historien
- ainsi que M. Roger PICARD, historien, décédé en janvier 2011, qui avait aidé à
l’élaboration de la première édition de cette brochure.
Quelques ouvrages de référence
- CALMON Jean-Henri, Occupation,Résistance et Libération dans la Vienne en
30 questions, n°8, Geste Editions, 2000
- PICARD Roger, La Vienne dans la guerre 1939-1945, la vie quotidienne sous
l’Occupation, Editions De Borée, 2001
- RIGAUD Jacques, Guerre - Occupation - Résistance dans le Civraisien et ses
environs, Amis du pays civraisien, 2008
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Stèle en hommage aux otages de Charroux
fusillés à Le Vigeant
Charroux
5 septembre 1944 : fête de la Libération à Civray
Service départemental de l'Office national des anciens
combattants et victimes de guerre de la Vienne
14 rue Charles Gide
BP 535
86020 POITIERS CEDEX
5 septembre 1944 : fête de la Libération à Civray
le Bleuet de France