3 juillet - Abbaye Cistercienne Notre

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3 juillet - Abbaye Cistercienne Notre
Abbaye cistercienne Notre-Dame de Nazareth, Rougemont
3 juillet 2016
LES OUVRIERS DE LA MOISSON
Laurent Fontaine
Isaïe 66,10-14abc
Ps 66
Galates 6,14-18
Luc 10,1-12.17-20
C’est aujourd’hui mon premier commentaire de la
Parole ! Quel beau contexte avec ce camp d’enfants,
les familles réunies et notre famille du monastère.
Pour les parents, vous arrivez au milieu de notre
aventure : nous sommes partis vendredi, invités par
les saints et les martyrs des premiers temps du
Québec pour fonder, à leur exemple, une ville
nouvelle dans cette nouvelle France de Rougemont.
Les témoins de l’histoire nous ont rappelé leur
audace, leur créativité, leur ouverture, mais aussi l’élan de foi qui les portait : Jeanne Mance, De
Maisonneuve ou Marie de l’Incarnation ne venaient pas pour faire «des affaires» mais pour participer à une «création nouvelle», bâtir une ville-Marie, une ville pour Marie, une ville qui
comme Marie, porterait en elle la Parole vivante du Christ.
Et voici que la Parole de Dieu nous envoie, comme eux, en cette Eucharistie :
En ce temps-là, parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore 72,
et il les envoya deux par deux, en avant de lui,
en toute ville et localité où lui-même allait se rendre.
La Parole de Dieu nous précède toujours, Regardez ! Elle nous montre le chemin! Nous sommes au
moins 72, non? 72, c’est le signe de la multitude, la diversité de tous les peuples! À la fin de ce
camp, nous sommes envoyés vers les villes et les localités où le Seigneur doit se rendre : Montréal,
Québec, Sherbrooke, St-Hyacinthe, Trois-Rivières: les grandes villes… Mais aussi L’Avenir…
Waterloo… Ste-Thècle, St-Séverin… des P’tites villes!
À La fin de ce camp, c’est extraordinaire : la Parole nous invite à aller VERS les villes et localités
où Jésus veut aller… alors que nous venons de passer deux jours à penser l’inverse, avec les
témoins du passé qui ont justement cherché à fonder les villes de ce pays!
Pourquoi ont-ils risqué ainsi leur vie? On peut en parler des heures mais laissez-moi vous citer
Marie de l’Incarnation, qui a vu en songe, avant même de venir au Canada, ce grand pays où Dieu
la menait. Marie de l’Incarnation veut faire connaître et aimer Jésus à toute l’Humanité! Et voici
ce qu’elle écrit dans son élan missionnaire :
Je veux vous adorer, Père éternel, pour ceux qui ne vous adorent pas
Je vous vous aimer pour ceux qui ne vous aiment pas
Je vous reconnais à la place de tous ces aveugles volontaires qui ne vous reconnaissent pas.
Je fais en esprit le tour du monde pour racheter toutes les âmes par votre précieux Sang…
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Abbaye cistercienne Notre-Dame de Nazareth, Rougemont
3 juillet 2016
Voilà l’élan qui porte les fondateurs de notre Québec et qui peut aussi nous porter : aimer Dieu
avec ceux, pour ceux qui ne le connaissent pas…
Ces 72, c’est donc nous autres ! Et JÉSUS les ENVOIE…. Nous envoie… Mais ça veut dire quoi, être
«envoyé?» Le Pape François invite chacun de nous à devenir des disciples «missionnaires»! le mot
«missionnaire» veut dire «envoyé»… Partir en mission… chez nous! Il y en a un autre qui a été
envoyé avant nous : c’est JÉSUS, envoyé du Père… Toute sa vie, Jésus va vers les gens. Il entre
dans leur maison, il partage leur pain. Il écoute les misères. Il partage leurs peines. Il a toujours
une Parole d’espérance, une Parole qui redresse, qui donne la vie, qui guérit, qui ouvre l’avenir…
Notre fille Marie-Jeanne disait l’autre jour : «soyez concrets quand vous parlez aux jeunes!» Eh
bien! Ce que Jésus fait, là, c’est très concret… et c’est ce qu’il nous demande de faire autour de
nous.
Il faut une autre chose, Jésus : il ne cesse de tourner son regard vers Dieu. «Père, regarde-les…»
et il dit aux gens : «Dieu est proche, tout proche de vous, le Règne de Dieu s’est approché de
vous» (c’est la parole d’aujourd’hui!). Jésus vient témoigner que l’AMOUR existe, qu’il est plus
fort que tout, même plus fort que la mort!!! Et il nous invite, à sa suite, à en témoigner en
PAROLES et en ACTIONS…
Le Seigneur ne nous envoie pas seul : il nous envoie deux par deux… Pourquoi? Ça ne serait pas
plus efficace si on pouvait y aller chacun soi-même? «Seul on va plus vite, dit un proverbe… Mais à
deux on va plus loin.» Nous l’avons vu dans ce camp : ensemble on a été peut-être moins vite…
mais nous allons loin dans l’amour et la fraternité. Aller «Deux par deux», c’est le signe de
l’AMOUR et de l’HUMILITÉ : il faut s’entendre, s’écouter, s’attendre, se respecter… Vous les
jeunes…. soyez convaincus, vous n’êtes plus jamais seuls…
Le Seigneur nous envoie ce dimanche, vers nos villes et villages ! Mais écoutez ça ! son envoi est
un peu paradoxal, vous ne trouvez pas?
La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux.
Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.
La première chose que dit Jésus à ceux qu’il désigne, c’est de PRIER pour qu’il y en ait d’autres!!!
En tout cas la prière est efficace : regardez, les moines ont prié, et voici une quarantaine de
jeunes ouvriers pour la moisson, et plusieurs dizaines autres avec l’assemblée. Prier… Peut-être
parce que la moisson est trop grande pour nous ? Il y a trop de villes, trop de gens, trop de monde,
et surtout trop de souffrances. Trop de besoins. Si je partais tout de suite, sans prier, peut-être
que j’essayerais de résoudre les problèmes du monde par moi-même, à la force de mes bras ou de
mon intelligence ? Je n’irais pas bien loin… Nos frères moines pourront sûrement nous apprendre à
porter notre entourage, les besoins du monde, dans notre prière d’abord pour que Dieu, à travers
nos capacités, viennent lui-même transformer ce monde….
Jésus nous dit ensuite, mais seulement ensuite: ALLEZ !
Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté. (…) Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur :
Le règne de Dieu s’est approché de vous. »
Nous ne fonderons sans doute pas des villes comme Jeanne Mance ou Jérome Le Royer! Mais nous
sommes appelés à entrer dans nos villes, à aller vers les gens, vers vos voisins, nos camarades
d’école, les autres jeunes… à partager avec eux le pain de la vie quotidienne!!! Nous sommes
invités à bâtir au milieu d’eux une VILLE CHRÉTIENNE ou mieux encore : à Christianiser la ville.
Mais ça veut dire quoi, christianiser la ville? Planter une croix sur la montagne? Mettre des
églises à chaque coin de rue? Bâtir des hôpitaux et des écoles?
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C’est tout ça, mais c’est surtout:
• Une ville où toi, tu peux dire à ton voisin, à la famille à côté de chez toi, à la personne au
travail : Le Royaume de Dieu s’est approché de toi…
• C’est une ville ou un village où la Justice de Dieu peut régner parce que la Parole du plus faible
et du Pauvre est entendue, il a une place dans la société, où chacun se laisse AJUSTER,
travailler par l’Esprit de Dieu pour vivre en communion…
Si j’investis ma ville La PAIX de Dieu peut aussi venir, comme un torrent qui déborde, comme un
fleuve, dit la première lecture! Vous avez vu un torrent au printemps? Voyez comme ça déborde!
Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord :
‘Paix à cette maison.’ S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous.
La paix de Dieu, c’est le plus grand des biens… Tu n’empêcheras peut-être pas les guerres, les
explosions, le terrorisme. Mais autour de toi, si tu pries, si tu cherches à vivre l’Évangile qui est
dans ton cœur, oui, une paix va t’habiter et elle va couler comme en torrent autour de toi… La
paix de Dieu, c’est quand deux personnes autour de toi découvrent qu’elles peuvent se parler, et
vivre ensemble… là, tu viens de christianiser ta ville! Aujourd’hui, le Christ fait de toi, fait de moi,
«un envoyé spécial de sa PAIX».
Il reste une dernière chose… Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin... dit Jésus…
Je viens de faire un pèlerinage, 150 km à pied, et j’avais un sac, une bourse, et des sandales… Le
sac, la bourse, on peut comprendre : ne vous protégez pas. La bourse, c’est le pouvoir de
l’Argent… Le sac, c’est le symbole de nos sécurités… Comme les 72, nous sommes envoyés sans
grande préparation. En fait, tout le monde peut suivre Jésus et témoigner de lui, pas besoin d’un
doctorat en théologie! La seule préparation qui compte, c’est d’oser faire confiance au Christ,
comme des pauvres, au fond. C’est LUI qui est à l’œuvre dans nos mains… laissons-le faire!
Mais les sandales? Franchement?!? Au temps de Jésus, est-ce qu’ils marchaient pieds nus? Ils
n’avaient pas de petites roches qui font mal? Pas d’ampoules? C’est intriguant, non? À moins que
les sandales, ce soit autre chose? Comme cette insouciance qu’on retrouve en vacances : les
enfants qui courent sans rien dans l’herbe… Le plaisir d’aller pieds nus dans la rivière et de
s’arroser… Ou de se déchausser dans l’herbe… pour retrouver un bonheur d’enfance… un cœur
léger. Et si c’était ça, d’aller sans sandale? Être envoyés comme des agneaux au milieu des loups,
mais dans l’attitude toute simple, toute joyeuse… Quand on part quelque part, on se prépare, on
s’arme, on veut convaincre, on a des convictions, des arguments, comme des chevaliers dans leur
armure.
Jésus nous dit : « Non! Sans sandales… libérez-vous de votre armure… même les sandales, enlevezles (!)… Faites moi confiance… Allez ! Avec le cœur d’un enfant de Dieu qui fait confiance. Soyez
vous-mêmes, riez, jouez, partagez la vie de ceux que vous rencontrez, et vous verrez, le Royaume
de Dieu va avancer jusqu’au plus profond des villes… parce que dans vos cœurs règnera la paix du
Christ, et que la Parole du Christ habitera en vous dans toute sa richesse.
AMEN
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