Mai 2013 - WordPress.com

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Mai 2013 - WordPress.com
INNOVATION / BUSINESS / POLITIQUE
NUMÉRO 4 /// MAI 2013 / 45 €
www.lescahiersdunumerique.fr 3 NUMÉROS PAR AN
L’EXCEPTION
CULTURELLE
EST-ELLE
« Yellow » par l’artiste Nathan Sawaya. Photo offerte par brickartist.com
Patrick Bloche
« Plus l’offre légale
se développera, plus
le téléchargement illégal
verra son attrait diminuer ! »
page 8
Le Big Data
Sonne le glas de l’âge
industriel
page 12
Cocréation
Quand
le consomm’acteur
devient designer
page 36
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION :
Jamal Labed
ÉDITO
COMITÉ ÉDITORIAL :
Patrick Bertrand, Cegid
Valérie Ferret,
Dassault Systèmes
Romain Hugot, Sage
Marc Mossé, Microsoft
Frederic Masse, SAP
Pierre-Marie Lehucher,
Berger-Levrault
David Monteau, INRIA
RÉDACTEUR EN CHEF :
Reynald Fléchaux
CHEF DE PROJET :
Fabrice Larrue
DIRECTRICE ARTISTIQUE :
Pilar Cortés
SECRÉTAIRE DE RÉDACTION :
Dominique Friocourt
(Agence Edido)
JOURNALISTES :
Guillaume Barrières
Isabelle Bellin
Christophe Cayenne
Romain Chabrol
Diane Dufoix
Emmanuel Lempert
Serge Escalé
Philippe Richard
Jean-Baptiste Su
Toute reproduction,
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LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE
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D. PERALDI
DIRECTEUR DE LA RÉDACTION :
Loïc Rivière
NUMÉRIQUE : « MARQUONS UNE PAUSE
EN MATIÈRE D’INVENTIVITÉ FISCALE ! »
Voilà bientôt trois ans, que de nombreuses tentatives d’instauration de nouvelles taxes sectorielles ciblant l’économie numérique voient régulièrement le jour. Il en résulte à ce jour des
propositions de taxes sectorielles dont l’efficience a été généralement mise en doute, voire dont les effets contre-productifs
sur l’économie nationale ont été soulignés. Il est évident que,
de par son caractère immatériel, l’économie numérique permet plus facilement une localisation optimale de ses actifs sans
préjudice pour la qualité de service. Mais, loin d’être l’apanage
exclusif de l’économie numérique, les pratiques d’optimisation
fiscale sont le fait de grands groupes, tous secteurs confondus,
tant le contexte concurrentiel en matière fiscale s’y prête en
Europe ou ailleurs, et tant les montants en jeu sont considérables. Si la préoccupation des pouvoirs publics d’un meilleur
recouvrement de l’impôt est, évidemment, tout à fait légitime et
qu’elle est en outre logiquement partagée par de nombreuses
entreprises -du numérique en particulier- dans un esprit de
juste concurrence, il n’est pas justifié de stigmatiser l’économie
numérique sur ce point en particulier.
Bien plus, faire reposer l’explication du succès des entreprises
les plus emblématiques de l’économie numérique sur la fiscalité procède d’une myopie dangereuse. Soyons clairs : en dépit
de son effet levier sur les investissements, ce n’est pas une fiscalité plus favorable qui explique le succès de ces acteurs mais
l’innovation, la puissance d’un écosystème, la taille du marché
natif, la culture du risque et la concurrence. En démocratisant
l’accès à la culture et au savoir, les outils et services numériques
représentent pour beaucoup d’utilisateurs de formidables
espaces de liberté d’expression et de création. Ces outils représentent aussi pour les entreprises la promesse d’une croissance
renouvelée et d’une ouverture à l’international.
Les chaînes de valeur en sont donc bousculées et c’est à une
véritable transformation de la valeur qu’on assiste. Ce mouvement est ressenti de façon particulièrement forte en France
où les usages sont, dans certains secteurs, enserrés dans des
cadres de régulation. La mission dévolue à Pierre Lescure vise
notamment à résoudre cette contradiction qui déstabilise le
modèle française de l’exception culturelle. Il faut considérer
avec attention que pour les usagers, la mobilité, la flexibilité ou
encore le partage sont devenus aujourd’hui des valeurs essentielles qui vont parfois au-delà de la propriété des biens… Les
acteurs du numériques sont ceux qui peuvent conférer cette
nouvelle « valeur » aux biens.
C’est pourquoi, quand le projet européen dévoile ses faiblesses
comme en matière de recouvrement de l’impôt sur les sociétés,
les solutions nationales doivent être écartées a priori, au profit
des concertations internationales en cours comme c’est le cas
à l’OCDE. C’est pourquoi les acteurs qui confèrent de la valeur
aux réseaux et aux biens culturels ne peuvent se voir opposer
de nouvelles taxes spécifiques qui créerait un internet à péage
et dont les effets de bords ne seraient pas maîtrisés.
LOÏC RIVIÈRE
Directeur de la rédaction
03
8.
12.
« Plus l’offre légale se développera,
plus le téléchargement illégal verra son attrait diminuer ! »
Patrick Bloche, Député de Paris (PS) et Président de la Commission
des Affaires culturelles et de l’Éducation
Quarter Back
Le Big Data sonne le glas de l’âge industriel
SOMMAIRE
NUMÉRO 4 /// MAI 2013
06. BILLET D’HUMEUR
Arrêtons d’opposer préservation de la vie privée
et développement du numérique
par Patrick Bertrand
07. Ils ont dit, ils ont twitté, ça a buzzé
LE GRAND ENTRETIEN
08. « Plus l’offre légale se développera,
plus le téléchargement illégal verra son attrait diminuer ! »
Patrick Bloche, Député de Paris (PS) et Président de la Commission
des Affaires culturelles et de l’Éducation
L’ESSENTIEL
12. Quarter Back
Le Big Data sonne le glas de l’âge industriel
16. L’événement
TechDays, « Nous avons créé un forum de la transformation numérique »
17. Best of blogs
Big Data : arrêtez les maths, passez à la sociologie !
Par Cédric Deniaud
18. Cent jours : la France digitale
TROIS QUESTIONS À...
Benoît Thieulin, président du Conseil national du numérique
« Placer très haut le principe de neutralité du Net »
LA VIE DES PÉPITES
04
20. T rophées des start-up, STS Group
22. Start Up, what’s up
Sculpteo, Jérôme, Featurit
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
24.
Le dossier
L’exception culturelle est-elle soluble dans
le numérique ?
LE DOSSIER
32.
Un business model à la loupe
Joueurs de poker : Au-delà du bluff
24. L’exception culturelle est-elle soluble dans le numérique ?
25. Usages : la culture enfin démocratisée
27. E
xception culturelle française : stop ou encore ?
29. D
es p’tites taxes, des p’tites taxes, encore des p’tites taxes !
30. Une industrie dont le disque est rayé
INNOVATION
32. Un
business model à la loupe
Publicité comportementale : « mais si, reprends un cookie… »
34. Business 2.0
Gérer ses fournisseurs en restant sur un nuage
36. La
parole à l’innovation
Cocréation : quand le consomm’acteur devient designer
38. E-Gov
Facture électronique : Une étape cruciale dans la transition numérique
des entreprises
39. Chronique juridique
« Patriot Act » : des droits d’investigation strictement encadrés
Par Kami Haeri
COMMUNAUTÉS
40. Communautés
Joueurs de poker : Au-delà du bluff
42. Culture
Némo : les arts numériques sur orbite ?
45. Idées
Internet ou le retour de l’instinct de coopération
Par Godefroy Dang Nguyen
FINANCEMENT
46. Tendances
La laborieuse adaptation de l’industrie IT au cloud
48. Bourse
Les éditeurs français font mieux que le Nasdaq !
49. Les
échos de la Valley
Comment les robots vont créer des emplois
50. Tableau
de bord
L’essentiel de l’économie du numérique en chiffres
Illustrations iStockphoto
05
BILLET D’HUMEUR
ARRÊTONS D’OPPOSER PRÉSERVATION DE LA
VIE PRIVÉE ET DÉVELOPPEMENT DU NUMÉRIQUE
D. R.
Internet est une formidable aventure collective qui ouvre des
champs infinis. Ce nouveau monde porte aussi en lui-même ses
dangers pour le citoyen, dangers dont la nature n’a pas vraiment
changé, mais dont l’impact et les conséquences peuvent être
dramatiques : cyberlynchage, cyberterrorisme, intégrité des enfants,
fraudes au paiement électronique, espionnage à des fins politiques
et/ou mercantiles…
Les plus grands acteurs économiques de l’Internet se sont
développés en donnant la possibilité à des milliards d’êtres humains
d’avoir accès à ce nouveau monde, gratuitement mais avec des
contreparties : les données que l’on communique, consciemment
ou inconsciemment, sur notre vie et sur qui nous sommes.
Cette forme moderne de troc est un progrès tant elle a permis, en
un temps record à chacun et chacune d’entre nous d’avoir accès
à ce formidable potentiel. Encore faut-il que ce troc ne soit pas
tronqué et que les « termes de l’échange » soient établis sur des
bases claires, non discutables et équilibrées, car il porte, du côté de
l’utilisateur, sur une donnée essentielle : sa vie personnelle – ce qu’il
est, ce qu’il pense, ce qu’il fait…
La clarté et la transparence des conditions de ce troc constituent
donc un élément essentiel de l’équilibre
de cet « échange ». C’est une aspiration
LE PRIVACY PARADOX
de plus en plus marquée des internautes,
APPELLE UN COMPROMIS
particulièrement chez les parents de nos
INNOVANT.
digital natives. Internet a conduit à la
création d’une véritable « économie de la donnée », structurée
autour des moteurs de recherche et des réseaux sociaux qui
analysent finement ces profils et ces données pour les monétiser.
Côté utilisateurs, des millions de personnes n’hésitent pas à exhiber
leur vie privée sur Internet… mais à la stricte condition – tacite – de
garanties élevées de confidentialité. Ce privacy paradox appelle
donc un compromis innovant qui permettrait de dessiner une
nouvelle frontière du numérique.
L’accélération du développement du numérique passe ainsi
nécessairement par un équilibre entre ces aspirations en apparence
contradictoires, car un internaute « sécurisé » sera le meilleur vecteur
de diffusion de ces nouvelles formes de vie. Cette confiance
numérique implique des règles et des instances reconnues,
modernes, conscientes des enjeux de ce nouveau monde, pour
les définir et les contrôler. C’est en progressant sur ce chemin de
l’équilibre que le numérique se développera.
Le salut de la révolution numérique, avec ses effets sur le
développement de nos économies, ne viendra pas, comme le
suggère certains, de l’abandon de tout contrôle sur l’utilisation des
données personnelles collectées. Ce sophisme prêterait à sourire, s’il
n’était gravissime. Que deviendrait, en effet, la démocratie dans un
monde où l’internaute, dépossédé de lui-même, serait à la merci de
toutes les déviances, notamment politiques ?
PATRICK BERTRAND
Directeur général de Cegid
06
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
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D. R.
LE GRAND ENTRETIEN
DÉPUTÉ DE PARIS (PS) ET PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DES AFFAIRES CULTURELLES ET DE L’ÉDUCATION DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE
PATRICK BLOCHE
« PLUS L’OFFRE LÉGALE SE DÉVELOPPERA,
PLUS LE TÉLÉCHARGEMENT ILLÉGAL VERRA
SON ATTRAIT DIMINUER ! »
Propos recueillis par Loïc Rivière
Le numérique a profondément modifié les usages culturels
et démultiplié les possibilités d’accès aux contenus. N’est-ce
pas pour vous un moyen inédit d’encourager la démocratisation de l’accès à la culture ?
Il est évident que les modalités d’accès à la culture sont bouleversées par le développement du numérique. La dématérialisation des supports et la communication par voie électronique ouvrent déjà au niveau mondial des possibilités inégalées d’accès aux savoirs et aux patrimoines, de formation de
réseaux et de plateformes de débat, de libre expression, de
diffusion et d’échange des informations et des œuvres dans
leur plus grande diversité. Mais ce qui fait la différence, ce ne
sont jamais les technologies mais ce qu’elles permettent et le
projet de société au service duquel elles sont mises.
08
Il faut d’ailleurs se méfier du terme parfois galvaudé de
« démocratisation de l’accès à la culture ». Le simple accès
facilité ne suffit pas. On le voit notamment avec les politiques
tarifaires qui profitent malheureusement trop souvent à ceux
qui fréquentaient déjà les lieux culturels et ne créent pas forcément l’effet escompté de les ouvrir au plus grand nombre.
Internet apporte indéniablement une exceptionnelle facilité
d’accès à la culture mais encore faut-il donc amener le public
vers les œuvres et susciter la curiosité et l’envie. Je crois beaucoup à la nécessité d’accompagner notamment les plus jeunes
dans cet apprentissage. C’est pourquoi je compte beaucoup
sur les opportunités offertes à court terme par la mise en place
du parcours d’éducation artistique et culturelle tout au long de
la scolarité des enfants, prévu dans le projet de loi de refondation de l’école de la République.
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
LOREM IPSUM
LA MISSION LESCURE DOIT RÉFLÉCHIR
À DE NOUVEAUX MODÈLES DE FINANCEMENT
SUBSTITUTIFS.
Entre risque et opportunité, comment voyez-vous l’exception
culturelle s’adapter au développement des usages numériques ?
L’actualité de l’exception culturelle est brûlante avec le projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les
Etats-Unis. Les autorités françaises se mobilisent actuellement
pour exclure complétement les services audiovisuels du champ
de cette négociation. C’est aussi le sens de la proposition de
résolution européenne que nous avons rédigée avec ma collègue Danielle Auroi, Présidente de la Commission des affaires
européennes à l’Assemblée nationale. Celle-ci a été adoptée
le 9 avril dernier par la Commission des Affaires européennes
et le 17 avril par la Commission des Affaires culturelles et de
l’éducation que je préside. C’est un signal fort qu’a souhaité
donner le Parlement. Je crois fondamentalement que la préservation de la diversité culturelle est un enjeu économique,
culturel et d’influence essentiel pour tous les pays européens
qui la promeuvent par leurs aides et leur régulation.
A l’ère du numérique, peut-on parler de politique culturelle
sans parler de politique industrielle ? Comment générer l’innovation dans les industries culturelles ?
L’univers du numérique est un univers très ouvert donc très
permissif pour le créateur. Il permet le développement d’une
société créative, qui donne à chacun la chance et la capacité,
non seulement de conduire son propre destin, mais aussi d’agir
pour le bien commun. Mais parallèlement nous le voyons bien,
nous avons besoin d’acteurs économiques qui puissent être
à la dimension de l’univers numérique. C’est pourquoi nous
menons aussi une politique visant à aider nos opérateurs au
sein de ce marché mondialisé. Il reste qu’il ne faut pas comme
nous l’avons déploré ces dernières années donner une trop
grande prééminence aux industries culturelles, indexant la
valeur artistique à la valeur marchande et le travail de l’art à la
rentabilité du divertissement.
Qu’attendez-vous du rapport de la mission Lescure ?
J’espère que ce rapport permettra enfin de poser les vraies
questions. Les lois Dadvsi et Hadopi, contre lesquelles le
groupe socialiste auquel j’appartiens s’est mobilisé ces dernières années n’étaient que des lois de retardement qui ne
proposaient malheureusement aucun modèle alternatif de
financement de la création. J’attends de la mission Lescure
qu’elle pose les questions essentielles et propose un certain
nombre de pistes permettant ensuite au législateur de trouver
les moyens de concilier financement pérenne de la création et
accès élargi aux contenus culturels.
La mission doit réfléchir à de nouveaux modèles de financement substitutifs. En effet, il faut en chaque domaine trouver
des modèles de financement qui soient adaptés aux modèles
économiques sectoriels.
09
LE GRAND ENTRETIEN
JE SUIS CONVAINCU QUE LA COPIE PRIVÉE PEUT S’ADAPTER
AUX ÉVOLUTIONS TECHNOLOGIQUES D’AUJOURD’HUI.
Ainsi, la question du prix unique du livre est majeure pour le
livre numérique.
Pour la musique, secteur le moins aidé par les pouvoirs publics
et le premier touché par la révolution technologique, des dispositifs nouveaux sont à trouver et il conviendra de redéfinir
le périmètre et les missions du Centre National de la Musique
victime temporaire du souci majeur de réduction des déficits
publics. Enfin, s’agissant du cinéma, celui-ci dispose d’un dispositif vertueux alimenté par trois taxes affectées au compte
de soutien et les obligations des chaînes.
Le respect de la propriété intellectuelle ne semble pas être
une évidence pour les jeunes générations. Pédagogie ou
répression, comment y remédier ?
Cette question rejoint la précédente. Nous sommes au-delà de
la problématique générationnelle.
Il est temps de poser les questions essentielles et de ne
plus opposer les auteurs et leurs publics qu’ils soient jeunes
ou moins jeunes. Une politique juste et cohérente a plus de
chance d’être acceptée qu’une loi inutile et inefficace.
10
Hadopi a été un enjeu de campagne sur les sujets numériques et culturels. D’aucuns relèvent désormais même « un
climat de modération ». Vous restez cependant un fervent
opposant de la Haute Autorité ?
Je constate aussi un climat de modération mais ce n’est pas, de
mon point de vue, la conséquence de l’acceptation sourde de
cette autorité mais plutôt du constat partagé de son inutilité.
C’est par son maigre bilan et dès lors son inutilité, que l’Hadopi
est sortie du débat public. Mais, je crois toujours, en effet, que
la loi, de par des dispositions pénales que nous jugeons exorbitantes eu égard au droit des personnes, doit être abrogée
au bénéfice d’un retour au droit commun. Je crois également
toujours que le budget alloué à la Hadopi serait bien mieux
utilisé au service de l’aide à la création. Il s’agit de développer
aujourd’hui une approche positive et de prendre en compte la
réalité des usages des internautes en libérant les catalogues
et en rendant l’accès aux œuvres recherchées plus facile. En
effet, plus l’offre légale se développera, plus le téléchargement illégal verra son attrait diminuer.
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
D. R.
C’EST PAR SON MAIGRE BILAN
ET DÈS LORS SON INUTILITÉ,
QUE L’HADOPI EST SORTIE
DU DÉBAT PUBLIC.
Tandis que l’accès à ses contenus en tout lieu,
à tout moment et depuis n’importe quel terminal est en passe de devenir la norme de l’usage
culturel, l’application de la copie privée au Cloud
computing ne serait-elle pas une aberration ?
La question centrale autour de la copie privée
n’est pas, pour moi aujourd’hui, de savoir si elle peut ou doit
s’appliquer au Cloud computing mais celle de sa propre survie,
alors qu’un certain nombre de contentieux et de contestations
viennent la fragiliser. Si elle doit sans conteste être amenée à
évoluer, je vous avoue que j’ai un attachement particulier pour
la copie privée au regard de ce qu’elle représentait lors de sa
création.
En effet, la loi Lang de 1985 avait créé une exception
au droit d’auteur dont la redevance pour copie privée
constituait la contrepartie.
D’un côté le législateur a pris en compte les usages de
nos concitoyens sans vouloir les empêcher, de l’autre, il
a trouvé un moyen nouveau de rémunérer le droit d’auteur.
C’est cette philosophie que nous avons défendue et je suis
convaincu qu’elle peut s’adapter aux évolutions technologiques d’aujourd’hui. Il ne s’agit pas de plaquer la solution à
tout mais de poursuivre l’idée même qui était à l’origine de la
copie privée. Le droit d’auteur a toujours su s’adapter aux évolutions technologiques au fil des années, je suis certain que
cela perdurera.
BIO EXPRESS
PATRICK BLOCHE, qui a commencé sa carrière politique comme assistant parlementaire en 1981, est président (PS) de la Commission des
Affaires culturelles et de l’Education de l’Assemblée nationale. Député de Paris depuis 1997, il est aussi maire du 11ème arrondissement de Paris
depuis 2008. Dans le cadre de ses différents mandats, il s’est impliqué sur les questions relatives à l’économie numérique, notamment en tant que
co-président du groupe d’études sur Internet, les technologies de l’information et de la communication et le commerce électronique (1997-2012).
Il est également administrateur de différents espaces de programmation culturelle.
11
QUARTER BACK
LE BIG DATA SONNE
LE GLAS DE L’ÂGE
INDUSTRIEL
Sans sourire, notre monde devient une matrice
numérique dont il est possible d’analyser
d’immenses pans. Une nouvelle donne qui
bouleverse les règles du jeu économique.
par François Lambel
P
our la plupart d’entre nous, Big Data rime surtout avec « big
mystère ». Réaliser un tant soit peu ce que sont ces « données massives » passe par un effort d’imagination. Que les plus
timorés se rassurent. Le « Big » de Big Data est tellement grand
qu’il est également hors de portée des bases de données relationnelles. Leur technologie de traitement de données bien
structurées (texte, chiffres) est inadaptée à l’analyse des données soit non structurées, soit dans des formats multiples. Celles
qui pèsent 95 % du monde du Big Data. Plus significatif encore,
les unités arithmétiques nécessaires pour mesurer les quantités
en jeu flirtent déjà avec les limites du système métrique (voir
encadré).
En 2013, le Big Data, c’est la porte qui s’entr’ouvre sur notre
univers en phase de numérisation ultra rapide. La production de
données numériques y croît de façon exponentielle (+ 60 % par
an). Chaque jour, des milliards de milliards d’octets naissent.
Ainsi, aux quelque 500 milliards de courriels émis quotidiennement s’ajoutent, par exemple, 4,2 milliards de commentaires sur
Facebook, assortis de près de 400 millions de photos. Tout cela
n’est qu’une goutte d’eau dans le flot produit par les machines
elles-mêmes. Les millions de transistors alentour déversent un
afflux d’informations ininterrompu qui s’accroît de lui-même.
Selon IBM, 90 % des données existantes ont à peine deux ans.
POURQUOI LE BIG DATA A BESOIN DU CLOUD
C’est la rencontre de ces masses vertigineuses avec la possibilité, tout aussi vertigineuse, de les exploiter qui fonde l’intérêt du Big Data. À l’explosion exponentielle des quantités de
12
données produites répondent des couches logicielles dernier
cri capables de les traiter et, aussi, d’animer et de coordonner
à une échelle planétaire la couche matérielle. Ce vecteur, c’est
ce qu’est devenu Internet avec le cloud computing : d’immenses
unités de traitement et d’espaces de stockage suffisamment performants pour extraire des informations à des prix abordables
au regard de la valeur qu’elles génèrent. Reste une difficulté
technique à surmonter, celle du débit des réseaux qui peine à
déplacer les masses de données traitées à une vitesse satisfaisante. Développé en Open Source, Hadoop est l’exemple le
plus en vogue d’une pile logicielle complexe, capable de piloter
des milliers de processeurs pour réaliser le traitement massivement parallèle de pétaoctets (millions de Go) de données. Une
ressource matérielle délivrée par des serveurs exploités comme
s’ils étaient… de l’électricité. La simple énergie, pour assurer le
traitement.
C’est dans cette perspective que certains ébauchent l’idée
d’une révolution informationnelle. Ils lui prédisent un impact
sur l’économie du monde plus fort et plus violent que celui de
la révolution industrielle. Rien de moins. Pour eux, l’économie
de la connaissance de la demande, des besoins et des pénuries
relègue au second plan le rôle et le poids de la production.
LES ENTREPRISES SONT-ELLES PRÊTES ?
Oui, car elles ont pris conscience du potentiel analytique et décisionnel du Big Data dans un environnement hyper concurrentiel.
Logiquement, les très grands comptes ont pris le train plus tôt
que les autres. En particulier, ceux du secteur de la distribution
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
Corbis
© Corbis
LOREM IPSUM
où les données sur les clients prolifèrent. Mais, maturation de
l’écosystème du Big Data aidant, les sociétés de taille moindre
commencent à avoir accès aux mêmes potentiels de traitement.
Les spécialistes prédisent la disparition du décisionnel, de la
Business Intelligence (BI), sous sa forme habituelle. L’ampleur
de l’afflux de données, d’une part, et la possibilité d’assurer des
traitements en temps réel à des coûts abordables, d’autre part,
destinent le Big Data à un rôle clé dans le fonctionnement d’une
entreprise dès lors qu’elle accède à d’importants volumes de
données dont le traitement et l’analyse influencent sa stratégie
et ses décisions quotidiennes.
Non, car le Big Data ne s’improvise pas. Tout d’abord, il faut
disposer d’experts qui cumulent connaissances informatiques et
statistiques, les fameux « Data Scientists ». Le BigData, qui a
vocation à orienter la gouvernance de toutes les entreprises, est
encore un Far West numérique où tout est à découvrir. Ensuite,
la réussite du Big Data se pose comme la cerise sur le gâteau
d’un SI parfaitement contrôlé…
Mi-janvier, Fleur Pellerin, ministre déléguée chargée des PME,
de l’Innovation et de l’Économie numérique, a appelé de ses
vœux la création d’une filière Big Data en France. La tradition
mathématique de haut niveau française n’attend que cette dernière pour s’exprimer. Mais le succès dépendra de la création
d’un écosystème unique. Des propositions d’actions sont d’ores
et déjà sur la table. Comme celle, defendue par l’Afdel, de créer
un fonds de financement de 300 millions d’euros en partenariat
public-privé, afin de développer en France l’incubateur dédié au
Big Data qui fasse référence dans le monde.
AUX LIMITES DES UNITÉS DE MESURE
Pour 2016, Cisco prévoit que 1,3 zettaoctet de données
transiteront par Internet. Le résultat d’une multiplication
par 40 du trafic, entre 2006 et 2015.
Zetta symbolise l’immense chiffre de 1 000 milliards de
milliards. Un trilliard en français, un sextillion en anglais.
Les ordres de grandeur concoctés par la start-up française
MFG Labs fonctionnent bien pour réaliser la démesure de
ce zettaoctet.
Le préfixe zetta a été institué en 1991, en même temps
que yotta. Mille fois plus grand que zetta, yotta est, avec
ses 24 zéros, la limite actuelle du système international
d’unités.
200 pétaoctets
Tout ce qui a été imprimé par l’humanité depuis le
XVe siècle de Gutenberg.
Il faut un million de pétaoctets pour faire
un zettaoctet.
8 exaoctets
Tous les mots jamais prononcés par
l’humanité. Il faut 1 000 exaoctets
pour faire un zettaoctet.
13
QUARTER BACK
///// Dell quitte la Bourse pour se réinventer
En 1984, Michael Dell avait fondé le succès de sa société sur
la fabrication de PC à la demande. Presque trente ans après, il
veut recentrer Dell sur les entreprises à la recherche de services
à valeur ajoutée.
Pour réussir cette mutation, Michael Dell a lancé une opération record de rachat des titres en Bourse pour un montant de
24,4 milliards de dollars – du jamais vu dans le monde hightech. Ce LBO est financé par 16 milliards de dettes, un prêt de
Microsoft d’environ 2 milliards, les 16 % du capital détenus par
Michael Dell (estimés à près de 4 milliards), ainsi qu’un conséquent apport personnel, et, aussi, le soutien du fonds d’investissement Silver Lake pour un montant estimé à 1 milliard.
Le diagnostic de Michael Dell est le bon : pour survivre,
sa société doit s’affranchir de l’obsolescence de la micro-informatique. D’une part, alors que ce marché se consumérise,
Dell n’est pas parvenu à s’imposer auprès du grand public. En
baisse de 20 % l’an dernier, cette activité est la seule à générer
des pertes chez Dell et ne représente plus que 19 ≈% de l’activité
14
du groupe. D’autre part, alors que l’avenir est à la mobilité, les
ventes de Dell diminuent sur ce secteur (- 20 % en 2012), faute
de proposer autre chose que des PC portables standard.
Pour le constructeur texan, les gisements de croissance sont
ailleurs. Pendant que le chiffre d’affaires total du groupe pour
l’exercice qui vient de s’achever baisse de 10 % à 44,7 milliards
de dollars, son activité serveur est la seule à progresser
(+ 11 % à 9,2 milliards). Ce dynamisme fait de Dell le
numéro deux du marché mondial des serveurs x86, et l’écart
avec le leader HP se réduit. Mais, virtualisation et cloud computing aidant, ce marché s’étiole aussi.
Depuis cinq ans, Dell a mis la main sur 25 entreprises, toutes
spécialistes des systèmes d’information professionnels.
Protégés des foudres des analystes financiers en quête de
rentabilité immédiate, Michael Dell et son conseil d’administration s’attellent à fondre leurs technologies dans le creuset d’où
sortira le nouveau Dell. Une refonte qui rappelle celle imposée
par Lou Gerstner à IBM, au tournant du siècle. G.B.
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
/ Cebit 2013 : extension du domaine
de la puce
/ Free : le coup de bluff du blocage de
la publicité
/ Mobile World Congress, des bijoux
en attente de réseau
Le plus grand salon mondial de la hightech, le Cebit d’Hanovre, qui a eu lieu début
mars (4 100 exposants, 300 000 visiteurs),
a confirmé l’extension des applications
numériques à de nombreux domaines de
la vie quotidienne. Avec l’apparition de
nouveaux gadgets connectés, comme ce
gant téléphone (Winnershine Technology),
cette balle de golf contrôlée par smartphone
(Woddon Industrial Limited), cette carte
d’anniversaire intégrant de la vidéo
(Spreengs), ce projet de fauteuil surveillant
votre santé (institut Fraunhofer) ou encore
ce stylo-scanner connecté au smartphone
(PenPower Technology). Le Cebit a également
vu se confirmer plusieurs tendances
de fond, comme la robotique personnelle
(avec le robot en kit RQ-Huno), l’impression
3D (avec un modèle à 1 500 euros
chez Fabbster) ou encore l’automobile
connectée, avec des annonces de BMW,
Mercedes-Benz ou Ford.
S’il s’agissait de mettre les pieds dans
le plat en bloquant, début janvier,
l’affichage de publicités sur les écrans de
ses internautes, Free a atteint son but.
Si l’objectif était de trouver une solution
équilibrée entre, d’une part, les FAI qui
fournissent de la bande passante à leurs
internautes et, d’autre part, ceux qui
profitent de cette bande passante pour
engranger des recettes publicitaires,
c’est un échec. Il reste une certitude :
personne ne veut supporter le coût de la
généralisation du multimédia en ligne.
Le Mobile World Congress est aux
terminaux ce que le Mondial de
l’automobile est à la voiture : une messe
consacrée à l’innovation. Avec les tablettes
en nouvelles stars, l’édition de cette année
voit déferler des produits avec de meilleurs
écrans, des processeurs plus rapides et
toujours plus de fonctions embarquées.
Mais les mobiles ont aussi besoin
d’autoroutes (de l’information) pour
exprimer leurs potentiels. Alors que la 3G
est à la peine, le cabinet d’études Wireless
Intelligence prévoit que la 4G passera de
1 % des connexions en Europe aujourd’hui
à seulement 20 % en… 2017.
/ BlackBerry 10 et Windows Phone 8
jouent la carte pro
Alors qu’Apple (iOS) et Google (Android)
se partagent plus de 80 % du marché des
smartphones au quatrième trimestre (dont
près de 70 % pour le seul Android), RIM avec
Blackberry 10 et Microsoft avec Windows
Phone 8 jouent des coudes pour se faire
une place au soleil. Tous les deux, pour des
raisons historiques, parient sur le marché
professionnel. RIM, parce que c’est là que
se trouve sa base installée la plus
importante et la plus fidèle. Microsoft,
parce que les DSI verraient d’un très bon œil
un fournisseur unique pour l’équipement
de leurs utilisateurs finaux.
/ Un seul brevet valable dans toute
l’Europe
Par Guillaume Barrières et
Reynald Fléchaux
À compter du 1er janvier 2014, le brevet
unitaire européen permettra de ne faire
qu’un seul dépôt valable dans les vingtcinq pays signataires de l’Union européenne.
Ce dépôt pourra se faire indifféremment
en trois langues : anglais, français ou
allemand. Sept fois moins coûteux et plus
rapide que l’actuel système de dépôts
nationaux, le brevet unitaire devrait aussi
bénéficier de juridictions d’envergure
européenne. Des opposants, dont Nokia
et Ericsson, s’inquiètent que des « patent
trolls », très actifs aux États-Unis, puissent
chercher à tirer profit du brevet unitaire.
/ YouTube prépare des chaînes
payantes
« Les Échos » prêtent à Google le projet de
lancer des chaînes vidéo payantes sur
YouTube. Plus d’une vingtaine seraient
dans les starting-blocks sur la base
d’abonnements entre 1 et 5 dollars par
mois. Le modèle économique retenu repose
sur le reversement de 55 % des sommes
perçues aux fournisseurs de contenus,
YouTube empochant les 45 % restants.
Les fournisseurs auraient aussi la
possibilité de commercialiser des espaces
publicitaires dans leurs diffusions.
15
L’ÉVÉNEMENT
ALAIN CROZIER
PRÉSIDENT DE MICROSOFT FRANCE
D. R.
TECHDAYS
“ NOUS
AVONS CRÉÉ UN FORUM DE
LA TRANSFORMATION NUMÉRIQUE ”
Pour Alain Crozier, président de Microsoft France, l’événement
de l’éditeur, qui a réuni 18 000 visiteurs en février, s’ouvre désormais
à des thématiques dépassant l’informatique.
Propos recueillis par Loïc Rivière
Quel bilan tirez-vous de ces TechDays 2013 ?
Alain Crozier : Cet évènement 100 % français, qui constitue un
rendez-vous incontournable du numérique, a connu un succès
sans précédent. Nous avons en effet accueilli 18 000 visiteurs
pendant trois jours. La TechDays TV, qui retransmettait les
temps forts en live, a quant à elle réuni plus de 44 000 visiteurs.
Au-delà des chiffres, un tournant marque cette 7e édition :
d’un événement informatique de référence, les TechDays sont
devenus un véritable forum de la transformation numérique.
Nous avons ainsi ouvert nos portes, cette année, aux décideurs
métiers, issus du marketing, de la vente ou encore des RH. Dans
un contexte économique morose, le numérique est plus que
jamais un moteur de croissance. Les professionnels peuvent tirer
parti de la transformation digitale qui est en marche pour accélérer leur business. Notre programmation, cette année, faisait
ainsi la part belle à des tendances de fond, telles que le Big
Data, le cloud ou la révolution des écrans.
Habitué aux premières places, Microsoft se présente comme
un challenger sur la mobilité. Quels sont ses atouts, aujourd’hui,
face à la concurrence ?
A. C. : Notre stratégie est différente de celle de nos concurrents.
Une transformation numérique est à l’œuvre. Elle bouleverse
la façon dont chacun peut travailler, se déplacer ou vivre au
quotidien. Nous sommes les mieux placés pour permettre aux
utilisateurs de tirer pleinement les fruits de cette transformation. Dans le sillage de notre vision originelle – installer un PC
sur chaque bureau, dans chaque foyer –, notre ambition est,
aujourd’hui, de proposer aux professionnels et au grand public
des services connectés, en continu, sur tout type d’appareils, sur
tout type de terminal mobile. Nous avons ainsi renouvelé l’ensemble de nos offres. Avec Windows 8, ce sont désormais plus de
1 700 références certifiées par nos partenaires fabricants. Sur le
mobile, nous sommes le challenger que le marché attend. Notre
dynamique de vente est forte. En novembre 2012, les ventes de
Windows Phone étaient quatre fois plus élevées qu’à la même
période l’année précédente. Enfin, alors que le modèle économique de certains acteurs repose sur la monétisation des données personnelles, notre approche se fonde d’abord sur la commercialisation d’innovations pensées pour les utilisateurs, afin
qu’ils puissent créer à leur tour.
Quelles sont les initiatives que la filiale française lance sur le
territoire ?
A. C. : L’entreprise est engagée depuis de longues années à faire
du numérique un moteur de transformation positif pour le pays.
Il s’agit d’une présence de fond, durable. Dans le domaine de
l’éducation, nous avons ouvert, en décembre, la classe immersive pour toutes les écoles, de la maternelle au supérieur, et
qui permet d’apprendre autrement, de renforcer des scénarios
pédagogiques grâce au numérique. Microsoft soutient également l’entrepreneuriat avec, par exemple, Spark, le tout nouvel
espace ouvert dans Paris, pour accueillir et former les entrepreneurs du numérique et les développeurs. Notre objectif est de
leur permettre d’accéder à un programme d’aide complet pour
qu’ils puissent lancer leur activité.
Notre attachement à soutenir la jeunesse est également profond. Avec la [email protected], Microsoft France a ainsi lancé un
programme il y a quelques mois, afin de former des jeunes en
échec scolaire au métier de développeur web.
LA 7E ÉDITION SOUS LE SIGNE « DIGITAL IS BUSINESS ! »
•
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•
16
1er événement propriétaire IT en Europe
18 200 visiteurs
44 000 visites sur la TechDays TV et 58 mn de consultation moyenne par visite
3 conférences plénières, plus de 300 sessions
140 exposants sur une surface de 5 500 m2
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
BEST OF BLOGS
BIG DATA : ARRÊTEZ LES MATHS,
PASSEZ À LA SOCIOLOGIE !
Plutôt que dans l’élaboration d’un modèle
mathématique, le défi du Big Data réside dans
la construction d’une logistique de l’information.
Lu sur le blog
http://www.mediassociaux.fr
O
D. R.
D. R.
n présente souvent la donnée comme
l’or noir du XXIe siècle. En 2011, l’humanité a créé environ deux zettaoctets
(Zo) de données numériques, soit deux millions de To. Et ce n’est qu’un début. Après
avoir été multiplié par neuf entre 2005 et
2010, le volume de données devrait être
encore multiplié par sept dans les cinq ans
à venir, selon une étude récente d’IDC.
Toujours plus de tweets, de messages, de
commentaires, de partages, de reprises
qui accroissent les informations, leurs
reprises, partages et détournements.
Au-delà du « buzzword », le Big Data mérite
l’attention des entreprises, en réponse à
deux enjeux de plus en plus sensibles et,
jusque-là, non totalement maîtrisés.
BIO EXPRESS
CÉDRIC DENIAUD
2010 Il fonde The Persuaders,
cabinet de conseil spécialisé dans
l’accompagnement de la mutation
digitale des entreprises.
2008 Il crée avec Frédéric
Cavazza MediasSociaux.com,
premier blog francophone dédié à
l’analyse des médias sociaux.
2009 Il prend en charge la
stratégie de l’UMP sur les
réseaux sociaux.
• L’enjeu technologique. La question
n’est pas de savoir quel outil utiliser mais
comment récupérer des données issues
des médias sociaux ; données qui sont à
85 % détenues par des entreprises comme
Facebook, Google et Twitter. Ces dernières définissant (chaque jour) des règles
(changeantes) d’un jeu dont les entreprises peinent à comprendre les usages,
opportunités et risques. L’origine des données, leur pertinence, leur influence sont
également un enjeu majeur de la mesure.
• l’enjeu économique. Offrir la bonne offre
à chaque client et la personnaliser en
fonction de ses requêtes sur les moteurs
de recherche, en fonction de ses affinités,
de ses amis, de sa situation géographique
à l’instant T est le fantasme de chaque
entreprise. En d’autres termes, transformer le Big Data et « toute petite data »
adressée à la bonne personne, au bon service, pour pouvoir servir le client… et ses
propres objectifs.
Se pencher sur ces enjeux, c’est faire rapidement ressortir la question centrale qui
se cache derrière ce chiffre fourni par IBM :
90 % des données de l’entreprise seraient
inexploitables. On ne dit pas ici que les
données ne sont pas exploitées faute de
temps ou de ressources, mais que des
données noyées ou une approche macro
des informations font que la plupart des
technologies en place n’en fournissent
pas une vraie exploitation, au-delà du fait
que les données collectées sont partielles,
beaucoup d’informations restant informelles ou non consolidées.
Les infrastructures décisionnelles des
entreprises ne sont plus dimensionnées
pour analyser des quantités toujours
plus importantes de données, à 80 %
non structurées, parce que les organisations abordent le sujet comme le feraient
des mathématiciens plutôt que comme
des sociologues. Une donnée n’a de sens
que si on la prend comme une variable et
non comme une information brute. À des
mêmes chiffres, on peut faire dire tout et
son contraire en fonction du contexte dans
lequel on les place et de l’objectif final
recherché, notamment dans une démonstration ou argumentation.
Le principal défi que rencontrent les entreprises avec les médias sociaux et l’explosion des données ne réside pas dans la
capacité à traiter des volumes toujours
plus importants et complexes, mais dans
« la “logistique de l’information” : comment transmettre la bonne information
aux bonnes personnes, au bon format, au
bon moment, pour éclairer les actions à
mettre en place, afin de servir les objectifs business de l’entreprise sur Internet et
dans le monde réel », selon Alan Mitchell,
expert britannique de la question.
17
CENT JOURS : LA FRANCE DIGITALE
TROIS QUESTIONS À...
D. R.
PRÉSIDENT DU CONSEIL NATIONAL DU NUMÉRIQUE
BENOÎT THIEULIN
Chargé d’accompagner la réflexion du gouvernement sur le dossier
de la neutralité du Net, le Conseil national du numérique (CNN)
renouvelé a consacré ses premiers travaux à l’examen de cette question.
Son président nous expose les grands axes de l’avis, remis le 13 mars
à la ministre Fleur Pellerin.
Propos recueillis par Loïc Rivière
L’avis du CNN sur la « Net neutralité » a recentré sur les
libertés publiques un débat auparavant centré sur l’économie des réseaux. Pourquoi ?
Benoît Thieulin : Il nous a paru utile de sortir du strict champ
de la régulation technico-économique qui relève de l’Arcep et
partir du point de vue de l’usager : de son droit de s’informer
(lecture) à sa liberté de s’exprimer (écriture), puis de considérer
les nouvelles capacités que cela lui confère en termes de liberté
de création et d’innovation. Et, à partir de là, de l’individu aux
entreprises, on se rend bien compte que ces libertés et ces
« capacités » constituent des leviers stratégiques pour l’innovation et la compétitivité de notre économie !
Une fois cette étape franchie, il nous a fallu revenir à l’essentiel : l’architecture de l’Internet possède des particularités
qui ont contribué à son succès : l’interopérabilité, l’ouverture et le principe du end-to-end… La définition suivante s’est
ainsi imposée : « La neutralité des réseaux de communication,
des infrastructures et des services d’accès et de communication ouverts au public par voie électronique garantit l’accès
à l’information et aux moyens d’expression à des conditions non discriminatoires, équitables et transparentes. »
Certaines considérations de l’avis ne reviennent-elles pas
à conférer aux principaux services numériques un quasistatut de service public ?
B. T. : C’est une question qu’on ne peut manquer de se poser au
fur et à mesure que certains grands services numériques envahissent le quotidien et fondent notre économie. La notion de
service public n’est pas directement abordée dans notre avis,
18
mais elle se lit donc entre les lignes, en effet... D’ailleurs, Paul
Krugman lui-même n’a pas hésité à prendre ce temps d’avance
en qualifiant les services de Google de quasi-service public, à
l’occasion de la fermeture abrupte de Google Reader.
Les situations de ce genre vont se multiplier et il faudra bien
accepter que des « services essentiels » qui sont utilisés tous
les jours par la très grande majorité de la population (individus
comme entreprises) puissent se voir imposer certains obligations, étant donné leur responsabilité, de même que les opérateurs télécoms ont des obligations de qualité de service, d’interconnexion et d’interopérabilité. Ainsi, la neutralité du Net
revêt pour nous cette double dimension : des réseaux d’accès
aux services d’accès.
Qu’attendez-vous d’une loi ? Ne pensez-vous pas que certains sujets relèvent surtout d’un droit de la concurrence
qui s’est peu intéressé au numérique ?
B. T. : La loi est là pour poser des principes. Inscrire ces principes dans la loi de 86 permettrait en outre de placer très haut
le principe de neutralité dans la hiérarchie des normes. Mais
une fois ce principe enfin garanti, le sujet relève bien sûr du
droit de la concurrence, mais aussi du droit des télécoms, du
droit civil, du droit pénal, voire du droit des données personnelles, etc. À charge pour différents acteurs (Arcep, tribunaux,
Autorité de la concurrence), de l’appliquer.
S’il faut en passer par la loi, c’est parce que nous avons dépassé
le cadre d’une réglementation purement sectorielle et que nous
sommes désormais dans le champ d’application d’un grand
principe fondamental. La neutralité, c’est d’abord la traduction
de l’égalité dans l’environnement numérique !
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
/ Le nouveau Conseil national du
numérique est né
/ Rapport Beylat-Tambourin :
comment stimuler l’innovation ?
/ L’ambition numérique du président
de la République
Le CNN renouvelé, en place depuis le
janvier 2013, rassemble des personnalités
issues de l’entrepreneuriat, des grandes
entreprises, de la recherche, de la société
civile et des médias. Présidé par Benoît
Thieulin, fondateur de la Netscouade, le
CNN s’est vu confier la mission de réfléchir
à trois sujets : la « Net neutralité »,
la fiscalité du numérique et la lutte contre
la fracture numérique.
Pierre Tambourin, directeur général de
Genopole, et Jean-Pierre Beylat, président
du pôle de compétitivité Systematic, ont
rendu publiques leurs conclusions. Leur
rapport propose notamment de combler le
manque de financement en fonds propres
des entreprises innovantes en mobilisant
une faible part de l’épargne des Français
et en améliorant les stratégies de sortie
possibles pour les investisseurs. Il insiste
également sur la politique de protection
(propriété intellectuelle, normalisation)
au service des entreprises innovantes.
Lors d’un déplacement à Clermont-Ferrand
le 20 février 2013, le président de la
République s’est exprimé sur l’« ambition
numérique » de la France. Il a notamment
annoncé la mobilisation de 20 milliards
d’euros d’investissements publics et privés
sur dix ans pour améliorer l’accès au
très haut débit en France, et indiqué que
150 millions d’euros des investissements
d’avenir seraient réorientés vers des
technologies clés du secteur numérique :
le cloud computing, le Big Data,
la cybersécurité, les objets connectés.
/ Fiscalité du numérique :
la réforme se cherche
Le rapport rendu en janvier 2013 au
gouvernement par MM. Colin et Collin
distille une réflexion étayée sur les ressorts
économiques du numérique mais propose
en définitive une vision très négative
de sa contribution économique et sociétale,
le qualifiant même de « prédateur ».
Il défend le principe d’une nouvelle fiscalité
liée à l’exploitation des données issues du
suivi de l’activité des internautes. L’Afdel
s’est prononcée publiquement contre
l’instauration de cette fiscalité d’exception.
Il est crucial que les pouvoirs publics ne
confondent pas les dispositifs permettant
de lutter contre l’évasion fiscale
avec des mesures risquant de peser sur
les acteurs français du web.
Selon le sénateur Jean Germain (PS) :
« Pour avancer sur la fiscalité numérique,
il faut avancer sur la fiscalité de l’UE.
Ce n’est pas la faute de Google si l’UE n’est
pas harmonisée fiscalement. »
/ Séminaire gouvernemental
sur le numérique
Le 28 février 2013, le Premier ministre
a détaillé la feuille de route numérique
du gouvernement à l’horizon 2013 et a
affirmé le principe d’une clause de rendezvous annuel. Dix-huit mesures ont été
annoncées, parmi lesquelles la création
des quartiers numériques, dont Paris
Capitale du numérique est une déclinaison,
la numérisation des PME et ETI grâce à
300 millions d’euros de prêts bonifiés, le
renforcement des formations aux métiers
du numérique, etc.
/ Protection des données personnelles :
le débat s’intensifie au niveau
européen
Un an après la publication de la
proposition de règlement sur la
protection des données personnelles de la
Commission européenne, le parlementaire
européen Jan Philipp Albrecht a déposé
un rapport de 350 amendements qui
sont loin de faire l’unanimité. Le texte,
salué par la CNIL, a le mérite de limiter la
notion de droit à l’oubli dans un sens plus
réaliste, mais renforce considérablement
les obligations pesant sur les entreprises,
notamment sur les PME. Le débat continue,
avec un vote en commission parlementaire
les 29 et 30 mai.
/ La filière s’approprie le programme
Ambition logicielle
Pour les éditeurs de logiciels, croître du
stade de PME à celui d’ETI est un véritable
défi. « Ambition logicielle », annoncé par le
séminaire gouvernemental du 28 février,
permettra aux pépites de la filière logicielle
de bénéficier localement, de façon accélérée
et privilégiée, d’un ensemble de leviers
financiers et de compétences propices à
leur développement. Initié et porté par
l’Inria, « Ambition logicielle » sera piloté par
l’Afdel et présidé par Pierre-Marie Lehucher,
directeur général de Berger-Levrault.
/ Nominations dans l’écosystème
numérique
Michel Combes a officiellement pris
les rênes d’Alcatel-Lucent.
• Les parlementaires Christian Paul (PS),
Laure de la Raudière (UMP), Bruno
Retailleau (UMP) et Pierre Camani (PS) ont
été nommés au CNN en formation élargie.
• L’Australien Nick Leeder succède à JeanMarc Tassetto à la tête de Google France.
• Benoit Loutrel est nommé directeur
général de l’Arcep.
• Olivier Henrard devient secrétaire général
de SFR.
• Delphine Reyre est nommée directrice des
affaires publiques de Facebook France.
• Guillaume Leblanc est nommé directeur
général du SNEP.
Par Diane Dufoix et Emmanuel Lempert
19
LA VIE DES PÉPITES
TROPHÉES DES START-UP
L’INNOVATION À L’HONNEUR
Organisée par l’Afdel, cette première édition témoigne de la volonté
des jeunes entreprises de miser sur l’innovation pour devenir les nouveaux
champions de l’économie française.
par Philippe Richard
D
ans le cadre de sa soirée des vœux,
organisée le 15 janvier dernier, l’Association française des éditeurs de logiciels
et solutions Internet (Afdel) a inauguré
ses Trophées des start-up. Remis par
Alain Crozier, président de Microsoft
France, devant un parterre de 250 représentants de l’économie numérique et en
présence de Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME, à l’Innovation et à l’Économie numérique, ces Trophées récompensent des entreprises françaises ayant
moins de dix ans d’existence et réalisant
une croissance à deux chiffres.
Les lauréats de cette première édition sont Content Square dans la catégorie « Services aux entreprises »,
In-Webo Technologies dans la catégorie
« Mobilité », Navidis dans la catégorie
« Virtualisation 3D », Verteego dans la
catégorie « Responsabilité sociétale des
Ces récompenses témoignent des niveaux
remarquables de ces cinq sociétés, en
termes d’innovation et de vision du marché. Exemple avec Navidis : ce spécialiste
des solutions interactives multimédia
3D temps réel a développé une technologie validée par plus de 40 partenaires
industriels à travers différents projets de
R&D collaborative auxquels la société
participe, comme City+ (dans le cadre du
grand emprunt), EPIC (Europe), Issy Grid
(France), Futur en Seine (région Ile-deFrance)… À son actif, il y a notamment la
première plateforme multicanal de services d’hyperproximité.
In-Webo Technologies, qui développe
une solution de sécurisation des accès et
des données pour les plateformes Cloud
et SaaS, apparaît également comme une
pépite capable de convaincre de nombreux donneurs d’ordre. Parmi ses atouts
Cette récompense renforce
notre notoriété auprès de sociétés
qui ne nous connaissaient pas bien.
(In-Webo Technologies)
entreprises » et Mixvibes dans la catégorie
« Médias et Divertissement ». « Ces pépites
portent en elles tous les espoirs de notre
industrie pour construire de nouveaux
champions français, les Dassault Systèmes
de demain. Le rôle d’une organisation professionnelle comme l’Afdel est d’accompagner leur croissance et de les distinguer
lorsqu’elles le méritent », a expliqué Jamal
Labed, le président de l’association.
20
majeurs, une solution d’authentification
forte pour téléphones mobiles, qui a
reçu la certification de sécurité de premier niveau (CSPN) délivrée par l’Agence
nationale de la sécurité des systèmes
d’information (Anssi). Cette certification
a été obtenue à l’issue d’un processus
de six mois, au cours duquel la solution
d’In-Webo Technologies a été évaluée
par un laboratoire indépendant agréé
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
par l’Anssi. Pour Didier Perrot, président
et fondateur d’In-Webo Technologies,
toute l’équipe est fière « d’avoir un reçu
un trophée dès la première édition. Cette
récompense renforce notre reconnaissance et notre notoriété auprès d’entreprises qui ne nous connaissaient pas bien.
Ce trophée nous a permis de mieux nous
faire connaître auprès des membres de
l’Afdel — que nous avons rejointe depuis
un an environ — et des éditeurs, et de leur
faire découvrir ce que nous pouvons leur
apporter en termes de sécurisation de
leurs propres solutions ».
Composé de membres de l’Afdel, le jury
a également apprécié la cohérence de
la stratégie de Verteego, une PME fondée en 2008 à Paris et pionnière des
solutions SaaS de traçabilité et management des ressources. Pour Rupert
Schiessl, cofondateur et directeur général de cette société, « remporter ce trophée est le témoignage d’une confiance
forte de la part de la communauté des
éditeurs de logiciels. Pour notre société,
qui aura cinq ans cette année, cette
récompense consacre sans doute notre
passage du monde des start-up vers
celui des PME dynamiques, tournées vers
l’international ».
Visionnaires, les Cahiers du numérique
s’étaient déjà penchés sur Mixvibes (qui
transpose les outils des DJ dans l’univers
numérique) et sur Content Square (spécialisé dans les solutions de test de l’ergonomie des sites) dans ses précédentes
éditions (se reporter respectivement aux
numéros un et trois des Cahiers).
20 %
C’est la part du chiffre d’affaires réalisé dans l’édition qui est consacrée
à la R&D (développement et aide aux partenaires).
STS GROUP, BIEN PLUS
QU’UN ÉDITEUR DE LOGICIEL
Grâce à ses nombreuses acquisitions et ses multiples partenaires, cette société
propose une offre globale de confiance numérique sur trente-six plateformes
de services dans le monde.
par Isabelle Bellin
L
’histoire commence en 2000, lorsque
Bernard Calvignac, chef d’entreprise,
rachète un de ses principaux clients, STS,
une société toulousaine qui développait
des microfilms, seuls supports à valeur
probante dans les années 1990.
En bon financier, il décide de développer l’offre à l’international. Il mise aussi
sur la mutation en cours vers l’économie numérique et réfléchit à la façon
de garantir, dans ce nouveau contexte,
l’identification des personnes, l’intégrité
des documents numériques transmis,
leur confidentialité. La première directive
européenne sur la signature électronique
est publiée fin 1999. Depuis, le cadre
législatif se précise dans chaque pays et
s’homogénéise en Europe. Aujourd’hui,
tout document électronique peut être
archivé légalement.
50 %
D’ici à trois ans, STS Group prévoit
que la moitié de son chiffre d’affaires
proviendra des royalties versées par
ses partenaires SaaS. Cette part n’est
aujourd’hui que de 15 %.
Rapidement, l’équipe s’étoffe avec l’arrivée d’Henry Cremades, Pierre Fort et
James Cohen. Pendant cinq ans, une
dizaine d’ingénieurs développent des
logiciels d’archivage à valeur probante,
pour tous types de documents électroniques, vidéos, photos, audio. En 2005,
STS, rebaptisé STS Group, remporte le
premier appel d’offres européen d’archivage électronique légal, lancé par la
Banque de France, battant au passage
les grands éditeurs de gestion électronique de documents et la société en
place, Logon SI, rachetée en 2006 et
dont le dirigeant Pierre Leijder rejoint
STS Group.
« L’archivage n’était pas suffisant, déclare
Henry Cremades. Pour rester leader,
nous avons misé sur une offre globale,
comportant à la fois les aspects preuve
d’identité, échange et archivage à valeur
probante. » À partir de 2007, l’entreprise
rachète plusieurs sociétés pour étayer
ses compétences : l’espagnol Ipsca (signature électronique) et le français Keyvelop
(échange). À la fin 2009, elle prend des
parts dans la société française Risc, spécialisée dans le cloud pour les TPE-PME
(avec 20 000 clients en portefeuille).
Aujourd’hui, STS Group (une trentaine de
salariés à Aubervilliers) affiche un chiffre
d’affaires de 10 millions d’euros dans
l’édition logicielle, avec deux produits
phares mis sur le marché en 2012 : STS
PEA, pour les grands groupes qui souhaitent héberger leurs données dans leur
propre datacenter, et STS SaaS Manager,
dédié aux partenaires qui opèrent des
plateformes de services. « Nous développons ce mode SaaS depuis 2010, selon
un modèle spécifique, explique Henry
Cremades. Nous créons des joint-ventures avec des partenaires qui souhaitent
développer une plateforme de services,
et nous les aidons à bâtir, avec nos outils,
des offres auprès de leurs clients, telles
que des services de e-paie, e-dossiers
médicaux, e-relevés bancaires, lettres
recommandées électroniques, etc. Nous
nous rémunérons sur les royalties. »
STS Group affiche ainsi 36 plateformes
partenaires dans 30 pays. Dont quatre
en France, comme celles lancées par la
société Risc avec la marque Navaho qui a
acquis les agréments d’hébergement de
données pour les administrations européennes et la santé. Pour autant, 85 %
du chiffre d’affaires provient toujours de
STS PEA (150 clients, notamment des
banques en France, en Espagne et en
Belgique), avec une progression annuelle
visée de 8 à 10 %. Mais la société mise
beaucoup sur l’évolution du SaaS, avec
l’objectif de doubler ses royalties chaque
année. Cela permettra également de faire
face aux difficultés en trésorerie rencontrées depuis le rachat de Risc, dont STS
Group est actionnaire minoritaire avec un
pouvoir de contrôle.
WWW.GROUP-STS.COM
Illustration : Sophie Nathan
21
LA VIE DES PÉPITES
par Isabelle Bellin
what’s
SCULPTEO FABRIQUE LES OBJETS IMAGINÉS EN LIGNE
À partir du dessin d’une assiette, d’un vase, de n’importe quel objet transformé sur le site de Sculpteo
en fichier 3D, l’objet est fabriqué sur une imprimante 3D, étonnante machine d’abord dédiée au
prototypage rapide qui dépose la matière par couches. Le processus demande entre quelques
minutes et quelques heures. Les trois fondateurs ont de l’expérience : Clément Moreau et Éric Careel
sont des ingénieurs de l’Internet et des télécoms, Jacques Lewiner est l’ancien directeur scientifique
de l’École supérieure de physique et chimie industrielles de Paris (ESPCI). Entreprises, architectes,
bureaux d’études ont été leurs premiers clients. Depuis 2011, ils font appel à des designers qui
dessinent des objets grand public personnalisables, comme des coques de téléphones portables,
vendues 25 euros et livrées sous trois jours. Principaux créneaux visés à terme : les arts de la table et
la bijouterie. L’entreprise réalise 40 % de son chiffre d’affaires à l’export, dont 30 % aux États-Unis.
Elle mise beaucoup sur la R&D (6 à 10 personnes y travaillent sur une vingtaine au total), d’une part,
sur les procédés (pour proposer une large palette de matériaux, de textures et de couleurs), d’autre
part, sur la simplification des logiciels. Ses imprimantes 3D tournent à plein régime.
Année de création :
2009
Localisation :
Issy-les-Moulineaux et usine
à Arreau (Hautes-Pyrénées)
Chiffre d’affaires 2012 : N.C.
Croissance 2012 : + 90 %
Chiffre clé :
1 million d’euros investis
par an en R&D
WWW.SCULPTEO.COM/FR
CHOISISSEZ LA RECETTE, JÉRÔME ÉCRIT LA LISTE DE COURSES
Année de création :
septembre 2011
Localisation :
Paris
Chiffre d’affaires 2012 : N.C.
Chiffre clé :
6 % de croissance
hebdomadaire
Passionnés de cuisine, les deux associés de Chef Jérôme se sont rencontrés dans des associations
culinaires de Polytechnique, après leurs études : Antoine Durieux donnait des cours de cuisine, Antoine
Perrin, des cours d’œnologie. Très pragmatiques, ils décident de créer ce qui leur manque pour faire
leurs courses efficacement : un langage commun pour traduire les ingrédients des recettes de sites de
cuisine ou de blogs en produits de supermarché ; de quoi commander rapidement en ligne. Rien de plus
simple, pensez-vous… Il a fallu pourtant plus de dix-huit mois de R&D et une sacrée équipe technique
(statisticiens, mathématiciens et même un postdoc) pour déboucher sur un graphe de l’alimentation,
réunissant plusieurs dizaines de millions d’ingrédients, produits et recettes dans un même langage.
Le tout est supporté par des techniques d’apprentissage automatisé et de traitement Big Data, pour
lesquelles la start-up a été primée. Leur première application, vendue aux supermarchés Casino, est
un widget intégré aux sites de recettes comme une publicité. On choisit une recette, la liste de courses
s’affiche pour le supermarché le plus proche. Visiblement, ce n’est qu’un début.
HTTP://CORPORATE.CHEFJEROME.COM/
FEATURIT CRÉE LE PREMIER RÉSEAU SOCIAL ARTISTIQUE
Musicien de studio et producteur depuis quinze ans, Jean-Patrick Allouche a l’ambition de faire naître
de nouveaux talents en stimulant les collaborations entre artistes (le featuring en anglais), grâce à la
Toile. Musiciens, chanteurs mais aussi photographes, vidéastes, designers peuvent se présenter et
déposer leurs créations sur son réseau social, gratuitement pour l’instant : autant de morceaux, de
vidéos, d’images qui suscitent des échanges, une émulation artistique et, finalement, de nouvelles
créations. Au-delà, l’originalité est que le public abonné à la plateforme peut juger et noter ces créations, autant d’arguments qui aideront à produire les meilleures. En retour, ces fans de la première
heure auront le privilège de suivre les débuts et la carrière de leurs poulains, d’assister à des enregistrements, aux premiers concerts, etc. J.-P. Allouche, qui a travaillé avec les majors, et ses deux
collaborateurs espèrent voir naître chaque année, avec ce nouvel espace de créativité, un millier de
créations musicales (du hip hop à l’opéra), photographiques, vidéo…
WWW.FEATURIT.COM
22
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
Année de création :
novembre 2012
Localisation :
Paris
Chiffre clé :
plus de 200 artistes ont
rejoint Featurit en deux mois
via le bouche-à-oreille
23
LeDossier
L’EXCEPTION CULTURELLE
EST-ELLE
La révolution culturelle aura-t-elle lieu ? Mission Lescure, rapport du
Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA), rapport sur
la fiscalité du numérique… Ce qui est cette fois en jeu, c’est une définition
de l’exception culturelle qui soit à la page de la révolution numérique.
Dossier coordonné par Reynald Fléchaux, avec Serge Escalé, Philippe Richard et Rémi Sorel
ÉDITO
MAÇONS OU ARCHITECTES ?
© D. PERALDI
P
arviendrons-nous à restaurer un cadre réglementaire francofrançais protégeant nos industries culturelles, à l’heure de
la généralisation du numérique ? Poser la question en ces
termes, c’est malheureusement y répondre déjà un peu. La préservation de l’exception culturelle française, visant à financer la
création hexagonale, fait l’unanimité. Mais la montée en puissance
d’acteurs mondiaux qui ont construit leur succès en faisant irruption
sur de nouveaux marchés (la musique, le livre, le cinéma) avec des
modèles de rupture rend tout bricolage réglementaire hexagonohexagonal au mieux relativement inefficace, au pire contre-productif car pénalisant avant tout les entreprises locales. La gymnastique fiscale des Google, Apple et autres Amazon qui se jouent des
frontières – un sujet aujourd’hui pris au sérieux par les plus grandes
économies mondiales – a clairement montré la capacité de ces
acteurs à exploiter les écarts entre les réglementations nationales.
C’est avec cette toile de fond en tête que le pays doit dessiner les
plans d’une exception culturelle adaptée à la culture numérique, et
non pas tenter de replâtrer un édifice déjà par trop lézardé.
REYNALD FLÉCHAUX
Rédacteur en chef
Sommaire
25. Usages : la culture enfin démocratisée
27. E
xception culturelle française : stop ou encore ?
29. D
es p’tites taxes, des p’tites taxes, encore des p’tites taxes !
30. Une industrie dont le disque est rayé
24
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
USAGES :
LA CULTURE ENFIN
DÉMOCRATISÉE…
Un catalogue immense, disponible à tout
moment, depuis n’importe où. En inventant de
nouveaux usages, le numérique a favorisé l’accès
à la culture. Mais aussi profondément déstabilisé
un secteur déboussolé par la rapide mutation
des chaînes de valeur.
P
ar ses caractéristiques intrinsèques, le numérique remodèle
les industries culturelles. Et leur économie. Comme l’explique
Pierre-Jean Benghozi, professeur à l’école Polytechnique, « l’importance des transformations liées au numérique, notamment
dans le secteur des industries culturelles, découle du caractère
spécifique des technologies de l’information. Les infrastructures
sont renouvelées et déterminent en retour les activités des
agents. Les capacités de traitement et de production d’informations explosent et l’interconnexion d’un réseau mondial permet un accès à distance aux œuvres inédit ! ». Avec Amazon,
i-Tunes, Deezer, etc., le public a désormais accès à un catalogue
très important pour quelques euros par mois. Une hyper offre.
Partout, à tout moment... L’expérience culturelle moderne est
basée sur l’immédiateté, l’ubiquité, l’élasticité, l’interactivité. En
conséquence, la valeur n’est plus dans la possession d’un objet
(disque, DVD, etc.), mais dans l’accès aux contenus.
L’une des conséquences fondamentales – et trop souvent
oubliée – de cette révolution des usages, c’est l’accès à la
culture. Un accès qui s’est considérablement élargi ces quinze
dernières années. « En devenant numérique, précise Oliver
Donnat, chargé de recherche au ministère de la Culture et
auteur d’un livre sur les pratiques culturelles des Français à
l’ère du numérique, la musique a par exemple encore gagné en
accessibilité : les nouvelles possibilités de stockage, d’échange
ou de transfert d’un support à l’autre ainsi que la multiplication
des supports d’écoute ont favorisé une certaine ”musicalisation” de la vie quotidienne, permettant à une partie importante
de la population jeune de vivre dans un bain musical plus ou
moins permanent. »
Autre conséquence tangible de l’innovation des industries du
numérique : la création et la diffusion artistiques sont en nette
hausse dans le cadre du temps libre. Logiciels de création et
solutions de partage sont entrés dans les foyers. Les changements ont ainsi été particulièrement spectaculaires dans le cas
de la musique, de la photographie ou de la vidéo. Le « do it yourself » offre la possibilité à chacun de se constituer des savoirs
d’amateur, d’auditeur, de spectateur et de lecteur dans lesquels
interactivité et échanges deviennent la norme.
ÉVOLUTIONS TECHNOLOGIQUES DE 1980 À NOS JOURS
Source : ministère de la Culture et de la Communication, 2011.
25
LE DOSSIER
21
AMATEURS ET PROS : OÙ EST LA FRONTIÈRE ?
Face à cette redéfinition des rôles et cette révolution des usages,
les piliers de la politique culturelle se trouvent désormais bien
fragilisés. Ainsi en est-il du droit d’auteur – notion apparue à l’occasion d’une innovation technologique majeure, l’imprimerie, et
dont le droit date pour l’essentiel de 1957, en France, du temps
de l’explosion du vinyle. « À l’ère numérique, explique Michel
Vivant, professeur à l’école de droit de Sciences Po, les droits
patrimoniaux sont régulièrement réinterrogés, que ce soit le droit
de reproduction, avec la question des copies techniques provisoires, ou le droit de représentation, comme l’ont montré plusieurs arrêts troublants (SAIF, affaire Google Images). Il est temps
pour notre droit de prendre en compte la réalité des usages. Le
droit est un instrument de régulation sociale qui doit être pensé
en fonction des choix et besoins de la société. »
Autre pilier qui flanche sous les vagues de ces nouveaux usages :
la chronologie des médias. Cette règle, née avec la télévision,
définit l’ordre et les délais dans lesquels les diverses exploitations d’une œuvre cinématographique peuvent intervenir et fait
reposer l’ensemble de la production sur le passage en salle.
À l’heure de l’immédiateté et de l’ubiquité, n’est-elle pas, bien
malgré elle, un fantastique catalyseur pour le piratage et un vrai
handicap pour des œuvres qui pourraient connaître un beau succès en ligne ?
FAIRE PAYER LES CONTENUS :
LE FORFAIT COMME PLANCHE DE SALUT
Résoudre l’équation d’une juste rétribution des auteurs, éditeurs et hébergeurs tout en garantissant à la fois la qualité
de la production culturelle et son accessibilité ne se fera pas
contre le public. « Tous ceux qui ont cherché à lutter contre le
piratage par la répression depuis quinze ans ont fait la même
erreur, s’emporte Guillaume Champeau, du site d’infos spécialisé Numerama. Ils pensent que le piratage naît de l’offre de
contenus piratés, alors qu’il naît de la demande ! »
26
(source : Apple).
4
milliards
de vidéos vues
tous les jours
sur Youtube
(source : Google).
© DragoArt.com
« On assiste à une transformation des chaînes de valeurs,
explique Pierre-Jean Benghozi. En ligne, chaque acteur est plus
ou moins capable de tenir tous les rôles, ce qui engendre une
concurrence inédite, de nature verticale, par exemple entre un
artiste et son distributeur. De même, la frontière entre artistes
amateurs et professionnels devient poreuse, une évolution qui
touche durement certains professionnels. »
millions
de chansons vendues tous les jours sur Itunes
Dans cette perspective, une offre légale abordable et de bonne
qualité, c’est-à-dire qui soit capable de rivaliser avec l’attractivité de l’expérience utilisateur proposée par l’offre illégale,
semble la meilleure des garanties.
Pour le professeur Pierre-Jean Benghozi, « sans forfaitisation,
point de salut ! La disposition à payer pour les contenus a beaucoup baissé. Une forfaitisation, au prix d’entrée faible, aurait
l’avantage d’élargir considérablement l’assiette de la collecte,
et donc d’accroître les revenus des artistes. Encore faudra-t-il se
donner les moyens de contrôler les sociétés de gestion collective
et la répartition. Mais il faut voir plus loin... Je déplore pour ma
part l’incapacité dramatique des industries culturelles à la R&D :
les grandes innovations de la culture (iPod, liseuses, etc.) ne
viennent jamais de son sein ! ».
Un soutien beaucoup plus fort des pouvoirs publics à la
recherche et au développement dans les industries culturelles
constituerait donc une autre partie de la solution. Car, qu’on
le veuille ou non, la culture fait désormais partie intégrante du
monde économique. Et l’exception culturelle doit aussi pouvoir
s’appuyer sur une politique industrielle de qualité.
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
USAGES : LA CULTURE ENFIN DÉMOCRATISÉE
EXCEPTION CULTURELLE FRANÇAISE :
STOP OU ENCORE ?
L’exception culturelle défendue par la France doit impérativement s’adapter à la numérisation du cinéma mais aussi du livre, de la musique et de la
presse. Tour d’horizon des solutions envisagées.
L
a culture n’est pas une marchandise comme une autre. »
Cette fameuse déclaration de Jacques Delors en 1989,
reprise ensuite par les dirigeants politiques hexagonaux tous
bords confondus, résume bien la position de la France face à
la spécificité qu’elle revendique en matière culturelle. Cette
exception culturelle qui a muté en « diversité culturelle » au
niveau européen, se traduit en France par un système très élaboré de régulation et de soutien à la création, à la production
et à la diffusion des œuvres culturelles.
«
Le financement du cinéma, assuré par le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée) à hauteur de 750 millions
d’euros en 2011, a permis à la France d’être le leader du cinéma
européen, avec la sortie de 230 films par an pour un investissement de 1,4 milliard d’euros. Les chaînes de télévision nationales contribuent pour un tiers au budget du CNC. Du côté du
livre, la régulation s’articule autour de la loi Lang sur le prix
unique du livre, adoptée malgré les réserves de la Commission
européenne. La musique et la chanson bénéficient, sous l’égide
du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel), d’un accord entre
les éditeurs et les radios musicales prévoyant la diffusion d’un
minimum de 40 % de chansons françaises à des heures d’écoute
convenables. Des règles souvent contournées par les stations
qui jouent sur la durée d’un titre diffusé.
Outre qu’il suscite beaucoup d’interrogations de la part des
autres pays de l’UE, ce cadre protecteur, bâti au fil des ans,
doit impérativement s’adapter à la généralisation du numérique. Un enjeu complexe, car il faut tenir compte des pressions
de l’industrie culturelle, de la position de la Commission européenne, de la juste rémunération des créateurs, sans oublier,
bien entendu, l’intérêt du public. Si la défense du droit d’auteur
est partagée par de nombreux pays européens, la vision d’une
culture nationale protégée par l’État n’est appliquée, sous
cette forme, que sur le sol français.
C’est à cette adaptation de l’exception culturelle à la française
qu’est chargé de réfléchir Pierre Lescure, l’ex-PDG de Canal +,
qui doit formuler des propositions dans le cadre de la mission
culture-Acte 2 qu’il dirige. Dans son bilan d’étape du 6 décembre
(les conclusions sont attendues fin mars), la mission Lescure
dresse un constat évocateur des brutales mutations en cours.
SECTEURS EN CRISE
Ainsi, le livre numérique n’a pas encore décollé. Dans le cinéma
et l’audiovisuel, l’offre en ligne de VàD (vidéo à la demande) est
variée, avec 70 plateformes, mais les exclusivités attribuées à
quelques-unes d’entre elles nuisent à la cohérence et il n’existe
pas de système efficace de référencement. D’où la difficulté pour
l’internaute à trouver une vidéo. Quand à la vidéo à la demande
par abonnement (SVàD), elle est abordable, avec des prix allant
de 5 à 10 euros par mois, mais les titres, vieux de trois ans, ne
suscitent pas un grand intérêt de la part du public. En cause, la
chronologie des medias qui oblige à une parution différée des
contenus audiovisuels selon leur nature. L’arrivée prochaine de
Netflix et d’Amazon devrait rebattre les cartes sur ce créneau.
DÉPENSE DES MÉNAGES EN PROGRAMMES AUDIOVISUELS
ENTRE 2007 ET 2011 (EN MILLIONS D’EUROS)
CATÉGORIE
2007
2008
2009
2010
2011
Vidéo physique
1 543
1 414
1 406
1 402
1 267
Vidéo à la demande
9
31
44
51
77
Total
1 572
1 468
1 503
1 554
1 487
Part de marché de la VOD
2%
4%
6%
10 %
15 %
Source : Baromètre CNC.
27
LE DOSSIER
Dans le secteur de la musique, l’offre en ligne est bien plus riche
et plus aboutie : sept plateformes parmi les 40 existantes proposent 15 millions de titres à un prix unitaire de 1 euro environ.
Cependant, les formats propriétaires, comme iTunes, verrouillent
le marché. Le bilan 2012 publié par le SNEP (Syndicat national
de l’édition phonographique) indique malgré tout un repli de 5 %
du marché pris dans son ensemble, à 590 millions d’euros. Et
ce, malgré la légère augmentation des ventes en ligne. Dans le
secteur, l’optimisme n’est pas de mise ; la fermeture annoncée
des magasins Virgin n’étant pas de nature à redonner le moral à
une industrie qui encaisse les coups, année après année.
VENTES DE LA MUSIQUE ENREGISTRÉE ENTRE 2004 ET 2011
(EN MILLIONS D’EUROS)
CATÉGORIE
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
Ventes
physiques
953
935
819
662
530
512
466
412
Ventes
numériques
9
31
44
51
77
77
88
111
Part du
marché
numérique
1%
3%
5%
6%
15 %
15 %
19 %
27 %
L’APRÈS-HADOPI
Face à ces difficultés, les industriels sont prompts à pointer
le poids du piratage. Un phénomène que la France a tenté de
juguler, via la très répressive loi Hadopi. Très répressive, mais
difficilement applicable. La mesure la plus contestée de cette
loi , la déconnexion de l’internaute en cas de téléchargement
illégal, va d’ailleurs être supprimée. Plutôt que stigmatiser les
consommateurs, Pierre Lescure affirme qu’il vaut mieux « responsabiliser les hébergeurs en les obligeant à retirer promptement les contenus illicites, déréférencer l’offre illégale et assécher les sources de revenus des sites contrefaisants ».
Au-delà de ces ajustements, Bernard Stiegler, philosophe,
directeur de l’Institut de recherche et d’innovation (IRI) au
centre Georges-Pompidou et membre du Conseil national du
numérique, pointe la nécessité de solutions novatrices à long
terme : « Le vrai problème est de savoir ce que feront les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs dans cinq, dix ou vingt ans.
Il faut penser et préparer un changement industriel global. La
mission Lescure doit donc définir une méthode pour passer d’un
état de fait qui disparaît à un autre qui émerge. Si son rôle était
d’encourager un corps malade à s’enferrer dans ce qui est la
cause même de sa maladie, elle ferait fausse route… »
Car, comme l’a montré l’exemple du logiciel, les géants du Net
que sont Apple, Google et Amazon savent très bien échapper
aux législations nationales sans pour autant renoncer à l’expansion de leurs activités. C’est tout le défi que doit relever la
France et, au-delà, l’Europe.
CHRONOLOGIE DES MÉDIAS : UN CADRE STRICT POUR LA DIFFUSION DES FILMS ET VIDÉOS
Sortie nationale
en salle
4 MOIS(1)
9 MOIS 10 MOIS 12 MOIS(2)
22 MOIS 24 MOIS 30 MOIS 36 MOIS
48 MOIS
VàD payante à l’acte
et vente ou location
de vidéo
Service de cinéma
pour la première
fenêtre de diffusion
Service de cinéma
pour la deuxième
fenêtre de diffusion
Services de télévision
en clair et services de
télévision payants autres
que ceux de cinéma
en présence d’accords
dans les autres cas
en présence d’accords avec les organisations professionnelles
dans les autres cas
lorsque le service applique des engagements de coproduction de 3,2 %
minimum de son chiffre d’affaires (y compris part antenne)
dans les autres cas
services avec obligations de coproduction
services coproducteurs
dans les autres cas
VàD par abonnement
VàD à titre gratuit
Ancienne réglementation
Accord du 6 juillet 2009
(1) Possibilité de dérogation à 4 semaines minimum.
(2) Possibilité de dérogation à 6 mois.
Source : csa.fr
LA CULTURE CHANGE DE BUSINESS MODEL… MAIS SI !
DIx dollars par mois : c’est le montant que les internautes seraient prêt à payer pour une licence globale, selon une étude
récente de l’université de Columbia. Mais c’est en fait déjà ce que payent les abonnés de Deezer et Spotify pour accéder en
illimité à leur catalogue de streaming audio. Ne pouvant entrer par la porte, la licence globale serait-elle en train d’entrer
par la fenêtre ? Ce qui est certain, c’est que les usages ont changé et que, aujourd’hui, la musique numérique se rémunère
bien sur la base d’un abonnement souscrit ou… de la publicité. Les négociations entre les plateformes de streaming audio ou
vidéo (Dailymotion, Youtube) et les sociétés de gestion de droits (SACD, Sacem) sont donc toujours âpres. En cause, notamment, le fait qu’en France, sur les 125 millions d’euros issus de la musique numérique en 2012, la musique gratuite financée
ne représente que 17 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit 14 % du total. Mais si la chanson Gangnam Style du chanteur
sud-coréen Psy, visionnée plus d’un milliard de fois, n’a généré que 8 millions de dollars de recettes publicitaires dans le
monde, elle a en revanche permis de faire de l’artiste une star mondiale, et donc de décupler ses revenus afférents. Difficile
d’apprécier dans ces nouveaux usages la valeur, pourtant bien réelle, que la viralité du gratuit est en droit de revendiquer.
28
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
DES P’TITES TAXES, DES P’TITES TAXES,
ENCORE DES P’TITES TAXES !
La France, avec 13 taxes et 47 mesures incitatives, est le pays qui fait appel
au plus grand nombre de mesures fiscales pour soutenir ses industries
culturelles. La diffusion télévisée est le secteur le plus touché.
O
n dénombre environ une trentaine de sociétés chargées de
la gestion collective des différents droits (des auteurs, interprètes, producteurs, éditeurs...). Les plus connues, la Sacem,
la SACD, la SCAM, ont même créé une société commune : la
Société pour l’administration du droit de reproduction mécanique
(SDRM) pour la gestion des droits des œuvres utilisées dans des
disques, CD-ROM, films, etc. Malgré la crise, le rapport 2012 de la
Commission permanente de contrôle des sociétés de perception
et de répartition des droits constate une augmentation sensible
des perceptions primaires (droits perçus principalement auprès
des diffuseurs au bénéfice des artistes, producteurs et éditeurs) :
+ 52 % entre 2000 et 2010, tandis que les sommes affectées aux
ayants droit progressaient de presque 62 % sur la même période.
Cet étonnant constat s’explique par le fait que certaines sociétés
ont bénéficié de droits audiovisuels en croissance, d’une renégociation de leurs contrats et de la simplification de la perception.
Principaux bénéficiaires : la Sacem et la SACD. La première a collecté environ 820 millions d’euros en 2011, contre 672 millions
en 2002. Elle a perçu notamment 18,3 millions de droits pour
le secteur Internet-multimédia en 2011, soit une progression de
178 % par rapport à 2010 (6,6 millions d’euros). Internet représente désormais 2,2 % de ses perceptions globales. Les perceptions totales de la SACD sont passées de 179,6 millions d’euros en
2008 à 219,7 en 2010, soit une progression de 22,4 %.
LA FRANCE CRÉATRICE... DE TAXES
Nombre de taxes en France par domaine
Télévision : 13
Cinéma : 6
Musique : 5
Presse, édition : 4
Spectacles : 4
Radio : 3
En Europe, la France est le pays qui a le plus de taxes « culturelles ». Il y en a une seule outre-Rhin (TV), au Royaume-Uni (TV-Radio)
et en Espagne (export des produits culturels). En revanche, il y en a 9 en Grèce.
Source : « The Ernst & Young International Survey on Tax Policies in the Cultural Sector », 2011.
en
de droits
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29
LE DOSSIER
UNE INDUSTRIE DONT LE DISQUE EST RAYÉ
La révolution numérique a accéléré la mondialisation et l’intensification des
échanges de biens culturels. Pourtant, la France peine à créer des géants.
Seuls quelques acteurs résistent aux poids lourds américains.
L
es principaux services de diffusion des œuvres dématérialisables (musique, vidéo, livre électronique) sont essentiellement contrôlés par des groupes nord-américains : Apple-iTunes
(117 milliards de dollars de cash), Amazon (5 milliards), GoogleYoutube (61 milliards) ou Netflix (chiffre d’affaires de 3,2 milliards de dollars)... Quelques trublions gaulois, comme Deezer
(qui a réalisé en octobre 2012 la plus grosse levée de fonds pour
une start-up française, avec 100 millions d’euros) et Dailymotion
(deuxième site mondial de vidéos en ligne), leur tiennent tête.
Mais seuls des géants peuvent réellement contrer des géants.
C’est du moins l’opinion de Bernard Miyet. Dans une tribune
publiée en juillet 2012, l’ancien secrétaire général adjoint des
Nations-Unies et ex-président de la Sacem, cite Vivendi et
Bertelsmann : « Ce sont les seuls groupes majeurs à avoir la
capacité économique de rivaliser avec des grandes sociétés
anglo-saxonnes ou asiatiques. Eux seuls permettent d’offrir à
nos artistes, partout en Europe, la possibilité d’exister et de
trouver un rayonnement international. »
Car l’évolution des attentes des internautes implique de
consentir d’importants investissements. Une étude de Bain
and Company, cabinet international de conseils en stratégie et
management d’entreprise, effectuée auprès de 6 000 consommateurs, fait ressortir cinq tendances de fond auxquelles
l’offre doit s’adapter : abondance, personnalisation, agrégation de multiples sources donnant naissance à des « carrefours
d’usage » et rôle de la communauté. Selon le magazine The
Economist, Amazon a d’ailleurs réalisé, en 2011, plus de 30 %
de ses ventes au travers de son moteur de recommandations
personnalisées.
DES SECTEURS ATOMISÉS
Autant de défis difficiles à relever pour le secteur français des
biens culturels dématérialisés. Comme l’économie nationale,
celui-ci est pénalisé par des obstacles structurels, culturels et fiscaux. C’est notamment le cas dans le jeu vidéo, qui est le premier
bien culturel en France, avec 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires estimé en 2012 (contre 617 millions d’euros pour la musique,
1,2 milliard pour la vidéo et 1,3 milliard pour le cinéma).
Or ce secteur, représentant plus de 5 000 emplois directs, est
aussi très atomisé. Presque la moitié des entreprises comptent
moins de dix salariés. Même si la France est un pays précurseur
en matière de création de jeux vidéo, les leaders nationaux ayant
une forte présence à l’étranger sont très rares. Seuls Gameloft et
Ubisoft sortent du lot. Le premier réalise environ un tiers de ses
revenus aux États-Unis et 22 % dans la zone Asie-Pacifique, tandis
que le second s’appuie sur une vingtaine de studios répartis dans
le monde. Acquérir une dimension internationale est pourtant
indispensable, car la France ne représente que 5 à 7 % du marché
global, rappelle le SNJV (Syndicat national du jeu vidéo) dans son
livre blanc « Éléments clés du jeu vidéo en France en 2012 ».
Mais l’intégration d’une dimension internationale n’est pas
encore généralisée dans l’opinion des patrons français.
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30
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
LA VALEUR : RIEN NE SE PERD, RIEN NE SE CRÉE, TOUT SE TRANSFO
RME…
L’expression « transfert de valeur » a fait florès, ces derniers temps, pour
désigner la
« captation de valeur » à laquelle se livreraient les acteurs du numérique,
en particulier
au détriment des industries culturelles. Derrière la question du transfert
de la valeur se pose
en réalité celle de la transformation de la valeur et du partage qui en résulte
entre une
économie classiquement transactionnelle et une économie qui ressort souvent
– mais non
exclusivement – de la gratuité. Il est donc erroné de parler de « transfert
de valeur ».
Les usages ne sont plus du tout les mêmes aujourd’hui, et la valeur des biens
considérés a
également changé. Les chaînes de valeur sont en train de se reconstituer
et la question du
partage de la valeur se pose, comme dans toute problématique de distributi
on. Il faut donc
considérer avec attention que, pour les usagers, la mobilité, la flexibilité
ou encore
le partage sont devenus désormais des valeurs essentielles qui vont parfois
au-delà de
la propriété des biens… Les acteurs du numériques sont ceux qui peuvent
conférer
cette nouvelle « valeur » aux biens.
Source : « Fiscalité du numérique. Poursuivre un objectif d’équité sans instaurer
2
de régime d’exception », Afdel 2013.
millions
d’e-books achetés en France en 2012
(source : GfK).
Beaucoup d’entreprises tricolores ayant réussi dans l’Hexagone n’ont pas reproduit ce succès à l’étranger. « La situation
commence à évoluer dans le bon sens avec l’arrivée d’une nouvelle génération d’entrepreneurs qui pensent à l’international
dès leur business model, explique Arnaud Leurent, directeur
du développement international du groupe Global Approach
Consulting (GAC). Le développement à l’étranger est pourtant
très important. Il permet d’accélérer son innovation et ses parts
de marché, car l’entreprise se trouve confrontée à des environnements parfois différents en termes d’usage, ou plus compétitifs, voire à d’autres comportements d’achat. »
L’INNOVATION, CLÉ DU SUCCÈS
Reste l’aspect fiscal. De nombreux spécialistes et entrepreneurs
estiment qu’il est urgent de mettre en place des règles fiscales et
des dispositions légales et réglementaires qui ne désavantagent
pas les acteurs européens par rapport à leurs homologues américains. Mais la baisse des charges et la flexibilité ne suffiront
pas à relancer la compétitivité de l’économie française qui doit
être plus ouverte au monde et à ses changements pour pouvoir
se développer. L’innovation et l’adaptation à des marchés en
perpétuelle évolution sont essentielles. « Tous les matins, nous
MODÈLES ÉCONOMIQUES :
ENFIN DU NEUF
L’évolution des comportements d’achat
des consommateurs et la baisse des aides
publiques et privées obligent le secteur
à étudier des modes de financement
alternatifs.
avons des dizaines d’idées de développement pour améliorer
notre offre. Pour y parvenir, il faut libérer l’innovation autour de
la musique. Cela passe par l’ouverture de notre système technique aux développeurs. Ils travaillent sur des nouveaux services et des options », explique Axel Dauchez, PDG de Deezer.
Des mécanismes déjà utilisés, avec succès, dans le logiciel. Et
faut-il rappeler que c’est de la Silicon Valley que proviennent les
principales innovations qui ont bouleversé les industries culturelles, au cours de ces dix dernières années ?
Pour Bernard Stiegler, philosophe et directeur de l’Institut de
recherche et d’innovation (IRI) au centre Georges-Pompidou,
le problème ne se limite pas au volet industriel, mais trouve
ses racines dans la faiblesse de la recherche française sur ces
sujets : « Il faut financer dans tous les domaines concernés des
thèses universitaires, afin de constituer une intelligence nationale du numérique, qui fait actuellement totalement défaut. » En
privilégiant, explique-t-il, une recherche tournée vers l’action et
ouverte aux pratiques contributives. « Beaucoup d’enseignants
et de chercheurs dans toutes les disciplines sont prêts à se saisir pleinement des possibilités inouïes du numérique, mais ils
attendent pour cela une démarche sérieuse et rationnelle, et
non un bricolage institutionnel. »
C’est la voie qu’explorent notamment les plateformes de financement participatif (ou
crowdfunding). Après la musique et l’audiovisuel, elles s’intéressent maintenant à la BD,
aux jeux vidéo ou au design. Dans l’Hexagone, la trentaine de sites de crowdfunding
(sur 450 dans le monde) aurait financé quelque 15 000 projets pour plus de 6 millions
d’euros, depuis 2008.
Autre source de revenus, les offres en bundle qui constituent une stratégie marketing
et de diversification de plus en plus développée dans le secteur culturel. Cette solution
a été retenue notamment par Universal Music avec des partenariats notables, comme
Peugeot Music ou encore le forfait Universal Mobile développé avec Bouygues Télécom.
Les bénéfices recherchés résident avant tout dans le recrutement de consommateurs sur
certains segments et l’augmentation des ventes à plus ou moins long terme. « L’analyse
de la stratégie de développement d’offres en bundle nous a permis de montrer que si les
bundles représentent une alternative de financement modeste, leurs bénéfices ne sont
pas seulement financiers, mais aussi promotionnels et marketing avec la fidélisation du
public », peut-on lire dans une enquête menée par des étudiants de l’Essec, à l’occasion
du forum d’Avignon.
Enfin, il y a l’émergence du modèle économique basé sur le paiement à l’acte. Dans
le domaine du jeu vidéo, il pourrait bouleverser la façon de produire et de vendre des
titres, mais aussi la nature des relations avec les joueurs qui deviennent véritablement
acteurs de leur expérience interactive. La fragilité de ce modèle ? Il s’appuie entièrement
sur l’engagement payant des clients (avec des montants faibles) et nécessite d’attirer
sans cesse un très grand nombre de joueurs.
31
UN BUSINESS MODEL À LA LOUPE
PUBLICITÉ
COMPORTEMENTALE :
« MAIS SI, REPRENDS
UN COOKIE... »
Pour optimiser leurs campagnes publicitaires,
les annonceurs et les régies s’appuient sur une
analyse de plus en plus fine du comportement
des internautes.
par Philippe Richard
Qu’est-ce que le terme recouvre ?
Seuls 16 % des internautes cliquent sur
les publicités, et 8 % d’entre eux représentent 85 % des clics : même si elle date
de 2009, cette étude de Comscore révèle
les limites des bannières publicitaires
standard. La publicité comportementale
vise à optimiser les annonces grâce à la
personnalisation d’une bannière diffusée
selon le comportement des utilisateurs
d’un réseau (Internet, TV interactive, téléphonie mobile, etc.).
Pour fonctionner, elle s’appuie sur les
cookies, de petits programmes s’immisçant dans la mémoire des navigateurs
Web afin de suivre le parcours des internautes. En accumulant des données sur
ceux-ci, les régies peuvent en déduire
leurs principaux centres d’intérêt et
projets. Par exemple, un algorithme estimera probable que tel internaute sera en
phase d’achat d’une voiture si un cookie a
détecté une recherche sur un crédit auto
ou un clic récent sur une annonce pour un
véhicule.
Quels sont les différentes techniques de
publicité comportementale ?
Il existe cinq grandes familles de publicité ciblée : Target Discovery, Extended
Reach, Lifestage Targeting, Retargeting
et la publicité à ciblage comportemental. Mais la plus courante consiste, pour
une régie publicitaire, à suivre les déplacements d’un internaute à travers tous
les sites dont elle gère les annonceurs.
Chaque régie a développé ses propres
outils pour affiner son analyse.
en avance sur son temps, elle n’a pas
rencontré le succès espéré. Cette technique a commencé à se généraliser
en 2007, avec des offres lancées par
Facebook, MySpace et Yahoo notamment.
Comment fonctionne son modèle économique ?
Les réseaux sociaux et les moteurs de
recherche transmettent les informations
récupérées grâce aux cookies à leur
propre régie.
Moyennant finances, les annonceurs
peuvent piocher dans ces données
ciblées. Pour une agence comme Criteo,
le modèle est plus complexe et repose
sur un système d’enchères proche de
celui employé par Google pour son offre
de mots-clés.
Criteo achète sur des plateformes ad
exchange (bourses d’échange automatisées qui mettent en relation acheteurs
et vendeurs de publicité sur Internet) de
l’espace publicitaire au CPM (coût pour
mille bannières affichées), qu’il revend
ensuite à des annonceurs mais, cette fois,
selon un modèle au CPC (coût par clic).
Comme les campagnes de retargeting
présentent des taux de transformation
plus importants que la moyenne (grâce à
des bannières personnalisées en temps
réel), la marge, c’est-à-dire la différence
entre le CPC et le CPM, peut varier entre
30 et 70 %. De plus en plus d’annonceurs
reprochent à ces sociétés spécialisées
dans le ciblage publicitaire un manque de
transparence sur leurs marges.
Connait-il des évolutions ?
Qui sont les pionniers ?
Le ciblage comportemental a été
« inventé » aux États-Unis par la société
Engage, à la fin des années 1990. Trop
32
L’utilisation de plus en plus courante
du smartphone pour faire des achats en
ligne devrait permettre aux régies d’affiner encore leurs bases de données de
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
1
Français
sur 2
apprécie les
publicités
utiles et bien
ciblées.
© Isabelle Bonjean
DEUX BUSINESS MODELS
À LA LOUPE
CRITEO
Un taux de croissance de 202 100 % sur cinq ans !
Créée en 2005, la société française Criteo est certainement le plus beau succès récent du logiciel
hexagonal. Son secret ? L’innovation, grâce à ses
320 ingénieurs (sur un total de 800 personnes)
regroupés dans un centre de R&D de 10 000
mètres carrés à Paris. « L’innovation est au cœur
de notre vision. Nous comptons poursuivre dans
cette voie et continuer à participer à la mutation
du secteur de la publicité en ligne », insiste JeanBaptiste Rudelle, PDG et cofondateur de Criteo.
En cinq ans, la société est devenue leader mondial de son secteur. Une entrée en Bourse est
envisagée.
WEBORAMA
comportement des consommateurs, car cet
appareil est véritablement personnel. Les
avancées techniques permettent l’émergence de formats plus attractifs et interactifs (interstitiel, SMS et bannières géolocalisés, pré-roll mobile, etc.).
Quel est le poids économique de ce secteur
en France ?
« Pour l’instant, le ciblage comportemental représente 10 à 15 % de l’ensemble des
ventes publicitaires sur les sites de Yahoo
France », a indiqué au quotidien Les Échos
Jean-Christophe Gombeaud, directeur planning et stratégie au sein du portail.
Quelle est la règlementation ?
La CNIL et les autorités européennes préconisent un principe de consentement exprès
(opt-in) à la collecte de données et à leur utilisation à des fins de publicité comportementale. C’est l’un des objectifs de l’ordonnance
du 24 août 2011. Elle impose non seulement
d’informer au préalable les internautes sur la
finalité des cookies et les moyens de s’y opposer, mais également de recevoir leur accord.
Scientifiques de formation et passionnés d’Internet, François Chassaing, Rodolphe Rodrigues et
Sunny Paris créent Weborama en 1998. Le leader
européen du management, de la diffusion et du
tracking des publicités ciblées sur Internet mise
sur l’internationalisation (qui représente désormais 46 % du chiffre d’affaires) de ses activités et sur son développement sur le marché de
la donnée online. C’est la raison pour laquelle
Weborama s’attaque à la Russie (marché où la
croissance du digital est la plus rapide d’Europe :
+ 35 % en 2012), en prenant 51 % du capital de la
société lnteractive Service. Pour son deuxième
axe de développement, la société a acquis, en mai
2012, Datvantage, une plateforme de collecte et
d’échange de données comportementales sur les
internautes, lancée en 2009.
33
BUSINESS 2.0
GÉRER SES FOURNISSEURS
EN RESTANT SUR UN NUAGE
Avec le rachat d’Ariba par SAP, le mouvement des applications
d’entreprise vers le cloud entre dans une nouvelle phase.
par Christophe Cayenne
L
e SRM ou Supplier Relationship Management est à la gestion des fournisseurs ce que le CRM (Customer relationship
Management) est à la gestion des relations avec les clients. Il
s’agit de permettre à une entreprise de systématiser l’ensemble
des processus impliquant des interactions avec ses fournisseurs.
Selon TechNavio, le secteur du SRM devrait connaître une croissance d’environ 8 % par an d’ici à 2015… Le SRM recouvre ainsi
la gestion des fournisseurs eux-mêmes, la gestion de leur performance, la gestion de la chaîne logistique et la gestion de la
co-innovation et des codéveloppements, etc.
fournisseurs, la mise en œuvre d’une approche d’évaluation de
leur performance et un cadre formel incitant les fournisseurs
clés à mettre l’accent sur la valeur et l’innovation. Ces fonctions
peuvent être gérées avec des outils bureautiques pour commencer, mais les plus performantes des entreprises étudiées par
Accenture ont eu rapidement recours à des solutions IT plus
adaptées. Ce qu’ont bien compris les grands noms du logiciel
spécialistes de la logistique et des ERP, qui, tous, ont investi
dans le secteur, à commencer par Oracle, SAP (rachat d’Ariba)
et JDA et ce, dès les années 2000.
DES FOURNISSEURS IMPLIQUÉS DANS LA R&D
UN PIONNIER DU SAAS
Le SRM a émergé un peu avant le milieu des années 2000 et
s’est imposé après la crise de 2008. Crise qui a conforté les
stratégies existantes de réduction des coûts et de consolidation
du nombre de fournisseurs. Mais ces stratégies ont aujourd’hui
atteint leurs limites. Il ne suffit plus de gérer ses fournisseurs en
s’assurant qu’ils livrent les bons composants au meilleur prix. De
plus en plus, les fournisseurs participent à l’écosystème d’innovation de l’entreprise en apportant leurs capacités de R&D et de
design. C’est évidemment le cas dans le domaine de l’automobile et de l’aéronautique, mais le phénomène s’étend désormais
à la grande distribution et aux services.
Pour concurrencer les nombreux spécialistes des e-achats,
les ERP ont alors développé leurs propres solutions dans le
domaine. La montée des ERP et la difficile connexion avec les
autres applications de l’entreprise ont favorisé la concentration
du marché (voir le tableau ci-dessous). On dénombre également
des solutions françaises innovantes : SynerTrade, avec plus de
225 clients dans le monde (dont 50 dans le classement Fortune
1000), ou Ivalua, qui compte aujourd’hui plus de 100 projets
déployés avec succès au sein d’entreprises de tous secteurs
d’activité. Ces applications de SRM ont été, avec le CRM et les
ressources humaines, les pionnières en matière d’applications
métier en mode On Demand en ASP puis, aujourd’hui, dans le
cloud. Ce sont encore actuellement les applications les plus utilisées en mode SaaS.
Comme l’a observé Accenture, les outils basiques pour initier une démarche SRM sont une matrice de segmentation des
8 SOLUTIONS DE GESTION DES FOURNISSEURS
ÉDITEUR
TYPE
Spécialiste
ERP
Spécialiste
Spécialiste
ERP
ERP
Spécialiste
Spécialiste
NATIONALITÉ
Italie
États-Unis
France
États-Unis
États-Unis
Allemagne
France
Inde
NOMBRE DE
CLIENTS
N.C.
Env. 160
100
6000
N.C.
730 000
225
Plus de 200
(issus d’Ariba)
Source : Afdel.
34
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
35
© Fotloia
LA PAROLE À L’INNOVATION
COCRÉATION :
QUAND LE CONSOMM’ACTEUR
DEVIENT DESIGNER
Le numérique permet déjà aux industriels de mieux comprendre
le consommateur. L’étape suivante consiste à l’impliquer dans
la conception même des produits.
Par Reynald Fléchaux
I
mpliquer les consommateurs dès les phases de conception
des produits : si l’idée n’est pas réellement nouvelle – les
premières recherches sur le design participatif en Scandinavie
remontent aux années 1970 –, le concept a pris une tout autre
dimension avec la généralisation des technologies de l’information. D’abord, ces dernières ont montré la faisabilité d’un processus de création collaboratif à grande échelle, impliquant de
nombreuses personnes disséminées sur le globe.
Surtout, réseaux sociaux et terminaux mobiles sont de plus
en plus utilisés par les consommateurs pour interpeller les
marques. Ces dernières ont donc dû accentuer leur présence sur
ces canaux pour répondre aux clients et tentent d’y mener des
actions marketing. Impliquer, via les mêmes outils, les consommateurs dans l’amélioration de leurs produits ou services, voire
dans la conception de nouveautés, apparaît comme un prolongement naturel de cette démarche. « Le digital a décuplé nos capacités à interagir avec les consommateurs eux-mêmes. Certains
de nos films publicitaires sont ainsi testés avant leur lancement
auprès de panels de quelques centaines d’internautes. Cela afin
de recueillir leurs réactions », illustre Arnaud de Lamothe, directeur marketing et communication de Citroën (voir encadré page
suivante).
Pour les industriels, les intérêts sont multiples. La démarche leur
permet non seulement d’affiner leurs produits ou services en y
introduisant des fonctions réellement attendues par les consommateurs, mais également de faire émerger des idées qui auraient
échappé à leurs équipes internes. Tout en améliorant leur image
de marque auprès des consommateurs. À la clé, la promesse de
produits ou de services mieux adaptés au marché.
Le principe du codesign peut aussi être exploité pour affiner
les études précédant les lancements de produits. Une voie
36
qu’explore notamment l’éditeur Dassault Systèmes, avec des
solutions dédiées aux industriels de la grande consommation et
aux distributeurs. « Ces entreprises sont confrontées, d’une part,
à un consommateur dont les goûts évoluent rapidement et qui
sait décoder les stratégies des marques et, d’autre part, à de très
nombreux lancements de produits mis au point avec des dizaines
d’intervenants différents », détaille Philippe Loeb, le vice-président du premier éditeur français en charge de ces deux marchés.
L’idée du spécialiste de la 3D ? Proposer des solutions de conception de packaging et
de modélisation des
devrait générer
rayons
permettant
un chiffre d’affaires de
d’impliquer directement les clients. « On
parvient ainsi à mémoriser les exigences
des consommateurs
et à vérifier qu’on y répond bien dans le processus de développement », explique Philippe Loeb, qui ajoute que les outils permettent de capitaliser sur les bonnes pratiques décelées lors
des processus de conception précédents.
Quirky
25 millions
de dollars en 2012
DES COMMUNAUTÉS DE CONCEPTEURS CONSOMMATEURS
Le créneau suscite également l’intérêt d’une poignée de startup. Aux États-Unis, la réussite la plus emblématique se nomme
Quirky. Née en 2009 à New York, cette société, créée par Ben
Kaufman, réunit 300 000 personnes intéressées par la conception de nouveaux produits. Cette communauté propose, affine
et sélectionne les meilleures idées soumises par ses membres.
Les trois meilleures idées choisies chaque semaine sont ensuite
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
D. R.
transformées en produits par les équipes de Quirky et se
retrouvent dans les rayons de partenaires distributeurs. Plus
d’un tiers du chiffre d’affaires généré est reversé aux membres
de la communauté, en fonction de leur participation à la conception du produit concerné.
Selon Ben Kaufman, Quirky devrait générer un chiffre d’affaires
de 25 millions de dollars en 2012 (contre 7 millions en 2011).
La start-up espère dépasser le cap des 100 millions en 2013,
notamment via son expansion internationale. Pour la France et
la péninsule ibérique, Quirky a ainsi noué un partenariat avec
Auchan (voir encadré ci-dessous). Sur un principe similaire, mais
en visant plutôt des produits cobrandés avec des industriels,
Nov’in, start-up française fondée par un ingénieur d’une trentaine
d’années, a vu le jour en décembre 2012.
Aux avantages précédemment cités, ces sites communautaires
en ajoutent un nouveau : ils hébergent les premiers consommateurs du produit. Comme l’explique Ben Kaufman, la production
en série ne débute que lorsque 1 000 prototypes ont été achetés
sur le site.
POUR AUCHAN, COLLER AUX BESOINS
DES CONSOMMATEURS
« La grande distribution a longtemps été un
modèle porté par les industriels, avant de
développer ses propres produits, dans les
années 1990. Le partenariat avec Quirky
nous permet de franchir une nouvelle
étape, avec des produits imaginés par les
consommateurs eux-mêmes, au plus près
de leurs besoins. » Voilà comment Flavien
Dhellemmes, directeur de la vente d’équipements d’Auchan, résume le parcours qui a
amené le groupe nordiste à s’intéresser à la
start-up new-yorkaise et à nouer avec cette
dernière un accord de partenariat exclusif
sur les six premiers mois de 2013, portant
sur tous les pays dans lesquels le distributeur est présent.
En plus de commercialiser certains produits
figurant déjà au catalogue de la start-up,
Auchan propose à ses clients d’adhérer à
une version locale de la plateforme collaborative, afin de les amener à présenter eux
aussi leurs idées.
Objectif : « Proposer en rayons, pour Noël
2013, une cinquantaine de produits conçus
par des clients de nos magasins », selon
Flavien Dhellemmes. Ou par des collaborateurs du groupe. « Au final, nous voulons
vendre dans un magasin des produits inventés par des consommateurs provenant de la
zone de chalandise », conclut-il.
CITROËN MISE SUR LE DESIGN PARTICIPATIF
Personnalisez la DS3 ! Inauguré en 2010, le concours Creative Awards de Citroën vise à
impliquer des designers externes ou de simples consommateurs dans la conception des
produits de la marque aux chevrons. Lancé en parallèle de la DS3, le concours a d’abord
mis l’accent sur la personnalisation de cette voiture, un thème qui était justement au
centre de ce modèle.
Il a récompensé, parmi 700 projets de personnalisation qui ont été déposés sur le site
du concours, un designer italien pour un modèle de toit aujourd’hui intégré à la gamme
DS3. Depuis, la marque aux chevrons a maintenu le concours. « Les Creative Awards sont
une boîte à idées pour Citroën, détaille Arnaud de Lamothe, le directeur marketing et
communication. Mais l’objectif est bien d’aller jusqu’à la réalisation du produit ou du
service imaginé par le participant. Ainsi le toit Flavio (issu de la première édition, NDLR)
est aujourd’hui l’un des toits personnalisés les plus vendus sur la DS3. Cette année,
parmi les quelque 1 000 dossiers que nous espérons recueillir, nous comptons bien développer deux ou trois applications qui seront ensuite proposées à nos clients. » Lancée
en décembre dernier, la troisième édition du concours invite en effet les participants
à imaginer des applications mobiles susceptibles de faciliter la conduite ou la vie des
automobilistes.
« Nous effectuons en interne une première sélection des dossiers sur la base des critères
suivants : originalité de l’application et pertinence pour les conducteurs ainsi que pour
Citroën », précise Marie Laloy, responsable de la stratégie digitale de la marque aux
chevrons. Quatre prix seront remis pour une dotation totale de 15 000 euros.
37
E-GOV
FACTURE ÉLECTRONIQUE :
UNE ÉTAPE CRUCIALE DANS LA TRANSITION
NUMÉRIQUE DES ENTREPRISES
La facture électronique est aujourd’hui un élément incontournable pour
soutenir et développer les entreprises. Mais, en France, la transposition
de la directive européenne a été mal engagée. Seule existe la vision,
restreinte, de la facture électronique comme levier du contrôle fiscal.
par Rémi Sorel
Q
u’il s’agisse du financement du bas de bilan, de l’amélioration de la productivité, d’un meilleur contrôle des délais de
paiement, du financement par affacturage à moindre coût ou du
pilotage fin de la trésorerie, tout concourt à favoriser la facture
électronique pour soutenir et développer l’activité quotidienne
des entreprises françaises.
En décidant de promouvoir le développement de la dématérialisation fiscale des factures, l’Union européenne l’a d’ailleurs parfaitement compris. La directive du 13 juillet 2010 tend à simplifier
les règles d’application de la facture électronique, dans l’objectif affiché de favoriser son adoption et d’en développer l’usage.
En France, la transposition de cette directive a fait l’objet d’une
loi, promulguée le 29 décembre 2012, dont les textes d’application n’ont pas encore été validés en Conseil d’État.
Or, sur le fond, le compte n’y est pas. La diffusion de l’usage de
la facture électronique suppose de définir et de mettre en œuvre
une politique bien plus volontariste et bien plus ambitieuse que
celle actuellement portée par les pouvoirs publics (direction
générale des Finances publiques – DGFiP –, direction générale
de la Compétitivité, de l’Industrie et des Services – DGCIS – et
ministère chargée des PME, de l’Innovation et de l’Économie
numérique).
RETROUVER L’ESPRIT DE LA DIRECTIVE
Pour Romain Hugot, administrateur de l’Afdel et président du
groupe de travail n° 3 du Forum national de la facture électronique, « l’impulsion nécessaire doit être donnée à la facture
électronique, afin que sa promesse de valeur soit au rendezvous et que le gouvernement réoriente les travaux engagés par
l’administration, en particulier au niveau de la transcription de
la directive européenne ». Car force est de constater que les
principes fondateurs de la directive européenne n’ont pas été
repris dans le projet de décret d’application de la loi de finances
récapitulative. À ce jour, la vision, éminemment restreinte et
38
restrictive, de la facture électronique par le contrôle fiscal est
la seule qui existe.
Cela est d’autant plus dommageable que le ministre de l’Économie et des Finances, Pierre Moscovici, a annoncé, le 6 février
dernier, un train de mesures pour améliorer la trésorerie des
PME, n’hésitant pas à affirmer que la généralisation de la facture électronique constituerait un levier significatif pour la mise
L’impulsion nécessaire
doit être donnée à la
facture électronique.
en place de ces mesures. Un mois plus tard, dans une tribune
publiée le 12 mars par le journal Les Échos, Pierre Moscovici feignait même de s’interroger sur l’opportunité de « (…) réfléchir à
une petite révolution qui serait d’engager notre pays vers une
dématérialisation totale des factures » ; concluant qu’il y avait là
« un beau chantier de modernisation de notre économie ».
De nombreux progrès sont donc à faire d’urgence. Au premier
rang desquels figurent la reconnaissance de conformité de
l’archivage électronique d’une facture originale papier, la possibilité de multiplier les formats et les formes d’archivage des
factures, la mise en place de moyens et d’outils de sécurisation des échanges économiquement viables et aisés à adopter,
l’assouplissement des contraintes liées à l’usage de l’échange
de données informatisées (EDI), la possibilité de recourir à la
voie de la piste d’audit – comme le propose la directive –, et
la création d’une domiciliation électronique des entreprises permettant de favoriser et de simplifier les échanges électroniques.
À l’évidence, l’entérinement du projet de décret dans sa forme
actuelle ferait courir un risque au développement de l’usage de
la facture électronique en France et en compromettrait durablement les avantages, pourtant reconnus par tous.
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
D. R.
CHRONIQUE JURIDIQUE
PATRIOT ACT : DES DROITS D’INVESTIGATION
STRICTEMENT ENCADRÉS
par Kami Haeri
B
eaucoup d’encre a déjà coulé sur les
risques que comporterait le Patriot
Act pour la protection des données. Le
US Patriot Act (Uniting and Strengthening
America by Providing Appropriate Tools
Required to Intercept and Obstruct
Terrorism Act) confère en effet une compétence aux autorités américaines, sous
le contrôle de leurs juridictions, afin de
prévenir et punir les actes de terrorisme
et d’espionnage aux États Unis et dans le
monde. Il faut rappeler que les dispositions
introduites dans le droit américain par le
Patriot Act s’appliquent à toute « personne
américaine » et, notamment, à toute personne morale de droit américain et à leurs
filiales. Mais il convient en outre de préciser que sont également concernées les
entreprises étrangères (notamment françaises) qui ont une filiale ou bien un lien
suffisant avec le territoire américain.
S’est donc posée en filigrane la question de
l’impact de ce texte fournissant des solutions au regard des modèles d’outsourcing
qui connaissent un développement considérable grâce aux évolutions récentes du
cloud computing. Visant la lutte contre
le terrorisme, le Patriot Act n’a pas été
conçu comme un instrument d’espionnage
économique, mais comme une adaptation
des mesures d’investigation à l’évolution
des formes de criminalité et à l’usage des
technologies de l’information par les terroristes en particulier. La désormais fameuse
section 215 du Patriot Act renforce ainsi
un dispositif existant d’investigation (FISA
orders) permettant aux agents fédéraux de
se faire communiquer par une entreprise
américaine ou sa filiale – quel que soit le
pays d’implantation – toute information
utile intéressant une enquête sur le fondement d’une ordonnance rendue ex parte
par un juge.
KAMI HAERI
AVOCAT ASSOCIÉ
AUGUST & DEBOUZY
L’éditeur de bases de données, dès lors
qu’il est soumis au droit américain, peut
donc être contraint de communiquer des
informations stockées sur ses serveurs, sur
la base d’une décision de justice prise à
l’issue d’une procédure non contradictoire.
Dans ce cas, la personne requise par les
autorités américaines ne peut informer un
tiers de l’existence d’une telle procédure,
sauf à ce que l’intervention de ce tiers soit
indispensable à l’obtention des données.
La section 215 précise enfin que l’éditeur
qui a coopéré de bonne foi ne saurait être
tenu responsable pour avoir communiqué
des informations à la demande des autorités américaines. Néanmoins, les informations ainsi recueillies ne sauraient en aucun
cas être exploitées dans une autre procédure ou dans un autre contexte que celui
circonscrit par le cadre des investigations.
La diffusion de ces informations est donc
strictement prohibée. En outre, les pouvoirs de contrôle du juge américain, qui
est au moins aussi soucieux des libertés
individuelles que le juge européen, ont été
singulièrement renforcés à l’occasion du
vote des lois autorisant la reconduction
du Patriot Act. Depuis 2006, les agents
fédéraux sont en effet tenus de motiver
leurs requêtes en exposant les indices
(probable cause) permettant, au-delà des
simples soupçons, d’attribuer une activité
criminelle à la personne qui fait l’objet de
la demande d’information.
Il convient de relever qu’en France ce
type d’informations est susceptible d’être
obtenu dans le cadre assez similaire des
réquisitions adressées par un officier de
police judiciaire sur simple autorisation du
procureur de la République. Ainsi, le périmètre des investigations permises par le
Patriot Act est sensiblement le même que
celui autorisé en France et dans de nombreux pays européens.
En définitive, il importe, afin d’éclairer les
légitimes interrogations que suscite ce
texte mais en restant loin des fantasmes
facilement instrumentalisés, de veiller
à ce que les projets de directive Police
and Criminal Justice Data Protection et
de règlement General Data Protection
Regulation s’inscrivent dans une démarche
de conciliation efficace entre le droit de la
protection des données personnelles et
l’objectif de garantie des libertés contre
les actes de terrorisme.
39
COMMUNAUTÉS
JOUEURS DE POKER :
AU-DELÀ DU BLUFF
Quelques années seulement après son explosion, le poker en ligne
fait vivre plusieurs milliers de joueurs professionnels. Et, surtout,
fédère une large communauté de passionnés.
par Romain Chabrol
N
é sous sa forme actuelle en 1999 aux États-Unis, le poker
en ligne explose véritablement au milieu des années 2000.
On découvre alors que le célèbre jeu de table n’est pas que bluff
et verres teintés : c’est aussi un jeu de stratégie où les cartes se
comptent, et un passe-temps ludique qui rassemble et fédère.
La génération élevée aux jeux vidéo s’engouffre alors sur
les « .com » d’Everest Poker ou de Winamax et va vite faire des
allers-retours entre le online et le live. La star française et actuel
numéro un mondial Bertrand Grospellier, dit « Elky », 32 ans,
était un professionnel du jeu vidéo StarCraft avant de se tourner
vers le poker en ligne, en 2006, et de conquérir en deux ans les
tables de tous les casinos du monde.
LES PROS DU RISQUE CONTRÔLÉ
Dans sa version en ligne, le poker se rend accessible à tous,
et à tout moment. Le ticket d’entrée est peu élevé... Ainsi, de
jeunes joueurs peuvent avoir accès à un nombre important de « mains », être en contact avec des plus expérimentés
et progresser très rapidement. Il y aurait, aujourd’hui, en France
quelques milliers de joueurs vivant du poker, principalement
dans sa version en ligne. Gérant leur bankroll comme un portefeuille boursier en prenant toujours des risques contrôlés, ils
sont à mille lieux de cette image du joueur compulsif qui colle à
la peau du poker pour les non-initiés.
En dépit de cette professionnalisation, la dimension sociale et
communautaire du poker reste considérable. Il existe en France
de nombreux sites d’infos et de partage. Le plus important
d’entre eux – et seul indépendant –, Clubpoker, propose comparatifs des salles en ligne ou live, fiches pédagogiques, dossiers,
lexiques, podcasts radio, forums. Il réunit une communauté de
50 000 passionnés. Dans la foulée du vote de la loi sur l’ouverture à la concurrence du secteur des jeux d’argent et de hasard
en ligne, en 2010, l’autorité veillant à son application, l’Arjel, a
agréé une quinzaine de plateformes de poker en ligne.
40
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
« La dimension sociale est très importante au poker ; on a besoin
de rencontrer d’autres joueurs et d’échanger. Ceux qui pratiquent
le poker sont avant tout des joueurs, c’est-à-dire des individus
qui aiment être en communauté autour d’une activité ludique.
Paradoxalement, la loi de régulation française de 2010 a sapé
un peu cet esprit d’échange et de solidarité. Les joueurs français
sont maintenant parqués entre eux. Avant, tout le monde était
éparpillé sur les « .com » et il y avait une solidarité française. On
partageait plus les informations... Personnellement, je préférais
jouer face à des Australiens ou à des Allemands ! »
FRANÇOIS-PHILIPPE CROUÉ, chef d’entreprise
« J’ai découvert le poker à Las Vegas, en 2005. De retour en
France, je me suis mis à jouer en ligne : on pouvait jouer, quand
on voulait, tout type de partie avec tout type d’enjeu et en gardant peut-être la tête plus froide qu’en live… C’est toujours le
cas, mais l’offre de jeu en ligne s’est bien réduite, depuis la régulation de 2010 : seules deux variantes, Omaha et Hold’em, sont
autorisées sur les « .fr », pour sept ou huit sur les « .com ». Certes,
le niveau de jeu s’est amélioré, et il y a plus de joueurs, mais on
a perdu quelque chose. »
SANDRINE PEREIRA, chef de projet dans la restauration
« Le goût du poker me vient de mon père et j’y joue depuis que
je suis petite… En 2006, lorsque j’ai su qu’on pouvait désormais
jouer avec d’autres personnes sans bouger de son canapé, j’ai
foncé. Et les gains étaient plus attrayants ! Ajoutez à cela ma
geek touch assez prononcée, je ne pouvais plus passer à côté de
mon ordinateur sans ouvrir une room… Grâce à la communauté
poker qui s’est créée, j’ai pu jouer par la suite lors de quelques
tournois : France Poker Tour, ÎIle-de-France Poker Tour, Live
Ladies dans les cercles à Paris… Mes gains me font juste continuer à particpier en finançant d’autres parties. »
TERENCE BERTAULT, directeur de tournoi au casino de Saint-Denis
(La Réunion)
LES 5 SITES LES PLUS FRÉQUENTÉS PAR LES JOUEURS
1. Pokerstars.fr : 1 900
2. Winamax.fr: 1 300
3. Partypoker.fr : 700
4. iPoker.fr : 650
5. Barrièrepoker.fr : 350
« Je joue depuis l’âge de 11 ans. J’en ai 32, aujourd’hui. J’ai commencé à jouer online : un ami m’avait montré Everest Poker et j’ai
vite été pris de passion pour ce jeu… Puis je suis parti m’installer
à la Réunion et suis tombé sur le forum Reunion Island Poker qui
m’a beaucoup apporté, aussi bien dans mon jeu que dans les
rencontres que j’ai pu y faire. Actuellement, je joue presque tous
les jours online ; je n’ai en fait pas le droit de jouer en live car je
travaille dans un casino. C’est la loi. Mais l’offre est très dense
online et on peut jouer de belles tables à toute heure. »
Selon la moyenne du nombre de joueurs qui misent
(cash players), connectés à tout moment.
Sources : Arjel, Poker Scout.
300 000 à 400 000
joueurs réguliers en France (pour 694 000
comptes actifs), dont 12 % de femmes.
41
© Fotolia
LAURENT DUMONT, cofondateur de clubpoker.net
CULTURE
NÉMO :
LES ARTS NUMÉRIQUES SUR ORBITE ?
Après quinze ans d’existence, Némo, le festival des arts numériques de la
région Ile-de-France, semble atteindre une nouvelle dimension. Touchant
désormais à tous les domaines de la création.
par Romain Chabrol
L
par le Cube d’Issy-les-Moulineaux et le Centquatre parisien...
Un festival pour tous les goûts. Dans toutes les directions.
Des têtes d’affiche de haut niveau comme Robin Fox,
Underground Resistance ou Roll the Dice. De plus de plus de
lieux partenaires : de l’Avant Seine-théatre de Colombes au
Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, en passant bien sûr
Au risque d’une certaine confusion ? La bannière « arts numériques » peut en effet sembler un peu floue. Pas facile de déceler
ce qui réunit certains musiciens contemporains ou électro et les
performeurs visuels et sonores. Le recours aux nouvelles technologies ? Mais quel est l’art qui n’est aujourd’hui pas numérique ?
Némo s’apparente donc à un pot-pourri à la pointe de la création
contemporaine. Un pot-pourri offrant de belles surprises, dont
certaines ont été véritablement plébiscitées par le public.
a 15e édition
du par
festival
NémoBellin
s’est et
déroulée,
fin 2012, sur trois
Propos
recueillis
Isabelle
Loïc Rivière
semaines. Et la 16e édition est déjà sur les rails. Au menu, un
spectre d’œuvres de plus en plus large – concerts expérimentaux et électro, installations audiovisuelles en tout genre –, loin
des premières éditions qui tournaient essentiellement autour de
l’image : infographie et cinéma expérimental.
42
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
© Daniel Karl Fidelis Fuchs
SUPERPOSITION PAR RYOJI IKEDA
Ryoji Ikeda explore la façon dont nous comprenons
la nature à l’échelle de l’atome. Une expérience sensorielle
combinant sons, images, concepts mathématiques
à partir d’instruments et d’images générées en direct
sur une multitude d’écrans.
L’ART NUMÉRIQUE EST ENTRÉ
DANS L’ART CONTEMPORAIN.
ENTRETIEN AVEC...
GILLES ALVAREZ, DIRECTEUR ARTISTIQUE DU FESTIVAL NÉMO
Quel est l’enjeu de Némo ?
Gilles Alvarez : Il s’agit du seul festival d’arts numériques orienté
vers le grand public. Les autres ne visent que les diffuseurs.
Ce festival a d’abord été un panorama de nouvelles images.
Puis les nouvelles images sont devenues les images. Elles ont
été complètement intégrées au langage du cinéma. On a donc
décidé, en 2010, de se concentrer sur les performances audiovisuelles et les installations multimédia, d’explorer les rapports
entre images et sons, de montrer des œuvres qui ne soient pas
statiques. Nous voulons inscrire celles-ci dans la sphère de l’art
contemporain ; elles en sont l’un de ses segments les plus dynamiques. Nous défendons une approche tangentielle et voulons
révéler une nouvelle catégorie de spectacle vivant.
Comment définir l’art numérique ?
G. A. : L’art numérique est celui qui utilise les nouvelles technologies et qui joue sur l’interaction. L’interaction entre les éléments artistiques (images et sons), l’interaction avec le public,
l’interaction avec l’environnement. Cette interaction est permise par les nouvelles technologies... La définition est technologique et non pas esthétique. Toutes les esthétiques peuvent
collaborer.
Ces œuvres ne sont-elles pas présentes dans les musées
d’art contemporain ?
G. A. : L’art numérique est entré dans l’art contemporain, mais
il reste de nombreux obstacles. On ne voit pas d’installations
d’arts numériques dans les musées. Il y a en effet une défiance
des collectionneurs et des institutionnels ; défiance qui tient
notamment à l’entretien des pièces des œuvres... Il faudrait
qu’elles soient vendues avec un contrat de maintenance !
Quels liens entretenez-vous avec les entreprises du secteur numérique ?
G. A. : Némo est organisé par Arcadi, l’établissement public de
coopération culturelle de la région Ile-de-France destiné au soutien de la création du spectacle vivant. Némo présente les commandes d’Arcadi via son fonds ACME (NDLR : aide la création
multimédia expérimentale), des coproductions ou des invités.
Nous ne connaissons pas le monde des entreprises. Artistes et
diffuseurs, nous serions pourtant inspirés d’aller dans le sens
d’une plus grande collaboration avec les entreprises du secteur numérique... Notre domaine nous montre justement à quel
point création artistique et innovation technologique sont liées.
LE CERCLE DE PASCAL BAUER
CITYSCAPE 2095
PAR MANDRIL ET LEGOMAN
© Yannick Jacquet
Un projet original mêlant
dessins, mapping et
projections, qui illustre le
déroulement d’une journée
dans une ville, monde imaginaire et tentaculaire.
LASER MASTER PAR ROBIN FOX
Difficile de définir l’artiste australien Robin Fox. Lui-même se présente comme « synesthésiste », de « perception simultanée » en grec, c’est-à-dire artiste associant des modalités
sensorielles différentes, en l’occurrence son et image. Il revendique l’héritage des bidouilleurs géniaux de la musique visuelle (Mary Hallock et son orgue à couleurs de 1916) et les
allers-retours entre langages musical, visuel et scientifique. D’abord musicien expérimental
travaillant à partir de vibrations et d’oscilloscopes, Robin Fox transforme aujourd’hui des
fréquences en rayons laser et fragmente ces rayons avec des fumigènes. Le résultat ? Un
show hypnotique à base de tunnels envoûtants. Le tout baigné de vibrations électro, au sens
premier du terme : on y entend véritablement l’électricité. Un geek sur Saturne.
Maître ès vibrations et fréquences, Robin Fox travaille aussi sur des projets de prothèses
auditives et de canons à son avec l’université de Melbourne.
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© Lasse Marhaug
© School Gallery / Olivier Castaing, 2012.
Une pièce monumentale composée à partir d’un appareillage
qui met un écran en mouvement sur un chariot. Sur l’écran, un
taureau noir se lance dans une course sans fin pour se libérer
du joug qui l’entrave...
CULTURE
COMMENT LE WEB CHANGE
LE MONDE
FRANCIS PISANI, DOMINIQUE PIOTET,
éditions Pearson, 328 p.
L
es évolutions en cours de l’Internet changent radicalement
la manière de s’informer, de se distraire, de se cultiver et de
travailler des deux milliards d’internautes dans le monde. A
contrario, ce sont les 77 millions de smartphones vendus chaque
année qui modifient à leur tour le web. Ce livre fait un point
indispensable sur les tendances actuelles du « www » et puise aux
meilleures sources. Des notions techniques souvent mal comprises
y sont clairement exposées. Les auteurs pointent la force des
acteurs qui animent aujourd’hui toute la partie dynamique du
web. Ils décrivent cette « alchimie des multitudes » qui permet,
par exemple, de réunir les compétences de contributeurs pour
connaître ou anticiper des phénomènes qui échappent aux
meilleurs experts. Loin de verser dans le culte béat du web, les
auteurs brossent en conclusion un tableau des enjeux à venir,
notamment la tension entre le Word Wide Web de Tim BernersLee et les réseaux sociaux tels Facebook, sans se risquer à des
prévisions hasardeuses.
Par Serge Escalé
/ La Société numérique,
/ La Cybercriminalité en mouvement,
Cahiers français n° 372,
La Documentation française, 96 p.
Éric Freyssinet,
éditions Hermès science publications, 226 p.
Ce numéro dédié à la révolution du numérique présente les
points de vue très argumentés des experts, juristes, sociologues, enseignants-chercheurs. Depuis le droit international
de l’Internet jusqu’à la transformation de l’écrit à l’heure du
numérique, en passant par le renouvellement des industries
culturelles ou les liens faibles et forts dans les réseaux sociaux.
Le lecteur y trouvera un éclairage particulièrement documenté
sur l’Internet des objets qui ouvre tout un nouveau champ de
possibles, mais pose autant de défis (droit des citoyens, confidentialité, etc.).
Contrefaçon de cartes bancaires, vol de voitures, escroquerie à
l’avance de frais, aux numéros surtaxés, au commerce en ligne :
la liste des méfaits est longue, montrant combien la cybercriminalité est devenue une délinquance puissante et très organisée. Ce livre dépeint la face noire du numérique, une face bien
connue de son auteur, chef du pôle judiciaire de la Gendarmerie
nationale. Il identifie précisément la contradiction, pour les services spécialisés, entre la nécessité de disposer d’instruments
d’investigation puissants et le respect des libertés individuelles.
/ Pris dans la Toile
L’Esprit aux temps du web,
Raffaele Simone,
collection Le Débat, éditions Gallimard, 272 p.
Après l’écriture et l’imprimerie, une troisième révolution cognitive majeure est en cours, induite par Internet et les médias
numériques. Raffaele Simone, linguiste italien, décrit dans
ce livre les transformations profondes produites par ce qu’il
appelle la « médiasphère » sur l’intelligence, nos sens, notre
relation au savoir et les rapports sociaux. Cette analyse critique
du numérique laisse cependant, à la fin du livre, l’espoir que les
formes nouvelles d’organisation d’une « démocratie numérique »
refondent le politique.
44
/ L’Attention au monde,
Sociologie des données personnelles à l’ère numérique
Emmanuel Kessous,
éditions Armand Collin, 320 p.
L’exploitation des données personnelles et la captation de
l’attention des internautes constituent les piliers centraux des
acteurs économiques de la Toile. « Vendre du temps de cerveau
disponible », comme le disait cyniquement Patrick Le Lay, alors
PDG de TF1, exige d’exploiter au mieux cette denrée rare qu’est
l’attention. L’auteur explore avec minutie les mécanismes
employés par un marketing agressif dans notre économie de
marché en voie d’être remplacée par une « économie de l’attention ». Il pointe, avec une certaine acuité, la nécessité de protéger la vie privée.
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
IDÉES
INTERNET OU LE RETOUR DE L’INSTINCT
DE COOPÉRATION
par Godefroy Dang Nguyen
P
D. R.
arler de confiance à propos d’Internet peut sembler incongru. Souvent
accusé de véhiculer les pires excès, le
réseau a toujours suscité beaucoup de
méfiance. Pourtant, il est aujourd’hui le
vecteur d’une transformation sociale qui
affecte deux milliards de personnes, celle
qui accompagne une redécouverte (ou du
moins une réactivation) de la confiance et
de la coopération.
BIO EXPRESSGODEFROY
DANG NGUYEN
Directeur scientifique de
[email protected], groupement
d’intérêt scientifique créé
en 2002 à l’initiative du
conseil régional de Bretagne
et qui fédère 11 centres
de recherche en sciences
humaines et sociales
travaillant sur les usages
des TIC. Ces centres sont
issus des quatre universités
bretonnes et de deux
grandes écoles (Télécom
Bretagne, Ensai).
Directeur scientifique adjoint
de Télécom Bretagne.
Diplômé de l’Institut d’études
politiques de Paris et
ingénieur civil des Mines.
Avec l’avènement de la société industrielle, une armature institutionnelle s’est
mise en place où la confiance n’était, en
principe, plus nécessaire dans les relations économiques. Le droit de propriété,
la liberté contractuelle, le pouvoir de
police et judiciaire de l’État en cas de
manquement aux obligations contractuelles devaient limiter le rôle de la
confiance et asseoir la coopération. La
théorie économique a construit à partir
de là une vision d’un homo economicus
égoïste et calculateur.
À l’origine, Internet ne devait pas remettre
en cause cette armature institutionnelle.
Son formidable essor, au moment de la
bulle (1996-2000), semblait ouvrir de
belles perspectives au commerce électronique. Avec l’éclatement de cette bulle,
Internet ne s’est pas effondré pour deux
raisons : les capacités de transmission ont
augmenté grâce à la diffusion de l’ADSL,
ce qui a induit des usages nouveaux, et
l’internaute a repris à son compte les
possibilités qu’offrait le Net, plutôt que
de se contenter d’un rôle de client passif.
Ce fut l’éclosion du Web 2.0.
La tradition de coopération est certes
au fondement même du Net. C’est ce
principe qui régit, depuis l’origine, c’està-dire depuis 1969, la rédaction des RFC
(requests for comments) sur la base desquelles sont élaborés les standards de
l’Internet. Ces valeurs de coopération, de
confiance et de contribution volontaire,
facilement partageables au sein d’une
communauté homogène d’informaticiens,
paraissaient toutefois difficilement transposables à monsieur Tout le Monde. Or
ce que l’on observe, c’est exactement
le contraire. Il y a Wikipedia, bien sûr,
mais aussi tous les forums d’entraide
(Doctissimo pour la santé, Auféminin.com
pour les femmes, Tripadvisor pour les
voyages, certains même à vocation commerciale), les liens sociaux virtuels tissés
sur Facebook ou les réseaux sociaux.
AVEC CES NOUVELLES FORMES
DE COOPÉRATION, L’HOMME
RETROUVE DES COMPORTEMENTS
ANCESTRAUX OCCULTÉS PAR LA
RÉVOLUTION INDUSTRIELLE.
Avec ces nouvelles formes de coopération, l’homme retrouve des comportements ancestraux – la capacité à coopérer
avec des étrangers qui ne sont membres
ni de sa famille, ni de son clan est un trait
distinctif de homo sapiens sapiens – que
la révolution industrielle avait apparemment occultés : il donne gratuitement son
temps et ses talents au service d’un « bien
commun » (il y a plusieurs centaines de
millions d’années, la chasse en commun,
aujourd’hui la production de connaissances et d’informations). Bien sûr, ses
motivations peuvent être aussi égoïstes :
par exemple, dans un engagement sur un
projet de logiciels libres, le simple goût
de résoudre un problème se double, parfois, de la volonté de se tailler une réputation (pour le petit nombre de chefs de
projet qui réussissent). Mais, en général,
la motivation des internautes est bien
cette « réciprocité forte » qu’ont identifiée
les spécialistes de l’évolution.
45
TENDANCES
LA LABORIEUSE
ADAPTATION DE
L’INDUSTRIE IT
AU CLOUD
Si le modèle du client-serveur n’a pas
tout à fait dit son dernier mot, toute
l’industrie IT projette désormais son
avenir dans l’informatique en nuage.
par Guillaume Barrières
B
ien qu’encore en gestation, l’informatique en nuage est bel
et bien l’avenir du traitement de l’information. Elle transcende le potentiel de la virtualisation, ces technologies qui
scindent les systèmes d’information en deux avec, d’un côté, les
couches logicielles et, de l’autre, les couches matérielles.
Cette scission, pour technologique qu’elle soit, a de profonds
impacts économiques. Demain, lorsque les entreprises confieront « au nuage » la plupart des traitements de leurs informations, leurs prestataires devront leur répondre en termes de
prestations de services (le fameux suffixe as-a-Service). Encore
naissants, ces business models se décrivent en effet avec une
palette d’acronymes construits sur la base XaaS (X-as-a-Service),
où le X est tour à tour l’infrastructure (IaaS), la plateforme
(PaaS, infrastructure et logiciels de base) ou le software (SaaS,
Software-as-a-Service). Dans tous les cas, les entreprises utilisatrices se cantonnent à… utiliser des ressources IT mises à disposition. Ce qui exclut de leurs sphères comptable et technique
tant la possession que l’exploitation de ces ressources.
L’informatique en nuage a ses précurseurs. Ils se nomment
Salesforce.com, fondé en 1999, pour le SaaS et Amazon Web
Services, créé en 2006, pour l’IaaS. Ces deux acteurs ont rapidement étendu leur offre sur le PaaS. Google fait également office
de pionnier en proposant des services de SaaS, Paas et IaaS. Ces
entreprises font encore la course en tête, mais les grands noms
de l’informatique œuvrent à leur mutation. Pour eux, le défi est
de ne pas lâcher la proie pour l’ombre. Autrement dit, d’éviter de
sacrifier leur base installée, leurs parts de marché et les revenus
associés à la nécessité de s’adapter à l’informatique en nuage.
réalisée par Deloitte, a calculé que l’investissement nécessaire
impose une période de transition de quatre ans. Sans appui
extérieur, des profits importants sur l’activité classique sont
donc indispensables pour financer la transition vers le SaaS.
Cegid, premier éditeur français de solutions de gestion, est un
exemple de transition réussie et revendique 75 000 utilisateurs
pour ses services SaaS, clients d’une cinquantaine de logiciels.
En 2013, l’éditeur de logiciels de gestion devrait voir les revenus
SaaS dépasser pour la première fois ses ventes traditionnelles
de logiciels sous forme de licences.
Tous les grands éditeurs ont entamé leur mutation, de plus
ou moins grande ampleur. Oracle a commencé, il y a près de
dix ans, le redéveloppement de l’ensemble de ses applications
pour les rendre disponibles en mode cloud. SAP investit également sur son infrastructure et a lancé un ERP en SaaS en 2010 :
Business ByDesign.
TROIS ANNÉES MARQUÉES PAR UNE SUCCESSION D’ACQUISITIONS
2011
Octobre
Décembre
2012
Mai
RightNow (CRM) acheté par Oracle pour
1,4 milliard de dollars
SuccessFactors (RH) acheté par SAP pour
3,1 milliards
Ariba (gestion des achats) acheté par SAP
pour 4,5 milliards
Que l’on soit constructeur ou éditeur change littéralement la
donne. Le premiers est confronté à une double mutation. À celle
des datacenters en phase d’ouverture vers le cloud s’ajoute
celle induite par le recul du PC au profit des terminaux mobiles
(smartphones, tablettes). C’est dans ce contexte que Dell a
choisi de quitter la Bourse pour se réinventer hors de portée
des analystes financiers focalisés sur la rentabilité à court terme
(voir page 14). Soumis aux mêmes pressions, HP, de son côté,
tarde encore à élaborer une stratégie compréhensible.
Juillet
Xsigo Systems (optimisation des entrées/
sorties) acheté par Oracle (montant non
communiqué)
Nicira (virtualisation réseau) acheté par
VMware pour 1,26 milliard
Août
Kenexa (RH) acheté par IBM pour 1,3 milliard
Octobre
Taleo (RH) acheté par Oracle pour 1,9 milliard
Novembre
Meraki (Wi-Fi Cloud) acheté par Cisco pour
1,2 milliard
Décembre
Eloqua (décisionnel, marketing) acheté par
Oracle pour 870 millions
Pour les éditeurs traditionnels, la transformation des activités
est un véritable challenge. L’étude CDC-Afdel de Février 2013,
2013
46
Février
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
Acme Packet (VoIP) acheté par Oracle
pour 1,7 milliard
Dans un rapport d’Ernst & Young (E&Y) consacré aux fusionsacquisitions (M&A) dans les secteurs technologiques en 2012, le
logiciel arrive largement en tête, avec 35 % des 114 milliards de
dollars échangés. Ces opérations dans le logiciel sont dominées
par le SaaS, suivi par le Big Data. Sur l’année, E&Y a totalisé
250 opérations de M&A ayant trait au SaaS, pour un montant
total de plus de 5 milliards de dollars.
ORACLE ET SAP FONT DES EMPLETTES, MICROSOFT MISE SUR
SES FORCES
Afin d’accélérer leur mutation, les éditeurs procèdent par
acquisition. Ainsi, Oracle, champion de la croissance externe,
après avoir absorbé RightNow à la fin 2011, a fait l’emplette,
l’an dernier, de Taleo, d’Eloqua et de Xsigo Systems qui ont
été rejoints par Acme Packet, début février. De son côté, SAP,
S
ipartech, PME francilienne spécialiste des réseaux fibre
optique, a levé, à la fin de décembre 2012, 10 millions d’euros
auprès du fonds d’investissement Ciclad et de NJJ Capital, holding
personnelle de Xavier Niel, fondateur de l’opérateur Free-Iliad.
Sipartech déclare vouloir consacrer ces sommes à l’extension de
son réseau à l’international, à Londres et à Amsterdam, deux des
plus importantes plaques tournantes numériques européennes.
Julien Santina, dirigeant-fondateur de Sipartech, explique qu’il
reste majoritaire au capital de la société, après ce second tour de
table. L’opérateur d’infrastructure neutre revendique 500 entreprises clientes sur le réseau de plus de 500 kilomètres de fibres
qu’il a déployé et exploite sur Paris et ses deux couronnes.
après SuccessFactor acheté fin 2011, a mis la main sur Ariba. Une
moisson de spécialistes du Saas, certes, mais l’activité des deux
éditeurs repose toujours sur leurs logiciels traditionnels. Pour
SAP, convaincu de la cohabitation des deux modèles, la stratégie consiste à compléter ses offres on-premise, de manière à
offrir à ses clients un maximum d’agilité dans la construction de
leur système d’information tout en garantissant son intégration
applicative.
D’autres, comme Microsoft, comptent avant tout sur leurs
propres forces. La position du numéro un mondial du logiciel
est évidemment particulière. Avec Windows et Windows Server,
il fournit les piliers du modèle logiciel actuel. Tout en ayant un
fer au feu dans le SaaS avec Office 365, c’est avec le PaaS et le
IaaS Azure qu’il entend relever son défi majeur : accompagner
son immense base installée vers le cloud.
SIPARTECH
LÈVE 10 MILLIONS D’EUROS
Sipartech souligne la modernité de son maillage en fibre optique :
800 par fourreau, soit 432 000 kilomètres au total, 1 200 points
de raccordement, interconnexion de tous les datacenters parisiens. D’ici fin mars, la société compte ajouter à sa trentaine de
salariés une vingtaine de nouveaux venus.
On ignore comment les deux investisseurs se répartissent leur
apport de 10 millions d’euros. NJJ Capital a déjà investi 1,5 million d’euros dans Sipartech, en 2010. Fondé en 1988, Ciclad est
un fonds d’investissement spécialiste des PME innovantes pour le
compte d’investisseurs institutionnels. Il participe déjà aux destinées d’un peu plus de 120 d’entre elles, dont le chiffre d’affaires
se situe entre 10 et 200 millions d’euros.
LAGARDÈRE ACHÈTE
BILLETREDUC.COM
L
e groupe multimédia Lagardère Active achète BilletReduc.com,
site de billetterie en ligne fondé en 2002. Les Échos estiment
la transaction à sept fois le résultat opérationnel du groupe, soit
une douzaine de millions d’euros. Fort d’une quinzaine de salariés, BilletReduc se rémunère en percevant entre 5 et 10 % des
2,2 millions de billets vendus auprès d’une audience d’un million
de visiteurs par mois. Le groupe revendique un chiffre d’affaires
de 20 millions d’euros, que le quotidien économique ramène
plutôt aux environs de 5 millions d’euros. La marge, qui provient
également à 20 % de la publicité, s’établirait à 35 %.
Lagardère a racheté les titres des fondateurs Denys Chalumeau
et Amal Amar, qui avaient revendu SeLoger.com au groupe Axel
Springer il y a deux ans. BilletReduc est la deuxième opération
de croissance externe du département numérique de Lagardère
en moins de six mois. Celui-ci avait déjà acquis Leguide.com en
août 2012.
47
BOURSE
LES ÉDITEURS FRANÇAIS
FONT MIEUX QUE LE NASDAQ !
Malgré les incertitudes économiques, les éditeurs français traversent
une période faste en Bourse. Et font largement mieux que le Nasdaq.
Cela annonce-t-il enfin la prise de conscience du potentiel de l’économie
numérique de ce côté-ci de l’Atlantique ?
Par Pierre Marty, associé PwC
L
’environnement économique ne cesse de distiller ses mauvaises nouvelles, et même lorsque les craintes d’un effondrement de la zone euro semblent peut-être temporairement
s’apaiser, d’autres menaces prennent aussitôt le relais.
TOP 5
DES CAPITALISATIONS BOURSIÈRES DES ÉDITEURS DE LOGICIELS
EN MILLIONS D’EUROS
CAPITALISATION
BOURSIÈRE
FÉVRIER 2013
SOCIÉTÉ
Tandis que, donc, chacun doute, que la confiance s’étiole et
que même le Nasdaq fait du sur-place (seulement + 1,22 % de
début novembre à fin janvier), les éditeurs français affichent,
eux, en moyenne, une progression de 18 % de leur cours de
Bourse sur la période. Le secteur surperforme très largement
à la fois le CAC 40 (+ 10 %) et le Nasdaq, certes impacté fortement par la cure d’amaigrissement de la valorisation d’Apple.
Sur douze mois, les constats sont similaires : + 8 % pour le
Nasdaq, + 20 % pour le CAC 40, mais une progression moyenne
de + 29 % pour les éditeurs français ! Bien sûr, d’aucuns n’y
verront que l’amorce d’un rattrapage pour des multiples de
valorisation jugés encore bien timides par nombre d’éditeurs.
DASSAULT SYSTÈMES
10 892
AXWAY
338
CEGEDIM
294
PHARMAGEST
215
GFI
177
ÉVOLUTION DU COURS
DE BOURSE
(NOVEMBRE 2012 - FÉVRIER 2013)
TOP 10
DES CAPITALISATIONS BOURSIÈRES DES SOCIÉTÉS NUMÉRIQUES
EN MILLIONS D’EUROS
CAPITALISATION
BOURSIÈRE
FÉVRIER 2013
SOCIÉTÉ
Mais cela témoigne surtout du fait que le logiciel résiste bien
aux crises et que les perspectives du secteur restent encourageantes. Un beau message, à contre-courant du pessimisme
actuel, qui mériterait peut-être d’être mieux relayé.
FRANCE TELECOM
19 753
DASSAULT SYSTÈMES
10 892
Autre point positif, ce rebond est largement partagé. Ainsi,
presque tous les éditeurs ont vu leur cours de Bourse progresser au cours des trois derniers mois. Seuls quatre, parmi
notre panel de 30 sociétés, ont des cours orientés à la baisse.
Certaines hausses sont impressionnantes, supérieures à 25 %
sur la période pour un tiers du panel. Sur douze mois, le constat
est similaire : les deux tiers des cours sont à la hausse et, parmi
ceux-ci, six progressent de plus de 50 %.
ILIAD (FREE)
8 248
CAP GEMINI
6 134
GEMALTO
6 083
ATOS
5 040
STMICRO-ELECTRONICS
5 531
ALCATEL-LUCENT
2 580
Un très bon cru donc, porteur de confiance en l’avenir, qui,
espérons-le, favorisera la croissance de l’économie numérique
dans son sillage.
UBISOFT
755
SOPRA GROUP
735
ÉVOLUTION DU COURS
DE BOURSE
(NOVEMBRE 2012 - FÉVRIER 2013)
ÉVOLUTION DE LA MOYENNE DES COURS DE BOURSE
120
Moyenne éditeurs français cotés
CAC 40
NASDAQ
115
110
105
100
95
90
01/11/2012
48
08/11/2012
15/11/2012
22/11/2012
29/11/2012
06/12/2012
13/12/2012
20/12/2012
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
27/12/2012
03/01/2013
10/01/2013
17/01/2013
24/01/2013
31/01/2013
LES ÉCHOS DE LA VALLEY
COMMENT LES ROBOTS
VONT CRÉER DES EMPLOIS
2013 marque une nouvelle ère pour les robots. Jusqu’à présent perçus
comme destructeurs d’emploi, ils sont aujourd’hui davantage considérés
comme un facteur permettant de relocaliser les activités industrielles.
par Jean-Baptiste Su, correspondant à San Francisco
P
our rester compétitives, les entreprises industrielles ont,
au cours des dernières décennies, massivement délocalisé leur production dans des pays à la main-d’œuvre bon
marché, comme la Chine, le Vietnam ou la Thaïlande. Au final,
ce sont des centaines de milliers d’emplois détruits aux ÉtatsUnis et en Europe, pour la plupart des postes d’ouvriers plus
ou moins qualifiés, des cols bleus. Résultat : aujourd’hui, le
gros de l’électronique grand public est fabriqué en Asie, des
smartphones aux ordinateurs, en passant par les TV à écrans
plats et les dernières montres intelligentes.
« Ce qui est paradoxal, car beaucoup de ces technologies
sont inventées ici, dans les pays occidentaux », remarque Rob
Enderle. Mais pour cet analyste réputé de la Silicon Valley,
le vent a déjà commencé à tourner. « En prenant l’exemple
d’Apple, le président Obama a souligné dans son discours
d’investiture, cette année, que de plus en plus d’entreprises à
forte valeur ajoutée fabriquent leurs produits ici, comme Intel
ou Corning (Gorilla glass), et que beaucoup d’autres sont sur
le point de rapatrier leur production, pour se rapprocher des
consommateurs. » C’est là que les robots interviennent, car,
en apportant aux nouvelles unités de production un haut
niveau d’automatisation, ils permettent de se rapprocher des
coûts de fabrication constatés en Asie.
PEU IMPORTE OÙ SE TROUVENT LES USINES AUTOMATIQUES
Déjà, Apple a confirmé qu’il fabriquera certains de ses ordinateurs aux États-Unis, dans des usines entièrement automatisées. Le phénomène semble d’ailleurs planétaire. En Chine
aussi, la production de l’iPhone 5 est déjà en grande partie
robotisée et son fabriquant, le taïwanais Foxconn, a prévu
d’ouvrir ses premières usines en Amérique du Nord cette
année. « Peu importe où se trouvent ces usines automatiques,
en Asie, en Amérique ou en Europe. Le coût de l’énergie est
souvent équivalent, tout comme les salaires de personnes
qualifiées. En revanche, les fabricants y gagneront en image
de marque, et avec des frais de transport et de douanes
réduits », estime Ben Bajarin, directeur des technologies
grand public pour le cabinet d’analystes Creative Strategies.
Pour la Chine et les autres pays émergents, avec leur
immense armée de travailleurs peu qualifiés, il s’agit d’un
scénario catastrophe. « S’ils se suicidaient parce qu’ils travaillaient trop, demain ce sera à cause du chômage », prédit
Rob Enderle. Pour les pays occidentaux en revanche, c’est pain bénit :
moins de chômage, plus d’impôts, relance de la consommation, etc. Surtout que les nouveaux postes créés seront des
emplois qualifés et à forte valeur ajoutée.
Un retour aux sources pour la Silicon Valley, dont le goût
pour la fabrication et le matériel (hardware) a toujours été
prononcé. « La région est née avec le matériel, comme les
transistors, les semiconducteurs, les oscilloscopes de HP, les
disques durs d’IBM, les ordinateurs d’Apple et, maintenant,
les voitures de Tesla », rappelle Steve Bengston du cabinet
PwC.
LE MODÈLE DE PRODUCTION
ACTUEL A ATTEINT SES LIMITES.
« Si on assiste à une nouvelle vague
industrielle aux États-Unis, c’est
parce qu’on a atteint les limites du
modèle de la production de masse
par des ouvriers bon marché, en
Chine ou ailleurs, pour fabriquer
nos produits high-tech. Les premiers
signes de cet essoufflement ont été
les suicides chez Foxconn, le principal
sous-traitant d’Apple, l’emploi de
mineurs, les cadences infernales et les
conflits permanents avec les employés
exigeant à juste titre de meilleures
conditions de travail et des hausses de
salaire. C’est donc pour éviter de gérer
et d’affronter la question humaine,
mais aussi sous la pression de ses
clients, que Foxconn automatise ses
D. R.
AVIS D’EXPERT
ROB ENDERLE, ANALYSTE À ENDERLE GROUP
lignes d’assemblage, malgré le coût
prohibitif de ces robots. Une occasion,
donc, de rapatrier une partie de cette
production car, ici ou là-bas, le coût
de fonctionnement des robots est
assez proche. Ce qu’avait déjà compris
Toyota, dans les années 1980-1990,
en délocalisant ses usines japonaises
hyper robotisées aux États-Unis. »
49
TABLEAU DE BORD
///// L’essentiel de l’économie
du numérique en chiffres
Chaque trimestre, « Les Cahiers » sélectionnent les indicateurs qui font l’économie du secteur.
/ Passer au SaaS : quatre ans de transition pour un éditeur
La Caisse des dépôts et l’Afdel, en association avec les analystes
du cabinet Deloitte, ont présenté la première étude publique sur le
marché français du cloud computing, centrée sur la branche logicielle
(SaaS). Cette étude établit que l’investissement nécessaire pour un
éditeur traditionnel impose une période de transition de quatre ans.
Sans appui extérieur, des profits importants sur l’activité classique
sont donc indispensables pour financer la transition vers le SaaS.
Par ailleurs, cette étude met en exergue les domaines fonctionnels qui
présentent un potentiel d’activité SaaS important sur le long terme,
comme le jeu, la création d’expérience consommateur, la santé,
la culture, le PLM et le Big Data.
/ Tablette qui rit, PC qui pleure ?
Alors que les ventes de PC en France ont baissé de 13,6 % en 2012, selon
le Gartner Group, l’engouement pour les tablettes se confirme. Le cabinet
Forrester estime que 14 % des Européens possèdent déjà une tablette
(55 millions d’unités) et qu’ils seront 55 % en 2017 (147 millions).
Fidèles à leur défiance vis-à-vis de la nouveauté, les Français sont,
pour l’instant, à la traîne de cette « tablette mania ». Avec 9 % d’adultes
équipés, le taux de pénétration hexagonal est le plus bas d’Europe.
la baisse du dollar en cours d’année, sur ce dynamisme revigoré.
Quoi qu’il en soit, la demande sera plus forte de la part du secteur
privé que du secteur public en butte à des politiques de réduction
des dépenses. Ce sont le logiciel (+ 6,4 % à 296 milliards de dollars)
et le matériel (+ 6,4 % à 666 milliards) qui tireront la croissance
du secteur tout entier, devant les services (+ 5,2 % à 927 milliards)
et les télécoms (+ 2,4 % à 1 701 milliards).
/ Un milliard de smartphones vendus en 2013
En 2013, le milliard de smartphones livrés en cours d’année va faire
doubler la base installée mondiale, estime le cabinet Deloitte. Cette
image forte est à tempérer par un bémol technique puisque près de
la moitié des smartphones seront vendus à moins de 100 dollars, voire
à moins de 50 dollars. Autrement dit, le faible potentiel technique
de ces mobiles limitera d’autant l’émergence d’un écosystème logiciel,
à l’image de celui que constitue par exemple le Web.
/ L’informatique décisionnelle au zénith
Le secteur de l’informatique décisionnelle – alias BI (Business
Intelligence) – va presque doubler d’ici à 2016, passant de
79 milliards de dollars l’an dernier au niveau mondial à plus de
143 milliards en 2016, estime le cabinet d’études britannique
Pringle & Company. Dans un monde désormais gorgé de données,
avec la puissance du Big Data en arrière-plan, il est logique que
les prestations de service, d’analyse et d’optimisation pèsent les
deux tiers de ce marché, le reste allant aux logiciels proprement dits.
LES INDICATEURS CLÉS DU NUMÉRIQUE
/ Le cloud peut faire gagner jusqu’à 30 % du temps de
développement
TYPE
(année 2012)
MONTANT
VARIATION
SOURCE
Marché du logiciel
en France
10,2 milliards
d’euros
Chiffre d’affaires de
l’e-commerce en France
45 milliards
d’euros
Ventes européennes de PC
en Europe de l’ouest
au quatrième trimestre
(en volume)
13,3
millions
Gartner Group
/ Forte hausse de la dépense IT en 2013, aidée par la baisse
du dollar
Ventes mondiales
de téléphones mobiles
1,75
milliard
Gartner Group
Après la récession de 2012, le Gartner prédit une hausse de la dépense
IT pour 2013 de + 4,2 %. En novembre dernier, il n’anticipait que
+ 2,5 %. Le cabinet n’analyse pas le poids d’un nouveau paramètre,
Ventes de smartphones iOS
et Android au quatrième
trimestre (en volume)
207,6
millions
IDC
Les 400 développeurs interrogés par Evans Data sur l’efficacité du
développement en nuage sont divisés. 38 % d’entre eux ont constaté
une réduction des temps de développement comprise entre 11 et 20 %.
Ils sont 10% à ne pas constater d’amélioration, et 10 % estiment leur
gain de temps à plus de 30 %. En revanche, tous partagent la même
inquiétude concernant la sécurité de leurs codes.
50
LES CAHIERS DU NUMÉRIQUE /// NUMÉRO 4 /// MAI 2013
Baromètre
CockpitSoftware, Afdel
Fevad