Sujets de Français

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Sujets de Français
Sujet 1
Amérique du Nord, juin 2014
› Texte
En 1942, le père Pons dirige un orphelinat nommé La Villa Jaune...
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Lorsque j’avais dix ans, je faisais partie d’un groupe d’enfants que, tous les dimanches, on mettait aux enchères.
On ne nous vendait pas : on nous demandait de défiler sur une estrade afin que
nous trouvions preneur. Dans le public pouvaient se trouver aussi bien nos vrais
parents enfin revenus de la guerre que des couples désireux de nous adopter.
Tous les dimanches, je montais sur les planches en espérant être reconnu, sinon
choisi.
Tous les dimanches, sous le préau de la Villa Jaune, j’avais dix pas pour me faire
voir, dix pas pour obtenir une famille, dix pas pour cesser d’être orphelin. Les
premières enjambées ne me coûtaient guère tant l’impatience me propulsait sur le
podium, mais je faiblissais à mi-parcours, et mes mollets arrachaient péniblement
le dernier mètre. Au bout, comme au bout d’un plongeoir, m’attendait le vide. Un
silence plus profond qu’un gouffre. De ces rangées de têtes, de ces chapeaux, crânes
et chignons, une bouche devait s’ouvrir pour s’exclamer : « Mon fils ! » ou : « C’est
lui ! C’est lui que je veux ! Je l’adopte ! » Les orteils crispés, le corps tendu vers cet
appel qui m’arracherait à l’abandon, je vérifiais que j’avais soigné mon apparence.
[...]
Certes, mes chaussures faisaient mauvais effet. Deux morceaux de carton vomi.
Plus de trous que de matière. Des béances 1 ficelées par du raphia. Un modèle aéré,
ouvert au froid, au vent et même à mes orteils. Deux godillots 2 qui ne résistaient
à la pluie que depuis que plusieurs couches de boue les avaient encrottés 3 . Je ne
pouvais me risquer à les nettoyer sous peine de les voir disparaître. Le seul indice
qui permettait à mes chaussures de passer pour des chaussures, c’était que je les
portais aux pieds. Si je les avais tenues à la main, sûr qu’on m’aurait gentiment
désigné les poubelles. Peut-être aurais-je dû conserver mes sabots de semaine ?
Cependant, les visiteurs de la Villa Jaune ne pouvaient pas remarquer cela d’en
bas ! Et même ! On n’allait pas me refuser pour des chaussures ! Léonard le rouquin
n’avait-il pas récupéré ses parents alors qu’il avait paradé 4 pieds nus ?
— Tu peux retourner au réfectoire, mon petit Joseph.
1. Béances : trous.
2. Godillots : grosses chaussures.
3. Encrottés : recouverts.
4. Paradé : défilé.
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Sujet 1 | Énoncé
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Tous les dimanches, mes espoirs mouraient sur cette phrase. Le père Pons suggérait
que ce ne serait pas pour cette fois non plus et que je devais quitter la scène.
Demi-tour. Dix pas pour disparaître. Dix pas pour rentrer dans la douleur. Dix pas
pour redevenir orphelin. Au bout de l’estrade, un autre enfant piétinait déjà.
Éric-Emmanuel Schmitt, L’Enfant de Noé.
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
15 points
Toutes vos réponses devront être rédigées.
1 Qui est le narrateur ?
Rappel : soit le narrateur est anonyme, extérieur à l’histoire (récit à la 3e personne) ;
soit il est un personnage de l’histoire, principal ou secondaire (récit à la 1re personne). Vous devez donc observer les verbes et les pronoms personnels sujets du
texte.
2 En vous appuyant sur le passage de « On ne nous vendait pas » (l. 3) à « désireux
de nous adopter » (l. 5), expliquez quelles sont les deux situations dans lesquelles se
trouvent les enfants de la Villa Jaune.
Relisez ce passage. Pour identifier les deux situations des enfants, relevez les expressions qui évoquent les relations à leurs parents.
3 Dans la première moitié du texte, de « On ne nous vendait pas [...] » (l. 3) à « [...]
mon apparence. [...] » (l. 17) :
a) À quoi peut faire penser la manière dont les enfants se présentent aux adultes ?
b) Relevez dans ce passage des mots ou expressions qui vous permettent de justifier
votre réponse.
c) À partir des passages au discours direct, commentez l’attitude des adultes et précisez
les sentiments qu’ils peuvent éprouver.
a) Relisez le passage. Observez les champs lexicaux. Lequel pourrait évoquer la
présentation des enfants ? Quel titre donneriez-vous à ce champ lexical dominant ?
b) Utilisez votre étude des champs lexicaux du passage et sélectionnez les mots ou
expressions qui justifieront votre réponse.
c) Observez les marques du discours direct : guillemets éventuels, verbes introducteurs, des paroles, temps des verbes, etc. Analysez le sens des paroles prononcées,
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Sujet 1 | Énoncé
la façon de s’exprimer des adultes, les types de phrase. Expliquez l’attitude et les
sentiments des adultes.
4 Dans le passage de « Certes, mes chaussures [...] » (l. 18) à « [...] les poubelles. »
(l. 25) :
a) Relevez les noms qui désignent les chaussures du narrateur : quelle caractéristique
essentielle apparaît ?
b) De « Deux morceaux de carton [...] (l. 18) » à « [...] mes orteils. » (l. 20) : quelle est
la particularité grammaticale de ces phrases ? Quel est l’effet produit ?
c) En quoi le ton adopté par le narrateur dans ce passage s’oppose-t-il à la tonalité du
reste du récit ?
a) Repérez et relevez les mots ou expressions qui désignent les chaussures du nar-
rateur. Certains groupes de mots peuvent être très imagés.
b) Observez la construction de ces phrases et comparez-la à la construction habituelle (sujet + verbe + complément(s)). Que manque-t-il ? Expliquez l’effet recherché et produit sur le lecteur. Utilisez aussi votre réponse à la question 4. a).
c) Définition de « tonalité » : sur le plan affectif, émotionnel, impression générale
produite par un texte ou un passage. Interrogez-vous : que pensez-vous de la situation du narrateur et de ses camarades ? Comment la qualifieriez-vous ? Comparez
la tonalité du passage décrivant les chaussures et celle du reste du texte. Sont-elles
identiques ou différentes ? Expliquez votre réponse.
5 De « Peut-être aurais-je [...] » (l. 25) à « [...] mon petit Joseph. » (l. 29) : à quelle
conclusion en arrive le narrateur en ce qui concerne son apparence ?
Relisez ce passage. Analysez la progression du raisonnement au sujet des chaussures
du narrateur et de son apparence. Au début : « Certes, mes chaussures faisaient
mauvais effet ». Ensuite... À la fin...
6 « [...] dix pas pour me faire voir, dix pas pour obtenir une famille, dix pas pour
cesser d’être orphelin [...] » (l. 8) ; « Dix pas pour disparaître. Dix pas pour rentrer
dans la douleur. Dix pas pour redevenir orphelin [...] » (l. 32).
a) Quelle figure de style est ici utilisée ?
b) Comparez précisément ces deux courts passages : quelle conclusion pouvez-vous en
tirer ?
a) Observez les mots et la construction de ces phrases. Déterminez si la figure de
style employée repose sur la pensée (hyperbole, personnification, allégorie, etc.),
la construction (chiasme, oxymore, antithèse, etc.), l’analogie (comparaison, métaphore, etc.) ou la répétition (allitération, assonance, parallélisme, etc.). Nommez
cette figure.
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Sujet 1 | Énoncé
b) Observez ces deux passages, les mots et les constructions utilisées. Interrogez-
vous. Qu’est-ce qui est identique ? Qu’est-ce qui est différent ? Par exemple, comparez « me faire voir » et « disparaître ».
7 Dans l’ensemble du texte, dites quels sont les sentiments successifs éprouvés par le
narrateur. Vous justifierez chacune de vos réponses par des citations précises.
Relisez le texte et repérez les mots ou groupes de mots (noms, verbes, adjectifs) qui
expriment directement ou indirectement un sentiment. Nommez les sentiments du
narrateur correspondant à ces mots.
Réécriture
4 points
Transposez les phrases suivantes, où les enfants sont désignés par le pronom
« nous », à la troisième personne du pluriel et en utilisant le système du présent.
Vous ferez toutes les modifications nécessaires.
« On ne nous vendait pas ; on nous demandait de défiler sur une estrade afin que
nous trouvions preneur. Dans le public pouvaient se trouver aussi bien nos vrais
parents [...] ».
Effectuez les deux transformations :
– le passage de « nous » à « ils » implique de modifier l’accord du verbe, la personne
du déterminant possessif (« nos vrais parents »), le pronom personnel « nous »
sujet et complément d’objet direct, indirect ou second ; la forme du pronom personnel de la 3e personne du pluriel change selon qu’il est sujet, complément direct,
indirect ou second ;
– le changement de temps des verbes de l’imparfait au présent implique de modifier
la terminaison et parfois le radical, en respectant l’accord avec le nouveau sujet.
Dictée
6 points
Un grand crucifix accroché au mur complétait la décoration de ce réfectoire, dont la
porte unique, nous croyons l’avoir dit, s’ouvrait sur le jardin. Deux tables étroites,
côtoyées chacune de deux bancs de bois, faisaient deux longues lignes parallèles
d’un bout à l’autre du réfectoire. Les murs étaient blancs, les tables étaient noires ;
ces deux couleurs du deuil sont le seul rechange des couvents. Les repas étaient
revêches, et la nourriture des enfants eux-mêmes sévère. Un seul plat, viande et
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Sujet 1 | Énoncé
légumes mêlés, ou poisson salé, tel était le luxe. Ce bref ordinaire, réservé aux
pensionnaires seules, était pourtant une exception.
Victor Hugo, Les Misérables, 1862.
Deuxième partie : rédaction
15 points
Le candidat traitera l’un de ces deux sujets au choix.
Votre texte fera au moins deux pages (soit une quarantaine de lignes).
Sujet d’imagination
Imaginez la suite de ce texte, dans laquelle le narrateur raconte comment, un
dimanche, un couple choisit de l’adopter. Vous pourrez commencer par : « Le
dimanche suivant... ».
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés.
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à produire : « le narrateur raconte »,
« la suite de ce texte ». Il faut donc respecter :
– la situation : les « enchères » pour adopter un orphelin, « un couple choisit de
l’adopter » ;
– le genre narratif : le récit, avec son cadre spatio-temporel (l’orphelinat), sa chronologie (le dimanche, le défilé sur l’estrade), ses péripéties, ses passages descriptifs
et un dialogue éventuel, les personnages, leurs sentiments et leur caractère ;
– la narration à la 1re personne ;
– les temps du récit (imparfait et passé simple comme principaux temps) ;
– la ponctuation, les temps et les personnes du dialogue (discours direct) ;
– la longueur du texte : « au moins deux pages (soit une quarantaine de lignes) ».
Étape 3. Trouvez des idées : déroulement du défilé, attitude et réactions des principaux personnages, prise de parole du couple, réactions des autres personnages,
sentiments (joie, déception, colère, etc.).
Étape 4. Établissez le plan de votre rédaction :
– mettez en place la suite du récit (le dimanche suivant, l’orphelinat, la salle et son
estrade, attitude et sentiments du narrateur) ;
– décrivez le défilé (les dix pas en avant), l’attente du narrateur (sera-t-il adopté ou
pas ?), ses sentiments et réactions ;
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Sujet 1 | Énoncé
– mettez en scène la prise de parole du couple (qui parle en premier ? que dit-il/
elle ?), la décision d’adopter le narrateur ;
– exprimez les divers sentiments et réactions (du narrateur, du couple) ;
– écrivez enfin le dénouement et la conclusion, avec les perspectives d’avenir pour
le couple et le narrateur.
Étape 5. Rédigez votre texte en formant des paragraphes pour les différentes parties.
Étape 6. Relisez-vous et corrigez d’éventuelles erreurs de ponctuation, d’orthographe.
Sujet de réflexion
Dans quelle mesure l’apparence peut-elle influencer le jugement porté par les
autres ?
Vous donnerez votre réponse dans un développement argumenté et organisé.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés : « l’apparence », « influencer le jugement porté par les autres ».
Le thème général est le paraître, par rapport à l’être.
Étape 2. Repérez la forme du texte à produire : « Dans quelle mesure... ? », « Vous
donnerez votre réponse dans un développement argumenté et organisé ». Il faut donc
respecter :
– le genre argumentatif : le développement organisé, avec sa progression, ses analyses et ses arguments, ses exemples ;
– le temps de l’argumentation : le présent et les temps qui s’articulent avec lui ;
– la composition en parties et paragraphes.
Étape 3. Définissez votre point de vue, votre réponse, votre thèse.
Thèse 1. Oui, de nos jours, l’apparence influence le jugement porté par les autres.
Trouvez au moins trois arguments et exemples pour défendre cette thèse (par
exemple, la vue, la mode, les médias).
Thèse 2. Non, de nos jours, l’apparence n’influence pas le jugement porté par les
autres. Trouvez au moins trois arguments et exemples pour défendre cette thèse (par
exemple, le droit à la différence, la tolérance, le respect d’autrui).
Étape 4. Trouvez d’autres idées et arguments pour défendre la thèse choisie : qu’estce qui peut expliquer l’influence de l’apparence ? L’importance de l’image dans
notre société ? La superficialité des rapports entre les gens ?
Pensez à votre expérience personnelle, aux œuvres que vous avez lues ou étudiées
en classe et à la maison.
Étape 5. Établissez le plan de votre argumentation.
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Sujet 1 | Énoncé
– L’introduction présente le thème et pose la question. Passez une ligne avant le
développement.
– Le développement expose votre point de vue, soutenu par au moins trois arguments et trois exemples. Un paragraphe développe un argument. Défendez votre
thèse en utilisant des modalisateurs de certitude (assurément, j’affirme, incontestablement...) ou de nuance (peut-être, sans doute, emploi du conditionnel...),
des figures de style comme l’hyperbole, l’énumération, les fausses questions (ou
questions rhétoriques) ou le vocabulaire positif, mélioratif pour affirmer votre
point de vue. Passez une ligne avant la conclusion.
– La conclusion rappelle que vous avez répondu à la question posée en dressant un
bilan rapide.
Étape 6. Rédigez en matérialisant les parties (saut de ligne, retour à la ligne).
Étape 7. Relisez-vous.
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Sujet 1 | Corrigé
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
1 Le narrateur est le personnage principal de cette histoire, Joseph (l. 29), qui raconte
sa vie et son enfance à l’orphelinat La Villa Jaune, en 1942.
2 Les enfants de la Villa Jaune sont soit de véritables orphelins dont les parents sont
morts, soit des enfants séparés de leurs parents à cause de la guerre (« nos vrais parents
enfin revenus de la guerre » (l. 4)).
3 a) La manière dont les enfants se présentent aux adultes peut faire penser à une sorte
de spectacle, proche de la mise en scène théâtrale des défilés de mannequins ou des
ventes aux enchères.
b) Plusieurs expressions évoquent ce spectacle théâtralisé, ces défilés de mode ou ces
ventes aux enchères : « défiler sur une estrade » (l. 3), « je montais sur les planches »
(l. 6), « le podium » (l. 11), « nous trouvions preneur » (l. 4), « dix pas pour me faire
voir » (l. 8), « le public » (l. 4), « ces rangées de têtes » (l. 13), « soigné mon apparence »
(l. 16).
c) Certains adultes sont heureux de retrouver leur enfant perdu, ils le montrent en exprimant leur affection de manière sobre (« Mon fils ! » (l. 14)) ; d’autres sont ravis
d’avoir trouvé un enfant qui leur convient, dont l’apparence leur plaît : ils s’exclament
alors bruyamment, pour traduire la satisfaction de leur désir, comme s’il s’agissait d’un
jouet qui les comble de joie plus que d’un enfant : « C’est lui ! C’est lui que je veux !
Je l’adopte ! » (l. 14).
4 a) Les chaussures du narrateur sont désignées par les expressions ou termes suivants : « deux morceaux de carton vomi » (l. 18), « des béances ficelées par du raphia »
(l. 19), « un modèle aéré, ouvert au froid, au vent et même à mes orteils » (l. 19), « Deux
godillots » (l. 20). Ces expressions soulignent le très mauvais état de ces chaussures,
usées, trouées, rafistolées, sales, bref totalement délabrées.
b) Ces phrases sont nominales, non verbales. Ce procédé met bien en valeur l’état de
délabrement des chaussures : elles se réduisent à des trous avec un peu de matière
autour ; comme les godillots du narrateur, la phrase est réduite au minimum.
c) La tonalité générale du texte est pathétique : le narrateur exprime son émotion, suscite
l’émotion du lecteur en montrant sa souffrance d’orphelin que personne n’adopte. Le
passage qui décrit les chaussures est plutôt réaliste, il évoque de manière très crue les
chaussures grossières et usées du narrateur. Cependant ce passage se teinte aussi de
comique, d’humour dans certaines expressions qui désignent les godillots.
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Sujet 1 | Corrigé
5 La conclusion du narrateur sur son apparence est partagée car elle traduit à la fois
ses craintes sur le soin de sa tenue, notamment de ses chaussures, liées à son désespoir
de ne pas être choisi, et son espoir d’être enfin adopté malgré cet élément négatif dans
son apparence. Il se demande s’il n’aurait pas dû garder ses sabots de semaine mais
les visiteurs ne voient pas ses chaussures usées et sales ; et il poursuit son raisonnement en enchérissant (« Et même ») : Léonard a trouvé des parents adoptifs alors qu’il
était « pieds nus ». On sent ici le vif désir d’être enfin choisi malgré l’obstacle que
constituent ces godillots.
6 a) C’est une figure de répétition, une anaphore plus précisément car le même groupe
de mots se trouve en tête de plusieurs membres de phrases : « Dix pas pour... ».
b) Ces deux courts passages s’opposent : c’est une antithèse car la symétrie de la
construction permet d’opposer « me faire voir » et « disparaître », « obtenir une famille » et « rentrer dans la douleur », « cesser d’être orphelin » et « redevenir orphelin ». Ces figures de style combinées mettent en valeur les sentiments contradictoires
du narrateur, espoir et désespoir, impatience et déception, joie et douleur. Toute sa vie
s’articule autour de ces dix pas en avant puis en arrière.
7 Les sentiments du narrateur se succèdent en fonction des différentes phases de cet
épisode ; il éprouve d’abord de l’espoir (« en espérant être reconnu, sinon choisi »
(l. 6)), puis de « l’impatience », qui le propulse « sur le podium » (l. 10), ensuite le
trouble et la crainte l’envahissent (« je faiblissais [...] mes mollets arrachaient péniblement le dernier mètre » (l. 11)). Enfin, il ressent une très forte tension dans l’attente
d’une issue favorable (« Les orteils crispés, le corps tendu », (l. 15)). Dans la deuxième
partie, la crainte l’emporte : il craint de ne pas être choisi à cause de ses chaussures
délabrées, et, à la fin, il éprouve une forte déception de ne pas avoir trouvé de famille,
un profond désespoir (« mes espoirs mouraient » (l. 30)).
Réécriture
On ne les vend pas ; on leur demande de défiler sur une estrade afin qu’ils trouvent
preneur. Dans le public peuvent se trouver aussi bien leurs vrais parents.
Dictée
L’imparfait de l’indicatif est le temps dominant de ce passage descriptif des Misérables.
Les terminaisons sont identiques pour les verbes des trois groupes (-ais, -ais, -ait, -ions,
-iez, -aient).
Les verbes s’accordent avec leur sujet : « Un grand crucifix [...] complétait », « la porte
unique [...] s’ouvrait », « Deux tables [...] faisaient », « Les murs étaient », « les tables
étaient », « Les repas étaient », « la nourriture [...] était » (le verbe est sous-entendu car
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Sujet 1 | Corrigé
c’est le même que dans les phrases précédentes), « était le luxe » (le sujet et le verbe
sont inversés), « Ce bref ordinaire [...] était ».
Attention ! Plusieurs verbes sont éloignés de leur sujet, séparés par un groupe de mots
plus ou moins long.
Deux verbes sont conjugués au présent de l’indicatif : « nous croyons » (le verbe croire
change le i en y à certaines personnes de plusieurs temps) ; « ces deux couleurs du deuil
sont » (l’accord se fait avec « couleurs » et non pas avec « deuil » placé juste devant
le verbe).
Dans ce texte descriptif, de nombreux adjectifs et participes passés épithètes s’accordent en genre (masculin ou féminin) et en nombre (singulier ou pluriel) avec le(s)
nom(s) qu’ils qualifient : « Un grand crucifix accroché », « la porte unique », « Deux
tables étroites, côtoyées » (mot inscrit au tableau), « deux longues lignes parallèles »,
« le seul rechange », « Un seul plat », « viande et légumes mêlés » (quand les noms sont
de genre différent, l’adjectif prend les marques du masculin et du pluriel), « poisson
salé », « Ce bref ordinaire, réservé », « aux pensionnaires seules » (« pensionnaires »
est masculin ou féminin ; ici, l’accord se fait au féminin mais l’adjectif « seules » ne
permet pas de le savoir car la prononciation est identique : « aux pensionnaires seules »/
« un seul plat »).
Les adjectifs attributs du sujet s’accordent avec le sujet du verbe être : « Les murs
étaient blancs, les tables étaient noires », « Les repas étaient revêches » (notez l’accent
circonflexe), « tel était le luxe » (l’ordre des mots est inversé : attribut + verbe + sujet).
Plusieurs mots ont une orthographe souvent source d’erreur : « crucifix », « réfectoire » (nom masculin avec une syllabe finale en -oire. Ne confondez pas avec dortoir,
par exemple), « dont » (pronom relatif, à ne pas confondre avec la conjonction de
coordination donc), « banc » (bancal), « faisaient » (plusieurs formes du verbe faire
s’écrivent fai- et se prononcent fe), « parallèles » (notez la répartition de la lettre l),
« blanc » (blancheur, blanchir), « couvent » (une couventine est une religieuse qui vit
dans un couvent), « nourriture » (notez la répartition de la lettre r), « eux-mêmes »
(pronom personnel de la 3e personne du pluriel ; notez le trait d’union et la marque du
pluriel de « mêmes »), « exception ».
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Sujet 1 | Corrigé
Deuxième partie : rédaction
Sujet d’invention
Le dimanche suivant, le père Pons nous demanda de monter sur l’estrade pour de nouvelles enchères. À nouveau dix pas pour ne plus être orphelin. Dix pas pour me montrer
sous mon meilleur jour. Dix pas pour quitter enfin la Villa Jaune, la villa triste ! Dix
pas vers le paradis ou l’enfer...
Cette fois, j’avais abandonné mes godillots, trop ruinés, trop laids. J’avais préféré garder mes sabots de semaine. Certes, depuis la salle, on ne pouvait pas les voir, ces maudits godillots, mais je m’étais mis dans la tête qu’ils me portaient malheur, que les gens
ne voyaient que ces monstres de saleté et de laideur.
Je parcourus les dix pas sans me presser, essayant de ne pas mettre trop d’espoir ni
d’illusions dans cette autre tentative. Mes jambes me portaient sans faiblir. Je me retrouvai devant le vide. Les rangées de têtes, de chapeaux, de crânes et de bérets me
parurent plus clairsemées que d’habitude. C’était un mauvais signe. Il y aurait donc
peu d’élus en ce jour, peu d’enfants quitteraient l’orphelinat. J’étais totalement offert
à la vue et à l’appréciation des visiteurs. Je pouvais sentir leurs regards me parcourir,
me jauger, me scruter. Un silence de plomb, interminable, insupportable, planait dans
la salle. Pas le moindre frémissement. Pas le moindre souffle. Personne pour s’exclamer « C’est lui que je veux ! Je l’adopte ! » J’avais beaucoup de peine à retenir mes
larmes. Encore un échec ! Je passerais ma vie dans cette sinistre villa. C’était décidé,
jamais plus je ne participerais à ces horribles enchères, qui vous précipitent dans le
plus sombre désespoir. J’attendais la phrase fatidique du père Pons, qui me renverrait
à l’enfer de l’orphelinat, à cette existence sans parents, sans amour, sans avenir.
— Tu peux retourner au réfectoire...
— Excusez-moi, mon père. Pourriez-vous attendre un instant ? interrompit une douce
voix de femme. Comment t’appelles-tu, mon enfant ?
J’écarquillai les yeux, j’essayai de voir qui s’intéressait à moi. Un frisson parcourait
tout mon corps, mon sang se glaçait et ma poitrine allait exploser.
— Jo... Joseph, madame, balbutiai-je.
— Quel âge as-tu, Joseph ? interrogea la voix d’ange.
— Dix ans, madame, depuis le 24 février.
— Eh bien mon père, nous souhaiterions, mon mari et moi, faire plus ample connaissance avec Joseph.
Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvâmes dans le parloir. Je découvris alors
une femme brune, jeune encore, assez jolie. Elle portait avec élégance un tailleur gris
perle et un petit chapeau noir. Ses yeux brillaient d’un éclat étrange que je ne parvenais
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Sujet 1 | Corrigé
pas à définir mais son visage, tout son être exhalaient la bonté, la tendresse. Le mari se
tenait en retrait, silencieux. Il était vêtu simplement, d’un costume marron qui ne me
parut pas défraîchi. Elle me questionna longuement. Quels étaient mes goûts ? Est-ce
que j’aimais lire, faire du sport ? Depuis quand étais-je à la Villa Jaune ?... Je répondais le plus sincèrement possible mais je ne pouvais cacher mon trouble, mon émotion.
Enfin on s’intéressait à moi ! Mais au fond de moi, une petite voix me susurrait : « Attention, Joseph, ne t’emballe pas. Tu risques d’être encore plus déçu si ça ne marche
pas ». Cet avertissement, je ne voulais pas l’écouter...
— Mon petit Joseph, aimerais-tu vivre avec nous ? Nous sommes des gens modestes,
nous avons un bon métier, nous travaillons dans la couture. Malheureusement, nous
ne pouvons pas avoir d’enfant. Alors si tu le souhaites, et seulement si tu es d’accord,
nous entreprendrons les démarches d’adoption. Qu’en dis-tu ?
Que pouvais-je en dire ? J’attendais ce moment de bonheur depuis longtemps ! Une
famille ! J’allais avoir à nouveau une vraie famille ! La joie, trop forte, me submergea
et j’éclatai en sanglots. Dans un élan irrésistible, je me jetai dans leurs bras à tous deux
et parvins à murmurer : « Oh ! oui, je veux bien être votre fils ! »
Sujet de réflexion
Selon un proverbe très ancien, « l’habit ne fait pas le moine ». Il faut considérer que
la question de l’apparence, du paraître se pose depuis longtemps puisque la sagesse
populaire nous invite à ne pas juger les gens sur l’extérieur. Qu’en est-il exactement ?
Dans quelle mesure l’apparence influence-t-elle le jugement porté par les autres ?
Force est de constater que l’apparence joue un rôle considérable dans notre société.
D’abord parce que la vue est le sens sollicité en premier ; en effet, la première impression passe par le regard que l’on porte sur autrui. Nous le savons, c’est pourquoi nous
soignons notre image, l’image que nous voulons renvoyer à autrui, pour être apprécié,
accepté, aimé par ses camarades, ses amis, par le groupe. Parfois, au contraire, c’est
pour se faire remarquer, pour se différencier, voire pour choquer comme les punks, les
gothiques. La tenue vestimentaire joue donc un rôle important dans l’apparence. Ainsi
les marques, les logos constituent-ils un signe de reconnaissance auquel beaucoup de
gens, jeunes et adultes, se soumettent.
Ensuite ces phénomènes de mode sont amplifiés par les médias et désormais les réseaux
sociaux, qui disposent d’un grand pouvoir dans la diffusion des « looks », des critères
physiques et esthétiques. Par exemple, la tyrannie de la minceur dans la mode, chez
les mannequins, conduit les jeunes filles à vouloir leur ressembler, mettant quelquefois leur santé en danger en développant des comportements anorexiques. Au niveau
vestimentaire, ce souci de l’apparence lié à la mode entraîne une uniformisation : on
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Sujet 1 | Corrigé
s’habille de manière identique, on imite les vedettes, les stars, on suit les conseils donnés par Chloé, Jane ou Betty sur leur blog « Lifestyle » ; avant de « shopper », on va
voir quelles sont les tendances pour paraître « fashion »... Nous sommes évidemment
dans une civilisation de l’image donc du paraître !
Enfin, l’apparence, le paraître répondent également à des motivations plus intimes, plus
personnelles : la volonté de se protéger car on se sait vulnérable ; alors on dissimule
son être profond derrière une apparence trompeuse. Pour illustrer cette question par
un autre exemple, tout à fait révélateur du phénomène, le « délit de faciès », lors de
contrôles de police ou de demandes d’emploi, ne se fonde-t-il pas exclusivement sur
l’apparence ? Régulièrement, le gouvernement tente de lutter contre ces pratiques en
instaurant notamment le CV (curriculum vitae anonyme. La rapidité et la superficialité
des rapports humains actuels expliquent sans doute l’importance de l’apparence dans
les jugements que l’on porte.
Cependant, l’opposition entre être et paraître n’est pas aussi simple qu’on pourrait le
croire. N’existerait-il pas un « bon » paraître, une apparence qui ne soit pas mensongère ?
En premier lieu, la tenue vestimentaire ne révèle pas seulement le comportement grégaire de ceux qui se soumettent aux lois de la mode, elle est aussi le reflet de leur être,
de leur personnalité, l’expression de leur façon de vivre, de leurs goûts, de leurs idées
ou de leurs valeurs ; elle les prolonge en quelque sorte, en extériorisant qui ils sont
réellement. Dans ce cas, être et paraître ne s’opposent plus, ils se complètent. C’est
pourquoi, comme le dit La Fontaine, dans sa fable « Le Cochet, le Chat et le Souriceau » :
Garde-toi, tant que tu vivras,
de juger les gens sur la mine.
En second lieu, l’apparence est une façon d’accepter le jeu social, les relations entre
les membres de notre société, dans laquelle nous jouons la plupart du temps des rôles.
Qui ne se soucie pas de faire bonne impression lors d’un examen oral ou d’un entretien
d’embauche ? Il ne s’agit pas de faire illusion, de tromper l’autre, mais de le mettre dans
une disposition favorable qui entraînera chez lui le désir de mieux nous connaître, d’aller au-delà des apparences, de l’autre côté du miroir. D’ailleurs, le respect de l’autre, le
droit à la différence incitent à ne pas se contenter d’un jugement hâtif, reposant sur la
seule apparence ; bien au contraire, il faut développer d’authentiques rapports, fondés
sur une meilleure connaissance.
En conclusion, l’apparence influence bien le jugement porté par les autres, mais ce
jugement n’est pas nécessairement négatif, à condition de ne pas se limiter à la surface,
à l’extérieur, d’engager un véritable échange qui conduira du paraître à l’être des uns et
des autres, échange qui exige du temps dans un monde où règne trop souvent la vitesse.
25
Sujet 2
Inde, avril 2014
› Texte
Dans Pilote de guerre, Saint-Exupéry, écrivain et pilote, offre un témoignage des missions qu’il a effectuées au sein du groupe d’aviation 2/33 de 1939 à 1940, jusqu’à la
défaite et la signature de l’armistice en juin 1940 qui coupera la France en deux zones.
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Aux heures de paix, on sait où trouver chaque objet. On sait où joindre chaque ami.
On sait aussi où l’on ira dormir le soir. [...] Mais voici la guerre.
Je survole donc des routes noires de l’interminable sirop qui n’en finit plus de couler. On évacue, dit-on, les populations. Ce n’est déjà plus vrai. Elles s’évacuent
d’elles-mêmes. Il est une contagion démente dans cet exode. Car où vont-ils ces
vagabonds ? Ils se mettent en marche vers le Sud, comme s’il était, là-bas, des logements et des aliments, comme s’il était, là-bas, des tendresses pour les accueillir.
Mais il n’est, dans le Sud, que des villes pleines à craquer, où l’on couche dans
les hangars et dont les provisions s’épuisent. Où les plus généreux se font peu à
peu agressifs à cause de l’absurde de cette invasion qui, peu à peu, avec la lenteur
d’un fleuve de boue, les engloutit. Une seule province ne peut ni loger ni nourrir
la France !
Où vont-ils ? Ils ne savent pas ! Ils marchent vers des escales fantômes, car à peine
cette caravane aborde-t-elle une oasis, que déjà il n’est plus d’oasis. Chaque oasis
craque à son tour, et à son tour se déverse dans la caravane. Et si la caravane aborde
un vrai village qui fait semblant de vivre encore, elle en épuise, dès le premier soir,
toute la substance. Elle le nettoie comme les vers nettoient un os.
L’ennemi progresse plus vite que l’exode. Des voitures blindées, en certains points,
doublent le fleuve qui, alors, s’empâte et reflue. Il est des divisions allemandes
qui pataugent dans cette bouillie, et l’on rencontre ce paradoxe surprenant qu’en
certains points ceux-là mêmes qui tuaient ailleurs, donnent à boire. Nous avons
cantonné, au cours de la retraite, dans une dizaine de villages successifs. Nous
avons trempé dans la tourbe lente qui lentement traversait ces villages : « — Où
allez-vous ? — On ne sait pas. »
Jamais ils ne savaient rien. Personne ne savait rien. Ils évacuaient. Aucun refuge
n’était plus disponible. Aucune route n’était plus praticable. Ils évacuaient quand
même. On avait donné dans le Nord un grand coup de pied dans la fourmilière, et les
fourmis s’en allaient. Laborieusement. Sans panique. Sans espoir. Sans désespoir.
Comme par devoir.
Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre, 1942.
26
Sujet 2 | Énoncé
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
15 points
Toutes vos réponses devront être rédigées.
1 a) Qui sont « les populations » dont il est question au début de l’extrait ?
b) Où se rendent-elles ?
Relisez l’introduction du texte pour bien situer les événements.
a) Observez les indications de lieu du texte. Identifiez les « populations » évoquées
par le narrateur en vous appuyant sur ces indices de lieu et sur la situation.
b) Repérez dans le texte la question « Où se rendent-elles ? » répétée plusieurs fois
sous cette forme ou sous une autre. Relevez les réponses à ces questions.
2 a) Comment est appelé ce déplacement de population ?
b) Quels événements l’expliquent ?
a) Repérez dans le texte le nom qui qualifie ce déplacement massif des populations,
synonyme de « fuite ». Ce terme a été aussi employé pour nommer le déplacement
des populations de la campagne vers les villes.
b) Relisez en particulier l’introduction du texte, les premières lignes, le titre de
l’œuvre. Repérez et relevez les causes de ce déplacement de populations.
3 a) Dans quel but ces populations se déplacent-elles ?
b) En citant le texte, vous direz si elles atteignent leur but.
a) En vous appuyant sur la question 1. b), repérez et relevez le but poursuivi par ces
populations, ce qu’elles recherchent et espèrent trouver.
b) Relisez attentivement la fin du texte. Observez le type et la forme des phrases
(affirmative, négative) pour dire si le but est atteint ou non. Citez des passages du
texte pour justifier votre réponse.
4 a) Dans le deuxième paragraphe, relevez les deux expressions qui désignent le mouvement des populations. À quelle figure de style a-t-on affaire ?
b) Quelle vision le narrateur donne-t-il ainsi de cet événement ?
a) Repérez, dans le deuxième paragraphe, les passages qui évoquent de manière très
expressive le mouvement des populations, pour frapper fortement le lecteur. Observez la construction de ces deux expressions dans leur phrase (emploi de mots outils
ou non). Interrogez-vous. Comment nomme-t-on la figure de style fréquemment
employée pour exprimer de façon imagée la réalité ?
27
Sujet 2 | Énoncé
b) Analysez les mots (noms, verbes, adjectifs) qui composent ces deux expressions.
Identifiez l’idée commune qu’elles développent. Expliquez l’image que le narrateur
donne de cet événement.
5 D’où le narrateur observe-t-il cette scène ? Justifiez la réponse.
Relisez l’introduction du texte pour bien situer la scène. Précisez l’endroit d’où le
narrateur observe cette scène. Repérez et relevez un verbe qui le confirme.
6 « Nous avons trempé dans la tourbe lente qui lentement traversait ces villages »
(l. 22)
a) Qui désigne, d’une part, le pronom « nous » ?
b) Qui désigne, d’autre part, le groupe nominal « la tourbe lente » ?
c) Mettez en relation cette distinction et votre réponse à la question 5 : quelle est la
position adoptée par le narrateur ?
Relisez l’introduction du texte pour bien définir les personnages de ce récit.
a) Rappel : le pronom nous inclut je et au moins une autre personne. Qui est je ici ?
Quelle(s) autre(s) personne(s) pouvez-vous identifier ?
b) Analysez le sens de ce groupe nominal. Que signifie « tourbe » dans cette situation ? L’idée de lenteur revient plusieurs fois dans ce texte. À propos de qui ou de
quoi ? Observez la fin du quatrième paragraphe pour répondre.
c) Suivez les consignes de la question. Comparez les lieux où se trouve le narrateur.
En vous appuyant sur ces analyses, définissez la position adoptée par le narrateur.
7 a) À partir de « Chaque oasis craque [...] » et jusqu’à la fin du texte, à quels animaux
est comparée la population ?
b) Quels comportements sont suggérés par ces deux comparaisons ?
Relisez attentivement le passage évoqué.
a) Repérez le nom des deux animaux auxquels est comparée la population. Atten-
tion, la ressemblance peut s’exprimer en une comparaison ou une métaphore.
b) Analysez le comportement de ces deux animaux. Servez-vous de vos connaissances et de vos propres observations pour expliquer ces images dans ce contexte
précis.
8 a) Dans le dernier paragraphe, sur quels aspects de la situation insiste l’accumulation
des termes négatifs ?
b) Quelle est la caractéristique des cinq dernières phrases de l’extrait ? Quel effet
produisent-elles ?
c) À la lumière de votre analyse, caractérisez la tonalité de cet extrait.
28
Sujet 2 | Énoncé
a) Mettez cette question en relation avec la 3. et la 7. Indiquez les aspects mis en
valeur par l’accumulation de négations mais aussi par les formules affirmatives.
b) Observez la construction des cinq dernières phrases. Interrogez-vous : est-elle
habituelle ? Que manque-t-il ?
c) Faites le bilan de votre analyse du texte et du dernier paragraphe en particulier.
Définition de « tonalité » : d’un point de vue affectif, impression d’ensemble produite par un texte (comique, ironique, tragique, polémique, etc.).
Réécriture
4 points
Réécrivez le passage suivant en mettant le nom « village » au pluriel et en le
transposant à l’imparfait de l’indicatif. Vous ferez toutes les modifications nécessaires.
Et si la caravane aborde un vrai village qui fait semblant de vivre encore, elle en épuise,
dès le premier soir, toute la substance. Elle le nettoie comme les vers nettoient un os.
Repérez et soulignez, dans ce passage, « village » ainsi que les pronoms qui le remplacent. Mettez ces mots au pluriel, quand c’est possible, en veillant à accorder tous
les éléments que commande « village » (adjectif, déterminant, verbe). Repérez et
soulignez les verbes. Reliez-les à leur sujet par une flèche. Conjuguez les verbes à
l’imparfait de l’indicatif, en les accordant avec leur sujet. Attention à l’orthographe
de « nettoie » et « nettoient » à l’imparfait.
Dictée
6 points
Il voyait le soleil. La chambre, dès qu’il leva le volet, en fut inondée. Il ouvrit
la fenêtre et aperçut, en face, à trente mètres au moins, un immeuble blanc tout
pareil au leur. En face aussi, chaque appartement avait un balcon de ciment et, sur
quelques-uns de ces balcons, du linge séchait.
La rue des Francs-Bourgeois 1 , à l’endroit où ils habitaient trois jours plus tôt encore, était à peine large de cinq mètres et on devait descendre du trottoir quand on
croisait un passant.
Deux avions vrombissaient dans le ciel, parfois cachés par la brume matinale. On
n’était qu’à huit kilomètres d’Orly 2 .
Georges Simenon, Le Déménagement, 1967.
1. « Francs-Bourgeois » est écrit au tableau lors de l’épreuve.
2. « Orly » est écrit au tableau lors de l’épreuve.
29
Sujet 2 | Énoncé
Deuxième partie : rédaction
15 points
Vous traiterez au choix l’un des deux sujets de rédaction suivants.
Votre texte fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes).
Sujet d’imagination
Vous ferez le récit de l’exode de la population française vers la zone libre par un
de ces réfugiés : le narrateur fera partie de cette foule errante qui fuit les zones
occupées, il racontera l’arrivée des réfugiés dans l’un de ces villages refuges du
Sud, leur accueil par la population locale, les conditions de vie rencontrées.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés : « exode
de la population française », « zone libre », « fuit les zones occupées », « arrivée
des réfugiés », « un de ces villages du Sud », « accueil par la population locale »,
« conditions de vie rencontrées ».
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à produire : « le récit », « le narrateur
fera partie de cette foule errante ». Il faut donc respecter dans cette suite du récit :
– la situation : la guerre de 1939-1945, l’exode vers la zone libre ;
– le genre narratif : le récit, avec son cadre spatio-temporel, sa chronologie, ses
péripéties, ses passages descriptifs, les personnages et leur caractère ;
– la narration à la 1re personne (« le narrateur fera partie de cette foule errante ») ;
– les temps du récit (par exemple le présent comme principal temps, comme dans
le texte de Saint-Exupéry, pour rendre l’histoire plus vivante, plus actuelle).
Étape 3. Trouvez des idées ; la chronologie du récit est suggérée par le sujet : fuite
des zones occupées par les Allemands, marche lente vers la zone libre, arrivée dans
un village du Sud, accueil des réfugiés par la population locale, conditions de vie
des réfugiés dans ce village. Évoquez les réactions et les sentiments du narrateur et
des autres personnages (joie, déception, colère, fatigue, espoir, etc.).
Étape 4. Établissez le plan de votre rédaction :
– mise en place de la suite du récit (la fuite vers la zone libre, le bruit des combats,
les avions) ;
– arrivée dans un village du Sud (description rapide, installation, accueil des réfugiés par les villageois), expression des divers sentiments et réactions ;
– conditions de vie des réfugiés dans le village ;
– dénouement : installation définitive de tous les réfugiés dans ce village ? d’une
partie seulement ? Reprise de la marche lente vers un autre village ?
30
Sujet 2 | Énoncé
– la limite imposée : « au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes) ».
Étape 5. Rédigez votre texte en formant des paragraphes pour les différentes parties.
Étape 6. Relisez-vous et corrigez d’éventuelles erreurs de ponctuation, d’orthographe.
Sujet de réflexion
Pensez-vous qu’on puisse faire preuve de solidarité dans une situation difficile ?
Vous construirez votre réflexion en prenant appui sur des arguments et sur des
exemples précis.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés : « solidarité », « situation difficile ». Le thème est la solidarité dans notre société.
Étape 2. Repérez la forme du texte à produire : « Pensez-vous », « votre réflexion ».
Il faut donc respecter :
– le genre argumentatif : le développement organisé (« vous construirez »), avec sa
progression, ses analyses et ses arguments, ses exemples précis ;
– le temps de l’argumentation : le présent et les temps qui s’articulent avec lui ;
– la composition en parties et paragraphes ;
– la limite imposée : « au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes) ».
Étape 3. Définissez votre point de vue, votre réponse, votre thèse.
Thèse 1. Oui, de nos jours, la solidarité existe dans notre société. Trouvez au moins
trois arguments et exemples pour défendre cette thèse (par exemple, les gens ne sont
pas indifférents à la maladie ou à la solitude : les dons pour la lutte contre le cancer, le
téléthon ; la solidarité des jeunes envers les personnes âgées isolées ; l’engagement
dans l’humanitaire).
Thèse 2. Non, de nos jours, la solidarité n’existe plus dans notre société. Trouvez au
moins trois arguments et exemples pour défendre cette thèse (par exemple, l’inertie
de personnes témoins d’un vol ou d’une agression dans le bus ou le métro, l’égoïsme
et l’individualisme grandissants).
Étape 4. Trouvez d’autres idées et arguments pour défendre la thèse choisie : qu’estce qui peut justifier la solidarité ou son absence ? Les valeurs de partage et de fraternité ? Le développement des réseaux sociaux ? La compétition sociale et professionnelle ? Les difficultés personnelles ? Pensez à des œuvres que vous avez lues
ou à des films que vous avez vus, à des faits divers que vous connaissez, à votre
expérience personnelle.
Étape 5. Établissez le plan de votre argumentation.
31
Sujet 2 | Énoncé
– L’introduction présente le thème et pose la question. Passez une ligne avant le
développement.
– Le développement expose votre point de vue, soutenu par au moins trois arguments et trois exemples. Vous pouvez aussi nuancer votre avis en montrant
que la solidarité existe mais pas partout ni toujours. Un paragraphe développe
un argument. Défendez votre thèse en utilisant des modalisateurs de certitude
(assurément, j’affirme, incontestablement...) ou de nuance (peut-être, sans doute,
emploi du conditionnel...), des figures de style comme l’hyperbole, l’énumération, les fausses questions (ou questions rhétoriques) ou le vocabulaire positif,
mélioratif pour affirmer votre point de vue . Passez une ligne avant la conclusion.
– La conclusion rappelle que vous avez répondu à la question posée en dressant un
bilan rapide.
Étape 6. Rédigez en matérialisant les parties (saut de ligne, retour à la ligne).
Étape 7. Relisez-vous et corrigez d’éventuelles erreurs de ponctuation ou d’orthographe.
32
Sujet 2 | Corrigé
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
1 a) Les « populations » évoquées au début de l’extrait sont les Français des zones
occupées par les Allemands au début de la Seconde Guerre mondiale ; elles fuient devant l’arrivée des troupes ennemies. Mais elles ne savent pas où elles peuvent trouver
refuge, ni quel village peut les accueillir ; c’est pourquoi elles marchent sans relâche,
sans but précis.
b) Ces populations cherchent à gagner la zone libre, à se réfugier dans des villages du
sud de la France.
2 a) Ce déplacement de population se nomme « exode » (de (l. 5) et (l. 18)).
b) Cet exode s’explique par la guerre qui vient d’éclater et l’invasion du nord de la
France par les troupes allemandes.
3 a) Ces populations se déplacent pour fuir la zone des combats, le nord de la France
envahi par les Allemands, elles veulent se réfugier en zone libre, au Sud, pour échapper
à l’invasion allemande et retrouver une paix relative, un logement, de la nourriture.
b) Le but n’est pas atteint car ces réfugiés ne savent pas où ils vont : « ils marchent vers
des escales fantômes » (l. 13), « Ils évacuaient quand même » (l. 26). Les villages du
Sud sont envahis par les réfugiés, obligés d’aller toujours plus loin, pour trouver enfin
des villages qui pourraient les accueillir : « et les fourmis s’en allaient » (l. 27).
4 a) Dans le deuxième paragraphe, deux métaphores désignent le mouvement des populations : « l’interminable sirop qui n’en finit plus de couler » (l. 3) et « un fleuve de
boue » (l. 11).
b) Le narrateur donne une vision sombre de cet événement, en insistant sur les routes
noires de la foule des réfugiés qui fuient le Nord, sur cette masse boueuse qui coule
comme l’eau d’un fleuve. C’est une sorte de folie, de démence qui s’est emparée des
populations, qui se répand inexorablement sur les routes du Sud, inonde les villages.
5 Le narrateur, pilote dans le groupe d’aviation 2/33, « survole » les routes, les villages
et donc observe cette scène depuis le ciel.
6 « Nous avons trempé dans la tourbe lente qui lentement traversait ces villages »
(l. 22)
a) Le pronom personnel « nous » désigne ici le narrateur, Saint-Exupéry, et ses compa-
gnons pilotes comme lui, soldats pris dans la retraite, et immergés dans cette « tourbe
lente ».
33
Sujet 2 | Corrigé
b) Le groupe nominal « la tourbe lente » désigne les populations jetées sur les routes,
les réfugiés qui forment ce « fleuve de boue » et cet « interminable sirop ».
c) Maintenant le narrateur observe les réfugiés depuis le sol car lui aussi est sur les
routes : les soldats battent en retraite et se mêlent parfois aux populations évacuées,
à cette multitude confuse : « Nous avons cantonné, au cours de la retraite, dans une
dizaine de villages successifs. Nous avons trempé dans la tourbe lente qui lentement
traversait ces villages » (l. 21). Au milieu de cette foule, il peut lui demander où elle
va (l. 23).
7 a) À partir de « Chaque oasis craque [...] » et jusqu’à la fin du texte, la population
est comparée à des « vers » qui « nettoient un os » (l. 17) puis à des « fourmis » (l. 28).
b) Les réfugiés, affamés, dévorent tout quand ils arrivent dans un village, qui reste
comme un mort rongé par les vers, comme un squelette nettoyé de sa chair. Les fourmis
évoquent l’agitation des colonnes d’insectes noirs qui marchent vers un autre refuge
puisque l’on a donné un grand coup de pied dans leur nid (l. 27). Le narrateur insiste sur
le comportement grégaire des fourmis, qui se rassemblent en colonie pour se déplacer.
8 a) L’accumulation des termes négatifs insiste sur l’ignorance des réfugiés quant à
leur destination finale, sur le néant : on ne sait rien, on ne sait jamais rien, aucun refuge
ne peut les accueillir, aucune route n’est praticable. Il n’y a aucun espoir mais la masse
progresse quand même. C’est absurde et tragique.
b) Les cinq dernières phrases sont nominales ou non verbales. Elles sont courtes. Elles
expriment à la fois la lenteur, l’étirement des colonnes d’évacués sur les routes, leur
obstination, leur entêtement à marcher vers un but inaccessible.
c) La tonalité de cet extrait est tragique car ces populations marchent vers un refuge qui
ne sera jamais disponible, vers une sorte de vide ou de néant. Écrasés par la fatalité de
la guerre et de la destruction, par l’ombre de la mort qui plane sur eux, les réfugiés,
déshumanisés, tels des animaux, se réduisent à la seule énergie qui les fait avancer
sans penser, « Laborieusement. Sans panique. Sans espoir. Sans désespoir. Comme par
devoir ».
Réécriture
Et si la caravane abordait de vrais villages qui faisaient semblant de vivre encore,
elle en épuisait, dès le premier soir, toute la substance. Elle les nettoyait comme les
vers nettoyaient un os.
Dictée
Cet extrait comporte des verbes à l’imparfait ; les terminaisons sont identiques pour
les trois groupes (-ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient) : « il voyait » (certaines formes
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Sujet 2 | Corrigé
du verbe voir comportent un y à la place du i : nous voyons, vous voyez, je voyais,
etc.), « chaque appartement avait », « du linge séchait », « ils habitaient », « La rue
[...] était » (le verbe est très éloigné de son sujet, séparé par des groupes nominaux et
une subordonnée), « on devait », « on croisait », « Deux avions vrombissaient », « on
n’était qu’à » (attention ! le verbe est construit avec la négation restrictive ne... que).
Plusieurs verbes sont conjugués au passé simple. Les terminaisons varient selon le
groupe du verbe : -ai, -as, -a, -âmes, -âtes, -èrent (1er groupe) ; -is, -is, -it, -îmes, -îtes,
-irent (2e groupe et certains verbes du 3e ) ; -us, -us, -ut, -ûmes, -ûtes, -urent/ -ins, -ins,
-int, -înmes, -întes, -inrent (3e groupe). Écoutez bien les terminaisons pour les orthographier : « il leva » (attention ! une erreur fréquente est d’ajouter un t à la fin), « La
chambre [...] fut » (le verbe est séparé de son sujet par une subordonnée), « il ouvrit
[...] et aperçut » (attention à la cédille devant u).
Les adjectifs et les participes passés attributs s’accordent avec le sujet du verbe être :
« La chambre [...] en fut inondée », « La rue [...] était à peine large ». Ils sont éloignés
du sujet, le risque d’erreur d’accord est donc plus grand.
Un participe passé, employé comme adjectif, s’accorde en genre et en nombre avec le
nom qu’il qualifie : « Deux avions [...] cachés ». Attention ! Le nom et le participe sont
éloignés.
Les adjectifs épithètes s’accordent en genre et en nombre avec le nom qu’ils qualifient :
« un immeuble blanc tout pareil », « la brume matinale ».
Plusieurs mots se terminent par une consonne que l’on n’entend pas ; en les mettant
au féminin ou en trouvant des mots de la même famille, vous pouvez identifier cette
consonne muette : « dès » (attention à l’accent grave), « volet », « moins » (minus),
« blanc » (blanche, blanchir), « ciment » (cimenter, cimenterie), « endroit » (droite,
droitier), « plus » (plusieurs), « tôt » (n’oubliez pas l’accent circonflexe), « quand »
(même si), « passant » (passante), « parfois », « huit » (huitaine).
Plusieurs mots ont une orthographe difficile, souvent source d’erreur ou de confusion
avec un homonyme : « et » (est de être), « à » (a, as, du verbe avoir), « quelques-uns »
(n’oubliez pas le trait d’union), « ces » (déterminant démonstratif, souvent confondu
avec le possessif ses ou la forme verbale c’est ou s’est), « où » (relatif, souvent
confondu avec la conjonction de coordination ou), « plus tôt » (contraire de « plus
tard », souvent confondu avec l’adverbe plutôt, signifiant « de préférence »), quand
(même si, à cause de la liaison, vous entendez le son t devant « on croisait », la lettre
finale est d ; quand est une conjonction de subordination, introduisant une subordonnée
de temps ; remplacez par lorsque, pour être sûr(e) de l’orthographe), « vrombissaient »
(om et em s’écrivent avec un m devant b, p et m, sauf quelques exceptions comme
bonbon, bonbonne, embonpoint).
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Sujet 2 | Corrigé
Deuxième partie : rédaction
Sujet d’imagination
Le village est maintenant loin derrière nous. Nous marchons encore et toujours sur
ces routes noires de monde, encombrées de brouettes, de landaus chargés de valises
et d’ustensiles de cuisine, de vélos auxquels on a attaché une carriole de fortune où
l’on a parfois installé, au lieu du bric-à-brac habituel, les enfants épuisés par ces jours
d’exode vers un Sud qui se révèle de moins en moins accueillant.
Et pourtant les réfugiés que je vois autour de moi continuent d’avancer, animés par
je ne sais quel fol espoir ou tout simplement par l’énergie du désespoir. « Peut-être
qu’au prochain village... Qui sait ? Ils pourront nous héberger... » Alors, comme eux,
je marche. Sans penser. En mettant un pied devant l’autre.
Soudain, deux avions vrombissent, encore cachés par les nuages du ciel gris. Amis
ou ennemis ? Nul ne se pose la question ! C’est la débandade ! Pris de panique, on se
précipite dans les fossés, derrière les talus, dans un bosquet tout proche. Je m’étale de
tout mon long dans un champ de betteraves. Je lève les yeux. La route est désertée,
jonchée de sacs, de valises, de vélos abandonnés... On craint que les pilotes allemands
ne mitraillent la route, comme ils l’ont fait la semaine dernière en Mayenne, faisant de
nombreuses victimes dans la colonne des réfugiés.
Fausse alerte. Les avions ont poursuivi leur route. Tout le monde se relève, hébété, sort
des abris de fortune et regagne la route. La colonne s’ébranle et le lent cheminement
reprend. Inlassablement. Durant des heures et des heures qui me semblent interminables...
Et puis un murmure s’élève, enfle... « Un autre village, là-bas, à flanc de colline ! » Le
pas se fait plus rapide, pour y arriver avant la tombée de la nuit.
Une heure plus tard, nous voici à l’entrée du village. Plutôt un gros bourg regroupant
des maisons basses de pierre blanche, aux toits d’ardoise gris bleu. Au centre, j’aperçois
le clocher de l’église. Un peu à l’écart, quelques bâtiments plus grands, longs. Sans
doute des fermes ou des hangars agricoles.
Alertés par le grondement du fleuve des réfugiés, des villageois, intrigués, écartent le
rideau de leur fenêtre, d’autres, plus curieux ou plus téméraires, sortent sur le pas de
leur porte. Quelques minutes plus tard, un homme, le visage un peu rougeaud, arrive
en courant. Il porte l’écharpe tricolore de maire. Il s’arrête net quand il découvre le
long serpent qui ondule sur la route. Une discussion s’engage alors avec les hommes
du début de la colonne. En jouant des coudes, j’essaie de m’approcher pour entendre
les négociations, car c’est bien de cela qu’il s’agit ; en effet, qui souhaite voir débarquer
36
Sujet 2 | Corrigé
chez lui des centaines de réfugiés, épuisés, affamés, assoiffés, en quête d’un endroit où
s’arrêter enfin ?
« Combien êtes-vous ? demande le maire.
— Nous ne savons pas. Nous n’avons jamais compté. Des gens ont abandonné, d’autres
se sont joints à nous. Impossible de savoir. »
Les villageois s’approchent, veulent participer aux décisions qui vont être prises.
Quelques-uns s’animent, s’échauffent ; je vois bien la peur dans leurs regards. La peur
de devoir prendre en charge tous ces miséreux qui vont dévorer leurs provisions, boire
leur vin et leur eau, saccager champs et prés, voler leurs poules et gober leurs œufs. La
même peur que j’ai lue dans les yeux des habitants des villages traversés depuis que
nous avons fui le Nord et ses combats, les journées terrés dans les caves.
Mais quelques femmes, jusque-là silencieuses, prennent la parole. « On ne peut pas
les laisser repartir. Regardez les enfants et les bébés. Ils sont exténués ; ils pourraient
mourir si on ne s’occupe pas d’eux.
— Pour sûr ! s’exclame une autre, pleine de compassion pour ces innocentes victimes.
Je vais chercher du lait. On a fini de traire les vaches tantôt. Ça leur fera du bien. Et
pour les enfants, de bonnes grosses tartines beurrées, avec de la confiture. Vous aimez
ça, les enfants ? »
Devant la détermination des femmes, les hommes n’osent plus rien dire. Une telle
générosité, un tel esprit de solidarité me réchauffent le cœur. Je commençais à douter
de la nature humaine.
L’hébergement s’organise. Le maire ouvre le foyer rural pour y installer les familles
avec enfants. Les hangars, les étables, le moindre bâtiment vide sont réquisitionnés.
On s’y entasse tant bien que mal mais c’est mieux que de dormir à la belle étoile, au
creux d’un fossé ou sous un arbre. Au moins nous aurons chaud cette nuit. Les femmes
du village arrivent avec des paniers remplis de pain, de saucissons, de fromages, de
pommes... On dirait la corne d’abondance qui déverse ses richesses ! Les yeux des
réfugiés qui m’entourent s’allument, pétillent. Quelle joie de trouver cette chaleur humaine que nous n’espérions plus.
37
Sujet 2 | Corrigé
Sujet de réflexion
De récents faits divers ont révélé que des personnes aux revenus modestes sont venues
en aide à des immigrés clandestins cherchant à gagner l’Angleterre et vivant, en attendant un éventuel passage, dans des conditions très précaires aux environs de Calais.
Elles leur apportaient nourriture et boissons chaudes, rechargeaient leur téléphone portable. Mais cet exemple particulièrement édifiant prouve-t-il qu’en règle générale on
peut faire preuve de solidarité dans des conditions difficiles ?
Malheureusement, force est de constater que d’autres faits divers ont montré l’inertie,
l’indifférence et même la lâcheté de personnes qui assistaient à un vol ou à une bagarre
dans les transports, métro, bus ou train. Aucun voyageur n’a porté secours à la victime
des violences. En effet, le sentiment d’insécurité est parfois si fort dans des circonstances difficiles que l’on préfère ne pas faire preuve de solidarité envers une victime
par peur de subir soi-même des violences.
Par ailleurs, on dit que les gens deviennent de plus en plus égoïstes et individualistes :
ils pensent d’abord à eux. Cet individualisme fragilise la cohésion sociale et la solidarité
entre les membres d’une société. Des publicités, à la télévision, exploitent désormais ce
comportement en montrant des hommes, des femmes, des jeunes refusant de partager
une barre chocolatée ou un paquet de chips, prêts à tout pour en priver l’autre ! Des
spots précédents mettaient en scène des personnes qui acceptaient de partager. C’est
de la publicité, certes, mais celle-ci véhicule les valeurs et les comportements de notre
société, elle en est le reflet. L’homme actuel semble donc se replier sur lui-même,
privilégier son propre bien-être, sa liberté individuelle au détriment d’un altruisme qui
l’inciterait à aider les autres, à se montrer solidaire, surtout dans les difficultés.
Cependant cette vision de notre société et de nos contemporains n’est-elle pas trop
sombre, trop pessimiste ?
Les bénévoles sont très nombreux dans les associations comme le Secours populaire,
les Restos du cœur. Ils donnent de leur temps, de leur énergie pour aider les plus démunis ; ils sont souvent prêts à partager le peu qu’ils possèdent avec celui qui est dans
le besoin. Certains n’hésitent pas à partir dans des zones dangereuses, des pays en
guerre, pour s’engager dans des actions humanitaires : apporter de la nourriture, des
médicaments, des soins. Hélas ! Quelques-uns ont payé de leur vie ce désir, ce besoin
de solidarité. La solidarité s’exprime également lors de manifestations comme le Téléthon ou les campagnes de la Croix-Rouge : les dons à des associations, à des œuvres
de charité sont nombreux car les gens se sentent concernés par la lutte contre les maladies, par la recherche médicale ; en effet, chacun de nous peut, un jour, être touché
par la maladie. L’essor considérable des réseaux sociaux renforce cette solidarité car la
vitesse des communications aujourd’hui permet de mobiliser beaucoup de personnes
38
Sujet 2 | Corrigé
en un temps très court. On l’a vu récemment à propos d’enfants malades, nécessitant
une opération chirurgicale très chère ; les internautes ont réuni rapidement les fonds
nécessaires au financement de cette intervention. Ces exemples prouvent que l’individualisme forcené ne règne pas dans notre société.
Enfin, si nous nous référons à la guerre évoquée par Saint-Exupéry dans Pilote de
guerre, nous devons parler des résistants qui ont lutté pour libérer leur pays, des gens
simples qui, au péril de leur vie, ont caché un pilote anglais ou américain, des enfants et
même des familles entières pour qu’ils échappent aux Allemands. Nous pouvons citer
comme exemple Le Journal d’Anne Frank, dans lequel elle raconte comment des amis
de sa famille les ont aidés à se cacher, ou le film de Louis Malle, Au revoir les enfants,
racontant comment un prêtre a caché des enfants juifs au milieu des pensionnaires de
son collège afin de les sauver de la déportation. Nous constatons bien que dans ces
situations extrêmement difficiles la solidarité est possible car les hommes s’engagent
pour la liberté, la justice et le bien.
Je pense que c’est avant tout une question de dignité humaine, de conscience d’appartenir à une humanité qui défend de nobles valeurs, des valeurs supérieures de fraternité,
de générosité, de solidarité, un idéal d’homme. Ces deux citations illustrent parfaitement ces aspirations morales élevées : « Il y a dans les hommes plus de choses à admirer
que de choses à mépriser » (Albert Camus). « Il est bon de suivre sa pente pourvu que
ce soit en montant » (André Gide).
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Sujet 3
Polynésie, septembre 2013
› Texte
Dans ce chapitre, Loana, la mère de l’héroïne se souvient de sa demande en mariage
à Tahiti. Voici l’histoire de la demande en mariage de Loana.
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Après la mort de sa mère, Loana est allée vivre chez une tatie éloignée et son mari,
un Irlandais. La tatie et son mari étaient des catholiques très pratiquants. [...]
Ils allaient à la messe à Sainte-Thérèse, et Tatie a inscrit Loana à la chorale de la
paroisse parce qu’à son avis, Loana avait une voix magnifique et puis une fille qui
chante pour le Bon Dieu a toutes les chances de se pêcher un bon mari — à l’église.
Tatie, elle, n’avait pas rencontré son mari à l’église mais c’était une bonne prise
quand même. Elle avait eu de la chance.
Alors Loana chantait dans la chorale à l’église tous les dimanches matin.
Un beau jour, Auguste et sa famille ont commencé à venir régulièrement à la messe
à Sainte-Thérése — avant, ils allaient à la cathédrale.
Pour Auguste, ça a été le coup de foudre. Tous les dimanches il était là, assis au
premier rang, et il admirait Loana : il ne faisait que ça. Elle ne le remarquait même
pas, elle était trop occupée avec les cantiques 1 .
Un jour, juste après la messe, la mère d’Auguste a engagé la conversation avec la
tatie de Loana. Elle voulait en savoir un peu plus sur la jeune fille, et Tatie a dit :
« Ah ma nièce, c’est une très bonne fille. Elle va à la messe tous les dimanches
— c’est pas le genre à traîner sur la route. » Les deux femmes ont causé un bon
moment et se sont quittées en s’embrassant comme si elles se connaissaient depuis
toujours.
Le dimanche suivant, on a fait des présentations dans les règles et après ça, cinq
dimanches de suite, Auguste et Loana ont fait la causette devant l’église après la
messe.
Un jour, en rentrant de l’église, Tatie, avec un clin d’œil, a dit en riant à Loana :
« Tu as pêché une sacrée pièce, ma fille. »
Il y a eu une demande en mariage et la tatie comptait bien sûr que Loana dirait oui,
parce qu’Auguste venait d’une famille très respectable, et qu’il avait un bel avenir
devant lui comme instituteur. C’était aussi un catholique très pratiquant et, en plus,
il avait un visage agréable et des manières irréprochables.
Tatie dit à Loana : « Pense à cette demande en mariage, ma fille. Il faut y penser
sérieusement. »
1. Cantique : chant religieux.
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Sujet 3 | Énoncé
35
En attendant, on a décidé que le jeune homme viendrait en visite. C’est Tatie qui
avait fixé la date et l’heure.
Auguste est arrivé à six heures précises comme l’avait demandé Tatie — il est
arrivé avec une plante en pot pour Tatie, qui ne s’y attendait pas du tout.
Ils se sont assis à la table de la cuisine : Auguste et Tatie d’un côté et Loana de
l’autre.
Célestine Hitiura Vaite, L’Arbre à pain, Au vent des îles, 2002.
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
15 points
Toutes vos réponses devront être rédigées.
1 « Des catholiques très pratiquants » (l. 2)
a) Expliquez le mot « pratiquants ».
b) Donnez deux mots de la même famille.
a) Un mot peut avoir plusieurs sens selon le contexte où il est employé : on pratique
un sport, un instrument de musique. Quel sens a ce mot quand il s’agit de religion ?
b) Pour former des mots de la même famille, on repère le radical puis on change le
suffixe ou on ajoute un préfixe.
2 « Alors Loana chantait [...] » (l. 8)
a) À quel temps est conjugué le verbe ?
b) Quelle est la valeur de ce temps ?
c) Relevez un indice temporel qui justifie cette valeur.
a) Pour identifier un temps, on observe la terminaison, la présence éventuelle d’un
suffixe ; on définit aussi le contexte dans lequel ce temps est employé : ici, il s’agit
d’un roman (voir le titre du livre).
b) Chaque temps possède une ou plusieurs valeurs ; par exemple, le présent employé
dans un proverbe exprime une vérité générale : La nuit porte conseil.
c) La valeur d’un temps est parfois renforcée par un indice temporel ; par exemple,
l’adverbe « bientôt » renforce la valeur de futur immédiat ou proche du présent :
J’arrive bientôt. Repérez l’indice temporel dans la phrase du texte. Quel sens a-t-il ?
41
Sujet 3 | Énoncé
3 « Coup de foudre » (l. 11)
Expliquez cette expression ; dans quel sens est-elle employée ?
Un mot ou une expression peuvent avoir un sens propre et un sens figuré. Auguste
a-t-il été frappé par la foudre, par un éclair, lors d’un orage ?
4 « Il admirait Loana : il ne faisait que ça. » (l. 12)
Remplacez les deux points par un mot coordonnant dont vous donnerez la nature.
Un mot coordonnant est une conjonction de coordination (mais, ou, et, donc, or, ni,
car) ou un adverbe de liaison (puis, ensuite, cependant, etc.). Ces mots possèdent une
valeur temporelle ou logique (opposition, addition, cause, etc.). Interrogez-vous sur
la valeur des deux points employés pour lier les deux propositions.
5 Pourquoi la mère d’Auguste rencontre-t-elle la tatie de Loana ? Relevez des éléments du texte.
Relisez le texte surtout à partir de « Un jour, juste après la messe... ». Interrogezvous. Quels sont les projets de Tatie et de la mère d’Auguste ? Repérez et relevez
les indices qui expliquent les raisons de cette rencontre. Relisez aussi l’introduction
du texte en italique.
6 Tatie a dit : « Ah ma nièce, c’est une très bonne fille. Elle va à la messe tous les
dimanches [...] » (l. 16)
Quelle forme de discours reconnaissez-vous ? Justifiez.
Rappel : les paroles sont rapportées de trois manières : discours direct, indirect,
indirect libre. Chaque discours possède des caractéristiques propres : ponctuation,
guillemets, temps verbaux, pronoms personnels, verbe introducteur. Observez et relevez les caractéristiques de cette phrase pour identifier le type de discours rapporté.
7 Transformez ce passage en discours indirect. Vous commencerez votre phrase par :
Tatie a dit que...
Définition : le discours indirect transforme les paroles rapportées pour les intégrer
dans le récit sous la forme d’une proposition subordonnée introduite par un verbe
de parole. Vous devez modifier le temps des verbes « est » et « va » (en concordance
avec « a dit »), et la personne du déterminant possessif « ma nièce ». Pouvez-vous
garder tous les mots de la phrase ?
8 « Tu as pêché une sacrée pièce [...] » (l. 24)
De qui parle la Tatie ? Quel trait de caractère de la Tatie cette remarque révèle-t-elle ?
Relisez le deuxième paragraphe pour répondre. Définissez le trait de caractère de
Tatie en vous appuyant sur le sens de la métaphore « pêché une sacrée pièce ».
Est-il question d’amour ici ?
42
Sujet 3 | Énoncé
9 Pourquoi est-il important qu’Auguste vienne « d’une famille très respectable »
(l. 26) ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur le texte.
Pour répondre, relisez votre réponse de la question 8. Repérez et relevez les passages
qui justifient votre réponse (la famille d’Auguste est très pratiquante...).
10 « Des manières irréprochables » (l. 28)
Décomposez le mot « irréprochables » et donnez son sens.
Un mot dérivé est formé d’un radical auquel on ajoute un préfixe, un suffixe ou les
deux. Chaque partie du mot a un sens. Quel sens a le radical ? Quelles nuances les
éléments ajoutés apportent-ils ?
11 « Pense à cette demande en mariage [...] » (l. 29)
Quel est le mode utilisé dans cette phrase ? Quelle est sa valeur ?
Il existe plusieurs modes verbaux : indicatif, subjonctif, conditionnel, impératif, infinitif, participe. Certains ne se conjuguent pas avec les pronoms personnels (je,
tu, il, elle, nous, vous, ils, elles). Observe la forme verbale « Pense ». Les modes
expriment certaines valeurs.
12 « Qui avait fixé la date et l’heure. » (l. 31)
Donnez la nature et la fonction de cette proposition.
Une subordonnée est introduite par un mot subordonnant : conjonction de subordination, mot interrogatif (conjonction, adverbe, pronom, déterminant), mot relatif
(pronom, adverbe). Repérez le mot subordonnant de cette proposition. Identifiez-le
en relisant la phrase concernée. De quoi dépend cette subordonnée ? D’un verbe ?
D’un nom ?
13 Sur quels critères se marie-t-on selon la Tatie ? Rédigez votre réponse en tenant
compte de vos réponses précédentes.
Rédigez une synthèse de vos analyses et réponses précédentes, notamment 1, 5, 8,
9 et 10.
43
Sujet 3 | Énoncé
Réécriture
4 points
Réécrivez le texte à partir de « En attendant » et jusqu’à la fin en remplaçant
« le jeune homme », « Auguste » et « ils se sont assis » par le pronom personnel
« elles ». Vous effectuerez tous les changements nécessaires.
« En attendant, on a décidé que le jeune homme viendrait en visite. C’est Tatie qui
avait fixé la date et l’heure.
Auguste est arrivé à six heures précises comme l’avait demandé Tatie — il est
arrivé avec une plante en pot pour Tatie, qui ne s’y attendait pas du tout.
Ils se sont assis à la table de la cuisine : Auguste et Tatie d’un côté et Loana de
l’autre. »
Effectuez toutes les modifications rendues nécessaires par le passage du masculin
singulier (« Auguste », « le jeune homme ») au féminin pluriel (« elles »). Attention,
il n’y a désormais que des personnages féminins autour de la table.
Dictée
6 points
Auguste est tombé à genoux et il a dit à Loana : « Je te jure que je ferai de toi une
femme heureuse. »
Mais un soir que Loana était assise sous la véranda, en train de réfléchir, elle s’est
rendu compte qu’elle n’avait pas envie d’être la femme d’Auguste. Elle n’éprouvait rien pour lui et elle savait que normalement on éprouve quelque chose pour
l’homme qu’on va épouser. Elle savait, par exemple, que lorsque Tatie avait rencontré Gordon pour la première fois, elle s’était dit : « Cet homme-là, il est pour
moi. Cet homme-là, je veux de lui ! »
Célestine Hitiura Vaite, L’Arbre à pain, Au vent des îles, 2002.
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Sujet 3 | Énoncé
Deuxième partie : rédaction
15 points
Vous traiterez au choix l’un des deux sujets de rédaction suivants.
Votre texte fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes).
Sujet d’imagination
Racontez la suite du texte, en tenant compte du cadre spatio-temporel ; vous
respecterez les personnages, leur caractère, le temps des verbes.
Vous inclurez un dialogue argumenté où Loana donne son avis, sa réponse et ses
sentiments sur son éventuelle union avec Auguste.
Vous donnerez au moins trois arguments en accord ou non avec la proposition
d’Auguste.
Votre texte sera structuré en paragraphes.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés.
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à produire : « Racontez », « la suite
du texte », « un dialogue argumenté », « Loana donne son avis, sa réponse et ses
sentiments », « union éventuelle avec Auguste ». Il faut donc respecter :
– la situation : demande en mariage, mariage arrangé ;
– le genre narratif : le récit, avec son cadre spatio-temporel, sa chronologie, ses
péripéties, ses passages descriptifs et son dialogue obligatoire, les personnages et
leur caractère ;
– la narration à la 3e personne ;
– le dialogue argumentatif de Loana : acceptation ou refus du mariage (trois arguments au moins) ;
– les temps du récit (ici imparfait et passé composé comme principaux temps) ;
– la ponctuation, les temps et les personnes du dialogue (discours direct).
Étape 3. Trouvez des idées : déroulement de la rencontre, attitude et réactions des
trois personnages, prise de parole de Loana, sa décision (oui ou non) et ses arguments (je suis trop jeune, je ne t’aime pas, etc.), réactions des autres personnages,
sentiments (joie, déception, colère, etc.).
Étape 4. Établissez le plan de votre rédaction :
– mise en place de la suite du récit (la cuisine, la table, attitude des personnages) ;
– déclenchement de la prise de parole (qui parle en premier ? que dit-il/elle ?), discours argumenté de Loana ;
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Sujet 3 | Énoncé
– expression des divers sentiments et réactions ;
– dénouement et conclusion : perspective d’avenir (mariage de Loana, départ de
Loana ?).
Étape 5. Rédigez votre texte en formant des paragraphes pour les différentes parties.
Étape 6. Relisez-vous et corrigez d’éventuelles erreurs de ponctuation, d’orthographe.
Sujet de réflexion
Pensez-vous que la société moderne pose un regard positif et bienveillant sur le
mariage arrangé ?
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés : « la société
moderne », « regard positif et bienveillant », « mariage arrangé ». Le thème est le
mariage arrangé.
Étape 2. Repérez la forme du texte à produire : « Pensez-vous... ? ». Vous présenterez votre réflexion sur le thème en un développement organisé et argumenté même
si le sujet ne le précise pas. Il faut donc respecter :
– le genre argumentatif : le développement organisé, avec sa progression, ses analyses et ses arguments, ses exemples ;
– le temps de l’argumentation : le présent et les temps qui s’articulent avec lui ;
– la composition en parties et paragraphes.
Étape 3. Définissez votre point de vue, votre réponse, votre thèse.
Thèse 1. Oui, de nos jours, la société porte un regard positif et bienveillant sur le
mariage arrangé. Trouvez au moins trois arguments et exemples pour défendre cette
thèse (par exemple, les jeunes ne sont pas assez expérimentés, mûrs pour choisir
leur conjoint ou conjointe).
Thèse 2. Non, de nos jours, la société ne porte pas un regard positif et bienveillant
sur le mariage arrangé. Trouvez au moins trois arguments et exemples pour défendre
cette thèse (par exemple, le mariage arrangé conduit à un échec assuré car l’union
repose sur un arrangement économique et non sur la liberté ou l’amour).
Étape 4. Trouvez d’autres idées et arguments pour défendre la thèse choisie : qu’estce qui peut justifier un mariage arrangé ? Des intérêts sociaux, financiers ? Mariage
arrangé ou mariage forcé ? Pensez aux œuvres que vous avez lues ou étudiées en
classe, à la maison. Par exemple, certaines pièces de Molière.
Étape 5. Établissez le plan de votre argumentation :
– L’introduction présente le thème et pose la question. Passez une ligne avant le
développement.
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Sujet 3 | Énoncé
– Le développement expose votre point de vue, soutenu par au moins trois arguments et trois exemples. Un paragraphe développe un argument. Défendez votre
thèse en utilisant des modalisateurs de certitude (assurément, j’affirme, incontestablement...) ou de nuance (peut-être, sans doute, emploi du conditionnel...),
des figures de style comme l’hyperbole, l’énumération, les fausses questions (ou
questions rhétoriques) ou le vocabulaire positif, mélioratif pour affirmer votre
point de vue. Passez une ligne avant la conclusion.
– La conclusion rappelle que vous avez répondu à la question posée en dressant un
bilan rapide.
Étape 6. Rédigez en matérialisant les parties (sauts de ligne, retours à la ligne).
Étape 7. Relisez-vous.
47
Sujet 3 | Corrigé
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
1 a) Le mot « pratiquants » signifie « qui observent les règles et les rites d’une religion » ; par exemple, un catholique pratiquant va régulièrement à la messe, respecte
l’enseignement de la Bible.
b) L’adverbe pratiquement et l’adjectif praticable appartiennent à la même famille que
« pratiquant ».
2 a) Ce verbe est conjugué à l’imparfait de l’indicatif.
b) La valeur de l’imparfait est ici l’habitude, la répétition.
c) Le complément circonstanciel de temps « tous les dimanches matin » justifie cette
valeur d’habitude.
3 L’expression « coup de foudre » désigne un amour soudain et irrésistible. Elle est
employée dans un sens figuré.
4 Il admirait Loana, donc il ne faisait que ça. Le mot de liaison est une conjonction
de coordination.
5 La famille d’Auguste, qui fréquentait la cathédrale, est venue régulièrement à
Sainte-Thérèse, pour voir et écouter Loana. Puis, un jour, la mère d’Auguste « a engagé la conversation avec la tatie de Loana » (l. 14). Elle se renseigne sur la jeune
fille : « Elle voulait en savoir un peu plus » (l. 15). Son intention est de marier Auguste
à Loana. Depuis le début du texte, il est question de « se pêcher un bon mari » (l. 5).
6 Cette façon de rapporter les paroles est le discours direct ; il est introduit par le
verbe « a dit », suivi des deux points. Les paroles rapportées sont entre guillemets ; on
note aussi l’emploi du présent et les marques de 1re personne, le déterminant possessif
« ma ».
7 Tatie a dit que sa nièce était une très bonne fille, qu’elle allait à la messe tous les
dimanches et que ce n’était pas le genre à traîner sur la route.
8 La « sacrée pièce » désigne Auguste. Elle veut dire que ce garçon est un parti très
intéressant pour un mariage. La tante de Loana se montre intéressée, soucieuse des
aspects matériels : situation sociale, profession d’Auguste, argent, biens...
9 Il est important qu’Auguste vienne « d’une famille respectable », c’est-à-dire respectée pour sa supériorité sociale (« il avait un bel avenir devant lui comme instituteur »
(l. 26)), sa pratique de la religion catholique (« un catholique très pratiquant » (l. 27)),
son honorabilité ; Auguste a aussi grâce à sa bonne éducation « des manières irréprochables » (l. 28). Ainsi Loana fera un très bon mariage, elle qui est orpheline.
48
Sujet 3 | Corrigé
10 L’adjectif « irréprochables » est composé d’un préfixe négatif ir-/in-, du radical
reprocher et du suffixe -able. Cet adjectif signifie que l’on ne peut rien reprocher aux
manières d’Auguste : elles sont bonnes et belles.
11 Le mode du verbe « pense » est l’impératif. Il a une valeur d’ordre, de conseil
insistant car Tatie ajoute : « Il faut y penser sérieusement ».
12 « Qui avait fixé la date et l’heure » est une proposition subordonnée relative ; dans
la construction emphatique « c’est... qui », la relative est complément de l’antécédent
« Tatie ».
13 Selon la tatie, on se marie suivant des critères sociaux et professionnels, moraux :
il faut appartenir à une bonne famille, honorable, avoir une bonne situation, un bon métier, d’excellentes manières. Les critères sont aussi religieux : il faut être un catholique
pratiquant. Enfin, Tatie évoque un critère physique : « il avait un visage agréable ».
Réécriture
En attendant, on a décidé qu’elles viendraient en visite. C’est Tatie qui avait fixé la
date et l’heure. Elles sont arrivées à six heures précises comme l’avait demandé Tatie
— elles sont arrivées avec une plante en pot pour Tatie, qui ne s’y attendait pas du
tout. Elles se sont assises à la table de la cuisine : elles et Tatie d’un côté et Loana de
l’autre.
Dictée
Plusieurs verbes se conjuguent avec l’auxiliaire être. Le participe passé s’accorde avec
le sujet : « Auguste est tombé », « Loana était assise ». Le participe passé ne s’accorde
pas : « elle s’est rendu compte », « elle s’était dit » (c’est comme si le verbe était suivi
d’un COD et d’un COS : elle avait rendu compte à elle-même, elle avait dit quelque
chose à elle-même).
Plusieurs verbes sont conjugués à l’imparfait de l’indicatif, à la 3e personne du singulier : « elle n’avait pas », « elle n’éprouvait rien », « elle savait ». Attention : « je ferai »
est au futur simple.
Au présent de l’indicatif, le verbe vouloir se termine par un -x : « je veux » (tu veux).
Le verbe aller sert parfois d’auxiliaire, il est suivi de l’infinitif : « on va épouser ».
Les noms genou, hibou, chou, caillou, bijou, joujou, pou prennent un x au pluriel.
Il ne faut pas confondre la préposition à et a (3e personne du présent de avoir) : « à
genoux », « à Loana » ; « il a dit ».
Plusieurs mots se terminent par une consonne que l’on n’entend pas ; en mettant au
féminin ou en cherchant un mot de la même famille, on peut identifier cette consonne :
« dit » (dite), « sous » (soustraire, souscrire).
49
Sujet 3 | Corrigé
Quelques mots ont une orthographe source fréquente d’erreurs ou de confusions avec
un homonyme : « est »/ « et », « toi » (toit), « heureuse », « en train de » (entrain),
« s’est » (c’est), « compte » (conte, comte), « fois » (foi, foie).
« Cet homme-là » : devant un mot masculin commençant par une voyelle ou un h non
aspiré, on emploie le démonstratif cet : ce livre, cet ouvrage, cet habit. Il ne faut pas
le confondre avec le féminin : cette femme, cette avenue, cette habitude. Notez le trait
d’union et l’accent grave sur là.
Deuxième partie : rédaction
Sujet d’imagination
Tous trois se regardaient en silence, conscients de ce qui se jouait dans cette rencontre.
Leur avenir. Comme à l’église, Auguste admirait Loana, n’osant prendre la parole le
premier. Plusieurs minutes se sont écoulées. Alors Tatie, impatiente, a lancé la discussion en demandant à sa nièce ce qu’elle pensait de la proposition de mariage. Dans la
tête de Loana, les idées se bousculaient. Devait-elle accepter et ainsi satisfaire Tatie ?
Devait-elle refuser l’offre, au risque de décevoir sa tante et de s’attirer sa colère ? Que
deviendrait-elle si Tatie la chassait de chez elle ? C’était une véritable tempête sous le
crâne de la jeune fille.
Auguste, lui, n’espérait qu’une chose, que Loana dise oui, car il était fou d’elle depuis
le premier jour où il l’avait aperçue. Il n’avait aucune doute, elle était la femme de sa
vie. Prenant son courage à deux mains, il a demandé d’une voix tremblante : « Loana,
veux-tu m’épouser ? Je te promets de te rendre heureuse toute notre vie. »
Tatie était contente qu’Auguste ait réussi à vaincre sa timidité ; elle espérait que sa
nièce était convaincue et allait accepter ce mariage. Loana a regardé sa tatie puis a fixé
Auguste dans les yeux.
« Je te remercie de ta proposition et je sais que tu es sincère quand tu affirmes que tu
feras tout pour me rendre heureuse. J’ai conscience que vous tous attendez beaucoup
de moi mais je dois refuser cette offre. Ce n’est pas ce que j’imagine pour ma vie
future : je ne me vois pas mariée aussi jeune. Le mariage, maintenant, fermerait mon
horizon, or je rêve de liberté, d’évasion, de voyage. Je ne veux pas rester ici à Tahiti, je
veux découvrir d’autres pays. Partir ! J’aime mon île mais le monde est vaste. Et puis
j’ai l’intention de poursuivre des études, et si possible des études supérieures, obtenir
un diplôme, exercer un métier que j’aime et que j’aurai choisi. L’existence de femme
au foyer, attendant le retour de son mari, lui préparant de bons petits plats, tenant la
maison propre et en ordre, comme le fait ta mère par exemple, ne me satisfera pas, j’en
50
Sujet 3 | Corrigé
ai la certitude absolue. Et je ne suis pas prête à devenir mère car je sais que nos familles
insisteront pour que nous ayons des enfants rapidement. Non, je t’en prie... laisse-moi
terminer. Si tu m’interromps, je crois que je n’aurai pas la force de tout expliquer. Il
y a tant de choses à voir dans ce monde et j’espère pouvoir les admirer. Mais le plus
important à mes yeux est que je veux choisir moi-même l’homme de ma vie. Tu ferais
sans doute un bon mari, attentionné, ta situation te permettrait de m’apporter le confort
matériel, la sécurité. Moi, je veux l’amour, le coup de foudre, la passion. Je veux sentir
le frisson de tout mon être quand je verrai l’aimé, quand j’entendrai sa voix. Certes
ce sont peut-être des rêves de jeune fille romanesque ou romantique mais c’est mon
choix. Je crains qu’avec toi, Auguste, le mariage ne se transforme jamais en amour. Je
lis la déception dans tes yeux, je ne peux t’offrir que mon amitié. »
Auguste était devenu pâle, immobile sur sa chaise. Soudain, il s’est levé et, en silence, a
quitté la maison. Loana se retrouvait seule avec Tatie et redoutait sa réaction. Allait-elle
la jeter dehors, elle qui apportait le déshonneur sur sa maison ?
Sujet de réflexion
Plusieurs débats agitent notre société depuis quelque temps ; ils portent en particulier
sur la famille, sur la place de la femme, l’égalité entre les sexes. La question du mariage
revient régulièrement dans ces discussions : les couples mariés résistent-ils au temps et
à l’usure du quotidien ? Est-il nécessaire de se marier pour vivre en couple ? Un aspect
de ce sujet retient notre attention encore aujourd’hui : le mariage arrangé. Quel regard
notre société porte-t-elle sur cette forme d’union ?
Les mariages arrangés existaient dans les siècles passés dans les familles royales pour
des raisons politiques, ou encore économiques dans les familles aisées de la bourgeoisie
et parfois même chez les paysans. Molière a d’ailleurs évoqué ce sujet dans plusieurs
de ses comédies : L’Avare, L’École des femmes, par exemple. On aurait pu croire que
cette pratique avait disparu dans notre société moderne. Sans doute les jeunes filles
aimeraient-elles pouvoir choisir librement leur futur époux mais certaines influences,
certaines traditions, certaines valeurs, l’autorité paternelle contribuent à faire perdurer
le mariage arrangé. Comme dans le roman de Célestine Hitiura Vaite, les parents ont
le projet d’un bon mariage avec le fils d’une famille respectable, à la situation aisée si
possible, et d’une réputation irréprochable. Tout est organisé, planifié, décidé par les
parents, parfois avant même que les jeunes gens se rencontrent. Où sont la spontanéité
du coup de foudre, la découverte progressive de l’autre ? C’est une conception des
rapports amoureux très différente. D’ailleurs certains, jeunes filles ou jeunes hommes,
pensent quelquefois qu’ils manquent d’expérience, de lucidité pour bien choisir celui ou celle qui va partager leur vie ; c’est pourquoi ils acceptent l’arrangement passé
51
Sujet 3 | Corrigé
entre les parents, soucieux de ne pas les décevoir, conscients que c’est dans l’intérêt
du futur époux ou de la future épouse. Cependant, il arrive que la pression se fasse
plus forte, que le choix soit irrévocable. On s’oriente alors vers un mariage forcé. Sans
tomber dans les excès d’un féminisme étroit, des réactions, des protestations s’élèvent
aujourd’hui de plus en plus contre cette forme de « violence » faite aux femmes principalement, cette atteinte à la liberté de chacune de choisir un mari, ce non-respect des
droits individuels. Il est vrai que le développement de la scolarité, la poursuite d’études,
l’accès des femmes au monde du travail favorisent chez elles un désir d’émancipation,
d’autonomie, de liberté, d’égalité. De plus, le mariage est un acte majeur dans la vie
des hommes, un moment de bonheur dans la vie d’un couple, ce qui n’est guère compatible avec une union arrangée. Par ailleurs, le mariage est codifié par la loi afin que
les droits et libertés soient respectés. L’échange des consentements témoigne du choix
librement consenti par les époux. Avoir le choix, c’est pouvoir accepter ou refuser le
projet que l’on a négocié pour vous, à votre place. Un mouvement général, impulsé par
les jeunes eux-mêmes, hommes et femmes, vers une plus grande participation dans le
choix de leur conjoint semble s’imposer de nos jours. Cette évolution est inévitable ;
elle n’est ni un manque de respect des parents ni une absence d’amour filial, elle est la
manifestation d’une volonté de prendre en main sa destinée, son projet de vie, car on
conçoit difficilement que le mariage se transforme en amour, alors que l’on sait bien
que l’amour se transforme en mariage.
En conclusion, la société moderne ne porte pas un regard positif et bienveillant sur
le mariage arrangé dans la mesure où il heurte trop les principes et valeurs largement
défendus, la liberté individuelle, le droit de chacun à un choix libre, l’égalité entre
homme et femme.
52
Sujet 4
Sujet national, juin 2013
› Texte
Dans le sud de l’Italie, une vieille femme évoque son enfance, au cours de laquelle sa
famille a tenté de fuir le pays pour s’installer à New York. Elle s’adresse à un personnage nommé don Salvatore. L’action se déroule dans la première moitié du XXe siècle.
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10
15
20
25
Don Giorgio nous a menés jusqu’au port et nous avons embarqué sur un de ces paquebots construits pour emmener les crève-la-faim d’un point à un autre du globe,
dans de grands soupirs de fioul 1 . Nous avons pris place sur le pont au milieu de
nos semblables. Miséreux d’Europe au regard affamé. Familles entières ou gamins
esseulés. Comme tous les autres, nous nous sommes tenus par la main pour ne pas
nous perdre dans la foule. Comme tous les autres, la première nuit, nous n’avons pu
trouver le sommeil, craignant que des mains vicieuses 2 ne nous dérobent la couverture que nous nous partagions. Comme tous les autres, nous avons pleuré lorsque
l’immense bateau a quitté la baie de Naples. « La vie commence », a murmuré
Domenico. L’Italie disparaissait à vue d’œil. Comme tous les autres, nous nous
sommes tournés vers l’Amérique, attendant le jour où les côtes seraient en vue,
espérant, dans des rêves étranges, que tout là-bas soit différent, les couleurs, les
odeurs, les lois, les hommes. Tout. Plus grand. Plus doux. Durant la traversée, nous
restions agrippés des heures au parapet 3 , rêvant à ce que pouvait bien être ce continent où les crasseux comme nous étaient les bienvenus. Les jours étaient longs,
mais cela importait peu, car les rêves que nous faisions avaient besoin d’heures
entières pour se développer dans nos esprits. Les jours étaient longs mais nous les
avons laissés couler avec bonheur puisque le monde commençait.
Un jour enfin, nous sommes entrés dans la baie de New York. Le paquebot se
dirigeait lentement vers la petite île d’Ellis Island. La joie de ce jour, don Salvatore,
je ne l’oublierai jamais. Nous dansions et criions. Une agitation frénétique avait pris
possession du pont. Tout le monde voulait voir la terre nouvelle. Nous acclamions
chaque chalutier de pêcheur que nous dépassions. Tous montraient du doigt les
immeubles de Manhattan. Nous dévorions des yeux chaque détail de la côte.
Lorsque enfin le bateau fut à quai, nous descendîmes dans un brouhaha de joie et
d’impatience. La foule emplit le grand hall de la petite île. Le monde entier était là.
Nous entendions parler des langues que nous prîmes d’abord pour du milanais ou
1. Fioul : carburant, dérivé du pétrole, qu’utilisent les bateaux.
2. Mains vicieuses : mains de voleur.
3. Parapet : barrière placée sur le bord du pont pour empêcher les passagers de tomber à l’eau.
53
Sujet 4 | Énoncé
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du romain 4 , mais nous dûmes ensuite convenir que ce qui se passait ici était bien
plus vaste. Le monde entier nous entourait. Nous aurions pu nous sentir perdus.
Nous étions étrangers. Nous ne comprenions rien. Mais un sentiment étrange nous
envahit, don Salvatore. Nous avions la conviction que nous étions ici à notre place.
Laurent Gaudé, Le Soleil des Scorta, 2004.
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
15 points
Toutes vos réponses devront être rédigées.
1 « [...] ce continent où les crasseux comme nous étaient les bienvenus. » (l. 14)
a) De quel continent s’agit-il ?
b) Qui est désigné par l’expression « les crasseux » ? Que pensez-vous de cette formu-
lation ?
a) Repérez et relevez des mots ou expressions qui vous permettent d’identifier ce
continent.
b) Repérez et relevez des mots ou expressions qui vous aident à trouver l’identité
des crasseux. Interrogez-vous : cette expression est-elle positive ou négative ?
2 En vous appuyant précisément sur le texte, expliquez ce que les personnages attendent de ce nouveau pays.
Repérez et relevez les mots ou expressions qui vous permettent d’identifier les espoirs et les attentes des personnages.
3 a) Par quels sentiments successifs passent les personnages aux différentes étapes du
voyage ? Illustrez votre réponse par des éléments précis du texte.
Définition de « sentiment » : état affectif dû à des émotions.
Repérez et relevez les expressions qui renvoient aux différents sentiments ressentis
par les personnages lors de la traversée. Reformulez ces sentiments avec vos propres
mots en vous efforçant de trouver des synonymes.
4. Le milanais, le romain : dialectes italiens.
54
Sujet 4 | Énoncé
b) Pourquoi le « sentiment » évoqué dans le dernier paragraphe est-il qualifié
d’« étrange » ?
Repérez et relevez les mots ou expressions qui expliquent les raisons pour lesquelles
leur sentiment est étrange, bizarre, inattendu dans le dernier paragraphe. Expliquez
pourquoi les personnages ressentent un sentiment étrange.
4 « Le paquebot se dirigeait lentement vers la petite île d’Ellis Island. La joie de ce
jour, don Salvatore, je ne l’oublierai jamais. Nous dansions et criions. » (l. 19)
Identifiez les deux temps utilisés et justifiez l’emploi de chacun.
Interrogez-vous : quels verbes expriment une action ou un état qui a lieu dans le
passé ? Quel verbe exprime une action ou un état qui a lieu dans le futur ? Quels sont
les temps utilisés ? Pourquoi ces temps sont-ils utilisés ? Quelle est leur valeur ?
5 « Miséreux d’Europe au regard affamé. Familles entières ou gamins esseulés. » (l. 4)
a) Quelle remarque grammaticale pouvez-vous faire sur la construction de ces deux
phrases ?
b) Quel effet produisent-elles sur le lecteur ?
a) Interrogez-vous : pourquoi ces deux phrases vous semblent-elles étranges ? En
quoi ne respectent-elles pas le modèle habituel de la phrase que l’on rencontre traditionnellement : sujet – verbe – complément. ? Que manque-t-il ?
b) Quelle impression le narrateur cherche-t-il à produire ? Sur quoi souhaite-t-il insister lorsqu’il parle ainsi des immigrants ? Vous devez expliquer l’impression que
produit cette phrase chez le lecteur.
6 Pensez-vous que Domenico a raison en murmurant « La vie commence » (l. 9) ?
Développez votre réponse en quelques lignes. Vous prendrez appui sur le texte et éventuellement votre culture personnelle.
Il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse. Ce qui compte, c’est que vous réussissiez
à défendre votre point de vue en vous appuyant sur des arguments pertinents et
valables. Vous devez extraire des mots ou expressions pour justifier votre avis mais
vous pouvez aussi vous aider de votre culture personnelle (les films que vous avez
vus, les livres que vous avez lus, votre expérience personnelle) pour répondre.
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Sujet 4 | Énoncé
Réécriture
4 points
Réécrivez les phrases suivantes, en remplaçant les pronoms de la 1re personne
du pluriel (nous) par la 3e personne du pluriel (ils).
Vous ferez toutes les modifications nécessaires.
Comme tous les autres, nous nous sommes tenus par la main pour ne pas nous
perdre dans la foule. Comme tous les autres, la première nuit, nous n’avons pu
trouver le sommeil, craignant que des mains vicieuses ne nous dérobent la couverture que nous nous partagions.
Commencez par souligner les pronoms personnels nous qui désignent les immigrants puis soulignez les pronoms personnels de la 1re personne du pluriel
(nous) qui désignent les immigrants et qui accompagnent les verbes pronominaux.
Transformez-les en pronoms personnels de la 3e personne du pluriel (ils).
Soulignez ensuite les verbes dont ils est sujet et modifiez la terminaison des verbes
conjugués.
Enfin, soulignez les pronoms personnels COI de la 1re personne du pluriel qui désignent les immigrants (nous) et transformez-les en pronoms personnels COI de la
3e personne du pluriel (ils).
Dictée
6 points
Tous les émigrants n’étaient pas obligés de passer par Ellis Island. Ceux qui avaient
suffisamment d’argent pour voyager en première ou en deuxième classe étaient rapidement inspectés à bord par un médecin et un officier d’état civil et débarquaient
sans problèmes. Le gouvernement fédéral estimait que ces émigrants auraient de
quoi subvenir à leurs besoins et ne risqueraient pas d’être à la charge de l’État.
Les émigrants qui devaient passer par Ellis étaient ceux qui voyageaient en troisième classe [...] dans de grands dortoirs non seulement sans fenêtres mais pratiquement sans aération et sans lumière, où deux mille passagers s’entassaient sur
des paillasses superposées.
Georges Perec, Ellis Island, 1980.
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Sujet 4 | Énoncé
Deuxième partie : rédaction
15 points
Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets de rédaction suivants.
Votre texte fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes).
Sujet d’imagination
Imaginez la suite de ce texte, dans laquelle la narratrice raconte les premiers
jours des personnages à New York.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet.
Étape 2. Repérez et soulignez d’une couleur les mots clés qui évoquent le thème du
texte que vous devez écrire.
Étape 3. Repérez et soulignez la forme du texte que vous devez écrire. Ici : « Imaginez la suite de ce texte », « raconte ». Il faut donc respecter :
–
–
–
–
le genre du texte : le roman, le récit ;
les pronoms personnels utilisés : je et nous ;
les temps des verbes utilisés ;
la cohérence des personnages et des lieux avec le texte proposé.
Étape 4. Trouvez des idées : pour cela, reprenez les mots clés qui indiquent le thème
du sujet. Ici, « Imaginez la suite du texte », « les premiers jours des personnages ».
Qui sont les personnages dont vous souhaitez parler ? Comment sont-ils ? Que fontils ? Que ressentent-ils ?
Étape 5. Établissez le plan de votre devoir.
Type et forme du texte
Idées à développer
Temps à utiliser et
outils
Récit/ Narration/ Description
éventuellement.
Attention, le devoir doit
comporter trois ou quatre
paragraphes différents.
Les premiers jours des
personnages à New York.
Pour trouver des idées,
répondez aux questions :
Où ? Quand ? Qui ?
Pourquoi ? Comment ?
Inspirez-vous des idées du
texte.
L’imparfait et/ ou le
passé simple.
Étape 6. Relisez-vous.
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Sujet 4 | Énoncé
Sujet de réflexion
Le monde d’aujourd’hui laisse-t-il encore place, selon vous, à un ailleurs qui
fasse rêver ?
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet.
Étape 2. Repérez et soulignez d’une couleur les mots clés qui évoquent le thème du
devoir et les parties.
Étape 3. Repérez et proposez une définition des mots clés :
– « laisser place à » : permettre à quelque chose d’exister ;
– « un ailleurs » : un autre lieu, différent de celui où l’on est et dont on a l’habitude ;
– « rêver » : se représenter par l’imagination quelque chose que l’on souhaite de
manière chimérique ; imaginer, inventer, souhaiter.
Étape 4. Repérez la forme du texte que vous devez écrire. Ici : un texte de type
argumentatif composé d’arguments et d’exemples dans lequel « vous donnerez votre
réponse dans un développement argumenté et organisé. » Vous conjuguerez donc les
verbes au présent.
Vous pouvez traiter le sujet de plusieurs manières :
Solution 1 : Vous choisissez le point de vue suivant : oui, le monde d’aujourd’hui
laisse de la place à un ailleurs qui fait rêver (point de vue A). Vous développez deux
ou trois arguments, illustrés d’exemples pour défendre cette thèse.
Solution 2 : Vous choisissez le point de vue suivant : non, le monde d’aujourd’hui
ne laisse pas de place à un ailleurs qui fasse rêver (point de vue B). Vous développez
deux ou trois arguments, illustrés d’exemples, pour défendre cette thèse.
Solution 3 : Dans une première partie, vous choisissez de défendre le point de vue A
ou B à l’aide de deux arguments illustrés d’exemples. Puis, dans une deuxième partie, vous choisissez de nuancer (sans vous contredire) ce que vous avez affirmé dans
la première partie à l’aide d’un ou de deux arguments illustrés d’exemples :
– modèle 1 : le point de vue A est valable mais dans une certaine mesure le point
de vue B est acceptable aussi ;
– modèle 2 : le point de vue B est valable mais dans une certaine mesure le point
de vue A est acceptable aussi.
Étape 5. Interrogez-vous pour trouver des arguments et des exemples. Par exemple :
Dans le monde d’aujourd’hui existe-t-il un pays qui fasse rêver et dans lequel on
souhaiterait vivre ? Quel pays offre aujourd’hui des conditions de vie (personnelles
et professionnelles) qui font rêver ? Les conditions de vie des gens leur permettentelles de rêver ?
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Sujet 4 | Énoncé
Étape 6. Établissez le plan de votre devoir.
Dans le corrigé, la solution 2 a été choisie comme illustration.
L’introduction doit servir à exposer le problème et à introduire le thème. Vous devez
rédiger votre introduction au présent.
Le développement de l’argumentation doit comporter deux ou trois parties. Pour
chacune des parties, il faudra trouver au moins un argument et l’expliciter à l’aide
d’un exemple. Il y a aura donc autant de parties que d’arguments et d’exemples (dans
la limite de trois). Tout comme dans l’introduction, le temps utilisé sera le présent.
Il faudra veiller à utiliser :
– des modalisateurs de la certitude (il est évident, il est certain, assurément, incontestablement...) ;
– des connecteurs logiques (en premier lieu, de plus, ensuite, enfin, en effet, dès
lors, de fait, par conséquent, donc...) ;
– des modalisateurs qui expriment la possibilité (peut-être, il est possible, il est
nécessaire...) ;
– des phrases de type exclamatif et des questions rhétoriques pour souligner votre
désir de convaincre, des hyperboles pour souligner votre détermination.
La conclusion du devoir doit être l’occasion de faire un bilan sur le sujet.
Étape 7. Relisez-vous.
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Sujet 4 | Corrigé
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
1 a) Le continent dont il s’agit est l’Amérique comme le montrent les expressions
« New York » et « Ellis Island ».
b) Les « crasseux » désignent les immigrants, les pauvres qui quittent l’Italie pour aller
en Amérique. Cette formulation est péjorative.
2 Les personnages espèrent une vie différente, nouvelle et meilleure : « espérant...
que tout là-bas soit différent, les couleurs, les odeurs ». Ils attendent un changement
total par rapport à leur vie d’avant : « Tout ». Ils espèrent être traités différemment,
car « les lois, les hommes » seraient différents. Il y aurait une place pour eux dans ce
monde « Plus grand ». Ils vivraient enfin décemment sur un continent où la vie serait
plus douce : « Plus doux ».
3 a) Les personnages ressentent plusieurs sentiments au cours de leur voyage.
D’abord, ils sont apeurés lorsqu’ils arrivent sur le paquebot : « nous nous sommes
tenus par la main pour ne pas nous perdre dans la foule ». Ensuite, ils ressentent de
la tristesse lorsque le paquebot s’éloigne des côtes italiennes : « nous avons pleuré
lorsque l’immense bateau a quitté la baie de Naples », puis de l’espoir en rêvant au
monde meilleur qui les attend : « espérant, dans des rêves étranges ». Ils ressentent de
l’excitation lorsqu’ils voient l’Amérique : « Nous dansions et criions. », « Une agitation frénétique », « Nous acclamions », ils « montraient du doigt » et « dévor[aient] des
yeux chaque détail de la côte ». Enfin, lorsque les immigrants débarquent ils éprouvent
une grande joie : « brouhaha de joie et d’impatience ».
b) Le sentiment évoqué est qualifié d’« étrange » car ces immigrants sont des étrangers qui ne savent pas ce qui les attend exactement (« Nous ne comprenions rien. »).
Pourtant, ils se sentent bien et sont persuadés d’être à leur place : « Nous avions la
conviction que nous étions ici à notre place. »
4 Les deux temps utilisés dans cette phrase sont l’imparfait (« se dirigeait », « dansions
et criions ») et le futur (« oublierai »). L’imparfait a une valeur descriptive. En effet,
il permet de décrire ici le trajet du paquebot et les réactions des personnages. Le futur
est employé ici par la narratrice qui évoque ses sentiments. Elle exprime une idée qui
sera toujours vraie dans le futur : « je ne l’oublierai jamais ».
5 a) Ces deux phrases n’ont pas de verbe : elles sont nominales.
b) Le lecteur a l’impression que ces personnages n’ont pas d’identité propre. L’absence
de verbe souligne leur déshumanisation. Ces pauvres sont juste une masse informe de
personnes frappées par la pauvreté.
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Sujet 4 | Corrigé
6 Je pense que Domenico a raison en murmurant « La vie commence ». En effet, ils
étaient miséreux dans leur pays : « crève-la-faim », « Miséreux d’Europe au regard
affamé ». Ils espèrent un changement dans leur vie : « espérant [...] que tout là-bas
soit différent ». Les États-Unis constituent un monde nouveau et bien plus grand, dans
lequel tout semble possible : « Le monde entier était là. Nous entendions parler des
langues [...] ce qui se passait ici était bien plus vaste ». Par exemple, Charlie Chaplin
est un immigrant qui a connu la célébrité aux États-Unis. De plus, le film Le Parrain de
Coppola montre la fuite d’un enfant de l’Italie vers les États-Unis. Celui-ci deviendra
par la suite un des plus importants chefs de la mafia.
Mais vous pouviez éventuellement dire aussi que les immigrants étaient souvent mal
traités aux États-Unis et qu’ils restaient pauvres et misérables.
Réécriture
Comme tous les autres, ils se sont tenus par la main pour ne pas se perdre dans la foule.
Comme tous les autres, la première nuit, ils n’ont pu trouver le sommeil, craignant que
des mains vicieuses ne leur dérobent la couverture qu’ils se partageaient.
Dictée
Le texte est un extrait de roman, à l’imparfait. Certains verbes sont au conditionnel
présent.
Chaque verbe s’accorde avec son sujet :
– à l’imparfait, les terminaisons sont identiques pour tous les verbes : -ais, -ais, -ait,
-ions, -iez, -aient : « Tous les émigrants n’étaient pas... », « Ceux qui avaient...
étaient » (le verbe est loin du sujet), « débarquaient » (le verbe est loin du sujet), « Le
gouvernement fédéral estimait », « Les émigrants qui devaient... étaient », « ceux qui
voyageaient », « deux mille passagers s’entassaient » ;
– au conditionnel présent, les terminaisons sont identiques pour tous les verbes et ce
sont les mêmes que celles de l’imparfait : « ces émigrants auraient », « ne risqueraient
pas ».
Les participes passés s’accordent avec le sujet :
– dans l’expression « les émigrants n’étaient pas obligés » ;
– dans le verbe « inspecter », à la voix passive, « ceux qui... étaient rapidement inspectés ».
Les participes employés comme adjectifs s’accordent avec le nom qu’ils qualifient :
« des paillasses superposées ».
Plusieurs verbes sont à l’infinitif car ils dépendent soit d’une préposition (« pas obligés
de passer », « suffisamment d’argent pour voyager »), soit d’un verbe (« qui devaient
61
Sujet 4 | Corrigé
passer »). Une consonne redouble dans les mots « suffisamment », « officier », « s’entassaient », « paillasses ».
Dans des expressions comme « à bord », « à la charge », « à » prend un accent car c’est
une préposition. Attention à l’orthographe de :
– « ceux » (pronom démonstratif pluriel), à ne pas confondre avec ce (déterminant ou
pronom démonstratif singulier) et se (pronom réfléchi) ;
– « ces » dans l’expression « ces émigrants ». Ici c’est bien un déterminant démonstratif, à ne pas confondre avec ses (déterminant possessif) ;
– « où » (pronom indiquant le lieu), à ne pas confondre avec ou (conjonction de coordination).
On écrit « de grands dortoirs » : « de » remplace dans ce cas l’article indéfini pluriel
des.
Attention à la préposition sans :
– on écrit « sans aération » et « sans lumière » au singulier car ce sont deux noms
indénombrables ;
– dans le cas de noms dénombrables, on écrit « sans problèmes » et « sans fenêtres »,
mais ces deux expressions pourraient aussi s’écrire sans s : « sans problème », « sans
fenêtre ». Les deux orthographes sont acceptées.
Devant un verbe, le pronom personnel leur est invariable. Devant un nom, s’il est
pluriel, on accorde le déterminant possessif leurs : « leurs besoins ».
Les adverbes en -ment s’écrivent -amment, s’ils sont dérivés d’un adjectif en -ant. C’est
le cas de l’adverbe suffisamment, dérivé de l’adjectif suffisant.
62
Sujet 4 | Corrigé
Deuxième partie : rédaction
Sujet d’imagination
Maintenant que nous étions arrivés sur l’île d’Ellis d’Island, il nous fallait désormais
rejoindre au plus vite le vieux continent qu’est l’Amérique, mais nous ne savions pas
comment nous y prendre. À notre grande surprise, nous vîmes des gens se diriger vers
un bateau. Je devinai qu’il s’agissait d’un bateau chargé d’effectuer les liaisons maritimes entre l’île et la ville de New York. Notre voyage était loin d’être fini, il fallait
encore être patients et courageux. Nous montâmes sur le bateau et rapidement nous
accostâmes à proximité du centre-ville de New York. Émerveillés et impressionnés,
nous levâmes tous les yeux vers ces immeubles, ces géants de pierre et de fenêtres, qui
s’évertuaient à fendre les nuages. Nous nous sentions minuscules au milieu de cette
forêt de buildings, à l’architecture étonnante. Cela contrastait nettement avec les maisons basses et rustiques dans lesquelles nous vivions en Italie ! Les ruelles pittoresques
de notre pays natal laissaient place à de grands boulevards où grouillaient une multitude de gens, tous pressés et bien habillés. Je rougis de honte : nous étions sales et nos
vêtements usés témoignaient de notre pauvreté.
Nous étions aussi faibles et terrassés par la fatigue : il fallait à tout prix que nous trouvions de quoi nous nourrir. Quelques mètres plus loin, nous aperçûmes un parc et des
bancs. Nous nous installâmes. De la pelouse verdoyante, des arbres centenaires, des
écureuils peu farouches. Je me sentis alors soulagée. Domenico partit à la recherche
de nourriture tandis que d’autres s’affalèrent sur les pelouses. Pour ma part, je m’assis
sur un banc et je contemplai cet étrange havre de paix, situé à deux pas du tumulte de
la ville. J’étais fascinée. Domenico revint et nous dévorâmes les quelques croûtons de
pain qu’il avait trouvés au détour d’une poubelle. La nuit tombait doucement et nous
décidâmes de dormir dans le parc. Je m’apprêtais à m’endormir lorsque j’entendis des
chiens aboyer et des voix aux accents rauques. Les gardiens du parc s’avancèrent vers
nous. Je compris, au ton menaçant qu’ils employaient, que nous n’étions pas les bienvenus. Dans la panique, nous nous levâmes et nous quittâmes le parc. Je me souviendrai
toute ma vie de la frayeur que j’ai ressentie au cours de cette nuit.
Dans la pénombre, nous nous dirigeâmes tant bien que mal vers les bords de l’Hudson.
Malgré la faim qui nous tenaillait le ventre, nous nous installâmes sous un pont et nous
nous endormîmes rapidement. Le lendemain, nous errions dans la ville, sans savoir où
aller ni que faire. Domenico avait évoqué l’existence d’un quartier dans lequel vivaient
de nombreux Italiens et nous avions convenu qu’en l’état actuel des choses la meilleure
solution était de nous y rendre. Malgré mon extrême lassitude, je décidai de demander notre chemin à une passante. Quelle chance nous eûmes ! Cette jeune femme était
63
Sujet 4 | Corrigé
italienne et elle avait migré aux États-Unis, quelques années auparavant. Elle était heureuse de pouvoir nous aider. Elle nous emmena dans le quartier italien : c’est là qu’elle
vivait avec le reste de sa famille. Elle nous accueillit chez elle chaleureusement et nous
proposa de rester autant que nous le souhaitions. Malgré la difficulté du voyage et les
conditions dans lesquelles nous arrivâmes, je n’oublierai jamais l’émerveillement que
j’ai ressenti lorsque je suis arrivée à New York.
Sujet de réflexion
Le monde d’aujourd’hui se caractérise par la rapidité, la compétitivité, la consommation et la communication, ce qui ne laisse guère de place a priori au rêve, à l’imagination et au désir de créativité. L’existence quotidienne, à la fois trépidante et monotone,
permet difficilement d’envisager un ailleurs qui fasse rêver, même si la mondialisation
nous ouvre virtuellement toutes les frontières.
En premier lieu, les individus ont peu de temps et de disposition d’esprit pour envisager
un ailleurs qui fasse rêver. En effet, notre travail monopolise une grande partie de notre
énergie physique, intellectuelle et psychologique. Il s’avère alors difficile de trouver le
temps de rêver à un ailleurs idyllique, d’envisager un départ vers un pays lointain aux
rivages paradisiaques, réservé, semble-t-il, aux cartes postales des agences de voyages.
Par exemple, lorsque j’interroge mon père sur la possibilité pour la famille d’envisager
un nouveau départ dans un pays lointain, il me répond toujours qu’il travaille trop et
qu’il n’a pas le temps d’y penser.
Par ailleurs, je suis convaincu que les difficultés économiques actuelles engendrent une
morosité, et parfois une souffrance, incompatibles avec l’idée d’un ailleurs. De fait,
s’autoriser à envisager un ailleurs, ou l’espérer, c’est se projeter de manière positive
dans l’avenir. Or, il est impossible, pour certains, de penser ainsi. En effet, les gens
qui sont au chômage, qui peinent à payer leur loyer et leurs charges ou qui gagnent un
salaire insuffisant ont pour seul objectif de vivre, voire de survivre. Économiquement
et psychologiquement, il semble donc difficile pour eux d’opérer une telle projection.
Ainsi, ma mère qui travaillait chez Virgin Megastore a été licenciée récemment. Elle
se bat tous les jours pour retrouver un emploi et nous devons désormais vivre sur les
économies qu’elle avait consacrées à nos vacances. Je doute fortement que sa situation
personnelle et professionnelle l’encourage à rêver d’un nouveau départ dans un pays
étranger.
Enfin, aujourd’hui, les gens semblent davantage vivre dans un monde virtuel que dans
un monde réel. C’est le nouveau monde, l’ailleurs moderne. Les hommes ne peuvent
plus rêver à un ailleurs car ils sont submergés par leurs échanges sur Facebook et
perdent leur temps à surfer sur le web. Or, paradoxalement, de telles activités anni64
Sujet 4 | Corrigé
hilent toute aspiration à un ailleurs. Par exemple, mon meilleur ami passe au moins
deux heures tous les soirs à jouer à Call of Duty et il est en contact permanent avec
ses amis via Skype et Facebook. Quand je lui parle de mon désir d’aller dans un pays
étranger qui me fait rêver, comme l’Australie, il se moque de moi. Il considère qu’il est
déjà dans un ailleurs ; il se complaît, en fait, dans une virtualité rassurante alors que le
départ pour un pays étranger nécessite un vrai courage, des efforts d’adaptation à une
nouvelle langue et à des coutumes que l’on ne connaît pas, une volonté de réussir.
En définitive, le monde dans lequel nous vivons ne laisse guère l’opportunité aux
hommes d’envisager un ailleurs qui fasse rêver. Il faut que l’action relaie nécessairement le rêve et que le désir de partir soit motivé par un projet cohérent et une authentique volonté de construire sa vie. Ainsi ce désir d’ailleurs sortira des clichés et des
rêveries stériles pour redevenir le moteur de l’action des hommes sur le monde.
65
Sujet 5
Guyane, Guadeloupe, Martinique, juin 2013
› Texte
Cette scène se situe au tout début du roman.
5
10
15
20
25
30
Il était une fois cinq soldats français qui faisaient la guerre parce que les choses
sont ainsi.
Le premier, jadis aventureux et gai, portait à son cou le matricule 2124 d’un bureau
de recrutement de la Seine. Il avait des bottes à ses pieds, prises à un Allemand et
ces bottes s’enfonçaient dans la boue, de tranchée en tranchée, à travers le labyrinthe abandonné de Dieu qui menait aux premières lignes 1 .
L’un suivant l’autre et peinant à chaque pas, ils allaient tous les cinq vers les premières lignes, les bras liés dans le dos. Des hommes avec des fusils les conduisaient, de tranchée en tranchée – floc et floc des bottes prises à un allemand –, vers
les grands reflets froids du soir par-delà les premières lignes, par-delà le cheval
mort et les caisses de munitions perdues, et toutes ces choses ensevelies sous la
neige.
Il y avait beaucoup de neige et c’était le premier mois de 1917 et dans les premiers
jours.
Le 2124 avançait dans les boyaux 2 en arrachant, pas après pas, ses jambes de la
boue et parfois l’un des bonshommes l’aidait en le tirant par la manche de sa vieille
capote, changeant son fusil d’épaule, le tirant par le bras de sa capote raidie, sans
un mot, l’aidant à soulever une jambe après l’autre hors de la boue.
Et puis des visages.
Il y avait des dizaines et des dizaines de visages, tous alignés du même côté dans
les boyaux étroits et des yeux cernés de boue fixaient au passage les cinq soldats
épuisés qui tiraient tout le poids de leur corps en avant pour marcher, pour aller plus
loin vers les premières lignes. Sous les casques, dans la lumière du soir par-delà
les arbres tronqués, contre les murs de terre perverse, des regards muets dans des
cernes de boue qui suivaient un instant, de proche en proche, les cinq soldats aux
bras liés avec de la corde.
Lui, le 2124, dit l’Eskimo, dit aussi Bastoche, il était menuisier, au beau temps
d’avant, il taillait des planches, il les rabotait, il allait boire un blanc sec entre
deux placards pour cuisine – un blanc chez Petit Louis, rue Amelot, à Paris –, il
entourait chaque matin une longue ceinture de flanelle autour de sa taille. Des tours
1. Premières lignes : les soldats qui sont les plus exposés.
2. Boyaux : fossés étroits et sinueux qui mettent en communication les tranchées.
66
Sujet 5 | Énoncé
35
40
et des tours et des tours. Sa fenêtre s’ouvrait sur des toits d’ardoise et des envols de
pigeons. Il y avait une fille aux cheveux noirs, dans son lit, qui disait – qu’est-ce
qu’elle disait ?
Attention au fil 3 .
Ils avançaient, la tête nue, vers les tranchées de première ligne, les cinq soldats
français qui faisaient la guerre, les bras liés avec de la corde détrempée et raidie
comme le drap de leur capote, et sur leur passage, quelquefois, une voix s’élevait,
une voix tranquille, jamais la même, une voix neutre qui disait attention au fil.
Il était menuisier, il était passé en conseil de guerre pour mutilation 4 volontaire,
on avait trouvé des morsures de poudre sur sa main gauche blessée, on l’avait
condamné à mort. Ce n’était pas vrai. Il avait voulu arracher de sa tête un cheveu
blanc. Le fusil, qui n’était même pas le sien, était parti tout seul, parce que de la
mer du Nord aux montagnes de l’Est, depuis longtemps, les labyrinthes creusés par
les hommes n’abritaient plus que le diable. Il n’avait pas attrapé le cheveu blanc.
Sébastien Japrisot, Un long dimanche de fiançailles, 1991.
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
15 points
Répondez en ayant soin de rédiger des phrases complètes. Recopiez fidèlement le numéro des questions et traitez-les dans l’ordre du questionnaire.
1 Où se déroule la scène ? Relevez trois citations du texte qui vous permettent de
répondre.
Repérez et relevez les mots qui évoquent un lieu (nom propre, nom commun). Ces
indices sont répartis dans l’ensemble du texte.
2 À quel événement historique le texte fait-il référence ? Justifiez votre réponse en
citant le texte.
Repérez et relevez les mots qui évoquent une date, une époque, un mois. Ces indices
temporels sont répartis dans l’ensemble du texte.
3. Les soldats font référence aux mines que les Allemands ont laissées sur le champ de bataille.
4. Mutilation : blessure grave affectant le corps.
67
Sujet 5 | Énoncé
3 « Il était une fois cinq soldats français qui faisaient la guerre parce que les choses
sont ainsi. » (l. 1)
Dans cette phrase complexe, donnez la nature de chaque proposition et la fonction des
propositions subordonnées.
Une subordonnée est introduite par un mot subordonnant : conjonction de subordination, mot interrogatif (conjonction, adverbe, pronom, déterminant), mot relatif
(pronom, adverbe). Repérez les mots subordonnants de cette phrase. Identifiez-les.
De quoi dépendent ces subordonnées ? D’un verbe ? D’un nom ? Une subordonnée
relative complète un nom antécédent, une subordonnée conjonctive peut être complément circonstanciel (de condition, conséquence, but, opposition, cause, temps,
etc.).
4 D’après les informations données par le texte, présentez en quelques lignes les
conditions de vie des soldats.
Repérez et relevez les mots qui évoquent les conditions de vie des soldats. Ces indices sont répartis dans l’ensemble du texte.
5 a) Quel est le temps verbal dominant dans le texte ?
b) Dans le troisième paragraphe, quelle est la valeur du temps verbal utilisé ?
a) Pour identifier un temps, on observe la terminaison, la présence éventuelle d’un
suffixe ; on définit aussi le contexte dans lequel ce temps est employé : ici, il s’agit
d’un roman.
b) Chaque temps possède une ou plusieurs valeurs ; par exemple, le passé simple
employé dans un récit exprime des éléments de premier plan, qui se succèdent et
font progresser l’histoire.
6 « Le 2124 avançait dans les boyaux [...] et parfois l’un des bonshommes l’aidait
[...], changeant son fusil d’épaule [...]. » (l. 15)
Comparez l’expression soulignée avec celle de la phrase suivante et expliquez sa signification dans chacune des phrases : « Pour plaire à ses électeurs, le politicien a changé
son fusil d’épaule ».
Un mot ou une expression peuvent avoir un sens propre et un sens figuré. Comparez
ces les deux phrases, leur contexte (guerre et élections politiques). Qui porte un vrai
fusil sur l’épaule ?
7 « On avait trouvé des morsures de poudre sur sa main gauche blessée, on l’avait
condamné à mort. » (l. 40)
Quel est le temps verbal utilisé ? Justifiez son emploi.
Chaque temps possède une ou plusieurs valeurs ; par exemple, le passé simple employé dans un récit exprime des éléments de premier plan, qui se succèdent et font
68
Sujet 5 | Énoncé
progresser l’histoire. En général, un temps composé s’emploie avec un temps simple
pour situer les événements dans le temps, les uns par rapport aux autres.
8 Relisez attentivement le passage qui s’étend de « Lui, le 2124, dit l’Eskimo... »
jusqu’à « qu’est-ce qu’elle disait ? » et le dernier paragraphe.
Sans recopier le texte, racontez l’histoire du personnage à partir des informations fournies par le narrateur.
Relisez les passages indiqués. Repérez et relevez les informations concernant le matricule 2124. Résumez son histoire en vous servant de ces informations. Rétablissez
l’ordre chronologique. Ne recopiez pas les passages du texte.
9 « Il avait voulu arracher de sa tête un cheveu blanc » (l. 41) : précisez la fonction
grammaticale du groupe de mots souligné.
Faites l’analyse logique de cette phrase : sujet ? verbe ? complément(s) ? Observez
les verbes, la place du groupe de mots souligné. De quel verbe dépend-il ? Rappel :
un verbe intransitif se construit sans complément d’objet (il dort) ; un verbe transitif
se construit avec un complément d’objet direct ou indirect.
10 Dans un paragraphe de plus de cinq lignes, expliquez la manière dont l’auteur
présente la guerre dans ce texte.
Relisez le texte et vos réponses aux questions 4 et 8. L’auteur porte-t-il un regard positif ou négatif sur la guerre ? Repérez et relevez des passages du texte pour justifier
votre réponse (les premières et les dernières lignes, par exemple).
Réécriture
4 points
Réécrivez ce passage en remplaçant le pronom « il » par celui de la 1re personne
du singulier et en mettant le premier verbe au présent. Effectuez toutes les modifications nécessaires.
Il était menuisier, il était passé en conseil de guerre pour mutilation volontaire,
on avait trouvé des morsures de poudre sur sa main gauche blessée, on l’avait
condamné à mort. Ce n’était pas vrai. (l. 39)
Effectuez les deux transformations :
– le passage de « il » à « je » implique de modifier l’accord du verbe, la personne du
déterminant possessif (« sa main »), le pronom personnel complément (« l’avait
condamné ») ;
– le changement de temps du premier verbe (« était »), de l’imparfait au présent,
implique cependant de respecter la chronologie des événements marquée dans le
69
Sujet 5 | Énoncé
texte par l’emploi du temps simple (imparfait) et du temps composé (plus-queparfait). Quels temps allez-vous employer avec le présent ?
Dictée
6 points
Ceux qui jugent et qui condamnent disent la peine de mort nécessaire. D’abord,
— parce qu’il importe de retrancher de la communauté sociale un membre qui lui
a déjà nui et qui pourrait lui nuire encore. — S’il ne s’agissait que de cela, la prison
perpétuelle suffirait. À quoi bon la mort ? Vous objectez qu’on peut s’échapper
d’une prison ? Faites mieux votre ronde.
Pas de bourreau où le geôlier suffit.
Mais, reprend-on, — il faut que la société se venge, que la société punisse. — Ni
l’un, ni l’autre. Se venger est de l’individu, punir est de Dieu.
La société est entre deux. Le châtiment est au-dessus d’elle, la vengeance audessous. Rien de si grand et de si petit ne lui sied. Elle ne doit pas « punir pour
se venger » ; elle doit corriger pour améliorer.
Victor Hugo, Le Dernier Jour d’un condamné, 1829.
Note : il est important de préciser aux élèves toute la ponctuation, tirets compris.
Deuxième partie : rédaction
15 points
Vous traiterez au choix l’un des deux sujets de rédaction suivants.
Votre texte fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes).
Sujet d’imagination
Avant d’être exécuté, le personnage au matricule 2124 écrit une lettre d’adieu à
sa femme pour lui expliquer les raisons de sa condamnation à mort et lui faire
partager ce qu’il ressent. Écrivez cette lettre. Votre texte comportera au moins
deux pages.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés : « avant
d’être exécuté », « le personnage au matricule 2124 », « lettre d’adieu », « sa
70
Sujet 5 | Énoncé
femme », « expliquer les raisons de sa condamnation à mort », « partager ce qu’il
ressent ».
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à produire : « Écrivez cette lettre ».
Il faut donc respecter :
– le cadre spatio-temporel : janvier 1917, la guerre, les tranchées ;
– le genre de la lettre : la forme (en-tête, formules d’ouverture et de clôture) ;
– l’emploi de la première et de la 2e personne du singulier, « lettre d’adieu à sa
femme » ;
– l’intention : expliquer les raisons de sa condamnation à mort, faire partager ses
sentiments et impressions ;
– les temps de la lettre (par exemple présent et passé composé comme principaux
temps) ;
– le nombre de pages imposé (« deux pages »).
Étape 3. Trouvez des idées : narration des événements (mutilation volontaire, cour
martiale, condamnation, exécution proche), expression des sentiments et des impressions (amour de sa femme, regrets, horreur de la guerre, peur de la mort, etc.).
Étape 4. Établissez le plan de votre rédaction :
–
–
–
–
–
formules d’ouverture de la lettre (lieu, date, destinataire) ;
exposé de son sort, récit des événements (mutilation, jugement, condamnation) ;
explications : les raisons de son geste ;
sentiments et impressions : insérez-les dans les différentes parties de la lettre ;
formule de clôture : adieux à sa femme.
Étape 5. Rédigez votre texte en formant des paragraphes pour les différentes parties
de la lettre.
Étape 6. Relisez-vous.
Sujet de réflexion
Vous êtes l’avocat du personnage au matricule 2124 : vous le défendez dans
un discours adressé aux juges en produisant au moins trois arguments illustrés
d’exemples.
Votre texte comportera au moins deux pages.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés : « l’avocat
du personnage », « vous le défendez », « discours adressé aux juges ». Le thème est
un procès militaire (cour martiale).
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à produire : « avocat », « défendez »,
« un discours adressé aux juges ». Définition de « plaidoirie » : exposé visant à
71
Sujet 5 | Énoncé
défendre un accusé. Il faut donc respecter :
– le genre de la plaidoirie : le développement organisé, avec sa progression, ses
explications et ses arguments, ses exemples, l’adresse aux juges ;
– la visée de l’avocat : défendre l’accusé devant les juges ;
– le temps de l’argumentation : le présent et les temps qui s’articulent avec lui ;
– le nombre de pages imposé (« deux pages »).
Étape 3. La thèse est ici donnée par le sujet : la défense du soldat accusé de mutilation volontaire, pour éviter la peine de mort.
Étape 4. Trouvez des idées et des arguments pour expliquer, justifier le geste du
soldat : le désespoir, l’horreur de la guerre, la peur, les conditions dans les tranchées,
ses états de service, des circonstances atténuantes, appel aux sentiments des juges,
etc.
Étape 5. Établissez le plan de votre argumentation.
– L’introduction présente le chef d’accusation et la stratégie de défense de l’avocat. Passez une ligne avant le développement.
– Le développement expose la défense, soutenue par au moins trois arguments et
trois exemples. Un paragraphe développe un argument. Utilisez des modalisateurs de certitude (il est évident que, j’affirme, incontestablement...), des figures
de style comme la gradation, l’énumération, les fausses questions (ou questions
rhétoriques) ou le vocabulaire positif, mélioratif, affectif. Passez une ligne avant
la conclusion.
– La conclusion appelle les juges à la clémence à l’égard de l’accusé.
Étape 6. Rédigez en matérialisant les parties (saut de ligne, retour à la ligne).
Étape 7. Relisez-vous en corrigeant d’éventuelles erreurs (orthographe, syntaxe,
ponctuation).
72
Sujet 5 | Corrigé
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
1 La scène se déroule sur le front de la guerre de 14-18, dans les tranchées (« de
tranchée en tranchée » (l. 5), près des « premières lignes » (l. 6), « dans les boyaux »
(l. 15)).
2 Le texte fait référence à la Première Guerre mondiale (« Il était une fois cinq soldats
français qui faisaient la guerre » (l. 1) ; nous sommes dans « le premier mois de 1917
et dans les premiers jours » (l. 13)).
3 « Il était une fois cinq soldats » est une proposition principale ; « qui faisaient la
guerre » est une proposition subordonnée relative, épithète de « soldats » ; « parce que
les choses sont ainsi » est une proposition subordonnée circonstancielle, complément
circonstanciel de cause de « faisaient la guerre ».
4 Les conditions de vie des soldats sont extrêmement difficiles, très pénibles : ils
vivent dans la boue (l. 5), ils peinent à se déplacer ; il fait froid (« grands reflets froids »
(l. 10) ; « toutes ces choses ensevelies sous la neige » (l. 11) ; « beaucoup de neige »
(l. 13)) ; ils sont trempés, épuisés, obligés de porter des bottes prises à l’ennemi car ils
manquent de tout (l. 4). Autour d’eux c’est le chaos : « le cheval mort et les caisses de
munitions perdues » (l. 10).
5 a) Le temps dominant est l’imparfait de l’indicatif.
b) L’imparfait sert à décrire la scène, comme une sorte de tableau présentant les personnages en train de marcher. C’est l’arrière-plan de cette histoire qui se met peu à peu
en place car nous sommes au début du roman.
6 Quand le soldat change son fusil d’épaule, il fait passer son arme de l’épaule gauche
à l’épaule droite, par exemple ; c’est le sens propre de cette expression. Quand le politicien change son fusil d’épaule, il change d’attitude, d’opinion ; c’est le sens figuré.
7 Ces verbes sont conjugués au plus-que-parfait de l’indicatif ; ce temps permet le
retour en arrière en rapportant des faits antérieurs à ceux exprimés à l’imparfait.
8 Avant la guerre, le soldat au matricule 2124, surnommé l’Eskimo, et aussi Bastoche,
était menuisier. Il vivait à Paris, avec une jeune fille aux cheveux noirs ; la fenêtre de sa
chambre donnait sur les toits. Chaque matin il mettait une longue ceinture de flanelle
autour de sa taille et partait au travail. Il taillait des planches, les rabotait, fabriquait des
meubles de cuisine. Il fréquentait un petit bar, rue Amelot, où il buvait du vin blanc. Il
était heureux. Maintenant, en janvier 1917, sur le front, il a été condamné à mort pour
mutilation volontaire et va être exécuté.
73
Sujet 5 | Corrigé
9 La fonction du groupe de mots « un cheveu blanc » est complément d’objet direct
du verbe arracher.
10 L’auteur présente la guerre de manière réaliste ; dans cette scène, il montre les
conditions épouvantables des soldats dans les tranchées : la boue, le froid, l’humidité, la
neige, le chaos des animaux morts, des caisses de munitions perdues, des arbres déchiquetés, l’épuisement. Parfois on note une pointe d’humour : la phrase d’ouverture est
celle des contes mais le monde décrit et l’histoire racontée n’ont rien de merveilleux ;
l’onomatopée « floc et floc » traduit de manière amusante la difficulté de marcher dans
la boue. Enfin, le portrait du menuisier avant la guerre comporte aussi une pointe d’humour dans la façon de mêler son travail, la fréquentation du bar, la manière d’enrouler
la ceinture de flanelle, ou encore les causes de sa blessure sur le front. Ce mélange de
registres fait mieux ressortir l’horreur de la guerre, le tragique des condamnations à
mort pour mutilation volontaire, l’inhumanité de ces situations.
Réécriture
Je suis menuisier, je suis passé en conseil de guerre pour mutilation volontaire, on
a trouvé des morsures de poudre sur ma main gauche blessée, on m’a condamné à
mort. Ce n’est pas vrai.
Dictée
De nombreux verbes sont au présent de l’indicatif ; au pluriel, les terminaisons sont les
mêmes pour tous (-ons, -ez, -ent ou -ont) ; au singulier, elles varient (-e, -es, -e/ -s, -s,
-t ou pas de terminaison/ -x, -x, -t) : « ceux qui jugent et qui condamnent » (l’accord se
fait avec le pronom pluriel « ceux », antécédent du relatif « qui »), « ceux qui disent »,
« il importe », « vous objectez », « on peut », « vous ne croyez pas », « osez-vous »,
« le geôlier suffit », « reprend-on » (terminaison d même si vous entendez t-on avec la
liaison), « il faut », « se venger est »/ « punir est » (les infinitifs sont sujets du verbe).
Deux verbes sont au présent du subjonctif : « il faut que la société se venge, que la
société punisse ».
Plusieurs verbes sont à l’infinitif car ils dépendent d’une préposition (« de retrancher ») ou d’un autre verbe (« pourrait lui nuire », « on peut s’échapper », « osez-vous
avoir »). Remplacez les verbes en -er par un verbe en -ir pour savoir s’ils sont à l’infinitif : de retrancher/ de raccourcir, on peut s’échapper/ on peut partir.
Quelques mots ont une orthographe souvent source d’erreurs : « nécessaire »,
« d’abord », « parce que », « déjà » (deux accents : un aigu et un grave), « suffirait », « objectez », « s’échapper », « mieux », « croyez » (attention au y), « barreaux »
(pluriel en x), geôlier.
74
Sujet 5 | Corrigé
Orthographiez correctement les homonymes : ceux qui/ se venger, nui (participe passé
de « nuire »)/ la nuit, a (verbe avoir)/ à (à quoi bon, à la solidité), cela (ceci, cela)/ ceuxlà, où (relatif)/ ou (conjonction de coordination), et (conjonction de coordination)/ est
(verbe « être »).
Deuxième partie : rédaction
Sujet d’imagination
Quelque part sur le front de l’Est, 8 janvier 1917
Mon aimée,
Lorsque tu liras cette lettre, j’aurai quitté ce monde. Je suis terrorisé à cette idée, mon
corps est secoué de tremblements et de frissons glacés, mon estomac se tord de douleur,
mais là-haut je connaîtrai enfin la paix, car ici c’est un véritable enfer, sans espoir de
salut. Ce n’est que ténèbres, désolation et mort. L’eau, la boue, les rats, la crasse, les
explosions mais aussi le terrible silence... La guerre n’est qu’une boucherie, un horrible
carnage. Les hommes ont été abandonnés de Dieu, désormais le Diable règne en maître
dans ces tranchées. Quiconque n’a pas vécu ce cauchemar ne peut pas comprendre ce
que je ressens.
Demain, à l’aube, ils viendront me chercher pour me fusiller. Avec quatre de mes camarades d’infortune. « Pour l’exemple ! », ils ont dit, les juges de la cour martiale.
« Pour mutilation volontaire ». Nous nous sommes soustraits à notre « devoir de soldat » car nous nous sommes « délibérément mutilés ». Moi, j’ai tiré à bout portant
sur ma main gauche, pour ne plus pouvoir tenir mon fusil, mettre en joue et faire feu.
Les autres se sont coupé l’index de la main droite : ils ne peuvent plus appuyer sur
la gâchette. Depuis des semaines et des semaines, je n’avais qu’une idée en tête, en
finir avec cette guerre, avec ce carnage. Avec cette peur au ventre, qui te tord les tripes
quand tu entends les Allemands creuser leurs tunnels pour faire sauter nos positions.
Quand le lieutenant lance le signal de l’attaque et qu’il faut bondir hors de la tranchée,
sous le feu des mitrailleuses ennemies. La peur de te revenir estropié, avec un bras ou
une jambe en moins, ou, pire encore, la mâchoire emportée par un obus.
Je ne supportais plus de voir ton image s’éloigner, ton visage s’estomper, d’oublier le
timbre de ta voix. La guerre m’a volé tout ça. La souffrance, l’angoisse, le chagrin,
l’écœurement ne se taisent plus.
Tu rêvais peut-être d’accueillir un héros à la fin de cette guerre, désormais tu ne seras
plus que la femme d’un lâche, d’un salaud. Je m’en veux de t’infliger ce déshonneur.
75
Sujet 5 | Corrigé
Mais tu es jeune et belle, refais ta vie, ne porte plus ce nom de l’indignité. Sois enfin
heureuse. Mais je t’en supplie, ne m’oublie pas, ne m’efface pas complètement de ta
mémoire ni de ton cœur. Laisse briller une toute petite lueur, pour celui qui ne voulait
pas que la bête immonde l’emporte sur l’homme de bien car, heureusement, tu ne vois
pas ce dont les hommes sont capables.
Adieu, mon aimée. Ne pleure pas. Le plus difficile n’est pas cette condamnation à mort
mais ton absence. Ne plus te voir, ne plus t’entendre, ne plus sentir ton parfum, ne plus
caresser tes cheveux de soie... C’est cela mourir, mon amour.
Adieu pour toujours.
Ton mari, qui t’a aimée jusqu’à son dernier souffle...
Sujet de réflexion
Messieurs les juges,
Cette cour martiale doit statuer aujourd’hui sur le sort de ce soldat, accusé de mutilation
volontaire. Certes, c’est une accusation très grave, passible de la peine de mort en
temps de guerre. Mais, je vous en conjure, vous devez lui accorder des circonstances
atténuantes.
Vous devez prendre en compte ses états de service. Durant ces trois années de guerre, il
a participé avec courage à la bataille de la Marne en septembre 1914. Il a été blessé dans
la Somme, lors d’une patrouille de nuit, en sauvant son lieutenant pris dans les barbelés
et en le ramenant dans nos lignes. Pourtant, il n’a reçu aucune citation ni décoration
pour cet acte de bravoure. Sa conduite a toujours été exemplaire selon ses supérieurs
eux-mêmes, il a toujours obéi aux ordres, jusqu’à cet acte de folie. Je ne vous demande
pas d’effacer ce moment d’égarement mais de réparer une injustice en prononçant une
sanction clémente.
Car, oui, c’est bien une bouffée de folie qui l’a poussé à commettre cet acte insensé.
Pensez à ce qu’il a vécu, enduré ces dernières semaines ! À ce qu’ils ont vécu, puisque
plusieurs de ses camarades n’ont pas résisté non plus à la terrible pression des combats
intenses qui se sont déroulés dans la région. Attaques, contre-attaques successives,
nuit et jour, pour s’emparer de la colline de Blaches, position éminemment stratégique
si l’on en croit l’état-major. Mon client a vu mourir à ses côtés bon nombre de ses
compagnons d’armes, dans des conditions atroces, sous le fracas des obus, sous le
crépitement des mitrailleuses lourdes. Ces positions ont été pilonnées des jours entiers
par l’artillerie allemande mais aussi l’artillerie française. Dans ce déluge de feu, de
boue, qui peut affirmer avec certitude qu’il aurait résisté ? Ce soldat voulait que ça
s’arrête. Il a prévenu ses supérieurs que ses nerfs allaient lâcher mais l’a-t-on écouté ?
76
Sujet 5 | Corrigé
A-t-on entendu son cri d’alarme, son appel à l’aide ? Non. Non, car il fallait reprendre
cette colline aux Allemands, quel qu’en soit le prix ! Sa responsabilité est-elle entière
ou est-elle partagée par ceux qui sont demeurés sourds ?
Enfin, réfléchissez aux conséquences de votre décision sur le moral de nos troupes.
Croyez-vous qu’une sentence de mort sera exemplaire ? Pour l’exemple, on a fusillé des
soldats qui ont tenté de déserter. Les désertions ont-elles cessé ? Non. Pour l’exemple,
on a fusillé des soldats qui auraient pactisé avec l’ennemi le soir de Noël. Des rumeurs
de fraternisation avec l’ennemi courent un peu partout sur le front en ce début d’année 1917. Les mutilations volontaires cesseront-elles avec l’exécution de ce pauvre
malheureux ? Vous savez parfaitement qu’elles continueront. En l’envoyant devant le
peloton d’exécution, vous faites disparaître le symptôme du mal, vous n’extirpez pas
la racine de ce mal profond.
Au moment de juger en votre âme et conscience, messieurs les juges, mettez tout
cela sur les plateaux de la balance, et vous verrez qu’il serait totalement injuste de
le condamner à mort !
77
Sujet 6
Amérique du Nord, juin 2013
› Texte
Un vieil homme raconte comment, en compagnie d’hommes et de femmes de son village
de Nouvelle-Calédonie, il a été désigné par les autorités françaises pour représenter
l’Océanie à l’Exposition coloniale de 1931, à Paris.
5
10
15
20
25
Nous avons embarqué le 15 janvier 1931, sur le Ville de Verdun. Nous vivions sur
le troisième pont, comme des passagers de dernière catégorie. Il faisait trop chaud
le jour, trop froid la nuit, et plusieurs d’entre nous ont contracté la malaria 1 lors
d’une escale aux Nouvelles-Hébrides. Il y a eu trois morts, si mes souvenirs sont
exacts, dont Bazit, un Kanak 2 albinos de Wé. L’équipage a jeté leurs corps à la
mer sans nous laisser le temps de leur expliquer que l’on naît pour vivre avec les
vivants et que l’on meurt pour vivre avec les morts. Les morts ne peuvent vivre dans
l’océan, ils ne peuvent pas retrouver leur tribu... Nous sommes arrivés à Marseille
au début du mois d’avril, sous la pluie. Des autocars militaires attendaient sur le
quai de la Joliette pour nous conduire directement à la gare Saint-Charles. Je ne
connaissais que la brousse de la Grande-Terre 3 , et d’un coup je traversais l’une
des plus vastes villes de France... À l’époque, je n’étais jamais allé au cinéma.
J’avais mal aux yeux à force de les tenir ouverts pour ne rien perdre du spectacle !
Les lumières, les voitures, les tramways, les boutiques, les fontaines, les affiches,
les halls des cinémas, des théâtres... ». Parvenus à la gare, nous n’osions pas bouger.
Nous restions collés les uns aux autres, comme des moutons, effrayés par le bruit,
les fumées, les râles de vapeur et les sifflements des locomotives. La fatigue m’a
terrassé. Je n’ai presque rien vu du voyage, sauf un moment magique : un peu de
neige qui tombait sur le Morvan 4 . Je restais le plus près possible de Minoé 5 . Elle
m’était promise, et j’avais fait le serment à son père, le petit chef de Canala, de
veiller sur elle.
À Paris, il ne subsistait rien des engagements qu’avait pris l’adjoint du gouverneur
à Nouméa 6 . Nous n’avons pas eu droit au repos ni visité la ville. Un officiel nous a
expliqué que la direction de l’Exposition était responsable de nous et qu’elle voulait nous éviter tout contact avec les mauvais éléments des grandes métropoles.
1. Malalaria : maladie très contagieuse qui entraine de très fortes fièvres.
2. Kanak : peuple d’Océanie (appelé aussi « mélanésien »). Ce nom, en polynésien, signifie « homme ».
3. Grande-Terre : nom de l’île principale qui constitue la Nouvelle-Calédonie.
4. Morvan : région de Bourgogne.
5. Minoé : nom féminin.
6. Nouméa : capitale de la Nouvelle-Calédonie.
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Sujet 6 | Énoncé
30
35
40
Nous avons longé la Seine, en camion, et on nous a parqués derrière des grilles,
dans un village kanak reconstitué au milieu du zoo de Vincennes, entre la fosse aux
lions et le marigot des crocodiles. Leurs cris, leurs bruits nous terrifiaient. Ici, sur
la Grande-Terre, on ne se méfie que du serpent d’eau, le tricot rayé. Et encore... les
gamins s’amusent avec. C’est rare qu’il arrive à ouvrir sa gueule assez grand pour
mordre ! Au cours des jours qui ont suivi, des hommes sont venus nous dresser,
comme si nous étions des animaux sauvages. Il fallait faire du feu dans des huttes
mal conçues dont le toit laissait passer l’eau qui ne cessait de tomber. Nous devions
creuser d’énormes troncs d’arbres, plus durs que la pierre, pour construire des pirogues tandis que les femmes étaient obligées de danser le pilou-pilou à heures
fixes. Au début, ils voulaient même qu’elles quittent la robe-mission 7 et exhibent
leur poitrine. Le reste du temps, malgré le froid, il fallait aller se baigner et nager
dans une retenue d’eau en poussant des cris de bêtes. J’étais l’un des seuls à savoir
déchiffrer quelques mots que le pasteur 8 m’avait appris, mais je ne comprenais pas
la signification du deuxième mot écrit sur la pancarte fichée au milieu de la pelouse,
devant notre enclos : « Hommes anthropophages 9 de Nouvelle-Calédonie ».
Didier Daeninckx, Cannibale, 1998.
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
15 points
Toutes vos réponses devront être rédigées.
Définissez bien les mots clés des questions : grammaire, figure de style, vocabulaire,
analyse et interprétation. Citez le texte en précisant les lignes.
1 Du début du texte à « de Wé. » (l. 5), l’auteur décrit les conditions dans lequelles
s’est déroulé le voyage en bateau. Quelles sont-elles ? Relevez trois indices dans ce
passage pour justifier votre réponse.
Relisez ce passage. Repérez et relevez les mots ou expressions caractérisant les
conditions de la traversée en bateau, bonnes ou mauvaises.
7. Robe-mission : robe préconisée par les missionnaires, lorsqu’ils ont converti les Kanaks au christianisme.
8. Pasteur : prêtre chez les protestants.
9. Anthropophages : qui mangent de la chair humaine (synonyme de « cannibales »).
79
Sujet 6 | Énoncé
2 De « Il y a eu trois morts » (l. 4) à « leur tribu... » (l. 8)
a) Pour quelle raison l’équipage du navire a-t-il « jeté leurs corps à la mer » ?
b) De quelle manière le narrateur perçoit-il ce geste ? Justifiez votre réponse.
Relisez le passage concerné.
a) Interrogez-vous. Pourquoi les cadavres ne sont-ils pas conservés sur le navire ?
b) Repérez et relevez les mots qui expriment un jugement positif ou négatif sur le
comportement des marins vis-à-vis des Kanaks morts.
3 « Nous restions collés les uns aux autres, comme des moutons, effrayés par le bruit,
les fumées, les râles de vapeur et les sifflements des locomotives. » (l. 16)
a) Relevez et identifiez la figure de style utilisée dans cette phrase.
b) Expliquez-la : que met ainsi en valeur le narrateur ?
a) Repérez et relevez le mot outil qui introduit une figure de style. Identifiez cette
figure et nommez-la.
b) Identifiez les trois éléments qui constituent la figure de style. Analysez-les. Expliquez le sens de cette figure.
4 En prenant appui sur le radical du participe passé « terrassé » (l. 18), expliquez le
sens propre de ce mot, puis précisez son sens dans la phrase.
Un mot dérivé est construit avec un radical auquel on ajoute un préfixe (devant), un
suffixe (derrière) ou les deux. Repérez les différentes parties qui forment ce mot.
Quel est le radical ?
Expliquez le sens de « terrassé » en vous servant de votre analyse du mot et du sujet
du verbe.
5 « Les lumières, les voitures, les tramways, les boutiques, les fontaines, les affiches,
les halls des cinémas, des théâtres... » (l. 14)
a) Quelle est la particularité grammaticale de cette phrase ?
b) Quel effet est produit par la construction de cette phrase ?
a) Analysez la structure de cette phrase. Sa construction est-elle habituelle (sujet
– verbe – complément) ? Que manque-t-il ?
b) Une construction inhabituelle cherche à produire un effet. Relisez les lignes qui
précèdent et suivent le passage concerné. Quel est l’état d’esprit du narrateur ?
6 « Je n’ai presque rien vu du voyage, sauf un moment magique : un peu de neige
qui tombait sur le Morvan. » (l. 18) Expliquez le choix de l’adjectif « magique » par le
narrateur.
Un mot possède souvent un sens propre et un sens figuré. Définissez la situation du
narrateur dans ce passage. Déduisez-en le sens de « magique ».
80
Sujet 6 | Énoncé
7 « Elle m’était promise, et j’avais fait le serment à son père, le petit chef de Canala,
de veiller sur elle. » (l. 19)
a) Expliquez l’expression : « Elle m’était promise ».
b) Qu’apprend-on dans cette phrase sur le caractère du personnage ?
a) Un mot possède souvent un sens propre et un sens figuré. Définissez les relations
entre le narrateur et Minoé. Déduisez-en le sens de « promise ».
b) Appuyez-vous sur les informations données par le narrateur dans cette phrase
(« promise », « serment », « veiller sur elle ») pour identifier ses traits de caractère.
8 « Un officiel nous a expliqué que la direction de l’Exposition était responsable de
nous et qu’elle voulait nous éviter tout contact avec les mauvais éléments des grandes
métropoles. » (l. 23)
a) Comment sont rapportées les paroles de l’officiel ? Quelles caractéristiques gram-
maticales vous permettent d’identifier ce type de discours rapporté ?
b) Que pensez-vous de l’explication avancée par l’officiel ?
a) Rappel : les paroles sont rapportées de trois manières : discours direct, indirect,
indirect libre. Chaque discours possède des caractéristiques propres : ponctuation,
guillemets, temps verbaux, pronoms personnels, verbe introducteur. Observez et relevez les caractéristiques de cette phrase pour identifier le type de discours rapporté.
b) Repérez les paroles de l’officiel rapportées par le narrateur. Expliquez leur sens.
9 Dans le passage de « Nous avons longé la Seine » (l. 26) à « Hommes anthropophages » (l. 41), comment les Kanaks sont-ils traités ? Développez votre réponse en
vous appuyant sur des citations de ce passage.
Relisez entièrement la dernière partie du texte. Repérez et identifiez les champs
lexicaux qui évoquent le traitement infligé aux Kanaks (par exemple, « parqués »).
10 Quelle image des Kanaks la direction de l’exposition veut-elle montrer ? Selon
vous, le narrateur correspond-il à cette image ? Développez votre réponse en prenant
appui sur l’ensemble du texte.
Relisez le texte. Pour montrer comment la direction voit les Kanaks, servez-vous
notamment de vos réponses aux questions 1, 3, 8 et 9, et du titre du livre.
81
Sujet 6 | Énoncé
Réécriture
4 points
Réécrire le passage suivant à la 3e personne du pluriel et au féminin. Vous effectuerez toutes les modifications nécessaires.
« Parvenus à la gare, nous n’osions pas bouger. Nous restions collés les uns aux
autres, comme des moutons, effrayés par le bruit, les fumées, les râles de vapeur
et les sifflements des locomotives. La fatigue m’a terrassé. » (de (l. 15) à (l. 18))
Les verbes restent au pluriel mais passent à la 3e personne et au féminin. Changez
les pronoms personnels et indéfinis. Accordez les terminaisons verbales (verbes et
participes passés) avec le nouveau sujet et le nouveau COD.
Dictée
6 points
Je me suis précipité sur les uniformes, les poings dressés. Ils n’attendaient que
cela pour sortir leurs gourdins et me frapper sur les épaules, la tête. J’ai réussi à
m’agripper à un des surveillants, à m’en servir comme d’un bouclier. J’avançais
en le tenant par la gorge. Je montrais les dents, comme ils nous avaient appris à le
faire pour impressionner les visiteurs. Ils avaient formé le cercle et riaient.
— Mais c’est qu’il mordrait, le cannibale !
L’un des gardiens s’était faufilé derrière moi, et quand j’ai pris conscience de sa
présence, il était trop tard. La matraque s’est abattue sur ma nuque. Je suis tombé
sur les genoux, à demi assommé. J’ai rassemblé toutes les forces qui me restaient
pour ne pas fermer les yeux.
Didier Daeninckx, Cannibale, 1998.
On précisera aux élèves que le narrateur est un homme. On écrira le nom propre au
tableau.
82
Sujet 6 | Énoncé
Deuxième partie : rédaction
15 points
Vous traiterez au choix l’un des deux sujets de rédaction suivants.
Votre texte fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes).
Sujet d’imagination
Un journaliste a visité l’Exposition coloniale. Imaginez l’article qu’il rédige pour
dénoncer le traitement infligé aux Kanaks. Vous signerez votre article des initiales du journaliste (A. B.).
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet.
Repérez et soulignez les mots clés : « un journaliste », « Exposition coloniale »,
« dénoncer », « le traitement infligé aux Kanaks ».
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à produire : « Imaginez l’article qu’il
rédige ». Il faut donc respecter :
– le genre de la presse écrite : l’article, avec ses informations (qui ? quand ? où ?
quoi ? comment ? pourquoi ?) ;
– la rédaction à la 1re personne du singulier, au passé composé et à l’imparfait (faits
rapportés), au présent (réactions, commentaires) ;
– l’effet à produire : dénoncer ;
– la signature du journaliste : initiales A. B. ;
– le nombre de pages imposé (« deux pages »).
Étape 3. Trouvez des idées : compte rendu de la visite de l’Exposition coloniale
(pavillons de l’Exposition), déclenchement de la dénonciation (traitement infligé
aux Kanaks), sentiments et sensations.
Qui d’autre que le journaliste peut aussi dénoncer la condition des Kanaks (visiteurs,
associations, etc.) ?
Étape 4. Établissez le plan de votre rédaction :
– mise en place du compte rendu (lieu, moment, faits) ;
– événement déclencheur de la dénonciation ;
– expression des divers sentiments (surprise, indignation, colère, etc.), arguments
pour condamner le traitement des Kanaks ;
– conclusion sur l’expérience vécue par le journaliste.
Étape 5. Défendez votre thèse en utilisant des modalisateurs de certitude
(assurément, j’affirme, incontestablement...) ou de nuance (peut-être, sans doute,
83
Sujet 6 | Énoncé
emploi du conditionnel...), des figures de style comme l’hyperbole, l’énumération,
les fausses questions (ou questions rhétoriques), le vocabulaire négatif, dépréciatif
pour affirmer votre point de vue, la ponctuation expressive (point d’exclamation,
points de suspension).
Étape 6. Rédigez votre texte en formant des paragraphes pour les différentes parties.
Étape 7. Relisez-vous.
Sujet de réflexion
Selon vous, en quoi la rencontre d’une autre culture est-elle une expérience enrichissante ? Vous donnerez votre réponse selon un développement argumenté
et organisé.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet.
Repérez et soulignez les mots clés : « en quoi », « rencontre d’une autre culture »,
« expérience enrichissante ».
Le thème est notre enrichissement intellectuel, personnel grâce aux autres cultures.
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à produire : « Selon vous », « votre
réponse », « un développement argumenté et organisé ». Il faut donc respecter :
– le genre argumentatif : le développement organisé, avec sa progression, ses analyses et ses arguments, ses exemples ;
– le temps de l’argumentation : le présent et les temps qui s’articulent avec lui ;
– le nombre de pages imposé (« deux pages »).
Étape 3. La thèse est ici donnée par le sujet : la rencontre d’une autre culture est
une expérience enrichissante ; votre réponse doit expliquer en quoi, pourquoi c’est
enrichissant pour vous.
Étape 4. Trouvez des idées et des arguments pour développer la thèse proposée : on
s’enrichit parce que l’on connaît d’autres pays, d’autres civilisations ; on développe
ses connaissances sur le monde, sur les hommes, sur la musique, etc.
Étape 5. Établissez le plan de votre argumentation :
– L’introduction présente le thème et la thèse proposée par le sujet. Passez une
ligne avant le développement.
– Le développement expose votre réponse, soutenue par au moins trois arguments
et trois exemples. Un paragraphe développe un argument. Utilisez des modalisateurs de certitude (il est évident que, j’affirme, incontestablement...) ou de nuance
(peut-être, sans doute, emploi du conditionnel...), des figures de style comme
l’hyperbole, l’énumération, les fausses questions (ou questions rhétoriques) ou le
vocabulaire positif, mélioratif. Passez une ligne avant la conclusion.
84
Sujet 6 | Énoncé
– La conclusion rappelle que vous avez répondu à la question posée en dressant un
bilan rapide.
Étape 6. Rédigez en matérialisant les parties (sauts de ligne, retours à la ligne).
Étape 7. Relisez-vous en corrigeant d’éventuelles erreurs (orthographe, syntaxe,
ponctuation).
85
Sujet 6 | Corrigé
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
1 Les conditions du voyage en bateau sont très difficiles, et même épouvantables,
inhumaines : « Il faisait trop chaud le jour, trop froid la nuit » (l. 2) ; plusieurs Kanaks
« ont contracté la malaria » (l. 3) ; « Il y a eu trois morts » (l. 4).
2 a) Les marins ont jeté le corps des Kanaks morts pour des raisons sanitaires : on ne
peut conserver les cadavres sur le bateau car le risque de contagion est très grand ; par
ailleurs il existe un usage chez les marins : les hommes qui trouvent la mort durant la
navigation ont la mer pour sépulture.
b) Pour le narrateur, c’est un drame car les morts, dans sa culture et sa religion, doivent
vivre avec les autres morts de leur tribu ; ils doivent reposer en terre et non pas dans
l’océan.
3 a) La figure de style employée dans cette phrase est une comparaison : « comme des
moutons ».
b) Le narrateur veut dire que lui et les autres membres de sa tribu se regroupent comme
le font les moutons d’un troupeau sous l’effet de la peur provoquée par la découverte
de ce monde inconnu. C’est un comportement grégaire.
4 Dans ce participe passé, on relève le radical terre ; « terrassé » signifie donc dans
son sens propre jeté à terre avec violence. Dans le texte, le participe signifie abattu
physiquement par la fatigue, extrêmement fatigué.
5 a) Cette phrase est non verbale ; c’est une phrase nominale.
b) Cette phrase nominale produit un effet d’accumulation car elle énumère tous les
éléments du paysage de Marseille que découvrent successivement le narrateur et ses
compagnons. Ils gardent leurs yeux ouverts pour tout voir de cette grande ville de
France.
6 Le narrateur emploie l’adjectif « magique » car l’apparition de la neige est un moment étonnant, merveilleux ; il n’a jamais vu la neige tomber, cette chute est une sorte
de phénomène surnaturel, qui l’enchante.
7 a) Minoé a été promise au narrateur, c’est-à-dire qu’elle est sa fiancée : son père a
promis qu’elle l’épouserait.
b) Le narrateur est fidèle à son serment, à la parole donnée au père de Minoé ; il se
montre aussi protecteur, courageux pour affronter ce monde totalement inconnu.
8 a) Les paroles de l’officiel sont rapportées au discours indirect ; les marques de ce
discours sont le verbe « expliquer » qui introduit les paroles, la conjonction de subordi86
Sujet 6 | Corrigé
nation « que » (« qu’ ») qui introduit la subordonnée comportant les paroles, l’emploi
du pronom personnel « nous » et la concordance des temps. Les verbes des subordonnées sont au passé car ils dépendent du verbe de la principale conjugué au passé
composé (« a expliqué »).
b) L’explication de l’officiel est un mauvais prétexte ; en effet, la direction prétend vouloir assurer la sécurité des Kanaks, préserver leur état naturel et bon de toute mauvaise
influence, du mal que l’on rencontre dans les grandes villes. La responsabilité de la
direction serait engagée s’il leur arrivait quelque chose dans Paris. En réalité, elle veut
les parquer dans le zoo de Vincennes comme des animaux sauvages, les montrer aux
visiteurs comme des sortes de monstres, des anthropophages. Elle ne les considère
pas comme des représentants de l’Océanie à l’Exposition coloniale mais comme une
attraction de zoo.
9 Dans ce passage, les Kanaks son traités comme des animaux sauvages qu’il faut
« dresser » (l. 31) ; on les a enfermés comme des bêtes fauves (« parqués derrière des
grilles » (l. 26)). On les oblige à travailler devant les visiteurs du zoo, à vivre dans des
conditions très pénibles, à se baigner et nager dans une eau glacée (l. 37), à pousser
« des cris de bêtes » (l. 38).
10 La direction de l’exposition souhaite montrer les Kanaks comme des bêtes sauvages, des cannibales, qui vivent à moitié nus, dans une sorte d’état naturel, n’ont pas
de langage articulé mais poussent cris d’animaux. Le narrateur ne correspond absolument pas à cette fausse image ; il éprouve des sentiments, possède une culture et des
traditions, une religion, des rites funéraires ; il est également curieux car il cherche à
découvrir ce monde inconnu. Il a appris à lire le français même s’il ne déchiffre ni ne
comprend tous les mots, comme « anthropophages » par exemple. C’est un homme
civilisé, respectueux de son serment, qui réfléchit et analyse.
Réécriture
Parvenues à la gare, elles n’osaient pas bouger. Elles restaient collées les unes aux
autres, comme des moutons, effrayées par le bruit, les fumées, les râles de vapeur et
les sifflements des locomotives. La fatigue les a terrassées.
Dictée
Ce texte est un autre extrait de Cannibale, il possède donc les mêmes caractéristiques :
récit à la 1re personne, temps du passé (imparfait, passé composé).
Les verbes pronominaux s’accordent avec leur sujet : « je me suis précipité », « je suis
tombé » (« je » est le narrateur) ; « l’un [des gardiens] s’était faufilé », « la matraque
s’est abattue ».
87
Sujet 6 | Corrigé
Le participe passé des verbes conjugués avec l’auxiliaire avoir ne s’accorde pas avec
le COD quand ce COD est placé après : « ils avaient formé le cercle », « j’ai pris
conscience », « j’ai rassemblé toutes les forces ».
Le participe passé de quelques verbes conjugués avec l’auxiliaire avoir ne s’accorde
pas car il est suivi d’un COI : « j’ai réussi à m’agripper », « ils nous avaient appris à le
faire ».
Plusieurs verbes, notamment du premier groupe, sont à l’infinitif car ils dépendent
d’une préposition : « pour sortir et me frapper », « à m’agripper », « à m’en servir »,
« à le faire », « pour impressionner », « pour ne pas fermer ».
Plusieurs verbes sont conjugués à l’imparfait de l’indicatif et s’accordent avec leur
sujet : « Ils n’attendaient », « j’avançais » (attention à la cédille), « je montrais », « ils
riaient », « il était », « toutes les forces qui me restaient » (l’accord se fait avec « toutes
les forces », antécédent du pronom relatif qui).
Les adjectifs qualificatifs et certains participes passés s’accordent avec le nom qu’ils
qualifient : « les poings dressés », « je suis tombé à demi assommé ».
Plusieurs mots comportent une consonne que l’on n’entend pas ; en mettant au féminin
ou en cherchant un mot de la même famille, on peut parfois identifier cette consonne
muette : « poings » (poignée, poignard, poignet), « surveillants » (surveillantes),
« dents » (dentiste), « appris » (apprise), « trop », « tard » (tarder, tardif).
Plusieurs mots comportent une consonne redoublée : « dressés », « attendaient », « frapper », « agripper », « surveillants », « comme », « appris », « impressionner », « cannibale », « derrière », « abattue », « assommé », « rassemblé ».
88
Sujet 6 | Corrigé
Deuxième partie : rédaction
Sujet d’imagination
Inhumain !
Le président de la République a inauguré hier l’Exposition coloniale, en présence de
plusieurs ministres français, de délégations de divers pays européens, de représentants
de nos lointaines colonies, des notables de la ville de Paris. Ils ont visité les pavillons
de l’Afrique du Nord, de l’Indochine, de Madagascar, de l’Océanie, des Indes, s’émerveillant devant un temple du Cambodge, une pagode, le palais des Colonies et les
fresques de sa façade, ou devant l’ensemble savamment ordonné d’animaux, de végétation luxuriante et exotique, sans oublier les êtres humains de nos terres proches
ou lointaines. Depuis cette cérémonie et ce tour de l’Empire colonial, des milliers de
visiteurs se sont précipités à Vincennes pour admirer les « parties vivantes » de leur
Empire ! Honnêtement il m’est impossible de dire « notre Empire ».
Au milieu de cette cohue qui découvre en direct que la France, par exemple, ne se
limite pas à la seule métropole, je me suis senti submergé par un sentiment de colère,
de révolte quand je me suis arrêté devant le pavillon de l’Océanie. Des hommes et des
femmes, parqués comme du bétail, gesticulaient, poussaient des cris d’animaux, au
milieu de ce qui est censé être une reconstitution d’un village de Nouvelle-Calédonie !
Manifestement, sous les averses printanières, ils étaient transis de froid, eux qui sont
habitués à la douceur et la chaleur de leur île. Au signal, on les obligeait à plonger dans
une eau glacée, puis à travailler, creuser un tronc pour fabriquer une pirogue tandis
que les femmes préparaient un repas sur un maigre feu. Et les spectateurs, ébahis mais
aussi craintifs, applaudissaient. Ce spectacle tenait plus du carnaval ou du cirque que
de la célébration des cultures et des civilisations d’un ailleurs qui aurait dû nous faire
rêver.
D’ailleurs la Ligue des droits de l’homme trouve elle aussi infamantes les conditions
dans lesquelles la direction de l’Exposition a installé les Kanaks. On ne peut traiter
ainsi ceux que l’on considère comme les représentants de l’Océanie.
Mais ce qui indigne le plus, c’est le panneau installé devant cet enclos : « Hommes anthropophages de Nouvelle-Calédonie ». Comment peut-on diffuser dans le public de
telles inepties ? Des cannibales ! Nous atteignons là le comble de la bêtise et du mensonge scientifique ! Nous voici revenus aux XVe et XVIe siècles lorsque Espagnols et
Portugais découvraient les terres de l’Amérique et du Brésil, et racontaient aux Européens que les peuples de ces contrées se nourrissaient de chair humaine qu’ils faisaient
cuire sur d’immenses grils. Nous replongeons dans les ténèbres de l’ignorance et de
l’obscurantisme.
89
Sujet 6 | Corrigé
Qui sont les véritables sauvages ? Les hommes qui vivent encore proches de la nature
et en harmonie avec elle ou ceux qui traitent ces êtres de façon totalement indigne et
inhumaine ?
Sujet de réflexion
L’accélération et la facilité des échanges grâce aux médias, à Internet et aux réseaux sociaux, la vitesse des transports (train à grande vitesse, avion), l’augmentation du temps
de vacances et de loisirs, l’apprentissage des langues favorisent considérablement les
rencontres entre gens de pays différents, et donc souvent de cultures différentes. Mais
ces rencontres constituent-elles une expérience enrichissante ?
Pour ma part, je considère que de telles rencontres sont particulièrement enrichissantes
car elles permettent de s’ouvrir au monde et à l’autre. Nos origines, notre éducation,
notre pays et parfois même notre région façonnent notre culture, notre pensée, nos
goûts ; ces influences sont essentielles dans notre formation mais aussi dans notre vie
quotidienne. La découverte d’autres cultures ouvre nos horizons, élargit notre vision
du monde et des autres ; en effet, la diversité n’est-elle pas un facteur important de renouvellement, de richesse culturelle et personnelle ? Nos habitudes culinaires ont beaucoup évolué. Qui de nous ne déguste pas un bon couscous, une pizza, une paella, et bien
d’autres plats empruntés aux traditions culinaires de pays plus ou moins lointains mais
qui réjouissent nos palais ? L’expérience d’une nouvelle cuisine constitue à mes yeux
un plaisir unique. D’ailleurs, les industriels et les restaurateurs exploitent pleinement
cet engouement ; aujourd’hui, dans tous les supermarchés de nos villes vous trouvez
les cuisines mexicaine, chinoise, africaine, japonaise, indienne. La découverte d’autres
saveurs, de nouvelles épices, de légumes ou de fruits inconnus exalte nos sens, le goût
évidemment mais également l’odorat et la vue.
Cependant, il est des domaines plus sérieux, comme l’histoire, la société, la langue.
Notre collège participe depuis vingt ans maintenant à un échange avec un établissement scolaire de Sofia, capitale de la Bulgarie. Cette expérience nous a permis de vivre
une quinzaine de jours dans un pays qui utilise l’alphabet cyrillique ; son folklore est
très vivace chez les adultes et chez les jeunes ; en effet, la Bulgarie a vécu sous le joug
turc du XIVe siècle jusqu’au XIXe siècle ; durant cette période, le peuple bulgare a fait
vivre secrètement toutes ses traditions : chants, danses, arts... En France, nous semblons moins sensibles à cette culture du passé, même si certains souhaitent protéger
notre patrimoine linguistique (l’occitan, le breton, le corse, le picard...). La rencontre
avec des élèves de ce pays nous fait comprendre l’importance de notre histoire, de notre
évolution. Et puis, nous appartenons à l’Europe, vaste espace géographique, culturel.
Il convient donc de mieux se connaître entre Européens, ce qui nous enrichit mutuellement ; chaque pays se nourrit d’influences multiples et variées qui favorisent notre
90
Sujet 6 | Corrigé
évolution, notre dynamisme, notre curiosité.
Il me paraît impensable d’aller à l’étranger, sans entrer en contact direct avec la culture
du lieu, avec les gens qui incarnent cette culture. Ainsi nous percevons mieux la relativité des usages, des modes de vie ou de pensée ; ces rencontres prouvent qu’il n’existe
pas de civilisation supérieure mais seulement des civilisations diverses, chacune possédant sa valeur et sa légitimité. C’est pourquoi nous pouvons porter un regard plus
lucide, plus objectif sur notre propre société, sur nous-mêmes. La distance, l’éloignement stimulent notre réflexion.
En conclusion, ces rencontres authentiques sont une expérience vraiment enrichissante,
que la télévision ou les livres ne peuvent remplacer ; elles développent la compréhension, la tolérance, la reconnaissance de la diversité, valeurs humaines essentielles.
91
Sujet 7
Liban, juin 2013
› Texte
Un soir d’hiver, à la sortie du collège, Paul, un élève fragile, décide de participer à
une bataille de boules de neige.
5
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25
Dargelos était le coq du collège. Il goûtait ceux qui le bravaient ou le secondaient.
Or, chaque fois que l’élève pâle se trouvait en face des cheveux tordus, des genoux
blessés, de la veste aux poches intrigantes, il perdait la tête. La bataille lui donnait du courage. Il courrait, il rejoindrait Dargelos, il se battrait, le défendrait, lui
prouverait de quoi il était capable.
La neige volait, s’écrasait sur les pèlerines 1 , étoilait les murs. De place en place,
entre deux nuits, on voyait le détail d’une figure rouge à la bouche ouverte, une
main qui désigne un but.
Une main désigne l’élève pâle qui titube et qui va encore appeler. Il vient de reconnaître, debout sur un perron, un des acolytes 2 de son idole. C’est cet acolyte qui
le condamne. Il ouvre la bouche : « Darg... », aussitôt la boule de neige lui frappe
la bouche, y pénètre, paralyse les dents. Il a juste le temps d’apercevoir un rire et,
juste à côté du rire, au milieu de son état-major, Dargelos qui se dresse, les joues
en feu, la chevelure en désordre, avec un geste immense.
Un coup le frappe en pleine poitrine. Un coup sombre. Un coup de poing de marbre.
Un coup de poing de statue. Sa tête se vide. Il devine Dargelos sur une espèce
d’estrade, le bras retombé, stupide, dans un éclairage surnaturel.
Il gisait par terre. Un flot de sang échappé de la bouche barbouillait son menton et
son cou, imbibait la neige. Des sifflets retentirent. En une minute la cité se vida.
Seuls quelques curieux se pressaient autour du corps et, sans porter aucune aide,
regardaient avidement la bouche rouge. Certains s’éloignaient, craintifs, en faisant
claquer leurs doigts ; ils avançaient une lippe 3 , levaient les sourcils et hochaient la
tête ; d’autres rejoignaient leurs sacs d’une glissade. Le groupe de Dargelos restait
sur les marches du perron, immobile. Enfin le censeur et le concierge du collège apparurent, prévenus par l’élève que la victime avait appelé Gérard 4 en entrant dans
la bataille. Il les précédait. Les deux hommes soulevèrent le malade ; le censeur 5
se tourna du côté de l’ombre :
1. Pèlerines : manteaux en forme de cape.
2. Acolyte : compagnon, complice.
3. Lippe : terme familier désignant la lèvre du bas.
4. Gérard est un autre élève, ami de Paul.
5. Censeur : personne responsable de la discipline dans un établissement scolaire.
92
Sujet 7 | Énoncé
30
— C’est vous, Dargelos ?
— Oui, monsieur.
— Suivez-moi.
Et la troupe se mit en marche.
Les privilèges de la beauté sont immenses. Elle agit même sur ceux qui ne la
constatent pas. Les maîtres aimaient Dargelos. Le censeur était extrêmement ennuyé de cette histoire incompréhensible.
Jean Cocteau, Les Enfants terribles, 1929.
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
15 points
Toutes vos réponses devront être rédigées.
1 Qui sont les deux personnages présentés de « Dargelos était le coq du collège [...] »
à « [...] avec un geste immense » ? Qu’est-ce qui caractérise chacun d’eux ? Relevez
des indices précis du texte pour justifier votre réponse.
Précisez l’identité des deux personnages : repérez et relevez les noms propres et les
expressions qui les désignent. Repérez et relevez les éléments de leur portrait : par
exemple, « le coq du collège ».
2 Quelle est la figure de style utilisée dans la première phrase du texte ? Expliquez
son sens.
Observez la construction de cette phrase. Pour identifier la figure de style,
interrogez-vous : quel verbe est employé ? Quelle relation établit-il entre le sujet
et son attribut ? Quels sens, propres et figurés, possèdent les mots de l’expression
employée ? Expliquez le sens de cette figure de style.
3 « Il courrait, il rejoindrait Dargelos, il se battrait, le défendrait, lui prouverait de
quoi il était capable ».
a) Quel est le personnage désigné par le pronom personnel « il » dans cette phrase ?
b) Indiquez le mode des verbes soulignés dans cette même phrase. Justifiez son emploi.
c) Que nous apprend cette phrase sur les souhaits du personnage ?
Lisez la totalité de la question avant de répondre.
93
Sujet 7 | Énoncé
a) Le pronom personnel « il » reprend un nom ou un groupe nominal placé avant.
Repérez et relevez le nom ou le groupe nominal auquel il renvoie. En vous aidant
du contexte de la phrase, donnez ensuite l’identité de la personne représentée par ce
pronom personnel.
b) Définition de « mode » d’un verbe : manière dont un fait ou un événement est
exprimé par le verbe. Interrogez-vous : le verbe exprime-t-il une action réelle ? une
action éventuelle mais dont la réalisation n’est pas certaine ? un ordre ? un souhait ?
Il existe plusieurs modes : indicatif, subjonctif, impératif, conditionnel, infinitif, participe. Observez aussi la fin des verbes (terminaisons et suffixes).
c) Définition de « souhaits » : désirs. Repérez et relevez des mots ou expressions qui
soulignent les souhaits, les désirs des personnages. Reformulez ces souhaits avec vos
propres mots en vous efforçant de trouver des synonymes.
4 a) Dans le passage qui s’étend de « La neige volait [...] » à « [...] dans un éclairage
surnaturel. », relevez le champ lexical de la vue.
b) Le personnage voit-il la scène avec netteté et précision ? Justifiez votre réponse en
relevant des indices précis du texte.
a) Définition de « champ lexical » : ensemble de mots qui se rapportent à la même
idée, au même thème (par exemple, les mots « manger », « légumes », « viande » et
« chocolat » appartiennent au champ lexical de la nourriture).
Repérez et relevez des mots ou expressions qui renvoient au thème de la vue.
b) Vous devez extraire des mots ou des expressions qui indiquent si le personnage
voit ou non la scène précisément et nettement. Relisez l’introduction du texte. Quand
se déroule cette scène ? Repérez et relevez des mots ou expressions qui soulignent
la netteté et la précision de la vue ou qui soulignent l’idée contraire.
5 a) Dans le passage qui s’étend de « Il gisait par terre [...] » à « [...] du côté de
l’ombre », relevez deux reprises nominales qui désignent l’élève pâle.
b) Selon vous, dans quel état physique se trouve-t-il ? Justifiez votre réponse par
d’autres indices du texte.
a) Définition de « reprise nominale » : procédé qui sert à évoquer des éléments (personnes ou choses) dont on a déjà parlé dans un texte mais en les désignant différemment. Une reprise nominale est formée d’un nom ou d’un groupe nominal.
Repérez et relevez deux noms ou groupes nominaux sur les trois qui désignent
l’élève pâle.
b) Une reprise nominale apporte souvent une information supplémentaire. Analysez le sens des deux reprises nominales que vous avez relevées et précisez l’état
physique du personnage.
94
Sujet 7 | Énoncé
6 Quelles sont les différentes attitudes adoptées par les autres élèves à partir de « Des
sifflets retentirent [...] » ? Comment interprétez-vous ces réactions ?
Relisez attentivement le passage concerné.
Définition de « attitude » : comportement.
Repérez les mots ou expressions désignant les différents groupes d’élèves. Précisez
les différents comportements adoptés par les élèves puis expliquez pourquoi, selon
vous, ils réagissent ainsi.
7 a) « incompréhensible » : Décomposez ce mot et expliquez sa formation.
b) Pourquoi le censeur juge-t-il cette histoire « incompréhensible » ?
a) Vous devez identifier les différents éléments qui composent un mot : le radical ,
le préfixe ou le suffixe, ou les deux.
b) Relisez le texte, la fin en particulier. Quels sont les sentiments et l’attitude des
maîtres et du censeur à l’égard de Dargelos ? Donnez les raisons pour lesquelles le
censeur trouve cette histoire incompréhensible.
8 a) « Les privilèges de la beauté sont immenses. Elle agit même sur ceux qui ne la
constatent pas » : quel est le temps utilisé dans ces phrases ? Quelle est sa valeur ?
b) Qui s’exprime ici ?
a) Donner la valeur d’un temps, c’est expliquer pourquoi il est utilisé dans ce
contexte particulier. Observez les formes verbales. Interrogez-vous. Quel est le
temps utilisé ? En quoi est-il différent des autres temps du texte ? Précisez sa valeur dans ces phrases.
b) Procédez à une lecture attentive de l’ensemble du texte. Interrogez-vous : qui
raconte cette histoire ? Qui parle dans le texte ? En vous appuyant sur la valeur du
temps identifié, précisez qui s’exprime dans ces deux phrases.
9 Comment Dargelos est-il perçu par les différents personnages en présence ? Vous
développerez votre réponse en vous appuyant sur l’ensemble du texte.
C’est une question de synthèse. Appuyez-vous sur l’ensemble du texte et sur vos
réponses aux questions 1, 2, 6, 7 et 8. Vous devez citer des mots ou expressions du
texte pour justifier votre réponse.
Définition de l’expression « comment est-il perçu... ? » : comment est-il considéré ?
quelle image ses camarades, les maîtres et le censeur ont-ils de lui ? Repérez et
relevez les mots ou expressions qui soulignent la manière dont les élèves, les maîtres
et le censeur considèrent Dargelos. Reformulez ces expressions avec vos propres
mots, en utilisant des synonymes.
95
Sujet 7 | Énoncé
Réécriture
4 points
Réécrivez le passage suivant au passé, en utilisant à bon escient l’imparfait et le
passé simple.
Vous ferez toutes les modifications nécessaires.
Il ouvre la bouche : « Darg... », aussitôt la boule de neige lui frappe la bouche,
y pénètre, paralyse les dents. Il a juste le temps d’apercevoir un rire et, juste à
côté du rire, au milieu de son état-major, Dargelos qui se dresse, les joues en feu,
la chevelure en désordre, avec un geste immense. Un coup le frappe en pleine
poitrine.
Un coup sombre. Un coup de poing de marbre. Un coup de poing de statue. Sa tête
se vide.
Conjuguez les verbes au présent soit à l’imparfait soit au passé simple :
– si les verbes au présent expriment un état, une action secondaire, une action qui
se répète, conjuguez-les à l’imparfait ;
– si les verbes au présent expriment une action importante, qui fait avancer l’histoire, conjuguez-les au passé simple.
Soulignez tous les verbes conjugués au présent et faites une flèche vers leur sujet.
Transformez la conjugaison des verbes en étant attentif au choix de leurs terminaisons (-ai, -as, -a, -âmes, -âtes, -èrent ; -is, -is, -it, -îmes, -îtes, -irent ; -us, -us, -ut,
-ûmes, -ûtes, -urent).
Dictée
6 points
On transporta l’élève dans la loge du concierge où la concierge qui était une brave
femme le lava et tenta de le faire revenir à lui.
Dargelos était debout dans la porte. Derrière la porte se pressaient des têtes curieuses. Gérard pleurait et tenait les mains de son ami. [...]
Le censeur voulait accompagner le malade. Il avait déjà fait chercher une voiture
qui les attendait lorsque Gérard prétendit que c’était inutile, que la présence du
censeur inquièterait beaucoup la famille et qu’il se chargeait, lui, de ramener le
malade à la maison.
— Du reste, ajouta-t-il, regardez, Paul reprend des forces.
Le censeur ne tenait pas outre mesure à cette promenade. Il neigeait. L’élève habitait rue Montmartre.
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Sujet 7 | Énoncé
Il surveilla la mise en voiture et comme il vit que le jeune Gérard enveloppait son
condisciple avec son propre cache-nez de laine et sa pèlerine, il estima que ses
responsabilités étaient à couvert.
Jean Cocteau, Les Enfants terribles, 1929.
Deuxième partie : rédaction
15 points
Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets de rédaction suivants.
Votre texte fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes).
Sujet d’imagination
Racontez un autre épisode illustrant les relations entre Paul, Dargelos, les autres
élèves et les adultes du collège.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés.
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à écrire : « racontez ».
Vous devez donc rédiger un récit relatant un autre épisode, une autre aventure qui
montre les relations entre Paul, Dargelos, les autres élèves et les adultes du collège.
Étape 3. Trouvez des idées. Quelle aventure raconter ? Où et quand se déroule-telle ? Quel rôle jouent Dargelos et Paul ? Quelle est la réaction des autres élèves,
des adultes du collège ? Quelles sont les relations entre les élèves, entre les élèves
et les adultes ? Aidez-vous de votre expérience d’élève, des livres que vous avez lus
et des films que vous avez vus.
Étape 4. Établissez le plan de votre devoir.
Type et forme du texte
Idées à développer
Temps à utiliser et outils
Récit/ Narration/
Description
Éventuellement un
dialogue entre les élèves.
Attention, votre devoir
doit comporter trois ou
quatre paragraphes
différents et deux pages.
L’épisode illustrant les
relations entre Paul,
Dargelos, les autres élèves
et les adultes du collège.
L’imparfait et/ ou le passé
simple pour le récit.
Étape 5. Relisez-vous.
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Sujet 7 | Énoncé
Sujet de réflexion
Selon vous, faut-il, comme Paul, être prêt à tout pour se faire accepter par les
autres ?
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet.
Étape 2. Repérez et soulignez d’une couleur les mots clés qui évoquent le thème du
devoir et les parties : « faut-il, comme Paul, être prêt à tout pour se faire accepter
par les autres ? »
Étape 3. Définitions :
– « être prêt à tout » : s’attendre à tout et être capable de tout ;
– « se faire accepter par les autres » : se sentir intégré à un groupe, se sentir aimé
et respecté par un groupe.
Étape 4. Repérez la forme du texte à écrire. Comme il s’agit d’un sujet de réflexion,
développez un texte argumentatif composé d’arguments et d’exemples. Conjuguez
les verbes au présent.
Étape 5. Définissez le problème : est-on obligé d’être capable de tout pour se sentir
intégré, aimé et respecté par un groupe ?
Vous pouvez traiter de plusieurs manières le sujet :
– Solution 1 : oui, on doit être prêt à tout pour se sentir intégré, aimé et respecté par
un groupe (point de vue A). Vous développez deux ou trois arguments, illustrés
d’exemples pour défendre cette thèse.
– Solution 2 : non, on n’est pas obligé d’être capable de tout et il ne faut pas faire
tout et n’importe quoi pour se sentir intégré, aimé et respecté par un groupe (point
de vue B). Vous développez deux ou trois arguments, illustrés d’exemples pour
défendre cette thèse.
– Solution 3 : Dans une première partie, vous défendez le point de vue A ou B à
l’aide de deux arguments illustrés d’exemples. Puis, dans une deuxième partie,
vous nuancez (sans vous contredire) votre point de vue de la première partie grâce
à un ou deux arguments illustrés d’exemples.
Étape 6. Interrogez-vous pour trouver des arguments et des exemples. Quelles sont
les actions que l’on est capable d’accomplir pour être intégré, aimé et respecté par
un groupe ? Quels sont les bénéfices d’une telle attitude ? Quels sont néanmoins ses
inconvénients voire ses dangers ? Est-ce qu’être prêt à tout nous garantit à coup sûr
d’être intégré, aimé et respecté ?
Étape 7. Établissez le plan de votre devoir. Dans ce corrigé, la solution 3 a été choisie
comme illustration.
98
Sujet 7 | Énoncé
– L’introduction présente le thème et la thèse. Interrogez-vous sur l’expression
« être prêt à tout ». Qu’est-ce que cela signifie à vos yeux ? Rédigez votre introduction au présent. Passez une ligne avant le développement organisé.
– Le développement de l’argumentation comportera deux ou trois parties. Vous
articulerez votre réflexion autour de ce que l’être humain est capable d’accepter
pour se sentir intégré, aimé et respecté par un groupe. Pour chacune des parties, il faudra trouver au moins un argument et l’expliciter à l’aide d’un exemple.
Il faudra veiller à utiliser des modalisateurs de la certitude (il est évident, il est
certain, assurément, incontestablement...), des connecteurs logiques (en premier
lieu, de plus, ensuite, enfin, en effet, dès lors, de fait, par conséquent, donc...),
des phrases de type exclamatif et des questions rhétoriques pour souligner votre
désir de convaincre, des hyperboles pour souligner votre détermination. Passez
une ligne avant la conclusion.
– La conclusion fait un bilan sur le sujet et insiste éventuellement sur la nécessité
d’être soi-même, même si c’est douloureux (d’autres idées sont possibles).
Étape 8. Relisez attentivement votre devoir et vérifiez la correction de la langue
(ponctuation, orthographe, lisibilité).
99
Sujet 7 | Corrigé
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
1 Les deux personnages présentés sont deux collégiens. Ils se nomment Paul et Dargelos. Dargelos est un collégien admiré pour sa beauté : c’est « le coq du collège ». Il
est bagarreur : « il goûtait ceux qui le bravaient ou le secondaient ». Paul a le visage
très blanc : « l’élève pâle ». Il semble faible mais il prend du courage avec la bataille :
« la bataille lui donnait du courage. ».
2 La figure utilisée est une métaphore. Elle signifie que Dargelos est admiré pour sa
beauté. On devine aussi que Dargelos est un garçon fier et qu’il a une forte personnalité.
3 a) Le pronom personnel désigne Paul.
b) Les verbes sont au mode conditionnel. Ce mode sert à exprimer des faits irréels. Il
permet ici d’exprimer le désir de Paul de faire partie de la bande de Dargelos.
c) Cette phrase nous apprend que Paul souhaite tellement faire partie de la bande de
Dargelos qu’il est prêt à tout.
4 a) Les termes « voyait », « reconnaître », « apercevoir », « devine » sont des mots
qui composent le champ lexical de la vue.
b) Le personnage ne voit pas la scène avec netteté comme en témoignent les expressions
« la neige volait », « il vient de reconnaître » et « il a juste le temps d’apercevoir ».
5 a) Les deux reprises nominales qui désignent l’élevé pâle sont « la victime » et « le
malade ».
b) Paul est dans un état critique. Il saigne de la bouche : « un flot de sang échappé de la
bouche barbouillait son menton et son cou ». Il est étendu comme un mort : « il gisait
par terre ».
6 Des élèves se précipitent autour de Paul mais ne l’aident pas : « quelques curieux
se pressaient autour du corps », « sans porter aucune aide ». D’autres, plus apeurés,
s’éloignent en faisant des gestes pour indiquer que Paul est blessé : « certains s’éloignaient, craintifs » « ils avançaient une lippe, levaient les sourcils ». Enfin certains
élèves s’empressent de récupérer leurs sacs : « d’autres rejoignaient leurs sacs d’une
glissade ». Les élèves feignent l’indifférence et ne portent aucun secours à Paul. On
peut supposer qu’ils se comportent ainsi car ils ont peur de la réaction de Dargelos.
7 a) Le mot « incompréhensible » est composé du préfixe privatif in-, du radical
comprehens- (issu du verbe comprendre) et du suffixe -ible.
b) Le censeur juge cette histoire incompréhensible car il apprécie Dargelos. Il ne comprend pas qu’il se soit comporté ainsi à l’égard de Paul.
100
Sujet 7 | Corrigé
8 a) Le temps utilisé est le présent. Il a une valeur de vérité générale.
b) C’est le narrateur qui s’exprime ici.
9 Dargelos est toujours d’abord perçu comme un élève pour qui on éprouve de l’admiration. En effet, Paul le considère comme « son idole ». Dargelos est aussi un élève
que l’on respecte et que l’on craint. Alors que Paul gît sur le sol, aucun ne vient lui
porter secours. On devine que les élèves agissent ainsi parce qu’ils ont peur de lui. Enfin Dargelos est un élève dont le charme agit sur tous. C’est un élève charismatique :
« les maîtres aimaient Dargelos » et le censeur est « ennuyé » par « cette histoire ».
Réécriture
Il ouvrit la bouche : « Darg... », aussitôt la boule de neige lui frappa la bouche, y
pénétra, paralysa les dents. Il eut juste le temps d’apercevoir un rire et, juste à côté du
rire, au milieu de son état-major, Dargelos qui se dressait, les joues en feu, la chevelure
en désordre, avec un geste immense. Un coup le frappa en pleine poitrine. Un coup
sombre. Un coup-de-poing de marbre. Un coup-de-poing de statue. Sa tête se vidait.
Dictée
Le texte est la suite du roman Les Enfants terribles, au passé simple et à l’imparfait.
Chaque verbe s’accorde avec son sujet :
– à l’imparfait, les terminaisons sont identiques pour tous les verbes : -ais, -ais, -ait,
-ions, -iez, -aient : « Dargelos était », « se pressaient des têtes curieuses », « Gérard
pleurait et tenait », « Le censeur voulait », « une voiture qui les attendait », « il se
chargeait », « Le censeur ne tenait », « Il neigeait », « L’élève habitait », « le jeune
Gérard enveloppait », « ses responsabilités étaient » ;
– au conditionnel présent, les terminaisons sont identiques pour tous les verbes et ce
sont les mêmes que celles de l’imparfait : « la présence du censeur inquiéterait » ;
– au passé simple, des verbes en -er : « On transporta », « la concierge... le lava et
tenta », « ajouta-t-il », « Il surveilla », « il estima » ; des verbes du troisième groupe
en -re ou -oir : « Gérard prétendit », « il vit » ;
– au plus-que-parfait, la conjugaison de l’auxiliaire suit les mêmes règles que les
verbes conjugués à l’imparfait. Lorsque le verbe est construit avec l’auxiliaire
« avoir », le participe passé ne s’accorde pas avec le sujet : « il avait fait chercher » ;
– à l’impératif, à la 2e personne du pluriel : « regardez » ;
– au présent : « Paul reprend ».
Plusieurs verbes sont à l’infinitif car ils dépendent soit d’une préposition (« il se chargeait... de ramener »), soit d’un verbe (« Le censeur voulait accompagner », « Il avait...
fait chercher »).
101
Sujet 7 | Corrigé
Une consonne double dans les mots femme, derrière, accompagner, enveloppait.
Il faut veiller à l’orthographe des mots suivants : censeur, condisciple, cache-nez,
pèlerine, à couvert.
Il ne faut pas confondre les homonymes « a/ à », « ou/ où » et « cet/ cette ».
Plusieurs noms ou groupes nominaux sont au pluriel. Un déterminant pluriel les introduit : « les mains », « des forces », « ses responsabilités ».
Il faut veiller à l’accord de l’adjectif dans le groupe nominal suivant : « des têtes curieuses ».
Deuxième partie : rédaction
Sujet d’imagination
Comme tous les lundis matin à 9 heures, les élèves de 5e assistaient au cours de français
de Mme Litera. Paul, l’élève pâle à la lèvre gonflée, était assis au premier rang tandis
qu’au fond de la classe Dargelos était avachi sur sa chaise. Mme Litera expliquait les
différents niveaux de langue et les élèves suivaient silencieusement la leçon. Soudain,
Paul poussa un cri strident et se leva brutalement de sa chaise : « Aïe ! Je viens de
recevoir une gomme en pleine tête ! », cria-t-il.
Indifférent, Dargelos tourna la tête vers la fenêtre. Certains élèves commencèrent à
chuchoter tandis que d’autres s’agitaient sur leurs chaises. Tous les élèves avaient bien
vu que c’était lui l’auteur de ce jet de gomme.
« Asseyez-vous et taisez-vous, dit Mme Litera d’un ton menaçant. Maintenant, ditesmoi, qui a lancé cette gomme ?
— C’est pas moi en tout cas », affirma Dargelos.
Les autres se taisaient. Ils avaient peur de « cafter » ou de « passer pour des balances ».
Paul geignait. Il avait un bleu à l’endroit où la gomme avait percuté sa tête.
« Madame, est-ce que je peux aller à l’infirmerie ?
— Oui, Paul, je t’autorise à y aller. Maintenant, je souhaite connaître l’identité du
coupable. Si vous refusez de parler, vous serez tous collés mercredi après-midi. »
Tous les élèves de la classe s’observaient du coin de l’œil en se demandant qui allait
oser parler le premier. Gérard, le copain de Paul, était sur le point de lever la main
lorsqu’il reçut un grand coup de pied dans sa chaise. Le coup venait d’un des acolytes
de Dargelos. Gérard se résigna et resta silencieux.
Dargelos avait un sourire narquois, il observait la scène sans rien dire et ne semblait
pas concerné par toute cette affaire. Face au silence magistral de la classe, Mme Litera
posa à nouveau la même question. Sans succès.
102
Sujet 7 | Corrigé
« Bien, dit-elle, vous allez prendre une feuille et me donner, de manière anonyme, le
nom du coupable. »
Tous les élèves prirent une feuille. Certains gribouillèrent, d’autres n’écrivirent rien.
Mais, étonnamment, Dargelos nota quelque chose : il désignait Gérard comme coupable.
La cloche sonna et les élèves rendirent tous leur feuille. Ils quittèrent le cours en courant, sauf Marie, une élève brillante mais timide, qui s’avança craintivement vers le
bureau de Mme Litera et murmura :
« Madame, je connais le nom du coupable.
— Ne sois pas si apeurée, Marie, et dis-moi qui est l’auteur de ce jet de gomme.
— Si certains élèves apprennent que je vous ai donné le nom du coupable, c’en est fini
de ma vie.
— C’est très grave, ce que tu dis. Tu as peur que Dargelos et sa bande te menacent ou
s’en prennent à toi à la sortie du collège ?
— Oui, c’est exactement ça.
— Ne t’inquiète pas, j’ai bien senti que c’était encore un énième coup de Dargelos. Je
ne suis pas dupe. Il a un visage d’ange mais je sais que c’est loin d’en être un.
— Oui, c’est lui, Madame, je confirme votre intuition. Mais promettez-moi de ne pas
dire que c’est moi qui vous l’ai dit.
— C’est promis, Marie. Je te remercie d’avoir eu le courage de venir me voir. »
Mme Litera quitta la salle et se rendit dans le bureau du censeur.
Sujet de réflexion
À la récréation, dans mon collège, on peut constater que les élèves se regroupent entre
copains. Il est important, à notre âge, d’avoir des amis avec qui on peut rire, discuter
et à qui on peut se confier. Cependant, faut-il se mettre en danger ou trahir ce que l’on
est pour se faire à tout prix aimer, être respecté par les autres, se sentir intégré ?
Tout d’abord, il est évident qu’il ne faut pas oublier le respect que l’on doit à sa propre
personne sous prétexte de se faire accepter par les autres. Parfois, certains sont prêts à
se mettre physiquement en danger pour se faire accepter par un groupe. Au cours d’une
soirée, l’un de mes amis a voulu faire comme ses camarades. Il a voulu leur prouver
qu’il était capable, comme eux, de boire une dizaine de verres d’alcool d’affilée. Malheureusement, comme il n’avait jamais bu d’alcool de sa vie, il a sombré rapidement
dans un coma éthylique et a terminé la soirée aux urgences de l’hôpital. C’est absurde
de mettre ainsi sa santé et même sa vie en péril simplement parce qu’on souhaite se
comporter comme les autres et qu’on désire à tout prix être intégré dans un groupe.
De plus, je pense qu’il est inutile de chercher à abdiquer sa personnalité et à modifier
103
Sujet 7 | Corrigé
son comportement uniquement dans le but d’être accepté. En effet, dans ce cas, on peut
parvenir à se faire accepter par les autres mais on risque de renoncer à ses valeurs et
aux principes moraux que notre éducation nous a inculqués. Par exemple, une de mes
amies a voulu faire comme certaines filles de sa classe, fumer et « sécher » les cours
du collège tous les après-midi. Au début, elle s’est sentie acceptée et même admirée
par ses camarades, mais, devant la réaction de ses parents et de ses professeurs, elle
s’est rapidement sentie mal à l’aise car ce comportement ne lui apportait aucune satisfaction personnelle véritable et surtout ne correspondait pas à l’image qu’elle avait
d’elle-même.
Cependant, il est certain que l’adolescence est une période au cours de laquelle il est
important pour un jeune de se faire accepter par les autres, d’appartenir à un groupe
qui reconnaisse ses qualités et qui l’apprécie pour ce qu’il est. Parfois, le groupe définit
des exigences qui ont valeur d’initiation et qui peuvent engendrer des comportements
transgressifs. S’il est évident qu’il ne faut pas se renier soi-même pour être accepté par
les autres, il faut faire des efforts pour aller vers eux et essayer de les comprendre. Par
exemple, dans ma classe, une nouvelle élève est arrivée récemment d’Algérie. Elle a
fait des efforts considérables pour parler notre langue afin de pouvoir communiquer
avec nous, elle s’est inscrite à l’association sportive du collège pour se sentir rapidement intégrée à ce nouvel environnement et elle a travaillé régulièrement ses cours en
nous demandant des conseils pour les devoirs à rendre. Je pense que c’est la bonne
manière d’agir pour être accepté par les autres et cela n’exige pas d’abdiquer toute
originalité, en témoigne l’arrivée du Grand Meaulnes dans sa nouvelle école.
En définitive, il ne faut jamais agir inconsidérément et sans réfléchir pour se faire accepter par les autres. Il est nécessaire de rester authentique, fidèle à soi-même et aux
valeurs que nos parents nous ont inculquées. Ce n’est qu’à cette condition que les autres
peuvent nous comprendre, nous aimer et nous respecter : nous pourrons alors assumer
notre originalité, partie intégrante de notre personne.
104
Sujet 8
Polynésie, juin 2013
› Texte
En 1919, Elsa Triolet, écrivaine d’origine russe, vient passer plusieurs mois à Tahiti.
Elle est accompagnée par son mari André. Elle consigne ses impressions dans un ouvrage intitulé À Tahiti.
5
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20
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Tout d’abord, quand l’univers s’organisait, la nuit était prévue pour le repos et la
reconstitution des forces. Toujours et partout, il est d’usage de dormir dans le noir
de la nuit, et la lune et les étoiles n’ont pas été créées pour la peur.
J’ai vécu dans une petite stanitza 1 de la steppe trans-caucasienne 2 dans une
solitude presque totale. Combien était paisible la nuit du jardin où embaumait le
tabac. J’ai vécu dans un ranch solitaire du désert fertile de la Californie et, marchant la nuit sur le macadam de la route, je réfléchissais tranquillement à ce que je
devais acheter le lendemain dans la petite ville voisine.
Mais là-bas, sur cette île entre ciel et terre, j’ai appris à connaître l’angoisse nocturne. Notre vaste chambre, avec ces cinq portes et une fenêtre, avait, la nuit,
quelque chose d’effrayant. Il arrivait qu’André se levât la nuit trois ou quatre fois
pour chercher par la maison, une torche électrique à la main, la raison des bruits.
Je le suivais au petit trot, apeurée. Nous ne trouvions jamais rien et les bruits continuaient à nous déranger.
Il est bon de savoir au juste ce que l’on craint, il existe des serrures, des revolvers,
mais comment savoir ce qui bruit, cogne, soupire dans l’obscurité et l’éclat d’une
nuit tropicale ? Un coup sourd, un craquement, les vitres des fenêtres qui tintent
en frémissant, la porte qui craque, une lumière qui passe ! Qu’est-ce que c’est ?
Rien, le silence. Un ciel noir, étranger, les dessins jamais vus, compliqués, des
constellations piquées avec une épingle sur le noir, et que l’on voit par transparence.
Le silence résonne dans les oreilles. Une mer d’acier luit sous la lune, l’air de dire
je n’y suis pour rien. Une allée lunaire court dessus, frémissante. Les palmiers
immobiles s’élancent dans les airs.
Le sommeil nous fuit. Nous descendons dans le jardin. Le clair de lune est si violent
qu’il devrait, semble-t-il être bruyant. Mais tout est silencieux. [...]
Une fraîcheur commence à venir des montagnes. Nous retournons dans la calme
maison, dans la vaste chambre aux cinq portes et une fenêtre grandes ouvertes
et, à nouveau, il se met à en couler, à suinter par toutes les fentes, à nous assaillir,
1. Stanitza : petit village isolé.
2. Steppe trans-caucasienne : région peu habitée de Russie.
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Sujet 8 | Énoncé
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quelque chose d’incompréhensible, d’inconnu, d’anonyme. Mais si, cela a un nom,
les indigènes 3 appellent ce quelque chose qui vit dans la nuit, et que nous ne pouvons comprendre : toupapaou 4 .
Elsa Triolet, À Tahiti, Les éditions du Sonneur, septembre 2011.
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
15 points
Toutes vos réponses devront être rédigées.
1 Selon l’auteure, à quoi doit servir la nuit ?
Observez la construction des verbes exprimant l’idée d’une utilité, d’une fonction
de la nuit, ainsi que leurs compléments.
2 « [...] il est d’usage de dormir [...] » (l. 2)
a) Donnez la valeur de ce présent de l’indicatif.
b) Relevez deux adverbes qui renforcent la valeur de ce présent.
a) Rappelez-vous les différentes valeurs du présent de l’indicatif : moment de la
parole ou de l’écriture, passé ou futur proches, narration... Observez attentivement
l’expression verbale « il est d’usage » pour répondre.
b) Relevez les adverbes de la deuxième phrase. Lesquels sont mis en relief pour
insister sur la valeur du présent ?
3 Dans le deuxième paragraphe : de « J’ai vécu [...] » (l. 4) à « [...] dans la petite ville
voisine. » (l. 8)
a) À quels pays l’auteure fait-elle allusion ? Relevez des mots qui justifient votre ré-
ponse.
b) Relevez dans ce passage le champ lexical de l’isolement.
c) À quel sentiment ou impression est pourtant associé ce champ lexical ?
a) Repérez et relevez les mots qui évoquent directement ou indirectement des pays
existants.
b) Définition de « champ lexical » : ensemble de mots (nom, verbe, adjectif, adverbe)
qui expriment l’idée d’isolement. Pensez aux mots de la famille d’isolement et à ses
synonymes.
3. Indigènes : qui est originaire du pays, sans aucune connotation péjorative.
4. Toupapaou : tupapau, fantôme, esprit qui hante la nuit.
106
Sujet 8 | Énoncé
c) Définitions :
– « sentiment » : état affectif dû à des émotions ;
– « impression » : effet produit sur l’esprit, sensation.
Repérez et relevez les mots exprimant sentiments et impressions. Identifiez la valeur
de l’adverbe « pourtant » qui figure dans la question.
4 Par quel mot le troisième paragraphe commence-t-il ? À quelle classe grammaticale
appartient-il ? Quelle est sa valeur ?
Définition de « classe grammaticale » d’un mot : nature, identité d’un mot (nom,
verbe, adjectif, pronom, déterminants, etc.). Il existe dix classes de mots. Chaque
mot a un sens, exprime une valeur.
5 « [...] là-bas [...] » (l. 9)
a) De quel endroit s’agit-il précisément ?
b) Relevez dans le même paragraphe un groupe nominal désignant le même endroit.
a) Là-bas est un adverbe de lieu qui se définit par rapport à ici. Identifiez ce lieu en
repérant les noms de pays cités. Pensez à l’endroit où vit l’auteure habituellement,
où elle écrit son livre.
b) Dans cette phrase, repérez et relevez les autres mots évoquant un lieu.
6 Quel nouveau sentiment accompagne la nuit dans cet endroit ? Relevez trois mots
pour justifier votre réponse.
Observez la deuxième partie du texte (reportez-vous à la question 4). Repérez et
relevez les mots exprimant un sentiment différent de celui de la question 3. c).
7 Quatrième paragraphe : de « Il est bon de savoir [...] » (l. 15) à « Qu’est-ce que
c’est ? » (l. 18)
a) Quels types de phrases identifiez-vous dans ce passage ?
b) Quel effet produisent-ils ?
a) Définition de la notion grammaticale « type de phrase » : une phrase exprime
une intention qui définit un type (donner une information, poser une question, donner un ordre ou un conseil, exprimer un sentiment). Repérez les types de phrase en
observant notamment la ponctuation.
b) La combinaison de plusieurs types de phrase dans ce passage crée une construction expressive. Qu’exprime-t-elle ? Expliquez l’effet produit sur le lecteur.
8 « Rien, le silence. » (l. 19)
À quel type de phrase appartient cette proposition ?
En quoi cette phrase ne respecte-t-elle pas la construction habituelle sujet – verbe
– complément ou attribut du sujet ? Que manque-t-il ?
107
Sujet 8 | Énoncé
9 « Une mer d’acier luit sous la lune » (l. 21)
a) Identifiez la figure de style.
b) Dans le passage qui s’étend de « Il est bon de savoir [...] » (l. 15) à « Mais tout est
silencieux. » (l. 25), relevez et commentez une autre figure de style.
a) Définition de « figure de style » : procédé grâce auquel l’auteur enrichit la langue
et l’expression de ses impressions.
Identifiez les mots clés de cette proposition. Lesquels sont mis en relation ? Comment ? Nommez cette figure de style fréquemment employée.
b) Observez le passage concerné.
Trois ou quatre figures de style sont utilisées dans ce passage au niveau de la
construction des phrases, des relations entre des éléments du paysage ou des adjectifs.
10 À qui le pronom « nous » renvoie-t-il dans la fin du texte ?
Le pronom personnel nous désigne la 1re personne et une autre, ensemble.
Comparez les « nous » du début du dernier paragraphe et de la fin. S’agit-il des
mêmes personnes ?
11 « Une fraîcheur » (l. 26)
Donnez la classe grammaticale de « une ».
Définition de « classe grammaticale » d’un mot : nature, identité d’un mot (nom,
verbe, adjectif, pronom, déterminants, adverbe, préposition, conjonction de coordination et de subordination, interjection).
Observez la place de « une » dans le groupe nominal ? Qu’en déduisez-vous sur sa
classe ?
12 Quelle est l’étrange et inquiétante particularité de la chambre à coucher ? Expliquez.
L’effet produit est défini par la question : « étrange et inquiétante particularité ».
Observez le passage qui décrit la chambre. Repérez et relevez les caractéristiques
de la chambre à coucher pouvant produire de tels effets.
13 Comment est formé le mot « incompréhensible » ? Trouvez un autre mot formé
avec le même préfixe.
La formation des mots : un mot construit est formé de plusieurs éléments qui ont
chacun un sens et un nom. Un mot dérivé est formé d’un radical auquel on ajoute
un préfixe ou un suffixe ou les deux.
Identifiez les éléments qui forment « incompréhensible ». Deux autres adjectifs du
texte sont formés avec le même préfixe.
108
Sujet 8 | Énoncé
14 En utilisant vos réponses précédentes, expliquez en quoi l’ambiance nocturne fait
naître l’inquiétude chez la narratrice.
Cette question de synthèse récapitule la plupart des réponses précédentes. Relisezles et expliquez l’effet d’inquiétude produit par l’ambiance nocturne chez la narratrice (questions 1, 3, 6, 7, 12 et 13).
Réécriture
5 points
Réécrivez le passage suivant :
– en remplaçant la 1re personne du singulier je par la 1re personne du pluriel
nous. Vous effectuerez toutes les modifications nécessaires ;
– en remplaçant « la nuit » par « les nuits ».
Combien était paisible la nuit du jardin où embaumait le tabac. J’ai vécu dans un
ranch solitaire du désert fertile de la Californie et, marchant la nuit sur le macadam
de la route, je réfléchissais tranquillement à ce que je devais acheter le lendemain
dans la petite ville voisine.
Effectuez l’accord :
– des verbes « vivre », « réfléchir » et « devoir » avec le nouveau sujet « nous »
(terminaisons du passé composé et de l’imparfait) ;
– du verbe « être » et de l’attribut du sujet avec le sujet au pluriel « les nuits ».
Dictée
5 points
Le soir, nous allions en dehors de la ville, à vélo, loin.
Ensuite, nous regardions le soleil se coucher en face de nous, derrière l’île de Moorea.
Par temps clair, on pouvait nettement voir dans l’île verte des vallées et des montagnes à bords déchiquetés, comme si quelqu’un avait mordu dedans et enlevé des
morceaux avec une mâchoire à dents cassées.
Quand il pleut, Moorea se transforme en sa propre ombre grise, fantomatique. [...]
Pour nous, ce coucher de soleil était bientôt devenu quelque chose de familier et
de cher. C’était notre coucher de soleil à nous.
Elsa Triolet, À Tahiti, Les éditions du Sonneur, septembre 2011.
109
Sujet 8 | Énoncé
Deuxième partie : rédaction
15 points
Vous traiterez au choix l’un des deux sujets de rédaction suivants.
Sujet d’imagination
Vous aussi avez vécu une expérience nocturne et effrayante. Racontez en une
trentaine de lignes.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés.
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à produire : « Racontez ». Il faut
donc respecter :
– le genre narratif : le récit, avec sa chronologie, ses péripéties, ses passages descriptifs et parfois dialogués ;
– la narration à la 1re personne du singulier, « d’une expérience que vous avez vécue » ;
– l’effet à produire : une expérience nocturne et effrayante ;
– les temps du récit (par exemple imparfait et passé simple comme principaux
temps) ;
– le nombre de lignes imposé (« une trentaine »).
Étape 3. Trouvez des idées : circonstances de cette expérience (cadre spatiotemporel), événement qui va constituer cette expérience, causes et effets physiques
de la peur, sensations (visuelles, auditives), dénouement.
Étape 4. Établissez le plan de votre rédaction :
– mise en place du récit (lieu, nuit, circonstances) ;
– événement déclencheur de l’expérience négative, effrayante ;
– péripéties, progression du suspense, expression des divers sentiments et sensations (visuelles, auditives, tactiles...) ;
– dénouement et conclusion sur l’expérience nocturne et effrayante vécue.
Étape 5. Rédigez votre texte en formant des paragraphes pour les différentes parties.
Étape 6. Relisez-vous.
110
Sujet 8 | Énoncé
Sujet de réflexion
Pourquoi peut-on être tenté par les voyages ?
Vous répondrez et donnerez votre point de vue argumenté et illustré par des
exemples en une trentaine de lignes.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés qui définissent le thème de la rédaction :
– « Pourquoi ? » : vous devez donner des raisons, des causes, des explications et
justifications ;
– « être tenté par les voyages » : c’est le thème des voyages ;
– « Vous répondrez » : apportez une réponse précise à la question posée ;
– « et donnerez votre point de vue argumenté et illustré par des exemples » : vous
devez produire un texte argumentatif (argumenté et illustré) pour présenter et
justifier votre propre point de vue sur la question des voyages.
Étape 2. Définissez votre point de vue, votre réponse, votre thèse.
Thèse 1. Oui, de nos jours, on peut encore être tenté par les voyages. Trouvez au
moins trois arguments et exemples pour défendre cette thèse (par exemple, le désir
de connaître d’autres cultures).
Thèse 2. Non, on n’est plus tenté par les voyages. Trouvez au moins trois arguments
et exemples pour défendre cette thèse (par exemple, l’uniformisation des cultures :
on trouve partout des fast-foods et du Coca-Cola).
Étape 3. Trouvez des idées et des arguments pour défendre la thèse choisie : on
voyage parce que l’on veut changer d’air, s’évader de la vie quotidienne ; on n’est
plus tenté par les voyages parce que, grâce aux médias, à l’Internet, aux réseaux
sociaux, on peut faire des « voyages immobiles », en restant chez soi. Existe-t-il
encore aujourd’hui des pays qui nous font rêver ?
Étape 4. Établissez le plan de votre argumentation. Votre texte sera rédigé principalement au présent.
– L’introduction présente le thème et pose la question. Passez une ligne avant le
développement.
– Le développement expose votre point de vue, soutenu par au moins trois arguments et trois exemples. Un paragraphe développe un argument. Défendez votre
thèse en utilisant des modalisateurs de certitude (assurément, j’affirme, incontestablement...) ou de nuance (peut-être, sans doute, emploi du conditionnel...),
des figures de style comme l’hyperbole, l’énumération, les fausses questions (ou
questions rhétoriques) ou le vocabulaire positif, mélioratif pour affirmer votre
point de vue. Passez une ligne avant la conclusion.
111
Sujet 8 | Énoncé
– La conclusion rappelle que vous avez répondu à la question posée en dressant un
bilan rapide.
Étape 5. Rédigez en matérialisant les parties (sauts de ligne, retours à la ligne).
Étape 6. Relisez-vous et vérifiez la correction de la langue (ponctuation, orthographe, lisibilité).
112
Sujet 8 | Corrigé
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
1 La nuit doit servir au « repos » et à la « reconstitution des forces » (première phrase).
2 a) Ce présent a une valeur de vérité générale, permanente.
b) Les adverbes « Toujours » et « partout » renforcent cette valeur permanente et uni-
verselle du présent.
3 a) L’auteure fait allusion à la Russie, « steppe trans-caucasienne », puis à la « Californie » (États-Unis).
b) Les mots « solitude » (l. 5), « solitaire » (l. 6), « steppe » (l. 4), « désert » (l. 6) appartiennent au champ lexical de l’isolement.
c) Ce champ lexical de l’isolement est associé à un sentiment de paix, de sérénité (« paisible » (l. 5) ; « tranquillement » (l. 7)), à des impressions agréables (« où embaumait
le tabac » (l. 5)).
4 Le troisième paragraphe commence par « Mais », une conjonction de coordination ;
celle-ci a une valeur d’opposition.
5 a) « Là-bas » désigne l’île de Tahiti.
b) Le groupe nominal « sur cette île entre ciel et terre » désigne aussi Tahiti.
6 La peur accompagne la nuit à Tahiti, comme le montrent les mots « angoisse » (l. 9),
« effrayant » (l. 11), « apeurée » (l. 13).
7 a) On relève des phrases interrogatives et exclamative, des phrases déclaratives parfois courtes. On note aussi des phrases nominales.
b) Les phrases interrogatives et exclamative, les phrases nominales, les phrases courtes
produisent un effet de peur, expriment les émotions fortes ressenties par l’auteure dans
ce monde inconnu.
8 Cette phrase est nominale, non verbale.
9 a) Il s’agit d’une métaphore.
b) Dans le texte, on relève une personnification : « Le sommeil nous fuit » (l. 24). On
prête au sommeil le mouvement, l’action d’un être animé, comme si le sommeil pouvait
s’éloigner rapidement, en courant, de nous.
10 Le pronom personnel « nous » (l. 30) ne renvoie pas seulement à Elsa Triolet et à
son mari André ; il désigne aussi les hommes en général, en dehors des habitants de
l’île : il existe des êtres vivant dans la nuit que nous, qui ne vivons pas sur l’île de Tahiti,
qui n’avons ni la même culture ni les mêmes croyances, ne pouvons pas comprendre.
Les indigènes, eux, les comprennent et leur donnent un nom, « toupapaou ».
113
Sujet 8 | Corrigé
11 « Une » est un déterminant, article indéfini, féminin singulier.
12 La particularité étrange et inquiétante de cette « vaste » chambre à coucher est
qu’elle possède « cinq portes et une fenêtre ». Les cinq portes peuvent craquer, grincer,
cogner ; les vitres de la fenêtre tintent, laissent passer la lumière de la lune et des étoiles,
ou laissent voir le ciel noir, la mer d’acier... Ombres, bruits, silence, lumière fugitive
sont autant de sources d’angoisse pour l’auteure et son mari.
13 L’adjectif « incompréhensible » est formé du préfixe à valeur négative in-, du radical compréhens- (comprendre, compréhension) et du suffixe -ible. Les adjectifs « immobiles » (l. 23) et « inconnu » (l. 29) comportent le même préfixe in-.
14 Le séjour sur une île tropicale, la vaste chambre aux cinq portes et une fenêtre,
les bruits et le silence de la nuit, la lumière nocturne, la vie invisible des animaux,
bref l’immersion dans un monde inconnu empêchent la narratrice de dormir. Comme
ni son mari ni elle ne peuvent identifier l’origine des bruits, des éclats soudains de
lumière, ils sombrent dans l’inquiétude et même l’angoisse (l. 9). Ils se sentent assaillis
par « quelque chose d’incompréhensible, d’inconnu, d’anonyme » (l. 29), par des êtres
invisibles, auxquels les Tahitiens donnent le nom de toupapaou, sortes de fantômes ou
d’esprits qui hantent l’obscurité des nuits.
Réécriture
Combien étaient paisibles les nuits du jardin où embaumait le tabac. Nous avons
vécu dans un ranch solitaire du désert fertile de la Californie et, marchant les nuits
sur le macadam de la route, nous réfléchissions tranquillement à ce que nous devions
acheter le lendemain dans la petite ville voisine.
Dictée
Quatre verbes sont conjugués à l’imparfait de l’indicatif : « nous allions », « nous
regardions », « on pouvait », « c’était ».
Trois verbes sont conjugués au plus-que-parfait de l’indicatif : « quelqu’un avait mordu
[...] et enlevé » (l’auxiliaire avait est commun aux deux participes passés mordu et
enlevé) ; les participes passés conjugués avec avoir ne s’accordent pas car le COD « des
morceaux » est placé après le verbe et mordre se construit ici sans COD) ; « ce coucher
de soleil était [...] devenu » (le participe conjugué avec l’auxiliaire être s’accorde avec
le sujet masculin singulier).
Deux verbes sont à l’infinitif car ils dépendent d’un autre verbe que les auxiliaires être
et avoir : (nous regardions le soleil) « se coucher », (on pouvait) « voir ».
Les adjectifs et les participes passés employés comme des adjectifs s’accordent en
genre et en nombre avec le nom qu’ils qualifient : « temps clair », « l’île verte », « aux
114
Sujet 8 | Corrigé
bords déchiquetés » (au pluriel car les montagnes présentent plusieurs bords), « dents
cassées » (ce sont les dents qui sont cassées), « sa propre ombre grise », « fantomatique » (attention ! On écrit fantôme mais fantomatique), « quelque chose de familier
et de cher » (chose est féminin singulier mais quelque chose de est de genre neutre,
l’adjectif qui suit cette expression est au masculin singulier).
Attention aux homonymes : à vélo, à dents (à ne pas confondre avec les formes a, as du
verbe avoir ), se coucher (à ne pas confondre avec le démonstratif ce dans ce coucher
de soleil), on pouvait (à ne pas confondre avec la forme ont du verbe avoir), quand il
pleut (à ne pas confondre avec quant à moi), c’était notre coucher (à ne pas confondre
avec il s’était enflammé).
Deuxième partie : rédaction
Sujet d’imagination
Cet été-là, mes parents avaient loué une petite villa en Provence, pour y passer une
quinzaine de jours de vacances. La villa était un peu à l’écart du village, pas très loin
de la forêt de la Sainte-Baume. Il faisait beau et chaud, aussi je décidai, quelques jours
après notre arrivée, de dormir dehors, sous une tente que j’avais plantée dans le petit pré
qui s’étendait derrière la maison. Je soumis mon projet à mes parents, qui acceptèrent
immédiatement.
Un soir, je m’installai donc pour la nuit. J’avais prévu boisson et nourriture car je
comptais bien veiller un peu tard dans la nuit pour profiter des étoiles qui illuminaient
le ciel d’août. Je m’allongeai dans l’herbe et attendis. Mes espoirs ne furent pas déçus.
Le spectacle des astres qui s’allumaient dans le firmament était féerique. J’aperçus
même une étoile filante. Mais la fatigue me gagna vers minuit. Je me couchai sous la
tente et fermai les yeux.
Au bout d’un moment, je les rouvris, réveillé par un bruit. Je tendis l’oreille et reconnus le bruit strident et monotone des cigales. Au milieu de la nature, je percevais les
bruits beaucoup plus nettement que depuis ma chambre, fenêtre grande ouverte. Je me
rendormis. Combien de temps avais-je dormi lorsque je fus à nouveau réveillé par un
bruit étrange ? Impossible à dire car je ne pouvais lire l’heure à ma montre, ma torche
électrique refusant obstinément d’éclairer ! Soudain, je perçus un nouveau bruit. Différent du cri des cigales. Je me concentrai pour tenter de l’identifier. On aurait dit un bruit
de pas, ceux d’un être glissant sur l’herbe. Puis, une ombre se projeta sur la toile de la
tente ! Mon sang ne fit qu’un tour... Un frisson me parcourut de la tête aux pieds. On
marchait autour de ma tente ! Qui ? Certainement pas mes parents, qui devaient dormir
115
Sujet 8 | Corrigé
à poings fermés ! Un rôdeur ? Un animal venu de la Sainte-Baume ? Pas de doute... On
piétinait autour de mon fragile abri ! Allait-on l’ouvrir ? J’étais glacé de peur, incapable
de bouger ou de pousser le moindre cri. Victime offerte sans défense au monstre animal ou humain qui cherchait une proie... Je sentais la sueur couler sur mon front, dans
mon dos. L’ombre, projetée sur la toile, semblait danser sous la lumière de la lune. Que
faire ? Appeler à l’aide ? Mes parents entendraient-ils mes cris de panique ? Me lever
et bondir hors de la tente pour me réfugier dans la maison ? Le monstre aurait le temps
de m’attraper... La terreur s’empara de moi quand je vis la fermeture éclair de la tente
glisser lentement vers le haut. Une ombre gigantesque se pencha vers l’intérieur... Un
éclair jaillit brutalement et m’aveugla...
« Pardon ! Je t’ai réveillé ? Je n’arrivais pas à dormir. »
Mon père braquait une torche électrique vers moi, qui restais totalement paralysé et
muet.
« Je viens de faire une petite promenade nocturne et j’en profite pour voir si tout va
bien ici. »
Je balbutiai quelques mots incompréhensibles. Mon père mit sans doute ce charabia sur
le compte du réveil brutal qu’il avait provoqué, s’excusa, referma la tente et disparut
dans la nuit. Soulagé mais tremblant, je cherchai vainement le sommeil. Mon cœur
battait si fort dans ma poitrine qu’elle allait sûrement exploser ! Au petit matin, dès le
lever du jour, je me précipitai dans la maison. Durant le petit déjeuner, je me gardai
bien de parler de cette terreur nocturne, et dans l’après-midi, je démontai la tente à la
grande surprise de mes parents, qui ne me posèrent pourtant aucune question.
Sujet de réflexion
Le progrès technologique, l’amélioration des conditions et de la qualité de vie, la diminution du temps de travail ont permis de développer une société des loisirs qui se
caractérise notamment par le goût des voyages. Pour quelles raisons l’homme moderne
peut-il être tenté par les voyages ? Que chercherait-il en parcourant le monde ?
Incontestablement l’homme moderne est tenté par les voyages. Une statistique récente
entendue à la radio indique que la France est la première destination mondiale avec
quatre-vingt-trois millions de visiteurs et touristes ! C’est donc que le voyage attire
bon nombre de personnes. La première raison qui pousse à voyager est, selon moi, la
curiosité, le désir de découvrir d’autres cultures, un patrimoine architectural inconnu,
comme les principaux monuments de Paris ou les châteaux de la Loire, la Koutoubia
de Marrakech... qui sont autant de témoignages des civilisations passées. Le besoin
de connaissance, de savoir, d’enrichissement est assurément un facteur essentiel dans
l’essor du tourisme actuel.
116
Sujet 8 | Corrigé
Par ailleurs, le voyage est occasion de rencontres, en pénétrant dans la « profondeur »
des régions visitées ; en effet, il ne s’agit pas seulement de visiter les musées, les châteaux, les grandes villes mais de rencontrer les gens du pays, leurs traditions, leur folklore, leur cuisine aussi. Ainsi les voyages, pour certains, se conçoivent de manière
originale : en roulotte, par exemple, on découvre des paysages que l’on ne voit pas
quand on voyage en voiture ; on vit à un rythme différent, on s’arrête dans les fermes
pour passer la nuit ; on goûte les produits du terroir. Il existe maintenant des offres
très variées pour les amateurs d’authenticité, de naturel, loin du confort uniformisé des
chaînes d’hôtel, de la promiscuité des campings, loin des « pièges à touristes ».
De toute façon, le voyage répond toujours à un besoin d’évasion : l’homme a de tout
temps été attiré par l’ailleurs. Il cherche alors le dépaysement qui va le sortir de sa
vie quotidienne, de la routine. On cherche le soleil, les plages de sable blanc, l’eau turquoise pour compenser la grisaille des mois passés à travailler. Le voyage favorise alors
l’oubli, certes momentané, mais bénéfique tout de même. C’est pourquoi certains voyageurs recherchent avant tout l’aventure : les treks, randonnées pédestres en Italie ou au
Népal, satisfont les sportifs. La traversée du désert marocain en dromadaire permet à
des familles, parents et enfants, de vivre une expérience hors du commun. L’homme
cherche à dépasser ses limites, vivre « dangereusement », pour échapper au confort et
à la sécurité de tous les jours.
En conclusion, l’homme moderne est plus que jamais tenté par les voyages, mais les
motivations varient considérablement, comme on a pu le voir. Les professionnels du
tourisme ont parfaitement compris cette diversité de la demande puisqu’il est toujours
possible de trouver une offre correspondant à nos attentes. Malgré la télévision, les
autres médias, Internet, l’homme éprouve encore ce besoin de partir, de découvrir.
Peut-être est-ce inscrit dans ses gènes ?
117
Sujet 9
Sujet zéro du ministère, 2013
› Texte
5
10
15
20
Voilà l’épicerie-mercerie de Mlle Alloison. Ah ! Mlle Alloison ! Un long piquet avec
une charnière au milieu. [...] Elle savait par cœur ce que je venais chercher ; elle
rentrait dans sa cuisine et elle me laissait seul dans l’épicerie.
Il n’y avait qu’une lampe à pétrole pendue dans un cadran de cuivre. On semblait
être dans la poitrine d’un oiseau : le plafond montait en voûte aiguë dans l’ombre.
La poitrine d’un oiseau ? Non, la cale d’un navire. Des sacs de riz, des paquets de
sucre, le pot de la moutarde, des marmites à trois pieds, la jarre aux olives, les fromages blancs sur des éclisses, le tonneau aux harengs. Des morues sèches pendues
à une solive jetaient de grandes ombres sur les vitrines à cartonnages où dormait
la paisible mercerie, et, en me haussant sur la pointe des pieds, je regardais la belle
étiquette du « fil au Chinois ». Alors, je m’avançais doucement, doucement ; le
plancher en latte souple ondulait sous mon pied. La mer, déjà, portait le navire. Je
relevais le couvercle de la boîte au poivre. L’odeur. Ah ! cette plage aux palmiers
avec le Chinois et ses moustaches. J’éternuais. « Ne t’enrhume pas, Janot. — Non,
mademoiselle. » Je tirais le tiroir au café. L’odeur. Sous le plancher l’eau molle
ondulait : on la sentait profonde, émue de vents magnifiques. On n’entend plus les
cris du port.
Dehors, le vent tirait sur les pavés un long câble de feuilles sèches. J’allais à la
cachette de la cassonade. Je choisissais une petite bille de sucre roux. Pendant que
ça fondait sur ma langue, je m’accroupissais dans la logette entre le sac des pois
chiches et la corbeille des oignons ; l’ombre m’engloutissait : j’étais parti.
Jean Giono, « Le Voyageur immobile », Rondeur des jours, L’Eau vive, I, 1943.
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
15 points
Toutes vos réponses devront être rédigées.
1 « Elle savait par cœur ce que je venais chercher » : d’après vous, que vient chercher
le narrateur dans l’épicerie-mercerie de Mlle Alloison ?
118
Sujet 9 | Énoncé
Relisez attentivement le texte. Interrogez-vous. À quoi l’enfant compare-t-il le magasin de Mlle Alloison ? Que regarde-t-il principalement ? Repérez et relevez les
sensations et impressions du narrateur. Quel autre lieu évoque-t-il à plusieurs reprises ?
2 Quel âge donnez-vous au narrateur ?
Observez le texte pour voir s’il comporte des indications chiffrées précises. Repérez
et relevez les indices permettant de définir l’âge du narrateur. Déduisez son âge à
partir des indices relevés.
3 Pourquoi le narrateur a-t-il l’impression d’être dans la cale d’un navire ? Vous donnerez plusieurs raisons en prenant en compte tout le texte.
Interrogez-vous. Qu’est-ce qui fait penser à la cale d’un bateau ? Définition de
« cale » : partie la plus basse dans un navire, où l’on stocke des marchandises.
4 Comparez les deux phrases suivantes :
– « le plancher en latte souple ondulait sous mon pied » ;
– « Sous le plancher l’eau molle ondulait ».
Quelle métamorphose se produit entre les deux ?
Définition de « métamorphose » : changement d’une forme en une autre forme, d’un
aspect en un autre aspect ; transformation. Comparez la structure des deux phrases.
Quel est le sujet du verbe ? Quel est le complément ? Quels éléments sont communs ?
Lesquels sont différents ? Quelle transformation le changement de construction des
phrases symbolise-t-il ? Expliquez-la.
5 « L’odeur. » Quelle remarque grammaticale pouvez-vous faire sur la construction
de cette phrase ? Pourquoi cette phrase est-elle répétée ?
En quoi cette phrase ne respecte-t-elle pas la construction habituelle sujet – verbe
– complément ou attribut du sujet ? Que manque-t-il ?
Pourquoi est-elle répétée ? Observez la place de « L’odeur » dans le mouvement de
cette parte du texte. Expliquez l’effet produit par la répétition.
6 « On n’entend plus les cris du port » :
a) À quel temps est le verbe de la phrase ?
b) Quel était le temps principal du texte avant cette phrase ?
c) Quel est l’effet produit par le changement de temps ?
Observez les terminaisons des verbes pour identifier les temps utilisés. Rappelezvous les valeurs de ces temps. Identifiez l’effet recherché et produit dans cette partie
précise du texte, en fin d’un long paragraphe et avant un blanc typographique.
119
Sujet 9 | Énoncé
7 Quel rapport voyez-vous entre le titre « Le Voyageur immobile » et le texte ?
Analysez le sens des deux mots clés du titre. Que constatez-vous ? Interrogez-vous :
comment peut-on associer ces deux mots ? Cherchez dans le texte, et dans vos réponses précédentes, des indices justifiant le titre.
8 Dans quel univers l’enfant puise-t-il son imagination ? Pouvez-vous faire des rapprochements avec des livres que vous avez lus ou des films que vous avez vus ? Expliquez ce qui vous fait penser à ces livres ou ces films.
Relisez vos réponses aux questions 3, 4, 5 et 7. Repérez et relevez les indices qui
permettent d’identifier l’univers dans lequel l’enfant puise son imagination. Mobilisez les titres de livres que vous avez lus, de films que vous avez vus et qui renvoient
à ce même univers. Pensez aux livres étudiés ou lus au collège, notamment en 5e .
Réécriture
4 points
Vous transposerez au présent et à la 3e personne du singulier le passage suivant :
J’allais à la cachette de la cassonade. Je choisissais une petite bille de sucre roux.
Pendant que ça fondait sur ma langue, je m’accroupissais dans la logette entre le
sac des pois chiches et la corbeille des oignons ; l’ombre m’engloutissait : j’étais
parti.
La transposition est double :
– passer de l’imparfait et du plus-que-parfait au présent de l’indicatif ;
– remplacer le pronom personnel sujet je par il, ainsi que le déterminant possessif
(« ma langue »).
Si à l’imparfait tous les verbes ont les mêmes terminaisons, au présent, ces terminaisons varient selon le groupe du verbe. Identifiez le groupe de chaque verbe et
trouvez la terminaison qui convient.
Dictée
6 points
Il est nuit. [...]
Je frotte mes yeux, je tends mon regard, les lettres s’effacent, les lignes se mêlent,
je saisis encore le coin d’un mot, puis plus rien.
J’ai le cou brisé, la nuque qui me fait mal, la poitrine creuse ; je suis resté penché
sur les chapitres sans lever la tête, sans entendre rien, dévoré par la curiosité, collé
120
Sujet 9 | Énoncé
aux flancs de Robinson, pris d’une émotion immense, remué jusqu’au fond de la
cervelle et jusqu’au fond du cœur ; et en ce moment où la lune montre là-bas un
bout de corne, je fais passer dans le ciel tous les oiseaux de l’île, et je vois se
profiler la tête longue d’un peuplier comme le mât du navire de Crusoé ! Je peuple
l’espace vide de mes pensées, tout comme il peuplait l’horizon de ses craintes ;
debout contre cette fenêtre, je rêve à l’éternelle solitude et je me demande où je
ferai pousser du pain...
Jules Vallès, L’Enfant, 1879.
Deuxième partie : rédaction
15 points
Vous traiterez au choix l’un des deux sujets de rédaction suivants.
Votre texte fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes).
Sujet d’imagination
Un lieu, une image ou un mot déclenche votre imagination et vous transporte
dans une rêverie. Racontez ce « voyage immobile ».
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés : « un lieu,
une image ou un mot », « déclenche », « votre imagination », « rêverie », « voyage
immobile ».
À la question 7, vous avez expliqué « voyageur immobile » ; servez-vous de votre
réponse pour identifier le thème de la rédaction.
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à produire : « Racontez ». Il faut
donc respecter :
– le genre narratif : le récit, avec sa chronologie, sa progression, ses passages descriptifs ;
– la narration à la 1re personne du singulier (« votre imagination et vous transporte ») ;
– l’effet à produire : passer de la réalité au rêve ;
– les temps du récit (par exemple imparfait et passé composé comme principaux
temps, présent de narration) ;
– le nombre de pages imposé (« deux pages »).
121
Sujet 9 | Énoncé
Étape 3. Trouvez des idées : déclenchement de cette rêverie (lieu, image, mot), pays
rêvé, description des paysages, activités dans le pays rêvé, sentiments et sensations.
Étape 4. Établissez le plan de votre rédaction :
– mise en place du récit (lieu réel) ;
– événement déclencheur de la rêverie (lieu, image, mot), du « voyage immobile » ;
– découverte du pays imaginé, expression des divers sentiments (surprise, émerveillement, joie, etc.) et sensations (visuelles, auditives, tactiles, gustatives, olfactives) ;
– dénouement (retour à la réalité ?) et conclusion sur l’expérience vécue.
Étape 5. Rédigez votre texte en formant des paragraphes pour les différentes parties.
Étape 6. Relisez-vous.
Sujet de réflexion
Pensez-vous que le monde où vous vivez aujourd’hui laisse encore place à la
rêverie ? Vous présenterez votre réflexion dans un développement organisé.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés : « le monde
où vous vivez aujourd’hui », « laisse encore place », « rêverie ». Le thème est le
rapport entre notre monde moderne et la rêverie, le rêve et la réalité actuelle.
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à produire : « Pensez-vous », « votre
réflexion », « vous présenterez... un développement organisé ».
Définition de « réflexion » : examen et comparaison de ses pensées, analyse des
aspects d’un thème, point de vue qui en résulte.
Il faut donc respecter :
– le genre argumentatif : le développement organisé, avec sa progression, ses analyses et ses arguments, ses exemples ;
– le temps de l’argumentation : le présent et les temps qui s’y articulent ;
– le nombre de pages imposé (« deux pages »).
Étape 3. Définissez votre point de vue, votre réponse, votre thèse.
Thèse 1. Oui, de nos jours, le monde laisse encore place à la rêverie. Trouvez au
moins trois arguments et exemples pour défendre cette thèse (par exemple, le monde
possède de très nombreuses régions qui peuvent faire rêver ; l’univers est vaste, la
découverte et la conquête d’autres planètes font rêver).
Thèse 2. Non, de nos jours, le monde ne laisse plus place à la rêverie. Trouvez
au moins trois arguments et exemples pour défendre cette thèse (par exemple, les
médias nous montrent tous les pays, il n’y a plus un seul endroit inconnu ; la vie est
uniformisée, elle est pratiquement la même partout).
122
Sujet 9 | Énoncé
Thèse 3. Certes, de nos jours, le monde ne laisse plus beaucoup de place à la rêverie
mais il offre encore des occasions de rêver.
Étape 4. Trouvez des idées et des arguments pour défendre la thèse choisie : on rêve
parce que l’on veut changer d’air, s’évader de la vie quotidienne ; on ne rêve plus
parce que, grâce aux médias, à Internet, aux réseaux sociaux, on peut tout connaître
en restant chez soi. Existe-t-il encore aujourd’hui des pays qui nous font rêver ?
Étape 5. Établissez le plan de votre argumentation.
– L’introduction présente le thème et pose la question. Passez une ligne avant le
développement.
– Le développement expose votre point de vue, soutenu par au moins trois arguments et trois exemples. Un paragraphe développe un argument. Défendez votre
thèse en utilisant des modalisateurs de certitude (assurément, j’affirme, incontestablement...) ou de nuance (peut-être, sans doute, emploi du conditionnel...),
des figures de style comme l’hyperbole, l’énumération, les fausses questions (ou
questions rhétoriques) ou le vocabulaire positif, mélioratif pour affirmer votre
point de vue . Passez une ligne avant la conclusion.
– La conclusion rappelle que vous avez répondu à la question posée en dressant un
bilan rapide.
Étape 6. Rédigez en matérialisant les parties (sauts de ligne, retours à la ligne).
Étape 7. Relisez-vous.
123
Sujet 9 | Corrigé
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
1 Le narrateur vient chercher dans l’épicerie-mercerie une sorte de refuge où il peut
découvrir tout un monde de sensations extraordinaires olfactives (l’odeur du poivre
et du café), gustatives (la bille de sucre qui fond sur sa langue), visuelles (« la belle
étiquette du ”fil au Chinois” » (l. 10)). Dans cette « poitrine d’un oiseau » ou cette
« cale d’un navire », il peut laisser libre cours à son imagination.
2 On ne peut donner un âge précis au narrateur mais plusieurs indices prouvent que
c’est un enfant ; en effet, il est petit car il doit se hausser « sur la pointe des pieds »
pour voir le « fil au Chinois » (l. 10) ; Mlle Alloison l’appelle affectueusement par le
diminutif « Janot » (l. 14). Il a la curiosité d’un enfant dans ce lieu extraordinaire, il
aime les sucreries (l. 19). Mais surtout il a une imagination débordante.
3 Le narrateur a l’impression d’être dans la cale d’un navire à cause de la forme du lieu
(« le plafond montait en voûte aiguë » (l. 5)), éclairé par « une lampe à pétrole pendue
dans un cadran de cuivre » (l. 4). Mais ce sont surtout les produits de l’épicerie-mercerie
qui évoquent la cargaison d’un navire (l. 6) ; de plus, le plancher souple du magasin fait
penser au bois du bateau, bercé par le mouvement de la mer (l. 11). Le navire renvoie
au voyage et les produits et les sensations renvoient à l’exotisme.
4 Le verbe « ondulait » et le nom « plancher » sont communs aux deux phrases. Dans
la première, « plancher » est sujet du verbe, dans la seconde, il est complément circonstanciel de lieu. L’« eau » apparaît comme sujet dans la deuxième phrase. D’abord,
le narrateur a une sensation d’ondulation quand il marche sur le plancher souple du
magasin, ce qui fait penser au mouvement de l’eau. Ensuite, « l’eau molle » bouge
« sous le plancher » du magasin. Bien entendu, il n’y a pas d’eau sous le plancher ; le
narrateur se croit sur le navire voguant sur la mer. En fait, la métamorphose des phrases
exprime le passage de la réalité (l’épicerie) au rêve (le voyage sur le navire).
5 Cette phrase est non verbale, nominale. Elle est répétée car elle marque la découverte
de nouvelles odeurs (le poivre, le café) ; elle termine le mouvement de découverte :
l’enfant prend la boîte, lève le couvercle. Alors, l’odeur s’échappe, le narrateur respire
et se met à rêver. Ces sensations olfactives déclenchent son imagination.
6 a) Le verbe est au présent de l’indicatif.
b) L’imparfait était le temps principal du texte (« m’avançais », « ondulait », « rele-
vais », etc.).
124
Sujet 9 | Corrigé
c) Grâce au présent de narration, le lecteur plonge dans l’esprit du narrateur, dans son
imaginaire, dans son rêve qui devient réalité. Le changement de temps marque ce décrochage.
7 L’adjectif « immobile » est opposé à « voyageur » car le premier exprime l’absence
de mouvement tandis que le second exprime le mouvement. Le texte explique en fait
le titre : il montre comment le narrateur, un enfant, voyage grâce à son imagination, à
partir de sensations visuelles, olfactives, gustatives, tout cela sans bouger de l’épiceriemercerie.
8 L’enfant puise dans les aventures maritimes, les voyages lointains, l’exotisme de
l’ailleurs, riche de sensations inconnues, enivrantes. On peut penser à certains romans
de Jules Verne, comme Deux ans de vacances, à L’Île au trésor de Stevenson, ou à
Robinson Crusoé de Daniel Defoe, et à leur adaptation au cinéma. Dans les deux premières œuvres, les héros sont des enfants qui rêvent d’aventures sur les mers lointaines,
aventures qu’ils vivront finalement en réalité. Quant à Robinson Crusoé, c’est le roman d’aventures maritimes par excellence. Ces ouvrages ont fait rêver bon nombre de
lecteurs.
Réécriture
Il va à la cachette de la cassonade. Il choisit une petite bille de sucre roux. Pendant
que ça fond sur sa langue, il s’accroupit dans la logette entre le sac des pois chiches
et la corbeille des oignons ; l’ombre l’engloutit : il est parti.
Dictée
Sept verbes du premier groupe sont conjugués au présent de l’indicatif (-e, -es, -e,
-ons, -ez, -ent) : « je frotte », « les lettres s’effacent », « les lignes se mêlent », « la lune
montre », « je peuple », « je rêve », « je me demande ».
Un verbe du deuxième groupe est conjugué au présent de l’indicatif (-is, -is, -it, -issons,
-issez, -issent) : « je saisis ».
Six verbes du troisième groupe sont conjugués au présent de l’indicatif ; leurs terminaisons varient selon la forme de leur infinitif : « il est » (être), « je tends » (tendre),
« j’ai » (avoir), « la nuque qui me fait » (faire ; l’accord se fait avec l’antécédent du
pronom relatif sujet : « la nuque qui »), « je fais » (faire), « je vois » (voir).
Le verbe « faire » est conjugué au futur simple : « je ferai ».
Plusieurs verbes sont à l’infinitif car ils dépendent d’une préposition (« sans lever »,
« sans entendre ») ou d’un verbe qui n’est pas l’auxiliaire avoir ou être (« je fais
passer », « je vois se profiler », « je ferai pousser »).
Plusieurs participes passés sont employés comme des adjectifs ; ils s’accordent en
125
Sujet 9 | Corrigé
genre et en nombre avec le nom ou le pronom auquel ils se rapportent : « le cou brisé »,
« je suis resté penché [...] dévoré [...] collé [...] pris [...] remué ».
Plusieurs adjectifs s’accordent avec le nom qu’ils qualifient : « la poitrine creuse »,
« une émotion immense », « la tête longue », « l’espace vide », « l’éternelle solitude ».
Plusieurs mots sont homonymes : est/ et, se (s’effacent, se mêlent, se profiler)/ ce
(moment), cou (col)/ coup, coût, flancs (les côtés)/ flan (le gâteau), pris (participe
passé de prendre)/ prix, où (moment où, où je ferai)/ ou (ou bien), pain/ pin (arbre ;
attention, ici, le narrateur parle du pain à manger, même s’il se demande où il fera
pousser du pain et non un pin ou des pins).
Plusieurs mots se terminent par une consonne que l’on n’entend pas ; en mettant au féminin ou en trouvant un mot de la même famille, vous pouvez identifier cette consonne :
nuit (nuitée), regard (regarder), mot (mot à mot), flanc (flancher), pris (prise), fond
(fonder, fondation), moment (momentané), bout (bouter, ébouter), mât (démâter), debout.
Quelques mots sont souvent sources d’erreur : « curiosité » (les noms en -té ou -tié
ne prennent jamais de e sauf ceux qui expriment une contenance, comme assiettée, et
quelques noms comme dictée, butée, pâtée, jetée, montée) ; « là-bas » (accent grave,
trait d’union) ; « penché » ; « tous les oiseaux »/ « tout comme » (la prononciation est
identique mais « tous » est au pluriel (« les oiseaux ») ; « tout » est invariable car c’est
un adverbe (tout à fait comme)) ; « horizon ».
Deuxième partie : rédaction
Sujet d’imagination
Depuis quelque temps, la mode des vide-greniers s’est développée. Mes parents ont
donc décidé de participer à une de ces manifestations organisées dans notre quartier le
premier week-end de juin. Mais nous devions trouver quoi mettre en vente. Nous voici
alors tous partis en exploration !
« Je me charge du grenier ! » ai-je proposé à ma mère, qui, elle, commençait à trier sa
garde-robe. Elle en aurait certainement pour un bon bout de temps !
Dans les combles, c’était un véritable capharnaüm ! Des cartons, de vieilles valises,
une malle, des sacs, des piles de magazines, des jouets à moitié cassés et bien d’autres
objets non identifiés étaient entassés dans le plus grand désordre. Je n’y montais jamais mais apparemment on avait entassé là les vestiges de plusieurs existences ! La
malle aux serrures de cuivre attirait mes regards. Sans doute à cause des nombreuses
étiquettes collées dessus. Avec un vieux pull qui traînait par là, j’ai enlevé la poussière
126
Sujet 9 | Corrigé
qui les rendait illisibles. Quelle surprise ! J’ai découvert des étiquettes multicolores,
avec des dessins de navire, des paysages avec des chameaux. « Compagnie Générale
Transatlantique », « Hôtel Excelsior Venezia »... Les couleurs étaient ternies, les inscriptions parfois illisibles, usées par le temps. L’une d’elles a retenu mon attention :
« LES MESSAGERIES MARITIMES FONT LE TOUR DE MONDE ». Au centre,
un globe terrestre en arrière-plan et, au premier plan, un magnifique paquebot blanc,
barré d’une bande de papier, portant l’inscription « Nouméa Nouvelle-Calédonie ».
Nouméa... Nouvelle-Calédonie... Des noms qui évoquaient les territoires français
d’outre-mer... les îles lointaines du Pacifique. J’ai fermé les yeux. J’étais sur le pont
du paquebot blanc, cheveux au vent, le visage battu par les embruns, admirant le ballet
des dauphins. Soudain, à l’horizon, la terre... Le navire voguait sur des flots turquoise...
Les grands oiseaux des mers, ailes déployées, nous escortaient. La Nouvelle-Calédonie
m’apparaissait dans toute sa splendeur, sous le soleil qui chauffait ma peau. Le spectacle devenait de plus en plus grandiose au fur et à mesure de notre approche. D’immenses cocotiers se dressaient vers un ciel d’un bleu intense ; j’apercevais des vallées
encaissées qui s’enfonçaient dans les terres couvertes d’une végétation luxuriante. Des
odeurs et des parfums inconnus flottaient dans l’air et m’enivraient. La joie et l’attrait
de cet ailleurs exotique me poussaient à vouloir tout découvrir...
Me voici sur une plage de sable blanc, au bord du lagon. Un doux vent caresse mon
visage. J’entends les cris des perruches qui se mêlent au chant d’oiseaux bariolés, perchés sur des buissons dont les fleurs rouges flamboient. Je m’étends sur le sable chaud,
et je m’endors dans la lumière du paradis terrestre, dans le calme du soir...
« Qu’est-ce que tu fais ? Tu as trouvé quelque chose ? » a hurlé ma mère au pied de
l’escalier. Réveil brutal ! Les îles ont disparu et le grenier m’est apparu, sombre, poussiéreux, froid.
Sujet de réflexion
Les magazines Géo, National Geographic, les chaînes de télévision spécialisées
Voyage, National Geographic, Planète +, Ushuaïa TV, les chaînes généralistes avec
certaines de leurs émissions (Thalassa, Des racines et des ailes) et la diffusion de
nombreux documentaires nous font découvrir le monde au point que l’on peut s’interroger : un coin de notre planète nous est-il encore inconnu ? Existe-t-il encore des
pays qui nous fassent rêver ?
Il est vrai que nous sommes véritablement bombardés d’informations sur tout, les pays
proches ou lointains, leurs cultures, leur art de vivre, leur cuisine. Si nous le souhaitons,
nous pouvons acheter des magazines de la presse écrite, qui grâce aux photos et aux
articles, nous font découvrir des paysages de notre terre. La diffusion de très nombreux
127
Sujet 9 | Corrigé
documentaires à la télévision nous plonge en direct au cœur du monde, dans un village
reculé de la Chine ou nous font partager le quotidien d’Indiens d’Amazonie, avec un
réalisme et une précision scientifique à vous couper le souffle. Et que dire d’Internet ?
Il suffit d’un moteur de recherche, de quelques clics et vous savez tout d’un pays, d’une
région, de leur histoire, de leur économie, de leur population, photos et même vidéos
à l’appui. Jamais la terre entière n’a autant ressemblé à un village, dont on connaît
absolument tout !
C’est d’ailleurs en regardant ces émissions ou en lisant que l’on constate souvent l’uniformisation, la standardisation de notre monde ; les mêmes modes de vie se répandent
sur toute la planète. Vous pouvez boire un soda, un Coca-Cola, manger un hamburger quasiment partout. Vous entendez aussi la même musique, la mode vestimentaire
est identique : T-shirt, jean, baskets, casquette américaine... Non seulement l’Europe
mais aussi les autres continents suivent le mode de vie des États-Unis ; cette « américanisation » estompe, efface les différences qui existaient autrefois, entraîne une perte
d’originalité et donc de richesse culturelle. Il arrive parfois qu’un touriste, désireux
de ramener un souvenir du pays visité, constate avec stupeur que les objets vendus ne
sont pas produits par les petits artisans locaux mais sont fabriqués en Chine ! Si on rêve
d’un ailleurs, d’évasion, c’est que l’on veut trouver autre chose, qui permette d’échapper à son quotidien et à l’ordinaire. Faut-il en conclure avec désespoir que notre monde
ne laisse plus de place à la rêverie ? Cette vision semble trop pessimiste ; en effet, les
occasions de rêver sont encore nombreuses aujourd’hui. Fort heureusement !
Premièrement, les médias, s’ils nous donnent beaucoup d’informations, ne nous les
donnent pas toutes, il reste à découvrir des aspects multiples et variés. Et puis, voir
un reportage sur Madagascar peut stimuler notre imagination. Nous consommons trop
souvent l’information, de manière passive, alors qu’elle devrait déclencher tantôt une
réflexion tantôt le rêve. Notre vie intérieure sera d’autant plus intense et plus riche
qu’elle sera stimulée par ce que nous voyons et entendons. L’homme actuel doit à tout
prix demeurer actif car, dans la vie professionnelle, dans la vie sociale, personnelle, le
risque de la passivité est grand. Dans un monde dont on dit qu’il est en crise, l’homme
se prend à rêver parce que ses conditions de vie, son travail ne le satisfont plus, parce
que les difficultés l’assaillent.
Malgré l’excès d’informations, à cause des problèmes que l’homme rencontre dans le
monde actuel, le besoin de rêver se fait plus fort, plus nécessaire car la rêverie favorise
l’évasion, nous projette dans le futur, nous donne la force de lutter pour que nos rêves
de bonheur, de liberté deviennent réalité.
128
Sujet 10
Inde, avril 2013
› Texte
Arbres
À Georges Ribermont-Dessaignes.
En argot 1 les hommes appellent les oreilles les feuilles
c’est dire comme ils sentent que les arbres connaissent la musique
mais la langue verte des arbres est un argot bien plus ancien
Qui peut savoir ce qu’ils disent lorsqu’ils parlent des humains
Les arbres parlent arbre
comme les enfants parlent enfant
Quand un enfant de femme et d’homme
adresse la parole à un arbre
l’arbre répond
l’enfant entend
Plus tard l’enfant
parle arboriculture
avec ses maîtres et ses parents
Il n’entend plus la voix des arbres
il n’entend plus leur chanson dans le vent
Pourtant parfois une petite fille
pousse un cri de détresse
dans un square de ciment armé
d’herbe morne et de terre souillée
Est-ce... oh... est-ce
la tristesse d’être abandonnée
qui me fait crier au secours
ou la crainte que vous m’oubliiez
arbres de ma jeunesse
ma jeunesse pour de vrai
Dans l’oasis 2 du souvenir
1. Argot : vocabulaire particulier à un groupe social, à une profession ; ou langue familière.
2. Oasis : endroit d’un désert qui présente de la végétation due à la présence d’un point d’eau ; sens figuré : lieu ou
moment reposant, chose agréable qui fait figure d’exception dans un milieu hostile ou une situation pénible.
129
Sujet 10 | Énoncé
une source vient de jaillir
est-ce pour me faire pleurer
J’étais si heureuse dans la foule
la foule verte de la forêt
avec la crainte de me perdre
et la crainte de me retrouver
N’oubliez pas votre petite amie
arbres de ma forêt.
Jacques Prévert, Histoires, 1946.
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
15 points
Toutes vos réponses devront être rédigées.
1 En quoi ce texte est-il poétique ? Relevez au moins trois indices pour justifier votre
réponse.
Définition de « poétique » : qui relève du genre de la poésie.
Pour montrer que ce texte est poétique, interrogez-vous : quel « dessin » le texte
forme-t-il sur la page ? Les lignes sont-elles complètes ? Le texte est-il écrit en vers ?
Le texte est-il composé de strophes ou de paragraphes ? Le texte contient-il des
rimes ? des sonorités évocatrices ? De nombreuses images comme la comparaison,
la métaphore, la personnification ou l’allégorie sont-elles employées ?
2 Dans les vers 3 et 4, relevez le champ lexical de la parole. À qui la parole est-elle
attribuée ?
Définition de « champ lexical » : ensemble de mots qui se rapportent à la même
idée, au même thème.
Procédez à une lecture attentive des vers 3 et 4. Repérez et relevez des mots ou
expressions qui renvoient au thème de la parole. Interrogez-vous : à qui ou à quoi
la parole est-elle donnée ? Relisez le texte pour répondre. Observez les pronoms
personnels et les déterminants possessifs.
130
Sujet 10 | Énoncé
3 « Arboriculture » (vers 12)
a) Décomposez ce mot pour expliquer son sens.
b) Dans quel contexte utilise-t-on habituellement ce mot ?
a) Définition de « décomposer un mot » : identifier les différents éléments qui com-
posent ce mot : le radical du mot, le préfixe ou le suffixe, ou les deux. La décomposition du mot vous aide à en deviner le sens.
Identifiez le radical du mot en vous appuyant sur son sens. Identifiez le préfixe et/
ou le suffixe que vous reconnaissez.
b) Définition de « contexte » : « ensemble des circonstances dans lesquelles se produit un événement ou une action » (Larousse).
Interrogez-vous : à quel domaine appartient l’arboriculture ? À quelle occasion ce
mot est-il habituellement employé ? Avec qui l’enfant parle-t-il d’arboriculture ?
4 « Il n’entend plus la voix des arbres » (vers 14)
a) Quelle est la figure de style ici utilisée ? Relevez un autre passage reprenant la même
figure de style.
b) Qu’est-ce qui caractérise cette « voix » ? Développez votre réponse en vous appuyant
sur les vers 1 à 15.
a) Définition de « figure de style » : procédé qui consiste à rendre plus expressif et
plus convaincant ce qu’on veut dire. La figure de style frappe l’esprit du lecteur. On
dit alors qu’elle a un effet sur le lecteur.
Observez la construction de la phrase : sujet – verbe – complément. Pour identifier
la figure de style, interrogez-vous. Quels mots du vers 14 sont associés de façon
inhabituelle ? À quels domaines appartiennent ces mots ? Comment nomme-t-on la
figure qui associe les mots de cette façon ? Relisez votre réponse à la question 2.
Repérez et relevez un passage contenant la même figure de style en observant notamment les champs lexicaux.
b) Définition de « caractérise » : « marque d’un signe qui distingue, qui différencie »
(Larousse).
Procédez à une relecture attentive des vers 1 à 15.
Repérez et relevez des mots ou expressions qui soulignent les caractéristiques de
cette voix. Par exemple, cette voix est musicale : « leur chanson ».
5 Vers 16 à 19, où se trouve la petite fille ? Comment ce lieu est-il caractérisé ? Relevez au moins deux indices du texte pour justifier votre réponse.
Procédez à une relecture attentive des vers 16 à 19. Repérez et relevez les mots qui
évoquent un lieu, un espace. Identifiez ce lieu.
Repérez et relevez deux mots ou expressions caractéristiques de ce lieu. Observez
notamment les expansions du nom (adjectifs épithètes, compléments du nom).
131
Sujet 10 | Énoncé
6 À partir du vers 20, qui parle ? À qui ? Relevez deux indices pour justifier votre
réponse.
Procédez à une lecture attentive du vers 20 à la fin du texte.
Observez les pronoms personnels, les déterminants possessifs, les marques de genre
(masculin, féminin) des adjectifs et participes passés. Repérez et relevez les mots ou
expressions qui nous renseignent sur l’identité de la personne qui parle.
7 Quels sont les deux lieux qui s’opposent dans cette strophe (vers 16 à 32) ? À quelle
époque chacun de ces lieux est-il associé ?
Procédez à une relecture attentive de la strophe.
Identifiez les deux lieux qui s’opposent en observant les champs lexicaux correspondant à ces deux espaces. Relisez votre réponse à la question 5.
Interrogez-vous : à quelle période chacun des lieux opposés fait-il référence ? Observez le champ lexical du temps : dates, saisons, âge, etc.
8 « Une petite fille/ pousse un cri de détresse » (vers 16-17). Quelles sont les causes
de la détresse de la petite fille ?
Procédez à une lecture attentive du vers 16 à la fin du texte.
Observez le champ lexical des sentiments dans ce passage et l’expression de la cause
(construction des phrases).
Repérez et relevez des mots ou expressions qui expliquent pourquoi la petite fille
pousse un cri de détresse.
Reformulez ces mots ou expressions avec vos propres mots en vous efforçant de
trouver des synonymes.
9 « Est-ce... oh... est-ce » (vers 20) : expliquez le jeu de sonorités et relevez une autre
expression qui confirme votre interprétation.
Définition de « le jeu de sonorités » : le jeu sur les sons.
Expliquez ce que vous entendez lorsque vous prononcez cette phrase. Servez-vous
par exemple du langage phonétique des SMS. Puis vous devez extraire une expression du texte qui justifie votre interprétation.
10 Vers 33 et 34, quel est le mode du verbe conjugué ? Justifiez son emploi.
Définition de « mode du verbe » : le mode est la manière ou la façon dont un fait
ou un événement est exprimé par le verbe : est-ce que le verbe exprime une action
réelle ? une action éventuelle mais dont la réalisation n’est pas certaine ? un ordre ?
un souhait ? Les modes du verbe sont l’indicatif, le subjonctif, l’impératif, le conditionnel, l’infinitif et le participe.
Observez la forme verbale. Interrogez-vous. Est-ce un mode personnel, avec des
terminaisons qui varient selon la personne (indicatif, subjonctif, impératif, conditionnel) ou non personnel (infinitif qui est invariable ou participe qui varie parfois
132
Sujet 10 | Énoncé
seulement en genre et en nombre) ? Quel est le type de cette phrase (déclaratif, interrogatif, exclamatif, impératif) ? Qu’exprime cette forme verbale (action réelle ou
éventuelle, souhait, conseil, ordre, etc.) ? Expliquez l’emploi de ce mode dans ces
deux vers en observant qui parle et à qui.
11 Question bilan : quels liens apparaissent dans ce poème entre les arbres et les enfants ? Vous développerez votre réponse en vous appuyant sur l’ensemble du texte.
Définition de « liens » : « ce qui établit entre des choses abstraites un rapport, en
particulier logique ou de dépendance » (Larousse).
Procédez à une relecture attentive de l’ensemble du texte.
Appuyez-vous sur vos réponses aux questions 5, 6, 7, 8, 9 et 10 pour faire le bilan
demandé.
Repérez et soulignez des mots ou expressions qui mettent en évidence les relations,
les rapports qu’entretiennent les arbres et les enfants.
Réécriture
4 points
Réécrivez le passage suivant en mettant les verbes à l’imparfait et en remplaçant « un enfant » par « des enfants ». Vous effectuerez toutes les modifications
nécessaires.
Quand un enfant de femme et d’homme
adresse la parole à un arbre
l’arbre répond
l’enfant entend
Plus tard l’enfant
parle arboriculture
avec ses maîtres et ses parents
Commencez par souligner les groupes nominaux « un enfant » et « l’enfant » et
transformez-les en groupes nominaux « des enfants » et « les enfants ».
Soulignez ensuite les déterminants possessifs qui correspondent à « l’enfant ».
Soulignez les verbes conjugués, et faites une flèche vers leurs sujets.
Pour finir, effectuez les deux modifications suivantes :
– accordez les verbes avec le sujet pluriel « des enfants » ou « les enfants » et
modifiez les déterminants possessifs soulignés ;
– les verbes conjugués au présent doivent être conjugués à l’imparfait.
133
Sujet 10 | Énoncé
Dictée
6 points
L’autruche
Lorsque le petit Poucet abandonné dans la forêt sema des cailloux pour retrouver
son chemin, il ne se doutait pas qu’une autruche le suivait et dévorait les cailloux
un à un. C’est la vraie histoire, celle-là, c’est comme ça que c’est arrivé...
Le petit Poucet se retourne : plus de cailloux !
Il est définitivement perdu : plus de cailloux, plus de retour ; plus de retour, plus
de maison ; plus de maison, plus de papa-maman. — C’est désolant, se dit-il entre
ses dents.
Soudain il entend rire et puis le bruit des cloches et le bruit d’un torrent, des trompettes, un véritable orchestre, un orage de bruits, une musique brutale, étrange,
mais pas du tout désagréable et tout à fait nouvelle pour lui. Il passe alors la tête à
travers le feuillage et voit l’autruche qui danse.
Jacques Prévert, Contes pour enfants pas sages, 1947.
Deuxième partie : rédaction
15 points
Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets de rédaction suivants.
Votre texte fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes).
Sujet d’imagination
Comme la petite fille du poème, vous gardez un souvenir d’enfance situé dans
un cadre naturel : décrivez ce lieu et racontez cet épisode.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet.
Étape 2. Repérez et soulignez d’une couleur les mots clés qui évoquent le thème du
texte à écrire : « un souvenir d’enfance », « un cadre naturel ».
Définition de « cadre naturel » : la nature. Ex. : la forêt, la campagne, le désert, la
montagne...
Étape 3. Repérez et soulignez la forme du texte à écrire : « décrivez ce lieu »,
« racontez cet épisode ».
134
Sujet 10 | Énoncé
Étape 4. Reformulez ce que vous devez faire : raconter un souvenir d’enfance, décrire le lieu de ce souvenir, situé obligatoirement dans un cadre naturel.
Étape 5. Trouvez des idées. Quel souvenir sélectionner ou inventer ? Quel cadre
naturel choisir (campagne, montagne, mer, forêt, etc.) ? Quelle aventure serait-il intéressant de développer (vacances, partie de pêche, promenade, etc.) ?
Étape 6. Établissez le plan de votre rédaction en l’organisant en paragraphes.
Type et forme du texte
Idées à développer
Temps à utiliser et outils
Récit/ Narration/
Description
Éventuellement des
passages dialogués si vous
faites intervenir un autre
personnage.
La description du cadre
naturel.
Récit d’un souvenir
d’enfance.
Épisode vécu dans ce
cadre naturel.
Le passé simple,
l’imparfait et le présent.
Des adjectifs variés, des
compléments du nom, des
propositions relatives pour
enrichir la description.
Du vocabulaire précis
(couleur, aspect).
Le champ lexical de la
nature.
Des verbes de perception
comme admirer, observer,
contempler, entendre.
Des comparaisons pour
évoquer la nature.
Étape 7. Relisez attentivement votre devoir et corrigez les éventuelles erreurs de
ponctuation et d’orthographe.
Sujet de réflexion
Qu’est-ce qui pousse aujourd’hui les êtres humains à vouloir retrouver la nature ? Vous donnerez votre réponse selon un développement argumenté et organisé.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet.
Étape 2. Repérez et soulignez d’une couleur les mots clés qui évoquent le thème du
devoir et les parties : « Qu’est-ce qui pousse aujourd’hui les êtres humains à vouloir
retrouver la nature ? ». Le thème est le retour à la nature.
Définition de « pousse » : « pousser quelqu’un à faire quelque chose » : inciter
quelqu’un, l’engager à faire quelque chose (Larousse). La question porte sur les
raisons du retour à la nature, les motivations des gens. Le désir de retrouver la nature
135
Sujet 10 | Énoncé
n’est pas à contester.
Étape 3. Repérez la forme du texte à écrire : « Vous donnerez votre réponse selon
un développement argumenté ».
Étape 4. Interrogez-vous pour trouver des arguments et des exemples. Quels sont les
raisons ou les événements qui incitent les êtres humains à vouloir retrouver la nature
(écologie, refus de la vie urbaine et moderne, besoin d’authenticité et de simplicité) ?
Que font-ils pour la retrouver (déménagement, changement de métier, voyage, etc.) ?
À quelles occasions y parviennent-ils ? Que leur apporte la nature ? Pourquoi est-il
essentiel pour les êtres humains de retrouver parfois la nature ?
Étape 5. Établissez le plan de votre devoir.
L’introduction expose le problème et introduit le thème. Partez par exemple du
fait que bon nombre de citadins décident de retrouver la nature en s’installant à la
campagne. Rédigez votre introduction au présent. Passez une ligne avant le développement.
Le développement de l’argumentation doit comporter deux ou trois parties articulées autour de l’idée que l’humain aurait intérêt à se rapprocher de la nature. Pour
chacune des parties, il faudra trouver au moins un argument et l’expliciter à l’aide
d’un exemple. Il faudra veiller à utiliser :
– le présent ;
– le retour à la ligne pour matérialiser les paragraphes ;
– des modalisateurs de la certitude (il est évident, il est certain, assurément, incontestablement...) ;
– des connecteurs logiques (en premier lieu, de plus, ensuite, enfin, en effet, dès
lors, de fait, par conséquent, donc...) ;
– des phrases de type exclamatif et des questions rhétoriques pour souligner votre
désir de convaincre, des hyperboles pour souligner votre détermination ;
– un saut de ligne avant la conclusion.
La conclusion fait un bilan sur le sujet et ouvre sur un nouveau problème (par
exemple, la diminution des terres cultivables et des forêts).
Étape 6. Relisez attentivement votre devoir et corrigez les éventuelles erreurs de
ponctuation et d’orthographe.
136
Sujet 10 | Corrigé
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
1 Ce texte est poétique car il est composé de strophes et de vers. Par ailleurs, il contient
des rimes comme le montrent les mots « entend » et « enfant ». Enfin, le texte est riche
en images : « Les arbres parlent arbre/ comme les enfants parlent enfant ».
2 Les mots « langue », « argot », « disent » et « parlent » appartiennent au champ
lexical de la parole. La parole est attribuée aux arbres.
3 a) Le mot « arboriculture » est composé d’un radical, arbori-, qui fait référence aux
arbres, et d’un suffixe, -culture. Ce suffixe fait référence à ce qu’on cultive. Le mot
« arboriculture » signifie donc le fait de cultiver les arbres, de les aider à pousser, à
grandir.
b) On utilise ce mot dans un contexte paysager, quand on veut évoquer le domaine d’un
métier.
4 a) La figure de style utilisée ici est la personnification. En effet, on attribue une
caractéristique humaine (« la voix ») à un élément naturel, l’arbre. L’expression « lorsqu’ils parlent des humains » est aussi une personnification.
b) Cette voix a pour caractéristique de n’être entendue que par les enfants : « l’arbre
répond/ l’enfant entend ».
5 La petite fille est dans « un square ». C’est un lieu triste et abandonné : « ciment
armé », « herbe morne », « terre souillée ».
6 Les expressions « j’étais si heureuse » et « n’oubliez pas votre petite amie » nous
montrent que la petite fille du square est le personnage qui parle.
7 Le square bétonné symbolise l’époque actuelle. Il s’oppose à la forêt d’arbres, témoignage d’une époque révolue, au cours de laquelle la nature avait encore de l’importance.
8 La petite fille pousse un cri de détresse car elle est effrayée à l’idée d’être oubliée
par les arbres qui disparaissent au profit du ciment : « la tristesse d’être abandonnée/
qui me fait crier au secours/ ou la crainte que vous m’oubliiez/ arbres de ma jeunesse ».
Elle exprime aussi sa détresse car elle a peur de voir disparaître ce lieu qui lui procurait
du bonheur : « J’étais si heureuse dans la foule/ la foule verte de la forêt ». Ce cri de
détresse témoigne aussi de sa nostalgie de l’enfance.
9 À l’oral, on entend les lettres S.O.S. Cette interprétation est confirmée par l’expression suivante : « me fait crier au secours ». En effet, un S.O.S. est un signal de détresse
que l’on envoie quand on a besoin d’aide ou de secours.
137
Sujet 10 | Corrigé
10 Le verbe « N’oubliez pas » est au mode impératif. La petite fille utilise le mode
impératif pour s’adresser aux arbres, « arbres de ma forêt ». Elle leur donne un conseil.
11 Le langage de l’arbre est uniquement compris par les enfants : « l’arbre répond/
l’enfant entend ». Par ailleurs, les arbres permettent à la petite fille d’être heureuse
lorsqu’elle joue : « J’étais si heureuse dans la foule/ la foule verte de la forêt/ avec la
crainte de me perdre/ et la crainte de me retrouver ». L’arbre est aussi un symbole de la
jeunesse et de l’enfance (« arbres de ma jeunesse »), ce qui peut expliquer la relation
magique que la fillette entretient avec lui.
Réécriture
Quand des enfants de femme et d’homme
adressaient la parole à un arbre
l’arbre répondait
les enfants entendaient
Plus tard les enfants
parlaient arboriculture
avec leurs maîtres et leurs parents
Dictée
Le texte est un extrait de conte. Les verbes sont au conditionnel, au passé simple, à
l’imparfait et au présent. Chaque verbe s’accorde avec son sujet :
– des verbes à l’imparfait : les terminaisons sont identiques pour tous les verbes (-ais,
-ais, -ait,-ions, -iez, -aient) : « il ne se doutait pas », « une autruche le suivait et
dévorait les cailloux » ;
– un verbe au passé simple en -er : « le petit Poucet... sema » ;
– des verbes conjugués au présent de l’indicatif, à la 3e personne du singulier : les
terminaisons varient selon le groupe auquel appartient le verbe. Les verbes du premier groupe, en -er ont une terminaison en -e : « Le petit Poucet se retourne », « Il
passe ». Ceux du troisième groupe ont une terminaison en -d pour les verbes en -dre
(« il entend ») ou en -t (« se dit-il », « il... voit »). Au présent de l’indicatif, à la
3e personne du singulier, le verbe « être » : « C’est la vraie histoire », « c’est », « il
est », « C’est ».
Les participes passés s’accordent avec le sujet : « c’est arrivé », « il est perdu ».
Les participes employés comme adjectifs et les adjectifs s’accordent avec le nom qu’ils
qualifient : « le petit Poucet abandonné », « la vraie histoire », « une musique brutale ».
Plusieurs mots comportent une consonne redoublée : « torrent », « trompette », « nouvelle », « feuillage ».
138
Sujet 10 | Corrigé
« Caillou » s’écrit avec un x au pluriel.
Il ne faut pas confondre les homonymes c’est/s’est/ses/ces/sait, ça/sa, tout/tous.
Attention à l’orthographe de « celle-là ».
Derrière l’expression « plus de », on trouve des noms au singulier ou au pluriel en
fonction du sens. Ainsi, « plus de cailloux » s’écrit au pluriel car s’il y en avait, il y en
aurait plusieurs ; mais « plus de retour », « plus de maison », « plus de papa-maman »
s’écrivent au singulier car s’il y en avait, il n’y en aurait généralement qu’un(e) seul(e).
Plusieurs noms ou groupes nominaux sont au pluriel. Un déterminant pluriel les introduit : « des cloches », « des trompettes ». Le sens indique qu’ils sont au pluriel : « un
orage de bruits » (dans un orage, il y a plusieurs bruits).
Deuxième partie : rédaction
Sujet d’imagination
Quand j’étais petite, j’habitais une maison à la campagne. Au loin, j’apercevais l’école :
je m’y rendais tous les matins à pied. Des champs immenses de fraises juteuses et des
arbres regorgeant de pommes s’étendaient à perte de vue. Je me promenais régulièrement à travers les herbes hautes et verdoyantes et je m’abritais du soleil sous les
branches des tilleuls majestueux. Les roses et la lavande inondaient le jardin de leur
parfum doux et raffiné. Aux alentours, il y avait un vieil arbre dans lequel on avait
construit une cabane, des chemins de terre et un champ de pommiers, mon terrain de
jeu préféré pour d’interminables parties de cache-cache. C’était un lieu idyllique, propice à la fois aux jeux, au calme et à la sérénité.
Comme tous les ans, on fêtait le 14 juillet à notre manière. Traditionnellement, ma mère
m’offrait une pochette de feux d’artifice et tous les voisins et leurs enfants se réunissaient au bout du chemin de terre, qui prolongeait notre rue. Dans la nuit épaisse, nous
marchions vers le lieu que nous avions choisi pour tirer nos feux d’artifice. L’atmosphère était particulière car nous ne distinguions pas les visages des uns et des autres.
Je humais l’air si particulier de la campagne en été. Nous arrivâmes au bout du chemin.
Devant nous s’étendait une immense plaine.
Mon père tira le premier feu d’artifice. Une détonation retentit et le ciel noir s’illumina
d’une couleur bleue. Tout à coup, nous entendîmes un bruit étrange et inquiétant : il
semblait venir d’un fourré. Personne ne s’inquiéta et ne s’appesantit. Pour nous faire
peur, un de mes voisins fit éclater un pétard énorme et tout le monde sursauta. Mais le
bruit persista. C’était comme un miaulement. Alors un de nos voisins alluma sa lampe
torche et nous aperçûmes un faon, immobile et apeuré. Il semblait blessé à la patte et
139
Sujet 10 | Corrigé
avait été apparemment abandonné. Il fallut cesser le feu d’artifice car il était urgent
de s’occuper de l’animal. J’étais très émue de voir pour la première fois de ma vie un
faon de si près. Un des voisins partit chercher sa camionnette tandis que, nous autres,
nous observions avec étonnement et fascination cet animal sauvage, effrayé et recroquevillé sur lui-même. Les adultes déplacèrent avec précaution le faon du fourré vers la
camionnette. Le voisin conduisit l’animal blessé chez un vétérinaire qu’il connaissait
personnellement. J’appris un peu plus tard que le faon avait été sauvé.
Sujet de réflexion
Randonnées dans le désert ou à la montagne, séjours dans un hameau de campagne ou
descentes de fleuves sur une péniche, les hommes semblent apprécier de plus en plus
le contact avec la nature et certains choisissent même d’abandonner leur appartement
parisien pour s’installer dans un décor bucolique de province. Il est alors intéressant
de se demander ce qui les incite à vouloir retrouver un environnement naturel.
Tout d’abord, il est évident que les gens souffrent de la pollution de l’air et sont gênés
par les bruits multiples qui les agressent au quotidien. L’été, ils choisissent souvent de
se rendre à la campagne pour profiter du calme et des promenades au grand air. Par
exemple, ma tante habite à Paris et se plaint sans cesse du bruit de la rue, des odeurs
et du rythme trépidant des voyageurs dans le métro. Elle est ravie de pouvoir passer
quelques jours dans sa maison de campagne entre les cyprès et les vignes. Elle affirme
que le fait d’être au calme, loin de l’agitation de la ville, lui permet de se retrouver, de
tisser à nouveau le lien d’appartenance qui nous unit à la nature éternelle. Cette idée
est corroborée par le film Into the Wild, où le personnage principal, pourtant promis à
un brillant avenir professionnel, décide de fuir la ville pour vivre en totale harmonie
avec la nature.
Par ailleurs, dans une étude publiée en 2012, la fondation de Dublin a montré que les
conditions de travail sont anormalement difficiles, tant sur le plan physique que sur
le plan psychique. Dès lors, la pratique de la marche à pied en forêt, sur un chemin
fluvial... permet d’apaiser les tensions du corps et de l’esprit ; elle favorise ainsi le
retour à une sorte d’harmonie intérieure. En effet, certaines études médicales montrent
qu’à l’issue d’une marche en forêt, le taux de cortisol salivaire (hormone du stress)
est à un niveau de concentration moins élevé qu’il ne l’est après la marche en zone
urbaine.
Enfin, on peut assurément considérer que les gens éprouvent le désir de se rapprocher
de la nature authentique lorsqu’ils souhaitent manger davantage de produits bio ou des
légumes et des fruits en vente directe de la ferme. Vouloir retrouver le vrai goût des
aliments souligne incontestablement un retour à la richesse et à la vertu nourricière de
140
Sujet 10 | Corrigé
la nature. Par exemple, depuis quelques années, se sont développées des AMAP (association pour le maintien de l’agriculture paysanne). Or, une AMAP naît en général de
la rencontre d’un groupe de consommateurs et de producteurs prêts à entrer ensemble
dans une démarche commerciale concernant aussi bien les fruits, les légumes que le
fromage ou la viande. Cela montre bien le désir des citoyens et des responsables de
renouer un lien profond avec la nature.
En définitive, si l’homme moderne est plus que jamais aliéné par sa vie professionnelle
et citadine, la nature demeure pour lui un refuge dans lequel il peut puiser du calme et
recouvrer une forme de sérénité. Mais, de nos jours, la nature semble aussi l’objet d’une
reconquête car le fait de consommer des produits authentiques et savoureux devient un
moyen de remettre la nature au centre de son existence pour, selon l’expression de
Montaigne, « bien faire l’homme ».
141
Sujet 11
Sujet zéro du ministère, 2013
› Texte
Le Voyage difficile
À Christian Sénéchal.
Sur la route une charrette,
Dans la charrette un enfant
Qui ne veut baisser la tête
Sous des cahots surprenants.
La violence de la route
Chasse l’attelage au loin
D’où la terre n’est que boule
Dans le grand ciel incertain.
Ne parlez pas : c’est ici
Qu’on égorge le soleil.
Douze bouchers sont en ligne,
Douze coutelas pareils.
Ici l’on saigne la lune
Pour lui donner sa pâleur,
L’on travaille sur l’enclume 1
Du tonnerre et de l’horreur.
« Enfant cache ton visage
Car tu cours de grands dangers.
— Ne vois-tu pas, étranger,
Que j’ai un bon attelage. »
Garçons des autres planètes
N’oubliez pas cet enfant
Dont nous sommes sans nouvelles
Depuis déjà très longtemps.
Jules Supervielle, Le Forçat innocent, extrait de Mes légendes, 1930.
1. Enclume : masse de fer sur laquelle on bat le métal pour lui donner la forme souhaitée.
142
Sujet 11 | Énoncé
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
15 points
Toutes vos réponses devront être rédigées.
1 Dites en une phrase ou deux ce que raconte le poème.
Relisez le poème et relevez les informations essentielles : personnages (un enfant,
le narrateur), lieux (la route, le grand ciel), conditions du voyage (cahots, incertain,
grands dangers, etc.). Interrogez-vous : que devient l’enfant ? Pourquoi ?
Rédigez le résumé de l’histoire en une ou deux phrases complexes : utilisez la subordination et/ ou la coordination.
2 Voici le résumé d’une autre histoire, racontée par Ovide dans les Métamorphoses
au Ier siècle. Quels points communs voyez-vous entre cette histoire et celle de l’enfant
du poème ?
Phaéton était le fils du Soleil et d’une nymphe de l’Océan. Un de ses compagnons
le met au défi de prouver qu’il est bien le fils du Soleil. Phaéton se rend alors au
palais du Soleil pour lui demander la preuve qu’il est bien son fils. Le Soleil jure
de lui accorder tout ce qu’il voudra pour qu’il n’en doute plus. Phaéton réclame
alors le droit de conduire le char du Soleil toute une journée. Horrifié, car aucun
mortel n’était assez puissant pour dompter les chevaux qui tirent son char, le Soleil
tente de dissuader son fils. Mais Phaéton ne veut pas écouter les supplications de
son père. Lié par son serment, ce dernier se résigne à le conduire devant le char
éblouissant, prêt à partir au lever de l’Aurore. Les chevaux fougueux s’élancent,
mais comme le Soleil l’avait prévu, Phaéton perd le contrôle de l’attelage : le char
commence à suivre une course désordonnée et dévaste le ciel et la terre. Jupiter
foudroie alors Phaéton et arrête la course du char.
Lisez attentivement le texte d’Ovide. Comparez les deux textes. Repérez et relevez
les points communs : par exemple, personnages, lieux, etc. Proposez au moins trois
points communs.
3 Le titre du poème est « Le Voyage difficile ». Pourquoi ? Justifiez votre réponse en
vous appuyant sur le texte.
Repérez et relevez les mots exprimant la difficulté du voyage (conditions, dangers).
Expliquez pourquoi ce voyage est difficile en résumant l’histoire de l’enfant.
143
Sujet 11 | Énoncé
4 Si vous deviez porter un jugement sur l’enfant du poème, quels adjectifs utiliseriezvous ? Proposez deux adjectifs qui vous paraissent convenir.
Interrogez-vous. Quels sont les défauts et les qualités de l’enfant ? Votre regard sur
lui est-il positif, négatif ou les deux ? Choisissez deux adjectifs qui qualifient cet
enfant.
5 « [...] c’est ici/ Qu’on égorge le soleil./ [...] Ici l’on saigne la lune »
Dans les strophes 3 et 4, « ici » désigne :
Vrai
Faux
La terre
L’espace
La charrette
Le ciel
Rappel : « ici » désigne le lieu où l’on est. Relisez les strophes 1 à 4. Définissez
l’endroit où se trouve l’enfant à ce moment de son voyage. Où se trouvent le soleil
et la lune dont parle le narrateur ?
6 Dans les strophes 3 et 4, le poète emploie différentes images pour parler des astres
et des constellations :
a) Relevez au moins trois de ces images.
b) Dites quels sont leurs points communs et ce qu’elles évoquent.
a) Définition de « image » : ressemblance entre deux éléments, deux réalités que
l’on rapproche. Relisez ces deux strophes. Où se trouve l’enfant à ce moment-là ?
Relevez au moins trois éléments du paysage évoqués de façon imagée.
b) Expliquez les points communs entre ces images. Par exemple, le poète évoque le
tonnerre en le rapprochant des coups de marteau du forgeron sur son enclume (cf. le
dieu Vulcain). Il exprime ainsi la peur, la menace.
7 a) Relevez les verbes à l’impératif.
b) Dans la strophe 5, qui emploie l’impératif et pourquoi ?
a) Rappel : un verbe à l’impératif se conjugue, sans pronom personnel, seulement
à la 2e personne du singulier (plonge), ainsi qu’aux 1re et 2e personnes du pluriel
(plongeons, plongez). Repérez et relevez toutes les formes verbales correspondant
à cette définition.
b) Interrogez-vous. Qui parle à l’enfant ? Est-il clairement nommé ? Pensez au genre
de ce texte pour répondre.
8 Selon vous, pourquoi le poète écrit-il : « Garçons des autres planètes/ N’oubliez pas
cet enfant » ? Expliquez votre réponse.
144
Sujet 11 | Énoncé
Interrogez-vous sur les raisons qui ont poussé le poète à s’adresser aux garçons.
Qu’est-ce qui, dans le comportement de l’enfant et de Phaéton (question 2) justifierait ce choix ? Quels sont les défauts de ces deux garçons, que l’on retrouverait chez
tous les garçons ? Il existe plusieurs réponses car la question est ouverte. Cependant,
justifiez toujours votre réponse.
Réécriture
4 points
Enfant cache ton visage
Car tu cours de grands dangers.
1 Réécrivez ces deux vers en commençant par « Enfants... ».
2 Réécrivez le même passage au discours indirect et en prose en commençant par
« L’étranger dit à l’enfant... »
Pour la première question, commencez par modifier les verbes, le pronom personnel
et le déterminant possessif en les adaptant au sujet pluriel « enfants ».
La deuxième question nécessite d’utiliser le discours indirect. Celui-ci se construit
de façon différente si les paroles rapportées sont une interrogation, une phrase déclarative ou un ordre adressé à l’impératif. Observez attentivement les paroles à
transformer puis effectuez toutes les modifications nécessaires (verbes, pronom personnel et déterminant possessif).
Dictée
6 points
Phaéton demanda le char de son père et le droit de guider, un seul jour, ses chevaux
ailés. Le soleil regretta son serment et dit : « Ce que tu exiges est une mission
importante, qui ne convient ni à tes forces, ni à un enfant de ton âge. Aucun dieu
ne peut, excepté moi, s’asseoir sur le char qui répand la flamme. Même Jupiter
ne saurait le conduire. Au début, la route est raide, et mes chevaux, bien reposés
le matin, peuvent à peine la gravir ; au milieu du ciel, sa hauteur est immense :
vues de là-haut, la mer et la terre me font souvent trembler moi-même. La dernière
partie est une pente rapide ; elle demande un guide expérimenté. Et pourras-tu lutter
contre le tourbillon des astres et vaincre la force qui les fait tourner ? La route est
semée de pièges et remplie de monstres effrayants. »
D’après Ovide, Métamorphoses, Livre II.
145
Sujet 11 | Énoncé
Deuxième partie : rédaction
15 points
Vous traiterez au choix l’un des deux sujets de rédaction suivants.
Votre texte fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes).
Sujet d’imagination
Un groupe d’enfants s’apprête à faire une expérience risquée. L’un d’entre eux
essaie de convaincre les autres de renoncer à cette expérience. Vous raconterez
la scène.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés : « un
groupe d’enfants », « expérience risquée », « l’un d’entre eux », « convaincre de
renoncer ».
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à produire : « vous raconterez la
scène ». Il faut donc respecter :
– le genre du récit : cadre spatio-temporel, personnages, progression de l’histoire
(projet d’expérience risquée), description, dialogue (scène) ;
– la rédaction à la 3e personne du singulier, au passé composé ou au passé simple
et à l’imparfait (faits rapportés, description), au présent (dialogue) ;
– l’effet à produire du discours d’un des personnages : convaincre de renoncer ;
– le nombre de pages imposé (« deux pages »).
Étape 3. Trouvez des idées : projet d’expérience risquée (où ? quoi ? quand ? qui ?),
déclenchement de la mise en garde (avertissement du danger, risques, conséquences
possibles), sentiments et réactions des personnages (peur, lucidité, entêtement, inconscience, etc.), décision (échec ou réussite de l’argumentation ?).
Étape 4. Établissez le plan de votre rédaction :
– mise en place du cadre de l’expérience risquée (lieu, moment, personnages) ;
– déclenchement de l’argumentation : qui veut faire renoncer ? Pourquoi ? ;
– dialogue (discours direct) : prise de conscience des risques, échange d’arguments,
de réactions, de sentiments ;
– dénouement : l’expérience risquée est-elle tentée ? Oui/ non.
Étape 5. Rédigez votre texte en formant des paragraphes pour les différentes parties. Respectez la forme du dialogue intégré dans un récit : ponctuation, guillemets,
retours à la ligne.
Étape 6. Relisez-vous.
146
Sujet 11 | Énoncé
Sujet de réflexion
Pensez-vous qu’il soit préférable de laisser les enfants vivre toutes les expériences
qui les tentent, ou au contraire qu’il est nécessaire de poser des limites à leurs
envies ? Vous donnerez votre réponse dans un développement argumenté et organisé.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés : « les
enfants », « laisser vivre toutes les expériences qui les tentent », « poser des limites
à leurs envies ». Le thème est la liberté et ses limites.
Étape 2. Repérez la forme du texte à produire : « Pensez-vous... ? ». Vous présenterez votre réflexion sur le thème en « un développement organisé et argumenté ».
Il faut donc respecter :
– le genre argumentatif : le développement organisé, avec sa progression, ses analyses et ses arguments, ses exemples ;
– le temps de l’argumentation : le présent et les temps qui s’articulent avec lui ;
– la composition en parties et paragraphes.
Étape 3. Définissez votre point de vue, votre réponse, votre thèse : quelle attitude
est préférable ? Une liberté totale des enfants ou l’instauration de limites ?
Thèse 1. Oui, il faut laisser les enfants vivre toutes les expériences qui les tentent.
Trouvez au moins trois arguments et exemples pour défendre cette thèse (par
exemple, les jeunes d’aujourd’hui sont informés et donc assez expérimentés, mûrs
pour mesurer les risques, les dangers de certaines expériences).
Thèse 2. Non, il ne faut pas laisser les enfants vivre toutes les expériences qui les
tentent. Trouvez au moins trois arguments et exemples pour défendre cette thèse
(par exemple, l’inexpérience, la naïveté des enfants les exposent à des risques ou
des dangers qu’ils ne soupçonnent même pas).
Étape 4. Trouvez d’autres idées et arguments pour défendre la thèse choisie : la faiblesse psychologique des enfants, leur fragilité, l’excès d’information, l’insouciance
de la jeunesse, les dangers d’une éducation trop permissive, etc.
Étape 5. Établissez le plan de votre argumentation.
– L’introduction présente le thème et pose la question. Passez une ligne avant le
développement.
– Le développement expose votre point de vue, soutenu par au moins trois arguments et trois exemples. Un paragraphe développe un argument. Défendez
votre thèse en utilisant des modalisateurs de certitude (assurément, j’affirme,
incontestablement...) ou de nuance (peut-être, sans doute, emploi du conditionnel, mais, certes...), des figures de style comme l’hyperbole, l’énumération, les
147
Sujet 11 | Énoncé
fausses questions (ou questions rhétoriques) ou le vocabulaire positif, mélioratif
pour affirmer votre point de vue. Passez une ligne avant la conclusion.
– La conclusion rappelle que vous avez répondu à la question posée en dressant un
bilan rapide.
Étape 6. Rédigez en matérialisant les parties (sauts de ligne, retours à la ligne).
Étape 7. Relisez-vous.
148
Sujet 11 | Corrigé
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
1 Le poème raconte la disparition d’un enfant parti en charrette pour un dangereux
voyage dans l’espace mais qui a refusé de suivre les conseils de prudence donnés par
le narrateur.
2 Le texte d’Ovide raconte aussi l’histoire d’un enfant (le fils du Soleil) : il veut
conduire le char du Soleil mais refuse d’écouter les mises en garde, les conseils. Le
voyage dans l’espace est dangereux et, comme dans le poème, le héros disparaît.
3 Le voyage est difficile car la route est pleine de cahots, de violence ; l’enfant est
alors chassé de la route dans le grand ciel où il affronte d’autres dangers (« égorger »,
« coutelas », « saigner », « tonnerre », « horreur », « grands dangers »). Mais l’enfant
ne veut pas baisser la tête, renoncer face aux difficultés.
4 L’enfant est courageux car il affronte les dangers et les difficultés du voyage. Mais il
se montre aussi têtu car il refuse obstinément d’écouter les conseils, les avertissements
du narrateur.
5
Vrai
X
La terre
L’espace
X
X
La charrette
Le ciel
Faux
X
6 a) Le poète emploie plusieurs images dans ces deux strophes : « on égorge le soleil »,
« on saigne la lune », « douze bouchers », « douze coutelas ».
b) Ces quatre images évoquent le sang et la mort (« égorger », « saigner », « bouchers »,
« coutelas ») ; le soleil couchant est rouge comme le sang, la lune est pâle comme si
elle avait perdu tout son sang. Les bouchers, avec leurs grands couteaux, sont les douze
constellations du zodiaque. Ces images expriment la violence, la peur.
7 a) On relève plusieurs verbes à l’impératif : « Ne parlez pas » (vers 9), « cache »
(vers 17), « N’oubliez pas » (vers 22).
b) Dans la strophe 5, le poète qui est aussi le narrateur, prend la parole et s’adresse
à l’enfant audacieux, inconscient. Il cherche à protéger l’enfant en l’avertissant des
graves dangers qui le menacent : il joue le rôle du père ou de l’adulte.
149
Sujet 11 | Corrigé
8 Le poète s’adresse uniquement aux garçons parce que les garçons sont plus téméraires, plus inconscients, moins raisonnables que les filles ; ils s’entêtent à refuser d’écouter conseils et avertissements, comme le fait Phaéton dans le texte d’Ovide
(question 2). Les garçons seraient trop sûrs d’eux, au point de mettre parfois leur vie
en danger. On peut aussi penser à Icare, sourd aux avertissements de son père, et qui
est mort en volant trop près du soleil.
Réécriture
1 Enfants cachez votre visage
Car vous courez de grands dangers.
2 L’étranger dit à l’enfant de cacher son visage parce qu’il court de grands dangers.
Dictée
Les terminaisons du passé simple varient selon le groupe du verbe : -ai, -as, -a, -âmes,
-âtes, -èrent (premier groupe) ; -is, -is, -it, -îmes, -îtes, -irent (deuxième groupe et certains verbes du troisième) ; -us, -us, -ut, -ûmes, -ûtes, -urent/ -ins, -ins, -int, -înmes,
-întes, -inrent (troisième groupe). Écoutez bien les terminaisons pour les orthographier.
De nombreux verbes sont au présent de l’indicatif ; au pluriel, les terminaisons sont les
mêmes pour tous (-ons, -ez, -ent ou -ont) ; au singulier, elles varient (-e, -es, -e/ -s, -s,
-t ou pas de terminaison/ -x, -x, -t) : « tu exiges », (« la route », « la dernière partie »,
etc.) « est », (« une mission ») « qui ne convient », « aucun dieu ne peut », (« le char »)
« qui répand », « mes chevaux [...] peuvent » (le sujet et son verbe sont éloignés), « la
mer et la terre font », « elle demande », (« la force ») « qui les fait » (« les » n’est pas
le sujet).
Plusieurs verbes sont à l’infinitif car ils dépendent d’une préposition (« de guider »),
d’un autre verbe (« ne peut s’asseoir », « ne saurait le conduire », « peuvent [...] la
gravir », « font [...] trembler », « pourras-tu lutter [...] et vaincre », « fait tourner »).
Remplacez les verbes en -er par un verbe en -ir pour savoir s’ils sont à l’infinitif : « de
guider » (de finir), « font trembler » (font frémir).
Les adjectifs et les participes passés employés comme des adjectifs s’accordent en
genre et en nombre avec le(s) nom(s) qu’ils qualifient : « un seul jour » ; « ses chevaux
ailés » ; « une mission importante » ; « mes chevaux, bien reposés » ; « vues [...] la
mer et la terre » (le participe est placé avant les noms et séparé par un complément) ;
« la dernière partie » ; « une pente rapide » ; « un guide expérimenté » ; « de monstres
effrayants ».
Les participes passés employés avec l’auxiliaire être s’accordent avec le sujet : « la
route est semée [...] et remplie ».
150
Sujet 11 | Corrigé
Quelques mots ont une orthographe souvent source d’erreurs : « excepté », « s’asseoir », « répand » (répandre, à ne pas confondre avec étendre), « à » (préposition,
à ne pas confondre avec a de avoir), « et » (coordination, à ne pas confondre avec
est de être), « ses » (déterminant possessif, à ne pas confondre avec le déterminant
démonstratif ces).
Deuxième partie : rédaction
Sujet d’imagination
Chaque année, au mois de juillet, les grands-parents Martin organisaient une fête de
famille qui réunissait leurs enfants, trois garçons et une fille, ainsi que leurs dix petitsenfants. Les cousins et cousines adoraient ce rassemblement, organisé dans la maison
familiale, à la montagne. C’était pour eux l’occasion de se retrouver, d’organiser des
veillées tardives en ces doux soirs d’été, de se raconter leur vie depuis leur dernière
rencontre. C’était aussi d’interminables après-midis de jeu dans la maison, mais leur
plus grand bonheur était de se retrouver dans les environs du village, loin du regard
des parents !
Ce jour-là, la joyeuse troupe programma une partie de cache-cache dans le hameau de
granges foraines qui surplombait le village. Mais en arrivant, Matteo proposa plutôt
d’aller explorer les petites grottes qu’ils apercevaient depuis le bas du pré, au-delà du
ruisseau. Ces grottes les attiraient depuis très longtemps mais, jusqu’à ce jour, aucun
n’avait eu le cran de braver l’interdiction des parents et grands-parents. Pour y accéder,
il fallait franchir le cours d’eau, dont les flots bondissaient sur les pierres à cause de la
fonte des neiges. Mais il fallait surtout escalader une petite falaise.
« Allez, on y va tous, vous verrez, ce sera plus amusant que nos éternelles parties de
cache-cache ! » s’exclama Matteo avec enthousiasme. Les autres garçons acceptèrent
immédiatement cette proposition. Les filles se montraient plus timorées, hésitantes.
Leïla protesta :
« Attendez ! Les petits ne pourront pas nous suivre, ils ne sauront pas escalader cette
paroi qui me paraît assez abrupte.
— Mais ils y arriveront. Ce ne sont pas des mauviettes, eux ! répliqua sèchement Matteo.
— Mauviettes ou pas, c’est trop dangereux. Et puis, il faut d’abord traverser le ruisseau
et le courant est fort, trop fort...
— Ah ! Les filles ! Elles ont même peur de leur ombre ! se moqua Matteo en interrompant sa cousine.
151
Sujet 11 | Corrigé
— Je n’ai pas peur de mon ombre, comme tu dis, j’essaie de réfléchir et de mesurer les
risques de ta proposition. J’essaie d’être lucide, raisonnable, contrairement à toi. Les
dangers sont trop grands pour les petits et même pour nous : le courant et la profondeur
du ruisseau, l’absence de pont, les pierres glissantes cachées sous l’eau. Et si nous
passons tous de l’autre côté, il restera à escalader la paroi jusqu’à l’entrée des grottes. Si
nos parents nous ont interdit d’aller là-bas, c’est qu’ils ont leurs raisons, ils connaissent
l’endroit. Toi-même, tu n’es pas sûr de pouvoir grimper. Un rocher peut se détacher
et tomber sur la tête de celui qui suit ; on peut lâcher prise et tomber dans le vide.
D’ailleurs, les chèvres n’y vont jamais, preuve que c’est trop dur ! » dit Leïla cherchant
à se montrer convaincante car elle sentait que les autres n’osaient pas renoncer à ce
projet insensé. Elle savait que le garçon, blessé dans son amour-propre parce qu’elle
lui avait tenu tête, s’obstinerait.
À peine avait-elle fini que Matteo s’élança, traversa le ruisseau en bondissant sur les
rochers, faisant jaillir des gerbes d’eau. De l’autre côté, il se retourna et nargua Leïla.
Puis il entreprit d’escalader la paroi. Il progressa rapidement dans un premier temps,
tel un cabri. Mais au bout d’un moment il resta coincé, collé contre la roche, incapable
de monter ou redescendre... Il fallut bien avertir les parents que Matteo avait besoin
d’aide.
Sujet de réflexion
L’un des reproches souvent adressé à notre société est la permissivité, le laxisme à
l’égard des enfants, au point de parler même de l’enfant-roi. Est-il préférable de laisser
une entière liberté à l’enfant désireux de tenter toutes les expériences ou, au contraire,
de limiter ses envies et, par voie de conséquence, sa liberté ? Ces deux modes d’éducation sont fréquemment source de polémiques.
Pour ma part, je pense qu’imposer des limites aux envies de l’enfant est une attitude
rationnelle et raisonnable, voire sage. L’enfant, de par son âge, son degré de développement, est rempli de désirs, d’envies, de rêves. Au moment de Noël, on voit les
enfants ébahis devant les rayons de jouets, ouvrant grand les yeux devant telle console
de jeu ou tel smartphone qu’il aimerait recevoir en cadeau. La plupart du temps, la liste
des cadeaux espérés est longue et coûteuse. Leur déception est très grande quand ils
découvrent qu’ils ne recevront pas tout ce qu’ils attendaient impatiemment. Pour certains, « c’est le pire Noël de leur vie ! ». Des jouets pourtant demandés ne retiennent
leur attention que peu de temps et finissent dans un placard ou un vide-greniers.
Quand il s’agit d’expériences tentantes, les parents et les éducateurs en général doivent
se montrer stricts, sévères dans l’intérêt de l’enfant ; en effet, ce dernier manque d’expérience, ce qui est logique vu son jeune âge ; il convient alors de lui expliquer, de
l’informer des risques ou des dangers qu’il ne perçoit pas car il vit dans une sorte de
152
Sujet 11 | Corrigé
« bulle » ou de monde virtuel. C’est pourquoi les campagnes de prévention se multiplient à l’école et dans les médias pour avertir les jeunes de certaines conduites à
risques, certains jeux extrêmement dangereux qui ont d’ailleurs coûté la vie à plusieurs
d’entre eux. L’adolescence, c’est la période de l’insouciance, de l’inconscience : on a
du mal à se projeter et à envisager objectivement les conséquences de nos actes ; on
ressent une impression de force, de puissance, on se croit à l’abri de tout, capable de
surmonter la moindre épreuve. Malheureusement la réalité est tout autre car les sollicitations se développent à un rythme effréné : Internet, les réseaux sociaux, les forums de
discussion, les blogs... Or des faits divers parfois tragiques ont montré la vulnérabilité
des jeunes, exposés aux agissements de personnes mal intentionnées.
Enfin, il faut éduquer l’enfant le plus tôt possible à la liberté, à l’exercice de sa liberté ;
c’est un véritable apprentissage, soutenu en cela par les parents et les éducateurs ; la vie
en société, en groupe impose des contraintes, des limites, des règles que nous devons
accepter. Il faut savoir dire non à un enfant, lui faire comprendre que chacun ne peut
pas faire que ce qui lui plaît, que satisfaire ses envies sans se soucier des autres ou des
conséquences plus ou moins graves de ses actes.
Pour conclure, certes il vaut mieux poser des limites aux envies, empêcher les enfants
de vivre toutes les expériences, mais il ne s’agit toutefois pas de les empêcher de vivre,
de faire eux-mêmes certaines expériences, qui leur apporteront de la maturité. Il faut
trouver un équilibre entre permissivité et sévérité absolue. C’est une tâche difficile et
délicate que d’accompagner l’enfant dans le passage à l’âge adulte.
153
Sujet 12
Sujet national, juin 2014
› Texte
Durant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), Paul a été condamné à mort par les
nazis. C’est sa dernière rencontre avec sa femme.
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30
PAUL — Je sais que tu es brave, je sais que tu sauras vivre sans moi. Il faut que tu
vives, toi.
FRANÇOISE — Je ne sais pas, Paul.
(À part) Toute ma vie s’engloutissait et je ne voulais pas lui montrer que j’avais
mal, que la douleur qui me serrait devenait insupportable.
PAUL — Si, je sais que tu es brave. Françoise, nous avons lutté de tout notre cœur.
Je tombe avant de toucher au but, mais toi tu verras la victoire.
FRANÇOISE — (À part) Et moi je pensais : que m’importe la victoire sans toi.
(À Paul) Ô Paul, nous n’avions jamais pensé que la victoire ce serait cela.
PAUL — Si Françoise. Souviens-toi. Nous le disions.
FRANÇOISE — Ô Paul. Dire et savoir, quelle différence !
PAUL — Nous gagnons. Les nôtres se lèvent de tous côtés. Georges a réussi à
avoir des nouvelles du dehors. Ils reculent partout.
FRANÇOISE À part — C’était faux. Les prisons sont toujours pleines de fausses
bonnes nouvelles. En mai 1942, vous savez où étaient les armées hitlériennes. Elles
avançaient partout, elles atteignaient presque la Volga.
PAUL — C’est pourquoi ils se hâtent d’abattre ceux qu’ils tiennent. Mais ils ne
nous auront pas tous. Des milliers se lèvent qui nous remplaceront et nous vengeront.
FRANÇOISE — Hélas Paul. Toi...
PAUL — Nous nous battons pour la liberté. Que tous les combattants ne soient
pas au défilé, chacun le sait avant de s’engager et aucun ne voudrait déserter parce
qu’il risque de tomber avant la fin. Ce qui serait horrible, ce serait de mourir pour
rien, de mourir sans avoir rien fait de sa vie. Nous avions choisi, toi et moi.
FRANÇOISE — Je n’avais pas choisi de te perdre, jamais. J’avais toujours pensé
que nous tomberions ensemble, si nous tombions.
PAUL — Chérie ! Tous les combattants ne sont pas frappés au même moment.
Heureusement. Où serait la victoire si tous succombaient. Tu vivras, toi. Oh ! que
j’en suis heureux.
FRANÇOISE — Paul.
PAUL — Chérie, sois forte comme tu l’as toujours été.
154
Sujet 12 | Énoncé
FRANÇOISE — Je le suis, Paul. Je le serai.
(Silence. Elle lui caresse les cheveux.)
Charlotte Delbo, Une scène jouée dans la mémoire, 2001 (édition posthume).
Première partie : questions – réécriture– dictée
Questions
15 points
Toutes vos réponses devront être rédigées.
1 « Nous avions choisi, toi et moi » (l. 24). De quel choix Paul parle-t-il ?
Relisez l’introduction du texte. Repérez les passages où les personnages parlent de
choix ou de choisir. Analysez la situation de Paul et de Françoise, leurs activités
dans ce contexte historique. Définissez le choix qu’ils ont fait.
2 Françoise partage-t-elle ce choix ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur le
texte.
Interrogez-vous. À ce moment de leur existence, Françoise partage-t-elle encore ce
choix ? Qu’est-ce qui a changé ? Relevez les passages qui expriment ce changement
d’attitude.
3 Comment l’opposition entre les deux personnages apparaît-elle dans leurs répliques ? Vous justifierez votre réponse en vous appuyant précisément sur le texte.
Rappel : l’opposition se marque de diverses façons : conjonctions de coordination
(mais, or), adverbes (pourtant, cependant, etc.), subordonnées (bien que, alors que,
etc.), forme de phrase (affirmative/ négative), figure de style (antithèse, etc.). Relisez
le texte et repérez un ou plusieurs de ces procédés.
4 Quels sont les arguments de Paul pour convaincre Françoise que leur combat en
vaut la peine ?
Rappel : un argument est une idée ou un fait destiné à soutenir une thèse, un avis,
à convaincre ou à persuader un interlocuteur. Relisez les répliques de Paul. Quelles
idées ou quels faits utilise-t-il pour convaincre Françoise que leur combat en vaut la
peine ? Trouvez-en au moins trois.
5 « J’avais toujours pensé que nous tomberions ensemble » (l. 25) :
a) Quel sens donnez-vous ici au verbe tomber ?
b) Identifiez le temps de ce verbe et justifiez son emploi.
155
Sujet 12 | Énoncé
a) Un mot est souvent polysémique, avec un sens propre et au moins un sens figuré.
Interrogez-vous. Quel est le sens propre de « tomber » ? Quel est son sens figuré
dans ce contexte précis ?
b) Observez la terminaison et le suffixe de « tomberions ». Deux temps sont formés
sur la base de l’infinitif « tomber ». Lequel est employé ici ? Le verbe « tomberions »
se trouve dans une subordonnée ; quel est le temps du verbe de la principale ? Pour
expliquer l’emploi du temps « tomberions », conjuguez le verbe de la principale au
présent de l’indicatif. À quel temps est alors conjugué « tomber » ?
6 Selon vous, à qui Françoise s’adresse-t-elle dans les apartés ?
Définition de « aparté » : paroles prononcées par un personnage et que les autres
personnages présents sur scène n’entendent pas (en théorie). Relisez les répliques
de Françoise. Interrogez-vous. Si elles ne s’adressent pas à Paul, à qui s’adressent
ces paroles en aparté ? Rappelez-vous : c’est du théâtre.
7 Une scène jouée dans la mémoire : comment comprenez-vous ce titre à la lumière
du texte ?
Interrogez-vous. À quel genre appartient ce texte ? Observez sa disposition sur la
page. Expliquez le sens de « scène ». Observez le temps des verbes dans les apartés de Françoise. Comparez-les à des apartés de pièces que vous avez étudiées. Ces
temps sont-ils les mêmes ? Analysez la situation des personnages. Expliquez l’ensemble du titre.
8 Si vous étiez metteur en scène, quels éléments de décor (lieu, éclairages, sons...)
choisiriez-vous ? Développez votre réponse en justifiant vos propositions.
La réponse est ouverte. Toutefois, la situation des personnages, le moment de l’action, l’atmosphère générale peuvent orienter vos choix de décor, d’éclairages, de
sons, de jeu des acteurs. Pensez à des œuvres que vous avez lues ou vues et qui
présentent quelques ressemblances avec le texte. Proposez vos éléments de mise en
scène.
156
Sujet 12 | Énoncé
Réécriture
4 points
Réécrivez ces deux phrases en remplaçant « tu » par la troisième personne du pluriel,
au féminin. Vous ferez toutes les modifications nécessaires.
Je sais que tu es brave, je sais que tu sauras vivre sans moi. Il faut que tu vives, toi.
Effectuez trois transformations :
– le passage de « tu » (singulier) à la 3e personne du pluriel implique de modifier
l’accord des verbes, en gardant le même temps ;
– le passage au féminin pluriel implique de modifier l’accord de l’adjectif attribut
du sujet ;
– le passage de « tu » (singulier) à la 3e personne du pluriel implique de modifier la
conjonction de subordination car le pronom personnel commence désormais par
une voyelle.
Dictée
6 points
Beaucoup parmi les gens de la résistance passent la plupart de leur temps dans les
trains. On ne peut rien confier au téléphone, au télégraphe, aux lettres. Tout courrier
doit être porté. Toute confidence, tout contact exigent un déplacement. Et il y a les
distributions d’armes, de journaux, de postes émetteurs, de matériel de sabotage.
Ce qui explique la nécessité d’une armée d’agents de liaison qui tournent à travers
la France comme des chevaux de manège. Ce qui explique aussi les coups terribles
qui les atteignent. L’ennemi sait aussi bien que nous l’obligation où nous sommes
de voyager sans cesse.
Joseph Kessel, L’Armée des ombres, 1943
157
Sujet 12 | Énoncé
Deuxième partie : rédaction
15 points
Vous traiterez aux choix l’un des deux sujets de rédaction suivants.
Votre texte fera au moins deux pages (soit une cinquantaine de lignes).
Sujet d’imagination
Rédigez la dernière lettre de Paul à ses enfants.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés : « la dernière lettre », « Paul », « ses enfants ».
Étape 2. Repérez et encadrez la forme du texte à produire : « Rédigez la dernière
lettre ». Il faut donc respecter :
– le cadre spatio-temporel : mai 1942, la guerre, la prison ;
– le genre de la lettre : la forme (en-tête, formules d’ouverture et de clôture, signature) ;
– l’emploi de la 1re personne du singulier et de la 2e du pluriel (« lettre de Paul à
ses enfants ») ;
– l’intention : expliquer les raisons de sa condamnation à mort, faire partager ses
sentiments et impressions, avant d’être exécuté, prodiguer quelques conseils ;
– les temps de la lettre (par exemple présent, futur et passé composé comme principaux temps) ;
– le nombre de pages imposé (« deux pages, soit une cinquantaine de lignes »).
Étape 3. Trouvez des idées : narration/ explication des événements (engagement
dans la Résistance, arrestation, condamnation, exécution proche), sentiments et impressions (amour de sa femme et de ses enfants, regrets de ne pas les voir grandir,
horreur de la guerre, peur de la mort, etc.), conseils.
Étape 4. Établissez le plan de votre rédaction :
– formules d’ouverture de la lettre (lieu, date, destinataire) ;
– exposé de son sort, récit des événements (combat contre l’occupant, jugement,
condamnation, exécution proche) ;
– explications : les raisons de son engagement, ses espoirs ;
– sentiments et impressions, conseils à ses enfants : insérez-les dans les différentes
parties de la lettre ;
– formule de clôture : adieux à ses enfants.
Étape 5. Rédigez votre texte en formant des paragraphes pour les différentes parties
de la lettre.
158
Sujet 12 | Énoncé
Étape 6. Relisez-vous et corrigez d’éventuelles erreurs (orthographe, ponctuation,
vocabulaire, etc.).
Sujet de réflexion
D’après vous, l’expression artistique (littérature, théâtre, cinéma, musique, peinture,
etc.) apporte-t-elle quelque chose à l’évocation des événements du passé ?
À l’aide d’exemples historiques et/ ou personnels de votre choix, vous présenterez
votre réflexion dans un développement argumenté et organisé.
„Procéder par étapes
Étape 1. Lisez attentivement le sujet. Repérez et soulignez les mots clés : « l’expression artistique (littérature, théâtre, cinéma, musique, peinture, etc.) », « apporte-telle quelque chose », « l’évocation des événements du passé ». Le thème général est
la fonction, la mission de l’expression artistique (l’art) par rapport aux événements
du passé.
Étape 2. Repérez la forme du texte à produire : « D’après vous », « vous présenterez votre réflexion dans un développement argumenté et organisé ». Il faut donc
respecter :
– le genre argumentatif : le développement organisé, avec sa progression, ses analyses et ses arguments, ses exemples (« exemples historiques et/ ou personnels ») ;
– le temps de l’argumentation : le présent et les temps qui s’articulent avec lui ;
– la composition en parties et paragraphes ;
– le nombre de pages imposé (« deux pages, soit une cinquantaine de lignes »).
Étape 3. Définissez votre point de vue, votre réponse, votre thèse.
Thèse 1. Oui, l’expression artistique apporte quelque chose à l’évocation des événements du passé. Trouvez au moins trois arguments et exemples pour défendre cette
thèse (par exemple, la connaissance de l’histoire, la prise de conscience des grands
problèmes, les leçons à tirer de l’histoire). La rédaction ci-après soutient cette thèse.
Thèse 2. Non, l’expression artistique n’apporte rien à l’évocation des événements
du passé. Trouvez au moins trois arguments et exemples pour défendre cette thèse
(par exemple, la mission de l’art est de divertir, d’amuser ; l’art n’a pas à dénoncer
ou à défendre une cause ; l’art ne change rien, il est inefficace, les problèmes sont
toujours les mêmes).
Étape 4. Trouvez d’autres idées et arguments pour défendre la thèse choisie : qu’estce que peut apporter l’art à l’évocation du passé ? L’art peut-il être engagé dans notre
société ? Les gens s’intéressent-ils à l’art ? Pensez à votre expérience personnelle,
aux œuvres que vous avez lues ou étudiées en classe, à la maison. Reportez-vous
à votre programme d’histoire et à l’actualité récente (commémoration de la guerre
159
Sujet 12 | Énoncé
de 1914, du débarquement du 6 juin 1944).
Étape 5. Établissez le plan de votre argumentation :
– L’introduction présente le thème et pose la question. Passez une ligne avant le
développement.
– Le développement expose votre point de vue, soutenu par au moins trois arguments et trois exemples. Un paragraphe développe un argument. Défendez votre
thèse en utilisant des modalisateurs de certitude (assurément, j’affirme, incontestablement...) ou de nuance (peut-être, sans doute, emploi du conditionnel...),
des figures de style comme l’hyperbole, l’énumération, les fausses questions (ou
questions rhétoriques) ou le vocabulaire positif, mélioratif pour affirmer votre
point de vue. Passez une ligne avant la conclusion.
– La conclusion rappelle que vous avez répondu à la question posée en dressant un
bilan rapide.
Étape 6. Rédigez en matérialisant les parties (sauts de ligne, retours à la ligne).
Étape 7. Relisez-vous et corrigez d’éventuelles erreurs (orthographe, ponctuation,
vocabulaire, etc.).
160
Sujet 12 | Corrigé
Première partie : questions – réécriture – dictée
Questions
1 Paul et Françoise ont fait le choix de s’engager dans la résistance pour lutter contre
les Allemands, donc de faire éventuellement le sacrifice de leur vie pour la liberté, pour
la libération de la France.
2 Françoise ne partage pas totalement ce choix : certes elle s’est engagée dans la lutte
contre les Allemands mais elle n’a pas choisi de perdre Paul. Si Paul devait mourir
avant la victoire finale, elle pensait qu’elle mourrait avec lui : « Je n’avais pas choisi
de te perdre, jamais » (l. 25).
3 Plusieurs procédés soulignent l’opposition entre les personnages. Certaines paroles
de Paul sont reprises par Françoise mais à la forme négative : « Je sais » (l. 1) et « Je
ne sais pas » (l. 3) ; « Nous avions choisi, toi et moi » (l. 24) et « Je n’avais pas choisi »
(l. 25). Aux négations de Françoise s’oppose la répétition de « si » de Paul, (l. 6) et
(l. 10). Par ailleurs, le système de l’aparté permet de marquer l’opposition entre les
personnages car, dans ses apartés, Françoise exprime des propos différents, contraires :
« Il faut que tu vives, toi. » (l. 1) et « (À part) Toute ma vie s’engloutissait [...] devenait insupportable. » (l. 4) ; « mais toi tu verras la victoire » (l. 7) et « (À part) Et moi
je pensais : que m’importe la victoire sans toi » (l. 8) ; « Nous gagnons. [...] Ils reculent partout. » (l. 12) et « (À part) C’était faux. [...] Elles avançaient partout, elles
atteignaient presque la Volga » (l. 14).
4 Pour convaincre Françoise de l’utilité et du sens de leur combat, Paul utilise plusieurs arguments. D’abord, il insiste sur le courage, la bravoure de Françoise, sur leur
engagement total (« nous avons lutté de tout notre cœur », (l. 6)), sur la certitude de la
victoire même si tous ceux qui ont lutté ne la voient pas (« mais toi tu verras la victoire »
(l. 7) ; « Nous gagnons » (l. 12)). Ensuite, il insiste sur l’engagement dans la Résistance
de Français de plus en plus nombreux (« Les nôtres se lèvent de tous côtés » (l. 12) ;
« Des milliers se lèvent qui nous remplaceront et nous vengeront » (l. 18)). Enfin, leur
combat en vaut la peine car ils luttent pour la liberté, la leur, celle des autres Français
(« Nous nous battons pour la liberté » (l. 21)) ; vivre sans résister serait horrible et leur
mort, de toute façon inévitable, n’aurait alors aucun sens.
5 a) Le verbe « tomber » a ici le sens de « mourir », de tomber mort sous les balles
ennemies.
b) Le verbe est conjugué au conditionnel présent ; il exprime le futur dans le passé dans
la subordonnée qui dépend du verbe principal au plus-que-parfait, « J’avais toujours
pensé ».
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Sujet 12 | Corrigé
6 Dans les apartés, Françoise s’adresse aux spectateurs (« En mai 1942, vous savez
où étaient les armées hitlériennes » (l. 15)) ; nous sommes au théâtre, c’est le principe
de la double énonciation.
7 Le titre de cette pièce évoque les souvenirs de Françoise, qui revit les événements
de la Seconde Guerre mondiale, et en particulier cette scène, ce moment essentiel de
sa vie, de leur vie, les adieux à Paul. Les verbes des apartés sont au passé tandis que
les verbes du dialogue proprement dit sont au présent. Françoise se remémore aujourd’hui ses pensées, ses sentiments d’alors, commente rétrospectivement ce passé qu’elle
revit dans sa mémoire. D’ailleurs, concernant la guerre, que ce soit la première ou la
seconde, on parle beaucoup du devoir de mémoire. Grâce à ces apartés, le spectateur
pénètre ainsi dans la conscience de Françoise. Dans une pièce, habituellement, le temps
dominant des apartés est le présent car il n’y a pas de décalage ; ici, la scène est rejouée
dans la mémoire du personnage ; Françoise se dédouble en quelque sorte : elle revit la
scène comme personnage et elle la commente comme narratrice, un peu comme dans
une autobiographie. Elle porte un regard en arrière.
8 Le décor de cette scène serait sobre, pour correspondre au moment dramatique des
adieux : Françoise voit Paul pour la dernière fois, dans sa cellule, peu avant son exécution. Les murs seraient grisâtres, avec des inscriptions faites par les prisonniers précédents ; une petite fenêtre haut perchée, par laquelle le jour pointe, pour matérialiser
le monde extérieur, monde que Paul va quitter ; un lit métallique. L’atmosphère doit
être sombre, triste, avec peu de lumière. Un jeu d’éclairages permettrait de mettre en
valeur les apartés de Françoise : un mince faisceau de lumière l’éclaire quand elle prononce ces paroles à part ; dans le reste de la cellule, la lumière faiblit encore un peu. Au
niveau sonore, le silence régnerait, troublé une fois par quelques ordres criés en allemand, une salve de peloton d’exécution, avant « Nous gagnons. » (l. 12), par exemple,
pour accroître la tension. Pour le jeu des acteurs, il faut que Françoise et Paul soient
proches, comme l’indique la didascalie de la fin (« Elle lui caresse les cheveux »). Ils
pourraient être assis sur le lit. Au moment des apartés, lorsque Françoise est éclairée,
elle pourrait s’éloigner de Paul, pour marquer la distance entre les deux époques, entre
Françoise qui vit la douloureuse séparation, et Françoise qui commente la scène.
Réécriture
Je sais qu’elles sont braves, je sais qu’elles sauront vivre sans moi. Il faut qu’elles
vivent, elles.
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Sujet 12 | Corrigé
Dictée
Le temps dominant est le présent de l’indicatif. Les terminaisons varient selon les
groupes, avec quelques particularités au niveau du radical des verbes du 3e groupe :
– 1er groupe : « beaucoup [...] passent » ; « toute confidence, tout contact exigent »
(accord avec les deux sujets) ; « ce qui explique » ; « agents de liaison qui tournent »
(l’accord se fait avec l’antécédent pluriel du pronom relatif qui) ;
– 3e groupe : « on ne peut » (pouvoir) ; « tout courrier doit » (devoir) ; « il y a » ;
« les coups terribles qui les atteignent » (atteindre ; l’accord se fait avec l’antécédent
pluriel du pronom relatif qui) ; « l’ennemi sait » (savoir) ; « nous sommes ».
Trois verbes sont à l’infinitif car ils dépendent d’un autre verbe (« on ne peut rien
confier », « doit être porté ») ou d’une préposition (« de voyager »). Pour savoir s’ils
sont à l’infinitif, remplacez les verbes du 1er groupe, en -er, par un verbe du 2e groupe,
en -ir : on ne peut rien finir, de partir.
Quelques accords peuvent être difficiles : « au téléphone, au télégraphe, aux lettres »
(on utilise le téléphone, le télégraphe et on envoie des lettres) ; « tout courrier, toute
confidence, tout contact » (au singulier : le moindre courrier, la moindre confidence,
le moindre contact) ; « les distributions d’armes, de journaux, de postes émetteurs, de
matériel de sabotage » (on distribue des armes, des journaux, des postes émetteurs
mais du matériel de sabotage) ; « une armée d’agents de liaison » (beaucoup d’agents
assurent la liaison).
Quelques mots ont une orthographe souvent source d’erreur ou de confusion avec un
homonyme : « parmi » (sans s à la fin, contrairement à hormis), « la plupart », « temps »
(avec s à la fin, comme corps), « courrier » (avec deux r successifs), « confidence »
(avec ence, contrairement à confiance), « émetteurs » (avec deux t successifs et un seul
m), « nécessité » (notez la place du c et des deux s), « travers » (traverser), « chevaux »
(les noms en -al ont un pluriel en -aux, sauf bal, chacal, festival, régal, carnaval, cal),
« coups » (couper, coupure ; à ne pas confondre avec cou ou coût), « où » (relatif, avec
un accent grave ; à ne pas confondre avec ou, conjonction de coordination), « cesse »
(cesser), « ce qui explique » (= cela explique ; à ne pas confondre avec « ceux [les gens]
qui expliquent leur choix »).
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Deuxième partie : rédaction
Sujet d’imagination
De ma prison, le 11 mai 1942
Mes enfants chéris,
Votre mère vous remettra cette lettre, assurément la première et la dernière lettre que
je vous écris. Mes ultimes pensées vont vers vous, que, malheureusement, je ne peux
voir car ici on interdit les visites aux enfants. De toute façon, c’est mieux ainsi : vous
garderez de votre père une belle image, le souvenir d’un père qui, jusqu’à ces jours derniers, se promenait avec vous au parc Montsouris, vous poussait sur la balançoire, vous
tendait le pain à jeter aux canards et aux cygnes du lac. Le souvenir d’un père qui aurait
beaucoup donné pour vous voir grandir, vous accompagner au fil de ce long voyage de
la vie. Le destin en a décidé autrement et vous devrez rester seuls avec votre mère, qui,
elle aussi, vous adore et me remplacera auprès de vous. Comme elle, soyez courageux.
Comme elle, attendez les jours meilleurs qui, très bientôt, illumineront votre existence
de la lumière de la liberté retrouvée. C’est pour cette liberté que je me suis battu. C’est
pour votre bonheur que je fais volontiers le don de ma vie.
Soyez fiers de votre père. N’écoutez pas certaines personnes qui déformeront sans
doute la vérité, qui prétendront que je suis un mauvais père, « parce qu’il a abandonné
ses enfants pour devenir un saboteur ». Non ! Je ne suis pas un saboteur ni un terroriste !
Je me bats, nous nous battons, nous sommes désormais des milliers à nous battre pour
notre pays, notre France, qui souffre de cette horrible occupation, tandis que d’autres
sont prêts à la vendre à l’ennemi ! Je ne verrai pas la victoire mais je meurs heureux de
savoir que vous la goûterez, une victoire à laquelle, à la mesure de mes forces, j’aurai
contribué.
Mes enfants, la guerre est un terrible fléau, un cataclysme qui dévaste les pays et les
familles, qui ravage tout sur son passage. Mais je ne pouvais pas rester les bras croisés
à ne rien faire, en simple spectateur, alors que la mort s’abat partout. Je voudrais que
vous le compreniez bien. Je ne suis pas plus courageux qu’un autre, je ne suis pas
ce qu’on appelle un héros. Cependant, je ne pouvais pas rester indifférent, ni sourd
aux appels de détresse de mon pays martyrisé. Les Allemands m’ont arrêté, peut-être
ai-je été dénoncé ; puis, après un semblant de jugement, ils m’ont condamné à mort. Je
meurs en paix avec moi-même car j’ai choisi de m’engager dans cette lutte, conscient
des dangers que je courais. Le plus insupportable, je m’en rends compte maintenant en
vous écrivant cette lettre, c’est d’imaginer que je ne vous verrai plus, que je ne vous
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Sujet 12 | Corrigé
serrerai plus dans mes bras, que je ne serai plus là pour vous aider à grandir, à devenir
un homme et une femme dignes. Nous ne vieillirons pas ensemble. Je n’assisterai pas
à votre mariage, je ne connaîtrai jamais mes petits-enfants.
Mon petit Joseph, ou plutôt dois-je dire mon grand Joseph, tu es maintenant l’homme
de la famille. C’est à toi qu’incombe le devoir de veiller sur ta mère et sur ta petite
sœur. Lucie est encore trop jeune pour comprendre tout ce qui se passe aujourd’hui.
Tu devras lui expliquer, la consoler quand elle réalisera qu’elle ne me verra jamais
plus, quand la douleur et le chagrin seront trop forts et qu’elle se réveillera, la nuit,
en pleurs, ou quand ses regards tristes seront perdus dans le vide. Je te confie là une
lourde tâche mais je sais que tu es capable de l’assumer. Mes chers enfants, vous sortez
prématurément et brutalement de l’enfance ; j’en suis désolé. Vous découvrez trop tôt
que la vie sait se montrer particulièrement cruelle.
Mais il est temps de vous dire adieu. Le matin va venir et bientôt je quitterai ce monde
pour toujours. Ne m’oubliez pas. Laissez-moi une petite place dans votre cœur pour
m’y laisser vivre encore. Je ne vous encombrerai pas. Vous sentirez seulement au fond
de vous brûler cette petite flamme du souvenir et de l’amour.
Je vous embrasse très fort. Je vous aime.
Votre père, Paul
Sujet de réflexion
En cette année de commémoration, le centenaire de la Première Guerre mondiale et le
soixante-dixième anniversaire du débarquement allié du 6 juin 1944, nous constatons
que bon nombre d’œuvres, littéraires ou cinématographiques, évoquent ces sombres
périodes de notre histoire. Par exemple, le prix Goncourt a été attribué à Pierre Lemaître
pour son roman Au revoir là-haut, qui raconte la destinée de plusieurs hommes pris
dans la tourmente de la guerre de 14-18. Nous pouvons donc nous interroger sur le
rôle et l’efficacité de l’expression artistique en général pour évoquer les événements
du passé. Que nous apporte-t-elle ?
Selon moi, le rôle des œuvres d’art dans l’évocation du passé, notamment d’événements historiques importants comme les conflits mondiaux, est essentiel. La grande
histoire est bien servie par l’histoire d’un roman, d’un film ou d’une pièce de théâtre.
Par exemple, le film d’Alain Resnais, Nuit et Brouillard, est essentiel à la découverte
de l’univers concentrationnaire créé par les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale. Surtout pour les nouvelles générations, celles qui sont éloignées de tels événements, qui n’ont pas vécu cette tragédie qui a bouleversé le monde. Le roman L’Or et la
Boue de Christophe Lambert nous plonge au cœur des tranchées, en mettant en scène
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Sujet 12 | Corrigé
des personnages que nous suivons dans leur quotidien. Un livre d’histoire, même très
documenté, reste souvent abstrait ; une fiction, fondée sur des faits réels, nous en apprend beaucoup en étant plus concrète : grâce à la reconstitution historique, nous pénétrons vraiment dans l’époque, dans la vie des petites gens pris dans la tourmente d’une
guerre ou d’une révolution. Ainsi, le lecteur suit les aventures de Gavroche, dans Les
Misérables de Victor Hugo, au moment des journées révolutionnaires de 1832. Il prend
mieux conscience de la misère du peuple ou des enfants au travers de la destinée de
personnages imaginés par l’auteur. L’expression artistique enrichit nos connaissances,
la découverte et la compréhension de notre histoire et de notre identité.
La littérature et le cinéma sont très efficaces pour évoquer des événements passés car ils
permettent au lecteur ou au spectateur de suivre un héros, une héroïne, des personnages,
auxquels il peut parfois s’identifier. Il est vrai qu’un personnage facilite l’approche
des événements passés, d’une époque, en incarnant un être qui paraît réel, qui vit des
aventures mettant en relief les faits importants, débarrassés de l’accessoire. Le lecteur
ou le spectateur est directement en prise avec la réalité évoquée. Dans La Chanson
de Hannah, Jean-Paul Nozière raconte les aventures de Louis, enfant de dix ans, fils
d’émigrés polonais ; l’histoire commence en août 1940 ; le fait que le héros soit un
enfant permet au collégien d’avoir le point de vue, la perspective, les sentiments d’un
enfant, et non d’un adulte, face aux événements dramatiques de l’Occupation, après la
défaite française. On imagine plus facilement ce que pouvait ressentir un garçon dans
ces années de guerre.
Et puis, ne l’oublions pas, la force des images est indéniable ; un tableau, un film ont
parfois plus de poids, de puissance que les mots. C’est pourquoi le peintre Pablo Picasso, dans son œuvre intitulée Guernica, dénonce les horreurs de la guerre civile espagnole, et notamment le bombardement de la ville de Guernica par l’aviation allemande,
en avril 1937. La peinture historique, genre très en vogue au XIXe siècle, joue donc un
rôle majeur car elle permet de réagir aux grands événements qui marquent l’humanité tout entière ou un peuple en particulier. La réalité est montrée, représentée sous sa
forme réelle ou symbolique, pour mieux frapper l’esprit, pour provoquer l’émotion, et
donc une meilleure prise de conscience.
Enfin, l’art, en évoquant les événements passés, constitue un témoignage utile et perpétue le devoir de mémoire, afin que les catastrophes comme les guerres mondiales ne se
reproduisent plus ; il nous aide à tirer les leçons de l’histoire, pour préserver les valeurs
les plus nobles de l’humanité, comme la liberté, la solidarité, la dignité humaine. L’art,
par les mots, les images, la peinture, les pièces de théâtre, nous clame « Plus jamais
ça ! »
En conclusion, l’art possède diverses missions, celle de divertir par exemple, mais aussi
et surtout, selon moi, celle de nous faire réfléchir, de favoriser une prise de conscience
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Sujet 12 | Corrigé
chez le public. La création artistique demande certes du temps mais, par la distance
qu’elle instaure entre l’événement et la publication d’un livre, d’une chanson ou d’un
film, elle aiguise le regard que nous allons porter sur ces faits et enrichit notre connaissance du monde et de l’être humain, qui peut être un « ange » ou une « bête ».
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