Chronos Poissy - Plan interactif Ile des Migneaux 1903

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Chronos Poissy - Plan interactif Ile des Migneaux 1903
P OIS S Y
N°48
PRINTEMPS 2003
ILE DE MIGNEAUX
100 ans d’urbanisation
CERCLE D’ÉTUDES HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES DE POISSY
Éditorial
CERCLE D’ÉTUDES HISTORIQUES ET
ARCHÉOLOGIQUES DE POISSY
“Une île entre le ciel et l’eau” a écrit le poète.
N’est-ce pas la meilleure description de l’île de Migneaux ?
Calme quartier résidentiel de Poissy, cette île ne fait la “une”
de l’actualité que lorsque la Seine décide de rendre visite aux
belles villas et à leurs habitants. Il suffit de passer le pont pour
se retrouver dans un site enchanteur, lieu de promenade
apprécié des pisciacais, qui fête en cette année 2003 le
centenaire du début de son urbanisation. Avant ce n’était que
prairies et terres agricoles. Qui peut s’imaginer aujourd’hui que
dans les années 50 des vaches transhumaient encore de
Carrières-sous-Poissy pour venir passer l’été sur l’île de
Migneaux, animant ainsi la vieille ferme et fournissant du lait
de qualité à une partie des habitants de Poissy. Seuls nos
anciens se rappellent encore l’animation de l’île et des bords
de Seine au début du XXe siècle, âge d’or du canotage et de la
pêche. Grâce aux cartes postales anciennes, il est facile de
s’imaginer l’ambiance qui régnait au restaurant Léon desservi
par cette passerelle de bois à la fois superbe et inquiétante. Le
travail était aussi présent sur cette île grâce notamment à la
construction navale et à la prospérité d’un chantier nautique qui
pouvait voir avec plaisir ses yoles naviguer sur le fleuve. Un
barrage établi sur le petit bras de la Seine alimentait en énergie
hydraulique un moulin situé aux environs proches de l’usine
des eaux actuelle.
L’Histoire de ce quartier de Poissy, souvent méconnue, méritait
bien un numéro spécial de Chronos, après avoir été le thème
de la conférence donnée par M. Jean-Louis Tancerman lors de
notre Assemblée Générale. Ceci fut rendu possible grâce à l’initiative d’une équipe constituée de quelques habitants de l’île à
qui j’adresse tous mes remerciements. Je salue particulièrement
le remarquable travail de recherche effectué par les membres
de cette équipe dans les différentes archives, se transformant
ainsi, pour l’occasion, en véritables historiens locaux. C’est
donc avec plaisir et sans la moindre hésitation que nous leur
ouvrons les colonnes de notre revue.
Ce nouveau numéro de Chronos est donc un numéro spécial à
thème unique, plus important que ceux habituellement publiés.
C’est une publication exceptionnelle, que nous réservons uniquement aux événements majeurs. Ces dernières années seuls
deux ou trois numéros de Chronos ont paru sous cette forme.
Puisse la lecture de ces passionnants articles, toujours abondamment illustrés, vous faire mieux connaître et apprécier
l’histoire de cette “île de Poissy”, lieu où l’on oublie aisément
que l’on se trouve dans une ville de la région parisienne.
Le Président
J-B. RIGAUDEAU
En couverture : La passerelle du temps, lavis d’encre d e VERRO C K, 2003.
VERR O C K vit sur l’île de Migneaux depuis quelques années. Elle est née
au bord d e l’e au ; elle a grandi dans les inondations, vivant cha que cru e
comme un moment de plénitude, en accord ave c la nature et ses caprices.
A près un p assa ge aux Be aux-Arts de G and, Lille et Paris, c’est à Poissy
qu’elle a posé son chev alet. L’eau est mon encre, la Seine est mon livre,
l’île de Migneaux en est la couverture, l’aquarelle en est la traduction,nous
dit-elle. Elle fait ainsi vivre l’âme de l’île et nous la fait aimer.
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- © Copyright Chronos Poissy - Juin 2003
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C HR O N O S-P OISSY :
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D ÉLÉ G U É P O UR C ARRIÈRE S :
Joseph H O N O RÉ : 01 39 74 88 68
Sommaire
2
3
4
6
9
22
24
28
33
35
40
43
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52
54
58
59
Editorial, Jean-Bernard Rigaudeau
Sommaire - Bibliographie
Aux sources de Migneaux, Jean-Louis Tancerman
Les activités agricoles sur l’île de Migneaux, Evelyne Monvoisin
Aspects de l’urbanisation de l’île de Migneaux, Françoise Planté
L’art de la villégiature des bords de Seine, Sophie Cueille
L’île aux loisirs, Michel Agnola
Les chantiers nautiques de l’île de Migneaux, Jacques Carré et Bernadette Dieudonné
La crue de 1910 à Poissy, Olivier Delas
D’un pont à l’autre sur le Petit Bras de Migneaux,
Jean-Louis Tancerman
Evocation d’une jeunesse dans l’île de Migneaux, Bernard Bezault
L’île de Migneaux dans la 2 e guerre mondiale, Jean-Louis Tancerman
L’île de Migneaux : la nature dans la ville, Jean-Yves Toullec
Un siècle d’architecture sur l’île de Migneaux, Erwan Tourmen
La gestion des crues de la Seine dans l’île de Migneaux, Monique et Luc Levasseur
Reflets et réflexions, Verrock
L’île de Migneaux aujourd’hui et demain, Jean Cretaz et Jean-Louis Tancerman
© Poèmes et dessins (lavis d’encre) de Verrock
L’île de Migneaux dans les livres
(les pages entre parenthèses signalent les références à l’île de Migneaux)
C . van Dijk, Poissy en cartes postales anciennes, S FL, 1976
Petit opuscule rassemblant une série de cartes postales pittoresques des années 1900 (p. 27 à 39)
N. Noël, Poissy et son histoire, C E H A Poissy, 1986
O uvrage d’histoire et de référence sur Poissy (p. 368 à 371, 396)
O . Delas - J B. Rigaudeau - A. Roddier, Poissy Cent Ans d’Images, C E H A Poissy, 1988
A bonda mm ent illustré et docum enté, c et ouvrag e couvre tous les aspe cts de la vie quotidienne à Poissy au début du XX e s i è c l e ,
le “must” de toute bibliothèque pisciacaise (p. 40 à 43)
D. Skeggs, Monet et la Seine, Albin Michel, 1990
P etit ouvra ge d ’art dé velo ppa nt le s ra pports e ntre Monet et la S eine a ux plans biogra phiq ue et art i s t i q u e ; e xist e aussi da ns sa
version originale en anglais : River of Light : Monet's Impressions of the Seine, Knopf, 1989
C . & J. More, La Seine, charmes et sortilèges d’un fleuve, Albin Michel, 1991
B elle s photos de style impre ssionniste accompagnées de la narration du voyage des aute urs ; existe dans sa version originale en
anglais : Impressions of the Seine, Pavilion B ooks, 1991 (p. 108)
AL. Thieblemont, Les îles d’Ile-de-France, Alternatives, 1995
L’é quivale nt d u “ Guide Ve rt” (de scrip tifs, cart es, photos) pour les 60 îles fluviale s de la ré gion parisie nne, pim ent é d’ an ec dot es
pittoresques (p. 64 à 67)
B. Védry, Balade Ecologique au fil de la Seine en 1900, Graphein, 1996
Très intéressante étude de l’écosystème de la vallée de Seine, et des impacts de l’urbanisation (p. 148 et 149)
F. de Mijolla & C . Delettre, Autour de Poissy, SPSA, 2000
G uide touristique illustré du Val de Seine, de C onflans aux Mureaux (p. 33)
J F. Prost, Une île entre la Seine et Vaux, chez l’auteur, 2002
Petit bijou de régionalisme, très complet et bien illustré (p. 114 et 136)
B. Renoult & G . H avelange, Yvelines-Nord Août 1944 - Derniers combats, chez l’auteur, 2002
O uvra g e d e réf ére n c e p arfait e m e nt d o c u m e nt é et illustré sur la Lib ération, de M a nt e s à P oissy, e t d u 18 a u 30 a oût 1944
(p. 113 à 115)
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AUX SOURCES
DE
MIGNEAUX
Jean-Louis TANCERMAN
“Paroisse de Villaine” du Cadastre de Bertier de Sauvigny
(détail) - cote C3/81 (ADY )
Les noms d’isle de Mignot et d’isle Mignaux figurent dans le C adastre de Louis-B énigne de B ertier
de Sauvigny, Intendant de la G énéralité de Paris, en 1786. Un siècle plus tard, le nom d’île de
Migneaux apparaît sur une carte déposée aux archives de C arrières-sous-Poissy. L’orthographe
du nom de l’île se stabilise à cette époque dans les actes notariés et administratifs. Mais d’où nous
vient ce nom, et comment appelait-on l’île dans l’ancien temps ?
“ Migne a ux ” rest e a sso c ié d e nos jours a u
ham e a u e t au ch ât e au d u m ê m e no m, q ui se lon
O ctave Noël, était au XVIIIe siècle un fief de Gilbert de
Voisins , m arq uis d ’ O rg ev al e t d e Ville nn es, et
seigneur de Médan. C. de Royer, qui signait naguère un
a rticle de Chronos (1994), remonte aud a cieusem ent
à l’A ntiq uit é, e n a p p ariant le ru d e Migne aux, q ui
traverse le d o m a ine d u m ê m e n o m, au la tin
“ M agn a e A c q u a e ”, e t en po sant l’ hyp othè se d ’un
culte gallo-romain dédié à l’eau… Plus sérieusement,
M a rc M ore au, auteur de Abbaye prémontrée NotreDame d’Abbecourt (U niversit é d e Versa ille s S aintQ uentin, 2003), cite un acte de donation de G asce V
de Poissy, le fondateur de cette abbaye à Orgeval en
1184, qui abandonne aux chanoines de l’abbaye tous
ses biens sur le Moulin de Migneaux : Dedi quoque eis
quicquid habebam in moliendino de Musnellis. C e
moulin, situé sur le Petit Bras de Seine fac e à l’actuelle
C ompagnie des E aux, continua à fonctionner jusqu’à
la fin du XIX e siè cle . Il fut d ém a nt elé a insi q ue son
b a rrage pour éviter l’envasement pro g ressif qui menaçait le bras de Seine.
D ans la livra ison d e C h ro n o s d é jà cit é e, P - E.
R e n a rd m entionnait quelque s form es attesté es des
toponymes de Migneaux: Musnelles (1190), Munelles
(1220), Mugneaux ( 1 2 3 2 ) , Muisneaux ( 1 3 1 5 )…
démontrant l’étymologie commune de “Migneaux” et
d e m e unier, a nc ienne m ent mus nier ou mi(g)notier.
e siècle
Moulin de Migneaux, lavis et plume, milieu du XIX
(Musée de la Batellerie, Conflans-Sainte-Honorine).
A gauche : plan de la Paroisse de Mignaux extrait
du Cadastre de Bertier de
Sauv igny, 1787 (C2/109
ADY). Noter le “moulin à
bateau” et le barrage ainsi
que les gords formant un
‘V ’ renversé sur le Pet it
Bras de Seine ; détail cicontre à droite.
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Il est donc avéré que dès le XIIe siècle, Migneaux
concernait la berge de Seine face à l’île, la meunerie y
était florissante, et justifiait le développement économique de l’habitat du hameau en rive gauche. Mais les
activités de p êche a pparaissent elles aussi dans les
a rchives, à travers la présenc e d’un c ertain Je an d e
Mignaux.
E n d é pit du voisinag e d u moulin et du gord d e
Migneaux, dont les toponymes sont attestés au Moyen
 g e , l’île d e Migne au x n e re c evra son a pp e llation
d éfinitive qu e c inq siè c le s plus t ard. A l’é po q ue d e
J e a n d e Migna ux fils, c ’ét a it l’île aux religieux de
Hannemont. Du XV e au XVIIe siè cle, on trouve souvent
l’isle espineuse (1398, 1524, 1628), mais l’île porte à
l’occasion le nom de ses propriétaires de parcelles ou
de berges : C henevière, G azon, G oupaillet, Lourdine,
Maille, Mote, Poitou, Raoul… La dénomination isle de
Migneaux apparaît fugitivement en 1670 dans un acte
de vente du G ord Dom anchet situé lui aussi dans le
c he nal entre les île s d e Migne au x et d e Vi l l e n n e s ,
mais Grande Isle de Poissy est le no m qui revient le
plus souvent aux Archives, dès 1524 et jusqu’à la fin
d u XVIII e siè c le (Atlas des Seigneuries, 1779). O n
not era q ue l’île d e Migne a ux é ta it divisé e en tro i s
domaines par des bornes, délimitant ainsi la Seigneurie
de Carrière à l’e st, la Pa roisse de Mignaux a u
c e n tre, et la Seigneurie de Villaine à l’ouest, auxquelles
le s trois p artie s d e l’île é ta ie nt re s p e c t i v e m e n t
rattachées.
H a s a rd ou nécessité de l’Histoire, le nom de l’île de
Migneaux n’émerge-t-il pas comme une victoire ono mastique du clergé sur la noblesse ? Il fait re v i vre pour
nous ce monde de l’eau, mère nourricière des temps
anciens, ses moulins et ses pêcheries.
❏
Sources :
Archives départementales des Yvelines
Archives municipales de C arrières-sous-Poissy
C adastre de B ertier de Sauvigny, ADY, Versailles 1996
C E H A Poissy
Remerciements à J. H O N O RE du C E H A.
Acte de vente du Gord de Jean de Mignaux fils, 1372
(ADY 73 h 91).
Dans cette précédente livraison de Chronos, P-E.
R e n a rd rapportait ainsi que le n°1 de la revue du “Vi e u x
Poissy” (1910) citait déjà : Le chapelain de l’Hotel-Dieu
de Poissy, Nicolas Ravy, par un acte de Novembre
1330, reconnaît avoir ascencé l’arche marinière à
Jean de Mignaux. N os re c h e rc hes au x Arc h i v e s
départementales nous ont fait découvrir un document
additionnel, daté de 1372, par lequel Jean de Mignaux,
fils de feu Jean de Mignaux, vendait à Jean Pouger de
Poissy un gord ou pescherie séant en l’eau de Seyne,
entre Poissy et Vilaine, apellé la Guidellerie.
Le s gord s, n o m bre ux sur la S e ine , é ta ient de s
filets de pê che de forme conique et comportant une
nas se e n le ur c entre ; ils ét a ient fix é s entre de ux
pie ux e t g é néra le m ent é q uip és d’ un sy stè m e d e
relevage perm ettant d e ré colter le poisson ; le gord
désigne aussi le lieu d’installation de ces appareils qui
étaient souvent placés dans les chenaux étroits entr e
de ux île s ou îlots d u fle uve . L e gord d e J e an d e
Mignaux était situé entre l’île de Migneaux et l’un des
trois îlets qui encombraient jadis le chenal entre les îles
de Migneaux et de Villennes.
Schéma d’un gord (Encyclopédie Diderot et
d’Alembert – La pêche en rivière) ; les nasses (de face
et en coupe) sont à l’échelle quadruple.
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LES ACTIVITÉS AGRICOLES
SUR L’ÎLE DE MIGNEAUX
de l’Ancien Régime aux
alentours de 1950
Décidément ces “gens de Paris” avaient la nostalgie d’un passé rural et agricole.
En effet, sur l’île de Migneaux, endroit de villégiature des parisiens par excellence
au début du XX e siècle, il y avait une ferme avec ses animaux domestiques, des
vaches et des champs. C ’était vraiment la campagne.
Evelyne MONVOISIN
Les a ctivité s agricoles sur l’île sont en fa it très
anciennes. Sous l’Ancien Régime, les îles de la Seine
situées dans les plaines alluviales avaient la réputation
de fournir une bonne prairie aux animaux. Par ailleurs,
compte tenu de l’importance des chasses royales et
seigneuriales et des forêts dans la région, les endroits
de p âture (q ue lq ue s pré s, île s e t rives de S e ine)
étaient re c h e rchés. On cite même dans des arc h i v e s
communales d e M aisons, un monsieur Irmon défricheur d’îles 1 .
Très tôt se sont d onc dé ve lo pp é es d e s tra nshumanc es entre les villages et les îles. C es transhum an c e s s’é ta blissa ient d ans le c a dre d e la v ain e
p â t u re qui obéissait à des contraintes et des usages
qui ont évolu é a u fil du te m p s. La va ine p â ture
s’exerçait notamment sur toutes les terres non closes
et libres d e leur ré colte et, pour les prairies, elle ne
s’exerçait que de fin novembre à début mars.
En 1850, la vaine pâture é tait encore pratiqué e
sur les îles d e la Seine 2 . Les règlem ents pré cisaient
que le s troupe a ux étaient g ardés par un pâtre payé
par la c o mmuna ut é d e s p a ysans, e t qu’il a vait
ég a lem ent la c harg e d u b at e a u q ui p a ssait le s
animaux. C ependant, l’intérêt des îles était également
que les animaux pouvaient pâturer en commun sans
ê t re surve illés d ans la m es ure o ù ils n e pouvaie nt
guère dépasser la délimitation naturelle des lieux.
A partir de 1860, une tendance à la suppression
de c e droit se dessine très nettement. Aux alentours
de s a nné e s 1865, le s pro p r i é t a i re s c o mm e nc ent à
revendiquer leurs terrains et à contester cette pratique
c o m m u n a u t a i re . L’île d e Migne au x n’é ch a p p e pa s
au mouve m e nt et le s c arte s d e l’é p o q u e n ous
m o n t re nt bien q ue l’île e st d éjà très parc e llisé e. E n
1870, la vaine pâture n’existe plus dans les îles de la
Seine. Les plantations d’osier et de diverses cultures
p re nne nt pla c e pro g re ssive m e nt a u d étrim ent d e
l’élevage 3 .
Parallèlement à cette pratique de la vaine pâture,
la pré se nc e d u m arc hé au x b e stiau x de P oissy a
6
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ren du l’île d e Mig ne a ux a ttra c tive. Ainsi jusq u’à la
suppression du marché et tant que les chemins de fer
ne perm ettaient pas de faire venir régulièrem ent les
animaux, il s’est développé une a ctivité d’embouche
c ’ e s t - à - d i re d ’en gra issa g e d es anim a ux a va nt le ur
ve nt e. Le s b es tia ux a prè s un long p arcours à pie d
a rrivaient fatigués et p arfois en m auvais état. Il était
a lors né c e ssa ire d e le s laisser se re p oser e t l’île
é ta it un e ndroit id é a l p our le ur re pos . S ur la p art i e
oue st d e l’île, on p e ut e nc ore a p erc e voir un
vaste creux ; à l’époque il était rempli d’eau et servait
d’abreuvoir.
Les archives notariales 4 nous indiquent que sur
c ett e m êm e p artie ou est d e l’île , c erta ins t err a i n s
appartenaient à des bouchers parisiens — dont l’un a
p ossé d é jusq u' à un h e c t are d e prairie — et à d es
c o m m i s s i o n n a ires en bestiaux dont un certain monsie ur P oitou, no m do nné à l’île à une é p o q ue . Le
m a rché au x b e stiaux s’e st arrêt é vers 1880, et les
terrains de ces bouchers ont été vendus, notamment
à des industriels de Paris. C e n’est pas pour autant la
fin de l’agriculture sur l’île, bien au contraire.
Dans l’intemporel, la vache erre
Dans ce grand terrain en vachère
Ah, voilà ma ferme, que de maisons
Plus de bovins et comme une oraison
Buvons du vin, plus de lait
Buvons à cette fin, soit ce n’est pas laid…
De la vaine pâture
A la vénale nature
Les inondations ont suivi leur cours
La vie a changé, on court, on court,
Chacun a trouvé son petit paradis, son aire
Et la vache philosophe erre, erre, erre…
Chantons l’air du bon air, sur cette aire, en cette
terre des Migneaux où la vache erre !…
Michel Monvoisin
A la fin du XIX e siè cle, un bâtim ent de ferm e —
a p p elé “ha ng ar” da ns le s a ct e s not ariés — est
construit, c’est la fameuse “ferme” de l’île, dont nous
allons p arler. C ertaines parties e n mortier atte stent
d’ une construc tion a nt érie ure à 1900. Le b â tim e nt
avait l’apparence d’un long hangar sur pilotis, avec des
p a rtie s e n bo is. U n plan in clin é perm ett ait d e fa ire
mont er les va c hes a u nive a u sup érie ur, e n c a s
d’inond a tio n. No us p ouvons en core a perc e voir c e
bâtiment au 47 ter. La ferme de l’île de Vaux qui date
à p eu près d e c e tt e é p o q ue a subi d ’im p ort a n t s
do mm ag es lors de la crue de 1910, e t d urant c ett e
pério d e , tous le s a nim a ux a va ient ét é em p ort és et
noyés 5 .
La “Ferme” côté Petit Bras de Seine, dans les années 1980.
Remarquez le plan incliné aujourd’hui transformé en terrasse
(Photo M. Chalmin).
D a ns le s ann é e s 1920, n ous c onst atons la
prése nc e d e plusieurs a ctivit és a gric ole s sur l’île :
l’ex ploit ation d e la ferm e a u c e ntre d e l’île et la
production de lait à l’extrémité ouest.
La ferme faisait partie d’un vaste domaine appelé
“la P ayse ” (a u n°47) q ui co m pre na it une gran d e
m aiso n d ’h a bit ation en m e ulière , le h an g ar, de s
cha m p s d es tin és à la culture, d e s cla piers e t de s
poulaillers. Le tout s’étendait sur près de 700 mètres
l i n é a i res, d a ns un e z on e a sse z pe u in ond a ble c ar
l é g è rement surélevée. Il nous a été ra pporté par des
anciens habitants de C arrières qu’un beau jour d’été,
la batteuse devant se rendre sur l’île pour la moisson
s’est immobilisé e q uelques minutes, au milieu de la
passerelle en bois, à cause de craquements suspects
et in quiét a nts… L’inc id ent s’es t fina lem e nt bie n
terminé, la passerelle ayant tenu bon malgré le poids.
Lors d u c ha ng e m e nt d e pro p r i é t a i re e n 1942,
nous a pprenons que le dom aine était exploité par la
so cié t é c oo p érative d e l’A g enc e H ava s. C ert a i n s
cha m ps fure nt alors transform é s en p ota g ers ave c
plantations d’arbres fruitiers.
Après la guerre, dans les années 1946, l’exploitation a maintenu une activité asse z importante. On a pu
re l e v e r 6 qu e d e s c a mions d e 15 tonn es e nleva ient
les ré c olt es de b e tt era ves . P ar a illeurs plusieurs
fourragères des fermes d’ Orgeval venaient y chercher
du foin, de la paille et des betteraves, provoquant des
plaintes des riverains.
A la m ême é po que, il s’effe ctue dans l’une des
p ro prié té s d e l’île des démonstrations de tracteurs
agricoles avec leurs instruments aratoires adéquats,
ce qui crée une circulation intense par camionnettes,
camions, autocars et voitures de maîtres pour
tra ns porter du personnel de la maison Ford. L e
c onst at d ’ huissier ré dig é à c e tt e o c c a sion 7 n o u s
a p p rend en effe t q u’une vingtaine d e personnes de
cette société, invité es par le pro p ri é t a ire, constituaient
un e é c ole d ’ a p pre ntissa g e et q ue la d ouz a ine d e
tracteurs amenés sur place servaient à des démonstrations de labour.
En 1961, le hangar est vendu pour être transform é
en maison d’habitation.
La se conde activité agricole de l’île conc erne la
p ro du ction d e la it. P ar le biais d e s archives d u
S yn dic at de s Pro p r i é t a i re s d e l’île , nous tro u v o n s
trace d’un monsieur Mercier qui, en 1927, doit payer
une redevanc e de 1800 francs à c e syndic at pour le
passag e de ses animaux. Il était en réalité un “laitier
n o u rrisseur” ; on no mm e ainsi d a ns les ré gions
proches des grandes villes, celui qui nourrit les bêtes
pour faire commerce du lait. Le nourrisseur achète les
va ch es a u mo m ent où la la ct a tion est e n plein
rendement, c’est-à-dire quand la vache vient de vêler.
Il g ard e a lors la va ch e e t la n ourrit not am m e nt en
pra irie , m a is aussi en é t a ble ave c d u foin o u d e la
pulpe de b etterave. Lorsque le rendem ent faiblit, la
vache grasse est vendue pour la boucherie.
C e monsieur Mercier n’habitait pas sur l’île, il était
installé à C arrières-sous-Poissy et une nouvelle transhu m a nc e s’e st inst allé e e ntre C arr i è res e t l’île d e
Migne aux. Le laitier conduisait ses bêtes au printemps
où elles restaient jusqu'à l’automne. La traite était réalisée sur place.
Son droit de passage de la
p a ss erelle puis du pont a évolué ;
il a ét é ré d uit en 1936 à 1600
fra nc s en raiso n de diff i c u l t é s
f i n a n c i è re s lié e s à l’enviro n n ement économique. La présence
d e c e laitier ne g ène en auc un
c as le s ré sid ents d e l’île, bie n
a u c ontra ire le s pro p r i é t a i re s
l’a ppellent “notre laitier” et tout
le monde profite de la vente du
lait frais sur place. O n cite dans
les archives de l’île : Mons ieur
Mercier exploite son industrie
en dehors du lotissement et
n’apporte aucune gêne à aucun
p ro p r i é t a i re . Il e st vra i q u’il ne
se situa it p as da ns les p art i e s
résidentielles de l’île.
“Le laitier de Poissy”, silhouette en
contreplaqué découpé et peint de
Milo d’Arza, 1931 (photo : Musée
d’Art et d’Histoire de Poissy).
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7
e n c o re très viva c e dans les souvenirs d e no m bre u x
pisciacais. Dans le cadre de leurs activités, le laitier et
le fermier travaillaient souvent en commun et s’entraidaient. Les activités agricoles de l’île se sont arrêtées
à une époque où la valeur prise par les terrains et les
bâtiments incitait les pro p ri é t a ires à vendre. Parallèlement, le développement des moyens de transport a
réduit considérablement toutes les activités agricoles
artisanales.
La distribution de
lait à domicile
dans les campagnes, au milieu
du XXe siècle
(photo Yann).
La quinzaine de vaches hollandaises et norm a n d e s
paissait toujours “au bout de l’île”, à l’empla c em ent
de c e qui s’es t n o mm é ensuit e “ Mign e a ux O u est”,
c ’ e s t - à - d ire la partie proche de l’île de Villennes, aux
n u m é ros a c tu els 76 à 80, z one non lotie à c ett e
é p o q ue . N otons q ue c es laitiers p a yaie nt n on
seulem e nt un droit de p a ssag e m ais lo uaie nt
également les prairies. Pour information, en 1914, M.
M e rcier p a ya it 80 F p ar a n la lo c ation de s pra irie s
sur la base d’un contrat verbal.
Fin 1940, Monsieur Mercier c è de son a ctivité à
Monsieur Legall. Pendant c ette période de la guerre ,
et l’a b se nc e d e M . Le g a ll pris onnier d e gu erre ,
l’ a c tivit é se m ble a voir é té ré d uit e, c ar il se p ose le
p ro blè m e d u m a intien d u droit d e p a ssag e à 600
francs. A nouveau l’activité redémarre après la guerre,
comme en témoigne l’augmentation du droit de 1800
francs en 1947 à 2000 francs en 1949. La voiture de
monsie ur L eg all aya nt pu être ré a p provisionné e e n
carburant, il pratiquait, pour la vente du lait, du porteà-porte sur l’île et en dehors de l’île notamment sur le
cours du 14 Juillet.
En 1951, le s t erra ins s ont ve nd us à un a vou é
parisien et la location des terres se termine. La vente
du lait continuera en core q u elq ue s a nné es p our
s’a chever vers 1955. La q ualité de c e lait frais rest e
La Pyramide
Seine, tu me tiens sur scène sans limites
Les mots me viennent comme une lune de miel
Récompense si intense de ce que le cœur pense
Comme le Nil, tu me prépares à l’abondance
Après une période de sécheresse de la richesse des mots
Le fleuve m’aide à préserver les secrets endormis
Dans le fond de mes pensées, ma vraie fortune
L’Eau, la Lumière, la Couleur
C’est ma pyramide…
Néfertiti
Ne faire qu’ici…
A Poissy
8
Verrock
- © Copyright Chronos Poissy - Juin 2003
E s p é rons toutefois que l’île de Migneaux continue
à vivre dans nos mémoires telle qu’elle a pparaissait
a ux pro m e ne urs d e s a nn é e s 1830 q ui, a prè s a voir
traversé le p ont d e P oissy, d é c ouvre nt c e pa ysag e
bucolique, et le décrivent ainsi : les vertes saulées des
îles couvertes de pâturages. 8
❏
Notes
1. H. O SSARD, L’évolution de l’agriculture dans le Nord-Est
des Yvelines jusqu’au milieu du XIXe siècle, INRA, 1977.
2. Annuaire de Seine et Oise de 1850.
3. Annuaire de Seine et Oise de 1870.
4. Arc hiv es notariales d e Versa illes, 3 e b u re au d es hy p othèques.
5. J-F. PR O ST, Une île entre la Seine et Vaux, 2002.
6. Mich e l P HILIP P O N N E A U , La vie rurale de la banlieue
parisienne, Armand C olin, 1956.
7. Archives du SPIM.
8. C harles N O DIER, La Seine et ses abords, 1836.
Gravure du titre : F. Méaulle d’après A. I., 1888.
ASPECTS DE L’URBANISATION
DE L’ÎLE DE MIGNEAUX
Françoise PLANTÉ
C e t artic le a bord e le s thèm e s suiva nts :
• La passerelle
• La population et l’habitat
• La vente des parcelles
• Les noms des propriétés
• La viabilisation
• Le dévasage du Bras de Migneaux
• L’unification territoriale
• H eureuse Escale
• Personnalités remarquables
• Photos des villas (presque) c entenaires
1. LA PASSERELLE
Les embarcadères du restaurant “Léon” sur l’île de Migneaux
1901 chez “Léon”
Le re st aura nt “Lé on” e st situ é sur l’île d e
Mig ne a ux. Lé on C hou qu et l’ a a c q uis d e son prédé c esse ur J ose ph Du mont, il y ex erc e le m étier
d ’ “hôtelier restaurat eur” et ha bite en fa c e , avenue
de Migne au x (future a ve nue E m ile- Z ola). L’île est
ac cessible par un ra de au que clients et fourn i s s e u r s
e m p runtent. On peut supposer que le commerce est
p ro s p è re c ar le s p ê ch eurs et le s pro m e ne urs sont
nombreux à fréquenter le site, ce qui n’empêche pas
le pro p ri é t a ire d’avoir d’autres visé es : il ambitionne de
lotir l’île ; et pour cela il faut en améliorer l’acc essibilité.
Une passerelle s’impose.
Les préliminaires
Léon C houq ue t entre p rend en d eux tem ps d es
démarches administratives pour obtenir l’autorisation
de c onstru i re s a p a ssere lle . Il soum et d ’a b ord son
projet et ses plans aux Ponts et C haussées qui, selon
son expression lui ont fait bon accueil (1). F ort de cet
encouragement, le 11 janvier 1901, il sollicite l’acceptation de la Ville car l’ouvrage empiétera sur l’avenue
de Migneaux. Il prévient les proba bles obje ctions : elle
ne gênera en rien la circulation sur la dite avenue.
C o mm e justific a tif à sa de m an de , il ne fait allusion
qu’aux problèmes d’envasement, passant son pro j e t
sous silenc e : depuis trois années, malgré les
sommes importantes que j’y ai dépensées, j’ai eu à
s ouffrir de l’envasement des berges, dans de telles
conditions que ma clientèle se trouve dans l’impossibilité d’atterrir chez moi (2). U n m ois a près, le 21
fé vrier 1901, le c ons eil municip a l ém e t un avis
favorable, l’agent voyer mandaté ne voit aucun inconvénient à la réalisation de ce projet, espérant d’ailleurs
que les conditions imposées à l’intéressé ne gêneront
en aucune façon la circulation fluviale.
Publicité pour le lotissement
E nc ourag é p ar c ett e ré p onse, Lé on C h ouq ue t
e nvisa g e conjoint em e nt d e faire d e la p ublicit é . Il
sollicite encore l’accord de la Ville pour établir le long
de la rive, contre la propriété Lemoine, une enseigne
colossale de 20 mètres de long sur 0,60 mètre de
ha uteur. Le m a ire ignorant le projet d e lotisse m e nt
t rouve la d em a nde quelque peu exagérée et d é p êc he un e co m mission p our se re n d re s ur pla c e.
M . M eiss onier, sou cie ux de l’esthé tiq ue , dema nde
qu’on ne laisse pas mettre quelque chose de trop
laid, on ne voit déjà que trop de ces enseignes réclames
qui gênent la rue (3).
La réalisation
L e 26 m ai 1903, le projet d e lotisse m ent ét a nt
pratiquement ré alisé, Léon C houq ue t é crit au maire
pour lui annoncer qu’il va commencer les travaux. Le
m a i re s e re nd sur pla c e et d é cid e d e laiss er
l’administration suivre son cours, ce qui prend encore
q ue lq ue s mois. Le 3 se p te m bre 1903 le s P onts e t
C haussé es a utorisent Lé on C houquet à pro c é der à
l’établissement d’une passerelle en charpente […] à
ses frais, risques et périls (4).
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Elle a ura 66 m ètres de long, 3 mè tres de larg e ,
7,51 m è tres d e hauteur a u milie u d e la p orté e. Elle
c o m p o rtera deux travées reposant sur des culées en
maçonnerie, et traversant l’une le bras de Migneaux,
l’autre un petit bras qui fera communiquer celui-ci avec
le bras des Mottes. Elle pourra supporter une surcharge
de 400 kilogrammes par mètre carré.
Un an a près, la p asserelle est construite : le 11
octobre 1904, Prosper Leduc, conducteur des Ponts
et C haussé es, pro c è de au ré colem e nt d es travaux.
Les m e m bre s d e la S o c ié té Im mo bilière fond é e
l’année précédente par Léon C houquet peuvent faire
nombre, les problèmes d’accès à l’île sont désormais
révolus.
Sources : (1) (2) Lettre de Léon C houquet au maire
(3) Délibérations du conseil municipal 7/2/1902
(4) N avig ation d e la S ein e, proc ès-v erb al d e ré c ole ment
(5) Délibérations du conseil municipal 13/8/1905
2. EVOLUTION DE LA POPULATION ET DE
L’HABITAT
- D e 1886 à 1903 : le s ha bit a nts sont trè s p eu
nombreux, ils travaillent et habitent sur l’île.
- D e 1903 à 1946 : la plupart des maisons sont d es
résidences secondaires.
- D e 1946 à 2003 : presq u e toute s le s h a bit ations
deviennent des résidences principales.
Un incident
Mais voici que pointent maintenant d es diff i c u l t é s
d’accès à la passerelle même ! Deux arbres en sont la
cause : trop ra pprochés, ils gênent la circulation des
v oitures et automobiles. Le s m e m bres d u c ons eil
municipal, consultés, donnent leur a c cord pour leur
abattage, mais ils demandent en contrepartie que ce
passage d’accès soit macadamisé et tenu en bon état
d’entretien par Léon C houquet (5).
30 ans de service
La p as sere lle e st d és orm a is c arro ssa ble . L a
S o cié t é Immo bilière va p ouvoir pro s p é rer jusq u’ à
sa dissolution en 1926 ; la passerelle change alors de
p ro p r i é t a i re . Le n ouve l a c q uére u r, le S yndic a t de s
Propriétaires de l’Île de Migneaux (SPIM) va procéder
à un é c ha ng e av e c Lé on C hou q ue t : la p as sere l l e
contre des terrains. Mais la passerelle est sans doute
mal entretenue, malgré les dépenses pour la gestion,
la via bilit é et l’e ntretie n, q ui se sont mont é e s à
1 8 0 000 F (environ 2 millions de francs de 2001) de
1903 à 1926, et auxquelles vont se rajouter 90 000 F
(environ 300 000 F de 2001) d’entretien et de réparations d e 1926 à 1930 ; e lle e st ina d a p t é e p our un
trafic devenu très important (voir l’article “D’un pont à
l ’ a u t re ”). Ce petit pont de bois tout branlant s e l o n
Mm e M orita en 1921, va d evenir inutilisa ble et sera
démoli en 1933, ce qui coûtera 5 396 F au SPIM.
Q u’en reste-t-il aujourd’hui ? Des traces de culée
en m a ç onnerie sur les b erg e s, et d e n o m bre u s e s
c a rtes postales, où on voit la passerelle sous divers
angles. C ordon o m bilic al de l’île, elle a ét é l’un d es
ouvrages de Poissy les plus photographiés.
Villas anglo-normandes aux n° 4 (Marjolaine), 6
(Le Clos Normand), et 8 (L’Evasion) dans l’île ;
le vieux peuplier étêté au fond marquera
l’emplacement du futur pont de Migneaux.
1881
1886
1891
1896
1906
Passerelle avec calicot : “Terrains à vendre, 2 Francs
le Mètre - Eau et gaz”.
1911
1921
1926
1931
1936
1946
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personne n’est encore recensé sur l’île.
une famille de 4 membres : Jules Braud, 42 ans,
pêcheur, son épouse Marie Angélique Viet, 38 ans,
marchande de vin, et leurs deux enfants Aline et
Alphonsine.
une famille de 9 membres : Joseph Dumont, 37 ans,
re s t a ur a t e ur, son é pouse A mélie G osselin, 28 ans,
leurs cin q e nfa nts T h érè s e, Lo uis, E sth er,
Maurice, et G eorges ; une domestique : Marg u e ri t e
Q uin a ult, 27 a ns, e t un g arç on p ê ch eur : A lfre d
Devin, 20 ans.
11 personnes : la famille Dumont, plus 4 personnes :
Marie Levasseur, 27 ans, et 3 employés pêcheurs :
F ernand N au, 27 ans, Jacob N au, 21 ans,
et Désiré Desjardin, 45 ans.
10 maisons, 8 sont vacantes, 2 sont occupées :
l’une par Léon C houquet, 59 ans, et son épouse
H élène Maxsted, c’est le restaurant “Léon”; l’autre
par Léger Pernelle, 54 ans, constructeur de
bateaux, son épouse Augustine Manet, 52 ans,
leur fils Arthur, 29 ans, et un charpentier, G abriel
Montigny, 27 ans.
18 maisons, 11 sont vacantes, 7 sont habitées :
20 personnes.
11 maisons habitées : 34 personnes.
12 maisons habitées : 28 personnes.
Création du S.P.I.M.
40 maisons, 10 sont habitées : 44 personnes.
seulement 9 maisons habitées : 46 personnes.
44 maisons, 22 sont habitées : 74 personnes.
1954
1962
1968
2003
43 maisons sont habitées.
43 maisons sont habitées.
44 maisons sont habitées.
92 maisons (SPIM), plus 3 logements municipaux
(pis c in e) et le s 7 p a villons d u lotiss e me nt
“Les Jardins de l’île”.
Villas de l’île lors de l’inondation de janvier 1910,
comme posées sur un lac… (Cliché Gaillard, coll. O. Delas)
O utre les maisons, il y a en 1891, sur le Bras de
Migneaux, deux bate aux ha bités : l’un par Jules Oré el,
40 ans, charp e ntier d e b a te a ux, son é p ous e
Victorine, 40 ans, leurs enfants, Jeanne, Marie, Louis,
Alphonse, G eorges et Rémond, et sa mère, Stéphanie
C olerock, 67 ans ; l’autre par N athalie G arcin, veuve,
né e Va l e n c o u rt, 72 a ns, re n t i è re , et M arie Louis e
Froges, 24 ans, domestique. En 1896 la famille Oréel
sera re c e nsé e ave nue d e Migne aux (future ave nu e
Emile-Zola). En 1901, Léon C houquet est recensé lui
aussi avenue de Migne aux en tant que re s t a u r a t e u r,
avec son épouse anglaise et Albertine Crépel, 27 ans,
domestique.
S o u rc es : Archives municipales d e P oissy, arch. du S PIM
3. LA VENTE DES PARCELLES
Le lotissement de l’île
En 1903 Léon C houq uet cré e la So ciété Immobilière de l’Ile de Migneaux, et 6 terrains sont vendus.
Ils sont tous situés sur le Grand Bras, et les premiers
acheteurs sont :
- Claude Debray, pharmacien à Poissy (lot 18) ; sa fille
Luc ienne C aufie ld en h érit era e n 1922 a ve c un e
propriété édifiée dessus “Le Petit Robinson”,
- Alfred Frizon, entrepreneur de peinture décorative à
Saint- Q uentin, Aisne (lot 4),
- Isidore Moniette, cultivateur à C hambourcy (lot 20),
- Paul Millot, propriétaire à Poissy (lot 54),
- F élicie H atrel (lot 64),
- E douard Robert, propriétaire à Poissy (lot 7).
De 1903 à 1924, 132 terrains sont vendus, ce qui
fa it une moye nn e d e 6 par an co m m e la pre m i è re
anné e. C ertains a cheteurs e n a c quièrent plusieurs :
M. G érin : 9, M. C hrétien : 42, M. Depierre : 76 !
La Ville de Poissy devait donner son approbation
au projet. Prudente, elle attend vingt-deux ans pour le
faire : le 23 mai 1925, le conseil municipal donne son
avis sur le lotisse m ent : vu l’avis de la commission
sanitaire départementale, considérant que ce lotissement date de 1903 et qu’il ne reste que quelques lots
à vendre sur l’ensemble, il émet un avis favorable
à l’approbation du projet. Un an après, la société imm o b i l i è re e st dissout e po ur fa ire pla c e à l’a ctue lle
association, le SPIM.
Le Fibrociment
D e 1930 à 1950 se sont construites, au bout de
l’île , dans la p artie encore ratta c hé e à Villennes, de
modestes maisons, appelées familièrement “cabanes
à lapins” par les propriétaires de grandes villas group é e s près d u p ont. E lles a brit e nt d e s p ê ch eurs d u
dimanche, et de petits élevages familiaux de lapins et
d e p oules, pratiq ue trè s coura nt e d a ns la Fra nc e
d ’ a v a n t - g u e rre et jusq u’a ux anné es 50, ava nt q ue
l’avènement de la grande distribution et de la volaille
ind ustrielle ne le s fas se disp araître. C e s é leva g es
étaient confiés aux bons soins des résidents, parents
ou amis, ou de professionnels : dans le re g i s t re des
re c ensem ents de 1931 est ainsi m entionné e Louise
P oulin, né e Lerendu en 1887 à B rinville, pro f e s s i o n
“basse-courière”.
C ertaines maisons appartenaient à des membres
du personnel de l’usine du Fibrociment de Poissy, et
avaient ét é construites ave c c e mat ériau léger ; on
pe ut e ncore voir la m aison du n° 61 q ui est a c tuellem ent e n ruine , mais dans les années 30, elle était
superbe se souvient un voisin, M. B ezault (voir l’art i c l e
“Evocation d’une jeunesse”). Le Fibrociment était très
en vogue à l’é poque, m ais fut a bandonné en raison
des risques liés à l’amiante.
Source : archives du SPIM
Plan d’origine du lotissement de l’île ; publicité de 1903 (doc. CEHA).
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4. LES NOMS DES PRORIÉTÉS
En-tête de papier à lettres, 1953.
D ès leur construction, la plupart des pro p ri é t é s
sur l’île de Migneaux avaient un nom, comme on peut
le consta ter sur la liste ci- a près ; c es no ms é taient
souvent inspirés par la végétation des jardins ou par
la qualité de vie offerte par le site. La palme de l’originalité pourrait aller à La Payse, Les Bouts de Bois e t
Pas-de-Loup, celle du charme suranné à La Charmille
et à la Villa Gracieuse.
En 1950, le s P TT co mm e nc e nt à se pla indre :
c e rtaines propriétés n’ont pas de nom, d’autres en ont
cha ng é , la distrib ution d u c ourrier de vie nt pro b l é matiq ue. Le S PIM se fait leur é cho en ex posant les
difficultés que rencontrent les facteurs et les porteurs
de télégrammes pour trouver l’adresse des destinataires de plis. Décision est prise aussitôt d’apposer
des numéros, et autorisation est donné e au c onseil
syndic al d e les a cheter. M ais des diffic ult és de trés o rerie e mp ê chent la ré alisation d u projet. En 1951
les P TT ré c la m ent à nouve a u le nu m érot ag e , et le
S PIM pré voit d ’y c onsa crer 10 000 F. L’ a n n é e
suivante, l’opération est mené e à bien, pour un coût
de 3 705 F.
N° côté Grand Bras de Seine
2
4
6
8
10
12
14
16
18
20
22
24
26
28
30
32
34
36
38
40
42
50
54
58
12
La Marguerite
La Marjolaine
Le Clos Normand
L’Evasion
Les Lierres
Etchearina
Pas-de-Loup
La Vieille Tour
Le C oup de Vent
Le Jardin Blanc
Le Port d’Attache
Les Bleuets, puis Minou
Les Roses, puis Les
Marronniers
Flore
Le Val Fleuri
Les Terrasses
La C harmille
Villa Gracieuse
F élix, puis L’Escale
Pas Perdus
L’Accalmie
Shangri-La
Romance
Le Peyras
Villas n°30 (Le Val Fleuri) et 32 (Les Terrasses) dans l’île.
Aujourd’hui certaines propriétés affichent encore
leur nom à côté de leur num éro, et c’est tant mieux
pour le plaisir de tous. Q uant aux autres, pourquoi ne
le feraient-elles pas ? Iliens, à vos pinceaux !
Source : archives du SPIM
5. LA VIABILISATION
A - La canalisation d’eau
Accords avec la commune
E n 1903, Lé on C hou qu et m èn e d e pa ir la
c o n s truction de sa passerelle et la viabilisation de l’île.
Il entre p re nd d e faire p a sser une c ana lisation p our
l ’ a p p rovisionnement en eau, le long de la passere l l e ,
sur 66 mètres et à ciel ouvert. Pour c e faire, il pre n d
rendez-vous avec le maire, et passe avec lui
l ’ a c c o rd s uiva nt, qui sera e nt ériné le 14
N° côté Petit Bras de Seine
novembre 1903 : la ville poursuivra la canalisation
d’eau jusqu’au pied de la passerelle
1
Les B outs de B ois
côté
ville,
Léon C houquet paiera un forf a i t
3
Marie Thérèse
annuel
de
150 F pour la consommation, et
5
Sans F açon
un co m pt e ur d e dis trib ution sera pla c é à
7
Annette, puis Marcelle
15
Les Tilleuls
l’entrée de la passerelle. Les travaux seront
15 bis L’Îlienne
exécutés l’année suivante.
21
23
37
39
41
41 bis
43 bis
43 ter
49
51
53
57
59
61
63
62
67
69
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Clos Margandau
Les Roses Roses
Clos d’Azur
Saint Mathias
La C erisaie
Porz G wenn
La Payse,
puis Le Clos Fleuri
La F erme
Clair Logis
Ya-Xa
Le B ouchon
Dora
J K ada
Les Vacances
Paradis C ottage
Rosina, puis C aprice
Les Roitelets
La C ortena
Un cadeau empoisonné dont la Ville ne
veut pas
U n a n s eule m e nt a prè s l’é t a blisse m e nt d e sa c a na lisation, Lé on C h ouq ue t
veut déjà s’en débarrasser en la pro p o s a n t
à la c o mmun e, q ui la refus e a près a voir
e xa min é la pro position e n co mmission
spéciale le 29 août 1905. Trois ans plus tard
il réit ère , e t ess aie d e m ettre tout e s les
chances de son côté en invoquant l’intérêt
d e la Ville : M. le maire, Messieurs les
conseillers, j’ai l’honneur de vous informer
qu’une certaine quantité de terra ins
d e rn i è rement vendus (20 lots) en l’île de
Migneaux, sur une longueur d’environ 250
mètres à la suite de l’avenue existante,
donne actuellement lieu à l’exécution de
plusieurs bâtiments d’une certaine importance. Les
conditions d’habitation exceptionnellement avantageuses pour la ville de Poissy, attendu qu’aucun
commerce n’est permis dans l’île, étant pour elle une
source de profits, je prends la liberté de soumettre à
v otre appréciation la demande suivante : la société
immobilière de l’île de Migneaux offre de faire
abandon à la Ville de l’installation de la canalisation
d’eau qu’elle a établie sur un parcours d’environ 550
mètres et dont la Ville par le système de compteurs
régit la dépense. Pour la continuation de ladite
avenue à exécuter aux frais de la société, la Ville est
sollicitée à prendre à sa charge l’installation de la
canalisation d’eau dont les branchements pris par les
propriétaires viendront grossir les bénéfices.
Le m a ire n e se la isse p as c onva incre p ar le s
arguments, et refuse : cette canalisation passant pardessus le pont de Migneaux présente beaucoup
d’inconvénients et serait plutôt une charge en raison
des réparations que le mauvais temps pourrait occasionner. Le conseil municipal se range à son avis.
Léon Chouquet, le Maître des Eaux
La commune a insisté à plusieurs re prises pour
rappeler à Léon C houquet que la canalisation appartie nt à sa s o cié té immo bilière : la canalisation […]
exécutée par les soins de la société qui en est
p ro p r i é t a i re […]. Le Conseil considérant que la
canalisation appartient en propre à la société de l’île
de Migneaux, cette dernière peut prétendre en avoir
la jouissance.
Lé on C houq ue t règn e a ussi en m a ître sur le s
bou ch es à inc e ndie : La canalisation actuelle est
pourvue de bouches à incendie et la clef desdites
bouches est entre les mains du représentant qui a de
ce fait la libre disposition de l’eau dans cette partie de
la ville.
Des aménagements
Le compteur d’eau prévu n’a pas été posé ; il ne
s’imposait pas du fait de la tarific ation au forfait. En
1909 c ela devient p ourt ant une né c essité en raison
de l’extension des propriétés et pour sauvegarder les
intérêts de la ville. Le SPIM doit placer un compteur à
l’endroit prévu, d’un diamètre approprié à la canalisation, et du type adopté par la ville. En contre p a rt i e ,
il est pré vu que pour éviter à la Société la dépense
d’eau que pourrait nécessiter l’arrosage, la Municipalité
devra faire arroser l’avenue au moyen du tonnereu
chaque fois que se fera l’arrosage de la ville.
B - L’éclairage
Les zones d’ombre
Dans un environnement envasé et obscur, Léon
Chouquet apparaît comme un pionnier. Pour améliorer le s conditions d ’ex ploit ation d e son co mm erc e ,
et plus tard de sa société immobilière, il est toujours
prêt à payer de sa poche, comm e le prouve le texte
suivant du 2 mars 1898 : M. le maire donne connaissance au Conseil d’une pétition signée de M.
Chouquet, M. Oréel et M. Baudu, signalant l’obscurité
qui existe dans l’avenue de l’île de Migneaux par suite
du manque d’éclairage, et demandant l’établissement
d’un ou plusieurs becs de gaz. M. Chouquet ajoute
qu’il est d’ailleurs tout disposé à prendre à ses frais
l’éclairage supplémentaire qui serait installé près de
l’escalier qui se trouve en face de son établissement.
Le 18 novembre 1911, les habitants de l’île réclament
un meilleur é clairage, la Ville propose au Conseil de
p re n d re en charge les frais d’éclairage de 4 becs
de gaz, à condition que les frais occasionnés par la
pause, la fourniture et l’entretien des appareils soient
supportés par la Société de l’île de Migneaux ou par
les propriétaires, ce qui est accepté.
Sur la gauche, le bec de gaz au n° 22 de l’île ;
le réverbère électrique sera placé devant le n° 24.
Plus tard, des réverbères électriques re m p l a c e ro n t
les becs de gaz, mais en 1935, on trouve que l’éclaira g e e st insuffis ant : nous disposons de 4 lampes
dont la consommation est payée par la Ville de Poissy,
[…] plusieurs syndicataires se plaignent que le bout de
l’île vers Villennes n’est pas éclairé, et que l’entrée
du pont l’est insuffisamment, il y a à cet endroit en
effet une tache d’ombre dangereuse pour la circulation dès la nuit tombée.
O n dem a nd e le réta blissem ent d e la lam p e q ui
existait au pie d de la passerelle, le re n f o rc em ent de
l’é clairage de l’avenue et la prolongation de la duré e
d’é clairage qui s’arrête à minuit. En janvier 1936, le
SPIM se réjouit d’avoir obtenu entière satisfaction du
c onse il municip a l : nous avons droit maintenant à
quatre lampes supplémentaires, l’éclairage sera fourni
jusqu’à une heure du matin.
La haute tension
E n janvier 1929, les îliens sont m é c ont ents c ar
le co ura nt distrib ué e st irrég ulier e t insuffisant, la
C ompagnie du G az et de l’Electricité de Poissy ré pond
q u’il ne lui e st p as p ossible d ’a ssurer un é c la ira g e
s u ffisant sans courant à haute tension. Le pro b l è m e
qui se pose est qu’on ne peut pas faire passer c ette
ligne à ha ut e t e nsion p ar la ville , il fa udrait q u’e lle
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Vue aérienne
de l’île de Migneaux
le 6 août 1923
(plaque
photographique IGN).
traverse le hameau de Migneaux, et on aurait besoin
de 10 à 20 m ètres c arré s d e terrain sur l’île p our y
installer un transform a t e u r. Financièrement, le SPIM
devrait participer pour un tiers aux frais d’installation
soit 40 000 F. M. Depierre offre gracieusement le terr a i n
et a c c e p t e la servitude d u p assa ge d es c â bles. E n
janvier 1930 le courant à haute tension est installé ;
les p a iem e nts sont é ch elonné s sur 2 ans. L’ a n n é e
suivante la ligne sera prolongée jusqu’à l’extrémité de
l’avenue, grâce au vote d’un crédit de 15 000 F.
C - Le goudronnage
Jusq u’ en 1927, l’a venue d e l’île d e Mign e a ux
était empierrée et s’arrêtait au n° 28 ; au-delà s’étendaient des champs d’herbes folles. Au fur et à mesure
que les maisons se bâtissaient, l’avenue était prolong é e vers l’av al. Le S PIM entre prit le goudro n n a g e ,
l’installation de caniveaux et de bordures de trottoirs ;
un budget prévisionnel de 20 000 F était voté chaque
a n n é e , moyenne annuelle pour des travaux d’entretien
de la viabilité et de goudronnage.
Le SPIM recommandait aux propriétaires d’enlever les arbres sur les trottoirs et de semer du gaz on,
Jusqu’en 1927, l’avenue de l’île s’arrête au n° 28 (la villa n’a
encore qu’une seule de ses deux tourelles).
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- © Copyright Chronos Poissy - Juin 2003
procédé peu coûteux. En 1930, l’avenue ét ait goud ronné e jusq u’a u tra nsform a t e u r. E n 1934, il fa llut
aménager et entretenir de la même façon la chaussée
d e l’a ve nue d u nouve a u p ont d e l’île . En 1942, le
S PIM e nvis ag e d’ en g ag er un c a ntonnier m ais y
renonce faute d’argent. Le nettoyage des avenues et
l’enlèvement des ordures ménagères sont à la charge
du SPIM. En 1961, à la suite des négociations avec la
Ville pour la construction de la piscine municipale, une
convention est passée entre la mairie et le SPIM, par
la quelle l’entretien d e la voirie et du p ont, l’élagage,
l’éclairage, et l’enlèvement des ord ures sont désorm a i s
assurés par la Ville. La Ville termine alors le goudronnage de l’avenue jusqu’au fond de l’île.
Sources : Arch. mun. de Poissy, arch. du SPIM
6. LE DEVASAGE DU BRAS DE MIGNEAUX
Le dragage, une solution trop onéreuse
C onstat du maire de Poissy le 19 août 1898 : Le
Bras de Migneaux, fréquenté par les promeneurs à
bateaux et surtout par les pêcheurs à la ligne,
s’envase de plus en plus […] il finira par devenir un lac
impraticable […] le dragage s’impose pour rétablir un
chenal et par suite un peu de courant.
En 1900 la situation s’est dégradée, pendant les
basses eaux les bateaux risquent de ne plus pouvoir
c irc u l e r, aussi la Ville profite-t-elle du passage à Poissy
du matériel spé cial de dragage de l’entreprise G oiff o n J o rre p our fa ire re t irer 450 m ètres cub es devant les
îles Peltier et Chouquet. C ’est insuffisant c ar un an
plus tard, Léon C houquet se plaint que ses clients ont
d u m al à “ att errir” c he z lui. E n 1911 la c o mmune
envisage à nouveau le dragage mais y renonce faute de
cré dits. Dix ans plus t ard, malgré l’a p pui d u dé puté
Ta rdieu, on ne peut m ême pas espérer qu’une petite
partie des crédits du Service de la N avigation alloués
au dragage du Grand Bras de Seine soit affe cté e au
Topographie des Petit Bras de Migneaux et des Bigochets (1985).
P etit Bras . E n 1922, l’ing é nie ur d e la N avig a tion
considère toujours qu’un dragage du Petit Bras serait
sans intérêt, mais que divers petits travaux de minime
importance seraient certainement utiles dans l’intérêt
de la navigation de plaisance, à savoir l’élargissement
des chenaux compris entre l’île du Petit Motteau et
l’île Peltier, et entre l’île Peltier et l’île Migneaux. Mais
le m a ire de Ville nn es refuse d e c ontrib uer p our la
moitié aux 4 000 F de l’opération ! En 1935 enfin, le
S PIM profite d e la pré sen c e d ’un e dragu e de s
S a b l i è re s d e la S e ine e t d é p e nse 5 000 F p our un
dévasage du chenal. Des signes inquiétants d’envasem ent ré a p paraissent dans les anné es 1960, et se
multiplient au fil des ans, si bien qu’en 1976 le dragage
m é c a niq ue d u P e tit Bra s d e P oissy et Vi l l e n n e s
est à nouve a u à l’é tud e : un c oût prohibitif d e
7 0 0 0 000 F e t 80 000 m è tre s c ub es d e b ou es à
d é c h a rger on ne sait où… François G ourdon, Maire de
Villennes, décrira ave c pessimisme l’évolution nature ll e
du site : création d’eaux stagnantes… putréfaction
et odeurs… île se transformant progressivement en
presqu’île avec zone marécageuse.
Le dévasage biologique, une solution moins
coûteuse
Fra nç ois G ourd on, p ar aille urs je un e in dustriel
féru d’écologie, a l’idée de faire procéder à un dévasag e biologiq u e. Le s ba c térie s vont re m pla c er le s
dragu es, le ur p ouvoir e nzym a tiq ue d é co m pos e
c e rtains corps organiques, ainsi la vase est dévorée,
m algré le s multiples p ollutions d’ origin e urb ain e
favorisant son développement, notamment les sables
et graviers provenant de deux émissaires d’eaux d e
ruissellement. Il crée l’Association pour la Restauration
et la Protection des Rives de la Seine (ARPRS), dont
il devient le président. C elle-ci re g roupe les riverains
de l’île de Ville nne s, d u C h emin d e la N ourré e, d u
C hem in d u B ord d e l’ E au, et d e l’île d e Mign e a ux,
soit prè s de 300 fa mille s. F. G ourd on aff i rm e : cet
envasement qui conduirait inexorablement à un
état de véritable marais au cœur d’un site naturel
pourtant encore caractérisé, malgré l’urbanisation, par
la beauté et l’admirable variété de la flore et de la
faune, est toutefois RÉVERSIBLE.
U n t est pilot e d e d évasa ge ba c tériologique est
e ffe c tué e n 1985 sur une longue ur de 300 m ètre s ,
avec injection de 6 tonnes de craie de C hampagne (le
c a l c a ire neutralisant l’acidité et apportant de l’oxygène)
puis de 20 milliards de bactéries sélectionnées. Après
6 mois, on constate un creusement du profil du Petit
Bras sur 15 à 25 cm de pro f o n d e u r, et la diminution
des vases. Le bilan est positif, ce pendant le traitement
est insuffisant pour restaurer l’écoulement correct : un
drag ag e loc al rest e indispensa ble p our l’éva cuation
des sables et graviers.
Quatre points d’intervention ciblés
après étude .
Dragage local et dévasage biologique un label européen pour Migneaux
L es étud es d e ba thym é trie (profils), hydro l o g i e
(d é bits e t crues), sé dim entologie (stru c t u re d es
va ses) et c ouranto m é trie ont tout es p ermis d e
c o n c l u re à la né c essité de ré am énager les chenaux
d ’e ntré e au Vie ux P ont d e P oissy (25 000 m ètre s
cubes à enlever), de draguer les dé pôts de graviers
(deux rejets d’émissaires pluviaux, soit 18 000 m 3), ainsi
q ue le ch en al d ’e ntré e d u B ra s d es Bigo c he ts à
Villennes (7 000 m 3). Une simulation par ordinateur a
© Copyright Chronos Poissy - Juin 2003 -
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montré que ces aménagements peuvent restaurer un
écoulement correct avec auto-curage par érosion.
L’ A RP R S mo bilise alors le Minist ère d e l’ E nvironnement et tous les servic es publics en vue d’une
o péra tion à gran d e é c he lle. U n a p p el d’ off res est
lancé par le Service de la N avigation. Le financement
des travaux, dont le coût s’élève à 4 2 5 0 000 F, est
réparti entre l’Agence de B assin de la Seine (30 %), la
Ré gion (29 % ), le D é part e m e nt (21 % ), la Ville d e
Poissy (10 % ), la Ville de Villennes (5 %) et l’A RP RS
(5 %), soit pour le SPIM une somme de 28 320 F par
an sur 2 ans.
D ans le m êm e tem p s, le C onseil Euro pé en d es
m i n i s t res de l’ E nvironne m ent dé c ida it d e faire d e
l’anné e 1987 l’ “ A nné e Euro p é enne d e l’ E nviro n nem ent”, e t cré ait un la b e l p our ré c o m p enser le s
m e i l l e u res initiatives en la matière. L’ARPRS dé pose
alors un dossier de candidature et se voit attribuer le
label européen pour la réhabilitation du Petit-Bras de
Migneaux : Cette opération pilote de restauration d’un
site, par son caractère de projet de terrain, initiée par
une association locale, rassemblant un large partenariat (Ministre de l’Environnement, Agence de Bassin,
collectivités locales, riverains) et riche en enseignements, a amplement mérité le soutien du Comité
Français qui lui a décerné le label de l’Année européenne de l’Environnement (Simone Weil, Présidente
du Parlement Européen).
L’Année Européenne de l’Environnement nous
a permis de prendre un nouvel élan. Qu’il me soit
permis ici de saluer la véritable action de partenariat
menée pour la restauration de ce site. Cette expérience
engagée sur un bras de Seine mérite d’être poursuivie
et menée à son terme (A la in C arignon, Ministre d e
l’Environnement).
Et depuis ?
1991 : un dragage est effectué à nouve au à l’entrée du
Petit Bras de Migneaux .
1998 : du fait des travaux de construction, puis des
rejets pluviaux de l’A 14, le Petit Bras s’est à nouveau
env asé : un drag a g e p on ctue l est ré a lisé, e t l’ on
c o n s truit un bassin de décantation à Villennes, qui sera
vidé périodiquement.
2002 : en août, dragage ponctuel en complément du
ré am é na g e m ent d es b erg e s fa c e au Vieu x P ont
(enrochements).
Les bactéries seront-elles à nouveau sollicitées dans
l’avenir ? La vigilance s’impose.
Sources : Arch. mun. Poissy, arch. du SPIM et de l’ARPRS.
7. L’UNIFICATION TERRITORIALE
La double territorialité, une situation inconfortable
En 1903, l’île d e Migne au x e st historiq u em e nt
p a rtagée entre deux communes, Poissy et Vi l l e n n e s .
Les trois q uarts d e la sup erficie d e l’île et d e se s
habitants font partie de Poissy, et l’ensemble situé à
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l’ou est d u nu m éro 43 ter est s ur le terr i t o i re d e
Villenne s, y co m pris le s 320 d erniers m ètres d e
l’avenue. Tant que les habitants adhéraient à la société
i m m o b i l i è re d e Léon C houq ue t, c e la n e p osait p as
trop de problèmes. Mais à partir de 1926 où le SPIM
a pris le relais, la gestion est devenue plus compliquée.
E n outre il y ava it une sorte d e s cission entre les
ha bita nts, se lon M m e M orit a q ui é crivait : à cette
époque notre coin, tout au bout de l’île, était qualifié
par les “riches”, habitant plus près du pont, de
‘‘cabanes à lapins’’, ce qui ne nous vexait nullement
car nous y étions bien plus tranquilles.
Inconvénients pour la commune de Poissy
Les services publics sont assurés par Poissy : par
convention passée entre la Ville et le SPIM, la Ville a la
cha rge de la voirie intérieure, ce qui entraîne les
réparations, l’entretien, le nettoyage de la chaussée et
des égouts, l’entretien de l’éclairage public ainsi que
les travaux neufs réalisés sur le territoire de Villennes :
construction de la chaussée avec bordure de caniveaux
et réfection de l’éclairage public.
A c e la s’a jout ent, lors d es inon da tions, les
m e s ures de polic e et de sécurité prises p ar le maire de
Poissy : mise en plac e de passerelles et de navettes
d e b arqu es p our d esservir les ha bit ations. E n bre f ,
Poissy paie pour Villennes.
Inconvénients pour les habitants de l’île rattachés
à Villennes
En 1960, 21 propriétaires de l’île sont rattachés à
Villennes, en 1973 il y en a 28. Ils sont obligés de se
re n d re à la mairie de Villennes pour aff a ires d’état civil,
permis de toutes sortes, élections, écoles, alors qu’ils
sont matériellement reliés à Poissy, situation aggravée
depuis la suppression du passage à niveau. To u t
comme le m aire de Poissy, la m ajorité d es ha bitants
c o n c e rn és souha ite nt le ratt a c he m e nt à P oissy,
e xc e ption fait e d e c e ux qui sont att a c hé s a u seul
avantag e de c ette partition : les im pôts lo c aux sont
moins élevés à Villennes.
Le troc du bout de l’île
D e 1960 à 1973, les deux communes s’é crivent
au sujet du ratta chement : se pt lettres envoyé es de
Poissy à Villennes, deux de Villennes à Poissy. Poissy
p ro pose d ’é changer le bout de l’île contre la rue de
Migne aux et la rue du Vieux Moulin, la chaussée de
ces deux voies restant à la charge de la commune de
Pois s y. L e m aire d e Villenne s re fuse . D e uxiè m e
p ro position : le bout de l’île contre l’alignement des
rues de Migneaux et du Vieux Moulin. Nouveau refus.
E n 1973 le S PIM pro c è d e à une e nq uê te ; sur 28
p ro p r i é t a i res, 18 sont favora bles au ratta cheme nt à
Poissy, 2 y sont opposés, et 8 s’abstiennent.
La troisième proposition est la bonne : le bout de
l’île contre les t errains situé s à l’oue st de la rue d e
Migne aux, entre le chemin de la C oudraie jusqu’à la
route de Villennes, et la rue du Vieux Moulin, ainsi que
son prolong em ent jusqu’à la S eine. Le 7 juin 1974,
Villenne s a c c e pt e l’é cha nge . Enfin, a près d eux ans
de dém arches a dministratives, le préfet des Yv e l i n e s
a rrête la mo dific ation territoriale le 11 m ai 1976. La
po p ulation de P o is sy p a sse d e 37 637 ha bita nts à
3 7 703, celle de Villennes de 3 389 habitants à 3 3 2 3 .
Le maire de Poissy a ccueille les nouve aux habitants
de Poissy par courrier d u 11 juin 1976 : Nous vous
souhaitons donc, Mesdames, Messieurs, la bienvenue
au sein de notre commune.
L’île de Migneaux est depuis le 1 er juin 1976 une,
et on l’espère, indivisible.
avait fait construire au début du siècle dernier, et pour
la regretter amèrement. Ironie du sort, ironie du nom,
un d es joyaux de l’île aurait disparu, sans laisser de
trace matérielle ni de souvenir chez les anciens îliens,
d ’a ut ant q ue plusie urs c arte s po sta le s a nc iennes
montraient sous le nom “F élix” une villa de l’île méconnaissa ble à pre m i è re vue… Pourq uoi ? C o mme nt ?
Source : Arch. mun. de Poissy
8. HEUREUSE ESCALE
Mais où est donc passée la Villa Félix ?
Une des pre m i è res pro priétés de l’île, et la plus
gra nd e, la “Villa F é lix ”, a p p arte na it à la fa mille d e
Ma uric e F é lix D e pierre dit D e pierre d e C ourc e l l e s ,
a d ministrat e ur de l’a g e nc e H a vas , q ui l’o c c up ait
ave c son é pouse Juliette , leurs six enfants, et onz e
do m estiq ue s. M . D e pierre a ssura p ar aille urs la
présidence du SPIM pendant les 15 pre m i è res anné es
de l’association.
En 1942, M . D e pierre ve nd la pro prié té à M .
C hrétien, qui la revend en 1944 à Mme Madeleine de
G aléa. C elle-ci la rebaptise “L’Escale” en 1950. Après
le décès de Mme de G aléa, son fils C hristian la vend à
M. C harle s La m b ert en 1959. E nfin en 1963, M m e
Lambert et son fils la vendent au C LAJ qui la gère en
ta nt q u’a ub erg e d e jeun es se. M . J e an B e tb e d er,
anc ie n dire c t eur d e l’a ub erg e, ex pliq ue : Le CLAJ,
Clubs de Loisirs et d’Action de la Jeunesse, est une
jeune association, issue des milieux populaires, qui a
acquis la propriété sans financement public, en
s’appuyant sur la motivation et la générosité de
centaines de familles et de jeunes travailleurs. Elle a
tra ns formé la maison principale et la maison des
domestiques en un centre d’accueil de 100 lits.
P e rm e t t re à des jeunes désargentés de passer un
moment dans un site privilégié, ouvrir Paris à la
jeunesse de toute l’Europe, être une école de
formation pour les jeunes qui participent à son
fonctionnement comme salariés ou bénévoles,
tels étaient et sont encore les idéaux de ce pari un
peu fou.
F a c e à l’im p osa nt e
a u b e rg e d e je une sse , d e
l ’ a u t re côt é d e l’ave nu e,
sur un pilier d e p ort e
c o c h è re muré e , une inscription m alm ené e par le
temps : “Villa F élix” (photo
c i - c o n tre), un grand terr a i n
non bâ ti, d e s rest e s d e
fon da tions : il n’e n fa llait
pas plus pour présumer de
la disparition de la grande
propriété que M. Depierre
La villa Félix au début du XXe siècle, avant agrandissements et
remodelage des façades et toitures.
La clef de l’énigme
L es arc hive s d u S PIM ré vè lent fin ale m e nt la
solution : en 1950, M me d e G alé a l’avait re b a p t i s é e
“ L’Esc ale” : Villa F élix et Esc ale, une maison re c o mp osé e, ou plutôt d eu x m aisons n’e n fa isant plus
qu’une. H eureux dénouement ! En fait la propriété de
M. D epierre, très étendue, donnait sur les deux Bras
de Seine, jusqu’à la ferme comprise ; il y avait plusieurs
entrées de chaque côté de l’avenue portant le nom de
la Villa F élix ; un seul pilier a gardé son inscription, là
où on ne l’attendait pas, côté Petit Bras. O n cro y a i t
donc la villa F élix, b âtie p uis démolie d e c e côté-là,
tandis qu’elle trônait toujours en fa ce, sous un autre
nom.
La magie du lieu
Villa F élix : l’île a ux enfa nts D e pierre , Ra oul,
Ja cques, Jeanne, G erm aine, Philippe et Michel. Vi l l a
l’Escale : l’île aux enfants voyageurs de tous pays, anonymes et innombrables. De l’une à l’autre, de l’une et
l ’ a u t re, Ma d eleine de G alé a, l’enfant d es îles (né e à
la Réunion). Redevenez
enfant, pour l’imaginer
a ve c se s pou p é e s d e
mode aux fenêtres illuminées ; et les nuits de
pleine lune, vous verre z
sur le s toits le s cré a t u res qui la pro t è g e n t ,
l’oie giroue tte , les
a igles sévères, e t les
joyeuses figurines danser la sarabande.
L’Escale, détail du toit de
l’Annexe (évent).
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Poupée de la collection
Galéa, Musée National de
Monaco (photo André
Soriano).
.
La Villa Félix, “L’Escale” de nos jours.
Source : arch. du SPIM
Remerciements à M. J. B etbeder.
9. PERSONNALITÉS REMARQUABLES
Léon Chouquet (1847-1922)
N ous savons, h éla s, p e u d e ch oses sur Lé on
C houq uet. Il est né à P aris et é pousa une angla ise,
H élène Maxste d. Il se disait ta ntôt “hôtelier- re s t a u rateur”, tantôt “arc h i t e c t e - restaurat eur”. E n 1901, il
ha bit ait avenue d e Mign e aux (future avenue E mileZ ola), et e x ploit a it le re st aurant “Lé on” sur l’île d e
Migneaux, qui appartenait précédemment à J. Dumont.
En 1916, il habitait dans son restaurant. C elui-ci devait
ê t re florissant, c ar Lé on C houque t n’hésitait jam ais
à p a yer d e se s d eniers le d é va sag e d u P e tit B ra s,
l’éclairage pour améliorer l’a ccès, et la p asserelle pour
mener à bien son projet de lotissement. C onc e pteur
am bitieu x e t ho mm e de t errain, nous lui d ev ons le
lotiss em e nt d e l’île et son urb anisation, d ont 2003
marque le centenaire effectif.
Léon trône-t-il parmi les convives ?
Madeleine de Galéa (1874-1956)
N é e à la R éunion, la je une M a d e lein e suit s a
m è re p our s’installer à Paris. P assionné e de mod e,
plus particulièrement des XVIIIe et XIX e siècles, elle va
rassembler une collection de costum es, poupé es et
automates.
Il y a va it tout d ’a b ord 400 p oup é es a pp e lé e s
aujourd’hui “poupées de mode” ou “parisiennes”, ce
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sont d e s p oup é es à
tête de porcelaine choisies p our le ur charm e
e t leur é lé g an c e , p ar
c oup d e c œ ur plutôt
que par int érêt, e t a c com pagné es d’a c cess o i res e t d e mo bilier,
pour leur organiser une mise en situation, un dé c or
valorisant. D eva nt l’am pleur prise par sa c olle ction,
Mme de G aléa acheta une deuxième résidence à côté
d e son h ôte l p articulier de P aris p our y lo g er ses
poupées, et en installa aussi à la Villa F élix. La Villa fut
acquise en 1944 comme maison de week-end, et elle
s’y re ndait en voiture à cheva l du fait d e la p énurie
d’essenc e pendant la période de la guerre. C ert a i n s
îliens anciens se souviennent encore des “poupé es de
la C omtesse” installées derri è re les fenêtres de la villa.
La collection comportait aussi 80 automates, fabriqués
à Paris par Decamps, Lambert, Phalibois et Vi c h y. Mme
de G aléa collectionnait enfin les chiens de porcelaine
du XVIII e siè cle et les faïenc e s anciennes de l’é cole
B ernard Palissy.
Veuve très tôt du diplom ate E dmond de G alé a,
elle veilla sur l’é duc ation de son fils C hristian, et de
son petit-fils C hristian, et constatant les dons de c e
d e rnier p our le te nnis, elle cré a une cou p e int ernationale, en 1950, pour les jeunes gens de moins de
21 ans, la “ C oupe de G aléa”. C ’est la première compétition d’été pour les juniors, semblable à la C oupe
Davis. Rassemblant 36 nationalités, elle a été instituée
dans une optique de rapprochement des peuples, de
c ontrib ution à la p aix universelle a près la se c ond e
guerre mondiale. Le petit-fils C hristian de G aléa était
e n outre am a t eur d e na vig ation à v oile, a ussi sa
grand-mère lui fit-elle don de la somptueuse péniche
a m a rré e à s on q ua i. Il se pré c ipit a aussitôt ch e z
M . C arré , pro p r i é t a i re d u c ha ntier n autiq u e d e l’île
de Migne aux, pour lui proposer d’é changer la péniche
c o n t re un voilier ; ce fut une bonne aff a ire pour l’un,
une affaire de c œ ur pour l’autre.
Ma deleine de G aléa participa à diverses expositions sur le thèm e de la mo de, par ses prêts et ses
dons, telles que “Deux siè cles d’éléganc e 1715-1915”
à la G alerie C harpentier en 1951, et “Les poupées de
Madame de G aléa” en 1941, au Musée C ognacq-Jay
à Paris.
C itons André d e F eugières, qui l’a personnellement connue : Madame de Galéa avait toute la grâce
un peu languide de ces jeunes femmes grandies sous
des cieux cléments et enchanteurs […]. Elle aimait à se
vêtir d’étoffes vaporeuses et je ne peux la retrouv er
aujourd’hui dans ma mémoire qu’ennuagée de tulles
Alfred Tomatis
(photo C.I.S.L.A.T.).
Portrait de
Madeleine de
Galéa par A.
Renoir en 1915
(photo : catalogue
du Musée
National de
Monaco).
et de mousselines. Et laissons-nous charmer par son
portrait peint par Renoir en 1915, alors que perclus de
rhumatismes, le maître entourait ses doigts paralysés
de bandelettes pour tenir son pinceau.
C hristian de G alé a fit d on de la colle ction complète de sa grand-mère à la Principauté de Mona co en
1968. Il avait envisagé un don à la Ville de B ordeaux,
en témoignage de son amitié pour Jacques C habanDelmas, avant d’y re n o n c e r, préférant privilégier une
ville à la vo c a tion plus touristiq ue . S .A .S le Princ e
Ra inier lui d onna c o mm e é crin la m a gnifiq u e Vi l l a
S a u b e r, construite par G arnier (archite cte de l’O péra
de Paris et de celui de Montpellier) et contemporaine
des poupées, qui devint ainsi le Musée N ational de la
Principauté. N e manquez pas sa visite !
S o u rc e s et R e m ercie m ent s : M m e A . B ord e a u (Mus é e
N ational de Monaco), M. C h. de G aléa.
Paul Antier (1905-1996)
Député, Sous-secrétaire d’Etat, Ministre de l’Agriculture ; Il a habité “La C harmille” de 1951 à 1952, et
avait installé sa bibliothèque dans le garage.
Marquise de Vaucouleurs de Lanjamet
La marquise a été propriétaire de terrains sur l’île,
et peut-être même de la villa “La Vieille Tour”, de 1940
à 1944. Et a it- elle Léo nie Dufre sne , B aronne L e
Va v a s s e ur, puis Marquise de Vaucouleurs de Lanjamet,
p a ssionn é e de ch evaux et célèbre sur les
c ha m p s de course s,
fond atric e d u Prix d e
Va uc oule urs, e t d ont
C arolus-Duran a peint
le portra it e n 1875 ?
Ou sa fille, ou sa bellefille ?
Portrait de Léonie
Dufresne, Marquise de
Vaucouleurs par
Carolus-Duran, 1875
(Musée Carnavalet ;
photo René Briant,
Photothèque des musées
de la Ville de Paris).
Alfred Tomatis
(1920-2001)
A l f re d To m a tis a a c het é la villa “La P ays e” à
M. C hrétien en 1952. Il y vé cut jusqu’en 1958, puis
vendit la propriété à Mme Clauzet.
Médecin O RL et phoniatre, chercheur et inventeur
autant que thérapeute, il acquit une grande notoriété
p our ses trava ux sur le s t ests d ’é co ut e, l’ au dition
f œ ta le , la voix, l’a p pre ntissa g e d e s lan gue s, d e la
musiq ue et d u c ha nt. S e s thé orie s e t dé c ouvert e s
sur les rapports entre audition et phonation, publiées
à l’A c a d é mie de M é de c ine en 1957 so us le no m
d’ “effet Tom atis”, furent très controversé es. Il cessa
d ’ e x e rc er la m é de cine, m ais continua à pro d u ire de
nombreux ouvrages et publications. Ses appareils de
réé ducation, ainsi que l’ “ audio-psycho-phonologie”
ou “M éthode Tom atis”, sont utilisés par 200 c entre s
d ans le mond e , et un la boratoire -musé e lui est à
présent consacré en B elgique.
Artistes d’aujourd’hui
L’île de Migne aux exerc e aussi son c harm e sur
plusieurs artistes de renom international :
- M yung-Whun C hung, che f d’orc h e s t re, dire c t e u r
musical de l’Orc h e s tre Philarmonique de Radio-France.
- Jean G uizerix, chorégraphe, danseur-étoile et maître
de ballet de l’ O péra de Paris.
- Wilfrid e Piollet, c horégra p he , d a nse use -é toile d e
l'O péra de Paris, professeur au C N SM de Paris.
- G e org e s Plud erm a c h e r, pianiste , professe ur au
C N SM de Paris.
❏
“Le Lac des
Cygnes”,
W. Piollet et
J. Guizerix
(photo Colette
Masson).
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Villas (presque) centenaires sur l’île des Migneaux
à l’époque de leur prime jeunesse (1900-1910)
n° 2
n° 4
n° 4
n° 6
n° 8
n° 10
n° 12
n° 14
n° 16
n° 16
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n° 18
n° 22 à 32
Collection O. DELAS
n° 22
n° 26
n° 24
n° 28
n° 30
n° 28
n° 38
n° 32
n° 36
n° 38
Collection O. DELAS
n° 38-annexe
n° 43T
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L’ART DE LA VILLÉGIATURE
DES BORDS DE SEINE
Sophie CUEILLE
Ingénieur d’étude,
Service de l’Inventaire régional,
Direction Régionale des Affaires
Culturelles d’Ile-de-France
Albert Marquet, “Ile de
Migneaux, Poissy” (détail) ;
huile sur toile, vers 1929
(coll. particulière).
Il y a des lieux pour le rêve et l’émotion qui ouvrent
vers l’évasion comme une aspiration puissante et
irrépressible. Ces lieux, comme des antichambres,
ferment le monde matériel et en ouvrent un autre
dans lequel l’imaginaire se déploie, appelant un vide
où le rêve organise son théâtre d’ombres et de
lumières. Ainsi sont ressentis les rivages qui bordent
les océans, les rives qui longent les rivières, les
berges qui ourlent les fleuves… C ’est ainsi que le
géographe Pierre Donadieu évoque ces lieux privilégiés de la villégiature dans son ouvrage “La société
Paysagiste” 1 .
L’urbanisation de l’île de Migneaux au tout début
du XX e siècle est en effet l’illustration d’un phénomène
de q uê te d e la na ture q ui d e tout te m p s o b sè d e
l’habitant des villes. Le terme de “villégiature” vient du
mot “villa” désignant c es demeures de campagne que
déjà les Romains aimaient à constru ire. C ette pratique
se po ursuit a u c ours d e s siè c le s, pro d uisant un e
a rc h i t e c t u re part i c u l i è re de m aisons ouvertes sur le
paysage et dominées par des belvé dères dont les plus
beaux exemples aujourd’hui conservés sont les villas
ita lienne s é le vé e s par l’archite ct e P a lla dio a u
X V I e siè cle. La forêt, tout d’a b ord pour se s qualités
giboye use s p uis au XIX e siè c le pour son c ara c tère
p i t t o resqu e, m ais aussi les b ord s de s fleuve s, sont
les lieux de prédilection choisis pour ces villégiatures.
Les rives de la Seine comptent au nombre de ces sites
cho isis dè s le XVI e siè cle p ar la ha ut e aristo cra tie
parisienne pour l’implantation de plusieurs maisons de
pla isa nc e e t de c hâ te a ux. N on lo in d e P o issy, sur
l’une des boucles de la Seine, François Mansart élève
pour le pré sid ent Re né d e L ongue il le ch ât e au d e
Maisons, achevé en 1646, dans la commune actuelle
de M aisons-La ffitt e. A bra ha m Ra vau d, po è te d e la
p re m i è re moitié d u XVII e siè cle s’a dre sse a lors a u
c o m m a n d i t a ire de ce château en c es termes : Ici est
le domaine […] où tu dissipes tes soucis et les ennuis
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de la ville, où tu échanges l’agitation de la vie publique
contre la campagne. C ar déjà les turbulenc es de la vie
urb ain e sont lourd es. M ais c e tt e év asion es t a lors
r é s e rvée à une élite et ceci jusqu’à la fin du XVIIIe si è c l e .
P a rmi le s d erniers b e a ux ex e m ple s de villé giature
à la veille de la Révolution, figure la création du Désert
d e Ret z p ar R a c in e d e M onville, sur le t err i t o i re d e
C hambourcy, à deux pas de Poissy.
Avec le XIX e siè cle, l’ère industrielle rend plus que
jamais néc essaires les séjours hors de la ville. On peut
c o n s i d é rer que c’est la grande période du dévelo ppement et de la démocratisation progressive de cette
pratique qui voit tout d’a bord le jour en Angleterre : les
personnes aisées qui sont forcées de résider à
Londres ne manquent pas d’avoir dans les environs
une habitation de campagne où du moins elles
peuvent à leur gré venir res pirer un air plus riche en
ox y gène […] et plus bienfaisant pour la santé 2 .
L’hygiénisme naissant conduit à la création de stations
t h e rmales, de stations de bains de mer et de ce que
l’on dénommait alors des “colonies”, lieux de retraite
p our le s sé jours d ’é t é et le s dim an che s da ns les
e n v i rons d e la c a pita le. B an quiers e t inve stisse urs
immo biliers se lanc e nt alors à la conq uête d e c ette
nouvelle clie nt è le d e villé giat e urs a p p arte na nt à la
haute et moyenne bourg eoisie. Les lotissements se
multiplient en Île-de- Franc e sur le s b ords de S eine,
dans les vallé es qui se d é ploient en amont de Paris
vers la Brie, la Brière et le G âtinais 3 , mais aussi dans
les boucles de la rivière en aval de la capitale.
Pour c e faire, le déploiement du réseau ferro v i a ire
e st un élé m e nt e sse ntiel. C es lieu x d e re p os q ui
jusqu’alors n’étaient accessibles qu’en voiture à che val ou en bateau sont dorénavant à quelques minutes
de la ca pitale : à l’ouest, dès 1835, la pre m i è re ligne
d e c hemin de fer pour voyag e urs e st ina uguré e d e
P aris à S a int- G erm a in- en-La ye p uis, e n 1843, e st
o u v e rte la ligne P aris-Rouen qui dessert notamm ent
P o i s s y. Parmi les pre m i è res grandes opérations immo-
b i l i è re s m ené es d ans c ette partie oc cident ale de la
région figurent celle du lotissement de Grenelle en 1826
sur un vaste terrain en bord ure de Seine et celle mené e
en 1833 à Maisons-sur-Seine par le banquier Jacques
L a ff i t t e 4 . M ais la colonisation du b ord du fleuve est
plus part i c u li è rement a ctive durant la deuxième moitié
du XIX e siè cle . C ’ est la gran de p ério d e d es guinguettes, du canotage et des plaisirs de l’eau dont les
lieux le s plus fa m e ux sont re st és gravé s d ans le s
mémoires : le restaurant F ournaise sur l’île de C hatou
ou la Gre n o u i l l è re à C ro i s s y. Entre c es d eu x gro s
b o urgs, le chemin de halage offre dès les anné es 1870
de s a ligne m ents c ontinus d e villa s, p avillons et
cottages.
Les archite c tes, le plus souvent parisiens m ais
aussi locaux, travaillent sur ce nouveau sujet qu’est la
m aison d e c am pa gne. Ils p ublie nt forc e re cu eils et
c atalogues sur c e thèm e ainsi que des articles prése nt ant leurs pro d uctions d ans les gra nd es re v u e s
d ’ a rc h i t e c t u re c ont e m p ora ine . Ainsi n aisse nt le s
modèles pour l’arc h i t e c t u re de la villégiature, que c e
soit celle des bords de mer, des bords de forêt ou des
rives d’un fleuve. La typologie est la même et l’on peut
citer l’architecte pisciacais Théophile B ourgeois dont
la cré ativité en m atière de m aisons, autant dans les
stations de la côte picarde ou normande que celle de
la colonie du Vésinet 5 ou des rivag es d’Andrésy, de
Mé d an, de Vi l l e n n e s 6 et de P oissy, est à c et ég ard
e x e m p l a ire. C’est lui qui vraisemblablement a constru i t
plusieurs maisons de l’île de Migne aux, donnant à c es
villa s d e s b e lv é d ère s pla c és d ans les ha ut es tours
c a rré e s q ui souve nt c ara ct érise nt son œ uvre, ainsi
qu e d e no m breuse s t errasse s p our conte m pler le s
mouve m e nts d u fleuve : Maison d’agrément pour
séjours estivaux, pièce d’été, rendez-vous de pêche,
villa, chalet, chaque nouveau propriétaire, le plus souvent parisien, se crée sur l’île son domaine d’évasion
ré p ond a nt ainsi a ux argum e nts p ublic ita ires d e la
so ciété lotisseuse q ui annonc e P oissy comm e l’une
des plus jolies localités des environs de Paris méritant
sa réputation de salubrité absolue, lieu de cures d’air
pratiquées avec succès où l’on pratique la pêche et la
p ro m en a d e e n forêt. Les argum e nts é non c é s so nt
id entiq u es à c e ux d e s o p éra tio ns d e lotisse m e nt
engagées au début du siècle précédent. Si le modèle
des villas construites sur l’île n’est plus c elui du simple
e rmitage apprécié durant la Restauration mais évoque
les manoirs des campagnes normandes par des pans
de bois et des épis de faîtage, la volonté de dépaysement est restée la même. Le mythe de la tour en ru i n e ,
ra ppelant la colonne du Désert de Retz, est également
présent dans l’un des jardins de l’île, illustration d’une
autre évasion, celle vers le passé.
Le lotissement de l’île de Migneaux s’inscrit donc
dans ce courant de l’art de la villégiature dans lequel
toutefois il se distingue par une spécificité re m arq u a b l e ,
c elle d e son insularit é , b e lle ré p onse au mythe d e
Robinson Crusoé.
❏
Notes :
1. Donadieu (Pierre), La société Paysagiste, Paris Actes Sud, 2002.
2. Rouvières (de), Histoire et description pittoresque de MaisonsLaffitte, Paris 1838, p.6 et 7.
3. Laborde (Marie-Françoise), Les affolantes des bords de Seine,
Somogy Éditions d’Art, 1999.
4. Cueille (Sophie), Maisons-Laffitte, parc, paysage et villégiature,
1630-1930, Cahier du Patrimoine n°53, Paris, APPIF, 1999.
5. Cueille (Sophie), Le Vésinet, modèle français d’urbanisme
paysager 1858-1930, Cahier du Patrimoine n°17, Paris, APPIF 1989,
rééd. 2002.
6. Duhau (Isabelle), Autour d’Orgeval, de la boucle de Poissy
au pays de Cruye, Images du Patrimoine n°200, Paris, APPIF
2000.
Naître
En dessinant, j’écris. En écrivant, je peins.
Je suis persuadée qu’avant de “devenir” il faut “être” donc naître.
Chaque poème, chaque dessin est une nouvelle vie.
Ils contiennent tous un hymne à la joie et un requiem.
Entre les deux il y a le temps.
Entre les deux il faut lire. Dire. Vivre.
Etre ou n’être ?
Naître.
Verrock, 2003
(texte et lavis d’encre)
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L’ÎLE
AUX
LOISIRS
De l’avènement
du chemin de
fer à nos jours
autour de l’île
de Migneaux
L’ambiance “bon enfant” du canotage parisien, gravure de A. Andrieux
(Musée de la Batellerie, Conflans-Sainte-Honorine).
Michel AGNOLA
À la grande époque du canotage, des déjeuners
sur herbe, guinguettes et autres flonflons, les
bords de Seine pisciacais étaient une des
destinations de prédilection des Parisiens et des
citadins en mal d’évasion et de distractions.
Nombre d’activités nautiques et festives étaient
proposées, en particulier autour du Bras de
Migneaux (le Petit Bras). Reflets d’un genre de
vie sur l’eau aujourd’hui disparu, elles ont
néanmoins laissé la place à d’autres loisirs qui
perpétuent le charme et la vitalité de cet
environnement d’exception.
habits de circonstance étaient inspirés des mariniers :
cotonnades blanches, culottes larges, maillots amples,
c ha pe a ux d e p aille , b ére ts d e p ê c he ur ou en core
casquettes de marin.
Les canotiers se promenaient ainsi au fil de l’eau,
e n solita ire, e n cou ple , ou en core e n é q uipa g e
a ccom pagné alors souvent de l’indispensa ble c anot i è re et barreuse, ombrelle en m ain, qui re p renait les
c ha nts en c h œ ur. O n s’arrê ta it sur les îles e t les
coins de verd ure propic es aux déjeuners sur l’herbe,
La grande vague touristique du canotage
Le c an ot ag e e st sa ns d out e la pre m i è re
m anifest ation du dé sir d e fuit e de s cit a dins vers la
campagne. C ette navig ation po pulaire et bon enfant
est née au milieu du XIX e siècle. Elle a accompagné le
développement de multiples activités touristiques aux
a b o rds des cours d’e au. Les c anots, yoles et autre s
e m b a rc a tions c onstruite s p our l’o c c asion, sont les
p re miers vé hic ule s d e c e t “ é la n” d es P arisiens. L e
dé ve lo p pe m e nt d ’un autre moye n d e tra nsp ort
accompagne ce mouvement : le chemin de fer. Ainsi,
les stations nautiques de l’é po que, N euilly, C hatou,
Bougival, Conflans, ou bien sûr, Poissy, corre s p o n d e n t
à autant de gares du chemin de fer.
Les passionnés se re trouvaient à la G are St Lazare
ou sur l’e a u p our le ur “ dim an ch e à la c am p a gne ”.
Ils finissaient par se connaître. Toute une vie sociale
s ’ o rg a nisa it a insi au b ord d e l’e au a ve c ses ritue ls
et ses codes…
A rrivé à d estina tion, on se pré c ipita it vers le s
garag es à b ate aux pour é chang er d ans les c a bines
les tenues du cita din contre c elles du c anotier. C es
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Le costume des “canotiers parisiens”, gravure de J. Pelcoq
(Musée de la Batellerie, Conflans-Sainte-Honorine).
cha ns ons ou siest e s. O u bie n, a prè s un e “ pig e ”
(course improvisée et amicale), on allait se nourrir de
f r i t u res arrosé es d e vin d a ns un e d es n o m bre u s e s
a u b e rg e s ou guingue tt es qui ponc tua ient les rives.
Le soir venu on pouvait aussi se laisser guider par le
son de l’accordéon et de la musette pour rejoindre un
bal et danser quelques farandoles.
Les co mmunes ne m anquaient p as d’org a n i s e r
des manifestations pour attirer ce public de la capitale ;
tirs et fêtes foraines, baigna des et courses de natation,
joutes, concours de pêche et régates à l’aviron ou à la
voile, se succédaient à la saison estivale.
La belle époque du Petit Bras de Migneaux
Le Bras de Migne a ux é ta it ainsi le thé â tre d e
multiples a c tivité s (le G ran d Bra s é ta it réservé à la
navigation et le Petit Bras aux loisirs). On pouvait louer
de s c a nots c he z Oré e l, C he villa t, M a llard p uis
Le blond. La prom ena de ha bituelle consistait à naviguer jusqu’au C afé “Les Bigochets” à Villennes, pour
y pre n d re un ra fra îchissem ent e t qu elq ue s forc e s
avant de remonter le courant.
La buvette devant la maison Ermery, huile sur toile de
Solange Bobichon (coll. particulière).
p o p u l a ire des combats de chevalerie, les joutes étaient
toujours l’oc c asion d’une grande fête durant le mois
d ’août sur le boulevard d e la S eine (le c ours d u 14
Juille t). A u pré ala ble , le s joute urs d éfila ient. O n se
défiait à haute voix. O n lanç ait les paris sur le gagnant.
Un feu d’artifice clôturait ces journées festives.
Le Bras de Migneaux était aussi parfois le théâtre
de défilés nautiques (inspirés des références culture ll e s
d e l’é p o q ue e t a utre s ch ansons montm art ro i s e s ) ,
avec la mise à l’eau de toutes sortes d’embarcations
exc entriques : d e la gondole vénitienne au vérit able
char flottant.
Les canotiers de la “Suzette” se reposant devant les bains.
C o n s t ruit e n 1910, le g ara g e d e M . M a llard ,
fa bric ant et loue ur de b at e au x, ava it ét é re pris e n
1934 par M. Ermery (1910-1992). Depuis le cours du
14 Juillet, une pancarte indiquait “Appeler le passeur”.
Il suffisait d e le héler p our louer une b arq u e ou s e
re poser sur l’île du Grand-Motte au. M. Erm e ry louait
esse ntie llem e nt d e s y oles et d e s c a no ë s. C ert a i n s
p ro p r i é t a i res la issaie nt leur b at e a u d a ns le ha ng ar.
D es ve stia ires ét a ient inst allé s le lon g d u g arag e .
Pendant la mauvaise saison, M. Erm e ry s’occupait des
réparations.
La petite maison en bois, dont le style particulier
évoq ue le s parties d e c anotag e, avait en p artie ét é
d é truite ainsi que les trois quarts des bate aux pendant
le bombardement du pont de Poissy le 26 mai 1944.
Après la guerre, M. Ermery installe aussi une buvette
dont s’o c cupe sa femm e Simone. À p artir de 1986,
M. Erm e ry m ala de a bandonne son activité. En 1987,
le t erra in est a c q uis p ar la m airie d e P ois sy p our
en fa ire un e a nn ex e t e chniq ue d e la pisc ine et
accueillir un club de voile, l’association Rêve et Réalité
(aujourd’hui disparue).
D e s co nco urs d e jout es et d e n at ation ét aie nt
o rg a nisé s d e va nt la m a ison Erm e ry. Tra nsp osition
Les fêtes nautiques devant le restaurant “Léon” sur
l’île de Migneaux.
D es courses de nat ation étaient org anisé es sur
la traversé e du P etit Bras. Sur l’île de Migne aux, un
q ua i a m én ag é p ar M . C houq ue t, pro p r i é t a i re d u
restaurant “Léon”, offrait des bains pour 40 centimes.
U ne é c ole d e nat ation a vait m êm e é té cré é e sur la
S e ine prè s d u p ort. U n q uai d e 40 m ètres y é ta it
installé. Il était équipé de potences pour apprendre à
nager et d’un plongeoir de 6,8 mètres. Un bassin de
13 mètres complétait l’ensemble. A partir de 1945, la
q ua lité de l’ e a u aya nt é t é d é c laré e im pro p re à la
baignade à cause des nombreux égouts qui se déversaient en amont, l’activité a dû être abandonnée.
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e s t u rg eon de 3 m ètres et de plus de 100 kg d evant
le re st aura nt le 22 juillet 1839), “L a G oujonn ett e”
(aujourd’hui le restaurant “Village de Poissons”), et le
“Rendez-vous des canotiers” (“Le B on Vivant”).
L’îlot en face de “L’Esturgeon” avait été aménagé
en guinguette pour y danser au bord de l’eau (photo
ci-dessous). Attenant au Vieux Pont se trouvait aussi
“L e P e tit Ro binson ”, a ujourd ’ hui disp aru. C e p etit
restaurant était a c c essible de puis la troisièm e arc h e
de l’ancien pont de Poissy.
Le quai aménagé par M. Chouquet pour la baignade.
Le C ercle de Voile a c cueillait les amateurs pour
leur “donner le goût de la navigation à la voile”. F ondé
en 1888, le siè g e so cia l ét a it inst allé au se in d u
re st aurant “L’ E s t u rg e on”. Ré gulière m ent, le C erc l e
o rganisait des régates et des courses sur la Seine.
La p ê ch e à la lig ne c onstitua it au ssi une de s
a c tivité s m aje ure s de c e bord d e S e ine. G oujons,
c arp e s, a nguille s, g ardons, bro ch ets e t m êm e
e s t u rg eons ont p e uplé notre fleuve. L es P arisie ns
venaient pêcher ou participer à des concours organisés par des sociétés de pêcheurs. C ertains pêcheurs
pisc ia c a is org a nisa ient d e s p artie s d e p ê ch e, prévoyant les lieux, les embarc ations et pré parant aussi
l'ha m e çon a ux b e lle s da m e s g a nt é es d ’anta n. Le s
goujons abondaient sur les fonds sableux de la Seine
qui leur permettaient de frayer. De nombreux re s t a urants pêchaient leurs propres poissons et proposaient
toujours une friture au menu.
Tout es les villas des berg es étaient aménag é es
pour la vie a u b ord d e l’e a u a ve c p ontons privé s,
cabines et palans (ils servaient à immerger les paniers
à écrevisses, celles-ci frayaient encore dans les eaux
de la Seine jusque dans les années 50).
À partir d e 1899, ave c les cham p s d’é pand ag e
d ’ A c h è res et de C arri è res (où arrivait le grand émissaire, l’égout principal de Paris), la qualité de l’eau se
mo difia. Les algues stimulé es par les sels minéraux
de s dra ins d es c ha m p s d ’é pa nd a g e c ha ng ère n t
l’aspect de l’eau. Des dépôts de matières en suspension re co uvra ie nt le s fon ds sa bleux et alt éraie nt
l ’ e n v ironnem ent piscicole, ce qui se répercuta peu à
peu sur la pêche et l’activité touristique du Petit Bras.
Les restaurants et guinguettes peuplaient ce bord
de S e ine . S ur l’île, de va nt le rest a ura nt “L éon ”, un
d é b a rc a d è re permettait d’a ccueillir les canotiers et les
pêcheurs en quête d’un bon repas et d’une ambiance
dansante. Situé à la pointe Est de l’île, le re s t a u r a n t
jouissa it d ’une très b onne ré p ut ation. S on a c tivit é
dé clina a près la pre m i è re guerre mondia le avant d e
disparaître.
Le long d u b oulevard d e la S eine (c ours d u 14
Juillet) et l’avenue de Migne aux (avenue E mile-Zola)
d ’ a u t re s re staurants trè s ré p uté s sont toujours là :
“ L’ E s t u rg e on” (a insi no m m é a près la p ê c he d ’un
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- © Copyright Chronos Poissy - Juin 2003
A près un bon re p as, les b ords de Seine étaient
p ropices à une belle promenade dans le pro l o n g e m e n t
de l’avenue de Migneaux vers Villennes. Loin des baraquements qui oc cupent les bords de Seine aujourd ’ h u i
à Poissy, c e parcours était à l’é po q ue un c harm a n t
chemin de t erre o m brag é et verdoyant longe ant les
b e rges. Il reste de nos jours un parcours privilégié pour
promeneurs et “joggers”.
Le sentier des berges de la Seine entre
Poissy et Villennes.
Nouveaux temps, nouveaux loisirs
L’avènement des congés payés et de la semaine
de 40 heures en 1936, le développement de nouveaux
moye ns d e tra nsp ort et la p ollution d e s e au x d e
la Seine ont peu à peu amené les citadins parisiens à
se dirig er vers d ’a utres horiz ons touristiq ue s plus
lointains. C ertes, cette belle époque est révolue, mais
elle a laissé la place à d’autres a ctivités qui perpétuent
le charme et la vitalité de c e ca dre d’exce ption de la
Seine autour de l’île de Migneaux.
A u j o u rd’hui on ne se baigne plus d ans la Seine.
N é anmoins, à partir de 1966 une piscine olympique
est ouverte sur la partie Est de l’île. C ’est l’une des
p re m i è res de la région. Elle a été bâtie ave c la part i cipation de dé tenus en fin d e p eine. Les m at ériaux
ont ét é a ch eminé s p éniblem e nt sur l’île à l’aid e d e
barges. Installée sur un parc de 2 hectares entouré de
la S e ine , elle dra ine un larg e pu blic ve nu m êm e
p a rfois d e la c a pit ale p our trouver un mo m e nt d e
dé t ente d ans un c a dre d e verd u re . L e c entre d e
natation peut accueillir jusqu’à 1200 personnes par jour
(90 000 entrées ont été comptabilisées en 2002 dont
la moitié con c erna it le p ublic sc olaire d e P oissy).
L’ i n f r a s t ru c t u re co mp ort e deux ba ssins d e 50 et 25
m è t res ave c plong e oir et to b ogg a n, un t erra in d e
volley, des jeux pour les enfants et un bar ouvert l’été.
U ne é q uip e d e 25 p ersonn es g ère les c entre s d e
nat a tio n d e Mign e a ux et d e S a int- E xup éry. E lle
accueille des clubs de natation, de plongée et d’a pné e
du C ercle N autique de Poissy.
Les garag es à lo c ation de b ate aux ont c é dé la
place au club d’aviron. C e club a été créé en 1996. Il
est l’initiative d ’un grou pe d ’amis novic es q ui souhaitaient tout simplement voir réhabiliter la navigation
sur le Petit Bras. Avec le soutien de la F édération (qui
leur a a p port é une form ation et quelq ues b ate aux),
des Mairies de Poissy et de Villennes, le club a pu se
d é v e l o p p e r. Il c o m pren d a ujourd ’hui 120 à 130
m e m b res, 23 monite urs b énévoles et 2 é duc ate urs
fédéraux. D’abord installé à Poissy sur l’ancien terrain
de M . Erm e ry, le club a re joint la b ase na utiq ue d e
Ville nn es e n 1999 lorsq ue l’a sso cia tion R êve et
Réalité a c essé son activité. Un ponton a été installé
sp é c ia lem ent p our p erm e t t re l’em barq uem e nt et le
d é b a rquement délic at de ces embarc ations légère s .
La navigation s’opère uniquement sur les 4 kilomètres
du petit bras P oissy-Villennes (notamment pour des
questions de sécurité). N é anmoins, cha que anné e la
co m p é tition du “gra nd huit” est org anis é e . E lle
consiste à b ouc ler les île s d e Migne a ux et d e
Villennes. Régulièrement, des randonnées sont organisées, sur d’autres cours d’eau, des lacs, le C anal du
Midi, ou m êm e à l’étranger dans la baie vénitienne.
Elles sont aut ant d’oc c asions de d é couvrir d’autre s
paysages d’exception.
C e sport nautique trouve ses origines à la fin du
X VIIIe siècle. On constata alors qu’il était plus judicieux
pour ramer d’exercer son eff ort en s’aidant des jambes,
dont la m a sse mus culaire est plu s p uis sante .
Ava nt m êm e l’inv ention d u siè g e coulissant, le s
p re miers a virons se ré sum a ie nt e n une b arq ue e n
bois é quipé e d ’une planche graissé e sur la q uelle le
navig ateur venait frotter le fond d e son p ant alon en
c u i r. A ujourd ’hui, le c arbon e plus lég er et s olide a
remplacé le bois.
Il existe toute une panoplie de bateaux suivant le
typ e d ’usag e e t le nive au d e s c an otiers. Le c lub
d ’ a v iron possède ainsi sa petite flottille dans un des
hangars du centre nautique : bateaux plus ou moins
“Quatre avec barreur” sur le Petit Bras
(photo Aviron-Club de Villennes-Poissy).
sta bles, seul ou à quatre, ave c ou sans barre u r, des
bateaux “découverte”, des canoës, des skiffs (plus fins
pour les avertis), des yolettes, et même quelques skiff s
anciens magnifiquement fuselés en bois.
Sur l’île de Migneaux, le restaurant “Léon” a disp a ru, m ais le Re lais Int erna tion al d e la J eune sse
a c cueille de puis 40 ans les jeunes touristes franç ais
ou étrangers provenant notamment d’Europe du Nord
et de l’Est. La propriété a ppartenait aup aravant à M.
Lambert, PD G des pétroles Antar. Elle a été rachetée
en 1963 par l’association du C LAJ. Le Club de Loisirs
et d’Action de la Jeunesse avait lui-même été créé en
1940 afin d ’offrir d es va c a nc es a ux plus d ém unis.
Aujourd’hui, l’association possède 630 maisons telles
q ue le R ela is d e la J e une sse , d ont 400 sur la côt e
d’Azur. La maison principale et celle des domestiques
ont été réaménagées afin d’offrir 85 lits. Le Relais se
veut avant tout un lieu d’a c cueil associatif et a cc essible. Il propose une formule d’hé bergement avec pension. L’association est entièrement autofinancée. Son
fonctionnement est fondé sur la participation. De nomb reux bénévoles partagent ainsi les multiples tâ ches
qui régissent la vie du centre et ac compagnent les 8
salariés du Relais de la Jeunesse.
L’île d e Mign e a ux, s es berg e s e t la S ein e so nt
aussi le cadre de bien d’autres activités de loisir, traditionnelles ou modernes, de la promenade dominicale
à pied ou à vélo, au ski nautique et jet ski sur le Grand
Bras, en passant par le canotage amateur à la rame, à
la voile ou à moteur…
Et demain ?
D ans le passé, la pollution des e aux, en a ppauvrissant le site, a été à l’origine d’un déclin de la station touristique de Poissy. Alors espérons qu’à l’avenir,
tous ensemble, riverains, visiteurs et élus, nous saurons préserver ce lieu d’exception… Rêvons qu’un jour
prochain le Petit Bras s’offre à nouveau à la baignade,
que la faune et la flore s’y épanouissent pleinement,
pour le développement de nouvelles activités de loisir
e t p our la pré servation d e c e p a trimoin e qu e nous
lèguerons aux prochaines générations.
❏
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LES CHANTIERS NAUTIQUES
DE L’ÎLE DE MIGNEAUX
Jacques CARRÉ et Bernadette DIEUDONNÉ
G uy de Maupassant — à la demande d’Emile Zola — se renseigne en 1878 sur les charpentiers de
bateaux de Poissy. A l’en croire, B audu et Dallemagne, qu’il a rencontrés, “sont également voleurs
tous les deux et ne méritent aucune confiance”. A cette époque, ni Oréel ni Pernelle ni C arré ne sont
installés à Poissy. C ette mauvaise appréciation ne les concerne donc pas.
En 1891, Jules Oréel ne possè de qu’un bate au
dans le bras de Migne aux. Il y est re censé avec son
é pouse , ses six enfa nts e t sa b elle-m ère . C in q ans
plus tard , il est pro p r i é t a i re d e plusieurs t err a i n s
da ns l’île d e Migne au x e t inst a lle sur l’un d ’e ux
son cha ntier de construc tion d e b a te a ux. A c ett e
é p o q ue , la S ein e e st toujours le lieu privilé gié de s
p e i n t res, d es p ê ch eurs, d e s b aign eurs e t de s
c a not eurs. L e rest a ura nt d e Lé on C hou qu et attire
cha q ue dim an ch e le s P arisiens qui re c h e rc he nt la
détente et le dépaysement.
Lorsq u’il d é c id e
le lotissement de l’île,
L éon C h ouq ue t fait
établir une passere l l e
e n bois pour y a c c éd er et la situe e ntre
son restaurant et l’un
d es terrains a ppart enant à Oréel. C ’est sur
c e terrain qu e s’inst alle e n 1904 un c ert a in Léger
Pernelle. Jusque-là employé dans un chantier naval,
il quitte B ennecourt pour venir s’installer à Poissy où il
se m et à son c o m p t e. M a is la Ville ve ut t ax er e n
“bateau de plaisance” c elui qu’il utilise pour a ccé der à
l’île (n’ a-t-il don c p as confia nc e en la p as sere l l e
p o urtant proche ?). A la suite de sa réclamation, la taxe
est diminuée de moitié à condition que ce bateau soit
Le premier chantier Pernelle dans l’île, installé juste à
gauche de la passerelle de Chouquet.
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- © Copyright Chronos Poissy - Juin 2003
Le garage Pernelle et la passerelle en bois.
exclusivement réservé à l’exercice d’une profes s ion
autre que celle de loueur de bateau et qu’il ne serve
qu’au transport de la terre ferme dans l’île et réciproquement.
Jusq u’à la pre m i è re gu erre mondia le, Lég er
P e rnelle, ave c l’aide de son fils Arthur et d’un charpentier, se charge de la réparation, de l’entretien et de
la construction de barques et petits bateaux de pêche.
Son atelier est sommaire et le travail artisanal.
C e p en d ant, le tourism e fluvial c ontinue à se
d é v e l o p p e r. C ’e st a lors q u’a p p ara ît sur l’île d e
Migneaux la famille C arré. Trois générations suc cessives vont y exercer la profession de constructeur de
bateaux.
L e pre m i e r, François Carré, e st orig inaire d e
N antes où il est charpentier de marine. Son beau-père
Yvon Le la y c onn aît son d ésir d e s’é ta blir à son
com pte. D’ab ord mousse sur un trois-m âts où il est
gré e ur (c harg é d e la fa bric a tion d e s é pissure s d e
haubans q ui tiennent les mâts), Yvon Lelay pratique
ensuite le métier de c a pitaine de yachts p our divers
p ro p r i é t a i re s (t e l le dire c t eur d es F olie s- B erg è re s ) ,
son travail consiste la plupart du temps à conduire le
yacht à travers rivières et canaux, jusqu’à l’autre bout
de la France. C ’est lors de l’un de ses déplacements
qu’il découvre l’île de Migneaux et signale à son gendre
ce qui lui semble être un endroit idéal pour l’établissement d’un chantier naval.
En 1911, François C arré et son épouse G ermaine
Yvonne Lelay ha bitent Argenteuil. Jules Oré el — qui
d é s o rm ais se c onsa cre uniqu em ent à son ét a blissem e nt de b a ins — le ur c è d e (d e vant M e M as son
n o t a i re à H ouille s) un t errain d e plus d e 12 ares s is
dans la grande île de Poissy, et son fonds de commerce
de constructeur de bateaux. Il est bien stipulé dans
l’a c t e d e vent e q ue d oré na va nt M. et Mme Oréel
s ’interdisent aucun fonds de commerce de même
na ture, dans la ville de Poissy et dans un rayon de
50 km (sauf e n c e qui c onc erne la ré p ara tion de s
bateaux de leur établissement de bains), et qu’à partir
du 1 e r m ai 1911, M. et Mm e C arré sont autorisés à
prendre le titre de successeurs de M. et Mme Oréel.
L’acquisition du fonds de commerce Oréel comp re nd la c lie nt èle , les m arc ha ndise s, ainsi q ue le
matériel servant à l’exploitation. L’ i n v e n t a ire de celui-ci
donne un e id é e d e la na ture e t d e l’im p orta nc e d e
l’exploitation d’ Oréel. Il comprend :
- une péniche amarré e sur la Seine au point kilom étriqu e 78,650 d e 28 m e nviron de longu eur e t se s
a m a rre s, d a ns la q ue lle exist e nt un g ara g e et un
logement,
- un ponton amarré à cette péniche avec ses amarres
et planc he s à laver, une p ass erelle et un esc a lier,
deux poteaux avec enseignes,
- neuf na c elles d e pê che, deux bate aux à fond plat,
deux canots à quille, deux as, deux baladeuses,
- une péniche se trouvant sur un terrain de 12 ares 76
c e n t i a re s, d ans la gra nd e île de P oissy, d e 25 m
environ de longueur, avec logement et garage, appui
et cave,
- un at elier mo bile sur le dit terra in, d e 15 m 2 a v e c
outillag e, onz e serre-joints, un cric, une meule, deux
pinces, deux grands établis de 15 m de longueur, un
a u t re é ta bli, d e ux é t au x, q ue lq ue s outils à b ois,
bouvets, riflards, varlop es, rab ots, cise aux, tarière s ,
assortiment de gabarits de bateaux, de jointures, dix
camions avec brosses, une étuve,
- un garage mobile sur le dit terrain de canots autos,
de 12 m environ, avec établis, deux presses, un valet,
trois jeux de poulies,
- un ber, chariot, q uatre rails monté s et q uatre non
montés, un treuil en fer, un vindas, différentes cordes,
un vindas ferré.
La première péniche signalée dans l’inventaire se
t rouve am arré e a venue de Mign e aux, a u nive a u d u
restaurant “Le B on Vivant”. La se conde p éniche, un
peu moins longue (25 m seulement), n’est pas sur la
Seine mais a été tirée à terre au moment de l’important e inonda tion de l’anné e pré c é d ent e (1910), elle
se trouve situé e sur le terrain a c q uis c e mêm e jour,
celui du 27 île de Migneaux, de même que l’atelier et
le garage mobiles.
De petits bateaux sortent tout d’abord des ateliers
de François C arré, constructeur diplômé ainsi que le
signale la pla que a pposé e à l’arri è re d e cha cune d e
ses réalisations.
Durant la guerre 14/18, François C arré doit trava iller c omm e charp entier de m arine à l’Arse nal d e
C herbourg. C ’est là que naît son second fils Jean en
1915 (il a aussi un fils de 7 ans, Raymond, né d’un premier mariage).
Après la guerre, la péniche aménagée — qui abrit ait d éjà la famille Oré e l — sert à nouve au d e
log em ent à François C arré, son é p ouse et les d eux
garçons, jusqu’à leur installation vers 1930 au premier
étage de la belle maison en meulière, conçue par les
frères B ourgeois architectes. Le rez-de-chaussée est
prévu pour en faire, côté avenue, un magasin d’exposition de petits bateaux, tandis que le côté Seine est
r é s e rvé à la m anutention (dé pôt d e p einture, clous,
vis, et c). U n p eu plus tard, le se c ond é t ag e e st
aménagé pour y loger les charpentiers et menuisiers
du chantier.
Le hangar de construction vers 1930. Au second plan,
la maison d’habitation.
Plusieurs a c q uisitions p erm ett ent p eu à p eu
d ’a gra ndir la surfa c e d e la pro prié té , e n 1914, en
1919. P uis la p é nic he disp ara ît, le s a te liers se
c o n s t ruisent en plus solide. Les inscrip tions, q ui se
voie nt d e p uis le p etit bra s de la S ein e, sign ale nt :
Chantier de construction navale Carré - Canots à
moteur et voiles - Embarcations à l’avirons en tous
genres - Canoës canadiens et à rames - Bateaux de
pêche - Entretien - Réparations. L’atelier de menuiserie, perp endic ulaire à la Seine, n’a q ue 5 m ètres de
large, les dimensions de l’ex-péniche-logement.
François C arré obtient en 1930 l’autorisation de
descendre la péniche garage qui se trouve devant le
restaurant Grisot (Le B on Vivant) et de la reporter plus
en aval, à environ 20 à 30 m du premier passage à
niveau, et de stationner à ce nouvel emplacement pour
une durée de dix ans.
Dans son entreprise, il se fait aider par des comp agn ons charp e ntiers d e m arine : Alfre d Lela y e t
F e rdinand Luce rec ensés sur pla ce en 1926, et Je an
B aylot dit Emile recensé avenue de Migneaux, sur un
terrain proche du restaurant de M. Reguillon (appartena nt a ux C arré d e p uis 1914), F ern an d M onnier en
1936, Pierre C hatenet et C harles Poinsot en 1946.
Vers 1932 est fabriqué le Simbad, à la demande
de M. Pélissier. Le jour de sa mise à l’eau, tous ceux qui
l’ont ré a lisé p ose nt sous le m â t d é coré d u gran d
p avois. Ils sont quinz e co m p agnons a utour de leur
© Copyright Chronos Poissy - Juin 2003 -
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p a t ron, François C arré, qui se distingue par sa taille
imposante, sa chemise blanche et sa cravate. Son fils
Jean, alors âgé de 17 ans, est le cinquième à partir de
la droite (photo ci-dessus). Un autre bateau réalisé à
cette époque est le Tadorne. En 1939 le voilier l’Ermite.
En 1943 un voilier Dinghy de 6 mètres.
Après un ralentissement dû à la guerre 39/40 et
aux difficultés qui ont suivi, les a ctivités re p re n n e n t .
L’un des ateliers ayant été détruit lors d’un bombardement, un nouveau hangar métallique est monté sur
le terrain, ses dimensions vont permettre de fabriquer
des bateaux de plus grandes dimensions, tel le PawCap, réalisé pour M. O urback, directeur des Potasses
d’Alsace, qui demande lui aussi un an à un an et demi
de tra vail. S ous la dire c tion d u c ontre m a î t re E m ile
B a ylot, le s c harp e ntiers e n sont : J e a n B ourrut et
M a rc el Large dit Bichon. Je an B ouq uin est p eintre ,
Jésus Lopez est menuisier ébéniste.
A près sa d émobilisation, Jean Carré, le fils d e
François, achète une péniche (devenue le re s t a u r a n t
“Le B oucanier”) pour s’en faire un atelier. Il y construit
des barques de pêche et des bateaux à rames, types
canoë français ou canoë canadien, et les propose à la
location à l’heure, à la demie journée ou à la journée,
pour la pê che ou le c anot age. L’é po que de l’a prèsg u e rre es t pro pic e à c e g e nre d e loisirs. Q u elq ue s
Parisiens viennent même jusqu’au chantier à bicyclette
pour profiter des plaisirs du bord de l’eau.
A la m ort d e Fra nç ois C arré (1949), J e a n lui
suc c è d e e n t ant q ue co nstruc t eur d e b a te a ux d e
plaisance et gérant de la société. A ce moment, c’est
à nouveau l’essor de la navigation de plaisance et de
nombreuses commandes pour Jean C arré : un voilier
dessiné par l’architecte C ornu pour M. Pichonnier en
1951, une ve d e tt e (lon gue d e 7 m) de ssin é e et
réalisée par Jean C arré pour un client belge habitant
l’île, un squale de 9 m dont l’archite cte est François
S e rgent, le Thienis en 1956, etc. M. C ornu est aussi
l ’ a rchite cte de voiliers de 18 m ètres co mme le PawCap, dont la voile d’avant est gonflée en arrondi par le
vent et dont la quille mesure 2,50 m de tirant d’eau. A
cette époque, il y a une profondeur de 3 m à 3,50 m
da ns le ch en al (a lors q ue d e nos jours , m a lgré le
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dragage récent, il n’y a que 2,50 m de profondeur au
centre, et 1,50 m sur les bords).
M a is le b at e au le plus c é lè bre construit à
Migne aux est c e lui q ui est co mm a ndé en 1962 p ar
H e nry de Monfreid. C ’est un boutre arabe de 13 mètre s
de long, en iroko (bois exotique d’Afrique), pesant 13
tonnes, à l’é trave puissante . C o mme tous les co mmanditaires, Monfreid surveille l’avancement des travaux. Sur la photo ci-dessous, on le voit admirant l’oss a t ure de l’O bock, où le bordé est encore à claire - v o i e ,
et les membrures (bois étuvé puis courbé et fixé avec
d es rive ts de c uivre) inst a llé e s. L es a utres b ord é s
s e ront ensuite fixés. A l’a c hèvem ent d e la pre m i è re
étape — qui comprend la coque et le pont — il y a la
fabrication du château arrière. C e voilier est le dernier
du navigateur et écrivain célèbre. Après la mort de son
propriétaire (survenue en 1980 à l’âge de 95 ans), ce
voilier a continué à naviguer sur les mers.
Henry de Monfreid surveille son bateau l’Obock en cours de
construction.
Avant d ’être b a ptisé par René H érissé, curé de
P o i s s y, en 1965, l’ O b o c k est c o mm e tout b at e au
d ’ a b o rd posé sur un chariot de mise à l’eau, retenu par
un treuil éle ctriq ue, le tout roulant sur d es rails descendant jusqu’à la Seine puis mis à l’eau.
Bénédiction d’un bateau au chantier Carré par le curé de
Poissy René Hérissé, vers 1955. A gauche, pansement sur le
crâne, le contremaître Emile Baylot.
Vue sur l’île, indiquée
“Île Pernelle”, devant
le chantier Oréel.
François Carré (1880-1949) sur
son chantier.
Henry de Monfreid et Jean Carré au travail en 1962.
Premier plateau
avant la construction de l’Obock et présentation d’un gabarit.
Le San Lorenzo, vedette de 12 m,
en chantier pour la réalisation à l’identique d’un
nouveau pont en teck (2001).
Jacques Carré et l’un de ses petits-fils,
Valentin (la relève ?) en 1997.
A partir de 1956, les co mp agnons charp entiers
sont nombreux. O utre Jean C arré et sa mère Yvonne
qui s’oc cupe de la co mpta bilité, ils sont une dizaine
qui tra vaille nt 40 he ures p ar sem ain e (et p arf o i s
jusqu’à 45 et 48 heures avec les heures supplément a i res) e t pre nn ent leurs con g és p ayé s à tour d e
rôle. C e sont, sous la direction du contremaître Emile
B a ylot, J e a n B ou quin, Je a n B ourrut, J é sus Lo p e z,
André A ndreit z, M auric e Lelay, G ermina l P a z, J e a n
Lan glais , l’a ppre nti Re né G uign ard et le plus âg é
de tous, le se p tua gé naire Arthur P erne lle, a utre f o i s
charp e ntier d e b at e au x sur l’île , d u t em ps d e son
père Léger.
Les archite ctes navals travaillant pour les co mm a n d i t a i res d e C arré sont, à l’é p o q ue , Fra nç ois
S e rgent, C ornu, A ng eli, Elie Poinsot. Ils ré alisent les
de ssins à l’é ch elle de 1/10 e , p arfois d e 1/20 e , q ui
s e rvent à fa briq uer les g a b arits. L a s alle à tra c er
m e s u re 30 m ètres de long. Le cha ntier C arré est, à
cette époque, l’un des plus importants de la région. Il
en sort des bateaux de 12 m, 15 m et parfois 18 m de
long. Ils sont souvent présent és au S alon N autiq ue
annuel, qui a lieu à partir de 1960 d’abord sur les quais
(entre les ponts de l’Alma et d’Iéna), puis au C NIT à la
Défense et, maintenant, à la Porte de Versailles.
En 1976, J e an C arré c è d e la pla c e à son fils
Ja c ques q ui, a près avoir d ura nt de longues anné es
trava illé a ve c son p ère (en p artic ulier sur l’Obock) ,
poursuit désormais seul la réparation et la constru ction d e b a t e a ux. Il re ç oit d es P o nts et C h aussé e s
la co mm a nd e d e q uin z e b arqu es d e 7 m d e long
pour les tra va ux d e m ainte na nc e d an s le s é c luse s
entre Suresnes et Rouen, fabrique des catamarans de
12 m, etc.
Mais avec l’arrivée du polyester pour les coques
et la fabrication en série, il n’y a plus de place pour le
travail artisanal qui était ré alisé sur les c hantiers d u
type de celui de l’île de Migneaux. Le dernier bateau
construit (en trois exemplaires) par Jacques C arré est
un superbe voilier monocoque de 6,60 m, l’Etoile de
Mer, présenté au Salon N autique de 1980. L’ a rc h i t e c t e
en est Elie Poinsot.
A partir de cette date, il ne fait plus
sur l’île de Migneaux, outre l’hivernage et
l ’ e n t re tie n, q ue d e la ré p ara tion d e
bateaux polyester de tous types ou de la
restauration de bate aux en bois. Il peut
s’agir d’un pont en teck à refaire à l’identique sur une ve dette ou, à la demande
de l’a sso cia tion S e q u an a d e C ha tou,
d’une yole ancienne à restaurer.
Le s ch antiers C arré sont les se uls
d é s o rm ais à a ssurer l’hivern ag e et le
g a rdiennage. Pour le stationnem ent des
30 à 50 b at e aux d e plaisanc e , il a fa llu
c o n s t ru ire, sur une ossature m étalliq ue,
un platelage en bois exotique a z obé dit
“b ois d e fer”, im putrescible, a uqu el on
accède par une passerelle depuis le che-
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- © Copyright Chronos Poissy - Juin 2003
Un bateau en cours de restauration en 1997.
min du bord d e l’e au (anc ienne rout e d e Vi l l e n n e s ) .
Le s b at e a ux sont am arrés d e p art e t d’a utre d e c e
c he min flotta nt. Il fa ut ex erc er un e surv e i l l a n c e
continuelle, surtout en période d’inondation. C ertains
s e rvent de ré sid enc e princip a le à le ur pro p r i é t a i re ,
mais ils quittent de tem ps à autre leur empla c em ent
pour sillonner les c anaux et rivières de Franc e. To u s
sont des bateaux navigants, parfois en m er, et autono m es. La clie nt èle e st origina ire de P aris e t d es
e n v i rons. C es ba te a ux de tout es form es, d e toutes
couleurs, de toutes dimensions, qui s’allongent dans
le p etit bra s de la S eine, jettent une note de ga ie té
dans le quartier et semblent comme un avant-goût de
vacances ensoleillées.
Ainsi, depuis la fin du XIX e siècle, toutes sortes de
bateaux — qu’ils soient de plaisance ou de pêche —
ont été fabriqués par l’un ou l’autre des trois chantiers
qui se sont succédé sur l’île de Migneaux. C ertains de
c e s bat e aux, qui na viguent toujours, m êm e s’ils ne
sillonnent plus les mers, ont porté au loin le renom de
ces chantiers, part i c u li è rement le chantier C arré, œuvre
de trois générations de constructeurs.
❏
Toutes les illustrations, sauf mention contraire, sont issues
de la collection Jacques Carré.
Stationnement des bateaux sur le petit bras.
Au fond, le pont de Migneaux (photo de 1990).
LA CRUE DE 1910 À POISSY
Olivier DELAS
La Seine est considérée comme le plus régulier et le plus navigable des fleuves français. Cependant
ses caprices et ses débordements sont spectaculaires. Certains ont fait date. La crue de février 1658
et celle de décembre 1740 ont été particulièrement importantes. Quant à celle de janvier 1910, elle
est encore présente dans la mémoire collective.
Janvier 1910 : la Seine est sortie de son lit ; il neige sur Poissy… et le facteur assure sa tournée
(cliché Gaillard, coll. O. Delas).
Q u elle s e n s ont les c a use s ? A prè s la sa ison
chaude de 1909 et les fortes pluies dans le bassin de
la Seine, les terrains sont gorgés d’eau et les nappes
phré atiq ue s sa turé e s d ès le 1 e r n o v e m b re. Il suff i t
alors des pluies d’hiver additionnées d’une vague de
grand froid pour provo quer la monté e spe cta culaire
des e aux, le gel em pê chant tout drainage. En eff e t ,
dès le début de l’anné e 1910, les nuages déversent
de véritables trombes d’eau ce qui, ajouté aux crues
des divers affluents de la Seine, cause le désastre des
derniers jours du mois de janvier (du 28 au 31).
La Seine atteint la cote de 24,16 mètres et dépasse
la digue d’Achères qui protégeait la zone d’épandage
des e aux d’égout. En amont, le champ d’inondation
s’étend sur plus de 1 km de large, de puis le chemin
n ° 55 à C arr i è res (a ve nue Erne st- Jo ly) jusq u’ à
l’ancienne route d’Achères. En aval, les Grésillons sont
eux aussi en grande partie sous les eaux.
C ôt é P oiss y, le t a lus d e c he min d e fer limit e
l’étendue de l’inondation. C ependant la Seine atteint
la hauteur de la plate-forme des voies et recouvre les
rails sur 7 km, ce qui cause durant un mois l’arrêt du
trafic ferro v i a ire entre Poissy et Ve rn e u i l - Ve rnouillet.
L’a sile S a int-L ouis, q ui a brit e 200 enfa nts, e st
évacué par mesure de préc aution. Le port de Poissy
e st c o m plè te m e nt sub m erg é , le ch em in d e h ala g e
se re t rouve sous 2,25 m d’e au. L’usine à g a z c esse
de fonctionner d urant plusieurs mois. Soix ante-dix
maisons de Poissy sont inondées : cinquante en bord
de Seine, et les vingt constructions réc entes de l’île de
Migneaux.
Les villas n°8, 6, 4 et 2 de l’île pendant l’inondation
(cliché Gaillard, coll. O. Delas).
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Si les statues représentent les rivières
Que les jardins n’existent pas sans eau
Que tu n’es rien sans âme
Mais que les mots coulent à flots
Que tout est couleur dans ta demeure
Là où Seine et Oise se rencontrent
Et inondent de leurs faveurs,
Toutes créations d’un fleuve.
Ton tableau sera signé
Ton savoir diffusé
En aval ou en amont,
Peu en comprendront le sens
Mais tous diront : “je pense”
Les habitants de l’île, grâce aux barques, sont toujours reliés au “continent”
et viennent surveiller la montée de la crue (cliché Gaillard, coll. O. Delas).
Le spectacle est impressionnant. Le fleuve en cru e
charrie lentement de nombreux objets hétéroclites. A
Poissy les arches relativement étroites du vieux pont
sont obstrué es par d es arbres et dé chets de toutes
s o rt es, c e q ui e xpliq ue la monté e ra pid e d es e aux.
E n ville, le s é gouts
re foule nt le urs e a ux
usées, l’étang du parc
Meissonier (alors propriété privé e) débord e
et s’étend sur 7 he ct a re s. La ha ut eur
m aximale est atteinte
le 31 janvier.
et com pt e tenu des am énage ments, installations et
plans de se cours mis en pla c e dern i è rem ent par les
s e rvic es d e l’ E ta t, le s îlie ns save nt au q uotidien
pendant les périodes de crues, comment s’organiser
e t se prot é g er (pour être pers ua d é d e c ett e prise
en compte du risque par les populations concernées
e t de sa g es tion, il s uffit d e lire l’ artic le intitulé
“La gestion des crues de la Seine”).
❏
A gauche : l’avenue de Migneaux au
d ébut de l’inondation. A droit e, L a
Vieille Tour, sur l’île ; le port ail
“immergé” nous montre la hauteur
de l’eau.Ci-dessous,la passerelle et
le rest aurant Léon dans une ambiance irréelle (2 clichés Gaillard ,
coll. O. Delas).
La d é crue s’a morc e à p artir d u 5 février,
le fleuve reprend alors le chemin de son lit initial
en laissant derri è re lui les limons et les boues.
U n gra nd ne ttoya g e sera alors entre pris p ar
les é quip es d es servic e s m unic ip au x d e
l’époque en partenariat avec la population afin
de redonner aux voiries et aux bords de Seine
le paysage familier.
La S ein e sort e nc ore fré qu em m ent d e
son lit, les ha bitants de l’île de Migne aux sont
les premiers im pliqués. Les crues d e la Seine
de 1924 e t 1955 ont m arq ué a ussi le s m é moires mais elles n’ont pas été comparables à
la grand e crue de 1910. C e p end ant, tous le s
mé c anism es de c es “ dé bordem ents” ne sont
pas, ni id entique s, ni aussi im prévisibles que
ceux survenus il y a quelques mois dans d’autre s
ré gions. Alors, d e p uis q ue lq ue s dé c ennies,
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Verrock
D’UN PONT À L’AUTRE
sur le Petit Bras de Migneaux
Jean-Louis TANCERMAN
L’Île-de-France possède une bonne soixantaine d’îles naturelles hors Paris, dont l’urbanisation
s’est progressivement faite au cours du XXe siècle, et dont la vie et l’intégration aux cités
environnantes a pu se développer grâce à des bacs, puis des ponts de toute nature. Lorsque en
1903, le sieur Léon Chouquet, propriétaire de terrains et du restaurant “Léon”, crée la Société
Immobilière de l’Île de Migneaux en vue de la vente de l’île en parcelles, il y inclut une passerelle
carrossable toute neuve, en bois et à voie unique, qui permet l’accès par l’extrémité amont de l’île
depuis l’ancienne route de Villennes.
e siècle (coll. privée).
La passerelle en bois au début du XX
Une passerelle en bien mauvais état
Le s difficult é s co mm en c e nt e n 1926, q ua nd
Ma uric e F élix R o do lph e D e pierre , dire c t eur d e
l’A genc e H avas, pro p ri é t a ire de la majestueuse villa
F élix, et Pré sid ent d e la n ouve lle as so cia tion de s
p ro p r i é t a i re s d e l’île d e Migne aux (SPIM), a nnonc e
lors de l’assemblée générale du 27 janvier 1927 : La
société immobilière de l’île de Migneaux laisse ainsi
à notre jeune association la lourde responsabilité d’un
pont usé, sérieusement dégradé, susceptible d’occasionner des accidents dont les conséquences lui
deviennent dès ce moment imputables. Et le C onseil
Syndical de l’association de demander une expertise
j u d i c i a ire de la passerelle, dans l’espoir que les frais
de remise en état puissent être mis à la charge de la
Société Immobilière ou du sieur C houquet.
L ors d e l’a ssem blé e suivante d e l’asso c iation,
d é b ut 1928, le ra p p ort lu e n sé a nc e e st as se z
a l a rm a n t : la passerelle ne semblait pas présenter à
p re m i è re vue un danger immédiat, mais il serait nécess a ire cependant de procéder à certains travaux de
consolidation par suite de mauvais état de poutres
ma îtres s es ; m ais un fait nouve au a pparaît p endant
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m e m b res de l’association. Une assemblée extraord in a i re t enu e le 13 a vril 1930 d é cid e la c onstru c t i o n
d’un p ont m étallique ou en béton, éventuellem ent à
deux voies de circulation, situé en un point central, sans
toutefois dépasser la limite aval du rond-point des
deux peupliers.
E n a oût 1930, un e c onve ntion d ’é ch an g e d e
t e rrains est signé e entre le S PIM e t M . le C heva lier
R ené d e K nyff, q ui é leva it ses c he va ux d ans l’île.
L’ em pla c e m e nt d u futur po nt est d onc a c q uis : il
sera 200 m ètres e n a val d e la p asserelle en b ois.
Le S ervic e d e la N avig a tion e t c elui d es P onts e t
C ha uss é e s p euvent a lors effe c tu er leurs é tud es
d’impact commodo et incommodo.
Enfin, le 25 janvier 1931, le SPIM d é cide, a près
examen des premiers devis, de choisir un pont à deux
voie s ave c pe nt e (d os d ’ân e) d e 8 % , qui coûtera it
e n v i ron 1 000 000 F (3 m illio ns F d e 2001), s elon
l’e stim ation fait e p ar l’e ntre prise Pierre B a nc el &
Esquerré, soit 30 % plus cher qu’un ouvrage similaire
à voie unique.
La passerelle de Migneaux lors de l’inondation de 1910 “ Passage libre aux automobiles de tourisme, circulation
interdite aux voitures non suspendues ”
(cliché Gaillard, coll. O. Delas).
l ’ e x p e rt i s e : Les longrines qui supportent le tablier
ayant été mises à nu, sont apparues vermoulues à
un tel degré d’avancement qu’une catastrophe due à
l’effondrement du tablier aurait pu se produire à très
brève échéance au passage d’une voiture. L e s
e x p e rts m ett ent e n c a use l’a bse nc e d e m ise e n
peinture et de goudronnage régulier de la passerelle,
une né glig en c e , e t m ê m e un e faute grave q u ’ i l s
imputent à la Société Immobilière. Pourtant le produit
utilisé, le “ C arbolinéum véritable N eptune” était censé
garantir contre la pourriture, l’humidité et les champignons. Le SPIM s’a pprête donc à faire effe ctuer les
travaux de remise en état, en espérant qu’une décision de justic e contre le sieur Sanc elm e, liquidateur
de la So c iét é Immo bilière, leur a p p orte un légitim e
remboursement des dépenses.
De 1926 à 1929 inclus, le coût des réparations de
la passerelle re présentera déjà 90 000 F (é quivalent
de 300 000 F d e 2001), p our a u moins éviter les
accidents et maintenir ce pont dans un état précaire et
incommode, comme le dit M. Depierre lors de son bilan
du 26 ja nvier 1930. L’ing é nie ur d u S ervic e d e la
N avigation, M. B ourdel, inquiet de l’état de vétusté et
de pourriture de certaines poutres, menaçait le SPIM
de suspendre la circulation sur la passerelle !
Vers un nouveau pont “moderne et robuste”
Le SPIM décide alors du principe de la construction d’ un n ouve au p ont p our le q ue l un fon d s d e
r é s e rve serait constitué à p artir d es cotisations des
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Avant-projet de nouveau pont en arc - Bancel & Esquerré 1931
(archives du SPIM).
M . D e pierre choisit comm e conseil et m aître
d ’ œ u v re le c a binet de C harles Ra but, Ing énieur des
Ponts et C haussé es, qui avait participé à la conc eption et à la constru ction d u p ont d e M eula n, e t qui
p ro c è d e s ans t ard er à la p u blic a tion d ’un d ouble
cahier des charges (pont en “arc” ou en “bow-string”),
p uis à l’a djudic a tion elle -m êm e par voie d e
concours : 7 entreprises sont consultées sur les deux
solutions p ossibles, e t 5 rem ett ent le ur o ff re sous
pli fermé le 5 juin 1931.
M. Depierre peut ainsi annoncer lors de l’assemblé e suivant e, e n août 1931, un coût d e seule me nt
720 000 F pour la solution d e typ e “ bo w-string” en
béton armé présentée par la Sté Le Dantec. Il semble
aussi que c e type d’ouvrage, aux dires de M. Rabut
lui-m ême, ét ait mieux a d a pté à la mauvaise consistance du sol e t a u c ara ct ère argileu x e t pla stiqu e,
donc inst a ble d es b erg es, et par ailleurs nette m ent
moins c her q ue le p ont c las siqu e en arc . Pierre
B anc el & Esquerré, dont le projet était plus coûteux
de 25 % , ne sont pas retenus.
Le budget de 720 000 F, inférieur de 30 % à celui
annoncé initialement, a dû soulager plus d’un membre
de l’association, d’autant que les conditions financière s
et délais de paiement proposés par la Sté Le Dantec
étaient très avantageux. Leur offre technique avait aussi
la nette préférenc e de l’ingénieur du C a binet Rabut,
M. Marcel C ayla.
P our l’ é p o q ue , la solution re t enu e é ta it a sse z
innovant e, et il avait m êm e fallu faire une e ntorse à
l ’ o rth o doxie arc h i t e c t u r a l e : pour réduire la portée
des entretoises du tablier, les trottoirs sont extérieurs
aux arcs ; cette disposition peut prêter à critique, car
alors les suspentes et les abouts des arches sont
proches de la chaussée et peuvent être endommagés
par un véhicule lors d’un accident de la circula tion
(c e q ui s’e st effe c tive m e nt pro d uit sur un p ont
s i m i l a ire), c’est pourquoi les trottoirs sont surélevés,
et l’enrobage des suspentes est plus é pais en part i e
basse.
ment de cha que série annuelle de 90 bons étant fait
par tirage au sort lors des assem blé es générales du
SPIM jusqu’en 1938. Le coût financier de ce montage
était d’environ 7 % du c a pital par an, et il perm e t t a i t
a ux m em bres c a p a bles d e p ayer imm é diat em ent,
d ’a ch et er d e s b ons et d’ en p erc evoir d e s int érê ts
(ne ts d ’im pôts c ar anonym es) qui viendra ie nt donc
compenser le surplus de leurs cotisations, les membre s
moins fortunés b én éfic iant de l’é t ale m e nt d es
dépenses sur 7 ans, à un coût financier somme toute
acceptable.
Un montage financier original
Le s disc ussio ns sur les mo d alit é s d e fina nc em ent fure nt n o m breuses e t diffic iles : le s b a nq ue s
consultées refusèrent toutes un crédit à moins d’une
garantie hypothécaire solidaire de tous les membre s !
En définitive, seule la B anque J. Saint Salvi à Poissy,
sise 37 rue de Paris, dépositaire des encaisses du
SPIM, consentira un prêt de 450 000 F adossé à une
émission par le SPIM de 450 B ons Anonymes septennaux à 5,5 % de 1 000 F chacun, dont les intérêts et
frais seraient ajoutés aux cotisations des membres sur
les 7 années du plan d’amortissement, le rembourse-
L’ e n t re prise Le D ant e c ré ussira à o bt e nir d u
SPIM d es avenants p our 125 000 F de plus que les
515 000 F d e le ur d evis initia l, c o m p t e te nu d es
aménagements additionnels à faire sur la chaussée et
des adductions à réaliser (eau et gaz).
Avant-projet de nouveau pont en bow-string Ch. RABUT 1931 (archives SPIM).
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Le chantier du pont de Migneaux
Le s trava ux co m m en c e nt alors e n se pt e m bre
1931, a ve c un e livrais on pro v i s o i re pré vue fin m ai
1932 ; les archives du SPIM permettent de constater
que malgré quelq ues alé as, les délais furent tenus :
au 9 novembre, malgré des difficultés ave c c ert a i n s
des pieux d e soutènement pro v i s o ire en bois battu,
qui cassent et doivent être extraits du lit de la Seine et
re m pla c é s, les culées sont exécutées sur les deux
rives et les travaux d’édification du cintre sont commencés ; au 17 décembre, les culées, la charpente et
l’échafaudage du cintre sont terminés et l’on procède
à la mise en place des coffrages du tablier.
Pendant les travaux, la passerelle en bois continue de faire d e s sienne s : M . B ourd el, l’in g énieur
de la N avig ation, signa le un n ouve l a ff a i s s e m e n t
du tablier fin 1931. D e fait, ce sont les transports de
m at éria ux de construc tio n du n ouve a u pont sur
l’an cie nn e p as sere lle q ui a ch ève nt d e creus er la
tombe de c ette dern i è re ! En janvier 1932, ord re est
donné d ’y i n t e rd i re la circulation aux tomberea ux
attelés et gros camions. Finalement, les épreuves de
charge du nouveau pont ont lieu le 18 juin à l’aide de
2 files de camions de 12 tonnes disposés sur la
chaussée, soit une charge statique de 400 kg/m2 ,
puis une file roulante de 9 camions de 12 tonnes, et
enfin un camion roulant comportant un essieu de
8 tonnes, circulant à 4 km/h. La réc e ption pro v i s o ire
de l’ouvrage est prononcée le 28 juin par C . Rabut et
l’entreprise Le Dantec, et le pont est mis en service le
jour même.
L’ancienne passerelle est définitivement close le
13 juillet 1932. Elle sera démolie en avril 1933 par l’entreprise Renoux pour la somme de 5 000 F (18 000 F
de 2001) à l’aide d’un ponton flottant, la démolition de
l’ancienne culée côté île étant offerte par M. de Knyff
à titre gracieux en 1937.
Un point d’orgue au projet est mis par M. De pierre
lors d e l’a sse m blé e d u S PIM le 22 janvier 1933 :
L’année 1932 a vu l’achèvement dans les meilleures
conditions possibles, et la mise en service du nouveau
“Pont de Poissy. Exécuté en ciment artificiel de Beaumont-sur-Oise
Entreprise Le Dantec et Cie, 129 rue de Ranelagh à Paris”
(archives SPIM).
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Pont, qui faisait l’objet principal de nos délibérations depuis six ans. Certes vous savez ce qu’une
pareille entreprise a demandé d’études minutieuses,
de démarches parfois délicates et aussi nombreuses
que variées, mais il (le bure au de l’asso ciation) en a
trouvé sa récompense dans la confiance que vous lui
avez toujours témoignée.
Q ua nt au litig e a ve c l’an cie nne S o cié té Immob i l i è re concernant les réparations de la passerelle en
bois, le tribunal statuera finalement en janvier 1952 :
le SPIM gagne définitivement son recours, et récupère
50 000 F sur la liquidation de la Société Immobilière,
soit l’équivalent de 5 700 F de 2001, moins de 2 % en
fra nc s const ants d e s s o mm e s eng ag é es d a ns les
a nné es 1926 à 1929 : l’infla tion g alo pa nt e de la
grand e dé pression et de l’a près-guerre était p assé e
par là !
Un pont qui vieillit mal
Lors des discussions avec la Ville à propos de la
construction du C entre de N atation, en 1960, le SPIM
fa it e ffe c tuer une nouvelle ex p ertise d e c harg e d u
p o n t ; l’in g énieur B ra d ele y o bs erve q ue la c harg e
a dmissible de 8 tonnes à l’essieu définie en 1932 ne
g ara ntit plus la te nu e a u p assa g e d e c a mions
m o d e rnes admettant 12 T et plus par essieu, et propose donc de limiter le pont à 16 T, notamment au vu
d es im p orta nts travau x de terra ssem ent envisag és
par la Ville. Un panneau de limitation sera tardivement
installé à l’entrée du pont en 1965.
D e puis 1964, on observe un dé but de dégra dation d u pont : clo quag e des p eintures tout d’a bord ,
puis épaufrures de béton, fers apparents et corrodés,
t ant sur le s arc he s qu e sous le ta blier. Trent e ans
après la construction, l’humidité ambiante de la Seine
et le ruissellement des e aux de pluie ont fait leur travail
insidieux. D e plus, les travaux d e construction d e la
piscine de Migne aux ont oc c asionné une circ u l a t i o n
int e nse d e b ennes sur le p ont. O n not e d ans un
r a p p o rt du SPIM du 16 février 1965 : A la suite répétée
du passage de ces camions, des ferrailles se sont
dénudées, principalement sous les voûtes, et de petites
fissures se sont produites dans le ciment.
Voilà un e bonne raison p our m ettre la Ville d e
Poissy devant ses responsabilités ! Le SPIM avait en
e ffet conclu en 1961 une convention ave c la Ville de
Poissy, par laquelle celle-ci s’engageait à entretenir le
p ont e t la voirie d e l’île e n é ch ang e d ’un droit d e
passage sur le pont pour la construction de la piscine
de Migne aux. Les tra ctations concernant les travaux
de réparation, entre M. Debrock, devenu Président de
l’association, et la Ville, dureront sept ans !
E nfin, en dé c em bre 1970, la D D E d es Yv e l i n e s
p ro cè d e à une inspe ction et l’ingénieur des Tr a v a u x
Publics B. Roca se montre rassurant quant à la tenue
d e l’ouvra g e, m a is signa le q ue la dé gra d ation e st
c h roniq ue , e t d ue prin cip a lem ent à de s d é fauts
majeurs de la construction elle-m êm e : la mauvaise
mise en plac e des arm a t u res m étalliques et de leurs
c a les à l’int érie ur d e s coffrag e s pré ala blem ent a u
bé tonna g e , et la tro p faible é p a isseur d es b é tons
d ’ e n ro b a g e. Le s ré parations seront effe c tué e s a u
printemps 1972 par la Sté S O TE B A , pour un prix de
138 000 F (700 000 F d e 2001). Elle s c onsist ent à
nettoyer les a ciers a pparents rouillés, les enduire de
résine époxy, et ragré er au mortier é poxy ; de plus,
un voile d e verre e st e nc ollé à l’ aid e de ré sin e
h y d rofilm sur les arc he s e t suspe nt e s d u p ont, d e
façon à étancher la structure et protéger les bétons ;
les d e ux entre to ises su p érieure s form ant p ort i q u e
sont remises à neuf. Quelques défauts d’adhérence de
ce revêtement se produiront et il y sera mis bon ordre
en 1975, suite à une mise en demeure de la S O TE B A
par la Mairie de Poissy.
Le SPIM au chevet du pont
U n nouve a u ra pp ort d ’e xp ertise e st d e m an d é
par le SPIM dans le ca dre du contentieux qui l’oppose
en 1988 à un constructeur de maisons individuelles, la
Sté S E C O M, qui a réalisé 7 pavillons sur l’île, et dont
le passage de camions trop lourds aurait provoqué un
a ffaissem ent de la chaussée à la sortie du pont côté
île. U n vigile s era m ê m e mis e n pla c e p en da nt
plusieurs m ois p our c ontrôler c e s p ass ag e s. L e
r a p p o rt d e l’in g énieur Pierre B londin (E. N . P. C .), e n
da t e du 28 o c to bre 1990, c ons ta t e qu e da ns
l’ensemble, l’ouvrage est dans un état de conservation
re m a rq u a b l e , m algré la ré a pp arition d e d éfa uts
sur le revê t em ent e t sous le ta blier ; c e pe nd a nt,
l ’ e x p e rt s’int erdit tout co m m enta ire c onc ernant la
te nu e d e la c ha ussé e , qui e st en d e hors d e son
p é ri m è t re d’expertise, et mentionne sim plement que
les culées auraient pu légèrement se déplacer lors de
la construction elle-même du pont. De fait, l’anomalie
o b s e rvé e conc erne le joint de chaussé e côté île, qui
est en buté e , et em pê che donc le libre mouvem ent
de dilatation du tablier, sans que cela puisse causer,
semble-t-il, de fissures ou autres do mmag es potentiels aux enrobages du tablier.
D e p uis 1998, le s m ê m e s c auses et e ffe ts q ui
ava ient c ond uit à la ré p ara tion de 1972 am ène nt
le S PIM à e nvisa g er à nouve a u un e réfe ction de s
s u rfa c e s d u pont. Le s p arties ré p aré e s so nt les
p re m i è res à s’être d é térioré e s à n ouve au, et l’on
constate, en plus, des infiltrations sous la chaussé e
et les trottoirs, e t d es dé colle m ents signific atifs du
revê t em ent d es p arties sup érie ures . L a Ville d e
Poissy fait savoir qu’elle ne pourra pas pre n d re à sa
charge, cette fois-ci, des travaux de réhabilitation qui
vont largement au-delà du simple entretien, d’autant
q ue , contraire m ent à c e q ui s’é t ait pa ssé d a ns les
anné es soixante, il n’est plus possible d’imputer aux
b enne s d e gra vats de la Ville la re sp onsa bilit é d es
dégradations. N éanmoins, le principe d’une contribution municip ale est retenu, d u fait de sa c onvention
ave c le SPIM, toujours en vigueur, et du développem ent constant des a ctivités sportives de la Ville sur
l’île de Migneaux.
E n 2002, un e x pert- co nse il e st ch oisi, q ui, d e
m ê m e qu’e n 1931, lan c e un a p p el d ’o ff re s d e
travaux. Fin 2002, le projet est bouclé, il représente un
montant global proche de 400 000 euros, pour deux
tranches de chantier de cha cune 3 mois, à eff e c t u e r
en 2003 et 2004. Le résultat attendu : une nouvelle
jeunesse pour le pont, un ha bit blanc (parties supér i e u re s) e t gris (sous-fa c e), souligné d e v ert fonc é
(garde-corps), et en temps utile pour le C entenaire de
l’Urbanisation de l’île en juillet 2003, mais surtout un
ha bit im p erm é a ble et ét a nch e d ’un bout à l’ autre
d e l’ouvra g e , pour le m e ttre dé finitive m ent à l’a bri
des agressions du temps.
Devra-t-on à nouveau tout reprendre en 2035 ?
C ertainement pas, car cette fois-ci, les membres
de l’association sont bien décidés à surveiller régulière me nt la sant é d e leur p ont, et à le faire entre t e n i r
annuellement pour maintenir son étanchéité.
Les passagers q uotidiens de l’express Rouen –
S a i n t - L a z a re pourront encore longtemps jeter un œ il
distra it p ar la vitre, e t voir d éfiler c es d e ux harp es
blan ch es d ans un é crin v ert, q ui font prélu d e au x
clo chers d e la c ollégiale. Ils ne se d out ent pas que
p our c inq c e nts p ersonne s, m atin et s oir, c e p etit
ouvrage élégant est un enjeu vital.
❏
Le pont de Migneaux : deux
harpes blanches dans un
écrin vert (arch. SPIM).
Spécifications :
Le B ow-String de Migneaux :
- portée 52, 80 m, flèche 11 m,
2 séries de 8 suspentes
- tirant : même portée,
flèche 4 m
- chaussée : largeur 5, 20 m,
2 trottoirs e xt érie urs de 1 m
- par culé e : 16 pieux Fra nki
de 12 m en béton armé.
S o u rces : Archiv es SPIM.
© Copyright Chronos Poissy - Juin 2003 -
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ÉVOCATION D’UNE JEUNESSE
Bernard BEZAULT
J’ai vécu les années de
“l’avant-guerre” dans la
proximité de mes grandsparents qui possédaient la
maison de famille située au
16 de l’avenue de
Migneaux…
DANS L’ÎLE DE MIGNEAUX
… C e tt e av enu e fut d é b a ptisé e en 1936 p our
p re n d re le nom d’ E mile Z ola, l’écrivain l’em pru n t a n t
paraît-il pour rejoindre depuis la gare de Poissy par le
bord de Seine sa propriété de Médan.
Dura nt c e s a nné es l’île d e Migne au x fut fréquemment pour nous un lieu de promenade où nous
pouvions jou er e n tra nq uillit é c ar l’a ve nue d e
Migne aux, en dé pit de l’é po que, ét ait très passant e
dans la mesure où toute la circulation entre Poissy et
Villennes empruntait c et uniq ue parcours ; le perc ement de l’a ctuelle route traversant le bas du parc de
la propriété Aga che (C hâteau de Villiers) pour re j o i n d re
le c arre four d e la collé giale n’ est int erve nu q u e
début 1950.
C ette maison que vous reconnaîtrez au passage,
avait été acquise par mon arrière-grand-père G eorges
D u n e ffour dans les dern i è res anné es d u XIX e s i è c l e .
Industriel parisien n’ayant comm e descendanc e
qu’une fille, arrivé d ans la cinq uantaine, il ré alise la
t r a n s f o rm ation d e son p a trimoine ind ustriel e n un
patrimoine immobilier en faisant constru ire deux immeubles dans le haut du 11 e arrondissement.
A la retraite de ce fait, il a parallèlement acheté la
m a ison de P ois sy p our s’a d onn er au x plaisirs d e
la pêche qu’il pratiquait assidûment depuis deux beaux
p ontons p eints e n bla nc a ve c c a b a ne s p our se
t rouver à l’abri et qu’il avait é quipés de palans pour
rem ont er le s c arre lets et les na sse s co mm e on le
voit sur les cartes postales de l’époque et les photographies reproduites ici.
Le Petit Bras de Migneaux ; derrière les pêcheurs,
e siècle.
les pontons de la maison familiale au début du XX
La maison acquise par mon arrière-grand-père Georges
Duneffour au 16 avenue de Migneaux (av. Emile Zola
aujourd’hui).
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- © Copyright Chronos Poissy - Juin 2003
Nos deux pontons
vers 1907 avant la
pose de
cabanes.
Le no m d e P ois sy vient d e P ois son. A c ett e
époque ce nom était amplement mérité. Mon arrièreg r a n d - p è re a p ê c hé jus qu’e n 1925 de gran de s
qu antit é s de p oissons e t surtout d ’an guille s q u’il
distribuait dans tout le quartier alentour. Les pêcheurs
sur les berges ou en bateaux amarrés à des perches
étaient extrêm em ent nombreux tout au long du bras
de Migne aux et part i c u l i è rement dans la passe entre
les îles de Migneaux et du Grand Motte au. C ela a subsisté jusque dans le début des années 50.
Notre maison située dans l’axe de la passe entre
les deux îles bénéficiait d’une vue admirable face à l’îlot
Blanc et vers la boucle de Villennes. Malheure u s e m e n t
c e tt e vue fut dé truit e p ar le s tra va ux e ntre pris à la
fin d e 1939 p ar le s servic es de la N avig ation p our
régulariser le cours du fleuve. La photo ci-dessous fut
prise en 1907 ; sur la suivante, au m ême endroit en
juin 1938, rien n’avait changé.
S ur la photo prise en 1907 par mon grand-père
on re m a rq uera le s deux b arq ues d e p ê cheurs att aché es à le urs perc he s. C es p erches ét aie nt munies
d e pla q ue s num éroté e s justifia nt le p aie m e nt d es
droits de pêche perçus.
Crue de janvier 1910 - scène de la vie familiale.
P our t erminer s ur l’histoire q ue je c onn ais d e
cette propriété du 16 avenue de Migne aux, j’ai découvert récemment, grâce à des amis qui l’ont dénichée,
un e c art e p ost a le d e s inon d ations d e 1910 q ui
représente la maison. J’y suis d’autant plus sensible
que la personne qui enjambe la fenêtre est ma grandm è re (né e en 1882 elle ava it 28 a ns à l’é p o q ue), le
petit g arçon qui se tient à côté d’elle est mon père ,
e n janvier 1910 il a va it q ua tre ans e t d e mi, e t on
re c onn aît la silh oue tte d e mon gran d- p ère Pierre
B ezault à l’autre fenêtre.
Photo prise en 1907 par P.
Bezault depuis le jardin de la
p rop r iét é.Au premier plan,les
pontons avec leurs cabanes ; au
fond , la passe entre les îles de
Migneaux et du Grand Motteau.
Photo prise en juin 1938 :à
l’arrière-plan,le paysage est
inchangé.
En c e qui c onc erne m e s souve nirs
des anné es 30 liés à l’île d e Migne aux,
c’était pour nous un lieu d e pro m e n a d e
parmi d’autres comme la forêt, le chemin
d u b ord d e l’ e a u, ou en core la rue d e
Migne aux de l’autre côté du p assag e à
nive a u (le p assag e à nive au se tro u v a i t
to ut d e suit e a prè s le p ont d e l’île) q ui
montait entre deux murs vers la route de
Quarante Sous. C ette rue tortueuse entre
les de ux m urs de s c hâ t e a ux n’ a pratiquement pas changé de nos jours.
D a ns l’île n ous allio ns faire d e la
bicyclette, du patin à roulettes et voir les
va ches dans le pré du bout de la ro u t e .
Ave c un p eu d ’a p pré hension c ar sur le
beau pont en béton tout neuf il y avait une
p a n c a rt e “ Pro prié t é Privé e ” (j’a i d û
connaître le pont de bois, mais je n’en ai
c o n s e rvé au cun souvenir). Alors p our
nous rassurer notre grand- père disait à
n o t re Nounou bretonne — q ui ne savait
ni lire ni é crire ce qui pouvait tout arr a n g e r
— si on vous dit quelque chose vous direz
que je connais Monsieur Depierre.
C ’est sûrement l’excuse q u’avaient
en tête les grands adolesc ents du voisinag e, q ui utilisaient les arche s du pont
© Copyright Chronos Poissy - Juin 2003 -
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comme rampes de lancement pour des concours de
grimpette : c’était à qui prendrait le meilleur élan pour
parcourir quelques mètres de trottoir, gravir l’extrados
d’ une arch e p our a ller le plus h aut et le plus loin
possible, et finir à quatre pattes, suspendu entre ciel
et terre, sous le re g a rd jaloux m ais inquie t des plus
jeunes, avant d’amorc er un demi-tour périlleux pour
profiter enfin d’une descente en toboggan.
M onsie ur D e pierre é ta it le n ot a ble d e l’île d e
Migneaux, c elui qui ha bitait la plus belle demeure, là
où se trouve m aintenant l’Auberge de Jeunesse, d e
son état Ad ministrateur de l’Ag enc e H avas. To u t e s
les b elle s m a isons é ta ient d ’a illeurs ra sse m blé e s
de puis le pont jusqu’à c ette grosse propriété ; au-delà
il n’y avait plus grand chose, plutôt quelques cabanons
qui servaient pour les fins de semaine.
En fa c e la ma ison De pierre il y avait en d é pe ndanc e un énorm e jardin potag er tiré au corde au qui
s’étend ait devant la grosse m aison d e meulière (“La
Pa yse”). Jusqu’à et y c o m pris le t errain de l’a c tu el
tennis, c’était la F erme. Derrière cette maison il y avait
un b â tim ent un p e u suré levé , plutôt un ha ng ar e n
brique qui était l’étable de la F erme ave c une ram pe
d’accès pour permettre aux bêtes d’y accéder en cas
d’inond a tio n. C e b âtim e nt d ’a b ord e x ploit é p ar
Mo nsie ur C arré p our l’é lev ag e d e vola ille s a é t é
t r a n s f o rm é en ha bita tion p ar c elui-c i a u d é but de s
anné es 60. C ’est m ainte nant le n° 43 ter à côté d u
tr a n s f o rm a t e ur. Le dit transformateur marquait la limite
t e rritoriale des communes de Poissy et de Villennes en
continuité de la rue des Migneaux.
A u b out de la rout e se trouva it le ch am p a ux
vaches. F ermé par un grillage, celui-ci se dressait en
limite d e pro priét é du lo tisse m e nt m arq ué p ar le s
terrains maintenant bâtis du n° 77 sur le petit bras et
en face. L’entrée du cham p était marqué e par 3 be aux
peupliers, dont on peut encore voir les restes.
C es va che s a p part ena ie nt à un fermier d ont la
f e rm e é t ait à C arr i è re s - s o u s - P o i s s y. L es b ê te s y
Canotage devant la pointe de l’île de Migneaux.
passaient l’été à l’herbage comme à la montagne. Le
fermier venait les traire sur place et vendait du lait, du
fromage blanc et des œufs sur son parcours. En début
et en fin d’été les vaches faisaient le trajet de la ferme
au champ en empruntant l’avenue Emile Zola, le cours
du 14 Juillet puis traversaient la Seine sur le pont de
St Louis.
Q uand nous avons acheté notre terrain en 19591960, les dernières vaches ont quitté ce champ pour
la is ser leur pla c e a ux pre m i è res construc tions d es
maisons de Migneaux- Ouest, mais c e même ferm i e r
d e C arr i è re s p a ssait e nc ore d a ns l’île v endre ses
produits.
Dans la dernière partie de l’île, là où les constructions ét a ient plus mo d e st es, il s’a gissait surt o u t
de bungalows de week-end en bois ou en fibro c i m e n t .
C e rt ains utilisa te urs n’ ét a ient p a s pro p r i é t a i re s d u
t e rra in m a is loua ient c e lui- ci à un pro p r i é t a i re q ui
possédait plusieurs lots (famille C hrétien). J’ai connu
deux c as de c e type, Monsieur Roule au qui ha bitait
tout e l’a nn é e une m aison e n b ois et son voisin
imm é diat M onsieur Le b e a u q ui lui ne ve na it q u’ en
week-end.
La maison au n° 69 faisait exception à la règle. Elle
avait été construite en m eulière par l’archite cte loc al
Monsieur B ourgeois qui a beaucoup bâti dans Poissy,
p a rt i c u l i è rem e nt d ans l’île. S a m aison personn elle,
modèle du genre d’un style néo-norm and, est situé e
au 1 de l’avenue Emile Zola.
Monsieur B ache avait fait construire cette maison
au n° 69 au dé but des anné es 1930, je l’ai connu comme voisin quand nous somm es arrivés dans l’île et il
avait encore à l’époque une teinturerie place du Petit
M a rché. Il me racontait comment, avant que le pont en
béton n’ait été construit, l'entre prise avait appro v i s i o n né par tombereaux à cheval la totalité des matériaux de
c o n s t ruction en passant sur le pont de bois dont on
peut voir encore les culées au niveau du n° 1.
C e rtaines de ces petites maisons a ppartenaient à
du personnel du Fibrociment de Poissy et avaient été
construites à partir de ce matériau léger. J’ai particul i è rem ent le souve nir d e la m a ison
située au 61 qui n'est plus aujourd’hui
q ue ruine s. D a ns les a nné es 30 elle
é t ait sup erb e, e lle s’ a p p ela it “ Les
Va c a nc es”, de ssiné e d a ns un style
b a sq ue a ve c un joli p orch e c intré
re c o u v e rt de tuiles. O n a c c é dait à la
m aison en trav ersant un t ennis à
la hauteur du filet. Aujourd’hui en examinant les restes de sa clôture, on voit
qu’il s’agit d’une construction réalisée
en projection de ciment sur un tre ill a g e
de céramique suivant des techniques
m ises en œ uvre da ns l’ind ustrie d u
fibrociment.
❏
Photographies et cartes postales :
collection B. Bezault.
42
- © Copyright Chronos Poissy - Juin 2003
L’ÎLE DE MIGNEAUX DANS LA
2e GUERRE MONDIALE
Une ligne de front sur la Seine : 25-29 août 1944
Jean-Louis TANCERMAN
Prologue :
l’île de Migneaux sous l’Occupation
Les archives d e l’île (S PIM) sont asse z
discrètes sur la période 1940-1945 dans l’île
de Migne aux. Le s ré side nc es se c ond aire s
sont fermées et pro v i s o irement abandonnées,
du fait de l’exode puis du S.T. O . (Service du
Travail O bligatoire). Mme G eneviève MO RITA ,
né e P EA UL E JE U N E en 1901 (au n°59 dans
l’île) é crivait dans son cahier de souvenirs :
quand l’avance allemande se précipita, tout
Inscription allemande sur une pile du portail de la Villa Félix :
commença à se déglinguer ici et là. Nous ne
“Dures ont été les heures que j’ai ici vécues, pour Vous et pour ma Patrie.
savions guère que faire. La folie de l’exode
Pâques, 5 Avril 1942”.
s’emparait de tous. A Migneaux, les gens
fuyaient aussi, on ne savait trop pourquoi…
Les propriétaires ont bien du mal à se réunir pour
“ré quisitionnaient” les barques de che z E RM ERY pour
faire le point de la situation. Dès fin 1939, M. Legal dit
des balades autour de l’île ; ils les rendaient parfois en
“le la itier”, m o bilisé , a va it ét é fait pris onnier. Le s
piteux état, à la fureur de Monsieur Ermery.
grandes villas ainsi que plusieurs maisonnettes sont
L’a venue d e l’île d e Migne au x, a bîm é e p ar les
réquisitionnées par les troupes d’occupation en 1941,
inondations successives, était en très mauvais état et
et une partie du mobilier dans l’île est confisqué e ou
il était impossible d’obtenir un permis pour l’achat de
pillée, à tel point qu’en janvier 1942 des membres de
g o u d ron ou de maca dam… C ertains ha bitants perm a l’ass o cia tio n, ré unis à P aris, se de m a nd e nt d é jà
nents de l’île construisaient des a bris souterrains dans
comment obtenir une indemnité d’oc cupation et des
leur jardin (notamment sur le terrain du C hantier Nautid o m m a g e s -in t érê t s : ils écrivent au Kriegskommandant
que et en face au n° 28).
à Versa illes, sa ns ré sult at bie n sûr. U n e se ntine lle
La pénurie était visible
alle m a nd e e st p ost é e sur le p ont de Migne a ux et
partout, on se ravitaillait au
contrôle en permanence les allées et venues sur l’île.
m a rché noir. Mm e M orita,
M. C ., un îlien de la troisième génération, raconte à ce
q ui a va it d é m é na g é s ur
p ro pos que le jour de sa pro p re naissanc e, pendant
Paris, explique : A Poissy, il
l’hiver 1943, ses parents devaient se re n d re en c arri o l e
y avait toute une filière pour
à bras chez Maria Jouhier, la sage-femme qui exerçait
se procurer des légumes,
rue des Prêcheurs, derri è re la prison de Poissy ; faute
pa rfois des œufs ou une
d’ausw eis, les C . ont dû longuem ent pa la brer ave c
volaille, chez les cultivale soldat allemand du pont qui était peu compréhensif
teurs des environs. J’allais
et menaçait de sa baïonnette Mme C ., allongée dans
chaque semaine à bicyla c arriole et inq uièt e d e voir a insi sa d élivra nc e
clette jusqu’à Saint-Lazare,
imminente remise en question…
bécane dans le train, sortie
L’o c cupation allemande de l’île durera jusqu’au
à Poissy, reprise pour faire
24 août 1944, et est attesté e par les archives familiales
les petites courses, le
privé e s d e plusie urs pro p r i é t a i re s. O n ra conte q u e
porte-bagages arrière croules officiers en résid e nc e à la Villa F é lix (a u n°38 –
lant sous les prov is ions ,
Entrée de l’abri anti-aérien
au n°28 de l’île de Migneaux.
a u j o u rd’ hui “L’ E sc a le”) profita ient bie n d u site et
re-train, re-bicyclette.
© Copyright Chronos Poissy - Juin 2003 -
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Le Pont de Migneaux avait-il un intérêt
stratégique en 1940 ?
Il valait bien un oignon…
C e qu e n ous sa vons de c ett e p ério d e so m bre
et tra giq ue s ur P oissy et ses e nvirons pro v i e n t
essentiellement des archives militaires franç aises et
améric aines, des archives de la Résistanc e (notamment Michel C H A SLE S, un ancien de la C om pagnie
L E M E LL E d e P oissy), a insi q u e d e s tra vau x d e
re c h e rc he p ublié s sur P oiss y e t ses a le ntours
par N arc isse N O Ë L (1), e t très ré c e mm e nt p ar
Bruno RE N O ULT (2) et Jean-Fred PR O ST (3).
En m ai 1940, l’é ta t-m ajor d e la 10 e a rm é e
française prenait conscience du caractère stratégique
de la Se in e e t de s p onts a ssurant son franchissement ; le 8 juin, il donnait l’ord re de faire sauter tous
les ponts de la Seine et de l’ Oise. D’après J-F. Prost,
le pont de l’île de Villennes semble avoir été totalement
oublié ; aucune m ention n’est faite à son sujet dans
les archives. L’état-major s’intéresse cependant à celui
de l’île d e Migne a ux et d em an de le 2 juin de s
informations à son sujet ; le lendemain, le lieutenantcolonel TR O LIE R, commandant le G énie du se cteur
Ouest, répond que la préparation d’une destruction du
Pont par explosifs s’impose. Si le Pont est maintenu, il
faudra organiser une surveillance et éventuellement une
défense dans l’île Migneaux.
ral d ans l’île. Ainsi, M m e M orita nous ra c ont e c ette
anecdote dans ses souvenirs :
[Début juin 1940] un petit sergent se présenta à la
porte du jardin. ‘‘Madame, auriez-vous un oignon, s’il
vous plaît, pour manger avec notre pain ? Nous
sommes quatorze dans le bout de l’île ; on nous a mis
là avec un canon pour la défense de l’île, mais l’intendance ne s’occupe plus de nous, nous n’avons plus
que du pain’’. Mon mari et moi décidons de nourrir
ces braves garçons…Cela dure une dizaine de jours,
l’avance allemande se précipite. Un beau jour de juin
[le 9], un bonhomme de la Mairie se pointe : avant 17
heures il faut avoir évacué l’île car on va faire sauter le
pont ! hé oui, la stratégie en était là !… Evidemment
s’il n’y a plus de pont, pas moyen de rester. Et de boucler en vitesse la maison, de vider le bocal de poissons
rouges dans la Seine, et en route pour Paris…
H e u re use m ent p our le s Mig ne a ux, le p ont ne
sera pas détruit, son empla cem ent côté rive g auche
a finalement été jugé insignifiant au plan militaire. La
date du 9 juin 1940 sera fatale à quasiment tous les
p onts et p asserelle s de la S e ine e t d e l’ O ise , do nt
c e lui d e l’île de Va u x - s u r-S eine, c onstruit moins d e
5 ans a up arava nt s ur le m êm e m o d èle q ue c elui
de Migne aux (“b ow-string”)… Q uant à l’arche m arin i è re du Vie ux P ont d e P oissy, elle e st miné e , e t
s ’ é c roule le 13 juin 1940, m ais d è s o c to bre , les
Allemands l’auront reconstruite.
Le pont en bow-string de l’île de Vaux après le 9 juin 1940 (3).
On notera la principale différence architecturale avec le pont de
Migneaux : à Vaux, les suspentes étaient alignées avec le gardecorps, et non à l’intérieur du tablier.
Bombardements alliés sur la Seine :
les prémices de l’offensive
L’état-major français donne son accord (en bas à gauche)
sur la proposition de destruction du pont de Migneaux
(document découvert par JF. Prost aux Archives militaires
à Vincennes).
De fait, un groupe de D C A (Défense C ontre Avi o n s)
est installé au fond de l’île de Migneaux. La nouvelle
se répand rapidement et provoque l’affolement géné-
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- © Copyright Chronos Poissy - Juin 2003
E n m ars 1942, le s pre miers b o m b ard e m e n t s
alliés frappent l’usine F ord de Poissy. D’a près N. Noël,
les nuits de pleine lune des 2 et 3 avril sont épouvantables, la population se réfugie au fond des carrières
e t d es ch am pign onnières ou d ans la forêt ; e t à
p a rtir d e m ai 1944, la va llé e d e la S e ine d e vient le
couloir privilégié d e raids a ériens quotidiens par les
A n g l a i s ; sirènes, tirs de D C A allemand e, et gro n d em ents a ériens se suc c è d ent de jour co mm e d e nuit
a u- de ssus d e P oiss y ; le 26 m ai, 69 b o m bardiers
Fin mai 1944 : les ruines du
Vieux Pont de Poissy barrent
la Seine ; au fond à gauche :
l’île de Migneaux
(doc. CEHA).
ang lais lâ ch ent un e b onn e c enta ine de to nne s d e
bombes qui détruisent définitivement le Vieux Pont de
P o i s s y, point de passage stratégique pour le re pli allemand (1).
Août 1944 : la ligne de front à Poissy
passe par l’île de Migneaux
La lib éra tion d e P oissy co mm e nc e le 17 a oût
1944. D’après B. Renoult, dans le chaos de l’insurrection, le général allemand Von C H OLTITZ, commandant
la place de Paris, parvient à rassembler à la hâte des
f o rc e s co m b atta nte s, blind és, group es de co m b at,
qui se dirig ent au sud de la S eine à S aint- G erm a i n ,
ainsi q u’a u n ord d u fleuv e d a ns la b ouc le de s
Grésillons, fac e aux Améric ains qui font mouvement
vers Orgeval. Mission des Allemands : barrer la route
de P aris et re p ouss er la t êt e d e p ont a m éric ain e
à M a nt es… L e sursaut allem and va e ng en drer un e
se m aine de co m b ats et d ’inc ertitud es à P oissy (2).
Sur ce théâtre d’opérations, l’île de Migneaux devient,
du 25 au 28 a oût, un e nje u ta c tiq ue q ui o p pos e
le s g roupes de F. F.I. (F orc es Françaises de l’Intérieur)
d e P oissy e t le s trou p es a llem an de s a p pe lé e s e n
renfort dans la reconquête de la rive droite de la Seine
autour d u p ont d e P oissy. L’île subira plusieurs
d é b a rquem ents allemands de puis la rive droite. Les
travaux de B. Renoult (2) et le rapport de M. C hasles
nous p erm e tt ent aujourd ’hui d e narrer c e t é piso d e
par le détail.
la Seine à Poissy, et en aval jusqu’à E pône. Le groupe
F. F.I. de P oissy du lieutenant M aurice B E UR O TTE et
le Groupe Franc Max du commandant B E A U G E venu
d e Villenn es d é c id ent de
l i b é rer Poissy. A 10 heure s
d u m atin, le s résist a nts se
rassemblent et une cérémonie a lieu d e va nt la m a irie
qui arbore à présent le drape au franç ais. A 11 he ure s
le s Allema nd s traversent la
S eine e t t ente nt de re v e n i r
dans Poissy ; accrochage à
13 h 30, tirs d e mitraille uses, une femm e est tué e…
Pendant la nuit, les F. F.I. art iculent leur dispositif avec du
m a t ériel ré c up éré , d e l’île
Le capitaine A. W HITLEY,
d e Migne au x à l’île d e la
qui soutint les résistants de
D é ri v a t i o n : un canon de 37,
Poissy (2).
un e mitraille use lourd e ,
q u a tre fusils-mitrailleurs, 40
fusils et 120 hommes.
Ci-dessous : Une jeep du 1er
bataillon du 47e régiment
blindé US dans Poissy (2).
Dans la nuit du 24 au 25, le b a c motorisé d u
pont d e P oissy (p ho to p .47) fon ctionn e e n p erm a nence : sous la pression des forces américaines, les
Allem a nd s d e P oissy, y inc lus c eux q ui o c c up aient
e n c o re l’île de Migneaux, se re t irent sur la rive dro i t e
de la S eine e t é t a blisse nt un fortin a u re s t a u r a n t
“La Reine Blanche” et dans les maisons alentour.
Au matin du 25, la t ask forc e d u lie ut en antcolonel William H AM B E R G de la 5 e Division Blindé e
US se positionne à Orgeval, et à 21 heures la pre m i è re
je e p entrera d ans P oiss y, a ve c la c o m p ag nie “ A ”
du 10e bataillon de chars sous les ordres du capitaine
A rthur W HITL E Y. D ans le m êm e t em p s, sur la riv e
d roit e, les re n f o rts a lle m an d s arrive nt d u Vexin à
C arrières-sous-Poissy. Le front se constitue ainsi sur
Le 26 vers 4 heures du matin, les Allem an ds
t ente nt un d é b arq u em e nt sur la rive g a uc he
a ve c p énich es e t barqu es, ils sont re p oussés à la
g ren a d e e t au x arm e s a uto m a tiqu es . Vers 5 h 30,
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Mouvement des troupes américaines et positions allemandes sur Poissy – 26-30 août 1944.
On notera la mention d’assauts allemands vers la rive gauche repoussés par la Compagnie “A” (2).
l ’ a rtillerie a llem an de ouvre le feu sur le s p ositions
F.F.I.. Un message envoyé auprès des Américains fait
i n t e rvenir ave c su c c ès un tir d e c ontre - b att erie d e
l ’ a rtillerie U S vers 6 heures. Après une a c c almie d e
deux heures, les Allemands abordent l’île de Migneaux
et patrouillent en tirant sur tout ce qui bouge. D’après
le ra p p ort d e s F. F.I., ils sont re po ussé s p ar un e
p a t rouille de résistants ac co mpagné e d e gendarm e s
de St G erm a i n … Vers midi, de nouve au une patro u ill e
allemande tente de passer dans l’île de Migne aux…
Retranchés de l’autre côté du pont de Poissy détruit,
le s Alle m and s tie nnent les m aisons ave c leur p oint
f o rt à la R ein e Bla nc he : une piè c e d e 77, un F lak
q u a d ruple, une mitra ille use lourd e, d eux blin dé s
lég ers, e t plusie urs c e nt a ine s d ’h o mm e s. Vers 17
heures, début du tir d’artillerie de renforts américains
a rrivé s d e Villenne s. L e harc è lem e nt re p re nd , d e
violents tirs d’ arm e s a uto m a tiq u es se croise nt a udessus de la Seine.
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Au petit matin du 27, vers 5 heures, l’art i l l e r i e
allemande ouvre le feu sur Poissy de puis la rive dro i t e ,
un e diz ain e d ’ o bus to m b e sur la ville. Ré pliq ue
a m éric a ine d e c ontre- b att erie, le s tirs c es sent.
A 7 h 50, d’après M. C hasles, les Allemands sont de
nouve au dans l’île de Migne aux. U ne p atrouille F. F.I.
est envoyé e sur pla c e et confirm e la ré alité d es tirs
d ’ a rm es autom atiques. A près avoir parc o u ru l’île de
Migne a ux d’un b out à l’autre, e lle constat e q ue les
Allemands ont dû éva cuer ra pidement. Les homm es
re ste nt sur pla c e, il n’y aura p as d ’autre incid ent…
A 11 heures, les Allemands abordent l’île de la Dérivation, et tentent aussi une man œuvre de contourn e m e n t
par le barrage d’Andrésy. Les F.F.I. manquent d’hommes et d’équipements pour faire fa ce, leur position sur
Poissy devient difficile. Elle commenc era à s’améliore r
en fin de journée, suite à un re n f ort de F. F.I. sur Achère s
e n rive g au che e t un e c ontre- a tt a qu e am éric a ine
depuis Meulan en rive droite à partir de midi.
Georges-Henri Thomas, un jeune
pisciacais, photographie et
commente les combats sur le cours
du 14 Juillet le 27 août 1944
(coll. privée).
Un civil aura été tué dans
l’île d e Migne au x c e jour là .
D ans son journ al, à la d a te
du 27, le Dr L ouis H U M B E L
(1876-1962), responsable de la
dé fense p a ssive à P oissy, et
qui ha bit e c ours d u 14 Juillet
fac e aux îles, témoigne ainsi :
Les Allemands continuent à
envoyer sur Poissy quelques
rafales d’obus percutants et
fusants. Des fantassins postés
sur la route de Carrières en
aval du pont et jusque dans
l’îlot Blanc tirent vers nous, surtout sur l’île de Migneaux. Une
femme y est tuée (à la Vieille Tour) en sortant de sa
cuis ine. Les archives munic ip ales nous a p pre n n e n t
qu’il s’agit de C élest e MA SSIP, une couturière âg é e
de 64 ans, qui demeurait dans cette villa (actuel n°16
de l’île).
La situation à Poissy reste confuse jusqu’au 28,
avec des bombardements allemands sur Poissy depuis
la plaine des Grésillons. Le lieutenant F. F.I. B euro t t e
demande à ses hommes épuisés par quatre jours de
combat de faire un dernier effort et de poursuivre l’ennemi qui s’éloigne enfin des berges de la Seine. Quatre
chars avaient été demandés à la Division L E C L ER C ,
mais il aura fallu s’en passer pour enfoncer le front allemand à Poissy.
Au soir du 28 , le colonel A N D ERS O N, comman dant du C . C .R. (C ombat C ommand Reserve) fait son
rapport à l’état-major de la 5 e Division : la boucle de
la Seine à Poissy est assez calme, les Boches ont évacué tous les civils… ( (2) traduction ).
Le 29 au matin, enfin, appuyé par les chars et l’artillerie a méric aine , le groupe F. F.I. prend pie d sur la
rive droite de la Seine, le G énie U S entam e la construction d’un pont de bateaux. A 13 heures, les forces
a llié e s et F. F.I. p é nè tre nt ainsi da ns la b ouc le d es
Grésillons. D ans la soiré e, les Allem and s tro u v e ro n t
encore le temps de couler le bac de Poissy d’un obus
bien visé. A 20 heures la libération de la Seine à Poissy
est terminée.
Epilogue
Que tout cela paraît loin. Comme l’herbe semble
avoir repoussé sur les champs de bataille d’antan.
Et pourtant, ils sont là, visibles à qui veut bien s’y
i n t é re s s e r. L’Union des Européens recueille encore
les cendres des infortunés sans nom, dont le sort
aura été de paver, malgré eux, la voie vers un monde
meilleur. *
❏
* N. P E U C ELLE, cité par B. Renoult (2)
Sources et illustrations :
(1) Narcisse NOËL : Poissy et son histoire,
CEHA, 1986.
(2) Bruno RENOULT : Yvelines-Nord Août
1944, Derniers combats, chez l’auteur, 2002
(3) Jean-Fred PROST : Une île entre la Seine et
Vaux, chez l’auteur, 2002.
Archives M. CHASLES, P. MORITA,
G-H. THOMAS, Poissy.
Archives SPIM et CEHA, Poissy.
Archives Service Historique de l’Armée de
Terre, Vincennes.
Remerciements à Mme A. METIVIER, MM.
J. CARRE, M. CHASLES, D. MANTEAU,
P. MORITA et GH. THOMAS pour leur aimable
contribution, ainsi qu’à MM. JF. PROST
et B. RENOULT pour nous avoir permis de
Le bac motorisé de Poissy, coulé par les Allemands le 29 août 1944 (doc. CEHA). partager le fruit de leurs travaux.
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L’île de Migneaux :
LA NATURE DANS LA VILLE
Jean-Yves TOULLEC
La réflexion la plus communément formulée par les relations ou amis de passage
depuis que je vis sur l’île de Migneaux est : Je ne pensais pas qu’il existait un tel endroit
dans le coin ! C omme moi en venant pour la première fois sur ce ruban de terre sur la
Seine, ces diverses personnes ont été immédiatement sensibles au changement
d’environnement. En effet, le chemin n’est pas bien long pour se transporter d’une zone
urbaine, caractéristique et pourtant sans excès, à l’île avec sa circulation limitée, ses
arbres et ses bords de Seine. Avec le temps, cette sensation a cependant tendance à
s’émousser sous l’usure de l’habitude et heureusement les réflexions de cette veine
ou encore l’observation fortuite, ou non, des autres “habitants”, oiseaux, poissons ou autres
ragondins nous rappellent combien ces premières sensations étaient fondées.
Les premiers éléments faunistiques que l’on peut
observer tout à loisir sont les oiseaux et plus particul i è rem ent les oise aux inféo dés au milieu a quatiq ue.
Le s plus co ura nts e t fa cile m ent o b serv a b l e s
de p uis les ha bita tions, e n d e hors d e s in évit a ble s
Mouettes rieuses (Larus ridibundus), sont les volatiles
que l’on rasse m ble volontiers sous l’a pp ella tion d e
“poules d’eau”. On y trouve principalement la G allinule
poule d ’e a u (Gallinula chloropus) et le F oulq u e
macroule (Fulica atra).
Gallinule
L orsq u e le nive au d e l’ e a u e st à la ha uss e, ils
prospectent volontiers dans les jardins à la recherche
de vers ou de larves d’insectes.
L e C an ard c olvert (Anas platyrhy nchos) e st
é g ale m e nt un hôt e privilégié d e nos b erg e s où il
est observable tout le long de l’année. C aractéristique
avec son corps massif, sa queue pointue et surtout le
plumage nuptial du mâle, corps gris, tête et cou vert
b out e ille, p oitrin e brune , il est ais é d e suivre son
c o m p ortement nuptial à partir de mars. Il n’est pas rare
non plus de le re n c o n t rer asse z loin à l’intérieur des
j a rdins où, co mme les poule s d’e au, il ne dé d aigne
pas de rechercher sa pitance.
Colvert
La pre m i è re e st c ara ct érisé e p ar une couleur
n o i re ard oisé e a ve c un d os et les a ile s brun oliv e
fon c é a insi q ue p ar d es séries de t a c he s blan che s
f o rm a nt une lign e horiz ont a le le long d es flan cs et
surtout un dessous de queue bordé de blanc.
Le s e c ond se distin gue p ar un plum a g e n oir
a rdoisé sur l’ensemble du corps et une simple ta che
blanche sur le front prolongé par un bec de la même
couleur.
Ils préfèrent le côté petit bras car le courant y est
moins important et la végétation plus abondante.
Foulque
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U n autre m em bre d e l’avifaun e e t n on d es
m o i n d re s e st le C ygne tub erculé (Cygnus olor). U n
c ouple nich e à l’a nné e à l’e xtré mit é d e l’île, côt é
pisc ine. Ils font ré gulière m e nt le tour d e l’île e t ne
dédaignent pas non plus de faire quelques incursions
dans les jardins, attirés par nos distributions de pain
rassis. Selon les années, ce couple se trouve accom p agn é d e plusieurs je un es de c oule ur gris âtre q ui
parfois les accompagnent dans leur quête alimentaire
sur les terrains.
Imaginez, cinq, six, voire sept cygnes qui s’avancent maladroitement, mais d’un pas dé cidé vers nous.
J e vous g arantis que les e nfants s’en souvienne nt.
Les années d’inondation, lorsque la route est investie
par la Seine, il n’est pas rare de voir les cygnes gracieusement nous narguer en em pruntant c e qui était
la route et venir nous visiter en voisins courtois.
Le H éron c e ndré (Ardea cinerea) est, a près le
cygne, le plus gros des oiseaux vivant sur nos berges.
C ara ctéristique ave c son plumage gris-bleu sur le
dessus et blanc sur le dessous ainsi que
par sa tête blanche striée de noir et
sa huppe, son long cou prolongé
d’un bec puissant lui confère
une silhouette unique.
Plutôt solit aire , il n’ est
cependant pas exceptionnel de le voir se déplacer
en groupe de quatre
à cinq individus.
Héron cendré
Son vol ample et
lent est un régal à
contempler. S’il est
plus difficile à observer
que les oiseaux précédents,
il ne se laisse p as facilement
a p p ro c h e r, l’utilisation d ’une pa ire d e jum e lles p ermettra de le détailler tout à loisir surtout lorsqu’il a le
bon goût de se poser dans les arbres.
Un autre grand pêcheur apparaît sur nos rives dès
s e p t e m b re - o c t o b re pour re p a rtir avant le printem ps.
Doté d’un corps massif et allongé, de longues ailes,
d’un long cou et d’un front fuyant, d’un plumage noir
agrém e nt é de blan c sur la gorg e e t le s joue s, il
s’ag it bie n sûr d u Gra nd c orm ora n (P h a l a c ro c o r a x
carbo). Grégaires, ils débarquent sur la Seine comme
une b a nd e de m auvais g arçons tout d e noir vê tus
pour en é cu m er le s e au x. D é p ourvu de pro t e c t i o n
A mon arrivée sur l'île, je remarquai la diversité
de la faune : canards, cygnes, poules d'eau,
mouettes, mais aussi hérons, écureuils, taupes,
hérissons, et ragondins dont les yeux me fixaient
quand, lors des inondations, je rentrais chez moi
en passant par les jardins. Mais je ne
m'attendais pas à la rencontre que je fis un soir
lorsque, ouvrant ma porte pour voir ce qui avait
déclenché la lumière extérieure, je me trouvai
face à .... un sanglier ! Il était venu dans mon
jardin manger les dernières noix et noisettes que
je n'avais pas encore ramassées. Depuis, je
n'oublie plus de fermer mon portail !
h y d rofuge, cet oiseau aquatique
est contraint de se sécher régul i è rement. Il se pose alors sur un
site bien aéré et étend ses ailes
en une posture c ara ctéristique.
M ais aut ant c e co m p ort e m e n t
a pp ara ît norm a l e n b ord de
m er sur les ro chers, autant il a
q uelq ue chose d ’étra ng e lorsq u’il a lie u sous n os yeu x e n
région parisienne et au sommet
d es arbres. Ils p ê ch ent e n
g roup e e t il es t int éres sant de
c onst at er q ue le s hérons sont
ég a lem ent d e la fê te . Le s cormorans investisse nt le c e ntre
du petit bras de Seine alors que
Grand
le s h érons les suiv ent et se
Cormoran
posent sur les berges, en attente.
Le s cormora ns sont d es p ê c he urs p erf o rm a nts e t
les hérons ne s’y trompent pas. Lorsqu’un corm o r a n
s’e st s aisi d ’un e proie et qu’il a la m a la dre sse d e
se p ort er à proximit é d e s berg e s p our sa vourer le
f ruit de son la b eur, il est aussitôt arraisonné p ar un
héron qui ipso facto l’allège de sa pêche à son profit.
C ’e st le trib ut vers é p ar une e sp è c e d e p a ssa g e à
l’espèce indigène.
Les espèces les plus facilement observables ont
ét é ici m entionné e s. Mais il ne faut p as oublier des
oise aux dont les rares apparitions constituent toujours
un m o m ent d e b onh eur. J e p e nse tout p art i c u l i è rement au Martin pêcheur (Alcedo atthis) dont le vol
ra pid e tra c e un trait ble u irisé qui p erd u re en nos
mémoires.
O u t re c es oise aux inféodés au milieu aquatique,
l’île de Migne aux nous offre l’opportunité d’observ e r
ou d’entendre, à défaut de les voir, un large éventail
d ’e sp è c es t e lles q ue le Pig e on ra mier (Columba
palumbus), le C oucou gris (Cuculus canorus), la Grive
musicienne (Turdus philomelos) ou le R ou ge -gorg e
fa milier (Erithacus rubecula), le s M é sa ng e s ble ue
(Pa rus caeruleus) ou c harb onnière (Pa rus major), l e
C h ard o n n eret élégant (Carduelis carduelis), la C houette
hulotte (Strix aluco), la Pie bavarde (Pica pica)… C ette
liste est bien sûr loin d’être exhaustive mais regroupe
les espèces les plus couramment aperçues.
Geai des chênes
Martin pêcheur
Richard Thomas
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M ais la c ara c t éristiq u e princ ip ale q ui
p e rm e t sans nul d out e d e la re c o n n a î t re e st
q u’elle esc a la d e e t d e sc e nd les gran ds
arbres… la tête en bas ! Elle utilise l’écorce de
c e rtains arbres co mme étau, dans leq uel elle
coince les cônes de pins ou d’épicéas,
les noix ou les noisettes, frappant
ensuite violemment avec le
bec pour en extraire
les graines.
LE RENARD ET L’ILIEN
Maître Renard par le calme attiré
Un matin promenait sa rousse chevelure.
Maître Macaire par sa beauté frappé
S’approcha pour mieux voir de plus près sa figure.
Hé ! Bonjour ! Monsieur du Renard
Que faites-vous donc là tout seul dans mon jardin ?
Je recherche la poule de votre voisin.
La poule est en vacances, vous ne le savez point ?
Etes-vous donc à ce point affamé
Que vous hantiez ces lieux aux iliens réservés ?
Je me promène, c’est tout. Je me sens bien chez vous.
Ne partez point, je vous en prie.
Laissez-moi au moins faire une photo de vous
Pour vous faire admirer par mes petits-enfants.
A ces mots le renard ne se sent plus de joie
Se roule sur le gazon et tout comme un gros chat
Se tourne et se retourne s’offrant pour des gratouilles.
Puis au bout d’un moment, la faim le tenaillant
Il repartit bredouille
Sans la poule
Jurant qu’un jour ou l’autre il viendrait en passant
Revoir tout simplement cet ilien accueillant
Nicole Macaire
Sitelle torchepot
Le s Pics c en dré (Picus canus) et vert
(Picus viridis) sont également les hôtes de l’île.
Ils ont tous d eu x un corp s a llong é a ve c d es
a ile s courtes et larg es. Le dos e st vert te int é
d e gris pour le Pic cendré et de jaune p our le
Pic vert. Mais la différence essentielle entre les
deux réside dans la coloration rouge de la tête
q ui se limite à une p etite c alott e sur une tê te
grise pour le premier et qui s’étend jusque sur
la nu q ue po ur le se con d . P ara dox a lem ent,
c’est sur le sol que l’on a le plus souvent l’opportunité de les observer mais il est fréquent de
les voir grimper le long des troncs.
Le “t am bourin ag e ” ré sult a nt d es cou ps
d e be c sur les troncs est plus c ara ctéristique
d u Pic c e ndré q ui ainsi m arq ue d e m anière
sonore son territoire.
Ce qu’il fît.
Pic vert
Je citerai également le G eai des chênes (Garrulus
gla nda rius), sup erb e av e c se s a ile s a ux p oign ets
blancs finement barrés de bleu pâle et de bleu noir que
l’on p e ut a p erc evoir d ans le s arbres ou m êm e sur
les pelouses.
La Sitte lle torc he p ot (Sitta europa ea) est un
membre remarquable de la famille des oiseaux de nos
jardins. C orps trapu, tête aplatie, ailes courtes, queue
très courte et c arré e , elle p ossè de un plum age gris
bleu sur le dessus et crème roussâtre sur le dessous.
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Si les oiseaux représentent la majorité de la faune
o b s e rva ble sur l’île d e Migne au x, il arrive q ue l’on
puisse aussi aperc evoir des animaux autrement plus
g ros et impressionnants, tels que des chevreuils ou
d es biche s qui traversent la S eine et qui p arfois se
re p ose nt da ns le s jardins. Si c e typ e d ’é vé ne m e nt
reste exce ptionnel et fait presque partie de la mémoire
collective des résidents, l’observation de mammifères
tel que le Ragondin (Myocastor coypus) est courante.
Ra p p elons q ue le R ag ondin e st un ro n g e u r
o r i g i n a i re d ’A m ériq ue du S ud , au corps m assif, d e
pe la g e brun fonc é, a ve c une longu e q ue ue d é nudée. Il peut mesurer jusqu’à 1 mètre et peser jusqu’à
9 kg. Le Ragondin est visible souvent le matin lorsqu’il
s’av an c e e t pre nd le risq ue d e s’é loigner de se s
rivages de pré dilection à la re c h e rche de compléments
a l i m e n t a i re s. La pré sen c e d e p o mm e s a u b as d e
l ’ a r b re e st un élé m e nt a ttra c tif p our l’a nim a l q ui
ra pid e m e nt inscrit d a ns se s h a bitud e s c e typ e d e
bala de matinale. Il est alors aisé de pre n d re note du
re nd e z-vous et d e l’o b server tout à loisir de s a
fenêtre. Lors des crues importantes, il est également
commun de le trouver perché dans les fourches des
a r b res qui constituent alors le seul refuge a brité à la
fois des eaux et des autres gros mammifères tels que
les chiens ou les hommes.
Ragondin
Vivant sur une île, il est difficile, même sans être
pêcheur, d’ignorer les poissons. C ertes la couleur de
l’e au ne permet pas de voir en profond eur la vie du
fle uv e. C e p en d ant, il arrive , not a mm e nt en d é b ut
d’été lors de la période de fraie, que certains poissons
se déplacent en eau peu profonde. C ’est le cas de la
C arpe c o mmune (Cyprinus carpio) d ont on pe ut
o b s e rver q uelques génit eurs impre ssionnants d ans
quelques centimètres d’eau.
Mais, c’est à la fin des grandes crues de plusieurs
sem a ine s q ue l’on a la ch an c e d e p ouvoir faire un
i n v e n t a i re d es esp è c e s le s plus a b ond a nt es . Le s
poissons ont alors eu tout le loisir d’investir nos jard i n s
et lors de la décrue ils n’ont pas toujours la capacité de
re t rouver le lit d u fle uve . E n consé q ue nc e , ils s e
retrouvent échoués, et c’est par seaux entiers que les
enfants les ramènent à la Seine. O n retrouve évidem m ent d es c arp e s q ui n e tie nn ent d ans au cun
se au, mais aussi des Tanches (Tinca tinca) i m p o s a n t e s
qu’il faut charrier à deux bras, des G ard ons (Rutilus
rutilus) e n gra nd no m bre m ais a ussi d es C arassins
dorés ou p oissons roug es (Carassinus auratus)
p e u t - ê t re é c ha p pés d’a q uariums et d es E cre v i s s e s
américaines (Orconectes limosus).
Ecrevisse américaine
(image : S. Porcellotti)
Lîle de Migneaux constitue bien un site privilégié,
pour l’instant à l’écart d’une urbanisation intense, où
sub sis te nt d e s nich es é c ologiq ue s varié e s e t bien
pourvues. Elle profite évidemment aux résidents mais
aussi à toutes les personnes qui prennent plaisir à s’y
p ro m e n e r. Il es t p ar c onsé q ue nt im p ort ant de la
p r é s e rv e r, e t se ule la b onn e volont é c olle c tive le
permettra.
❏
Dessin du renard : Romain Simon
Toutes les autres illustrations, sauf mention contraire,
sont extraites de l’ “Inventaire de la Faune de France”,
MNHN, Nathan, 1992-1995.
Les cygnes s’invitent parfois dans les jardins…
(photo SPIM)
Gardon
Carpe commune
Tanche
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UN SIÈCLE D'ARCHITECTURE SUR
L’ÎLE DE MIGNEAUX
du régionalisme à la modernité
Erwan TOURMEN
Ancien élève de l’Institut d’Art et d’Archéologie, Paris I Sorbonne
Parmi les pisciacais, aucun n’ignore la beauté et le
charme de l’île de Migneaux, oasis de verdure, séjour
de rêve et de paix à Poissy. L’île n’en est pas moins
un lieu architecturalement intéressant, et j’ai toujours
été impressionné par la qualité et la diversité
esthétique de ses constructions. De ce fait, plutôt
que de m’attacher à la description abitraire de
quelques habitations, j’ai préféré un survol plus
global qui permettra d’apprécier les tendances
architecturales présentes ainsi que leur intégration
au sein de ce site urbanisé depuis la construction
d’une passerelle en 1903.
Ile de Migneaux au début du XXe siècle,
villas en meulière n°22 à 28.
Bien que sou mises à d es contrainte s spa tiales
a u t res qu’urb aines, les d em eures de l’île pro p o s e n t
des com positions asse z libres ave c né anmoins une
do m ina nt e ré giona list e. C ett e arc h i t e c t u re, anticla ssiq ue , puise se s ra c ine s d ans l’e sthé tiqu e d u
p i t t o resq ue q ue l’ on re t rouv e d a ns l’int erpré ta tion
locale du vocabulaire stylistique normand.
Très en vogue a u d é b ut d u XX e siè c le, c ett e
a p p ro priation s e tra d uit p ar un reno uve llem e nt d u
le xiq ue a c a dé miq ue . L’em ploi de m at éria ux loc aux
te ls q ue la m e ulière , d ont la m a jorit é d es m ais ons
ancie nnes est p ourvue, disp osé e en opus incertum
ave c joints en cim ent apparents pour les murs extérieurs, reflète cette influence.
Les dé cors de faux colombages en ciment ave c
hourdis en meulière, mais également en ciment, dont
la taille et la disposition plus “aérée” varient en fonction d u nive a u d ’élé va tion d e l’é dific e, d ém ontre nt
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une prise en c om p te glo b ale visant à l’unité esthétique.
Les fenêtres visibles de l’avenue sont centrées, à
m ene a ux, e t pré c é dé e s ou non de g ard e-c orp s q ui
peuvent être m étalliques ou en bois (par exemple le
chalet).
Les couvrements en pointe de diamant (également
a pp e lés “ q ue ue -d e -g e ai” ou “ q ueu e- d e-va ch e” en
N o rm andie), ave c volige ag es lam brissés ou peints,
sont également caractéristiques de cette période.
L es partie s b ass es d e s toitures prése nt e nt un
d é c roc he ment, rendu possible par l’em ploi de chev rons droits, perm ett ant d e prot ég er les murs d e
façades et pignons tout en soulignant l’axe horizontal
de l’habitation.
Les élévations, de même que la finesse de l’a ppareil, varient en fonction du “prestige” et de la hauteur
de la demeure. On re m a rquera que la séparation entre
les diff é rents nive aux se fa it grâ c e à d es mo dillons
moulurés en ciment ou en briques qui, tout en soulignant les axe s horiz onta ux, délimitent parfaitem ent
les différents niveaux de chaque maison.
Par le biais de ces jalons extérieurs, il est possible
pour l’observateur attentif de comprendre l’organisation intérieure des espaces ainsi que leurs fonctions. Il
p o u rra d on c c onc lure q ue le c oura nt ré giona list e,
d é p o u rvu d e tout e référen c e historicist e ou ord o n nance classique, est une arc h i t e c t ure rationnelle ayant
p our d ouble o bje ctif l’a ssouvisse m ent d es b esoins
ré e ls de s ha bita nts ainsi q ue d e s usa g es d e la vie
moderne.
Villa
caractéristique
de l’interprétation locale du
style normand
(n° 32).
C ette arc h i t e c t ure partisane, encore attachée au
passé mais d’un grand raffinement, va laisser la place
à de nouveaux modes de construction, dont le Studio
de da nse de ssin é par M . S e b a n au n° 39 bis (voir
enca dré), la villa de JL. C ardin & JF. Briand au n° 18
t e r, ou enc ore c e lle situé e au n° 45, constitue nt d e
magnifiques exemples.
Villa (18 ter) conçue par
Jean-Louis Cardin et
Jean-François Briand.
Les analogies des
façades nord (à gauche) et
sud (ci-dessus) renforcent
l’idée de traversée vers la
Seine. Edifiée en 1984.
C es bâtiments de facture récente offrent à l’ œil du
visite ur un e p ersp e c tive plus g éo m étriq u e. L eur
c o n s t ruction, faisant a ppel à des matériaux (tels que
le béton) plus modernes et ayant des c ap acités mé caniques supérieures, permet des prouesses techniques
et esthétiques plus audacieuses.
La villa du n° 18 ter, fruit de la collaboration entre
le maître d’ouvrage et l’architecte, présente un corps
central c arré enc adré de quatre c arrés périphériques
qui ré sult e d e la form e re c t a n g u l a i re du t erra in sur
le q ue l elle es t b â tie . C e tt e dis position soulign e
l’horizontalité du bâtim ent qui elle-m ême est contre -
balancée par l’axe vertical de la cheminé e centrale. Le
parcours interne proposé au visiteur, organisé autour
de la cheminée, n’est pas sans évoquer la “pro m e n a d e
architecturale” chère à Le C orbusier.
Dans le même registre, la maison située au n° 45
présent e, à une é c helle moindre, de s asp e cts évoquant la Villa Savoye, qui se trouve elle-même sur les
hauteurs de Poissy.
C es maisons aux formes épurées et géométriques
ré vè lent un e volont é diff é re nt e d e c ons tru i re e t d e
penser le lieu d’ha bitation. Les tentatives d’intégration,
p ar le jeu d e s ouvert u res et les diff é re nc es d e
compositions, tendent vers un même but : profiter du
spectacle incessant et original qu’offre la Seine.
Les constructions présentes sur l’île offrent une
com pilation de styles archite cturaux qui, d’une part
font é c ho aux te ndanc es stylistiq ues et te chniques
permettant de dater leur construction, et d’autre part
répondent aux aspirations d’une clientèle soucieuse
d e pré server un c a dre d e vie ex c e p tionn el au sein
d ’un lie u e xp osé a ux c a pric e s d u fle uve . E lles
c o n f irment également que les ha bitations part i c u li è re s
constituent un des lie ux essentiels du com ba t antic lassiq u e. En con clusion, le s m a isons d e l’île d e
Migne a ux ne doiv ent p a s être vu es c o mm e d es
pastiches mais au contraire comme une juxtaposition
d e styles diff é rents dont les m arque s re flèt ent bien
l’évolution architecturale du siècle passé.
❏
D e rn i è res no uv elles : la villa d e C ardin et B rian d cid e ssus illustre L’ a rc h i t e c t u re du XXe siècle dans les
Yvelines, une exposition itinérante inaugurée en mairie
d e P oissy le 6 m ai 2003, sous l’ é gid e du C o ns eil
d’Architecture, d’Urbanisme, et de l’Environnement des
Yvelines.
Le Studio de Danse
Le bâtiment est élevé sur fondations spéciales,
perché au-dessus de l’eau. Nous l’avons voulu
promontoire en porte-à-faux, équilibre sans
cesse questionné, à l’image de nos danseurs
sur leur fil acrobatique : présence du cirque,
dont la piste de 13 mètres est ici à l’image
de la salle de danse. Lieu de travail austère,
réglé sur la lumière solaire, à la limite d’un
monumental hors de l’échelle pavillonnaire
environnante, marquant la présence d’un acte
de construire aux motivations différentes.
Le détail reste anecdotique, ancré dans le réel,
rappel que l’illusion de ce réel fonctionne
activement dans le spectacle. Il nous fallait
retrouver l’expression épurée, à la limite de
Studio de Danse (n° 39 bis) par Michel Seban, 1983.
la neutralité, cadre de leur création chorégraM. Seban est architecte dplg, mais aussi danseur (jusqu’en
phique.
1977), scénographe et décorateur de théâtre, notamment
(D’après M. Seban, architecte)
auprès de J. Nouvel (photo BABEL).
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LA GESTION DES CRUES DE LA SEINE
DANS L’ÎLE DE MIGNEAUX
Monique et Luc LEVASSEUR
Le bassin d e la S eine a connu au cours du XX e
siè cle de nombreuses crues dont la plus specta culaire
fut c e lle d e 1910 (c ote N G F a u p ont d e l’île d e
Migneaux : 24,16 m). O nt été également importantes
celle de 1924 (cote : 23,71 m) et celle de 1955 (cote :
23,26 m). L’am pleur de c e s cru es évè nem entielles,
directement liée au caractère exceptionnel des conditions m ét éorologiq u es d u mo m e nt, a c e p en da nt
am ené les p ouvoirs pu blics à m ettre en œ uvre d es
moyens pour réguler les débits de la Seine et de ses
a fflu ents. Q ua tre barr a g e s - r é s e rvoirs o nt é t é re s pe ctivement construits sur l’Yonne en 1949 (barr a g e
de Panne cière), sur la Seine en 1966 (barrage du la c
d’Orient), sur la Marne en 1974 (barrage du lac du DerC hante coq) et enfin sur l’A ube en 1990 (barrage d u
la c Amance et lac du Temple). C es grands barr a g e s ,
d’une capacité totale de stockage de 800 millions de
m 3 , peuvent, en cas de crue de l’ampleur de celle de
1910, a baisser le nive au d’e au des z ones inondé es,
de soixante-dix centimètres.
En 1969 quatre dé partem ents (Paris, H auts-d eSeine, Seine-Saint-Denis et Va l - d e - M a rne) dé cident de
poursuivre les efforts engagés pour réguler les débits
de la Seine et de ses affluents. Ils cré ent l’Institution
In t erd é p artementale des B arr a g e s -r é s e rvoirs du B assin
de Seine (IIB R B S). De nouveaux aménagements sont
à l’étude pour améliorer encore les perf o rmanc es de
ces barrages (barrages sur l’Yonne et sur ses affl u e n t s ,
aménagement de la zone dite de la B assée en amont
de Montereau, réalisation d’un tunnel de dérivation de
la Seine dans la boucle de G ennevilliers…).
C e s crue s d e la S e ine ont toujours fa it p art i e
intégrante de la vie des ha bitants de l’île de Migneaux.
Personne ici n’ignore le risque d’inondation. C ontrairement aux crues subites et complètement imprévisibles
des rivières dans d’autres régions de France, c’est un
risque connu, a p préhend é pour c e q u’il re p r é s e n t e ,
contrôlé et g éré au re g a rd de l’e xp érienc e a c q uise
par son antériorité.
La convivialité qui règne dans l’île est en grande
partie due à la solidarité entre les habitants pour faire
fa c e a ux consé q u en c e s d e s inond a tio ns. C ha q ue
montée des eaux est vécue comme un événement et
p rovo q ue une e ff e rve sc e nc e g én érale . L e s ouc i
commun réveille la cohésion, l’esprit d’entraide, l’esprit
c o m m u n a u t a ire. L’événem ent “inond ation” rom pt le
rythme de vie hivernal des îliens, moment où l’activité
sociale tourne au ralenti.
La crue est annoncée
L’alerte a bien souvent comme point de départ la
f e rm e t u re d es voies sur berg es à P aris, inform a t i o n
d onn é e p ar la ra dio e t la pre sse. A p artir d e c e
moment, la vigilanc e est de mise. Les re s p o n s a b l e s
d u S PIM (S yn dic a t d es Pro p r i é t a i re s de l’Île d e
Migne aux), se rense igne nt p ar consulta tion minit e l
j o u rn a l i è re auprès des servic es de la N avigation, sur
les niveaux du fleuve et de ses affluents en amont.
A c e sta d e les servic es te chniques de la mairie
inst a llent le s “ c he miné e s” d ans la rue . Il s ’agit d e
g rosses boîtes c arré es en inox d’une profondeur de
1 m pour les 5 pre m i è res et de 1,20 m pour la derni ère ,
p e int e s en rou g e et blan c, fixé es sur
le trottoir et qui s’a c c om p agnent d ’un
disp ositif d e p o m p a g e. C e syst è m e
in g énieu x e t uniq ue, a é t é im a giné e t
mis en servic e au début de l’année 1960
p ar M onsieur G ougn ot, re s p o n s a b l e
technique de la mairie. Il permet d’éviter
q u e la ru e ne soit sub m erg é e à la
moindre crue.
L’entrée de l’île. Les tréteaux facilitent le
passage sur le bras côté Seine et servent de
point d’appontage des bateaux qui circulent dans la rue
(photo Monvoisin).
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- © Copyright Chronos Poissy - Juin 2003
Le système de pompage
Le fon ctionn em ent du sys tè m e d e p o m p ag e
dé c oule dire ct em e nt d e la configuration du terr a i n .
L’île a la forme d’un croissant de terre d’une longueur
d ’ e n v i ron 1,2 k m. E lle e st de sservie sur tout e s a
lon gueur p ar une ave nue c entra le qui se trouve e n
contrebas des maisons construites de part et d’autre
sur d es t erra ins lé g ère m e nt plus ha uts. En c as d e
mont é e d es e au x, la rue e st inond é e a vant le s
propriétés. Elle peut être recouverte jusqu’à un mètre
cinquante d’eau par endroits, alors que la plupart des
ha bit a tions c onstruite s a u- d essus d e la cot e d e
l’inond ation de 1910 sont hors d ’e au. Le pro b l è m e
princ ip al à g érer e n p ério d e d e crue ré sid e d a ns
l’inondation de la rue qui empê che la circulation des
v o i t u re s e t d e s piétons . La mise en servic e d u
dispositif de pompage permet de re t a rder l’inondation
de la rue de plusieurs jours et m êm e d e l’éviter si la
crue n’est pas trop forte.
En tem ps normal, six bouches d’égout ré part i e s
sur la longueur de la rue permettent l’évacuation des
e a ux d e pluie s vers la S ein e p ar de s con duite s
enterrées traversant les propriétés.
En cas de montée du niveau du fleuve au-dessus
du niveau de la rue de l’île, le dispositif constitué d’une
vanne d’ob turation d u tuyau d’éva cuation d es e aux
pluviales et d’une cheminée est alors installé à cha que
bouche d’égout (voir schéma ci-dessus). Il empê che
le refoulement de l’eau de la Seine vers la rue de l’île
tout en gardant la communication avec la Seine par la
cheminé e. En effet, le principe des vases communicants permet de maintenir dans la cheminée le même
niveau d’eau que celui de la Seine.
U ne p o m p e e st mise en pla c e à c ha cune de s
bouches. Elle re c ueille, en point b as, l’e a u de pluie
tomb ée sur la chaussé e de la rue ainsi que l’e au en
p rovenance du fleuve qui s’est infiltrée lentement au
travers des t errains, et la renvoie d ans la cheminé e
dont le niveau s’équilibre automatiquement avec celui
d e la S e ine . L e nive a u d ’e a u da ns le s c he miné es
devient le point de référenc e des îliens. Les rassemblem ents de voisins se font autour d es che miné e s,
plusieurs fois par jour, cha cun y va de son pro n o s t i c
sur l’évolution de la montée des eaux.
En co mplém ent du système de pom page dans
les cheminé es, un remblai de terre formant digue a été
c o n s t ruit c ôt é a val (p oint ba s d e l’île) e n 1986 au
nive a u du num éro 80. Le rôle d e c e tt e “ digu e” e st
également de contribuer à re t a rder la p énétration de
l’e au dans la rue. Un rehaussem ent a été ré alisé en
1999 de façon à l’amener au niveau du point haut de
la rue situé au rond-point d’entrée dans l’île a près le
passage du pont.
Le déclenchement du plan “inondation”
Lorsque l’eau arrive à 30 cm au-dessous du niveau
d e la digu e e t q ue les pré visions sont à la h ausse,
le S PIM , a prè s un e brève co nc ert a tio n a ve c les
responsables des services techniques de la mairie et
les p o m piers , d é c id e de l’org anisa tion à m e ttre en
œ u vre et déclenche le plan “inondation”. Dès que l’eau
va p ass er au-d e ssus de la digue , il n e s era plus
possible d ’éviter qu’elle e nvahisse la rue et c ela en
quelques heures.
U n e le ttre e st a dre ssé e à cha q ue pro p r i é t a i re
ra pp elant q uelqu es c onsignes, dont c erta ine s sont
stip ulé es d ans le c ahier d e s c harg e s d u S PIM ,
notamment l’obligation pour tous les propriétaires de
pratiquer une ouvert u re dans les clôtures au point le
plus haut des terrains de façon à laisser un passage et
de prévoir la traversée aisé e des jardins tout au long
d e l’île. Il est d em and é d e b a liser la tra versé e d es
jardins à l’aide de ruban blanc et rouge utilisé pour les
travaux publics ainsi que de prévoir un é clairage du
cheminement. C es dern i è res consignes perm e t t ro n t
a ux îliens d e continuer à a c c é d er à leur d o mic ile
pendant la période où la rue ne sera plus praticable.
© Copyright Chronos Poissy - Juin 2003 -
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Il est demandé de laisser les portails ouverts, de
les fixer et d’indiquer de façon lisible et visible le n° de
la propriété afin de perm e t tre aux pompiers de tro u v e r
le s p ersonnes. Il e st enfin conse illé d e m ettre hors
d’eau les mobiliers et matériels divers susceptibles de
subir des dégâts.
La traversée des jardins par les passages ouverts dans chaque
propriété. Sacs à dos et bottes sont nécessaires pour
se rendre à l’école et faire les courses (photo Levasseur).
Il est temps pour chacun de commenc er à prévoir,
à s’org a n i s e r, p ar ex e m ple faire rem plir la c uv e
à fue l si c elle - ci e st pra tiqu em ent vid e, d e fa ç on
à c e q u’elle ne soit p as soulevé e par l’e au, faire les
g ros a p provisionne m e nts (p our le c a s où la ru e
resterait impraticable plusieurs semaines).
Un emb arc a d è re ave c télé phone est installé au
n° 27 (pro priét é de M . C arré). P arallè le m ent un P C
pompiers avec bateau est installé dans les locaux du
Relais international de la Jeunesse (au milieu de l’île).
Les pom piers assurent une perm anenc e jour et nuit
pour é va cu er, e n c as d’ urg e nc e , les p ersonne s
malades ou invalides.
Le président de l’île (M. Cretaz), aidé du mari de
la g ardie nne (M . D urie z) et de s p ersonn els d e la
mairie, effectue la vérification du balisage de tous les
pa ssag e s. S ’assurer d u pa ssag e aisé d es îlie ns a u
travers d es pro priét é s su pp ose d e c ontrô ler e t d e
f a ire mettre en conformité les ouvert u res, les points
d’éclairage (les passages doivent pouvoir être utilisés
de jour comme de nuit), le signalement d es dangers, la
non libre c ircula tion de s chie ns , e tc . C e trav ail
conséquent (du fait du nombre de propriétés à visiter)
implique une participation active des propriétaires. La
tâche n’est pas très aisée lorsqu’il s’agit d’habitations
non occupées au moment de la montée des eaux. En
c a s d’im p ossibilité d e joindre le pro p r i é t a i re , le
passage est malgré tout ouvert.
Divers am é nag em ents d es terrains ont ét é mis
en œ uvre depuis 1999. Auparavant, les services de la
mairie installaient de no mbreux tréteaux et planches
pour perm e t t re le passage des propriétés. C ert a i n e s
inond ations ont né c essité la p ose d e 600 trét e aux.
Aujourd’hui, grâce aux différents remblais réalisés ces
d e rn i è res anné es par le S PIM aux endroits critiques
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Le P.P.R.I.
L e P lan d e Prév e ntio n d es Ris qu es d ’Ino n d ations
(P.P.R.I.) d es Yvelines est une nouvelle ré glementation
préfe ctorale (d é c e mbre 2002) d estiné e en prin cip e à
p r é s e rv er les p ersonn e s et les bie ns, et à ré d uire le
c o ût d es d o m ma ge s liés aux ino n d a tio ns. L es P P RI
s’a ppuient sur la Loi “B arnier” d e prote ction de l’environn ement (1995) et d oivent pro g ressive ment être mis
en pla c e d a ns la m oitié d es c o m m un es d e Fra n c e,
c o n c e rnées par le risque d’inondation. Ils ont pour objectif c o n cret d e ré duire ou int erd i re le s im pla ntations
humaines dans les zones réputées les plus dangere u s e s ,
et de préserver les capacités d’expansion des crues. A
cet effet, ils comportent un plan de zona ge qui complète
les prescriptions d’urbanisme existantes.
E n Île - d e- F ran c e, la cru e d e réf éren c e p o ur le P P RI
est celle de janvier 1910 ; les terrains situés 1 mètre et
plus en d e ssous d e la c ote d e 1910 so nt ré p utés
soumis à un “aléa fort ou très fort”, et sont en zone dite
“ ro uge”, les autre terrains inond ables (aléa “mod éré”)
sont en zone “bleue” (zones urbanisées), “jaune” (z ones
d e d év elo p p e m ent à fort enje u é c o nomiqu e), ou
“verte” (zone non urbanisée à laisser libre).
Sur les île s urb anis é e s d e la S e in e, le P P RI m et un
t e rme d éfinitif à l’urb a nis atio n, et le s îles s e voient
attribuer systé matique ment un z ona ge “rouge” du fait
de facteurs présumés aggravants en cas de crue, selon
la DD E, tant pour les populations que pour les services
de secours : inaccessibilité, forts courants, distribution
aléatoire de l’électricité et de l’eau.
Source: DD E C ommunication
Les crues de la Seine inondant l’île de Migneaux
Anciennes inondations majeures :
1910 (plus hautes eaux connues)
24,1 m
1924
23,7 m
1955
23,3 m
Les inondations contemporaines :
1970
22,7 m
1978
22,2 m
1982
22,6 m
1988
22,4 m
1995
22,1 m
2000
22,1 m
2001
22,4 m
Cotes de niveau de l’avenue de l’île de Migneaux :
au pied du pont
21,5 m
à la piscine
23,0 m
au Relais
21,0 m
au rond-point Migneaux-Ouest
20,6 m
sur la digue (Migneaux-Ouest)
21,6 m
dans les propriétés néc essitant un rehaussement du
t e rrain au point de passage, le cheminement côté “petit
bras de Seine” est entièrem ent pratica ble (en bottes
de préférence) par les jardins.
S ur le c ôté “fleuve” ou “grand bras de S e in e”,
c e rtaines configurations de terrains ne permettent pas
de compensation suffisante à l’aide de remblais ce qui
né c essit e en core l’inst a llation d e tré te a ux et d e
planches pour assurer le passage à pied sec.
La crue envahit la rue –
organisation collective et individuelle
C es o péra tions préventives ré a lisé es, M a da m e
Duriez est chargée, lorsque l’eau n’atteint plus que 10
cm au-dessous de la digue, de prévenir les îliens (en
co mm en ç a nt p ar c e ux d u fond) de sortir leurs
véhicules car les pompes vont devoir être arrêtées ce
qui signifie l’envahisse m ent d e la rue en q u elq ue s
h e u res. L e re lais e st pris e t d e voisin e n voisin,
l ’ i n f o rmation circule. En moins d’un quart d’heure un
dé filé d e voitures tra verse l’île. L es vo iture s sont
g aré e s d a ns un pre mier te m p s le long d e l’ ave nu e
E mile Z ola d ans la p artie entre le p ont de l’île e t la
piscine d es Migne a ux. C e parking pro v i s o i re re c u l e
p ro g re ssivem ent lorsq ue la rue E mile Z ola , e llem êm e, e st p eu à pe u e nva hie d ’e au. La p olic e
munic ip ale a ssure un e surveilla nc e très ré gulière
notamm ent la nuit de l’endroit du stationnement des
véhicules.
P ar p e tits group e s, le s îlie ns re g ag nent leur
domicile à pied, les conversations vont bon train, car
à partir de maintenant le temps de trajet pour se re n d re
au travail, à l’école, faire les courses va devoir intégrer
le t em p s de traversé e de l’île à pie d ou p ar b at e a u
(p our c e ux q ui e n p ossè de nt un). Lorsqu e l’e au a
envahi la rue, les bateaux circulent dans la rue car le
courant y est moins important que sur le fleuve. L’eau
a m o rtit le s bruits e t une im pre ssion d e c a lm e , d e
sérénité règne dans l’île. Le paysage est magnifique,
s urtout lorsqu’il y a un peu de gelée le matin ou que
l’e a u se m ble fum er lorsq u e l’a tm osp hère s e
réchauffe.
La grande majorité des îliens continue à ha biter
sur l’île d ans la m e sure où l’éle c tricit é fonc tionne .
Tous les co m pt eurs sont inst allé s en ha ute ur et les
plus bas ont été relevés sur demande du SPIM en 99
au re g a rd de la cote de l’inond ation d e 1982. Il faut
signaler qu’en 100 ans, seules trois inondations ont
dé passé la cote de 1982. La vie continue ave c prise
en c o m p t e d e la nouvelle situa tion. Le bus d e
ramassage scolaire attend cha que m atin les enfants
sur le parking de la piscine. Deux containers à ord ure s
sont amenés à l’entrée du pont.
Le garage de la maison de la gardienne, ouvert
jour et nuit, devient le point de ralliement incontournable. Le matin, du thé ou du café chaud sont mis à
disposition des uns et des autres. C ’est le lieu où l’on
chausse, déchausse bottes ou cuissardes, où on laisse
vêtements et lampes de poche, où l’on se rencontre,
où l’on fait connaissance, où l’on se tient informé des
événements, où l’on vient chercher son courrier.
La distribution du courrier est une grosse affaire.
D ès q ue c e lle- ci ne p e ut plus ê tre a ssuré e dire c te m e nt à ch a q u e m a ison p ar la p ost e, un ag e nt
munic ip al a ch emin e c ha qu e jour les b a c s et sa c s
postaux jusque chez la gardienne. C elle-ci trie les 350
l e t t res e t colis q uotidiens, par famille, et dispose le
tout bien rangé sur la grande table du local du SPIM.
Une liste nominative des résidents est pointée au fur
e t à m esure d u tri, e lle e st e nsuite affic hé e sur le
t a ble au d ’inform ation, c e q ui p erm et à c ha cun d e
savoir s’il a ou non du courrier ce jour. Le tri du courrier d e m an d e e nviron un e he ure trent e d e tra va il
quotidien. Il faut souligner la très grande disponibilité
de Mme Duriez et de son époux lors des inondations.
C e ux-c i sont “sur le po nt” pre sq ue 24h sur 24 e t
toujours souria nts e t affa bles, ra ssurants, aid e nt à
régler les petits soucis ou pro blèmes quotidiens des
uns et des autres, à éloigner les curieux, à servir de
re la is télé p honiq ue ave c le s po m piers, les serv i c e s
municipaux…
Les employés
communaux descendent la rue,
prêts à aider les
uns ou les autres
(photo
Levasseur).
La décrue
La phase de la dé crue n’est pas la plus prisé e des
ha bitants de l’île. Après la phase de l’eff e rvescence, la
phase de “on fait face”, vient la phase de fatigue et de
d é c ourag em e nt lorsq ue l’ e a u pe u à p eu se re t i re
d é p osa nt le limon sur le s pe lous es, le s ha ie s, les
planta tions. Tout es sort es d ’o bjets insolit es et d e
d é chets im putrescibles s’a c croc hent aux branches
des arbustes et dans les clôtures.
La rue est un tas de boue, les pompiers donnent
un cou p d e m a in p our finir d e vider l’ e a u d ans les
creux à l’aide de leur matériel, les services de la voirie
s’a c tive nt p our la re n d re pratic a ble le plus vit e
p ossible . Le s îlie ns s’ att a q ue nt a u ne tto yag e d es
ha ie s, d es arbust es, d es vé g é ta ux, d e s a llé e s d e
garage et pour certains de leur sous-sol. Les karchers
sont à l’honneur. Lorsque l’épaisseur du limon est tro p
importante, il faut laisser sécher et replanter le gazon,
mais heureusement dès que les jours rallongent, que
la température est plus clémente, la végétation repart,
la verd ure re p rend le dessus… Toute tra ce de l’inond ation disp ara ît. L e c harm e de l’e ndro it re p re n d
ses droits.
Epilogue
O n p eut dire que l’art de vivre a ve c la crue est
un e c onst a nt e d e s ha bita nts d e l’île d e Migne au x.
Lorsq ue l’e a u mo nt e, le s îliens ont le t e m p s de se
p r é p a re r. La nature, ils en a cceptent bien volontiers les
inc onvé nie nts. L a vu e d e s c a nard s e t de s oise au x
sa uva g es b arb ot ant d ans la S e ine vaut bien une
inon d ation d e te m p s en t em ps . Ils s ont org a n i s é s ,
s e re ins et aff i rm e nt, bie n q u e c e soit diff i c i l e m e n t
compréhensible par les non-initiés, que les inondations
font partie du charme insulaire.
❏
© Copyright Chronos Poissy - Juin 2003 -
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Reflets et réflexions
Ce texte n’est autre que l’expression d’une impression avant qu’on ne mette pression sur le site
exceptionnel qu’est celui de l’île de Migneaux à Poissy…
Lorsqu’on contemple les crues de la Seine, on ne peut ignorer les trois éléments
fondamentaux de la nature : l’eau, le vent, la lune. Comme une naissance, les inondations nous
transmettent ce rythme vital qui fait naître et renaître avec tant de puissance et de respect, les fleuves,
artères de notre ancêtre le plus cher : la Terre.
L’artiste s’est toujours servi de ce rythme. Il pense avec les mains, ce que le cerveau lui dicte en
travaillant. La Seine lui donne la palette, qui reflète son état d’âme, condition sine qua non à la
réalisation d’un tableau. Cet échange étrange, alimente depuis des années, la soif toujours présente
d’art et de culture, sans lesquels aucune structure dans le temps n’est possible.
C’est la base même de l’histoire.
Nous avons le devoir d’encadrer cette œuvre qu’est la nature, de l’exposer, d’en faire le salon de nos
pensées ; n’était-ce pas le but de Meissonier ? Donnons toutes les chances à cette complicité instantanée
entre la Seine et nous. Sculptons les rives sans les abîmer, tel que Rodin et son “Baiser”.
Il avait sa “Cathédrale” à protéger, nous avons la Collégiale à sauvegarder.
L’île de Migneaux n’est pas que le devant de la Seine, c’est le bijou de la scène de Poissy. Levons le
rideau sur ce joyau des eaux afin que d’autres générations puissent applaudir sa profondeur et toute sa
splendeur. Monet en avait fait une impression. Veillons à rester toujours impressionnés.
Après les peintres et les sculpteurs, nous devons évoquer les poètes et écrivains de l’eau : Franck Venaille,
Marie Gevers, Emile Verhaeren, Zola, Victor Hugo et bien d’autres qui nous rappellent qu’un fleuve
restera toujours vivant car les passionnés des mots savent que le passeur d’eau ne connaît
la mort que de l’autre rive…
Gardons en éveil, cette vivacité de la Seine. Restons sur nos gardes, car la garde-est-à-vous…
Avouons-le : la Seine a fait de l’île de Migneaux ce que la sève fait pour la fleur. La fleur du fleuve.
Reste à souhaiter que l’ensemble des îles formera le bouquet.
“Quand on aime la Seine, on accepte qu’elle vienne nous embrasser de temps en temps…”
Verrock
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- © Copyright Chronos Poissy - Juin 2003
L’île de Migneaux, aujourd’hui et demain
Jean CRETAZ, président du SPIM
Jean-Louis TANCERMAN, vice-président du SPIM
Aux beaux jours, l’avenue de l’île de Migneaux
connaît une affluence inhabituelle : poussettes d’enfants, bicyclettes, planches à roulettes, pour les familles
et les joggers, c’est un des lieux de promenade favoris
des habitants de Poissy ; sa visite commence par une
courte rêverie sur le pont de Migneaux, où quelques
pêcheurs surveillent leurs appâts, et qui séduit toujours
les peintres du dimanche ; en contrebas sur l’eau, la
ligne des bateaux placidement appontés semble
indiquer la direction d’un horizon fait de voyages
improbables, tandis que skiffs et yolettes filent au
battement cadencé des avirons. L’atmosphère est
soudain plus légère, plus vive ; la ville s’efface, et c’est
un autre monde qui s’offre. Les promeneurs contemplent la perspective austère des plafonds cathédrales de
villas postmodernes en brique brune, s’arrêtent un
moment devant les maisons anciennes en meulière, avec
leur chatoiement de festons en faïence et leurs tourelles
extravagantes, et ne se lassent pas d’admirer les jardins
soignés et colorés. Dans la profusion de verdure tous
les styles d’architecture se confondent en une harmonie
débridée : chalet basque ou alpin, villa anglo-normande,
maison Ile-de-France, chaumière, bungalow, cottage,
pavillon Mansart… La campagne à la ville, comme
dirait Alphonse Allais. Les habitants des hauteurs de
Beauregard parlent encore des “nantis” de l’île de
Migneaux, car les étiquettes ont la vie dure ; mais des
anciennes maisons de maître du Président Depierre et
du Chevalier de Knyff aux “cabanes à lapin” en fibrociment du bout de l’île, il ne reste plus qu’un parfum
de souvenir. L’urbanisation, parachevée par l’arrivée du
RER à Poissy, a fait de l’île de Migneaux un quartier
pavillonnaire où se côtoient enseignants et ingénieurs,
professionnels de santé, cadres et petits commerçants,
sans oublier les quelques artistes qui perpétuent leur
témoignage de la magie du lieu.
Certes les soucis et les projets ne manquent pas
pour les 400 habitants de l’île de Migneaux (« les musnelliens » pourrait-on dire) et leurs délégués du Conseil
Syndical de l’association qui gère les lieux : il s’agit de
faire appliquer les prescriptions d’urbanisme, concernant entre autres les haies et clôtures, faire respecter la
limitation de vitesse et le stationnement alterné des
véhicules, assurer le gardiennage général, entretenir les
égouts de l’avenue, le pont de Migneaux et la voirie (en
relation avec la Ville), et résoudre les divers
problèmes de voisinage, bruit, chiens vagabonds…
Le Conseil veille aussi au bon fonctionnement des
dispositions de secours en cas d’inondation : état de la
digue et de sa vanne, servitude de passage dans les
propriétés sur toute la longueur de l’île, plan de secours,
coordination avec les autorités et les services publics
territoriaux, toutes activités qui témoignent bien de la
« culture du risque » qui imprègne l’île, selon les
propres termes du préfet des Yvelines.
, , , , , , , , , , , , ,
L’île de Migneaux et ses berges forment un site
écologiquement fragile, tant au regard de sa faune
que de ses habitants. Après cent ans d’urbanisation
raisonnée et respectueuse en milieu inondable de plaine,
l’île doit être l’objet d’attentions particulières dans le
contexte des projets d’aménagement en cours ou à
venir : réforme du P.L.U. (Plan Local d’Urbanisme),
autoroute A 104 et déviation de Poissy, zonage du
P.P.R.I. (Plan de Prévention des Risques d’Inondations),
Loi sur l’Eau et mise en conformité de l’assainissement
individuel. De tels projets sont indicatifs des grands
enjeux environnementaux de notre XXIe siècle, face
auxquels les principes du développement durable
doivent prévaloir dès aujourd’hui : nous voulons léguer
aux générations futures de Poissy une île où il fera
toujours bon vivre et se promener en appréciant
l’héritage architectural et paysager que nous ont
transmis nos prédécesseurs depuis 100 ans.
C’est pourquoi nous souhaitons promouvoir
l’inscription de l’île de Migneaux à l’Inventaire des
Sites, qui inclut déjà les berges de Poissy autour du
Vieux Pont et des îles avoisinantes ainsi que la berge
de Villennes, dans l’esprit du Schéma Départemental
d’Aménagement des Yvelines : celui-ci préconise
une importante mise en valeur de la Seine en matière
d’environnement et de cadre de vie, à laquelle nous
apportons notre soutien attentif. Mais dans cette attente,
les îliens ne ménagent pas leurs efforts pour assurer la
préservation de l’île : nombre d’entre eux entretiennent,
voire reconstruisent, la berge à leurs frais, pour une
meilleure maîtrise de l’envasement du Petit Bras de
Migneaux, et au bénéfice de la navigation marchande
sur le Grand Bras de la Seine.
, , , , , , , , , , , , ,
Nous espérons que cette livraison de Chronos aura
contribué à mieux faire connaître l’histoire et apprécier
les qualités de notre quartier insulaire de la cité
pisciacaise, unique en son genre, et tel qu’il vous a été
présenté dans ces pages par ses habitants eux-mêmes.
Mille mercis à l’équipe du Cercle d’Etudes Historiques
et Archéologiques de Poissy, à son président Jean-
Bernard Rigaudeau, ainsi qu’à Bernadette Dieudonné et
Federica Guyot-Sionnest, pour leur aide et l’amitié
qu’ils nous ont témoignée en nous consacrant ce
numéro spécial de la revue, à l’occasion du Centenaire
de l’urbanisation de l’île de Migneaux.
Poissy, mai 2003
S. P. I. M. - Syndicat des Propriétaires de l’île de Migneaux - 11, île de Migneaux, 78300 Poissy
01.39.65.47.63 - www.migneaux.fr.fm
© Copyright Chronos Poissy - Juin 2003 -
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Acte d’enregistrement du Cahier des Charges de l’île de Migneaux, le 7 juillet 1903
(Société Immobilière de l’Île de Migneaux - doc. SPIM).
Le pont de l’île de Migneaux en hiver (photo A. Langerock).
Photogravure Impression IT O B - 95300 E N N ERY - Tél. 01 30 30 56 97 - Dépot légal : 3ème Trimestre 2003
IN SS 0757-0465

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