Le Journal du Patient Tony Morgan

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Le Journal du Patient Tony Morgan
Le Journal du Patient
Tony Morgan
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Désirs de possibles / 1
Notes sur l’impression / 2
The Hospital Edition / 14
Entretiens / 18
Versions originales / 26
Les illustrations du Journal du Patient proviennent de 3 éditions :
- The Hospital Edition,
8 gravures ( 78 × 109 cm ),
édition numérotée à 10 exemplaires
- Non, docteur, je ne suis pas un beefsteak,
8 gravures ( 25 × 35 cm ),
édition numérotée et signée à 30 exemplaires
- Sans titre,
8 gravures ( 10.4 × 14.8 cm ),
édition numérotée à 30 exemplaires
Editeur, Urs Jost, Druckwerkstatt, Olten
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Désirs de possibles
Jacques Bœsch, chargé des affaires culturelles HUG
Depuis toujours, à côté des soins, de la recherche et de l’enseignement,
l’art et la culture sont présents à l’hôpital. Une étonnante diversité de
manifestations en témoigne et contribue à la qualité de la vie hospitalière en humanisant ses espaces. Elle ouvre sur d’autres manières de
ressentir, de regarder, de penser et de partager le plus sensible. Elle
ose aborder la plupart des questionnements humains, la vie et la mort,
la santé et la maladie, la souffrance et la solitude, le bonheur et un sens
possible donné à l’existence. Constamment dissidente, la présence
d’œuvres, d’auteurs et d’artistes résiste, allège et libère. L’essentiel est
de permettre à tout un chacun d’en faire l’expérience.
Tony Morgan s’est toujours questionné sur le rôle social de l’artiste.
Ses œuvres sont des prises de paroles fortes, jamais gratuites,
immensément humaines. Dès 1999, pendant ses séjours aux HUG,
il poursuit son travail de créateur. Il prend des notes courtes, simples et fulgurantes, quelques traits, une phrase, un mot. Il consigne
dans ses carnets sa souffrance, les propos de ses voisins, les dires
des médecins et des soignants. De là naît The Hospital Edition, un
ensemble de 3 éditions de gravures et un projet pour l’hôpital, où
patient, soignants et proches seraient amenés à un dialogue autour
du corps, de l’esprit, de la maladie et de la relation, autour du dehors
et du dedans.
En achevant désormais ce journal, en lui donnant une forme graphique, les étudiants ont, à leur tour, TOUT RÉPARÉ, un clin d’œil
qu’ils adressent à Tony Morgan en refermant cette publication sur
ces mots-image.
Autour du Journal du Patient et avec ses images, d’autres actions
offrent des espaces pour instaurer la réflexion et des liens, tels que
le souhaitait Tony Morgan dans son projet : des stickers rencontrés
au hasard des espaces hospitaliers, des sets de table sur les plateaux
de la cafétéria du personnel de l’hôpital, deux expositions des œuvres
originales à l’Hôpital et à l’École d’arts appliqués et des films sur le
travail et l’artiste.
Cette présence d’œuvres authentiques va surprendre, étonner, et,
bien sûr, susciter des discussions comme le quotidien hospitalier
nous y invite.
Genève, septembre 2007
Longtemps, nous avons différé la présentation du projet à l’hôpital,
pariant que, tant qu’entre nous des projets resteraient ouverts, des
possibles subsisteraient. Et que Tony pourrait s’y accrocher. Nous
pourrions ainsi l’accompagner, être de son côté face à la maladie.
Il décède en octobre 2004.
Et nous avons poursuivi malgré tout. Les chargés des affaires culturelles des HUG se sont associés à ses proches. Des enseignants et
des étudiants de la Haute école d’art et de design de Genève les ont
rejoints. La manifestation The Hospital Edition – Tony Morgan en est
le témoignage.
Au centre, ce Journal du Patient, des images et des textes que Tony
Morgan adresse au patient, en l’invitant à être un acteur de sa maladie.
Un journal, aujourd’hui enrichi par le regard des étudiants : les paroles
« d’acteurs » de l’hôpital qu’ils ont collectées, et la charte des HUG
qu’ils proposent en regard des œuvres et des mots de Tony Morgan
et d’Andrea Carlino.
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Notes sur l’impression
Tony Morgan
Le bonheur de l’impression réside dans la possibilité de partage
qu’il offre. En travaillant sur les tirages, chacun d’entre nous, Anja,
Urs et moi-même, nous mettions en commun nos connaissances
respectives, de la fabrication, du procédé d’impression. Depuis les
années soixante, j’interviens comme artiste multimédia et j’aime ce
procédé d’insémination transversale entre différents supports, la
performance, la photographie, la vidéo et la peinture. Ce qui me
fascine dans l’impression, c’est l’utilisation du hasard et le mélange
de différentes techniques d’impression ( du vernis mou traditionnel
à la PAO en passant par le stencil ) pour réaliser une seule épreuve.
J’ai écrit un jour que l’artiste, dans les années soixante et soixante-dix, était devenu le modèle. Il ou elle était devenu le matériau
observé. Nous, esprit collectif, contemplions le corps. Cette année,
dans The Hospital Edition, le Corps, dans la souffrance, devient une
toute autre entité, que l’Esprit observe de tout près.
The Hospital Edition a, comme point de départ, des idées et des
dessins tirés de cahiers de notes qui datent des trois dernières
années. Durant mon hospitalisation, au cours de laquelle j’ai subi
une opération importante, j’ai pris conscience de manière précise
de la séparation qui existe entre le Corps et l’Esprit. Après l’opération, le choc, ce fut que le Mental ou l’Esprit découvre qu’il possède
un nouveau Corps. Un nouveau Corps qui souvent ne fonctionne
pas aussi bien que l’ancien. La médecine a réparé le Corps, mais
elle n’a donné aucun véritable mode d’emploi quant à son fonctionnement à venir. L’Esprit est abandonné à lui-même, bouillonnant
d’interrogations d’ordre psychologique, mais aussi matériel. La prise
en charge médicale du Corps est assurée, mais on accorde très peu
d’attention à l’Esprit.
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Julian, mon fils de 9 ans, est venu me rendre visite à l’hôpital. Il a le
droit d’utiliser mes cahiers de notes et il a dessiné ces deux dessins
exceptionnels ( imprimés en vernis mou sur un papier légèrement
jaune ). L’un, très drôle, montre un malade entouré de bandages de la
tête aux pieds qui fume le cigare et qui claque du doigt pour demander
à une infirmière très sexy de lui apporter son whisky. L’autre dessin,
Psst !, montre un Superman, qui se dégonfle, tombant, mais avec
sur le visage un immense sourire. C’est seulement plus tard que je
me rendis compte que le « D » qui remplaçait le « S » signifiait Daddy
( Papa ) et que, bien entendu, Daddy serait plus fort que la maladie
puisqu’il est « Superman ». Je fus très ému et très impressionné par
la précision avec laquelle Julian avait observé mon environnement et
par sa confiance en ma capacité de guérison.
Le fait de ne pas savoir de quoi sera fait le lendemain, dilemme
existentiel et chronique de l’artiste, m’a habitué aux adaptations
rapides. J’ai donc réussi à continuer à « travailler » tout en restant
allongé sur mon lit d’hôpital, ce qui m’a évité de devenir un beefsteak
à la merci d’un système hospitalier qui ne considère pas vraiment les
patients comme des clients ou même comme des êtres humains
( à qui l’on ne donne RIEN à faire ).
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Psst ! ( Pfhh ! )
Le dessin de mon fils. Il m’a vu
tout ligoté avec des tuyaux et des
bandages, incapable de bouger
sans pousser des flacons et d’autres
tuyaux sur un support à trois pieds
pour aller faire pipi. À neuf ans, il était
un peu choqué. Son dessin « Pfhh ! »
trahit son état d’esprit. Les mains qui
tombent, le corps percé, perdant ses
forces. Ce n’est que plus tard que
j’ai remarqué que c’était un dessin
de Superman, sauf qu’à la place de
l’habituel « S », il avait dessiné un « D »
( pour Daddy [ ndt : Papa ] ). Ainsi je
suis Superman ! PAS DE PROBLÈME.
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What’s left ? ( Que reste-t-il ? )
L’impression de s’être fait dérober
quelque chose. Mon moteur était une
BMV GT et le chirurgien qui a effectué
le travail de réparation m’a rendu une
FIAT 500. O.K. Je dois donc apprendre à conduire une FIAT 500. Avec
un petit effort, je peux peut-être la
pousser jusqu’à une ABARTH 500 GT
Sports avec l’aide de mon homéopathe
et d’une bonne nourriture.
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Merde !
Un si petit mot. Mais tellement utile.
Trois fois merde pour bonne chance.
Oh ! Merde ! L’infirmière a lâché le
bassin par terre. Ça va ? Ça va ?
Non, merde ÇA VA PAS ! Ça fait mal !
Un si petit mot. Prononcer ce terme
légèrement irrespectueux éveille chez
son usager une certaine révolte.
Merde ! c’est surmonter l’obstacle à
moitié, dissiper la douleur. Ce n’est
pas assez, mais c’est une manière
de décharger sa bile.
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Non, Docteur,
je ne suis pas un beefsteak
Oui, ils étaient là autour de moi, 15
officiels en blouse blanche. Le grand
prêtre chirurgien avec une bande
d’étudiants légèrement nerveux. Moi,
sur le lit, me sentant épuisé, nerveux,
inquiet. Je voulais savoir ce qui se
manigançait. J’ai attendu. Le grand
prêtre a commencé à parler avec sa
suite dans une langue étrangère ( le
jargon médical ). Sa suite écoutait,
en extase, les méditations du grand
prêtre.
J’en ai eu assez.
« Docteur, je ne suis pas un beefsteak.
Adressez-vous s’il vous plaît à MOI,
dans une langue que je comprends,
à propos de CE QUI SE PASSE ».
Tous les visages des étudiants sont
devenus blancs comme leur blouse.
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Patien ( t ) ce
En être un. Un patient. Accepter, jusqu’à un certain point, d’être patient.
Se détendre dans ces draps blancs
amidonnés, en sûreté, bordé par l’infirmière. Attendre patiemment, patient
pour la première visite du médecin.
Attendre patiemment pendant que
les médecins travaillent au diagnostic
de nos problèmes. Avoir la patience
de faire un petit peu de rien. Oui,
même laisser sa femme s’occuper de
son affaire pour quelques semaines.
Détends-toi ! Apprécie les bons repas !
Sois un patient patient. Lis un livre.
Dessine. Gribouille. Croque. Continue
à avancer.
Sois un patient.
( HORS D’ICI ).
Oui … Aie de la patience.
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No problem ( Pas de problème )
J’avais accroché ce petit dessin
derrière mon lit à l’hôpital, juste audessus de ma tête. Les médecins
ont souri quand ils ont vu le dessin.
Les infirmières ont souri quand elles
ont vu le dessin. Les autres patients
ont souri quand ils ont vu le dessin.
C’est un dessin qui plaît.
PAS DE PROBLÈME.
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Ich Habe Keine Lust Mehr
( Je n’ai plus envie de rien )
Quand toute l’énergie est exprimée.
Quand il n’y a plus de mots. Quand
il semble qu’il n’y a plus rien à faire.
Quand l’esprit est trop fatigué pour
penser. Quand l’infirmière n’a plus le
temps. Quand il n’y a plus de temps.
Quand avoir du temps semble être
une perte de temps. Quand il n’y a
plus de volonté.
Peut-être avons-nous atteint le nirvana.
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Take your time ( Prends ton temps )
Chacun de nous a Un Temps. Le Sien.
Ce qui croise mon chemin, que ce
soit organisé, manipulé, hasardeux,
EST MON TEMPS. C’est rude parfois,
mais personne d’autre ne vit dans ce
corps qui est le mien. Je dois faire
ce que je peux pour qu’il continue
à tourner au ralenti, même essayer
et aider à le faire fonctionner. Peutêtre que d’autres peuvent améliorer
ma navigation, réparer le moteur,
ajuster le carburateur, changer les
batteries, acheter quelque nouveau
logiciel. Mais finalement, c’est moi qui
passe à travers mon temps. Oui, nous
pouvons parfois partager du temps,
mais mon temps n’est pas le tien.
PRENDS TON TEMPS.
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The Hospital Edition
Andrea Carlino
La relation médecin – patient n’est pas seulement un corps à corps.
C’est plutôt la rencontre, en un lieu imaginaire, entre deux subjectivités ; c’est un échange d’expériences, un croisement de locutions,
un partage de savoirs, une négociation de sens, un jeu délicat de
confiance mutuelle et d’émotions livrées, libérées, soulagées. Tout
au moins c’est ce qui est souhaité, c’est ce qui est attendu, c’est ce
que les fondements humanistes de la médecine prescrivent.
Néanmoins, la maladie est une condition de frustration, donc de
sujétion et de soumission. Les défaillances du corps se reflètent
sur l’âme, et ces mécaniques du corps détériorées se muent en état
d’esprit : le sentiment d’être mal fichu. Affaibli dans le corps et dans
la psyché, le malade est souvent démuni, inévitablement demandeur et brusquement, la relation thérapeutique est déséquilibrée
par la disparité des positions réciproques : le patient demande, a
besoin de soutien, de soins, de sens ; alors que le médecin offre
son jugement, sa compréhension, son aide, son savoir. La relation
idyllique dont on pourrait rêver est chancelante dans son essence,
gâchée par cette logique d’échange.
Cette contradiction propre à l’économie de la relation thérapeutique devient sérieuse et dramatique quand le malade est hospitalisé.
Un sentiment de prostration s’enracine, avec un sentiment de désorientation : l’hospitalisation implique la perte de son environnement
quotidien, l’instauration d’une nouvelle routine, l’altération des
rapports interpersonnels, enfin une perception de soi et du monde
inhabituelle, parfois bizarre et toujours instable. Pour compliquer
les choses, l’institution hospitalière brise le noyau de la relation
thérapeutique dans une panoplie de rapports éphémères, passagers et impersonnels qui détruisent la structure de la vie intime du
malade.
Tony Morgan dans The Hospital Edition offre un témoignage incarné
de l’aventure secrète et silencieuse du patient hospitalisé. Mais il ne
condamne pas. En fait, il n’y a rien à condamner, à une exception
près : l’ontologie d’une condition le plus souvent insoutenable et
indicible. Au contraire, Tony exprime le souvenir de sa souffrance, il
nous raconte un moment de sa propre vie. En tant qu’artiste, il nous
propose d’examiner, simultanément, les intersections entre son expérience singulière et les contradictions constantes qui semblent
gouverner l’environnement relationnel du patient.
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Pendant son séjour à l’hôpital, Tony Morgan prenait des notes.
Elles sont courtes, simples, essentielles, exprimées dans un croquis
ou, très souvent, résumées en une seule phrase, voire en un mot.
Dans ses carnets, il a enregistré les sons de sa douleur, les paroles de
ses voisins de chambre, la voix des médecins et des infirmières. C’est
ce matériau enregistré, consciemment élaboré, que nous trouvons
dans The Hospital Edition. L’expérience et le sens de la maladie, tout
comme les souvenirs de l’hôpital, sont réduits à leurs squelettes par
les images et les mots de Julian et Tony Morgan. Nous n’avons pas
un grand éventail de possibilités pour partager ce type d’expérience.
Nous n’avons que le langage pour communiquer entre patients, entre
patients et proches, entre patients et médecins.
Ouch ! ( Aïe ! )
Un autre petit mot. Beaucoup plus inquiétant que Merde. Derrière « Aïe ! »
il y a la douleur. Et la douleur parfois
ne peut être évitée. Elle vient comme
ça. Parfois à petites doses. Parfois
comme un éclair qui pénètre votre
monde, modifie le paysage. Le vieux
monsieur en face de moi a roulé hors
du lit en criant « Je n’y crois juste pas !
Je n’y crois juste pas ! ». Sa femme, à
ses côtés, ne pouvait l’aider. C’était
SA douleur.
Il n’y a qu’un chemin. C’est un moment sombre, un paysage abrupt sans
soleil. Le seul moyen c’est de passer
au travers du gros temps. Les infirmières et les médecins font tout ce qu’ils
peuvent.
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Néanmoins, ces mots transfigurés en images, avec leur banalité et
leur extrême simplicité, sont brutaux. Des exclamations comme
OUCH ou des petits bouts de phrase comme ON ATTAQUE DEMAIN
sont lourds, en dépit des limites du langage. Et quand il n’y a pas
de mots, un signe simple en assume la valeur sémantique, comme
une fenêtre minimaliste qui sépare le dehors et le dedans. Ce signe
indique à la fois le désir de partir et son impossibilité, le regard projeté
et le repli sur soi-même, l’isolement du monde extérieur et l’enceinte
de l’hôpital. Les visions de Julian sont assorties à ces mots et ces
signes simples, partageant la même subtilité, commentant la banalité
du mal, le dégonflement imaginaire du corps souffrant de « Superdaddy » et la vie quotidienne absurde que l’on a dans un hôpital.
À vrai dire, The Hospital Edition est un projet plus large qui aspire à
faire rayonner l’expérience individuelle dans le domaine public et à
provoquer un débat sur les contradictions d’une vie d’hôpital, suspendue. Si la simplicité du langage est une composante essentielle
de la réussite du projet, le choix du support en est une autre : la feuille
imprimée. Depuis plus de cinq siècles, l’imprimé a fourni les moyens
pour faire circuler l’information, les idées, la culture, les certitudes
aussi bien que les doutes. Grâce à l’imprimé, le savoir, quel que soit
ce savoir ( à la fois populaire ou d’élite, technique ou intellectuel,
individuel ou politique ) a été littéralement jeté dans l’arène publique. Recourant à différentes formes – textes et estampes, libelles et
pamphlets, journaux et essais – le processus d’impression offre du
savoir à la libre appropriation des lecteurs. C’est là que repose le
principe de la communication, des expériences et de l’échange,
sur lesquels est fondé le jugement critique. Pour transmettre son
jugement critique, pour accélérer la circulation et toucher un large
public, Tony Morgan a choisi des formats différents – de grandes
estampes, le A4, la carte postale et le journal. C’est un choix qui
transforme la simplicité de son langage en une force critique, et le
mot imprimé devient aussi lourd que du plomb.
Le monde de l’art contemporain et de l’hôpital sont des mondes
clos que nous risquons toutefois de rencontrer un jour ou l’autre.
Ils déploient un langage à eux qui est souvent singulier et qui s’adresse
d’abord à leurs « membres internes ». The Hospital Edition, au travers
des moyens que Tony Morgan a utilisés, brise la logique qui est commune à chacun de ces mondes apparemment incommensurables.
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La relation médecin – malade n’est pas seulement un corps à corps.
C’est aussi (et plutôt) la rencontre, dans un point imaginaire, entre
deux subjectivités : c’est un échange d’expérience, un croisement
de locutions, un partage de savoirs, une négociation de sens, un
jeu subtil de confiance mutuel et d’émotions avouées, dégagées,
dissipées. Tout au moins c’est cela qu’on souhaite, c’est cela qu’on
s’attend, c’est cela que les fondements humanistes de la médecine
prescrivent.Néanmoins la maladie est une condition de frustration,
donc de sujétion et de soumission. Les défaillances du corps se reflètent sur l’âme, un mal fonctionnement de la mécanique corporelle
se mue en état d’esprit, en mal être. Affaibli dans le corps et dans la
psyché le malade est souvent démuni, inévitablement demandeur
et la relation thérapeutique est illico biaisé par la disparité des positions réciproques : le patient demande, a besoin de soutien, de secours, de sens ; le médecin offre son jugement, sa compréhension,
son aide, son savoir. La relation idyllique dont on rêve est brisée par
une logique d’échange en soi déséquilibrée.
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Entretiens
Philippe, 50 ans, infirmier et Sophie, 48 ans, infirmière
Nous aurions quelques anecdotes à vous raconter :
« Un jour, un patient, dont le taux de fer augmentait anormalement
dans le sang, est arrivé pour faire une prise de sang. L’infirmière,
désirant le détendre en blaguant, a alors dit : “ Allez, ça y est, voilà le
vampire qui arrive ”.
Ce genre d’injonction part habituellement d’un bon sentiment, mais
n’est pas toujours bien ressenti par les patients.
Un médecin a dit un jour à un infirmier ( à propos d’un patient traité
pour un cancer ) :
“ On va lui faire un petit coup de Vinorelbine ” ( médicament pour les
chimiothérapies ).
Le traitement est souvent trop banalisé, du moins dans les paroles.
Il avait dit ça comme s’il lui proposait d’aller boire un coup.
Un traitement par chimiothérapie se déroule généralement en plusieurs
étapes. Un jour, alors qu’un patient venait pour subir l’ultime étape de
son traitement, l’infirmière en le voyant arriver lui a dit : “ Ça y est, c’est
la fin ! ”. Évidemment, le patient l’a mal pris. L’infirmière, qui s’était rendu
compte de sa maladresse, a été bouleversée pendant longtemps.
Une autre fois, alors que j’étais avec un patient dans sa chambre,
le grand chirurgien est arrivé et lui a dit : “ Demain on vous fait une
buccopharyngectomie transmandibulaire ”. Puis il est parti sans lui
donner d’autre explication.
Le patient inquiet a posé de nombreuses questions à l’infirmière,
qui a tenté tant bien que mal de lui répondre. Elle lui a alors précisé quelques-unes des conséquences de cet acte : disparition de
la faculté de parler, nécessité de subir ensuite, peut-être, une radiothérapie, des rayons, une chimiothérapie, etc. Le patient s’est alors
effondré, ce qui est compréhensible !
Sous prétexte de manque de temps, on néglige trop souvent la
relation patient-soignant.
Mais il n’y a pas que ça …
Les médecins sont mal préparés à l’annonce du diagnostic et au
suivi des patients. On en fait des savants, pas des communicants.
Très souvent, on constate qu’il s’agit d’omissions par ignorance.
C’est-à-dire que si les soignants n’ont jamais été confrontés euxmêmes à ce genre de situation, ils ne savent pas, ils ne se rendent
pas compte.
Le problème du vocabulaire est également fréquent : l’explication
n’est pas toujours bien comprise par le patient.
De plus, les soignants ont parfois du mal à se mettre à la place
de leurs patients. Certaines choses qui leur paraissent anodines
vont sembler très graves aux yeux de leurs patients. Il est toujours
difficile de comprendre l’autre, car les différences de références sont
souvent importantes.
J’ai moi aussi vécu plusieurs fois ce genre de situation, en tant que
patient. »
« Si je pouvais dessiner, je dessinerais moi aussi “ j’en ai marre ” ! »
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Heder, 26 ans, patient
Je suis Brésilien. J’ai rencontré ma femme là-bas mais elle est venue
en Suisse avec son père, tandis que je suis resté au Brésil. Au même
moment, j’ai découvert que j’avais une tumeur très rare, appelée
angiofibrome juvénile, qui touche habituellement les adolescents de
10 à 15 ans. Il s’agit d’une tumeur bénigne, se développant dans
la cavité nasale et poussant tout autour d’elle, mais il est très rare
qu’elle se déclare si tardivement ( j’avais 22 ans ) et elle était déjà
dans une zone très proche de mon cerveau.
Au Brésil, la chirurgie n’était malheureusement pas adaptée à ce
genre de cas. Je suis allé voir de nombreux médecins, mais aucun
n’a voulu m’opérer, à cause de la rareté de mon cas.
De son côté, ma femme s’est rendue à l’hôpital universitaire pour
montrer mon dossier médical à un médecin du service ORL. Il a été
très surpris par mon âge et la rareté du cas et lui a conseillé que je
vienne le voir dès que possible ( dès le lendemain ! ). Or, j’étais encore au Brésil et n’avais pas beaucoup d’argent pour faire le voyage.
J’ai tout de même réussi à venir rapidement pour rencontrer ce
médecin. C’était seulement la deuxième fois de ma vie que je venais et je ne parlais pas du tout le français. Il a donc fallu qu’on me
traduise ce qu’il avait à me dire et cela n’a pas été évident, car la
langue constituait un véritable barrage. Il n’a pas pesé ses mots,
et en me tapant dans le dos il m’a dit qu’il fallait m’opérer avant un
mois, sinon il ne me resterait pas plus de six mois à vivre. Il a ajouté
que je devais réfléchir, car l’opération devait être précédée de trois
examens obligatoires très risqués, voire fatals. Enfin, il m’a dit de
bien profiter du temps qu’il me restait.
J’ai opté pour l’opération. Il me restait à résoudre le problème de
la prise en charge financière de cette intervention, de l’hospitalisation et des soins à venir. J’ai pu bénéficier d’une prise en charge
totale. Durant mon hospitalisation, le barrage de la langue restait un
problème. Heureusement, j’ai souvent trouvé des infirmières ou aidessoignantes portugaises pour m’aider.
J’ai été obligé de rester car cette opération demande un suivi très
régulier sur une période de 4 ans.
Toutes ces épreuves m’ont permis d’acquérir une plus grande sensibilité et surtout, une immense gratitude envers les personnes, comme
ce médecin et la famille de ma compagne, qui ne me connaissaient
même pas et m’ont tant soutenu. Enfin, je ne remercierai jamais assez
celle qui est devenue ma femme, qui n’avait pas encore 18 ans, mais
qui a assumé cette énorme responsabilité au nom de l’amour.
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Odette, 67 ans, patiente
« J’ai dû séjourner à l’hôpital à différentes reprises cette année.
Évidemment, ce n’était pas facile d’être seule, de devoir attendre
alors que je souffrais, mais si je devais dresser un bilan, il serait
plutôt positif. À chaque fois, tout s’est vraiment très bien passé, du
début à la fin. En général, j’ai un bon contact avec les infirmières,
elles sont très gentilles.
Cette fois-ci par exemple, elles savent que je vais fumer une cigarette avant le repas de midi, donc elles me font toujours mon
pansement avant pour que je puisse y aller. Les médecins aussi
sont très bien. »
« À mon arrivée à l’hôpital en mai, j’ai croisé une dame dans l’ascenseur, très aimable, qui m’a dit se souvenir de moi. Je ne l’ai pas
reconnue. C’était une anesthésiste qui s’était occupée de moi en
février, et que je n’avais vu que quelques instants !
Ça m’a beaucoup touchée car je me suis rendu compte qu’elle
avait fait attention à moi, puisqu’elle se souvenait de moi et de mon
opération passée. »
Mélanie, 26 ans et Roland, 28 ans,
neuropsychologues
« Nous voyons les patients seulement deux ou trois heures pour un
bilan. Ils débarquent sans trop savoir où ils sont – en général ils sont
un peu perdus, ils ne parlent pas beaucoup.
Nous faisons des entretiens très structurés et touchons à quelque
chose de très intime – presque aussi intime que la sexualité – à savoir
ce qu’on appelle communément “ l’intelligence ”. Nous appelons ça
les fonctions cognitives. Nous utilisons des tests pour les évaluer.
Mesurer, et parfois remettre en question, ces capacités mentales est
une intrusion dans la sphère personnelle.
Il faut toujours mettre le patient en confiance, le traiter d’égal à égal.
Quand les patients arrivent, ils pensent que tout va très bien, mais
les tests leur permettent souvent de prendre conscience de leurs
problèmes, c’est parfois difficile, il faut les rassurer.
Rares sont les médecins qui voient leurs patients durant une aussi
longue séance que nous. Nous pouvons le faire car cela fait partie du
bilan, et cela favorise une meilleure écoute. Il nous est sûrement plus
facile de comprendre l’origine du comportement de nos patients.
Les médecins et les infirmières sont débordés – ils n’ont pas le temps.
En fait, on pourrait dire que nous faisons le lien entre la partie médicale
( diagnostic ) et la vie quotidienne des patients. Nous traitons d’aspects
concrets de leur vie, en nous intéressant notamment à leur devenir à
la sortie de l’hôpital.
Notre rôle auprès des patients est important, même si on ne s’en
rend pas toujours compte.
Parfois, des séances sont organisées avec une trentaine de soignants
autour d’un seul patient, pour observer son cas ( hôpital universitaire
oblige ) – c’est un peu le désordre. Nous nous mettons à la place du
patient, ça doit être difficile pour lui d’être observé ainsi. Cela nous
met réellement mal à l’aise ! Mais nous nous disons qu’en contrepartie, il a la chance d’être soigné dans un hôpital universitaire, disposant
de traitements de pointe. »
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Dominique, 51 ans, patiente
« Avec le personnel cela se passe bien. Le problème, c’est plutôt
avec les patients qui souffrent. Dans les grandes chambres, il y a
un peu un manque de tranquillité. Le personnel pourrait prendre
l’initiative de changer les gens de place quand ça ne se passe pas
bien. Moi, j’étais dans une chambre avec des patients difficiles, je
ne parvenais pas à me reposer. J’en ai parlé avec l’équipe, et elle a
pu me changer de chambre.
En fait, les soignants sont assez ouverts. Je pense qu’ils font leur
maximum ! »
Céline, 25 ans, patiente
Samia, 32 ans, patiente
« Je suis passée par des moments très difficiles, mais il n’en ressort
finalement que du positif! J’admire le travail de cet artiste – Tony
Morgan – moi je n’aurais jamais pu !
Ses mots sont comme des stigmates que l’on garde, je ne veux pas
cacher mes cicatrices, elles font partie de ma vie.
Ses œuvres sont très directes, à la fois naïves et très fortes, il a
certainement pu atténuer sa souffrance ainsi. J’aurais voulu écrire
de telles choses, ça m’aurait peut-être aidée, mais il faut avoir beaucoup de courage pour poser les mots sur ce que l’on ressent.
J’ai eu des médecins pendant très longtemps, et je n’ai jamais eu
de problèmes.
Cependant, ce n’est pas évident de dire ce que l’on ressent, je n’arrivais pas toujours à “ laisser entrer les médecins dans la maladie ”.
Souvent, j’en ai eu envie, mais de là à le faire, il y a un grand pas !
Je suis persuadée que pour que la relation fonctionne, ça doit se
passer dans les deux sens … »
« Je suis ici depuis hier, et tout se passe bien. C’est vrai que nous
ne sommes pas seuls, et que nous ne pouvons pas tout avoir tout
de suite “ en claquant des doigts ”.Il y a beaucoup de monde, je me
mets à la place des soignants. Il faut que les patients prennent leur
mal en patience, il faut qu’ils comprennent ça ! Ça pourrait être pire !
En fait, tout dépend de la raison pour laquelle on est là, de la durée
de l’hospitalisation, et de la douleur … C’est vrai que nous aimerions
parfois que ça aille plus vite, mais je ne suis pas ici pour quelque
chose de grave, donc ça va, je peux attendre.
Je pense que le problème de communication ne se situe pas entre
les soignants et les patients, mais plutôt entre les différents soignants. Je trouve qu’ils ne parlent pas assez entre-eux – ils ne savent
pas toujours ce que les autres nous ont dit ou fait, il peut donc parfois
y avoir des confusions. »
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Josiane, 50 ans, infirmière
« Pour avoir déjà été de l’autre côté de la barrière, il est vrai que
parfois on réagit vivement. Cet artiste a dit des choses vraies, qui
lui ont permis de décrire sa souffrance. Son message est négatif par
rapport à l’hôpital, qui ne comporte cependant pas que du négatif.
C’est difficile de dire les choses comme ça …
Beaucoup de gens placent une grande confiance en nous.
C’est très enrichissant de pouvoir parler avec les patients, de leur
expérience, de leur vie. Parfois le contact est très bon, parfois pas,
c’est comme “ dans la vraie vie ”, ça ne s’explique pas.
Un jour, un patient américain a été hospitalisé aux HUG pour une
pathologie très grave.
Comme de nombreux patients, il a été confronté à l’isolement affectif, car il était seul ici, loin de son pays, et ne parlait pas bien le
français. Sa vie à l’hôpital était très difficile, car il ne pouvait plus
du tout bouger. Ce handicap le rendait d’ailleurs très exigeant, mais
les soignants avaient réussi à faire en sorte qu’aller s’occuper de
lui ne soit pas une contrainte. Toute l’équipe avait établi de très
bons contacts avec lui. Dans ce genre de cas notamment, le travail
d’équipe est très important. La complicité entre collègues, et avec le
patient, est essentielle, et aide au bon déroulement du séjour. »
Professeur Arnaud Perrier,
médecin - chef de service, médecine interne
« Je m’occupe de toutes sortes de patients qui sont touchés par
divers maux.
Quand je regarde les œuvres de Tony Morgan, je reconnais des
réactions légitimes que l’on rencontre chez de nombreux patients.
Cependant, la plupart de ces émotions sont relatives au vécu des
patients eux-mêmes, et ne dépendent pas des soignants. Selon moi,
toute cette souffrance est principalement liée à la maladie. La relation
entre patient et soignants peut effectivement améliorer ou empirer le
vécu psychologique du patient, mais c’est avant tout la maladie qui
le conditionne. »
« La maladie est une expérience intime. Chaque patient la vit différemment, en fonction de ce qu’il est, de son vécu, etc. C’est pourquoi il y
a une part de l’expérience du patient que nous, soignants, ne pouvons
pas comprendre. Certaines émotions du patient sont difficiles à recevoir et à gérer, notamment la colère, qui peut se traduire par de
l’impatience. Certains soignants ont du mal à le supporter. Il y a même
dans le jargon médical des termes spécifiques à ces problèmes : on
parle alors d’un patient “ oppositionnel ”, “ non-coopérant ”, ou encore
“ non-collaborant ”.
Ce genre de problèmes s’explique et se comprend assez facilement :
le patient est dépendant de nous, ce qui rend difficile la relation, qui
est alors déséquilibrée. Les soignants devraient être formés à ça, mais
ne le sont pas durant leurs études. Nous faisons cependant de gros
efforts d’éducation pour leur apprendre à décoder les sentiments des
patients. »
« Un autre reproche qui nous est régulièrement fait :
Les patients se sentent déshumanisés ( pas forcément de manière
brutale, ni irrespectueuse, mais plutôt de façon automatique ). Ils ont
trop souvent l’impression de n’être qu’un numéro parmi d’autres.
Mais ce n’est pas tout à fait vrai. Nous y prêtons attention, mais il est
incontestable que l’hôpital est un univers dur, de par ce qu’on y subit. De plus, le fait qu’il s’agisse d’un hôpital universitaire oblige les
patients à voir défiler de nombreuses “ blouses blanches ” chaque
jour, sans toujours savoir exactement qui sont ces soignants, pour
qui il est difficile de développer des soins personnels et des relations
particulières. Le grand nombre de personnes se trouvant dans l’hôpital constitue également un frein à ce type de relations. »
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« Je pourrais vous raconter de nombreuses anecdotes pour illustrer
mes propos. Récemment, un patient très âgé a été hospitalisé. Sa
femme, plus jeune que lui d’une vingtaine d’années, était constamment présente à ses côtés. Elle constituait une sorte de filtre entre
son mari et les soignants. L’équipe a très mal vécu cette situation.
Le patient était plutôt passif, mais son épouse faisait preuve d’une
exigence démesurée, et d’une insatisfaction permanente. Nous faisons régulièrement des réunions de personnel, durant lesquelles
nous parlons notamment de ce type de problèmes. Mais dans ce
cas précis, ça n’a rien pu changer, et la fin du séjour s’est aussi mal
passée que le début. J’ai d’ailleurs récemment reçu une lettre de
plainte de cette personne.
Je reçois régulièrement des lettres de gens insatisfaits de leur séjour
hospitalier. Certaines, dont celle-là, sont prévisibles.
À la lecture de ces lettres, je me rends souvent compte que la perception de leurs auteurs a été totalement différente de celle que
nous avons eue de la situation évoquée. Dans ce cas, nous n’avons
pas su répondre à ses attentes. Nous ne sommes pas parvenus à
décoder cette réelle agression, qui cachait en réalité une grande
inquiétude. »
« Je visualise souvent deux visages qui se font face. L’un serait
un patient, et l’autre un soignant ( représentant l’ensemble des
soignants ). Entre les deux, il y aurait une barrière. Cette barrière
symboliserait la maladie. C’est en effet une expérience qui isole.
Les patients ont souvent plus d’attentes que ce que nous pouvons
leur donner. Par exemple, nous ne pouvons pas soigner le cœur
de nos patients. Nous pouvons accompagner leurs révoltes et leurs
colères, mais nous ne pouvons pas les vivre à leur place. Cette barrière génère de temps en temps des tensions et des malentendus.
La relation se trouve souvent détériorée, car elle est construite sur
la base d’une souffrance. Elle est nécessairement difficile à mettre
en place puisqu’elle n’existe qu’à cause de l’expérience perturbante
de la maladie, qu’à cause de quelque chose de difficile à vivre pour
le patient. »
« Les anecdotes sont cependant loin d’être toutes négatives. Il est
assez fréquent que l’équipe soignante soit très investie, ce qui peut
tout de même rendre une expérience de maladie un peu moins
éprouvante.
Je pense à une histoire parmi beaucoup d’autres, une situation de fin
de vie. Le patient est resté dans le service pendant cinq mois ( c’est
l’hospitalisation la plus longue que j’ai connue ) et a fait complication sur complication. L’hôpital était véritablement devenu son lieu
de vie. Il avait la “ chance ” d’être seul dans sa chambre, qu’il avait
décorée de façon personnelle. Lorsque nous entrions dans celle-ci,
nous ressentions une atmosphère différente, c’était comme si nous
entrions chez quelqu’un. Il y avait une certaine “ familiarité ” avec
l’ensemble des soignants. L’attachement était réciproque. Tout le
monde appréciait cette personne et toute sa famille. Lorsqu’il est
décédé, tout le service s’est mis en deuil pendant une journée.
Cette hospitalisation difficile a été vécue de manière plus sereine par
le patient, en grande partie probablement grâce à cette humanité
qui l’entourait. »
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Oh ! No ! Les Microbes !
Window ( Fenêtre )
Nous étions en convalescence.
C’était le week-end. Une femme
à notre table au restaurant était
tombée et s’était fait mal au
genou. Son médecin n’était pas là
durant ce week-end. Une infirmière
lui avait dit qu’elle devrait attendre
pour son traitement jusqu’au lundi.
Nous lui avons suggéré de prendre
un bain pour soulager la douleur.
Elle a violemment secoué la tête en
disant « Oh ! No ! Les microbes ! ».
Elle ne plaisantait pas. Elle était
sérieuse.
Oui... je suis sorti depuis 3 ou 4 jours.
Je ne peux me souvenir que d’avoir
rêvé d’une bouteille de Guiness. Je
pouvais lire parfaitement l’écriture sur
l’étiquette ovale. La bouteille n’était
pas ouverte. Je crois que le désir
d’ouvrir la bouteille et de boire la
bière était pour quelque chose dans
le fait de me tirer hors de trois jours
de soins intensifs. Je me suis réveillé
pour apercevoir un triangle de soleil
brillant dans le coin d’une des fenêtres de l’hôpital. Je me suis promis
que je n’aurais besoin de rien de
plus.
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Versions originales
Psst ! ( 4 )
What’s Left ? ( 5 )
Merde ( 7 )
Non, Docteur,
je ne suis pas un beefsteak ( 8 )
My son’s drawing. He saw me all
trussed up with tubes and bandages, not being able to move without
pushing bottles and more tubes on
a three legged stand to go take a
pee. At nine years old he was a little
shocked. His drawing Psst ! catches
his mood. Hands falling off, the
body punctured, loosing strength.
It wasn’t till later I noticed it was a
drawing of Superman, except that
in the place of the usual « S » he had
drawn a « D » ( for Daddy ). So I’m
Superman ! NO PROBLEM.
The feeling of having something
stolen. My motor used to be a BMV
GT and the surgeon, who was doing
the repair job, gave me back a 500
Fiat. O.K. So I have to learn drive
a 500 Fiat. With a little bit of effort
I can maybe hype it up to an
ABARTH 500 GT Sports with the
help of my homeopathist and some
good food.
Such a little word. but so very useful. Trois fois merde for success.
Oh ! Merde ! The nurse drops the
bedpan on the floor. Ça va ? Ça
va ? Non, merde ÇA VA PAS ! Ça fait
mal ! Such a little word. Uttering the
slightly disrespectful terminology
awakens a certain revolt in its user.
Merde ! is halfway to overcoming an
obstruction, of dissipating a pain,
it’s not enough but it is a way of
letting off steam.
Yes, they stood round me, 15 white
uniformed officials. The high priest
surgeon with a slightly nervous
bunch of student doctors. I, on the
bed, feeling exhausted, nervous
and anxious. I wanted to know what
was up. I waited. The high priest
started talking with his followers in
a foreign language ( medical jargon ).
The followers listened, raptured, to
the high priest’s contemplations.
I had had enough. « Doctor I am
not a beefsteak. Please talk to ME,
in a language I understand, about
WHAT’S HAPPENING. » All the students faces went as white as their
uniforms.
Patien ( t ) ce ( 10 )
No Problem ( 11 )
Ich Habe Keine Lust Mehr ( 12 )
Take Your Time ( 13 )
To be one. A patient. To accept, to
a degree, to be a patient. To relax
in those starched white sheets,
safely tucked in by the nurse. To wait
patiently, patient for the doctors
first visit. To wait patiently, while
the doctors work on a diagnosis of
your troubles. To have the patience
to do a little bit of nothing. Yes,
even to let your wife run your business for a couple of weeks. Relax !
Enjoy the good food ! Be a patient
patient. Read a book. Draw. Scribble.
Scratch. Keep moving.
Be a patient. ( I WANT THE HELL OUT
OF HERE ).
I had hung up this little drawing
behind my bed in the hospital, just
above my head. The doctors smiled
when they saw the drawing. The
nurses smiled when they saw the
drawing. The other patients smiled
when they saw the drawing. It is a
drawing that pleases. No problem.
When all the energy is squeezed
out. When there are no more words
left. When there seems to be nothing more to do. When the mind is
too tired to think. When the nurse
has no more time. When there is
no more time. When having time
seems a waste of time. Where there
is no more will. Maybe you’ve reached nirvana.
Each of us has One Time. Our Own.
What comes my way, whether it be
organised, manipulated, chance,
IS MY TIME. It’s sometimes tough
but no one else lives in this body
of mine. I have to do what I can to
keep it ticking over, even try and
help to keep it going. Perhaps there
are others who can improve my navigation, repair the motor, adjust the
carborator, change the batteries,
buy some new software. But in the
end it’s me who passes through my
time. Yes, we can sometimes share
time but my time is not your time.
TAKE YOUR TIME.
Yea ! Have patience.
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Ouch ! ( 15 )
Oh ! No ! Les Microbes ! ( 24 )
Window ( 25 / 29 )
Another little word. Much more
worrying than Merde. Behind Ouch !
is pain. And pain sometimes cannot
be avoided. It just comes. Sometimes in little doses. Sometimes like
a flash of lightening that enters your
world, changes the landscape. The
old man in front of me rolled out of
bed, crying « I just don’t believe it !
I just don’t believe it ! ». His wife, at
his shoulder, could not help him. It
was HIS pain.
There is only one way. It is a dark
moment, a rough landscape without sun. The only way is to push
through the heavy weather. The nurses and doctors help all they can.
We were convalescing. It was the
weekend. A lady at our table in the
restaurant had fell down and hurt
her knee. Her doctor was not there
that weekend. A nurse had said she
would have to wait until monday for
treatment. We suggested that she
took a hot bath to relieve the pain.
She shook her head violently crying
out « Oh ! No ! Les Microbes ! »
She wasn’t joking. She was serious.
Yea, I’ve been out for 3 or 4 days.
I can only remember dreaming of a
bottle of Guiness. I could read perfectly the writing on the oval label.
The bottle was unopened. I think
that the wish to open the bottle
and drink the beer had something
to do with pulling me through three
days of intensive care. I woke to see a
triangle of brilliant sunlight in the corner of one of the hospital windows. I
promised myself I didn’t need more.
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Notes on printing ( 2- 3 )
Tony Morgan
The joy of printing is that it can be a communal activity. In working
on the prints each one of us, Anja, Urs and I, lent our knowledge to
the making, the printing. Having been a multimedia artist since the
sixties I like the process of cross-insemination between different
media ( performance, photo, film video and painting ). In printing
I am fascinated by the use of chance and the assimilation of various
printing processes ( from the classical aquatint to the use of stencils
and computer printing ) that can be put into the making of a single
print.
Never knowing what comes next ( the artist’s existential monthly
dilemma ) has conditioned me to sudden changes. The fact that
I could lie on a hospital bed and still be « working » kept me from
becoming a beefsteak at the mercy of a hospital system that does
not really consider the patient to be a client or simply a human
being ( who has been given NOTHING to do ).
Geneva, 2001
I had written that in the sixties and seventies the artist became the
model. He or she became the material observed. We, the collective
spirit, contemplated the body. In The Hospital Edition of this year
the Body, in pain, becomes clearly another entity closely observed
by the Spirit.
The source of The Hospital Edition has been ideas and images
taken from sketch books over the last three years. Having been
hospitalised and undergone a serious operation I became very
conscious of the separation between the Body and the Spirit. After
the operation the shock is that the Mind or the Spirit discovers that
it has a new Body. A new Body that often doesn’t work quite as
well as the old one. The Body was repaired by the medical world
but they gave no real instructions as to its further use. The Spirit
is left buzzing with psychological and practical questions. There is
medical care for the Body but little care for the Spirit.
Julian ( my son of 9 years ) came to visit me at the hospital. He is
allowed to use my sketch books and drew these two exceptional
drawings ( printed in sugar aquatint on slightly yellow paper ). The
one, full of humour, with the patient bound up in bandages from
head to foot, smoking a cigar and « finger snapping » for a sexy
nurse to bring in the whisky. The other drawing Psst !, a deflating
Superman, hands and arms falling off but braving a huge smile.
It was not until later that I realised the « D » in the place of the « S »
stood for Daddy and naturally Daddy will overcome his illness since
he’s a Superman ! I was very touched and impressed by Julian’s
acute observation of my environment and his belief in my capacity
to overcome.
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The Hospital Edition of Tony Morgan (14-16)
Andrea Carlino
The relationship between the doctor and the patient is not just body
to body. It is much more the merging of two subjectivities in an imaginary place ; it is an exchange of experiences, a crossing of locutions,
a sharing of knowledge, a negotiation of meanings, a delicate game of
mutual confidence and of surrendered, released and eased emotions.
At least this is what is hoped, this is what is expected, this is what
humanist foundations of medicine prescribe.
Nevertheles illness is a state of frustration, and consequently one of
subjection and submission. The body’s failures are mirrored by the
soul, and these worsened body mechanics move towards a state
of mind : feeling rotten. As the patient is weakened in both mind
and body, he ( or she ) is often destitute, unavoidably becoming the
plaintiff and, all of a sudden, the therapeutic exchange between
both positions becomes imbalanced : the patient demands and
needs support, care and meaning whereas the doctor offers his
or her judgement, understanding, help, and knowledge. The idyllic
relationship of which one would dream is unsteady to its core, spoiled by the logic of exchange.
This contradiction, that is peculiar to the economy of the therapeutic exchange, becomes serious and dramatic when the patient
is hospitalised. A sentiment of prostration takes root, with a feeling
of disorientation : being hospitalised implies the loss of one’s usual
environment, the setting up of a new routine, the distortion of
interpersonal relationships and, finally, a perception of oneself
and of the world which is unusual, sometimes bizarre and always
unstable. To complicate things, the hospital institution shatters
the nucleus of the therapeutic exchange into a display of fleeting,
transient and cold encounters which destroy the texture of the
patient’s innermost life.
In The Hospital Edition, Tony Morgan offers an incarnate witness
of the secret and silent adventure of a patient at hospital. But he
doesn’t condemn. In fact there is nothing to condemn, except for
one thing : the ontology of a condition which is, more often than
not, unbearable and unspeakable. On the contrary Tony Morgan
expresses the memory of his pain, he tells us about a moment of his
own life. As an artist, he proposes us to examine, at the same time,
the crossroads between his particular experience and the constant
contradictions that seem to rule the patient’s relational environment.
During his stay at the hospital Tony Morgan took notes. They are
short, simple and essential, embodied in sketches or, very often,
epitomised into one single phrase or word. In his sketchbooks
he has recorded the sounds of his pain, the words of his hospital
room neighbours, the voices of doctors and nurses. This recorded
material, consciously thought out, is what we find in The Hospital
Edition. The experience and meaning of the illness, as well as the
memories of the hospital are reduced to their skeleton by Julian
and Tony Morgan’s images and words. One does not have a wide
range of possibilities to share this kind of experience. One only has
language to communicate between patients, between patients and
their families, between patients and doctors. However these words,
transfigured into images with their banality and extreme simplicity,
are brutal. Exclamations, such as OUCH or small bits of sentences
such as ON ATTAQUE DEMAIN are heavy, in spite of the limits of
language. And when there are no words, a plain sign assumes the
semantic value, for example a minimalist window that separates
the outside and the inside. This sign indicates at the same time,
the wish to leave and its impossibility, the projected gaze and the
withdrawal into oneself and, the isolation from the external world and
the hospital enclosure. Julian’s visions match these simple words
and signs, sharing the same sensibility, commenting on the banality
of evil, on the imaginary deflation of « Superdaddy’s » aching body
and on the absurd daily life one has in a hospital.
As a matter of fact, The Hospital Edition is a wider project that
attempts to beam individual experiences to public space and to
provoke debate on the contradictions of a suspended hospital life.
If the simplicity of the language is a basic element for the project’s
success, another is the choice of the media : printing. For more than
five centuries printing has provided the means to circulate information, ideas, culture, certainties as well as doubts. Thanks to printing,
knowledge, whatever knowledge it is ( both common and elite,
technical and intellectual, individual and political ) has been literally
thrown into the public arena. Using different formats - texts and
prints, libels and pamphlets, newspapers and essays, the printing
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process delivers knowledge to the readers’ free appropriation. Here
lies the principle of communication, of experiences and exchange
on which is grounded critical judgement. To convey this critical
opinion, to speed up circulation and touch a wider public Tony
Morgan has chosen various formats - the large graphics, the A4,
the postcard and the newspaper. This is a choice that transforms
the simplicity of his language into a critical strength and the printed
word becomes as heavy as lead.
The world of contemporary art and the hospital are closed worlds
that one risks to encounter one day or another. They display a
language of their own that is often uncommon and that address
their « internal members » first. The Hospital Edition, through the
means that Tony Morgan has employed, breaks open a logic that is
common to both of these seemingly immeasurable worlds.
Geneva, 2001
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Acteurs du projet
Pour l’Association TMStudio
Andrea Carlino
Jo Cecconi
Philippe Deléglise
Christine Serdaly Morgan
Étudiants de la Head – Genève
Pour le Journal du Patient
Olivia Campaignolle
Carol Chappaz
Roni Dvorin
Marie Ivol
Anne Jabaud
Pour les HUG
Jacques Bœsch
Philippe Cornuau
Pour la Head – Genève
Jérôme Baratelli
Florence Marguerat
Paul-Damien Viaccoz
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Pour les autres actions du projet
The Hospital Edition
Camille Aymon
Jérome Bart
Chloé Bellardant
Clémentine Bischoff
Sylviane Borel
Joël Boucheteil
Jean-Baptiste Bouleau
Isabelle Bridy
Benoît Chantre
Nicolas Chaumontet
Line Chollet
Benoît Dumont
Xavier Erni
Sébastien Fasel
Grégory Galvan
Fabrice Gargantini
Marie-Louise Greb
Chloé Juillard
Joël Koenig
Déborah Legivre
Evariste Maïga
Kataline Masur
Heder Neves de Souza
Nadine Nobs
Sophie Pagliai
Jeremy Philippe
Georgiana Rüttimann
Franco Szymanski
Loïc Van Herreweghe
Sandra Vuillaume
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Charte du patient des HUG
L’accueil
est le premier des soins
La communication
avec le patient
La qualité des soins
est évaluée régulièrement
Le patient est partenaire
et acteur de soins
Les HUG accueillent sans discrimination, de jour comme de nuit,
toute personne qui requiert des
soins. Ils tiennent compte de ses
besoins pour l’orienter.
Les HUG désignent un médecin
responsable et une infirmière de
référence pour garantir au patient
le suivi de l’information et l’accès
à son dossier.
Les HUG recueillent les observations et l’opinion du patient sur
la qualité de sa prise en charge
et de son séjour. Le patient
dispose de voies de recours.
Les HUG sollicitent la participation et la collaboration du
patient à toutes les décisions le
concernant. Ils s’enquièrent de
l’existence de directives anticipées et les respectent.
Une prise en charge adaptée
à chacun
Le respect de la personne
Toute recherche exige
un consentement
Les HUG offrent une prise en
charge individualisée et la continuité des soins. Ils sont attentifs
au soulagement de la douleur et
au bien-être du patient.
Les HUG respectent les croyances, la culture et l’intimité du
patient et de son entourage.
Toute information reçue dans le
cadre des soins est confidentielle.
Les HUG demandent au patient
son consentement explicite avant
de l’inclure dans une recherche.
À tout moment, le patient peut
retirer son accord.
Charte du patient, Hôpitaux universitaires de Genève.
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