Stan Wawrinka, stupéfiant vainqueur de Roland-Garros

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Stan Wawrinka, stupéfiant vainqueur de Roland-Garros
Stan Wawrinka, stupéfiant vainqueur
de Roland-Garros
Le
numéro Le suisse a déjoué les pronostics en finale en triomphant en quatre
manches du numéro 1 mondial, le Serbe Novak Djokovic (4-6, 6-4, 6-3, 6-4).
L’édition 2015 de la finale hommes de Roland-Garros devait
obligatoirement livrer un vainqueur inédit, dimanche 7 juin. Elle
l’a fait mais ce n’était pas celui que tout le monde attendait.
Le numéro deux suisse, Stan Wawrinka a déjoué les pronostics en
s’imposant (4-6/6-4/6-3/6-4) face au grandissime favori du
tournoi, le Serbe Novak Djokovic.
Rendons d’abord hommage à la victime du vainqueur en huitième de finale, le
Français Gilles Simon, fin analyste et un des seuls à avoir envisagé cet
incroyable scénario : « Stan est un des rares joueurs qui a pu surclasser
Novak sur des passages entiers, alors que personne ne fait cela ! ». Le
neuvième joueur mondial ne s’est pas privé d’en faire la démonstration face
au numéro un. A 30 ans, Wawrinka confirme sa capacité à gérer les plus grands
rendez-vous. Il a donc remporté sa deuxième finale de Grand Chelem, quinze
mois après sa victoire sur l’Espagnol Rafael Nadal à l’Open d’Australie. Et
désespéré Djokovic qui rêvait de conquérir le seul tournoi majeur se refusant
à lui avec cette troisième finale perdue, après celles contre Nadal en 2012
et en 2014. « Nole » en pleurait en recevant le plateau d’argent du perdant
plutôt que la Coupe des Mousquetaires.
Pour l’enjeu, cette apothéose était voisine de celle de 2009 qui avait vu la
première et unique à ce jour victoire du Suisse Roger Federer. Celui-ci aussi
était en quête du tournoi manquant à son palmarès face à un autre outsider,
le Suédois Robin Söderling qui l’avait débarrassé de son empêcheur-de-gagnerRoland-Garros, Nadal. A cette différence près que Djokovic s’était chargé
lui-même de la besogne cette année en écartant en trois manches dès les
quarts de finale le nonuple vainqueur du tournoi. Ce coup d’Etat avait
renforcé sa cote, qui n’en avait pas vraiment besoin. Il n’avait pas imaginé
tomber devant le Suisse n°2.
Lui « rentrer dedans »
Wawrinka a splendidement fait mentir les statistiques. Il n’avait remporté
que trois de ses vingt confrontations face au Serbe et une seule sur terre
battue, remontant à 2006 à l’Open de Croatie et sur abandon. Mais le
« Bison » est un des rares sur le circuit à pouvoir sérieusement brusquer le
« Joker » (leurs quatre derniers matchs en Grand Chelem s’étaient tous joués
en cinq manches). Il avait promis de lui « rentrer dedans » et a tenu parole.
Djokovic était pourtant prêt à faire la révolution avec son maillot orange,
couleur de l’optimisme. Son adversaire, lui, était reconnaissable à son
désormais légendaire short à carreaux. Le début de match a été prudent et
tactique, une bataille de services avec ajustements de longueurs de balles,
ponctués de fautes.
A ce jeu, le Suisse est le premier à craquer à l’approche de la demi-heure en
cédant son service sur un jeu blanc conclu par une double-faute. La rencontre
s’emballe quand il parvient à sauver deux balles de set, sur deux modèles de
passing-shot. La troisième est pourtant la bonne. Après 45 minutes, le favori
se met sur de bons rails en empochant le premier set 6-4.
Les duellistes élèvent singulièrement leur niveau de jeu dans la deuxième
manche, riche en rallyes tenant les spectateurs en haleine. Djokovic fait
admirer son implacable mécanique, Wawrinka la beauté unique de son revers à
une main, alliant esthétique et dévastation. Dans les tribunes, au côté du
président de la Fédération française de tennis Jean Gachassin, le premier
ministre Manuel Valls profite de l’après-midi pour oublier une autre tribune,
celle d’Arnaud Montebourg et de Matthieu Pigasse éreintant sa politique dans
Le Journal du dimanche.
La malédiction de Roland
A ce moment, Wawrinka peut être déjà satisfait d’avoir livré au Serbe une
opposition supérieure à celle de Nadal et plus offensive que celle d’Andy
Murray en demi-finale. Mais il ne s’en contente pas. Quatre balles de break
se présentent à lui dans la deuxième manche, toutes gâchées. Son geste
d’humeur est hué par le public quand il maltraite le filet avec sa raquette.
Ses efforts finissent pourtant par payer : sa première balle de set est
convertie. La stupeur accompagne son égalisation à une manche partout,
promesse pourtant d’une finale grandiose.
L’espoir change de camp quand le revers du Suisse met au supplice le Serbe,
qui perd son service sur jeu blanc. Wawrinka répond coup sur coup et semble
alors prendre clairement l’ascendant sur Djokovic, guetté par le retour de sa
malédiction à Roland-Garros. En grand danger, « Djoko » parvient à revenir à
5-3 mais Wawrinka sert parfaitement pour empocher la troisième manche.
Le numéro 1 mondial doit puiser dans ses ressources pour se protéger du
mauvais œil. Il revient dans la partie en prenant le service de son
adversaire à l’entame de la quatrième manche. Mais Wawrinka ne cède pas le
moindre pouce de terrain et refait son retard. Le public est saisi de stupeur
quand il se retrouve à servir pour le gain de la partie. Djokovic ne peut
sauver la deuxième tentative de balle de match, conclue comme il se doit sur
un revers gagnant. En dépit de sifflets imbéciles, Roland-Garros tient un
héroïque vainqueur, le seul à pouvoir chambouler durablement le « Big Four »
(Djokovic, Federer, Murray, Nadal), dominateur depuis 2008.
© LE MONDE – Bruno Lesprit
Journaliste au Monde
Source : Stan Wawrinka, stupéfiant vainqueur de Roland-Garros