j`en ai marre qu`on salisse mon islam

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j`en ai marre qu`on salisse mon islam
N° 23 – FÉVRIER 2011
ÉDITION Nationale
ALERTE
Du porc dans
des saucisses
« halal »
p. 10
PSYCHO
Les enjeux
du mariage
Imprimé sur du papier recyclé. Ne jetez pas ce magazine sur la voie publique : donnez-le. Merci !
p. 30
Ramzy
“
J’en ai marre
qu’on salisse
mon islam ! »
p. 24
Dossier spécial : les musulmans de France sortent de leur silence !
17 personnalités condamnent les attentats perpétrés au nom de l’islam.
p. 12
SALAMNEWS N° 23 / FÉVRIER 2011
SOMMAIRE
ÉDITO
Non-violence
HORIZONS
4 « Terrorisme islamique » :
E
pas en notre nom !
ACTU
6 Tunisie, Égypte :
8 Édition Île-de-France :
Djamel Bensalah tourne Beur sur la ville, dans le 9-3
8 Édition Marseille : Danger,
l’amiante plombe la cité de La Savine
BUSINESS
8 Créateur d’entreprise, j’ouvre
© Manu Fernandez / AP / SIPA
vers un printemps des peuples arabes ?
L’islam, une partie de l’Histoire de France
un compte bancaire
ÉCONOMIE
10 Du porc dans des saucisses « halal » ?
11 Industrie du halal :
norme AFNOR vs charte du CFCM
TÊTE D’AFFICHE
24 Halal police d’État, Éric et Ramzy
signent leur film le plus politique
BEAUTÉ
26 Belle, en toute saison !
© Magali Bragard / 2010 Europacorp
SPORT
22 2011, année d’espoir pour la France
LA CUISINE DE REQUIA
28 La galette de sarrasin complète
De VOUS À NOUS
30 Les enjeux du mariage
FOCUS
Islam, le soulèvement de la paix
12 Islam, islamisme, terrorisme…
Ces amalgames assassins
les crispations religieuses
19 Décryptages : des principes universels
partagés
© Nikontiger
14 Témoignages : en finir avec les stéréotypes !
18 La mondialisation accentue
n l’espace d’à peine quelques semaines, le monde arabe a subi un vent
de soulèvement populaire sans
précédent. Ce vent au parfum de jasmin
s’est levé en Tunisie. Son souffle a mis en
fuite le dictateur Ben Ali. Ce vent de libération ne s’est pas arrêté en chemin. Il
poursuit sa route au pays de Pharaon et
entraîne sur son passage le vacillement des
fondations du régime militaire de Hosni
Moubarak. Ce vent insaisissable, nous le
retrouvons jusqu’au Yémen, où il vient de
donner vie à ces corps hier figés, aujourd’hui
en mouvement dans la rue.
Ce qui est remarquable au moment où ces
mots sont couchés sur le papier, c’est le
caractère pacifique de ces révoltes. C’est
dire que ces peuples sont beaucoup plus
responsables et plus patriotes que leurs
autocrates conspués. Face à la dureté des
régimes en place, les peuples ont choisi le
chemin de la non-violence pour se libérer
du joug de la tyrannie.
Ce bel exemple de délivrance tord le cou
aux idées reçues que l’on a sur le monde
arabe. Il montre non seulement la célérité
avec laquelle le monde arabo-musulman
est en capacité de se réinventer. Mais aussi
que l’utilisation de la violence et a fortiori
du terrorisme pour que s’opèrent des changements est, en plus d’être immorale,
complètement inutile.
C’est également sur ces valeurs de nonviolence que dix-sept intellectuels, politiques, religieux, artistes de culture musulmane viennent exprimer leur solidarité
envers les victimes coptes de l’attentat de
décembre. Ces personnalités dénoncent
le terrorisme dit islamique, refusent
l’amalgame liant islam et violence, tout
en réaffirmant les valeurs d’amour et de
tolérance qui sont au cœur de l’identité
musulmane. ■ Mohammed Colin
Salamnews : 113-115, rue Danielle-Casanova – 93200 Saint-Denis – www.salamnews.fr
Directeur commercial : Mourad Latrech – Publicité : 01 48 09 53 24 – [email protected]
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Directeur de la rédaction : Mohammed Colin. Rédactrice en chef : Huê Trinh Nguyên.
Journalistes : Mérième Alaoui, Hanan Ben Rhouma, Pauline Compan, Nabil Djellit, Antoine Dreyfus, Anne-Flore Gaspar-Lolliot, Faïza
Ghozali, Nadia Hathroubi-Safsaf, Nadia Moulaï. Ont participé à ce numéro : Djamel Louergli, Requia Badr, Chams en Nour.
Conception graphique : Pierre-André Magnier. Photo de couverture : © Baltel/SIPA. Chef de projet : Sandrine Mayen.
Imprimé en France. Tirage : 110 000 exemplaires. Éditeur : Salamnews est édité par Saphir Média, SARL de presse au capital de 10 000 euros.
Directeur de la publication : Mohammed Colin. N° ISSN : 1969-2838. Dépôt légal : février 2011.
SALAMNEWS N° 23 /FÉVRIER 2011
HORIZONS
Par Mohammed Colin, cofondateur et directeur de la publication
du site d’actualité quotidienne Saphirnews.com et du mensuel gratuit Salamnews.
© Lahcène Abib
4
« Terrorisme islamique » :
E
pas en notre nom !
En tant que musulmans, il nous est devenu impossible de garder le silence. Car nous
sommes témoins de l’arrogance et du cynisme avec lesquels l’on veut détourner notre religion pour justifier des crimes
crapuleux.
En tant que citoyens français de confession ou plus largement de culture musulmane, nous nous sentons la responsabilité
d’agir contre les frissons pervers qui tentent d’amalgamer l’islam et la violence politique qui prend prétexte de l’islam.
Le vocable de « terrorisme islamique », pour qualifier des massacres monstrueux,
a infiltré le répertoire médiatique et éclabousse désormais toute une partie de citoyens silencieux, parce qu’ils sont musulmans. C’est aussi parce que nous sommes musulmans que nous sommes régulièrement invités à nous prononcer sur des
tueries commises par des individus ou des groupes que nous ne connaissons pas et avec qui nous n’avons rien à voir.
Et parce que nous sommes musulmans, d’aucuns nous soupçonnent de sympathie avec les auteurs de ces ignominies,
qu’aucune âme ne peut tolérer s’il lui reste une once d’humanité, un minimum de sens de la justice.
Toutes ces allusions sont dangereuses parce qu’elles s’inspirent du raccourci historique Ces allusions
sont dangereuses surtout parce qu’elles sont fausses. En nous référant au Texte du Coran, dans ses lectures multiples, y
compris les plus rétrogrades, aucun argument ne peut légitimer l’assassinat d’innocents.
C’est pourquoi, en tant que musulmans, nous affirmons que ce « terrorisme islamique » est une imposture
abjecte, qui puise dans l’ignorance et la frustration pour servir des desseins sans rapport avec notre religion. Nous soutenons que personne ne peut prétendre agir au nom de l’islam en violant les principes mêmes de cette religion.
Nous affirmons qu’aucune ambition politique ne vaut plus que la vie humaine. En France comme ailleurs, l’immense
majorité des musulmans mène ces luttes dans le respect de la vie et de la dignité humaine.
Face aux drames humains causés par ces attentats et ces prises d’otages, exprimons
notre solidarité totale pour les victimes, toutes les victimes, leurs familles, leurs amis. Pour leur brutalité, leur irresponsabilité, leur trahison de la lettre et de l’esprit de notre religion, nous condamnons fermement les auteurs de ces actes
immoraux.
Enfin, nous en appelons au sens de la responsabilité de nos hommes politiques pour
dénoncer avec fermeté et avec courage ces violences commises prétendument au nom de l’islam, sans céder à l’islamisation
des questions sociales en France et sans nourrir l’amalgame avec les musulmans de France. ■
SALAMNEWS N° 23 / FÉVRIER 2011
6
ACTU
w Pour plus d’actus, saphirnews.com,
le premier quotidien musulman d’actualité
MAGHREB-MACHREK
Tunisie, Égypte :
Agenda
vers un printemps
des peuples arabes ?
POLITIQUE. Après la Tunisie, qui
s’est débarrassée, lors de sa « révolution
du jasmin » de Ben Ali, son dirigeant
pendant 23 ans, le 14 janvier, voilà
que les peuples arabes rêvent d’un
scénario similaire et d’abord en
Égypte, où de violentes manifestations
se déroulent depuis janvier au Caire,
à Alexandrie et dans plusieurs grandes
villes du pays.
Des dizaines de milliers de personnes
exhortent Hosni Moubarak, au pouvoir depuis 30 ans, à quitter son fauteuil. Cependant, ce dernier reste
encore fermement accroché à son
poste, préférant s’en aller en septem-
RENCONTRE
5e rencontre annuelle
des musulmans
du Nord
Organisée par l’UOIF
et la Ligue islamique
du Nord, la RAM
accueille plus de 2 000
visiteurs. Conférences,
débats, stands
associatifs
et commerciaux, espace
enfants, concerts…
w 19 février,
de 9 h à 23 h
Zénith Lille Grand Palais
03 20 53 02 65
www.ramn.fr
bre 2011, à son aise, ce que refusent
ses opposants.
Outre Israël, qui considère l’Égypte
comme un précieux allié dans la région,
d’autres États arabes s’inquiètent de
l’effet domino que peuvent susciter les
révoltes populaires tunisiennes auprès
de leurs administrés. Des manifestations
en Algérie, en Jordanie et en Syrie sont
organisées, malgré des réformes annoncées par les dirigeants de ces pays, qui
observent avec attention la manière
dont se dénouera la crise sociale et
politique en Égypte, pays le plus peuplé du monde arabe avec ses 80 millions
d’habitants. ■ Hanan Ben Rhouma
CINÉMA
ÉGYPTE
OULÉMAS. « Moubarak,
dégage », c’est en substance ce
qu’a conseillé le cheikh alQardawi, une des figures
emblématiques de l’islam
sunnite, à propos du président
égyptien lors d’une interview
sur la chaîne satellitaire qatarie Al-Jazeera.
Ce haut dignitaire religieux
a qualifié le président égyptien
d’être devenu « aveugle, sourd, muet »
aux revendications du peuple, notamment des pauvres. « Il n’y a pas de
raisons de rester plus longtemps, Moubarak, je vous conseille (d'apprendre)
la leçon de Zine el-Abidine Ben Ali »,
a-t-il ajouté, se référant au président
déchu de la Tunisie, qui a fui vers
l’Arabie Saoudite le 14 janvier dernier.
Ses déclarations de soutien à ce qui
pourrait bien devenir « la révolution
du papyrus » n’ont pas manqué d’être
remarquées par l’Égypte tout entière
et l’ensemble du monde musulman.
Outre son affiliation au mouvement
des Frères musulmans et son opposition au régime de Nasser puis de
© Hasan Jamali / AP / SIPA
Al-Qardawi soutient
les révolutions
Moubarak, qui lui ont valu d’être
emprisonné, exilé au Qatar et déchu
de la nationalité égyptienne, le cheikh
Qardawi est aussi à la tête du Conseil
européen pour la fatwa et la recherche et de l’Union internationale des
savants (oulémas) musulmans.
Il a d’ailleurs appelé, au nom de
l’Union internationale, tous les partis politiques, les intellectuels, les
élites et les syndicats égyptiens ainsi
que les oulémas d’Al-Azhar à s’unir
afin de réaliser les aspirations du
peuple égyptien et a salué les sacrifices consentis par les Égyptiens pour
obtenir la liberté, la dignité et la tenue
d’élections libres. ■
Hanan Ben Rhouma
Blagues à part
Le rire résiste-t-il
à toute tragédie ?
Vanessa Rousselot,
jeune réalisatrice
française, a sillonné
la Palestine en quête
de l’humour de son
peuple. À chaque
nouvelle rencontre,
elle a demandé :
« Connaissez-vous une
blague palestinienne ? »
Elle en tire un film
documentaire, à voir
absolument. Projection
gratuite et débat avec
Vanessa Rousselot et
le dessinateur Plantu.
w 24 février, à 18 h 30
Institut du monde arabe
(auditorium)
1, rue des FossésSaint-Bernard
Paris 5e
www.imarabe.org
CONCERT
14e festival
du Mawlid
À l’occasion du Mawlid
al-Nabawi (fête de la
naissance du Prophète),
AISA et Terres d’Europe
proposent un concert
de musiques et de
chants traditionnels et
soufis. Le Festival 2011
accueille le groupe
Gaâda (Diwane
de Béchar).
w 27 février, à 16 h
Espace Reuilly
21, rue Hénard
Paris 12e
www.aisa-net.org
QUIZ
L’islam,
une partie
de l’Histoire
de France ?
DÉPUTÉS. Nos élus pris en
flagrant délit de non-connaissance : le site Rue 89 a interrogé
des députés dans les couloirs de
l’Assemblée nationale. La question posée ? L’islam fait-il partie
de l’Histoire de France ? Une
question simple, qui appelle
pourtant des réponses plutôt
alambiquées et parfois même
carrément gênées.
L’initiative fait suite aux propos
d’Angela Merkel, la chancelière
allemande, et du président Christian Wullf en octobre dernier,
dans lesquels ils affirmaient que
l’islam « fait aussi partie de
l’Allemagne ».
« Je n’ai pas de réponse honnêtement, je n’ai pas regardé », c’est la
réponse embarrassée du député
de Haute-Savoie, Lionel Tardy
(UMP). Un embarras qui n’aura
pas touché son homologue des
Yvelines, Étienne Pinte. Il s’est,
pour sa part, fendu d’un très clair
« certainement pas, totalement
non ». Des réponses plutôt négatives dans les rangs de la droite,
alors que le député PS Jean-Louis
Bianco (Alpes de Haute-Provence) joue le consensus, « l’islam
fait partie de la France, de même
que la religion juive, chrétienne ou
orthodoxe ». Une référence aux
autres religions que d’autres
députés ont également utilisée.
L’islam fait donc partie de la
France « à côté des autres religions »
pour le député (PS) Alain Rodet.
Ouf ! Rappelons à nos députés
que la présence musulmane date
de 719 jusqu’à la fin du Xe siècle
dans le Midi de la France. Mais
en l’absence de traces archéologiques substantielles, seuls les
spécialistes (historiens et archéologues) le savent. ■
Pauline Compan
SALAMNEWS N° 23 / FÉVRIER 2011
8
BUSINESS
Le point de vue
de l’expert
Des questions sur l’entrepreneuriat et la création d’entreprise ?
Envoyez-les à [email protected], chaque mois
notre expert-comptable vous répondra.
© D.R.
Par Djamel Louergli, expert-comptable et commissaire aux comptes – www.cabinet-louergli.fr – 01 39 02 25 54
Créateur d’entreprise,
j'ouvre un compte bancaire
Je suis en cours de création d’une entreprise,
le banquier m’a demandé un business plan
pour l’ouverture d’un compte bancaire.
Suis-je obligé de le fournir ?
Djamel Louergli. Le banquier est en droit de demander tout docu-
Le banquier peut-il refuser de m’ouvrir un compte
bancaire pour la création de ma société ?
Djamel Louergli. En effet, un banquier est en droit de vous
refuser l’ouverture d’un compte bancaire sans obligation de vous
justifier son refus. Un refus résulte souvent d’incidents bancaires
déclarés à la Banque de France survenus précédemment.
En cas de refus, vous pouvez vous prévaloir du droit à l’ouverture
d’un compte :
• Si vous êtes entrepreneur individuel, demandez-le directement
à la banque. Votre demande sera transmise par celle-ci à la Banque
de France.
• Si vous êtes en société, demandez simplement au banquier
une attestation de refus par écrit et envoyez votre demande à la
Banque de France. La Banque de France désignera ensuite une
agence bancaire qui vous ouvrira un compte d’office. Seul bémol,
les services bancaires seront toutefois limités. ■
ment pour se faire une opinion sur la fiabilité de ses futurs clients.
Le business plan (BP), nommé aussi plan d’affaires, peut tout à fait
être demandé. Je ne saurais que conseiller les créateurs d’entreprise d’en
établir un, même si le banquier ne vous le demande pas. Le BP est un
outil présentant deux avantages :
• Structurer son projet : il permet de fixer votre stratégie d’entreprise.
Mettre sur papier votre idée permet d’identifier les potentialités et les
obstacles qui pourraient survenir ainsi que les solutions envisagées.
• Présenter son projet : il sera votre premier élément de communication et vous permettra de solliciter vos partenaires tant internes
qu’externes.
Voir son banquier en lui présentant un business plan bien strucPlus d’infos sur le site de la Banque de France : www.banque-france.fr
turé vous permettra de gagner du « crédit » à ses yeux. ■
SALAMNEWS N° 23 / FÉVRIER 2011
10
ÉCONOMIE 37 500 €
C’est la sanction prévue en cas de tromperie du consommateur, relevant
du Code de la consommation : jusqu’à 37 500 € d’amende assortie
ou non d’une peine allant jusqu’à 2 ans de prison. Une mention « halal »
alors que le produit contient du porc entre dans ce cas.
Par Hanan Ben Rhouma
Du porc dans des saucisses « halal » ?
CONSO. Nombre de consommateurs
louaient l’apparition de produits halal dans
les rayons de la grande distribution. Désormais, l’heure est à la prudence et l’indignation s’est emparée des musulmans après la
découverte de traces de porc dans les saucisses « halal » Herta.
Après la publication des résultats du laboratoire d’analyses Eurofins (l’échantillon analysé contenait « au moins » 0,01 % d’ADN de
porc) par le site debat-halal se sont ensuivies
deux semaines de polémiques, au terme desquelles Nestlé, détenteur de la marque Herta, a finalement décidé, malgré la contre-expertise de Herta qui a démontré l’absence de
porc, de suspendre la production des Knacki
incriminées pour une durée indéterminée.
« Les analyses complémentaires réalisées en bout
de chaîne de production, qui nous permettent
d’assurer à nos consommateurs que nos produits sont 100 % sans viande de porc, ne sont
pas compatibles avec une industrialisation en
grande série », a ainsi déclaré, mardi 1er février, Valérie Bignon, porte-parole du groupe
Nestlé. « Nous avons décidé de faire des tests
ADN systématiques mais ces tests allongent nos
délais de livraison. Nous suspendons la production le temps de trouver une nouvelle organisation », a-t-elle ajouté, précisant que le groupe
ne compte pas retirer les Knacki des rayons
des supermarchés.
La Grande Mosquée de Paris
dans la tourmente
Nestlé a tardé à réagir publiquement, mais
sa position a radicalement changé en deux
semaines. L’entreprise, qui défendait dans
un premier temps ses produits – sans avouer
toutefois que ses Knacki « halal » étaient fabriqués sur la même chaîne de production
que ses autres produits non halal (« le process
est confidentiel », nous a-t-on rétorqué) –, a
fini par concéder que l’industrialisation à
grande échelle ne permet pas d’assurer une
© yamix
Des consommateurs musulmans auraient-ils ingurgité du porc à leur insu ? C’est en tout cas ce
qu’ont révélé les résultats d’un laboratoire d’analyses en détectant des traces de porc dans
les Knacki « halal ». Malgré la contre-expertise de Nestlé, la confiance envers les industriels ainsi
que la certification halal de la GMP est bel et bien effritée.
L’affaire des saucisses « halal au porc »
n’est que le début de nouvelles révélations,
qui marquent la difficulté des firmes agroalimentaires
à mettre en œuvre un process répondant à la fois
aux cadences industrielles et aux normes halal.
traçabilité complète des produits halal. La
faute à l’engouement croissant que suscitent
les produits halal auprès des consommateurs
musulmans ? Que nenni !
Comme pour se dédouaner de ses erreurs,
Herta n’a eu d’autre choix que de mettre indirectement en cause la Grande Mosquée de
Paris (GMP), qui certifie ses produits « halal » sous le label SFCVH (Société française
de contrôle de viande halal).
« Nos productions respectent les procédures requises par la Grande Mosquée de Paris, sont
validées par elle, et vérifiées sur place par quatre contrôleurs permanents reconnus et agréés
par les mêmes autorités religieuses », avait alors
déclaré le groupe. Si problème il y a, c’est
donc à la GMP de comprendre pourquoi.
Toutefois, précisons que les contrôleurs sont
employés par Herta. Leur indépendance
n’est donc en aucun cas garantie.
Cependant, la GMP ne s’est pas laissée démontée. D’habitude si discrète, elle s’est empressée de communiquer – bien avant Herta
! – les résultats de la contre-expertise effectuée par le laboratoire allemand Genetic ID,
qui prouverait qu’il n’y aurait pas de traces
d’ADN de porc. Mais la GMP a été sérieusement entachée par cette affaire. Une campagne de boycott contre la SFCVH est même
enclenchée par une partie des consommateurs soucieux de manger sans douter de la
garantie halal.
Le marché agroalimentaire
du faux-halal
Cette affaire n’est qu’un maigre aperçu des
défaillances du marché du halal, qui n’est
toujours pas régi par une norme. Rien qu’en
France plus de 50 organismes de certification
opèrent dans le secteur. La charte du halal,
élaborée par le Conseil français du culte musulman, n’a toujours pas été adoptée en raison des luttes de pouvoir qui se jouent entre
les composantes du CFCM.
Malgré tout, il ne fait aucun doute que de
nouvelles révélations incriminant d’autres
marques vont prochainement suivre, nettoyant un tant soit peu le marché de l’agroalimentaire du faux-halal. Mieux informés,
les consommateurs musulmans peuvent
montrer qu’ils peuvent être aussi exigeants
que d’autres clients. ■
www.salamnews.fr
68 %
68 % des personnes achetant au moins occasionnellement de la viande halal font confiance au label halal apposé
par un fabricant et ne vérifient pas davantage. La proportion s’élève à 80 % parmi ceux qui ne fréquentent pas
la mosquée, elle est de 53 % parmi ceux qui y vont au moins une fois par semaine. (Source : IFOP, déc. 2009)
11
Propos recueillis par Pauline Compan
« Le consensus sur une définition industrielle
du halal n’existe pas »
Quelle est votre opinion
sur l’affaire des Knacki Herta
« halal » contenant des traces
d’ADN de porc ?
Florence Bergeaud-Blackler :
Cette affaire n’est pas étonnante.
Il n’existe pas de référentiel halal
ni d’organisme de contrôle des
certifications halal. On peut
donc parfaitement certifier
un produit sans le vérifier. La
DGCCRF (Direction générale
de la concurrence, de la consommation et de la répression des
fraudes) a déjà fait quelques
trouvailles de ce type, mais la loi
sur les fraudes et les tromperies
des consommateurs n’est pas
appliquée.
Les services publics invoquent
qu’il s’agit de produits religieux,
mais cela n’est pas acceptable. La
pénalisation de la fraude doit se
fonder non pas sur la nature ou
l’origine du produit, mais sur le
fait qu’il y a une inadéquation
entre le contenu du produit et ce
qui est affiché. Il en va de la protection des consommateurs.
Ce qui est en cause, c’est l’absence de consensus sur une définition industrielle du halal. Il faut
© D.R.
Florence Bergeaud-Blackler*, sociologue,
nous livre son expertise sur l’industrialisation du
secteur halal et analyse les derniers « scandales »
qui lui sont liés.
En l’état, la charte du
halal du CFCM n’est
ni économiquement
ni politiquement
réaliste. »
Florence Bergeaud-Blackler
se retourner vers les religieux,
qui ne font pas leur travail pour
faire émerger une norme, et vers
les pouvoirs publics, qui, pour
protéger l’industrie alimentaire,
n’encadrent pas correctement
l’abattage rituel.
Qu’en est-il du marché
de la certification en France ?
Le marché de la certification
en France est compétitif et hétérogène. Il n’est pas efficient, car
il souffre de l’absence d’organes
proposée par le CFCM (Conseil
français du culte musulman)
révèle le positionnement historique des principales organisations musulmanes de France sur
la question du halal.
Cette charte est une première
ébauche encourageante. Mais
elle n’est, en l’état, ni économiquement ni politiquement réaliste. Son intransigeance vis-à-vis
de l’étourdissement ne tient pas
compte des progrès techniques,
des conséquences économiques,
des souffrances animales dans un
contexte de production massive,
où la protection animale n’est
plus assurée correctement par la
puissance publique.
L’autre faiblesse de la charte réside dans l’absence de remise en
question du monopole accordé
aux trois Grandes Mosquées
(Paris, Évry et Lyon). Une charte
qui ne casse pas le monopole de
La charte du halal du CFCM
l’habilitation des sacrificateurs
n’a toujours pas été signée…
Au-delà du débat sur la certi- a, selon moi, peu de chances
fication, la polémique qui vient d’aboutir. ■
de naître à la suite de la mise en * Sociologue, chercheuse à l’IREMAM (Institut
garde de l’UOIF (Union des or- de recherches et d’études sur le monde arabe
d’Aix-en-Provence, et auteure,
ganisations islamiques de Fran- etavecmusulman)
Bruno Bernard, de Comprendre le halal
ce) vis-à-vis de la charte halal (Éd. Edipro, 2010).
de contrôle par les agences de
certification. Les industriels s’en
contentent, car les consommateurs certes se plaignent… mais
ils achètent ! Pourquoi changer
les règles du jeu d’un marché florissant ?
Seuls les consommateurs peuvent se mobiliser pour faire
valoir non pas tant leurs droits
religieux que leurs droits de
consommateurs à être informés
et protégés des fraudes. Pour
cela, il faudrait qu’ils veuillent
être informés, qu’ils voient que
les tromperies n’ont pas nécessairement un fondement raciste ni
islamophobe. Celles-ci ne sont
que le reflet d’une asymétrie de
l’information et d’une exploitation d’un agent économique
captif par des firmes obsédées
par la compétition mondiale.
Industrie du halal : norme AFNOR vs charte du CFCM
ENJEU. Électronarcose, abattage mécanique,
étourdissement, bien-être animal… autant
de procédés sur lesquels il est bon de statuer
pour éviter à des acteurs de l’agroalimentaire,
notamment industriels, ne connaissant rien au
halal de se lancer à l’aveuglette.
La charte du halal du CFCM serait-elle la
solution ? Celle-ci prévoit de mettre en place
un Comité national de certification halal
(CNCH), qui édictera les règles de la certification halal et encadrera des organismes de
contrôle halal (OCH) habilités à apposer le
label « CFCM-Halal ». Mais cette charte n’a
toujours pas été entérinée. L’UOIF refuse de
la signer : « La difficulté réside non pas dans la
mise en place d’une charte, mais dans les mécanismes de contrôle garantissant son respect et sa
mise en œuvre qui, eux, sont renvoyés à un avenir
incertain », plaide Fouad Alaoui, président de
l’UOIF.
Autre solution : une norme AFNOR. Mais
l’Association française de normalisation n’a
toujours pas réussi à mettre d’accord l’ensemble des acteurs du halal : industriels, DGCCRF,
CFCM, organismes actuels de certification,
représentants de consommateurs et militants
du bien-être animal. ■ H. B. R.
SALAMNEWS N° 23 / FÉVRIER 2011
12
FOCUS
Islam, le soulèvement de la paix
© Nikontiger
Par Faïza Ghozali
Islam, islamisme, terrorisme…
Ces amalgames assassins
Trop souvent, islam rime avec radicalisme et terrorisme,
au mépris de ses valeurs universelles et d’une Histoire riche d’exemples
de tolérance. Les auteurs d’attentats qui se réclament
de l’islam ne sont pourtant que des usurpateurs.
Et la majorité silencieuse des musulmans en fait les frais.
Il est temps qu’elle fasse entendre sa voix.
L
Le 1er janvier correspond à la Journée
mondiale de la paix, décrétée par le
pape Jean-Paul II en 2005. Mais lors de
la nuit de la Saint-Sylvestre, c’est devant
une église copte d’Alexandrie, bondée
pour la messe de minuit, qu’une bombe
a explosé. Le lieu de culte est aussitôt
devenu le symbole des persécutions
commises dans le monde musulman
contre les chrétiens d’Orient.
Du Maroc à l’Indonésie, en passant par
l’Algérie, l’Arabie Saoudite ou encore
l’Irak, où 46 fidèles chrétiens avaient
été tués fin octobre dans la cathédrale
catholique de Bagdad, les condamna-
www.salamnews.fr
68 %
C’est la proportion de Français interrogés (contre 75 % des Allemands) qui jugent que
les musulmans ne sont « pas bien intégrés dans la société ». (Source : IFOP, décembre 2010)
tions sont unanimes. En France, l’appel,
lancé le 12 janvier par Respect Mag sous le
titre « L’islam bafoué par les terroristes »,
est entendu. Moins d’un mois après sa
publication dans les colonnes de Libération, il réunissait 4 000 signatures célèbres
(Stéphane Hessel, Abd Al Malik…) et anonymes. Tous mobilisés, laïcs et autorités
religieuses, pour fustiger l’attentat commis
en Égypte et rappeler « haut et fort que ces
meurtriers ne sont pas l’islam et qu’ils ne
représentent en rien les musulmans ».
Faire entendre la majorité
silencieuse
Assener des évidences ? Pour beaucoup, il
y a nécessité à faire entendre une majorité
silencieuse. Telle la sénatrice socialiste Bariza Khiari : « L’islam est un sujet sensible en
France, explique-elle. Toute atrocité commise
ici ou ailleurs a des répercussions sur l’image
des musulmans de France et du monde. »
« Même moi qui suis athée, je me sens
concerné, assure Magyd Cherfi, ex-leader
du groupe Zebda. Dans le sens où je vais être
pris dans l’amalgame arabe-islam-terrorismedélinquance. Quand on me voit dans la rue,
on voit un Arabe, et forcément un musulman. » Tous, musulmans cultuels, culturels
et autres « compagnons de route » de l’islam,
en ont assez. Assez d’être systématiquement
associés à de crypto-obscurantistes, sinon à
d’apprentis terroristes.
L’islam a mauvaise presse, ici comme ailleurs
en Europe et aux États-Unis. Un sondage
réalisé par l’IFOP, en décembre 2010, révélait que 42 % des Français et 40 % des
Allemands considèrent la présence de la
communauté musulmane comme « une
menace » pour l’identité de leur pays. Un
sondage ne saurait avoir valeur d’étude sociologique, mais les chiffres sont parlants.
L’extrême droite
surfe sur l’islam anxiogène
L’ère post-11-Septembre a substitué la peur
de l’islam à celle du communisme pendant
la guerre froide. Au générique des phobies
mondialisées, le « terroriste musulman » a
ravi la vedette au « terroriste russe ». On multiplie les poncifs autour de l’islam et de ceux
qui s’en réclament. On déroule le chapelet
des confusions sémantiques : islam, islamique, islamiste (« dit-on “christianiste” ? »,
fait remarquer un internaute sur un forum),
terroriste, musulman, délinquant…
13
Partout en Europe, l’extrême droite surfe un islam à la violence consubstantielle et à
sur la vague. En 2008, Geert Wilders, l’hégémonie imminente.
député néerlandais d’extrême droite, Exemple illustré, avec une couverture de
mettait en ligne une vidéo intitulée Fitna. L’Express qui titrait « L’Occident face à l’isUn fatras d’images et de violences défi- lam », en octobre 2010. Outre l’opposition
lent durant 17 minutes : 11-Septembre binaire – tempo préféré des clichés – du
2001, exécutions, discours antisémites de titre en une (Occident versus islam), qui
dirigeants iraniens, vues de femme voilée, vient doubler la fameuse (fumeuse) théorie
sourates appelant au châtiment des non- de l’Américain Samuel Huntington sur le
musulmans,
pendaisons
choc des civilisations, l’image
d’homosexuels et mutilaen couverture parle d’elleL’islam
tions génitales féminines…
même : sous un ciel crépusLe tout scandé de cette
culaire chargé de nuages se
anxiogène
question : « Les Pays-Bas
dresse un minaret lumineux
dope
du futur ? » En Allemagne,
imposant, qui relègue un
les audiences » etclocher
Thilo Sarrazin, haut respond’église à l’arrièresable à la Bundesbank, a
plan, dans l’obscurité. Point
écoulé plus de 1,2 million de son ouvrage n’est besoin d’être expert en sémiologie
publié à la fin août 2010, L’Allemagne de l’image pour saisir le message. Les
court à sa perte. Au menu, l’Allemagne qui quatre intertitres « menace », « terroriste »,
« s’abrutit » sous le poids de ses immigrés « poussée », « fondamentaliste » complètent
musulmans.
l’abécédaire des amalgames.
Une recette qui fait toujours mouche. Plutôt que d’évoquer la soif de démocratie des
Stop à la stigmatisation
La France n’est pas en reste, avec Marine peuples d’Égypte, de Tunisie ou d’Algérie en
Le Pen qui compare les prières des mu- marche pour renverser les dictatures, la une
sulmans qui empiètent sur la chaussée à du Point du 3 février 2011 préférait ti(t)rer
l’occupation nazie. Plus grave, la stigmati- la sonnette d’alarme « Le spectre islamiste »,
sation de l’islam n’est plus l’apanage de la accentuée par les sous-titres « fantasmes et
seule extrême droite. Désormais se dessine réalité », « ce que la France risque ».
une convergence avec une frange venue de
l’extrême gauche qui se réclame de la laï- I’m muslim, don’t panik
cité, qu’on a vue à l’œuvre lors des apéros « La responsabilité de la mauvaise image et de
« saucisson-pinard » en 2010.
la peur de l’islam est partagée », analyse l’isla« Aujourd’hui, il suffit à un homme politique mologue Mustapha Cherif. « Une minorité
de faire sa polémique sur les musulmans pour parmi les citoyens européens de confession muapparaître à la télévision », déplore Ma- sulmane et d’autres à travers le monde se comrouane Bouloudhnine, président cofonda- portent mal, trahissent l’islam et alimentent
teur de la fédération Mosaïc. « L’islam a la diversion », explique-t-il. Parallèlement,
une place de stigmatisation, dans la mesure « l’amalgame entre islam et extrémisme, pierre
où l’islam n’est convoqué que pour pointer angulaire de la propagande anti-musulmane,
des travers qui seraient inhérents à la religion fonctionne sur le matraquage de médias
musulmane », analyse Rokhaya Diallo, pré- et d’industries culturelles liées à des cartels
sidente de l’association des Indivisibles et d’intérêts qui diabolisent les musulmans et les
fondatrice des Y’a bon Awards.
réduisent au prisme de la violence. »
« Ce n’est pas de l’ordre du symbole que de
rappeler sans cesse les valeurs de l’islam », renL’islam(iste),
chérit Mohammed Moussaoui, président
un bon produit d’appel
L’islam anxiogène dope les audiences. Le du Conseil français du culte musulman
casting idéal d’un JT télévisé ? Un Liès (CFCM). « S’indigner par tous les moyens
Hebbadj au minois affriolant sous son kef- légaux face à ceux qui sèment la haine et
fieh, époux polygame de femmes en burqa, prêchent la violence est un devoir et notre
lesté d’un casier judiciaire. La presse écrite responsabilité à nous tous. Il ne faut pas rester
en raffole, elle aussi. À coups de dossiers silencieux face à l’intolérable. » Autrement
spéciaux et de unes alarmistes, de grands dit, par le rappeur Médine : « Ni violeur, ni
hebdomadaires d’information marinent terroriste, I’m muslim, don’t panik ! » ■
SALAMNEWS N° 23 / FÉVRIER 2011
14
FOCUS
Islam, le soulèvement de la paix
Propos recueillis par Nadia Moulaï, Faïza Ghozali et Nadia Hathroubi-Safsaf
Intellectuels, politiques, religieux, artistes, femmes et hommes de foi
et de culture musulmane dénoncent l’instrumentalisation de l’islam
et prônent la nécessité de l’interconnaissance, du dialogue
et de la conscience éthique pour un monde meilleur.
Paroles à…
© Lahcène Abib
Mohammed Moussaoui
Président du CFCM (Conseil français du culte musulman)
“
« L’islam est d’abord une spiritualité »
L
’islamophobie comme l’antisémitisme, le racisme et la
xénophobie sont des fléaux qui
empoisonnent la société. Ces
sentiments de haine sont entretenus par des minorités agissantes, qui tentent de se nourrir
d’un autre poison que sont les
actes de terrorisme. Ce n’est
pas un hasard si des attentats
contre les chrétiens d’Orient
interviennent au même moment de la montée de l’islamophobie en Europe et aux ÉtatsUnis. Cette alliance malsaine
entre deux extrémismes leur
permet de se nourrir mutuelle-
ment. Il appartient aux femmes
et aux hommes épris de paix et
de justice de « casser » cette
alliance, en affichant un front
uni contre les adeptes de ces
discours abjects.
Le CFCM ne cesse de dénoncer
l’instrumentalisation de l’islam
dans les débats politiques et n’a
cessé de rappeler que l’islam
est d’abord une spiritualité et
il doit être regardé comme tel.
Nous appelons certains politiques français à ne pas se servir
de l’islam ou des musulmans
pour grignoter quelques points
dans les baromètres de sondage. L’islam a toute sa place
dans la République, au même
titre que les autres religions. ■
© D.R.
Fadila Mehal
Membre du shadow cabinet du Modem, chargée de l’intégration,
de l’égalité des chances et de la lutte contre les discriminations
“
« L’islam est capable de démocratie »
E
© S. Msadek
n tant que démocrate, je suis
concernée par tout ce qui
touche à la liberté de conscience
et de religion, en France mais
aussi dans le monde. J’ai été indignée par les rapts et les attentats
commis au nom d’une religion.
En tant qu’héritière d’une culture
et d’une tradition arabo-musulmane, je ne peux restée muette,
car le silence fait le lit des plus
fanatiques.
L’Histoire nous a montré que
dans ces périodes de désenchantement social, pour recréer une
forme de cohésion sociale, le
groupe majoritaire a souvent recours aux boucs émissaires. On
est passé de la peur de l’indigène,
au début du XXe siècle, à la peur
de l’immigré, dans les années
1980, et, maintenant, par glissement sémantique, on a peur des
musulmans, car derrière, penset-on, se cachent des terroristes.
Pour lutter contre ces préjugés, il faut renforcer l’arsenal
juridique mais on ne pourra
judiciariser tous les rapports
sociaux. Il faut montrer des
identifications positives de musulmans qui, pour la majorité,
vivent leur foi de façon paisible
et ouverte. ■
Marouane Bouloudhnine
Président de Mosaïc (Fédération laïque des citoyens de sensibilité musulmane)
“
C
« Stop à l’ethnicisation des problèmes ! »
omment cautionner des assassinats perpétrés au nom
de l’islam, alors qu’il s’agit de bêtise humaine ? En France, nous,
musulmans de culture et/ou de
culte, n’avons rien à nous reprocher, nous sommes des citoyens
comme les autres. Je ne me sens
pas responsable des actes commis
par des terroristes, quels qu’ils
soient, même si je les déplore.
Il s’agit de lutter contre la
construction en sous-marin de
peurs imaginaires qui se cristallisent autour des musulmans, en
France et en Europe. Dans notre
fédération, il y a des musulmans
pratiquants, d’autres qui simplement se revendiquent de sensibilité musulmane. La laïcité est une
chance pour tous : elle permet la
liberté de croire ou pas, de pratiquer ou pas. Et il n’y a pas plus
laïque que l’islam, puisque c’est
une religion sans clergé.
En 2011, nous lançons la Flamme citoyenne, en partenariat
avec les Scouts musulmans de
France. C’est une marche qui
partira de Lille, le 7 mai, et
traversera les grandes villes de
France pour arriver à Paris, le
2 octobre. Avec ce slogan : « Je
vote donc je suis. » Objectif :
que cette Flamme citoyenne
réconcilie la France avec ellemême. ■
www.salamnews.fr
Témoignages
15
w Lire l’intégralité des interviews sur
© Lahcène Abib
Bariza Khiari
Sénatrice PS
“
« Le terrorisme n’a pas de religion »
N
ous vivons sur une toute
petite planète. Nous sommes donc tous concernés par
ce qui touche les musulmans.
L’islam est un sujet sensible en
France et toute atrocité commise ici ou ailleurs a des répercussions sur l’image des musul-
mans de France et du monde.
Contre la stigmatisation nationale (halal, burqa, minaret et
Marine Le Pen…), qui fait des
musulmans un thème de campagne, il est urgent de s’exprimer. Autrement, nous serons
les otages de la campagne des
présidentielles.
Les hommes sont les ennemis de ce qu’ils ignorent ! Ce
qui m’inquiète, ce sont les
connexions entre l’islamophobie populaire et cette forme
d’islamophobie « savante ».
Il faut rappeler les valeurs de
paix portées par l’islam. Mais
les médias nationaux ne sont
pas intéressés par cette image.
Si on me demandait de dire du
mal de l’islam, je serais l’égérie
des plateaux télévisés…
La chute du mur de Berlin
nous a « rattrapés » : le péril
rouge a été remplacé par le péril vert. Je veux croire que les
jeunes pourront influer positivement. Même si les médias
nous donnent toujours « du
musulman, le couteau entre
les dents », les jeunes peuvent,
eux, défendre un certain idéal
républicain. ■
© Lahcène Abib
Mustapha Cherif
Directeur du master international en études islamiques
à l’université ouverte de Catalogne
“
J
« La réponse est politique, éducative,
économique »
e ne cesse de répéter que
pas plus que l’Inquisition
n’est dans l’Évangile, le terrorisme n’est dans le Coran.
Aujourd’hui, en tant que citoyens de confession musulmane, toutes sensibilités confondues, nous devons être unis
face à l’usurpation du nom de
l’islam. Nous ne sommes pas
indifférents à la souffrance des
autres. Le combat contre la xénophobie et les terrorismes, des
puissants et des faibles, est politique. Il transcende les frontières et les religions.
L’Église copte égyptienne, elle,
s’est toujours caractérisée par
une position courageuse pour
les justes causes. Son chef spi-
rituel, le pape Chénouda III, est
un symbole de l’unité nationale
et du soutien aux Palestiniens.
Les chrétiens d’Orient n’ont
rien à voir avec les xénophobes et autres agresseurs qui se
réclament de la culture judéochrétienne, tout comme les musulmans d’Europe ne sont pas
comptables des errements de
ceux qui dévoient et contrefont
l’islam.
On sort de l’humanisme et du
christianisme, si on laisse faire
la xénophobie en Occident.
On sort de l’islam, si on laisse
faire le fanatisme et la réaction
aveugle. Raisons de plus pour
accueillir, dialoguer et protéger
l’autre. ■
© D.R.
Kamel Kabtane
Recteur de la Grande Mosquée de Lyon
“
L
« Évoluer vers un islam de connaissance »
’islam est attaqué de toutes parts, par les terroristes et par les ignorants. En
cause, l’image que renvoient
les médias n’est pas positive.
Il y a clairement une volonté
de montrer l’islam comme «
étranger et étrange » pour l’Europe, insoluble dans la République. L’islam est mal accepté. Pour autant, on ne peut pas
accepter qu’au nom de l’islam
on tue. Je le redis, ce qui s’est
passé en Irak, en Égypte n’est
pas acceptable.
Mais, je le répète, l’islam est
synonyme de paix et de dia-
logue. N’oublions pas que la
violence n’est pas l’apanage de
l’islam. Voyez ce qui se passe
en Palestine, en Irak ou en
Afghanistan…
Aujourd’hui, les jeunes vivent
pleinement leur religion, ils
l’assument. Contrairement à la
génération de leurs parents, ils
connaissent mieux leur religion
dans le sens où ils l’ont intellectualisée. L’islam de France évolue, grâce à eux, vers un islam
de connaissance.
L’impératif est de mieux communiquer sur l’islam et donc
de mieux le connaître. La
connaissance ne peut plus se
cantonner aux mosquées. Il
faut des lieux de culture. ■
SALAMNEWS N° 23 / FÉVRIER 2011
16
FOCUS
Islam, le soulèvement de la paix
Propos recueillis par Nadia Moulaï, Faïza Ghozali et Nadia Hathroubi-Safsaf
© D.R.
Betoule Fekkar-Lambiotte
Fonctionnaire internationale*
“
« Unicité, respect de la vie et universalité »
L
’islam politique est indéfendable : on a une image politisée
qui mène au terrorisme. Il faut
rompre ce cycle infernal dû à
l’ignorance. Personne ne connaît
l’islam du dedans : l’islam qui est
fait du respect de l’Unicité, du respect de la vie et de l’universalité.
C’est le parfait contraire du terrorisme, où il n’y a pas de respect de
Dieu en tant que puissance immanente. Je suis de tradition soufie, la mystique de l’islam. Face
aux violences, il faut davantage de
spiritualité. Si ces trois principes,
Unicité, respect de la vie et universalité, ne sont pas respectés,
comment parler d’islam ?
La laïcité établit une frontière
nette entre le public et le privé.
Soyons des citoyens, laissons nos
croyances et notre foi dans l’espace intérieur. Les musulmans
de France doivent cesser d’être
divisés. Il faut rompre avec un islam téléguidé par l’étranger. Être
au-dessus de la mêlée pour élever
le débat ! Mais tout cela suppose
une dose de spiritualité… La
faute revient aux musulmans
eux-mêmes. ■
* Auteure de La Double Présence
(Éd. du Seuil, 2007).
© Lahcène Abib
Tareq Oubrou
Recteur de la Grande Mosquée de Bordeaux*
“
« Notre jihâd : communiquer »
I
l est toujours douloureux de
voir des crimes perpétrés au
nom de la religion. Nous sommes otages de la bêtise de certains musulmans dont on ne
connaît pas la vraie nature ni
les vraies motivations. L’islam
est victime d’un double fléau.
D’une part, l’ignorance, véhiculée par ses propres adeptes
et par les non-musulmans.
D’autre part, une hostilité
de certains non-musulmans,
par idéologie ou par simple
ignorance.
Les franco-musulmans vivent
une religiosité crispée, plus
identitariste que personnelle.
Nous avons transformé l’islam
en un bouclier identitaire au
lieu d’une spiritualité universelle. Bien que les citoyens de
confession musulmane soient
nombreux en Europe, l’islam
ne fait pas encore partie de
l’Occident. Nos concitoyens
européens peinent à l’admettre. C’est à nous de leur expliquer que nous appartenons à ce
continent et que le terrorisme
qui les choque nous choque
aussi. C’est notre rôle de communiquer ce que nous concevons comme islam. Autrement,
d’autres personnes le feront à
notre place.
Les musulmans doivent produire, que ce soit au niveau artistique, intellectuel, sportif ou économique… Les mass-médias
musulmans sont très peu nombreux. Il y a comme une forme
de fatalité, à cause d’une prison
mentale que nous nous sommes
fabriquées. Au lieu de jouer la
victimisation, travaillons ! Un
droit, cela s’arrache. ■
* Auteur de Profession imam
(Albin Michel, 2009).
© Hervé Cortinat
Hamou Bouakkaz
Maire adjoint chargé de la démocratie locale et de la vie associative à Paris
“
J
« La solution, c’est la pédagogie,
l’exemplarité »
e me suis indigné contre
les atrocités commises sur
les chrétiens d’Orient comme
je le fais dès qu’on touche à un
cheveu d’un être humain pour
ses convictions, ses préférences
sexuelles, la couleur de sa peau...
Une réaction authentiquement républicaine consiste à condamner
et à agir pour que ne se reproduise
plus jamais une attaque contre un
groupe humain, quel qu’il soit.
Les musulmans de France se
vivent trop souvent comme des
colonisés, des sous-citoyens et
ne participent pas assez à la vie
démocratique. Pour certains,
heureusement
minoritaires,
le fait d’être rejetés est même
considéré comme une garantie
de « pureté ». Il faudrait que la
figure qui suscite l’émulation
soit celle d’un leader politique
ou d’un entrepreneur à succès !
En prenant la place qui nous
revient dans ce pays qui est le
nôtre, en connaissant mieux
notre culture et celle des autres,
en nous démarquant systémati-
quement de ceux qui bafouent
l’islam, en comptant sur le
temps et l’ascenseur social, qui,
n’en déplaise aux pessimistes,
continue de fonctionner, même
insuffisamment. Car il ne faut
pas oublier le but du chemin : ce
nouvel universalisme qui fera la
France de demain, originale et
pleine d’avenir. ■
www.salamnews.fr
Témoignages
17
w Lire l’intégralité des interviews sur
© Lahcène Abib
Khalil Merroun
“
“
“
“
Recteur de la Grande Mosquée d’Évry*
« Se taire, c’est se vider de sa foi »
J
© Lahcène Abib
’aimerais revenir sur un fait personnel. L’un de mes cousins a été victime
du « terrorisme basque ». À cette époque,
toute l’Espagne s’est mobilisée pour faire
changer cet abus de langage. Aujourd’hui,
on parle de terrorisme de l’ETA. C’est
C
© D.R.
* Auteur de Français et musulman : est-ce possible ?
(Presses de la Renaissance, 2010).
Président de la CCMTF (Comité de coordination des musulmans turcs de France)
et vice-président du CFCM
« Lier la violence à l’islam est une idée reçue »
qu’il fallait un message fort pour dire non aux
amalgames. Toute la société civile doit être derrière ce message. Condamner les atrocités, mais
éduquer sur l’islam aussi. Il faut rallier toutes
les personnes éprises d’humanisme et poursui-
vre la mobilisation générale. Je constate un vrai
décalage entre l’image de l’islam véhiculée par
les médias nationaux et la réalité du terrain où
le dialogue entre habitants, représentants associatifs et élus locaux existe. ■
Khaled Bentounès
Cheikh de la confrérie Alâwiyya, président des SMF (Scouts musulmans de France)*
« L’extrémisme est une impasse »
L
e terrorisme est une idéologie, qui se
construit sur la manipulation. Ceux qui
commettent des actes de violence peuvent
connaître certains éléments cultuels de la
shari’a ou de la Sunna, mais tout ignorer de
ses dimensions philosophique, culturelle et
spirituelle. Les conflits ont toujours agité
© D.R.
n’avons pas nourri d’amalgames à l’égard
des chrétiens. L’islam est un thème de
campagne électorale : certains hommes et
femmes politiques laissent la stigmatisation
s’installer. Or nous appartenons à la communauté nationale. ■
Haydar Demiryurek
ette opinion publique qui véhicule des
préjugés sur l’islam, il faut lui dire stop !
Notre religion ne prône ni les attentats, ni les
extrêmes. Le CFCM a condamné les attentats
d’Alexandrie non pas pour s’excuser, mais parce
J
exactement pareil pour l’islam. Le terrorisme n’a pas d’appartenance religieuse ni
ethnique !
Nous, citoyens français, avons l’impression
de payer la facture. Et les médias accentuent
ce sentiment. On peut parler de mémoire
sélective. Après le massacre des musulmans,
en 1995, pendant la guerre de Bosnie, nous
les hommes, pas plus les musulmans que les
autres, mais il faut reconnaître que juifs, chrétiens, musulmans, même les mazdéens et les
hindouistes ont vécu ensemble en parfaite
intelligence pendant des siècles, dans tous les
territoires de l’islam. En Andalousie, le calife
Abderrahman II a convoqué un synode chrétien pour s’entretenir avec le clergé des affaires
des chrétiens andalous. En 1860, l’émir Ab-
delkader, combattant du colonialisme français
en Algérie, a sauvé des milliers de vies chrétiennes à Damas.
L’islam a une Histoire de tolérance incontestable. Quant au terrorisme actuel, il n’est pas
l’apanage de l’islam. Il prend différents visages : nier les droits d’un peuple, l’affamer, le
contraindre ou l’humilier. ■
* Auteur de Thérapie de l’âme (Albin Michel, 2011).
Médine
Artiste, rappeur*
« Il n’y a pas de pire fléau que l’ignorance »
e soutiens toute forme d’appel à la défense de l’islam dès lors que celle-ci n’est
pas violente. Je suis également victime de
tous ces préjugés au sein de ma profession.
La violence symbolique ne s’arrête malheureusement pas aux portes de la musique.
La défense de notre religion ne passera que
par sa connaissance. Quand je parle de
« défense », c’est également aux musulmans
que je m’adresse, car bien souvent notre
image est détériorée par nous-mêmes par
manque de savoirs et de connaissances.
En 2011, j’entends des discours de certains
jeunes qui sont les mêmes que j’entendais à la
fin des années 1990 et qui n’ont toujours pas
répondu à cette question : « Peut-on avoir une
activité artistique lorsqu’on est musulman ? » J’ai
l’impression qu’on a appris un discours par
cœur et que les seules idées qu’on possède se
sont cristallisées depuis 2000. Je ne veux pas
être pessimiste, mais je crois que le pire est à
venir, le « pire » étant le travail à effectuer sur
nous-mêmes. ■
* Dernier album : Arabian Panthers (Because Music, 2008).
Prochain album : Table d’écoute 2 (Din Records, 2011).
SALAMNEWS N° 23 / FÉVRIER 2011
18
FOCUS
Islam, le soulèvement de la paix
Propos recueillis par Nadia Moulaï
Les chrétiens d’Orient en voie de disparition ?
Les voix s’élèvent pour alerter sur leur sort. Parmi elles,
celle de Laurent Larcher, journaliste et membre fondateur
du réseau Pluralisme des cultures et des religions.
« La mondialisation
accentue les crispations
religieuses »
De quelles discriminations sont
victimes les chrétiens d’Orient ?
Laurent Larcher : C’est très
différent selon les pays. Les chrétiens d’Irak, qui représentent 3
% de la population, sont menacés de mort. Intimidations, enlèvements ou assassinats ciblés, ils
sont persécutés sans distinction
d’âge ou de sexe. À part dans
la région kurde du pays, où ils
vivent en sécurité, dans le reste
de l’Irak ils sont persécutés. 20
000 familles se sont réfugiées au
Kurdistan.
Le cas des coptes en Égypte est
comparable. On l’a vu, les attentats de décembre dernier est
parlant. D’où leur sentiment de
peur et d’insécurité.
Les principales Églises d'Orient
Copte : 10,25 millions
de fidèles (la plupart en Égypte)
Arménienne : 9,65 millions
(Arménie, Liban…)
Maronite : 3 millions
(dont un tiers au Liban)
Melkite : 2 millions (Syrie…)
Chaldéenne : 1,95 million
(Irak, Syrie…)
Byzantine : 2 millions (Égypte,
Israël, Palestine, Syrie…)
Syriaque : 1,5 million
(Liban, Syrie…)
(Source : Témoignage chrétien,
J. Anciberro, oct. 2010)
Pour autant, les situations sont
variables d’un pays à l’autre. Au
Liban, les chrétiens maronites
représentent 30 % de la population. Et l’hostilité à leur encontre est moins forte qu’en Irak. Il
y a même des alliances politiques
avec les chiites.
En 2008, vous avez lancé
un appel en faveur des chrétiens
d’Orient avec le réseau
Pluralisme des cultures et des religions. Quel en a été l’impact ?
La communauté chrétienne de
France a pris conscience que des
chrétiens étaient en proie à des
violences. La Conférence épiscopale avait demandé de communier avec les chrétiens d’Orient
à Pâques. Le pape Benoît XVI a
réuni toute la communauté orientale à Rome pour réfléchir sur leur
sort. Sur le plan politique, nous
avons été reçus au Quai d’Orsay :
500 visas français ont été délivrés
à des chrétiens irakiens.
Iriez-vous jusqu’à parler
de génocide ?
Non, je récuse ce terme concernant les chrétiens d’Orient. Il s’agit
davantage de persécutions orchestrées non par l’État, mais par des
groupes religieux ou mafieux. Le
but est de les pousser à l’exil. On
est davantage dans « un idéal de
pureté » comme c’était le cas en
ex-Yougoslavie avec la Serbie. Les Deux ans après, comment pourchrétiens d’Irak étaient 700 000 suivez-vous cette mobilisation ?
avant la guerre ; près de 190 000 se
Le réseau lance un observatoire,
sont réfugiés dans les pays voisins. dont l’objectif est de travailler sur
la question des chrétiens d’Orient
Pourtant les chrétiens sont
mais aussi sur tous les problèprésents depuis 2 000 ans…
mes liés à la liberté de culte et
Oui, ce ne sont pas des mino- de conscience, toutes religions
rités au sens où elles représente- confondues. Aux Philippines, pays
raient des groupes émigrés. Il s’agit chrétien, je ne suis pas sûr que les
de populations autochtones. Les chrétiens se comportent de la maSyro-chaldéens se sont convertis au nière la plus évangélique avec les
christianisme au Ier siècle apr. J.-C. musulmans…
Ce sont des civilisations anciennes,
dépositaires d’une richesse liturgi- Comment expliquez-vous ces
que, spirituelle et intellectuelle. Les persécutions ?
coptes sont les descendants directs
On sent une tension très vive
des Égyptiens.
dans les rapports religieux. L’idée
© Olivier Blaise
Laurent Larcher :
La religion devient
une grille de lecture
du monde »
du vivre-ensemble est en net recul.
Dans le cas des chrétiens d’Irak,
rappelons qu’ils ne sont soutenus
par aucune puissance étrangère et
ils ne prennent pas les armes. La
mondialisation accentue ces crispations : il y a une inquiétude sur
la question des frontières. La religion devient une grille de lecture
du monde à laquelle on s’accroche
pour se rassurer.
En Europe aussi,
les crispations religieuses
existent. Les islamophobes
font valoir le droit
à la réciprocitépour bloquer
la construction de mosquées
du fait de l’interdiction
d’églises au Maghreb
ou au Machrek.
Chacun doit pouvoir pratiquer sa religion et donc avoir
une mosquée en France ou une
église en Irak. Je déplore que les
attentats en Orient donnent du
grain à moudre aux islamophobes. Je sens une vraie crispation
autour de l’islam en Europe :
les musulmans devraient communiquer pour rassurer. À ceux
qui disent que l’islam n’est pas
intégrable dans la République, je
pense qu’ils se trompent ! ■
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Décryptages
L’islam, entre tolérance et violence
L
Par Mohamed Chérif-Ferjani*
© D.R.
En rapport avec ces conflits, partisans et
L’islam, à l’instar d’autres traditions religieuadversaires de la violence ou de la paix ont
ses et philosophiques, est mobilisé autant
produit des théories mobilisant versets copour justifier que pour dénoncer des guerres,
raniques, traditions consacrées et, à défaut,
des attentats et différentes formes de violence.
constructions théologiques présentées comme
Comment comprendre ce paradoxe ? L’islam
étant la « doctrine indiscutable et autorisée de
est apparu au VIIe siècle dans une Arabie
l’islam ». Ces doctrines sont souvent, comme
confrontée à la nécessité de sécuriser les routes
toutes les idéologies, des justifications a postedu commerce caravanier pour mieux en tirer
riori de conduites et de choix décidés d’abord
profit, de pacifier les relations entre des tribus
sans références à la religion.
et de lutter contre les inégalités violentes enAinsi, l’opposition dâr al-harb / dâr al-islâm
gendrées par ce même commerce caravanier.
(domaine de la guerre / domaine de l’islam)
L’islam naissant reflète, dans son message
est apparue lors des guerres menées par divers
comme dans ses autres faits fondateurs, cette
groupes dissidents contre les Omeyyades et
dialectique de la violence et de la paix.
Abbassides. Depuis, elle sert à justifier les
D’un côté, il prône une fraternité, des soContre les théologies les
révoltes contre l’autorité musulmane jugée
lidarités, une « volonté de vivre ensemble »
de la dissidence
illégitime : il suffit de jeter l’anathème sur les
(c’est le vrai sens du mot umma), sur la base
de valeurs transcendant les fidélités et les
et du pouvoir ont été gouvernants pour justifier la guerre contre
autorité, voire le meurtre du « tyran » qui
clivages traditionnels et, par là, une société
produites, très tôt, leur
se dresse sur la voie de l’islam.
de concorde et de paix proposée, par-delà
des théologies
les Arabes, à l’ensemble de l’humanité. De
de la paix »
l’autre, il n’hésite pas à vilipender ceux qui se
Des discours théologiques
dressent sur son chemin et à leur promettre
construits a posteriori
les pires châtiments, non seulement dans la vie de l’au-delà Les théologiens du pouvoir ont repris cette même opposition :
mais aussi dans ce « monde ici-bas ».
ils considèrent que l’autorité est légitime tant qu’elle est capable
d’empêcher la fitna (guerre en terre d’islam, élargie à la notion
moderne de guerre civile) et qu’elle n’empêche pas les croyants,
La violence comme mode d’accès au pouvoir
La disparition du Prophète (en 632) a été l’occasion de nou- dont les musulmans, de pratiquer leur religion.
veaux conflits en rapport avec la question de sa succession Contre les théologies de la dissidence et les théologies du pouvoir,
(califat). Limités au départ aux querelles entre Compagnons les soufis, qui ne croient pas au salut collectif et prônent des voies
mecquois et médinois et à la guerre contre les tribus nomades de salut individuel, ont, très tôt, produit des théologies de la paix
accusées d’apostasie pour avoir refusé de faire allégeance au avec des conceptions qu’ils partagent avec différentes expressions
premier calife (Abû Bakr, 632-634), ces conflits tournent à une d’un islam quiétiste et avec les pacifistes du monde entier.
véritable guerre, après l’assassinat du 3e calife (Othman, 646- Pour comprendre l’ambivalence de toutes les traditions re656). Les partisans du calife ‘Alî (657-661) ont dû combattre ligieuses et philosophiques, il suffit de méditer l’adage latin :
une première armée dirigée par « la mère des croyants » Aïsha, « Si vis pacem, para bellum ! » (« Si tu veux la paix, prépare la
avant d’être confrontés à l’armée des Omeyyades, qui se ter- guerre »). L’histoire de la guerre et de la paix dans toutes les somina par l’éclatement du califat. Ces guerres sont restées dans ciétés humaines montre la difficulté d’opter pour une position
la conscience musulmane sous le nom de « la grande discorde » univoque sur la question. C’est ce qui fait dire à Gandhi, le plus
grand apôtre du pacifisme de notre époque : « Entre la lâcheté
(al-fitna al-kubrâ).
Depuis, la violence est devenue le mode quasi exclusif de l’accès et la violence, je préfère la violence. » ■
au pouvoir d’une dynastie, ou d’un autocrate, le moyen princiProfesseur à l’université Lumière-Lyon-2 et à l’Institut d’études politiques de Lyon,
pal de l’exercer et de s’y maintenir pour ne le quitter que mort *Mohamed
Chérif-Ferjani est l’auteur de Le Politique et le Religieux dans le champ
islamique (Éd. Fayard, 2005).
ou chassé par une action violente.
SALAMNEWS N° 23 / FÉVRIER 2011
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FOCUS
Islam, le soulèvement de la paix
L’illégitimité religieuse de la violence
L
Par Ghaleb Bencheikh*
© Baltel / SIPA
riques – qui enjoignent à l’amour et à la miséricorde, pour dirimer les logorrhées de ceux
qui prennent l’islam en otage et confisquent
le Coran. Nous nous interrogeons toujours à
propos de la myopie – voire la cécité – qui
frappe les extrémistes lorsqu’ils omettent, par
exemple, de lire le verset 34 de la sourate 41,
celle des Versets détaillés : « La bonne action et
la mauvaise ne sauraient aller de pair. Rends
le bien pour le mal et tu verras celui dont une
inimitié te séparait de lui se transformer en ami
et protecteur chaleureux. »
À supposer, par abus méthodologique, qu’il
faille procéder par un choix sélectif des
écrits pacifiques et pacificateurs que recèle
Désacraliser
à profusion la Révélation coranique. Alors
la violence vise
que c’est son statut in globo qui est à étudier
et à instruire. Nous n’ignorons pas que les
à la priver
du prestige attractif doctrinaires extrémistes en font une exégèse
sauvage et justifient leur ignominie par un
qui subjuguent
recours martial aux passages belligènes qui s’y
les consciences »
trouvent. Alors, au-delà de la simple « mise en
Démystifier les exégèses sauvages
suspension temporelle » de ces écrits, c’est la
En attendant, la violence demeure connaturelle
à la condition humaine. Elle est une marque non encore évacuée, caducité et la désuétude de leurs incidences morales, sociales et
hélas, de la vie sociale et politique ni des relations interindivi- politiques qu’il faut déclarer et dépasser.
duelles. Elle paraît participative de l’angoisse de l’âme humaine à
l’épreuve de l’altérité dans cette grande pâque en ce bas monde. Et Une résistance morale et spirituelle
nous savons tous que, pour que l’entreprise ravageuse puisse être Dans cette configuration, désacraliser la violence ne vise pas
acceptable, il faut qu’elle soit auréolée d’un nimbe de sacralité. seulement à la priver d’un quelconque prestige attractif fasciAinsi la guerre s’impose-t-elle comme une réponse hiératique aux nant les esprits et subjuguant les consciences par un argument
divergences de tous ordres qui surgissent entre les personnes et les d’autorité obsolète. C’est le caractère dynamiteur et intrinsèpeuples. Cautionnée par le théologique, elle devient même une quement inefficace de la violence qui sera, a minima, dépourvu
voie de rédemption par le sacrifice de l’être, dans un acte de foi de sa légitimité religieuse. Et devant l’injustice et l’oppression,
salvateur pour soi et dévastateur pour l’autre.
la seule attitude qui vaille sera celle de la résistance morale et
L’invocation du divin dans la justification des attentats les plus spirituelle sans croire que la violence puisse être commanditée
effroyables est moralement et spirituellement inacceptable. Aussi par la Transcendance.
la responsabilité des hiérarques religieux et des théologiens est- Les musulmans y parviendront lorsqu’ils sauront renouer avec la
elle plus qu’engagée. Ils doivent saisir la moindre occasion pour problématique éminemment décisive de l’humanisme, qui a préentreprendre un titanesque chantier intellectuel, où les efforts valu en contexte islamique dans les siècles qui ont vu l’éclosion
déployés, en vue de la déconstruction, prélude à la démystifica- d’une civilisation impériale ouverte, l’effervescence intellectuelle
tion, sont colossaux.
libre et les questions éthiques qui l’ont accompagnée. ■
Pour cela, il faut sortir des clôtures dogmatiques et des enferde la Conférence mondiale pour la paix, Ghaleb Bencheikh est l’auteur
mements doctrinaux de la scolastique islamique exhaustive. Il *dePrésident
La Laïcité au regard du Coran (Éd. Presses de Renaissance, 2005)
ne suffit pas d’exhiber les versets coraniques – et ils sont plétho- et de Le Coran (Éd. Eyrolles, 2010).
L’irruption fulgurante en ce début de
millénaire de la violence religieuse dans sa
coloration confessionnelle islamique, avec le
dogmatisme qui la sous-tend chez certains
idéologues extrémistes, nous recommande,
au-delà des nécessaires et sérieuses condamnations et réprobations unanimes, une prise
de position théologique claire, nette, sans
ambages ni équivoque.
On ne peut pas et on ne doit pas se prévaloir
d’un idéal religieux pour semer la terreur
et la mort. Cela revient à adopter à la fois
une posture éthique déniant à la guerre
toute motivation spirituelle et une analyse
intellectuelle fine disséquant au scalpel les
mentalités religieuses guerrières. Parce que
« c’est dans l’esprit des hommes que naissent
les guerres et c’est dans l’esprit des hommes que
doivent être élevées les défenses de la paix »
(Unesco).
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21
Décryptages
Islam et christianisme :
s’engager pour des principes
universels partagés
© Kazam Media / Rex Features
E
En Irak ou en Égypte, des chrétiens d’Orient ont
payé de leur vie la folie suicidaire de quelquesuns cherchant à provoquer une fracture entre les
musulmans et les chrétiens à travers le monde.
Les musulmans ont condamné, au nom même
des principes de leur religion, les attentats contre
les lieux de culte, les croyants des autres confessions et les civils.
Ces agissements ne peuvent trouver aucune justification religieuse. La sentence est claire. Mais
peut-on s’en tenir à ces condamnations de principe ? Quand les autorités au sommet n’offrent
pas un positionnement cohérent, ne revient-il
pas aux citoyens de s’engager plus avant afin
d’empêcher que ces horreurs se répètent ?
Par Tariq Ramadan*
implique que chaque individu a le devoir moral
de prendre position pour défendre les droits des
minorités religieuses, où qu’elles se trouvent.
Il s’agit non pas de dénoncer uniquement les
actes violents, mais aussi de critiquer les discriminations institutionnalisées, voire légitimées
par les autorités religieuses, au moment où une
religion (la sienne ou une autre) se trouve en
position de pouvoir.
Construire un avenir commun
Il est un dernier principe qui relève de la forme
autant que du fond de nos engagements. On
peut passer son temps, à partir de nos communautés religieuses respectives, à dénoncer les
Soyons pacifiques
trahisons et les manquements « des nôtres » et
quand il s’agit
« des autres ». Cette attitude est juste, mais elle
de vivre ensemble est insuffisante.
et courageux quand Nous avons la chance en Occident de vivre dans
des démocraties où un minimum de liberté est
il faut dénoncer
préservé et où nos enfants ont accès à l’éducation.
les trahisons
C’est ensemble que nous devons porter la voix
Des droits inaliénables
et les horreurs »
des principes universels partagés, dans notre quoTrois principes doivent, à notre sens, orienter
tidien comme au niveau international. Que des
l’engagement des individus dans leur quotidien.
Le premier est celui de la cohérence et de l’autocritique. Il s’agit hindous, des bouddhistes, des juifs, des chrétiens, des musulmans,
de prendre position contre toutes les violences de la même façon, avec des agnostiques, des athées et des membres d’autres traditions
quels qu’en soient les auteurs, coreligionnaires ou non. Point de religieuse ou spirituelle, travaillent localement ensemble non pas à
dénonciation sélective : il faut réagir, avec la même indignation, aux débattre, entre spécialistes convaincus, mais à éduquer les citoyens
attentats contre les temples, les synagogues, les églises, les mosquées ordinaires, qui doivent être mieux équipés à faire face aux défis des
ou tout autre lieu de culte. Il faut oser la parole autocritique quand sociétés pluralistes. Il faut cesser de dialoguer sur la pertinence du
d’aucuns, au nom de notre religion, en trahissent les principes dialogue et s’engager ensemble contre les dérives dogmatiques et/ou
violentes, pour construire notre avenir commun.
élémentaires.
Ce qui est attendu, ensuite, des citoyens est un positionnement qui Trois principes qui nous rappellent que nous devons faire plus et
se distingue par son exigence éthique. On invoque souvent l’argu- mieux que de condamner la violence. Il s’agit d’éduquer et de parment de la réciprocité : on devrait, dit-on, aligner ce que l’on octroie tager, en amont, pour former des citoyens responsables. Humbles
aux minorités ici en fonction de ce que les sociétés, où ces derniers quant à soi, ambitieux quant à changer le monde. Pacifiques quand
sont majoritaires, offrent à leur propre minorité. Pas d’église en il s’agit de vivre ensemble et courageux quand il est question de
Arabie Saoudite, donc restriction de mosquées en Occident ; pas dénoncer les trahisons et les horreurs. Éducation, partage, responde foulard dans les écoles françaises, donc restriction de la visibilité sabilisation, respect, humilité, ambition, pacifisme et courage : ne
sont-ce pas les qualifications universelles qu’enseignent toutes les
des chrétiens dans les sociétés majoritairement musulmanes.
Or le principe de distinction éthique commence par affirmer philosophies, les spiritualités et les religions du monde ? ■
que les droits fondamentaux ne peuvent jamais faire l’objet de
Professeur d’études islamiques contemporaines à l’université d’Oxford,
marchandage et que les libertés de conscience et de culte doivent *Tariq
Ramadan est l’auteur de Mon Intime Conviction (Archipoche, 2011)
être des droits inaliénables dans toutes les sociétés du monde. Cela et de L’Autre en nous : pour une philosophie du pluralisme (Presses du Châtelet, 2009).
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sport 6
SALAMNEWS N° 23 / FÉVRIER 2011
w
C’est le nombre de records qu’a battus jusqu’à ce jour Usain Bolt. Le sprinteur jamaïquain a amélioré
3 fois de suite le temps du 100 mètres et deux fois celui du 200 mètres. « Lightning Bolt »,
comme on le surnomme, co-détient aussi le record du monde par équipe du relais 4 fois 100 mètres.
Par Nabil Djellit
2011, année d’espoir pour la France
L’année préolympique fera la part belle aux sports individuels et collectifs. Le sprinteur jamaïquain Usain Bolt,
le nageur français Alain Bernard ou encore le rugbyman néo-zélandais Dan Carter seront en première
ligne pour animer l’actu du sport et faire vivre des émotions fortes au public. Coup de projecteur
sur les principaux événements sportifs qui rythmeront 2011.
Camille Lacourt.
Comme en athlétisme, l’équipe
de France de natation avait fait
tout exploser en 2010. Avec
23 médailles aux Championnats d’Europe, la bande à Alain
Bernard avaient réussi une belle
moisson. Les Mondiaux prévus
Impressionnants avec leur célèbre
haka (danse traditionnelle maori
exécutée avant chaque match), les
All Blacks le sont tout autant sur
les pelouses. Vingt-trois ans après,
les coéquipiers du demi d’ouverture Daniel Carter tenteront de
décrocher le second trophée de
leur Histoire.
Mais, face à eux, se dresseront
les champions du monde sudafricains, l’Australie et aussi…
la France. Les Bleus du capitaine David Dusautoir voudront
confirmer leur statut de bête
noire des Néo-Zélandais. Les
deux équipes se rencontreront
le 24 septembre, à l’Eden Park
La planète devient ovale d’Auckland. Il s’agira d’être auLe Brésil est le pays du football, dessus de la mêlée...
la Nouvelle-Zélande,
elle, est considérée à
juste titre comme le
pays phare du rugby. Et
c’est dans ce pays que
se déroule, au mois de
septembre prochain, la
Coupe du monde. Cela
vous situe l’événement ! Les All Blacks.
à Shanghai, du 16 au 23 juillet,
sont d’un autre calibre. Car
en plus des Russes et des Allemands, les Américains seront de
la partie. Alors, attention à ne
pas être le maillot faible ! Mais
on voit mal les Français boire
la tasse, tant il y a de talents en
Hexagone. Qu’ils s’appellent
Frédéric Bousquet, Camille Lacourt ou encore Yannick Agnel,
ce sont déjà des phénomènes des
bassins. Seul hic, les filles ont du
mal à émerger. Laure Manaudou, quant à elle, a annoncé son
retour : réussira-t-elle son comeback ?
Une saison creuse pour le football ? Pas vraiment. C’est au
pays de Diego Maradona qu’il
faudra se rendre pour prendre
sa dose d’adrénaline. Du 1er au
24 juillet, l’Argentine reçoit les
meilleures nations du continent
sud-américain pour disputer la
Copa America.
Sur les terrains, une pléiade de
stars : Messi, Diego Milito, Javier Hernandez, Roque Santa
Cruz ou encore l’Uruguayen
Diego Forlan n’auront qu’un objectif, celui de détrôner le Brésil
de Kakà et de Ronaldinho.
De l’autre côté de l’Atlantique,
les Européens seront concentrés sur la finale de la Ligue des
Champions. Le 28 mai, dans le
mythique stade de Wembley, on
saura si le tenant du titre, l’Inter
Milan de Samuel Eto’o, a réussi
l’exploit de conserver la Coupe
« aux grandes oreilles ».
En Afrique, des matchs (prévus
pour le 25 mars et le 5 juin) qui
sentent la poudre entre l’Algérie
et le Maroc, et entre le Sénégal
et les Lions indomptables du
Cameroun. Sûr que les débats
seront chauds dans les chichas
de France et de Navarre ! ■
Samuel Eto'o.
© D.R.
© D.R.
Allez, on se jette à l’eau !
JO Pékin 2008 – 3 000 m steeple : souvenez-vous. Alors que tous les Français
attendent enfin une consécration olympique pour Bob Tahri (à d.), c’est Mahiedine
Mekhissi-Benabbad (à g.) qui lui vole la vedette, en décrochant l’argent. Deux ans
plus tard, à Barcelone, les deux Français font 1 et 2 aux Championnats d’Europe
et s’affirment comme les grands rivaux des Kényans pour les Mondiaux de Daegu.
© D.R.
Sur un nuage, à Barcelone,
aux derniers Championnats
d’Europe d’athlétisme, avec 18
médailles récoltées, les Bleus
devront hausser le ton pour rapporter quelques breloques des
Mondiaux de Daegu, en Corée
du Sud. Du 27 août au 4 septembre, la nouvelle génération
emmenée par Myriam Soumaré
sur 200 mètres, Christophe Lemaître sur 100 mètres, Renaud
Lavillenie au saut à la perche,
Mahiedine Mekhissi-Benabbad
et Bouabdellah « Bob » Tahri
sur 3 000 mètres steeple apparaissent comme les meilleures
chances de médailles.
Pour le reste, la planète aura
bien évidemment les yeux rivés
sur le phénomène jamaïquain
Usain Bolt. La super star de
l’athlétisme international ne fait
pas dans la figuration en compétition officielle. Que cela soit sur
100 ou 200 mètres, il assure le
show et repousse à chaque fois
les limites humaines.
Le football ne s’arrête
jamais…
© Manu Fernandez / AP / SIPA
Rattrape-moi,
si tu peux !
SALAMNEWS N° 23 / FÉVRIER 2011
24
Tête d’affiche
ÉRIC & RAMZY
© Alexandra Babonneau / 2010 Europa Corp.
Quand deux policiers
algériens débarquent
à Paris pour prêter
main forte aux agents
français, ça donne
Halal police d’État.
Complètement grimés,
Éric et Ramzy exploitent
l’univers « blédard ».
Mais il ne faut pas
s’y tromper :
derrière les vannes
et les pitreries, il s’agit
d’un film engagé.
Halal police d’État :
Éric et Ramzy signent
leur film le plus politique
Comment Ramzy Bédia, inscrit dans différentes
écoles de commerce puis vendeur, et Éric Judor,
guide touristique puis informaticien,
deviennent Éric et Ramzy ?
Éric : On n’a pas décidé un beau jour de créer Éric
et Ramzy, on était déjà Éric et Ramzy ! Depuis notre
rencontre, on a toujours fait des vannes ensemble.
Ça fusait toujours du tac-au-tac ! Ce sont nos potes
qui nous on dit qu’on était drôles, qu’on avait du talent. Et surtout que cela pouvait nous faire gagner de
l’argent ! [Rires]
Ramzy : Oui, et je me rappelle très bien de notre premier million de dollars ! [Rires] On venait de jouer
dans un café-théâtre et le patron nous avait payé
2 000 francs… On les a partagés dans les toilettes du
café d’en face, en se disant que c’était ouf ! Depuis,
on n’a jamais vraiment galéré.
Vous avez été reconnus notamment
grâce à la série « H » de Canal+,
avec Jamel Debbouze… On a vu
Omar et Fred dans beaucoup de vos films…
Quelles relations avez-vous gardé
avec cette bande d’humoristes ?
R. : À l’époque, nous étions tous une grande bande,
c’est vrai ; mais, malheureusement, les gens chan-
gent… Ce qui est normal, cela fait 15 ans ! Mais il
est vrai que ces changements sont exacerbés par la
notoriété, l’argent, etc. Pour la petite histoire, on était
amis de notre côté avec Fred, et Jamel avec Omar.
Comme on traînait avec Jamel, c’est comme ça que
Omar et Fred se sont rencontrés. Sauf dans les deux
derniers films, Omar et Fred apparaissent dans tous
nos films !
Après Il reste du jambon, vous êtes à l’affiche
de Halal police d’État. Pourquoi le titre fait-il
mention du « halal » ?
É. : C’est avant tout un jeu de mots avec Hawaï,
police d’État. Et comme ça colle bien aux Arabes, ça
tombait bien !
Ramzy, est-ce que vous mangez halal ?
R. : Non, je ne mange pas halal. Je suis persuadé
que 80 % de la viande dite halal ne l’est pas…
Que les boucheries se passent les certificats entre
elles. Je sais que certains essaient de mettre un peu
de sérieux dans tout ça, mais ce n’est pas gagné !
Et puis, mince !, nous sommes en France. Je ne
vais pas commencer à chipoter quand je vais au
restaurant. Je ne mange pas de porc, mais je ne
mange pas halal non plus…
BIO EXPRESS
Ils se sont rencontrés en 1994.
Éric Judor, 42 ans, né d’un père
guadeloupéen et d’une mère
autrichienne, et Ramzy Bédia,
39 ans, d’origine algérienne, font
leur première scène en 1996.
Très vite, tout s’enchaîne pour eux.
De salles en théâtres, ils se font
connaître et prennent les ondes
d’assaut. Radio Nova puis Fun Radio,
avec le « Éric et Ramzy show ».
Avec les « Mots d’Éric et Ramzy »
sur M6, la télévision devient
leur nouveau terrain de jeu en 1997.
Ils participent ensuite à la création
du sitcom « H », sur Canal+,
avec Jamel Debbouze. En 2000,
ils partent en tournée avec
130 dates, qui s’achève en beauté
à l’Olympia. Il ne leur manque plus
que le cinéma !
Voilà qui est fait en 2001. Ils écrivent
et réalisent La Tour Montparnasse
infernale. Ils remettent ça en 2004,
dans Double Zéro, puis Les Dalton.
En 2010, ils jouent dans Il reste du
jambon, réalisé par Anne Depetrini,
compagne de Ramzy. Les deux
humoristes sont papas de petites
filles, Ella et Ava pour Ramzy
et une petite Luna pour Éric.
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Ramzy : « Depuis que j’ai perdu mes parents, je veux perpétuer les valeurs de l’islam »
Pourtant, toute une génération de musulmans
revendique ce droit de manger halal
et s’organise…
R. : Oui, mais je ne suis pas fan de ça. Je sais bien
qu’on subit des discriminations, que le repli identitaire est donc naturel. Mais si on s’enferme dans nos
voiles et nos mosquées, on perd du temps… Il faut
être encore plus Français que les Français, tout en
étant musulman !
Quand j’étais jeune, ça passait mal de dire qu’on
était Algérien. Toute mon enfance, je disais que
j’étais Égyptien, Syrien et même Italien ! Ces jeunes
qui portent des maillots de l’Algérie et ces barbus,
c’est un peu comme les fans de hard rock… À un
moment ou à un autre, il faut bien enlever son gros
casque, ses badges et son blouson en cuir… C’est
bon, on sait que tu aimes le hard rock, écoute-le
chez toi ! La religion, c’est dans le cœur. Je me trompe peut-être, mais j’ai été élevé comme ça…
Justement, quelle a été votre éducation
religieuse ?
R. : Mes parents m’ont mis dans une école chrétienne, je connais mes prières catholiques ! Ils ne m’ont
jamais pris la tête sur l’islam. Ils m’ont au contraire
montré à quel point c’était la plus belle religion du
monde, la plus tolérante.
Ma famille est très croyante, mon père est quintuple
hadj ! Mes sœurs trouvent la sérénité dans le voile, je
respecte cela. Il n’y a rien de méchant dans le voile !
Et je suis beaucoup plus musulman que n’importe
quel musulman. Même si un barbu me dit que ce
n’est pas bien de boire ce verre de vodka…
Dans cette comédie, Ramzy, vous jouez le rôle
de Nerh Nerh, largement inspiré de l’inspecteur
Tahar, très connu des Algériens…
Pourquoi ce personnage ?
R. : En tant qu’Algérien, on connaît tous cet inspecteur et sa voiture rouge ! C’est un hommage aux
Algériens que j’aime tant. Ils souffrent tellement et
depuis si longtemps… Mais ils ont toujours une
bonne vanne à raconter ! Je retourne en Algérie de
temps en temps et j’adore ce peuple. Je leur souhaite
tout le bonheur du monde !
Dans Halal police d’État, on y voit des
terroristes catholiques, l’expulsion d’un Français
en situation irrégulière en Algérie… Les clichés
sont totalement inversés. C’est assez osé, non ?
R. : Oui, clairement, car je me sens concerné par ce
qui se passe. On n’a jamais parlé politique avec Éric,
mais je n’aime pas qu’on salisse mon islam ! C’est
certainement parce que je viens de perdre mes parents que j’ai vraiment envie de perpétuer les valeurs
de l’islam… C’est tellement beau, l’islam !
Imaginez-vous, c’est mon propre père qui m’a dit de
baptiser mes enfants à l’église, en marque de respect
pour la famille de ma femme. Il m’a dit : « On a fait
le halal musulman, tu vas montrer qu’on est ouvert et
qu’on n’est pas des sauvages… Mais ne t’inquiète pas,
l’islam est toujours plus fort ! » On m’a demandé :
« Acceptez-vous Jésus dans le corps de votre fille ? »
J’ai dit : « Oui ! » Pourtant, je m’estime 100 %
musulman !
Beaucoup de musulmans se plaignent
de ce climat nauséabond, de l’islamophobie,
est-ce que ce film est une réaction à cela ?
R. : Oui, car sans traiter des pratiques de l’islam,
le film parle surtout de l’image de cette religion. Et
j’en ai marre, par exemple, de « Harry Roselmack
en immersion chez les musulmans salafistes ». Avant
je m’en fichais, mais aujourd’hui ça me saoule ! J’ai
l’impression que ce climat a commencé depuis la
campagne présidentielle de Sarkozy… On s’est
lâché depuis !
Quand on regarde les JT sans le son, on voit tout
de suite des femmes arabes qui pleurent leurs morts,
puis on passe dans une cité avec des mecs à capuche… Le lien est fait. Les musulmans sont des méchants ! À la télé, j’ai l’impression que l’islam est une
sorte de serpent dégueulasse, tout gluant, qui ne
nous lâche pas ! J’en ai marre de cette sensation et je
veux la dénoncer !
Quand on parle de jeunesse qui s’engage,
on ne peut s’empêcher de penser à ces Tunisiens
qui ont imposé au monde leur révolution…
É. : C’est fou, mais on s’est tous réveillés d’un coup
et on a découvert que la Tunisie était une dictature !
Ce qui est encore plus effrayant, c’est qu’on a l’impression que nos dirigeants se sont réveillés en même
temps que nous ! Ben Ali, qu’on accueillait avec tous
les honneurs, avait en fait un peuple malheureux !
R. : J’avoue qu’avant on traitait gentiment les Tunisiens de femmelettes mais, en fait, ce sont des
guerriers ! Ce qu’ils ont fait est magnifique ! C’est la
première révolution arabe, ils ont donné une leçon
aux Arabes et au monde entier… C’était très beau
et très émouvant. Plus jamais de ma vie, je ne me
moquerai des Tunisiens ! [Rires]
Finalement, l’humour est un acte militant…
É. : L’humour, c’est notre unique arme ! Cela nous
permet de parler de tout sans tabous.
R. : Dénoncer l’islamophobie dans un film sérieux,
ce serait rasoir… On a la chance d’avoir le rire et,
surtout, j’ai Éric, moi ! Donc on s’est dit : on va
mettre des moustaches, des perruques et on y va !
[Rires]. ■
Propos recueillis par Mérième Alaoui
25
Abcédaire
AABSURDE
comme
C’est notre style et Halal
police d’État est notre
premier film « socialement »
absurde ! On y dénonce le
racisme et l’islamophobie,
mais avec des perruques
et des moustaches…
CCHICKEN
comme
Notre vie tourne autour
du chicken ! On prend
des petits déj’ au poulet
et ce n’est pas une blague !
Tous les Arabes, les Noirs
et même les Chinois
se retrouvent autour
du chicken !
NNerh Nerh
comme
C’est le nom
de l’inspecteur algérien.
Mais cela veut dire aussi
« menthe » en arabe,
c’est donc très important !
On a choisi ce nom,
car c’est quasi impossible
à prononcer si on n’est
pas maghrébin ! Du coup,
ça serait bien d’inventer
un nouveau mot pour Éric…
RRire
comme
Notre seule manière
de réagir à ce qui se passe
dans le monde, et dans
nos vies. C’est notre
quotidien et cela anime
notre vie depuis toujours.
On a beaucoup de chance
de pouvoir rire de tout,
mais aussi de vivre
en France ! [Rires]
1,2, 3
1Viva l’Algérie
!
comme
L’hymne de la Coupe
du monde de football de
l’équipe d’Algérie est devenu
presque un nouvel hymne
algérien ! Cette phrase est
d’ailleurs citée, l’air de rien,
dans le film. Un autre clin
d’œil à nos amis algériens.
SALAMNEWS N° 23 / FÉVRIER 2011
beauté
26
Aux petits soins…
Par Anne-Flore Gaspar-Lolliot
Vous pensez que l’hiver − cette saison synonyme de rébellion capillaire, de lèvres gercées
et de teint gris − est le pire ennemi de votre beauté ? C’est juste que vous n’avez pas
les bons outils !
Belle,
JE VEUX :
Des lèvres douces. Au-delà du simple aspect
inesthétique, les lèvres gercées et craquelées peuvent aussi
être très douloureuses. Alors, avant de les tartine
de baume bien gras, exfoliez les petites peaux morte
en les frottant doucement avec les poils d’une brosse
à dents. Appliquez ensuite une bonne pellicule
d’émollient en débordant et renouvelez l’opération
aussi souvent que possible.
Un regard défatigué. Bien que vous
cumuliez à vous seule autant d’heures de sommeil
qu’un nourrisson, impossible de vous défaire
de ces vilains cernes qui vous donnent l’air fatigué
en permanence. Gardez toujours vos sachets de thé
infusés au réfrigérateur et laissez poser
une vingtaine de minutes sur vos yeux fatigués.
Pour décongestionner des yeux gonflés, remplacez
les sachets de thé par des glaçons (effet
vasoconstricteur immédiat) emballés dans un tissu
très fin. Les patchs lissants et défatigants au bleuet
(comme chez Klorane) sont aussi terriblement
efficaces.
Un teint frais. Le manque d’exposition
au soleil et la morosité ambiante ont eu raison
de votre mine radieuse ? Tous les matins, réveillez
votre teint et défroissez vos traits en passant sur
Eau miellée bio
votre visage un coton imbibé d’eau de rose,
Parce que le froid hivernal n’est pas une raison suffisante
pour arrêter de se démaquiller tous les soirs, cette eau
que vous aurez conservée au réfrigérateur.
Ballot-Flurin onctueuse nettoie et purifie intensément
N’hésitez pas non plus à tricher en appliquant
la peau en douceur. Flacon : 50 ml
régulièrement de l’autobronzant, de l’huile
Prix conseillé : 17,60 €
de carotte (comme celle de Copar), du blush
rosé ou de la poudre soleil pour afficher un
teint éclatant et hâlé. Enfin, usez et abusez des
tisanes et infusions tout au long de la journée.
Une peau chouchoutée. Les écarts
de température et le manque d’humidité
de l’air constituent autant de facteurs
susceptibles d’altérer la barrière
protectrice naturelle de la
peau et d’entraîner sécheresse,
tiraillements, picotements,
rougeurs et un disgracieux aspect
« peau de croco ». D’où la nécessité
de recréer le film protecteur et de
nourrir l’épiderme. On n’hésite donc
pas à tartiner sa peau d’une couche
de cold cream avant de sortir, on fait
un gommage (très doux) par semaine
pour chasser les cellules mortes
Duo lèvres repulpant
Composé d’un gel exfoliant éclat et d’un baume
qui empêchent l’action de la crème
nourrissant repulpant, ce duo lèvres Phytomer vous
et on se démaquille avec des produits
aide à retrouver des lèvres lisses et douces.
2 tubes canules de 15 ml
à la texture doudoune (lait, émulsion).
en toute saison
Mielleuse
Décongestionnante
Eau bio aromatisée de bleuet
Rien de tel qu’une recette de grand-mère
signée Christian Lénart pour rafraîchir
le teint et dégonfler le regard. L’astuce :
conserver le flacon au frais.
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Photos non contractuelles © D.R.
Ludique
1, 2, 3 Soleil !
Faire le plein de vitamines
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w C’est le pourcentage de femmes qui déclarent avoir la peau sèche sur le visage.
C’est aussi le pourcentage d’enfants souffrant d’eczéma atopique.
(Sources : Health and Beauty 2007 ; CHU Claude-Huriez Franc, 2002)
Magicien
Poudre minérale apaisante
anti-rougeurs
Au contact de la peau, cette poudre
soin minérale traitante Clinique
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rougeurs et les petits vaisseaux
éclatés. Le plus : son pinceau
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27
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dose de lumière là
où le visage en a besoin
(creux des cernes, sillon
naso-génien, ride
du lion…) pour un éclat
et un effet défatigué
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antipelliculaire
Les pellicules ne sont pas plus
esthétiques en hiver qu’en
été mais, au moins, en cette
saison, on peut les cacher
sous un bonnet… d’accord,
mais quand on l’enlève ?
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vous répond.
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Crème riche désaltérante
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les sensations d’inconfort des peaux très sèches
et de toutes celles qui sont exposées aux
climats de grand froid.
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SOS cheveux en détresse !
Plus l’air est sec, moins il est
conducteur d’électricité
et plus les objets (brosse, peigne)
vont se charger. Or, en hiver,
l’air est beaucoup plus sec qu’en été.
La kératine présente
dans les cheveux se dessèche
et les cheveux deviennent
donc plus électriques.
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Sérum SOS anti-frisottis
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durée du bonnet, électricité
statique, vent, brouillard, neige,
pluie… Ce sérum Toni&Guy
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SALAMNEWS N° 23 / féVRIER 2011
28
La cuisine de Requia
Préparation : 15 min
Repos : 1 h
Cuisson : 5 min
INGRÉDIENTS :
Pour 6 personnes
Galettes :
• 160 g de farine de sarrasin
• 90 g de farine classique
• 1 œuf
• 250 ml d’eau
• 1 cuillère à soupe
de beurre fondu
• Sel
© Requia Bader
Garniture :
• 6 œufs
• 6 tranches de jambon
• 150 g de gruyère râpé
• Beurre
Galette complète
1. Mettez les deux farines
dans un saladier, ajoutez le sel
et mélangez.
2. Ajoutez la moitié de l’eau petit
à petit, en mélangeant avec une
cuillère en bois. Une fois le mélange
homogène, ajoutez l’œuf et le beurre,
mélangez énergiquement. Ajoutez le
reste d’eau, mélangez au fouet
et laissez reposer 1 h.
3. Mélangez la pâte. Faites chauffer
une crêpière ou une poêle,
badigeonnez-la légèrement de beurre
fondu avec un pinceau de cuisine.
Versez une louchée de pâte dans la
poêle et cuire 2 à 3 min. Retournez
la galette quand elle devient juste
dorée et cuisez 2 min l’autre face.
Faites cuire le reste de pâte
de la même façon.
4. Faites chauffer une poêle
avec une noisette de beurre
et déposez-y une des galettes cuites.
5. Déposez une tranche de jambon
sur la moitié, cassez un œuf
par-dessus et parsemez de fromage
râpé. Repliez la galette
sur elle-même et laisser cuire
2 à 3 min. Retournez éventuellement
la galette (délicatement) et laisser
cuire à nouveau 1 à 2 min.
6. Servez avec une salade.
Variantes :
• Galette océane : saumon fumé,
crème fraîche, aneth et baies roses
• Galette forestière : poulet cuit,
champignons émincés, fromage râpé
• Galette italienne : mozzarella, sauce
tomate, basilic, olives noires
• Galette savoyarde : fromage
à raclette, pommes de terre, oignons
doux, cornichons
• Galette indienne : poulet au curry,
oignons, pommes de terre
Retrouvez plus de recettes sur www.requia.fr
Le PRODUIT du mois
Galette de sarrasin
L’origine de la galette remonte
à 7 000 ans av. J.-C., époque
où elle était l’alimentation
principale des populations
dans les campagnes, sous
la forme d’une simple bouillie
étalée et desséchée. La galette
de sarrasin (ou farine de blé noir)
était cuite, puis garnie de diverses
préparations ou alors coupée
en fines lanières pour agrémenter
les bouillons.
Originaire du Moyen-Orient,
le sarrasin, qui permet de préparer
les galettes, donne une farine
très foncée. Il est l’une
des céréales les plus riches
en protéines, en oligo-éléments
et en vitamines B. Il a aussi
l’avantage de pousser sur des
sols peu fertiles, sous des climats
tempérés et il est aujourd’hui
cultivé essentiellement
en Bretagne.
SALAMNEWS N° 23 / FÉVRIER 2011
30
DE VOUS À NOUS
Par Chams en Nour, psychanalyste
Vous traversez un moment difficile ? Vos réactions et celles
des autres vous surprennent ? Vous avez l’impression d’être
dans une impasse ? Quelle décision prendre ?…
À partir du bel islam et d’une lecture appliquée du Coran,
des solutions peuvent toujours être trouvées.
Posez vos questions à : [email protected]
Les enjeux
du mariage
« JE SUIS MARIÉE DEPUIS HUIT ANS. AU DÉBUT ON
S’ENTENDAIT BIEN, mais depuis deux ans mon mari ne
s’intéresse plus à moi. Et, du coup, moi non plus. Je me détache de plus en plus, je suis triste et je m’ennuie avec lui. Parfois, je
pense divorcer parce que cette vie ne vaut pas la peine d’être vécue, mais nous avons un enfant de 5 ans. Quelle est la meilleure
solution, selon vous ? » Sabrina
« CELA FAIT TRÈS LONGTEMPS QUE JE CHERCHE PAR TOUS LES
MOYENS à me débarrasser d’un fort sentiment d’infériorité. Je me
compare sans arrêt aux autres, et c’est toujours à mon désavantage. J’en
souffre beaucoup au travail. Je suis devenu informaticien sur le tas et j’ai
un gros complexe parce que je n’ai pas de diplôme. Cela m’insécurise et
me pénalise aussi dans ma vie privée. Du coup, je n’ai pas le courage de
demander la fille que j’aime en mariage. » Maher, 30 ans
Chams en Nour. Je me permets de vous mettre en garde
de ne pas céder au découragement. Souvenez-vous des sentiments et des espoirs qui vous ont poussée à dire oui quand
il vous a demandé votre main. Rappelez-vous quel est le sens
du mariage. N’est-ce pas de partager un projet commun, à
travers les aléas de la vie quotidienne ? Vous parlez d’ennui,
mais pouvez-vous parler, échanger à cœur ouvert avec votre
mari ?
Lui dire, par exemple, ce que vous éprouvez, que vous vous
sentez délaissée et que votre amour pour lui s’en trouve menacé ? Ou réfléchir ensemble, en toute confiance, sur ce qui
a changé dans vos comportements respectifs et qui a altéré
la relation ?
Si vous réussissez à traverser cette épreuve, vous vous en sentirez renforcée, et lui aussi. Et ce sera le mieux pour votre
fils ; sinon, dites-vous qu’au moins vous aurez essayé. ■
Chams en Nour. Ah !, ce mauvais complexe de culpabilité, fondé
sur le manque de confiance en soi. C’est du pur poison, comme vous
nous le confiez. Il a le don de nous gâcher la vie sans raison valable et
nous empêche de nous relier aux autres sur des bases saines.
Côté travail, vous devriez pouvoir faire reconnaître votre expérience
grâce à la validation des acquis professionnels reconnue par la loi ces
dernières années.
Côté vie privée, il vous faudrait travailler sur vous-même, comprendre d’où vient ce manque de confiance en vous pour pouvoir vous
en débarrasser. Vous a-t-on fait confiance dans votre enfance ?, par
exemple.
Vous pouvez vous faire aider rien qu’en osant en parler avec la femme
que vous aimez. Si elle vous aime et accepte votre demande en mariage, c’est qu’elle vous fait confiance. Vous pourrez ainsi reconquérir un
peu d’assurance. Si cela ne suffit pas, consultez un professionnel qui
saura vous donner les clés pour renforcer votre confiance en vous. ■
$
Oui, je veux recevoir Salamnews à domicile
À retourner avec votre règlement à l’ordre de Saphir Média :
113-115, rue Danielle-Casanova – 93200 Saint-Denis
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