Le Pile à Cœur - La Fabrique

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Le Pile à Cœur - La Fabrique
Ouvrage financé par
le Fonds de Participation des Habitants (Ville de Roubaix)
et le Comité de Quartier du Pile
Textes
Serge LEROY
Raymond PLATTEAU
Avec la participation des bénévoles et des salariés
du Comité de Quartier du Pile
Mise en page
Raymond PLATTEAU
Photographie de la couverture : La Voix du Nord
Sommaire
Avertissement
Préambule
Le Pile à Cœur I
Tournons la page…
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Un événement tragique
Le docteur CAILLET
La baïonnette, suite et fin
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Le Pile à Cœur II
1. Evolution de l’urbanisme à Roubaix
L’usine crée la ville
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Les courées à Roubaix
La situation du logement au milieu du XXème siècle
Les premières réalisations
Les grandes réalisations
Edouard ANSEELE
Les Trois-Ponts
L’Alma-gare et l’Alma-centre
Et au Pile…
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2. La politique de la Ville
Naissance de la politique de la ville
Roubaix, une ville complexe
Pierre PROUVOST, une mandature dynamique
Marc VANDEWYNCKELE, la démocratie participative
L’Alma ou un nouvel urbanisme
Le Pile interpellé
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102
107
116
Le Plan Social de Développement Social des Quartiers
Le D.S.Q à Roubaix
André DILIGENT, le chantre d’une ville
Le Pile en mouvement
Devenir ouvrier de sa propre maison
Les lieux de vie
La cité bleue
Le mouvement associatif
L’A.L.D.P.
2
page 127
page 129
page 130
page 137
page 140
page 144
page 147
page 149
Le Comité de quartier
L’A.I.R
L’A.G.A.P.E
Le bilan de six années
page 151
page 155
page 156
page 159
Le Développement Social Urbain
page 163
Le grand virage du D.S.U.
René VANDIERENDONCK, ou un maire pragmatique
Le Pile, un quartier toujours en rupture
Le cercle des projets avortés
La politique de la ville et ses difficultés
Le Pile, aujourd’hui
page 166
page 170
page 174
page 176
page 180
page 182
Au terme d’un si long voyage
Regards sur la ville
Figures de maires : tableau en 4 actes
Le Pile à cœur ouvert
Les Comités de Quartier : 25 ans déjà !
Le Pile enfin dans les grands projets
Une dernière fois, tournons la page
page 189
page 195
page 202
page 204
page 207
page 211
3. Historama
1962-1972
Synthèse de la décennie
1973-1982
Synthèse de la décennie
1983-1992
Synthèse de la décennie
1993-2001
Synthèse de la décennie
pages 226-237
page 238
pages 242-261
page 262
pages 266-285
page 286
pages 292-309
page 310
Annexes
Dans la forêt des sigles
Bibliographie
Remerciements
page 317
page 319
page 321
3
Avertissement
Ce livre, que nous avons voulu documenté, solidement ancré dans le microcosme
roubaisien, nous a demandé trois ans de recherches. Il s’inscrit dans l’air du temps, semble-t-il, si
l’on en juge par l’annonce de futures publications sur Roubaix, considérée par de nombreux
chercheurs, comme un véritable laboratoire des changements urbains, un creuset où, selon René
VANDIERENDONCK, bouillonnent tous les problèmes de la société française.
Mais nous ne sommes ni des historiens, ni des sociologues; nous sommes plutôt des
découvreurs d’humain, des rassembleurs de vécu, des annalistes, dans notre volonté de ne jamais
échapper au contexte : l’historama que nous présentons, l’atteste.
Ce livre est une tentative d’échapper à la loi des genres.
Tout au long de la rédaction de cet ouvrage, nous avons toujours eu le souci de
privilégier les témoignages des acteurs politiques, des techniciens en charge de dossiers, des
militants associatifs, et des habitants. Nous avons voulu comprendre les ressorts des événements et
des décisions, suivre les pensées, les rêves, les inquiétudes de ceux qui sont inscrits dans cette
histoire, nous appuyer donc sur des regards intérieurs ; ce qui ne nous a pas empêchés de faire des
analyses personnelles, de conserver notre esprit critique, d’émettre des remarques.
Ajoutons que nous avons souvent pris plaisir à faire ressurgir, au cours de nombreuses
interviews, sans concession aucune, mais où toute polémique de notre part était bannie, des
questionnements de l’époque, ou des interrogations qui éclairaient une zone d’ombre. Là était la
richesse de notre sujet: il est arrivé que notre vision des choses ait été modifiée, que notre
problématique de départ ait été remise en cause, au fil des découvertes.
C’est aussi pourquoi, dans un premier temps, il nous a semblé important de revenir sur
le Pile à Cœur I, qui pour certains, reste incomplet.
Soulignons également que, dans notre volonté de rapporter des paroles et des points de
vue, notre regard est forcément teinté de subjectivité; précisons un aspect de notre démarche: audelà d’une impossible objectivité, plutôt une confrontation de subjectivités.
Nous avons voulu aussi nous appuyer sur des regards extérieurs grâce à la presse
locale; les nombreux articles en rapport avec nos préoccupations, parus dans Nord-Eclair ou la Voix
du Nord, ont été pour nous une mine inépuisable, dans laquelle nous avons largement et
volontairement puisé. Les journalistes apportent la sensibilité de l’époque; ils soulignent le climat,
les espoirs, les craintes.
Leurs articles mettent en exergue, qui une préoccupation, qui un étonnement, qui un
"coup de gueule", tel un Jules CLAUWAERTS, dénonçant "les courées de la honte". Ils sont des
témoins précieux qui perçoivent l’intérêt de dire; avec le journaliste, on est dans l’intensité, dans
l’effervescence du moment.
Comme l’a dit le philosophe, Régis DEBRAY au cours d’un entretien1 : "On est dans
l’éphémère, mais dans la ferveur de l’instant; il faut des stop pour qu’il y ait du monumental ! Dans
le choix entre la durée et l’instant, le journaliste choisit l’impact immédiat; l’écrivain, lui, choisit
de ne figurer que plus tard dans les bibliothèques".
Cette tentative d’échapper à la loi des genres s’est trouvée confortée par la particularité
de notre tandem: l’un, auteur mais aussi acteur sur le terrain depuis 25 ans, revivant les événements
avec recul et un autre regard, l’autre, rédacteur et questionneur faussement naïf, nourrissant la
réflexion dans une dialectique continue.
De cette maïeutique, par laquelle chacun s’est approprié le travail et la réflexion de
l’autre, de nouvelles pistes de recherche, de nouvelles hypothèses ont émergé et cette publication est
l’aboutissement de cette longue collaboration.
1
Emission de Dominique SOUCHIEZ sur Europe 1 : "C’est arrivé demain"
4
Nous y avons pris intérêt et plaisir et nous espérons qu’il en sera de même pour le
lecteur.
Mais au-delà de l’écrit, les questions restent posées. Quel avenir pour ce quartier
roubaisien ? Et, pourquoi pas, en extrapolant, quel avenir pour la ville ?
Cela mérite débat. Si cet ouvrage le permettait tant soit peu, de nouveau il échapperait à
la loi des genres et deviendrait un point de départ, un point de vue, un point d’interrogation.
Cette idée, nous l’avons soumise aux membres de la commission de gestion des fonds
participatifs de la ville de Roubaix. L‘idée a été retenue et avec le soutien financier du Fonds de
Participation des Habitants, l’aide des militants des Comités de Quartiers et de l’Association Interquartier de Roubaix, six moments d’échanges seront organisés sur le territoire de la ville, avec, en
introduction, la présentation de ce travail par les auteurs.
Nous remercions vivement la commission d’attribution des fonds participatifs qui va
nous permettre de poursuivre ce travail au-delà de la publication de cet écrit.
5
Préambule
Le Pile à cœur : le Pile d’hier...
Dans ce premier livre, bien accueilli, nous avons recherché les racines profondes de ce
coin de terroir roubaisien, qui interpelle tant ceux qui le traversent aujourd’hui. Et nous avons
découvert un quartier riche de son histoire, de ses traditions, de ses commerces, de ses associations,
de ses fortes personnalités: l’âme du Pile.
Mais pourquoi ce quartier, qui a connu son âge d’or dans les années soixante-dix, est-il
entré en état de léthargie urbanistique? Pourquoi les friches à l’abandon, les dents creuses, les
maisons murées ont-elles proliféré, à côté de quelques îlots neufs, touches insolites dans un archipel
battu par les flots de la paupérisation.
Le Pile à cœur II va tenter de répondre à ces interrogations. Après avoir pénétré la
mémoire profonde de ce quartier plein de passé humain, nous allons entrer dans sa mémoire proche,
pour comprendre les ressorts de la politique menée au cours des dernières décennies, notamment les
critères des décisions qui ont abouti à préconiser la politique dite de la dentelle.
1962-1982-2002 : le Pile a peu bougé, alors que, durant ces quarante années
disparaissent les Longues Haies, se réalisent l’opération Edouard Anseele et Roubaix 2000,
s’achève le nouvel ensemble des Hauts-Champs, s’urbanisent les Trois- Ponts, s’élaborent l’AlmaGare et l’Alma-Centre, et que le Centre prend un nouveau visage.
Comment les choix politiques se sont-ils effectués? Quels ont été les décideurs, les
acteurs en présence? Les métamorphoses de Roubaix, où il y avait tant à faire, ouvrent un vaste
champ de recherches, dans lequel nous nous inscrivons; en effet, dès le début de notre quête, nous
avons été amenés à considérer le Pile dans l’histoire de l’urbanisme roubaisien, non seulement
depuis l’époque de Victor PROVO, mais aussi depuis ce XIXème siècle qui a vu Roubaix prendre
le tournant de la révolution industrielle; la ville en sera marquée à tout jamais, dans son habitat, sa
sociologie. Si ce sont les hommes qui font la cité, nous pouvons écrire, sans que ce soit
contradictoire, que l’usine a créé la ville.
Etudier le quartier du Pile, c’est aussi le comparer à d’autres quartiers roubaisiens,
comparer leurs spécificités, leur architecture. Le Pile comprend de nombreuses courées, mais aussi
énormément de petites maisons particulières, peu d’usines, et, par conséquent, peu de friches
industrielles; le Pile est un quartier résidentiel, dans le sens premier du terme. Il n’a pas subi les
mêmes contraintes, n’a pas évolué de la même manière.
Ces réflexions nous amèneront à étudier cet habitat si caractéristique que constituent
les courées, la situation du logement au milieu du 20e siècle, les premières réalisations effectuées
par de nouveaux bâtisseurs, notamment le C.I.L de Roubaix, et enfin les grandes réalisations qui
marqueront profondément le paysage roubaisien;.
Cette première partie touchera l’âme de Roubaix.
La seconde partie sera consacrée davantage à l’évolution d’un quartier, le Pile, au
travers de la transformation d’une ville lancée dans une succession de plan: le P.L.D.S, le D.S.U, les
contrats de ville-G.P.U, G.P.V. Nous allons nous pencher sur la naissance de la politique de la ville,
au plan national et local, analyser la mandature de Pierre PROUVOST, qui est à nos yeux, une
période charnière en matière de choix pour la ville et pour la mise en place de la démocratie
participative. Comment le Pile, interpellé dans le cadre de la politique de concertation insufflée par
la ville, va-t-il réagir à l’annonce de sa prochaine réhabilitation? Nous suivrons les processus qui
détermineront les mises en place, et l’action de François CHAVANEAU au sein du C.A.LP.A.C.T.
Ensuite nous évoquerons la figure emblématique d’André DILIGENT. Le nouveau
maire, élu en 1983, va se charger de mettre en application le plan de Développement Social des
6
Quartiers, mener des combats pour surmonter les handicaps de Roubaix et valoriser ses atouts. Au
travers d’écrits et de témoignages, nous nous attacherons à comprendre l’extraordinaire impact qu’a
eu André DILIGENT, et le secret de sa réussite au sein du microcosme roubaisien.
Mais le Pile interpellé va-t-il se mettre en mouvement ? Comment va-t-il traverser ces
années D.S.Q ? Nous évoquerons les difficultés rencontrées, les premières réalisations, la recherche
de solutions adaptées à la spécificité du quartier, et l’extraordinaire terreau que sera l’éclosion du
mouvement associatif et du militantisme social.
Nous assisterons à la montée en puissance d’un homme nouveau, René
VANDIERENDONCK. Dans le cadre de l’intercommunalité, avec ses nouvelles procédures, ses
nouvelles compétences, des moyens nouveaux, comment l’ancien adjoint d’André DILIGENT vat-il conduire son action, faire des choix pour Roubaix, trouver des solutions, définir un projet à
l’échelle du territoire? Réussira-t-il le grand virage de la modernité? Acteur conscient de la
complexité de sa fonction, sur le terrain depuis 20 ans, René VANDIERENDONCK sera notre
témoin privilégié.
Le Pile, qui restera toujours dans les procédures successives de la politique de la ville,
bénéficiera-t-il pleinement de la manne financière? Au milieu des années quatre-vingt-dix, devientil enfin prioritaire? A entendre de nombreux militants, clamant leur inquiétude devant le
dépérissement chronique du quartier, n’apparaît-il pas, au contraire, sacrifié sur l’autel des choix
politiques municipaux? Les lieux de décisions sont-ils à rechercher à l’échelle de
l’intercommunalité? Lors d’une interview, René VANDIERENDONCK répondra clairement à ces
interrogations. Nous tenterons pour notre part de répondre à cette question insidieuse: la politique
de la dentelle n’a-t-elle pas eu des effets pervers?
Nous consacrerons un dernier chapitre à des réflexions: sur la nouvelle image de la
ville, les paris municipaux, les difficultés de la fonction de maire. Depuis la seconde guerre
mondiale, quatre se sont succédé: Victor PROVO, Pierre PROUVOST, André DILIGENT, et René
VANDIERENDONCK. Chacun, selon le contexte dans lequel il a évolué, et au-delà des jugements
partisans, voire des rumeurs, n’a-t-il pas contribué à ajouter une pierre à l’édifice ?
Puis nous évoquerons les ombres qui planent sur la participation des habitants,
notamment sur le rôle des comités de quartier.
Et nous terminerons cet ouvrage par des observations sur ce que nous appelons les
malheurs du Pile: ce quartier n’a-t-il pas été une victime? Victime de son histoire, de la démarche
trop pédagogique des militants des mouvements associatifs des années quatre-vingts? Victime des
tâtonnements successifs de politiques qui n’ont jamais été à l’échelle des problèmes ?
Aujourd’hui, le Pile est toujours en devenir; mais dans le cadre du Grand projet Ville,
dans lequel il vient seulement d’entrer, ne devient-il pas un réel enjeu ? Avec cette fois des moyens
et de vraies réponses! Les raisons d’espérer existent, mais les raisons de craindre perdurent,
sournoises. Nous évoquerons le projet de la Condition Publique: va-t-il s’intégrer dans la vie du
Pile ? Ne sera-t-il qu’un lieu magique de la métropole ?
Des interrogations demeurent toujours.
Mais si l’avenir du Pile commençait aujourd’hui ? Enfin...
7
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Le Pile
Pile à cœur 1
Tournons la page…
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Le Pile à cœur : vous n’avez pas tout dit !
De nombreux "Pilés" se sont manifestés après la parution de ce travail de mémoire. Tant
de traditions ressurgies, de souvenirs réveillés, de personnages évoqués, les ont touchés. Peut-être
attendait-on ce type de publication….
"Mais vous n’avez pas tout dit ! Vous n’avez écrit que trois lignes sur le bombardement
du Pile, vous avez oublié de parler du docteur CAILLET, vous n’avez pas assez mis en valeur les
nombreuses figures des commerçants qui ont fait la renommée de la baïonnette… !"
Manifestement le livre était lu et suscitait à l’envi de nouveaux témoignages. Madame
BARISEAU-CARBON, madame SELOSSE, monsieur et madame LEVY avaient aussi des choses
à dire, des images plein les yeux, parfois aussi une blessure à exprimer. Un aréopage d’anciens
commerçants : mesdames et messieurs SIX, DESCOT-SIX, DERRYX, DERUYPER-COQUET,
VANDECANDELAERE, invités par monsieur et madame CLAEBOTS pour nous rencontrer lors
d’une soirée conviviale, nous livrèrent avec passion leurs souvenirs du Pile des années 60.
L’histoire locale peut constamment s’enrichir de ces tranches de vie. Nous ne pouvions
taire ces contributions. Au seuil de ce second ouvrage, laissons-nous emporter encore une fois par
les flots de l’émotion.
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Un évènement tragique
Le bombardement du Pile a laissé de profondes traces dans la mémoire de ceux qui ont
vécu ce moment il y a 60 ans.
C’était le dimanche 31 août 1941. Il était environ 14 heures 15, le ciel était clair, le soleil
brillait ; de nombreux "Pilés" prenaient l’air sur le pas de leur porte comme ils en avaient
l’habitude. Dans la cour CROMMELYNCK, rue Soult, on avait sorti les tables pour jouer aux
cartes. Tout était calme et paisible. " L’ambiance était à la détente, à la communion, avec un esprit
de fête", raconte Manou1 qui habitait 114 rue du Pile, dans le café-bourloire tenu par ses parents.
Au loin, un vrombissement. "Une douzaine
de bombardiers anglais, escortés par des chasseurs,
apparurent. Tandis que les sirènes d’alerte hurlaient
et que la DCA tonnait, les appareils tournoyèrent
autour de la ville en cercles de plus en plus étroits.
Les aviateurs cherchaient visiblement un objectif".
Soudain des bombes s’abattirent en sifflant.
"Ce fut la panique totale, écrit Gérard
VANDERLINDEN dans "les pots’burre".
Les explosions secouaient les maisons, tout
le quartier tremblait sur ses bases. Plus question de se
rendre aux abris pourtant tout proches".
Place Carnot, il existait des tranchées,
formant un véritable labyrinthe, auxquelles on
accédait par plusieurs entrées, et des caves voûtées
sous l’usine des 4 métiers, où l’on se rendait en cas
d’alerte. Mais, selon Manou, l’habitude n’était pas
encore prise.
Les bombes tombèrent suivant un axe Saint
Rédempteur, place du Pile. Madame BARISEAU
raconte :" Nous étions sur la place de l’église. A ce
moment-là, ma mère a dit : ils jettent des tracts. Et
nous sommes rentrés dans notre magasin épicerie
buvette. C’est à l’intérieur que mes parents ont été touchés. Ma mère a reçu un éclat dans les
jambes, elle a été hospitalisée pendant deux mois. Mon père, lui, est resté 16 mois à l’hôpital. On
ne croyait pas qu’il survivrait et on lui avait réservé une place au cimetière. C’est bien tout ce
qu’on a fait pour lui, ajoute-t-elle avec amertume. Il est resté 18 ans sans jamais pouvoir remarcher
normalement. Il y a eu 10 morts dans le secteur, dont la femme du sacristain et ses deux enfants.
C’était horrible à voir".
Gérard VANDERLINDEN explique ces chiffres
tragiques. "Plus de 40 bombes à ailettes meurtrières avaient
explosé dans ce périmètre restreint. Là, beaucoup de tués : on
s’était mis sous le porche de l’église pour regarder les avions".
Plusieurs bombes arrivèrent rue Desaix. Un engin fit
deux morts dans la brasserie installée rue Soult. Non loin, la cour
CROMMELYNCK, si paisible, eut à déplorer de nombreuses
victimes. Madame DELPLANQUE-BATTENS, âgée aujourd’hui
de 82 ans, habitait cette cour martyrisée. Elle et son père furent
blessés lors de la chute de leur maison coupée en deux par une
bombe. Gravement touché, monsieur BATTENS ne survécut pas.
Terrible comptabilité : il fut la 38ème victime.
Carmen HENNEBELLE, demeurait à l’époque cour
CREUPLAND. Elle se souvient d’une voisine qui s’était mariée
1
Manou, de son vrai nom Nelly MASQUELIER.
12
huit jours auparavant et qui habitait en face de l’école de la rue de Condé. La malheureuse reçut un
éclat et mourut le soir même.
Terrible bilan humain ! Le bombardement causa la mort de 38 "pilés" et fit 56 blessés.
Les funérailles des victimes eurent lieu en présence de monsieur CARLES, Préfet du Nord et du
Cardinal LIENART, évêque de Lille.
Tous les tués furent enterrés dans le
même carré au cimetière de Roubaix.
Selon le journal de Roubaix, on
releva plus tard 43 impacts de bombes.
Plusieurs projectiles n’éclatèrent pas, ils
pesaient 150 kilogrammes. On estime que 6
tonnes de fer et d’explosifs tombèrent sur le
quartier.
Une scène insolite peut parfois rester
gravée dans la mémoire. Manou raconte que,
dès la fin du bombardement, les gens hagards
sortaient de chez eux et se retrouvaient dans
d’épais nuages de poussière. "Et je vois encore
ma mère donner un verre de genièvre à tous
ceux qui passaient devant son café".
De nombreuses hypothèses ont été
échafaudées sur cette attaque anglaise. Le
quartier du Pile n’était pas un objectif militaire ;
les Anglais ne pouvaient s’en prendre à la petite
gare du Pile. Peut être voulaient-ils viser la gare
du Sapin Vert, à Wattrelos, ou les établissements KUHLMANN…
Le Journal de Roubaix, anglophobe, ne se
priva pas de dénoncer "l’inutile et criminelle
agression de l’aviation anglaise contre des civils
français".
Peu à peu, le Pile pansa ses blessures,
mais le traumatisme avait été profond. 60 ans après,
on n’a pas oublié.
Les quatre photographies sont extraites du "Journal de
Roubaix" en date des 1,2 et 3 septembre 1941
Nous avons pu obtenir un document inédit ; il s’agit d’un plan remis, à monsieur
BOHEE , par monsieur Georges DUBAR, frère de Joseph DUBAR, alias "Jean de Roubaix",
grand résistant, et fondateur avec Paul JOLY du réseau "Ali FRANCE".
Nous publions ce plan avec l’aimable autorisation de messieurs BOHEE et DUBAR qui
ont retrouvé ce document dans les papiers de Joseph DUBAR, décédé.
1
1
Agent du patrimoine au Musée des Arts et Traditions de Wattrelos
13
On peut remarquer l’échelle du plan,
anglaise.
14
"au 1/5375", qui correspond à une mesure
Le docteur Caillet
Il est sans conteste une figure du Pile. Personnage moins charismatique, dirions-nous
aujourd’hui, qu’un Mamadou ou qu’un Octave VANDEKERKHOVE, il était cependant connu de
tous. Silhouette au chapeau noir, on le voyait, parfois à pied, parfois en vélo, sillonnant le quartier
pour soigner les "Pilés" : c’était le docteur CAILLET.
Madame CHAPELLE-HERBAUT, qui habite 94 rue Marie Buisine, a connu le docteur
dès son arrivée au Pile, en 1931.
"Quand il a eu terminé ses études de médecine, son père l’a installé rue du Pile. Il
n’avait pas d’argent et faisait ses consultations à pied. La première fois qu’il est venu chez mes
parents, c’était pour soigner mon frère atteint d’une broncho-pneumonie: il a appliqué plusieurs
fois, lui-même, un cataplasme de farine de moutarde pour être sûr que ce soit bien fait. Je peux dire
qu’il a sauvé mon frère. Il avait voulu être chirurgien, mais je crois qu’il n’a pas réussi son
examen. En tout cas, il aimait bien le bistouri ! Je me souviens qu’il a soigné mon père pour un
anthrax au cou et je vous assure que son fameux bistouri a marché ! Je crois aussi qu’il n’aimait
pas envoyer les gens à l’hôpital".
"Mamadou est venu le voir un jour avec sa femme atteinte d’un cancer. Le docteur, à la
fin de la consultation, l‘a pris a part et lui a dit : Tu viens me voir trop tard. Son diagnostic était
sûr, il ne se trompait jamais. Il y avait toujours un monde fou dans son cabinet. Ça c’était un
docteur, je dirais même un super docteur "!
Manou l’a bien connu également, elle habitait près de chez lui. " C’était un docteur
formidable, disponible. La nuit, on le voyait arriver à vélo, son pardessus au-dessus de son pyjama,
son chapeau sur la tête et des bottines à boutons aux pieds. Il prenait son temps. Il n’était pas un
docteur "minute".
Pour madame SELOSSE-PREZ, qui demeurait 84 rue de Condé, dans ce lieu qu’on
appelait "la fin du monde", et pour Carmen HENNEBELLE, c’était un docteur très humain qui
suivait bien ses malades.
" Le docteur CAILLET était resté célibataire, il avait des habitudes de vieux garçon",
nous dit encore Manou.
Madame SELOSSE concède qu’il se souciait peu de son apparence : " Il ne dépensait
rien, son cabinet était plutôt triste. Il était parfois un peu bougon, ne me dérangez pas pour rien",
lui arrivait-il de dire.
Pour madame BARISEAU, c’était un ours mal léché, "braque" avec les gens. Opinion
contre laquelle s’élève madame CHAPELLE. Voulant peut être effacer cette image négative, elle
raconte que le médecin recevait assez souvent dans son cabinet une dame prénommée Suzanne,
propriétaire d’une grosse épicerie à Tourcoing et qui venait le voir pour obtenir des certificats
médicaux en faveur de soldats anglais qu’elle recueillait chez elle. Les risques étaient énormes, et
Suzanne fut d’ailleurs dénoncée par sa propre nièce…
Le docteur CAILLET quitta le Pile en 1970 mais l’on continua entre "pilés" à évoquer
son souvenir. Certains, de passage à Voiron où il s’était retiré, lui rendaient visite. Il paraît que
chacun y allait de sa petite larme …
Ainsi, les liens qui unissaient le docteur CAILLET aux habitants dépassaient le cadre
purement médical, un peu comme les relations que peut entretenir un médecin de campagne qui
connaît tout le monde et sait comment prendre ses patients. Sachant que l’hôpital leur faisait peur, il
évitait de les y envoyer, et satisfaisait probablement, quand il le pouvait, son amour pour la petite
chirurgie.
Peut être était-il bourru, sans doute avait-il des manies, mais on l’aimait bien, c’était "le
docteur".
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Les soeurs dominicaines
Les Dominicaines, dont le dispensaire était situé boulevard de Mulhouse, faisaient ellesaussi partie du paysage de cette époque. Donnant des soins à domicile, elles allaient dans toutes les
familles. Chaque sœur avait son secteur.
Pour madame DERUYPER-COQUET, elles ont exercé, pendant des dizaines d’années,
en plus de leur charge d’infirmière, un rôle d’assistante sociale en un temps où cette fonction
n’existait pas. Connaissant les petits secrets de familles, recueillant les confidences, elles donnaient
des conseils de tous ordres et intervenaient dans les situations difficiles. Leur autorité, souriante
mais ferme, était précieuse.
Evoquons enfin la figure de madame SALEMBIER, décédée il y a quelques années à
l’âge de 97 ans. Héritière de la brasserie du même nom, boulevard de Beaurepaire, elle fit don d’une
partie de ses parcs à la ville, afin d’y faire construire une maison d’accueil pour les mal lotis.
En-tête de facture de la brasserie DELCOURT-SALEMBIER installée boulevard de Beaurepaire
16
La baïonnette suite et fin
Venons-en au dernier volet de notre "flash-back" au Pile, en évoquant les commerces,
lieux d’écoute et de service. Comme l’a exprimé monsieur Gaston VANDECANDELAERE1 : " Ce
quartier avait une épaisseur qui marquait tout le monde. Ce qui en faisait la richesse, c’était la
diversité et la cohérence de cette société, où existaient un tissu de relations, un réseau de solidarité
et des commerces dynamiques. Le commerce de proximité est le premier lieu où naît un lien
social ".
Ces quelques lignes le soulignent : on tenait un magasin, mais on faisait bien plus, on
était disponible pour écouter, rendre service. Les clients devenaient des amis…
Dans la rue du Tilleul, on l’appelait la grande maison blanche et on y trouvait de tout.
Au début du siècle, Auguste DERRYX avait créé au 301 rue Jules Guesde, un magasin
qui pouvait déjà faire figure de supermarché. Pensez donc ! On y achetait des denrées alimentaires,
des meubles, des vêtements, des chaussures, des articles de chauffage, des machines à coudre, des
bicyclettes, des vélomoteurs… 2
Au risque d’établir un anachronisme, nous dirions aujourd’hui qu’Auguste DERRYX
avait un sens du marketing qui faisait merveille. N’ouvrait-il pas son magasin toute la semaine, sans
interruption, de 8 à 19 heures, et les dimanches et jours fériés, jusqu’à 13 heures ! Il accordait des
facilités de paiement aux clients et livrait partout gratuitement. La publicité, qu’il utilisait avec un
art consommé, servait ses concepts de vente.
Quand son fils Louis reprit le magasin, il abandonna peu à peu la vente des denrées
alimentaires, des meubles, vêtements et autres produits pour se spécialiser dans les cycles et les
motos.
On entrait volontiers au 301, mais pas toujours pour acheter
un vélo. Jour et nuit, en cas d’urgence, on venait y téléphoner. On
pouvait toujours compter sur lui pour emmener un malade à l’hôpital,
une voisine à la maternité : Peu de gens, à l’époque, possédaient une
voiture. On lui demandait de rédiger une lettre, de monter un dossier
administratif. Et l’on se rappelle qu’il organisait, chaque été, le petit tour
du Pile à vélo, avec ses fameuses courses à étapes et ses animations
radiophoniques.
"Louis DERRYX, un grand cœur, ouvert aux autres", a écrit
la journaliste. Il n’était pas le seul.
1
2
Le Pile à Cœur page 144
Nord Eclair article de Florence TRAULLE
17
Monsieur et madame COQUET ont eux aussi laissé le souvenir de commerçants
disponibles et attentifs. Inspirons-nous des témoignages de deux de leurs six enfants : Madame
DERUYPER-COQUET, que nous connaissons par ailleurs et monsieur l’abbé Jean COQUET qui
fut ordonné prêtre en 1974 en l’église Saint Rédempteur.
Leurs parents tenaient une pâtisserie 299 rue Jules
Guesde ; ils étaient voisins de Louis DERRYX. On venait de loin
chez COQUET pour acheter des boîtes de baptême et des dragées,
car la réputation de la maison avait dépassé les limites du quartier.
Le "flan maison" était une des spécialités de cette pâtisserie du Pile.
" Le 299, a écrit l’abbé COQUET, était un lieu d’écoute
au quotidien, car on achète plus fréquemment du pain qu’un vélo".
Certes, mais fallait-il encore rester disponible, avoir en soi cette
capacité d’accueil des soucis des autres. Les témoignages d’anciens
commerçants concordent : Monsieur COQUET était un social, un
homme dévoué, donnant de son temps pour aider les gens dans la peine. Le magasin comme lieu
social : n’est-ce pas une des composantes de l’âme du Pile ?
La boutique familiale en 1956
Monsieur et madame CLAEBOTS faisaient eux aussi partie de ces commerçants que
l’on devine accueillants. Disert et volubile, monsieur CLAEBOTS a ouvert pour nous la boîte à
souvenirs : " Mon grand-père avait fondé la boulangerie économique du Tilleul : c’était une sorte
de boulangerie coopérative. Mon père a repris les locaux vers 1920 et s’y est installé comme
marchand de beurre. C’était au 212 rue Jules Guesde (qui s’appelait alors rue du Tilleul). Très
dynamique, il était devenu président du Syndicat des Marchands de Beurre du Nord-Pas-de-Calais
et vice-président national.
Comme de nombreux commerçants, il faisait son possible pour rendre service. Il
conduisait souvent des enfants malades à Lille, que les parents soient clients ou non. La
camionnette CLAEBOTS servait beaucoup. Il me vient à l’esprit une anecdote. Durant la 2ème
guerre mondiale, les Allemands sont venus un jour réquisitionner cette fameuse camionnette
connue de tous les "pilés" pour aller chercher des résistants rue de Lille, je crois. Roulant
ostensiblement, un gendarme allemand sur le marchepied, le véhicule ne passait pas inaperçu. Vous
18
pensez bien que mon père n’a pas pris le chemin le plus court. Et bien sûr, les gars ont eu le temps
de se sauver".
Il est vrai qu’il en reste à écrire de ces petites histoires dans l’histoire, souvent
révélations d’un état d’esprit. Madame SELOSSE se souvient que le jour de la libération de
Roubaix, le 3 septembre 1944, beaucoup de "pilés" ont voulu confectionner un drapeau tricolore
avec des draps et un manche à balai. Ils se sont retrouvés à la droguerie BRUFFART, rue de Condé,
pour y acheter des boules de teinture rouges et bleues. Rarement, il y eut autant de monde en même
temps dans la boutique.
Pour monsieur CLAEBOTS, ce qui caractérisait alors les commerces du Pile, c’était leur
grande diversité. Les gens n’allaient pas acheter en dehors du Pile. " Nous, les commerçants, vivions
avec les "pilés". En ce qui me concerne, je vendais, il y a 25 ans, deux tonnes de beurre chaque
semaine et toute l’année. Je vendais "petit mais régulier" et j’avais une clientèle de marché.
Cela me rappelle encore une anecdote. J’avais, parmi mes clientes, une dame qui
s’appelait madame Gérard MULLIEZ, sœur de l’abbé MATHIAS. Un jour, elle vient me voir à mon
étalage et me dit : Monsieur CLAEBOTS, je vais vous quitter…
- Pourquoi, madame MULLIEZ, je ne vous sers pas bien… ?
- Non ce n’est pas ça, mais mon mari va ouvrir un magasin, avenue Motte…
C’était le premier AUCHAN ! "
Une grande lignée
Quatre générations de SIX ont laissé leur empreinte dans le quartier du Pile. Monsieur et
madame Jean SIX, qui ont pris leur retraite en 1988, ont évoqué pour nous, lors d’une rencontre
teintée d’émotion, l’histoire de la famille. La dominante, chez les SIX, c’est la couleur, ils sont
tombés dedans à leur naissance!
L’arrière grand-père, Jean Sylvain (1820-1888), se fait remarquer pendant ses 7 années
de service militaire, pour ses dons de décorateur, et il se perfectionne dans l’exécution du faux bois
et du marbre.
Le grand père, Adolphe (1868-1940), manifeste très vite le désir de devenir peintre,
comme son père. A 19 ans, avec ses économies, il s’achète du matériel et emménage 17 rue
d’Antoing. En 1891, il s’installe au 15 rue du Pile, dans une maison avec deux vitrines, et devient
"marchand de couleurs". En 1908, la famille acquiert un ancien cabaret inoccupé, au 14 rue du
Pile. Le commerce est en plein essor quand éclate la guerre 1914-1918.
Le père de Jean, Léon (1891-1990), quitte
l’école Saint-Louis à 13 ans et travaille avec ses parents,
tout en suivant des cours à l’école des Beaux-arts durant
quatre années. Chez les SIX, on a la fibre artistique et on
la cultive. En 1923, Léon prend la succession de la
droguerie. Avec un sens remarquable du commerce, il
achète, en 1930, une ancienne boulangerie au 12 rue du
Pile et agrandit la surface du magasin, des ateliers de
fabrication et des réserves. Homme de bon conseil,
excellent gestionnaire, Léon assoit la réputation de la
"maison SIX".(photographie ci-contre)
Son fils Jean, né en 1927, est tout
naturellement destiné à perpétuer la lignée des droguistes
"marchands de couleurs". "Je dis volontiers que je suis
né dans un pot de peinture. Après avoir suivi des études
commerciales, je suis rentré à l’école du savoir-faire de
mon père, car il fallait acquérir la connaissance et
l’utilisation des peintures, avec une bonne pratique, pour
pouvoir donner de bons conseils aux clients. A l’époque,
le Pile comptait énormément de peintres amateurs qui
entretenaient régulièrement leur maison. Mon père m’a
19
bien préparé à tenir un commerce et m’a fait comprendre la nécessité d’une bonne trésorerie.
J’ai pris sa succession en 1958. Je me souviens que c’était encore au moment où on
utilisait le blanc de zinc (le blanc de céruse, poison violent, était interdit) et des fûts d’huile de lin…
Le travail ne manquait pas : fabrication des peintures, mise à la teinte devant le client
pour assortir avec la tapisserie, gestion des stocks… Mon dada, c’était l’exposition des papiers
peints et je dois dire qu’on attendait nos étalages dans le quartier !
En 1970, nous avons modernisé le magasin et ajouté des rayons attractifs. C’est ainsi
qu’on a pu dire que le 12-14 rue du Pile était le CASTO de l’époque… !
Avec un métier aussi prenant, j’avais besoin d’un exutoire : ce fut la musique et je suis
entré au cercle symphonique Jean Macé-Pasteur. J’en suis devenu le président à la suite de
Prosper HOSTE".
Alors, oui, un peu d’amertume :
" Nous voyons la façade de notre
magasin se dégrader au fil des années".
Et beaucoup de tristesse :
"Comment les gens peuvent-ils
imaginer le travail de plusieurs générations
devant une vitrine à l’abandon ? En 1988, nous
n’avions pas laissé une ruine … ! "1
1
La grande droguerie SIX est tombée en ruine. Elle s’est effondrée en janvier 2004 et on a démoli l’ensemble des
magasins de front à rue : la droguerie, l’ébénisterie et la boulangerie. On trouvera, dans la seconde partie, page 183, une
photographie de la maison "SIX" prise en décembre 2003.
20
Le Pile
Pile à Cœur 2
Première partie :
Evolution de l’urbanisme
à Roubaix
21
22
L ' usine crée la ville.
En 1800, Roubaix ne compte que 8 000 habitants groupés autour de l'Eglise SaintMartin. C'est encore un bourg aux allures campagnardes.
Quelque cent ans plus tard, Roubaix atteint 124 000 habitants. L'expansion est
prodigieuse! La ville apparaît alors, avec sa voisine Tourcoing, comme la capitale mondiale de la
laine.
Par un rythme de croissance cinq fois supérieur à celui du pays, Roubaix multiplie sa
population par 16 en moins d'un siècle; on l'appelle la ville la plus américaine de France par
comparaison avec celles du Michigan aux U.S.A.!
L'essor commence avec l'introduction des mule-jennys par Eugène GRIMONPREZ
entre 1801 et 1806. Roubaix, toutefois, connaît déjà une certaine prospérité grâce à des artisans qui
se chargent de relancer la "fabrique de Roubaix", en y installant les premières filatures de coton.
Un manufacturier, Alexandre DECREME, connaît un grand succès grâce au nankin
roubaisien et obtient une médaille de bronze à l'exposition de 1802. Faite d'un tissu jaunâtre ou
roussâtre récolté dans le Kiang-Sou, cette étoffe d'aspect pourtant médiocre, se vend très bien.
Roubaix fournit 75 000 des 84 000 pièces de nankin, nankinet ou nankinettes produites dans le
Nord. Jean PIAT, à qui nous devons ces précisions, note que le nombre de fabricants passe de 15
en 1789 à 173 en 1804.1
Encore faut-il passer de l'artisanat à l'industrie… C'est chose faite avec les métiers
qu'Eugène GRIMONPREZ fait entrer clandestinement d'Angleterre. L'arrivée de la machine à
vapeur chez ce patron en 1820, puis chez Auguste MIMEREL en 1826 donne une extension
considérable à la production.
1
Jean PIAT : événements mémorables de Roubaix.
23
Comme l'écrivent O. MANGIN et C. LEMAIRE dans une bande dessinée consacrée à
Roubaix: " L'ère des hautes cheminées vient de s'ouvrir…!"
Près de 300 manufactures seront construites entre 1830 et 1850! 1
Les industriels investissent dans les affaires et font fructifier leur fortune. Il faut
reconnaître que les patrons manifestent une boulimie de travail impressionnante. Pierre PIERRARD
cite l'exemple d'Alfred MOTTE, qui "à 55 ans, se fait réveiller à 4 heures 30 par son barbier, afin
d'être en sabot de teinturerie, à 5 heures 30 devant l'usine pour assister à l'entrée des ouvriers, puis
s'assurer que tout le monde est à son poste."2
Il ajoute que tout Roubaix, avec sa devise "PROBITAS INDUSTRIA", tout Tourcoing
ne sont que travail d'un bout à l'autre de l'échelle sociale. Chez les patrons, le travail, c'est l'usine.
Au début de l'essor industriel, les "maîtres" vivent dans leur fabrique ou à proximité
immédiate: marche de l'usine et vie personnelle sont confondues. Dans la famille, on ne déroge pas
aux usages; il est mal vu de devenir fonctionnaire ou politicien. Les fils imitent leur père et leur
éducation les astreint à suivre tous les stades de la fabrication et à être en situation pratique comme
s'ils étaient ouvriers (trieur, teinturier, tisserand, bobineur et même apprenti au départ : le
"bacleux").
Et l'historien du Nord a cette formule savoureuse: "À leur tour, ils mettront une
cheminée d'usine dans la corbeille de noces de leur fille."
Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ, deux sociologues3 écrivent que, chez les
industriels, la reproduction du capital textile se fait essentiellement sur une base familiale; le
nombre d'enfants constitue le moyen de développer le capital: chaque fils crée une usine. Ils
ajoutent que "prévaut chez les patrons un idéal ascétique que soutient leur foi catholique: la
réussite de leur entreprise est conçue comme l'accomplissement d'une mission."
Pierre PIERRARD souligne de son côté que les femmes des débuts de l'industrialisation,
participent hardiment au travail avec leur mari; elles s'occupent de la distribution du travail des
ouvriers, surveillent la fabrication… "Elles ne sont pas sans rappeler les épouses des pionniers
américains de la marche vers l'ouest: femmes fortes et fécondes, fidèles mais dures à la besogne,
douées d'une étonnante faculté d'endurance, regardantes quant aux dépenses."
1
Roubaix depuis toujours – Collection histoire des villes
Pierre PIERRARD: La vie quotidienne dans le Nord de la France au XIXème.
3
Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ: Transformations économiques et évolution des rapports sociaux, restructuration
urbaine
2
24
L'historien s'attache également à montrer l'association de l'homme et de la femme qui
s'inscrit dans la raison sociale de la firme avec le double nom: BOUTRY-DROULERS, MOTTEDAZIN, DAZIN-MULLIEZ… En conclusion, il met l'accent sur ces généalogies entrecroisées et
inextricables de ce que la tradition a fini par appeler "les grandes familles du Nord".
Et de fait, une politique d'alliance matrimoniale dans le milieu, va former en une ou
deux générations une véritable caste, une nouvelle aristocratie.
Dès les années 1820, se pose la question sociale. Jean PIAT évoque le témoignage du
vicomte Alban de VILLENEUVE BARGEMONT, préfet du Nord en 1828, qui s'aperçoit de la
montée du paupérisme presque partout. Des médecins, des journalistes enquêtent sur l'état physique
et moral des ouvriers dans les manufactures de coton, de laine et de soie, et dénoncent "les dures
conditions faites aux ouvriers, l'exploitation de l'homme par l'homme qui spécule sur son semblable
comme un vil bétail, qui calcule froidement jusqu'à quelles limites on peut ajouter à sa tâche sans
qu'il tombe écrasé sous le poids, une traite des blancs comparable à l'infâme trafic des esclaves
africains."1
Mais Auguste MIMEREL, note l'historien, réagit à ces accusations. En 1834, il affirme
que les ouvriers connaissent l'aisance et le bonheur …!
" L'industrie a apporté à l'ouvrier les moyens de se nourrir, de se vêtir, de se loger, lui et
sa famille et il n'en résulte donc ni dénuement par souffrance physique ni altération de sa santé ou
de sa vie."
Il confirme ses propos en 1844:" A Roubaix, on ne connaît que le travail manufacturier:
il commence avec le jour et finit après que la nuit est venue; et le dimanche est un jour, non de
plaisir, mais de repos en famille. Ce jour paraît long quelquefois, mais il rend plus facile et plus
agréable les occupations de la semaine. Personne n'est oisif, l'oisiveté ne se supporterait pas. Dans
cette ville, il n'y a qu'une pensée: produire et vendre. Partout règne l'aisance, chez le maître, chez
l'ouvrier. La situation de celui-ci est la plus heureuse qu'on puisse imaginer: logement, vêtements,
nourriture, rien ne lui laisse place à de légitimes désirs."
1
Jean PIAT: événements mémorables de ROUBAIX
25
Les courées à Roubaix
Dans l'uniformité apparente de l'habitat roubaisien, il existe un type de logement qui a
beaucoup marqué la vie sociale des ouvriers: ce sont les courées. Jacques PROUVOST en a étudié
l'histoire pour comprendre l'empreinte qu'elles ont laissée dans le développement de la ville.
Madame veuve Jacques PROUVOST nous a aimablement autorisés à utiliser le travail
remarquable de son mari. Nous lui en sommes redevables et lui exprimons ici toute notre
reconnaissance.
Les courées constituent une forme d'habitat typique de la région LILLE-ROUBAIXTOURCOING, un phénomène presque unique.
Citons Geneviève PINCHEMEL1: " Ce mode d'habitat, à l'intérieur des îlots urbains,
est très répandu et a pris des formes très variées suivant les villes, les quartiers. Mais nulle part, ce
phénomène ne constitue par son originalité, son importance, sa valeur historique et sociale, un type
d'habitat comparable à ce que représente pour Lille l'ensemble des cours et courettes de la ville, et
pour Roubaix et Tourcoing, celui des courées." Oui, les courées roubaisiennes racontent, pierre par
pierre, toute l'histoire humaine de la cité depuis la révolution industrielle. L'usine crée la ville.
Car la petite bourgade qui vivait de l'activité de quelques tisserands est devenue la
métropole de la laine. En 60 ans, de 1841 à 1900, la population passe de 24 000 à 124 000
habitants! Ville qui a grandi trop vite, suralimentée par la prolifération anarchique des usines et des
courées, Roubaix porte encore "les stigmates de cette maladie de croissance."2
Le saviez-vous?
Avant 1789, déjà des courées!
Suivons Jacques PROUVOST qui a retrouvé dans des textes d'avant la Révolution,
l'existence de ce mode d'habitat.
Le chasserel de Roubaix, année 1745, cite au folio 214, un nommé Philippe
DASSONVILLE comme "propriétaire d'une choque et courées de maisons." Puis daté du 8 avril
1748:" François Ignace DASSONVILLE, fils de Philippe…, vend au sieur François LEPERS,
demeurant à Roubaix, toute une choque de dix maisons en forme de courées située au bourg de
Roubaix." Un second parchemin fait état d'un "acte de vente par Charles DELBECQUE, demeurant
à Roubaix, à Simon FATTRES demeurant à Luignes, de trois maisons situées au bourg de Roubaix,
en la courée des 3 bouteilles, le 15 novembre 1765."
Nous reproduisons un autre document de la Société d'Emulation de Roubaix, daté du 9
thermidor de l'an I (d'après le calendrier révolutionnaire); un certain Hubert Léon MORTIER,
négociant à Paris, traverse la Flandre et envoie ses impressions de voyage dans une lettre adressée à
son cousin en 1789.
M e voici parvenu dans cette région des
Flandres qu'on m'avait décrite comme
prospère, et où je devais rencontrer moultes
personnes honnêtes avec qui établir un négoce.
Les habitants ici vivent en effet en partie du
textile, en partie de l'agriculture.
1
Geneviève PINCHEMEL : Géographe, universitaire à Paris, auteur de nombreuses publications concernant les
territoires.
2
Claude VINCENT: Nord Eclair octobre 1969
26
J'ai donc fait étape hier à Roubaix, un gros bourg de 8 000 habitants qui doit sa renommée au seigneur
Pierre de Roubaix qui en son temps de règne a fait moults ouvrages pour agrandir et embellir sa cité. Cette ville se
compose de deux parties bien distinctes: l'une qu'on nomme Roubaix bourg et l'autre Roubaix campagne. Dans la grandrue de Roubaix, on peut voir les tisserands pousser des brouettes sur lesquelles reposent leurs pièces de tissus, enroulées
sur des longues barres de bois.
Ils vont les porter chez des négociants qui leur fournissent le fil, la laine ou la soie, et leur payent les pièces
finies. Le développement du textile dans cette cité est lié en partie à la présence d'un cours d'eau dénommé le Trichon, qui
parcourt toute la ville et que les habitants utilisent pour leurs teintures et le lavage de la laine. On remarque ici aussi, cher
cousin, un mode d'habitation fort singulier et typique du pays. Les indigènes l'appellent courée. Ce sont les cabaretiers
ou les artisans qui possèdent une maison le long des rues qui en sont les inventeurs.
Derrière ces maisons, ils ont fait construire sur leurs lopins de terre des demeures assez grossières qu'ils
louent à des journaliers ou des compagnons. Pour accéder à ces logements construits autour d'une cour commune (d'où leur
nom), on doit passer par des sortes de couloirs aménagés entre deux maisons en front à rue. C'est ainsi que les cabaretiers
d'ici, qui sont fort nombreux complètent leurs revenus.
Document saisissant, qui révèle chez ce marchand un don d'observation et un esprit
d'analyse peu communs…
Voici une dernière source historique, retrouvée aux archives municipales et évoquée
dans le journal Nord Eclair du 28 janvier 1962.
L'ancêtre des courées: La citadelle
La récente démolition de la Maison de la Famille rue du Curé, ancien immeuble DESCLEE,
compagnie du gaz, a mis à découvert l'orifice d'un puits important dont la présence à cet
endroit, a intrigué un certain nombre de Roubaisiens. Monsieur Gaston MOTTE, l'annaliste
roubaisien bien connu, s'est penché sur la question et semble avoir résolu le problème en
feuilletant l'ouvrage de Monsieur LEURIDAN sur les rues de Roubaix. Il a retrouvé, à la
rubrique "rue du Curé", l'indication de la présence autrefois à cet endroit d'un quartier clos
appelé "citadelle"; Monsieur LEURIDAN n'en donne ni l'origine, ni la signification. En
comparant avec un recensement de l'an 11 (1804), on trouve à la rubrique "citadelle",
l'existence de 13 foyers rassemblant 56 personnes. Tout confirme donc à cet endroit, l'existence
d'une petite cité, peut être ancêtre de nos courées, dont le puits retrouvé constitue le seul
vestige.
27
Etudions à présent les caractéristiques de la courée.
C'est un ensemble de petites maisons de briques brutes, accolées les unes aux autres, se
faisant face. Entre les deux rangées se trouve la cour proprement dite; au fond de cet espace clos,
dans lequel on entre par un long couloir sombre, une baraque abritant les W.C. collectifs et un
robinet d'eau potable (parfois encore en 1970, une pompe).
Photographie de Roger DELBECQ (Roubaix)
1
Devant chaque maison, sous une fenêtre, le "cotche", c'est-à-dire le bac à charbon, et,
accrochée au mur, la bassine à lessive.
L'habitation en courée ne possède que 2 pièces; on entre directement dans l'unique pièce
de 10 m2 du rez-de-chaussée qui sert à la fois de cuisine, de salle à manger, de cabinet de toilette et
se transforme parfois en chambre d'enfants la nuit.
Un escalier très raide y part pour aboutir à la chambre à coucher, souvent très basse de
plafond.
Maxence VAN DER MEERSCH a dépeint le Roubaix économique et social dans ses
ouvrages. Laure DROUVIN, héroïne de "Quand les sirènes se taisent", demeure dans une courée,
rue des Longues-Haies. "Deux rangées de maisons basses se faisant face, six de chaque côté.
Peintes à la chaux avec des soubassements vernis au goudron, elles eussent paru uniformes,
identiquement sales, vétustes et branlantes aux yeux d'un étranger. Des fils de fer, au réseau dense,
formaient à travers toute la courée, à deux mètres du sol, comme une nappe serrée. "
Si la ville de Roubaix, dans les rapports sur l'administration présentés par le Maire au
conseil municipal, regroupe en une seule liste 2 les différents termes employés pour caractériser cet
habitat ouvrier roubaisien (courées, forts, impasses, cités), il nous apparaît néanmoins intéressant de
préciser chaque mot, ce à quoi s'attache Jacques PROUVOST.
1
Extraite du périodique d’information municipale : La lutte contre les taudis et la rénovation de la cité. Septembre
1970. Archives de Roubaix
2
Voir tableau ci-après
28
Date
1851
1856
1861
1866
1869
1896
Nombre
De cours,
courées,
forts, impasses
cités.
33
81
156
119
381
690
1901
997
1906
1 270
1911
1912
1 524
1936
1938
1 133
Source : dénombrement à Roubaix et rapports du maire.
Les cours désignent des ensembles de constructions qui peuvent réunir de 20 à
60 maisons, par exemple:
La Cour THERIN-CARRETTE
27 maisons
La Cour DESROUSSEAUX
57 maisons
La Cour LOUIS FRERES
60 maisons
Un grand nombre de cours ont peu de maisons. Il a été répertorié 115 cours ayant 2
maisons, 114 en ayant 4. A travers Roubaix, on a dénombré 716 petites cours que l'on a désignées à
l'usage par le diminutif, courées. À Lille, on parle davantage de courettes.
Avant d'en venir aux forts, évoquons tout d'abord les vestiges de l'urbanisme d'autrefois
que sont les maisons des journaliers, à basse toiture, ou les maisons de tisserands avec leurs 3
fenêtres caractéristiques donnant sur une pièce où se trouvait "l'otil" (le métier à tisser). On suivait
la tradition rurale de la maison unifamiliale, les gens de la campagne travaillaient encore chez eux
et cela correspondait au mode de production antérieur: les tisserands amenaient leur travail chez les
manufacturiers avec une brouette.
Maisons de
journaliers dites "à
basse toture"
29
Les forts vont constituer un exemple des premiers logements réalisés dans la
première partie du XIXème siècle par les patrons pour y loger les ouvriers à
domicile. On veut rapprocher l'ouvrier de son lieu de travail. Parmi les plus
célèbres, citons les forts MULLIEZ, DESPREZ, SIOEN, FRASEZ, WATTEL …
Le plan cadastral de 1826 montre précisément l'existence de plusieurs forts situés dans la
campagne assez loin du centre, comme le fort WACRENIER et le fort SAINT-JOSEPH. Selon
Jacques PROUVOST, l'appellation de fort serait venue à la suite des campagnes de Napoléon, le
souvenir des mots militaires étant resté vivace.
Le Fort Saint Joseph
Le Fort Bayart
L'extrait d'une lettre adressée au Maire en 1833 par la veuve WATTEL donne une idée
précise de ce qu'est un fort: " Je viens vous demander de bien vouloir m'autoriser de faire
construire 10 maisons en double sur ma propriété sise au Fontenoy. Ces 10 maisons formeront 20
habitations d'ouvriers, 10 feront face au nord et 10 au midi, ce qui formera le carré du fort
Fontenoy."
Le fort FRASEZ, le plus connu, représente l'archétype de ces constructions du temps
passé. "François FRASEZ était un filateur, tisseur qui fit fructifier le capital que son père, fripier à
Lille, avait amassé en revendant les surplus de l'armée saxonne d'occupation (1815-1818)", nous
apprend Jean PIAT.
Aujourd'hui encore, la rue du Fort FRASEZ perpétue à la fois un nom et le souvenir des
luttes urbaines de l'Alma-Gare.
Théodore LEURIDAN, dans son histoire de Roubaix, tome 5, cite un rapport du jury de
l'exposition de 1839 concernant ce "fabricant fort intelligent".
30
"Nous croyons devoir signaler une heureuse idée que ce fabricant met en ce moment en
pratique. Sur une propriété qu'il a achetée, il fait construire cent petites maisons pour ses ouvriers.
Chaque maison aura 4 chambres et pourra contenir 4 métiers à la Jacquard. Il procurera ainsi à
peu de frais, à l'ouvrier, un logement confortable, une économie de temps, l'avantage de travailler
en commun avec sa famille, d'en utiliser tous les bras en évitant, pour elle et pour lui, les dangers
moraux de l'usine. Les mœurs ne pourront qu'y gagner en même temps que la somme de travail
s'augmentant, le prix de chaque façon pourra diminuer. Ainsi se trouvera atteint le but si désirable
de concilier les intérêts du fabricant et celui de l'ouvrier ".
Et monsieur FRASEZ obtint la médaille d'argent.
Le jury se serait-il abusé? Jacques PROUVOST, pleinement dans son rôle d'historien,
cite au dossier une étude de Léon MACHU, parue dans la Revue du Nord en mars 1956. " En
janvier 1846, il y a de gros mécontentements parmi les ouvriers. Il semble que soit en cause la
personne d'un patron. Un certain FRASEZ veut réduire le prix de façon des tisserands de 20
centimes, à 17 francs 50 le mètre ". Le Maire SALEMBIER BULTEAU parle du personnage
comme "d'un honnête et grand industriel sur lequel on cherche à répandre des bruits malveillants."
Mais le lieutenant de gendarmerie est moins favorable: "Ce patron est celui qui commence le
premier à diminuer le salaire des ouvriers. Quoi qu'il en soit, ce patron a un bon moyen de pression
sur ses salariés. Il les loge dans 300 maisons qu'il possède et chaque fois qu'ils lui reportent de
l'ouvrage, il leur retient le montant de la location échue! "
Monsieur FRASEZ était un fabricant mais surtout un propriétaire…
Le Fort SIOEN, dans la rue de la Perche, en 1926 : monsieur SIOEN était un officier de santé
qui a fait construire des maisons en 1834 sur les terrains de monsieur BRIET, cultivateur.
Les cités, quant à elles, désignent le plus souvent des cours toutes bâties par le
même propriétaire.
Les impasses sont des maisons en rangées, bâties le long d'une ruelle non pavée,
en cul-de-sac. Certaines sont devenues des rues après percement du fond.
Mais pourquoi a-t-on prolongé le mode de construction des courées, plutôt que tel autre
(rangées, corons, immeubles...)?
31
Jacques PROUVOST y voit la conjonction de trois facteurs essentiels.
•
•
•
Une progression démographique très rapide
Les conditions de travail dans l'industrie
Le désir chez certains de gagner un bel intérêt avec un maigre capital
La progression immense du peuple des travailleurs est sans aucun doute l'élément
déterminant de cette évolution.
Très vite la nécessité de main-d'oeuvre se fait sentir, et Roubaix accueille des bras
venus des campagnes environnantes ou des départements voisins, attirés par le développement
industriel de la ville. Mais les besoins sont tels que le peuplement local est constamment insuffisant
et que l'on va "s'abreuver à une source proche, l'inépuisable réservoir d'hommes de la Flandre
belge."1
Les cahiers de Roubaix sur l'intégration belge à Roubaix (Michel DAVID, Alain
GUILLEMIN et Philippe WARET) fournissent de précieux renseignements sur ce phénomène
atypique dans l'espace français, qui fera de Roubaix la 4ème ville belge après Anvers, Bruxelles et
Gand!
Jacques DUQUENNE, auteur de "Maria VAN DAMME" et d'autres romans à succès,
se plaît d'ailleurs à constater que tous, nous pouvons trouver parmi nos aïeux un Belge ou une
Belge.
L'arrivée de ces étrangers s'est faite en trois vagues successives:
De 1815 à 1850, des ouvriers qualifiés, souvent gantois, apportent leur savoir-faire au
processus industriel roubaisien; mais la grande masse de ce flux migratoire est constituée de
travailleurs à domicile venus des campagnes flamandes ruinées par le marasme de l'industrie linière.
En 1818, 14 % des ouvriers du textile sont originaires de Belgique. En 1838, ils sont 38 %.
De 1850 à 1880, se produit une seconde période migratoire qui correspond au "boom" de
la révolution industrielle. Roubaix fonctionne comme une véritable pompe à main d'œuvre et en
1872 devient une ville majoritairement belge. Pendant près de 15 ans, les étrangers seront plus
nombreux que les Français.
En 1881, les Belges représentent 55,4 % de la population. C'est seulement en 1891 que
Roubaix retrouve une majorité de population française, par suite d'un certain retour au pays, mais
surtout grâce à la naturalisation massive des ouvriers d'origine flamande qui profitent de la loi sur la
nationalité votée en 1889.
L’exemple de ce
placard municipal affiché en
deux langues montre à quel
point Roubaix était devenue
une ville belge.
On est loin des
petits
panonceaux
"Man
spreek vlaams" apposés dans
des estaminets ou chez
certains commerçants.
1
Histoire d'une métropole : éditions Privat
32
A partir de 1880, nous entrons dans une troisième période migratoire durant laquelle
l'essor de la solidarité franco-belge dans la classe ouvrière va émerger. Ceci nous amène à évoquer
les difficultés de l'intégration des Belges, car, contrairement à une idée assez répandue, écrivent les
auteurs de l'étude, les poussées xénophobes ont été nombreuses (on s'inquiète dans la presse de
"l'impossible assimilation entre races différentes") et émaillées de violences: "on joue souvent du
couteau, l'intégration belge a fait des morts", explique Alain GUILLEMIN
Un rapport sur l'année 1872 montre une ségrégation importante entre Français et Belges.
Dans certaines rues, on n'entend que le flamand. Dans la rue des Longues-Haies, 75 % des habitants
sont belges. Des personnes passant dans cette artère se font insulter ou reçoivent des immondices
sur la tête.
Le sentiment anti-belge explose notamment dans cette fameuse chanson "Les Pots-auburre, la peste à Roubaix ". Le "Pot-au-burre" est le Belge, le Flamand qui arrive en France le
lundi avec un pot de beurre ou de saindoux et des produits de Belgique pour passer sa semaine sans
rien acheter.
Extrait
À Roubaix, c'qui domine
Et j'vous l'jure mes amis,
Qu'chet pu traite que'l'vermine
Qu'cha ronge pu les ouvris
Chet tous ces pots-au-burre
Qui vintent de tout pays
Ouvrer, cha j'vous l'assure
Toudis à moité prix
J'n'aime pos les pots-au-burre
Tout l'monte comprindra cha
Chest la peste et j'vous l'jure
A Roubaix, y n'qu'cha
( bis)
La loi de 1889 va favoriser la "francisation" des Belges et la généralisation de l'école
publique, laïque et obligatoire va accélérer le mouvement.
Se manifeste alors chez beaucoup, la volonté de tourner la page, la volonté d'être
Français. Alain GUILLEMIN cite Louis RICHARD, un Brugeois qui a créé vers 1884, 43-45 rue
Pierre de Roubaix, un théâtre: le théâtre Boboche. Le marionnettiste semble avoir mis un point
d'honneur à faire disparaître jusqu'à la dernière trace d'accent flamand!
Toutefois, ne généralisons pas cette "fureur francophone"! Bernard GRELLE,
conservateur de la médiathèque de Roubaix, cite un journal édité dans leur langue pour les
travailleurs socialistes flamands, et une presse catholique que l'on venait consulter à la bibliothèque
du cercle Saint-Joseph à Roubaix.
33
Ainsi, les flux migratoires successifs provoquent une demande explosive de logements.
Un tableau relatif au dénombrement des courées à Roubaix, cité par Jacques PROUVOST montre
bien le parallélisme entre les vagues successives évoquées ci-dessus et l'augmentation des
constructions.
Les chiffres en sont éloquents.
Date
Maisons
Ménages
Population
1851
6 202
7 157
34 456
Nombre
De cours,
courées,
forts,
impasses
cités.
33
1856
7 293
11 825
39 180
81
1861
8 794
9 879
49 274
156
1866
11 838
13 512
64 706
119
1869
381
1896
24 829
36 879
124 661
690
1901
26 476
35 173
124 365
997
1906
27 242
36 773
121 017
1 270
1911
29 217
36 966
122 723
1912
1936
1938
33 998
39 917
Maisons
%
Ménages
%
Population
%
900
14,51%
1 774
24,33%
3 216
36,57%
3 008
25,40%
5 230
1 43
14,57%
1 990
16,82
3 534
35,77%
3 431
25,39%
4 938
14,33%
9 259
23,63%
16 109
32,69%
16 155
24,96%
26 100
1 524
13 820
47,30%
1 133
10 351
30 ,45%
107 105
En 10 ans, de 1896 à 1906, 590 courées nouvelles sont bâties. On est passé de 33 en
1851 à 1524 en 1912, année où le chiffre est le plus élevé. Triste record!
Quelle en est la répartition?
En 1925, sur un total des 1295 courées, on compte par paroisses:
• Sainte-Elisabeth
235
• Sacré-Cœur
195
• Saint-Rédempteur
168
• Saint-Joseph
146
• Saint-Martin
128
• Notre Dame
116
• Saint-Sépulcre
94
• Saint-François
94
• Saint-Antoine
59
• Saint-Jean Baptiste
36
• Saint-Vincent de Paul
18
• Saint-Michel
6
On peut relever que pour le secteur Pile-Sainte-Elisabeth, on compte 403 courées soit le
tiers du total.
34
Signalons qu'à l'époque, les quartiers se superposent en général aux paroisses; toutefois,
on peut dire qu'il y a des courées dans tous les quartiers autour du centre. Echappent à cette règle,
les quartiers sud, qui ne se sont urbanisés qu'après la 1ère guerre mondiale. Signalons que la dernière
cour construite à Roubaix (la cité DURETETE Frères, rue de Leers) fut bâtie en 1934.
Ainsi, l'image de la courée est profondément enracinée dans le paysage et l'esprit
roubaisiens. C'est une des constituantes essentielles du folklore populaire, disions-nous plus haut.
Après avoir étudié l'influence déterminante de l'explosion démographique dans le
développement des courées au XIXème siècle, voyons à présent les deux autres paramètres essentiels
que sont d'une part les conditions de travail dans l'industrie et d'autre part le désir de gagner de
l'argent en investissant peu.
Reprenons l'enquête de Jacques PROUVOST: "Jusqu'en 1848, la journée de travail était
de 15 heures. Elle fut ensuite réduite à 12 heures avec un arrêt d'une heure et demie le midi. Pour
éviter de prendre un repas au cabaret, de faire une longue route à pied qui aurait ajouté une
fatigue supplémentaire à celle du travail, et pour mieux entendre le son de la cloche de l'usine1 ,
l'ouvrier recherchait un logement proche de son lieu de travail."
N'oublions pas que les tramways à chevaux ne firent leur apparition qu'en 1882 et les
tramways électriques qu’en 1894. La bicyclette ne devient un moyen de locomotion bon marché
répandu dans le monde ouvrier qu'au début du XX ème siècle.
La réponse à ce besoin de logement est apportée par les milieux de la moyenne
bourgeoisie du XIXème siècle. Des artisans, des cultivateurs, des négociants, des rentiers, des
commerçants qui possèdent un peu d'argent et qui recherchent un placement sûr, d'un rapport
régulier et sans risque, s'empressent de faire l'acquisition de terrains laissés vacants autour des
usines en construction et y font bâtir des logements.
On s'explique alors l'extraordinaire enchevêtrement des courées et des bâtiments
industriels dans certains quartiers de Roubaix, comme le montre une photo aérienne de la rue des
Longues-Haies en 1953. Les courées communiquent souvent entre elles et forment un véritable
dédale dont ont profité, notamment au Pile, les fraudeurs poursuivis par les douaniers.
Maxence VAN DER MEERSCH a décrit
ce quartier de manière poignante :"Quels
étonnants architectes, avares d'air et de
terrain, prodigues de la santé des
hommes, ont bien pu édifier ces
termitières, ces labyrinthes qui se greffent
sur la rue de Longues-Haies, ramifiés,
incohérents, percés de passages en
coupe-gorge et de longues trouées. " 2
Au centre de l'image, on peut
repérer le triangle formé par
la rue de Lannoy, la rue de
Planche Trouée et la rue des
Longues-Haies .
Photographie Archives
municipales de Roubaix
1
2
L'ouvrier s'exposait à des amendes en cas de retard
Quand les sirènes se taisent: Maxence VAN DER MEERSCH
35
Ce mode d'habitat a aussi inspiré Victor HUGO, lors d'un voyage dans le Nord en 1851,
dans le quartier Saint Sauveur de Lille.1
"Un jour, je descendis dans les caves de Lille,
Je vis un morne enfer;
Des fantômes sont-là, sous terre, dans des chambres,
Blêmes, courbés, broyés,
Le rachis tord leurs membres
Dans son poignet de fer.
Caves de Lille, on meurt
Sous vos plafonds de pierre."
Pourtant la ville ne s'est pas développée de manière anarchique. Notre historiographe a
retrouvé des plans fixant les axes et les rues nouvelles mis en oeuvre en 1819, 1835, 1864, mais ils
ne concernent que les voiries communales, les autres terrains pouvant être bâtis à la guise de
l'investisseur: il ne fallait pas d'autorisation pour construire en dehors de la voie publique.
L’émergence des grandes voies de circulation roubaisienne peut être illustrée en
reprenant les idées d’un homme politique important mais pourtant méconnu, Emile MOREAU.
Philippe WARET2, que nous avons interrogé, affirme: " Oui, il y eut des tentatives pour
ouvrir la ville et la dédensifier. En 1870, les Républicains se sont posés des questions sur
l’urbanisme, notamment grâce aux idées d’Emile MOREAU".
Thierry DELATTRE3, sollicité à son tour, nous apprend qu’il a commencé des
recherches sur les projets urbanistiques de ce personnage, passé à la trappe de l’Histoire. Toujours
heureux de l’intérêt que nous portons à ses travaux, il nous a aimablement autorisés à en utiliser les
prémices.
Un homme politique oublié.4
Né à Dannemarie en Montois en 1837, Emile
MOREAU devient ingénieur civil, conducteur des Ponts et
Chaussée. Directeur des voiries navigables de la Seine, il
arrive à Roubaix en 1866 pour creuser la dérive nord du
canal. En homme de terrain, il assure la direction du service
des travaux de la ville de Roubaix, construit les Magasins
Généraux, s’occupe d’adduction d’eau potable dans les
grandes villes…
Conseiller Général, Conseiller Municipal,
Député, acquis aux idées du mouvement ouvrier, il mène
une activité républicaine dévorante et s’oppose au patronat.
En 1870, il lance un journal : L’idée républicaine.
Il est aussi adepte des idées du Baron
HAUSMANN et il est convaincu que Roubaix doit
développer une politique hygiéniste et subir des transformations. Il conçoit des plans d’urbanisme
extraordinaires.
Un de ses projets consiste à faire de la Grand Place une véritable Place de l’Etoile. Puis il élabore
une politique de percement de grands boulevards dont un devait relier Roubaix à Tournai.
Le principe d’ouvrir la ville semble avoir été retenu, la prolongation du parc Barbieux jusqu’au
pont Nyckès a été envisagée, une fois le canal du centre comblé, pour créer une grande artère verte.
Mais aucun des projets d’Emile MOREAU ne se réalise : les coûts financiers ont probablement
pesé dans la balance, mais nous dit monsieur DELATTRE, c’est davantage l’opposition politique et patronale
qui les a fait capoter. D’une part, Emile MOREAU ne s’entend pas avec Constantin DESCAT, le maire de
l’époque et d’autre part, il faut savoir que le centre de Roubaix était quasiment la propriété du patronat et que
les travaux auraient porté atteinte à son intégrité foncière.
1
Source: Revue du Nord
Philippe WARET : Historien roubaisien, il fut président de la Société d’Emulation.
3
Thierry DELATTRE : Conservateur aux Archives Municipales de Roubaix
4
Photographie d’un document aimablement prêté par monsieur Thierry DELATTRE.
2
36
Philippe WARET résume ainsi la situation : " A l’époque, aucun plan d’urbanisme ne
peut se réaliser ; il est impossible de toucher au sol du secteur Grand Place sans marcher sur les
pieds de MOTTE".
Finalement, les seules tentatives d’urbanisme sont liées à des événements comme le
comblement du canal qui apporte au centre de la ville un boulevard. Les grandes artères et les
pénétrantes viendront de là.
Il faut ajouter qu’en 1882, Alfred MOTTE possède pratiquement les rives droite et
gauche du Sartel. Il bâtit deux usines, rue Molière, et fait en sorte que l’on trace le boulevard de
Beaurepaire, en souhaitant que la gare du Pile soit au bout de cette artère. La connexion entre le Pile
et le centre de Roubaix devient effective et on peut construire l’usine MOTTE-BLANCHOT en
1876, la brasserie DAZIN-MOTTE, la Condition Publique …
Il s’agit avant tout d’un projet industriel et non d’urbanisme.
De même, en 1889, un boulevard de 30 mètres de large était créé : l’avenue Gustave
DELORY. Cette artère fut prolongée par un boulevard industriel, avec voie de raccordement au
chemin de fer, le long duquel, s’élevait l’usine MOTTE-BOSSUT, aujourd’hui les magasins
"L’usine". En ce qui concerne les fiefs patronaux, ajoutons que le territoire de cette entreprise
s’étendait de la rue Jean Jacques ROUSSEAU à la rue Léon MARLOT et qu’elle était entourée par
des jardins ouvriers, et ce jusque dans les années 1970.
Quant aux autres terrains, ceux qui ne faisaient pas partie des voiries communales, ils
pouvaient être bâtis à la guise du propriétaire.
Jacques PROUVOST cite une réponse, en date du 2 août 1834, du maire Auguste
MIMEREL à la demande du sieur LAMBLIN-DELPLANQUE, propriétaire, disposé à faire
construire sur un terrain lui appartenant
"Le maire de Roubaix, vu l'avis…. ainsi que l'article 74 du règlement communal qui
n'est applicable qu'aux bâtiments faisant face à la voie publique, considérant que le bâtiment dont il
s'agit n'est point dans une telle situation puisqu'il se trouve sur une voie particulière pratiquée par
un propriétaire à travers champs, déclare autoriser le sieur LAMBLIN-DELPLANQUE à bâtir
selon l'alignement tracé sur sa propre demande et sans être astreint à donner aux murs de face 32
centimètres ou brique et demie d'épaisseur."
Didier CORNUEL1 explique de son côté que "le mode d'organisation des courées obéit
à un ordre: celui de l'usine. Temps de transport supprimé, arrivée moins dépendante de facteurs
aléatoires comme les intempéries, les travaux des champs. Finalement, les petites maisons
ouvrières se rassemblent autour de l'usine, telles les maisons des serfs autour du château-fort,
auquel l'architecture industrielle a d'ailleurs emprunté certains traits." (Exemple: les usineschâteaux MOTTE-BOSSUT)
Pour sa part, Claude VINCENT, avance" une équation de rentabilité ".2
Comment construire le plus de logements possible sur le plus petit espace possible, à un
prix aussi bas que possible?
Le terrain front à rue coûte cher, alors on achète quelques mètres seulement et une
longue bande perpendiculaire. Pour gagner de la place, le couloir d'accès à la cour est réduit à une
sorte de boyau étroit et obscur percé dans la façade. On passe quelquefois à travers la maison du
propriétaire!
Les brasseurs se montrent souvent actifs en ce domaine. Un cabaret commande l'entrée
de la cour, on peut ainsi taxer 2 fois les habitants, une première fois comme locataires et une
seconde comme consommateurs! Des chiffres ont été publiés: en 1890, il y avait à Roubaix, 2 636
débits de boissons, soit 1 pour 44 habitants!
On a attribué au patronat de l'industrie textile, l'initiative de la construction des courées.
En fait, à quelques exceptions près, notamment celle de François FRASEZ dont nous avons parlé,
les industriels préféraient investir leurs capitaux dans la construction d'usines ou dans l'achat de
matières premières.
1
2
Didier CORNUEL: Le mirage urbain
Nord Eclair du 15 octobre 2002.
37
La majorité des propriétaires ont été amenés à apposer leur nom à l'entrée de la courée.
À travers les sources d'informations disponibles aux archives municipales, notre
historiographe a retrouvé un texte du Maire Constantin DESCAT, daté du 20 décembre 1869:
" Considérant que le grand nombre de courées, tant anciennes que nouvelles, et le défaut de
désignation de la plupart de ces dernières, occasionnent souvent de la confusion dans les questions
de domicile…, il est enjoint aux propriétaires de courées de faire poser au-dessus de l'entrée des
dites courées, des plaques indicatives conformes à celles des rues. "
Certains associent deux noms, le leur et celui de leur épouse: DESMET-DECOCK,
LEFEBVRE-PLATEL, MULLE-WATTRAN, PIAT-AGACHE… D'autres préfèrent le patronyme
d'un saint: ÉLOI, JOSEPH, ANDRE, FRANÇOIS… ou d'une sainte: JEANNE, CATHERINE,
THERESE, MARIE….
Les impasses, quant à elles, ont le plus souvent reçu des noms de peintres, d'écrivains
ou de musiciens: Horace VERNET, SEVIGNE, BALZAC, LAMARTINE, BEAUMARCHAIS,
MOZART …
Il y avait-là, pense Jacques PROUVOST, le désir de voir l'impasse se transformer un
jour en rue, une appellation culturelle ayant plus de chance d'emporter une décision d'urbanisme!
Parfois, aussi, un événement extraordinaire ou pittoresque, ayant marqué les esprits,
impose l'usage d'un patronyme insolite. En voici deux exemples:
• Le premier est cité par Charles BODART-TIMAL dans le bulletin des Amis de
Roubaix de 1961: " Ce jour-là, le 18 mai 1858, Henri Jean-Baptiste
CASTELAIN, épicier, a eu la surprise de voir sa femme mettre au monde 4
enfants! Le Journal de Roubaix de l'époque nous donne la description de ce fait
probablement unique dans le genre. Pendant trois jours, la boutique de notre
marchand a été assaillie de pratiques, qui, sous prétexte d'acheter du sucre et du
café, demandaient à voir les mioches. On évalue à 20 000, le nombre de
personnes qui ont été faire cette sorte de pèlerinage. "
Les quatre enfants sont décédés le 20 mai! Depuis ce jour, la rue SaintLAURENT comme la rue DELATTRE, ainsi que les courées qui en dépendent,
ne furent plus désignées que sous le nom de "Fort des quatre jumeaux".
•
La seconde concerne une cour de la rue Basse-Masure, où plusieurs habitants
utilisaient un récipient bien commun: le pot de nuit.
" Tous les matins, on voyait régulièrement trois de ces ustensiles bien
retournés sur le cotche à charbon, de façon à leur faire prendre l'air, semble-t-il.
La cour fut très vite surnommée la cour des tros pots d'nut! "
Citons enfin, grâce aux recherches de Jacques PROUVOST, dont
nous louons le travail remarquable, la cour du "Petit Paradis", ce qui semble
pour le moins incongru. Il s'agissait en réalité de l'enseigne de l'estaminet bâti à
l'entrée de la cour; sans doute le propriétaire emmenait-il ses clients vers des
paradis artificiels grâce à l'alcool, qui, nous le verrons plus loin faisait des
ravages. Mentionnons pour terminer "l'Enclos des Pensées" dans la rue du
Fresnoy.
Parfois, la grisaille n'exclut pas la poésie…
38
Nous avons mis en exergue, au début de ce chapitre, les dures conditions de travail des
ouvriers dans les années 1820 et les réactions d'Auguste MIMEREL, le filateur le plus important de
Roubaix. Evoquons à présent le "chez soi" de l'ouvrier au XIXème siècle.
Pierre PIERRARD, qui a beaucoup étudié l'histoire de la région du Nord, décrit dans un
de ses livres les plus connus "La vie quotidienne dans le Nord au XIXème siècle", ces courées qui
deviennent vite synonymes de ghettos insalubres.
"Les courées construites à l'économie se dégradent très vite. Le matériau se désagrège à
cause de l'humidité et de la fumée des usines. L'ensoleillement est nul dans plus d'un tiers des
courées ". Il cite ensuite les observations du docteur FAIDHERBE qui dénombre en 20 mois dans
une seule courée "47 cas de typhoïde, 17 de gastro-entérites, 4 de diarrhée verte infectieuse et
plusieurs cas de diphtérie aviaire dûs à la présence, en des locaux exigus, de pigeonniers".
L'historien poursuit: "Les murs, les planchers attirent les punaises. Les puces pullulent
dans les literies. En plus, il y a la promiscuité des logements aux minces cloisons, car la mort,
l'amour, le vice, la honte, la faim, tout est mis en commun dans ces demeures étroites ".
Pierre PIERRARD cite alors le curé de Notre Dame à Valenciennes qui en 1860, signale
sur sa paroisse une chambre où vivent 18 individus appartenant à 3 générations, et où les notions de
père, mère, frères, sœurs, … ont disparu.
Un médecin, le docteur DUMONT constate en 19031:"Les chambres ne sont que de
grandes boîtes sans air ni lumièr. Comment peut-on arriver à trouver l'air respirable pendant le
sommeil?"
Dans la B.D.: "Roubaix depuis toujours", les auteurs évoquent la visite dans la cour
VROMANT, d'une commission d'enquête en 1904, en compagnie d'Eugène MOTTE: "Monsieur le
Député, il est difficile de trouver un endroit plus pauvre!"
Photographie de Roger DELBECQ (Roubaix)2
La majorité des travailleurs sont dans la misère. Le docteur BINAULT 3 de la société de
Saint-Vincent de Paul calcule que la part du pain, dans les dépenses, est très élevée (41 %), ce qui
est le signe d'une grave indigence. Pour lui, le pire, ce sont les conditions de l'habitat. "Les
logements des pauvres sont détestables. Tout y conspire contre leur santé; la lumière du soleil ne
pénètre pas dans leur chambre et ne peut par conséquent, donner un peu de teint à leur peau
blafarde ". Le style de l'époque prêterait à sourire si le médecin n'ajoutait: "Nous le dirons avec
peine et en rougissant: non, les derniers des animaux ne sont pas plus mal logés que nos frères,
bien au contraire! "
1
Le Nord: de la préhistoire à nos jours; Editions BORDESSOULES
Extraite du périodique d’information municipale : La lutte contre les taudis et la rénovation de la cité. Septembre
1970. Archives de Roubaix
3
Histoire d'une métropole: Editions PRIVAT
2
39
Un industriel, monsieur KOLB-BERNARD, s'émeut de cette situation: " Les conditions
inhumaines et immorales du logement des ouvriers…sont pour nous un reproche vivant. "
Constats éloquents! La maison est un taudis où l'on s'entasse; la cour est un espace clos
avec les murs pour horizon! On comprend que l'ouvrier, après son travail à la fabrique, où il subit
des heures de contrainte dans le fracas infernal des métiers, ressente un besoin d'évasion. Il fuit
l'usine, mais il n'est pas pressé de rentrer chez lui…
L'estaminet lui apportera distractions et occasions de débats sur les idées.
Pour le monde ouvrier, le lieu où l'on peut rire et se divertir, c'est le cabaret, un autre
"chez soi".
Laurent MARTY, un historien qui a entrepris d'explorer "les aspects de la culture
ouvrière non directement liés à l'exploitation et où s'affirment les valeurs du prolétaire du textile
roubaisien"1, nous en donne une excellente approche dans son très beau livre "Chanter pour
survivre"; le cabaret fait partie de cet univers culturel qu'il a étudié.
L'ouvrier y a
ses habitudes:
"Chacun prend sa pipe
au râtelier, la bourre à
la flamande et la plonge
dans la chaufferette" dit
Gustave NADAUD dans
"Souvenirs et récits d'un
vieux Roubaisien".
"Le bain de pieds
inattendu"
Rémy COOGHE,
Peintre roubaisien
1848-1896
"On y trouve la chaleur du poêle. On y connaît tout le monde et on est connu. On peut
parler et être écouté, écouter les autres, exister dans la chaleur humaine du groupe ", écrit Laurent
MARTY.
Bien sûr, l'auteur n'occulte pas le problème de l'alcoolisme qui prend des proportions
gigantesques. Les chiffres qu'il cite, concernant la consommation de bière, "boisson nationale
roubaisienne", sont éloquents: 200 litres par habitant et par an en 1875, 300 litres en 1913! Mais on
boit aussi une quantité considérable de "genièvre". Le nombre des cabarets augmente en fonction
de la production textile et de la croissance démographique: 1000 en 1870, 1500 en 1880, 2636 en
1890, soit 1 pour 44 habitants!
"In in bâtit par douzaines
In a bétôt chaq'un l'sin2
Le cabaret est le lieu où naissent les chansons. C'est là que les chansonniers puisent leur
inspiration. On y prépare le carnaval, on y trouve le siège de nombreuses sociétés (sociétés à boire,
de jeux, de secours mutuel, organisations politique ou syndicale…).
Rire, boire, chanter, voilà les obligations qu'elles se donnent.
"Tous les dimanches, in rit à larmes
Au p'tit cabaret du T'chin Bleu "
1
2
Madeleine REBERIOUX: Université Paris VIII (1982)
Louis CATRICE: "On en bâtit par douzaines, on a bientôt chacun le sien".
40
On veut oublier les soucis. Victor CAPART chante:
" Pour faire oublier la souffrance,
Nous sommes les gais chansonniers "
Avec Alexandre DEROUSSEAUX, on "rinfonce l'chagrin"1
" Ch'est au cabaret
que l'tristesse
viell'tigresse
sitôt disparaît"
Continuant son analyse des sociétés qui produisent des chansons, Laurent MARTY
dégage trois notions: divertissement, communauté, amitié entre hommes du peuple, car, relève-t-il,
les hommes des classes supérieures ont leur cercle et ne se mêlent pas à ces loisirs populaires.
Les chansonniers sont, pour la plupart, des ouvriers ou d'anciens ouvriers devenus
cabaretiers. Dans leurs couplets, les ouvriers parlent aux ouvriers; le langage est le patois. Mais
dans la chanson, il y a autre chose que le texte, et notre chercheur, citant Louis Jean CALVET 2:
"Les mots chantés sont plus forts que la simple parole", conclut que la chanson est un supralangage; elle unit des milliers d'ouvriers dans l'expression et le divertissement.
Les grandes absentes de ces lieux sont les femmes.
L'auteur le constate: elles ne vont pas au cabaret, ou alors pour y rechercher l’époux qui
a quelques difficultés à retrouver le chemin de son foyer. Dans certains cabarets, le soir, on danse,
et les femmes qui fréquentent ces endroits ne sont que des "filles de mauvaise vie".
Mais dans la culture ouvrière des chansons, l'homme a le pouvoir, aucune chanson n'est
signée par une femme. Certes, elles ont leur territoire culturel, mais c'est l'atelier de couture, le
monde restreint des relations de voisinage ou des lieux de rencontre comme le marché. L'historien
reconnaît toutefois que les femmes ne sont pas exclues de la culture ouvrière qui s'exprime dans les
chansons. Car bien des problèmes soulevés sont aussi les leurs et elles participent aux grandes
manifestations comme le carnaval.
Pour le 1er carnaval
d'été de Roubaix, en
1907, monsieur et
madame
DESPLANQUES,
commerçants
et
propriétaires de la
"Blouse Ouvrière",
un
magasin
de
confection 64 rue
Monge, créent un
char oriental.
1
2
P. PIERRARD: ouvrage cité
Louis Jean CALVET: Chanson et société.
41
Le cabaret est enfin le lieu de rencontre des idées, notamment celles du socialisme. On y
côtoie les ouvriers d'autres usines, on fraternise, on compare les conditions de travail, …
Pierre PIERRARD note que des chefs socialistes, comme Henri CARETTE à Roubaix,
Gustave DELORY à Lille, traqués dans les entreprises après 1880, se font cabaretiers, leur salle et
arrière-salle constituant une "cellule" idéale! L'on assiste aussi au renforcement des liens entre les
socialistes flamands et les militants roubaisiens, lit-on dans les Cahiers de Roubaix1. Avec les
Belges, les idées socialistes pénètrent. Edouard ANSEELE, figure emblématique de nos voisins,
dont le patronyme remplaça l'appellation légendaire des Longues-Haies, et Edmond VAN
BEVEREN 2 viennent souvent au Mont-à-Leux pour organiser la propagande. Ils ont encouragé les
ouvriers à constituer une caisse de "résistance" en cas de lutte.
On peut dire que les ouvriers belges ont
joué un rôle essentiel dans la création de la section
de Roubaix du P.O.F. (Parti Ouvrier Français).3 Ils
sont aussi à l'origine de la fondation de la
coopérative "La Paix".
En 1892, le P.O.F. l'emporte aux
élections municipales; les socialistes prennent la
mairie. En 1893, Jules GUESDE devient le 1er
député "rouge" de Roubaix dont on dit qu'elle est
"La Mecque du socialisme".
Quand on sait que les lieux de réunions du POF
sont les cabarets, on comprend mieux les raisons
de ce succès. "En 1895, sur les 36 conseillers
municipaux de la mairie socialiste, 22 sont des
cabaretiers! " note Laurent MARTY.
Jules GUESDE, premier député socialiste
de Roubaix en 1893
1
Cahiers de Roubaix N° 3
Edmond VAN BEVEREN: Militant syndicaliste et socialiste Belge, mort à Gand en 1897.
3
Le Parti Ouvrier Français fut créé en 1880 par Jules GUESDE et Paul LAFARGUE, gendre de Karl MARX.
2
42
La situation du logement au milieu du 20ème siècle.
Au début des années 50, on dénombre, à Roubaix, 1130 courées abritant près de 40 000
personnes1. On dit aussi que les ¾ de la cité sont à refaire!
A la fin des années 60, il reste 925 courées dans lesquelles habitent 30 000 personnes,
soit 50 % de la population ouvrière, 30 % de la population globale2.
Les courées qui, au milieu du XIXème siècle, pouvaient constituer un progrès notamment
par rapport aux caves de Lille, se détériorent très vite: la faiblesse des matériaux et des techniques,
l'absence d'isolation d'avec le sol, l'humidité, les fumées rejetées par les "ballots" des usines toutes
proches, vont amener une dégradation inévitable.
Et pourtant, 100 ans après, de nombreuses courées sont toujours debout. C'est encore
Jacques PROUVOST qui cite l'exemple du sieur DELCROIX-DELERUE, cultivateur au Galon
d'eau, qui, en 1835, demande "l'autorisation de construire 13 maisons pour logement d'ouvrier le
long du sentier conduisant du faubourg Saint-Antoine au chemin de l'Ommelet, devant être
transformé en une rue sous le nom de rue du Ballon."
En 1964, la cour DELCROIX, rue du Ballon existait encore!
Pourtant, les conditions d'habitat sont déplorables. Le docteur Léandre DUPRE, adjoint
à l'Hygiène et à l'Instruction Publique de la ville de Roubaix après la première guerre mondiale,
donne une vision sombre de la vie des Roubaisiens. Il présente les réalisations municipales dans le
cadre de la lutte pour la santé au 13ème congrès régional des colonies de vacances et des écoles de
plein air qui se déroule à Roubaix en mars 1930: "Malgré tous les efforts de notre préventorium de
guerre, notre population roubaisienne anémiée, débilitée, cachectisée, présentait tous les méfaits de
la plus grande misère physiologique et se trouvait ainsi particulièrement exposée à l'action
meurtrière de cet ennemi invisible qu'est la tuberculose.
Les nombreuses courées de notre puissante cité manufacturière, où vit une humanité
trop dense et où l'air et le soleil ont trop peu d'accès, constituaient autant de foyers d'infection,
autant de centre de contagion.
La tuberculose s'étendait avec une rapidité effrayante, et sévissait particulièrement chez
les enfants, dont l'organisme en voie de croissance, offre naturellement une moindre résistance. Les
statistiques établies en 1919 par les médecins-inspecteurs des écoles sont douloureusement
suggestives et nous révèlent pour la totalité de la population scolaire de Roubaix, 80 % de
tuberculose au début."
Les réponses à ce fléau seront de deux ordres:
La mise en place de la colonie scolaire du Pont-Rouge dès 1920, "aux confins
de Roubaix, au Pont-Rouge, à trois kilomètres du
centre, au point le plus culminant et le plus aéré
de la ville, la municipalité disposait d'un terrain
de 7 000 m2 environ, éloigné de toute habitation,
balayé par les vents, l'on y respire un air vif,
débarrassé de toutes les poussières urbaines"
Le centre sportif municipal fut transformé chaque année en centre
aéré pour les enfants de Roubaix. Communément appelé le "PontRouge", il a transporté, occupé et nourri gratuitement jusqu’à 5000
colons âgés de 5 à 14 ans par jour, durant 7 semaines en juillet et août.
L’encadrement est assuré par des moniteurs, dont un certain nombre
d’instituteurs de la Ville, l’intendance est confiée au personnel
municipal. Ce centre de loisirs fut décentralisé, dans les écoles de
quartier, sous le mandat de Pierre PROUVOST.
1
2
B.D.: Roubaix depuis toujours
Nord Eclair du 16 octobre 1969
43
l'Ecole de Plein Air, préfigurée par des baraquements en 1921 et inaugurée
officiellement le 14 juillet 1928.
Créée sur l’initiative du Docteur Léandre DUPRE, l’école
de Plein Air (6 classes de garçons et 6 classes de filles) fut
l’une des plus réputées de France. Une école autonome de
perfectionnement à 6 classes fut installée par la suite près
d’elle. Transportés par tramways puis par bus, de tous les
quartiers de la ville, plus de 300 enfants se rendaient chaque
jour dans ces établissements. Ils y étaient encadrés par des
enseignants spécialisés et une structure d’éducation physique
adaptée. Réduite à 6 classes en 1978, cette structure s’est
transformée en 1989 en centre des classes transplantées
lecture et fut délocalisée dans les Hauts-Champs pour laisser
la place à l’implantation provisoire de l’Ecole Nationale de
Police.
L’école Léandre DUPRE n’existe plus aujourd’hui.
Mais l'habitat ne change guère et l'indignation prend de l'ampleur. Ignace MULLIEZ
fonde le P.A.C.T.1 après la seconde guerre mondiale. Un responsable de cet organisme s'insurge:
" Les courées de Roubaix, c'est pire que les bidonvilles de Caracas au Venezuela."
La presse régionale publie des articles aux titres sans concession. Jules CLAUWAERT
dénonce les "courées de la honte" lors d'une campagne de sensibilisation en 1969: "Que l'on en
finisse une bonne fois avec toutes les raisons de se donner bonne conscience ! Après tout, entendon, beaucoup d'habitants de courées ne veulent pas les quitter. Les étrangers qui les occupent ne
pourraient pas se payer un loyer plus élevé si on leur offrait des logements décents. Et puis ils
utiliseraient la baignoire comme garde-manger." Ce coup de gueule fit du bruit!
Le temps de la colère était arrivé. Dès lors, plus de précautions oratoires: "Les stigmates
de la révolution industrielle. Nous vivons avec un chancre. Les plaies du passé. Un cancer urbain"
lit-on partout. Diable! Voilà donc un vocabulaire médical qui frappe les esprits, bien à la mesure de
l'opération chirurgicale à tenter.
Et la presse nationale se déplace; des journalistes parisiens, en visite à Roubaix,
soulignent leur surprise pour ne pas dire leur ahurissement devant le spectacle des courées.
Ces enquêtes, parfois sommaires, voire injustes envers ceux qui, depuis longtemps, se
battent pour remédier au scandale, comme le souligne Jules CLAUWAERT, ont toutefois le mérite
de braquer les projecteurs sur le mal. Et les exemples abondent: "Au cul-de-four, dans la cour SaintLaurent, vivent 14 familles dans 14 maisons frappées d'interdiction depuis 2 ans. Il n'y a plus de
WC, pas d'eau courante, parfois pas d'électricité. Les eaux usées s'écoulent à ciel ouvert."
La cour DESROUSSEAUX, dans le quartier de l'Epeule, abrite 36 familles avec 56
enfants. Les murs sont en papier-carton (torchis)!2
Des chiffres effrayants sont publiés sur la densité qui peut aller jusqu'à 350 ou 500
maisons à l'hectare! Un rapport de 1869 retrouvé par Jacques PROUVOST indiquait des dimensions
de l'ordre de l'infiniment petit: "La largeur de la courée la plus petite était de 2,10 mètres pour 22
maisons où logeaient 123 personnes! "
Cette surpopulation, dans un espace aussi réduit, induit évidemment un mode de vie
particulier. Geneviève PINCHEMEL évoque même une psychologie de la courée: l'étouffement de
l'espace, les regards coupés de l'extérieur, orientés vers l'intérieur clos de la cour, dans une vie
communautaire où l'on n'ignore rien de son voisin, où toute vie familiale est exclue et où les travaux
de nettoyage et de lessive exigent la bonne entente entre les locataires.
1
2
P.A.C.T. : Propagande et Action Contre les Taudis
Serge LEROY: monographie sur l'Epeule-Alouette-Trichon
44
Impensable au XXème siècle!
Voici ce qu'on peut lire dans Nord-Eclair le 17 octobre 1969. "Les conditions d'hygiène
dans les courées constituent une menace pour la ville entière."
Photographie Roger DELBECQ.
Et le journaliste cite une mesure
sans précédent depuis la guerre, prise par les
services départementaux de l'hygiène scolaire :
l'épouillage de toutes les écoles de la ville. Une
invasion de poux, partie d'un établissement
scolaire du Cul-de-Four menaçait de s'étendre.
On commence à enquêter sur la
pathologie des courées et plusieurs médecins
apportent leur témoignage. Nous en publions
des extraits in extenso; comme l'écrit Claude
VINCENT dans Nord Eclair, ils se passent de
commentaires!
Un docteur installé rue du Collège,
note: "La plupart de ces ghettos égalent en
horreurs amoncelées le pire des bidonvilles, où
l'air peut toutefois pénétrer. Ici, tout y étouffe:
on y dort, on y meurt, on y vit l'un sur l'autre
dans la moiteur écrasante qui tient lieu de foyer
aux pauvres qui les peuplent. Les plafonnages
pourris se sont effondrés, les escaliers branlants ne permettent plus de gagner la soupente qui sert
de dortoir. Là-dedans, vivent en général des familles nombreuses. Je puis citer un exemple: 22
personnes dans trois pièces totalisant 25 à 30 m2. Pour le sommeil, on se relaie, toutes ne pouvant
pas dormir en même temps!
Dans certaines cours, les WC cassés suintent l'urine et les matières par plusieurs fentes.
Les fosses trop vite remplies, débordent et les ruisseaux d'urine s'écoulent au long de la cour. "
" L'été, des colonies d'insectes investissent les lieux. Outre les insectes, les rats et les
souris sont les hôtes habituels de ces maisons. J'ai vu un rat parcourir tranquillement une pièce
pour gagner un trou. "
Le médecin, rejoint dans ses analyses par d'autres confrères, dénonce alors: "La
promiscuité, l'impossibilité d'être propre, les insectes et les bêtes qui sont les meilleurs
propagateurs de maladies. Comment un enfant peut-il s'élever normalement dans cette atmosphère
sordide.
Les affections oto-rhino-laryngologiques perpétuelles récidivantes, avec atteinte
broncho-pneumopathique, sont les grandes pourvoyeuses de la mortalité infantile la plus élevée de
France: celle du Nord."
"Le rachitisme touche la plupart des enfants. Ils sont privés de soleil et de lumière, ils
vivent dans un espace le plus souvent très humide, dans un comptage microbien important, la sousalimentation ou la mauvaise alimentation les rend très vulnérables."
La mortalité infantile
En France
Dans le Nord
À Roubaix
En courées
Le soleil absent
21 pour 1000
27 pour 1000
35 pour 1000
53 pour 1000
35 % des courées
ont un ensoleillement nul
34 % des courées
ne voient le soleil que deux
heures par jour
45
Nous sommes convaincus: il est temps d'engager la bataille contre les taudis. Cette tare
doit disparaître.
Le cri d'alarme lancé par Jules CLAUWAERT dans son éditorial d'octobre 1969 se
termine par cette question: "Comment invoquer des raisons conjoncturelles d'austérité quand on
sait que des hommes et des femmes, le soir, se demandent comment protéger leurs enfants contre les
rats?"
En 1955, un recensement effectué par les services d'hygiène de cette époque
confirme la gravité de la situation et apporte les données suivantes:
Logements
9 584
dont
état moyen
état médiocre
à démolir
5 972
2 816
746
dont
état moyen
état médiocre
à démolir
2 518
2 368
1 962
En 1970, le recensement donne :
Logements
6 848
En 15 ans, 2 736 logements ont été démolis. On peut considérer que la situation n'a fait
que se dégrader puisque le nombre de logements en état moyen est allé en diminuant et que le
nombre de logements à démolir représente en 1970, 28,6 % contre 7,8 % en 1955.
En procédant à ces recensements, la municipalité veut "réunir les conditions nécessaires
à une approche des solutions propres à régler le problème posé par l'habitat insalubre dans les
courées de Roubaix. "1
Les enquêtes se multiplient. Une autre étude réalisée par le même organisme, fait
apparaître que les courées représentent des logements d'accueil pour des populations marginales et
défavorisées.
Un recensement effectué par le Ministère de l'Equipement sur l'habitat insalubre en 1970
relève l'existence de 4 811 étrangers en courées sur une population globale étrangère de 15 700, soit
plus de 30 %.
"Il s'agit, certes, de familles françaises défavorisées, mais surtout depuis quelques
années, de population étrangère".
L'étude fait ressortir que "le % des étrangers habitant les courées doit augmenter dans
les années à venir et que ces dernières constituent à maints égards un lieu de refuge privilégié pour
eux." De fait, en 1975, on en dénombrera 7 892 sur une population globale de 22 500.
Les habitants des courées sont la plupart du temps:
• Des personnes âgées ayant un minimum de ressources, payant un petit loyer ou
ayant acquis leur maison, mais n'étant pas en mesure d'y faire les travaux
nécessaires
• Des travailleurs migrants généralement chargés de famille nombreuse
• Des cas sociaux
• Des marginaux
• Des squatters
C'est-à-dire, concluent les enquêteurs, toute une population incapable d'améliorer son
habitat et qui même, très souvent, dégrade les logements jusqu'à une situation irréparable.
Il apparaît que la suppression de l'habitat insalubre en cour, réduirait considérablement
l'arrivée des étrangers, notamment maghrébins, pour lesquels cet habitat présente incontestablement
un accueil privilégié.
Toutes ces données feront naître une nouvelle dimension.
1
Source CRESGE: Centre de Recherches et d'Etudes Sociologiques, de Gestion et d'Economie
46
L’entrée dans la politique urbaine
Depuis toujours, dans les villes, on trace des rues, on construit des maisons, on crée, on
détruit des quartiers, mais comme le dit Didier CORNUEL1, ce n'est que depuis les années 60, en
France, que l'on pose ces questions comme problèmes urbains; la politique, en tant que gestion des
rapports sociaux, va traiter globalement les diverses tensions qu'elle rencontre dans le domaine du
logement: elle se fait urbaine.
Carlos VAINER, un sociologue qui s'est intéressé à la dimension humaine de la ville2,
cite FUSTEL de COULANGES, l'historien auteur de "la cité antique", s'attachant à distinguer cité
et ville: " Les deux termes "civitas"(cité) et "urbs" (ville) évoquent, chacun à leur manière, la
rencontre, la réunion. La cité était l'association religieuse et politique des familles et des tribus, la
ville, le lieu de réunion, le domicile et surtout le sanctuaire de cette société."
Selon Yves CHALAS, un autre chercheur, la ville apparaît comme le lieu de rencontre
entre des hommes venus de terres différentes; elle est le résultat d'une histoire.
Cependant, par-delà les conflits, les révoltes, les célébrations, la ville affirme, non pas un
passé congelé, mais l'histoire comme transformation. Sur ce point, l'évolution de la construction de
logements à Roubaix, nous éclaire bien sur le phénomène général et caractéristique des
changements qui ont affecté les relations entre la vie sociale, le monde urbain et la politique.
Jusqu'à la guerre 1914-1918, et même jusqu'en 1920, on note la construction de
logements individuels, essentiellement établis sur le modèle des courées, réalisés par de petits
propriétaires.
Signalons que les grandes maisons bourgeoises ne sont apparues qu'au début du XXème
siècle, notamment les grandes bâtisses du boulevard de Paris. Le patron, qui au début de l'essor
industriel habitait dans son entreprise ou à proximité de celle-ci, tant la marche de l'usine et sa vie
personnelle étaient confondues, comme nous le disions plus haut, va s'éloigner vers la périphérie
avec l'apparition de nouveaux rapports entre les classes sociales.
Les petits propriétaires sont relayés, jusqu'à la seconde guerre mondiale, par de grandes
entreprises, mais surtout par des offices publics.
Après la victoire de 1918, le besoin de logements se fait pressant et un nouveau quartier
va naître de la volonté des administrateurs de l'office des H.B.M. (Habitations à Bon Marché)3 lors
de sa séance d'installation présidée le 21 novembre 1921 par Jean LEBAS, maire de Roubaix.
Ce quartier de 13 hectares est une extension de la ville. Le nom de Nouveau-Roubaix lui
sera donné quand les nouvelles constructions iront s'élever sur les derniers terrains consacrés à la
culture.
En 1967, Michel VASTEL, journaliste à Nord-Eclair, a réalisé un reportage4 sur ce
quartier assez méconnu, délimité par l'avenue LINNE, l'avenue Gustave DELORY, l'avenue
MOTTE et la rue Louis BRAILLE.
Cet article a retenu notre attention à plus d'un titre. Si l'auteur exprime, avec humour
d'ailleurs, sa vision du quartier à cette époque, il met surtout l'accent sur des critères sociaux et
humains dont on parle peu dans ces années-là et que l'on pourrait résumer ainsi: "bâtir ne suffit
pas".
Nous avons également recueilli des éléments historiques à l'Observatoire Urbain de
5
Roubaix .
1
Didier CORNUEL: Le mirage urbain
Gouvernances n° 80-81: Les annales de la recherche urbaine
3
Les Offices public d’Habitations à Bon Marché sont instituées en 1912. Ils deviendront Offices Publics d’Habitation à
Loyer Modéré après la seconde guerre mondiale
4
Nord-Eclair du 17 avril 1967
5
: mémoire de madame Ghislaine KHELIFI-CAVRIL : I.U.T B Carrières Sociales 1990
Projet de quartier 1985: Nicole PAVY
2
47
Dans le cadre de ces recherches, nous nous devons d'évoquer Louis LOUCHEUR,
grande figure roubaisienne dont l'action dans le domaine social mérite d'être retracée1.
Louis LOUCHEUR est né le 12août 1872, 10, rue Saint-Jean à Roubaix. Ministre du Travail et de
la Prévoyance Sociale de 1926 à 1930, il est l'un des instigateurs de la loi sur les assurances
sociales d'avril 1928. Précurseur du logement social, selon monsieur Georges VERPRAERT, il
déclare dès 1921, qu'il faut construire en France, en 10 ans, 500 000 maisons pour les ouvriers et
les petits rentiers, tant à la ville qu'à la campagne.
La loi qu'il dépose en 1928, dite loi LOUCHEUR, va dans ce sens en établissant un programme de
construction d'habitations à bon marché grâce à des subventions d'état et des prêts avantageux.
Une rue, dans le quartier de la Justice, et un lycée professionnel de Roubaix portent son nom; une
plaque imposante sur la façade de sa maison natale rappelle son action.
Pour Michel VASTEL, notre observateur de 1967, ce quartier a une originalité: tous les
types de logements y sont représentés.
• de grands collectifs H.B.M. construits entre 1924 et 1931, répartis en 7
immeubles
• des maisons individuelles H.B.M. construites grâce à la loi LOUCHEUR
• des collectifs H.L.M2. plus récents (1950) : le quartier des peintres
• des petites maisons de la Cité du Chemin Neuf
• un immense immeuble, l'Eperon, rue Henri REGNAULT
"On se croirait dans une banlieue résidentielle", note-t-il: "square des Platanes, allée
Verte, rue du Chemin Neuf, et dans quelque catalogue de musée: Renoir, Van Dyck, Léonard de
Vinci, Raphaël, Fragonard, Rubens…"
Ayant entamé sa visite par un après-midi ensoleillé, le journaliste avait émis l'idée
d'appeler ce quartier: "La cité radieuse", en hommage sans doute à LE CORBUSIER! Une cité qui
apparaît suréquipée: une poste, un centre social, un centre médico-scolaire, un foyer pour vieillards,
toutes sortes de commerces. "Cet espace ne ressemble-t-il pas à quelque paradis perdu",
s'interroge-t-il?
Mais ayant visité "ces courées à l'échelle du XXème siècle" que sont les H.B.M.,
(précisons que nous sommes en 1967 avant leur réhabilitation) et après avoir rencontré quelques
habitants, il se rend à l'évidence: ce quartier enchanteur était bien le paradis terrestre, mais avant le
péché originel!
La suite de l'article nous interpelle. Peut-on se contenter de loger les gens? Se pose alors
la question essentielle: quel souci a-t-on de l'homme et en particulier des jeunes en construisant un
nouveau quartier?
1
2
Source: archives de monsieur et madame Lucien DELVARRE
Habitation à Loyer Modéré.
48
On peut faire deux remarques:
Le brassage des populations est très difficile, sinon impossible. Les cadres
moyens se trouvent à la frange de la cité. Ils ne s'installent là que pour une
période transitoire et ne pensent qu'à se faire construire une maison individuelle à
Flers ou à Croix.
Rien n'a été fait pour favoriser les contacts: pas de salle de réunions digne d'un
quartier qui regroupe ¼ de la population roubaisienne. Quand on a commencé à
construire, il y a trente ans, personne n'a pensé à la détente et aux loisirs; On
peut, certes construire agréablement, mais il faut aussi répondre à d'autres
besoins. L'accession à des logements plus confortables en évoque de nouveaux
qu'il faudra un jour satisfaire. On ne peut pas se borner à loger, il faut prendre en
compte l'humain.
Voulant approfondir sa réflexion, le journaliste s'intéresse alors à l'action du P.A.C.T.1.
Cet organisme, à qui on a pu reprocher de faire du paternalisme, s'occupe dans tous les domaines,
économique, social, culturel, d'une clientèle pauvre. Il joue sur les populations les plus défavorisées
un rôle d'éducation. En installant l'eau dans un taudis, on n'améliore pas seulement un logement, on
doit apprendre aux locataires à ressentir de nouveaux besoins, éveiller en eux le désir d'améliorer
leurs conditions de vie et les aider à obtenir un nouveau logement auprès des H.L.M. ou du C.I.L2.
Si les clients des H.L.M. ne sont pas mûrs pour pénétrer dans un logement neuf, c'est au P.A.C.T.
de les préparer à cette mutation.
"En l'occurrence, c'est le P.A.C.T. lui-même qui décide de son action en fonction de la
clientèle", conclut Michel VASTEL.
Ces réflexions, à notre sens, aideront à la mise en place, dans les années 1980, des
équipes opérationnelles, notamment à l'Alma-gare et au Pile. Elles s'occuperont à la fois du bâti, du
social, de l'économique et de l'environnement, ce que nous appellerons dans le cadre du P.L.D.S.3,
les 4 axes d'intervention.
Donnons à présent la parole à des anciens du quartier, en particulier à monsieur et
madame Lucien DELVARRE.
Madame DELVARRE est arrivée dans une H.B.M. de l'avenue Motte en 1930, à l'âge de
10 ans. Cette artère, tracée en 1892, s'appelait à l'origine avenue des Villas. Elle devient avenue
Motte en 1908.
"En 1930, raconte madame
DELVARRE, un train de
marchandises passait, tous les
jours à 11 heures devant le
commerce de mes parents et
s'arrêtait à la gare de débord
située à peu près en face du
boulevard de Fourmies".
Immeuble H.B.M. au coin du
boulevard de Fourmies et de
l’Avenue MOTTE.
Un article des flâneurs retrace la petite histoire de ce train éphémère.
1
Propagande pour l’ Action Contre les Taudis : organisme créé en 1954
Comité Interprofessionnel du Logement : créé en 1943 sur l’initiative de l’Union Patronale du Textile et de la Mairie.
3
PLDS : Plan Local de Développement Social des quartiers.
Création de la Commission Nationale pour le Développement Social des quartiers en 1981
2
49
C'est en 1910 que le Conseil Municipal étudie la création d'un prolongement de la ligne
de chemin de fer partant de la gare du Pile en direction de Hem. L'idée était de desservir les usines
qui s'implanteraient le long du boulevard Industriel, qui deviendra avenue Roger SALENGRO, et
de l'avenue MOTTE.
Il est vrai que, à l'époque, des industriels roubaisiens recherchaient des terrains pour y
construire les usines que nécessitait le développement de leurs affaires.
Ce projet, adopté en 1914, repris en 1920, n'est réalisé qu'en 1930. Mais la circulation du
train le long de cette voie, entrecoupée de carrefours dangereux, est difficile. L'activité reste
d'ailleurs modeste, un seul train par jour, et la ligne est supprimée au bout d'une dizaine d'années.
Autres souvenirs:
Nelly et sa sœur Hélène sont nées dans les H.B.M. du boulevard de Fourmies, Hélène y
habite toujours, Nelly lui rend visite chaque jour. Elles y font leurs courses, c'est leur quartier, c'est
là que se trouvent leurs racines.
"Enfants, nous avons grandi dans cet univers particulier que constituaient ces
immeubles au cœur de la campagne. Du boulevard de Fourmies à l'avenue Delory, il y avait des
prés, des champs et on voyait des familles pique-niquer sur les bords de l'avenue.
Vue champêtre des immeubles H.B.M à partir des terrains longeant l’avenue Gustave DELORY
Chaque immeuble avait sa cour intérieure. C'était le terrain de jeu pour les enfants, le
point de rencontre des adultes. Le soir, chacun avait sa chaise basse, on lui avait coupé les pieds.
Les mamans tricotaient, les hommes parlaient, les plus âgés racontaient des histoires du passé….
Dans la journée, les chanteurs des rues, des hommes avec un petit âne pour les promenades, et
surtout les commerçants ambulants entraient dans la cour avec leur charrette à bras. On sonnait de
la corne, de la crécelle, et, le panier ou le pot à lait, contenant le porte-monnaie ou les quelques
pièces descendait des balcons au bout d'une corde. On commandait à distance, et la livraison
remontait, tirée par des mains habituées.
L'été, les enfants jouaient sur les terrains laissés vacants entre la rue Rubens et la rue
Jean Macé. L'hiver, les escaliers des immeubles accueillaient toute une marmaille et on sortait
poupées, papiers, crayons, on jouait à l'école, la maîtresse sur le palier, les enfants sur les
marches, on y était bien…
La solidarité était très forte entre voisins; un décès, et toutes les TSF se taisaient; une
fête, et le bruit de celle-ci n'amenait pas de récrimination, de querelles. On avait chacun son tour
de nettoyage des escaliers et pas de problème, c'était fait régulièrement et bien fait. Tout y passait,
les marches, le seuil d'entrée, le caniveau. On se connaissait tous et on ne sortait pas beaucoup du
quartier.
Rarement, on allait à la Grand Place, on restait entre nous… Les habitations étaient
confortables, on avait un WC extérieur sur un grand balcon, une grande cuisine qui était la pièce
de vie, une cave. Au sol, dans les chambres, c'était du plancher mais, récuré chaque semaine, il
était blanc comme neige… Cela devait être bruyant pour les voisins, cependant, on n'avait jamais
de plainte… On était bien, on travaillait, on n'était pas riche, on vivait."
50
Les baraques.
Situées avenue Motte, en
face des H.B.M, ces
baraquements sont les
restes des constructions
faites pour les soldats
anglais en 1918.
Lucien, quant à lui, insiste sur l'innovation que constituaient les H.B.M.
"Les logements ne méritaient pas le nom de cages à lapins, dit-il. On disposait de l'eau
sur l'évier et de l'électricité. Rendez-vous compte, dans mon ancienne habitation, il fallait aller
chercher l'eau dans la cour et on n'avait que le gaz! Vraiment, là, on était bien. Mais ces bâtiments
ont vieilli, les logements n'avaient pas de salle de bains, ils ne se louaient plus. Il fallait faire de
grosses réhabilitations. On a émis l'idée de transformer l'îlot 1, le plus beau des 7, pour en faire un
bâtiment pour les personnes âgées. On a étudié les travaux à effectuer, les délais se sont allongés,
deux ministères se sont succédé et … ça s'est dégradé. Des logements ont été squattés et incendiés.
On a fini par raser l'immeuble. Un gâchis!
La réhabilitation a commencé en 1984", conclut-il en nous montrant quelques
diapositives parmi les 2 500 dont il dispose.
Souvenirs précieux, mémoire du quartier!
Après 1945 se met en place une politique volontariste menée par le patronat local qui
associe les organisations ouvrières dans le C.I.L (Comité Interprofessionnel du Logement). Cet
organisme réalise la très grosse majorité des logements H.L.M. de l'agglomération.
On assiste à plusieurs changements, explique Didier CORNUEL1: "Aller du privé au
public en passant par l'organisation professionnelle paritaire représente le changement de
constructeurs, et aller du neuf à la reconstruction en attendant la réhabilitation correspond à un
changement de type des constructions!"
Dans le même temps, on remarque que les 15 années qui suivent la guerre sont celles de
la transition entre une industrie textile répartie entre entreprises familiales moyennes et l'industrie
des grands groupes.
Pour comprendre les processus qui ont abouti à la création du C.I.L., avec toutes ses
composantes, il nous faut revenir sur un mouvement patronal de l'entre-deux-guerres, le
Consortium.
En 1920, s'érige un véritable bastion patronal: le Consortium Textile de RoubaixTourcoing. Il regroupe 372 firmes. Deux hommes le symbolisent: Joseph WIBAUX et Désiré LEY.
Le premier objectif est d'améliorer matériellement et moralement les conditions des
ouvriers et des employés, donc de mettre en place une institution purement sociale. Les historiens
s'accordent pour souligner une réalisation allant dans ce sens, celle des allocations familiales. Cette
mesure, instituée au lendemain de la guerre 14-18 par l'association "La Familia", est développée par
le Consortium. Citons Eugène MATHON, président de l'organisation, qui déclare en 1922: " Si
monsieur LEY a réussi, c'est qu'il aimait profondément la classe ouvrière et que cette dernière s'est
rendu compte qu'elle avait en lui un véritable ami. Fidèle interprète de la pensée patronale, il a su
faire comprendre que la bonté n'excluait pas la fermeté, qu'au-dessus de tout et de tous, il y avait la
justice, une ferme volonté de faire régner la paix sociale."
1
Ouvrage cité
51
Mais les patrons se sont vite aperçus que l'union fait la force lors des grèves et font
adopter une attitude résolument offensive dans tout conflit touchant une usine adhérente. La
pression du patronat s'exerce notamment en 1930 et 1931, ce qui provoque une réflexion menée par
un nouveau mouvement réunissant de jeunes patrons: la bourgeoisie chrétienne, qui s'inspire de la
doctrine sociale de l'Eglise.
La politique du Consortium liait étroitement l'attribution d'avantages à la production et
au comportement de l'ouvrier. Cela s'est révélé inefficace et dangereux pour la paix sociale, et le
consortium s'éteint.
En 1942, Bernard d'HALLUIN regroupe l'organisation éclatée en une seule entité: le
Syndicat Patronal Textile, dont il assure la première présidence.
Un patron de 33 ans, Albert PROUVOST, se retrouve à la tête de la commission
logement et envisage alors la mise en place d'une allocation logement. Cette initiative débouche sur
le projet de création du C.I.L. en 1943.
Cet industriel écrit d'ailleurs: " Loger le personnel a toujours été l'un des soucis du
textile du Nord. Cette préoccupation répond à la fois aux exigences humanitaires chrétiennes dont
les grandes familles se réclament, et aussi à une nécessité économique: pouvoir disposer d'une
main d'œuvre non fluctuante et proche de l'usine."1
Tout repose sur le Syndicat Patronal et les organisations syndicales: la C.G.T. est
représentée par Gabriel TETAERT et la C.F.T.C. par Robert PAYEN. On se met à la tâche avec le
plein assentiment de la municipalité de Roubaix. L'accord, premier acte du paritarisme roubaisien,
est signé dans le bureau du maire Victor PROVO.
Victor PROVO: de la courée à la mairie, un mandat de 35 ans.
Né le 30 août 1903 à Wattrelos, il est le fils d'un ouvrier textile. Il sera lui-même trieur de
laine, puis employé de mairie. Victor PROVO assume pendant la guerre la direction des services de
ravitaillement à Roubaix. Maire de Roubaix, nommé le 3 juillet 1942 pour succéder à Jean LEBAS, il est
confirmé dans cette fonction à la Libération, compte tenu de ses états de service dans la résistance aux
côtés de Jean LEBAS, jusqu'à la déportation de celui-ci, et d'Augustin LAURENT. Il sera maire jusqu'en
1977, député du Nord de 1952 à 1958.
C'est un homme de terroir dont Jean PIAT a retracé la vie. "Le petit Victor a habité dans la cour
SOUHAN, rue CARNOT à Wattrelos. Il a connu ces maisons modestes sans équipements: ni eau courante, ni gaz, ni
électricité. Ces maisons, dites de tisserands, ces courées populeuses ont été le 1er univers du futur maire de Roubaix."
" C'est là que j'ai fait l'apprentissage de la vie ", dira Victor PROVO plus tard. J'y ai appris la
grandeur de la solidarité, car en fin de compte, là vit l'âme d'un peuple et se manifeste ce qu'il y a de meilleur dans
l'homme: le cœur. Nous ne retrouverons jamais, je le crois et je le crains, cet immense réservoir d'humanité qui
existait dans nos courées malsaines et insalubres."
Coïncidence de la vie: Victor PROVO est décédé en 1983 à la veille du 40éme anniversaire de la
création du C.I.L.
Les premiers statuts du C.I.L. (1946) déclarent que l'association avait pour objectif "la
mise en œuvre de tous moyens appropriés pour la suppression des logements insalubres,
notamment pour la construction, éventuellement la réparation, de maisons d'habitations
individuelles agrémentées de jardins répondant aux besoins de la vie familiale des travailleurs".
Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ2, s'attachant à comprendre la pensée fondatrice du
C.I.L. soulignent que sa structure et ses objectifs s'inscrivent dans la perspective de la construction
d'un "monde nouveau". Cette démarche, favorisée par les conditions exceptionnelles de la guerre,
est commune aux patrons et aux organisations ouvrières.
"Il s'agit bien de paritarisme: les décisions sont prises par les patrons et les salariés. Le
C.I.L. est l'affaire de tous ", a écrit Albert PROUVOST.
1
2
Albert PROUVOST: Toujours plus loin
D. CORNUEL et B. DURIEZ: Histoire du C.I.L. de Roubaix-Tourcoing
52
Le président fondateur poursuit avec éloquence: "En regard du C.I.L., il fallait
construire la paix sociale. Il n'y avait pour cela pas de méthode plus efficace que de s'atteler
ensemble. La phrase de SAINT-EXUPERY: Force-les à bâtir ensemble et tu les changeras en
frères, fournit une devise au mouvement. La gestion paritaire demeure le plus grand geste
d'apaisement social qu'aura connu notre génération."
Dans la B.D. consacrée à Roubaix1, les auteurs soulignent que le C.I.L. construit 4 000
logements entre 1948 et 1962. Sa première réalisation est inaugurée en 1949 au Galon d'Eau.
Dans son livre de souvenirs, Albert PROUVOST raconte qu'on se met à utiliser les
parpaings qu'il a découverts aux U.S.A. et qui seront fabriqués dans une usine du Nord.
Victor PROVO2, un des protagonistes de cette période, a écrit: " Je me rappelle avoir dit
quelquefois que, tous, plus ou moins, nous faisions de la
politique, que tous, plus ou moins, nous avions une
opinion philosophique, que tous, plus ou moins, nous
défendions nos opinions avec force, mais que nous ne
sommes pas toujours sûrs que les idées que nous
défendons, seront éternelles. Mais il y a une chose sur
laquelle nous sommes sûrs de ne pas nous tromper,
c'est lorsque nous tenons au bien-être de la population,
c'est lorsque nous lui offrons un logement sain et
agréable. Nous avons mis sur pied le C.I.L., et je dois
dire d'ailleurs que nous avons bien fait."
Comme l'a écrit Maurice LECLERCQ3, à
cette époque, le travail ne manque pas. L'historien nous
apprend que, entre Albert PROUVOST, président du
Syndicat Patronal Textile, et Victor PROVO, maire
socialiste, le courant passe bien; les deux hommes se
sont connus pendant la guerre sous leur nom de
résistance: "Jean-Bernard", le jeune patron, a
rencontré "mademoiselle Anastasie", le maire délégué.
L'un et l'autre s'entendront bien pour travailler à une
cause commune: l'amélioration du logement.
" Le paritarisme est la baguette magique du C.I.L. La double représentation, ouvrière et
patronale, crée une espèce de tension fructueuse, source de progrès, à partir de responsabilités
communes:" a écrit Robert PAYEN en 1972.
Et le paritarisme rejoint l'humanisme.
Citons Maurice HANNART, président du Syndicat Patronal Textile en 1962 qui en
donne cette définition: "Des institutions à portée d'hommes, des hommes qui s'acceptent dans leur
complexité, c'est cela pour nous le paritarisme, et non je ne sais quel nouvel opium de la classe
ouvrière imaginé pour la sécurité des bourgeois. C'est tout le contraire du repos et de la
tranquillité d'esprit. C'est une lutte permanente contre la peur de prendre en charge les autres,
contre la peur de l'avenir. C'est aussi et plus encore, une ouverture du cœur et une honnêteté
d'esprit qui interdisent tout autant les calculs sordides que les illusions généreuses. Ce n'est pas une
technique. C'est une foi."
Maurice LECLERCQ conclut son étude sur le paritarisme à "la mode roubaisienne" en
signalant que cette expérience a attiré l'attention de deux présidents du Conseil, Pierre MENDESFRANCE et Edgar FAURE. Lors de sa visite, le premier déclara aux acteurs: " Vous avez montré la
voie à prendre sur ce modèle fondamental et rendu de grands services au pays."
1
Roubaix depuis toujours: C. LEMAIRE et O. MANGIN
Photographie : archives municipales
3
Maurice LECLERCQ: de la mule-Jenny à l'ordinateur. Editions Vent du Nord
2
53
René COTY, venu à son tour percevoir la réalité du terrain, souligna à cette occasion
que cette initiative ferait date dans l'histoire paritaire. Appréciation présidentielle digne d'intérêt sur
cette période parfois décriée par des édiles roubaisiens.
Dans ce concert de louanges, une note discordante va remettre le paritarisme en
question.
En 1983, Emile DUHAMEL se rend au "Mercure" où se déroule le 40ème anniversaire
du C.I.L.. La salle est décorée d’une immense photo d'Albert PROUVOST et de Victor PROVO se
serrant la main. Le responsable communiste se sent outragé et quitte les lieux. Il rédige alors un de
ces articles "coups de gueule" dont il est coutumier, dans lequel il dénonce la collusion du patronat
et du P.S., au travers du logement. Pour lui, 1943 est une année charnière dans l'histoire de Roubaix.
Le patronat comprend qu'il lui faut être en position de force dès la libération. "Adieu le Consortium,
bonjour le Syndicat Patronal Textile!" ironise Emile DUHAMEL.
Et 1943 voit la naissance du C.I.L. L'élu dénonce alors, dans la suite de l'article, la
complaisance et même la complicité de la municipalité. "Cette année-là, la ville de Roubaix qui,
sous Jean LEBAS, n'aurait pour rien au monde laissé à d'autres le soin de construire des
logements, cède à la séduction des sirènes du paritarisme et consent au patronat le droit de loger
ses salariés."
Pour Emile DUHAMEL, il s'agissait d'une volonté de monopole: " Pour avoir un
logement, il fallait faire partie d'une entreprise qui cotisait." Il ajoute dans une envolée de grand
style: " En 1892, on pouvait dire que Roubaix était La Mecque du socialisme. En 1943, elle était
devenue la Mecque de la collaboration de classe."
Et de conclure: "Peu à peu, entre la ville et le patronat, on est passé de l'Entente
Cordiale à l'Union Sacrée, qui s'est concrétisée en 1959 par la constitution d'une municipalité
socialo-centriste, comprenant des représentants notoires de la droite la plus rétrograde."
Evidemment, Emile DUHAMEL ne fait pas dans la dentelle. Citons pour conclure le
journaliste de Nord Eclair qui a fait paraître l’article: " Décidément, le passé, quand il touche de si
près au présent, a la peau dure!"
Au terme de cette étude sur l'évolution de la construction des logements, et les relations
entre le social et le politique, avec notamment la création du C.I.L., nous pouvons aborder la
période de la fin des années 50 et le début des années 60. Nous le disions plus haut, la question du
logement se fait urbaine.
Beaucoup de villes ont eu des interventions sur le tissu urbain, mais les spécialistes
s'accordent pour dire que c'est sans doute à Roubaix que l'impact a été le plus important. Quand on
parle de restructuration, on parle de deux processus différents, expliquent-ils: la rénovation urbaine
et la résorption de l'habitat insalubre.
Les changements de population et les mesures transformant le bâti, induisent des notions
que nous aborderons au fur et à mesure.
Trois organismes vont se charger à Roubaix des actions de logements.
Le C.I.L, dont nous avons retracé les débuts et qui partait de l'idée sociale qu'on ne peut
pas laisser les gens vivre dans des conditions pénibles, se met à l'œuvre et réalise des logements
neufs.
En 1949 sont créées une Commission pour l'Amélioration de l'Habitat (C.A.H.) et une
Association pour la Conservation et l'Amélioration de l'Habitat (A.C.A.H.); il apparaît très vite que
la viabilité des réseaux d'eau, de gaz et d'électricité dans les courées, n'est pas assurée par les
propriétaires. Un accord permet à l'A.C.A.H. d'intervenir sur ce domaine pourtant privé grâce au
1 % collecté par le C.I.L. Il s'agit donc bien de se substituer aux propriétaires et d'entretenir à leur
place.
À la même époque est fondé le P.A.C.T. 1 qui est le fruit de ces idées généreuses de
l'après-guerre et du rassemblement des bonnes volontés pour la construction d'un monde meilleur
prenant en compte les défavorisés et les mal-logés.
1
P.A.C.T. Propagande pour l’ Action Contre les Taudis. Par la suite, le P.A.C.T. ajoutera à son sigle les lettres C.A.L.
et deviendra C.A.L-P.A.C.T: Centre d'Amélioration du Logement - Propagande pour l’ Action Contre les Taudis
54
Notons également que ces années voient l'émergence du courant des idées de l'Abbé
PIERRE dans la société française.
Le P.A.C.T. développe deux composantes: une action matérielle faite par des jeunes
bénévoles (dont beaucoup sont issus de la bourgeoisie) qui, pendant leur temps de loisirs, retapent
de vieilles maisons, notamment celles de personnes âgées, et une aide morale aux personnes isolées.
On côtoie également, dans ces années-là, les courants de pensée de la démocratie
chrétienne. On peut même parler de culture J.O.C. 1à base de militantisme et d'engagement; issus de
ces mouvements, les A.P.F. (Associations Populaires des Familles), dont nous parlerons plus tard,
ont aussi cette origine chrétienne.
Progressivement le P.A.C.T. prend en compte la gestion des courées laissées dans un
état déplorable par leurs propriétaires. C'est ainsi qu'il devient le spécialiste pour le logement de
deux catégories de population: celle des bas revenus et celle des immigrés.
Est fondée ensuite, sur l'initiative du C.I.L. et du P.A.C.T, la S.A.R.H.NORD (Société
anonyme d'H.L.M. pour l'Amélioration de l'Habitat de la Région du NORD), dont les objectifs sont
semblables à ceux du P.A.C.T. L'îlot DELEZENNE, construit au cours des années 80 dans le
quartier du Pile, est une réalisation de la S.A.R.H.NORD. Toutefois, cet organisme peut étendre son
champ d'intervention au-delà de Lille, Roubaix et Tourcoing.
Si le C.I.L bâtit, il ne rénove pas. C'est au P.A.C.T. qu'est dévolue la réhabilitation de
l'ancien, mais il ne s'occupe pas de construction. La S.A.R.H.NORD, elle, fera les deux.
Hormis l'église Saint-Martin, Roubaix n'a pas de patrimoine architectural ancien. Sa
superficie est incluse dans un cercle de 5 Km de diamètre et les constructions se sont localisées
massivement autour du centre et le long des voies de circulation vers les autres villes. Plus en
périphérie, des secteurs qui dans un premier temps étaient réservés à l'agriculture, vont être
urbanisés.
Une autre manière de faire sera instaurée, qui consistera à détruire, raser le tout et rebâtir
ensuite à la même place. Elle sera mise en oeuvre pour les quartiers anciens.
Dans un premier temps, on démolira un îlot ou deux et de nouvelles constructions
verront le jour.
Puis viendra le moment des grandes réalisations, dans lesquelles de nouveaux quartiers
apparaîtront et où d’autres changeront complètement de visage. Il existe encore dans la ville, deux
secteurs vides ou peu urbanisés, ce sont les Hauts-Champs et les Trois-Ponts. Ils serviront en partie
à accueillir les habitants dont les maisons sont incluses dans les processus de rénovation, les
Longues-Haies dans les Hauts-Champs et l'Alma aux Trois-Ponts.
En ce sens, la rénovation urbaine est rupture, elle est dissolution d'une population
accueillie ailleurs.
1
J.O.C. jeunesse Ouvrière Chrétienne
55
Les premières réalisations
Parmi tous les bâtisseurs qui ont modelé le nouveau visage de Roubaix, deux sortent du
lot par l’ampleur de leurs réalisations et la durée de leurs actions. Il s’agit de l’Office Municipal des
Habitations à Loyer Modéré de la Ville de Roubaix, plus communément appelé H.L.M, et du
Comité Interprofessionnel du Logement, le C.I.L.
Dès 1945, ces deux organismes vont œuvrer, souvent de concert, pour donner à la ville
les logements dont elle a besoin.
Les H.L.M vont poursuivre l’action commencée en 1920 au Nouveau Roubaix par
l’apport de constructions complémentaires qui se situeront derrière les H.B.M existantes. 200
appartements , répartis en 15 immeubles sont édifiés de part et d’autre de la rue Ingres et mis en
location en 1960 ; à cela s’ajoutent 51 logements rue Horace Vernet, 32 autres rue Henri Sellier et
20 maisons avenue Linné.
Dans le même secteur, toujours sur des
terrains inoccupés, 222 appartements voient le
jour, en 1958, rue Henri Regnault,1 133
appartements répartis en 4 immeubles, rue
Carpeaux, sont achevés en 1961.
En 1962, deux immeubles boulevard
de Reims, un foyer de personnes âgées, avenue
Linné, clôtureront les constructions dans le
secteur sud de la ville.
Si les H.L.M. ont beaucoup bâti dans
ce secteur, on leur doit également les
appartements de la rue Stephenson à l’Alma, les
appartements et le foyer de personnes âgées du
Hutin, 228 logements à Carihem et le foyer de
jeunes travailleurs de la Grande Rue.
Immeuble de la rue Henri Regnault
encore appelé "l’éperon" en raison de sa forme.
Quel bilan !
Mais ce n’est pas terminé. Les H.L.M vont prendre une part active dans la reconstruction
des quartiers à Roubaix. Ils produiront encore 637 appartements entre la rue de Lannoy et la rue
Pierre de Roubaix dans le cadre de l’opération Anseele, et 700 appartements dans le cadre de
l’opération des Trois-Ponts.
Le C.I.L. fut lui aussi un bâtisseur hors norme. Né en 1943 de par la volonté de Victor
PROVO et des représentants du patronat roubaisien, il s’est vite développé et s’est étendu à toute la
France. A la fin de la guerre, il se lance dans la construction de logements qui seront dans un
premier temps des maisons individuelles. Cette pratique durera tant que des terrains disponibles le
permettront.
En 1948
•
•
•
1
10 maisons à la Justice
87 à la gare de débord (face aux H.B.M de l’avenue Motte)
9 maisons aux Trois Baudets
Photographie des archives du Ministère de la Construction. Information municipale septembre 1970
56
•
118 appartements au Galon d’Eau
Le Galon d’Eau.1
Première réalisation
d’envergure, ce collectif de est
édifié à la place de la friche
Allard Rousseau.
Il est le premier
enchaînement
démolition
reconstruction. Cette pratique
sera celle que le C.I.L. mettra le
plus en œuvre dans les années
50, et ce avec bonheur.
En 1949
•
140 logements dont 110 maisons au Nouveau Roubaix
En 1950
•
•
1
2
137 logements, dont 83 maisons individuelles au Pont Rouge
152 appartements à la Potennerie.2
Photographie : archives du CIL. Information municipale septembre 1970
Photographie des archives du Ministère de la Construction. Information municipale septembre 1970
57
En 1952
•
•
39 maisons du groupe Beaumont
le square Destombes et ses 88 appartements implantés dans un îlot de verdure1
En 1953
•
•
extension du groupe du Pont Rouge, avec 133 logements dont 97 appartements
65 maisons individuelles au groupe Chemin Neuf
En 1954
•
•
•
•
•
extension du groupe de la gare de débord, avec 43 logements
96 appartements rue de la Rondelle
20 maisons rue du Caire
8 maisons à la Mousserie
30 appartements au Fort Mulliez.2
Le Fort Mulliez, construction
vétuste, est rasé au bulldozer
pour faire place à un ensemble
locatif qui est le premier à se
situer à proximité du centre ville.
Au premier plan, les taudis de
l’ancien fort sont encore présents
alors que, déjà, les nouvelles
constructions
émergent
à
l’arrière.
En 1955
•
•
•
•
•
1
2
172 logements dont 16 individuels au groupe Chemin Neuf
180 appartements au Hutin
82 appartements au groupe Fromé
extension du Fort Mulliez, 100 appartements
60 logements en collectifs au quai de Marseille
Photographie : archives du CIL. Information municipale septembre 1970
Photographie SCHETTLE et archives du Ministère de la Construction. Information municipale septembre 1970
58
En 1956
•
•
.
extension du groupe Chemin Neuf, 110 appartements
140 logements square des Près
Le square des Prés prend la place du Fort Desprets comme le square Mulliez remplace le
Fort Mulliez. Dans les deux cas, la démolition a précédé, voire accompagné, la reconstruction1
En 1957
•
•
•
110 logements au quai de Bordeaux,
16 maisons groupe Raverdy
70 logements individuels aux Hauts-Champs
En 1958
•
•
•
extension du groupe Fromé, 18 logements en collectifs
70 appartements boulevard de Metz
315 logements en collectifs aux Hauts-Champs
En 1959
•
•
•
extension du groupe Pont Rouge, 6 maisons
20 appartements boulevard de Metz
202 logements en collectifs rue du Duc
En 1960
•
1
36 appartements rue de Jemmapes.
Photographie SCHETTLE et archives du Ministère de la Construction. Information municipale septembre 1970
59
En 1962
•
•
•
extension du Chemin Neuf, 40 logements
démarrage de l’opération Anseele, 390 logements en collectifs
extension du square de Prés, 30 appartements
En 1963
•
•
224 logements au Chemin Vert
60 logements au groupe Anseele
En 1964
•
80 logements en collectifs aux Trois Ponts
En 1966
•
•
342 logements en collectifs aux Trois Ponts
55 appartements rue du Bas Voisinage
En 1969
•
362 logements aux Trois Ponts
Un bilan de plus de 4500 logements pour le C.I.L., de 1500 pour les H.L.M., sans
compter les rénovations du P.A.C.T et des petits organismes comme le Toit Familial, le Bien Etre
Familial ou la Société Anonyme Roubaisienne d’Habitations Ouvrières.
En 1970, André THIBEAU, adjoint au logement, vice-président de la Communauté
Urbaine de Lille et Président de l’Office d’H.L.M de Roubaix, pouvait déclarer dans le Périodique
d’information Municipale dont nous nous sommes largement inspirés : " Après plus de vingt ans
d’efforts, alors que 9500 logements neufs ont été construits à Roubaix, il reste des demandes à
satisfaire…
Une délibération de 1962 demandait à l’Etat de prendre en considération la rénovation
nécessaire du quartier Alma-Gare. On s’explique mal que les gouvernements qui se sont succédé
depuis 7 ans n’aient pas autorisé cette rénovation dont la nécessité est criante…
L’horizon bouché semble devoir s’éclaircir, la résorption des courées a été confiée à
l’ORSUCOMN 1et un crédit important est prévu pour concrétiser l’aide de l’Etat".
1
ORSUCOMN : ORganisme pour la SUppression des COurées de la Métropole Nord créé en 1969
60
Les grandes réalisations : Edouard Anseele
L'opération Edouard ANSEELE, la première véritable grande réalisation, marquera
profondément le paysage roubaisien.
Nous nous inspirerons de l'étude de Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ1, dont nous
louons le travail remarquable, des nombreux articles parus dans la presse locale et des bulletins
communaux conservés aux archives de Roubaix.
Le conseil municipal de Roubaix, composé de socialistes, de membres du M.R.P,
d'indépendants, de communistes et de membres du R.P.F. (Rassemblement Pour la France) prend la
décision de réaliser l'opération de rénovation urbaine de l'îlot Anseele le 14 janvier 1957.
Selon nos deux sociologues, plusieurs raisons concourent à lancer ce programme:
• La facilité d'obtention des subventions; on évoque même une opportunité à saisir.
• La volonté de reprise en main de l'urbanisme de Roubaix par la municipalité.
Depuis la guerre, il est vrai, elle se contentait d'accorder son soutien et sa
garantie au C.I.L. Victor PROVO, lors du conseil municipal du 10 mai 1957
déclare: "En ce qui concerne la rénovation Anseele, il est bien évident que nous
serons les maîtres de l'œuvre, c'est sous notre direction, avec notre accord, avec
notre concours, que les opérations pourront se réaliser et seulement avec notre
concours."
• La situation géographique de ce quartier, proche de la Grand Place et de la place
de la Liberté, où siège notamment la Banque de France.
Peut-on tolérer longtemps encore, à quelques centaines de mètres de l'hôtel de
ville, cette tristement célèbre rue des Longues-Haies, devenue en 1938, rue
Edouard ANSEELE?
Quartier Edouard Anseele en 19612
1
2
Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ : Transformations économiques et restructuration urbaine.
Extrait Ravet-Anceau 1961
61
Maxence VAN DER MEERSCH, dans "Quand les sirènes se taisent", n'a pas peu
contribué à frapper les esprits, non seulement par sa description de la vie en courée, mais aussi par
sa narration des grèves de 1931, au cours desquelles de sanglantes échauffourées opposèrent les
gardes mobiles aux grévistes: " La rue des Longues-Haies, avec ses courées innombrables, ses vingt
mille habitants, toute sa pouillerie et sa misère, est le secteur dangereux de Roubaix. Maisons
closes, souteneurs, fraudeurs y abondent. Des Polonais, des Italiens, des Slaves, des Sidis, expulsés
de tous les coins, habitent ce quartier de préférence à tous les autres. Et dans cette rue, qui abrite à
elle seule le sixième de la population de la ville, les descentes et les interventions de la police sont
chose journalière".
Été 1931: de violents affrontements. "Pierre frappait comme un sourd. Il avait au poing
droit une courte barre de fer pointue, dans la main gauche une bouteille de champagne vide. Il
tapait sur les têtes avec sa bouteille, enfonçait sa barre dans la poitrine ou le ventre. Malgré tout, il
sentait que la résistance des gardes ne mollissait pas. Ils avaient pour eux le nombre et les armes.
Ils assommaient les émeutiers à coups de crosse, se jetaient sur eux à trois contre un…"
Ce sont des pages de l'histoire de Roubaix qui sont restées dans la mémoire collective,
Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ écrivent d'ailleurs que ce quartier est la mauvaise conscience
des dirigeants roubaisiens. Maxence VAN DER MEERSCH a par ailleurs été décrié pour ses
descriptions noires de la ville. Ce ne fut qu'après réflexion que le nouveau lycée de garçons, ouvert
en 1955, porta son nom.
• Une autre raison vient peser sur le choix de ce secteur. De plus en plus
d'immigrés, auxquels l'industrie textile a recours, s'y installent et trouvent là un
refuge privilégié, comme le prouvent maintes enquêtes.
Les maisons en courées sont souvent le seul logement possible pour eux. Il faut signaler
ici un effet non négligeable de la construction de logements neufs par le C.I.L. Cet organisme,
soulignent les historiens du C.I.L, a facilité indirectement la venue des travailleurs immigrés, en
permettant le remplacement dans l'habitat vétuste, des ouvriers et employés français dont les
ressources rendaient possible l'accession aux logements neufs, par cette population étrangère.
Or, nous sommes au début du mouvement insurrectionnel de libération de l'Algérie, et
des affrontements entre factions rivales se produisent, accentuant l'image négative de l'îlot Anseele.
Ne parle-t-on pas de "Douar Anseele"!
Alors, utilisant déjà ces métaphores médicales qui feront les gros titres de la presse
régionale et nationale en 1969, la Voix du Nord écrit: "Comme un chirurgien arrache d'un
organisme malade une tumeur ou un abcès, Roubaix avait décidé d'extirper cette lèpre près du
cœur de la cité".1
Cependant, derrière ce discours tenu par la municipalité, pointent les ressorts d'une
pensée politique émergente qui fera son chemin et atteindra son apogée sous le mandat de Pierre
PROUVOST avec le thème: "Faire à Roubaix une ville nouvelle dans la ville ancienne". Nos élus
de l'époque n'hésiteront pas à sortir de la ville, de la région et du pays pour s'inspirer des réalisations
extérieures. Le "Roubaix 2000" avec son centre commercial aurait été conçu après la visite de
Victor PROVO dans une ville rénovée de Suède.
En agissant à la fin des années 50 sur le quartier Edouard Anseele, la municipalité
entend déjà donner un nouveau centre à Roubaix. "On veut recréer le centre, lui donner l'ampleur
que l'on est en droit d'exiger d'une ville qui commande une agglomération de plus de 200 000
habitants."2 Il s'agit bien de donner un nouveau visage à Roubaix et de marquer une volonté
municipale.
La mythique rue des Longues-Haies traverse le quartier occupé essentiellement par des
maisons individuelles. Les entreprises, principalement textiles, se trouvent sur le pourtour et on a
pris soin de les exclure du périmètre de l’opération. On relève toutefois quelques ateliers de
moindre importance tenus par des artisans. Pour eux, l’opération de rénovation signifie la fin de leur
activité au moins sur le quartier.
1
2
Voix du Nord du 6 mars 1961
Nord Eclair du 10 janvier 1957
62
Seules deux usines, l’une au nord et l’autre au sud, qui cessent leur production, sont
rachetées, détruites et incluses dans la zone nouvelle d’habitat. Didier CORNUEL et Bruno
DURIEZ notent que la seule grande difficulté rencontrée par les promoteurs est la présence d’une
usine de transformation électrique qui ravitaille une partie importante de la ville. Son rachat, dans
l’immédiat, serait trop onéreux. On attendra pour la détruire que soient échus les délais
d’amortissement du matériel. C’est sur son emplacement que sera construite la 4ème tour de standing
qui portera, comme ses consoeurs, un nom d’aviateur.
Ainsi, la surface à traiter, 13 hectares, se prête bien à une action homogène de grande
ampleur.
L’opération démarre rapidement. Dès 1961, les 2/3 des logements sont détruits et la
reconstruction commence. Les auteurs de l’enquête, dont nous nous inspirons, en soulignent les
principales caractéristiques : il s’agit bien d’une opération radicale au cours de laquelle un espace
avec ses logements, ses commerces, ses activités industrielles, ses voies de communication et ses
habitants est brusquement supprimé. Puis, ce même espace est de nouveau occupé par d’autres
logements, d’autres activités, d’autres rues, d’autres habitants.
Il y a là dissolution d’une population et de ses racines, population essentiellement
ouvrière, au faible niveau de revenu et de qualification, comme le montrent les statistiques cidessous.
Profession du chef de famille
Commerçant
Artisan
Fonctionnaire
Ouvrier qualifié
Manoeuvre
Inactif
chômeur
%
7,6 %
1,9 %
0,7 %
17,8 %
44,4 %
27,4 %
0,2 %
Une opération dite "tiroir", consistant à reloger les habitants concernés dans des
logements proches ou construits à proximité, avait été envisagée, mais elle fut rapidement
abandonnée. Une bonne partie de la population est dirigée vers le nouvel ensemble des HautsChamps, dont la construction commencée dans les années 50 s’achève au même moment. 2 500
Roubaisiens dont 650 venus des Longues Haies s’y retrouvent. Les quartiers du Hutin et de la
Mousserie accueillent une autre partie des relogés. 1
Il faut noter que des locataires et des propriétaires ont préféré rejoindre d’autres
quartiers sociologiquement plus proches, comme la Guinguette, l’Epeule, le Pile. "Ainsi, concluent
les deux sociologues, d’une part, un quart de la population des Longues Haies se retrouve à la
périphérie, ce qui ne sera pas sans poser des problèmes par la suite, et d’autre part, se trouve
renforcé le caractère socialement défavorisé de plusieurs quartiers roubaisiens ".
Reprenons cette interrogation permanente du lien entre la rénovation urbaine et le
changement social.
Nous avons évoqué, à plusieurs reprises déjà, cette idée généreuse de promotion sociale
par l’accès à un logement neuf. On pense que de nouveaux comportements vont se créer grâce aux
nouvelles conditions d’existence et au changement de milieu. Il s’agit là d’un état d’esprit selon
lequel l’influence du milieu est un facteur d’évolution.
Toutefois, cela demande généralement un accompagnement qui favorise cette
adaptation. C’est ainsi que le service social de relogement, où travaillent quelques personnes
prônant ces idées partagées par le P.A.C.T. entreprend de faciliter l’installation des familles et de
les aider à répondre aux nouveaux besoins, notamment aux nouveaux modes de consommation
(équipements modernes, W.C., eau chaude et froide, chauffage central, entretien, gestion du
budget …). Des conseillères ménagères et des assistantes sociales sont chargées de suivre le
relogement.
1
Source : Etude C.E.R.T. 1958
63
Est-il possible d’évaluer l’impact de ces actions menées en direction de la population des
Longues Haies accueillies dans les H.L.M. des Hauts-Champs? Didier CORNUEL et Bruno
DURIEZ admettent que de nombreux facteurs influent sur les résultats dans une opération de ce
type.
L’action d'accompagnement n’a-t-elle pas été une justification pour rendre
acceptables les départs ?
Qu'appelle-t-on "suivi" des familles sur le terrain? Quelle en est la fréquence, la
durée dans le temps?
Les comportements peuvent-ils s’adapter sans heurts à la vie moderne et aux
progrès qu’elle apporte brutalement ?
Quand il y a révolution dans le mode de vie, peut-on espérer une évolution dans
les mentalités?
Le témoignage de Michel PARENT, aujourd’hui président du Comité de Quartier de
Sainte Elisabeth, sur une expérience qu’il a pu vivre lors du relogement des habitants du quartier de
la Vieille Madeleine, est éloquent : "Des familles ont été relogées sans préparation dans des
appartements avec chauffage, salle de bains,…C’est le paradis ont-elles dit en emménageant. Deux
mois plus tard, en recevant les premières factures d’eau et d’électricité, elles ont su qu’elles ne
pourraient pas tenir… J’ai vu certaines familles relogées dans des maisons qui déposaient le
charbon dans la baignoire ou qui élevaient des poules dans la salle de bains. Plus tard, arrivé à
Roubaix, je me suis occupé durant 5 ans de la gestion du centre d’accueil du C.A.L.P.A.C.T. On
aidait à remettre en route des familles qui venaient nous voir. Au bout d’un an, on les installait
dans un logement. Bien souvent, on les voyait revenir au centre. Elles ne tenaient pas le coup,
surtout quand le père n’avait pas de travail…"
Et l’enquête dont nous nous inspirons le confirme : de nombreuses familles des HautsChamps se retrouvent en peu de temps acculées à des difficultés de paiement provoquant des
coupures d’électricité ou d’eau, des interventions d’huissiers et des expulsions. Elles ne mesuraient
pas le coût des progrès mis à leur disposition.
Il ne s’agit pas de remettre en cause le bien-fondé de l’action sociale, mais on peut
s’interroger sur sa démarche. Comment faire œuvre éducative dans un contexte difficile ?
Pour nous aider à approfondir notre réflexion, nous avons demandé à Christian
MONTAIGNE, directeur du C.A.L.P.A.C.T. de développer ses idées sur cette délicate question de
la promotion sociale.
Homme convaincu et convaincant, Christian aborde d’entrée les aspects éducatifs du
problème. "Si des familles ne sont pas partie prenante, on échoue. De même, ce n’est pas parce
qu’il y a obligation scolaire que les enfants apprendront nécessairement à lire et à compter. Il faut
une vraie volonté de chacun de s’en sortir, et aussi partir des habitants eux-mêmes, afin qu’ils
soient acteurs de leur propre devenir ; alors, on peut faire un bout de chemin avec eux.
On leur a dit : on vous déplace et maintenant on va vous éduquer, on va vous donner des
assistantes sociales, des conseillères ménagères, alors qu’il ne s’agit pas de faire pour, mais de
faire avec. On a sorti les gens de leur quartier, de leur tissu social … Est-ce qu’on a vu avec eux
comment vivre cela ? Comment allaient-ils partager leurs angoisses, leurs difficultés ? On leur a
donné un produit, mais on ne leur a pas donné la possibilité de réfléchir sur ce qu’ils allaient faire
de cet habitat. On ne les a pas aidés à exister ensemble.
Alors, les gens pouvaient-ils évoluer ? Là, non ! La seule promotion sociale réalisable
se fait quand les gens se promeuvent les uns par rapport aux autres. Encore une fois, si vous
imposez quelque chose, si vous voulez éduquer de manière forte, vous n’y arrivez pas. Attention,
trop de social tue le social. Ce ne sont pas des personnes extérieures qui peuvent faire leur
cheminement, ce sont les personnes elles-mêmes.
On n’a pas beaucoup avancé. Il est vrai que des gens en échec se retrouvent chez nous,
au P.A.C.T. Si on constate de nouveaux comportements, c’est dans les aspects techniques qu’on les
voit. Aujourd’hui, la plupart ont digéré le confort; en quelque sorte, ils ont acquis des technicités
64
mais ont perdu les valeurs de la solidarité qui faisaient l’esprit roubaisien : que se passait-il dans
les courées si ce n’est l’entraide ?"
Peut-on dire avec vous qu’ils ont gagné le chauffage central mais qu’ils ont perdu la
chaleur du charbon ?
"Oui, tout à fait, les gens ont besoin de chaleur pour vivre. Encore un point, vous savez,
je dis souvent qu’il faut 20 ans pour faire d’un enfant un homme. Il faut la durée mais il faut surtout
la participation de celui-ci, il faut qu’il soit acteur, sinon, on va dans le mur.
En tout cas, il faut rechercher dans la promotion sociale, ce qui fait grandir et, comme
pour l’éducation d’un enfant, c’est long et cela se fait avec du respect, de l’exigence et de
l’affectif".
Nous retrouverons Christian MONTAIGNE avec plaisir quand nous évoquerons les
lieux de vie du Pile: Chaleur humaine garantie.
Sans remettre en cause ce type d’action sociale, il faut le relativiser. Il apparaît qu’un
certain nombre de familles ont été suivies par des travailleurs sociaux durant plusieurs années et que
la ville et les sociétés d’aménagement ont assuré pour elles une aide financière près de 15 ans après
leur relogement. Et nous connaissons tous des familles qui, grâce à cette volonté et la persévération
des organismes, ont acquis un mode de vie en adéquation avec les attentes de cette politique.
Comme disent les travailleurs sociaux, "elles s’en sont sorties".
Le bilan officiel de la société d’aménagement fait état de 5 % de familles réfractaires
aux actions entreprises auprès d’elles et qui sont retournées vivre dans un milieu identique à celui
qu’elles venaient de quitter et pouvant être considérées comme irrécupérables par la société.
Et les travaux débutent. Expression consacrée à l'époque: on rase tout et on refait autre
chose.
"A la place, ainsi libérée, 1550 logements sont construits. Le long du boulevard de
Belfort s’élèvent 4 tours de l’Office Municipal d’H.L.M. L’opération Edouard ANSEELE a débuté,
il y a dix ans et on approche de la phase finale", lit-on dans les journaux de 1971.
Photographie la Voix du Nord 1971
65
A côté du centre commercial Roubaix 2000, dont nous parlerons, la Société Centrale
Immobilière de la Caisse des Dépôts (S.C.I.C.), qui a installé sa direction générale à Paris dans
l’immeuble Montparnasse, construit 4 tours de 19 étages qui formeront la résidence des aviateurs.
Mais tous ces bâtiments ne forment qu’une partie de l’ensemble de l’opération de rénovation
urbaine.
Les tours de la S.C.I.C., qui lancent vers le ciel leurs lignes verticales, sont hautes de 55
mètres ; elle offrent des appartements, à louer ou à acheter, d’un excellent standing où, selon la
presse de l’époque, tout a été parfaitement étudié et conçu pour vivre pleinement à l’aise :
agencement, décoration, revêtements, étage réservé à la vie collective…, bref des commodités
exceptionnelles qu’on n’a jamais vues à Roubaix !
Bien évidemment, les différences avec la population antérieure sont importantes, notent
les deux sociologues : les ouvriers sont partis et remplacés par des employés et des cadres ; la
population étrangère ne représente plus que 2 % : accéder à une H.L.M. était impossible et les tours
de la S.C.I.C. sont destinées à une toute autre population que celle des courées.
On peut dire qu’il y a sur-représentation des classes moyennes (cadres moyens et
employés) et sous-représentation ouvrière. "Il y a bien eu transformation sociale dans ce secteur de
Roubaix", concluent nos enquêteurs.
Composition socioprofessionnelle de la population active de l’îlot Edouard Anseele en 1968
En %
Immeubles
C.I.L.
450
logements
604 actifs
Immeubles
O.M.H.L.M.
450
logements
618 actifs
Patrons
indépendants
et
commerçants
Professions
libérales et
cadres
supérieurs
Cadres
moyens
Employés
Ouvriers
Autres catégories
socioprofessionnelles.
1,9
11,25
30,2
32,1
24,5
0,05
4,2
4,4
16,5
27,5
33,8
13,6
Michel CONSTANS, ancien adjoint au maire à l’urbanisme, habite une des quatre tours.
Pour lui, celles-ci constituent le meilleur rapport qualité-prix en terme de logement. Loin de manier
"la langue de bois", il reconnaît qu’il y a eu choix politique et volonté de modifier l’image de
Roubaix. Et c’est bien ce que concluent Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ en 1975 : "les tours
d’Edouard Anseele montrent le Roubaix de demain, à côté de l’usine MOTTE-BOSSUT, image du
Roubaix d’hier".
Signalons que ce château fort de l’industrie textile a failli être détruit. On a
heureusement considéré que son architecture avait une haute valeur symbolique.
Le H 13 que les Roubaisiens ont vite baptisé "l’os à moelle", est lui aussi devenu un
signal fort dans l’espace de la ville.
66
Avant d’aborder la construction de Roubaix 2000, tournons-nous une dernière fois vers
cette légendaire rue des Longues Haies, grande de 1100 mètres. Dans leurs écrits, Jean PIAT et
Jacques PROUVOST ont rappelé le souvenir de ces lieux mythiques :
• Le cabaret de la Planche Trouée
•
La boulangerie économique de l’Union, avec son panneau réclame en français et
en flamand. Fondée en 1892, elle compta jusqu’à 14 000 adhérents
•
•
•
Le local de la Croix Rouge et le dispensaire anti-tuberculeux
La maison de Saint Jean BOSCO
Les bains-douches municipaux créés en 1911 par la Caisse d’Epargne. Ils
accueillaient, à tour de rôle, les élèves des écoles communales
"A l’époque, le 1/3 des Roubaisiens pour le moins se lavaient sans eau courante. Sur la
façade, on pouvait lire un slogan : propreté donne santé", écrit Jacques PROUVOST.
Peut être, est-ce là le début d’une campagne hygiéniste qui prônait le rôle bienfaisant de
l’eau, de l’air pur et du soleil … campagne dont on peut voir les effets par ailleurs, comme la mise
en place de la colonie du Pont-Rouge et la création de l’Ecole de Plein Air.
"Disparaissent également le cinéma Florimond, rebaptisé le Roxy, le Moulin Bernard et
l’accueillante Tonne d’Or", note Jean PIAT.
Nostalgie !
67
Un nouveau commerce : Roubaix 2000
"15 000 m2, 1200 places de parking : à Roubaix s’achève la construction du plus grand
centre commercial urbain de la région".1
"Un ancien îlot insalubre va devenir, cet été, le centre d’attractions de Roubaix".2
Cette opération d’envergure fait les gros titres de la presse régionale et nationale.
On peut y lire aussi: "Il y a là 70 ou 80 boutiques, formant une longue galerie
marchande sur deux niveaux, où le chaland pourra se promener au milieu de jets d’eau, de fleurs,
de pelouses, à l’abri de la pluie et des voitures".
Nord-Eclair apporte des précisions :" Construit sur le modèle suédois avec les galeries
marchandes en plein air, le bâtiment est long de 240 mètres. Cette réalisation possède des atouts de
premier ordre : elle est située en plein cœur de la ville, et surtout, elle s’élève au-dessus d’un
parking souterrain à 5 niveaux pouvant contenir 1250 voitures. Un supermarché "locomotive" doit
s’installer sur 3 000 m2 et l’on pourra également profiter d’un cinéma de 300 places. Bref, on
trouvera tout ou presque".
On cherche un nom de baptême à ce centre promis au succès : ce sera Roubaix 2000 ...
car tous les espoirs sont permis. La Voix du Nord du 31 avril 1972 cite la profession de foi de l’un
des promoteurs : "Sur l’avenir, le centre commercial se montre sous son meilleur jour. Nous avons
tout pour réussir. Les clients ne demandent qu’une chose actuellement : pouvoir faire leurs courses
dans les meilleures conditions possibles et nous les leur offrons ; pas de problème, il y a assez de
place. Les voies piétonnières seront aménagées. Je vous le dis : d’ici quelques années, les
commerçants se bousculeront pour acheter la moindre cellule, ceux qui les auront ne voudront plus
s’en séparer".
L’inauguration a lieu le jeudi 28 septembre 1972. On célèbre cette double réalisation
importante pour Roubaix, le parking souterrain Anseele et le centre commercial Roubaix 2000:
"C’est l’aboutissement d’une longue opération de rénovation urbaine, la première en France à
toucher au but. Il a fallu 14 ans".3
Mais deux années plus tard, Claude VINCENT, dans Nord-Eclair, le 1er novembre 1974,
se pose des questions. "Malgré les rumeurs et les silences, le centre commercial peut-il réussir ?
Complot autour de Roubaix 2000 ?"
Dans un autre article, il écrit : "Deux ans après l’inauguration officielle, on doit
constater que beaucoup reste à faire ; 25 cellules restent vides, donnant un aspect désolé à
plusieurs secteurs".
Diable ! Et tout le monde de s’interroger sur ce que l’on considère déjà comme un échec.
N’y a-t-il pas eu des erreurs de conception, des causes conjoncturelles, au-delà d’un acte
authentique de volontarisme commercial ?
Le nouveau centre n’était pas prévu dans les plans initiaux de la rénovation de l’îlot
Edouard Anseele. On ne touchait pas à la rue de Lannoy qui traversait pourtant le périmètre du nord
au sud : les commerçants s’y étaient opposés.
Mais comme l’expliquent Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ dans leur thèse, cette
position évolue rapidement. C’est que le départ de la population du quartier et la baisse
d’attractivité des commerces, dûe aux chantiers et à l’apparition des rats, les mettent dans une
situation inconfortable. C'est pourquoi ils demandent à la municipalité d’inclure le secteur des
commerces dans la zone de rénovation.
L’idée du nouveau centre commercial est lancée, avec une double volonté, celle de
montrer l’image d’un commerce digne de Roubaix et celle de stopper l’hémorragie du pouvoir
d’achat hors de l’agglomération. Près de 50 % des achats des Roubaisiens se font dans les villes
voisines, particulièrement à Lille et en Belgique. Les promoteurs pensent que ce centre permettra de
récupérer au moins 15 % de cette manne qui s’expatrie.
Comme le dit Philippe WARET, Roubaix a toujours voulu résister à une dépendance
lilloise et garder sa population. "Déjà, en 1870, parce que tout le monde va au théâtre à Lille,
Roubaix crée le théâtre du Fontenoy," argumente-t-il.
1
Nord Eclair du 9 avril 1971
Le Figaro du 9 mars 1971
3
Voix du Nord du 29 septembre 1972
2
68
Victor PROVO se rend en Suède, où s’implantent les premières réalisations d’urbanisme
commercial. Visitant un tout nouveau centre, le maire de Roubaix aurait déclaré : "C’est cela qu’il
nous faut à Roubaix".
C’est la période où l’on n’hésite pas à se rendre hors de l’hexagone pour y trouver de
nouveaux modèles. On retrouvera cet engouement pour ce qui se fait à l’étranger lors de
l’élaboration des plans d’aménagement de l’Alma-Gare et des conceptions architecturales à mettre
en œuvre. Des habitants de l’Alma, conviés à visiter une réalisation belge dans la banlieue
bruxelloise, ont réagi comme notre édile municipal : " voilà ce qu’il nous faut", ont-ils dit.
Parallèle instructif ! Dans les deux cas, n’y a-t-il pas, loin du vécu quotidien,
éblouissement du regard, hypnotisme de la pensée, conduisant à croire que ce qui réussit ailleurs,
réussira chez soi ? Tout modèle est-il transposable?
La décision est prise. En attendant l’achèvement des travaux, les commerçants
obtiennent de s’installer dans une zone commerciale provisoire, le LIDO, à proximité du centre
ville. On connaît la suite.
Photographie aérienne Aéroport de Lesquin 11 septembre 1978. Archives municipales
Les raisons d’un échec ou le "ver était dans le fruit".
Elles sont de plusieurs ordres.
Notons tout d’abord le parti urbanistique choisi : le centre commercial a été construit sur
l’emplacement d’une route nationale qui empruntait le tracé d’une rue très commerçante, la rue de
Lannoy. " On a ainsi bouché l’un des axes importants de la ville, bloquant un courant naturel de
circulation", écrit de façon prémonitoire le journal Nord-Eclair du 5 août 1970.
En 1974, le même journal remarque que l’un des principaux handicaps du centre
commercial, reste sa difficulté d’accès. On n’a pas réussi à reconstituer le grand courant de passage
des piétons qui empruntaient la rue de Lannoy. Les constats sont éloquents : côté place de la
Liberté, le flot des voitures qui s’écoule et plusieurs feux rouges et passages cloutés mal commodes,
constituent une sorte de barrière infranchissable.
En ce qui concerne l’arrivée des voitures, on n’avait pas pensé à adapter les voies
amenant au centre et à son parking souterrain. Les 1 200 places sont sous-utilisées malgré le prix
modique du stationnement, 1 franc pour deux heures. " Les Roubaisiens n’en ont pas encore trouvé
le chemin", écrit avec humour un journaliste. Ajoutons que la culture du stationnement souterrain
n’est pas inscrite dans les habitudes des automobilistes des années 70.
69
Les articles sur le manque d’attrait de centre commercial abondent. " Il faut sortir le
centre de son état insulaire. Pour les piétons, comme pour les voitures, l’édifice apparaît bien
comme une île où l’accostage devient une aventure".1
" Les courants d’air, voilà l’ennemi ! Ils sont à l’origine de la mauvaise image de
marque du centre ; il est vrai que la bise souffle en s’engouffrant dans les galeries, cela n’a rien
d’agréable. Les promoteurs ont oublié que le vent, ça existe".
La Voix du Nord du 26 novembre 1975 assène le coup de grâce. " La conception de ce
qui devait devenir Roubaix 2000, fut confiée à une société parisienne, la S.O.G.E.C.O. qui crée un
bâtiment, certains diront un blockhaus, fort peu adapté à sa nécessité commerciale. On a plaqué un
centre commercial prévu pour Toulouse ou Perpignan, dans le Nord. Le bâtiment ouvert ne
convenait pas, c’est un euphémisme, aux rigueurs du climat de notre région".
Selon Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ, des raisons conjoncturelles viennent
s’ajouter à cette situation. La plus importante est que les hypermarchés ont réussi leur implantation.
Il nous faut évoquer ici le phénomène AUCHAN. Albert PROUVOST, dans son livre de
souvenirs, raconte les modestes débuts de ce géant de la grande distribution : " Au cours d’un
voyage aux U.S.A, Gérard MULLIEZ rencontre les responsables de la National Cash (une
entreprise qui fabrique des caisses enregistreuses pour supermarchés). Il s’y intéresse et
télégraphie à son fils de le rejoindre. A leur retour, ils tentent la grande aventure et ouvrent, en
1961 dans le quartier des Hauts-Champs, en association avec Michel SEGARD, un petit
supermarché dans une ancienne usine, avenue Motte. L’affaire n’est pas rentable ; c’est une
nouveauté à laquelle il faut s’habituer, mais surtout, Gérard MULLIEZ comprend que le
supermarché doit être construit sur une surface infiniment plus grande. Il achète en 1967, un
terrain de plus de 10 hectares à Roncq. Dès lors, AUCHAN attire les foules, l’enseigne prend son
essor".
Autre enseignement retenu, la présence des voies de circulation : la plupart des
hypermarchés se situent à proximité immédiate de voies express ou d’autoroutes, juste à la
périphérie des grandes agglomérations. Les implantations actuelles des diverses enseignes dans la
région en sont la confirmation. De plus, chaque hypermarché s’adjoint une zone commerciale dans
laquelle la presque totalité des biens de consommation sont proposés aux clients.
Le pouvoir d’achat quitte le centre des villes et s’échappe vers la périphérie où des
habitudes de consommation courante vont s’ancrer. Les Roubaisiens entreront dans ce schéma au
détriment de Roubaix 2000 mais aussi des commerces de proximité. Seules les couches les plus
aisées de la population continueront leurs emplettes à Lille.
La conclusion des deux sociologues est éloquente : " Force est de constater le caractère
illusoire de la politique de prestige représentée par l’implantation du centre commercial Roubaix
2000 ".
Roubaix 2000, un équipement ma conçu, mal desservi…
Histoire d’un échec.
1
Nord Eclair du 21 janvier 1974
70
Les TroisTrois-Ponts
L’urbanisation du secteur des Trois-Ponts sera la seconde opération d'envergure pour
Roubaix.
La décision d’entamer l’urbanisation du secteur dit "des Trois-Ponts"est prise par le
conseil municipal en 1957, peu de temps après l’engagement de la rénovation de l’Alma-Gare. Les
Trois-Ponts sont, en 1960, une des dernières zones rurales de Roubaix.
Cette opération s'inscrit dans un plan concerté pour Roubaix. Il s’agit alors de trouver
des solutions pour favoriser le relogement des habitants touchés par les zones de rénovation.
De même que les Hauts-Champs accueilleront une partie de la population du secteur
Edouard Anseele, les Trois-Ponts, pense-t-on, pourront accueillir la population du secteur AlmaGare.
Notons ici le rapprochement dans le temps des décisions municipales sur l'ensemble des
restructurations urbaines : l’Alma en 1956, Edouard Anseele le 14 janvier 1957 et les Trois-Ponts le
27 octobre 1957.
Sur cet espace de 23 hectares, où ne se trouvent que 360 logements et 10 commerces,
les champs et les exploitations maraîchères occupent la plus grande surface. Citons une enquête
parue dans un quotidien :
"Au lendemain de la
seconde guerre mondiale, on était
encore en rase campagne dans ce
secteur périphérique compris entre
le Pile et Carihem, non loin de la
commune encore peu urbanisée de
Leers. Du reste, on a longtemps
donné à l’actuel groupe scolaire
Pierre de Ronsard, situé à l’angle
de l’avenue de Verdun et de
l’avenue Julien Lagache, le surnom
bucolique d’école des vaches. Il est
vrai que les fermes ont longtemps
survécu
à
l’offensive
de
l’urbanisation."1
La dernière cense de
Roubaix, la cense Loridan, était
située rue de Charleroi, en face de
l’hôpital de la Fraternité, à deux pas
des Trois-Ponts. Rasée en 1993, elle
fut le dernier bastion des 112
fermes répertoriées à Roubaix en
1830.2
Photographie Nord Eclair 1962
A l’ouverture du Lycée de Garçons, en 1955, on a d’ailleurs découvert avec étonnement
cette immense zone marécageuse qui fit les délices de nombreux lycéens en mal d’expérimentation
scientifique sur les grenouilles et autres batraciens.
En ce qui concerne le nouveau quartier des Trois-Ponts, on ne peut pas parler d’une
opération de rénovation urbaine au sens strict mais bien d’urbanisation. Une procédure de Z.U.P. est
engagée sur les terrains nus en 1961. C’est l’époque où l’on assiste en France à une "fièvre
zupienne".
1
2
Voix du Nord 28 mars 2002
Nord Eclair : Maurice DECROIX 18 avril 1993
71
Les phénomènes démographiques, les besoins en matière de logement font surgir de
terre les grands ensembles. Comme le souligne l’article de la Voix du Nord du 28 mars 2002 : "Les
Trois-Ponts, c’est quasiment le seul quartier édifié à la verticale dans une ville construite à
l’horizontale".
La densification est certaine : plus de 1500 logements sont construits ; mais
l’urbanisation de ce secteur est également une opération équipement, ce qui est une des
caractéristiques des ZUP : on prévoit de nouvelles écoles, un centre social, une église, une crèche,
des espaces de jeux, un centre commercial… Notons que les retards en ce domaine seront
importants, ce qui n’empêche pas le maire de déclarer en 1968 : "Les Trois-Ponts : aujourd’hui une
nouvelle ville s’érige, un quartier dont nous serons tous fiers, les uns et les autres."1
A-t-on vraiment voulu y reloger les habitants de l’Alma, quartier situé à l’opposé de la
ville ? Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ font remarquer dans leur thèse sur la restructuration
urbaine à Roubaix que les seuls logements auxquels les habitants des courées peuvent accéder, et
encore, sont les P.S.R2, qui ne représentent que 24 % des logements du secteur. "Il faut ajouter,
écrivent-ils, que les retards pris dans l’opération de rénovation de l’Alma-Gare, n’ont guère
favorisé ce qui était considéré au départ comme une opération "tiroir" pour les quartiers nord de
Roubaix".
Finalement, l’urbanisation est mise en chantier en 1962, dans une période où, selon la
Voix du Nord, l’explosion démographique et l’avènement à l’âge du mariage des nouvelles tranches
de population, ont provoqué un mélange de générations favorisant une certaine mixité sociale. Le
journal se plaît à souligner que nombreux sont les "quinqua" d’aujourd’hui qui, dans leurs jeunes
années, ont habité les Trois-ponts.
Photographie la Voix du Nord 28 mars 2002
1
2
Déclaration de Victor PROVO au Conseil municipal du 20 mai 1968, citée par Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ
Programmes Sociaux de Relogement
72
Tout était neuf et avait plutôt belle allure. Et en effet, les tours, les barres, tous ces
immeubles collectifs construits en matériaux traditionnels comme la brique, offrent un exemple
d’urbanisme somme toute réussi, d’autant plus que l’on a pensé à l’espace. La photographie
aérienne du quartier montre bien ces grandes étendues engazonnées ou plantées d’arbres entre les
bâtiments. La densification n’apparaît pas pesante.
"Trente années plus tard, les observateurs s’accordent pour dire que le secteur des
Trois-Ponts est devenu un quartier à part entière ; la population a fini par prendre racine, on se
connaît, des liens se sont tissés. La ZUP s’est forgé une âme, les associations et leurs activités,
leurs programmes de festivités annuelles ont contribué à créer des lieux de rencontre et ont donné
au quartier une identité. La municipalité qui a regroupé en 1998, dans une Maison des Services : la
Mairie des Quartiers–Est, les services du CCAS, un bureau de poste, des antennes de l’ANPE, des
ASSEDIC, de la CAF, de l’EDF&GDF, du centre d’information des droits des femmes, des îlotiers
de la police municipale,… a favorisé cette démarche de proximité".1
Ajoutons que les bailleurs sociaux, propriétaires des logements, ont évité l’erreur fatale
de laisser se dégrader les immeubles. Des liftings ont lieu périodiquement, contribuant à effacer les
stigmates du temps et à fixer la population.
On le constate, un quartier ce n’est pas seulement des briques. Dans le cas des TroisPonts, semble s’être opérée une véritable alchimie locale.
Amine KEBE, étudiant en sciences de l’information et de la communication, cite dans
un mémoire2, plusieurs sociologues qui ont étudié la notion de territoire. Pour Isabelle
PAILLART3," un quartier existe quand on se reconnaît dans une quotidienneté, dans un espace
vécu où s’inscrivent des pratiques, des politiques, des cultures".
Pour BAKIS4, "le quartier est cette portion d’espace humanisé, fruit d’une construction
sociale. Le quartier renvoie à une appartenance émotionnelle, il est la "polis", la cité grecque où la
proximité permet une interaction démocratique".
Comme le soulignera l’A.P.U., dans le cadre de la rénovation urbaine de l’Alma-Gare,
" aussi beau le quartier soit-il, l’absence de politique économique, sociale et culturelle, élaborée à
partir de la vie des habitants, condamnerait le quartier à n’être qu’une expérience architecturale".
1
La Voix du Nord du 28 mars 2002.
Amine KEBE : DEA IUP INFOCOM Roubaix
3
Isabelle PAILLART : Territoire de la communication
4
BAKIS : mémoire 1990
2
73
L’AlmaL’Alma-gare et l’Almal’Alma-centre
Venons-en aux prémices de la troisième opération, celle dont on parlera le plus, l’AlmaGare.
Elle aurait dû être appelée opération
Fontenoy-Notre Dame, mais elle porte dans
l’histoire le nom d’Alma-Gare. Symbole des
luttes urbaines, ce quartier, découvert par les
médias en 1970, est aujourd’hui encore
considéré comme un modèle d’organisation des
habitants1. C’est leur action qui en constitue le
caractère exceptionnel.
Pour la première fois en France, on
va assister à l’élaboration d’un quartier avec
ceux qui y résident. En se donnant les moyens
de participer activement à la rénovation, les
habitants deviendront incontournables.
L’Alma-Gare change le regard des
hommes politiques sur la cité, de nouveaux
rapports s’établissent entre élus et habitants et
des processus politiques s’enclenchent dont
bénéficieront d’autres quartiers. On profitera
des acquis, on fera référence à l’Alma. En ce
sens, nous sommes tous des "enfants de
l’Alma", quitte, lorsque l’on parlera d’échec, à
"tuer le père".
Ce quartier a été un lieu de débat où le rêve et l’utopie n’ont pas été absents. Mais la
force de l’Alma, n’est-ce pas d’avoir posé les vraies questions?
Il n’est pas dans notre propos d’étudier l’histoire de l’Alma-Gare, un livre n’y suffirait
pas! Nous allons nous attacher plutôt à retrouver l’esprit de cette aventure à travers les idées de
l’A.P.F.2 et le parcours d’un couple de militants, Marie Agnès et Roger LEMAN, et nous
évoquerons les premières actions dès les années 1960, les enjeux de la création de l’A.P.U.3, son
fonctionnement, son impact face au pouvoir politique incarné par une nouvelle équipe municipale
d’Union de la gauche, dirigée par Pierre PROUVOST.
Par la suite, nous aborderons les processus participatifs qui ont abouti à un nouveau
cadre de vie urbanistique avec la prise en compte des caractéristiques sociales, économiques et
culturelles dans la rénovation urbaine. Nous n’oublierons pas l’intense débat autour de l’école la
mieux adaptée aux besoins du quartier, débat concrétisé par la réalisation du groupe scolaire Elsa
TRIOLET.
Nous poserons en terminant les fondations de ce que sera la "Politique de la Ville " et
évoquerons la mise en place des procédures D.S.Q., en partie inspirées par l’expérience de l’AlmaGare.
Foisonnement d’idées...
... Age d’or de l’Alma?
1
Isabelle GROC - Yvan DOUMENC: EXPERALLIANCE: étude entre habitants et institutions 1995
Association Populaire des Familles: mouvement national créé en 1952
3
Atelier Populaire d’Urbanisme
2
74
L’Alma-Gare est un des principaux quartiers ouvriers du nord de Roubaix et peu
d’éléments le distinguent des autres durant les années 1950-1970. Il connaît lui aussi un inexorable
déclin et la paupérisation y est forte. Quartier voisin, comme le Cul-de-Four, de la courbe du canal,
il est marqué par les effets de la mutation industrielle, les friches de l’Union en témoignent.
Selon Pierre LEMONIER, alors technicien chargé d’apporter son concours aux
habitants dans le cadre de l’A.P.U., " ce quartier est extrêmement pauvre. A l’époque, il servait de
laboratoire à la question de la pauvreté. Dans les années 1960-1970, on est encore dans la foulée
des Trente Glorieuses. L’Alma-Gare était un lieu où s’expérimentait la question de la grande
pauvreté, on y a fait des analyses du "reste pour vivre": Quand on a payé son loyer, son
assurance, son électricité,... que reste-t-il pour vivre? Ce reste se situait entre 10 francs et 40
francs par personne et par jour. "
A cette époque, la municipalité roubaisienne manifeste une volonté de reprise en main
de l’urbanisme. Dès 1955, on entreprend la toute première opération, modeste il est vrai, sur le
square Mulliez derrière l’Institut Turgot. En 1956, s’exprime l’intention de rénover l’Alma-Gare.
La période est favorable à ce type de projets. Selon Didier CORNUEL et Bruno
DURIEZ, dont nous avons souvent suivi les analyses pertinentes, l’état décide de réinvestir la
question du logement. " 1960 inaugure le début du système urbain en France. A la période des
années 50, dominée par les constructions de logements, phase de production quantitative, pourraiton dire, succède une phase plus qualitative (décret de 1958 sur la rénovation urbaine et loi DEBRE
sur les bidonvilles en 1964). Ainsi, l’Etat met l’accent sur le remplacement du vétuste, le problème
des courées devient un problème moral. "1
A l’Alma, Marie Agnès et Roger LEMAN, arrivés au Fort Frasez en 1962, vont
découvrir un quartier qui porte avec lui toute la misère du monde. Issus tous deux de familles
ouvrières catholiques, ils se sont engagés dès leur adolescence dans la J.O.C.
"A l’époque, j’avais 25 ans, Marie Agnès
23. On était jeunes mariés, on avait un
enfant. L’adaptation a été difficile: on
habitait une maison ancienne, sans confort,
avec de l’humidité par terre. De fil en
aiguille, on a très vite vu les problèmes de
logement: ici, 200 courées et 2000
habitants qui vivaient dans des conditions
épouvantables. On a rejoint les A.P.F., qui
deviendront plus tard la C.S.C.V. Dans le
même temps, on a été fortement marqués
par l’Hommelet, où déjà l’A.P.F. menait
des actions logements. A l’Alma, il n’y
avait rien. Pendant dix ans, on a travaillé
ensemble".
Photo Nord-Eclair2
Les A.P.F. ont une origine chrétienne, elles sont issues de la J.O.C. dont les principes
d’action sont: le voir, juger, agir. Pour Roger, le mouvement avait une méthode pédagogique
extraordinaire qu’il pouvait mettre en pratique dans sa vie professionnelle d’animateur pour jeunes.
"Regarde ce qui se passe autour de toi, qu’est-ce que tu en penses, qu’est-ce qu’ensemble on
peut faire?" L’exemple du local des jeunes de la Guinguette, construit par eux, sur l'initiative de
Roger et inauguré le 26 octobre 1963, est significatif.
Pour Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ, les A.P.F. conservent la marque de leur
origine. A Roubaix, où leur implantation est ancienne, elles ont constitué une base militante
composée essentiellement d’employés et d’ouvriers chrétiens, souvent proches de l’Action
Catholique Ouvrière et de la C.F.T.C.
1
2
Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ: Transformations économiques et restructuration urbaine
Invitation de Roger et Marie Agnès dans le cadre des petits déjeuners du Grand Hôtel
75
Isabelle GROC et Yvan DOUMENC le confirment de leur côté: " Les A.P.F. seront
marquées par le syndicalisme ouvrier et l’action ouvrière chrétienne. Cette double influence
contribuera à donner aux A.P.F. une orientation de revendication et de contestation."1
La plupart de leurs militants ne résident pas dans les courées; leur présence y est le plus
souvent le témoignage d’une action envers les plus défavorisés.
Roger nous a raconté l’histoire de la machine à laver. " Beaucoup de familles populaires
n’avaient pas les moyens de s’acheter une machine à laver automatique. Les A.P.F. ont eu l’idée de
mettre en circulation des machines montées sur des chariots moyennant un prix de location. Cette
idée était géniale car cela a fait entrer en contact plein de gens qui pouvaient parler de leurs
préoccupations et de leurs conditions de vie... "
Affinant leur analyse, Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ notent que les A.P.F. ne
sont pas un mouvement de population des courées; cependant, les actions qu’elles mènent ont un
effet de mobilisation important parmi les habitants de celles-ci. Les A.P.F. ne sont pas non plus un
mouvement spécifique de l’Alma: des groupes sont implantés dans beaucoup de quartiers de
Roubaix et dans les villes limitrophes. L'A.P.F. est une organisation nationale qui sera d’ailleurs
représentée au colloque sur les courées de Roubaix en 1969.
" Au cours des réunions, nous dit Daniel
DELEPAUT2, on travaillait à l’époque sur les
problèmes de logements et la résorption des courées.
On abordait bien sûr les problèmes de l’Alma; il faut
reconnaître que cela se faisait sur l’initiative des
militants de ce quartier. C’est en quelque sorte
l’Alma qui a catalysé le dynamisme. Mais la
résorption des courées, c’était partout à Roubaix,
cela touchait l’ensemble de la ville et les militants
A.P.F. venaient aussi bien soutenir les gens de
l’Epeule, par exemple au Fort Sioen, que ceux du
Fresnoy-Mackellerie ou de l’Hommelet. Je tiens à le
dire, il n’y avait pas que l’Alma."
Alors, pourquoi est-ce l’Alma qui est devenu ce fer de lance, ce phare des luttes
urbaines?
Apportons dès maintenant quelques éléments de réponses. Les habitants de ce quartier
veulent certes voir disparaître les courées insalubres, mais observent aussi ce qui est fait ailleurs.
L’opération Anseele est achevée, celle des Hauts-Champs se termine, celle des Trois-Ponts est
commencée, et ce dans le but d’accueillir une bonne partie des habitants touchés par la prochaine
tranche de résorption des courées. On sait que ce sera l'opération Alma-Gare. De ce fait, ce quartier
se trouve au centre des préoccupations des élus et des habitants. L’Alma devient un enjeu.
Marie Agnès et Roger qui travaillent sur le terrain, vont y jouer un rôle essentiel. Ils ne
sont pas seuls et beaucoup d’autres, qu'ils soient habitants ou personnes extérieures au quartier, vont
dans le même sens avec la double volonté de réfléchir sur cet enjeu et de se regrouper sur ce terrain
d’idées.
L’Alma deviendra le champ d’application des aspirations des habitants.
Les moyens utilisés par les A.P.F. sont divers, rapides et permettent une réaction
presque immédiate à l’événement. Elles agissent souvent au coup par coup et visent l’efficacité.
Isabelle GROC et Yvan DOUMENC soulignent que les A.P.F. prirent une grande partie de leurs
inspirations dans la tradition syndicale française: " Celle-ci demeurait le modèle par excellence de
la colère des petites gens face aux grands. "
1
Ouvrage cité
Militant de Moulin Potennerie, président du Comité de quartier créé en 1977, il sera, en 1987, le premier président de
l'Association Inter-quartier de Roubaix (A.I.R.)
2
76
De plus, et nous le verrons en filigrane tout au long de notre étude, les A.P.F. font du
local, de la proximité, et savent utiliser les médias qui deviennent vite un outil, un moyen de
pression.
En mai 1967, l’action s’organise au Fort Frasez qui demande des réparations pour 160
maisons. Une banderole est accrochée à travers la rue: "Urbanisation, oui. Mais quand et pour qui?
Roubaisiens, dans votre ville, des maisons s’écroulent. Nous attendons depuis 3 ans des
réparations".
Les problèmes d’eau sont fréquents
dans les courées : un compteur
collectif = difficulté de repérer les
fuites sur le réseau + impossibilité de
la répartir les coûts = non-paiement
des factures = coupure.
De
nombreuses
actions
de
revendications prendront la presse à
témoin.
Ici, la cour Dewailly à l’Epeule.
Mais, la plus médiatique fut celle
réalisée, en 1976, par les habitants de
l’Alma et les militants des A.P.F, qui
constituèrent une chaîne des seaux de
la Grand Place jusqu’à la courée.
Il en a fallu du monde, mais quel
succès !
En 1969, les A.P.F. lancent une campagne sur le droit au logement pour tous. Plusieurs
centaines de personnes manifestent. Marie Agnès LEMAN évoque cette action qu’on a appelée la
manifestation des mal-logés: "On était 800. C’était la première fois qu’il y avait une manifestation
aussi importante sur les quartiers nord. On avait en 1969 acquis le principe que c’étaient les
habitants eux-mêmes qui disaient leurs problèmes. La manifestation s’arrêtait dans les courées et
les habitants prenaient la parole. Je crois que c’est la première fois qu’il y avait une action de ce
genre où les gens exposaient eux-mêmes leurs préoccupations. On avait eu beaucoup
d’intervenants qui pensaient pour nous, faisaient pour nous. Là, on avait une prise de conscience
des gens".
Roger ajoute que l’idée des A.P.F. a toujours été de faire participer les habitants:
"L’action des courées, c’est ça qui va ancrer notre histoire dans l’Alma".
Evoquons à présent les mouvements sociaux qui ont pris naissance à Roubaix et dont la
période clef fut l’année 1969. Nous nous référerons aux analyses d’Isabelle GROC et d’Yvan
DOUMENC, à la chronologie des luttes développées dans : "Roubaix Alma-Gare: lutte urbaine et
architecture"1, et aux nombreux écrits mis à notre disposition à l’Observatoire Urbain. Nous nous
attacherons à faire intervenir le plus souvent possible les acteurs de l’époque, militants, élus
politiques et techniciens.
Les analystes s’accordent pour souligner que ces mouvements sociaux ont été
déterminants dans la mise en place des structures de résorption de l’habitat insalubre, à Roubaix
mais aussi sur le plan national. L’année 1969 changera les regards: on parlera de l’Alma.
1
Edition de l’atelier d’Art Urbain. 1982
77
En 1968, la presse s'intéresse plus à l’opération des Hauts-Champs qui se termine et
Nord Eclair lui consacre plus de 10 pages en peu de temps. Si la municipalité a annoncé en conseil
municipal sa volonté de faire disparaître les courées de l’Alma, tout reste flou en ce qui concerne les
modalités économiques, d’autant plus, écrivent Isabelle GROC et Yvan DOUMENC, que : "
Roubaix se trouve en contradiction avec l’Etat qui porte son effort sur la ville nouvelle de
Villeneuve d’Ascq, à moins de 15 kilomètres. La ville nouvelle doit passer avant la résorption des
courées".1
Pierre LEMONIER, qui deviendra Directeur Général des Services au Conseil Régional,
le confirme: "La création de la Communauté Urbaine de Lille en 1967 ne change rien à ce refus.
La C.U.D.L., moins sensible à la pression des quartiers, donne la priorité aux grandes
infrastructures." Ce que Jean Luc SIMON corrobore2 :" A cette époque, la ville n’avait aucune
compétence d’urbanisme. Il fallait se battre pour créer cette notion de rénovation urbaine et
obtenir des moyens. Ailleurs, on reconstruisait les centres-villes qui avaient été bombardés. On
bâtissait aussi dans les zones à betteraves. Nous, ici, on avait une ville coincée, un centre-ville
coincé, cerné d’habitations insalubres. Ailleurs, c’était la reconstruction; nous, à Roubaix, on va
créer la rénovation urbaine".
Les mouvements sociaux ont pour unique thème en 1969: "il faut détruire les
courées". Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ en distinguent quatre: le mouvement C.I.L, le
colloque sur les courées; les manifestations des A.P.F. et le mouvement du journal Liberté. Nous
nous attacherons à voir en quoi ils ont été déterminants.
L’enjeu du mouvement C.I.L. est d’obtenir l’extension de l’application de la loi DEBRE
pour la résorption des bidonvilles, aux courées de Roubaix.
En voici le texte: " Tout terrain sur lequel sont utilisés aux fins d’habitation, des locaux
ou installations insalubres, impropres à toute occupation dans des conditions régulières d’hygiène,
de sécurité et de salubrité, peut être exproprié".3
Jacques CHABAN-DELMAS, alors 1er ministre, a d’ailleurs lancé en juin 1969, "la
croisade des bidonvilles". Un débat s’engage, qui donnera naissance à la loi pour la rénovation de
l’habitat insalubre, la loi VIVIEN en 1970.
Les courées seront considérées comme des bidonvilles, ce qui facilitera les opérations
de destruction et de construction. "Dès lors, explique Jean Luc SIMON, se dégage l’idée
d’appliquer la loi VIVIEN à la métropole Nord et de créer un organisme qui va gérer toutes les
opérations de démolition: pour les responsables du C.I.L, cette structure doit être centralisée afin
d’avoir seule, l’initiative des opérations et de pouvoir percevoir directement les fonds nécessaires.
Ce sera l’ORSUCOMN4 créé le 20 novembre 1969".
Parallèlement se met en place à Roubaix le colloque sur les courées. Didier CORNUEL
et Bruno DURIEZ rappellent qu’à l’origine du mouvement se trouvent un nombre important de
responsables d’organisations, rassemblés pour une solution humaine aux problèmes des courées. Du
syndicat patronal à la C.G.T, 22 associations prennent pour thème: "Tous unis pour le sort de
Roubaix".5
On affirme l’apolitisme du mouvement, ce qui déplaît au P.C. qui clame dans les
colonnes du journal local Liberté, que traiter de ces problèmes tout en criant en même temps:
surtout pas de politique, c’est se refuser à en chercher les véritables solutions.6
Toutefois, écrivent nos deux sociologues, le mouvement n’est pas sans lien avec une
initiative d’André DILIGENT, alors adjoint centriste (ex MRP) chargé des affaires économiques.
L’élu invite à Roubaix des représentants de la presse nationale7 à deux journées d’étude sur
1
Experalliance: ouvrage cité
Jean Luc SIMON: militant sur l’Alma, chef de projet PLDS Pile, 1983-1989 puis DSQ secteur 2, 1989-1995
3
CIL des Roubaix-Tourcoing: Pact de Roubaix et environs: situation du logement à Roubaix
4
ORganisme pour la SUppression des COurées de la Métropole Nord
5
Commission de travail du colloque
6
Liberté: novembre 1969
7
Le Monde. Le Figaro. L’Express. Les Echos. France Soir.La Vie Française. Usine Nouvelle. Les Affaires. La
correspondance de Presse. Direction les Collectivités Locales. Het Volk: cité dans Transformation économiques et
restructuration urbaines
2
78
l’évolution industrielle de l’agglomération et sur le problème des courées. Nous avons déjà évoqué
ces articles de journalistes, en état de choc, qui s’attacheront à présenter à grand renfort
d’expressions réalistes des décors de cauchemar: "30 000 personnes dans des clapiers", titre le
Nouvel Observateur du 21 juillet 1969. Un journaliste du Monde fera plutôt dans le pathétique: "Ce
bambin malingre en haillons, les pieds nus, me semble surgi d’Oliver TWIST. Du fond de la maison
vient la voix forte de l’ouvrier qui a trop aimé la cervoise. "Ce qui peut paraître outrancier, voire
indécent : tout le monde ne peut être Victor Hugo.
La visite de Jacques CHABAN-DELMAS à Roubaix le 3 mars 1972, s’inscrira dans ce
processus de prise de conscience. Terminant sa visite, au sortir d’une courée, 139 rue du Fort, il
s’exclamera: "Ben mes enfants, qui n’a pas vu ça, n’a rien vu! "1
En cette année 1969, les A.P.F. mènent de nombreuses actions dont celle sur les mallogés. Marie Agnès raconte: "Lors de la manifestation des mal logés, on a été en délégation de
l ’Alma à Paris. On a été reçus par Jean Pierre VIVIEN alors Secrétaire d’Etat au logement avant
Jacques BARROT. Pour moi, l’Alma, c’était Paris. C’était là que tout se décidait. Et plus tard,
André DILIGENT aidera beaucoup à cela. "
Les A.P.F. mettent en avant des thèmes humanistes: "l’A.P.F. ne sera jamais d’accord
avec une société qui ne reconnaît pas l’homme. "2
De plus en plus, ce mouvement va associer les habitants à la définition de leur
logement, mais aussi à tout ce qui gravite autour: équipements scolaires, culturels, sanitaires et de
loisirs. "Un quartier, ce n’est pas seulement des briques", dira bientôt l’A.P.U. "Dès lors, les A.P.F.
se présentent explicitement comme politiques", notent Didier CORNUEL et Bruno DURIEZ.
Les choses semblent avancer. La presse locale n’hésite pas à annoncer: "Alma-Gare, les
espoirs se précisent quant à la réalisation en 1971". La loi VIVIEN est votée et l’Etat met en place
les procédures de R.H.I.3 Le conflit entre municipalité et Etat (courées - ville nouvelle) prend fin.
On programme des opérations de démolition. Mais selon Pierre LEMONIER, l’affaire
s’engage mal, on est toujours dans un flou extrême. Personne ne sait ce qu’on va reconstruire. Il ne
s’agit que d’une procédure de libération des sols et on ignore presque tout du réaménagement et de
la reconstruction.4
Cela amènera l’inquiétude des habitants.
En septembre 1970, ils bloquent à plusieurs reprises les bulldozers dans leur démolition
anarchique. La Voix du Nord du 26 février 1971 évoque la démarche effectuée à Paris par Victor
PROVO auprès du service de l’Aménagement du Territoire. Pour lui, le dossier est maintenant bien
engagé. Victor PROVO précise dès le départ que l’opération Alma-Gare ne serait en rien
comparable à l’opération Edouard Anseele. Il ne s’agit pas de faire table rase mais de remodeler. Il
avait d’ailleurs employé le mot de curetage. Dans la Voix du Nord du 27 février, il répond aux
critiques sur l’état d’avancement du dossier. Pourquoi ce retard? "A chaque changement de
ministre, explique-t-il, il faut réviser le dossier pour répondre à l’attente des ministères, car les
ministres n’ont pas tous la même conception de la rénovation urbaine".
Le 4 mars 1972, la Voix du Nord écrit: "Le quartier de la longue patience attendra-t-il
encore longtemps sa rénovation? Depuis 10 ans l’inquiétude règne sur le quartier Alma-Gare. En
effet, c’est le 7 mai 1962 que le conseil municipal acceptait la désignation de monsieur VETTER,
urbaniste, pour procéder à une étude de détail de l’îlot Notre Dame, Gare, Alma. Le 9 juillet, cette
étude portait sur 38 hectares et la ville attendait l’indispensable feu vert. Pendant ce temps,
d’autres études ont suivi: la surface est passée à 50 hectares, puis à 58. Mais l’habitat se
dégradant, de nombreuses familles quittèrent le quartier. Un malaise grandissant s’installa chez les
commerçants qui n’arrivaient plus à céder leur fonds de commerce. "
1
Source: Observatoire urbain
Tract A.P.F. 1969
3
Résorption de l’Habitat Insalubre
4
Source: Experalliance
2
79
Le 19 décembre, Nord Eclair titre: "La rénovation urbaine de l’Alma-Gare
commencera par le destruction des courées de la Guinguette".
Puis le 5 juillet 1973 : l’opération Alma commencera en octobre ou en
novembre".
Le 19 juillet 1974, on lit: "L’Alma-Gare, c’est parti, ce secteur va bientôt être
rayé de la carte ".
Le 9 juillet 1975, toujours dans le même journal: "13 ans après, l’opération
Alma-Gare va entrer dans sa phase active ".
Et le 13 octobre 1977: "A l’Alma, c’est enfin parti. Elus, techniciens et
population sont désormais d’accord sur le principe d’aménagement du quartier
de l’Alma ".
Photographie Nord-Eclair vendredi 22 décembre 1972.
80
1962-1977, chronologie pesante, comme la longue marche vers un horizon qui recule
au fur et à mesure qu’on avance…Incertitude, inquiétude, indignation …et mobilisation. Car les
militants ne restent pas inactifs, les positions vont s’affirmer, les habitants vont s’organiser et se
donner les moyens de peser sur la rénovation de leur quartier.
Roger LEMAN et Marie Agnès reviennent sur ces années-là : "On a été marqués par
l’opération des Longues-Haies. Tout a été rasé, les habitants ont été chassés et sont partis dans
d’autres quartiers de Roubaix. Personne n’est resté sur place. Quand le maire a décidé que les
courées de l’Alma allaient enfin disparaître, on s’est dit : on a compris, on va être mangés à la
même sauce ; on va essayer de réagir, de s’organiser pour éviter de quitter le quartier. Une
rénovation, d’accord, mais au service de la population. Ne pas être disséminés, conserver la vie qui
existe dans le quartier avec les personnes âgées et les nombreux immigrés".
Ce que Pierre LEMONIER confirme de son côté : "Démolition des courées, oui,
démolitions des relations sociales existantes sans contrepartie de même nature, non !" Ces propos,
cités par Isabelle GROC et Yvan DOUMENC, montrent bien que, peu à peu s'exprime la volonté de
peser sur le devenir, de participer à la construction d’un nouveau cadre de vie.
En 1972, au cours d’une réunion des A.P.F, les habitants souhaitent la création d’un
atelier d’urbanisme pour être tenu informés et associés aux projets. Le discours s’élargit : en 1973,
les A.P.F. affirment le maintien sur place comme priorité absolue. Disons-le, les LEMAN voient
leur travail porter ses fruits. Pendant des années, ils sont allés sur le terrain, ils ont patiemment
convaincu les habitants que, pour avoir un logement décent, il ne faut pas rester isolés ; ils ont
gagné la confiance des gens.
Après deux ans de fonctionnement informel, l’A.P.U se constitue officiellement en
1974. " Il est clair que les militants A.P.F veulent faire de l’urbanisme, de l’invention. La reprise du
terme urbanisme dans le sigle n’est pas innocente", écrivent Isabelle GROC et Yvan DOUMENC.
L’A.P.U va dès lors élaborer sa stratégie. Il deviendra un lieu d’animation et un outil.
Arrêtons-nous sur sa composition. A sa tête, on trouve Marie Agnès et Roger LEMAN,
militants issus de la J.O.C, des militants gauchistes et écologistes comme Joël CAMPAGNE et
Christian CARLIER .
Et ça fonctionne !
Les deux chercheurs d’Experalliance, s’appuyant sur des entretiens avec de nombreux
acteurs de l’époque, apportent de pertinentes analyses sur ce qui peut paraître comme une alliance
contre nature. " L’unité de l’A.P.U ne vient pas d’un corpus idéologique cohérent, mais d’un
respect mutuel. La diversité qui aurait pu créer d’insolubles contradictions internes, a su, au
contraire, donner au mouvement de la force : les idéologies se nourrissent les unes les autres,
chacun y trouve son compte… Une des grandes originalités de l’A.P.U, c’est que ses leaders ne
sont pas des intellectuels, ils ne théorisent pas sur le sort des classes laborieuses, ils sont euxmêmes issus de cette classe et sont en phase avec les habitants". L’A.P.U, avec pragmatisme, reste
lié aux problèmes quotidiens.
" Il faut souligner que l’A.P.U., étant une structure ouverte, explique Roger LEMAN,
on se réunissait tous les mercredis soirs. Venait qui voulait, la démocratie était directe, on
accueillait tous les points de vue. La discussion était politique. Notre slogan était : on agit, on
réfléchit, on construit".
Pour Slimane TIR, ancien militant de l’Alma, " les réunions du mercredi soir créaient
un lieu de permissivité, toute idée pouvant s’y exprimer. Chaque projet individuel d’habitant y
trouvait un contexte favorable".
Et pour Olivier QUEROUIL1 :" Cette forme pratique de la démocratie directe qui
complique le pouvoir, qui amène des difficultés à gérer un lieu peu structuré, était en même temps
une force. Ce qu’on appelait l’Atelier Populaire d’Urbanisme, ce n’était pas du tout une
organisation politique, c’était un forum, c’était un arbre à palabres".2
1
2
Chef de projet P.L.D.S . de l'Alma 1980-1990
Interviews cités dans Experalliance
81
Toutefois, pour Christian CARLIER1, cette agora grecque relevait en partie de l’utopie :
" Ca ne s’est jamais appliqué de façon idéale, ça s’est appliqué dans le conflit, les contradictions
des uns et des autres. Mais ça a été un moyen pour beaucoup de gens de se parler, de s’échanger
des choses et d’intervenir. C’est phénoménal à ce niveau-là ! "2
Venons-en à l’attitude de la municipalité qui sera déterminante dans l’ancrage de
l’A.P.U. et de la mobilisation des habitants. Certains acteurs, comme Joël CAMPAGNE3, parleront
du mépris apparent des élus, d’autres comme Pierre LEMONIER, de maladresse.
Or, l’A.P.U., de par sa capacité d’accueil, d’écoute et de réflexion, de par la volonté
commune de son équipe dirigeante d’agir et de construire, est devenu ce qu’il faut bien appeler, une
force politique capable de recevoir la colère des habitants et d’interpeller le maire en disant : "Vous
ne ferez pas ce que vous avez décidé de faire sans consulter la population".
La municipalité, qui a réalisé Edouard Anseele-Roubaix 2000, les Hauts-Champs, les
Trois-Ponts, et qui entreprend avec les moyens de l’Etat, cette fois, l’opération Alma-Gare, achoppe
à l’évidence sur ce projet. Elle se retrouve face à un mouvement qu’elle n’envisageait pas.
Reportons-nous dans le contexte municipal roubaisien sous les mandats de Victor
PROVO.
Comment se prenaient les décisions ?
Quel était le regard des élus sur la cité ?
Pour Michel BAUDRY, qui fut conseiller municipal de 1965 à 1977 puis adjoint aux
quartiers en 1983 sous André DILIGENT, on était, dans ces années-là, aux antipodes de ce qu’est
aujourd’hui un conseil municipal. "Il y avait parfois 100 questions à l’ordre du jour ? Victor
PROVO se levait, solennel. Point N° 1, procédure d’urbanisme, point N° 2, procédure de
démolition, point N° 3, procédure d’urbanisme …On n’avait rien à dire, rien à discuter.
D’ailleurs, on ne savait pas grand-chose, ce n’est qu’à la fin que l’on pouvait demander un
éclaircissement. Tout était préparé à l’avance. En fait, les décisions étaient prises par quelques
élus, les services techniques, et c’était entériné par les politiques. On nous demandait plus une
approbation qu’une adhésion.
Et puis, il faut dire qu’à l’époque, de par la loi électorale, passait une liste complète. Il
n’y avait pas de raison de s’opposer au maire. Voilà ce qui m’est resté : solennel et préparé à
l’avance. D’ailleurs, la C.U.D.L. sous Augustin LAURENT, fonctionnait de la même manière".
Durant cette période, la manière d’appréhender les choses est fondamentalement
différente de celle d’aujourd’hui. Tout procède de la volonté municipale. C’est le maire qui
entreprend l’opération des Trois-Ponts pour reloger les personnes de l’Alma. Les conseillers sont
peu consultés, alors les habitants ! Tout se décide sans eux, pour eux. Les élus sont là pour le faire.
Aussi, quand les militants des A.P.F. déploient une banderole contestataire lors d’une
séance du conseil municipal, Victor PROVO en est indigné et ne peut l’admettre. "Retirez ça tout
de suite", dit-il.
Il est évident que lorsque la municipalité démarre en 1970 les premières destructions à
l’Alma-Gare, elle fonctionne sur le schéma des opérations précédentes, elle travaille sur ce quartier
comme elle l’a fait ailleurs: on rase et on déplace les gens.
Et quand les A.P.F. organisent des meetings et préparent dès 1972 un contre-projet,
quand l’A.P.U. parle d’urbanisme, les édiles tombent de haut. C’est d’ailleurs de l’élaboration de ce
contre-projet des A.P.F. que naîtra l’A.P.U., afin de ne pas laisser impunément le projet municipal
se mettre en place.
Les problèmes de communication proviendront également, à notre sens, de la perception
du rôle de chacun. Victor PROVO ne considère pas admissible qu’un non élu fasse une politique
d’élu. C’est remettre en cause l’appareil municipal. La politique est tant soit peu chasse gardée.
Partager le pouvoir avec des non élus, c’est accepter une expression différente, un droit de regard
sur le fonctionnement des services, le rôle des techniciens… Le mandat électoral a souvent dispensé
de rendre compte, et les pratiques de la démocratie directe qui ont émergé en 1968, ne sont pas
monnaie courante. Les partis politiques comme les syndicats n’ont pas toujours intégré cette
dimension nouvelle. La reconnaissance de l’autre, femme, enfant ou simplement citoyen, demande
1
Premier permanent-habitant de l'A.P.U.
Experalliance
3
Directeur de la Régie Technique de l'Alma
2
82
un effort de remise en cause des pratiques antérieures. Cela n'est jamais facile, que l'on soit maire,
élu, enseignant ou simplement citoyen.
Les édiles ont, jusqu’alors, rarement fait de la politique de proximité. Quand Pierre
PROUVOST et son conseil municipal viennent visiter l'Alma, c'est en autocar qu'ils parcourent le
quartier. Pourtant, ils innovent de nouvelles relations avec les habitants.
Cependant, les élus ne sont pas inactifs, et lorsque Victor PROVO, Léonce
CLERAMBEAUX et Pierre MAUROY vont au ministère de l’Equipement en 1972, ils ont la
volonté de faire avancer le projet élaboré pour l’Alma. Mais l’A.P.U. ne l’entend pas ainsi et
interpelle la municipalité.
Joël CAMPAGNE se souvient : "On a dit : Qu’est-ce que vous allez faire ? On
résistera, vous ne déciderez pas sans nous. Alors Léonce CLERAMBEAUX est venu présenter le
projet, lors d’un de ces fameux mercredis soirs. Il est arrivé en vieux militant socialiste, un peu
dédaigneux, mais il est venu. Il nous a exposé le projet de ZUP, car c’était bien une ZUP qu’ils
proposaient, ils rasaient tout et ils disaient : vous verrez, c’est quand même mieux des logements
clairs et aérés, que les courées sombres et insalubres. Mais c’était un quartier clés en mains,
classique comme on en faisait à l’époque. Et nous, on a répondu : on n’en veut pas".1
C’était la première fois qu’un élu se trouvait dans cette situation, face à face en direct
avec des habitants mobilisés. Aucun n’était préparé à un tel choc ! Un témoin d’alors se souvient
que Léonce CLERAMBEAUX sortait extrêmement pâle de ces réunions mensuelles auxquelles il se
soumettait. A sa mort, en 1984, un journaliste publia un article qui, replacé dans le contexte, apporte
un éclairage intéressant : "Léonce CLERAMBEAUX mettait un point d’honneur à montrer que la
mairie était capable de dialoguer. Le mérite de celui-ci a été de jouer le jeu et de préparer ainsi le
chemin à d’autres qui seront élus en 1977 sur la liste de Pierre PROUVOST".
Alors, du mépris, nous ne le croyons pas. Pour notre part, nous préférons parler, sinon
de maladresses, du moins d’inexpérience. Les élus ne dialoguaient pas spontanément. Ils n’en
avaient pas l’habitude, ils auront du mal à le faire avec l’A.P.U, ils apprendront à travailler avec
d’autres. La municipalité comprendra que ce n’est pas parce qu’on partage le pouvoir qu’on ne l’a
plus.
Venons-en aux démarches qui ont conduit l’A.P.U. à faire de l’Alma une expérience
unique en France : pour la première fois, la population d’un quartier obtient l’aide de techniciens
désignés par les pouvoirs publics pour traduire en plans et maquettes les idées et projets émis par les
habitants.
" Lors de réunions du mercredi soir, explique Roger LEMAN, on réfléchissait à la
question : qu’est-ce qu’un quartier ? On discutait réhabilitation, urbanisme… Des idées irréalistes
sortaient: les uns voulaient quatre pièces, les autres demandaient un balcon… On s’est dit : il y a
des éléments techniques qui nous échappent, on n’est pas formés, on n’a pas les compétences pour
comprendre les problèmes et lutter à armes égales avec les administrations ; il nous faudrait l’aide
de spécialistes des questions urbaines et d’un architecte ; en tout cas, seuls, on ne s’en sortira
pas !"2
Et l’A.P.U. se tourne vers l’Etat pour obtenir une aide financière et technique. André
DILIGENT, qui "sent bien les choses", selon Roger, organise une rencontre avec le Secrétaire
d’Etat au Logement, Jacques BARROT. "Il a été séduit par notre idée, commente Marie Agnès qui
bien sûr faisait partie de la délégation. Et trois mois plus tard, on avait son accord : l’Etat acceptait
de faire un contrat, de donner une aide financière à une équipe de techniciens parisiens qui
viendraient sur le quartier de l’Alma".
Décidément, l’Alma devient un terrain d’étude attractif. Jean Luc SIMON se rappelle un
entretien qu’il a eu à cette époque avec Françoise GALLO, philosophe de formation, qui avait
travaillé en 1969 à l’agence de l’urbanisme de Dunkerque sur la question de la participation des
habitants : elle demanda à rencontrer les LEMAN pour leur proposer les services de sociologues.
Les outils se mettent en place, la mission d’étude est confiée à un bureau parisien,
l’ABAC, composé de trois architectes, de deux sociologues et d’un juriste. Les objectifs sont clairs :
1
2
Source : Experalliance
Interview de Roger et Marie Agnès LEMAN en 2002.
83
" Puisque la population doit donner son aval à tous les projets qui intéressent le quartier, qu’elle
puisse le faire en toute connaissance de cause, avec le maximum d’informations et de conseils".1
Il s’agit réellement d’un événement inédit : pour la première fois, les habitants peuvent
participer à la création de leur quartier. Ils ont une source d’informations qui leur est propre, ils
disposent de soutiens techniques nécessaires à la mise en forme de leurs projets.
Roger LEMAN peut conclure : " Il régnait un malaise dans l’habitat à trois niveaux.
Les hommes politiques n'étaient pas fiers de leurs réalisations, les techniciens étaient malheureux
de voir leur métier dénaturé par le manque de contact avec la population, les habitants n'étaient
pas contents car les logements ne correspondaient pas à leurs besoins. Eh bien, c’est la première
fois en France qu’on a tenté de réconcilier ces trois niveaux".
Les techniciens vont travailler avec la population et le pouvoir politique va suivre cette
innovation de très près.
Les chemins du militantisme.
Nous les avons cités à maintes reprises au cours de ces dernières pages. On les aime, on
les supporte. Ils forcent l’admiration, ils agacent. Tout au long de ces années, Marie Agnès et Roger
LEMAN jouent un rôle considérable et ne laissent personne indifférent. Essayons de cerner leur
personnalité au travers des nombreux témoignages que nous avons recueillis.
Couple historique, présent sur le terrain depuis 1962, Marie Agnès et Roger ont assuré
un travail de proximité, allant frapper à toutes les portes, répétant inlassablement les mêmes
discours. Pièces rapportées, comme le dit elle-même Marie Agnès, ils ont su gagner la confiance
des gens, en vivant au quotidien dans le quartier.
Pour Joël CAMPAGNE, "Les LEMAN étaient de vrais habitants du quartier et c’étaient
eux qui connaissaient le plus de monde. Il y avait un certain respect pour eux".2
"Toujours en première ligne, ils ont été solides dans
leurs engagements, ils ont tenu bon, nous dit Daniel
DELEPAUT. Certes, ils n’étaient pas seuls, mais il faut
reconnaître qu’ils avaient un charisme exceptionnel. Je pense
que s’il n’y avait pas eu dans ma vie un moment où j’ai
rencontré les LEMAN, je n’aurais jamais été militant, ou alors,
j’y serais arrivé par une autre voie, je ne sais pas. Pour moi, ce
sont vraiment des éclaireurs qui marchent, qui montrent le
chemin. Je voudrais ajouter que lors de meetings, de réunions,
Marie Agnès n’hésitait jamais à intervenir, au besoin
vigoureusement, et un surnom lui est resté : la pasionaria ! "3
Nous pouvons relater un événement, significatif du
charisme de Roger et de la fougue de Marie Agnès: "Lors du colloque qui s’est déroulé à SaintFons, dans la banlieue de Lyon, les Roubaisiens s’y étaient rendus nombreux, et tous les quartiers
en P.L.D.S. étaient représentés.
Premier fait marquant, sur l’initiative de Roger, nous ne nous sommes pas intégrés
dans les groupes de discussion prévus au planning, la spécificité roubaisienne n’y trouvant pas son
compte.
Second fait marquant, lors de la réunion de synthèse présidée par Georgina DUFOIX,
Ministre des Affaires Sociales, la salle était tant soit peu houleuse. Les discussions avaient quelques
difficultés à s’organiser et un malaise alourdissait l’atmosphère. Evidemment, la synthèse du
groupe de travail sauvage mené par les Roubaisiens n’était pas envisagée et la présidente de
séance tentait laborieusement de faire entendre sa voix, malgré une sono efficace.
1
Nord Eclair : 14 janvier 1977
Experalliance : ouvrage cité
3
Ecriture reconnue par le Littré
2
84
Marie Agnès, au premier rang, s’est levée, tournant le dos à l’estrade officielle, elle a
pris la parole d’une voix claire et puissante. Le silence s’est fait très rapidement et l’auditoire d’un
demi- millier de personnes a écouté attentivement ce que les habitants de Roubaix avaient à dire!"1
On entendait parler Marie Agnès et on en parlait.
Roger aime raconter cette anecdote :" Lors d’une réunion qu’on avait organisée au
P.A.C.T. sur des problèmes dans des logements, la première question posée par Pierre DUBOIS,
qui en était le directeur à l’époque, a été :
Madame LEMAN est-elle là ? Il paraît que cela
fait encore sourire Pierre DUBOIS, aujourd’hui
adjoint au maire, et maire des quartiers sud avec
comme conseillère déléguée, Marie Agnès ! "
"Une des forces de l’Alma, ajoute
Roger, c’était le dynamisme des femmes. Outre
Marie Agnès, je pense à Thérèse CARRETTE et
Anne Marie COUDRON : on les appelait les
tigresses. Mais il n’y avait pas qu’elles.
Beaucoup de femmes, même parmi les
Maghrébines, n’hésitaient pas à manifester dans
les rues, c’était l’époque de S.O.S. Racisme et de
Touche pas à mon pote…"2
Le relogement de la grand-mère.
Moment fort de l’histoire du quartier, cette
dame, âgée de 74 ans, devait être relogée dans un
appartement à Hem, après la destruction de sa
maison, au Fort Wattel. C’est tout le quartier qui
la relogea le 1er mai 1974, dans une maison de la
rue Frasez.
Olivier QUEROUIL, quant à lui, cite volontiers le courage physique de Marie Agnès :
"C’est la seule personne que j’ai vue, face à un rodéo de voitures, se mettre au milieu de la rue et
faire arrêter les bagnoles à ses pieds. J’ai vraiment pensé que les types allaient lui passer dessus à
140 à l’heure ... "3
La légende est en marche ! Marie Agnès était capable, nous a-t-on dit, de sortir dans la
rue à deux heures du matin pour faire cesser un tapage nocturne !
Si les LEMAN font un travail de proximité, ils cherchent aussi à se donner les moyens
d’agir, de construire dans une vision plus large: ils bâtissent une stratégie pour le futur et ils vont
être capable de passer de la gestion de la "machine à laver" à celle de l’A.P.U, ils vont assurer la
continuité à la fois physique et idéologique, entre les A.P.F. et l’Atelier Populaire d’Urbanisme. Ils
en seront les interfaces.
Quand ils interpellent la municipalité, quand ils cherchent des appuis (car c’est à Paris
que cela se passe), quand ils rêvent avec les autres à la ville de demain et vont voir ce qui se fait
ailleurs, dans d’autres pays, ils entrent en politique. Leurs exigences sont politiques, elles touchent à
une vision de la cité qui fait participer l’ensemble des citoyens et les fait grandir. Rappelons que
Roger était éducateur de jeunes à l’Alma. Avec eux, comme avec les habitants, la démarche des
LEMAN est libératrice.
De toutes ces années de militantisme, Daniel DELEPAUT garde de Roger une image
forte qu’il exprime en humaniste : "Roger, pour moi, a tout d’un prophète. Plus intuitif que Marie
Agnès, il a une vision de l’avenir, il prévoit. Il s’investit, possédé par sa vérité, et remet en cause les
idées toutes faites. Il ose !"
1
vécu par Raymond PLATTEAU en 1986
entretien avec Roger LEMAN
3
Source : Experalliance
2
85
Peut-être est-ce là aussi la fonction du poète, selon Victor HUGO.
Le poète en des jours impies
Vient préparer des jours meilleurs.
Il est l’homme des utopies,
Les yeux ici, les pieds ailleurs.
C’est lui qui, sur toutes les têtes,
En tout temps, pareil au prophète,
Dans sa main où tout peut tenir
Doit, qu’on l’insulte ou qu’on le loue,
Comme une torche qu’il secoue,
Faire flamboyer l’avenir.1
Roger et Marie Agnès sont exigeants et entiers, ils dérangent. On les admire et on les
critique. On ne sort pas indemnes de réunions avec eux.
Mais, être toujours en première ligne, omniprésent,
ne comporte-t-il pas des dangers ?
Réfléchir pour élaborer un nouveau cadre de vie,
sur le bâti mais aussi sur l’emploi, la santé, l’école, la culture,
permet de construire une vision large des problèmes, une vision
politique qui, toutefois, peut éloigner de la réalité quotidienne.
Avoir cette représentation, c’est avoir suffisamment
de compétences et de disponibilité pour passer de l’un à l’autre,
c’est savoir décoder, c’est en savoir plus. Mais, c’est devenir
leader, c’est prendre des positions plus construites, qui peuvent
se déconnecter des paroles trop ancrées dans le quotidien.
"Le choix de faire et non plus de dire est entériné le
11 janvier 1978, lorsque l’A.P.U. réactualise ses statuts",
écrivent Isabelle GROC et Yvan DOUMENC.
Et déjà, certains, se mettent à regretter ces réunions du mercredi soir, où l’on produisait
du débat….
1
Les rayons et les ombres ; 1839
86
Et au Pile…
Mais, pendant ce temps-là, au Pile…
Durant ces années 1960-70, au cours desquelles des quartiers de Roubaix subissent des
actions de table rase, ou s’urbanisent suivant le modèle des grands ensembles, ce qui modifie
profondément le tissu urbain, ou comme à l’Alma, contestent et s’organisent, le Pile vit au rythme
de ses événements festifs.
C’est le temps où les associations, nombreuses et actives, ponctuent les années qui
défilent de sympathiques concours de bourles, de belote, où les courses cyclistes, les fêtes, les
braderies, les galas de catch attirent du monde, où la fameuse baïonnette regorge de commerces et
de vie, où des personnages comme Octave VANDEKERKHOVE, infatigable globe-trotter, et
Mamadou, chiropracteur aux 54 000 attestations de guérisons, tissent leur légende, où le Cercle
Artistique Roubaisien rayonne sur la ville et fait chanter les salles.
On se sent bien dans ce quartier, on aime son Pile.
Délimité dans ses grandes lignes par les boulevards de Beaurepaire et de Mulhouse, la
rue Pierre de Roubaix et la gare du Pile, il a gardé sa physionomie d’antan.
L’habitat, très dense, couvre 80 % de son territoire ; les usines ne s’y implantent qu’en
petit nombre et tardivement. Il n’y a pas, au Pile, de rapport direct entre la fabrique et le quartier, ce
qui renforce son caractère résidentiel.
Ici, l’usine n’a pas créé le quartier.
L’ensemble
du
bâti
est
constitué par des petites maisons en briques
qui ont rarement plus d’un étage. Les
courées, très nombreuses, nées de
l’explosion urbaine, ont les caractéristiques
des courées roubaisiennes que nous avons
longuement évoquées plus haut.
Emergent
de ce
bâti
uniforme, quelques habitations peu
ordinaires, édifiées pour des notables du
quartier ou de la ville. Elles se situent à
la périphérie, sur les grands axes de
communication, sur la place Carnot et
dans les rues commerçantes.
87
Le recensement de 1975 fait apparaître que 84,4 % des logements ont été construits
avant 1914, 14,1 % l’ont été de 1915 à 1948, 0,4 % de 1949 à 1961, 0,4 % de 1962 à 1967 et 0,7 %
après 1968. C’est dire qu’on ne construit pratiquement plus au Pile.
Le confort des habitations y est évidemment très réduit : le pourcentage des logements
confortables, comportant une baignoire ou une douche, un WC intérieur et le chauffage central n’y
est que de 5,4 %, alors qu’à l’Alma, il y est de 7,4 %.
Le même recensement montre que le Pile est un quartier ouvrier dans son sens le plus
large. Citons la répartition socio-professionnelle de la population active.1
C.S.P.
Pile en % Roubaix en %
Ouvriers
72,2
54,4
Employés
10,5
17
Personnels de services
4,2
4,8
Cadres moyens
5,2
9,5
Artisanat, industries, commerces
6,4
8,2
Professions libérales
1,3
4,3
Autres
0,2
1,7
TOTAL
100
100
Les immigrés représentent 26,3 % de la population totale du quartier. La répartition
ethnique est la suivante :
Algériens
58,1 %
des étrangers
Espagnols
3,3 %
Portugais
13,1 %
Italiens
11,1 %
Divers
12,6 %
La population d’origine algérienne correspond à 15,3 % de la population totale. Les
statistiques scolaires relèvent 27 % d’élèves étrangers dans les écoles du quartier, on en trouve 55 %
à l’Alma. On peut dire que l’immigration est acceptable, l’intégration peut se réaliser.
Le Pile se caractérise par une forte concentration de logements privatifs, les
propriétaires ont un petit bien, ils occupent souvent leur maison et l’entretiennent. Comme nous l’a
rapporté monsieur SIX, notre sympathique droguiste, marchand de couleurs de la rue du Pile,
nombre d’entre eux étaient des "peintres amateurs" qui attendaient ses expositions de papiers
peints, et qui appréciaient la fabrication de peinture à leur convenance. Les congés payés donnaient
l’occasion de mettre à profit tous ces talents.
Une autre caractéristique du Pile réside dans le fait qu’on y trouve peu de services
publics. Si la crèche, le dispensaire et l’école maternelle de la rue de Condé se fondent dans les
habitations du cœur du quartier, l’école Pasteur, l’école Pierre de Roubaix, la poste se situent plus à
la périphérie. Il n’y a pas de centre social avec ses services de proximité.
Dans une étude sur le Pile parue en 1980, Marc VANDEWYNCKELE, adjoint à
l’animation des quartiers, écrivant à monsieur CHAVANEAU, alors directeur du C.A.L., conclut
que le Pile est un quartier typique avec un certain charme, mais un quartier ancien aux maisons
modestes. On peut considérer également que, dans un secteur qui s’est vraiment constitué à la fin du
XIXème siècle, avec une population très largement ouvrière, il n’y a pas de grande variété
sociologique. Le Pile est assez homogène.
L’habitat en courées n’est pas perçu comme ségrégatif, au contraire. Le vieil urbanisme
de ce quartier vétuste se prête à la rencontre, à la relation à l’échelle d’une rue, d’une courée. " Les
Pilés ont un rapport affectif très fort à leur territoire, la solidarité embrase tout", a écrit Florence
TRAULLE, journaliste de Nord Eclair que nous connaissons bien.
Des sociologues de Recherche Action ont voulu comprendre ce que sont ces fameux
réseaux de solidarité, promoteurs de lien social.
" Ne parle-t-on pas couramment de tissu urbain et de tissu social ? Or, à quelle entité
précise renvoie justement la notion de réseau si ce n’est aux divers liens qui s’entrelacent et se
1
Recensement public de 1975. Observatoire urbain
88
nouent pour former une apparence de tissu. Le mot réseau lui-même, n’est pas autre chose qu’un
dérivé du mot "RETS", qui a pour origine le mot latin "RETE" qui signifiait filet. Quelle
merveilleuse image, pour désigner la réalité sociale concrète de cette entité physique et humaine
qu’on appelle le quartier, que celle de filet ! Jeu complexe et infiniment renouvelable d’entrelacs,
de nœuds, de mailles, toujours susceptibles de se faire et de se défaire".1
Comme à l’Alma, comme partout où elles existent, les courées abritent un faisceau de
relations sociales que les habitants ne veulent pas voir disparaître. C’est un habitat, certes insalubre,
qui semble sous certaines conditions, adapté aux besoins des familles, celles qui recherchent un
certain calme et une sécurité, à l’abri de l’agitation de la rue, et celles, désireuses de pouvoir
disposer d’un logement de petite taille, plus économique dans l’entretien et plus facile à chauffer.
La solidarité des cours permet aux enfants de jouer, aux personnes âgées de se rencontrer
Les courées représentent bien une forme d’habitations individuelles groupées autour
d’un espace à usage collectif. Certaines, ne regroupant que trois maisons, sont occupées par le
couple des grands parents, des parents et des enfants.
Tel est le Pile en ce temps-là, un quartier calme, mais qui n’a pas bonne réputation, un
quartier dont on parle peu, qui attire peu l’attention. Les problèmes apparaissent moins
préoccupants qu’ailleurs, notamment en ce qui concerne le logement : les locataires étant peu
nombreux, les A.P.F. ont rarement l’occasion d’intervenir.
Les habitants du Pile ne sont pas revendicatifs. Le Pile ne semble pas avoir les
problèmes des autres quartiers, il ne semble pas vivre les mêmes réalités, il n’a pas la même vision
de l’histoire. Le Pile n’est pas un quartier contestataire, même s’il est frondeur de par son passé
frontalier et la proximité d’espaces de liberté qui ne sont pas urbanisés. Coupé du centre, il a une
ambiance "village".
Et puis, pas de couple mythique. Les personnes reconnues, le sont sur les plans festifs et
associatifs, et non sur le plan du syndicalisme urbain.
Si Nénette, de la cour Bonte, se bat pour la rénovation des maisons de la cour, elle porte
les espoirs des habitants de cet îlot, pas au-delà. Elle ne rassemble pas les gens sur un projet de
quartier.
Ici, on ne descend pas dans la rue, on n’organise
pas de meeting : le Pile n’est pas l’Alma, il n’est pas un
quartier à enjeu. C’est le quartier de la fête, les cafés
prospèrent et donnent le tempo à l’animation. Ils sont les
lieux d’accueil des associations. Ce sont les cafetiers qui
organisent et financent les colis de Noël aux anciens, les
excursions, les voyages et les banquets. Ils sont des membres
importants de l’Union des Commerçants.
Ce n’est que plus tard, lorsque le déclin
deviendra plus visible et que le regard des politiques portera
sur l’urbanisme que le Pile s’organisera. Mais, les
réalisations s’y feront lentement, au coup par coup, sur une
échelle restreinte et la mobilisation des habitants se fera
autant sur l’action sociale que dans le cadre du syndicalisme
urbain.
Le marché du samedi sur la place Carnot
1
Source : Observatoire urbain : mémoire de recherche
89
90
Le Pile à Cœur 2
Deuxième partie :
La politique de la ville
91
92
Naissance de la politique de la ville
" Mai 1968, le vieux monde craque, c’est l’écroulement de l’ordre établi d’aprèsguerre; social, économique, politique" a écrit Bernard GUETTA dans le Nouvel Observateur.1
On se souvient des expressions du moment: "Il faut changer le monde, accoucher
d’une autre société" et des slogans utopistes qui fleurissaient alors sur les murs de la capitale :
"Prenez vos désirs pour des réalités", "soyez réalistes, demandez l’impossible", " il est
interdit d’interdire".
" Fausse révolution qui a tout changé, l’école, la famille, le couple, la gauche politique,
mai 68 a libéré la société d’une gangue de conventions", note pour sa part le sociologue Gilles
LIPOVETSKY. " Ultime grand rêve collectif, mai 68, c’était l’optimisme du futur."
Nouvelle dynamique des aspirations, nouvelle vision de la société, mai 68 a été un
révélateur.
En 1969, Jacques CHABAN-DELMAS, alors 1er ministre, a analysé, lors de sa
déclaration de politique générale à l’Assemblée Nationale, le malaise que la mutation de la France
suscite : "Nous vivons dans une société bloquée. Mais l’espoir, il nous faut le clarifier si nous
voulons conquérir un avenir qui en vaille la peine. De cette société bloquée, je retiens trois
éléments essentiels, au demeurant étroitement liés les uns aux autres : la fragilité de notre
économie, le fonctionnement souvent défectueux de l’Etat, enfin, l’archaïsme et le conservatisme de
nos structures sociales. Nous devons rendre vie aux communautés de base de notre société,
humaniser les rapports entre l’administration et les administrés, transformer la vie quotidienne de
chacun, viser à la fois l’éducation permanente et la transformation des rapports sociaux,
l’aménagement des villes et la diffusion de la culture et des loisirs. Cette nouvelle société, je la vois
comme une société jeune, prospère, généreuse et libérée."
Mais comme le souligne Jacques CHABAN-DELMAS, notre économie est fragile et les
réalités sont là. L’historama que nous publions en annexe, le montre, nous assistons à une crise
monétaire en France. Le chômage augmente, le franc est dévalué de 12,5 %. En 1971, de nombreux
conflits sociaux éclatent, l’inflation est en moyenne de 0,5 % par mois.
En 1972, l’augmentation du coût de la vie est de 7,3 % ; les avantages salariaux des
accords de Grenelle vont vite s’estomper, le chômage de masse devient une réalité préoccupante. A
Roubaix, on licencie dans le textile.
L’O.P.E.P. se crée et fixe le prix du pétrole brut. Ce moyen de pression des pays non
industrialisés a des répercussions économiques importantes et marque la fin des 30 Glorieuses. Le
dollar est dévalué de 10 %, les produits pétroliers augmentent, la pénurie s’installe.
Sous la présidence de Valéry GISCARD d’ESTAING, le gouvernement doit faire face à
une conjoncture de plus en plus difficile. Selon Paul Marie de la GORCE et Bruno MOSCHETTO2,
l’année 1974 marque un tournant dans l’histoire économique de la France, et annonce des
déséquilibres qui seront la hantise des gouvernements ; la hausse des prix du pétrole donne son
plein effet ; l’inflation monte à 15 %. On dénombre 450 000 chômeurs. Ils seront 750 000 en 1975
et près d’un million en 1976.
Toutes ces mutations, conséquences de la croissance des coûts de l’énergie et de
l’inflation, vont changer le regard de nombreux responsables d’administrations et d’hommes
politiques. On découvre les réalités de la vie quotidienne au niveau des simples quartiers et des
grands ensembles.
Deux sociologues, Denis ROUSSEAU et Georges VAUZEILLES3, soulignent dans une
étude sur l’aménagement du territoire, que face aux premières difficultés du "mal de vivre", des
1
Nouvel Observateur N° 1776. avril 1998
La 5ème République. Que sais-je. PUF
3
L’aménagement urbain. Que sais-je. PUF
2
93
maires comme Hubert DUBEDOUT à Grenoble et Jean ROYER, à Tours, orientent le
développement urbain vers une gestion plus qualitative.
C’est bien la crise qui est le révélateur des conditions de vie difficiles dans les grands
ensembles et les ZUP; c’est la crise qui accélère le processus de réflexion sur la dégradation sociale
et va orienter les procédures vers une politique de l’habitat, alors qu’auparavant, on appliquait une
politique de logement.
Une nouvelle conception de la vie sociale autour du cadre bâti va se jouer. Car, les
immeubles, les grands ensembles qui pouvaient être une réponse à la crise du logement, deviennent
inadaptés quand change l’environnement social. Ce sont les conditions de vie différentes qui créent
les problèmes, et, bien sûr, la concentration des personnes qui vivent les mêmes difficultés ne peut
que les amplifier.
Revenons à la mise en œuvre de la politique des grands ensembles. Dans les années
1950, la crise du logement atteint son paroxysme. L’Abbé PIERRE, en 1954, lance un appel en
faveur des sans abris et des mal logés. La construction des grands ensembles sera une réponse à des
urgences. La France se couvre de quartiers à l’équerre qui porteront cette appellation sans âme et
qui deviendront, selon Bruno VEYSSIERE, le symbole de l’architecture française des 30
Glorieuses.1
" Chaque ville veut sa tour, sa barre comme symbole de modernité", note le sociologue
Jean Marc STEBE. 2" Les opérations urbaines ressemblent à un palmarès d’exploits : on ouvre le
chantier des Hauts du Lièvre à Nancy, un grand ensemble avec une des barres les plus longues de
France, plus de 400 mètres. On construit la cité des 4000 à La Courneuve. "
Beaucoup de municipalités se lancent dans cette aventure tentaculaire: un grand
ensemble regroupe 20 000 personnes pour Nîmes Nord, 25 000 pour Lille Sud, 28 000 au Val
Fourré à Mantes-la-Jolie.
Et le sociologue cite Jacques LACAN, évoquant ces nouvelles cités qui deviennent des
lieux de promenade et ces cartes postales qui diffusent à des dizaines de milliers d’exemplaires le
nouveau visage de la France urbaine.3
Qui est propriétaire de la ville, pour qui travaillent les architectes ? se demandent Denis
ROUSSEAU et Georges VAUZEILLES. " Certains quartiers, comme le quartier latin à Paris,
donnent des images fortes et de l’énergie à toute une ville. Que penser des quartiers artificiels et
sans références des villes nouvelles ? Dans le souci d’aménagement rapide, les aménageurs
peuvent-ils rêver ? "
Jean Marc STEBE pense pour sa part que
l’ambition de l’époque était pour "les architectes rendus
aux idées corbuséennes4 de faire de chaque ensemble une
cité radieuse, un espace fonctionnel avec un mixage
harmonieux des classes sociales favorisant l’intégration.
Le grand ensemble devait être le creuset dans lequel
allaient se constituer les formes de sociabilité de l’homme
de l’an 2000."
La Cité radieuse de Marseille est réalisée par Le Corbusier
en 1950. Elle est vite appelée la maison du fada et devient le
centre d’une violente polémique. Le Corbusier y met en
pratique ses théories d’ouverture sur le soleil et sur la
nature. Celle de Nantes est conçue suivant les mêmes
principes et construites avec l’aide du modulor, système de
mesure inventé à partir de la taille standard d’un homme
debout le bras levé, soit 2,28 mètres.
1
Bruno VAYSSIERE : Reconstruction, déconstruction. Le Hard French ou l’architecture française des 30 Glorieuses.
Jean Marc STEBE : La réhabilitation de l’habitat social en France.
3
Jacques LACAN : Chemin de grue, chemin de progrès.
4
Référence à LE CORBUSIER.
2
94
En 1958, on crée les ZUP (Zones à Urbaniser en Priorité). Beaucoup de locataires, pour
qui les H.L.M. représentent une promotion, manifestent un réel enthousiasme.
Citons ce commentaire de Maurice BERNARD, ancien conseiller municipal de La
Courneuve et habitant de la cité des 4 000 : " Les H.L.M, on n’imagine pas aujourd’hui la chance
extraordinaire que c’était pour nous. On quittait les taudis pour s’installer dans des constructions
modernes, conçues selon des normes d’hygiène strictes. Il faut se souvenir de ce qu’était l’espace
ouvrier jusque dans les années 30 : une pièce enclose d’un mur, capable de contenir un lit, c’était
la définition légale. Alors les H.L.M … c’était le paradis ! "1
Mais on se rend vite compte que la réalité est fort éloignée des rêves des architectes
aménageurs. Les équipements (scolaires, socioculturels…) dont chaque ZUP doit être dotée, ne sont
pas là, et on constate que de nombreuses nuisances sont causées par cet habitat (bruit, dégradation
des matériaux, manque d’étanchéité, manque d’espace..).
On se met progressivement à critiquer ces programmes. Dès les années 60 d’ailleurs, des
sociologues s’étaient montrés inquiets en voyant se dresser les décors d’un monde futuriste dans les
"champs à betteraves", selon l’expression de Jean Luc SIMON.
En 1965, Hubert DUBEDOUT, maire de Grenoble, va participer activement à la création
des Groupes d’Action Municipale (G.A.M.) qui s’opposeront aux ZUP. Ces groupes réfléchiront
également sur la mise en œuvre de nouvelles formes de participation des habitants, ce dont nous
reparlerons dans le cadre de l’action de la municipalité roubaisienne sous le mandat de Pierre
PROUVOST
En 1967, on crée les Z.A.C (Zones d’Aménagement Concerté), qui remplaceront les
ZUP. Et dès 69, c’est la fin de ce dispositif d’urbanisation. "195 ZUP auront été construites de 1958
à 1970 et durant cette période, on passera de l’enthousiasme le plus fort à la critique la plus
virulente et sans appel," souligne Jean Marc STEBE.
Bien évidemment, des chercheurs en sciences sociales n’ont pas manqué de se pencher
sur le malaise généré par ce type d’habitat. Les premières constatations font état d’un enfermement
physique pour des gens qui n’ont pas de moyens de locomotion personnels et qui vivent dans des
quartiers où la desserte des transports collectifs n’est pas étudiée. Les autoroutes, les voies express,
les infrastructures routières forment une barrière infranchissable qui enferme les habitants dans un
territoire qui prend vite les caractéristiques d’un ghetto. Comment aller au centre ville ? Comment
se rendre sur le marché du travail ? Comment effectuer une recherche d’emploi ? Comment se situer
hors du quotidien quand on n’a pas de mobilité ? L’enfermement physique provoque l’enfermement
culturel.
On s’interroge également sur la possibilité d’une vie sociale dans cet habitat uniforme.
On constate une grande fragilité, un ennui insidieux chez des locataires incapables d’établir des
liens de voisinage harmonieux.
Jean Marc STEBE fait remarquer que des mises en garde existaient pourtant, notamment
celles émises par J. C. CHAMBOREDON et M. LEMAIRE, qui ont essayé de montrer combien "il
était illusoire de penser que la proximité spatiale serait le catalyseur de la convivialité." Ces deux
chercheurs constatent par exemple que des conflits opposant des groupes sociaux fort proches, tels
que les ouvriers qualifiés et les ouvriers non qualifiés, apparaissent. Et de citer TOCQUEVILLE,
qui dans son ouvrage " De la démocratie en Amérique,2 " avait déjà mis en évidence que "l’hostilité
entre les groupes sociaux augmente au fur et à mesure que les écarts, les séparant, diminuent et que
l’égalité des conditions progresse."
Pénétrante analyse, qui date de 1835 !
On s’aperçoit également que les classes moyennes ne restent guère dans cet habitat
social, qui, en fait, constitue pour elles, un parcours transitoire vers des zones pavillonnaires. Ce
processus conduit à leur remplacement par des familles en difficulté, ce qui ne peut que révéler
davantage les indicateurs de précarité.
1
2
Source : Jean Marc STEBE : ouvrage cité.
De la démocratie en Amérique. Edition Garnier Flammarion 1835
95
En 1971, une circulaire préconise la réalisation de locaux collectifs résidentiels ( L.C.R.)
et encourage le développement de la vie sociale dans les grands ensembles d’habitation. A cette
époque, un courant de réflexion, qui deviendra en 1973 le groupe Habitat et Vie Sociale (H.V.S.),
ambitionne , autour de Robert LION, directeur de l’Union des H.L.M, de créer dans les grands
ensembles, une vie communautaire. Pour Jean Luc SIMON, les préoccupations de ce club, auquel
participent des gens de terrain (directeurs de P.A.C.T, directeurs de société H.L.M, maîtres
d’ouvrage, travailleurs sociaux, sociologues…), portent sur la mise en œuvre d’un urbanisme plus
humain. "On les voyait dans les couloirs du ministère ; à l’époque, pour obtenir des résultats, il
fallait avoir des réseaux à Paris," souligne Jean Luc SIMON.
Selon Jean Marc STEBE, la dynamique H.V.S. va jouer le rôle de déclencheur et de
diffuseur d’une nouvelle conception, tant de l’habitat, que de la vie sociale qui s’y déploie. De 1973
à 1977, le groupe va s’employer à mettre en chantier les premières opérations de réhabilitation des
grands ensembles, 13 programmes seront réalisés: " Ces expériences de revalorisation des zones
d’habitat social dégradé partaient de l’idée que l’amélioration du bâti assurerait l’arrêt du
processus de dégradation, permettant un renouveau de la vie sociale, et le retour des ménages plus
aisés ."1
Pour Julien DAMON2, ces opérations H.V.S, au milieu des années 70, constituent la
phase inaugurale des politiques de quartiers. Jusque là, on avait affaire à des aménagements, à des
ajustements et non à une véritable politique. Le sociologue voit même dans les H.V.S, un
déplacement des préoccupations et des luttes liées à la société post-industrielle ; l’entreprise n’est
plus le lieu unique où se jouent les rapports sociaux ; la vie sociale hors travail devient le champ
d’expression des aspirations.
En 1977 est votée une loi pour la mise en place de l’aide personnalisée au logement
(A.P.L.), accordée aux ménages en fonction des ressources. Par cette réforme du financement des
logements, on passe, comme le souligne le législateur, de l’aide à la pierre à l’aide à la personne.
La même année, est créé le Comité Interministériel Habitat Vie Sociale : on s’oriente
bien vers la mise en œuvre d’une politique, en prenant en compte toutes les actions publiques
engagées sur la ville et les priorités données au social urbain.
L’effet H.V.S produit son impact et apparaît être à l’origine de ce qu’on appellera
politique de la ville. Julien DAMON le confirme : "Les vrais précurseurs de la politique de la ville
sont ces militants qui ont réussi à persuader les pouvoirs publics de la nécessité d’innover."
Et pour Annie FOURCAUT, "…le développement de la politique de la ville est la mise
sur agenda politique des ces évolutions sociétales…"3
Mais que recouvre cette notion, évoquée pour la première fois par Jacques BARROT,
alors Secrétaire d’Etat dans le gouvernement de Raymond BARRE ? Cette appellation récente, elle
n’a que 25 ans, demande des éclaircissements, nous dirions même une exégèse, que Jean Pierre
BRIERE nous fournit dans une étude effectuée lorsqu’il était adjoint au chef de la mission des
Archives Nationales placée auprès du Ministère de l’Emploi et de la Solidarité : "Le mot ville, dans
politique de la ville, conseil national des villes, comité interministériel des villes, délégation
interministérielle à la ville, cache en fait un terme générique , un euphémisme, qui désigne la ville
mal faite, celle qui pose des problèmes, celle qu’il faut reconstruire, celles dont les cités construites
dans les années 60 commencent à se délabrer.
Au Ministère de l’Equipement et du Logement, on fait des routes, des immeubles ; avec
la ville, on ne fait jamais de ville !
La politique de la ville est ce que l’on perçoit, à un moment donné, de ce que doit être
une ville. Le cadre bâti des villes du XXIème siècle est déjà construit à plus de 80 %. Il s’agit
d’aménager et de gérer la ville existante."
1
Source : La réhabilitation de l’habitat social en France. Rapport de monsieur IMBERT
Julien DAMON : Politique de la ville.
3
Faire l’histoire des grands ensembles. Université Paris 1
2
96
Pour tenir compte de la place de la personne et de ses rapports avec la société
environnante, une nouvelle dynamique se fonde à partir de ces constats : ce n’est plus le logement
qui est essentiel, c’est le cadre de vie, ce sont les gens qui vont y vivre.
Au cours de ces années, notamment celles du
septennat de GISCARD d’ESTAING, on assiste à de
grandes innovations sociétales. Citons les lois VEIL sur la
contraception, la création d’un Secrétariat d’Etat à la
condition féminine qui est confié à Françoise GIROUD,
l’année de la femme, la reconnaissance de la place des
handicapés, la réforme du système éducatif. Même si la loi
sur l’éducation de René HABY est controversée, elle
répond aux besoins de modernisation de l’enseignement.
Le collège unique, la suppression des filières, l’accès pour
tous à la même culture et aux mêmes savoirs, le report de
l’orientation à la fin du cycle secondaire, les rythmes
d’apprentissages différenciés au cours préparatoire, les
classes spécialisées et les aides pédagogiques, répondent
au principe de "l’égalité des chances". Le nouveau
collège, instauré en 1975, mis en place à la rentrée scolaire
de 1977, vise la réussite de tous.
"Idée belle et généreuse, qui n’est pas née
brutalement. Elle est le fruit d’une maturation progressive vers un idéal de démocratisation. Valéry
GISCARD d’ESTAING rêve d’une unité de la société française et de la réduction de l’inégalité des
chances".1
Si le Nouvel Observateur note que les faits ont quelque peu démenti l’ambition de
départ, le journal Le Monde, quant à lui s’interroge :"La réforme HABY : un projet juste qui n’a pas
tenu ses promesses ?" 2 Vaste débat, toujours d’actualité.
C’est une période d’intenses réflexions et d’avancées sociales. Mais les hommes au
pouvoir ne sont pas les seuls à réfléchir sur les évolutions de la société. Comment sortir de la crise ?
Comment prendre en compte les aspirations des Français ? Comment mettre en œuvre une
démocratie de proximité ? Les partis politiques sont concernés mais aussi les groupements, les
associations, les syndicats … chacun y va de sa proposition. Entre 1975 et 1977, il y eut en France
plusieurs dizaines de projets pour la refonte du système éducatif. Chaque parti politique, chaque
syndicat, chaque groupement à orientation éducative comme les fédérations de parents d’élèves ou
les associations de formation d’animateurs de centres de vacances, tous ont rédigé une proposition
de réforme, souvent inspirée par des courants sociologiques qui dénoncent les inégalités créées par
le système.
Il en va de même pour la remise en cause des autres institutions comme le mariage, la
famille et la place de la femme, comme l’armée, la conscription et la dissuasion, comme le droit à la
différence, la solidarité et l’intégration, comme encore le travail, les loisirs, le logement.
L’émergence d’une parole plurielle permet aux débats d’idées d’exister à différents
niveaux, localement, nationalement, voire mondialement. Chaque citoyen est acteur du débat, même
s’il est en marge des instances de décision.
Avançons ici une hypothèse que d’aucun pourront trouver inattendue : le mal-être et les
réponses à y apporter vont permettre la montée de la Gauche.
Expliquons-nous. On assiste à cette époque , il faut le souligner, à l’émergence d’une
nouvelle génération d’hommes politiques au pouvoir, tant sur le plan national que sur le plan
régional et local, et cela aussi bien à Droite qu’à Gauche.
Pierre MAUROY remplace Augustin LAURENT, Pierre PROUVOST remplace Victor
PROVO, c’est la disparition des caciques de l’ancienne S.F.I.O. Intervient également le fait que
l’application du programme commun change les alliances entre partis et modifie considérablement
1
2
Nouvel Observateur du 2.01.2003
Le Monde du 29.03.2001
97
le paysage politique des villes de Gauche. A Roubaix, on ne retrouve que deux hommes qui furent
élus en 1966 et en 1977 : Pierre PROUVOST et Etienne SAVINEL, qui étaient déjà adjoints tous
les deux.
Les nouveaux courants vont prendre en compte les idées novatrices en particulier celles
de la politique de la ville. En 1965, Hubert DUBEDOUT, maire de Grenoble, réfléchit à la mise en
œuvre de la participation des habitants à la vie de la cité. Si, au plan national, aucune concrétisation
ne se met en place, il n’en est pas de même sur le plan local où les expériences se déroulent et
servent de référence dans les débats. Exclue des affaires du pays, la Gauche expérimentera, où elle
le peut, de nouvelles stratégies pour répondre aux problèmes de la société. Ainsi, avant même les
premiers textes sur la politique de la ville, la participation des habitants et la concertation, Roubaix,
sous l’impulsion de la municipalité, met en place des outils pour le faire, en particulier, les comités
de quartier. De la même manière, c’est en 1978 que sont réalisées les premières grandes enquêtes de
l’I.R.E.P.1 sur les indices gravitant autour de la réussite ou de l’échec scolaire. Bertrand
SCHWARTZ vient à la demande de Gérard DEBOUVERIE, adjoint au maire, donner une
conférence sur le thème de l’éducation permanente, sujet au cœur des préoccupations des élus. De
même, on fait une étude statistique qui recense les renseignements concernant le niveau socioéconomique fondé sur les professions, la taille et l’aménagement du logement, la composition de la
cellule familiale, l’origine ethnique, le retard scolaire… indices qui seront repris pour mettre en
œuvre la politique des Zones d’Education Prioritaires en 1982. Et si Jean Claude PROVO, maire
d’Hem, met en place une zone éducative dès novembre 1981, c’est parce que tout est déjà étudié et
préparé.
La Gauche n’a pas inventé la politique de la ville, elle a repris les mêmes critères
d’analyses, les mêmes fondements que la Droite. En ce sens, son arrivée au pouvoir en 1981 ne
bouleverse pas le discours, il n’y a pas de rupture politique dans les intentions. La différence, car il
y a différence, se situe davantage dans la recherche des solutions proposées.
On peut considérer que la Gauche, dès l’élaboration du programme commun de
gouvernement, se prépare pour prendre en main les affaires de l’Etat.
En 1981, le nouveau gouvernement dirigé par Pierre MAUROY vient à peine de se
mettre en place que se produit, dans la banlieue lyonnaise, un nouveau type de révolte. Durant
"l’été chaud des Minguettes", 250 voitures de luxe sont volées par des jeunes qui, après avoir fait
un rodéo dans leur quartier, les enflamment. L’émoi est considérable. "On comprend bientôt que ces
jeunes sans emploi revendiquent par des actions pyrotechniques une part du gâteau, ils ne
voulaient pas être « les laissés pour compte» de la décennie qui s’ouvrait en 1980", note Jean Marc
STEBE.2
Dès le 10 juin 1981, Pierre MAUROY installe la commission SCHWARTZ pour étudier
les problèmes d’insertion, dans la vie professionnelle, des jeunes en difficulté. Le rapport remis au
1er ministre préconise la création des missions locales qui répondent aux besoins des jeunes
(formation, emploi, logement, culture, justice).
Le gouvernement définit très vite également sa politique à l’égard des grands
ensembles ; il adopte une nouvelle démarche d’intervention : la procédure "Développement Social
des Quartiers". On crée la commission nationale D.S.Q, elle est présidée par Hubert DUBEDOUT,
le père de la politique de la ville, selon Jean Louis BRIERE. En France, 16 sites expérimentaux sont
retenus pour appliquer une nouvelle approche de la politique en faveur des quartiers défavorisés.
La majorité des sites sont représentés par des Z.U.P à habitat vertical qui furent créées
dans les grandes agglomérations au cours des années 60 et dont la réhabilitation s’impose.
A Roubaix, il y aura quatre sites, proportion énorme par rapport au reste de la France, un
quart des réalisations, et sur ces quatre sites, trois seront constitués de zones d’habitat ancien de
type horizontal !
1
2
Institut Roubaisien d’Education Permanente
Ouvrage cité.
98
Roubaix, une ville complexe
Roubaix apparaît comme une ville aux multiples problèmes, mais une ville qui veut
bouger et qui veut des moyens. Il y a là de nouveaux enjeux pour les habitants et pour l’équipe
municipale en place depuis 1977 !
En effet, on veut bouger à Roubaix. Des hommes nouveaux, issus d’une majorité dans
laquelle arrivent pour la première fois des militants du P.C, du P.S.U, à la place des centristes,
impulsent une nouvelle dynamique, élaborent des axes de projets forts comme celui du Versant
Nord-est, tentent de mettre en place les outils d’une démocratie participative…
Un homme, à la personnalité complexe, va faire des choix pour Roubaix. Décrié, sali
même, Pierre PROUVOST n’a pas marqué la mémoire des Roubaisiens comme ce sera le cas pour
son successeur, André DILIGENT.
En 1977, Victor PROVO, maire sans discontinuité depuis la Libération, ne se représente
pas. Durant ses multiples mandats, l’évolution de la ville a été marquante. Des quartiers ont été
rasés et reconstruits, d’autres urbanisés. Par la rénovation d’une partie importante de la cité, la
municipalité a voulu donner un nouveau visage à Roubaix.
En 1983, peu de temps avant sa mort, Victor PROVO passant en revue ce qui a été
réalisé sous son autorité, déclare :" Jamais, hors les destructions de la guerre, je n’ai entendu dire
de ci, de là, qu’on avait systématiquement détruit 7 000 logements et préparé la démolition de
plusieurs de dizaines de milliers d’autres".
Sous Victor PROVO, on bâtit des groupes scolaires, des salles de sports, une piscine, on
quadrille la ville de centres médicaux, de résidences pour personnes âgées, de crèches. Rappelons
que, déjà en 1966, Roubaix accueille 200 enfants dans les crèches municipales ; il y en a 500 dans
le nord ! On investit dans les équipements, le souci de faire du
social est prégnant et ce depuis les années d’après la première
guerre mondiale. Roubaix a son école de Plein Air, une
réalisation enviée par les communes voisines, et le centre aéré de
l’été, ouvert dès les années 20, qui accueille gratuitement 4 à
5 000 enfants des quartiers roubaisiens durant près de six
semaines. De plus, chaque mercredi, on ouvre une école par
quartier pour accueillir les enfants et les convier à des activités
sportives, manuelles, goûter et assister à une projection
cinématographique. Les mercredis récréatifs, encadrés le plus
souvent par des enseignants rémunérés par la ville, offrent une
possibilité d’animation gratuite qui s’ajoute à celle des centres
sociaux roubaisiens.
Victor PROVO a participé grandement à l’évolution de la ville, il
a suivi le sillon tracé par ses prédécesseurs, dont Jean LEBAS.
Comme le souligne Jean PIAT :" Victor PROVO a profondément
marqué Roubaix de son empreinte".1
Victor PROVO et Albert PROUVOST en grande conversation
lors du 40 ème anniversaire de la création du C.I.L.
Ce n’est pas seulement par son activité dynamique qu’il fut reconnu et apprécié de ses
administrés, il le fut également par sa manière d’être. Tout en rondeur aimable, il savait être présent
et s’adapter aux caractéristiques de ses interlocuteurs. Cérémonieux avec la Reine d’Angleterre, il
racontait des histoires en patois aux banquets des anciens. Sa culture politique était celle des
hommes de la Troisième République, celle des alliances de bon sens. Si certains ont pu regretter
son rapprochement avec les patrons du textile, ce fut pour créer le C.I.L au bénéfice de la
population.
1
Photographie obligeamment prêtée par monsieur BOHEE, agent du patrimoine, musée de Wattrelos.
99
Trente années au service de la Ville, plusieurs fois Député, Président du Conseil
Général, Sénateur, une carrière politique bien remplie, mais une carrière qui s’essouffle sur la fin.
L’exercice du pouvoir, avec les idées du passé, s’est mal accommodé du tournant des années 70.
Pierre DUBOIS le reconnaît :"Il était d’une culture politique d’une autre époque, il a eu du mal à
appréhender toutes les évolutions de la ville et la diriger vers la modernité. Il acceptait mal les
montées contestataires qui émergeaient de l’Alma".
Pierre Prouvost
ou une mandature dynamique
Pierre PROUVOST est conseiller municipal en 1955, adjoint au maire dès 1966, avec
comme attribution, la culture, les fêtes, l’animation, l’information. Il deviendra aussi le 1er
secrétaire de la section de Roubaix du Parti Socialiste.
En septembre 1976, lors des séances préparatoires à la désignation de la candidature aux
élections municipales de 1977, il noue des alliances et prend la tête de la Gauche. Celle-ci s’inscrit
dans la dynamique du programme commun et exclut les anciens élus centristes, dont André
DILIGENT, Michel BAUDRY, et s’ouvre aux Communistes et au P.S.U.
"Cela s’est fait dans la douleur", nous confie Pierre DUBOIS, et cela laissera des traces
dans le parti du futur maire.
Pierre PROUVOST dispose de 6 mois pour se
préparer, organiser son équipe, discuter de la mise en
œuvre de son programme. Il a des contacts avec Hubert
DUBEDOUT, maire de Grenoble et animateur du
G.A.M.1, et il participe au sein de cette mouvance au
groupe de réflexion qui essaie d’inventer une ville
nouvelle et des nouvelles formes de participation des
habitants à la vie locale. Le futur maire se forme,
s’informe, se déplace. Il se rend à Grenoble en 1976, et
en Italie en voyage d’études. Il suit les évolutions de la
société.
Dès sa prise de fonction en mars, il veut faire
bouger les choses, il a la volonté de sortir Roubaix de
l’ornière et d’être de son temps. Un mois après son
arrivée, l’idée des comités de quartier se fait jour et le
conseil municipal parcourt l’ensemble de la ville pour
rencontrer les habitants, les écouter et promouvoir la
concertation par le biais de ces instances. L’épeuleAlouette-Trichon sera le premier Comité de Quartier, le
Sartel se constitue en Comité de Défense, la Justice, le
Cul-de-Four et tous les autres vont réagir à leur tour.
Les réunions ont lieu dans des locaux gérés par la municipalité, les restaurants scolaires
en particulier, mais les élus font le choix de doter chaque comité de quartier d’un local qui lui sera
propre. Pour le Pile, ce sera le 129 de la rue du Pile.
Pierre PROUVOST, analyse Pierre DUBOIS, "c’était le P.S. nouveau. Il voulait une
gestion la plus moderne possible, une façon pour lui de s’inscrire dans une carrière politique
nationale. Au nom de cette ambition, il affichait une modernité, y compris sur la participation"
On racontait à l’époque qu’il attendait un coup de téléphone lui annonçant sa nomination
à un poste de Secrétaire d’Etat.
Pierre PROUVOST ne veut pas rester dans les rails de son prédécesseur, il secoue "le
cocotier", il impose son autorité dans les services administratifs de la ville, ce qui ne sera pas sans
créer d’emblée des crispations, et même des grèves.
1
Groupe d’Action Municipale
100
Après la personnalité affable de Victor PROVO, le caractère " technocrate" de son
successeur passe difficilement à l’interne et à l’externe. Certaines remarques, lancées par des
intervenants lors de réunions publiques, le font parfois sortir de ses gonds et le rendent cassant visà-vis de ses interlocuteurs.
Pierre PROUVOST n’est pas un homme facile. Il n’a pas le charisme qui fait les maires
appréciés. "Il n’avait pas la fibre roubaisienne", nous a-t-on dit souvent. Tous ceux qui
l’approchaient le jugeaient autoritaire. "Des gens l’appelaient le petit Marquis", a écrit Emile
DUHAMEL.1
Mais Pierre PROUVOST, sous des dehors rigides et froids, est un homme de convictions
qui s’entoure de gens compétents.
Laissons parler Pierre DUBOIS qui
était en 1977 chargé de mission sur les problèmes
de logement au cabinet du maire :
"Pierre PROUVOST s’est dit qu’il
fallait un projet fort pour Roubaix et il a
commencé à le faire. C’est pour cela qu’il a mené
à terme l’opération de l’Alma-Gare et de l’AlmaCentre, qu’il a pris des initiatives pour la création
du Versant Nord-Est ainsi que pour le traitement
des friches industrielles et qu’il a entrepris
l’aménagement de l’avenue des Nations-Unies.
Homme que l’on disait autoritaire, il
avait pourtant une relation de confiance avec ses collaborateurs dès lors que les choses lui
semblaient pertinentes. Il a laissé ses techniciens travailler au nom de cette politique là ".
" Soyons clair", poursuit Pierre DUBOIS, "si André DILIGENT a pu réussir des choses,
c’est pour une bonne part parce que Pierre PROUVOST a eu la volonté de démarrer et fait des
choix. André DILIGENT a certes vu la réalité plurielle de la ville en 1983 et pris à bras le corps les
problèmes de la cité, mais il a récolté les fruits de nombreux dossiers impulsés par son
prédécesseur".
De même, selon nous, des projets instruits sous André DILIGENT, n’ont trouvé leur
aboutissement que sous René VANDIERENDONCK.
Il est bien difficile d’appréhender la paternité de certaines initiatives. Mais ce qui est
incontournable, c’est le fait que ce n’est pas André DILIGENT qui a lancé la politique de la ville et
mis en route le renouvellement de Roubaix.
Pour Pierre DUBOIS, pragmatique, l’important c’est de ramener à la durée. 30 ans, c’est
peu et c’est beaucoup, le changement se faisant sur une longue période.
Selon un article de Nord-Eclair intitulé" le jour où Roubaix a basculé", Pierre
PROUVOST, lors de la campagne électorale pour les élections de 1983, présente un bilan en béton
et n’envisage pas sa défaite, pas plus qu’André DILIGENT ne croit à sa victoire. Les sondages,
d’ailleurs, donnent le maire sortant largement gagnant."Les sondages, peut être, note le journaliste,
mais pas l’opinion publique, volontiers friande de rumeurs et de calomnies insidieuses qui touchent
à la vie privée, et dont on fait des gorges chaudes".2
Alain GUILLEMIN3, de son côté, pense que "Pierre PROUVOST, par son attitude, s’est
appliqué durant son mandat, à scier la branche sur laquelle il était assis, et qu’il a donné, à ses
adversaires un bâton pour le battre".
Pierre PROUVOST, lors de l’interview qu’il nous a accordée, s’est montré sinon aigri,
du moins amer sur la manière dont il fut évincé des affaires. Homme de contradictions, il n’a
cependant pas à rougir de son bilan.
Nous pensons, pour notre part, que la période 1977-1983 a été une période charnière
dans l’évolution de la ville et dans la mise en place des moyens de concertation avec les habitants.
1
Emile DUHAMEL : Parcours d’un prolétaire du textile roubaisien.
Nord-Eclair : 5 février 2002
3
Directeur du Théâtre Louis RICHARD, secrétaire puis Président de la Fédération des Associations Laïques de
Roubaix.
2
101
Marc Vandewynckele
Vandewynckele
ou une certaine idée de la démocratie participative.
participative.
Marc VANDEWYNCKELE est un chercheur qui fait partie de cette mouvance
DUBEDOUT, soucieuse de mettre en œuvre de nouvelles formes de participation des habitants,
sur une idée forte : les habitants sont les acteurs du changement.
Contrairement à ses collègues adjoints au maire, Marc n’est pas passé par la filière des
partis et n’a jamais été conseiller municipal ; on peut donc dire avant la lettre qu’il est issu de la
société civile. Il a l’occasion d’appliquer ses idées sur le terrain, il y va et fait son entrée en
politique.
Comme Pierre PROUVOST, il s’est rendu en Italie, où depuis 20 ans, des avancées dans
le domaine de la démocratie locale ont vu le jour. Selon le compte-rendu d’un colloque sur ce
thème, paru dans la Voix du Nord du 4 Juin 1979, la décentralisation y est plus poussée qu’en
France et la tradition des comités de quartiers est déjà ancienne. "A Bologne, en 1965, sont crées
trois comités par désignation de représentants des partis à la proportionnelle, d’après les résultats
des élections municipales. A Pavie, en 1968, on procède à des élections au sein de chaque quartier.
Neuf comités sont installés : ils peuvent intervenir sur le budget, les plans d’urbanisme, les permis
de construire, la gestion des personnels décentralisés. En 1976, une loi officialise les comités de
quartiers dans les communes ; Pavie pousse plus loin sa décentralisation au niveau des quartiers
en prévoyant pour les comités la possibilité d’organiser des référendums. La décentralisation ne
concerne pas seulement la gestion, mais se situe aussi au niveau de l élaboration des projets".
Le journaliste relate également l’expérience des Halles de Paris, où l’action des
habitants depuis une décennie, a permis d’obtenir des modifications du projet initial qui concernait
18 000 personnes sur 35 hectares : la volonté des Parisiens a été prise en considération.
Sur le plan roubaisien, Pierre PROUVOST, qui a vécu le mouvement de l’Alma et qui
connaît l’existence de l’A.P.U, n’ignore pas la volonté des habitants de participer à l’élaboration de
leur quartier. Mais il y a eu affrontement direct avec la Mairie : "Vous ne ferez pas sans nous ". Ce
type de conflit laisse des traces, il s’agit de ne pas revivre ce qui a été vécu.
N’est-il pas préférable d’anticiper
les problèmes au moment des restructurations
et d’accompagner les actions de participation
locale ?
On va s’inspirer de l’expérience
des autres...
Dès 1977, quelques mois après l’élection du
nouveau conseil municipal, les élus, maire en
tête, sillonnent les quartiers de Roubaix et vont
à la rencontre des habitants. Le bus les dépose à
des endroits stratégiques qui sont repérés et
connus de la population.
Etre à l’écoute est le mot d’ordre, on prend des
notes et une réunion publique clôt la journée.
Tous les problèmes y sont abordés, la politique
descend dans la rue.
Pour le futur maire, la mise en place des comités de quartiers répond certes à un désir
de faire participer la population, mais en même temps à un souci de l’organiser, afin qu’elle
rentre dans un cadre acceptable dans lequel la municipalité puisse agir. Comment Marc va-t-il
entrer dans ce schéma ?
102
Marc VANDEWYNCKELE a exposé ses idées dans un courrier qu’il nous a adressé :
"Pour moi, la démocratie consiste à rendre le citoyen actif à toutes les phases d’un processus de
décision d’une loi ou d’un projet, et à lui donner la possibilité d’en contrôler l’exercice. Il n’y a
pas de participation s’il n’y a pas de co-décision d’ordre budgétaire. La démagogie, elle, naît
quand des élus font croire aux gens qu’ils les ont compris, et qu’une loi qui a été formée sans eux,
est bonne pour eux. Deux cultures s’affrontent , l’une secrétant plus de démagogie,celle d’une
société programmée, encadrante, et l’autre, amenant plus de démocratie, celle d’une société dans
laquelle on pense à libérer les énergies et à éveiller les consciences, en croyant à la vertu des
citoyens".
On le constate, Marc met la barre très haut : "Ce qui m’inspirait en 1976, et qui continue
de m’inspirer, c’est la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Le fondement de
la démocratie participative y est inscrit : l’article 11 dit que tout citoyen peut parler, écrire,
imprimer librement".
C’est la question fondamentale. Vous me demandez comment un citoyen" pauvre" peut
s’approprier le langage, et comment on peut rendre sa parole légitime. .Je vous répondrai en
citant ce qu’a dit une habitante de La Réunion , où j’ai organisé les premières Rencontres
réunionnaises de la démocratie locale au nom de l’ADELS1, le 21 février 2002. "Pas besoin conet
lire pour anim not quartie" et une autre : "Même mal, je dis et je fais". Voilà un atout majeur pour
les mouvements d’éducation populaire ! Peut-on imaginer une démocratie locale sans ouvrir le
chantier de la pédagogie de la citoyenneté ?
Pour notre part, nous pensons que la démocratie demande de laisser le temps de
s’exprimer, afin que le droit à la parole ne soit pas confisqué, détourné. Souvenons-nous qu’à
l’Alma, il y avait tous les mercredis, un temps où l’on produisait du débat ! Pour Alexander
NEILL2, l’auteur du célèbre "Libres enfants de Summerhill", l’important, ce n’est pas tant ce que
la personne dit, que l’attention que nous portons à ce qu’elle dit, c’est notre attitude par rapport à
elle.
Si la parole a ses limites, elle a aussi ses exigences et pour être vraie, elle se doit de
passer par des moments différents de l’expression.
Le premier est généralement celui du silence, "je peux parler, dire des choses, mais
cela m’engage, je n’ai pas confiance et puis ce que je dis, peut se retourner contre moi".
Le second est celui du verbiage, des " tas de sable". "Je parle et dis, répète, à qui
veut l’entendre mais en général, je ne me dévoile pas, je déballe. Y a qu’à, c’est à cause, et puis
ce sont les autres… mais je parle, et surtout j’espère qu’on m’écoute".
Le troisième temps est celui de la construction. "Je m’investis dans ce que je dis, et
les autres me font comprendre par leur attitude que je suis écouté, alors je peux aussi les
écouter, et l’échange peut commencer".
Pour aller au-delà, il faut passer par un moment de
partage du pouvoir et la démarche de l’Alma nous le rappelle bien,
la contestation n’amène la construction que si les pouvoirs sont
partagés.
Le programme de Pierre PROUVOST comporte bien
ces objectifs ; concertation, information, et l’établissement de
nouveaux rapports entre la municipalité et la population.
Le Centre d’Informations Municipales, porte ouverte
sur la ville, lieu où tout citoyen peut prendre connaissance des
grandes orientations de la municipalité, est créé dès 1978, le centre
d’information sur l’Habitat suivra quelques années plus tard. La
municipalité met en place 8 commissions extra municipales qui ont
pour but, dans chacun des domaines essentiels de la vie sociale, de
recueillir les besoins et les aspirations de la population.
1
ADELS : Association pour la Démocratie et l’Education locale et Sociale.
Pédagogue britannique (1893.1973) qui s’inspirera de méthodes non autoritaires et de la psychanalyse freudienne pour
faire vivre une école privée durant plus de 50 années.
2
103
Dès le début de la mandature, le maire prend des initiatives et adopte la même démarche
de fondation dans chacun des 11 grands secteurs de la ville pour le lancement des comités de
quartiers.
rencontre des élus avec toutes les forces vives du secteur.
premier diagnostic par thèmes, renvoyé aux participants
visite en autobus de Pierre PROUVOST et des élus dans le quartier.
réunion à la fin de la visite, ouverte à tous, à l’issue de laquelle les
questionnements sont regroupés et débattus en 3 ou 4 réunions successives.
Au terme de ces discussions, sont constituées des commissions dans lesquelles se
retrouvent des individus citoyens, des associations et des professionnels agissant dans le secteur.
Pierre PROUVOST fait donc le tour de chaque quartier et expose avec Marc la
démarche municipale, en vue de mettre en place une entité qui s’appellera " comité de quartier".
Il s’agit bien d’une initiative de la mairie, que certains ont eu du mal à comprendre.
"Ma démarche n’a jamais été de faire du forcing" écrit Marc. "Je me suis toujours tenu
au programme municipal qui envisageait les comités de quartier, si l’ensemble des forces vives le
demandait, et dans une forme ouverte (type auberge espagnole1) sans donner une prédominance
quelconque à un élu".
Les quartiers, qui n’ont rien sollicité, ne sont pas tous prêts à participer; nous avons déjà
évoqué la constitution des premiers groupements, et les réactions de certains secteurs comme au
Sartel, à la Justice, au Cul de Four et de bien d’autres. Sainte Elisabeth se referme sur son
association paroissiale et son clocher ; au Pile, le comité des fêtes, solidement implanté, est inquiet
de l’émergence de ces associations. "Ce n’est pas concurrent, c’est complémentaire", commente
l’adjoint aux quartiers lors d’une réunion.
Marc continue sa croisade pour une
démocratie de terrain, il parle aux gens et s’applique à
faire émerger cet enjeu pour lui essentiel : comment
va–t-on construire ensemble ? Lors du colloque de
1979, qui marque une étape importante dans la vie des
comités de quartier, Marc VANDEWYNCKELE,
évoquant la naissance et parfois la difficile mise sur
pied de ces associations ou groupements, n’hésite pas à
relever deux questions qui sont apparues
fondamentales : la représentativité et les moyens
d’exercer un pouvoir réel de décision dans la ville ;
autrement dit : reconnaissance, autonomie, partage des
pouvoirs. "Nous avons découvert la différence de
niveaux de préoccupation entre élus, techniciens,
associations, habitants, la peur de ne plus être entendu
en tant que tel , ou de voir des actions récupérées. Des
visions très diverses sont apparues sur le pouvoir des
habitants et leur légitimité. Du pouvoir, lequel ?
Pouvoir d’enregistrement ? Pouvoir de consultation ? Pouvoir simulé ? "
Continuant son analyse, il ose ces questionnements sans concession: "Avons-nous été
directifs ? Avons-nous été démocrates ? Sommes-nous des démagogues ? Avons-nous été des
techniciens préférant octroyer la participation plutôt que de la laisser conquérir ? "
Marc, qui a été l’un des artisans du coup de pouce, s’interroge encore des années plus
tard : "Fallait-il donner ce coup de pouce ? Fallait-il attendre les événements et les créations
spontanées ? Je laisse à chacun et à l’histoire le soin de répondre à ces questions. "
Lors d’une formation organisée à l’I.R.E.P en 1979, un bilan réalisé par les participants
laisse apparaître des tensions : il souligne tout d’abord une revendication qui n’avait pas été prise
au sérieux : une participation voulue comme élaboration conjointe et non comme une consultation
1
Lieu où l’on ne trouve que ce qu’on y apporte.
104
sur des projets déjà mûris et quasiment décidés. C’est d’ailleurs la teneur d’une lettre envoyée au
maire par le comité de quartier de l’Hommelet, après une réunion avec l’adjoint à l’urbanisme. "La
Municipalité nous a donné une information. Des projets existent, mais ceux-ci n’émanent que de la
ville. Tout était préparé, tout était décidé. On peut alors se poser la question de la participation".
Or, pour Marc VANDEWYNCKELE, adjoint aux quartiers, "il est clair que les options
doivent rester en discussion à tout niveau jusqu’au passage en Conseil, sinon, les comités de
quartier n’ont plus d’objet". Des dissensions se font donc jour.
Une deuxième revendication relève le souci de ne pas en rester aux petits problèmes de
la vie quotidienne : les comités de quartier doivent aussi débattre de l’ensemble du projet ville.
Les conclusions de ce bilan n’apparaissent guère tendres :" les élus semblent attendre
des Comités une caution de leurs projets, mais semblent décidés à conserver le pouvoir, qui
appartient de droit aux habitants pour les décisions de quartier".
Les rapporteurs dénonceraient-ils ouvertement la démarche municipale ? Citons une
dernière remarque lancée par un intervenant : "Les comités de quartier de Roubaix ne peuvent
sortir de la manipulation et de la thérapie sociale qu’à condition de couper le cordon ombilical qui
les attache à la Mairie".
Là où l’on attend la concertation, on enregistre la suspicion. Pour notre part, nous
pensons avec Marc VANDEWYNCKELE que ces difficultés proviennent des conceptions
contradictoires du rôle des comités de quartier au sein même de l’équipe municipale.
Ci-dessus, participation du Comité de Quartier de l’Epeule lors de la braderie.1
Et pourtant, en 1977, la Mairie met en place des structures de concertation, permettant
un rééquilibrage démocratique. Ces instances deviendront les comités de quartier.
Après l’émission de TF1 réalisée à l’Alma en 1979, Pierre PROUVOST déclare :"On
n’a pas montré l’expérience de concertation, symbole d’une démocratie vécue". Le maire affiche
donc nettement la volonté municipale en ce domaine. Mais, selon nous, la mairie n’a pas pu, ou
voulu, aller au bout des pratiques et du partage du pouvoir. Il n’y a sans doute pas eu accord
unanime de l’ensemble des élus sur la conception de la démocratie locale, peut-être par peur
d’une "almagarisation"de la ville.
On n’a pas réellement donné aux quartiers les moyens d’évoluer dans le sens de l’Alma
et de sa prise de pouvoir : pouvoir regarder, pouvoir dénoncer, pouvoir contester, pouvoir risquer,
1
Bulletin d‘informations municipales de la ville de Roubaix : trois années d’action municipale 1977-1980
105
pouvoir révolutionner. La mairie n’a pas greffé le dynamisme de l’Alma sur les autres quartiers.
Pour Marc, c’était non dit, parfois dit en coulisse : l’Alma devait garder un certain statut
d’exception...
Pierre PROUVOST, tout en jouant un rôle d’animateur, avec un esprit de tolérance que
Marc reconnaît, reste dans ce que l’adjoint aux quartiers appelle la société programmée.
Toutefois, il laisse carte blanche au 14ème et dernier adjoint. "Pour le maire", :écrit
Marc, " cette culture politique était un peu assimilée à une médecine douce qui ne faisait pas de
mal, qui pouvait quand même faire du bien ; donc, que Marc continue à prendre son bâton de
pèlerin".
Si Marc a souvent reçu des encouragements, il ne nous a pas caché qu’il était un peu seul
dans l’équipe municipale, et même au sein de sa propre formation. Se brûle-t-on les ailes en prônant
la participation ? "Comme DUBEDOUT à Grenoble, dont j’étais très proche au niveau de la
conception de la démocratie locale, nous avons perdu. Je pense que s’il y avait eu une position
claire de l’équipe en place à ce sujet, et une remise en cause des pratiques descendantes, nous
aurions tenu le cap". Il faut remarquer cette similitude entre Grenoble et Roubaix. Lors de l’élection
municipale de 1983, Pierre PROUVOST et Hubert DUBEDOUT furent tous les deux battus au 1er
tour et sanctionnés sévèrement par les électeurs, qui les ont remplacés par André DILIGENT et
Alain CARIGNON.
Marc a vécu la période finale de son mandat assez difficilement. Aux élections
suivantes, il a été mis suffisamment loin sur la liste pour ne pas être élu en cas de victoire de
l’opposition, ce qui a été le cas. Marc, à l’évidence, ne faisait pas partie du sérail !
Citons Catherine NEVEU, auteur d’une étude pour le C.N.R.S.1 :" Le témoignage de
l’adjoint aux quartiers laisse aisément transpirer une amertume certaine. La majorité était divisée
sur ce dossier et l’initiative de Marc VANDEWYNCKELE n’a pas rencontré de soutien clair, quand
elle ne s’est pas heurtée à des réticences... "
Mais les épines n’ont pas entamé ses convictions : "Ma plus grande satisfaction a été de
participer à la fondation d’un nouveau mode de gouvernement de la ville (aujourd’hui, on dirait
gouvernance), dans lequel l’élu descend parmi les acteurs et ne reste pas sur son piédestal. Là,
nous étions réellement en avance".
"Beaucoup de villes ont initié des comités de quartier en 1977, à part Grenoble qui avait
commencé avant cette date avec Hubert DUBEDOUT ; la plupart des villes ont perdu ces
instances. Roubaix a fêté les 25 ans des comités ; tout n’est pas parfait, mais je pense qu’ils
n’auraient pas tenu si les fondations n’avaient pas été bonnes et basées sur du sens. J’avoue en
avoir une certaine fierté".
Amertume pourtant chez cet ancien élu qui a aimé sa ville et qui, dès les élections
passées, n’a plus été sollicité pour participer à des réflexions communes avec ses anciens collègues,
mais qui, par conviction, a continué à animer des réunions de quartiers avec son successeur, Michel
BAUDRY.
De toute évidence, l’éloignement de Marc à près de 9 180 Km, recèle une dimension
symbolique... Peut-on l’interpréter comme un bras d’honneur ?
1
Information donnée par Marc VANDEWYNCKELE
106
L’Alma
ou un nouvel urbanisme
" Vous ne ferez pas ce que vous avez décidé de faire sans nous consulter". Voilà ce que
les habitants de l’Alma clament depuis longtemps.
Nous avons laissé ce quartier au moment où l’A.P.U, fort de la mobilisation des
habitants face aux projets municipaux, s’est tourné vers les pouvoirs publics pour obtenir une aide
financière et technique permettant de traduire en plans et en maquettes les idées émises par les
habitants. Nous savons que le Secrétaire d’Etat au Logement, Jacques BARROT, séduit par la
démarche, confie une mission d’étude à un cabinet parisien, l’ABAC, composé d’architectes et de
sociologues, qui travaillera en liaison avec les acteurs du quartier.
C’est un événement inédit : pour la première fois, des habitants vont participer à
l’élaboration de leur quartier ; là réside le génie de l’Alma. En 1977, le schéma directeur est
adopté : les élus, les techniciens et la population sont désormais d’accord sur le .principe
d’aménagement de l’Alma. Par la suite, la concertation s’intéressera aux différents aspects de la vie
quotidienne.
Photographie Nord Eclair 1982
Avant d’aborder l’extraordinaire alchimie qui a conduit à l’élaboration d’un nouvel
urbanisme, nous voudrions évoquer un quatrième partenaire, dont on parle peu : la Redoute. Cette
entreprise a été un enjeu. Selon Pierre DUBOIS, Pierre PROUVOST et Henri POLLET se sont
rencontrés avant 1977 ; le futur maire a compris très tôt l’impact économique de cette firme pour la
ville et pour le quartier.
Quand, à la fin de 1977, le patron de la Redoute dit au nouveau maire : "Si je ne peux
pas m’étendre sur place, je m’en vais", Pierre PROUVOST n’hésite pas sur l’enjeu : il faut garder
la Redoute à Roubaix. Et, en décembre 1977, la Redoute installe des parkings sur les terrains libérés
par les démolitions entre la rue Archimède et la rue du Fontenoy.
107
Michel BAUDRY a bien connu cette société : "Les dirigeants ont eu la volonté de
favoriser l’esprit d’entreprise et de faciliter le travail. Et puis, il leur fallait être vigilant, car la
Redoute, établie au sein d’un quartier, était beaucoup plus fragile qu’une entreprise implantée dans
une zone industrielle. J’ajoute qu’elle a participé à l’époque à des sessions de lecture pour
l’insertion de ses manutentionnaires et notamment à un colloque sur l’illettrisme ; elle mettra même
au point un logiciel d’apprentissage".
Philippe GRAVELOTTE, instituteur en 1982 puis directeur de l’école Elsa Triolet
depuis 1986, connaît ces initiatives : "A l’époque, la Redoute a joué le jeu du partenariat entreprise,
centre social, école, dans un projet commun ; elle amenait la logistique, autorisait l’usage de son
imprimerie, participait aux fêtes de Noël". Michel BAUDRY le confirme :"il y a eu de la part de la
Redoute une politique volontariste pour inciter ses salariés à habiter dans le quartier et à
participer aux activités périscolaires".
Il était recommandé aux futurs cadres de la Redoute de participer à ces activités.
Lors d’un entretien, Pierre PROUVOST a reconnu qu’il avait eu l’idée d’accueillir à
l’Alma les employés de la Redoute et de fidéliser cette population , ce qui n’a pas été le cas : "On
ne m’en a pas donné les moyens", nous a-t-il dit.
En 1983, devant le risque de désengagement des " POLLET", André DILIGENT aura
lui aussi la volonté de garder la Redoute à Roubaix ; il avait à l’intérieur un allié de poids qui était
Jean Claude SARRAZIN, un conseiller régional engagé au R.P.R " Un homme à la fibre
roubaisienne ", selon Michel BAUDRY. La Redoute ne sera pas délocalisée.
Sans entrer dans les arcanes de la production architecturale de l’Alma-Gare, abordons
à présent les idées fortes prises en compte dans les décisions, notamment celles qui procèdent des
habitants.
En 1975, l’A.P.U organise une visite du logement LYNX à Anzin ; il s’agit des mêmes
types d’habitations que ceux qui doivent être édifiés sur l’emplacement des Magasins Généraux.
En 1976, une délégation se rend pendant deux jours à Amsterdam pour voir comment se
passe la rénovation dans ce pays .On le constate :l’A.P.U, recherche des modèles et n’hésite pas à
prendre des contacts avec l’étranger. Roger LEMAN se souvient qu’il est revenu épaté! "C’était
calme, il y avait des bacs à fleurs partout, les fenêtres ne disposaient pas de volets. On constatait
une organisation de la vie sociale, un art de vivre : on s’est dit: pourquoi pas nous ? "
Notons qu’en Hollande, à cette époque, sont mises à l’étude des innovations pour
améliorer la sécurité routière: on casse notamment les longues voies rectilignes par des
décrochements ; les premiers ronds points apparaissent. Manifestement, dans ce pays comme en
Suède d’ailleurs, les avancées sont nombreuses.
Au mois de mai 1977 a lieu un voyage d’étude dans la banlieue de Bruxelles. L’A.P.U,
sur proposition de l’ABAC, et dans le cadre des commissions de travail : techniciens, habitants,
visite l’ensemble de logements de Woluwe Saint Pierre. Les membres de la délégation, dont
certains n’avaient jamais quitté leur quartier, sont subjugués par ce qu’ils voient et "tombent dans
les bras de la Belgique", selon l’expression de Michel CONSTANS. "Voilà ce qu’il nous faut ! "
ont-ils dit en rentrant à Roubaix.
C’est alors que l’équipe des architectes belges, avec à sa tête Thierry VERBIEST, est
pressentie par l’O.P.H.L.M et l’adjoint à l’urbanisme de Roubaix pour la construction de logements
correspondant à la première phase du schéma directeur. Ainsi, les réalisations de l’Alma-Gare
apparaîtront, selon certains observateurs, comme la copie conforme de celles de la cité belge. On a
dit plus tard que Thierry VERBIEST avait fait une démarche commerciale et qu’il avait, en quelque
sorte, vendu son produit. Marie-Agnès LEMAN reste dubitative devant cette rumeur, " Ecoutez,
nous, on a travaillé avec lui, on a senti qu’on agissait pour quelque chose ; je dis qu’il a été
honnête. Lui- même d’ailleurs disait que ses meilleures années de travail, avaient été celles passées
à Roubaix".
108
Qu’a-t-on recherché à l’Alma ? Pour Pierre LEMONIER, c’est surtout et
fondamentalement, un espace facilitant la vie sociale. L’idée voulue par l’architecte à Woluwe
Saint Pierre, qui était de réaliser des immeubles et des accès favorisant des rencontres,
correspondait bien aux aspirations des habitants de l’Alma.
Jacques GEUS, journaliste à Nord-Eclair1 décrit les futures réalisations. " L’originalité
essentielle de ces logements tient au fait que chacun donnera sur l’extérieur et non plus sur une
cage d’escalier. Des escaliers individuels mèneront aux appartements du premier étage ; au
deuxième étage, une coursive extérieure desservira tous les logements, des passerelles permettront
d’aller d’un immeuble à l’autre".
Plus tard, il s’enthousiasme devant les premières constructions : "Comment a –t-on pu
construire si longtemps des tours et des barres, créant un cadre de vie sans âme, monotone ? Ce qui
sort aujourd’hui de terre est une réussite incontestable, un parti pris d’intelligence dans la
conception des immeubles, un choix délibéré de favoriser les échanges, les contacts, la chaleur
humaine. La construction est très rationalisée, mais, par le jeu de micro différences, on arrive à un
total de 80 types d’appartements : certains sont en duplex, d’autres bénéficient d’une mezzanine,
d’autres encore ont une cuisine séparée de la salle de séjour ou sans séparation. Tout est fait pour
faciliter la rencontre et donner la complexité de la ville ancienne, avec ses rues animées. Et de
conclure : " On se plaît à imaginer que tout Roubaix soit désormais reconstruit avec le même effort
d’imagination architecturale".
Autre originalité : une
cour haute, située audessus des commerces,
reprend la forme et
l’usage
de l’espace
commun de la courée ;
les logements s’ouvrent
directement sur cette
cour.
Citons également la
grande verrière, lieu de
rencontre et de transition
vers le porche de la rue
de l’Alma, qui joue le
rôle de place publique
couverte.2
A l’évidence, c’est l’enthousiasme !
" Les gens disaient qu’ils avaient les plus beaux logements de la ville ! " nous ont
avoué les LEMAN.
1
2
Nord Eclair 9 juin 1978
Photographie extraite de "Lutte urbaine et architecture". Editions Atelier d’Art Urbain. 1982
109
La rue du Fort Frasez tient une place à part dans l’histoire du quartier et dans la
mémoire de la ville. Considérée comme le symbole des luttes urbaines de l’Alma-Gare, c’est un des
premiers endroits où les habitants se sont mobilisés pour défendre leur cadre de vie.
Le choix des options pour cette rue typique de l’habitat roubaisien a été, là encore, un
des éléments les plus rassembleurs pour le quartier. Le C.A.L.P.A.C.T avait prévu initialement de
réhabiliter les logements, mais cette opération lourde s’avérait trop coûteuse. Avec bon sens, les
habitants ont proposé de construire entièrement du neuf, avec la volonté de maintenir l’authenticité
de la rue en utilisant des matériaux traditionnels du nord.1
A quartier nouveau, école nouvelle.
L’ouverture d’un groupe scolaire intégré au quartier a été décidée par le groupe de
travail de l’Alma-Gare, dès la conception du projet Fontenoy-Frasez. Par la suite, la construction
d’un collège était envisagée rue de Toulouse. Celui-ci ne fut jamais réalisé.
De toutes les réalisations de l’A.P.U, l’école demeure probablement, selon Isabelle
GROC et Ivan DOUMENC, le succès le plus durable : " l’école Elsa Triolet, appelée au départ
école de Fontenoy, est le projet qui a le mieux résisté au temps et aux critiques. Il a été
profondément remanié, mais il était porteur de concepts nouveaux qui ont été largement repris
ailleurs dans les années 1980 ", notent les deux sociologues.
De façon à appréhender tous les enjeux d’une école ouverte sur le quartier, qui s’est
transformée à l’épreuve des faits, mais dont l’esprit n’a pas été perdu, nous nous attacherons à faire
intervenir le plus souvent possible les partenaires de l’époque.
Dans son édition du 5 juin 1979, le journal Nord-Eclair évoque l’école révolutionnaire
de l’Alma-Gare, la volonté de réaliser l’école idéale la mieux adaptée aux besoins du quartier.
Pour Olivier QUEROUIL, l’idée d’une école ouverte repose sur l’idée de la gestion
paritaire de l’établissement entre l’Education Nationale et la commune ; dans le cas de l’Alma,
l’A.P.U a été associé à la gestion communautaire de l’école. " Cette cogestion doit apporter un
double avantage", expliquent de leur côté Isabelle GROC et Ivan DOUMENC : " optimiser
l’intégration de l’école au quartier, en permettant aux associations de bénéficier des locaux en
1
Photographie extraite de "Lutte urbaine et architecture". Editions Atelier d’Art Urbain. 1982
110
dehors des heures de classe, et donner aux habitants un droit de regard privilégié sur l’éducation
de leurs enfants. L’enjeu de fond pour les militants de l’A.P.U, était la promotion sociale de la
classe ouvrière".
Olivier QUEROUIL développe cette idée : "C’est un enjeu politique, et cet enjeu est
tellement important qu’il ne peut pas appartenir aux enseignants. Mais est-ce que les enseignants
peuvent travailler sous le contrôle du peuple ? C’était un langage un peu spécial à l’époque".
Dans un premier temps, il fallait préciser la signification d’Ecole Ouverte. Référonsnous à un rapport paru dans " Lutte urbaine ".
Pour les inspecteurs de l’Education, Ecole Ouverte signifie : décloisonnement,
c'est-à-dire la possibilité d’ouvrir les classes en créant des ateliers interclasses
qui permettent aux enfants de passer d’un niveau à l’autre et donc de moduler
l’enseignement à la carte, et d’ouvrir l’école sur elle-même.
A ceci, les instituteurs ont répondu que, pas du tout, l’Ecole Ouverte, c’était la
possibilité de sortir de l’école pour organiser des activités d’analyse du milieu
environnant, et qu’il fallait faire entrer la vie à l’école en sortant de l’école.
Pour les parents, c’était tout autre chose; c’était la possibilité pour eux d’entrer
dans les classes et de comprendre ce qu’on pouvait bien faire aux enfants et
qu’ils ne comprenaient pas !
Pour les habitants, c’était peut-être tout cela, mais aussi la possibilité pour les
gens du quartier d’utiliser les locaux scolaires pour des activités extrascolaires,
pour la formation des adultes ou pour la vie associative, donc de permettre
l’accès à d’autres usagers.
Diable ! Comment harmoniser ces expressions diverses ?
La représentation des voies de
circulation dans l’Alma centre, indique
de manière claire le rôle de la Place de
l’Alma et la situation particulière de
l’école au cœur des cheminements des
habitants.
L’ouverture apparaît aussi dans la
conception de l’espace urbain.
Photographie Atelier d’art urbain
1
Selon les architectes Michel BENOIT et Thierry VERBIEST, elles traduisent clairement
l’enjeu social qui se trouve derrière le fait de construire l’école. "Pour s’inscrire dans la vie sociale
et pour être un lieu collectif, l’école doit être un lieu pluriel, une institution hétérogène. Il faut
donc approfondir la question de la coexistence d’usagers, de pratiques, d’emploi du temps, etc.…".
Le programme se met en place et privilégie le décloisonnement de l’école à la fois sur le
plan architectural et pédagogique. Les espaces sont vastes et ouverts, les locaux ne disposent pas de
portes. Les parents, qui sont partie prenante dans l’école, disposent d’une salle. Certains locaux sont
ouverts à la population toute la journée, d’autres ne sont accessibles qu’au départ des élèves. On
crée une cafétéria. Philippe GRAVELOTTE se plaît à souligner que jusqu’en 1990, les instituteurs
et les enfants ont élaboré des petits repas pour les employés de la Redoute et du Centre Social : les
élèves prenaient les commandes et géraient la coopérative. La cour de récréation est aussi un
espace de jeu et un square public en dehors des heures de classe.
1
Lutte urbaine et architecture. Atelier d’art urbain. 1982
111
Le Premier Ministre Pierre MAUROIS inaugure l’école Elsa Triolet en 1981. Jean
Claude DERAIN, directeur de l’école Diderot, avait réfléchi à la pédagogie la mieux adaptée à ce
style de classes ; il motive ses instituteurs et postule avec toute son équipe pour intégrer la nouvelle
école. Mais l’Education Nationale qui a des difficultés à s’adapter à ce nouveau concept, accorde
seulement deux postes sur six.
Jean Claude DERAIN refuse. Et la rentrée a lieu dans une improvisation totale !
Donnons la parole à Philippe GRAVELOTTE : "Le directeur, et sept jeunes enseignants frais
émoulus de l’Ecole Normale, recrutés sans être préparés aux spécificités de l’école, ont découvert,
en même temps, le jour de la rentrée, cette école où étaient déjà inscrits 160 gamins ! Imaginez un
peu ! Surréaliste ! Ça a été la "foire" pendant un an ! Les enseignants se sont refermés...par peur !
Les malheureux ! "
Jean Claude DERAIN arrive pour de bon en 1982 avec son équipe, il rétablit de bonnes
conditions de fonctionnement et maîtrise l’espace ; il referme notamment la cour, qui ne sera plus
un espace public.
Philippe GRAVELOTTE, quant à lui, prend la direction d’Elsa Triolet en 1986. Il ne
veut plus d’une école ouverte à tous vents. "Ouvrez comme vous l’entendez", lui dit son inspecteur,
au courant des problèmes rencontrés, notamment avec les parents. Le nouveau directeur gardera une
école "entrouverte!" Quand on demande à Philippe GRAVELOTTE ce qu’il pense de l’intervention
des parents dans les processus pédagogiques, sa réponse est claire : "Chacun à sa place ! Les
parents ont fait de la lecture dans les classes, mais ils se sont appropriés l’école, ils ont émis des
critiques, ils ont publié des articles de presse sans nous en avertir, ce qui démolissait l’école. Pour
nous, ça n’était plus du partenariat. Il n’était plus question que je laisse les parents intervenir ; leur
participation devait se limiter strictement à la gestion des locaux en dehors des heures de classe".
Alors, les relations entre l’A.P.U et l’école se sont dégradées.
Si l’école peut certes
perdre son aspect "sanctuaire", peuton pour autant la laisser devenir un
lieu commun ? L’erreur n’est-elle pas
de dire : une école ouverte, c’est une
école qui laisse les portes ouvertes,
physiquement, dirons nous, alors que
l’ouverture est un état d’esprit qui
permet l’échange !
La place de l’Alma et la façade de
l’entrée de l’école Elsa Triolet.1
"Curieusement, aujourd’hui," tient à conclure Philippe GRAVELOTTE, " l’école Elsa
Triolet est l’endroit où il y a le plus de relations sociales entre les gens du quartier.
Certes, nous avons eu des problèmes: nous nous sommes fait cambrioler 86 fois en 2 ans
par des gamins de l’école qui pourtant, l’aimaient; mais notre établissement continue à tourner
dans l’esprit des années 80. Pour moi, les meilleures années ont été celles de 1986-1987 ; on a eu
un équilibre, ça tournait bien, le partenariat était régulier, notamment avec la Redoute.
Nous avons eu aussi des moyens extraordinaires en structure, en personnel, mais peu à
peu, on nous les a grignotés et...repris, considérant que nous pouvions fonctionner sans eux ; alors
qu’il aurait fallu donner aux gens le temps de se former. Voilà une utopie ! On nous a dit : c’est
bien parti, alors, vous pouvez faire seuls !
112
Il n’empêche que les instituteurs sont stables ; les enseignants d’Elsa Triolet sont les plus anciens
acteurs du quartier, sans qu’ils y habitent! Oui, je crois que l’école est encore un lieu de rencontre,
un lieu de paix".
Le 15 mars 1981, l’Institut National du Logement en Belgique décerne aux architectes
du groupe Fontenoy-Frasez, un prix international pour couronner cette opération d’habitat collectif.
L’avenir est prometteur. Quelque 10 ans plus tard, en 1990, le journal Nord-Eclair relate un débat
où se sont retrouvés des techniciens, des architectes et des habitants pour échanger leurs
impressions sur le nouveau visage de l’Alma. Ces acteurs se sont passionnés, ils ont consacré leur
énergie à réinventer un nouveau cadre de vie. Y croient-ils encore ? Cette force de l’Alma n’a-t-elle
apporté que des réponses techniques à des rêves d’habitants ? A-t-on su préserver la vie sociale dans
ce nouvel urbanisme ? La rénovation de l’Alma est-elle au bout du compte une réussite ? " Si
Marie Agnès LEMAN a gardé tout son enthousiasme, "note le journaliste, "d’autres pèsent le pour
et le contre ; les habitants sont peut-être mieux logés, mais le chômage et la misère sont plus forts
que jamais. Il y a 25 ans, il y avait les courées, mais aussi la plupart du temps, l’emploi. Nous ne
sommes pas arrivés à arrêter la pauvreté".
Le logement n’apparaît plus comme la solution miracle:"Le problème n’est pas de savoir
s’il y a trop de recoins à l’Alma, ce n’est qu’un élément parmi d’autres, plus importants. Si on
n’amène pas d’argent sur un quartier, les efforts seront toujours insuffisants ".
Terminant son article, le journaliste conclut que tout le monde paraît d’accord pour dire
que l’enjeu, aujourd’hui, est surtout économique, mais personne, pour autant, ne dit clairement
pourquoi l’Alma n’apparaît plus comme le paradis dont on rêvait au début des années 1980.
L’Alma ne serait-il donc resté qu’un rêve ?
Au début du XXI ème siècle, on parle dans les journaux d’un nouveau projet de
rénovation du quartier: "une partie des immeubles à l’angle des rue du Fontenoy et de l’Alma va
être rasée ; ensuite, les coursives restantes vont être privatisées. C’est une restructuration radicale
qui nécessite le déménagement de tous les habitants de l’îlot qui avait fait la fierté des urbanistes".
C‘est que le contexte dans lequel ont été émises les réflexions mitigées de 1990 a pris
un tournant dramatique: la crise économique, et surtout sociale, est passée par là. Les habitants le
disent: le quartier est devenu invivable. Les acteurs d’il y a vingt ans ne peuvent que se rendre à
l’évidence : les magnifiques appartements et coursives qui devaient donner un caractère convivial
aux résidences dessinées avec leur collaboration et celle des habitants eux-mêmes, se vident. " En
fait de convivialité, " ont clamé des habitants lors d’une réunion, "nous avons connu un véritable
ghetto, pour ne pas parler de coupe-gorge".
Très rapidement dans
les années 80, le quartier est gagné
par l’insécurité et le vandalisme.
Les premiers immeubles de la rue
de la Barbe d’Or sont salis,
vandalisés et les abords servent de
dépôts clandestins. En 1984, l’école
Elsa Triolet est cambriolée 50 fois.
Et pourtant, la même année, les visites venues du monde entier se poursuivent.1
Alors, utopie de l’Alma !
Selon Michel CONSTANS, ancien adjoint au maire à l’urbanisme dans l’équipe
d’André DILIGENT : "l’Alma-Gare a montré assez rapidement ses limites, à commencer par les
conceptions architecturales qui ont prévalu à l’époque parce qu’elles étaient à la mode. A Woluwe,
VERBIEST a fait de l’urbanisme dans un milieu protégé, avec une population appartenant à la
classe moyenne ; à l’Alma, des 6 000 habitants au départ, 4 000 sont partis dans un premier temps,
et 1500 sont arrivés ensuite. Ce ne sont pas les plus pauvres qui ont déserté".
1
Nord Eclair 1984
113
Pascal HERMAN, auteur d’une étude sur l’Alma, le constate :" l’exclusion, le chômage,
sont restés avec force sur le quartier, déstabilisant en cela la vie sociale, accentuant la
paupérisation par la modification de son peuplement".
Michel CONSTANS revient sur les difficultés en matière d’urbanisme : "L’acte de
construire n’est pas fait seulement pour les habitants qui vont rentrer dans des logements neufs.
Ils sont certes prévus pour eux, mais aussi pour leurs enfants : on ne construit pas pour une seule
génération. Les familles évoluent ; ce que les habitants apprécient à un moment donné n’est plus
vrai 10 ans plus tard. De plus, quand on construit dans un espace public, même si on fait toutes
les consultations possibles, il est bien rare que les habitants se comportent comme on l’avait
prévu : ils s’approprient les logements et les espaces à leur façon. Et puis, on ne construit pas pour
une population captive, on sait parfaitement que des gens vont bouger. A l’Alma, les habitants ont
fait certes partie du pouvoir de décision, mais ils ont été l’objet, de la part des architectes,
d’attirance".
Pour Emile DUHAMEL, si l’Alma est une catastrophe aujourd’hui, cela n’a pas été une
utopie : "L’utopie est nécessaire. Sans espérance en une vie meilleure, la société n’avance pas.
C’était le souhait de la population de rester sur place, mais on a fait des projets en allant voir
ailleurs et en ignorant l’évolution des choses. L’A.P.U a donné la possibilité aux gens d’être
créateurs de leur habitat, mais ce qui s’est passé, c’est qu’il y a eu une concentration de
population marginalisée".
Manque de moyens, manque de suivi de la part de la municipalité ?
Marie-Agnès et Roger LEMAN, si longtemps en première ligne, reconnaissent que la
population a changé : "La vie sociale s’est détériorée, la drogue est arrivée et ça a été terrible.
Nous pensons que les autorités ont été naïves, elles n’ont pas prévu ce phénomène dans les milieux
populaires. Et puis", ajoute Roger, " il y a eu un manque d’entretien ; tout ça a tué l’ambiance
sociale. On nous parle d’utopie à l’Alma ; eh bien alors, il y a une utopie qui a marché, c’est la
salle de sport de la rue de France ! On s’est dit ; le sport, ça ne se voit jamais, on joue dans des
bunkers. Et on a voulu des vitres de haut en bas ; le soir, c’est éclairé, c’est vivant ; ce sont les
vitres qui ont été le moins sabotées dans le quartier ! "
En ce qui concerne le voyage d’étude à Woluwe, Marie-Agnès admet que les Belges
avaient une conception de l’habitat fort centrée sur l’environnement. " A l’Alma, on a fait l’habitat,
mais on n’a jamais mis les bacs à fleurs ! On n’a jamais fini l’Alma, " conclut-elle...
Pierre DUBOIS abonde dans ce sens: "Ce que l’on traite rarement, et qui est une cause
d’échec, c’est la gestion urbaine, et entre autres, le problème des espaces publics. Dans la politique
de la ville, quel est le statut d’un espace public, privé, collectif ? "
Ces trois aspects, c’est la vie de tous les jours ; si on les gère mal, c’est une source de
conflits qui génèrent la dégradation de l’environnement : on méconnaît trop l’importance du suivi,
alors que c’est une question de fond dans la politique de la ville. Et puis, ce que j’ai pu constater,
c’est que les relations, entre l’Alma et la ville, ont toujours été de nature freudienne, même si la
mairie a joué le jeu sous Pierre PROUVOST. D’ailleurs, sous André DILIGENT également ! En
tant qu’homme, il adhérait, mais pour son équipe, c’était difficile! Et celle qui incarnait ça, c’était
Thérèse CONSTANS, son adjointe à la Culture. Elle avait une phobie de l’Alma-Gare, et ce n’est
pas sans liaison avec le déclin progressif de ce quartier: la ville n’a jamais vraiment assumé, on a
laissé tomber... "
Quant à la question récurrente de l’échec de l’Alma-Gare, Pierre DUBOIS se place
d’emblée sur le terrain de l’humanisme: "Ce n’est pas un fiasco parce qu’on démolit, c’est une
réussite parce qu’on a formé des gens. Le Fort Frasez n’est pas un échec ; pour moi, on ne peut
pas parler d’échec, ça a été un vécu... "
Dans notre quête "almaïenne", n’est-ce pas ce que nous cherchions à appréhender ?
Oui, les habitants ont vécu des moments forts, de ces moments de création où l’on
travaille collectivement à faire émerger le rêve !
Ne parlons pas d’utopie. C’est l’époque où l’on participe à l’élaboration d’un nouvel
urbanisme, où l’on produit du débat : c’est en définitive l’âge d’or de l’Alma, connu de la France
entière.
114
Jacques GEUS, dont nous avons souvent retrouvé les enquêtes sur ce quartier, écrit en
1979 : " Voilà en effet des années que ministres, architectes, urbanistes, sociologues, journalistes,
étudiants, viennent voir les habitants et écrivent sur eux des rapports, des études, des articles.
Ceux-ci sont habitués à avoir la vedette des journaux, des revues, de la radio et de la télévision
régionale".
Le point d’orgue est ce grand soir du 5 juin 1979, où TF1 diffuse une heure d’émission
sur le thème : "Quand les habitants ont des idées, tout peut changer".
"Pour les habitants de l’Alma, c’est la consécration de ce qu’ils ont vécu depuis 15 ans :
en un soir, des millions de personnes sauront (si l’émission est fidèle) ce que l’expérience de
l’Alma-Gare a d’original", conclut le journaliste.
Mais le rêve de l’Alma s’en est allé…
Quand tout est achevé et que l’on n’a plus à créer, quand le quotidien reprend le dessus
et que la routine s’installe, les jours perdent leur saveur, on vit comme les autres ! Les moments les
plus intenses sont bien ceux de la création !
Il y a le temps du projet, le temps de la réalisation et le temps de la vie, avec son lot de
désillusions.
Très rapidement, les problèmes de la vie quotidienne ont repris leur place. La période de
crise a été un élément d’accentuation des difficultés à gérer le temps. La saleté, le vandalisme et les
dégradations sont apparus au lendemain de la fête. Les habitants ont bien entendu demandé des
moyens supplémentaires pour en tenir compte, mais le temps de l’Alma s’achevait. D’autres
quartiers allaient devenir des lieux d’enjeux pour les élus.
Jusqu’en 1984, le rêve s’exporte encore et on voit même des Chinois arpenter ce quartier
mythique.
Mais dès 1989, la municipalité a considéré que l’Alma ne faisait plus partie des quartiers
à problèmes et on l’a sorti des procédures lourdes d’aides de l’Etat. Le temple des luttes urbaines,
symbole d’une démocratie directe, se retrouve dans l’anonymat. Pourtant, " les bacs à fleurs n’ont
pas été installés".
Mais l’esprit de cette expérience demeure. Ce quartier a su inventer un dispositif de
gestion de l’urbanité, avec des habitants, militants de la parole, dispositif qui a fait changer le regard
des élus sur la cité et sur leur propre pouvoir.
Dans une pénétrante analyse politique, Bernard CARTON a écrit : "La parole d’habitant
rend aux élus leur légitimité et leur pouvoir…La légitimité juridique de l’élu est l’élection. La
légitimité sociale de l’élu est de rendre possible la parole d’habitant dans le processus
d’élaboration des décisions… Le pouvoir en démocratie, est avant tout d’obliger au débat et à la
confrontation entre les forces en présence et de les arbitrer…C’est de garantir que le débat
s’effectue et que son arbitrage permet des décisions qui s’ajustent sur une pertinence sociale. En ce
sens, l’élu est bien le garant de la cité, le garant de la politique".1
Remarquable aventure humaine, dont on va s’inspirer, et à laquelle on va souvent se
référer. L’Alma a été un formidable creuset duquel ont jailli à la fois, les prémices de la politique de
la ville, avec ce qui allait devenir le dispositif de Développement Social des Quartiers, et une
dynamique des habitants à l’échelon de la ville, avec leur regroupement au sein de l’Association
Inter quartiers de Roubaix.
1
Lutte urbaine et architecture. Donner la parole aux habitants, Bernard CARTON, adjoint à l’urbanisme, pages 11 et
13.
115
Le Pile interpellé
Ce quartier ouvrier à l’ambiance village, qui, durant les années 60-70, vit au rythme de
ses événements festifs, loin de la contestation, se sent-il concerné par la politique de reconstruction
et de résorption de l’habitat insalubre qui sera poursuivie par la ville de Roubaix au cours de la
décennie suivante?
Va-t-il s’inscrire dans la politique de participation et de concertation mise en place à
l’arrivée de Pierre PROUVOST ?
En 1973, notre historama en témoigne, le Cercle Artistique Roubaisien, le cercle Saint
Alexandre, l’amicale Jean Macé-Pasteur, l’Union Commerciale et le Comité des Fêtes continuent à
animer le quartier.
En 1975, est organisée à La Solidarité, une réunion sur le thème :" Quel urbanisme pour
l’avenir du Pile ? ". Mais les habitants ne se rassemblent pas sur un projet de quartier. Et pourtant,
les problèmes existent, le quartier se paupérise, le bâti se dégrade lentement, mais sûrement.
Les commerçants, qui sont encore des promoteurs de lien social, et les associations, qui
ont pourtant peu de liens entre elles, peuvent être considérés comme les forces vives d’un quartier
qui ne vit que par ses
habitants.
Nord Eclair, décembre 1976
Les boulevards qui le
ceinturent en facilitent le
contournement et mettent
partiellement le quartier à
l’écart des grands flux de
circulation. On longe le
Pile, on ne le traverse
pas. Les voies de
circulation, notamment la
rue Pierre de Roubaix,
forment une barrière
géographique, et si les
"Pilés" sont captifs, ils se
donnent
de
bonnes
raisons de l’être.
Quartier à la vie communautaire, avec ses rues "où il se passe toujours quelque chose",
et ses courées pleines d’humanité, le Pile vit replié sur lui-même, endormi dans une fausse quiétude.
Et l’on ne s’étonne guère de la crainte manifestée par le Comité des Fêtes, solidement
implanté sur ses terres, devant l’émergence, en 1977, d’un Comité de Quartier, que la nouvelle
municipalité appelle de ses vœux.
L’annonce de la prochaine réhabilitation du quartier, dans le cadre des procédures de la
politique de la ville, va-t-elle sortir le Pile de sa torpeur ?
Les habitants vont-ils participer à la réflexion autour de ce projet qui les concerne
directement ?
Une équipe d’étude, composée de messieurs CHAVANEAU, COLBOC, DOBBELS et
mesdames HACOT et THIOLLIER, est chargée de procéder à une analyse approfondie de la réalité
du quartier et d’établir un plan de développement pour le Pile, impliquant la participation active des
habitants. L’enquête a lieu durant l’hiver 1978-1979.
Les frontières du quartier, telles que définies au programme d’étude sont les suivantes :
le boulevard de Belfort, le boulevard de Beaurepaire, la rue Molière, le boulevard de Mulhouse, la
rue de Lannoy. La gare du Pile et la partie comprise entre le boulevard de Beaurepaire et le canal ne
sont pas intégrées dans le secteur.
116
Ce périmètre ne correspond pas à l’opinion que se fait la population des limites du
quartier. D’ailleurs, les habitants de Sainte Elisabeth ne souhaitent pas être dans le Pile; les auteurs
de l’étude reconnaissent eux-mêmes que le sentiment d’appartenance au quartier est plus faible dans
la frange ouest, à partir de la rue Pierre de Roubaix. Nous sommes ici confrontés à une sorte de
géométrie variable assez caractéristique à Roubaix, parfois sectorisé en 25 quartiers ou en 13, selon
l’approche statistique voulue.
Plan de Roubaix présenté en 13 quartiers
François CHAVANEAU va prendre en compte les analyses des techniciens ; mais il lui
est apparu essentiel, dès le début de l’étude, d’associer le plus étroitement possible la population
aux travaux. Pour lui, en effet, les habitants sont les mieux à même de connaître les aspects positifs
et négatifs de la vie quotidienne dans le quartier et d’exprimer ainsi leurs aspirations ; il faut que le
projet soit LEUR projet.
De nombreuses données, notamment sur la prédominance de l’habitat ancien, sont déjà
connues de nos lecteurs, mais qu’il nous soit permis de les compléter avec les éléments suivants qui,
à notre sens, pèseront sur la stratégie qui sera adoptée pour le plan de développement.
On dénombre dans le périmètre retenu, 3135 logements dont 10 % vacants.
La répartition est la suivante : 75 % en rues et 25 % en courées. En 1975, 42,4 % des
logements sont occupés par leur propriétaire.
117
D’une enquête réalisée en 1979 par le Service Municipal d’Hygiène Publique portant sur
117 courées comprenant 754 logements, nous retiendrons les éléments suivants :
23 % sont totalement insalubres
15 % sont dans un état médiocre
62 % présentent un gros œuvre en état d’entretien normal
Sur le plan des équipements, notons que :
30,5 % des logements ont un écoulement d’eaux usées à ciel ouvert
78 % des logements ne disposent que de WC collectifs, extérieurs aux
habitations
25 % ne disposent pas de poste d’eau intérieur
81,6 % ne sont pas raccordés au réseau de gaz
6 % ne disposent pas d’électricité
Pour les enquêteurs, compte tenu de cette situation, il conviendra de s’interroger sur les
aspects suivants lorsque seront envisagées les mesures à prendre :
l’imbrication dans une même courée, parfois dans une même rangée, de
logements insalubres et médiocres
les conditions de jonction de deux logements de faible surface pour créer une
seule habitation susceptible de recevoir des équipements sanitaires intérieurs.
La majorité des habitants rencontrés ont manifesté leur attachement au Pile :" C’est un
quartier à taille humaine où l’on a ses habitudes". Les Pilés reconnaissent cependant qu’il y a une
montée de la violence, un accroissement excessif de la population immigrée et un certain
dépérissement du bâti ainsi que de l’environnement. Ce sont pour eux des signes de déclin qui
contribuent à marginaliser le Pile dans la ville. L’image du quartier se dégrade, il n’est plus attractif
pour les jeunes ménages.
Les principales propositions des habitants dans le domaine du cadre de vie sont les
suivantes :
laisser au quartier sa physionomie actuelle
ne pas faire de constructions nouvelles, de type H.L.M ou Roubaix 2000, mais
une architecture adaptée au cadre existant
réhabiliter les logements vides et les louer
démolir les logements délabrés s’ils ne sont pas récupérables
conserver les courées bien entretenues, agrandir les logements (1 avec 2)
réhabiliter des logements en courées pour en faire des béguinages pour personnes
âgées
refaire les chaussées et les trottoirs
élargir les coins de rue en détruisant des immeubles
installer des canalisations pour l’écoulement des eaux usées à chaque maison
poser des compteurs individuels
renforcer l’éclairage par endroits
créer des espaces verts pour aérer le quartier
améliorer le mobilier urbain : installer des cabines téléphoniques
: planter des arbres
Cette interpellation de la population par enquête directe est essentielle. A partir des
constats et des propositions des habitants, l’équipe pré opérationnelle va établir une méthode de
traitement qui soit en adéquation avec les problématiques humaines et urbanistiques, cernées par
l’étude.
Des échanges ont également lieu avec les élus, les services municipaux et les
représentants de la population au sein du Comité de Quartier. Tous ces échanges, notent les
responsables, ont permis une confrontation entre le souhaitable et le possible ; certains projets ont
été abandonnés, d’autres ont émergé, d’autres encore ont été amendés. Tous, cependant, ont été
118
conçus pour être accessibles dans le cadre d’un plan pluriannuel de développement de 5 ans. Ce
plan sera connu sous le nom de " plan CHAVANEAU".
Qu’a démontré l’enquête ?
Tout d’abord, sans équivoque, un attachement au caractère dominant de l’habitat
individuel, à son architecture typique, et un rejet de ce qui est au point de vue architectural et
urbanistique, hétérogène au quartier ancien.
Il nous faut parler ici de l’opération "Ingouville", ce lotissement tristement célèbre,
régulièrement réparé et régulièrement saccagé. La tour qui abrite un L.C.R. et la tour voisine sont à
l’époque dans un piteux état : vitres brisées, entrées vandalisées, interphones brûlés, fils électriques
dénudés. "Malgré leur état pitoyable", note Brigitte LEMERY1, "ces deux tours ne sont pas
désaffectées, ce qui veut dire que toutes les portes des appartements ont été forcées ; comme ni eau
ni électricité n’ont été coupées, il y a des inondations régulières et de fréquents incendies. La
construction de ces bâtiments, gérés par le Toit Familial G.I.L. de Tourcoing, remonte à 1976. Des
charges excessives : loyer, eau, électricité, impôts locaux, mais aussi d’innombrables problèmes de
mal façons et de déprédations faites par des jeunes, ont fait fuir les locataires. Si le G.I.L a dépensé
trois millions de francs, à l’époque, en ravalement de peinture extérieure, il a laissé saccager les
appartements vides".
Photographie de 1983
du journal Nord Eclair
Ainsi, les "Pilés" ont devant eux la vision apocalyptique d’un exemple à ne pas suivre,
d’où leur désir de conserver au quartier son cachet et son atmosphère, les amenant à exclure toute
opération qui en bouleverserait l’ordonnancement. Ce souci de rester entre soi va jusqu’à exiger que
les programmes de relogement, s’il faut démolir, soient réalisés sur le quartier même. L’idée d’une
opération programmée d’amélioration de l’habitat (O.P.A.H) est donc accueillie favorablement.
La politique du maintien sur place de la population apparaît dès lors évidente, d’autant
plus que le Pile est devenu un quartier accueillant un exode permanent de populations défavorisées
en provenance des quartiers rénovés. Pour l’équipe d’étude, il est donc nécessaire, sous peine de
transférer à nouveau les difficultés du quartier sur d’autres, de rechercher sur le Pile même la
solution de ses propres problèmes.
L’enquête souligne en conclusion que les habitants du Pile ont peu de besoins, des goûts
simples. Les changements souhaités sont plus des changements d’environnement que la réalisation
de grands travaux.
Dès lors, la stratégie se met en place. " Le fragile équilibre du Pile impose un traitement
de l’ensemble des réalités du quartier, mais un traitement global et doux, excluant tout
1
La Voix du Nord. Janvier 1986
119
bouleversement brutal de son cadre bâti, de son organisation spatiale, bref, de son caractère
ancien et populaire ? Il ne peut donc s’agir que d’une action longue mais continue".
Pour François CHAVANEAU, " l’ensemble du quartier doit se sentir concerné ; il faut
donc veiller constamment à une dispersion des cibles, en faisant porter les efforts sur divers points
du quartier et en mêlant qualitativement actions légères et immédiates, aux actions lourdes à plus
long terme". Cette politique sera appelée la politique de la "dentelle", par opposition à la politique
du bulldozer, qui trop souvent, en détruisant les murs, brise l’âme des cités.
" Il s’agit également de ne laisser aucune catégorie sociale ou aucun groupe minoritaire
à l’écart. Ce plan de développement global doit prendre en compte tous les éléments de la vie du
quartier ; il serait vain d’espérer rompre les mécanismes de détérioration du Pile, sans s’attaquer
simultanément aux causes et aux effets, sans agir conjointement pour une revalorisation de la
population et de son cadre de vie".
Rappelons que cette problématique s’apparente à celle des opérations lancées par le
groupe interministériel Habitat Vie Sociale: nous sommes dans la même logique.
Ce plan implique nécessairement de mettre en œuvre des moyens financiers, des
procédures administratives et juridiques appropriées, ainsi que des moyens humains. La diversité
des actions proposées amène l’équipe d’étude à requérir, sous la responsabilité des élus concernés,
une équipe pluridisciplinaire chargée :
du montage administratif et financier des divers dossiers
des études de réalisation
du suivi opérationnel
Nous reparlerons plus loin, dans le cadre du Plan Local de Développement Social des
Quartiers, de cette structure riche en hommes de valeur.
Après avoir évoqué les processus et les problématiques qui ont amené ces prises de
décisions, nous aimerions, pour notre part, livrer notre propre questionnement ainsi que les analyses
de quelques acteurs de terrain, recueillies lors d’interviews.
La nouvelle municipalité, sous Pierre PROUVOST, s’inscrit dans cette nouvelle
dynamique. C’est elle qui annonce la prochaine réhabilitation du Pile, c’est bien elle qui agit en
premier. Les rapports que la mairie entretient avec le Pile sont différents de ceux qu’elle entretient
avec l’Alma : rien de conflictuel !
Et puis, dans l’entourage de Pierre PROUVOST, on disait qu’on ne pouvait pas toucher
au Pile.
Pierre DUBOIS se souvient de réunions avec le maire, Bernard CARTON et Marc
VANDEWYNCKELE : " Bernard CARTON, qui avait sa logique, affirmait qu’on ne pouvait pas
casser le Pile. Les choix d’aménagement du quartier sont inscrits dans cette expression. Il disait :
c’est trop compliqué en regard du nombre de propriétaires occupants. A l’Alma, vous réunissez
trois directeurs d’organismes sociaux et vous avez presque la totalité des investisseurs du quartier.
Au Pile, vous aurez 3500 interlocuteurs, avec chacun leur spécificité ; et on ne gère pas un couple
avec 5 enfants comme un couple de personnes âgées".
Pour Pascal HERMAN, technicien ayant bien connu le quartier : " Il y avait une volonté
de se différencier de l’Alma, où l’on rasait ; si on démolissait, il était clair que l’on supprimait
l’identité du Pile. Et puis, il y avait de toute façon le problème des procédures : si on détruit un îlot
de 200 maisons au Pile, on a peut être affaire à 200 propriétaires, tout le problème est là".
L’idée est bien de maintenir le tissu urbain dans le tissu existant, et donc, de pratiquer la
politique de la dentelle.
Bulldozer ou dentelle, c’était l’alternative.
Pour Patrick CORNILLE, qui s’est occupé de réhabilitation sur le quartier, " on s’est
orienté vers un véritable travail de fourmis, tenant compte des préoccupations des gens. On a
travaillé au cas par cas, dans une succession de mini sites. Ces opérations "dentelle", c’était la
120
meilleure façon de mobiliser les habitants. A mon avis, il n’y avait pas d’autre choix possible.
Imaginez le traumatisme de ces braves gens si on rasait tout ! "
Le périmètre représenté par les rues Marie Buisine, Condé, Desaix et Marceau montre bien la densité
d’habitations de certaines rues du quartier. On voit de part et d’autre de la rue Jules Guesde ce que les
urbanistes nomment les" îlots lanières" : des maisons mitoyennes, étroites, adossées à d’autres
maisons du même type, sans possibilité d’agrandissement sur l’arrière. La cour, où se trouvent les
lieux d’aisance, n’a parfois que quelques mètres carrés et la fosse septique est quelquefois commune à
plusieurs habitations. Lorsqu’une maison se dégrade, la proximité fait que ses voisines en subissent
immédiatement les répercussions (infiltrations, saleté, laideur du cadre de vie…). Le nombre
d’occupants, plus de 200, dont la plupart sont propriétaires, laissent apparaître la difficulté d’une
opération d’ensemble du type démolition - reconstruction. Lors d’une visite des militants du comité
de quartier du Pile à Grande-Synthe en 1986, le plan du quartier fut présenté aux architectes locaux et
suscita cette réflexion :" Il faut dé-densifier, aérer ce quartier. Dans un premier temps, il faudrait raser ça (les
deux îlots en question), après on travaille autour". Ce qui ne se fit pas.
Jean Luc SIMON, qui sera par la suite chef de projet sur le secteur, analyse lucidement
cette période : " Il s’agissait pour nous de réfléchir à un urbanisme plus humain, et de mettre en
place des équipes qui allaient non plus démolir, mais reconquérir un territoire en ayant une action
d’amélioration sociale et d’incitation à la réhabilitation. On inventait des modes de faire avec des
équipes plurielles : architectes, sociologues, agents de développement, pour produire de l’habitat et
du social. On avait une nouvelle génération de professionnels issus de la mouvance Habitat Vie
Sociale, qui avaient cette idée qu’on ne fait pas d’urbanisme sans les gens.
Bernard CARTON, Pierre DUBOIS et François CHAVANEAU iront défendre leur
projet à Paris et obtenir des moyens pour mettre en place des équipes opérationnelles qui seront
donc créées avant l’installation de la commission DUBEDOUT. Je rappelle que nous sommes sous
GISCARD d’ESTAING.
Le Pile a donc eu un plan de développement : pour moi, le développement prime sur
l’aménagement, et la logique" habitant" doit primer sur la logique" urbanisme". Alors, il fallait
faire de l’urbanisme qui démolisse et reconstruise. Cela ne se ferait pas comme une révolution mais
comme une réforme. Et il fallait faire attention à ne pas s’arrêter pendant 10, 20 ans, avoir
beaucoup de persévérance, faire en sorte que le processus de pauvreté ne nous rattrape pas. Il
fallait travailler sur la vitesse, car, si on va moins vite que le désespoir, le désespoir gagne".
121
Pour le chef de projet, cette politique appliquée sur plusieurs décennies allait coûter
cher, aussi cher au total que si l’on rasait tout. Pierre DUBOIS avait d’ailleurs évoqué ce paramètre
financier : " A l’époque, on devait finir l’Alma et on n’avait pas les moyens d’injecter des sommes
énormes sur le Pile en même temps".
La politique de la dentelle a-t-elle bien arrangé la municipalité ?
A-t-elle joué économiquement dans ce contexte ?
Nous en reparlerons lors du bilan que nous dresserons à la fin de cet ouvrage.
L’impact du CAL.PACT.
Notre volonté d’appréhender les ressorts de la politique menée nous incite à mettre en
exergue la philosophie et l’action du CAL-PACT, car selon nous le Pile s’est élevé dans l’esprit de
cet organisme.
Dans le cadre du P.L.D.S, la mairie mettra en place à Roubaix des équipes
opérationnelles qui seront les interfaces entre les élus et les habitants. Elles seront toutes sous le
contrôle de la S.A.E.N, sauf celle du Pile qui sera gérée par la CAL-PACT. L’état d’esprit est
différent : les techniciens de la S.A.E.N sont des fonctionnaires, ceux du CAL sont davantage des
travailleurs sociaux. Le regard est autre, l’humain apparaît plus nettement. Le CAL-PACT s’est
spécialisé dans les problèmes de pauvreté, il s’occupe d’un habitat diffus, disséminé dans le quartier
et gère de nombreuses courées.
François CHAVANEAU fut directeur du
CAL-PACT durant 21 ans. Christian MONTAIGNE, qui
le remplacera, dira de lui " qu’il a fait passer la
reconstruction, de l’âge de la pierre à l’âge de la
personne". En outre, il fut également l’un des premiers à
définir la notion de R.H.I (Résorption de l’Habitat
Insalubre), et ce, il y a une trentaine d’années.
Nombre des acteurs de cette époque avaient
cette philosophie : Luc LEGRAS, Pierre DUBOIS,
Pierre COLBOC, Jean Luc SIMON…
Les hommes ont façonné la structure du
CAL-PACT et la structure les a portés.
Pour Pierre DUBOIS, " la S.A.E.N n’était pas
un outil garantissant la proximité et on n’a pas voulu
travailler avec cet organisme".
A-t-on voulu éviter par ailleurs un monopole
de la S.A.E.N sur les opérations roubaisiennes ?
Certaines analyses de Jean Luc SIMON nous le laissent
penser.
L’expérimentation de ces idées se fera sur l’un des 11 secteurs du Pile : la cour BONTE,
propriété du CAL-PACT.
Durant cette période, les grands organismes ont réalisé de grands ensembles à Roubaix
et l’on s’aperçoit que de nombreux problèmes demeurent : dégradations, mal de vivre, etc…On a au
Pile l’occasion d’expérimenter autre chose avec le CAL-PACT, c’est à dire une autre politique
consistant à maintenir l’existant, en aidant les personnes à réhabiliter leur logement, en prenant en
compte leur besoins.
On va chercher à dialoguer, mener un travail de concertation sur un projet collectif, on
va faire de la réhabilitation intelligente. Sur un habitat diffus, dans une rue comme la rue Desaix par
exemple, il est difficile de se sentir concerné, tous au même moment et au même niveau. De même,
gérer un grand ensemble collectivement, sortir de son appartement pour avoir un regard sur son
couloir, sa cage d’escalier, son entrée, est difficile. Dans la cour BONTE, ce sera plus facile de
construire un projet collectif.
122
Cette expérimentation procède en quelque sorte des démarches "almaïennes" : les
habitants ne veulent pas de bulldozers, ils désirent conserver leur habitat traditionnel et participer à
sa réhabilitation, et des travailleurs sociaux et des techniciens du CAL-PACT seront présents pour
répondre à leurs préoccupations. Les crédits ne seront débloqués qu’en 1983, mais on prendra le
temps de la concertation.
Jules GANTIER est l’animateur de cet ensemble et le collectif va se créer autour de
personnalités fortes comme "mamie ROMETTI" ou "Nénette". Au-delà de la réhabilitation, cela
débouchera sur la création d’une maison commune où l’on trouvera la baignoire, la machine à laver,
un local pour l’aide aux devoirs des enfants, une salle à manger dans laquelle les repas peuvent être
pris en commun et qui sera utilisée le jeudi midi par les travailleurs sociaux du quartier.
La dynamique va s’installer, les habitants vont démolir en partie leur maison et une
rangée d’habitations, pour ensuite participer aux travaux de rénovation. François CHAVANEAU
disait :" On réhabilite pour la population qui est-là". Alors, selon le vœu des résidents, le chauffage
central ne sera pas installé, on gardera le chauffage au charbon. De même, sur leur demande,
l’espace intérieur de la cour sera engazonné et divisé en petites parcelles particulières où l’on sera
chez soi.
Nord Eclair 1988
Mais si "Nénette" est revendicative pour sa cour, elle ne l’est pas pour le quartier entier.
Un déclic mobilisateur aura-t-il lieu ? Que propose-t-on en fait aux Pilés ? Non pas de changer leur
environnement, mais d’améliorer leur cadre de vie propre : ce n’est guère bouleversant ! D’autant
plus que le plan de développement ne va pas amener une démarche collective comme à l’Alma.
Les personnes qui, à l’époque, ont une vision globale, sont peu nombreuses. Parmi elles,
Jean TRACKOEN, militant syndical qui sera le premier permanent - habitant et Paul CORNEILDE,
président du Comité des Fêtes, principal animateur du Comité de Quartier. Mais, Paul, au
demeurant très actif, est plutôt un animateur festif.
Pour créer une dynamique, on a l’idée de tourner, en 1980, un film vidéo réalisé par
Pierre GHIENNE, sous l’égide du C.R.A.V et de l’I.R.E.P. Ce document intitulé "Le Pile : demain,
et vous ?" est conçu pour être un support de discussion avec les habitants à propos du projet de
réhabilitation du quartier. Donnons leur la parole :
"Les Pilés veulent que l’image de leur quartier s’améliore. Quand on dit aux gens qu’on
habite le Pile, ils font la grimace ! "
"La rénovation, pourquoi pas ! Il suffirait que quelques maisons soient retapées, et c’est
toute la rue qui s’améliore. "
123
" Mais, attention, on a des craintes. S’il y a une opération programmée, qu’est-ce que
cela va signifier pour nous ? Un endettement ? Si un locataire qui paie un loyer de 70 francs, le voit
passer à 700 francs avec les nouvelles normes, que fera-t-il ? "
Ce film, qu’on projettera de maison en maison, va devenir un outil de communication : le Pile va se
sentir interpellé, mais la mobilisation ne se fera que peu à peu.
Nord Eclair 1980
Toutefois, face aux problèmes latents du quartier, plusieurs paroles collectives mais qui
n’émanent pas uniquement des habitants (on y trouvera des gens qui y travaillent ou y militent),
vont s’exprimer.
Evoquons d’abord l’expérience de " la limace bleue", qui s’achève brutalement en 1982.
A l’origine, cela commence par le travail d’équipe très élaboré qui est réalisé par les
enseignantes de l’école maternelle de la rue d’Anzin. L’enfant est au centre des préoccupations, les
méthodes pédagogiques sont innovantes, reconnues à la fois par l’Inspectrice Départementale et le
maire de Roubaix. Les thèmes de liberté et d’autonomie sont omniprésents et les savoirs, les
compétences et même l’éducation sexuelle sont au programme et abordés sous la forme de jeux
symboliques. Cette équipe est soudée, elle fait participer le personnel municipal et les parents et
elle montre ses expériences au travers de diaporamas, de visites, de voyages.
La prise en compte d’une autre réalité, les problèmes des préadolescents et adolescents
du secteur, va amener une modification du projet initial. L’école fait entrer ces jeunes au sein de
l’établissement, mais leur insertion ne se
fera pas sans heurts. Une série de conflits,
avec les autorités de tutelle qui ne
cautionnent plus ces actions, vont
provoquer l’échec et l’arrêt de cette
expérience qui sera vécue comme un
drame passionnel par les participants, les
partenaires et les opposants.
Un ouvrage de Michèle CARLIER,
directrice de l’école maternelle, écrit
postérieurement
aux
événements,
présente de manière affective le
cheminement de cette expérience.1
Le mur de l’école peint par les enfants avec la participation de l’association "Son et couleur"
1
La limace bleue, une école dans la vie, une école dans la ville. Michèle CARLIER. La Découverte.
124
Mais, nous devons reconnaître aujourd’hui que s’il y a eu dérive malheureuse, des
résultats tangibles ont été obtenus à court terme. Au-delà du ressenti, cela a enclenché sur le secteur
une réflexion au niveau des problèmes des jeunes. Le collectif d’associations qui se réunissait a
même obtenu un poste d’éducateur de prévention géré par l’association "Trois-Ponts-Pile". Le club
de prévention ne sera jamais créé, mais le collectif de jeunes et les adultes n’ont pas été avares de
leur temps pour tenter de négocier avec le Conseil Départemental les moyens demandés.
A cette occasion, une association de jeunes, "La jeunesse du Pile", verra le jour, et
obtiendra la gestion d’un local, 33 rue de Babylone. Tollés des riverains, lenteur des services de la
ville…, tout s’achèvera dans un essoufflement.
Une autre association fait parler d’elle au Pile. Il s’agit des "Chevaliers du Pile".
Initiée par des commerçants, des artisans, des habitants qui veulent réagir contre la
montée de la délinquance, elle est présidée par Bernard DEWAELE, chauffeur de taxi habitant rue
Hoche. C’est un mouvement qui ne refuse pas l’autodéfense et qui en restant en conformité avec la
loi, organisera des rondes de nuit, parfois de jour, des surveillances photographiques, des
dissuasions musclées… Des heurts avec les jeunes ne pouvaient manquer de se produire et il y eut
dans le quartier quelques nuits chaudes dont les commerçants, principaux adhérents de
l’association, firent les frais.
Les buts de ce groupement sont, selon ses statuts, "d’assurer, toujours en collaboration
avec les services de police, la surveillance du quartier, et notamment des établissements de
commerces". Les rumeurs selon lesquelles des adhérents avaient tendance à ne pas s’occuper
d’Européens en train de commettre un délit, mais plutôt à traquer les Maghrébins, ne tardent pas à
s’étendre.
Un long article de Nord Eclair en 1984 traduit bien dans son titre cette opposition : "Les
Chevaliers de Roubaix : qui dit vrai ? Ils se définissent comme de braves et honnêtes citoyens
protégeant leurs semblables des délinquants, mais certains les considèrent comme des fascistes
voulant "casser" de l’immigré. "
L’association, devenue "les chevaliers de Roubaix et de la Métropole" nie ces
accusations mais leur dénomination, le fronton de leur local écrit en lettres gothiques (cela ne
s’invente pas !), la tenue des hommes en patrouille … laissent peu de doutes sur leur appartenance à
la droite extrémiste.
Le mouvement se transforme peu à peu. L’association s’oriente davantage vers l’aide
aux victimes de cambriolages ou d’agressions, et propose des réparations d’urgence, des systèmes
de sécurité, et son action s’étend à la métropole. Elle aura même des subsides de la municipalité.
"Aujourd’hui, cette association n’a plus de subventions", a reconnu Michel
CONSTANS, ancien adjoint au maire. "On la considère comme une entreprise commerciale et on
lui confie des prestations dans le cadre de marchés publics comme le gardiennage par exemple. Les
chevaliers de Roubaix en tant que tels, n’existent plus".
Tout autre, évidemment est la démarche conjointe de l’école Pasteur et de l’A.L.D.P.
En 1980, il n’y a pas de centre social au Pile, Le mouvement associatif est axé sur
l’animation principalement commerciale, et le Comité de Quartier du Pile, sous le mandat de Pierre
PROUVOST, n’est qu’un groupe informel de personnes qui essaient de créer un collectif dans un
terreau militant.
Le quartier ne possède pas de système éducatif fort qui rassemble les énergies. Pas de
groupe scolaire, l’école maternelle de la rue de Condé qui est au cœur du quartier, envoie ses élèves
dans trois écoles élémentaires, celle de la rue d’Anzin, celle de la rue Pierre de Roubaix et enfin
celle de la rue du Pile, les deux premières étant en périphérie ; l’école Pasteur, légèrement
excentrée, a mauvaise réputation.
Vieille, triste, avec son préfabriqué accolé qui reçoit une classe maternelle, elle n’est pas
accueillante et les maîtres débutants qui s’y succèdent ne pensent qu’à la quitter. Une école difficile,
sans moyens.
La mise en place d’un G.A.P.P (Groupe d’Aide Psycho-Pédagogique) à la rentrée
scolaire 1977, va lui donner un nouvel élan. Changement de pédagogie, aide et soutien aux
enseignants, ouverture de l’école sur la vie du quartier, en quelques années le virage est pris.
125
On sort avec les enfants, on les sensibilise à la rénovation de leur environnement, on
travaille avec les parents, on participe aux travaux de réflexion du Comité de Quartier, et en mars
1981, une partie des enseignants se rassemble sur le projet philosophique d’une école ouverte sur la
vie. Cela se concrétisera par la création de l’A.L.D.P. (Association Laïque pour le Devenir du Pile)
qui sera un moyen d’expression pour les enseignants, les parents et les enfants. Une école dans le
quartier, un quartier dans l’école, telle est la volonté commune affichée par ses adhérents.
Pour Bernard LEROY, directeur de l’école Pasteur en 1981, " la volonté de départ a été
d’ouvrir l’école au quartier et à la ville, montrer que l’école ne s’arrête pas aux bâtiments et à la
cour, qu’elle n’est pas un sanctuaire. On est allé rencontrer les gens du quartier pour leur
demander ce qu’ils voulaient faire du Pile. On a voulu que les parents viennent pour travailler
ensemble, on ne pouvait plus rester enfermer, on avait besoin d’eux".
Et l’on parlera d’école ouverte, comme à l’Alma. La comparaison avec l’école Elsa
Triolet apparaît intéressante : les objectifs sont les mêmes, mais les moyens d’agir sont différents. A
l’Alma, les parents ont voulu changer l’école, au Pile, les enseignants veulent changer la société.
Rapidement, la dynamique est en marche. Dès 1981, dans le cadre des commémorations
du centenaire des lois de Jules FERRY, l’A.L.D.P présente un diaporama ayant pour thème la
vision que les enfants ont de leur quartier. Pour élaborer la réflexion, on les emmène visiter d’autres
types d’habitat. "Nous avons beaucoup aimé la Cousinerie à Villeneuve d’Ascq, avec ses maisons,
ses petits jardins et ses grands espaces partout ... Avec sa barre, le quartier des Hauts-Champs,
c’est trop triste … La rue du Renouveau à l’Alma, c’est une grande courée…" Et l’on constate
qu’un regard d’enfant, c’est lumineux et… sans concession !
Bernard LEROY explique : "C’était une démarche sociale qui permettait une nouvelle
manière de réfléchir dans le quartier. Au fur et à mesure que les années se sont écoulées, d’autres
mouvements sont nés. L’A.L.D.P a été à l’origine de la demande d’un centre social. Tout ce travail,
c’est celui de l’espérance au milieu de bien des difficultés".1
Dans les années 80, oui, le Pile se prend en charge. On assiste bien à la naissance d’un
militantisme social. Le Comité de Quartier et l’A.L.D.P, (qui auront le même président jusqu’en
1989), et quelques autres associations du quartier, vont être porteurs d’une même philosophie : la
promotion des personnes.
Le 30 avril 1981, le conseil municipal donne son accord au projet d’aménagement du
Pile. L’état retient le Pile comme Secteur Prioritaire d’Intérêt Général (S.P.I.G.), ce qui offre les
avantages suivants :
une priorité de financement dans les aides de l’Etat aux propriétaires qui
souhaitent améliorer leur logement
une subvention de 35 % dans le financement d’une équipe mise sur le quartier
pour suivre l’opération
une prime supplémentaire aux propriétaires qui feront des travaux
une subvention de la ville pour permettre une soixantaine de murages
des facilités accordées par l’Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat
1977-1983 : au cours de cette période, on plante le décor de ce que sera le travail des 20
années à venir. Les dynamiques d’Etat sont en place, la concertation est commencée et va se
poursuivre, les grandes décisions sur les orientations sont prises.
Quant aux réalisations, elles auront lieu au cours des plans suivants, mais le Pile ne sera
pas l’Alma.
1
Bernard LEROY : entretien réalisé le 13.3.1996
126
Le Plan Local de Développement Social
des Quartiers
Nous avons vu que la dynamique Habitat Vie Sociale (H.V.S) a joué le rôle de diffuseur
d’une nouvelle conception de l’habitat et du social urbain, et est à l’origine de ce qu’on appellera la
politique de la ville. De 1973 à 1977, le groupe met en chantier des opérations de réhabilitation de
grands ensembles, qui doivent permettre l’arrêt des processus de dégradation du bâti et le renouveau
de la vie sociale. 13 opérations sont réalisées.
En 1976 est institué un Fonds d’Aménagement urbain (F.A.U) avec pour objectif
l’aménagement ou le réaménagement des centres et quartiers urbains. De 1978 à 1982, 4000
communes seront concernées.
Au mois de mars 1977 est créé un groupe interministériel H.V.S ; entre 1977 et 1981,
une cinquantaine d’opérations de réhabilitation sont lancées selon les procédures de cette instance.
Il s’agit bien d’institutionnaliser une nouvelle approche de la politique en faveur des quartiers
défavorisés.
En 1981, la Gauche arrive au pouvoir; à peine le gouvernement de Pierre MAUROY
est-il installé que se produit la révolte des Minguettes, à Vénissieux. Ces incidents suscitent une
émotion considérable.
Le gouvernement adopte très vite une nouvelle démarche d’intervention. En octobre,
Pierre MAUROY annonce la création de la Commission Nationale pour le Développement Social
des Quartiers (C.N.D.S.Q). Cet organisme, installé en 1982, sera présidé par Hubert DUBEDOUT.
Bernard CARTON1, adjoint à l’urbanisme à Roubaix,
qui a défendu en compagnie de Pierre DUBOIS, François
CHAVANEAU , Luc LEGRAS , les dossiers de la ville avec
toutes leurs spécificités, est nommé membre de cette
commission.
Comme nous le disions plus haut, la Gauche n’a pas
découvert subitement la politique de la ville; ce qu’elle met en
place est déjà dans les cartons, comme d’ailleurs les procédures
concernant les Z.E.P ; elle s’est préparée pour prendre en main
les affaires de l’Etat et elle a réfléchi, comme la Droite, aux
stratégies susceptibles de répondre aux problèmes de la société.
Répétons le, on voyait beaucoup de professionnels de
terrain et d’hommes politiques proches de DUBEDOUT dans les
couloirs du ministère.
La Commission se réunit un an durant, se rend dans de nombreuses zones jugées
critiques et examine des expériences novatrices comme celle de l’Alma-Gare; devant Hubert
DUBEDOUT, en visite à Roubaix et au Pile, Pierre PROUVOST préconise le développement social
de 5 quartiers pour sa ville.
Les décisions ne traînent pas: 16 sites d’importance nationale sont choisis pour
appliquer les nouvelles approches en faveur des quartiers défavorisés ; parmi eux, les Minguettes à
Vénissieux, le Val Fourré à Mantes, les "4000" à la Courneuve, les XIII ème et XIV ème
arrondissements à Marseille, et des quartiers de Roubaix. En constante augmentation, leur nombre
passera rapidement à 23.
1
Bernard CARTON fut adjoint au Maire de 1977 à 1983 sous le mandat de Pierre PROUVOST. Secrétaire du P.S
roubaisien, il sera par la suite Conseiller Général, Député, et Conseiller municipal dans l’opposition, il redeviendra
adjoint au Maire en 2001 sous le mandat de René VANDIERENDONCK.
127
Cette géographie des territoires urbains, note Claude CHALINE1, concernera 148 sites
au cours du IX ème plan. En 1993, dans le cadre du X ème plan, on en dénombrera 546. Avec la
préparation des contrats de ville, au XI ème plan, 1300 quartiers seront recensés, touchant 750
communes.
Selon Julien DAMON2, "on assiste, avec le tournant des D.S.Q, moins à un changement
d’orientation qu’à un changement de contexte: la Gauche est arrivée au pouvoir, la décentralisation
est en train de se mettre en place, et surtout les échauffourées entre la police lyonnaise et les jeunes,
en 1981, changent l’image des grands quartiers d’habitat social".
Le Développement Social des Quartiers
ou une nouvelle démarche d’interventions
Hubert DUBEDOUT, rédige en 1983, un rapport intitulé : "Ensemble, refaire la ville",
dans lequel il présente de nouvelles propositions qui doivent être un véritable levier de
changements. "Lourde tâche pour le D.S.Q., indique pour sa part Julien DAMON, car la petite
équipe réunie autour du maire de Grenoble, héritière des mouvements urbains des années 70,
attache une grande importance à la démocratie locale".
En 1987, un journaliste de Nord-Eclair publie un article au titre volontairement
dubitatif: "LE P.L.D.S, drôle de nom, mais quelle utilité" ?3
Il s’interroge en effet : "On sait que le P.L.D.S, ou D.S.Q, pour aller plus vite, est
important pour Roubaix, puisque ça concerne 11 000 logements et 24 000 Roubaisiens. Ça brasse
pas mal de gens et d’argent, mais le commun des mortels ignore généralement qui fait quoi et
comment. Aussi est-il bon de rappeler l’esprit du D.S.Q, ses objectifs, ses moyens, son avenir".
Jean-Claude JANDIN, chef de projet du Développement Social des Quartiers de
Roubaix depuis 1986, mais qui s’occupe de ce type d’action depuis septembre 1982, au sein de la
Municipalité, va lui répondre.
"Le D.S.Q est une nouvelle façon d’appréhender la gestion de la vie sociale; il fait suite
à une procédure appelée opération Habitat Vie Sociale, beaucoup plus restreinte que le D.S.Q. Le
quartier est pris dans sa globalité, à la différence de la procédure précédente, qui concernait
uniquement l’habitat. Rappelons toutefois que H.V.S a apporté l’aide à la personne et fait beaucoup
avancer l’aspect humain. Les 16 sites retenus ont été choisis parce qu’ils étaient particulièrement
défavorisés et connaissaient, davantage que les autres, des problèmes sociaux; il fallait y intervenir
prioritairement pour éviter d’approfondir l’exclusion de ces quartiers.
Maintenant, il s’agit de répondre globalement aux problèmes qui, de toute façon, interfèrent entre
eux (logement, santé, pauvreté, loisirs, retard scolaire, formation sociale et professionnelle..); on
s’est rendu compte que les interventions sectorielles n’étaient pas pertinentes en la matière. Voilà
le premier objectif.
Le second objectif est de travailler sur la territorialité: le quartier est la base d’une
ville, qui fait partie elle-même d’un département, d’une région, pour arriver à l’Etat, et donc,
chaque collectivité doit être partie prenante des problèmes et des actions qui se développent". (Jean
Pierre BRIERE, qui a travaillé sur la politique de la ville au ministère, emploie quant à lui le mot
transversalité).
"Le troisième objectif consiste à s’appuyer sur la citoyenneté et la concertation ; les
habitants doivent être des interlocuteurs privilégiés ; il s’agit d’assurer une meilleure liaison entre
leur attente et les réponses que la Municipalité peut y apporter ; ces réponses tendent toutes à une
certaine organisation de la vie du quartier, que ce soit à travers la résorption de l’habitat
insalubre, l’aménagement d’espaces verts, la construction d’équipements collectifs, de centres
sociaux, la création ou le renforcement de services (comme l’accueil de la petite enfance, le
maintien à domicile des personnes âgées, etc...
1
Claude CHALINE : Les politiques de la ville. Que sais-je ?
Julien DAMON : les politiques de la ville. Documentation française N° 784
3
Nord-Eclair 1987
2
128
Ce partenariat impose de savoir dans quelle direction on va, et surtout avec quels
moyens financiers; le gouvernement a mis en place le D.S.Q, l’Etat est donc présent à travers les
crédits d’intervention versés par les différents ministères concernés. C’est la C.N.D.S.Q1, présidée
par Hubert DUBEDOUT de 82 à 83, puis par Rodolphe PESCE de 83 à 85, François GEINDRE
de 85 à 87, et André DILIGENT de 87 à 88, qui est chargée de coordonner ces interventions".
Toutefois, pour Jean Claude JANDIN, des précautions s’imposent: "On ne peut pas
s’engager à réaliser une action s’il n’y a pas un engagement ferme des différents partenaires sur
une durée de 5 ans; si on commence un programme long et qu’on le stoppe 2 ans plus tard, on fait
pire que mieux".
Globalité, territorialité, transversalité, citoyenneté : objectifs ambitieux ! Au delà des
mots, nous dirons pour notre part qu’il ne peut y avoir de D.S.Q sans les habitants. Julien DAMON
a pu noter en sociologue averti, la nouvelle audience qui leur est assurée : "On doit admettre que
depuis une vingtaine d’années, le mal-être n’avait guère de parole et de support collectif : une
manière de souligner, pour écrire comme Pierre BOURDIEU2, que les quartiers parlaient beaucoup
moins qu’ils n’étaient parlés".
Le D.S.Q à Roubaix
Nous venons d’étudier les objectifs généraux et l’esprit du D.S.Q, sur le plan national,
et nous avons relevé quelques-uns des 16 sites retenus; parmi ceux-ci, quatre quartiers roubaisiens,
l’Alma-Gare, le Fresnoy, le Cul de Four, et le Pile, bientôt suivis d’un cinquième, le Nouveau
Roubaix.
Proportion remarquable! D’autant plus que l’on peut parler d’un choix contre nature! La
plupart des sites, dans les grandes agglomérations, couvrent des ZUP à habitat vertical; or, les sites
roubaisiens concernent principalement des zones d’habitat ancien de type horizontal.
C’est que Pierre PROUVOST et son équipe ont réussi à faire admettre la spécificité
roubaisienne, une ville couverte de quartiers anciens dégradés. Dans les sphères parisiennes, on a
entendu parler de l’Alma, on sait qu’il s’y passe des choses; de nombreux ministres visitent un
Roubaix médiatisé; ce sera une nouveauté en France de prendre en considération des secteurs
horizontaux; si cela a été possible, c’est parce que, selon nous, il y a eu l’Alma; les négociations
pour ce secteur ont certainement facilité la négociation en faveur des autres quartiers.
Ce que l’on réussit à obtenir, c'est-à-dire des moyens pour installer des équipes
opérationnelles à vocation globale sur les ZUP, va s’étendre aussi sur les quartiers. D’ailleurs, l’idée
de DUBEDOUT est bien de ne pas seulement intervenir sur les zones périphériques, en ZUP, mais
aussi sur les centres anciens dégradés; Roubaix est choisi en fonction de cette problématique.
" Et le Pile recevra autant de moyens que les Minguettes !" Cette réflexion en forme de
boutade de Jean Luc SIMON, nous amène à nous interroger sur les raisons qui ont amené la
municipalité à étendre le secteur du Pile jusqu’à la rue de Lannoy.
Nous émettons ici une hypothèse: au P.O.S3 de 1978, est inscrit l’élargissement de la
rue Pierre de Roubaix pour permettre le passage du métro reliant Roubaix à Villeneuve d’Ascq, via
Hem.
Mais, si l’on veut agir sur cette rue, il faut lui donner une centralité et ne pas agir sur un
seul coté, d’où l’extension vers Sainte Elisabeth.
Notons également que, dans le cadre de ce même plan, la rue Pierre de Roubaix est bien
en prolongement de l’Avenue des Nations Unies. Les travaux préparatoires à cet élargissement ont
déjà commencé: les immeubles situés derrière la caisse d’allocations familiales sont assez loin de la
chaussée, les maisons, situées le long du théâtre Pierre de Roubaix, ont été démolies, et la nouvelle
école maternelle Jacques Prévert est reconstruite en retrait.
1
CNDSQ : Commission Nationale du Développement Social des Quartiers
Pierre BOURDIEU : Sociologue français, né en 1930. s’est intéressé à la sociologie de l’éducation et de la culture.
3
Plan d’occupation des sols
2
129
Mais les litiges sur ce tracé sont nombreux, il faut démolir toute la partie gauche de la
rue, et puis, des ambiguïtés se font jour, car on n’est pas chaud pour amener les jeunes de Laennec,
qui posent problèmes, au centre de Roubaix.
Et le projet ne sera pas réalisé.
Cette cartographie du Pile tel que défini par le P.L.D.S. montre sur la partie droite, le triangle du quartier
historique, et, ajoutée à la gauche de la rue Pierre de Roubaix élargie, la moitié du quartier Sainte Elisabeth
jusqu’à la rue de Lannoy. Ne sont pas repris dans ce territoire, au nord, la partie qui va jusqu’au canal et à
l’est, celle qui va jusqu’à la gare.
André Diligent,
ou le chantre d’une ville
Nous venons de vivre cette période charnière 77-83, qui couvre le mandat de Pierre
PROUVOST. Au cours de ces 6 années, bien des choses ont changé, bien des choix ont été faits
pour favoriser l’évolution de la ville et mettre en place des moyens de concertation avec les
habitants. De nombreux dossiers ont été impulsés par la municipalité. Les moyens vont arriver.
Pierre PROUVOST, dont le mandat s’achève, présente un bilan en béton et n’envisage
pas sa défaite; la campagne pour les municipales est tendue, on assiste à un face à face percutant
avec André DILIGENT sur France Inter, mais un sondage SOFRES donne 48 % d’intentions de
votes en faveur du maire sortant et 45 % à son adversaire.
André DILIGENT s’est entouré depuis 1976, d’une structure de campagne, le "groupe
d’action pour l’avenir de Roubaix", il a tiré les leçons de l’échec électoral de 1977, et il a multiplié,
sous l’impulsion d’Hubert CARON, les opérations porte à porte et les visites de quartier. Pourtant,
il ne croit pas à sa victoire. Un journaliste a écrit qu’André Diligent faisait un peu figure de
Raymond POULIDOR de la politique: des victoires d’étapes, certes, mais une incapacité à prendre
le maillot jaune.1
1
Nord Eclair : 5 février 2002
130
Le 6 mars 1983 se produit un coup de théâtre électoral : André DILIGENT est élu avec
69 voix de majorité (50,01%). Battu dès le 1er tour, Pierre PROUVOST ne totalise que 36% des
suffrages. Un vote de contestation, une troisième liste "Réussir à Roubaix" qui fait 10% en jouant
sur l’insécurité et la délinquance, et André Diligent se retrouve à la tête de la municipalité
roubaisienne. Il est vrai que l’on publie, en ce début d’année, des statistiques qui font mal : dans
l’agglomération, la criminalité a quadruplé en 18 ans : 5 700 vols à la roulotte, 2 600 vols de
voitures et 2 150 cambriolages ont été relevés.
Dans notre historama de 1982, nous écrivons que si la délinquance est un grave sujet de
conversation pour les habitants, elle est aussi un problème préoccupant pour les élus roubaisiens.
Pierre PROUVOST participe d’ailleurs à un groupe de travail sous la présidence de Pierre
MAUROY, au cours duquel André DILIGENT propose des mesures immédiates, ce que retiendront
probablement de futurs électeurs. Et l’on déclare encore en ce début de campagne, que Roubaix est
la ville la moins sûre du département: les actes de délinquance sont en augmentation de 53 % en 6
mois.
Le nouveau maire peut célébrer sa victoire par K.O au 1er round au milieu de ses alliés
enthousiastes. Et pourtant, écrit notre journaliste de Nord Eclair, ce fut "un coup d’éclat qui surprit
André DILIGENT, conscient que la gestion d’une ville comme Roubaix, ce n’est pas du "nougat",
en tout cas autre chose qu’un long fleuve tranquille".
Et de citer, volontiers amusé, André DILIGENT lui-même: "Je m’étais présenté par
défi. Le soir de l’élection, je priais: mon dieu, faites que j’aie une hépatite virale ou un accident de
voiture, mais pas mortel, hein !" Facétieux, le journaliste conclut : " Là-haut, le Bon Dieu devait
bien rigoler ! ".
Véritable séisme politique, le 6 mars 1983 marque encore les esprits : "Le jour où
Roubaix a basculé, le jour où la MECQUE du socialisme a tourné brutalement la page, le jour où
la Gauche invaincue depuis le début du XXème siècle, a perdu la ville". Les expressions sont à la
mesure de l’événement.1
Pourtant, André Diligent reste lui-même, il ne se comporte pas en conquérant qui vient
de s’emparer d’une citadelle détenue par les socialistes depuis 70 ans. Comme l’a écrit Jules
CLAUWAERT, dans un éditorial : "dès cette nuit là, il confiait à ses intimes une inquiétude
nullement feinte, devant le redoutable défi qu’il s’était mis en tête de relever ".2
Nous allons tenter, à travers les nombreux témoignages publiés dans la presse au
moment de sa mort, survenue le 3 février 2002, et les interviews que nous avons recueillies dans
le cadre de notre ouvrage, de cheminer avec l’homme politique, l’homme d’action, mais aussi avec
l’humaniste pétri de convictions.
La carrière d’un géant
André DILIGENT a de qui tenir. Son père, Victor, avocat célèbre, passionné par la
question sociale, est une des grandes figures de la démocratie chrétienne dans le Nord, animateur du
Sillon, et fer de lance du P.D.P3 dans la région. Comme l’écrit Bruno BETHOUART dans la préface
du livre d’André DILIGENT, "La charrue et l’étoile"4, l’ombre de Victor DILIGENT, son
rayonnement, sa force de persuasion, ont marqué le fils d’une manière indélébile.
Hubert LEDOUX, dans la Voix du Nord, insiste sur ce point : "C’est peu dire qu’André
DILIGENT fut de cette génération viscéralement accrochée à la démocratie chrétienne, idée à
laquelle il adhéra en 1938. Il se plaisait à rappeler que, la démocratie chrétienne, il était tombé
1
Idem
Idem
3
Parti Démocrate Populaire
4
Editions COPRUR : octobre 2002
2
131
dedans tout petit! Son père avait comme témoins de mariage Marc SANGNIER, leader du Sillon1,
et Eugène DUTHOIT, président des Semaines sociales".2
André DILIGENT est né à Roubaix le 10 mai 1919. Peut-être, étant enfant, rêvait-il déjà
de la mairie de Roubaix, voisine du domicile paternel, 1 rue du Château ? A cette évocation
systématique un peu facile, il aimait répondre : "Il n’y avait que la rue à traverser, mais ça m’a pris
du temps ! "
Après des études de droit, il s’installe en tant qu’avocat rue du Grand-Chemin, en 1944
et entame une brillante carrière; rappelons-nous cette plaidoirie homérique au cours de laquelle il
avait défendu Mamadou, célèbre chiropracteur du Pile, accusé d’exercice illégal de la médecine.
C‘était en 1972.3
Pendant la guerre, il rend des services à la Résistance et devient l’adjoint de Jean
CATRICE, commissaire régional à l’information. En 1947, à 28 ans, il figure sur la liste socialocentriste conduite par Victor PROVO et, à ses côtés, il sera réélu sans discontinuer jusqu’en 1977.
En 1958, il devient député M.R.P de la 8° circonscription d’alors, mais perd son siège
en 1962.
Notre homme politique n’est pas du genre à s’appesantir sur ses échecs; selon la
formule d’un journaliste, "le Palais Bourbon lui est fermé, il fait son entrée 3 ans plus tard au
Palais du Luxembourg", ce qu’André DILIGENT nous a commenté personnellement avec
humour: "Quand on me fait sortir par la porte, je rentre par la fenêtre ! " Sénateur pendant 9 ans, il
travaille beaucoup et devient président du groupe Union Centriste.
Homme de communication, il se fait remarquer par des combats restés célèbres dans le
domaine de l’audiovisuel; il rédige un projet de statut pour la Radio Télévision Française devenue
O.R.T.F. Manifestement, il redoute les dérives du pouvoir audiovisuel, et obtient en 1967 la
création d’une commission de contrôle dont il devient le rapporteur. En 1972, il dénonce avec
fougue "les trois maladies de l’O.R.T.F: gaspillage, copinage, téléguidages".
Selon Claude VINCENT, de Nord-Eclair, l’affaire qui va lui donner une audience
nationale, est, en 1971, celle du fichier de l’O.R.T.F, que certains voudraient revendre à des firmes,
notamment de V.P.C, en négociant de la publicité clandestine; André DILIGENT se fait haïr par
ceux dont il dénonce les comportements. Quand les journalistes parisiens l’appellent le Candide du
Sénat, il leur souffle lui-même un second surnom: "le Primitif Flamand! "
En 1974, il perd son mandat de sénateur au profit de Victor PROVO. Il ne reste pas
inactif; sous son impulsion, écrit un commentateur politique, le Centre Démocrate se transforme en
Centre des Démocrates Sociaux dont il devient le secrétaire général.
En 1977, Pierre PROUVOST, qui présente aux municipales une liste comportant des
communistes et des radicaux de gauche, bat la liste d’André DILIGENT. Ce dernier sort, en 1979,
un livre : "Les défis du futur", et devient député européen au Parlement de Strasbourg , un siège
qu’il abandonne en 1983 pour réintégrer le Sénat et faire face à son mandat de maire. Le journaliste
qui avait évoqué un rêve d’enfant devant l’imposant édifice de la mairie, pouvait écrire : "cette
fois, André DILIGENT avait traversé la rue du Château ... "
1
Le Sillon est un mouvement fondé par Marc SANGNIER en 1894, sur des bases chrétiennes, démocratiques et
sociales. Le Sillon veut réaliser la véritable démocratie qui est, vue par Marc SANGNIER : " l’organisation politique et
sociale qui tend à porter au maximum la conscience et la responsabilité de chacun, en lui permettant dans la mesure
de ses capacités et de ses forces, de prendre une part effective à l’élaboration des affaires communes". Aux yeux des
Sillonnistes, c’est le christianisme qui réunit au mieux les conditions nécessaires à ce projet, qui exige de sacrifier
l’intérêt particulier à l’intérêt général. Des activités sont développées dans les domaines les plus divers, explique
André DILIGENT dans son livre, la charrue et l’étoile : conférences, loisirs (jardins ouvriers, fondés par l’Abbé
LEMIRE, sociétés de gymnastique,...) social (la société de secours mutuel, fondée en 1903, caisses de crédit ...)
économie (plusieurs coopératives lancées, comme La Semeuse ou L’EPI...). Marc SANGNIER né en 1873, mort en
1950, est le créateur de la Ligue française des auberges de jeunesse.
2
Voix du Nord : 5 février 2002
3
Serge LEROY : Le Pile à cœur page 108
132
Dès lors, nous pouvons en venir aux combats roubaisiens de celui qui aurait pu être,
selon de nombreux analystes politiques, un des ténors les plus influents de la politique nationale,
mais qui, de toute évidence, préférait " creuser son sillon dans une terre qui lui était familière".
Auparavant, nous aimerions apporter quelques touches sur ce personnage insaisissable,
pour mieux découvrir à la fois son caractère et ses idées. Puisons dans le florilège journalistique.
Un homme, une image
Pratiquant un humour qui alliait l’ironie et la justesse de vue, c’était l’homme qui
décochait "réflexions cinglantes, formules choc et portraits piquants". Rappelons ce qu’il nous
disait sur Emile DUHAMEL lors d’une interview: " Ah ! Emile ! Un personnage de la commedia
dell ‘arte, qu’on devine, dont on connaît les réactions, qui a de la présence, un homme dur,
exigeant, qui cultive son image. Mais, comme on le fait avec un ami qu’on aime, on l’asticote
parfois". 1
Jules CLAUWAERT a bien exprimé ce qui faisait vivre André DILIGENT: "Aucune
cause, si mineure parût-elle, ou si utopique, s’agissant de réparer une injustice, de rendre leur
dignité aux plus humbles dans notre société, n’aura laissé indifférent un homme parfois jugé
inclassable.
Anarcho-chrétien: la boutade ne lui déplaisait pas. Homme aux convictions solides, il ne
supportait pas les manichéismes couperets entre bons et méchants, ni les frontières partisanes
préfabriquées, ni les modes intellectuelles. Pas commode cependant pour un responsable politique,
de concilier son appartenance loyale à une famille de pensée, avec les impulsions de l’éclaireur,
voire du franc-tireur, quand il estimait de son devoir de briser des tabous, de bousculer des idées
reçues et des conservatismes".2
André DILIGENT nous a dit lors d’une rencontre, qu’il croyait plus aux hommes
qu’aux systèmes. Cette réflexion, croyons-nous, apporte un éclairage sur son parcours politique
roubaisien et sur les années passées à la tête de la municipalité. André DILIGENT, rappelons-le, a
été adjoint de Victor PROVO; à part une période où les exigences de sa carrière professionnelle le
contraignent à se contenter d’un poste de conseiller municipal, il le restera jusqu’en 1977.
"Victor PROVO, je l’aimais bien, mais j’étais plus à gauche que lui! " Boutade
savoureuse, qu’il prenait un malin plaisir à évoquer; il avait d’ailleurs révélé à un journaliste, qu’en
1971, Pierre MAUROY lui avait suggéré de rejoindre le P.S. "Je n’avais pas répondu, mais lorsque
Guy CHATILLIEZ, l’ancien maire de Tourcoing, a franchi le pas, j’avoue que l’idée m’a traversé
l’esprit. Furtivement... " Ah ! Ce dernier mot ! Comme il dépeint bien l’humour, le rire intérieur de
l’homme qui se connaît ! Car il en a connu des appels du pied !
Si, comme le note un analyste politique de Nord-Eclair citant Guy DURIEUX3, "le P.S.
mise sur André DILIGENT dans le cadre de la tentative d’ouverture proposée par Michel ROCARD
au lendemain des législatives de 1988, si le maire de Roubaix prend, en 1987, la tête de la
mission: "Développement Social des Quartiers", c’est bien qu’il apparaît, à l’époque, comme
une recrue de choix dans le cadre d’une majorité présidentielle élargie".
Et le journaliste de citer, amusé, une remarque de Pierre MAUROY, à qui il avait
demandé quelle grande pointure socialiste il envisageait d’envoyer à Roubaix pour reconquérir la
ville : "Qui voyez-vous de plus socialiste à Roubaix qu’André DILIGENT ? "
L’homme a des qualités indéniables, mais aussi des défauts:" Désordonné, touffu dans
sa façon d’être, au grand désespoir des membres de son cabinet: dossiers éparpillés à la va-vite
dans des chemises bleues et à portée de main; en guise de surligneur, un bon gros crayon de bois
1
Serge LEROY : Le Pile à cœur page 120
Nord Eclair : 5 février 2002
3
Guy DURIEUX : proche de Pierre PROUVOST, auteur de "Chauds beffrois"
2
133
à deux mines rouge et bleue comme on n’en trouve que dans les poches des menuisiers; mais
orateur aux arguments clairs et à la précision irréfutable".1
Personnage parfois déroutant, il sait manier l’humour comme une arme redoutable. Il
est proche des gens, il est convaincu et convainquant, il est, pour François DUMOULIN, ancien
conseiller municipal, l’homme des compromis, et non des compromissions, l’homme connu et
reconnu de l’ensemble des classes sociales, respecté par ses adversaires politiques; on se souvient
de ses joutes oratoires avec Emile DUHAMEL ! Mais les divergences n’empêchent pas respect et
estime mutuels.
Nous voilà armés pour comprendre l’impact qu’a eu André DILIGENT à Roubaix.
Un homme, une ville
André DILIGENT devient maire à l’âge
de 64 ans; son arrivée à l’Hôtel de Ville ne s’annonce
pas sous les meilleurs auspices: Olivier HENNION,
dans la Voix du Nord, écrit: "La tâche est titanesque,
la ville a subi de plein fouet les effets de la crise et des
luttes d’influence au sein de la Communauté
Urbaine".2
Et déjà, André DILIGENT, accueillant le
président François MITTERRAND, en visite à
Roubaix (la dernière visite présidentielle remontait à
1959), se faisait le chantre d’une ville "non pas en
difficulté, mais en péril". Le président avait déclaré :
" Roubaix est le prototype des villes qui accumulent
tous les problèmes, de ces villes mal préparées à la
troisième révolution industrielle qui se déroule sous
nos yeux". .Le nouveau maire ne se privera pas de
demander: " Qu’on nous aide à remonter la pente".
Photographie Philippe PAUCHET,
la Voix du Nord
André DILIGENT va relever les défis. Et
pourtant, exclu de la vie municipale depuis 6 ans, ne
s’attendant pas à être élu, il compose une équipe pour le moins hétérogène, qui n’est pas prête à
gouverner. Il va se trouver en face de gens aguerris, leaders de l’opposition, qui ont été aux affaires
depuis des décennies ; car, pour la première fois, on a un conseil municipal dans lequel on remarque
une liste majoritaire de droite, mais aussi des représentants de "Réussir à Roubaix", du P.S (avec
notamment Pierre PROUVOST, Bernard CARTON) et du P.C, donc bien des listes d’opposition.
Les socialistes, qui ont beaucoup travaillé, sont amers, et ne font pas de cadeaux. "On m’attendait
avec des arbalètes", nous a dit André DILIGENT.
Mais si certains l’ont parfois taxé de dilettantisme, avant cette période qui commence,
si d’autres ont pu constater, pendant les premières années de sa mandature, quelque flottement, le
nouveau maire prend sa tâche à bras le corps et assume ses responsabilités. Et il s’informe,
notamment sur les procédures de la ville et les procédures du D.S.Q, qu’il ne connaissait pas.
Car André DILIGENT va découvrir en 1983 ces dossiers qu’il n’a pas élaborés ; il est
lui aussi interpellé par ces plans et tient à assimiler ces nouvelles dispositions; il se fait expliquer à
Paris les objectifs de la politique de la ville, auxquels il adhère par conviction et par... pragmatisme.
Sa ville a des besoins, il comprend qu’il va disposer de gros moyens financiers.
1
2
Nord Eclair : 5 février 2002
Voix du Nord : 5 février 2002
134
Michel BAUDRY devient adjoint aux quartiers; conseiller municipal de 1965 à 1977
sous Victor PROVO, mis sur la touche de 1977 à 1983, il a pu voir le travail effectué par Marc
VANDEWYNCKELE, notamment dans la constitution des Comités de quartiers. Quand arrivent les
procédures du Développement Social des Quartiers, il conçoit qu’il y a là quelque chose
d’intéressant :" Mais je ne savais pas ce que c’était vraiment, et j’ai demandé à Pierre LEMONIER
de me faire un cours sur le D.S.Q ; la démarche m’a enthousiasmé et j’ai obtenu du maire de
prendre les quartiers". Michel BAUDRY demande donc cette délégation par choix. Il s’avère
d’ailleurs qu’il est le seul avec André DILIGENT à avoir une antériorité politique dans la nouvelle
équipe municipale, les autres adjoints sont de nouveaux élus.
" Quand je suis arrivé, nous a expliqué Michel
BAUDRY au cours d’un entretien, j’ai rencontré Marc, un
type merveilleux qui avait la volonté de mettre en place une
démocratie participative locale. Je tiens à souligner qu’il a
pris part, et c’est remarquable, aux premières réunions que
j’ai organisées. En réfléchissant sur les dossiers, je me suis dit
qu’il n’y avait pas que 5 quartiers à Roubaix.
Comment se partager?
Il fallait que j’organise un peu tout ça, aller voir
les responsables dans leur secteur. Et j’ai mis au point un
système de rencontres régulières : 13 quartiers, 13 semaines
dans un trimestre, donc un quartier chaque semaine. Mais
dans le cadre du D.S.Q, il fallait faire le point sur les
opérations d’urbanisme, et nous avons institué des groupes de
travail qui, pour chacun des quartiers en D.S.Q, se
réunissaient toutes les 6 semaines; y participaient les
techniciens des équipes opérationnelles, des habitants, et des représentants du Comité de quartier;
il ne s’agissait pas de donner des solutions, d’amener un projet en disant: notre plan est bon, il faut
l’adopter ! C’étaient des lieux de confrontation, d’analyse, d’évaluation.
Toutefois, pour moi, le dispositif du D.S.Q avait un maillon faible: c’étaient les équipes
opérationnelles qui dépendaient d’un organisme extérieur, la SAEN, et qui se sentaient moins
redevables envers les élus. Au Pile, l’équipe opérationnelle était gérée par le CAL-PACT. Dans ce
quartier, ça se passait bien, on a eu la chance de travailler avec Jean Luc SIMON, qui a vécu
l’expérience de l’Alma comme stagiaire. Recruté par François CHAVANEAU, il était autant au
service des gens pour appréhender ce qu’ils espéraient, qu’au service de la mairie".
André DILIGENT va réussir la transition; toutes les qualités dont nous avons parlé plus
haut vont s’exprimer dans le microcosme roubaisien, et aussi dans le cadre de la Communauté
Urbaine.
Le maire ne dit pas aux responsables de Gauche: "Ces mesures que vous avez
préparées, je ne les assumerai pas et j’en prendrai d’autres". Il dit : "je vais les mettre en
application". Il ne change rien à ce qui était prévu; Pierre PROUVOST a lancé le train, André
DILIGENT a eu l’intelligence de ne pas l’arrêter! Et il laisse le socialiste Bernard CARTON
intégrer en 1984 la Commission Nationale pour le Développement Social des Quartiers. Ce n’est
pas un hasard si on trouve en 1987 le maire de Roubaix à la tête de cette commission, alors que la
Gauche est au pouvoir!
Là est le secret de sa réussite: André DILIGENT passe bien; sa bonhomie, sa verve, sa
manière d’être, sa pugnacité, vont conforter son action; des gens de sensibilité différentes pourront
travailler avec lui. Nous l’avons entendu dire un jour: "J’apprends plus de choses de mes
adversaires que de mes amis".
Il n’est pas dans nos intentions de présenter un bilan exhaustif des années 1983 à 1994,
date à laquelle André DILIGENT s’est retiré pour raisons de santé; nous aurons l’occasion par la
suite d’évoquer telle ou telle décision, jusqu’à l’entrée en lice de René VANDIERENDONCK.
Nous pensons préférable de citer André DILIGENT lui-même, sur des sujets qui lui tenaient à cœur.
"La première chose qu’il fallait faire, c’était de redonner de grands équipements à
Roubaix.
135
J’ai fait baisser la taxe professionnelle de 25% à 19% sans licencier, grâce à un
secrétaire général qui était un grand monsieur, et à des collaborateurs formidables.
La Communauté Urbaine devait être bipolaire : deux têtes, Lille et Roubaix-Tourcoing.
Il ne faut pas que Roubaix devienne un quartier du grand Lille. Je suis en bon terme avec Pierre
MAUROY, mais pas avec le maire de Lille. Je lui ai dit: quand le maire d’une ville puissante
propose à son voisin: venez au P.S et votre ville sera mieux gérée, si ce n’est pas de la corruption,
c’est du copinage ! Ce n’est pas de la démocratie!
On ne saura jamais les conséquences des choix qu’on n’a pas faits.
On a perdu 15 ans parce qu’on a préféré faire le métro jusqu’à Lomme avant de venir
à Roubaix.
J’ai fait réaliser une cinquantaine de photos de Roubaix, datées et identifiées, montrant
dans quel état était la ville à mon arrivée aux commandes, un mois après mon élection.
En 1984, ma raison d’espérer ? Cet atout énorme qu’est l’union sacrée réalisée entre
les communes du Versant Nord-Est.
Quand je rencontre quelqu’un, je me dis: qu’est-ce que je peux en tirer pour Roubaix;
Roubaix est mon seul objectif et j’y consacre mon énergie, mon temps. Même quand je vais à
Bruxelles ou à Strasbourg, j’en profite pour y rencontrer tel commissaire européen ou faire
avancer le dossier du FEDER.
Je suis entré à Roubaix comme on entre en religion. Je ne pense plus qu’à elle, je vis, je
dors, je mange avec elle.
On disait en 1986: jamais une mairie n’a eu autant de mérite à lutter. Et en 1990, on
parle de miracle roubaisien.
Il ne faut pas insulter l’histoire. Je sais les combats que l’on a menés pour qu’on
reconnaisse les droits de la population roubaisienne. En 1994, le train était bien parti! Nous avions
préparé les conditions actuelles du renouveau de Roubaix".
Photographie Jean Luc PITEUX : Voix du Nord
"Comme quelque chose de cassé".
Ce titre émouvant de Nord-Eclair exprime
l’émotion ressentie à Roubaix, après la mort de l’ancien
maire; regrets, de la Droite à la Gauche, chagrin des
Roubaisiens de tous horizons, et comme un grand vide.
André DILIGENT s’est identifié à Roubaix par
son engagement viscéral; chantre d’une ville aux multiples
handicaps, mais aussi du Versant Nord-Est en général, il
restait, comme l’a écrit le journaliste Bernard VIREL,
"accroché à son rocher et à sa vision d’une communauté
basée sur un parfait équilibre entre ses trois villes phares". 1
Citons encore Jules CLAUWAERT: "Commis
voyageur de Roubaix, on l’a parfois accusé de faire du
misérabilisme, lorsqu’il réclamait des ressources, des
investissements, des crédits, mais, quand, épuisé pour avoir
jeté toutes ses forces dans la bataille, sa santé le trahit onze
ans plus tard, la ville avait valorisé ses atouts et ne risquait plus de devenir le terrain vague de
notre métropole régionale franco-belge"2
Parfois un Don Quichotte dans ses audaces, souvent un Sisyphe3 dans sa lutte pour
remonter ce fameux rocher, toujours un humaniste dans sa quête de l’autre, voilà le secret d’André
DILIGENT: garder une dimension d’utopie et rester debout.
René VANDIERENDONCK a dit: "Il ne nous menait pas, il nous emmenait".
André DILIGENT, creusant son sillon droit et profond, a emmené les Roubaisiens vers
"la fierté retrouvée".4
1
La Voix du Nord 5 février 2002
Nord Eclair 5 février 2002
3
Albert CAMUS : Le mythe de Sisyphe
4
Jules CLAUWAERT : éditorial Nord Eclair
2
136
Le Pile en mouvement
Nous avons vu le Pile interpellé, le Pile devenu secteur prioritaire (S.P.I.G), le Pile
retenu en D.S.Q avec 4 autres quartiers de Roubaix. Voyons à présent le Pile en mouvement.
Selon notre démarche, nous allons faire intervenir le plus souvent possible, les
habitants, les acteurs de terrain, et nous inspirer des journaux de l’époque : le vécu est riche, il va
nous permettre de comprendre la politique menée, et ...d’en appréhender les limites.
L’équipe opérationnelle
L’équipe opérationnelle du Pile, conçue selon les idées du plan CHAVANEAU, va
appliquer la démarche préconisée qui est de maintenir le tissu urbain existant en pratiquant ce qu’on
a appelé la politique de la dentelle.
Cette équipe pluridisciplinaire est animée
par deux chargés de mission, Patrick FORTIN et Jean
Luc SIMON, l’un pour l’aménagement et l’urbanisme,
l’autre pour le développement et la vie sociale; le
P.L.D.S est un peu leur bébé, ils vont vivre des années
riches qu’on ne peut gommer. Ils sont entourés
d’architectes, de techniciens, d’agents sociaux qui vont
mettre en œuvre des actions d’amélioration sociale et
d’incitation à la réhabilitation.
Jean Luc SIMON et Patrick FORTIN au cours d‘une visite
dans le quartier
Une partie de leur travail est orientée vers les bailleurs sociaux, qui ont droit eux aussi
aux primes (PACT, LOGICIL, Roubaix-Habitat, SARHNORD). Ces organismes achètent des
maisons, les réhabilitent en fonction des normes reconnues, et perçoivent directement l’allocationlogement des locataires, qui ne paieront qu’un complément.
Mais il existe une autre sorte de bailleurs qu’on appelle les marchands de sommeil: eux
aussi achètent des maisons, les réhabilitent plus ou moins sommairement, et les louent avec profit.
Il faut signaler toutefois qu’il n’y a qu’au Pile que l’on trouve des maisons, moins chères à louer et
sans caution, ce qui favorise d’ailleurs l’arrivée de gens pauvres; on peut dire que le Pile a été le
quartier "cul de sac" de la totalité des R.H.I : la paupérisation du quartier s’est accentuée.
Cependant, le gros du travail de l’équipe opérationnelle consiste à intervenir auprès des
propriétaires occupants, très nombreux au Pile, pour les informer, pour monter des dossiers, pour
déterminer le montant des primes qui peuvent leur être allouées, pour les inciter à réhabiliter leur
bien. On touche là à une spécificité du Pile.
137
Les difficultés rencontrées
Si l’on peut réussir à gérer un habitat social collectif, il est bien plus difficile, sinon
impossible, de gérer un habitat essentiellement privé. Souvent, un propriétaire qui vit au Pile ne
peut pas aller ailleurs; ou alors, il le fait, comme Paul CORNEILDE, qui dut se résoudre à quitter le
quartier, en vendant sa maison beaucoup moins cher qu’il ne l’avait achetée bien des années
auparavant. En 1986, un habitant disait qu’il avait investi 200 000 francs de l’époque dans l’achat
de son habitation et qu’il ne pouvait accepter de la revendre 100 000. " J’ai toujours vécu au Pile,
j’ai fini par avoir la maison que je voulais, avec des voisins connus, de nombreux commerces;
qu’est-ce que je pourrais acheter ailleurs avec cette somme" !
Un autre raconte :" J’ai acheté une petite maison, j’ai trois enfants, nous sommes à
l’étroit; mais je ne pourrai pas en trouver une plus grande; si je pars dans un H.L.M, j’aurai un
meilleur confort, mais le loyer sera trop élevé".
Nous avons là des propriétaires captifs, qui ne peuvent ou ne veulent pas vendre pour
des raisons financières. Alors, ils s’accommodent et cherchent à améliorer leur habitat, ou à rénover
leur façade si l’environnement est incitatif.
On entend souvent à l’époque :" Si ma maison vaut trois fois moins cher qu’avant, ça
n’est pas la peine d’y mettre de l’argent! Et puis, si mon voisin laisse son terrain en friche, ça ne
sert à rien que j’investisse" ! Patrick CORNILLE, qui s’occupait de réhabilitation en 1984, a bien
exprimé le problème: "Quand vous voyez un immeuble muré à côté de chez vous, vous n’avez pas
envie de repeindre votre façade" !
Toutefois, les aides sont particulièrement intéressantes, notamment l’aide technique
apportée par l’équipe plurielle installée au 41 de la rue du Pile: Patrick FORTIN et Jean Luc
SIMON, déjà cités, Thérèse DEMANGE, architecte, pour la partie réhabilitation, Chawki
GUERMOUCHE, assistant technique pour les problèmes sociaux (sa connaissance de la langue
arabe devant éviter les problèmes de compréhension avec les familles immigrées), Thérèse
CHASTAING pour les questions de relogement, Anne Chantal BERNARD pour les personnes
âgées, Emilienne DECOTTIGNIES pour l’accueil, Jules GANTIER, animateur social du CAL,
Martine DESMOUTIEZ et Odile DANCOINE, assistantes sociales.
Il apparaît très vite, comme l’a d’ailleurs souligné l’enquête réalisée en 1979 parmi les
habitants, que la voirie est le problème clé: il est en effet important, pour inciter à réhabiliter une
maison, de s’en occuper dans un premier temps, ce qui permet aux propriétaires de se raccorder,
pour un prix intéressant, au tout-à-l’égout, et d’envisager alors l’installation de sanitaires.
C’est pourquoi, durant les 3
premières années P.L.D.S, on
utilise une grande partie des
moyens pour la réfection de
plusieurs chaussées, de trottoirs,
et pour la pose de canalisations.
Ainsi, quand il s’est agi de
réaliser le tout-à-l’égout rue
Marie BUISINE, un technicien
de l’équipe opérationnelle du
Pile, Bernard DESCATOIRE, a
fait du porte à porte pour inciter
les gens à se raccorder.
Sur 60 propriétaires occupants,
55 ont accepté. 1
1
La rue Marie Buisine avant travaux en 1987. La mobilisation des habitants par le Comité de Quartier avait permis
d’obtenir des facilités de paiement pour le raccordement, mensualisation et pas d’intérêt sur la durée du remboursement.
138
Comme le note La Voix du Nord du 24 juin 1984 : " Ça commence à bouger au Pile : la
voirie a été refaite dans les rues Paul Bert, de Leuze, Lalande".
Le journal Nord-Eclair du 17 août 1986, titre : " Le Pile, ça bouge ! Des rues ont été
refaites : Paul Bert, de Leuze, Lalande, La Fayette, Leverrier, Réaumur, Babylone, Mons,
Mulhouse. D’autres seront refaites cette année : Copernic, Marie Buisine".
En effet, le Pile bouge.
On s’oriente, selon le schéma directeur, vers des actions modestes, mais nombreuses,
réparties sur l’ensemble du quartier, et engagées simultanément pour qu’elles puissent produire un
effet d’entraînement.
Et commencent les premières réalisations, dont l’exemple le plus frappant est, en 1984,
l’aménagement du square Paul Bert, en concertation avec les habitants; des jeux et un bac à sable y
sont installés et la rétrocession en jardin des terrains de la courée centrale de l’îlot amène de la
verdure où il n’y avait que grisaille. Mais des conflits de voisinage surgiront: deux ans plus tard, le
terrain, squatté par les jeunes, est à l’abandon ! Nous reviendrons sur ces problèmes récurrents
concernant le suivi des réalisations.
La bataille du Pile est engagée; certes, on ne fera pas de ce quartier un nouvel AlmaGare, la philosophie n’est pas la même: un article de Nord-Eclair du 5 août 1984 souligne d’ailleurs
que le Pile ne doit pas perdre son âme et que les projets à l’étude ne s’imposeront pas au quartier, ils
s’y intègreront.
Le Pile manque d’air, un des mots d’ordre des aménageurs est de rendre moins dense ce
secteur. Là où on démolit trois
maisons, on n’en reconstruira
qu’une, par exemple. Ou
encore, on démolit une courée
insalubre et on transforme
l’espace récupéré en petits
jardins qui seront alors
revendus aux propriétaires des
maisons en front de rue. Les
plans prévoient d’aménager le
maximum d’espaces publics:
placettes, aires de jeux,
parkings...
Square" La terrasse" à l’angle des rues Lalande et Paul Bert en 1986.
Stratégie de reconquête.
Quoi qu’il en soit, certains îlots vétustes et insalubres sont condamnés; on envisage la
destruction de 180 logements dans les deux ans: il s’agit des cœurs d’îlots Monge, Prévert, Franklin,
Guesde, Marie Buisine, de la pointe triangulaire Beaurepaire – Franklin - Babylone, de la pointe
Lannes – Beaurepaire - d’Estaing, et de quelques habitations situées face à l’église Saint
Rédempteur
Jean Luc SIMON reconnaît que l’on se débat avec un problème insoluble : "Des
logements actuellement salubres se trouvent condamnés à devenir insalubres, faute de parvenir à
les assainir, mais nous ne croyons pas à des opérations "gros paquets". Il nous faut des actions
exemplaires, proches des gens, susceptibles de leur rendre courage plutôt que de les effrayer. Sur
ce point, les réaménagements de rues, réfections de chaussées et de trottoirs, plantations dans les
rues, nous semblent particulièrement motivants".
Il est évident que la tâche est ingrate : "de nombreux logements sont à l’abandon ; il
suffit d’arpenter le quartier pour constater que le passage des dézingueurs finit de les ruiner et de
les rendre irrécupérables ". C’est une course contre la montre à laquelle se livrent la ville et
l’équipe opérationnelle.
139
Au point que le Comité de quartier s’émeut, et adresse une lettre à Paul QUILES,
ministre de l’Urbanisme, du Logement et des Transports, en visite à Roubaix au mois d’avril 1985 :
" Le Pile est classé quartier "DUBEDOUT", et depuis 1977, on y parle de
réhabilitation. Depuis 1980, divers projets sont élaborés. Et pourtant, depuis cette date, la situation
des habitants n’a que peu évolué ; de plus, une bonne partie de cette évolution s’est dirigée dans le
sens contraire des attentes et des projets de départ. Aujourd’hui, en 1985, les habitants en ont
assez !
Assez de voir un quartier qui meurt à petit feu, gagné par la gangrène des maisons
vides, murées et démurées, détruites spontanément, saccagées en dehors des actions de la
résorption de l’habitat insalubre, une situation qui engendre un climat de lèpre et d’insécurité.
Assez de voir un quartier dans lequel aucun équipement digne de ce nom ne permet aux
enfants et aux jeunes de trouver un lieu d’activités éducatives autre que la rue et son cortège de
dégradations. Les quelques associations de bénévoles qui résistent encore, font ce qu’elles peuvent
en dépit de la disproportion entre les besoins et les réponses possibles.
Assez de vivre dans un quartier où n’existe pas d’espace aménagé et dans lequel tout
terrain laissé libre est transformé spontanément en dépôt d’immondices.
Notre quartier, monsieur le Ministre, est en passe de perdre son identité. Cela, nous ne
pouvons l’accepter ! Et même si un sentiment de lassitude nous envahit, nous ne nous avouons pas
battus. Nous attendons de vous que les moyens nécessaires à une véritable réhabilitation de notre
quartier soient donnés dans le cadre du Développement Social des Quartiers".
Le 24 août 1986, la Voix du Nord titre :"Au Pile, la rénovation se poursuit".
Oui! Lentement! Plus de 15 maisons ont été complètement rénovées par l’Office
H.L.M, la SAHRNORD, le C.I.L, le C.A.L; 35 autres maisons sont en chantier. A l’angle des rues
du Pile et de Condé, 30 appartements et 4 maisons individuelles neufs sont en construction; il y a
également 11 maisons anciennes en chantier dans le même pâté de maisons. Les démolitions des
maisons les plus insalubres ont commencé: rue Marceau, cour de la rue Delezenne, rue Desaix, rue
de Condé, rue de Leuze. En 3 ans, 150 familles ont bénéficié d’une prime à l’amélioration de
l’habitat.
Devenir ouvrier de sa propre maison
Voilà ce que propose François CHAVANEAU, que nous connaissons déjà. Directeur du
CAL-PACT, il a le souci de trouver des solutions pour hâter la résorption de l’habitat insalubre et
freiner la dégradation des logements neufs. Réagissant au délabrement de la Cité Familiale, il
expliqua lors d’une interview à Nord-Eclair, que de nombreuses erreurs ont été commises,
notamment dans la construction, en voulant faire des économies de bouts de chandelle, et dans
l’installation d’une population de familles à problèmes. "La vision que l’on a en pénétrant dans la
Cité est frappante, explique-t-il, c’est celle de l’ancien centre social, dévasté comme par un
ouragan, cassé et réparé deux fois ; cela a contribué à l’attitude suicidaire des habitants, qui n’ont
plus eu de respect pour leur logement. Ce qu’il faut prendre en compte, c’est la dégradation. Je
peux vous faire visiter une maison neuve... et vous la faire visiter dans 5 ou 10 ans : vous verrez la
différence".
Au journaliste qui lui demande si cette automutilation par les habitants est un cercle
vicieux, il répond : "Sans doute oui. On dit vivre dans une société à une vitesse, mais en fait, il y en
a plusieurs; il faut accepter qu’il y ait d’autres Français que le Français moyen. Ce qu’il nous faut
construire, ce sont des habitats adaptés: rue d’Estaing, ils ont adapté leur habitat, ils n’ont pas ce
que l’on appelle les éléments de confort, mais leur confort à eux, c’est d’être bien dans leur
maison".
Alors, François CHAVANEAU, évoquant les habitants de la cour Roussel, qui ont
choisi de rénover eux-mêmes leur habitat, parle d’une autre issue: le rachat. "On pourrait faire le
pari de rendre les gens propriétaires de leur maison pour pas très cher, on leur prête un technicien
et on leur dit : faites vous-mêmes les travaux, devenez les ouvriers de votre propre maison".
140
La cour ROUSSEL : la courée –miracle
En plein cœur du Pile, le petit monde de la cour Roussel, au 49 de la rue d’Estaing, s’est
pris par la main et a décidé de jouer les maçons pour améliorer son cadre de vie, puis de repeindre
en plus gai la courée, et créer un jardinet, témoin visible d’une volonté d’embellissement.
Le journaliste Alain PUISEUX1, en 1986, a retracé la démarche de monsieur RENARD,
un habitant, initiateur de cette auto réhabilitation: citons quelques passages de son article,
impressionnant de vécu.
"Pourquoi je fais tout ça ? Parce qu’il y a 15 ans que j’habite ici, et qu’ici, je me sens
chez moi. Si tout le monde s’y met, qu’on arrive à quelque chose, nous aurons démontré qu’il y a
moyen de vivre dans une courée de Roubaix".
Alors, il a décidé ses voisins à manier la truelle et la pioche. Ils ont défoncé le sol de la
courée pour en changer le système d’écoulement des eaux. Plusieurs façades ont été repeintes.
D’autres travaux sont en projet, comme la réfection de l’entrée de la cour, la réfection des toitures,
des plafonds, la pose de tuyauteries et de sanitaires.
" Vous voyez ce mur! Si je ne le refais pas, il s’écroule! Mais dans ma tête, il est déjà
fait: j’aime ces briques, elles sont formidables".
Au milieu de la cour trône un sapin de Noël, fierté des habitants :" Maintenant, au 49
de la rue d’Estaing, on ne rentre plus dans une courée, on rentre dans un endroit où il y a un
jardin, et ce n’est pas la même chose. Il fut aussi soigner le coup d’œil... "
Le propriétaire et les co-locataires sont
arrivés à un arrangement à l’amiable, qui satisfait
tout le monde: "le premier paie les matériaux, les
seconds offrent l’huile de coude et le savoir-faire,
même si monsieur RENARD, comptable de son
métier, avoue n’avoir jamais tenu une truelle
auparavant.
Et puis, il y a bien sûr la prime à l’amélioration de
l’habitat, versée par l’intermédiaire de l’équipe
opérationnelle".
Aussi enthousiaste que son mari,
madame RENARD prend la parole : "Puisqu’on dit
partout que le Pile, ça bouge, nous voulons montrer
que le Pile bouge dans le bon sens, grâce à ses
habitants".
Et monsieur RENARD conclut : "A
faire tout ça, j’en attrape même des regrets.
Pourquoi la rue d’Estaing devrait-elle rester dans
cet état ? Demain, j’aurai beau me casser la tête à
faire un beau dallage, la rue restera aussi triste...Et
la ferme du bout, celle qui est abandonnée, on ne
pourrait pas en faire une fermette modèle" ?
Pourquoi pas.
La meilleure façon de réhabiliter...
Décidément, le Pile devient un champ de curiosité, ce qui s’y passe ne laisse pas
indifférent ; si l’on n’atteint pas la médiatisation de l’Alma-Gare, de nombreux articles attestent
néanmoins l’intérêt des médias locaux.
Alain PUISEUX2 dans un autre article, rend compte d’expériences que François
CHAVANEAU n’aurait pas désavouées : Au 10 de la rue de Condé, un coiffeur a investi une demidouzaine de millions de centimes, comme on disait encore à l’époque, dans la maison en ruine de
ses grands-parents; il a fait refaire l’électricité, le sanitaire, le carrelage, les peintures... Et la ruine,
1
2
Nord Eclair : 20 septembre 1986
Nord Eclair : 21 février 1987
141
raconte notre journaliste, est devenue une petite maison coquette, vite louée à une vieille dame du
quartier. Cette opération n’était pas rentable financièrement, d’autant plus que notre coiffeur est
passé à côté des primes, et pourtant...
Deuxième exemple de réhabilitation: celle entreprise par monsieur NIZIO. En 1986, il a
acheté deux maisons jumelles au 27 de la rue du Progrès et a effectué lui-même tous les travaux
d’aménagement, aidé de son frère.
Et l’on pourrait citer bien d’autres exemples, qui prouvent que les procédures mises en
place par l’équipe opérationnelle du Pile commencent à être connues.
De nouvelles normes de confort...
Toutefois, au-delà des problèmes de financement, apparaît dans ce quartier une nouvelle
façon de réhabiliter, loin des normes de confort en vigueur: c’est l’idée, soutenue par les gens de
terrain, selon laquelle le meilleur des logements n’est pas forcément le plus confortable, le plus
équipé. Les techniciens sont nets: à quoi servent les installations de chauffage dont on ne peut payer
les factures ? Et le même journaliste relève que la tendance est d’installer au Pile des godins, de
petits poêles mixtes bois charbon, en guise de chauffage central, et de délaisser le gaz de ville au
profit des bouteilles de butane achetées à l’unité chez l’épicier du coin ! " Ce qui est
important, soulignent les promoteurs de ces opérations, c’est que les habitants puissent contrôler
directement leurs charges. Ce qu’il faut avoir, c’est le confort de la liberté d’utiliser son
logement ".
Ces nouvelles normes, définies, non pas en fonction de standards de confort, mais en
fonction des ressources des locataires et de l’environnement du quartier, nous apparaît bien aller
dans le sens de la démarche du CAL-PACT: on réhabilite pour la population qui est là !
L’îlot Delezenne: on n’avait pas construit au Pile depuis 70 ans !
Le 25 janvier 1986, André DILIGENT pose la première pierre d’un nouveau
lotissement rue Delezenne, en présence de Jacques-Yves MULLIEZ, vice-président de la
SAHRNORD. L’événement est d’importance, comme le soulignent à la fois La Voix du Nord et
Nord-Eclair: plus qu’une opération d’urbanisme, c’est un symbole de renouveau pour ce vieux
quartier.
Le chantier devrait s’achever en février 1987 par la livraison de 31 logements neufs
répartis en deux petits ensembles. Les journaux se plaisent à souligner la qualité de la réalisation
future: chaudières individuelles à condensation, antennes, maçonnerie en brique, label d’isolation
trois étoiles, label acoustique 12 points. Note de qualité générale: 4 sur 5.
Auparavant, pour novembre 1986, la SAHRNORD doit mener à bien sur le même îlot
la réhabilitation de 12 logements anciens; le tout sera réparti autour d’un patio calme abritant des
aires de jeux et 30 garages.
"Enfin du neuf ! s’est
exclamé le Sénateur-maire, qui
aurait voulu, prendre le Premier
Ministre Laurent FABIUS par la
main pour l’emmener au Pile lui
prouver que ce qui est fait pour
lutter contre la résorption de
l’habitat insalubre n’est pas
possible sans l’aide de l’Etat".
Cette opération Delezenne nous
donne l’occasion de mettre en
lumière les énormes difficultés à
surmonter pour réaliser un projet
de réhabilitation au Pile. Pour en arriver à la pose de la première pierre, ce 25 janvier 1986, il a
fallu 6 ans: le temps nécessaire pour acheter les 20 immeubles qui devaient être rasés, dont 15 se
142
trouvaient en courées. Il a fallu une détermination sans faille de la part de la mairie et de la
SAHRNORD, pour surmonter la complexité des procédures juridiques, traiter avec les propriétaires,
attendre que les maisons soient vides.
Les mêmes problèmes se posent pour réhabiliter une courée. Un exemple: l’Office
Départemental du Nord, qui a racheté il y a 15 ans tout le secteur Lannes pour bâtir des maisons,
n’a jamais pu commencer les travaux, parce qu’on ne savait pas à qui appartenait un petit bout de
terrain !
Un autre exemple: un projet de réhabilitation de courée a longtemps été bloqué, parce
qu’une des maisons était bâtie sur un terrain qui n’appartenait pas au propriétaire de la maison.
Pascal HERMAN connaît très bien ces problèmes de R.H.I qui peuvent durer des
années; les mots reviennent, lancinants, à chaque rencontre: acquisition, expropriation, démolition,
réaménagement. Il sait d’expérience que lorsqu’une R.H.I. démarre, c’est 5 ou 6 ans d’attente.
"Avoir la maîtrise d’une courée avec un seul propriétaire pour vingt maisons pose
beaucoup moins de problèmes" reconnaît-il avec humour, et... philosophie!
La démolition n’est pas le plus facile, et nous touchons là également à une spécificité du
Pile: des maisons imbriquées les unes dans les autres, des maisons bien retapées, collées entre deux
ruines murées, etc... Comment faire, sans casser la maison du voisin ? Il n’est pas question de
prendre un bulldozer, un bâton de dynamite, une grue; il faut travailler dans la dentelle, par
l’intérieur, sortir les gravats avec une brouette pour faire place nette. Comme l’a écrit Florence
TRAULLE : " Un travail de précision, délicat comme une fine dentelle!" 1
Ce qui n’a pas pour autant empêché quelques bavures. Monsieur et madame BRACKE
se rappellent fort bien l’arrivée intempestive d’une cheminée dans la cuisine rénovée de leur maison
rue de Condé. C’était pendant la démolition de la courée intérieure lors de l’opération Delezenne !
Les raisons d’y croire : des courées qui font peau neuve
Toutes les courées ne méritent pas d’être démolies; on sait que cet habitat correspond à
un besoin, et que la vie peut y être rendue agréable; mais cela suppose que la courée soit
convenablement rénovée, et que la ville s’implique sur le plan financier. C’est ce qu’a tenté la
municipalité sur la cour Leconte, rue de Condé. Cette expérience a été relatée avec bonheur par la
presse, décidément passionnée par ce qui se passe au Pile: le nombre d’articles que nous avons
retrouvés, consacrés à ce quartier, fut pour nous une manne inépuisable.
La municipalité, qui intervient déjà dans certains domaines (assainissement, éclairage)
va s’occuper de réhabiliter les espaces extérieurs de cette cour. Elle fait appel à l’Association
Bataclan, dont l’objectif, sur la métropole, est d’améliorer l’environnement urbain en collaboration
avec les habitants. Bataclan va établir le projet technique avec les propriétaires et les locataires
concernés, qui, d’ailleurs, selon leur disponibilité, participeront aux travaux.
Le résultat est surprenant ! On a construit un trottoir en béton et un muret de briques
devant les maisons, un caniveau
central, on a mis en place une allée
en pavés autobloquants, des clôtures,
et des portillons. Un petit coin de
paradis!
Car les habitants en ont
profité pour procéder, dans le cadre
cette fois, des procédures habituelles,
à la rénovation de leurs maisons
respectives. Encore aujourd’hui, on
peut voir des jardins engazonnés, un
parasol, des arbustes ornementaux,
une balancelle,...
Oui, la vie en courée peut être sympa!
Mais encore des inquiétudes !
1
Titre de l’article de Florence TRAULLE : Nord Eclair
143
Nous sommes en 1987, la fin du P.L.D.S. approche, et l’on commence à s’interroger sur
les grandes réalisations effectuées depuis 1983. Jackie MINART, le permanent-habitant recruté en
1985, ne peut que citer la placette de jeux rue Paul Bert. Il se bat, avec les militants du Comité de
quartier et des autres associations, pour l’implantation d’un centre social et la destruction des îlots
en ruine, comme rue Lannes, qui donnent une très mauvaise image du quartier: maisons vides,
friches , dents creuses sont de véritables chancres dans le tissu urbain! Dans Nord-Eclair du 8
février 1987, Jacky MINART, interrogé par la journaliste Françoise BONIS sur cette lassitude que
l’on ressent, reconnaît que, s’il y a des trous et des espaces, c’est que ça bouge un peu. " Mais, à ce
rythme-là, on en a pour 20 ans à terminer la première tranche de R.H.I. Il y en a trois de prévues.
Je crains que les habitants ne se désespèrent, s’ils ne voient pas leur quartier prendre concrètement
un nouveau visage".
Le Comité de quartier, qui a beaucoup fait pour qu’une dynamique s’installe, mais qui
ne souhaite pas la solution adoptée à l’Alma, nous le savons, constate lui aussi que le quartier se
transforme peu: " Ici, il faut un travail plus lent, pour garder au Pile son caractère ": explique le
Président du Comité de quartier, qui n’est autre à l’époque que Raymond PLATTEAU, co-auteur de
cet ouvrage. " Mais ça ne signifie pas qu’il faille travailler au compte-gouttes; si nous sommes
favorables à une transformation progressive, cela ne veut pas dire que nous admettons
l’immobilisme "!
Jacky MINART lance alors un cri du cœur :" On ne peut rien faire contre les
dégradations des maisons une fois qu’elles sont abandonnées, alors, il faut agir vite, avant qu’il ne
soit trop tard, on ne peut pas suicider 9 000 habitants comme cela" !
Diable! Y aurait-il un manque de lisibilité de ce qui est accompli, autrement dit une
remise en cause de cette fameuse politique de la dentelle? Nous allons revenir plus loin sur ces
interrogations: laissons aux différents acteurs le temps de prendre un peu de recul, pour nous
intéresser à ces fameux lieux de vie du Pile, dont nous avons esquissé la philosophie lors de
l’expérimentation d’un projet collectif dans la cour BONTE.
Les lieux de vie du Pile
Nous savons que les habitants de la cour du Pile, dont Mamie ROMETTI et NENETTE,
ont voulu participer à sa réhabilitation, avec l’aide de techniciens, et mettre en place une vraie vie
collective en créant une maison commune, là où l’on se rencontre pour mettre sur la table les petits
problèmes de voisinage, où l’on trouve une table d’hôtes pour les travailleurs du quartier, et l’une
des seules salles de bain collectives de toute la ville!
Au début de 1986, le lieu de vie a été déplacé jusqu’au 162 bis de la rue du Pile.
Jules GANTIER en a été l’animateur; lors de l’inauguration des travaux de rénovation,
le 17 novembre 1988, on a pu apprendre que c’est en grande partie grâce à lui que les habitants de
la cour ont pu organiser des séjours de vacances avec le CAL-PACT, et des rencontres avec le
professeur TITRAN.
Les nombreux témoignages que nous avons recueillis sont éloquents: Jules GANTIER a
été un véritable gestionnaire pendant des années, il a assuré le suivi de l’expérimentation mise en
place, il a été en quelque sorte, le garant de la règle initiale, celui qui a conservé le sens du projet
par delà les années; il a été accompagnateur sans être censeur, tel le sage dont la parole est issue des
Anciens.
"Nénette"
Comme la journaliste Florence TRAULLE, nous avons rencontré cette pasionaria de la
cour du Pile. Nénette est souvent sollicitée, mais elle aime tant raconter sa vie ! " Vous savez, j’aime
ma courée et mon quartier". J’ai fait mon nid au Pile, et j’y suis bien ! Ici, c’est pas plus mauvais
qu’ailleurs, et au moins, tout le monde se serre les coudes; la mentalité dans la cour, c’est grave ! "
Nénette habite la cour BONTE depuis 27 ans. " En fait, j’ai été relogée ici par le CALPACT, car j’avais trop de bêtes, et devant les maisons, à l’époque, il y avait une grande prairie.
144
Vous savez, on est bien dans cette cour, on se sent en famille; les gens font leur vie ici, ce sont
plutôt des R’Mistes, ils n’ont pas de boulot, ils vivent de récupération de bois ou de ferraille.
On s’entraide, on se respecte. Je suis
un peu la maman de la cour, j’ai vu tous les
gosses grandir ; il y en a deux qui ont eu leur bac,
et ils vivent ici. Ça a toujours été plein de monde
chez moi, mais il fallait filer droit ".
Nénette a accueilli de nombreux
enfants, jusqu’à 14 ou 15. " Des cas sociaux,
comme on dit, des gamins placés ici par un juge,
des enfants perdus et des mères abandonnées, des
couples sans toit, des lambeaux de famille
parfois", écrit Florence TRAULLE. " Ceux qu’elle
a aimés, qu’elle a un peu rudoyés quand elle
l’estimait nécessaire, ceux qui se souviennent de
la petite maison dans la courée... ".1
Photographie Guy SADET : Nord Eclair 26 mars 1996
Quels sont les objectifs des lieux de vie ?
Pour Bruno RIVES, auteur d’un rapport sur l’expérience du Pile, réalisé en 1987, les
activités communes déployées dans les lieux de vie contribuent à briser l’enfermement dans la
grande pauvreté, et à accroître les chances des enfants; ces lieux permettent aux familles de nouer
des relations entre elles et d’y côtoyer divers acteurs sociaux, notamment du C.A.M.S.P.2 et des
partenaires comme le CAL-PACT.
Ils donnent aux familles un lieu où elles peuvent se sentir chez elles, un lieu qu’elles
peuvent investir.
Ils ouvrent une dynamique accessible aux familles très démunies, qui ne fréquentent pas
habituellement les équipements (Centre Social, PMI, halte garderie...). Raymond PLATTEAU
précise qu’il était accueilli dans le lieu de vie pour parler de l’école et de la scolarité des enfants ;
les mamans de la cour n’osaient pas venir aux réunions organisées par les enseignants dans l’école.
Le témoignage de Christian MONTAIGNE
" Les lieux de vie partent des problèmes que nous avons constatés dans une partie de la
population sous-prolétaire que nous hébergions au centre d’accueil du CAL-PACT, rue Saint
Antoine; on observait bien la reproduction de la pauvreté d’une génération sur l’autre. On s’est dit
qu’on devait travailler avec les familles pour qu’elles soient parties prenantes. Il fallait que les
gens aient une vraie volonté de s’en sortir, qu’ils soient acteurs de leur propre devenir; alors,
donnons leur les moyens, donnons leur une maison qui sera la leur, dont ils auront la clé, qu’ils
pourront aménager par eux-mêmes, pas une maison qui ressemble à une institution comme une
mairie.
C’était ça l’idée: partir des habitants eux-mêmes, car ce n’est pas parce que l’on fait de
l’encadrement que les gens réussissent, ce n’est pas parce que les enfants vont obligatoirement à
l’école qu’ils apprennent nécessairement à lire.
Alors, les gens ont appris à gérer cette maison, à utiliser la salle de bain, à la rendre
propre pour le suivant, à établir des règles. Il est extraordinaire que, pendant les 10 ans d’existence
de ces lieux de vie, celui de la rue de Condé ou celui de la rue du Pile, aucune effraction ne se soit
produite !
1
2
: Nord Eclair 26 mars 96
Centre d’Action Médicale et Sociale Précoce
145
La seconde idée, c’était de permettre aux habitants de se rassembler et de faire appel
aux différentes aides qu’ils pouvaient avoir; en effet, avec Bruno RIVES, on a constaté qu’ils ne se
rendaient pas toujours dans les structures sociales dont ils pouvaient bénéficier.
Ces lieux n’étaient pas des lieux de
permanence, c’étaient des lieux qu’ils possédaient,
où ils invitaient qui ils voulaient. Ecoutez, je pense
au docteur TITRAN: les gens ne voulaient pas aller à
l’hôpital voir un pédiatre derrière son bureau, ça
impressionne, alors, ils ont invité le docteur TITRAN
à la maison commune, pour partager un repas; et,
autour de ce partage, il y a eu une consultation
pédiatrique qui a eu plus de poids qu’à l’hôpital, car
les gens comprennent plus facilement à travers des
rapports de proximité et de sympathie.
Pour moi, la prise de parole est un
pouvoir: mais c’est bien gentil de dire aux gens :
vous avez la parole, ils ne la prendront pas si on ne
les met pas dans un cadre de confiance. Si on
fonctionne, non plus en détenteur de pouvoir, de
savoir, mais en partageur des difficultés de chacun,
la parole retrouve du sens.
C’étaient des lieux où l’on prenait des initiatives. Je pense à ces repas que les familles
préparaient une fois par semaine pour les travailleurs sociaux du quartier, mais aussi à cette
épicerie constituée par Jules GANTIER. On avait constaté que des ménages, ayant peu de
ressources, avaient des fins de mois difficiles.
Alors, des familles ont fait des réserves alimentaires; celles qui en avaient besoin
venaient se servir; le mois suivant, quand elles touchaient leur paie, elles remboursaient ce qu’elles
avaient pris, ce qui permettait de racheter de la nourriture. Elles géraient bien ça, mais le jour où
on a commencé à créer des lieux où on distribuait gratuitement des aliments, on a tué l’initiative !
Pourquoi continuer, ont dit les gens, on va aller au distributeur ! "
L’équipe opérationnelle, lors d’un bilan, en 1987, reconnaît qu’elle ne peut évidemment
pas annoncer que l’on a réussi par les lieux de vie, à sortir beaucoup de familles des difficultés
qu’elles connaissaient parfois depuis 20 ans ou plus.
Des réussites, des bouts de réussite, des résultats spectaculaires ou non. Cela ne peut
être vu que dans la durée.
Les lieux de vie ont insufflé en tout cas une formidable dynamique, et cette synergie là,
on ne la gommera pas !
On s’attache en effet à mettre en œuvre ce que nous appelons les 4 axes du DSQ : le
bâti, le social, l’environnement et l’économie. On ne peut envisager la réhabilitation du Pile si on
ne travaille pas parallèlement dans ces 4 secteurs : il ne suffit pas de rénover la maison, il faut
aussi être avec les gens. Le rôle des agents sociaux, au sein de l’équipe pluridisciplinaire, prend
alors toute son importance.
L’action d’Anne- Chantal BERNARD en faveur des personnes âgées s’inscrit dans cette
démarche et dans le cadre des projets consacrés en France aux lieux de vie.
146
La Cité bleue
Le 24 mars 1988, le docteur GHYSEL, député et premier adjoint, reçoit des mains de
Michèle BARZACH, ministre de la Santé, le trophée Cité bleue, récompensant l’action menée par
la Ville de Roubaix en faveur des personnes âgées dans le quartier du Pile. Selon les journaux, une
centaine de dossiers avaient été examinés à travers la France, et 18 retenus.
Le projet, élaboré par Anne Chantal BERNARD au sein du C.C.A.S et de l’équipe
opérationnelle du Pile et soumis à la réflexion des habitants, a pour objectif de permettre aux
personnes âgées de ce secteur de continuer à vivre dans leur quartier, malgré la perte d’autonomie
qu’amène le vieillissement.
L’hébergement accueillera en priorité des "Pilés" dont l’état ne nécessite pas de plateau
technique médical important, mais davantage une présence continue.
Selon le descriptif du projet : "le domaine, situé au cœur du quartier, en un lieu
permettant à la fois de bénéficier de l’animation naturelle de la rue et de faciliter l’intervention de
l’entourage, regroupera des petits collectifs avec des appartements au rez-de-chaussée, des
dominos, et des hébergements collectifs. Dans chaque cas, la personne âgée conserve son mobilier,
gère ses ressources, bénéficie de l’allocation logement ou de l’A.P.L, ainsi que des services
habituels proposés par la ville: aide ménagère, restauration, soins à domicile".
Projet extrêmement original, fruit de longues réflexions...
Le docteur GHYSEL en a rappelé les grands lignes pour la presse: " respecter
l’autonomie et l’environnement habituel des personnes âgées, conforter les solidarités déjà
fortement établies dans le quartier, et promouvoir l’utilité sociale des anciens. Le tout grâce à des
solutions souples, dans un habitat adapté. Il convient ensuite de favoriser la participation active
des retraités dans ces lieux de vie. Ainsi, des rencontres conviviales se déroulant à l’intérieur de
l’hébergement collectif rassemblent les responsables, les résidents, les familles, les amis et voisins.
Il est essentiel de maintenir la solidarité du quartier, et d’éviter le désengagement des proches. Il
faut donc soutenir les familles, les aider à participer à des séances d’information et de formation.
147
C’est pourquoi j’annonce la nomination d’un travailleur social assurant les fonctions de relais de
quartier, et la présence d’animateurs assurant une présence permanente"1.
Cette remise de distinction fut d’ailleurs l’objet d’une querelle politique, entre les
nouveaux et anciens élus, dont la presse fut le moyen d’expression. La réponse de Pierre
PROUVOST ne se fit pas attendre et nous la retraçons ci-après.2
Roubaix cité bleue : Pierre PROUVOST dénonce : les geais qui se parent des
plumes des paons...
Monsieur Pierre PROUVOST, conseiller régional, ancien député maire, nous
prie d’insérer notamment : " C’est sans surprise que j’ai appris par votre journal (édition du
19.03) que la ville de Roubaix avait été primée au concours national Cité bleue 1988, en tant que
ville de plus de 100 000 habitants, dont l’action a été particulièrement exemplaire dans la qualité du
service apporté aux personnes âgées, et notamment s’agissant de l’habitat. Sans surprise, car Roubaix,
avec ses 740 logements pour personnes âgées, dont 540 en foyers logements, était en 1982 la ville de
France la mieux équipée en la matière, et avait eu l’honneur de recevoir la visite de monsieur
FRANCESHI, alors secrétaire d’Etat au troisième âge.
Ma surprise vient du fait que, comme dans beaucoup de domaines, la municipalité de
monsieur DILIGENT tire les marrons du feu en allant recevoir ce prix à Paris. Aucune référence aux
politiques menées par Victor PROVO et par moi-même- je rappelle que pendant mon majorat, furent
mises en service 4 résidences (Potennerie, Beaumont, Alma-Gare et Trois-Ponts) soit 320 logements, et
aucune allusion à l’action inlassable du docteur SAVINEL, initiateur de ces politiques dès 1971.
Depuis 1983, date de l’arrivée de messieurs DILIGENT et GHYSEL en mairie, seuls les 30
logements de la résidence Voltaire, projet mis en route en 1982 par l’équipe municipale que j’animais,
ont été mis à la disposition des personnes âgées de Roubaix ! 30 sur un total de 770 et ce, en l’espace
de 5 ans !
Victor PROVO avait coutume de fustiger les coucous qui pondent dans les nids des autres;
s’il était encore des nôtres, il parlerait certainement des geais qui se parent des plumes des paons "!
Le mouvement associatif
Au début des années 1980, les animations reposent essentiellement sur le Comité des
Fêtes et l’Union Commerciale. Les commerçants sont les forces vives du quartier; promoteurs de
lien social, ils forment un tissu de solidarité étendu, une des composantes de l’âme du Pile.
Les autres associations, le Cercle Artistique Roubaisien, la Solidarité, l’Amicale Jean
Macé-Pasteur, le cercle Saint-Alexandre, évoluent dans un périmètre restreint, comptent beaucoup
d’adhérents mais sont sans relations entre elles.
Quand les commerces commencent à péricliter, on assiste à une prise de relais du lien
social par d’autres partenaires: aucune cassure ne se produit. Extraordinaire cohérence interne au
Pile: la fin des commerces correspond à la naissance du militantisme social; l’A.L.D.P va en être le
terreau.
1
2
Nord Eclair : 23 mars 1988
Nord Eclair : 24 mars 1988
148
L’Association Laïque pour le Devenir du Pile
Elle est créée en mars 1981 par des instituteurs de l’école Pasteur, voulant ouvrir leur
établissement sur la vie. Comme nous le soulignions dans le chapitre sur le Pile interpellé,
l’A.L.D.P devient rapidement un moyen d’expression pour les enseignants et les parents,
rassemblés autour de la volonté de promouvoir une école dans le quartier, un quartier dans l’école.
Bernard LEROY qui prend le poste de direction en septembre1981, se souvient : "Ce
sont Richard LIETAR et Raymond PLATTEAU qui sont à l’origine de la création de l’Association.
Avec les enseignants, ils ont voulu ouvrir l’école, montrer aux enfants confinés dans leur rue ou
leur courée, d’autres lieux, et envisager de travailler avec les parents. Je souligne cette démarche
sociale à laquelle j’ai adhéré; elle permettait une nouvelle manière de réfléchir dans le quartier".
L’Association est donc antérieure au D.S.Q. Autour de l’école, elle s’inscrit dans la
démarche inverse des amicales d’anciens élèves, là, ce sont les acteurs pédagogiques qui vont
promouvoir leurs idées à l’extérieur. L’A.L.D.P. a fait des émules et d’autres écoles roubaisiennes,
comme Henri Carette, Albert Camus, Paul Bert, Léandre Dupré…, ont choisi cette voie pour donner
aux enseignants une entité juridique qui les aide à gérer leurs projets.
L’A.L.D.P s’est vraiment développée quand elle a bénéficié d’un local au 129 rue du
Pile, premier siège du comité de quartier, qui a été géré en suivant deux objectifs
• être un lieu de pédagogie annexe de l’école,
• être un lieu de rencontre et d’éducation ouvert sur l’extérieur.
Cette ouverture et cette participation ont enrichi l’école:" On intègre les idées de
personnes extérieures, on peut parler de nos problèmes et des problèmes des familles sur un autre
mode".
Par ailleurs, depuis 1983, l’A.L.D.P a choisi d’être un partenaire actif des actions
engagées dans le quartier dans le cadre du D.S.Q, ce qui sera facilité par la présence de Raymond
PLATTEAU, président des deux associations. Ce faisant, elle en a profité pour augmenter son
périmètre d’intervention, sa richesse d’actions, sa dynamique interne et externe. Le D.S.Q a permis
en effet de rencontrer des partenaires, et d’apporter des moyens financiers. Ces moyens, même s’ils
sont peu nombreux, permettent aux bénévoles de se sentir reconnus.
En 1985, elle est la première
association à organiser un stage lecture
pour les parents1; une bibliothèque
B.C.D, ouverte au profit des élèves,
mais également en dehors du temps
scolaire, est créée (des parents y
animeront tous les jours des ateliers
lecture). Peu à peu, l’A.L.D.P diversifie
ses prestations, et des militants autres
que des parents s’investissent. Elle est
présente aux journées du D.S.Q. de
Gennevilliers dont le thème était :"Ecole
et quartier".
"L’A.L.D.P fait battre le cœur du quartier". Un journaliste, Philippe MARTIN, lui a
consacré un article enthousiaste: " Il faut parler du site informatique confié à l’école, mais aussi
géré hors du temps scolaire par l’A.L.D.P, qui est parvenue à le transformer en une source de
revenus, en organisant des stages d’initiation par le biais de conventions avec le CREFO et
l’ARFEM, citer un pool secrétariat permettant de réaliser des travaux pour l’extérieur, et la mise
en place d’un labo photos".
Mais notre journaliste se passionne pour un des aspects les plus originaux de l’A.L.D.P:
sa radio : "Dans un petit studio à l’étage émet en effet Radio Pile, une radio interne à
l’établissement. Extraordinaire outil pédagogique, car on y conçoit des émissions faites par les
enfants, pour les enfants. Surtout, la radio est le principal instrument d’ouverture sur le quartier.
1
Photographie Nord Eclair
149
Gérée à la fois par le Comité de Quartier et par l’A.L.D.P, elle est totalement ouverte
aux habitants, auxquels s’adresse par exemple une émission comme Fréquence–Pile-Magazine,
diffusée en direct chaque samedi midi; elle a permis notamment aux jeunes du quartier de parler
de sujets délicats comme le racisme, de relancer également des figures locales comme celle
d’Octave VANDEKERKHOVE ".
Philippe MARTIN termine en louant l’équipe des 21 enseignants de l’école Pasteur et
de l’école Boileau, qui, sous la direction de monsieur LEROY et de madame BULTEZ, travaillent
en profondeur à faire vivre le quartier.
Une passionnante expérience pédagogique intimement liée à l’existence de l’A.L.D.P.
Le témoignage de Raymond PLATTEAU.
" Oui, cette radio a été un outil formidable; nous avons fait une émission sur le conte
qui a eu beaucoup de succès; d’anciens élèves sont venus parler aux écoliers de leur vie au collège,
ce qui permettait de dédramatiser cette transition toujours délicate. Nous disposions également
d’un matériel portable qui donnait la possibilité aux enfants de faire des reportages à travers le
quartier.
En ce qui concerne le budget de l’A.L.D.P, nous avons essayé d’avoir le maximum de
ressources propres, en organisant des fêtes, en fournissant des prestations grâce au site
informatique; en revanche, nous avons demandé à la municipalité un poste d’animateur à mitemps. A l’époque, le Pile ne disposait d’aucune structure, d’aucun moyen propre, il n’y avait pas
de centre social, et c’était en fait un peu l’A.L.D.P qui en jouait le rôle".
Bernard LEROY
ou la passion d’un directeur.1
"Je suis arrivé à l’école Pasteur en
septembre 1981, après avoir passé 11 ans à l’école
Pierre de Roubaix. J’ai toujours eu pas mal
d’engagements, administrateur à la F.A.L, trésorier
de l’U.S.E.P, vice-président du Comité des fêtes,
organisateur du Centenaire des lois laïques, président
de l’A.L.D.P.
Ici, on a toujours fait un travail pédagogique de fond,
ce qui nous a permis d’avoir 10 ans d’avance sur
l’Education Nationale. On a travaillé très tôt en 4
cycles: 1 : la maternelle, de 2 à 5 ans ; 2 : le cycle II
ou objectif lecture, qui mélange grands de maternelle
et petits de l’école primaire de 5 à 7 ans ; 3 : le cycle
élémentaire; 4 : le cycle moyen ou préparation au
collège.
En 1983-84, on a passé une année complète à faire un bilan sur ces cycles ! Chaque
cycle est doté d’une pédagogie globale, et l’on essaie de faire travailler les enfants en groupes.
Chaque groupe travaille dans des salles différentes, avec des maîtres différents selon les matières ;
on a d’ailleurs dit que l’école Pasteur était une école où les classes n’existaient pas, une école
avec une ambiance particulière... Un journaliste de"la vie catholique" a même écrit qu’on avait
l’impression d’être dans une grande maison familiale! Oui, il y avait des enfants partout, ne seraitce que par la configuration des bâtiments!
Je pense au spectacle qu’on a réalisé en 1984 sur l’histoire du Nord avec ses traditions
et le personnage du p’tit Quinquin depuis sa naissance jusqu’à son entrée dans la mine. Il y avait
500 gamins sur la scène! Ça a marqué. La dynamique partait de l’école et allait sur le quartier.
1
Interview de Bernard LEROY : juin 2003
150
En 1986-1987, on a parlé d’une nouvelle école; le projet d’urbanisme a été fait avec les
élèves, en lien avec la C.A.U.E1, et on a suivi le chantier. Commencée en 1992, l’école a été
ouverte en 1996. L’extérieur n’est pas forcément engageant, mais l’intérieur est fonctionnel, même
si les espaces sont petits. Je tiens à dire qu’elle n’a jamais été inaugurée officiellement".
Après plus de 20 ans de bons et loyaux services, Bernard LEROY s’en va, un peu amer:
"il y a des choses que je n’ai pas vu bouger depuis que je suis ici! Pas de projet global
pour le Pile: on ne voit que des cataplasmes sur des jambes de bois.
Vous me demandez ma plus grande satisfaction? C’est d’avoir réussi, dans ce quartier
où peu de choses ont évolué, à avoir une école neuve! "
Décidément, l’histoire de cette école, c’est beaucoup la sienne !
On a pu dire que l’ancienne école, 133 rue du Pile, était laide et sale, avec une architecture peu
adaptée à la pédagogie. Avec son architecture lourde, que d’aucuns ont qualifiée de "stalinienne"2, la nouvelle
école semble avoir privilégié la sécurité à l’esthétique, ce qui n’empêche pas d’y pratiquer une pédagogie
ouverte.
Le Comité de Quartier
En 1977, suite à la démarche volontariste de la mairie, se forme au Pile un groupe de
personnes qui vont essayer de créer une entité militante. On va réfléchir sur le devenir du quartier et
participer aux échanges, qui ont lieu avec les élus et les services municipaux, sur la prochaine
réhabilitation annoncée dans le cadre des procédures de la ville. Mais, on l’a vu, les habitants ne se
rassemblent guère autour de ce projet qui les concerne pourtant directement.
Pour créer une dynamique, on utilise le film vidéo : "Le Pile : demain, et vous ? " pour
mener un travail de concertation avec les habitants, et chercher quel projet on peut faire ensemble.
Dès ces années, le Comité de Quartier adopte la démarche qui sera toujours la sienne :
promouvoir la parole des habitants, être à l’écoute des besoins et des attentes, participer à
l’élaboration d’un meilleur cadre de vie. L’Alma et le Pile se réfèrent en partie au même système
de valeurs; là où ils sont différents, c’est sur les moyens d’action: à l’Alma, on fait du syndicalisme
de luttes urbaines, au Pile, on avance par consensus, à petits pas, sans faire de forcing; on donne du
temps au temps.
1
2
Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement
André DILIGENT qualifiait ainsi l’architecture d’Euralille.
151
Différence également avec un Roger SINKO1, très mobilisateur, plutôt à la tête d’un
comité de défense d’habitants.
Le Comité de Quartier du Pile, qui n’était encore qu’un groupe informel, est fondé
officiellement le 6 octobre 1983. " Lorsque je suis arrivé comme enseignant à l’école Pasteur en
1977" dit Raymond PLATTEAU," j’ai travaillé avec les membres du Comité, et c’est assez
naturellement qu’en 1983, lorsqu’on a fondé l’Association, que je me suis impliqué à l’intérieur de
celle-ci; à l’époque, il y avait peu de militants, j’en ai pris la présidence. Aujourd’hui, j’en suis le
trésorier".
Les actions du Comité ont été variées mais sont restées autour des thèmes de
l’information et de la concertation. Si la première action symbolique fut une exposition sur la
mémoire du quartier, rapidement les actions d’information et de mobilisation ont été menées. Le
journal de quartier a été abandonné au profit de l’oral par le biais de la radio.
Une émission régulière sur les ondes de
Radio Boomerang, est préparée et présentée par
Raymond PLATTEAU et Yves GARBARINI,
animateur de la Fédération des Associations Laïques
de Roubaix, chaque samedi de 11 à 12 heures, ainsi
qu’une émission de divertissement, "le petit train du
souvenir", préparée et animée par un habitant de la
cour du Pile, Dominique WESPELAERE. Du Pascal
SEVRAN avant l’heure !
Et puis aussi, une tentative qui n’a pas eu
de suite: "L’café, y passe ! ", une heure avec Manou,
Henriette et Trottinette, trois dames du Pile, égrainant
souvenirs, recettes, histoires et anecdotes, bavardages
autour d’une tasse.2
Fréquence Pile Magazine, c’est l’occasion
de faire venir un élu, un chef de projet, un groupe
d’habitants, le représentant d’une structure, une
personnalité locale, un groupe de jeunes ou
d’enfants… et de dialoguer en direct sur les ondes.
Les problèmes sont posés et parfois des solutions apparaissent. On fait également des reportages
dans le quartier, qui sont diffusés au cours de l’émission du samedi.
Une anecdote significative :" On annonce que la Caisse d’Epargne, installée sur la
place Carnot, va fermer ses portes durant les deux mois d’été. Quelques personnes s’en émeuvent et
on décide de mener une action de revendication. Pas de tract, pas de réunions, mais une présence,
micro d’interview et magnétophone à la porte d’entrée de la Caisse un samedi matin. A chaque fois
qu’une personne entre ou sort, on l’interroge. Les employés, derrière leur guichet, regardent avec
étonnement, se penchent, se concertent et l’un d’eux vient demander la raison de cette présence. Je
lui explique et après être rentré, il téléphone, sans doute au siège central. Discussion, et il sort en
me disant : arrêtez tout, on va trouver une solution. Est-ce que l’ouverture de deux demi-journées
durant l’été est suffisante ? C’était inespéré ! Nous avons gagné cette année-là. La succursale a été
fermée l’été suivant définitivement, mais nous n’avions pas été prévenus ! "3
L’information, c’est aussi la rencontre dans la rue entre les militants et les habitants.
Jean TRACKOEN, permanent-habitant et militant de la première heure, et Paul CORNEILDE,
personnage incontournable du quartier, ont souvent fait du porte à porte pour interpeller, mobiliser
les " Pilés".
La concertation, entre les techniciens de l’équipe opérationnelle du 41 rue du Pile et les
militants du Comité de quartier, est permanente, et une réunion, qu’on a appelée "atelier de base",
1
Roger SINKO est président du comité de défense des habitants du Sartel depuis plus de 20 ans.
Le travail se fait en relation étroite avec l’école Pasteur et l’ALDP, où le studio de radio du quartier est installé.
Quelques cassettes de ces émissions sont à disposition à la médiathèque de Roubaix.
3
Raymond PLATTEAU, juin 1986.
2
152
nous rassemble chaque semaine. Les échanges y sont fructueux et les projets se construisent avec
les techniciens.
Concertation également avec les élus. Michel BAUDRY rencontre les habitants et les
administrateurs du Comité de quartier, tous les deux mois, en mairie, et lorsque le salon du conseil
d’administration est trop exigu, il reste la salle des conférences.
La concertation, c’est aussi les rencontres sur le terrain.
Le Comité de Quartier organise de manière régulière des tours de quartier avec les
édiles municipaux. On prépare un itinéraire, on rencontre les personnes qui ont des choses à dire, à
montrer, et de coins de rues en coins de rues, de points noirs en points noirs, le groupe chemine
dans le Pile. On explique, on montre, on met en relation les élus avec une population qui ne les
rencontre que dans le quartier. Et bien entendu, on photographie la scène pour les archives !1
Comme beaucoup de responsables, Raymond PLATTEAU a dû faire face à des
problèmes de militantisme et de représentativité. Un comité de quartier n’est pas issu d’élections;
au nom de qui parle-t--il ?
Et nous retrouvons notre ami Marc VANDEWYNCKELE, et ses idées sur la mise en
place d’une démocratie participative, le rôle des Comités de Quartier, leur légitimité. Pour l’A.P.U,
l’utopie consiste à vouloir représenter toute la population d’un quartier; c’est la raison pour laquelle
d’ailleurs, ses membres tiennent à ce que la vie des associations se développe, afin de traduire
toutes les divergences inévitables entre les couches de la population.
Quel pouvoir réel peut exercer un comité de quartier dans les décisions qui sont prises
par la municipalité ? Quelles compétences faut-il acquérir pour se construire une vision large des
problèmes, sans toutefois s’éloigner de la réalité quotidienne? Comment, au Pile, être à la fois
performant sur les projets de la Condition Publique ou du canal, et sur le suivi du Square Ansart ?
1
Derrière André DILIGENT et Michel BAUDRY qui accompagnent le président du comité de quartier, on remarque
Jean Luc SIMON, René VANDIERENDONCK et Pierre DUBOIS.
153
Michel ROCARD disait : "Il faut réinventer la démocratie de base, celle du quartier, du
voisinage. Il faut accroître avec le temps l’aptitude qu’ont les habitants à se prendre en charge et
devenir acteurs".
Nous ajouterons que, dans les quartiers, il ne peut y avoir de militants sans
professionnels. Et on ne peut espérer aboutir s’il n’y a que des professionnels sans militants.
Le sociologue Jean- Marie DELARUE1, évoquant les difficultés de ce qu’on appelle
aujourd’hui la gouvernance, cite pour sa part l’exemple de certains maires " qui ont dû affronter de
nouvelles formes de dialogues et de représentation ; leur réactions, devant une demande sociale, a
été parfois de demander : combien êtes-vous ? "
La politique a longtemps été une chasse gardée; mais n’y a-t-il pas encore et toujours
une ambiguïté, que relève Marc VANDEWYNCKELE : " Comme disait un maire devenu ministre,
dans une assemblée de quartier : à vous les petits problèmes de la vie quotidienne, à moi et à mes
techniciens les grands projets".
Chemin difficile que celui de la démocratie locale ! Que de crises à surmonter, comme
celle du militantisme déclinant....
Durant ces années là, le Comité de Quartier a assumé l’interface entre la population et
la municipalité, il a été selon nous, le veilleur qui a gardé la maison, apportant à la composition de
son bureau un caractère pluriel tout à fait remarquable: on y côtoyait en effet le curé de Saint
Rédempteur, le pasteur de la Mission évangélique, des athées, des représentants des Maghrébins...
On y rencontre aujourd’hui une conseillère municipale communiste issue de l’immigration2,
quelques militants de la première heure, et une diversité de personnes ressentant bien les sensibilités
du quartier.
Cette association a toujours été très dynamique et forte en propositions et actions
innovantes. Cinq salariés apportent aujourd’hui un concours indispensable au rayonnement de cette
structure. Dominique DUMONTET, permanent depuis 1991, est militant au Pile depuis plus de
vingt ans. Garmia AARRAS, notre première employée au secrétariat, en 1985 dans le cadre des
Travaux d’Utilités Collectives, est aujourd’hui notre écrivain public. Après Amine KEBE, Aude
ELCROIX, est la journaliste de quartier, et grâce à elle, nous éditons un journal chaque mois.
Ouardia BOUMAD assure l’accueil et la relation avec les personnes ressources du quartier et
Fatima HADERBACHE fait l’entretien des locaux.
En 1987, André DILIGENT crée L’A.D.Q.R.3
Il s’agit là d’une volonté municipale : promouvoir une concertation accrue avec la
population. Le bureau de cette association, qui gère les fonds de la politique de la ville, est composé
de 4 élus et de 3 représentants des habitants, ce qui apporte sensiblement la parité dans les
décisions; d’ailleurs, l’absence relativement fréquente, d’un ou plusieurs conseillers dans une
réunion, tend à donner le pouvoir aux habitants.
Peut-être est-ce là le début d’un changement d’échelle dans la perception de la ville :
on s’aperçoit que les problèmes localisés sur un quartier, s’étendent à un secteur plus large, et qu’on
ne peut pas rénover sans toucher à son voisin.
On avancera de plus en plus vers cette nouvelle dimension: le second plan, de 1989 à
1995 sera celui du découpage de la ville en secteur regroupant plusieurs quartiers, et le troisième,
1995-2000, sera celui du contrat de ville et de l’intercommunalité.
1
Revue Territoire N° 32 octobre 1991
Nawal BADAOUI, militante active du quartier du Pile, fut présidente de l’A.G.A.P.E, puis présidente du Comité de
Quartier (elle en est aujourd’hui coprésidente). Depuis 2001, elle est conseillère déléguée auprès de Françoise
THILLIEZ, maire des quartiers Est.
3
Association pour le Développement des Quartiers de Roubaix.
2
154
L’ A.I.R.: le poil à gratter d’André Diligent !
On ne parle plus de l’Alma, mais son esprit et son aura demeurent. Après le temps de la
création, du rêve, est venu le temps de la vie quotidienne... Les militants de ce quartier considèrent
que leur mission se termine.
Mais pourquoi ne pas lancer des expériences avec d’autres, perpétuer cette synergie
libératrice de l’Alma dans une forme de regroupement d’associations inter-quartiers ?
Les A.P.F, puis la C.S.C.V. ont toujours eu le souci de partager, d’étendre leurs
réflexions, de ne pas se fixer de limites de territoire. Très rapidement après la naissance des
premiers comités de quartiers, des rencontres systématiques s’organisent sur des thèmes qui
intéressent le plus grand nombre. Une fois par mois, de manière régulière, les comités de quartiers
se retrouvent dans une salle du "Carrefour" Grand’ Rue, et le débat s’installe. L’Alma et la
C.S.C.V y jouent un rôle essentiel, l’un apportant ses expériences, ses actions de terrain et son
questionnement, l’autre son ouverture aux quartiers et aux villes extérieures. Sur la base du
volontariat, les quartiers participent ou non à ces réunions. On y prépare les colloques, les visites
des élus nationaux, les rencontres avec les responsables roubaisiens, on s’organise pour participer à
une action collective, soit issue du groupe, soit le plus souvent, sur l’initiative d’un comité.
L’A.I.R1 naît en 1987, de cette volonté des comités de quartier et de la C.S.C.V, de
favoriser une dynamique des habitants au niveau de la ville.
Les actions d’un quartier, relayées par les autres, ou les actions collectives ont donné
plus de poids à la parole et aux actions des comités dans leur quartier.
Pour André DILIGENT, l’A.I.R était un partenaire à l’échelle de la cité :
" La concertation est la meilleure et la pire des choses; où commence le pouvoir des
uns et des autres ? Les comités de quartier ont-ils été une opposition? Oh ! Peut-être un poil à
gratter, sachant que Roubaix est la seule ville de France où on a donné de l’argent à des comités de
quartier, donc des finances sur des fonds publics. Mais c’est peut-être un poil à gratter
indispensable. Vous savez, la démocratie, c’est la démonstration d’un régime qui tend à porter au
maximum la conscience et la responsabilité de chacun. Mais on meurt avant d’avoir été satisfait,
elle est toujours à construire... "2
1
La suppression du "Q" de Association Inter Quartiers de Roubaix, permettra au nouveau sigle d’être un mot
prononçable et accepté par tous. En outre, cela cadrait bien avec l’esprit d’ouverture et le dynamisme de cette nouvelle
association.
2
Interview André Diligent 27 novembre 2001
155
Indispensable en 87, incontournable dans les dix années suivantes, l’A.I.R a participé au
côté des comités de quartiers à la construction de la dynamique de concertation à Roubaix.
Promoteurs de l’idée de démocratie participative, au fil des ans, des militants de la première heure
sont entrés dans le conseil municipal pour y faire avancer leurs idées.
Mais, au fil des années, l’A.I.R n’a pas échappé aux problèmes existentiels; en 2003,
lors d’une Assemblée extraordinaire, les comités de quartier qui la composent (ceux de l’Epeule,
du Pile, des Hauts-Champs, de l’Hommelet, d’Echo, du Cul de Four, de l’Alma, du Nouveau
Roubaix, du Fresnoy-Mackellerie, et de Moulin-Potennerie) ont réfléchi sur les objectifs de
l’Association :
"Mais qu’est-ce que l’A.I.R ? Si nous voulons grandir, il faut commencer par répondre
à cette question. Qui sommes-nous ? Travaillons sur un projet de refondation" : a résumé Ernest
GONGOLO. 1
Pour Mehdi BERRABAH, le président en 2002, il n’y a pas de problèmes
fondamentaux : " Il s’agit de se donner une parole commune, de mobiliser des moyens sur le projet
d’A.I.R comme centre de ressources, de contribuer à développer des initiatives sur le quartier".
Après 15 ans d’existence, l’A.I.R, comme l’écrit la Voix du Nord, a du mal à trouver
son souffle et à se forger une identité.
Inquiétude de bon aloi, signe de bonne santé. Temps de débat. Richesse des idées.
L’A.G.A.P.E.: un sigle porteur de signes.2
"Le Pile apparaît comme un quartier de seconde zone", lit-on encore dans la presse en
1987. " Ce qui frappe le plus, c’est l’absence quasi-totale d’équipements publics, peu ou pas
d’espaces verts, pas de terrain de sport, très peu de services publics ou para publics, et surtout,
sans doute, pas de centre social".
Si les associations apportent toute leur énergie à faire face aux multiples problèmes d’un
secteur qui se "quart-mondise", si l’A.L.D.P, les comités de quartier, sont en quelque sorte la
préfiguration du centre social que tous attendent et espèrent, si la Solidarité, avec d’autres, sont des
oasis dans ce désert socio structurel, ils ne peuvent tout faire...
Dès 1984, des habitudes de travail en commun se prennent. On agit ensemble, on
partage. La gestion du poste de liaison école - quartier sera un élément structurant de cette
dynamique.
Un poste d’animateur est créé sur le territoire, son bureau se situe dans les locaux de
l’équipe opérationnelle et l’A.M.E. est l’employeur administratif. Le recrutement de la personne,
ses missions sur le terrain et la gestion des actions au quotidien seront assurés par un collectif
comprenant l’A.L.D.P, la Solidarité, le Comité de Quartier, l’A.M.E3 et l’équipe opérationnelle.
Cette première expérience préfigure bien ce que pourrait être la gestion collective d’un équipement.
Des opérations d’été sont organisées pour les préadolescents, ainsi que des actions de soutien
scolaire.
Habitants et associations vont revendiquer les équipements sociaux indispensables à un
quartier de 9 000 habitants, et mettre en œuvre les outils pour y parvenir. Ils fondent l’A.G.A.P.E
en 1985. Dominique DUMONTET en sera le premier président.
Les objectifs sont les suivants :
• doter le quartier d’un équipement éclaté en deux locaux.
1
Ernest CONGOLO : président du Comité de quartier des Hauts-Champs.
A.G.A.P.E2 : Association de Gestions et d’Animation des équipements du Pile et sainte Elisabeth. (le S de Ste
Elisabeth étant supprimé): sigle subtil proposé par Dominique DUMONTET, de la Mission Populaire Evangélique, et
adopté par tous, ce qui relève d’une grande ouverture d’esprit, dans un milieu majoritairement laïque. Ces majuscules
font référence au mot grec agapé, qui veut dire : charité, amour fraternel (St PAUL : 1ère épître aux Corinthiens,
chapitre 13 ; si je n’ai pas la charité, je ne suis rien.). Référence également aux agapes, repas empreint de convivialité
pris en commun entre chrétiens .
3
Association des Maisons de l’Enfance: elle assure la gestion des LCR
2
156
•
mettre en place une équipe professionnelle permanente au sein d’une association,
l’A.G.A.P.E, regroupant des associations, des habitants et des partenaires du quartier pour
contribuer à mettre en œuvre le projet de développement social du secteur.
Très vite des associations vont adhérer : au début, le Comité de quartier du Pile, la
Solidarité, l’A.L.D.P, le Comité des Fêtes, l’Association Sainte-Elisabeth, l’Association de la
Jeunesse d’Ingouville, l’Association des résidents d’Ingouville, puis par la suite, l’Aile Droite,
l’Union des Commerçants, l’Athlétique Club Roubaisien, le L.C.R Jacques Prévert, le Cercle Saint
Alexandre, l’Action Catholique des Enfants, l’Association Jules Guesde1. Elles seront 13 au
maximum.
Comme le souligne Philippe MARTIN, notre journaliste de référence pour cette
période, l’A.G.AP.E accueille des représentants des associations, mais aussi des membres
individuels, habitants du quartier qui souhaitent participer à une réflexion collective dans deux
directions :
• le futur centre social du quartier
• la politique jeunesse.
Les idées fourmillent, inspirées des besoins des habitants : une outilthèque, un lieu
artistique, des régies de quartier, un club de prévention, l’objectif étant la mise en place d’une
structure pour les jeunes, avec des moyens et des locaux, etc...Toutes n’aboutiront pas, mais une
dynamique s’installe, instaurée par les associations, dont chacune a son histoire et sa philosophie.
Complémentaires et non concurrentes, elles s’enrichissent de leurs mutuelles différences.
Nous avons rencontré quelques acteurs de l’A.G.A.P.E : tous nous ont parlé de cet
esprit qui animait les adhérents: "On s’accompagnait les uns les autres; administrateurs et salariés
participaient en commun aux réflexions. Il y avait la volonté exprimée que chacun soit militant dans
ce qu’il faisait, et que les administrateurs soient professionnels, donc formés".
Autre témoignage : "Les membres de l’AG.A.P.E ne baissaient pas les bras. Si l’un de
nous les baissait, il y en avait toujours un pour les lever. Chacun de nous était là à un moment
donné. Et face à la lassitude d’être seulement témoins, nous nous sommes donné les outils pour
rester ".
Cet esprit va être mis au service du dossier que l’A.G.A.P.E va s’attacher à traiter: la
création d’un centre social
Un centre social, pour quoi faire ?
Tout le monde est persuadé de l’urgence d’un centre social, les choses ne doivent plus
traîner. L’A.G.A.P.E affine son projet: elle ne veut pas de n’importe quel centre social, et il est
important qu’elle en soit le gestionnaire. Cette structure doit compléter et enrichir ce qui existe déjà;
par exemple, souligne-t-on, il serait absurde d’y installer un site informatique alors que l’A.L.D.P
en possède un...
Les adhérents font un cheminement intellectuel et prennent en compte les autres
réalisations d’équipements du même type. On organise la visite du centre social de l’Alma, du
Fresnoy, de la Maison de Développement du Cul de Four. On discute avec les administrateurs, avec
les directeurs de centre et deux orientations s’imposent: d’une part, il faut préserver la vie
associative sur le quartier et non l’intégrer, la phagocyter, dans la nouvelle structure, et d’autre part
les militants pensent qu’ils n’auront pas les moyens des autres centres.
Alors on préfère construire au fur et à mesure, ne pas aller trop vite, dans l’esprit du
Pile, ne pas démarrer "trop gros". Les administrateurs vont jusqu’à décider :" Une halte-garderie !
Oui, mais, dans le quartier où le besoin ne se fait pas encore sentir, est-ce bien raisonnable de
promouvoir un équipement qui pourrait apparaître comme disproportionné. Le choix est fait de
n’ouvrir que quelques demi-journées par semaine, mais en contrepartie, le personnel sera très
qualifié ".
1
L’association Jules Guesde s’est créée en 1990. Elle travaille en direction des publics jeunes que ce soit dans le cadre
d’actions de loisirs, d’aide scolaire, d’insertion, de prévention santé. Elle occupe les anciens locaux du centre social, le
301 rue Jules Guesde ; elle est un intervenant essentiel du quartier sur les problématiques jeunesse.
157
Cela entre bien dans la ligne que le Pile a adoptée: construire ensemble, grandir
ensemble... Il s’agit donc pour les militants d’éviter l’éparpillement des actions, de constituer
progressivement un véritable projet de quartier et de mettre les usagers en position d’être acteurs
dans chacune des activités proposées.
Toujours ce temps du mûrissement, pour respecter les rythmes du groupe, être prêt à
revenir en arrière éventuellement, pour adapter sa vitesse à celle des habitants: ce sont d’ailleurs les
principes des lieux de vie dont nous avons parlé plus haut.
Un directeur introuvable.
Cette rigueur intellectuelle se manifeste dans l’embauche du directeur du futur centre
social. Mais l’A.G.A.P.E, qui place la barre très haut, se heurte à des difficultés de recrutement.
Dominique DUMONTET explique : "Les candidats ne se bousculent guère, ils
deviennent hésitants au regard des conditions à la fois matérielles et pécuniaires qui leur sont
proposées. Alors, oui, c’est vrai que nous avons du mal à trouver l’oiseau rare; et cependant, nous
maintenons nos exigences, parce que le quartier du Pile n’est pas n’importe quel quartier. Nous ne
trouvons pas de gens qui ont de l’expérience ; certes, nous pourrions peut-être prendre un directeur
en début de carrière, mais cela n’intéresse pas l’A.G.A.P.E : nous ne voulons pas qu’il fasse son
expérience sur le Pile ".
En 1987, trois dossiers ont déjà été présentés à la C.A.F, maître d’œuvre dans le
domaine des centres sociaux. Le dernier consisterait en une structure éclatée en deux parties :
- un bâtiment neuf place Carnot, à côté de l’ancienne caisse d’épargne,
- un bâtiment réhabilité, dans le quartier Ste-Elisabeth, rue des Fossés.
Mais les interrogations demeurent quant au financement. Le directeur de la C.A.F de
Roubaix Tourcoing pense qu’il est prématuré de se prononcer sur la participation de son
organisme : " La C.A.F a déjà en charge le centre de Fresnoy-Mackellerie qui s’achève, et notre
budget n’est pas extensible ".
Michel BAUDRY, adjoint aux quartiers D.S.Q., déclare de son côté : "En la matière, la
Ville ne saurait se substituer à la C.A.F ".
Alors, le Pile en vient à se demander si le centre social verra bien le jour : " Au Fresnoy,
on aura un superbe centre social pour 3000 habitants ; on sort de l’argent de partout. Ici, au Pile,
nous sommes 9000 et nous ne voyons rien venir ", s’indigne un responsable de l’A.G.A.P.E.
Après bien des avatars, un accord est trouvé entre les partenaires pour financer le centre
social : la C.A.F de Roubaix prend en charge 30 %, la Ville de Roubaix donne son accord de
principe pour une prise en charge à hauteur de 20 %, et le Comité régional de D.S.Q. à 50 % ; nous
sommes en 1988.
La maquette du futur centre social, appelé la Maison des deux quartiers, est présentée
dans la presse en octobre 1989. Un an auparavant s’était ouvert dans un local provisoire au n° 301
de la rue Jules GUESDE, "un centre social de poche", selon l’expression d’un journaliste de la
Voix du Nord. " Malgré l’exiguïté des locaux, l’équipe d’animation composée du directeur, Abdel
REKIK, de Maria Manuela VARGIU, de Moulouck BENSAFIA et de Myriam CHASTAING, a pu
mettre en place plusieurs activités, qui sont autant d’occasions pour se rencontrer et retrouver goût
à la vie, même si les conditions d’existence demeurent précaires".
Exemple du temps perdu, le centre social est le dernier à avoir été construit à Roubaix.
Preuve du peu d’intérêt porté à un quartier qui, pourtant, par sa démarche associative, les exigences
intellectuelles de ses militants, veut montrer qu’il a droit au respect.
Laissons Martine BULLE, la nouvelle directrice du centre social, s’exprimer peu après
son arrivée : "On sent que la solitude s’était installée. Certaines personnes ont mis longtemps avant
de venir faire un tour ".
En effet, il était temps !
158
Une sacrée bonne femme1
La nouvelle est annoncée dans la presse le 9 juillet 2003 : Martine BULLE quitte la
Maison des deux quartiers dont elle avait pris la direction il y a 12 ans. Décision sans doute difficile
à prendre pour quelqu’un d’aussi impliqué dans le paysage social du quartier, mais peut-être vaut-il
mieux partir quand on se sent encore bien là où on est ! Et puis, comme elle le dit elle-même : " la
quarantaine arrivant, c’était le moment ou jamais de changer de voie ! "
Elle a beaucoup donné, Martine BULLE,
menant de son autorité et de ses initiatives un centre social
qui a grandi avec elle. Pensez donc ! " A son arrivée il y a
12 ans, l’équipe était maigre ; une quinzaine de personnes
avaient du mal à remplir l’espace réservé. Désormais, il
faudrait plutôt pousser les murs pour accueillir les 65
personnes qui y travaillent ".
Malgré les responsabilités, Martine Bulle s’est
toujours sentie à son aise au contact de la population; elle a
su faire passer ses idées dans cet esprit du Pile que nous
avons souvent analysé. " Je n’ai jamais hésité à discuter, à
répéter plusieurs fois s’il le fallait, le sens de nos valeurs et
du respect. Les jeunes et les habitants doivent comprendre
qu’on est là avec eux et pour eux. Pour cela, il faut
répondre à leurs besoins et non lancer des projets à tout
bout de champs ".
Laisser le temps...
Mais les projets élaborés, comme l’agrandissement des locaux, le nouveau centre petite
enfance, seront menés à bien: les travaux devraient commencer bientôt.
" Et si l’ancienne directrice était invitée à poser la première pierre ? " conclut le
journaliste, reprenant le souhait exprimé par l’assistance lors de la cérémonie organisée en son
honneur.
Cette "sacrée bonne femme" en effet, le mériterait bien !
Le bilan de ces six années
Si, au cours du festival D.S.Q, qui a eu lieu à Roubaix en 1987, on souligne les
bienfaits de la procédure Développement Social des Quartiers, une question domine les débats:
qu’en est-il des moyens financiers que l’Etat s’est engagé à apporter ?
En 1988, au bout de 5 années de D.S.Q, les partenaires roubaisiens éprouvent le besoin
de se rencontrer pour établir un bilan, et se positionner face aux incertitudes de l’avenir.
"Sous les mots des sous ? "lit-on dans la presse.
André DILIGENT, président depuis quelques mois de la Commission Nationale D.S.Q,
interpelle d’ailleurs Albin CHALANDON en visite à Roubaix : "Nous avons 50 ans de retard dans
le programme de réhabilitation, il nous fallait arrêter cette spirale infernale et agir le plus
rapidement possible. Vous êtes peut-être le 24ème ministre à venir visiter les courées de Roubaix ;
nous ne voulons pas d’un Roubaix à deux vitesses".
Il insiste à nouveau sur France Culture: "Nous manquons d’argent public. Je l’ai dit à
tous les ministres qui sont passés chez nous, mais ils n’entendent pas tout. Le malaise est profond.
Tout est fait dans la Communauté urbaine pour que les pauvres, et j’ai du respect pour eux, se
réfugient à Roubaix. Nous sommes les oubliés".
Le journaliste Dominique SERRA a noté dans un article une répartie piquante de cet
infatigable avocat des causes roubaisiennes :" Ma ville, c’est comme New York: j’ai à la fois la
Cinquième Avenue et Harlem".2
1
2
Source : la Voix du Nord du 9 janvier 2003
Voix du Nord : journal de l’année 2002
159
Voyons le point de vue de Daniel DELEPAUT, président de l’A.I.R, exprimé lors d’un
colloque en 1987 :"Les habitants ont la volonté d’être les acteurs principaux du D.S.Q, et non de
simples exécutants". Et l’orateur se lance dans un discours incisif et pédagogique, avec un postulat
de base :" Il ne peut y avoir de D.S.Q sans solidarité de tous, et nous ne pouvons accepter que les
quartiers n’étant pas sites P.L.D.S ne reçoivent parfois que des miettes. Oui au bénévolat, mais
non pas sans moyens. En ce qui concerne l’accompagnement social, il y a un déséquilibre
préjudiciable à la vie des quartiers, en raison de la place privilégiée accordée aux travailleurs
sociaux et aux techniciens. Les uns et les autres sont une aide précieuse pour les habitants qui en
ont exprimé la demande, mais cela sous-entend leur participation et un contrôle. Les financements
passent, les habitants demeurent".
Toutefois, Daniel DELEPAUT reconnaîtra, au cours d’un débat en direct en 1989 sur
France Culture, que l’Association Inter-Quartiers est passée d’un statut de revendications à un statut
de gestion :" Nous sommes devenus des partenaires. Nous sommes reconnus comme l’expression de
la citoyenneté vécue dans les quartiers".
Le D.S.Q, au Pile, a-t-il répondu globalement aux problèmes de ce quartier qui veut se
battre ? A-t-on donné de vrais moyens à l’équipe opérationnelle pour la réalisation de travaux de
réhabilitation, selon la politique adoptée: cette fameuse politique de la dentelle? Les habitants, les
associations ont-ils été réellement des interlocuteurs, dans cette bataille du Pile contre la
paupérisation ? Est-ce que, au Pile, ça a bougé ?
Voyons un point de vue de Jean Luc SIMON :" Pour réhabiliter, il faut une équipe qui
donne une assistance technique gratuite aux habitants, mais il faut aussi ce que j’appelle une
ambiance, avoir un schéma d’aménagement clair, afin de savoir ce qu’on va démolir, et ce qu’on
va faire à la place, créer des espaces, s’appuyer sur la R.H.I, et ne pas vider le secteur de ses
habitants. Cette ambiance se limite à pas grand-chose jusqu’à maintenant: des logements neufs rue
du Pile et rue Delezenne, ressentis positivement, un square au carrefour des rues Lalande et Paul
.Bert, avec redistribution de jardins, la réfection de l’éclairage public et de certaines voiries. Mais
la réhabilitation est œuvre de longue haleine, et on ne sait pas ce qui se passera après le 31
décembre 1988".
Au cours de ce chapitre, nous avons noté les
inquiétudes de nombreux militants associatifs devant la lenteur
des réalisations, et la lassitude des habitants qui ne voient pas
le quartier prendre un nouveau visage. " A ce rythme là, il
faudra 20 ans ! Il n’y a pas de logique d’ensemble et c’est
tellement lent que la pauvreté s’installe ! ", dit un "Pilé" au
cours d’une réunion. "De toute façon, je suis mieux ici que
dans un appartement, parce que je n’ai pas d’argent pour
payer un loyer", dit un autre.
Ces deux remarques ne résument-elles pas les
difficultés, voire les contradictions, rencontrées pour faire
évoluer le Pile ?
Lenteur mais aussi difficultés spécifiques. Le
magasin d’alimentation "les 4 saisons", situé place Carnot, à
côté du café, "Aux sportifs", est resté trop longtemps fermé.
Vandalisé, il a dû être démoli. Un aménagement parking pour
voitures le remplace aujourd’hui. Les opérations ont duré près
de 10 ans, 10 ans de nuisance, de danger, de laideur.
Les urbanistes se heurtent à une difficulté inhérente au bâti de la ville, comment
aménager les coins de rue ? Une autre difficulté apparaîtra par la suite: comment aménager les
anciens commerces ?
Si l’équipe opérationnelle donne une nouvelle impulsion associative dans le quartier, si
le Comité de quartier, présent sur tous les fronts, est partenaire des techniciens et a mission de
160
mobiliser les gens, si le Comité des Fêtes, toujours actif derrière son président Paul CORNEILDE,
est promoteur de manifestations, si l’A.L.D.P et La Solidarité mettent en place un cadre d’actions
socio-éducatives, si l’Union des commerçants poursuit ses activités, réussissant à pallier pour un
temps la fermeture des magasins, il reste que les difficultés demeurent, latentes, sournoises, et
dévoreuses d’énergie.
Il y a de quoi être inquiet en effet, notamment sur la reconduction du D.S.Q. au Pile,
donc du maintien de l’équipe opérationnelle. Laissons des représentants des habitants du quartier, et
de l’équipe du Pile, exprimer leur point de vue.
Pour Raymond PLATTEAU, la philosophie même du D.S.Q. est la participation des
habitants; et, si des réalisations ont eu lieu, notamment dans le domaine du bâti, de la R.H.I, de
l’aménagement des voiries, le D.S.Q. n’est pas achevé pour autant. " Je pense au contraire que nous
sommes dans une phase où un accompagnement est nécessaire, peut-être plus encore aujourd’hui
qu’hier. Il serait absurde que l’on dise: puisque les actions sur le bâti sont bien engagées, on peut
déplacer l’équipe des techniciens sur un autre secteur. Notre inquiétude est que, notamment en
matière de développement social, où l’on n’est pas très avancé à ce jour, les actions engagées
soient stoppées: cela risquerait de briser la dynamique d’un certain nombre de secteurs et de faire
retomber des personnes du quartier, plus bas qu’elles ne l’étaient il y a quelques années. C’est
pourquoi il est nécessaire que le quartier continue de bénéficier des moyens et de la présence de
techniciens. Nous sommes demandeurs du maintien de l’équipe opérationnelle, même si elle est
différente. Si le D.S.Q. s’arrêtait aujourd’hui, tout le travail de mobilisation que l’on a entamé
tomberait à l’eau".
Raymond PLATTEAU évoque alors un exemple concret : " On a parlé d’aménagement
d’espaces; c’est vrai que l’on va créer des espaces verts. Très bien, mais s’il n’y a pas une politique
d’accompagnement dans la gestion de ces espaces, ils risquent de se dégrader et de produire une
image encore plus négative, puisqu’on dira: vous voyez, on ne peut rien faire dans ce quartier ! Il
faut donc s’orienter vers un type de gestion des équipements qui associe et responsabilise les
habitants, sinon, on se trouvera dans des situations de dégradation comme à Ingouville, et il faudra
recommencer tout ce qui aura été fait. Nous sommes en D.S.Q., or, on a dit et redit que le D.S.Q.,
c’est l’imagination; alors, qu’on nous donne les moyens d’imaginer ! "
Et le Pile, 10 ans plus tard, est toujours en devenir.
20 ans plus tard, on parle encore de dépérissement… Le Pile se hâte lentement.
Effets pervers de la politique de la dentelle ?
La lenteur des réalisations est une des
caractéristiques du quartier. Sur le
cliché de la rue Marceau, pris en 1990,
on remarque deux maisons murées
depuis près de 10 ans et un café déserté.
Seules deux maisons sont encore
habitées avant l’entrée du square
Ansart. Aujourd’hui, 13 années plus
tard, les maisons et le café ont été
démolis et une palissade de chantier les
remplace. Quant aux deux maisons,
elles sont murées !
En plus de 20 ans, les 25
mètres de linéaire de ce front à rue
restent toujours problématiques. Alors,
la lassitude des riverains n’est-elle pas justifiée ? Comment encore les mobiliser ?
A la lumière des réflexions d’un Jean Luc SIMON interviewé, précisons le, en 2002,
nous allons comprendre... Les années ont passé.
Regard lucide, analyse sans concession.
161
" Ce projet était un projet ambitieux; la vision globale, c’était un mélange de bâti neuf
qui ressemble à l’ancien, comme l’équipement du Domicile collectif et l’îlot Delezenne; du nouveau
avec "de la classe", mais qui ne tranche pas avec le Pile: on ne voulait pas tuer le Pile. Par
comparaison avec le Fresnoy, on avait un quartier de 9 000 habitants, on ne pouvait pas tout
refaire.
Comme je le disais à l’époque, il faudrait beaucoup de persévérance, ne pas s’arrêter
pendant 20 ans. On savait que c’était risqué, car le processus de pauvreté pouvait nous rattraper.
On savait aussi que ce projet allait coûter cher (j’ai déjà souligné ce point), aussi cher que de tout
raser.
Il fallait y croire, croire aux habitants, jouer gagnant avec eux, croire que les
collectivités allaient s’investir au bon rythme.
Oui, c’était un gros projet, mais il fallait y mettre des millions. Cette politique qu’on a
mise en place, elle a réussi au Fresnoy; ce secteur est plus petit, et ça se voit beaucoup plus. Ici, il y
avait un problème d’échelle, de territoire trop vaste. En 1982, on avait certes un schéma clair, une
base de travail, mais on a vite découvert que les pouvoirs publics étaient réticents. Votre projet,
disaient-ils, ça tient sur 500 logements, pas sur 3500. Et ils n’avaient pas tort ! Il aurait fallu 5 fois
les moyens du Fresnoy.
En fait, les services n’y croyaient pas; les techniciens nous disaient: vous êtes fous, ça
va avoir un prix exorbitant, et ça ne se verra pas ! Ils avaient raison de ce point de vue, mais tort
du point de vue de l’urbanisme, selon nous. Alors, disons le, ça n’était pas rentable politiquement,
et on était à contre-courant de l’urbanisme opérationnel; finalement, on était culottés de croire que
les politiques et les techniciens allaient y adhérer! "
Et le Pile n’a jamais été opération prioritaire...
Le temps de l’élu.
Pour un maire, le temps compte: il doit obtenir des résultats s’il veut être réélu. Après
avoir médité cet aphorisme de LA HARPE1 :" En France, le premier jour est pour l’engouement, le
second pour le dénigrement ", Alain PEYREFITTE écrivait en 1976, ces phrases sur l’univers
politique: " Un maire sait qu’à compter de la date de son élection, il lui faut une année pour
élaborer des projets et procéder aux études nécessaires, puis deux ans au moins pour obtenir les
crédits correspondants. Ce n’est guère avant la quatrième année de son mandat (dans le meilleur
des cas) que les réalisations municipales sortent de terre". Et Alain PEYREFITTE ajoute : " Les
faits ont aussi leur despotisme et ils ne vont point du même pas que le désir".2
Entre un Bernard CARTON, adjoint à l’urbanisme, et un Marc VANDEWYNCKELE,
adjoint aux quartiers (nous dirions, dans le contexte de la mise en place de la démocratie
participative de 1977 à 1983 : adjoint à la parole des habitants), les préoccupations ne sont pas les
mêmes : l’un doit produire des plans d’aménagement, l’autre produit du débat; pour eux aussi, le
temps est différent.
En 1989, les quartiers en P.L.D.S sortent de plan, sauf le Pile, qui est le seul à conserver
les mêmes procédures, en étant intégré dans le secteur 2 avec Moulin et l’autre partie de Sainte
Elisabeth. Peut-être reconnaît-on par cette décision sa spécificité, et la nécessité du travail à
poursuivre dans ce quartier de la "longue patience"?
Le Pile sera d’ailleurs constamment repris dans les plans successifs.
Une nouvelle équipe opérationnelle sera mise en place, mais sur un territoire plus vaste:
on passe de 9 000 habitants à 20 000 !
Une nouvelle période pleine d’événements commence...
1
2
La HARPE : homme politique suisse (1754.1838).
Alain PEYREFITTE : Le mal français. Plon
162
Le Développement Social
Social Urbain
et les contrats de plan
En 1989 se met en place le D.S.U dans le cadre du 10e plan, qui s’étalera jusqu’en 1993.
Soulignons, sans nous étendre sur la profusion de sigles souvent hermétiques, que, à partir de 1989,
se succèderont toute une série de procédures compliquées de par leur chevauchement, versatiles,
tant au niveau ministériel que local.
Les procédures D.S.Q, qui les précèdent, peuvent être considérées à part; elles arrivent à
la fin d’un processus de mûrissement qui a fait prendre conscience de nombreux aspects,
notamment humains, des problèmes d’une ville.
C‘est donc l’appellation D.S.U qui remplace progressivement et avec difficulté, l’ancien
sigle D.S.Q. La création de ce concept pour l’intégration des quartiers dans la ville correspond à la
volonté de traiter le quartier, non seulement pour lui-même, mais par rapport à la ville, voire à
l’échelle de l’agglomération.
On passe du quartier à la ville. Roubaix, par exemple, qui avait 5 quartiers en
procédures D.S.Q, en 1983, en compte 12 à partir de 1989 : 5 sont classés en grande difficulté (le
Pile, l’Hommelet, Sainte-Elisabeth, Moulin-Potennerie et l’Epeule), 4 en quartiers sensibles (OranCartigny, le Cul-de-Four, le Fresnoy et les Trois-Ponts) et 3 en procédure de sortie de plan (l’Alma,
le Nouveau Roubaix et les Hauts-Champs). Ainsi, la presque totalité de la ville bénéficie de l’aide
de l’Etat.
On assiste à un changement d’échelle; on passe de la "proximité à la centralité", selon
une expression de Georges VOIX1. La ville devient un filtre obligé dans le cadre de ces procédures.
On retourne en quelque sorte vers le centre, pris dans le sens de centralisation, notamment des
services; autrement dit, il s’agit d’un retour vers la mairie, vers le pouvoir; la décision échappe au
terrain, elle est de plus en plus éloignée de la périphérie.
Les équipes opérationnelles, qui étaient rattachées à un quartier, vont travailler sur un
secteur plus large; les partenaires seront dès lors différents. Un exemple : Patrick FORTIN et Jean
Luc SIMON, qui évoluaient, sous l’égide du CAL-P.A.C.T, dans un Pile allant jusqu’à la rue de
Lannoy, vont intervenir sur le secteur 2, constitué par les quartiers de Moulin-Potennerie, de Sainte
Elisabeth et du Pile, dans le cadre de l’A.D.Q.R2, nouveau gestionnaire des moyens pour l’ensemble
de la ville.
Les édiles municipaux se rendent compte que la politique de la ville apporte de l’argent,
ce qui permet de mettre en chantier un grand nombre de projets dépendant de cette manne
financière; on se dit alors qu’il faut assujettir la politique municipale à la politique de la ville.
Roubaix bascule dans un système différent, dans lequel on va se rassembler autour d’un projet, et
se positionner au sein de nouveaux lieux de décisions. On change encore d’échelle, on entre dans
l’ère de l’intercommunalité et des contrats de plans, dans le cadre des procédures EtatAgglomérations.
Cela n’est pas une nouveauté, mais davantage le résultat d’une évolution entamée plus
de vingt années auparavant. C’est en 1967 que la Communauté Urbaine voit officiellement le jour
et c’est depuis 1986 que la Région possède ses représentants élus au suffrage universel.
Cette décentralisation s’accompagne d’un transfert de compétences, à la fois de l’Etat
vers les Régions, Départements et Agglomérations, mais aussi des communes vers ces mêmes
instances.
1
2
Directeur de l’Observatoire Urbain de Roubaix
Association pour le Développement des Quartiers de Roubaix
163
Evolution de ces institutions : petit rappel
La Région
C’est en 1919 que l’idée de région prend corps. Impulsés par le gouvernement
de l’époque, les "Groupements économiques régionaux" sont envisagés comme une
institution à vocation économique au service de la reconstruction.
En 1954, les "Comités d’expansion économique" se situent en relais entre l’Etat
et les départements : 23 régions de programmes, création des plans régionaux de
développement social et économique et d’aménagement du territoire.
En 1964, on institutionnalise les "Circonscriptions d’actions régionales" avec à leur
tête un Préfet.
La grande réforme du général De GAULLE n’ayant pu se réaliser après le
référendum de 1969, c’est en 1972 que se créent les "Etablissements publics
régionaux" dont les compétences sont limitées. Elles ne disposent pas de services
propres.
Le Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais est installé en janvier 1974. Il
compte 108 membres (les parlementaires, les représentants des Conseils Généraux et
les représentants des villes de plus de 30 000 habitants et des Communautés
Urbaines). Il est présidé par Pierre MAUROY.
La loi du 2 mars 1982 donne à la Région un statut de collectivité territoriale
et des compétences propres (formation professionnelle et lycées). La tutelle du
Préfet est supprimée et le président prépare et exécute les délibérations de
l’Assemblée Régionale.
En 1986, les élections des Conseillers Régionaux se feront au suffrage
universel direct. Les compétences augmentent et au-delà de l’aménagement du
territoire, la Région devra déterminer des choix dans les secteurs de l’enseignement,
des transports, de la culture, du tourisme et définir les moyens nécessaires.
C’est Noël JOSEPHE qui sera président de 1986 à 1992. Il sera remplacé par Marie
Christine BLANDIN. En 1998, Michel DELEBARRE en deviendra le nouveau président.
2003, la Région a une existence constitutionnelle, elle devient une collectivité
territoriale.
Passation de pouvoir entre Noël JOSEPHE et Marie Christine BLANDIN.
http://www.cr-npdc.fr site du Conseil Régional
164
La communauté urbaine de Lille
Elle est crée en 1967 sous la forme d’un Etablissement public de
coopération intercommunale. Conformément aux textes, elle prend en charge les
plans d’urbanisme ( POS puis PLU), la création et l’équipement des ZAC (Zones
d’activités concertées), les transports en commun, les services du logement et
les organismes d’HLM, les actions de réhabilitation et résorption de l’habitat
insalubre, l’eau et l’assainissement, la collecte des ordures ménagères, la voirie
et la signalisation, les parcs de stationnement, les abattoirs et le marché
d’intérêt national, les services de lutte contre l’incendie.
Elle gère en outre, le stadium Lille Métropole et le musée d’art
moderne.
Ses compétences s’accroissent en 2003 dans les domaines du
développement économique, la valorisation du patrimoine paysager,
l’aménagement et la gestion de terrains d’accueil pour les gens du voyages, les
équipements et réseaux d’équipements sportifs et culturels, le soutien et la
promotion d’événements métropolitains.
En janvier 2002, elle reçoit la taxe professionnelle d’agglomération.
Elle fut présidée par Augustin LAURENT de 1967 à 1971, par Arthur
NOTEBART de 1971 à 1989. Pierre MAUROY est en poste depuis 1989.
Le Conseil de Communauté comprend 170 membres dont 43 viceprésidents.
Elle emploie 2135 agents pour un territoire de 61 145 hectares et une
population de 1 091 500 habitants (densité 1 785 habitants/Km2, 2ème après
Paris). Possédant 84 Km de frontière avec la Belgique, la métropole lilloise forme
avec les arrondissements de Courtrai, Mouscron, Roselaere, Tournai, Ypres, une
agglomération de 1,8 millions d’habitants.
Chaque commune désigne ses représentants au sein de toutes les
tendances politiques.
pour la ville de Roubaix :
• sont vice-Présidents :
René VANDIERENDONCK, ville renouvelée et du contrat de ville
Renaud TARDY, qualité urbaine et espace public
Slimane TIR, espace naturel métropolitain
• Sont conseillers communautaires :
Jean François BOUDAILLIEZ, Guy CANNIE, Bernard CARTON, Guy
HASCOET, Marie Agnès LEMAN, Christian MAES, Jean Pierre MARESCAUX,
Max André PICK, Henri PLANCKAERT, Arnaud VERSPIEREN.
http://www.lillemtropole.fr site de la Communauté Urbaine de Lille
165
Le grand virage du D.S.U
L’avènement de ce pouvoir décentralisé a fait naître des inquiétudes au sein des
communes périphériques de Lille. Dès 1977, la municipalité, sous la mandature de Pierre
PROUVOST, avait participé à la création d’une nouvelle entité, le Versant Nord-Est, regroupement
des communes autour de Roubaix et Tourcoing, pour assurer une forme de contrepouvoir à la
primauté de Lille sur la métropole.
Se situant dans une opposition ouverte, André DILIGENT développera ce concept pour
mettre l’accent sur les disparités d’attribution des moyens au sein de l’agglomération. Ne pas faire
Lille au détriment des autres communes sera une revendication constante des élus roubaisiens.
Dénoncer, soit, mais il fallait aller au-delà et se donner les moyens.
En 1987, André DILIGENT, Gérard VIGNOBLE et Lucien DEMONCHEAUX,
respectivement maires de Roubaix, Wasquehal et Leers, avaient décidé d’unir leurs efforts pour
favoriser le développement économique et la création d’emplois dans cette partie de la métropole,
pour que l’agglomération rattrape son décalage en terme de taux de chômage.
Ils créaient le S.I.A.R (Syndicat Intercommunal de l’Agglomération Roubaisienne).
C’était une première française, initiée dans une période noire de l’économie locale: on y allait par
lourdes charrettes de licenciements. L’objet était de manifester une solidarité économique par le
biais d’une mise en commun d’une partie des recettes de la taxe professionnelle. Par la suite, en
1990, le S.I.A.R s’élargissait à cinq autres communes: Croix, Hem, Lannoy, Lys-lez-Lannoy et
Wattrelos.
Après 14 ans d’actions, le S.I.A.R disparaîtra au profit de la Communauté Urbaine, avec
la satisfaction du devoir accompli.
René VANDIERENDONCK, pour sa part, a très vite été projeté, aux côtés d’André
DILIGENT, dans les problèmes d’une métropole qui recommence à travailler, après avoir évolué
dans un état de rapport de force tel, qu’il n’y avait plus de progression possible. En novembre 1988,
il négocie la charte des maires, qui a pour objet de régler les conditions d’un fonctionnement de la
métropole, après le départ d’Arthur NOTEBART. Pierre MAUROIS le remarque dans ce travail de
négociateur, et l’appelle comme conseiller délégué à la Communauté urbaine, où il va s’occuper du
Contrat d’agglomération, au sein d’une C.U.D.L enfin pacifiée, selon ses propres paroles. Dans le
cadre de ses fonctions, René VANDIERENDONCK sera vite persuadé que: "si l’énoncé des
problèmes se trouve dans les quartiers et la ville, le périmètre des réponses se trouve à d’autres
échelles territoriales". Il en tiendra compte quand il deviendra maire.
Sur le plan roubaisien, ce changement d’échelle se fait sentir. Si le Conseil Municipal
établit un projet pour Roubaix, il va le défendre ailleurs, plus haut.
Pour René VANDIERENDONCK, on ne peut pas faire autrement que de travailler
dans l’intercommunalité: "Si vous voulez faire une politique de logement social, et ne pas tout
concentrer dans le même quartier, comment allez-vous procéder, si dans le même temps, vous ne
travaillez pas dans l’intercommunalité pour faire que d’autres produisent aussi du logement social!
Le problème est que l’on complexifie les choses, que de nombreux partenaires entrent, et qu’il y a
moins d’autonomie". La décision a tendance à échapper au terrain.
Donnons un exemple concret. En 1989, André DERVAUX, Inspecteur de l’Education
Nationale à Roubaix, pense mettre en place, avec le soutien de la municipalité une maison de la
lecture. Ce projet était réalisable dans le cadre du D.S.Q très localisé sur la ville avec le soutien des
autres Inspecteurs, dont Bernard GOEMINE, détaché comme Directeur des services de l’Education
auprès de Madame SCHAEFFER, adjointe au maire.
Les initiatives "lecture" sont nombreuses, originales durant cette période : actions pour
les parents au Pile, à l’Alma, lancement des BCD1 , formation des encadrants, poste d’agent de
liaison école – quartier, actions périscolaires…. Roubaix apparaît comme une ville où il se passe
1
Bibliothèque Centre Documentaire, l’équivalent à l’école élémentaire du Centre de Documentation et d’Informations
du collège.
166
des choses. Les évaluations de l’Institut National de la Recherche Pédagogique, les visites des
autorités, le dynamisme des acteurs, tout concourt à la promotion des idées nouvelles.
Mais, pour être finançable dans le cadre du D.S.U, le projet doit prendre une dimension
communautaire. Le concept est transformé en Maison de l’Education, et inscrit à ce titre dans le
Contrat d’Agglomération.
Deux observations :
• Les interlocuteurs ne sont plus les mêmes : on passe des acteurs de terrains
locaux (élus de la ville, enseignants, militants associatifs…) aux acteurs
communautaires (élus communautaires, instances académiques et dirigeants des
groupements associatifs).
Et on passe alors d’un territoire à dimension "humaine" à un territoire
comprenant 86 communes.
La petite idée a pris de l’ampleur.
• On respecte l’équilibre communautaire !
Un autre équipement, "un centre de ressources sur la toxicomanie" est prévu sur
Lille et "une maison de la petite enfance" doit voir le jour à Tourcoing. Ils doivent fonctionner
selon les mêmes contraintes, et si la Maison de l’éducation roubaisienne tentera d’exister malgré les
difficultés (elle fermera en 1999), les autres centres de ressources resteront à l’état de projets ou
d’ébauche.
Dans une étude sur la politique de la ville, le sociologue Julien DAMON le
reconnaît : "Le passage du D.S.U aux Contrats de Villes a multiplié les enchevêtrements
institutionnels ; la récupération depuis 1994, par les mairies, du Développement Social, est
manifeste. La fonction de Chef de projet devient de plus en plus technique et donc plus éloignée des
habitants, elle se rapproche de celle d’adjoint du Secrétaire Général de mairie".
Proximité, centralité, intercommunalité ! La complexité est devenue une dimension de
l’action. Il n’est pas dans nos intentions de détailler les innombrables procédures mises en place et
de faire entrer le lecteur dans cette forêt de sigles qui les accompagnent: un chapitre n’y suffirait
pas; intéressons-nous seulement aux grands projets, dont la finalité est de dynamiser des zones
urbaines en crise à Roubaix-Tourcoing.
Présentons d’abord le
projet URBAN, initiative lancée par
la commission européenne en 1994,
dans le cadre du FEDER1. En France,
13 zones urbaines défavorisées ont été
retenues, dont deux dans le Nord-Pas
de Calais (Roubaix-Tourcoing et
Valenciennes).
Soulignons
brièvement,
tant s’interpénètrent les procédures,
que se construit une articulation entre
URBAN et le Grand Projet Urbain
apportant des financements allant
jusqu’à 75% pour chaque projet.
A
Roubaix-Tourcoing,
une dizaine de quartiers sont
concernés (environ 70 000 habitants).
Le secteur contient en particulier la
zone de l’Union, qui devrait
constituer à l’horizon 2005-2010 le second pôle de développement de l’agglomération lilloise.
1
FEDER : Fonds Européen de Développement Régional
167
Les Zones Franches Urbaines s’inscrivent, elles, dans le cadre du Pacte de relance pour
la ville. Depuis le 1er janvier 1997, 44 secteurs en France, regroupant 600 000 habitants, doivent
bénéficier de mesures pour aider à l’implantation d’activités économiques et à la création
d’emplois. Ils sont choisis selon des critères objectifs; notamment: avoir plus de 10 000 habitants,
un taux de chômage supérieur de 25 % à la moyenne nationale, une proportion de jeunes supérieure
de 36 % à la moyenne nationale.
Selon la revue FACE1, le cas de Roubaix figure comme une réussite. Roubaix est aussi
un cas unique pour la France, surtout parce que c’est tout le centre-ville qui a été placé en Zone
Franche.2
René VANDIERENDONCK, se plaît à évoquer le bilan positif des Z.F.U, avec le plus
souvent des créations pures d’activités, et non des transferts d’emplois comme on pouvait le
craindre : " Les Z.F.U constituent un véritable outil pour participer à la résorption de plans sociaux
qui portent sur des milliers d’emplois". Il apparaît d’ailleurs que des entreprises ne seraient pas
allées s’implanter dans ces quartiers s’il n’y avait pas eu la création des Zones Franches.
La dernière petite merveille de la politique de la ville, née en 1999, s’appelle le Grand
Projet Ville (G.P.V). 50 sites recevront ce label en France. Dans le Nord, le G.P.U de RoubaixTourcoing devient le G.P.V de Lille-Roubaix-Tourcoing. Le périmètre d’intervention évolue
encore; chaque secteur va bénéficier de fonds des Conseils Régionaux, des Conseils Généraux et
même de fonds européens. René VANDIERENDONCK s’inscrit dans cette véritable mobilisation
pour un renouveau de la politique urbaine.
Plan de la Zone Franche roubaisienne : mairie de Roubaix
De la zone de l’Union (comprenant le Cul-de-Four et l’Alma), au quartier Sainte Elisabeth (en
englobant entièrement le Centre), le périmètre suit un axe Nord-sud dont le Pile est exclu.
1
2
Revue FACE N° 155. Mai 2003
Plan des services économiques de la ville.
168
Mais tout cela ne se fait sans créer quelques mécontentements. Les commerçants et
artisans des quartiers "oubliés" par les procédures ne manqueront pas de se faire entendre parfois
vigoureusement. Pour ce qui concerne directement le secteur 2, on s’aperçoit que seul le quartier
Sainte Elisabeth est retenu dans le dispositif des zones franches. La rue Jules Guesde, déjà sinistrée
dans certains de ses tronçons du Pile et de Moulin-Potennerie, ne pourra bénéficier des avantages
prévus. Or, ceux-ci ne sont pas négligeables.
Quels sont ces avantages ?
• Exonération de la taxe professionnelle pour une durée de 5 ans pour les
entreprises existantes et les nouvelles implantations (sauf déplacement à
l’intérieur de la commune).
• Exonération d’impôt sur les sociétés ou sur le revenu pour les entreprises
individuelles pendant 5 ans, dans la limite de 400 000 francs.
• Exonération de la taxe foncière sur 5 ans.
• Exonération sur 5 ans des cotisations patronales de sécurité sociale pour les 50
premiers salariés, à condition qu’ils soient du quartier.
Qu’en sera-t-il au bout des cinq années fatidiques ?
Le bilan de la procédure "Zone Franche" tel que le présente Nord Eclair, le 22
novembre 2002, indique" Roubaix est un exemple de réussite du dispositif avec 6000 emplois créés
en 5 ans, dont 40 % pour des Roubaisiens…. La Zone Franche Urbaine à la roubaisienne, c’est
avant tout le centre ville. … Les zones des autres villes du département ont produit moins
d’emplois, 3000 à Lille-Loos et 100 à Calais…"
Et La Voix du Nord du 21 février 2003 souligne : "…plus de 5000 emplois ont été
créés, le taux de chômage est en recul, de 29,1 % en janvier, il est à 22,4 % en septembre 2002…"
169
René Vandierendonck
ou un maire pragmatique
René VANDIERENDONCK a fêté ses 20 ans de présence à Roubaix en 2003.
"Je ne suis pas Roubaisien d‘origine, mais il y a dans Roubaix des choses qui renvoient
complètement à mon histoire. Mon père était tisserand, ma mère est revenue d’Algérie en1947, et
sa famille en 1962. J’ai donc un rapport assez compliqué, assez charnel avec l’Algérie, et ici, il y
avait beaucoup de choses qui me plaisaient; j’étais confronté au réel, c’était pour moi une manière
de renouer avec une double filiation.
J’arrive à Roubaix comme directeur de
cabinet d’André DILIGENT le 1er septembre 1983. Je suis
d’abord perçu comme l’homme de dossiers, le technicien;
en ce sens là, je le complétais bien".
René VANDIERENDONCK découvre le
fonctionnement d’une commune, il apprend la manière
DILIGENT. Et, lui qui n’était pas politique, envisage
d’être élu:"Une ville, c’est comme une femme", commentet-il avec ce sens de l’humour qui le caractérise, " elle ne se
laisse pas approcher d’un coup, d’un seul; l’amour se
construit au fil des ans, au fur et à mesure que la relation
s’approfondit".
En 1989, il devient 1er adjoint, chargé de
l’Urbanisme et de l’Aménagement, et se trouve projeté
d’entrée de jeu dans la politique de la ville, ayant des
contacts multiples et variés avec des acteurs de terrain de
tous horizons. Il s’occupe de dossiers à enjeux, et tout
passe par lui. Au sein de la municipalité, et, ne l’oublions
pas, de la Communauté urbaine, il prend une stature politique et apporte à André DILIGENT une
vision urbanistique essentielle au moment où la ville bascule dans les procédures de la politique de
la ville. "Une des grandes forces d’André DILIGENT était de bien choisir ses collaborateurs", nous
a dit Pierre DUBOIS.
La succession
Ce n’est pas sans un pincement au cœur que, le 28 mai 1994, André DILIGENT
transmet son écharpe de maire à son 1er adjoint: des problèmes de santé l’obligent à se démettre des
fonctions qu’il occupait depuis 12 ans. " Roubaix ne peut avoir un maire au rabais", déclare-t-il
courageusement.
Selon Hubert LEDOUX : "Quand René VANDIERENDONCK s’installe dans le fauteuil
de premier magistrat, il a une petite idée de ce qu’il veut faire pour sa ville. Devant l’état de
délabrement économique de la cité, il faut un projet fort, propre à remobiliser les Roubaisiens, et
redonner de l’énergie à une population qui n’y croyait plus, tant les claques avaient succédé aux
désillusions. Il décide donc de se donner les moyens de la réussite, et pour cela, va bousculer les
cartes politiques".1
A en croire René VANDIERENDONCK, s’il est possible de succéder à André
DILIGENT, il est difficile de lui ressembler : "Ce que j’appréciais le plus chez lui, c’était son
humanité, sa qualité d’accorder le même type d’attention à la personne qu’il avait en face de lui,
1
Supplément à la Voix du Nord 1999
170
quel que soit son statut, le même type de disponibilité à n’importe quel problème, dès lors qu’il
sentait l’humain là-dedans. Il m’était infiniment supérieur, il appartenait à la race des géants.
Roubaix lui doit beaucoup".
Mais si le nouveau maire a reçu en héritage ce rapport très engagé qu’avait André
DILIGENT avec sa ville, l’approche des problèmes montre très vite une différence de style et de
méthode. "Mon prédécesseur avait établi une stratégie qui consistait à réveiller le patriotisme des
acteurs, à partir d’un combat pour l’égalité de traitement entre l’ensemble des secteurs de la
métropole, et il avait construit à Roubaix, et par voie d’homothétie avec le Versant-Nord-Est, une
guerre de tranchée envers ce qu’il considérait comme un secteur privilégié de la métropole: le sud
(l’axe des Emirats !.) Il a fait apparaître et reconnaître le rapport de force, et à partir de là, il a
contribué à changer un peu le fonctionnement de la politique métropolitaine.
Et moi, j’arrive à un moment où je n’ai plus à refaire la guerre, je suis comme un
diplomate au Traité de Versailles. André Diligent voulait que justice soit rendue à sa ville, il a
gagné une guerre, mais c’était une guerre de tranchée; derrière, ce qu’il fallait, c’était ramener des
moyens de la Communauté Urbaine dans ce pataquès; et l’essentiel de mon travail a consisté à
continuer son action, que je ne dénigre pas, qui était un préalable obligé, pour arriver à une 2ème
phase, c'est-à-dire un projet de territoire pour une ville qui était une mine à ciel ouvert de toutes les
procédures de la politique de la ville (elle en a encore les stratifications géologiques : D.S.Q,
D.S.U, Contrats de ville...)".
Arrêtons-nous sur ces propos, et essayons de comprendre ce qui apparaît comme deux
moments de l’Histoire. André DILIGENT a porté les problèmes, créé des rapports de force décisifs,
attiré l’attention sur la paupérisation de sa ville, quitte à faire du misérabilisme, ce qu’on lui a
souvent reproché d’ailleurs. Rappelons cet épisode de 1993, qui fit beaucoup de bruit dans le
microcosme roubaisien: suite à une campagne de sensibilisation appuyée, la ville de Menton,
envoya deux semi-remorques, chargés de vivres et de vêtements, pour les bidonvilles de Roubaix !
Un tollé général s’ensuivit, et le convoi termina son périple à Tourcoing, devant la porte des Restos
du cœur !
René VANDIERENDONCK arrive à l’étape suivante; il est en quelque sorte le 2ème
étage de la fusée, et va surtout s’attacher à chercher des réponses. La différence, c’est qu’il le fait
dans une échelle résolument métropolitaine.
Une politique pragmatique
André DILIGENT, pour qui l’important, ce n’était pas tant la compétence technique de
l’homme que le type d’idées
qu’il pouvait défendre, avait
cherché des hommes de terrain
à l’extérieur des partis
politiques pour constituer son
équipe en 1989: c’était
l’ouverture vers la société
civile.
Entrèrent
notamment
au
conseil municipal: Salem
KACET, Jackie MINARD (à
gauche), Marie Madeleine
LECLUSE. A noter que Jackie
MINARD 1 fut remplacé par
2
Jean-Marc ALSBERGHE (à droite) dès 1991.
1
Jacky MINARD fut le permanent-habitant du comité de quartier du Pile de 1986 à 1989. Militant du quartier Sainte
Elisabeth, il travailla sur le territoire du Pile élargi jusqu’à la rue de Lannoy, et fut remarqué dans sa tâche par André
DILIGENT qui fit appel à lui en 1989.
2
Jean Marc ALSBERGHE fut directeur de l’Association des Loisirs Saint Michel. Il ne fera qu’un mandat politique et
se retirera en 1995.
171
René VANDIERENDONCK renforce ce procédé et fait entrer le docteur TITRAN,
Marie-Agnès LEMAN, et des personnes issues des Partis de Gauche (André RENARD, Robert
CAILLEAUX, Jacques FONTAINE et Pierre DUBOIS). Pour le maire, c’est la rencontre de gens
suffisamment engagés, intéressés par un mandat local, en dehors des affrontements politiques, qui a
permis cette pratique, que Roubaix n’a pas inventée: "Nous l’avons peut-être mis en vitrine plus que
d’autres".
René VANDIERENDONCK n’a pas sollicité de mandat national. Cela tient à la
conception qu’il se fait de son rôle de maire: "Je suis un élu de Roubaix, maire d’une ville qui est
regardée comme le creuset de la politique de la ville. J’ai des responsabilités régionales; pour
avoir des moyens, la région, ça compte, et ça comptera encore plus dans l’avenir. Donc, j’ai choisi
d’articuler ces mandats là, qui me semblent cohérents avec Roubaix, et d’être présent sur ces
territoires, car la politique de la ville a besoin de militants dans ce champ là. Je ne ramènerais pas
forcément plus de moyens si j’étais parlementaire. Vous savez, la politique, je ne la vis pas mal,
parce que je suis sur le terrain, et, sur le terrain, on n’a pas d’accès de paranoïa. Roubaix est le
meilleur antidote contre la paranoïa, car le peu que vous faites, comparé à ce qui reste à faire, vous
incite à la modestie; ça donne du sens à ma vie".
Pour justifier ses choix pour Roubaix, René VANDIERENDONCK emploie volontiers
des formules imagées: "L’action politique, c’est la capacité à assumer les réponses que l’on
propose: moi, je suis un maire en "CDD", et j’ai des comptes à rendre aux Roubaisiens. Roubaix est
une course à handicap, il faut refaire une distance sur ceux qui sont devant’.1
Alors, on va avancer, réfléchir à toutes les fonctions urbaines de la ville, et établir une
stratégie de reconquête: bâtir des projets forts, créer quelque chose qui puisse à nouveau attirer du
monde, redonner de l’attractivité à la ville, donc retravailler son image.
On va entreprendre la reconquête de Roubaix grâce à un projet de rénovation qui va
s’appuyer à la fois sur l’arrivée du métro et sur la redynamisation de son commerce.
Selon Michel CONSTANS, ancien adjoint à l’urbanisme: "On avait un centre ville en
train de crever, une industrie morte, un commerce en déclin: plus rien n’attirait. On s’est dit : ce
qui marche aujourd’hui, c’est l’Usine, le seul pôle d’attraction roubaisien jusqu’alors; à partir de
là, le choix politique a été de dire: il faut une piqûre de cheval, transformer le centre ville, amener
des investisseurs; mais ce n’est pas uniquement avec la population roubaisienne au faible pouvoir
d’achat qu’on les attirera! Il faut faire venir les gens de l’extérieur. Un projet à deux locomotives a
été établi : Mac Arthur Glenn, et Casino. Je crois qu’aujourd’hui, c’est une réussite par l’impulsion
donnée. Vous savez, si on réussit le centre, on réussit la ville".
D’aucuns ont pu dénoncer le "tout pour le centre": allait-on négliger la périphérie ?
Pour Michel CONSTANS, le pari était de dire qu’à partir du centre se produirait un effet tache
d’huile. Pour le maire, il n’était pas question d’un centre-ville reconquis, sans retombées concrètes
pour les quartiers :" Le centre-ville, c’est le quartier des quartiers, mais sa rénovation ne doit pas
désespérer les autres. Quand un franc est investi au centre-ville, un franc va aussi dans des
opérations de quartiers. En la matière, il faut échapper au dilemme roubaino-roubaisien".
René VANDIERENDONCK n’éprouve pas d’état d’âme
quant à sa clarification politique : "En juin 1994, je fonde "Mon parti,
c’est Roubaix". J’ai trouvé honnête, moi qui avais déjà travaillé avec
Pierre MAUROIS en 1988, et obtenu beaucoup de Michel DELEBARRE, et
maintenant de Daniel PERCHERON, d’en tirer les conséquences au
niveau de mon positionnement politique. Je me sens mieux depuis que j’ai
fait ce choix là".
Ajoutons qu’en 1997, au second tour des élections législatives,
il soutient la candidature de Guy HAESCOET, représentant des verts et du
Parti Socialiste, devant Michel GHYSEL (photo archives municipales).
1
Voix du Nord septembre 2003
172
Selon Hubert LEDOUX: "Le maire affronte crânement les secousses qui bousculent
régulièrement sa majorité, y compris quand il décide de partir avec Michel DELEBARRE sur la
liste socialiste aux élections régionales, ce qui lui a permis de devenir vice-président du Conseil
Régional en charge de la politique de la ville ».1
Maire pragmatique, maire atypique. Arrêtons-nous sur ce parcours et posons
clairement cette question: peut-on parler de revirement politique, sans tenir compte de la spécificité
politique de Roubaix. Si le combat de classes fut le moteur essentiel de la politique de la première
moitié du XX ème siècle, avec l’avènement du socialisme incarné par Jean LEBAS, la seconde
moitié, hormis le mandat de Pierre PROUVOST, est caractérisée par l’établissement du consensus
politique avec Victor PROVO et André DILIGENT.
René VANDIERENDONCK s’inscrit dans cette alternative. Il a travaillé avec Pierre
MAUROIS, dans le cadre de la Communauté urbaine, avant de devenir 1er adjoint à Roubaix, il a
voté MITTERRAND en 1988, et André DILIGENT le sait; pour nous, sa fibre personnelle est
autant à gauche qu’à droite, et il a trouvé aussi bien chez l’homme DILIGENT que chez l’homme
MAUROIS, des repères: il finit par se positionner, probablement après avoir vécu des moments
difficiles.
A-t-il insulté l’Histoire ?
2
Citons un de ses propos : "Quand je vois ce que Roubaix a obtenu, alors que nous
quémandions sans succès dans le passé auprès d’hommes proches de mes idées, je n’ai rien à
regretter. Roubaix, c’est une course de fond, rien n’est gagné, rien n’est acquis, mais quand on se
bat pour un projet, on se donne les moyens de le réaliser. C’est ce que je fais ; le moment venu, les
Roubaisiens jugeront".
1
2
La Voix du Nord : supplément le renouveau de Roubaix 1999
même source
173
Le Pile : un quartier toujours en rupture ?
Le bilan du D.S.Q établi en 1988, a montré que ce qui a été fait au Pile se limite à peu
de choses: des logements neufs rue du Pile et rue Delezenne, un square rue Lalande, la réfection de
l’éclairage public et de certaines voiries. Les inquiétudes demeurent, et de nombreux habitants
dénoncent la lenteur des réalisations; rappelons ce que disait l’un d’eux : "A ce rythme là, il faudra
20 ans" !
En 1989, le Pile, qui retrouve son territoire traditionnel (de la gare du Pile à la rue Pierre
de Roubaix), est intégré dans le secteur 2 avec les quartiers de Moulin-Potennerie et de Sainte
Elisabeth; il continuera donc à bénéficier du travail d’une nouvelle équipe opérationnelle.
1
2
3
A gauche, le quartier de Moulin-Potennerie (1), séparé de son voisin par la rue Jouffroy et du
Coq Français. Au centre Sainte Elisabeth (2) dont l’artère centrale, la rue de Lannoy sera incluse dans la zone
franche urbaine. A droite, le triangle du Pile (3), juste après la rue Pierre de Roubaix. Cerclées de noir,
apparaissent les zones reprises en procédure Z.P.P.A.U.P1 et P.R.I.2
Pendant la période qui va suivre, les projets vont aboutir: la construction du centre
social (la Maison des deux quartiers), le Domicile Collectif, la nouvelle école Pasteur; c’est la phase
de réalisation. Le grand virage de la rénovation est-il enfin amorcé... ?
Las ! Le Pile ne va pas tarder à retomber dans l’oubli; le Pile ne sera toujours pas
prioritaire. C’est que la période 1995-2002 correspond pour Roubaix à de nouveaux découpages3 et
de nouveaux choix stratégiques; c’est le projet de l’Union, dans l’optique des Jeux Olympiques
2004 de Lille, c’est le projet de redynamisation du centre-ville.
Si le quartier est constamment repris dans les plans successifs, s’il conserve donc des
procédures de Développement Social, il n’est, en réalité, ni intégré dans le Grand Projet Urbain, ni
situé en Zone Franche. Alors que le Cul de Four, l’Hommelet et les berges du canal sont inscrits
1
Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager.
Périmètre de Réhabilitation Immobilière.
3
La ville sera découpée en 5 secteurs et une mairie de quartier sera créée pour chacun d’eux. Le Pile et Sainte Elisabeth
dépendront de la mairie des quartiers Est, Moulin-Potennerie, de la mairie des quartiers Sud. Il faudra attendre la
volonté des trois quartiers pour travailler sur un axe commun, la rue Jules GUESDE, pour reprendre le partenariat.
2
174
dans les plans du G.P.U. il n’y a pas de Grand Projet pour le Pile. Au Pile, rien de nouveau ! Cité
sans enjeu, cité sacrifiée, le Pile doit se contenter des procédures de R.H.I.
Mais la résorption de l’habitat insalubre, nous le savons, a des effets négatifs. Dans ce
quartier horizontal, où vivent beaucoup de propriétaires occupants, une procédure de R.H.I peut
prendre plusieurs années avant d’aboutir à une démolition. Alors, autour, la gangrène s’installe, et il
faut songer à entamer une nouvelle procédure! Fait significatif: le Pile va entrer dans la R.H.I n° 9 !
Et des militants se remettent à dénoncer les effets pervers de la lenteur. Donnons la
parole à Marie Henriette VANDECANDELAERE: "On n’aurait jamais imaginé le temps qu’il
faudrait pour voir réalisé ce qu’on proposait, et qu’on a obtenu. Mais plus le temps a passé, plus le
quartier s’est dégradé. Et puis, on a le sentiment qu’on était plus entendu par la 1ère équipe
opérationnelle du Pile. Du ressentiment ! Non ! Mais de la désillusion, l’impression qu’on n’en
verra jamais le bout "!1
Des responsables du Comité de Quartier du Pile, tels Dominique DUMONTET et
Raymond PLATTEAU, n’acceptent pas le manque de considération à leur égard; le premier lance
en 1996 un véritable coup de gueule : "On a souvent le sentiment d’être considérés comme un
problème, on nous demande d’oublier qui nous sommes, d’où on parle; notre identité, c’est la
proximité. Tenez: on fait des colloques sur la Ville Renouvelée, jamais on ne nous en a parlé. On
est quoi ? Des habitants; sur le reste, circulez, il n’y a rien à voir! Sur l’économie, par exemple, on
a des difficultés à se faire entendre: on nous cantonne dans le social. C’est quoi le projet de la ville
sur le Pile pour les 10 ans qui viennent ? On ne sait pas s’il y en a un ! Si on dialogue avec la
mairie, c’est une relation d’amour et de haine: on doit toujours prouver qu’on n’a pas fait de faute,
mais, au fond, on est condamné à vivre ensemble".
Le second surenchérit : "Difficiles, les rapports avec la ville! Au fil des ans, le dialogue
n’a pas évolué, il s’est compliqué avec les relais intermédiaires qui se sont multipliés. Avant, on
était en direct avec les adjoints; aujourd’hui, on a créé toute une variété de techniciens qui se sont
interposés entre nous et les élus. Je me pose une question: serait-on plus écouté quand on est
combatif, jusqu’au-boutiste? Ceux qui veulent construire passent-ils après ceux qui revendiquent ?
Qu’on nous reconnaisse au moins comme consensuels" !
Mais les militants associatifs ont toujours relevé le défi; au Pile, malgré les moments
de lassitude, on ne baisse pas les bras. Comme nous l’a dit un acteur de terrain : "Certes,
quelquefois, on a l’impression de ne jamais aller au bout de ce qu’on est en train de mettre en
place, mais on est toujours en train d’imaginer autre chose. Pour nous, Il y a le temps du débat, et
le temps de la réalisation ; il faut conserver les deux; émettre des projets donc, et essayer de les
faire aboutir. Essayer...
1
Nord Eclair mars 1996
175
Le cercle des projets avortés
La première opération mise en place fut appelée: le
Pile à cœur (déjà !) et concernait la propreté des rues. L’objectif
était de responsabiliser chaque propriétaire, chaque locataire, à
l’entretien de son trottoir. Retrouver en quelque sorte : " cette
coutume librement consentie qui faisait de Roubaix, ville
industrielle s’il en fût, un modèle de propreté". On a discuté de
ce projet avec tous les
partenaires : la ville et ses
services, la propreté urbaine, la
C.U.D.L, la T.R.U, le centre
social, les écoles… et au bout
d’un an, une Charte officielle
peut être signée entre chaque
habitant et le maire.
C’est une véritable
pédagogie d’accompagnement
qui se met en place. Le quartier
est partagé en secteurs; les rues
du premier secteur sont
nettoyées au "karcher" avant le
début de l’opération, les
habitants sont prévenus individuellement et ceux qui participent à cette opération et qui acceptent de
signer le contrat, reçoivent, si besoin est, une poubelle neuve, une balconnière et une jardinière
fleurie. Le lancement se fait un samedi matin avec signature officielle, pot de l’amitié, en présence
des médias locaux dont canal 9.
La procédure doit se reproduire pour chacun des secteurs définis du quartier. 6 mois
sont nécessaires pour achever le travail.
Le projet initial se trouve détourné quand la municipalité, après une simple
sensibilisation, met en place, dans les mois qui suivent, la même procédure dans d’autres quartiers.
176
L’A.P.Q.R1 embauche des T.U.C. pour assurer le nettoyage au lieu de participer à l’entretien
général du quartier en aidant les habitants à prendre en compte leur environnement! Plus
qu’accompagner, on va se substituer aux habitants. On a gardé la forme, on a oublié l’esprit !
Nord Eclair a surpris le groupe de travail au 62 rue Desaix. On y retrouve les militants du quartier, le
comité et le centre social, les responsables des services techniques de la ville, de la propreté urbaine, de la
Communauté Urbaine, de la TRU, du PRI.
Déresponsabilisation ! Déception !
Le second projet touche au suivi des réalisations, notamment en ce qui concerne les
espaces publics. Nous avons évoqué plus haut avec Raymond PLATTEAU, la nécessaire politique
d’accompagnement de ces équipements, pour éviter une dégradation rapide, à la fois, du site, et de
son image : "Il faut s’orienter vers un type de gestion qui associe et responsabilise les habitants",
disait-il.
Pour Michel COUPLET, l’exemple du square Gustave ANSART, inauguré en 1993, est
devenu un cas d’école... "On a dit qu’on voulait un square fermé, avec une grille et une clé ; on ne
voulait pas un terrain vague ouvert à tout le monde. La clé, c’était important pour nous permettre
de gérer; par exemple, repérer rapidement les problèmes, réparer.
C’était Michel DELAHAYE,2 par convention avec la mairie, qui s’en occupait. Il
modulait l’ouverture des portes: l’été, il ouvrait plus tôt et
fermait plus tard. Peu à peu, ça n’a plus marché. Un jour, la
mairie a décidé que le gardien du square Destombes ferait
l’affaire, mais il venait fermer à 19 heures !
Qu’ont fait les gamins ? Vous pensez bien qu’ils
se sont mis à passer au-dessus de la grille ! Et les
dégradations ont commencé... Voyez son état aujourd’hui !
Quand on fait des équipements, il faut donner les moyens de
les utiliser, et faire en sorte qu’ils durent. Un terrain de
basket: oui, mais avec un animateur présent, et de
l’entretien !"
Déception !
1
Association pour la Propreté des Quartiers de Roubaix
Michel DELAHAYE a assuré l’ouverture et la fermeture des portes des squares du quartier durant plus de deux
années. En outre, il était détenteur de la clé de l’accès à la benne que les services de voirie avait installée près de la
boulangerie, place Carnot. Des habitants venaient parfois chez lui, rue de la Tortue, le dimanche matin, pour lui
demander de les aider à déposer leurs gravats…Michel râlait mais répondait toujours présent.
2
177
Photographie du square Ansart peu après
son ouverture. Les grilles existent, la
porte s’ouvre et se ferme, les pelouses
sont propres, les arbres promettent.
Cette vision n’est plus celle d’aujourd’hui.
Le troisième projet avorté concerne les propositions économiques émises par le Comité
de quartier et l’A.G.A.P.E.. Afin de mieux comprendre les besoins des habitants en matière
d’emplois, un agent économique, Isabelle DESMARET, est recruté au niveau bac+5. " Bien des
idées ont été développées grâce à elle, nous y
avons vu plus clair. Isabelle a rencontré
individuellement tous les commerçants et
artisans des quartiers. Son travail dans le
secteur Pile, Moulin, Sainte Elisabeth a
provoqué du dynamisme; nous avons rencontré
CAMAIEU, le P.R.I, le club GAGNER, nous
avons parlé de projets communs comme la
création d’un restaurant d’entreprise dans la
gare du Pile puis place Carnot. Cela veut dire
que nous nous occupions d’économie; nous
avons
travaillé avec un promoteur qui
réhabilitait des logements, nous avions une
part sociale et nous pouvions intervenir dans le
recrutement des locataires pour reloger des
gens du quartier. Un des objectifs de cet agent
était de créer 30 emplois en un an (15 le
furent) et de promouvoir le dialogue entre les
habitants et les entreprises. 1
Son contrat n’a pas été renouvelé
par l’Etat mais, de son côté, sur le même
profil, le P.R.I2 a recruté 4 agents pour les 4
secteurs de la ville (cette structure s’est
appelée "le pas pour l’emploi"). Mais le P.R.I
c’est un service, pas une dynamique ! "
Déception!
Ajoutons à cette liste le projet de régie de quartier de proximité.
L’objectif était de contrôler les dégradations qui se produisent dans le bâti, de répondre
rapidement à l’appel d’un habitant, bref, d’avoir plus de prise sur les nuisances; après avoir
rencontré l’Association Nationale des Régies de Quartiers, l’idée de transposer en secteur horizontal
ce qui se faisait en vertical, s’est fait jour. Déjà, à l’Alma, le système des ronds rouges avait
fonctionné avec efficacité3.
Plutôt que d’alerter les services centraux, la création d’une régie et d’un service de
proximité, devait permettre à la fois souplesse et rapidité. Un murage détruit doit être refait dans la
1
Exemplaire N° 0 du journal réalisé durant cette période. Il en paraîtra un tous les deux mois.
Plan Roubaisien d’Insertion
3
Code des ronds rouges apposés aux fenêtres pour les réparations urgentes.
2
178
journée. Une porte ouverte sur une maison vide doit être refermée aussitôt. C’est une idée sur
laquelle la Ville n’a pas voulu s’engager en 1990. De toute évidence, une mairie ne tient pas à ce
qu’une association gère des actions réservées aux services "municipaux", association dont elle va
devoir en fin de parcours contrôler la bonne gestion!
Seule l’outithèque1, accordée à l’AGAPE et gérée par La Solidarité, existera, mais elle
ne gèrera que l’outil, pas l’action. Ce n’était que la moitié de la demande. Projet avorté !
Déception !
Nous n’aurions garde d’oublier une action d’insertion en direction de personnes
marginalisées du Pile, mise en place par l’A.G.A.P.E: le projet EVASION. Sortir certains habitants
de leur isolement, voilà la grande idée. Un groupe d’habitants, en lien avec des agents sociaux,
devient le porteur du projet, fait des propositions de voyages, organise les visites (réservations,
transport, etc...), prend les inscriptions, et ouvre son comité d’organisation aux personnes "isolées"
pour leur permettre de tisser des liens avec d’autres. Dans le cadre de ce véritable tourisme social,
un énorme travail a été réalisé par Michel COUPLET et un groupe d’usagers, aidés par les
conseillères de la Maison des Deux Quartiers. En plus de la constitution d’un épais dossier pour
chaque visite2, de l’élaboration d’un QUID présenté dans l’autocar..., on assure l’encadrement de
tous, et la responsabilité du bon déroulement de la sortie. Les travailleurs sociaux viendront
accompagner certaines familles en difficultés avant de passer le relais aux bénévoles, avec une
certaine réticence. On se souvient encore dans le quartier, de la journée organisée à Saint-Omer, et
du séjour d’une semaine à Maroilles, en 1993 !
On va même jusqu’à évoquer l’achat d’une caravane qui pourrait servir de lieu de
vacances au bord de la mer, et dont la gestion serait assurée par le groupe.
Les agents sociaux, se sentant exclus, ne vont pas vraiment faciliter la reconduction de
l’action, une subvention sera refusée, et le projet capotera... Il apparaît clairement dans ce cas de
figure, qu’un groupe d’habitants ne peut être entièrement indépendant
Déception !
Mais, au Pile, en effet, on ne manque ni d’imagination...ni d’obstination !
1
Projet de gestion d’un stock d’outillage divers dont le prêt est accompagné d’une aide technique soit à la conception
soit à la réalisation. Cette action a permis à des personnes démunies de rendre plus accueillant leur logement.
2
Suivez le guide pour le voyage à Bruxelles. On y décrit les monuments à visiter avec des informations sur leur
histoire.
179
La politique de la ville et ses difficultés
Au cours de cet ouvrage, nous avons évoqué de nombreux aspects de la politique de la
ville, qui, d’année en année, nous l’avons dit, prend de l’ampleur.
La création d’un ministère a-t-elle contribué à éclaircir le champ des ambitions
initiales ?
François MITTERRAND avait annoncé qu’il se donnait cinq ans pour réussir la
politique de la ville. En décembre 1990, il crée un ministère de la Ville dont Michel DELEBARRE
est le premier titulaire. Auparavant Ministre de l’Equipement, du Logement, des Transports et de la
Mer, il n’aura sous son autorité que la Délégation Interministérielle à la Ville (D.I.V.) et disposera
de 31 directions, agences et services différents. François MITTERRAND lui dit que le nombre de
ses collaborateurs passera de 120 000 à 40! Selon le sociologue Jean Marc STEBE : "Michel
DELEBARRE relève le défi, et effectue un gros travail législatif. Quand il quitte ses fonctions, en
1992, les lois sont votées, l’essentiel du travail est fait. Il y a moins de grains à moudre pour son
successeur Bernard TAPIE, qui a d’ailleurs une autre méthode: exalter les rêves banlieusards".
"Acteurs innombrables, coordination difficile, activité fluctuante, la politique de la ville
est un domaine difficile à explorer": a écrit Jean Pierre BRIERE1. Ne s’apparente-t-elle pas
quelquefois en effet à une aventure parmi des forêts de sigles impénétrables, à travers des grands
projets urbains, des conventions de sortie de plans, des pactes de relance, des opérations de
renouvellement, des contrats d’actions...?
Pour Pierre DUBOIS, adjoint au Maire, Maire des quartiers Sud, la politique de la ville
n’est pas un long fleuve tranquille ; les principales difficultés rencontrées sont les suivantes:
• complexité des dispositifs.
• effets pervers des financements croisés où l’accord se fait le plus souvent sur le
plus petit dénominateur commun, ce qui pénalise les projets.
• essoufflement des habitants. Le temps des habitants n’est pas celui des élus et
des techniciens.
• changements unilatéraux de règles du jeu.
Complexité des dispositifs, manque de lisibilité. André DILIGENT avait dénombré 47
politiques contractuelles qui s’appliquaient dans sa ville; Pierre DUBOIS, lors d’une interview
réalisée en 2002, avait de son côté recensé 240 actions, toutes soumises à une étude de dossiers! "La
politique de la ville suit des tuyauteries compliquées. On peut se désespérer en disant qu’elle
consiste à remplir des fiches et encore des fiches pour la ville; en réalité, c’est autre chose, mais les
contingences du quotidien, c’est souvent ça !"
Des militants de mouvements associatifs ont dénoncé ce filtre obligé, cette paperasserie
de plus en plus complexe dans laquelle ils ne se retrouvent guère: leur exaspération s’est d’ailleurs
manifestée dans un article: "ras-le bol des fiches! Les quartiers en ont assez! " Nous avons déjà
évoqué plus haut cette inflation galopante qui transforme les chefs de projet en rédacteurs de fiches
et les éloigne du terrain.
Selon notre adjoint au maire :" Tout conduit les habitants à douter d’une politique
considérée pourtant comme prioritaire. A cela s’ajoute le problème des financements : le retrait
d’un partenaire peut remettre en question, du jour au lendemain, la réalisation d’un projet ».
René VANDIERENDONCK, lors de l’interview qu’il nous a accordée, a reconnu, les
effets d’annonce, placés en "tête de gondole", qui amènent à privilégier, au gré des modes, un
projet en faveur des personnes âgées, ou un projet contre la délinquance, ou encore la mise en place
d’un contrat éducatif local.
Donnons encore la parole à Pierre DUBOIS: "La politique de la ville a besoin de
stabilité et de durée ; elle n’est ni une voiture balai, ni le magasin d’accessoires où l’on vient faire
ses emplettes".
1
Jean Pierre BRIERE : Rapport sur la politique de la ville
180
Evoquons enfin un aspect dont nous n’avons pas parlé jusqu’à présent: le champ des
compétences interministérielles dans lesquelles s’inscrivent les ministres de la ville. Ceux-ci
doivent avoir prise sur les événements. Or, tout est souvent conditionné par les finances. De plus,
chaque ministère n’a-t-il pas tendance à vouloir conserver son monopole? De nombreux élus
locaux, confrontés aux mêmes difficultés au sein d’un conseil municipal, admettent que travailler de
manière transversale est compliqué; qui est prêt à abandonner une partie de son pouvoir? Qui doit
prendre la décision ? La transversalité n’est-elle qu’un outil dérangeant, un poil à gratter, un
pouvoir d’interpellation avant la dilution dans le grand entonnoir des projets perdus? "Cela dit,
reconnaît Pierre DUBOIS, la transversalité produit des choses extraordinaires, elle permet à des
gens de travailler ensemble, de se parler; ça crée des habitudes de travail, mais hélas pas toujours
de l’efficacité! "
Pour Claude CHALINE: "L’adoption d’une politique de la ville, spécifique, est
nécessairement interministérielle, et interfère avec plus de concurrence que de complémentarité".1
Invité par le maire de Roubaix à la cérémonie des vœux de Janvier 2002, Claude
BARTOLONE, ministre délégué à la Ville, fit à cette occasion un discours résolument optimiste ;
"René VANDIERENDONCK est un pilier de la politique de la Ville, il a une grande facilité à venir
me réclamer des chèques, mais je sais qu’avec lui, cela ne sera pas thésaurisé. On a affaire dans
cette région à des passionnés. C’est le plus Grand Projet de Ville de France. La politique de la
Ville, c’est réinstaller l’envie du collectif, en partageant le même destin. Il faut rebâtir un terrain
sur lequel on pourra jouer collectif. Bâtissez un Roubaix solidaire ",2 a conclu le ministre.
"Manifestement, ces deux là sont très complices" écrivit de son côté un journaliste de
Nord Eclair.3 "Au-delà de l’humour, ils savent très bien que la politique de la Ville n’est pas qu’une
tirelire ! "
Domaine complexe et toujours en mouvement, la politique de la Ville ne cessera jamais
d’alimenter les réflexions des chercheurs et des sociologues. Mais, pour Jean Pierre BRIERE, les
historiens auront eux aussi à s’y intéresser, afin de répondre à cette question:"La politique de la
Ville, rendez-vous manqué ou révolution? "
1
Claude CHALINE. La politique de la ville. Que sais-je ?
La Voix du Nord 13 janvier 2002
3
Nord Eclair 13 janvier 2002
2
181
Le Pile aujourd’hui
" Un arbuste surgit d’un toit, des mauvaises herbes s’échappent d’une fenêtre du
premier étage, une usine désaffectée impose sa masse lugubre, mais au détour d’une rue, çà et là,
une façade rénovée, un immeuble collectif récent, une courée réhabilitée, apportent une touche
incongrue dans ce quartier du Pile où les friches à l’abandon, les dents creuses, côtoient de petits
squares et des îlots neufs.
Paradoxes, impressions contradictoires qui assaillent les sens et ne peuvent laisser
indifférent celui qui circule dans ce périmètre dense... "
Voilà ce que écrivions il y a quelque 5 ans dans le préambule du Pile à cœur I.
L’image du quartier a-t-elle changé ? Ces premières impressions que le découvreur de
1998 ne pouvait s’empêcher de ressentir, ces impressions subjectives, qui, bien que fugaces,
finissent par pénétrer votre inconscient, le visiteur de 2003 ou le nouveau venu dans le quartier,
peuvent-ils encore les éprouver ?
Aude ELCROIX, salariée depuis une année au Comité de quartier du Pile nous a livré
son tout premier regard : " J’ai vu un quartier gris, triste ; je me suis dit : je vais y travailler,
certains y vivent, comment font-ils pour y rester ? "
Si, dans l’exercice de son métier de journaliste, Aude a découvert une réalité humaine
attachante, elle a aussi découvert ce
que de nombreux "Pilés" dénoncent
aujourd’hui : un quartier dégradé et de
plus en plus sale !
A l’évidence, la propreté
du quartier laisse à désirer. Est-ce
admissible ?
Mais que faire face aux
dépôts clandestins qui existent, et dont
il est bien difficile de se débarrasser,
tant le problème est récurrent!1
Madame DIOT, qui habite au 20 bis de la rue d’Estaing dans un joli domino, nous a
livré son témoignage : "Avant, ce n’était pas comme ça ! Regardez devant chez moi ! Ça pouvait
être un beau terrain ! C’est devenu un terrain vague, un véritable dépotoir ". Madame VIERA, qui
habite dans la même rue, au n° 47, surenchérit : " On y voit de tout, personne ne vient nettoyer, et
ça attire la vermine, les rats ! On se sent abandonné, on dirait qu’on n’existe pas, sauf pour les
impôts locaux ! "
Il suffit de peu pour qu’un endroit
devienne un lieu poubelle, les riverains de la rue
du Pile, de la rue Desaix, l’ont constaté à leurs
dépens.2
Dominique DUMONTET le déplore : " On n’a
jamais eu un quartier aussi sale ! Voyez la rue
Copernic et la rue Réaumur ! Elles sont dans un
état épouvantable ! Je crois que la lassitude
s’installe ; il n’y a plus d’intervention des
pouvoirs publics, ni des riverains ! Comme on
sait que la teinturerie du Pile, à côté, va être
détruite, on ne fait plus rien ! On ne va pas
nettoyer seul devant chez soi si les voisins
n’agissent pas ! Il y a peu de temps encore, une habitante de la rue Desaix nettoyait tous les jours
1
2
Photographie rue Lannes, le 22.12.2003. Comité de Quartier
Photographie rue Marceau le 22.12.2003. Comité de Quartier
182
son trottoir, elle a fini par abandonner ! On devrait pouvoir relancer la dynamique de l’opération
Pile à cœur, pour que chacun se sente responsable de la propreté de son quartier, mais comment
réussir aujourd’hui à mobiliser les habitants, quand ceux-ci voient des agents de la propreté
urbaine recrutés pour le faire ! "
Le Pile n’est d’ailleurs pas le seul à subir ce qui apparaît comme un phénomène
roubaisien ; 135 lieux de dépôts clandestins ont été recensés à Roubaix ; si la ville vient d’obtenir
une 4ème fleur au palmarès des villes fleuries, quand aura-t-elle sa 1ère étoile au firmament de la
propreté urbaine ?
Il faut se rendre à l’évidence, les points noirs abondent encore au Pile ...Nous avons
maintes fois évoqué ces espaces publics, dont le square Ansart est un triste exemple; devenu lui
aussi lieu poubelle, ce coin de verdure dépérit, entre ruines et détritus : si on le traverse encore, on
n’y joue plus depuis longtemps !
" On rencontre trop de maisons fermées" écrit Aude ELCROIX dans le Pile Infos de
septembre 2003. " Qu’elles soient vides, dévastées, en passe d’être démolies, ou attendant
désespérément les travaux de la S.E.M, le constat est simple ; cela traîne et ne donne aucune
impression de suivi ".
Lenteur toujours des réalisations: la maison attenante au Comité de quartier du Pile, rue
Desaix, rachetée par la S.E.M, doit être rénovée depuis un an, mais en attendant les travaux, le
premier étage, fenêtres ouvertes, laisse pénétrer la pluie, et la végétation envahit la façade.
Au coin de la Place Carnot, l’ancienne boulangerie du Pile, fermée depuis près de 10
ans et encadrée de barricades, témoigne des méfaits du temps sur le bâti qui n’est plus entretenu :
Roubaix-habitat, qui a racheté le terrain, envisage des travaux, démolition, construction de maisons
individuelles, fermeture de l’angle, mais si le projet est fait depuis fort longtemps, le démarrage de
l’opération n’est semble-t-il pas encore programmé !
Lenteur, pourrissement de situations au fil des années, effets pervers de destructions
après lesquelles aucun projet n’est prévu, et qui deviennent ces fameuses dents creuses, véritables
chancres dans le paysage "pilé".
Mais comme le suggèrent certains observateurs, peut-être vaut-il mieux conserver une
maison en ruine plutôt que la détruire et laisser pendant des années le terrain libéré devenir une
friche génératrice de désagréments...Voilà ce à quoi le Pile est souvent confronté :"avoir le choix
de ses nuisances! " Et de poser encore et encore cette question récurrente: y a-t-il jamais eu une
réelle volonté d’appréhender ce quartier et de le traiter d’un bout à l’autre ?
Le site de la rue de Condé prolongée est un exemple significatif d’une politique menée
en dépit du bon sens. Rue aujourd’hui complètement laissée à l’abandon, elle était autrefois un coin
de paradis, appelé le bout du monde : " Maintenant ", disent les riverains, " c’est l’enfer ! "
Cas éloquents, caractéristiques
d’une époque révolue, l’âge d’or des
commerces, dont les cafés situés en coin de
rues sans ouverture sur l’arrière montrent les
difficultés de réappropriation. Mais, même
en front à rue, les façades de la boucherie
VANDECANDELAERE, et de la droguerie
SIX, sont les témoins ô combien visibles
d’une évolution inéluctable. 1
Rappelons ce que nous disait
Marie-Henriette : " Quand j’ai arrêté en
1998, beaucoup de successeurs potentiels
sont venus me voir, attirés par le chiffre
d’affaires, mais quand ils voyaient les
nombreuses maisons murées, ils repartaient,
1
Photographie de la Droguerie SIX le 22.12.2003. Comité de Quartier. La droguerie s’est effondrée en janvier 2004.
Aujourd’hui elle est rasée.
183
découragés. " Et ce que Monsieur et madame SIX, les larmes aux yeux, nous ont avoué en
2002 : "Au moment de notre retraite, nous n’avons pas laissé une ruine ! "
Un cas d’école: la Teinturerie du Pile.
Nous sommes en 1985.
L’article de Nord-Eclair, dont nous allons inspirer, titre : "Au pile, une teinturerie
performante.
Fondée en 1935 par Achille BEGHIN et Henri DESCAMPS, la teinturerie du Pile fête
cette année là son cinquantième anniversaire. La caractéristique essentielle de la
teinturerie est de teindre uniquement sur écheveaux et bobines. Elle ne travaille qu’à
façon, et son succès auprès des clients s’explique par sa grande souplesse, même pour
des commandes de faible importance. Elle peut ainsi répondre dans les délais les plus
courts aux fluctuations de la mode en matière de pulls et laine à tricoter. Quelques
chiffres donneront une idée de l’évolution de l’entreprise durant ces dernières années.
Sa production était de 1500 tonnes de matière teinte, et 5,5 millions de francs de
chiffre d’affaires en 1970. Elle est passée à 2500 tonnes et 35 millions de francs en
1984. La production quotidienne est de 12,5 tonnes, soit 200 000 Km de fils. Malgré les
progrès de la productivité, le personnel augmente d’année en année ; il est aujourd’hui de
167 personnes. L’été dernier, la teinturerie a fait un nouvel effort de modernisation, elle
a automatisé sept machines à teindre, avec microprocesseurs et unité centrale. "On
poursuivra la modernisation, précise Jacques DESCAMPS, le P.D.G. On va vers une
teinturerie entièrement automatique. Nous croyons en l’avenir, parce que les
responsables ont un esprit de conquête, de combat et un désir de vaincre." L’usine a senti
le boulet passer tout près en 1973 : la chute du bayadère, sur lequel avait misé en partie
la teinturerie, avait provoqué une chute brutale du chiffre d’affaires et obligé à 30
licenciements. Les responsables ont su donner le coup de reins nécessaire. " Sans cette
volonté de vaincre, une entreprise ne peut s’en sortir", dit aujourd’hui Jacques
DESCAMPS.
184
La teinturerie du Pile a fermé en 1990. Mais que s’est-il donc passé, pour que, en 5 ans,
tout s’écroule ? Pour se développer et accueillir dans de bonnes conditions les nombreux camions
qui manoeuvraient, l’entreprise, trop à l’étroit, avait besoin de trouver de l’espace dans le secteur.
Cette seule raison a-t-elle provoqué le
déclin de l’entreprise ? Le fait est que
cette "vieille dame" qui a fait vivre
des familles du quartier, est devenue
une nouvelle friche industrielle1.
Trois fois victime d’actes
de pyromanie et de vandalisme, elle
pose à l’évidence un problème aux
riverains. Pendant des années, aucun
projet n’a été proposé ; et le cycle
infernal a recommencé : quelques
habitants ont quitté leur maison,
d’autres n’ont plus entretenu la leur.
Ce n’est que le 28 janvier 2002 que le
devenir de la Teinturerie du Pile a été
posé, lors d’une réunion publique
organisée par le Comité de quartier du
Pile, et que des informations ont pu être glanées, notamment la confirmation de l’achat de la
Teinturerie par la Mairie, grâce à des fonds du FEDER et du G.P.V. et de sa démolition, prévue au
cours de l’année 2002. Mais, selon Véronique DUCEUX, chargée de l’Aménagement dans les
quartiers : " Rien n’a été décidé en aval, tout reste à faire ".
Pour le Comité de Quartier, cet espace est un enjeu : le terrain est situé au cœur du Pile,
sa restructuration réorganisera en partie le quartier et préfigurera la restructuration d’autres lieux,
comme la rue Jules Guesde, la place Faidherbe, la rue Dampierre, l’espace Lannes-d’Estaing.
L’intérêt d’une concertation avec les habitants est de construire un projet cohérent répondant à leurs
attentes. Cela prend dès lors une importance vitale.
Selon Michel FALISE, la démocratie participative consiste à " mettre au maximum dans
le coup de la décision publique les citoyens et leurs organisations, et se décline en quatre niveaux :
informer correctement, consulter et demander l’avis à titre consultatif, concerter, c’est à dire
prendre en compte les autres avis en modifiant au besoin le projet initial, et enfin co-décider. "
Mais pour lui, la tendance à l’enfermement existe : "Entre le réflexe de ceux qui veulent
défendre leur intérêt particulier: ne touchez pas à mon jardin, et le comportement d’élus soucieux
de conserver leur chasse gardée, ça n’est encore qu’une idée à la mode, mais ça avancera... "2
A la fin de l’année 2003, la Teinturerie du Pile est toujours debout ; et l’on ne sait pas,
après sa destruction, ce qu’on va produire : seul un nettoyage et un verdissement provisoire de la
zone sont proposés, ce qui correspond, selon le Comité de quartier, à la majorité des vœux
exprimés par les habitants : aérer un secteur fortement peuplé, ne pas construire de nouveaux
logements. Mais un plan d’aménagement clair, on l’attend encore !
Si, pour ce cas, la concertation semble avoir porté quelques fruits, il reste que ce que
nous appellerons l’endémie régnant au Pile, persiste: une dizaine d’années sont nécessaires pour
envisager une destruction, et ne proposer qu’une utilisation temporaire des lieux ; quatre à cinq ans
sont encore indispensables pour établir un projet définitif.
Au Pile, on se hâte toujours lentement !
Mais, pouvait-on faire autrement ?
1
2
Photographie Comité de Quartier, décembre 2003.
Rencontres internationales sur la démocratie participative. Interview la Voix du Nord du 6 novembre 2003.
185
Les effets pervers de la politique de la dentelle: lenteur des réalisations, manque de
visibilité, lassitude, nous sont connus.
Au Pile, on n’a pas appliqué la politique du bulldozer, dont les "Pilés" pouvaient
constater non loin, les résultats dévastateurs à leurs yeux. Cependant, des architectes de GrandeSynthe à qui on présentait le plan du quartier en 1986, eurent cette réflexion sans appel : " Il faut dé
densifier, aérer ce quartier. Dans un premier temps, il faudrait raser ça ! " Et "ça", ils le
montrèrent en posant le doigt sur le plan du quartier, à l’emplacement des îlots lanières, formés par
les rues Marie Buisine, Condé, Desaix et Marceau.
Il aurait fallu...Mais on ne l’a pas fait !
Le "tout de suite" n’existe pas au Pile !
L’enjeu valait-il qu’on le fasse ? Rappelons-nous, le plan CHAVANEAU, qui
préconisait un traitement doux des réalités du quartier, excluant tout bouleversement brutal du cadre
bâti ! Dans ce contexte, on n’a pas pu le faire, et on n’a pas forcément voulu non plus !
Raser deux rangées de maisons pour agrandir le site de la teinturerie du Pile et faciliter
la circulation des camions, cela valait-il la peine ?
Quand il s’est agi d’appliquer cette solution pour le maintien de la Redoute à Roubaix,
la réponse a été "oui", car il y avait un enjeu économique de taille.
Au Pile, on a pris en compte les préoccupations des gens: c’est l’enjeu humain qui a été
privilégié. La logique humaine a pris le pas sur la logique urbaine.
Un exemple: Rue d’Antoing, la maison d’une dame âgée qui avait à charge un fils
malade, devait être rasée, selon un plan local de résorption, en même temps que les maisons en
ruine attenantes. Devant le désarroi manifesté par cette habitante au cours d’une réunion publique,
la décision de ne pas procéder à la destruction de la maison fut prise. L’îlot ne pouvant être rebâti
entièrement, le plan de reconstruction ne s’est pas appliqué. Un an plus tard, les nuisances étaient
devenues telles que la dame âgée fut obligée de partir; pendant plusieurs années, une palissade resta
posée devant ce site, dont on ne s’occupait plus...Aujourd’hui, la palissade existe toujours.
Il aurait fallu...
Un regard politique sur le Pile aujourd’hui.
Après les réflexions de Jean Luc SIMON sur la politique menée au Pile dans le cadre
du D.S.Q : "projet ambitieux qui consistait à maintenir le tissu urbain dans le tissu existant, mais
projet non rentable politiquement, à contre-courant de l’urbanisme opérationnel," selon son
analyse, nous attendions celles du maire de Roubaix.1
"Sur le Pile, il y avait des acteurs hors pair;
mais qu’y avait-il comme procédure de la Communauté
Urbaine. Il y avait une procédure que la loi de 1970 lui
avait déléguée expressément, la R.H.I; et tout le problème
de l’urbanisme se limitait au fait que la Communauté
Urbaine n’arrivait que contrainte et forcée dans un
quartier, non pas au titre de la politique de la ville pour
faire de la concertation avec les habitants, et pour établir
des perspectives sur le quartier qu’on voulait demain,
mais pour se défaire de telle ou telle courée et la confier
à une équipe opérationnelle".
L’attitude de la Communauté, telle que le
maire la décrit, montre bien que celle-ci externalisait le
problème et le sous traitait. De temps en temps, elle
payait l’addition, mais René VANDIERENDONCK
maintient qu’il n’y avait là pas d’urbanisme. Les
1
Interview réalisée le 30.09.2003
186
questions, c’étaient des questions de procédures, où la Communauté Urbaine entrait, mais de
manière strictement instrumentalisée. "Quel projet de territoire, pour quoi faire, avec qui, elle ne
s’est jamais posée ces questions".
Et d’ajouter que si le Pile a toujours été dans les plans depuis 1983, le tâtonnement
successif des politiques n’a jamais été à l’échelle des problèmes : " les O.P.A.H ou la R.H.I, étaient
des opérations pour guérir certainement des blessures urbaines, mais ici, il fallait appliquer des
thérapies de choc!
Il n’est pas faux de dire que les habitants n’ont pas vu le soleil de la politique de la ville
pendant longtemps. En tout cas, ils n’ont pas eu la concentration de moyens que d’autres quartiers
ont eus, c’est clair !
Avant, on n’avait ni les moyens juridiques ni les moyens financiers, et au bout du
compte, ça faisait une politique d’homéopathie, plutôt qu’un traitement chirurgical ! C’est
seulement aujourd’hui que des outils à la hauteur des problèmes se trouvent à peu près mis en
place. "
René VANDIERENDONCK termine son propos en évoquant des solutions au regard
des caractéristiques du Pile.
"Au Pile, vous avez 3500 propriétaires qui sont appauvris; il faut trouver des systèmes
de financements, il faut amener les conditions pour que l’investissement privé redémarre et qu’il
s’inscrive dans une spirale vertueuse; mais si on veut que de l’argent privé arrive, il faut mettre de
l’argent public!
Il y a maintenant sur le Pile de l’espoir: il est classé en G.P.V, et on a obtenu de Jean
Louis BORLOO la possibilité de présenter des dossiers sur l’habitat privé: c’est la réhabilitation
requalifiante, c’est la requalification des services publics (maison de la petite enfance, extension du
Centre Social, projet de travail sur la Condition Publique). "
Mais on peut s’attendre à ce que tout cela soit encore long, et le temps de l’habitant est
différent de celui de l’élu.
Ce quartier ne nie pas les difficultés auxquelles il est confronté aujourd’hui, pourtant, il
ne verse pas dans le misérabilisme. On y rencontre des gens qui se battent pour affirmer un
message : faire face, mettre en œuvre cette résilience, qui est confiance en l’avenir, capacité à
rebondir, aptitude à vivre, en dépit de l’adversité.
Ce que Michel COUPLET a exprimé autrement : " les causes difficiles sont celles à
défendre".
187
188
.
Au terme d’un si long voyage
Au cours de cette étude, nous avons passé plusieurs décennies à Roubaix, vécu avec le
Pile interpellé, réagi avec le Pile en mouvement, qui voulait améliorer son cadre de vie tout en
conservant son âme, nous avons relaté bien des luttes urbaines, nous avons participé à l’éclosion de
la politique de la ville, et rencontré de nombreux acteurs engagés. Richesse des événements,
richesse des hommes...
Et c’est au terme de ce parcours, que nous avons trouvé des éléments de confirmation
des positions que nous avions prises, dans les propos tenus par des chercheurs universitaires lors du
colloque sur l’évolution de l’urbanisme à Roubaix qui s’est tenu en novembre dernier.1
Ils nous serviront dans l’écriture de ce bilan.
"De Roubaix humilié, sacrifié sur l’autel du développement de Lille et de Villeneuve
d’Ascq", comme l’écrit Rémi LEFEBVRE dans un mémoire sur le métier de maire à Roubaix2, "au
Roubaix redressé, reprenant progressivement sa place sur l’échiquier politique de la métropole",
clamé par René VANDIERENDONCK lors de son discours des vœux en 1995, nous avons suivi
un chemin difficile, semé de coups d’éclat, comme ceux d’André DILIGENT en 1989 et en 1992 à
la préfecture de Lille. Et nous avons assisté à l’élaboration des choix politiques pour modifier
l’image de la ville.
Pari gagné ?
Dans ce dernier chapitre, nous prendrons le temps de réfléchir, sereinement sur le
renouveau annoncé; dans ce Roubaix apaisé, nous nous interrogerons sur ce nouvel enjeu qu’est la
culture; enfin, nous considèrerons, tant ce questionnement nous apparaît essentiel dans l’évolution
de Roubaix, l’influence respective des maires qui se sont succédé depuis 50 ans, et nous évoquerons
avec René VANDIERENDONCK les satisfactions et les difficultés liées à la fonction de maire
aujourd’hui.
Mais bien sûr, nous terminerons notre voyage dans le Pile... inachevé; car, pour ce
quartier, bien des points d’ombre demeurent, bien des choix sont à opérer. Qu’adviendra-t-il
notamment du site de la Condition Publique, chargé de tant d’espoirs de renouveau?
Nous réfléchirons enfin sur l’impact des militants des mouvements associatifs des
années quatre-vingts, et débattrons sur le rôle aujourd’hui de ce Comité de quartier du Pile qui nous
a tant accompagné au cours de notre périple.
Regards sur la ville
"Roubaix: ici, vous êtes ailleurs. Ici,
nos châteaux sont ceux de l’industrie. Ici, l’enfer
du Nord mène au paradis ! "
La nouvelle brochure éditée par
l’Office du Tourisme de Roubaix3, en 2003, mise
à fond sur la communication et la nouvelle image
de la ville, loin des clichés et des a priori.
Pour
1
Yves
LACOMBLEZ,
le
Colloque " Roubaix : 50 ans de transformations urbaines et de mutations sociales", 27 et 28 novembre 2003
Le métier de maire à Roubaix : étude d’un apprentissage à travers la succession d’André DILIGENT. Les Cahiers de
Roubaix.
3
Photographie de l’ancienne usine teinturerie SCREPEL-MOYART, TOUSSAINT et Cie, site actuel de l’Office de
tourisme. Cette teinturerie a été fondée en 1862.et a employé plus d’une centaine de personnes. Les bâtiments ont été
reconstruits après la première guerre mondiale et c’est en 1930 que s’élèvera, dans le style art-déco, les salles
accueillant la direction, la comptabilité et les réunions du conseil d’administration, ainsi qu’un magasin.
2
189
président, Sophie WILHELM, la directrice : " Roubaix ne se découvre pas évidemment. Il faut
creuser pour déceler sa diversité culturelle, sociale. Roubaix est à la fois ville du monde, et ville
différente. Vous allez forcément y découvrir quelque chose d’autre. De l’extérieur, on a une image
stéréotypée ; nous misons sur nos différences, nous montrons que nous sommes là où on ne nous
attend pas "
Pour Mickaël ECHEVIN, chargé des relations publiques, l’Office du Tourisme met
l’accent sur le côté décalé de Roubaix : "Vous êtes dans une ville hors du commun, surprenante :
voyez la Piscine, aujourd’hui musée d’Art et d’Industrie, l’usine Motte-Bossut, devenue Centre
National des Archives du Monde du Travail, si insolite avec ses tours crénelées et son pont-levis, le
musée du Jacquard, etc...Nous jouons la carte de notre différence et nous avons des atouts.
Roubaix est devenu une ville touristique à part entière; 12 000 personnes par an viennent
s’informer à l’accueil, nous organisons des circuits d’une journée pour des groupes, notamment de
Belges et de personnes du 3ème âge. C’est vrai que depuis octobre 2001, la Piscine connaît un
succès considérable (300 autocars, 280 0000 visiteurs s’y sont rendus en un an) mais elle est un
moteur pour voir autre chose à Roubaix.
Je peux vous dire que l’Office du Tourisme se porte bien: nous sommes 7 à y travailler,
et nous avons 4 guides conférenciers. "
Selon Jean Cécile HEADLEY, journaliste à la Voix du Nord : "Roubaix a gagné le
pari de sa reconversion en destination touristique, et vient d’obtenir le prestigieux label ville d’art
et d’histoire. Adieu clichés, Roubaix est dynamique, riche, surprenante, paradoxale. "1
Alors, oui, une nouvelle
image de Roubaix. Les visiteurs d’un
jour, qui ne connaissent Roubaix que
par ces fameux a priori : ville pauvre
et triste, repartent, selon Mickaël
ECHEVIN, assez étonnés : "Ils ne
s’attendaient pas à voir une ville
chouette, sympathique, tant ils en
avaient une image négative ! "
D’autres visiteurs, qui
ont quitté Roubaix il y a quelque 20
ans, et qui y reviennent, constatent,
comme l’a souligné Michel DAVID
lors de sa présentation du colloque
sur les transformations urbaines et les mutations sociales, qu’ils ont vu les métamorphoses de cette
ville avec une certaine émotion.2
Pour Didier PARIS, un des nombreux intervenants: " Roubaix attire l’attention, tant au
sein de la métropole que vue de l’extérieur par l’ampleur des changements qui se sont opérés ".
Michel CONSTANS citait en 1999 cette gageure qu’était l’ouverture de la "Grande
brasserie de l’Impératrice Eugénie", place de la Liberté : "On disait qu’un tel restaurant à
Roubaix, ça ne marcherait jamais ! Eh bien, c’est un succès ! "
Evelyne LELIEUR et son mari, Vincent, cherchaient à s’installer à Roubaix. Quand
cette opportunité s’est présentée, ils ont foncé. "Beaucoup de restaurateurs lillois hésitent à se
lancer dans l’aventure roubaisienne. Ici, nous avons rencontré des gens qui ont souffert des crises
qui ont marqué la cité. Maintenant, tout semble en place pour un nouveau départ ; ceux qui auront
hésité trop longtemps s’en mordent les doigts. Je crois que Roubaix est la commune de la métropole
qui offre le plus de potentiel. "3
1
La Voix du Nord : septembre 2003
Photographies des façades rénovées de la Grand ‘Place. 25.01.2004
3
Supplément à la Voix du Nord. 2003
2
190
Et quand les investisseurs en viennent à s’intéresser à l’immobilier roubaisien, quand le
Nouvel Observateur publie un article sur l’intérêt de ce patrimoine, qui incite des ménages de la
métropole lilloise à venir y élire domicile, le pari n’est-il pas en passe d’être gagné ?1
Il ne s’agit pas de la première intervention d’un magazine à audience nationale sur la vie
roubaisienne. Mais les précédentes n’avaient pas le même ton. Rappelons-nous les articles de 1969
sur la situation des courées dans la ville. Et si on fait le rapprochement avec l’article du magazine
allemand "Der Spiegel" sur la montée de l’extrême droite en 1984, on peut constater que cette
fois-ci, on parle de Roubaix de manière positive.
"Auparavant, lit-on dans cette revue d’audience nationale, les gens ne voulaient pas
entendre parler de Roubaix en raison de la mauvaise image de la ville. Or, le patrimoine
immobilier de Roubaix est très intéressant. On y trouve, entre autres constructions, de belles
maisons de caractère des XIXème et début du XXème siècles. Aujourd’hui, aux environs du parc
Barbieux, les prix avoisinent ceux de Lille."
L’hebdomadaire, éclectique comme il se doit, cite d’autres exemples :
"Dans le secteur du Nouveau Roubaix, les petites maisons bourgeoises de 150 m2 avec
m2
de jardin sont très recherchées. A proximité du quartier de l’Epeule, près de la place du
50
Trichon, le choix des jeunes ménages lillois se porte de plus en plus sur ces petites maisons de
90 m2 habitables avec cour, cotées 68 000 euros, dont le ravalement de façade peut bénéficier de
subventions municipales. "
Le
programme:
"Les
Muséales" (55 appartements neufs en
face de la piscine-musée) a bien
évidemment retenu l’attention des
journalistes nationaux, comme celle de
nombreux Roubaisiens, sensibles au
fait que l’on peut construire
aujourd’hui du haut de gamme à
Roubaix.2
Mais dans le registre de
l’originalité, la palme revient aux
initiateurs de lofts dans une ancienne
usine textile. Citons encore le Nouvel
Observateur : "Au mois de mars 2003,
Odile et son mari Tony se portent acquéreurs d’un plateau à aménager dans l’ancienne usine
textile du Sartel, idéalement située à deux pas du centre-ville et du métro. Pour 77 800 euros à
peine, ils s’offrent 140 m2 de surface au sol et 115 m2 de terrasse...où tout reste à faire ! Soit, pour
rendre les lieux habitables, 41 000 euros de travaux. Peu importe quand on a l’esprit loft. Et de
citer l’heureux propriétaire :" Dès avril, nous quittions notre appartement de Marcq-en-Baroeul
pour camper dans notre loft."
En ce qui concerne le centre-ville, beaucoup s’accordent à lui trouver une bonne image,
digne de la deuxième ville du département. Michel DAVID, songeant probablement aux critiques
faites sur le "tout pour le centre", s’est exprimé sur l’opposition entre le centre et les quartiers au
sein de la ville : pour lui, ce débat est obsolète : "La contradiction est que le centre était dans un
état sinistré identique à celui des quartiers ; le déséquilibre ne peut se percevoir qu’à l’échelle de
la ville ; comment changer la situation des quartiers dans une ville où il n’y avait pas de centre. On
n’a pas renouvelé le centre, on a construit un centre-ville".
Un des thèmes du colloque portait sur le passage d’une politique forte de secours et
d’assistance, à une politique dite de ville renouvelée, une ville en train de se faire, qui a obtenu des
résultats et qui a encore des défis à relever. Quels sont les argumentaires qui ont justifié cette
approche?
Nouvelle philosophie, nouvelles orientations ?
1
2
Nouvel Observateur N° 2025
Photographie des "Muséales". 25.01.2004
191
Le regard de René Vandierendonck1
"Ville renouvelée! C’est moi qui ai inventé la formule. Elle s’est faite par rapport à
l’imaginaire qu’on a tous de la ville nouvelle. Je me souviens d’Edgar PISANI qui passait en hélico
au-dessus des champs de betteraves d’Annappes : c’est là qu’on a construit la ville nouvelle! Moi,
j’ai repris cet imaginaire: ville nouvelle, mais le "RE" voulait dire qu’il ne s’agissait pas ici de
mettre en place une"tondeuse autotractée", mais une logique de reconquête urbaine qui devait
mobiliser un très important concours financier extérieur pour pouvoir réussir.
Faire des opérations sur des friches industrielles (acquérir, dépolluer, construire,
créer des parkings) c’est le symétrique de la ville nouvelle au sens où ça ne peut marcher que si un
investissement public est d’abord puissamment injecté, pour casser le ghetto et les éléments
répulsifs à l’investissement privé. Le but, c’est que l’investissement privé revienne. Il faut stopper
les mécanismes qui empêchent la ville de se transformer ".
Pour le maire, c’est un travail de longue haleine : " Le débat, c’est Roubaix, il faut
raisonner à la bonne échelle. Ville renouvelée: c’est croire au renouvellement urbain, c’est
reconquérir progressivement, mais ce n’est pas gagné d’avance, comme pour le centre".
René VANDIERENDONCK livre alors quelques réflexions sur ce fameux projet à deux
locomotives : "Vous savez, on n’a pas déliré: 30
000m2 de commerces avaient disparu, il fallait
les retrouver. Le seul positionnement positif que
Roubaix avait à l’époque, c’était l’Usine !
Alors, l’idée a été de retrouver un concept de
rue et de s’appuyer sur un pôle de magasins
d’usines. Il y a eu un plaidoyer pour une
conviction : c’est que le commerce en ville a
une quasi fonction de service public; il n’a pas
seulement une fonction économique, il permet
qu’une ville garde une image, que les gens
échangent, se rencontrent ".
Photographie de l’espace Mac Arthur Glenn :
dimanche 25 janvier 2004
Le regard des acteurs…
Un an de Géant à l’Espace Grand Rue.
Joël MOUQUET, patron du Géant Casino, savait où il allait et s’était fixé trois rendezvous bilan: à six mois, à un an, à trois ans.
Trois mots, selon lui, caractérisent l’année écoulée: interrogation, euphorie et réalisme.
Nous allons reproduire l’essentiel de ses propos, avec l’aimable autorisation d’Hubert
LEDOUX.2
"Quand nous préparions l’ouverture, c’était la grande interrogation ; ce que nous
proposions était nouveau avec, comme concept, l’implantation d’un hyper en centre-ville. Cela
faisait beaucoup d’incertitudes. L’euphorie, c’est l’ouverture. Ce projet était l’aboutissement d’une
création, avec l’embauche de Roubaisiens3, le plan de formation, le sentiment de répondre à un
besoin économique et de participer à notre niveau au renouvellement de la cité. Mais la réalité
économique s’impose immédiatement: le plan de sauvegarde a permis de réduire la voilure afin de
pérenniser l’outil. S’il y a eu effectivement 86 suppressions d’emplois, on compte 19 licenciements
et tout indique que d’ici fin février, nous aurons reclassé tous ceux qui se présentent à la cellule de
reconversion".
1
Entretiens avec le Maire les 30 septembre et 10 décembre 2003.
La Voix du Nord : octobre 2003
3
Sur les 600 emplois, on prévoyait l’embauche de 250 roubaisiens.
2
192
Les enseignements à tirer, selon Joël MOUQUET, sont les suivants : "Pour un
Roubaisien sur deux, Géant n’est pas le magasin principal; nous devons convaincre, quartier par
quartier qu’il y a chez nous qualité et service. Car toutes les remontées des gens qui nous
fréquentent sont positives. Nous nous heurtons au poids des habitudes qui dirigent la clientèle
potentielle vers la périphérie. Le nombre de passages en caisse est élevé, mais il s’agit à chaque
fois d’un petit panier, car 50% de notre clientèle est piétonne".
Le patron de Géant, continuant son analyse, évoque le phénomène de la fréquentation
promenade : " Excellente pour l’Usine ou Mac Arthur Glenn, mais pas pour l’alimentaire. A nous
de transformer cela en actes d’achats".
Pour Joël MOUQUET, Géant Casino a de l’avenir : "L’hyper est bien placé dans
l’espace Grand Rue, c’est un élément moteur de l’ensemble, et nous développons un bon
partenariat avec la galerie. Il reste ce que nous appelons les freins psychologiques ".
Selon Marc BARES, le patron de l’Espace Grand Rue : "La première année de
fonctionnement
du
centre
commercial du centre-ville permet
d’être optimiste. La clientèle est
jeune. Un constat : les "quadras",
qui ont un pouvoir d’achat plus
important, sont sous représentés.
On ne vient pas assez en famille, il
faut que nous parvenions à
augmenter la fréquentation du
week-end, et pour cela, nous
comptons sur l’ouverture du
cinéma1 qui contribuera à faire
redécouvrir la ville le soir.
Le pari est de récréer autour de
l’Espace Grand Rue, une véritable
économie de centre-ville".
Pour de nombreux observateurs, Roubaix est entré dans la modernité. Selon Rémi
LEFEBVRE : "René VANDIERENDONCK est très impliqué dans la constitution d’une image forte
de la ville autour de sa fonction internationale et technologique. Il s’agit pour lui de requalifier une
image très stigmatisante de Roubaix en diffusant des représentations valorisantes".
Et l’"Eurotéléport"2 devait être
le symbole de cette nouvelle image : "Il
regroupe sur 16 hectares un ensemble
d’activités de haute technologie centrées
autour de la communication. Il comprend à
la fois une des quatre Zones de
Télécommunication Avancée du pays, un
centre international de la communication,
vitrine technologique, tête de réseau grâce
à ses paraboles et son réseau câblé, et une
zone d’entreprises. Roubaix s’aligne en
définitive sur le modèle technopoliste des
Eurocités."
1
2
Photographie du Duplexe, cinéma du centre ville, ouvert le 17.01.2004
Entrée de l’ancienne usine Motte-Bossut, aujourd’hui Eurotéléport. Au fond, les archives du monde du travail.
193
Remi LEFEBVRE a appréhendé Roubaix avec un triple regard de politiste, d’historien
et de sociologue; laissons-nous porter par ses réflexions : "La richesse pour moi de cette cité est
qu’elle traite du décloisonnement des disciplines, car, dans cette ville, plus que dans d’autres, les
réalités sociales et économiques sont fort impliquées ; aucune analyse de Roubaix ne peut faire
l’impasse sur l’histoire de la ville, tant le présent de cette ville est façonné par l’histoire, à travers
ses murs, ses usines, ses musées."
La culture à Roubaix: nouvel enjeu ?
Les regards que nous
portons sur Roubaix nous amènent à
évoquer à nouveau ces paysages
industriels, créés à l’époque où l’usine
a pris possession de la ville, comme le
souligne notre premier chapitre.
Roubaix ne peut miser sur ses
monuments historiques, mais Roubaix
a des vestiges industriels et des sites
qu’elle s’est réappropriés pour en faire
des lieux commerciaux ou culturels.
La ville a réinvesti une grande partie
de ce patrimoine qui a marqué notre
vie.
Photographie de l’ancienne usine textile, entre la rue du Coq Français et la rue des filatures ; réhabilitée, elle
accueille les étudiants de l’I.U.P Infocom.
Le projet de la Condition Publique participe de cette politique d’utilisation de friches à
des fins culturelles. A notre sens, s’il s’agit d’un enjeu capital pour le Pile, et nous en reparlerons,
l’enjeu pour Roubaix est tout aussi important. Le site deviendra-t-il un quartier d’artistes ? Les
bâtiments ont déjà accueilli la " Braderie de l’Art" (rappelons que celle de 2003, la 13ème édition, a
rassemblé plus d’une centaine d’artistes venus du monde entier), et sont toujours le siège des
"Transculturelles " qui animent la ville durant trois semaines, de novembre à décembre, chaque
année.
Ne peut-on rêver à un Montmartre à Roubaix ? La place Faidherbe peut-elle être notre
place du Tertre ?
On a aussi besoin d’un tel regard.
En tout cas, si l’on en juge par le dernier thème abordé lors du colloque: "Après
l’économique et l’urbain, la culture devient-elle un enjeu central de la ville ? ", on peut se
demander si elle n’apparaît pas comme une nouvelle panacée, chargée de régler ce que la politique
de la ville n’a pas résolu. La culture comme lien social ?
Pour René VANDIERENDONCK: "L’engouement pour la culture ne doit pas
surcharger l’importance qu’elle a dans le renouveau d’une ville; cela dit, il est indéniable qu’elle
joue sur l’image de la ville, donc sur la volonté d’y investir, d’y habiter, comme elle joue également
sur la cohésion sociale.
Le témoignage roubaisien est qu’on peut réussir des lieux culturels, des pratiques
culturelles de qualité dans tous les quartiers, et pas seulement dans les opéras, mais il ne faut pas
attendre de la culture plus que ce qu’elle peut donner ; elle peut contribuer à susciter des logiques
d’investissement privé: je pense aux gens des classes moyennes qui ne peuvent pas acheter à Lille,
et qui sont contents de trouver du beau et du moins cher dans une ville qui donne envie; une ville
qui a le projet d’essayer de faire vivre ensemble des gens quelle que soit leur origine. En ce sens,
oui, elle est riche en elle-même de renouveau ".1
1
Entretien du 10 décembre 2003.
194
Figures de maires
Tableau en 4 actes
Quatre maires se sont succédé depuis la Libération : nous avons évoqué ces 50 ans de
mandature mayorale à travers des figures
d’hommes qui appartiennent à l’Histoire
de Roubaix. La problématique que nous
posions en préambule à notre ouvrage :
"chacun n’a-t-il pas contribué, au-delà
des jugements partisans, voire des
rumeurs, et selon le contexte dans
lequel il a évolué (et évolue encore
pour le dernier), à apporter sa pierre à
l’édifice? ", s’est trouvée confortée au
fur et à mesure que nous avancions dans
nos recherches. C’est pourquoi nous
allons replacer ces hommes sur le
devant de la scène, comprendre leur
façon d’être et de faire, et confirmer nos
analyses.
Rendons à César...
.
Victor PROVO est un homme du terroir. Maire proche de ses administrés, tout en
rondeur aimable, il se préoccupe des problèmes de sa ville, et poursuit une œuvre sociale
impressionnante. Sous son autorité, on construit des salles de sports, des crèches. La cité dispose
d’une école de Plein Air, d’un Centre Aéré qui accueille gratuitement pendant les vacances d’été 4 à
5000 enfants.
Maire bâtisseur, il donne un nouveau visage à Roubaix; on assiste à la rénovation d’une
partie importante de la ville: des quartiers sont rasés et reconstruits, d’autres s’urbanisent.
Victor PROVO, c’est la figure du paritarisme à la mode roubaisienne; c’est l’apport du
C.I.L, créé en 1943, c’est la gestion paritaire avec sa représentation ouvrière et patronale; c’est
4000 logements construits de 1948 à 1962.
Victor PROVO, c’est le paternalisme social, protecteur: on assiste à la mise en place
d’un consensus, nouvelle configuration des rapports sociaux. Nous avons évoqué cette époque
d’avant guerre où Roubaix, en ébullition permanente, était agité par de grandes grèves, notamment
celle de 1931.
.
Carrière longue et bien remplie…
Maire bâtisseur et pacificateur, Victor Provo a profondément marqué Roubaix de son
empreinte.
Et déjà, ce maire apparaît comme le garant d’un consensus local et tient une grande
place dans le destin de la ville. Pour Rémi LEFEBVRE, résumant cette période : "Roubaix n’est
plus la ville des querelles, mais de la réconciliation et du travail".1
C’est un homme jeune, Pierre PROUVOST, qui va succéder à Victor PROVO.
1
Colloque roubaisien des 28 et 29 novembre 2003.
195
Le nouveau maire, qui s’inscrit dans le courant animé par Hubert DUBEDOUT, a perçu
les évolutions de la société et veut être de son temps. Il ambitionne d’emmener Roubaix dans la
modernité et d’avoir un destin national. Homme de conviction, il veut faire bouger les choses: " Il a
secoué le cocotier", nous ont dit certains acteurs de l’époque.
Et il applique des méthodes modernes; il s’est d’ailleurs constitué une équipe à sa
mesure (on parlerait aujourd’hui de staff), s’entoure de gens compétents, se rend avec les élus dans
les quartiers pour y rencontrer les habitants, les écouter et prendre des notes; c’est tout le conseil
municipal qui descend dans la rue.
Il promeut la concertation par le biais des comités de quartiers, met en place le Centre
d’Informations Municipales et des Commissions extra-municipales, crée l’I.RE.P…
S’inscrivant cependant dans la continuité de l’œuvre de Victor PROVO, il achète le
Château du Nouvion pour y accueillir des colonies et des classes vertes de Roubaix, il poursuit la
construction de salles de sport et la rénovation de la ville; en 1980, on inaugure le 26ème équipement
sportif de la cité. Notons que, la même année, Roubaix obtient le 1er prix au palmarès des villes
fleuries ! Il nous paraît également important de signaler un événement émanant de l’ère
PROUVOST: en 1978 a eu lieu le 1er festival de l’amitié.
Et il fait des choix; il mène à terme l’opération Alma-Gare, Alma-Centre, impulse la
création du Versant Nord-Est. Confronté au déclin du textile et au nombre croissant des friches
industrielles, il prend des initiatives pour leur traitement ; l’aménagement de l’Avenue des NationsUnies est entrepris sous sa mandature. Pierre PROUVOST montre bien sa volonté d’agir pour sortir
Roubaix de l’ornière.
Mais la façon d’être et de faire du maire crée rapidement des tensions; il impose son
autorité dans les services municipaux, ce qui ira jusqu’à provoquer des mouvements de grèves.
Ecueil du caractère, mais aussi, selon nous, écueil, ressenti à Roubaix, de la politisation
de la société française: l’Union de la Gauche s’ancre dans le paysage politique. Pierre PROUVOST
adhère aux idées du programme commun, il se trouve à l’aise dans le P.S. nouveau. L’équipe que
Pierre PROUVOST a constituée ne comprend plus les anciens élus centristes, notamment André
DILIGENT, Michel BAUDRY, et s’ouvre aux représentants du P.C. et du P.S.U.
A Roubaix disparaît la culture "centriste", caractéristique de l’ère PROVO; à Roubaix
disparaît ce consensus local, véritable ciment politique d’une ville complexe, qui cherche son
identité, une ville dans laquelle les habitants veulent peut-être se reconnaître dans leur maire.
Et Pierre PROUVOST ne sera pas réélu en 1983.
Pour les uns, il est apparu comme un" idéologue ayant cassé le lien du consensus", pour
d’autres, comme un homme politique n’ayant pas le charisme voulu, cette fibre roubaisienne qui fait
les maires reconnus. Pour Rémi LEFEBVRE: "Pierre PROUVOST est un peu une figure repoussoir
de l’histoire politique roubaisienne". Cette période lui apparaît d’ailleurs comme une parenthèse
que la victoire d’André DILIGENT va refermer.
Et pourtant...
Echec ?
Le paradoxe est que, selon nous, Pierre PROUVOST a impulsé des mouvements
essentiels dans la ville, en la propulsant dans la modernité et en faisant des choix ; nous avons déjà
avancé avec Pierre DUBOIS, que si André DILIGENT a pu réussir des choses à Roubaix, c’est pour
une bonne part, parce que son prédécesseur avait eu la volonté de les démarrer.
Nous voudrions insister sur le fait que c’est Bernard CARTON, son adjoint à
l’Urbanisme, qui est allé avec d’autres à Paris, défendre les dossiers préconisant le développement
social de 5 quartiers à Roubaix. Le maire savait déléguer. C’est l’époque où de nombreux ministres
viennent voir la ville, et où l’on prend conscience qu’il ne faut pas seulement intervenir dans les
Z.U.P périphériques, mais aussi dans les centres anciens dégradés et les secteurs horizontaux.
196
En avril 1998, Pierre PROUVOST est fait
officier de la légion d’honneur. Emile
DUHAMEL est fait chevalier dans la même
promotion. Si pour celui-ci, c’est Georges
SEGUY qui va le décorer, au cours d’une
manifestation en mairie de Roubaix à laquelle
assistent près de 200 personnes, c’est sous les
dorures de l’hôtel de Lassay, résidence du
Président de l’Assemblée Nationale que
Laurent
FABIUS
décorera
Pierre
PROUVOST qui vient d’être élu président
du groupe des anciens députés. Aucun
Roubaisien n’assistera à cette cérémonie.
Photographie : Nord Eclair avril 1998
Rendons encore à César...
Pierre PROUVOST, qui avait compris, avant beaucoup d’hommes politiques, l’impact
économique majeur que représentait la Redoute, n’a pas hésité sur les décisions à prendre pour
conserver cette firme dans le giron roubaisien.
Homme incompris ?
Homme dont le bilan a été refoulé dans l’histoire de la cité ?
A-t-on ignoré un bon maire ?
.
6 mars 1983 : le jour où la ville a basculé !
Il suffit d’un tour de scrutin à André DILIGENT pour ravir Roubaix aux socialistes. La
Gauche, invaincue depuis le début du XXème siècle, a perdu son fief.
Le nouveau maire est un élu roubaisien depuis 1947; député en 1958, sénateur en 1965,
il mène, au début des années 70, des combats dans le domaine de l’audiovisuel qui lui valent une
notoriété nationale. "Un homme qui fait de la politique avec son cœur en se servant de sa tête" :
disait Simone VEIL1. Les Roubaisiens le connaissent et l’estiment.
André DILIGENT est un personnage qui passe bien; les Roubaisiens retrouvent en lui,
la bonhomie de Victor PROVO, cette proximité avec le territoire, qui rassure. " J’allais jusque 11
heures le soir discuter avec les gosses, ou me promener seul les mains dans les poches, et parler
avec les gens à droite et à gauche"2... Le nouveau maire n’hésite pas à se déplacer sur le terrain au
moindre incident, le jour ou la nuit. Il se sent investi d’une mission permanente, son engagement
politique est pour lui un sacerdoce :" Je suis entré à Roubaix comme on entre en religion. Je ne
pense qu’à elle. Je vis, je dors, je mange avec elle".3
Il est proche de ses administrés, et il sait travailler avec des gens de sensibilité
différente. Il propose même 2 postes d’adjoint au P.S, qui refuse, et nomme, en 1984, Bernard
CARTON comme membre de la commission nationale D.S.Q. En 1989, il ouvre son conseil
municipal à des personnalités de la société civile. Rappelons d’ailleurs ce qu’il nous disait lors
d’une interview: "Moi, je crois plus aux hommes qu’aux systèmes. Victor PROVO, je l’aimais bien,
j’étais plus à gauche que lui!" Il aimait rappeler avec un malin plaisir que Pierre MAUROY lui
avait suggéré de rejoindre le P.S en 1971 !
Maire apolitique, se jouant des appels du pied que lui lançaient des hommes de gauche,
assurément !
En tout cas, maire atypique !
1
La Voix du Nord du 5 février 2002
Cité par Rémi LEFEBVRE dans le métier de Maire. Les cahiers de Roubaix page 17
3
Nord Eclair du 5 février 2002
2
197
Avec André DILIGENT, on assiste bien à Roubaix au retour de ce consensus disparu
sous la mandature de Pierre PROUVOST. Citons Rémi LEFEBVRE : "Le maire va reprendre à son
compte la tradition de la 3ème force, cette alliance nouée après 1945 entre les démocrates chrétiens
et les socialistes, qui, à Roubaix, est le substrat de la vie politique locale. André DILIGENT va
chercher rapidement à dépolitiser ; le "diligentisme" a consisté en un art consommé du
consensus ! " 1
Ses combats pour la reconnaissance de la ville.
Combat pour redonner de grands équipements à Roubaix, pour obtenir des ressources,
des crédits, des investissements. Et se font l’Usine, les archives du Monde du Travail, l’école de
police; nombre de projets concernant la petite enfance, les écoles, les collèges et lycées, les
transports, l’urbanisme se concrétisent; trois mairies annexes s’ouvrent; Roubaix devient ville
universitaire.
Lors d’une interview, André DILIGENT nous a livré, avec une satisfaction non
dissimulée, ces commentaires de politologues observateurs du microcosme roubaisien :" En 1986,
on disait : jamais une ville n’a eu autant de mérite à lutter. En 1990, on parlait de miracle
roubaisien ! "
Combat pour que la
Communauté Urbaine, plus attachée
au développement de Lille et de
Villeneuve d’Ascq qu’à celui du
Versant Nord-est de la Métropole,
soit bipolaire (deux têtes : Lille et
Roubaix-Tourcoing).2
Combat pour que Roubaix ne devienne pas un quartier du Grand Lille. Comment
accepter, a-t-on pu lire dans la presse, que, lorsque la Communauté accordait 22 000 francs à Lille
et à la ville nouvelle, Roubaix ne percevait que 1 800 francs ! André DILIGENT va mener une
résistance farouche, émaillée de coups médiatiques, comme l’occupation en 1989, d’un salon de la
Préfecture afin de réclamer une meilleure répartition des crédits. "Préparé à une action de longue
date, il emmène un pyjama entre deux dossiers... dans son attaché-case! Ce soir-là, André
DILIGENT - Don Quichotte sort de la préfecture entre deux C.R.S ! "3
Combat pour l’intégration des familles d’origine étrangère; et Roubaix est devenue une
ville symbole en France. Il évoquait parfois son patchwork roubaisien : "J’ai l’impression que le
monde entier vit ici ; dans chaque pays où je me rends, on connaît cette ville qui a accueilli un
frère, un parent, un ami".
On lui attribue le renouveau de la ville. Il reste bien des analyses à approfondir sur ce
point ; comme nous le soulignions, André DILIGENT a récolté les fruits de nombreux dossiers
impulsés par son prédécesseur, et il est tout aussi clair que beaucoup de projets qui ont vu le jour
dernièrement, trouvent leurs racines au cœur des années DILIGENT. Citons un jugement que luimême portait sur son action : " En 1994, le train était bien sur les rails; tout n’était pas fait, mais
c’était parti ! Nous avions préparé les conditions actuelles du renouveau de Roubaix".
On lui attribue également le maintien de la cohésion sociale; citons le sociologue
Philippe BATAILLE : "Tenant la barre tant bien que mal, le grand timonier a fait en sorte qu’elle
ne parte pas dans tous les sens ".4
1
Rémi LEFEBVRE : intervention au colloque des 28 et 29 novembre 2003
Photographie Nord Eclair janvier1985
3
La Voix du Nord du 5 février 2002
4
Cité par Rémi LEFEBVRE dans le métier de maire : les cahiers de Roubaix page 11
2
198
Devenu figure emblématique, véritable statue du Commandeur, artisan de la fierté
retrouvée des Roubaisiens, André DILIGENT a accompli sa mission.
"Le temps est venu de prolonger la trace du sillon, et d’accrocher la charrue à
l’étoile.... "1
Succession difficile que celle d’André DILIGENT...
Si le "vieux lion", qui démissionne
en mai 1994, a préparé sa sortie et désigné son
dauphin, le nouveau maire, adoubé par le Conseil
Municipal, n’a guère la tâche facile.
René VANDIERENDONCK, imposé
comme chef de cabinet, puis comme 1er adjoint
en 1989, a donné des preuves de sa compétence,
mais, homme de dossiers, il doit se faire
connaître des Roubaisiens. Homme de l’ombre, il
doit se transformer en homme public ! Beaucoup
écorchent son nom, et l’on mettra longtemps à
l’orthographier correctement !
Le maire va s’employer à se forger
une image, un style, qui feront de lui quelqu’un
Photographie :le soir des élections : Nord Eclair 1995
d’identifiable par la population; et dès le début de
son mandat, on le voit très souvent sur le terrain,
serrant des mains, fumant la pipe, plaisantant; René VANDIERENDONCK a la rondeur rassurante,
l’humour facile, et le sens des formules qui frappent. On est loin de l’image de froideur que donnait
Pierre PROUVOST.
Et peu à peu, il va s’imposer, asseoir sa légitimité, et assumer des choix importants; on
va accepter ce maire qui n’avait aucun passé politique, aucun mandat national, mais qui s’inscrit
dans le consensus restauré par son prédécesseur, et dans la construction de l’identité locale, qui, ne
se faisant plus en opposition à Lille, aura un caractère apaisé, dans une échelle métropolitaine.
Les difficultés de la gouvernance pour René VANDIERENDONCK.
"Quand on est maire, on est au-delà des clivages, on rassemble des gens d’horizons
différents ; et on les rassemble sur quoi ? Sur des projets, à condition qu’ils aient été associés et
partie prenante. Quand j’ai été élu, j’ai travaillé sur des dossiers, et je me suis trouvé sur le chemin
de Pierre MAUROY et Michel DELEBARRE, d’autres hommes qui étaient des hommes de projets.
Pour porter un projet pour sa ville, il ne faut pas être hémiplégique, ne voir que d’un seul côté. Il
faut savoir reconnaître ceux qui ont apporté les moyens. Vous savez, le métier de base d’un maire,
c’est de rassembler".
René VANDIERENDONCK évoque alors un article du Nouvel Observateur, dans
lequel Pierre MAUROY, recourant à la géométrie, pose subtilement les préceptes de la
fonction : "Un ministre est au sommet d’une pyramide. Un maire, lui, doit être au centre d’un
cercle".2
"Mais je ne me définis pas par rapport à la notion de consensus; je n’aime pas ce
terme, qui est ambigu et renvoie idéologiquement à une cohabitation Gauche- Droite, type 3ème
force; je dis que politiquement, il faut être situé; j’ai cherché à ne pas être dans un magma
consensuel. Un maire ne doit pas faire un consensus mou".3
Pour René VANDIERENDONCK, la crédibilité du maire par rapport aux habitants se
trouve dans la proximité. Et pourtant, écartelé entre les différentes échelles territoriales, à la
1
Cette ligne est la dernière de son livre : "La charrue et l’étoile" : éditions COPRUR
Nouvel Observateur N° 2228
3
Entretien du 10 décembre 2003
2
199
recherche des moyens pour sa ville, le maire peut-il être proche de ses administrés ? Comment peutil encore exercer le rôle de garde-champêtre, être là, pour prendre les décisions quotidiennes
qu’appelle la vie collective de tout groupe humain ?
"C’est difficile, ça relève de la quadrature du cercle. Beaucoup de choses faites par le
maire (obtenir des subventions par exemple), ne sont pas perçues par les habitants. Ce qu’ils
jugent, c’est votre capacité à être présent dans les problèmes qu’ils rencontrent, à répondre à des
courriers; savez-vous qu’il y a plus de mille lettres qui arrivent en mairie par jour ! De toute façon,
quand je vais à une réunion, je sais que je vais me faire engueuler !".
Ce qui arriva pendant sa rencontre avec les habitants de l’Alma1, ce quartier dans lequel
il faut bien vivre dans l’attente des travaux de requalification.
Le maire a d’abord présenté les différents objectifs du projet aux habitants inquiets. Puis
après avoir expliqué qu’une vaste opération comme celle de l’Alma ne se fait pas en un jour, qu’il
faut préalablement réfléchir à la faisabilité et trouver les financements (35 millions d’euros, dont
85% de subventions !), il a conclu avec un humour désarmant : "Je suis conscient que tout ça va
procurer des nuisances...trois ans, c’est long, mais c’est le temps d’un dossier. Si vous trouvez plus
vite, je suis prêt à vous rembourser la différence! "
Au cours des entretiens qu’il nous accordés, René VANDIERENDONCK est revenu
plusieurs fois sur les problèmes de temps et de crédibilité, qui, à l’évidence, le tourmentent.
" Les gens attendent que les services publics au quotidien, soient plus réactifs. On est
dans un monde où il ne faut pas avoir peur de l’intercommunalité, mais il faut veiller à ce qu’elle
ait une légitimité et faire que les compétences s’exercent au contact de la population: c’est la
subsidiarité, tout ce qui peut être fait au plus près des gens, doit rester au plus près. Vous savez,
vous n’êtes crédible sur la politique de la ville que si vous améliorez vos réponses de proximité :
c’est la preuve. Il n’y a pas de déclaration d’amour, il n’y a que des preuves d’amour".
Et puis, le temps de l’habitant n’est pas le même que celui de l’élu. "J’ai beaucoup de
regrets, ils tournent tous autour de l’échelle temps, c’est à dire ce décalage entre l’urgence et le
processus de décision; la pression du temps, c’est ma hantise permanente".
René VANDIERENDONCK exprime également son souci de l’écoute et de la
transparence, et ses préoccupations quant au rôle des comités de quartier et à la participation des
habitants.
Le maire reconnaît volontiers que sa position
sur les comités de quartier s’est modifiée: "J’avais d’abord
dit qu’ils étaient un mal nécessaire; aujourd’hui, je dis
qu’ils sont un bien souhaitable. Bien sûr qu’ils ont une
fonction grain de sable, mais je m’aperçois que c’est
précieux dans une ville, ça fait avancer, et ça empêche de
faire des bêtises ! "
Pour le maire, il y a une histoire des comités
de quartier, qu’il faut respecter ; il a d’ailleurs empêché,
nous a-t-il dit, que les conseils de quartier soient un cadre
venant contester leur légitimité: " Les habitants parlent
par les comités de quartier; quand on veut y ajouter des
acteurs, économiques, commerciaux, on fait un conseil de
quartier: c’est une autre histoire".
Bulletin d’informations
municipales: septembre 1994
1
René VANDIERENDONCK évoque peu son
bilan; selon un intervenant au colloque, le maire ne fait
point d’autosatisfaction, alors même qu’on lui fait crédit
d’avoir changé la ville ; il préfère de toute évidence mettre
Réunion qui s’est tenue le 11 décembre 2003
200
en avant ses projets pour Roubaix et évoquer une aventure collective qui donne du sens à sa vie.1
C’est aussi le message qu’il nous a délivré lors de notre dernier entretien en décembre 2003.
"Vous savez, tous les problèmes de la société française qui valent le coup, qui ont du
sens, sont dans cette ville. Oui, on dit que l’image de Roubaix a changé ; bien sûr, ça ne me fait
pas déplaisir, mais j’ai peu de temps pour me satisfaire de ce que j’ai réalisé dans une ville qui
incline à la modestie, car je peux vous faire dans la même journée un beau circuit (le festival de
Cannes) et le parcours de l’épouvante (le festival d’Avoriaz). Mais quand vous avez trouvé l’âme de
Roubaix, vous ne pouvez qu’avoir confiance dans la capacité de cette ville à se renouveler, à court
terme et à long terme; ce n’est pas un sprint, c’est un travail de longue haleine...une course de
fond".
"Cette ville me donne beaucoup plus que ce que je lui apporte. J’ai envie de dire à la
manière d’André DILIGENT : Regarde ton sillon et l’étoile de tes valeurs, et rien d’autre ! ".
Quatre maires, quatre destins au service de Roubaix
Ville creuset, ville laboratoire, ville apparaissant, selon le maire actuel, comme une
mine à ciel ouvert de toutes les politiques de la ville, Roubaix a vu des dizaines de ministres
parcourir les champs d’expériences des quartiers où se mettaient en place des formes de
participation des habitants et des procédures que l’on ne voyait nulle part ailleurs. De nombreux
sociologues sont venus étudier la cité et pénétrer "la mythologie que produit cette ville, décrite
comme ne faisant rien comme les autres"2.
On voit même aujourd’hui des anthropologues publier des études sur les pratiques et les
représentations au sein de ce "peuple de Roubaix", décidément sujet inépuisable !
Une ville-monde qui fait maintenant le pari de la culture, élément moteur du
renouveau : "la culture qui recoud les déchirures... "3
Quatre maires donc, qui ont contribué à façonner cette image actuelle de Roubaix, qui
ont scellé leurs pierres sur des fondations qu’ils ont utilisées, dans un contexte qu’il ne faut jamais
occulter. C’était déjà l’analyse de Pierre DUBOIS qui nous disait lors d’une discussion sur le bilan
de Pierre PROUVOST: " L’important, c’est de ramener à la durée ; 30 ans, c’est peu, et c’est
beaucoup, le changement se faisant sur une longue période". Dans le cadre de notre étude sur les
maires depuis la Libération, c’est une époque de 50 ans que nous avons évidemment considérée.
Des maires qui ont fait des choix pour leur ville, avec leur style propre, parfois contesté.
Tous ont été pragmatiques par bien des aspects, dans le domaine social, économique, politique.
Pierre PROUVOST, puis André DILIGENT, véritable commis voyageur roubaisien, et
René VANDIERENDONCK, courtier habile, ont su utiliser leurs réseaux, leurs relations pour
obtenir des moyens pour Roubaix.
Claude BARTOLONE n’a-t-il pas dit lors de la cérémonie des vœux de 2002 : " Il est
vrai que René a tendance à venir retirer des chèques facilement. Mais ce n’est pas de l’argent
thésaurisé ! " 4
Et souvenons nous de ce que disait le Général de Gaulle : "Il n’y a pas de politique qui
vaille en dehors des réalités". Des réalités politiques roubaisiennes qui font qu’un maire, sous peine
de périr sous les "fourches Caudines" de la réprobation, ne saurait déroger à la construction de
l’identité locale, et à la tradition ancrée du consensus. C’est l’idée, souvent émise lors du colloque,
selon laquelle un maire ne saurait être pris en défaut de "roubaisianité".
1
Intervention de Rémi LEFEBVRE lord du colloque des 28 et 29 novembre 2003.
Michel DAVID : intervention au colloque des 28 et 29 novembre 2003
3
Nord Eclair : cérémonie des vœux de maire, janvier 2004
4
Nord Eclair : janvier 2002
2
201
A Roubaix, le maire doit-il avoir la fibre roubaisienne, c'est-à-dire cette capacité à
s’investir en permanence, à donner des preuves d’amour, à faire le don de soi, à s’identifier à sa
ville ? René VANDIERENDONCK, en tout cas, au cours des entretiens qu’il nous a accordés,
nous a livré ce qu’il croit : "Pour moi, vous savez, l’histoire de mes rencontres avec cette ville, fait
que progressivement, vous vous prenez à vous rendre utile, et à devenir amoureux des valeurs
qu’elle contient".
Ce que Jean-Louis BORLOO, pour sa part, a récemment exprimé ainsi : " L’expérience
de maire m’a marqué à vie, je me sens charnellement partie prenante... "1
La réussite, dans cette ville, en effet, passe par cet amour spirituel et physique : Roubaix
se donne si vous vous donnez....
Roubaix, une histoire d’amour...
Le Pile à cœur ouvert
Au moment de terminer cet ouvrage, posons un regard lucide sur ce quartier, dont nous
avons retracé l’évolution au sein de l’urbanisme roubaisien.
Une histoire tourmentée ! Nous avons décrit tant de situations difficiles, tenté de
décrypter tant de décisions, et de comprendre tant de réactions d’acteurs politiques et associatifs,
évoqué tant de craintes de la part des "Pilés". Nous avons eu nous-même tant de questionnements
quant aux démarches !
Mais pouvait-on faire autrement ?
Ces cheminements nous conduiront à réfléchir sur le rôle du Comité de Quartier du Pile
aujourd’hui, alors qu’il vient de fêter ses 20 ans d’existence, et nous nous interrogerons sur l’espoir
de renouveau que représente le site de la Condition Publique.
Notre première analyse portera sur le Pile "victime".
Le Pile a été victime de sa situation territoriale. Rappelons brièvement quelques unes de
ses caractéristiques. Quartier longtemps retiré du centre, le Pile vit au rythme de ses manifestations
festives. Les usines se sont implantées tardivement à sa périphérie et en nombre relativement faible.
L’habitat couvre près de 80 % de sa superficie ; ce tissu urbain très dense, où les courées sont
nombreuses, a noué un maillage social qui a provoqué, chez les "Pilés", un rapport affectif puissant
au territoire. La population, essentiellement ouvrière, est homogène et constitue une proportion
élevée de petits propriétaires occupants, qui entretiennent bien leur maison.
Nous sommes alors dans un quartier calme, refermé sur lui-même, où l’on se sent bien,
qui n’attire pas l’attention. Et, bien sûr, ses habitants sont peu revendicatifs, le Pile n’est pas un
quartier contestataire.
Toutes ces caractéristiques s’enchaîneront quand le Pile sera interpellé, à la fin des
années 70.
Quand on leur annonce que le quartier va être réhabilité, on s’oriente vers un traitement
en douceur, qui sera nécessairement long et continu, et qui tiendra compte des préoccupations des
gens : ce sera la politique dite de la "dentelle.
Rappelons que pour beaucoup de techniciens, on ne pouvait casser le Pile, ce serait trop
long en regard de l’imbrication des logements et des procédures concernant inévitablement une
forte quantité de propriétaires. Mais cette politique non agressive, qui correspondait à ce que voulait
les habitants, a bien arrangé la municipalité.
Le Pile va être victime de son manque d’enjeu politique. Pourtant, c’est bien la
municipalité qui annonce la prochaine réhabilitation, c’est elle qui envoie à Paris, Bernard
1
Nouvel Observateur du 25 septembre 2003
202
CARTON, Pierre DUBOIS, François CHAVANEAU, défendre leur projet. Projet de réhabilitation,
certes, mais projet qui comprend l’élargissement de la rue Pierre de Roubaix en vue d’y implanter la
future ligne de métro.
Les services de la ville s’aperçoivent que ce plan de développement très ambitieux
coûtera excessivement cher dans le temps, et qu’il n’aura pas d’impact visuel fort, le projet métro
étant suspendu. Le projet n’est plus rentable politiquement. Ajoutons que, à l’époque, comme nous
l’a rapporté Pierre DUBOIS, on devait finir l’Alma, on n’avait pas les moyens d’injecter des
sommes énormes sur tous les quartiers en même temps !
Dès lors, on n’adhèrera pas
totalement au processus, et les millions
nécessaires à une réhabilitation du quartier ne
viendront pas au rythme voulu !
D’ailleurs,
René
VANDIERENDONCK,
analysant la triste réalité du Pile, a admis,
souvenons nous, que les tâtonnements successifs
des politiques menées n’ont jamais été à la
hauteur des problèmes; les O.P.A.H, et la R.H.I
étaient des opérations pour guérir des blessures
urbaines, alors qu’il aurait fallu appliquer des
thérapies de choc !
DUP Lannes-d’Estaing : Commencée avant 1990, le terrain libéré sera engazonné et restera ouvert, en face au
square Ansart. Peu utilisé, servant ponctuellement de lieu de dépôts clandestins, il n’y a, aujourd’hui, pas de projet
défini sur cet espace.
Le manque d’enjeu est un des malheurs du Pile...
Il est clair que tous les projets municipaux ont intérêt à bénéficier, à l’échelle
roubaisienne et communautaire, d’une locomotive ayant une grande lisibilité politique; le métro, en
l’occurrence, était cette locomotive! Ce projet d’envergure aurait ouvert le Pile vers l’extérieur, et
amené une dynamique forte; ce quartier refermé sur lui-même, qu’on ne visite pas, aurait eu une
vitrine, apportant de réels moyens.
Le Pile victime encore, si l’on considère que les techniciens de l’équipe opérationnelle
se retrouvent avec un secteur élargi, allant jusqu’à la rue de Lannoy, secteur sans doute trop vaste
pour être traité efficacement !
Mais il faut vivre...
Sans projet porteur, sans vrai rapport de force, comme à l’Alma, comment le Pile peut-il
se prendre en charge, rassembler les énergies, trouver des moyens d’expression pour les habitants,
créer de l’espérance... ?
Résultante de tous ces paramètres, on assiste à la montée d’un militantisme social et...
pédagogique !
L’A.L.D.P est créée en 1981 par de instituteurs de l’école Pasteur qui veulent ouvrir leur
établissement au quartier et à la ville. Cette association s’oriente rapidement vers une démarche
sociale qui prend en compte la promotion des personnes. Ce sont bien les acteurs pédagogiques qui
veulent promouvoir leurs idées à l’extérieur, contrairement à l’Alma, où ce sont les habitants qui
veulent changer l’école.
L’association "Comité de Quartier", qui n’est au départ qu’un groupe informel, est
créée officiellement en 1983; il y a peu de militants à l’époque, c’est Raymond PLATTEAU,
enseignant à l’école Pasteur, qui en prend la présidence; il est également président de l’A.L.D.P
depuis 1981.
Des habitants et 13 associations vont créer l’A.G.A.P.E, pour gérer le centre social.
C’est Dominique DUMONTET, militant du Comité de quartier, permanent de la mission
évangélique protestante à la Solidarité, qui en est le premier président en 1985.
203
Ces militants, en phase avec des modes de pensée et de modes de faire pédagogiques,
fondés sur l’accompagnement des habitants, portent un regard sur l’individu, pour l’aider à grandir,
avancer avec lui, afin qu’il se prenne en charge.
Ce qu’ils essaient de mettre en place est naturellement pédagogique; ils vont façonner
des outils selon les besoins exprimés, apprendre aux habitants à s’en servir, expérimenter avec eux,
prendre le temps du mûrissement. Ils ne veulent pas brusquer les choses; pour eux, la seule
pédagogie valable en profondeur consiste à travailler dans la durée; le risque serait d’emmener les
habitants trop vite dans un mouvement revendicatif mal compris. Rappelons que le Pile se trouve en
pleine interpellation quand s’achève tragiquement l’expérience de la Limace bleue; les participants
et les opposants en ont gardé un traumatisme profond ! Personne ne veut revivre une telle dérive !
La démarche adoptée par nos militants prend en compte toutes ces idées; ils la
privilégient parce qu’elle correspond aux caractéristiques de la situation et aux décisions concernant
la "dentelle": lenteur, quotidienneté... Selon eux, le contexte n’a jamais été favorable à une autre
démarche.
C’est pourquoi, au Pile, on ne travaille pas sous la pression, le Pile n’est pas l’Alma ;
c’est le consensus qui est toujours recherché.
Cheminement non conflictuel, mais exigeant, sans concession! Rappelons nous ! On ne
souhaite pas pour le centre social un équipement disproportionné! On préfère n’ouvrir la haltegarderie que quelques demi-journées par semaine, tant que le besoin ne se fait pas encore vraiment
sentir ! On ne veut pas d’un directeur en début de carrière, qui ferait son expérience au détriment
du Pile!
Il est bien difficile de juger les résultats d’une telle démarche? Les habitants s’inscrivent
davantage dans une situation d’opposition que dans un cadre consensuel; les "Pilés" ne sont pas
entrés dans un rapport de force parce qu’il n’y a pas eu de grand projet qui les aurait mobilisés et
fait réagir, comme à l’Alma, et parce que les militants associatifs ont privilégié le "faire ensemble"
plutôt que le "faire pour". Peut-on regretter que ceux-ci n’aient pas réussi, pour parler comme un
BOURDIEU, à rendre collective la somme des problèmes individuels des habitants ?
Ces militants ont-ils été trop pédagogues?
Comme le disait Philippe MERIEU, la pédagogie est une utopie concrète au service de
l’éducation.
Ils ont assumé en tout cas ce risque!
Les Comités de quartier: 25 ans déjà !
Dans le cadre de notre ouvrage, nous avons recueilli nombre d’expressions imagées,
émises par des élus, concernant les comités de quartier:"ils sont un poil à gratter pour la
municipalité; ils ont une fonction grain de sable; ils étaient un mal nécessaire, ils sont
aujourd’hui un bien souhaitable; ils évitent de faire des bêtises... "
Pour Marc VANDEWYNCKELE, adjoint aux quartiers, en 1977, rappelons nous,
l’idée était de développer la démocratie participative, d’établir de nouveaux rapports entre la
municipalité et la population, de rendre le citoyen actif à toutes les phases d’une loi ou d’un projet,
de lui laisser le temps de s’exprimer, de l’écouter.
Marc, très vite, découvre les visions diverses apparues sur le pouvoir des habitants et
leur légitimité. Chemin difficile que celui de la démocratie locale! Beaucoup de villes ayant mis en
place des comités de quartier les ont vu disparaître; si, à Roubaix, ils ont tenu, c’est, selon l’adjoint
aux quartiers, parce que les fondations étaient bonnes, et basées sur du sens !
A la recherche d’une identité.
204
La référence commune à ces instances roubaisiennes est la charte des quartiers, signée
avec la municipalité en 1989: les comités deviennent des partenaires privilégiés et obtiennent des
moyens qui leur permettent de disposer d’un local et d’embaucher un permanent-habitant à mitemps. Leur socle est commun, mais les modes de fonctionnement peuvent être différents, selon les
caractéristiques de chaque quartier, et la conception que les militants se font de leur engagement.
Que doit être le rôle des comités de quartier ? Les ambiguïtés apparaissent nombreuses;
ils reçoivent une aide de la mairie : celle-ci peut-elle tolérer une dimension sinon conflictuelle, du
moins revendicative? Jusqu’où peut aller leur liberté d’expression? Qui représentent-ils? Au service
de qui sont-ils? Sont-ils les porte- parole des habitants? Reconnaissons le, les comités de quartier
ont des difficultés à définir leur mission, leurs problèmes existentiels sont récurrents.
Catherine NEVEU, dans un ouvrage récent, s’est attachée à analyser, au-delà de la
diversité des situations, et de l’histoire de chacun des quartiers, cette expérience de citoyenneté.
Relevons quelques points de son étude.1
Selon ses observations, recueillies au fil des mois passés à Roubaix : "Les comités de
quartier seraient d’abord et avant tout, des espaces sociaux, au sens d’espaces de société, des lieux
de la société civile, de rencontre et de débat commun; le mode de fonctionnement ne se situe plus
dans la revendication, l’implication des habitants se résume à une présence: ce qu’on demande aux
habitants, c’est d’être là. D’un rôle d’habitant actif, relevant d’une logique d’action, on passe à
une contribution passive. Beaucoup, parmi les militants, considèrent que, même si tout allait bien, il
faudrait que les comités de quartier existent".
Le Comité de quartier du Pile : la continuité en mouvement
Comment le Comité de quartier du Pile s’inscrit-il dans cette histoire? Comment vit-il la
quotidienneté, la proximité, les problèmes liés à la participation? Comment reste-t-il cohérent dans
un contexte difficile? Notre immersion à tous deux au sein de cette association, pour l’un en tant
que militant convaincu de longue date, pour l’autre en tant que découvreur passionné par la
recherche de l’identité du Pile, nous a permis de pénétrer un vécu riche, que Nawel BADAOUI a
analysé avec nous lors d’un entretien récent. Pour étayer sa pensée, elle évoque tout d’abord les
signaux émis autour du site de la Condition Publique.
"Si on peut transformer l’image du quartier, tant mieux, mais il n’y a pas que l’image, il
faut surtout améliorer la vie quotidienne des habitants, il faut qu’ils vivent correctement. S’ils
participent à l’élaboration du Projet de la Condition publique, très bien, mais qu’est ce que ça va
leur apporter au niveau de leur vie ?
Nous, on dit: on est confronté avec eux à un quotidien lourd à porter, alors, s’il n’y a
pas d’effets sur leur vie, on ne joue plus, on n’a pas de temps à perdre !
On a une responsabilité par rapport aux habitants, on ne veut pas avoir la réputation
d’être toujours en réunion, et jamais en dialogue avec eux. Bien sûr, il y a le temps du débat, et le
temps de faire, mais pour moi, le temps du débat avec les gens, c’est déjà une action, parce qu’on
accepte de changer, d’évoluer; on avance, des choses mûrissent, et c’est à taille humaine !"
Pour les salariés et les administrateurs, le Comité de quartier est un lieu, un moment
pour l’expression, autrement dit, un lieu d’échange et de ressources.
" Pour nous, explique Nawal, le 62 rue Desaix, c’est un point de réunions, des salles,
avec des outils pour permettre à un maximum de gens de participer.
Mais le Comité de quartier, ça se passe aussi dehors, c’est tout autour, aux coins de
rues; ce n’est pas aux gens de se caler sur la vie de l’association; si on veut favoriser la
1
Catherine NEVEU : Citoyenneté et espaces publics. PUF. Dans cet ouvrage, l’auteur présente des fonctionnements
comparés de plusieurs comités de quartier, dont celui du Pile. A la lecture de l’étude préalable à ce travail présentée en
1998 dans une réunion organisée par l’A.I.R., le comité de quartier du Pile s’était montré plus que réservé sur les thèses
soutenues, le reproche principal consistant dans la différence de recueil et de traitement des informations sur les
structures qui entrent dans la comparaison. Nous continuons de penser que Catherine NEVEU n’a pas complètement
appréhendé la réalité du comité de quartier du Pile et c’est pourquoi les propos de notre ouvrage peuvent apparaître en
contradiction avec les siens.
205
participation, c’est bien au Comité de quartier de tenir compte des disponibilités des uns et des
autres; sinon, on les fragilise encore plus, et on les met dans des cases où ils ne peuvent pas aller".
Un administrateur ajoute que l’on ne fait jamais de réunions publiques au siège du
Comité: les militants préfèrent emmener les élus voir des habitants dans la rue, des "Pilés" qui ne
viendraient pas forcément ici, ou qui, autrement, ne parleraient pas!
Raymond PLATTEAU, sensible aux critiques concernant la représentativité des
habitants, est très clair : "Le seul qui soit représentatif des habitants, c’est l’élu de quartier; nous,
nous ne sommes que des militants qui permettent la parole des gens. Nous ne sommes pas des
porte-parole, mais plutôt des porte-voix: nous tenons le micro".
Remarques que Nawal retient pour expliquer la démarche de l’association :
"Si un problème survient rue Soult, ce sont les habitants eux-mêmes qui vont agir. Nous,
on est avec eux, à la limite, ils nous utilisent; on se met à leur disposition. Ca ne sert à rien de
vouloir aller trop vite! C’est d’ailleurs la démarche qu’a choisie Denise BOUCHEZ, maire des
quartiers Nord; pour l’organisation de la Fête des jardiniers, elle leur laisse beaucoup de latitude,
elle ne demande pas à ses services de préparer un programme tout fait. Elle dit: les gens ont des
idées, c’est eux qui préparent. Et ce sont les techniciens des services qui se mettent à leur
disposition".
La démarche du Comité, est là encore, exigeante.
"Notre exigence est de nous donner les moyens de nous mettre à la disposition de
autres. Ce qui nous aide dans la mise en place de notre démarche, c’est que, chez nous, il n’y a pas
d’enjeu de pouvoir, nous prenons les décisions en commun; nous organisons par ailleurs des
journées de formation auxquelles participent, ensemble, salariés et administrateurs. Le fait que
nous ayons 5 co-présidents n’est pas un gag, c’est caractéristique de cette volonté de partage ! "
Pour l’équipe, le fonctionnement du Comité de quartier du Pile tend à s’écarter des
chemins traditionnels; et Nawal d’expliquer que, même si peu de personnes viennent au conseil
d’administration, ce n’est pas traumatisant, la vie du Comité existe quand même, ça fonctionne.
"Le défi qu’on s’est lancé depuis quelques semaines, c’est de décrire et d’écrire ce
qu’on a pu inventer, car on a dû inventer quelque chose! Un vrai mode de fonctionnement
démocratique ! On ne sait pas vraiment...
On est en train de découvrir que des liens de confiance se sont créés avec des gens qui
ne se connaissent pas et qui font vivre l’association ! "
Assurément, des choses se passent au 62 rue Desaix, et...autour !
Des choses qui ne passent pas dans la presse, qui ne seront pas sur la photo !
Assurément, quelque chose qui relève encore de la démarche pédagogique.
Eduquer pour libérer...
206
Le Pile enfin dans les grands projets...
Pour René VANDIERENDONCK, il y a maintenant au Pile de l’espoir; ce quartier est
classé en G.P.V. Comme l’écrit Brigitte LEMERY1 : "Le Grand Projet Ville, faisant suite à la
résorption de l’habitat insalubre, saupoudrant trop son action, va offrir les conditions d’un
véritable lifting urbain du territoire grâce à une vaste opération de réhabilitation requalifiante.
C’est une O.P.A.H nouvelle vague audacieuse, se donnant les moyens de changer la ville. Cette
opération pilote de Lille Métropole communauté urbaine, qui concerne 10 quartiers répartis sur
Roubaix, Tourcoing, Wattrelos, est unique en France par son ampleur ; elle touche dans notre
ville : l’Epeule, l’Hommelet, Pile, Moulin et Sainte Elisabeth".
Les moyens mis en œuvre pour inciter les propriétaires à réhabiliter l’extérieur et
l’intérieur de leur maison, sont très importants. Une chance pour le Pile de changer son image de
quartier dégradé et paupérisé ?
On constate au cours de l’année 2003, que des travaux de rénovation sont effectués, rue
Desaix, rue J. Guesde... Mais le territoire ne s’embrase guère: les petits propriétaires du Pile ne
s’empressent pas de solliciter des subventions qui les obligent à monter des dossiers compliqués, et
à adhérer aux objectifs de la Z.P.P.A.U.P2, ce qui amène des contraintes architecturales et
esthétiques comme l’interdiction du P.V.C.... Ils préfèrent ne rien demander, et effectuer des
travaux comme ils le désirent !
Par contre, les bailleurs sociaux, notamment Logicil, Roubaix habitat, sont attirés par les
avantages fiscaux; ils rachètent de nombreuses maisons, les réhabilitent pour les louer.
Mais à qui ? Et d’aucuns de poser le problème, récurrent lui aussi, de l’arrivée de
personnes en difficultés, ce qui ne manquera pas de renforcer le caractère déshérité du Pile. Ainsi,
pour de nombreux observateurs, la concentration de logements sociaux n’est pas souhaitable;
comme il n’est pas souhaitable, selon les vœux exprimés par les habitants lors d’une concertation
relative au projet de la Teinturerie du Pile, de construire de nouveaux logements, alors qu’il faut
plutôt aérer un secteur fortement peuplé; les statistiques de 1999 concernant la densité de
population parlent d’elles-mêmes:
• Pile centre : 15 576,2 habitants au km2
• Pile est
: 11 355,3
• Pile nord : 7 052,2
A Roubaix, la densité est de 7427,5 habitants au km2.
Au Pile, la réhabilitation requalifiante n’est donc pas la panacée; si elle n’est pas un
échec patent, elle n’apparaît pas non plus comme une réussite...
La Condition Publique : la nouvelle locomotive?
"Elle sera un haut lieu de la culture régionale; ce sera un lieu branché (40% de la
population roubaisienne a moins de 25 ans), un lieu qui aura les pieds et la tête dans le 21e siècle...
Un lieu intégré dans l’opération Lille 2004; un lieu pour la création dans son ensemble, pour toutes
les cultures; un lieu mélangé où l’artiste se sentira bien pour créer... "
Les articles publiés dans la presse locale depuis quelque trois ans sont dithyrambiques et
annoncent un projet de grande ampleur, à la fois culturel, économique et citoyen.
Ces propos se confirment aujourd’hui: "La condition publique sera la manufacture
culturelle du Pile, une salle internationale de quartier, un nouveau lieu de pratiques et de
convergences artistiques, espace du savoir et du faire culturel, baptisé maison Folie par Lille
2004 ! "
1
2
La Voix du Nord 5 octobre 2003
Zones de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager.
207
Le chanteur Manu Chao lui-même, avant le concert qu’il a donné en 2003 à la
Condition publique, a expliqué pourquoi il a été séduit. "Ce projet, encore fou et flou, doit créer une
sorte de festival des petites expériences et des utopies de quartier. Ces ides doivent venir d’en bas et
non plus des élites culturelles... "
Comme le soulignait l’article
que nous avions écrit dans le "Pile à cœur
I", le site de la Condition publique a de quoi
frapper les esprits1 :" Cet édifice aux
dimensions
impressionnantes
allie
parfaitement esthétisme et fonctionnement. Il
se démarque dans l’îlot par de longues
façades. On peut encore lire clairement à
l’intérieur la façon dont il fonctionnait : une
rue intérieure coiffée d’une verrière, avec un
sens unique de circulation, desservant de
vastes quais de déchargement ainsi que de
grandes halles ".2
Et nous donnions les caractéristiques de la toiture, peu connues des Roubaisiens à la
sortie de notre ouvrage : "Plate et recouverte de plaques goudronnées, elle aidait au maintien de la
fraîcheur et de l’humidité à l’intérieur. Mais, avec le temps, et l’accumulation des poussières de
charbon issues des cheminées (près de 20 cm d’épaisseur), une végétation folle a envahi cet
espace".
On sait aujourd’hui que les toitsterrasses, étudiés par la botaniste Liliane
AMOTA, recèlent : "des plantes rares de
diverses origines issues du conditionnement
des textiles, par pollinisation ou par la main
espiègle de l’ouvrier".3
Voilà donc un bel équipement
qui devrait satisfaire le plus grand nombre.
Car pour les concepteurs, les atouts sont
nombreux. Et la presse d’évoquer la grande
halle pouvant accueillir 800 personnes4, une
salle de spectacle de 600 places, des studios
d’enregistrement, des résidences d’artistes,
des ateliers de création...
Mais très vite, des craintes se font jour au sein du microcosme roubaisien, quant aux
processus de décision accélérés, qui ne sont pas en faveur de la concertation. Des élus ne veulent
pas que la Condition publique ne soit qu’un support pour la satisfaction d’une minorité: " Le projet
sera d’autant plus pertinent qu’il s’intègrera de façon cohérente à la politique culturelle que veut
promouvoir la municipalité. Nous ne voulons pas d’un O.V.N.I. ! ", avaient déclaré les Verts lors
d’un débat public.5
Il est temps de nous inquiéter des enjeux pour la population.
1
La condition Publique était à Roubaix le lieu où l’on pratiquait le conditionnement d’un textile, notamment le
stockage de la laine brute et le calcul de son taux d’hygrométrie avant son utilisation par les industriels.
2
Photographie de la rue couverte en cours de réfection. Février 2004
3
La Voix du Nord du 18 avril 2003
4
Photographie de la salle, travaux en cours où l’ouverture des côtés permet à la lumière naturelle de descendre.
5
La Voix du Nord du 5 octobre 2001
208
Pour le Comité de quartier du Pile : une cascade d’interrogations...
•
•
•
•
•
La Condition publique ne sera-t-elle qu’un lieu culturel métropolitain ?
Ce projet va-t-il créer une vraie dynamique qui modifie l’image du quartier?
Va-t-on traiter le site seul, en le dissociant de son environnement?
Les "Pilés" vont-ils pouvoir s’approprier cet équipement ?
En quoi ce projet pourra-t-il changer la vie des habitants du Pile et améliorer
leur quotidien ?
Le projet de la Condition publique est la nouvelle locomotive pour Roubaix ; mais cette
locomotive ne peut "rouler" que grâce à l’aide de la Communauté urbaine; dès lors, la ville subit des
contraintes auxquelles elle ne peut se soustraire.
Levons cette ambiguïté :
Il est évident que la Condition publique ne peut être pas être qu’un projet "pilé".
Mais le Pile, qui attend depuis longtemps un signal fort, ne peut pas ne pas bénéficier de
son impact.
Revenons au problème de la concertation locale: quatre groupes ont vu le jour dans le
cadre de la "maîtrise d’usages". Le groupe "voisinage", composé des habitants riverains du
bâtiment, le groupe "associatif", regroupant les associations du quartier du Pile et d’autres
quartiers, le groupe "Education-jeunesse", impliquant les jeunes et les représentants du milieu
éducatif roubaisien, et le groupe "acteurs culturels", associant les acteurs culturels intervenant
dans l’agglomération lilloise.
Concertation il y a eu. Et si, aujourd’hui, le groupe "voisinage" fonctionne bien, que se
passera-t-il demain quant à l’utilisation des locaux par les personnes du quartier du Pile, voire des
autres quartiers roubaisiens ?
Ce sera un équipement communautaire dont les frais de fonctionnement seront à la
charge de la communauté, où les acteurs culturels seront nombreux. Voilà un danger : la culture ne
sera-t-elle que métropolitaine ? Les ateliers de création ne vont-ils accueillir que des artistes connus
sur le plan régional, national ou international ?
Si le renouveau de Roubaix passe par la ou les cultures, ne faut-il pas que
l’enracinement populaire soit réel.
La Condition publique : le splendide isolement1 ou l’ouverture au Pile... ?
Le problème est posé : comment ce lieu fera-t-il vivre le Pile, et comment le Pile le
fera-t-il vivre ?
La Condition publique ne doit pas être le "Fresnoy"2 du Pile, cet équipement qui,
n’établissant aucun lien véritable avec les habitants, n’est qu’un monde à part.
Si Patrick BOUCHAIN, l’architecte chargé de la rénovation du bâtiment, a livré des
réflexions intéressantes sur ce chantier qui est pour lui, un acte de culture, un haut lieu de partage, il
reste qu’il s’agit d’un projet ville dans un espace intra-muros que les Pilés ne s’approprieront pas
forcément.
Pour le Comité de quartier du Pile, pourquoi ne pas proposer à proximité, d’autres
vecteurs que la culture : une salle de sport, une piscine ? L’idée est que ce lieu et ses abords soient
attractifs et que les "Pilés" aient envie d’y venir.
Dès lors, il s’agit d’élargir la réflexion sur l’ensemble de l’îlot, qui comprend également
les usines Bayart et Vanoverberghe, et de les intégrer dans l’environnement.
Dans un mémoire de fin d’études, un jeune architecte a précisément travaillé sur la
valorisation de cet espace au sein du quartier. Le projet qu’il a développé prend en compte les
différents enjeux évoqués plus haut, et apporte des solutions.
1
En référence à la non-participation aux affaires étrangères que sa qualité d’île permit à l’Angleterre : Littré
Le Fresnoy, ancien cinéma – dancing – salle de sports de combats, très fréquenté à Roubaix. Après sa transformation
en centre culturel cinématographique, il n’attire plus les foules !
2
209
Pierre LE HAY1 traite la question de l’accessibilité aux différents espaces ; l’entrée des
artistes se ferait par la place Faidherbe, celle du public par les friches industrielles Bayard
Vanoverberghe. L’ouverture se tournerait donc vers le coeur du Pile, par la rue Franklin.
Son projet agit sur deux échelles : d’une part " la création d’un espace public en cœur
d’îlot, ce qui permet de travailler sur la façade arrière du bâtiment du Conditionnement, et rend la
rue couverte publique", et d’autre part la différenciation de ses façades: "à la façade massive et
institutionnelle donnant sur le boulevard Faidherbe répond une façade poreuse sur la place,
pouvant s’ouvrir complètement sur l’espace public. La place publique s’appuie également sur une
de grandes qualités du bâtiment : son toit jardin. La grande poésie de ce jardin suspendu doit être
offerte à tous, et le projet tente de magnifier son accessibilité".
Voilà donc un projet global qui prend en compte l’îlot, et aussi l’environnement. Et cela
change tout ! Un projet d’envergure qui peut rassembler les habitants, et apporter le pôle
d’attraction, la dynamique dont a tant besoin le Pile, un projet qui peut modifier le quartier dans sa
conception urbaine: création de nouvelles circulations, de nouveaux parcours, de nouvelles
pratiques, arrivée de nouveaux investisseurs...2
Un projet d’ampleur qui peut changer la vie des habitants...
Cette approche architecturale et environnementale sera-t-elle prise en compte ?
Aujourd’hui, seul le bâtiment de la Condition publique est concerné; va-t-on traiter
l’ensemble ? Selon René VANDIERENDONCK, on s’en est donné les moyens puisque la mairie a
racheté les friches Bayard et Vanoverberghe; on n’en serait donc qu’à une 1ère tranche de travaux ?
Mais à quand la seconde ?
Ne va-t-on pas retomber dans cette fatalité du Pile: la lenteur endémique;
Va-t-on attendre 5 ans, 10 ans, 15 ans encore ?
Va-t-on appliquer, aux friches industrielles, les effets pervers de la dentelle ?
1
Pierre LE HAY : La Condition Publique, reconversion d’un îlot industriel à Roubaix. Travail personnel de fin
d’études : Ecole d’Architecture de Paris-Belleville. Juin 2003
2
Plan d’ensemble réalisé par Pierre LE HAY dans son travail de fin d’études.
210
Une dernière fois, tournons la page…
Faisons un pari sur l’avenir. Le Pile a pu connaître le découragement, le doute, mais il a
toujours rebondi.
Nous avons connu le Pile interpellé, le Pile en mouvement, le Pile en rupture, le Pile à
cœur ouvert, nous connaissons une nouvelle fois le Pile interpellé.
A Roubaix, certains, qui ne croyaient pas au projet centre-ville, s’accordent à lui trouver
une bonne image, avec des retombées pour la ville, cité aux couleurs du futur, selon une expression
municipale.
Alors, croyons en ce projet de la Condition publique, "nouvelle utopie concrète" pour
l’ensemble d’un quartier.
Dans sa longue histoire, le Pile a eu des raisons de craindre, il n’a sans doute jamais
connu tant de raisons d’espérer...
Si l’âme du Pile a changé dans les dernières décennies, elle n’a pas disparu, parce que le
Pile est de nouveau en mouvement, le mouvement de la vie.
C’est pourquoi nous n’écrirons pas le mot qui clôt tout ouvrage...
Le Pile est en marche, le débat continue...
211
212
3. Historama
213
214
Historama
Historama
Le choix de regarder en arrière par le biais d’une revue de presse étalée sur 40 années
tient à plusieurs raisons. D’abord, la durée retenue correspond à une période suffisamment longue
pour avoir des informations globales, et aussi parce que le Pile à Coeur présentait bien le Pile
d’hier, celui des souvenirs anciens qui se situent dans les années 1960.
Ensuite, pour pouvoir aborder la réalité d’aujourd’hui, il est indispensable de tenir
compte des événements d'hier. Mais la mémoire du passé est sélective, elle tient compte des
événements de la vie personnelle et chacun de nous se construit ses propres références historiques.
Feuilleter un quotidien local, dans l’ordre chronologique, jour après jour, mois après mois, année
après année, nous a permis de reclasser nos souvenirs, de les relativiser, de découvrir ou redécouvrir
des faits ignorés ou oubliés, qui, remis dans leur contexte, apportent une vision plus objective du
passé.
En outre, le fait de retrouver au hasard des pages un événement personnel, un visage
connu, une anecdote oubliée, apporte au lecteur des moments de joie ou d’émotion qu’on regrette
dans l’instant de ne pouvoir partager.
Séparées en trois rubriques d’informations, "
en France et dans le monde ", "à
Roubaix" et "au Pile", les notes sont teintées de subjectivité, chacun a sa propre lecture des
événements; nous les avons synthétisées par décennies. Ce découpage, qui peut sembler arbitraire,
correspond bien à des périodes d’élaboration des dispositifs d’Etat qui ont accompagné la vie
quotidienne des habitants du quartier du Pile.
215
Cette annéeannée-là : 1962
La vague d'attentats de l'O.A.S.
s'intensifie. Le Général de GAULLE
échappe à une embuscade à Petit-Clamart.
Les auteurs sont arrêtés rapidement.
En France et dans le monde
Les grands de l'époque se nomment
KROUCHTCHEEV, MAO TSE TOUNG,
DE GAULLE, ADENAUER, KENNEDY
Après 10 tentatives reportées par la
N.A.S.A, GLENN, astronaute américain,
fait trois fois le tour de la terre à bord de la
capsule "Mercury". Scott CARPENTER
fera la même chose quelque temps après..
Le mur de Berlin est érigé depuis
deux ans. C'est la guerre froide, et en
octobre, l'arrivée de missiles russes à Cuba
crée un grave incident. C'est le blocus. On
frôle le conflit.
En juin s'ouvre le marché commun
agricole. Le paquebot "France" effectue sa
première traversée transatlantique le 3
février. Le 16 août, à 11 heures, les équipes
de forage italienne et française se rejoignent
sous le Mont-Blanc.
Rick VAN LOOY gagne ParisRoubaix et Jacques ANQUETIL son 3ème
tour de France.
En février, un accord de cessez-le-feu
en Algérie est signé avec le F.L.N. La lutte
pour le pouvoir provoque de nombreux
attentats dans la communauté algérienne de
France. En Algérie, l'O.A.S. se manifeste
quotidiennement malgré les arrestations des
généraux SALAN et JOUHAUD.
Le Général de GAULLE demande par
référendum les pleins pouvoirs. Ils lui sont
accordés le 8 avril par une majorité
importante (90,7 % de OUI).
Michel DEBRE démissionne et
Georges POMPIDOU devient 1er ministre.
Monsieur MAZIOL nouveau ministre de la
construction, viendra à Roubaix voir le
chantier Anseele et les courées de l'Alma.
L'indépendance de l’Algérie est
proclamée le 2 juillet. Il faudra quelque
temps pour que les autorités s'installent; les
militaires français restent sur le terrain pour
aider au maintien de l'ordre.
On vote à nouveau. Le référendum du
28 novembre adopte l'élection du Président
de la République au suffrage universel par
61,75 % de OUI contre 38,25 % de NON.
Près de 24 % des Français se sont abstenus.
Après la démission du gouvernement
POMPIDOU, les élections législatives
donnent à l’U.N.R (Union pour la Nouvelle
République) une majorité très confortable.
Et Georges POMPIDOU redevient 1er
ministre.
Rubrique des faits divers: le
présentateur télé, Jacques ANGELVIN, est
arrêté à New York pour trafic d'héroïne.
A Roubaix
Chaque jour, l'information concernant
Roubaix occupe généralement moins de
deux pages. La publicité s'imbrique dans les
articles et les petites annonces font moins
d'une page. La rubrique des "demandes
d'emploi" fait moins d'une colonne, les
"offres" en couvrent trois ou quatre. On
parle très régulièrement du mouvement
associatif et de leurs manifestations: bals,
concours, jeux, repas, fêtes…
Il semble que cette année-là, la mode
soit de mettre en place des sections de
parents d'élèves (Amicale Ferdinand
Buisson, Amicale des Arts, Amicale Jean
Macé-Pasteur…).
Le conseil municipal, dirigé par
Victor PROVO, vote en mars le budget de
la ville: 3 231 millions de nouveaux francs.
216
l'urbanisme pour la réalisation de la
résidence du Parc et de la tour du "fer à
Discussion sur les grands projets
d'urbanisme et la disparition des courées.
Les Longues-Haies ne seront plus qu'un
souvenir. La S.E.M. (Société d'Economie
Mixte) créée en 1957 est maître d'oeuvre.
Les travaux, commencent dès 1958: 1137
maisons sont à démolir, près de 3500
personnes sont concernées!
Depuis 1955, à Roubaix-Tourcoing,
126 firmes textiles ont fermé leur porte
(totalement ou partiellement).
On inaugure un immeuble H.L.M. au
carrefour du boulevard de Reims et de la
rue Jean Baptiste Notte; les Hauts-Champs
se terminent et accueilleront 6 500 habitants
dont 2 500 Roubaisiens. On met la dernière
main au groupe scolaire Brossolette pour la
rentrée des classes. La nouvelle église
Saint-Sépulcre sera ouverte au culte
prochainement.
Les grands projets au niveau
roubaisien, mais aussi au niveau de
l'agglomération,
ne
manquent
pas:
autoroute de Gand, contournement de Lille,
grandes voies express; reconstruction du
pont Nickès; aménagement du quai de
Gand ; construction de 500 logements pour
le projet Anseele.
On commence à parler de la Z.U.P.
des trois-Ponts et on envisage la
réhabilitation d’un nouvel îlot: Notre
Dame-Alma-Gare!
En novembre, le stationnement
réglementé fait son apparition au centre
ville: Vive la zone bleue!
cheval".
A la foire de Lille, la société "Bâtir"
présente sa nouvelle maison construite en
40 jours.
Monsieur BODART-TIMAL est le
lauréat de la société des Sciences, des
Lettres et des Arts de Lille.
Et au Pile …
François DEBUISNE, du cercle Saint
Rédempteur, est le roi de la bourle de cette
année.
Le couple VANHOOLANT, 323 rue
Jules Guesde, reçoit la coupe des "Anciens
du Pile", attribuée au café ayant rapporté le
plus d'argent grâce à des jeux, concours…
La braderie du 1er mai connaît un
franc succès.
Le quartier du Pile accueille les fêtes
quinquennales en septembre: deux jours de
liesse, de jeux divers, de spectacles dont
une "marche des facteurs".
La coupe MAMADOU (tournoi de
boules lyonnaises) est remportée par la
quadrette LEROY.
La Solidarité fête le départ de
mademoiselle Madeleine RICHARD et
accueille le pasteur DREVET.
On déplore le décès de monsieur
Robert LUYSCH.
On peut lire dans un article du 14
août: " La gare du Pile est promise à un bel
avenir".
Par ailleurs, le parc Barbieux
s'enrichit d'un golf miniature; la ville de
Roubaix reçoit le prix spécial de
217
Cette annéeannée-là : 1963
Valentina TERECHKOVA est la
première femme de l'espace.
On adopte le principe du tunnel sous
la Manche. Le premier train passera en
1969!
L'Afrique et le sud-est asiatique sont
source d'incidents, prémices de conflits
futurs.
A Saigon, la révolte des bonzes
s'intensifie et l'immolation publique de
plusieurs d'entre eux frappe les esprits.
Le Maroc et l'Algérie sont en conflit
déclaré et BEN BELLA nationalise les
terres. Le retour des "pieds-noirs"
s'accélère.
En
Afrique noire,
les
changements de présidents sont fréquents.
Le 12 octobre, mort de Jean
COCTEAU et d'Edith PIAF.
A Dallas, le 22 novembre, le
président John KENNEDY est assassiné
par Lee OSWALD, qui sera abattu par Jack
RUBY.
En France et dans le monde
L'année commence par une vague de
froid, on parle de l'hiver le plus rigoureux
depuis 1912. Les températures sont basses,
le verglas et la neige seront présents
alternativement jusque fin février.
La récolte des fleurs est anéantie sur
la Côte d'Azur, et la neige couvre Marseille.
On atteint plusieurs fois – 25° dans le
Centre et – 20° dans le Nord.
Dès janvier, en France, on parle de la
retraite à 60 ans et de l'allongement des
congés payés. Le patronat y est hostile et de
nombreux conflits sociaux vont naître.
mars,
Grève des mineurs le 1er
extension le 20 à la S.N.C.F et à l'E.D.F, La
pénurie menace! Un accord est signé le 4
avril. Les mineurs obtiennent 11%
d'augmentation et la 4 ème semaine de
congés.
Bastien THIERY, responsable de
l'attentat du Petit-Clamart, est exécuté.
Valéry
GISCARD
d'ESTAING,
ministre des finances, lance un emprunt
d'un milliard. Les prix sont taxés: le paquet
de gauloises à 1,35 francs, le litre d'essence
à 0,94 et en grande surface, le bifteck à
12,95 le kilo. La consultation médicale
passe à 10 francs, la visite à 13. Les tarifs
S.N.C.F augmentent de 11%, ceux de l'EDF
de 7%.
La retraite des vieux passe à 1600
francs en 1994.
Les salariés du textile de Roubaix Tourcoing obtiennent la 4ème semaine de
congés.
Un nouveau complot contre le général
de GAULLE est déjoué. Il devait se
produire lors de sa visite à l'Ecole Militaire.
En juin, le pape Jean XXIII meurt
après une semaine d'agonie. Paul VI lui
succède le 22.
A Roubaix
Bilan de l'état civil pour l'année 1962:
3 779 naissances, 1 928 décès (dont 300
pour des causes cardio-vasculaires), et 810
mariages.
En janvier, on peut pratiquer les
sports d'hiver au parc Barbieux. Le canal
gelé emprisonne les péniches.
Le stand de tir va disparaître. Des
immeubles le remplaceront rue de Carihem.
218
Sur l'initiative de Roger LEMAN,
animateur, les jeunes de la Guinguette
construisent seuls un local rue de l'Alma.
Le Maire et de nombreuses personnalités
l'inaugurent le 26 octobre.
Les travaux du pont Nyckès sont
commencés et on évoque la démolition de
l'Hippodrome, ouvert en 1882, et fermé
depuis 1957. Son remplacement par une
tour, avec commerces au rez-de-chaussée,
est envisagé.
La maquette de la nouvelle gare
douanière est présentée. Les travaux sont à
engager dès cette année.
Bilan de la zone bleue: depuis son
lancement, plus de 6000 infractions ont été
relevées.
Une exposition sur la marionnette à la
bibliothèque municipale remet en lumière le
théâtre "Louis RICHARD". Léopold, son
petit-fils, raconte ses souvenirs et présente
des éléments de spectacle.
Au conseil municipal de mai, on
déplore le manque de logements à Roubaix.
Les anciennes halles de la rue Pierre
MOTTE vont disparaître. Toutes les écoles
de la ville auront le téléphone avec un poste
dans le logement de fonction du directeur.
Ommelet s'écrira dorénavant avec un H.
Plus de 1200 candidats se présentent
au Certificat d'Etudes Primaires. Les
lauréats reçoivent un dictionnaire et vont
une journée à la mer.
Battu à Sochaux 6-1, le C.O.R.T
démissionne de la ligue professionnelle.
Le tour de France arrive à Roubaix:
étape gagnée par l'Irlandais ELLIOT qui
prend le maillot jaune. Jacques ANQUETIL
gagne à Paris.
Les Hauts-Champs se peuplent et les
syndicats de locataires se mettent en place.
On compte 1 habitant sur 2 de moins de 20
ans et 58% des actifs sont des employés ou
des ouvriers.
Le conseil municipal présente le
projet du futur centre commercial de la rue
de Lannoy. On lui prédit un rayonnement
régional.
Un autre projet est proposé par les
commerçants: davantage de place pour le
petit commerce (160 magasins) et un
piétonnier central.
Au conseil municipal de novembre,
André DILIGENT fait une intervention
remarquée sur le thème de la jeunesse.
Et au Pile…
C'est Fernand LEFEVRE, cafetier à
l'angle de la rue Lannes et Beaurepaire, qui
remporte la coupe des anciens du Pile.
Les beloteurs du "Vieux Chêne" se
sont réunis pour leur banquet annuel. Les
26 équipes se sont quittées tard dans la nuit!
L'amicale Jean Macé-Pasteur fête le
départ à la retraite de monsieur PONCHEL,
directeur de l'école de garçons, boulevard
de Mulhouse.
En juillet, on édifie un nouveau
bâtiment au centre d'hébergement du
boulevard de Beaurepaire.
En septembre : le globe-trotter,
Octave VANDEKERKHOVE, de retour du
Kenya, raconte ses souvenirs de voyage
dans le quotidien Nord Eclair: une saga de
6 épisodes sous le titre "Trois semaines
avec les bêtes sauvages".
219
Cette année là : 1964
Eric TABARLY gagne la "transat"
en solitaire.
Droits civiques: l’égalité entre blancs
et noirs est reconnue aux U.S.A.
Inauguration par NASSER du barrage
d'Assouan. ABOU SIMBEL est en danger.
Sports : ANQUETIL gagne son 5ème
tour de France, POULIDOR est second à 55
secondes. Eddy MEERCKX est champion
du monde amateurs. Cassius CLAY est
champion du monde des lourds à 22 ans.
JOHNSON est élu président des Etats
Unis, KROUCHTCHEEV est destitué.
Jean Paul SARTRE refuse le prix
NOBEL de littérature.
En France et dans le monde
Cette année est une année olympique,
mais les Français n'y brilleront guère : des
espoirs, mais peu de médailles et peu de
victoires.
Les "Grands" voyagent: le pape
PAUL VI se rend à Jérusalem et le général
de GAULLE va au Mexique au cours du
printemps puis, en automne, dans plusieurs
pays d'Amérique du Sud.
Les conflits:
• En
février,
les
Américains
s'engagent au Vietnam (aide
militaire).
• En août, un bâtiment de guerre U.S.
est attaqué par des vedettes ViêtCong. La riposte entraînera le début
de l'escalade.
• Les Grecs et les Turcs s'affrontent à
Chypre où l'ONU tente de séparer
les belligérants.
• Le Congo belge est en proie aux
émeutes.
En avril, le Général De GAULLE se
fait opérer de la prostate.
A Roubaix
Il y a 500 ans, le seigneur Pierre de
ROUBAIX ramenait des croisades une
épine de la couronne du Christ. On faisait
construire la Chapelle SAINT-SEPULCRE.
Les pompiers sont sortis 800 fois l'an
dernier.
Conseil municipal de printemps:
budget 42,5 millions ; une rue KENNEDY
à Roubaix.
Le projet "métropole" inquiète les
élus roubaisiens.
Les commerçants du centre se
prononcent pour la fermeture des magasins
le dimanche et le lundi matin.
On va construire une nouvelle salle de
sports dans l'enceinte du parc des sports.
La place des Halles est percée, des
pavillons préfabriqués vont y être installés.
A chaque grand départ et retour de
vacances, c'est l'hécatombe sur les routes:
en cause : la vitesse.
On prépare un projet d'étalement des
vacances et un nouveau baccalauréat.
Des spécialistes, après études,
déclarent que les autoroutes payantes ne
sont pas rentables.
Fuyant le chômage et la misère, près
de 2 000 Algériens débarquent chaque jour
à Marseille.
André DILIGENT, député du Nord,
présente un rapport sur l'O.R.T.F à
l'Assemblée Nationale.
Le 28 mai, NEHRU meurt victime
d'une crise cardiaque.
Au supermarché Auchan, avenue
Motte : le litre d'essence est à 0,90 Fr.
C’est la moins chère de France!
220
La salle du Fresnoy met face à face
l'Ange Blanc et Von Chenok
La foire de printemps s'installe sur les
ruines de l'îlot Anseele: 500 forains sont
attendus.
Nord Eclair programme une série
d'articles sur Moulin–Potennerie : tout un
quartier est passé au crible. Sur un cliché de
l'époque, on peut remarquer que de la bière
est servie dans les cantines scolaires.
Carnaval de Roubaix: 3 jours de fêtes
avec musiques et fanfares, 50 groupes
costumés, bal et feu d'artifice.
Au conseil municipal de juillet,
Roubaix adhère au syndicat des communes
de l'arrondissement de Lille.
La destruction de l'hippodrome est
achevée le 10 juillet.
Un premier immeuble sort de terre
avenue Brame.
Et au Pile …
C'est le café GUELTON, 25 rue de
Condé, qui remporte la "coupe des
anciens".
Antoine VERHOEVEN, demeurant
102 rue Marie Buisine, reçoit la médaille
militaire et la croix de guerre.
Le
grand
prix
cycliste
des
commerçants réunit 42 concurrents.
Le cercle Saint Rédempteur gagne
brillamment la ½ finale du championnat
des cercles catholiques, mais c'est le cercle
Saint Luc, de Lys, qui remporte le trophée
en ce 26 juillet.
Florimond DEWILDE, président des
prisonniers de guerre du Pile, reçoit la
médaille militaire.
Jacques VERSLYPE, du Boule-Club
du Pile, est sacré meilleur joueur de boules
lyonnaises.
C’est Lucien CAUDRON et Marcel
BRAEM qui remporte le challenge de
belote des anciens.
Le service militaire est obligatoire
pour tous les Français. Etre soldat est
encore l’occasion d’une fête.
Le monument aux morts est découpé
pour être déplacé. Fin des travaux pour
novembre.
C'est la première rentrée universitaire
sur le campus d'Annappes.
Les loisirs :
Il existe encore 14 cinémas à
Roubaix: Colisée, Casino, Fresnoy, Noël,
Rex, Tramway, Familia, Universel, Royal,
Etoile, Lacroix, Renaissance, Capreau,
Alcazar.
221
Cette année là : 1965
En France et dans le monde
Dramatiques incendies de forêt en
Corse et dans le Var.
Le ministère de l'Education veut
engager les collectivités locales dans le
sens de la mixité pour les écoles de 6 à 14
ans. Débats passionnés dans la presse.
Albert SCHWEITZER meurt le 7
septembre.
Présentation du 5ème plan: bâtir une
économie puissante; création du Plan
d'Epargne Logement.
Le conflit indo-pakistanais débute.
Panne d'électricité monstre dans l'est
américain. Le soir du 10 novembre, New
York est privé de lumière durant 10 heures.
Le 20 décembre, après avoir été mis
en ballottage, le général de GAULLE est
réélu président de la République avec près
de 55 % des suffrages face à François
MITTERRAND.
La nouvelle guerre d'Indochine
commence. Les belligérants entament un
processus d'escalade dans les actions
meurtrières: à l'attaque des bases du sud,
celle de Da-Nang en particulier, vont
répondre les bombardements massifs au
Nord
Winston CHURCHILL décède en
février.
La compétition est-ouest pour la
conquête de l'espace se poursuit. Le Russe
LEONOV sort 20 minutes de sa capsule. La
lune devient un enjeu. On en fait le tour et
on en photographie la face cachée. On
s'approche de Mars.
Le prix du lait est fixé à 0,397 F. le
litre.
A Roubaix
Plus de 4 milliards ont été joués par
les Français au PMU en 1964.
En avril, la France se passionne pour
le mariage de Sylvie et Johnny.
Les salaires du textile sont augmentés
de 6 centimes/heure et seront le 1er mai à
1,94 F.
Renault présente la R16 et Peugeot la
204.
Réforme de l'Education Nationale ;
à la rentrée on inaugure les nouvelles
secondes: A - littéraire, C – scientifique,
T - technique. Cela préfigure, les premières
A, B, C, D et T.
Coup d'état en Algérie: BEN BELLA
est destitué par BOUMEDIENE.
On inaugure le tunnel du Mont Blanc.
Le 16 juillet le plus froid du siècle :
12° à Lille.
En 1964, les pompiers sont sortis
1500 fois.
Le P.A.C.T. fête ses dix années
d'existence.
20 000 ouvriers du textile sont au
chômage sur le secteur de RoubaixTourcoing. 5 usines ont fermé leurs portes,
6 ont relancé une activité nouvelle.
Dernière réunion du conseil municipal
élu en 1959. Le budget approche les 5
milliards de francs.
L'office municipal des sports est créé
le 7 février.
On achète les terrains pour la
construction du Foyer de jeunes
travailleurs.
222
La rue du Vieil Abreuvoir passe en
rue piétonne au mois d’octobre.
Les Amicales Laïques d'Anciens
Elèves deviennent des Foyers de Jeunes et
d'Education Populaire
En mars, on inaugure le centre
commercial du Lido.
L' Association Populaire des Familles
déclare que "c'est le manque d'eau qui reste
le problème des courées à Roubaix". Une
enquête sur 152 courées constate la
présence de 5162 personnes dont 1271
enfants de moins de 10 ans dans 1748
maisons.
Aux élections municipales de mars, la
majorité de Victor PROVO est reconduite
avec 53 % des suffrages. Sont adjoints:
André DILIGENT et Michel BAUDRY
pour le M.R.P., Pierre PROUVOST pour la
S.F.I.O.
Et au Pile …
Le cercle symphonique Jean MacéPasteur fête ses 40 ans.
La coupe des anciens du Pile est
attribuée à monsieur et madame
LORTHIOIR, 7 rue Bourdaloue.
Le tissage DEFFRENNE de la rue
Dampierre est détruit par un incendie.
C'est l'équipe LEFEVRE qui remporte
la coupe de belote des anciens.
Remise de décorations au Pile:sont
récompensés Edmond LELEUX, président
du Comité des Fêtes, Paul VANHOUTTE,
président de la Chorale Jean Macé-Pasteur,
Marius AUPOIX, président du Comité
d'Entraide.
C'est Georges DHELLEMMES qui
est le nouveau roi de la bourle du Cercle
Saint Rédempteur.
Nord Eclair du 28 avril relate le récit
des évènements tragiques survenus à l'usine
Motte-Blanchot rue Monge: cache d'armes
découverte le 27.06.1941. 5 jeunes en fuite.
Le père de l’un d’eux, monsieur
JEANSENS (concierge) est fusillé, la mère,
est déportée.
Le Pile honore une de ses religieuses,
sœur Marie Solange.
Le cercle Saint Rédempteur remporte
le trophée de la fédération de bourle des
cercles catholiques.
Au conseil municipal: rénovation et
aménagement sont deux thèmes récurrents.
On y parle des Trois-Ponts, de l'îlot Anseele
("l'os à moelle" atteint son 13ème étage), du
centre et des voiries.
Projet du nouveau groupe scolaire
Buffon: 16 classes et une salle de sports.
Nord Eclair publie une série d'articles
sur le changement de visage de la ville et
présente les nouvelles réalisations.
On tente la première expérience de
reclassement des chômeurs âgés.
C’est la mode des LAVO-RAMA: le
4ème s'installe au 209 rue Jules GUESDE.
La FAL quitte la rue d'Alsace et
s'installe au 20 rue de Lille.
Les centres d'apprentissages du textile
(11 à Roubaix) recrutent des élèves. Deux
slogans: un bon métier et un apprentissage
payé.
Conférence en avril à la FAL: invitée
par Maître DESCAMPS, madame Georges
VIENNET parle de la suppression de la
peine de mort.
223
Cette année là : 1966
Budget de l'état: dépenses en hausse
de 10,5%.
320 000 demandes de téléphone sont
en instance; attente moyenne de 16 mois.
L'escalade se poursuit au Viêt-Nam.
Saigon et Hanoï sont des cibles potentielles.
En été, MAO TSE TOUNG installe la
révolution culturelle en chine.
On inaugure l'usine marémotrice de la
Rance.
En Italie, inondations catastrophiques
dans le nord du pays: 2 mètres d'eau dans
les villes. Florence est sinistrée
La Chine possède l'arme nucléaire.
En décembre, l'autoroute A1 est
ouverte, un tronçon de 180 Km relie Lille à
Paris.
On estime le nombre des chômeurs à
298 000.
4 jeunes sur 10 entrant dans la vie
professionnelle n'ont pas de formation
sérieuse.
En France et dans le monde
Vincent Auriol, ancien président de la
République, meurt à 81 ans.
Jean Bodel Bokassa organise un
putsch en Centrafrique.
Les Associations Populaires des
Familles lancent un dossier noir sur le
logement.
Après les élections législatives de
décembre, Georges POMPIDOU devient 1er
ministre, Roland NUNGESSER, ministre
du logement.
L'affaire BEN BARKA crée des
tensions entre la France et le Maroc.
Le 1er février, Lille n'a plus de
tramway.
Luna IX se pose sur la lune le 3
février.
Michel DEBRE, ministre des finances
annonce les mesures du Vème plan : plus de
2 700 logements sociaux seront construits
en 3 ans.
La durée du travail est réduite de 60 à
54 heures; le SMIG augmente de 2,12%, les
allocations familiales de 4,5%, l'allocation
vieillesse passe de 1 900 à 2 000 F.
La France se retire de l'O.T.A.N.
Un aller simple Paris-Nice, sur Air
Inter, coûte 244 F.
Le Général de GAULLE passe 3 jours
à Lille en avril.
A Roubaix
En 1965, les pompiers sont sortis 957
fois, dont 22 fois pour rien.
Le froid est glacial en janvier; -17° à
Lille, la mer gèle à Dunkerque.
Un incendie détruit 1 000 m2 de dépôt
à la Lainière.
Au conseil municipal de mars, le
budget est fixé à 5 milliards d'anciens
francs.
Le centre d'accueil du PACT est
ouvert 8, rue Saint-Antoine.
Une maison des jeunes et de la culture
s’ouvre 16, rue du Pays.
Roland NUNGESSER en visite à
Roubaix. Au programme:courée de la rue
Vaucanson et immeuble de l"os à moelle".
C'est le jubilé Georges VERRIEST.
Match de gala entre les anciens du CORT
(Da Rui, Delepaut, Kopaniat, Leenaert,
Gianessi,
Hilt,
Boury,
Kretschmar,
Strikane, Singier) et ceux du LOSC (Van
Gool, Lemaitre, Bigot, Clauws, Prévost,
Lechantre, Baratte, Tempowski, Strappe,
Lefevre).
En juin, naissance de la Communauté
Urbaine de Lille: 88 communes et 925 000
habitants.
La palme d'or de Cannes à Claude
LELOUCH pour "Un homme et une
femme".
Le 22 juin, le général de GAULLE est
en visite à Moscou.
La taxe sur les appareils télé est fixée
à 100 F.
224
Certificat d'Etudes Primaires, 1175
candidats, 16% d'échecs.
Le pont Nyckès est ouvert à la
circulation en juillet.
Centre aéré de Roubaix: le "pontrouge" accueille 4 000 enfants en moyenne
pour un coût total de 40 millions d'anciens
francs.
Le 29 juillet, inauguration du centre
social de Carihem.
Dès août, les premiers occupants
s'installent au H13.
Les Trois-Ponts sont démolis. La
dernière ferme de Roubaix, rue de
Charleroi, va disparaître.
Un Nord Eclair spécial sur les courées
de Roubaix où vivent encore près de 25 000
personnes.
21 000 enfants de 2 à 14 ans se
préparent pour la rentrée.
On tente l'expérience du chauffeurreceveur de bus sur une ligne roubaisienne.
Monsieur PISANI, ministre de
l’équipement, est en visite à Hem. Les
A.P.F l'interpellent sur le problème des
courées à Roubaix.
Il y a 200 enfants en crèche à Roubaix
et 500 dans le Nord
Au conseil municipal de décembre,
deux thèmes importants: la rénovation et les
constructions scolaires (on envisage 3 salles
de sports supplémentaires).
Prosper HOSTE, président honoraire
du C.A.R et du cercle symphonique Jean
Macé-Pasteur, et François WINANTS sont
nommés
chevalier
du
mérite
philanthropique
Le 6 mai, cérémonie au café
VERSLYPE: un "Pilé", MAMADOU est
fait chevalier de l'ordre de l'éducation
civique ;
Monique, Chantal et Béatrice VAN
LAERE, les triplées du Pile, font leur
communion solennelle à Saint Rédempteur.
L'amicale Jean Macé-Pasteur fait ses
adieux à Robert DELNESTE.
32 doublettes pour le concours de
boules lyonnaises sur la place Carnot.
Octave VANDEKERKHOEVE fait
une causerie sur "le chemin des Incas".
Le Comité d' Entraide à l'honneur:
Alphonse
MAZINGUE
et
Robert
MARECHAL sont décorés.
La coupe des anciens du Pile est
attribuée au café tenu par monsieur et
madame SCRIGNAC, 111 rue Marie
Buisine.
Les courées de l'Alma vont disparaître
mais les A.P.F manifestent et tendent une
banderole sur laquelle on peut lire:
"urbanisation, d'accord! Mais, quand?
Pour qui?"
Et au Pile …
Le Cercle Artistique Roubaisien reçoit
3 000 F de subvention pour mettre en scène
Carmen de BIZET.
225
Cette année là : 1967
raciales se déroulent dans diverses grandes
villes. A Détroit, 5000 gardes fédéraux sont
appelés en renfort pour intervenir. New
York et Milwaukee sont touchés.
En octobre, premières images de la
télévision en couleur.
Limitation de vitesse pour les
débutants : ils ne pourront pas dépasser le
90 Km/heure.
Il y a 50 millions d’habitants en
France.
L’âge de fin de la scolarité obligatoire
passe de 14 à 16 ans. Il faudra construire
des établissements. En attendant, on
s’arrangera.
En France et dans le monde
Intensification des combats au
Vietnam. Le Viêt-Cong attaque les bases
U.S et Saigon.
GRISSOM, WHITE et CHAFFEE :
premiers morts de l’espace. Ils sont
carbonisés dans leur cabine Apollo.
Les relations Chine-U.R.S.S. sont
tendues.
TOUTANKHAMMON s’expose à
Paris.
Législatives de mars : 80 % de votants
au 1er tour ! L’Union pour la 5me
République obtient une petite majorité, 2
sièges. Jacques CHIRAC est élu à 35 ans.
Conflits
sociaux
en
série :
licenciements à la C.I.M.A, Berliet, SaintNazaire…
. Incendie et naufrage du TorreyCanyon. et
première marée noire en
France : 80 km de plage souillées entre
Bréhat et Trégastel.
4ème gouvernement POMPIDOU : le 6
mai, Edgar PISANI est nommé ministre de
l’équipement et du logement. Mais il en
démissionne le 29 et il est remplacé par
Xavier ORTOLI.
La guerre des 6 jours éclate au Moyen
Orient. Les incidents se poursuivront toute
l’année.
Tornade sur le Nord : Pommereuil,
village dévasté : 180 maisons sur 240 sont
inhabitables.
Le SMIG, les allocations familiales
sont augmentés ; allègement de la TVA ;
hausse sur le gaz, l’électricité et les
cotisations de la Sécurité Sociale qui, déjà,
est déficitaire !
Affaire de dopage au tour de France
remporté par Roger PINGEON. Tom
SIMPSON s’écroule dans l’ascension d’un
col et décède.
Cette année-là, au cours d’un voyage
officiel au Canada, le Général De GAULLE
lance le fameux "Vive le Québec libre". Il
annule sa visite à Ottawa et rentre en France
plus tôt que prévu. On parle d’incident
grave !
Aux U.S.A, toujours empêtrés dans le
conflit vietnamien, une flambée d’émeutes
Les centres d’apprentissage du textile se font
connaître. Au nombre de 6 aux environs de
Roubaix, ils s’inscrivent à la suite de la
prolongation de la scolarité. Les enfants de 12 à
16 ans sont scolarisés dans le collège à l’intérieur
de filières (1: cycle long, 2 : cycle court, 3 :
transition pratique et 4 : éducation spécialisée).
Le passage, à partir de 16 ans, des jeunes sans
diplôme vers ces centres sera une voie vers la vie
active.
226
A Roubaix
Après le dossier noir du logement, les
A.P.F préparent celui de l’emploi.
Au conseil municipal de novembre,
on aborde l’élargissement et la rénovation
de la Grand Place où circulent 40 000
véhicules chaque jour. Une nouvelle piscine
sera construite à la Potennerie.
Conférence à la Société d’Emulation :
Jacques PROUVOST y parle des courées.
Les vœux du Maire :
• Synchroniser les opérations
Alma et Trois-Ponts
• La grand poste sera le Centre
Culturel de Roubaix
En janvier, les A.P.F ouvrent le
dossier noir du logement.
Le budget municipal sera de 60
millions. Les taxes augmentent aussi.
"Un secteur qui se paupérise" : 3
articles du journal Nord-Eclair sur les
problèmes du Galon d’Eau, de l’Entrepont
et du Laboureur.
Le LIDO devient le paradis des lèchevitrines.
Enquête du 12 avril :
Taudis = maladie + délinquance.
Dans l’agglomération de RoubaixTourcoing, 19 % des logements ont - de 20
ans, 22 % ont de 20 à 60 ans, 47 % de 60 à
100 ans et 12 % ont + de 100 ans dont ¼ en
courées. Les courées représentent 37 % des
logements de la Guinguette.
Léonie VANHOUTTE, résistante de
la dernière guerre, décède à l’âge de 85
ans.
18 mai : dernier spectacle de Jacques
BREL, c’est à Roubaix.
Lille devient le siège de la
Communauté Urbaine. André DILIGENT
l’accepte mais avec réticence. Augustin
LAURENT, maire de Lille, devient le
premier président de cette structure.
Lancement de l’opération Carihem avenue Brame. Un pont va enjamber la voie
ferrée.
Au nom du conseil municipal, André
DILIGENT propose une charte économique
qui confirme la vocation textile de Roubaix
– Tourcoing.
Le foyer d’accueil de l’avenue Brame
est inauguré. Il en est de même pour le
nouvel hypermarché Auchan à Roncq le 24
août.
Les groupes scolaires ne sont pas en
reste : L’ Inspecteur d’Académie et le
Maire inaugurent l’école Albert Camus, le
groupe scolaire Buffon, l’école Jean Macé
rue d’Anzin, le C.E.S de la rue Dupuy de
Lôme et l’extension du Lycée Baudelaire.
Victor PROVO est élu président du
Conseil Général du Nord.
Et au Pile…
Exposition au 58 rue Hoche.
Le Boule Club du Pile remporte, pour
la deuxième année, la coupe Raymond
HAZEBROUCK
Le 4 mai, c’est la braderie : affluence
record.
A partir du 10 juin, un mois de bonnes
affaires chez les commerçants du quartier.
En juillet, fêtes quinquennales au
Pile : 48 heures de festivités.
• Course cycliste dans les rues
• Tournoi de foot place Carnot
• Spectacle sous chapiteau
• Tournoi de basket et de boules
lyonnaises
• Cortège folklorique avec chars
• Match de catch
• Spectacle de variétés
• Bal du dimanche soir
• Tombola : 1er lot, un vélo solex
Manifestation de promotion pour la
gare du Pile.
L’école des filles, rue du Pile, aura
une nouvelle cour de récréation, grâce à
l’acquisition des terrains de la cour Orange.
L’abbé MATHIAS, ancien prêtre de
Saint Rédempteur, quitte le Sacré Cœur
pour Sainte Elisabeth.
227
Cette année là : 1968
En France et dans le monde
Maurice COUVE DE MURVILLE
devient 1er ministre. Dès juillet, la hausse
des prix, des taxes, des impôts est un sujet à
l’ordre du jour. Philippe DECHARTRE est
à l’équipement et au logement.
Le 20 août, les troupes de la Russie et
de ses alliés entrent en Tchécoslovaquie.
Aux Jeux Olympiques de Mexico, le
mouvement étudiant provoque des heurts.
La répression est sévère.
Crise monétaire en France, le franc
chute et on parle de plus de 10 % de
dévaluation. Mesure repoussée.
Richard NIXON est élu président des
U.S.A.
Il fait froid en janvier ! – 45° aux
U.S.A, – 10° sur la Côte d’Azur.
Séisme en Sicile : plus de 600 morts
et 60 000 sinistrés.
Au Vietnam, bataille acharnée autour
de Khe San. Saigon est attaquée ainsi que
12 autres villes du sud. 10 000 G.I sont
envoyés en renfort.
Le 6 février, début des Jeux
Olympiques d’hiver de Grenoble, où Jean
Claude KILLY brillera.
La crise : compte tenu de l’indice des
prix, les fonctionnaires espèrent 6 %
d’augmentation. Ils en auront 2,5. Le dollar
chute. L’or flambe.
En avril, l’assassinat du pasteur
Martin LUTHER KING déclenche une
série d’émeutes.
L’agitation estudiantine se développe
à Rome, à Paris, à Bonn…C’est le début du
printemps de Prague.
4ème semaine de congés pour tous.
Printemps chaud !
Manifestations, violences, grèves vont
se succéder durant le mois de mai. La
province suit dans le calme. Le 20, le pays
est paralysé, les négociations trouvent les
premiers accords le 26 : le SMIC passe de
384 à 520 F. par mois, les salaires
augmentent de 10 %. Après le voyage
surprise du général de GAULLE à BadenBaden et l’appel à la radio, l’ordre revient.
L’Assemblée Nationale est dissoute,
les grèves et les négociations vont se
poursuivre durant le mois de juin. Le 20,
200 000 irréductibles poursuivent leur
mouvement, mais il n’y aura plus de
manifestation après le 14 juin.
Dans le même temps, les négociateurs
pour la paix au Vietnam se retrouvent à
Paris. Ce sera long.
Le 6 juin, Bob KENNEDY est
victime d’un attentat.
Le bac 68 sera tout oral.
Les élections législatives donnent à
l’U.D.R. 355 députés sur 487! Dans la
région, 12 circonscriptions sur les 37 sont
gagnées par la majorité.
A Roubaix
Bilan mitigé de l’année 1967 :
urbanisme : des réalisations mais aussi des
interrogations. Emploi : le nombre des
chômeurs a quadruplé, plus pour les
hommes que pour les femmes, plus pour les
manoeuvres que pour les cadres.
Les pompiers sont intervenus 1 625
fois mais plus souvent pour des accidents
routiers que pour des incendies.
Le conseil municipal doit partager ses
compétences avec la communauté urbaine
qui percevra 3,5 millions d’impôts de la
ville.
C’est le centenaire de la Fanfare
DELATTRE.
Inter quartiers à Roubaix : des jeux
comme à Inter villes sur toutes les places.
Le 13 mai, 30 000 manifestants à
Lille ; le 20, 600 usines sont occupées dans
la métropole. Le conseil municipal vote un
crédit de 200 000 francs pour les grévistes.
Les cantines scolaires sont gratuites. En
juin, les enseignants reçoivent une avance
de 300 F. mais la situation reste confuse :
certaines écoles, la S.N.C.F, la C.I.M.A...
sont toujours en grève.
Le recensement de 1962 donnait les
indications suivantes : 112 000 habitants
dont 47,5 % de sexe masculin, 86,7 % de
français de naissance, 4,4 de nationalisés,
6,2 % d’étrangers et 4,4 % d’algériens.
Les premiers résultats du nouveau
recensement montrent une augmentation de
228
la population, 115 000 habitants, et du
nombre des étrangers, 17 %.
La première tour des Trois-Ponts est
terminée, on ébauche le futur centre social.
Le ministre du logement en visite à
Roubaix, à la cour Pollet, rue de
l’Hommelet et au Fort des quatre Jumeaux.
Hubert CARON est le président du
conseil roubaisien des jeunes.
En finale, c’est le quartier EpeuleAlouette qui remporte les jeux de l’Inter
quartier, le Pile se classe troisième.
Logo de la campagne
de propreté à Roubaix.
Affiches, autocollants,
… fleuriront afin de
sensibiliser toute la
population de la ville
qui sera encore, durant
quelques années, la
lauréate du concours
des villes fleuries
Et au Pile…
Tiercé des proverbes chez les
commerçants : vainqueurs, 2 écoliers. Le
bilan des manifestations commerciales est
positif.
La gare du Pile voit son chef partir à
la retraite.
Noël DELESTRAIN est le roi de la
bourle au cercle Saint Alexandre.
Malgré la pluie, la braderie du Pile
s’efforce de faire belle figure.
C’est aussi sous la pluie que la place
Carnot accueille les épreuves de l’inter
quartier.
Encore des fêtes au Pile : course
cycliste, fête de la bière, gala de catch et bal
sous chapiteau.
Cette année encore, les petites
annonces laissent apparaître que l’espace
pris par les demandes d’emploi est
nettement inférieur à celui occupé par les
offres. Mais, paradoxalement, la situation
s’aggrave et Roubaix compte de plus en
plus de chômeurs.
Lancement d’une opération Ville
propre, en relation avec les festivités
organisées dans le cadre de la
commémoration de la Charte des drapiers.
Une page entière de publicités pour les
commerçants du quartier en fête.
229
ce, en direct devant un demi milliard de
téléspectateurs !
Le 24, ils sont de retour sur terre.
Eddy MERCKX remporte son 1er tour
de France.
Le franc est dévalué de 12,5 %.
Le 21 août, jour anniversaire des
émeutes, Prague revoit les barricades et les
chars soviétiques.
La législation sur les bidonvilles
s’appliquera aux courées.
Mesures sociales : augmentation du
S.M.I.G. de 3,8 % (il passe à 3,27 F/heure),
prime de 100 francs pour les familles
nombreuses et
3 % de mieux pour les
retraités et les fonctionnaires.
DUBCEK démissionne à Prague. Le
"printemps" est bien fini.
Au Moyen Orient, les incidents sont
permanents. Au sud Liban, on crée une
zone réservée aux Palestiniens.
Cette année là : 1969
En France et dans le monde
Richard NIXON fait son entrée à la
Maison Blanche ; les négociations de paix
au Vietnam se poursuivent à Paris.
Réforme scolaire : grandes vacances
du 28 juin au 8 septembre, plus de classes
le samedi après-midi et remplacement du
jeudi par le mercredi pour équilibrer la
semaine.
Cette année-là, on inaugure la
limitation de vitesse à 90 Km/heure pour les
jeunes conducteurs. Les accidents de la
route sont meurtriers. On comptera 130
morts et 1 000 blessés pour les départs du
14 juillet.
La retraite à 60 ans, on en parle. Une
enquête réalisée par Nord-Eclair donne
comme résultat : d’accord à 90 % !
Le chômage est toujours en
augmentation dans la région, même si les
offres d’emploi restent supérieures aux
demandes.
Référendum sur la régionalisation :
"oui, mais" de Giscard et 52,86 % de non !
Le général de GAULLE présente sa
démission.
C’est Georges POMPIDOU qui est
élu le 16 juin avec 57,8 % des suffrages,
contre 42,2 % à Alain POHER. Mais déjà
31 % d’abstentionnistes.
Jacques CHABAN-DELMAS devient
ministre,
Valéry
GISCARD
1er
d’ESTAING va aux finances, Albin
CHALANDON est à l’équipement, avec un
secrétariat d’état au logement confié à
André VIVIEN.
Et de nouveau, mais cela passe plus
inaperçu, les astronautes d’Apollo 12
marchent sur la lune en novembre.
A Roubaix
C’est l’année du 500ème anniversaire
de la Chartre des Drapiers. 7 mois de
manifestations et de festivités.
Les Hauts Champs et Longchamps en
expansion continue. Bientôt plus de 16 000
habitants.
Jacques PROUVOST donne une
conférence sur "la femme dans l’histoire
de Roubaix".
Triste constat : la mortalité infantile
n’a pas régressé à Roubaix depuis 8 ans.
Le 1er février, l’opération Anseele
atteint le boulevard Gambetta. L’usine
HUET est démolie.
On inaugure une nouvelle salle de
sports boulevard de Mulhouse.
Le 16 juillet, Apollo 11 part vers la
lune. Le 21, "ils ont marché sur la lune" et
230
Un budget municipal en hausse ;
Roubaix est "sinistré par sa vétusté", les
charges sont trop lourdes.
Maurice SCHUMANN, ministre des
Affaires Sociales,
vient inaugurer
officiellement le Foyer des Jeunes
Travailleurs, rue d’Alger.
C’est la fête ! Journée officielle des
jumelages, inauguration du rond-point de
l’Europe et cortège carnavalesque de plus
de 5 Km dans les rues de Roubaix. Tour de
France : Prologue à Roubaix le 30 juin,
ALTIG est maillot jaune.
Projet Alma-Gare, peut être pour le
ème
6 plan !
Un constat fait lors de l’assemblée
générale des locataires du groupe Anseele :
2/3 des locataires ont déjà quitté le
quartier !
Sous un soleil de plomb, le
championnat de France de pétanque se
déroule au parc Barbieux. 600 joueurs sont
venus de tous les départements. L’équipe
du Gard remporte le trophée.
Le 4 août, orage sur la région : 50 cm
d’eau dans les rues les plus basses de la
ville
On achève l’opération Anseele avec
376 nouveaux logements.
Les Associations Populaires des
Familles de Roubaix sont reçues par André
VIVIEN. Thème : pour une démolition
humaine des courées.
manifestants "contre les courées". Des
porte-parole iront à Paris.
En novembre, Roubaix organise un
grand colloque sur l’urbanisme.
Bruxelles et Alma, même
combat.
Et au Pile…
Le pont du Galon d’Eau est remis à
neuf.
Monsieur et madame LAMMENSCAUDRON fêtent leurs noces d’or. Ils
furent cafetiers place Carnot, à l’enseigne
"À la maison du charron"
Le Comité des Commerçants présente
son projet annuel de festivités :
braderie, exposition, grande quinzaine
publicitaire, illuminations, bal, fête de la
bière, course cycliste…
En mai, le Cercle Artistique
Roubaisien remporte le prix du festival
international d’art lyrique à Vichy.
On fête le centenaire de la création du
théâtre Louis RICHARD. "P’tit Morveux"
en visite chez le maire, exposition et
conférence par Léopold RICHARD, petitfils du fondateur.
Octave VANDEKERKHOVE en
conférence au cercle culturel de la FAL :
"Trois semaines au Népal".
L’équipe du cercle Saint-Rédempteur
en finale du tournoi de bourles organisé
dans le cadre des festivités pour
l’anniversaire de la charte.
40 anciens sont reçus pour Noël au
café "Au vieux chêne"
L’église Saint-Rédempteur doit être
consolidée. Des travaux sur la charpente
sont réalisés.
Le ministre remet en cause les
subventions pour Roubaix. Plus de 400
231
Cette année là : 1970
1970
En France et dans le monde
Lille-Marseille, direct par autoroute.
Hausses en série : essence, timbres,
SNCF…
Boîte de nuit en feu à Saint-Laurent
du Pont : 142 jeunes victimes.
Conflit au Nigeria : 1,5 millions de
réfugiés fuient vers la brousse.
En janvier, on commence à évoquer le
rôle de Lille comme carrefour de l’Europe
du Nord grâce aux T.G.V. qui transiteront
vers Londres, Bruxelles, Amsterdam…
Georges MARCHAIS devient le
patron d’un P.C. qui exclut Roger
GARAUDY.
Déclaration de Jacques CHABANDELMAS : "Plus de bidonvilles en 1972".
Par arrêté préfectoral, naissance de
Villeneuve d’Ascq. Villeneuve en Flandre
fut longtemps une dénomination possible.
Limitation de vitesse: 110 Km/H sur
les routes, libre sur les autoroutes. Les
Automobiles-clubs n’y sont pas favorables,
pourtant le bilan des départs de Pâques plus
lourd que l’an dernier fait réfléchir : 74
morts et 804 blessés.
Avalanches à Val d’Isère (39 morts)
et au Plateau d’Assy (52 victimes).
Apollo 13 : incident et retour en
catastrophe. Accueil délirant après 3 jours
d’angoisse.
Après 18 mois d’interruption, les raids
U.S. reprennent sur le Vietnam.
Le Brésil, vainqueur de l’Italie,
devient pour la 3ème fois champion du
monde de football à Mexico.
Etude INSEE : 59 % des adultes et
plus de 50 % des enfants ne partent pas en
vacances.
Le salaire des métallurgistes sera
mensualisé.
La rentrée des classes sera
difficile : 1/3 seulement des postes
demandés par les syndicats sont accordés.
Vacances meurtrières : 235 morts
pour les départs d’août, soit 25 % de plus
que l’an dernier.
Les troubles et les combats entre
les Jordaniens et les Palestiniens amènent
l’intervention de la Syrie et l’avènement du
roi HUSSEIN. Les USA mettent leurs
forces en alerte.
Nécrologie : BOURVIL meurt
le 23 novembre à l’âge de 53 ans, NASSER
le 28, à l’âge de 52 ans.
Lundi 9 novembre : le Général de
GAULLE décède à Colombey-les-deuxEglises. Hommage du monde entier. 50 000
personnes assistent aux obsèques dans le
petit village qui devient lieu de pèlerinage.
Catastrophe asiatique : typhon dans le
golfe du Bengale, au Pakistan : 700 000
morts et plus de 5 millions de sinistrés.
A Roubaix
C’est en janvier que le service des
urgences de l’hôpital est inauguré.
Le C.I.L est lauréat du concours de la
maison individuelle. Il construira 4 000
logements dans la région.
La mortalité infantile est toujours de
30 pour 1000 à Roubaix !
Les logements des Forts Briet et Sioen
vont enfin être démolis. Les habitants
s’organisent avec l’A.P.F et se regroupent
pour défendre leurs intérêts.
Pause gymnastique pour 700 femmes dans
diverses entreprises de Roubaix.
232
En juin, les A.P.F. mobilisent les
habitants et murent quatre maisons, rue de
Wasquehal.
Les parlementaires en visite à
Roubaix : au programme, les courées.
4000 enfants de 4 à 14 ans fréquentent
quotidiennement le centre aéré municipal.
Le groupe "Boussac" confirme plus
de 1 000 licenciements dans le Nord.
Au Conseil municipal de novembre :
une crèche et un centre commercial aux
Trois-Ponts ; seconde tranche du groupe
scolaire Camus ; une salle polyvalente rue
de Rome ; une crèche, rue Marie Buisine.
Le 19, ouverture de l’hypermarché
Auchan Leers.
On commence à distribuer les
poubelles hermétiques aux Roubaisiens.
Pose de la première pierre de la
maternité Paul GELEE.
Meeting au fort Briet. Le cartel de
défense des habitants se mobilise contre les
termes d’un courrier de l’ORSUCOMN
En février, le gaz naturel arrive à
Roubaix.
Au conseil municipal : pas d’impôts
nouveaux ; aide pour les habitants des
courées ; début de l’opération Alma-Gare
en fin d’année ; construction d‘un groupe
scolaire aux Trois-Ponts.
Il y a 21 125 étrangers à Roubaix, soit
18 % de la population.
Victor PROVO est réélu président du
Conseil Général.
En grève depuis 5 semaines, les
ouvriers de Stein et Roubaix organisent des
quêtes sur la voie publique.
MERCKX gagne Paris-Roubaix.
En mai, le C.O.R.T. disparaît et
l’Excelsior renaît.
Préoccupations du conseil municipal :
économie et logement.
Inauguration de la piscine de la rue
Dupuy de Lôme.
Et au Pile…
Pile…
La fête des écoles publiques de la ville,
organisée par la Fédération des
Amicales Laïques de Roubaix et les
enseignants, connaît chaque année un
succès immense.
Le Cercle Artistique Roubaisien
organise une soirée cabaret flamand à
l’amicale Pierre de Roubaix.
L’équipe VERSLYPE remporte le
tournoi de la boule infernale.
Le 7 mai, beau succès de la braderie
du Pile sous le soleil.
Le 31, kermesse de la Solidarité.
Au cours d’une réunion publique au
Pile, Victor PROVO déclare :" Nous nous
sommes consacrés au logement parce que
nous avons pensé que c’était le plus urgent.
Si des courées sont à démolir, certaines ne
le sont pas".
150 maisons de 15 courées du Pile ont
reçu l’eau potable à domicile
233
Cette année là: 1971
Proposition du gouvernement : le
traitement des fonctionnaires sera augmenté
de 7,7 % en 1971 et de 5,5 % en 1972.
Refus des syndicats
Un conflit au Cachemire entre l’Inde
et le Pakistan. 14 jours de combats.
Le dollar est dévalué de 7,89 %. C’est
la seconde fois de son histoire.
En France et dans le monde
Le S.M.I.C est fixé à 3,63 francs, soit
718 francs pour 44 heures.
Pour la 3ème fois, on marche sur la
lune. SHEPARD et MITCHELL y
ramasseront 54 kg de cailloux en 48 heures.
L’Algérie nationalise son gaz naturel ;
O.P.E.P. : le baril de pétrole passe de 2,45 à
3,55 dollars
FERNANDEL meurt à 67 ans.
Les fonctionnaires seront augmentés
de 6 % cette année.
Eddy MERCKX remporte Paris-Nice,
Milan-San Rémo, le tour de France et le
championnat du monde.
100 000 paysans en colère à
Bruxelles. Manifestations violentes.
Le Nord va tester le paiement des
impôts par mensualités.
Les conflits sociaux sont importants et
touchent les fonctionnaires, les enseignants,
les métallos,la poste,Renault, la S.N.C.F.
(plus de 4 semaines de grève) et les lycéens
(contre la loi DEBRE).
Hausse en mai : EDF, +3 % et Fuel +
6,5 %. L’inflation est en moyenne de 0,5 %
chaque mois.
En juin, 15 000 manifestants dans les
rues de Lille.
François MITTERRAND devient le
nouveau leader du P.S.
Soyouz 11 : le défaut de fermeture du
sas provoque la mort des trois cosmonautes.
Augmentations : allocations familiales
de 5,3 % et S.M.I.C. de 4,6 %.
Un nouveau "LEM" sur la lune.
SCOTT et IRWIN y font plus de 6
kilomètres en "auto".
Naissance de la Fédération Arabe
Unie entre la Libye, l’Egypte et la Syrie.
Mort de KROUCHTCHEEV en juillet
et de Louis AMSTRONG en août.
L’industrie textile régionale a perdu
4800 emplois en 1970.
La Chine Populaire entre à l’O.N.U.
Pékin y remplace Formose.
En octobre, la Grande Bretagne
adhère au Marché Commun.
Pour le salon du confort ménager, les
entreprises nationalisées font une publicité
importante. Le choc pétrolier n’a pas encore eu
lieu.
234
A Roubaix
Les demandes d’emploi occupent une
colonne du journal, les offres occupent une
page.
Au conseil municipal de novembre,
Victor PROVO prône le retour aux centres
d’apprentissage de jadis pour répondre aux
problèmes de la prolongation de la scolarité et
des filières… La municipalité doit investir
dans des locaux provisoires.
30 % des familles touchées par les
"opérations courées" sont prises en charge
par le P.A.C.T où Pierre DUBOIS fait son
entrée.
Le 10 décembre, on apprend le décès de
Charles BODART-TIMAL.
Bilan 1970 des interventions des 89
pompiers : 3 066 sorties, soit 8 à 9 par jour.
Inauguration de la Maison des Jeunes,
place de la Fosse-aux-chênes.
Hauts-champs et Longchamps : les
habitants s’organisent avec le soutien des
A.P.F. Problèmes évoqués : loyer, absence de
terrain de jeux, prix du chauffage.
Résorption des courées : démolition et
construction de 209 logements rue de
l’Hommelet.
Construction d’immeubles de standing,
rue Verte à Croix.
Aux élections municipales de mai,
Victor PROVO est élu au 1er tour avec 53 %
des suffrages. Quant à la parité, il y a 5
femmes sur les 37 élus !
Le 13 mai, peu après les élections, Jean
DELVAINQUIERE décède à l’âge de 59 ans.
Alain FAUGARET lui succède.
Installation de parcmètres en centre
ville. Les commerçants se sentent brimés.
Tornades sur la France. A Roubaix, le
Galon d’Eau est sous l’eau ! 100 % des serres
et cultures de la métropole détruites.
Soldes, publicités… sont présents en
grand nombre dans les quotidiens.
Ouverture du parking de Roubaix 2000 :
1 franc pour 1 heure 15 de stationnement et
première quinzaine gratuite.
Colisée 2 : 220 places de cinéma.
Rue Archimède : la cour Lepoutre est
privée d’eau depuis 3 semaines : mobilisation
des habitants, mais il faudra encore 1 semaine
pour rétablir le circuit.
La rentrée à Roubaix : effectif chargé et
importante population étrangère dans
certaines écoles. Record : rue de Naples avec
88 % !
Des disparités existent entre les trois
circonscriptions :
Roubaix-Nord : moyenne de 50 % pour
les garçons et 55 % chez les filles.
Roubaix-Ouest : moyenne de 54 %
Roubaix-Est: moyenne de 24 % mais
rue du Pile, 37 %, rue Pierre de Roubaix, 46
%)
Les effectifs sont en moyenne de 40
élèves à l’école élémentaire et de 50 à l’école
maternelle
Et au Pile…
Pile…
Le Cercle Artistique Roubaisien se
distingue : "les cloches de Corneville" au
théâtre Pierre de Roubaix et cabaret flamand à
l’amicale.
Succès habituel de la kermesse de la
Solidarité et de la braderie du Pile.
Le match de foot entre jeunes et anciens
du Pile est contrarié par le mauvais temps.
A l’assemblée générale du C.A.R, on y
présente les projets pour l’année 1972 : au
programme, 8 opérettes.
La rue Pierre de Roubaix et la rue du
Coq Français sont mises en sens unique.
Octave VANDEKERKHOVE à la
FAL : "un périple en Afrique du Sud".
La coupe de belote du Vieux Chêne est
remportée par le duo THESSE-SIX.
235
Cette année là : 1972
Ouverture des Jeux Olympiques de
Munich le 26 août. Prise d’otages israéliens
par des Palestiniens : 10 athlètes et 2 délégués
sont tués.
En France et dans le monde
Le 1er janvier, décès de Maurice
CHEVALIER.
Les hausses : alcool 5%, tabac 3% .Le
coût de la vie en 71 + 6 %.
Le 22 , naît l’Europe des 6.
CHABAN-DELMAS à Roubaix pour
présenter le projet "nouvelle société". Dans
les courées, il déclare :" Qui n’a pas vu ça n’a
rien vu".
Début de l’affaire de Bruay. Inculpation
du notaire, maître LEROY, par le juge
PASCAL.
Et de 5. Apollo 16 dépose YOUNG et
DUKE pour plusieurs jours sur la lune.
67 % de oui pour l’entrée dans le
marché commun de la Grande Bretagne.
Le sénateur André DILIGENT présente
un rapport sur la publicité à la télévision.
C’est en mai que les pourparlers de paix
au Vietnam reprennent à Paris.
Année scolaire 1972-73 : des zones de
vacances en février, le jeudi cède la place au
mercredi, et la mixité, dans les écoles
élémentaires, se généralise. Rentrée : le 12
septembre.
A partir du 24, on code les enveloppes
de courrier.
Capture de la "bande à BAADER" en
Allemagne.
Démission de Jacques CHABANDELMAS, Pierre MESMER le remplace ;
Olivier GUICHARD est à l’équipement.
Dans le dossier de Bruay, le juge
PASCAL est dessaisi de l’affaire.
Eddy MERCKX remporte le tour de
France.
L’alimentation est responsable en partie
de la hausse du coût de la vie, 7,30 % cette
année.
Eddy MERCKX bat le record de
l’heure : 49,8 km.
Raymond SOUPLEX, alias l’inspecteur
BOURREL, meurt le 23 novembre à l’âge de
71 ans.
NIXON élu président des Etats-Unis
avec 65 % des suffrages.
Riposte d’Israël : raid de l’aviation au
Liban et incursion dans les camps
palestiniens. De nombreuses victimes.
63 % des Français sont pour la peine de
mort .
Plan GISCARD contre l’inflation :
baisse de la T.V.A. et + 0,25 % pour le livret
écureuil.
Apollo 17. CERNAN et SCHMITT
restent 3 jours sur la lune.
23-12 : 16 rescapés d’un avion perdu
depuis 2 mois à 3000 mètres dans les Andes
sont retrouvés.
Le 31.12, on a la 3ème chaîne à la télé.
A Roubaix
Les pompiers sont sortis 2 634 fois en
1971.
Les Associations Populaires des
Familles fêtent leurs 20 ans. " Tous les
problèmes importants de notre vie, logement,
pouvoir d’achat, santé, éducation, loisir, sont
abordés par l’A.P.F " souligne Roger
LEMAN. ( Nord Eclair du 10 janvier)
Résorption de l’Habitat Insalubre :
destruction des courées dans les secteurs
Hommelet, Moulin, Epeule et Alma.
Au conseil municipal, hausse des impôts
locaux de 17 %.
On parle de fusion, Lille avec
Hellemmes, Ronchin, Fives, Villeneuve
d’Ascq et Roubaix avec Hem, Croix, Lys,
Leers, Lannoy.
236
Et au Pile…
Tous les maires des communes
"concernées" sont contre.
A.P.F. de Roubaix nord : "nous voulons
une ville nouvelle".
Meeting au Fort Frasez : après
l’incendie d’une maison et le retard pour
reloger les sinistrés, squat d’une maison rue
des Anges.
Ouverture, dès la rentrée, du lycée Jean
Moulin, boulevard de Paris.
A l’Alma-Gare, les A.P.F. mettent au
point un autre plan d’urbanisme.
Conseil municipal : l’Alma démarrera
en 73 : 64 hectares compris entre la rue de
Tourcoing, le canal, la voie ferrée et l’avenue
Jean LEBAS.
Emission de télévision en direct de
Roubaix, "Hexagone" présente la vie de trois
familles de l’agglomération et organise le
débat entre des représentants des familles et
Edgar FAURE. De débat, peu ou point, mais
des revendications et des interrogations,
beaucoup.
La mixité dans les écoles élémentaires
de Roubaix pose le problème des installations
sanitaires.
André DILIGENT fait l’objet d’articles
du journal.
Une enquête du C.R.E.G.E. sur la résorption
des courées montre qu’en moyenne, on y
trouve des personnes plus jeunes, plus
d’étrangers (52 %), plus de personnes seules
et des revenus moins élevés. Pierre
MAUROY, Victor PROVO et Léonce
CLEREMBEAUX vont au ministère de
l’équipement pour plaider le dossier de
l’Alma.
A Roubaix, les H.L.M. poussent comme
des champignons à la place des courées (rue
de l’Hommelet, rue de l’Epeule, rue
Descartes, îlot Ingouville et Grand Rue).
Impôts locaux : ils sont de plus en plus
chers, il y a de moins en moins de
contribuables à Roubaix,
Manifestation des A.P.F. rue Dampierre
pour le relogement d’une famille.
Nouveau triomphe du Cercle Artistique
Roubaisien dans le "Pays du sourire".
Banquet et coupe de belote au Vieux
Chêne au profit des anciens.
Au concours fédéral de boules, les
Roubaisiens maîtres chez eux.
La cour Orange : un jardin fleuri !
Philippe DELESTRAIN, roi de la bourle
1972 au cercle Saint Rédempteur.
500 spectateurs font un triomphe à
"Rêve de valse", interprété par le C.A.R
Exposition colombophile au café
VERSLYPE, place Carnot.
Un turbotrain, le TGV 001 en visite
gare du Pile pour l’inauguration du pont de
Carihem.
Claire LOSFELD, organiste depuis 52
ans à Saint Rédempteur, décède quelques
minutes après la messe du 9 avril.
Match de foot humoristique organisé par
le Vieux Chêne sur la place Carnot et toujours
au profit des anciens.
Au concours fédéral de boules, les
Roubaisiens maîtres chez eux.
La Grand Place transformée en immense
terrain de pétanque pour les championnats de
France. Sur le sable recouvrant les pavés, les
Bouches-du-Rhône et les Pyrénées-Orientales
se distinguent
237
19621962-1972
Dans le monde.
Sur fond de guerre froide, la compétition entre U.S.A. et U.R.S.S. trouve un terrain
d’expression dans la conquête de l’espace. Si la première femme cosmonaute et la première sortie
dans l’espace sont soviétiques, la lune appartiendra dès 1969 aux Américains qui y déposeront des
astronautes à six reprises.
Les processus de décolonisation et la création d’Etats nouveaux font naître des conflits
de pouvoir en Afrique, en Asie et au Moyen Orient. Israël est isolé par les états arabes et le
problème des Palestiniens est crucial en Jordanie et au Liban.
En aidant le Vietnam du sud, les Américains se trouvent entraînés dans un conflit qui ne
trouvera sa solution que 9 années plus tard. Pendant ce temps, la Chine accède au rang des grandes
puissances: entrée à l’O.N.U, arme nucléaire.
L’Europe se construit lentement. Du marché commun agricole en 1962 à l’entrée de la
Grande Bretagne, 10 années passeront.
La crise économique n’épargne aucun pays industrialisé et a des répercussions sur
l’ensemble de la planète: dévaluation, montée du chômage, hausse des prix, tout concourt à créer un
mécontentement qui trouvera une expression violente en 1968.
L’O.P.E.P. se crée en 1972 et fixe le prix du baril de pétrole. Ce moyen de pression des
pays non industrialisés aura des suites économiques importantes et marquera la fin des "Trente
Glorieuses".
Les figures emblématiques de la seconde guerre mondiale disparaissent, une nouvelle
génération de leaders politiques s’installe.
Et en
en France
Le conflit algérien trouve sa solution au début de la décennie, mais les relations entre les
deux pays mettront du temps à se stabiliser. Les différences d’idées sur la fin de la colonisation
créeront l’O.A.S., les attentats, une droite extrémiste.
Le gaullisme, mis parfois en difficulté, résiste aux événements et s’installe dans la durée
avec la 5ème République et ses institutions. Le référendum devient un mode de consultation
fréquemment utilisé. Une opposition dispersée tente de se regrouper autour de François
MITTERRAND, Georges MARCHAIS et Michel ROCARD. Cette redistribution de la lutte
électorale, en 2 pôles, semble plus en accord avec l’esprit de la constitution.
La politique des grands travaux se poursuit par la mise en service du tunnel du Mont
Blanc, de l’autoroute Lille-Marseille, du T.G.V., de l’usine marémotrice de la Rance, du Concorde,
du paquebot "France". Le tunnel sous la Manche est programmé, Lille devient carrefour européen.
La route tue. Les constats mettent en cause la vitesse et l’alcool. La limitation de la
vitesse fait son apparition pour les jeunes conducteurs.
Le malaise économique crée de nombreux conflits. Les grèves sont fréquentes dans le
secteur public. Les augmentations successives du S.M.I.C. et des prestations sociales sont
contrebalancées par une hausse des prix continuelle. Les avantages salariaux des accords de
Grenelle, en 1968, vont vite s’estomper. La quatrième semaine de congé est acquise.
Le chômage devient en France une réalité préoccupante. Même si le niveau des offres
d’emploi reste supérieur à celui des demandes, l’entrée dans la vie active est un problème. Les
constats sombres sur la formation initiale des jeunes amène un regard réformiste sur l’Education
Nationale : réorganisation des congés scolaires et de la semaine de travail, diversification des
filières du baccalauréat ; pourtant, effectifs toujours chargés et rentrées des classes difficiles. La
querelle privé-public provoque des manifestations importantes.
On bâtit, on bâtit beaucoup, mais les bidonvilles existeront encore en 1972.
238
A Roubaix
Roubaix reste un bastion socialiste. Les alliances S.F.I.O. - centristes assurent les succès
électoraux et la pérennité de l’équipe en place. Victor PROVO, maire immuable depuis 1945,
préside le conseil municipal. La perte du poste de député ne change pas les choix de la ville, par
contre la naissance de la Communauté Urbaine de Lille, la place de Roubaix et de Tourcoing au
sein de la métropole ainsi que la création d’un 3ème pôle, Villeneuve d’Ascq, sont plus préoccupants.
La crise économique touche Roubaix. Elle avance plus ou moins masquée. On licencie
dans le textile, on parle de délocalisation, mais les centres d’apprentissage restent de bons
pourvoyeurs de main d’oeuvre peu qualifiée. Le recours aux personnes issues de l’immigration est
permanent et le taux des étrangers à Roubaix va augmenter de manière significative: 18 % de la
population globale, mais au niveau des écoles, près de 40 % en moyenne des élèves sont étrangers
ou issus de l’immigration. La particularité du logement roubaisien accentue ce phénomène.
Si Roubaix semble être une ville en essor, les problèmes du logement sont une charge
importante. La résorption des courées, la création d’une ville au nouveau visage, les relogements,
font pousser des immeubles comme des champignons. Les opérations Edouard Anseele, HautsChamps et Trois-Ponts sont menées rondement, mais c’est insuffisant. La courée, symbole de
pauvreté, d’inconfort et de nuisances, persiste. Même si l’on démolit, il y a tellement à faire que
cela prendra du temps. Malgré les progrès médicaux, Roubaix est une ville où la mortalité infantile
reste très élevée.
Pour aller vite, on occupe les terrains vides, on s’attaquera aux îlots à détruire ensuite.
L’Alma se prépare. Le P.A.C.T. ouvre une voie nouvelle au relogement.
Le logement est un enjeu politique. Négociations entre élus locaux et nationaux sont
fréquentes, que ce soit à Paris ou sur le terrain où une nouvelle entité apparaît, l’habitant.
La montée en puissance des A.P.F. locales instaure une forme de contre-pouvoir aux
projets des élus. Cela se manifeste par des actions de terrain qui regroupent militants et habitants.
Ces actions localisées correspondent à des préoccupations dépassant largement le cadre du local:
urbanisme, santé, cadre de vie, éducation, loisirs...
Mais Roubaix bâtit aussi des groupes scolaires, des collèges, des salles de sports, des
crèches et une piscine. On investit dans des équipements, le souci de faire du social est prégnant: le
Pont-Rouge accueille 4 000 enfants gratuitement pendant 6 semaines l’été et les centres récréatifs
du mercredi se multiplient.
La vie culturelle et festive est beaucoup décentralisée. Chaque quartier a son cinéma,
son union commerciale, son comité des fêtes et d’entraide, ses associations laïques, cultuelles,
sportives. Les grandes festivités y marquent les saisons: braderies, fêtes, banquets, tournois. La fête
des écoles, les foires de printemps et d’hiver, les grands événements sportifs (Paris-Roubaix, tour de
France, tournois de football..), les manifestations culturelles de la charte ou du jumelage, sont à
l’échelle de la ville. Le sport reste populaire même si Roubaix est absent au niveau national.
Le commerce reste un élément moteur de la vie roubaisienne et les Unions
Commerciales sont les interlocuteurs privilégiés des élus. Un phénomène qui ne semble pas poser
question: l’apparition des hypermarchés en périphérie. Auchan est à Roncq, Roubaix et Leers,
Monoprix, Miniprix sont au centre, les marchés Gro pas très loin, et tout cela cohabite avec les
commerces de quartiers. Pour combien de temps encore?
Et au Pile
Si en 1961, le journal Nord Eclair réalise une série d’articles sur le Pile, ce quartier
n’attire que peu l’attention. La vie y est rythmée par les manifestations locales, les problèmes de
logements ne sont pas préoccupants, l’immigration y est acceptable.
L’ Union Commerciale est forte, le Comité de Fêtes est actif, les lieux de vie comme les
commerces et les cafés y sont nombreux, les associations ont chacune leur public, la solidarité entre
générations fonctionne, les personnages importants sont reconnus, le cercle artistique rayonne.
Le Pile vit au rythme de ses événements festifs.
239
En conclusion, on peut dire que le monde a pris un autre visage : de nouveaux pays,
émergent, de nouveaux rapports de force s’établissent, le tiers monde devient une réalité. Cela a des
répercussions sur l’économie et chaque état se préserve. L’Europe en construction s’établit en
troisième force des pays industrialisés.
La France vit sur les acquis des années d’après guerre, le bouillonnement de 1968 fera
plus parler qu’agir. Bien que l’on assiste à la montée d’un certain anti-américanisme, les modèles
capitalistes sur la réussite, la consommation, les loisirs sont une réalité.
Roubaix est encore une ville importante qui produit, mais cette production est en déclin.
Son image se ternit sans que cela soit dramatiquement perçu par ses habitants.
Photographie Roger DELBECQ :
bulletin d’information municipale
septembre 1970
240
Plan de la cour BONTE, rue du Pile. Cet ensemble de maison sera l’objet de toute l’attention du C.A.L dans la
période qui va suivre. Il s’y créera notamment une dynamique collective de réhabilitation urbaine et de gestion
d’un lieu de vie.
241
Cette année là : 1973
LIP : usine occupée, autogestion des
salariés. Réactions : évacuation de l’usine et
plan de sauvetage.
Au Chili, après une tentative de
putsch, les militaires mettent en doute la
légalité du gouvernement de Salvador
ALLENDE
LIP, toujours en conflit depuis 140
jours. Les payes sauvages s’organisent.
Le 12 septembre, débute la révolte des
militaires au Chili. Le général PINOCHET
prend le pouvoir, Salvador ALLENDE se
donne la mort au siège de la République.
Répression brutale, exécution sommaire et
plus de 7 000 arrestations.
Arrivée du premier Concorde aux
U.S.A
Fernand RAYNAUD se tue en voiture
le 28 septembre.
Nouvelle poussée à Gauche. Pierre
PROUVOST est élu Conseiller Général à
Roubaix Est.
Le 6 octobre, nouvelle guerre au
Moyen Orient. 2 fronts contre Israël, en
Syrie et au Sinaï. Après 15 jours de conflit,
la Libye décide de doubler le prix du baril
du pétrole. Cessez le feu le 10 novembre
mais il faut une force d’interposition : les
casques bleus. Les produits pétroliers
augmentent encore.
Le manque d’énergie pétrolière amène
des restrictions en Belgique, aux Pays-Bas
(vitesse, aménagement de la semaine
scolaire, chauffage) et plus de circulation le
dimanche! Ce dispositif sera repris par 5
autres pays. En France : limitation de la
vitesse sur les routes à 90 Km/h et 120 sur
les autoroutes ; éclairage réduit après 22
heures ; plus de télé après 23 heures.
L’embargo des pays arabes provoque
une récession importante en Europe.
Le blocage des prix alimentaires
provoque
une
grève
des
P.M.E
alimentaires.
En fin d’année, les prix du pétrole
brut seront encore doublés.
Georges POMPIDOU annonce une
année 1974 difficile. Le coût de la vie a
augmenté de 9 % cette année ! Le S.M.I.C.
est en hausse de 20 % en 1 an.
On fait la première saignée à Sangatte
pour le tunnel sous la Manche.
En France et dans le monde
Entrée de l’Irlande, du Danemark et
de la Grande Bretagne dans le marché
commun.
Augustin LAURENT démissionne de
son mandat de maire de Lille. Pierre
MAUROY lui succède.
Le 27 janvier, après 30 ans de
conflits, c’est enfin le cessez le feu au
Vietnam.
Incendie criminel du C.E.S de la rue
Pailleron. 21 morts !
Le dollar est dévalué de 10 %. Crise
monétaire et répercussion sur le prix du
pétrole. Hausse de l’or de 15 %.
Elections législatives de mars :
Léonce CLERAMBEAUX devient député
de Roubaix. La gauche passe de 124 à 177
sièges. Pierre MESMER est premier
ministre, Joseph FONTANET est à
l’équipement.
Olivier GUICHARD déclare :" On ne
bâtira plus de grands ensembles".
Défilé lycéen contre la loi sur les
sursis.
Décès de PICASSO le 10 avril.
Début du scandale du Watergate.
Onze collaborateurs de Richard NIXON
démissionnent. Les travaux de la
commission d’enquête du Sénat sont
présentés en direct à la télé.
Le SMIC passera à 1000 francs en
juillet. Hausse des salaires de 6 %.
6 ans après le coup d’état, la
république est proclamée en Grèce.
Le Bourget : le frère jumeau de
Concorde, le Tupolev 144, s’écrase après le
décollage : 14 morts.
Inquiétude pour la santé de Georges
POMPIDOU. En Espagne, FRANCO laisse
le pouvoir.
Vitesse limitée à 100 km/h sur les
routes, ceintures obligatoires à l’avant, plus
de poids lourds le dimanche.
Allocations vieillesse : + 7 %.
Rupture de freins : un autocar belge
s‘écrase dans le torrent en bas de la côte de
Laffrey : 44 morts
242
700 familles seront concernées par le
premier périmètre de rénovation de l’Alma.
Le P.A.C.T s’appellera dorénavant le
C.A.LP.A.C.T.
Insécurité: la délinquance s’accroît
avec 8423 affaires en 1972, (3601 en 1965)
et les effectifs de police diminuent.
Roubaix est cette année la ville la
mieux fleurie du Nord.
Une série d’articles sur l’îlot Anseele
donnent la parole aux habitants. On y
manque de locaux collectifs, d’espaces
verts. Il y a une cabine téléphonique pour
5000 habitants.
Le feu vert est donné pour le
démarrage de l’opération Alma.
En novembre, bilan d’activités des
Associations Populaires des Familles de
Roubaix-Nord. Les commissions, 1enseignement, 2-femmes chef de famille,
3-sociale et 4-logement, présentent leurs
travaux. Il est demandé la création
d’ateliers d’urbanisme, où les techniciens,
les usagers et les financeurs pourront
dialoguer.
Conseil Général : budget en hausse de
50 %.
Adoption du P.O.S de Roubaix par la
C.U.D.L
Victor PROVO déclare dans un
entretien à Nord Eclair :" Il n’y aura pas
plus de chômage à Roubaix qu’ailleurs".
Un attentat palestinien à l’aéroport de
Rome : explosion d’un boeing de la PanAm, 30 morts.
A Roubaix
A une conférence donnée aux parents
d’élèves, on déclare :" Le textile offre une
chance de progrès et de réussite".
En 1972, les sapeurs-pompiers sont
sortis 5 fois plus qu’en 1971 !
Etat civil : moins de mariage mais
recul de la mortalité infantile : moins 2 %.
Inauguration de la nouvelle crèche,
rue Marie Buisine le 3 février, du groupe
scolaire Léo Lagrange et de l’autopont de
Carihem le 10, puis le 17, c’est au tour des
salles de sports de la rue de Rome et de la
rue Dupuy de Lôme. Il y a maintenant 10
salles de sports à Roubaix !
Les impôts locaux vont augmenter de
12,54 %.
Depuis 3 jours, rue de Toulouse, une
courée est privée d’eau.
On inaugure toujours : le C.E.S de la
rue d’Alger et le lycée Jean Moulin.
Avant le démarrage de l’opération
Alma, les A.P.F mobilisent les habitants et
dénoncent les loyers trop élevés dans les
logements anciens.
Inquiétude au conseil municipal où
l’on parle d’expatriation d’une partie de
l’industrie textile. En cause : le manque
d’espace et la qualification de la main
d’œuvre.
En mai, Nord-Eclair réalise deux
semaines de reportages sur le nouveau
quartier des Trois-Ponts, où les habitants
commencent à s’organiser.
On y trouve même des permanences
syndicales pour le logement.
Et au Pile…
Succès cette année pour le C.A.R :"Le
pays du sourire" en janvier et "la cocarde
de Mimi Pinson" en septembre, plus une
animation sous chapiteau place Carnot en
avril avec des airs de la belle époque.
Octave VANDEKERKHOVE fait un
exposé sur les bêtes sauvages en début
d’année, et sur l’Indonésie en fin d’année.
Bilan positif pour le Comité des Fêtes.
La braderie est réussie, et les fêtes
quinquennales se sont terminées par un
carnaval et un gala de catch.
La place Carnot est en sens giratoire.
La cour 91 rue Dampierre est un
modèle de petite oasis fleurie.
Crime au Pile : Carmen PETIT est
assassinée au 124 rue du Pile.
243
Au 1er tour, MITTERRAND est en
tête avec 43,36 % des voix, GISCARD
D’ESTAING en obtient 32,85. Le grand
perdant est Jacques CHABAN-DELMAS
avec 14,64. Arlette LAGUILLIER apparaît
avec 2,5 % et Le PEN 0,5 %.
Plus de 30 millions de téléspectateurs
suivent le débat entre les deux tours. Le 19
mai, c’est Valéry GISCARD d’ESTAING
qui l’emporte avec 50,7 % des suffrages.
L’Inde possède la bombe A.
Jacques CHIRAC devient 1er ministre
d’un gouvernement dans lequel on trouve
beaucoup de nouvelles têtes: Robert
GALLEY à l’Equipement, Jacques
BARROT au Logement, Simone VEIL à la
Santé, René HABY à l’Education
Nationale, Jean Pierre FOURCADE aux
Finances et Françoise GIROUD à la
Condition Féminine.
Les prix, en hausse de 1,6 % en avril
et de 1,2 % en mai, provoquent la mise en
place d’un plan d’austérité. Crédits plus
chers, 10% de hausse sur le dernier
tiers provisionnel!
On accorde le droit de vote et la
majorité civile à 18 ans ; la pilule sera en
vente libre ; le S.M.I.C passe à 6,40 F. de
l’heure ; les allocations familiales (+ 12 %),
le minimum vieillesse et les pensions sont
revalorisés.
En juillet, c’est la fin de l’O.R.T.F.
Les trois chaînes seront concurrentes.
Le "France" est désarmé à l’automne.
1er MERCKX, 2ème POULIDOR. Ce
sont les podiums du tour de France et du
championnat de monde.
Colère paysannes et révoltes dans les
prisons. Beaucoup de dégâts.
Rattrapé par le scandale du Watergate,
NIXON quitte la Maison Blanche. Gérald
FORD devient le 30ème président des U.S.A.
Le roi des rois, Haïlé SELASSIE, est
destitué par l’armée en Ethiopie.
On parle de tickets de rationnement
pour l’essence, elle augmentera de 0,50Fr ;
et la vitesse sera limitée à 130 km/h sur les
autoroutes et 110 sur les routes.
Automne chaud. Grèves : ORTF, EDF
&GDF, Education Nationale, SNCF,
PTT…
En novembre, on dénombre 43 000
demandes d’emploi non satisfaites dans le
Nord et 689 000 en France.
Cette annéeannée-là : 1974
En France et dans le monde
La pénurie s’installe. Le gaz est
rationné de 25 % dans 53 départements. Les
Belges peuvent rouler un dimanche sur
deux.
Le lingot d’or vaut 19 630 francs, il
cotait 10 580 il y a un an ; en février, il
atteindra 27 505 francs.
Pierre MAUROY est élu président du
Conseil Régional.
En hausse : super à 1,75 F (+ 0,40) ;
essence 1,62 F (+ 0,37), EDF-GDF +16 %;
le charbon suivra.
Accord entre Israël, Syrie et Egypte.
Nouveau gouvernement MESMER :
Olivier GUICHARD est à l’Equipement,
Christian BONNET au Logement. Jacques
CHIRAC est ministre de l’Intérieur.
Catastrophe aérienne à Ermenonville :
345 morts.
Le 8 mai, inauguration de l’aéroport
Roissy-Charles de GAULLE.
Conflits sociaux en série dans le
secteur public mais aussi dans le secteur
privé avec les banques, Stein, le textile, la
GBM… Il n’y a pas de réponse sur
l’augmentation du pouvoir d’achat.
En mars, Georges POMPIDOU, qui
est indisposé, reporte ses voyages à
l’étranger.
Son décès survient brutalement le 2
avril.
Les élections présidentielles auront
lieu le 5 et le 19 mai. 12 candidats.
La hausse des prix du 1er trimestre :
4,2 %.
244
On prévoit la construction d’un palais
des sports de 2000 places boulevard de
Belfort.
Les anciens de l’Alma visitent les
foyers logements. Ils diront ensuite où va
leur préférence.
Chaque année à Roubaix, il y a plus
de logements qui se dégradent que de neufs
qui se construisent. Le C.A.L-P.A.C.T,
où monsieur Edouard PICK est réélu
président, propose de lancer un plan de
développement de l’agglomération.
Roubaix 2000. C’est difficile, un plan
d’urgence s’impose pour mettre le centre
sur orbite. 5 000 m2 de surface au sol sont
disponibles. Le déficit est de 6,5 millions.
En octobre, présentation du projet de
773 logements à l’Alma. L’accueil reste
peu favorable.
C’est en novembre que le premier
face à face entre les consultants parisiens et
les A.P.F a lieu.
On inaugure la salle de sports, rue de
Coligny, et le foyer restaurant du boulevard
de Belfort.
La loi VEIL sur l’avortement est
adoptée par 284 voix contre 189.
Les licenciés économiques bénéficient
d’une année de traitement. Les cotisations
ASSEDIC seront augmentées.
Catastrophe minière à Liévin.
A Roubaix
Les pompiers sortent plus à cause des
accidents de circulation. (+ 512 en 1973)
Les A.P.F mettent la pression : à
l’Epeule, cour DEWAILLY ; à l’Alma où
les réunions du mercredi soir font un tabac ;
aux Trois-Ponts pour le chauffage trop
cher.
Jacques PROUVOST est le nouveau
président de la société d’Emulation.
Le 11ème Auchan voit le jour à Grande
Synthe.
Les habitants de la C.U.D.L ont
jusqu’en mai pour faire leurs observations
sur le plan d’occupation des sols. On y
prévoit la liaison Trois-Ponts – canal par la
rue Lannes, le percement entre la rue de
Maufait et la rue de Lannoy pour faire suite
à l’élargissement de la rue Pierre de
Roubaix.
On inaugure la crèche Henri NOYON
aux Trois-Ponts.
Au conseil municipal, Léonce
CLERAMBEAUX déclare :" les habitants
de l’Alma veulent un A.P.U, la formule est
vague et complexe. Il faut que la population
comprenne que la discussion ne peut
s’engager qu’à partir d’un avant - projet".
La réponse des A.P.F se fera par écrit et par
acte. Ils boudent l’inauguration d’un local
d’accueil à l’Alma: " Il faut distinguer
permanences et A.P.U ".
Le Pont-Rouge n’accueillera plus les
enfants de plus de 12 ans.
Et au Pile…
René HARLE, chef de gare au Pile,
part en retraite.
Le Cercle Artistique Roubaisien
présente "les mousquetaires au couvent".
Ses projets pour l’année prochaine : 5
opérettes et pour la première fois, un opéra.
Succès habituel de la braderie.
Combat au sommet au Cercle Saint
Alexandre pour le titre de "roi de la
bourle". André GHYSEL, l’aîné du club,
bat en finale le benjamin, Xavier
DELAPORTE.
Animation des quartiers : chapiteau
sur la place Carnot. Musique, théâtre,
cirque… trois jours de festivités.
245
Cette annéeannée-là : 1975
Le SMIC en hausse de 6 % passe à
7,55 F. et les salaires des fonctionnaires
seront au minimum de 1660 F. par mois.
A Lyon, le juge RENAUD est exécuté
par des truands.
En juillet, le Portugal est au bord de
l’affrontement armé. La crise durera
plusieurs mois.
1ère arrivée du tour de France sur les
Champs-Elysées où Bernard THEVENET
finit en jaune devant Eddy MERCKX.
Explosion d’un terril à CalonneRicouart: 5 morts et de gros dégâts.
Plan de relance du gouvernement, 30
milliards pour enrayer le chômage, dont 5
pour les consommateurs (250 F. par famille
pour la rentrée), 9 pour les entreprises
(allègements et reports de charges), 13 pour
les grands travaux et 2 pour les collectivités
territoriales. Bilan dans 6 mois.
Le chômage est en hausse de 17,5 %
en septembre !
Les fruits et légumes ont augmenté de
21 % en 1 an.
Hassan II, roi du Maroc, organise la
première marche verte et pénètre au Sahara
espagnol.
En octobre, plus de 1 000 000 de
chômeurs en France, dont 278 000 de plus
de 6 années.
Décès du caudillo Franco. Le prince
Juan Carlos est couronné roi et prend les
fonctions de chef d’Etat.
Mesures économiques : l’intérêt du
livret A passe de 7,5 à 6,5 % et les
cotisations sociales maladie augmentent de
0,75 %.
En France et dans le monde
Georges MARCHAIS est hospitalisé
pour un malaise cardiaque.
Le chômage est en forte hausse :
+ 17 000 dans le nord depuis 1973. Et 46 %
des chômeurs ont moins de 25 ans.
Les Anglais disent NON au tunnel
sous la Manche. Pourtant, les travaux sont
commencés.
La Gauche est en crise : désunion et
remise en cause du programme commun.
Margaret THATCHER est le nouveau
leader du parti conservateur.
On commence à parler de la réforme
HABY : le collège unique, 35 élèves par
classe en maternelle, scolarité obligatoire
dès 5 ans…
C’est le premier enduro du Touquet.
Le président GISCARD d’ESTAING
en voyage en Centrafrique est reçu par le
Maréchal BOKASSA.
Les tarifs de la SNCF augmentent de
8,5 %.
Le roi FAYCAL d’Arabie est victime
d’un attentat.
Au Vietnam, des milliers de réfugiés
fuient l’invasion des combattants du Nord.
La bataille de Saigon se prépare.
Nouvel accident à Vizille, au bas de la
côte de Laffrey : 27 morts et 25 blessés.
Marché de l’emploi en crise : les
offres diminuent et le nombre des chômeurs
passe la barre de 800 000 en mai.
Jean Claude CASADESSUS prend la
direction de l’orchestre de Lille, ancien
orchestre de l’ORTF.
Au Cambodge, les Khmers rouges
prennent le pouvoir.
En juin, début des manifestations de
lycéens contre la réforme HABY.
Au Portugal, les élections donnent la
majorité au P.S de Mario SOARES.
Les villes de la région perdent des
habitants au profit de leur banlieue. 115 000
Nordistes ont dû partir, 30 000 rien que
pour le bassin minier.
Fermé depuis 8 ans, le canal de Suez
est re-ouvert au trafic le 5 juin.
A Roubaix
Les centres sociaux de Roubaix
présentent leur programme : ils se trouvent
rue de l’Epeule, à la tour E des Trois-Ponts,
rue Carpeaux, rue du Luxembourg, au
centre de la Guinguette et La Maison, rue
de Lille.
246
Au conseil municipal, austérité à
l’ordre du jour : la construction du palais
des sports est reportée et les impôts
communaux sont en hausse de 19,8 %.
Les patrons des maternités de
Roubaix sont hostiles à l’I.V.G
Les A.P.F. organisent une visite des
courées avec rencontre avec les habitants de
la Barbe d’Or pour entendre des
témoignages en direct.
Une série d’articles mettent en
exergue les rapports tendus entre les villes
de l’agglomération.
Le 31 décembre, Auchan s’installe à
Roubaix 2000.
Et au Pile…
Acquisition par la ville des immeubles
situés à l’angle des rues Paul Bert et
Lalande. On y fera un espace public.
Premier succès du C.A.R cette année
avec " Valses de Vienne".
Au printemps, réunion avec les
habitants à La Solidarité, boulevard de
Belfort. Une question : Quel urbanisme
pour l’avenir du Pile ? On évoque la
création d’un comité de quartier.
Braderie du Pile, le jeudi de
l’Ascension : Gymkhana équestre sous le
soleil.
Dans une maison de l’Hommelet,
autour de la table de la salle à manger,
Léonce CLERAMBEAUX dialogue avec
les habitants sur l’urbanisme du quartier.
Accident rue de Condé.
Heureusement, pas de victime
La Lainière et Kuhlmann réduisent
leur personnel.
Il y a 131 % de demandeurs d’emploi
en plus à l’ANPE de Roubaix-Tourcoing ;
37 usines ont procédé à des licenciements.
Faute de terrains à bâtir, Roubaix est
saturé sur le plan démographique. Hem, au
contraire, a doublé sa population en 15 ans.
Chaud ! Chaud ! 35 ° à Roubaix : le 5
août, on nage dans le canal.
Le centre aéré "new look" propose
beaucoup d’activités extra-muros, mais son
effectif est passé de 5000 à 3200 dont 42 %
d’immigrés.
Jusqu’à l’automne, Nord-Eclair va
proposer une série de chroniques de Charles
BODART-TIMAL, "Roubaix sous la
révolution".
On inaugure la sixième crèche
roubaisienne, boulevard Montesquieu.
Le rapport entre les offres et les
demandes d’emploi s’est brutalement
modifié:
3 demandes pour 2 offres en 1973
2 demandes pour 1 offre en 1974
4 demandes pour 1 offre en 1975
Victor PROVO annonce qu’il quittera
ses fonctions en 1977.
En octobre, c’est le début des histoires
de "Julie, ch’est mi " dans le quotidien.
247
Cette annéeannée-là : 1976
Le Stadium Nord, juste terminé,
accueille les championnats de France
d’athlétisme.
En France et dans le monde
Détournement par les Palestiniens
d’un avion d’Air France vers Entebbe en
Ouganda. 82 israéliens gardés en otages
sont libérés par un raid de l’armée
israélienne qui détruit une partie des
installations de l’aéroport et plusieurs Mig
31 de l’armée ougandaise.
14 juillet à Lille : défilé inhabituel,
1500 militaires et 350 véhicules.
Guy DRUT médaillé d’or aux J.O de
Montréal.
Cambriolage du siècle à Nice. Ils sont
passés par les égouts et ont fracturé 350
coffres pour un butin de plus de 50
millions. Albert SPAGGIARI, cerveau de
l’affaire se fera arrêter quelques mois plus
tard.
Licenciements en série: 250 au tissage
Lestienne; 45 à monoprix; 700 chez Lesage
à Bailleul; 4 000 pour la fin d’activité
d’Usinor à Trith saint Léger.
Catastrophe de Sévézo : la dioxine
contamine 70 000 personnes.
Beyrouth : guerre civile entre
Palestiniens et Phalangistes. Vision
d’horreur dans les camps.
C’est à Paris qu’ils passent aussi par
les égouts pour forcer 130 coffres de la
Société Générale.
Remaniement ministériel : Raymond
BARRE devient 1er Ministre et ministre des
Finances, Jacques BARROT reste au
Logement. Jacques CHIRAC, en froid avec
le Président, postulera pour les municipales
à Paris et prendra la direction du R.P.R
31 août, fin de la sécheresse : des
vacances très ensoleillées, mais il y aura un
impôt supplémentaire pour couvrir la note
de 10 milliards.
Simone VEIL présente la campagne
anti-tabac.
Le plan BARRE sous le signe de
l’austérité. Le super à 2,25 F. En novembre,
tous les jours, quelque chose : protestations,
manifestations, grèves, …
Décès de Jean GABIN, André
MALRAUX, MAO TSE TOUNG.
Jimmy CARTER, nouveau président
des Etats-Unis.
Le coût de la vie a augmenté de 9,5 %
l’an dernier.
"Concorde" peut atterrir aux U.S.A
En février, on arrête Patrick HENRY
pour le meurtre du petit Philippe.
Nicole ROUGERIE, qui est déléguée
régionale à la Condition Féminine, vient à
la rencontre de familles défavorisées.
Les hausses : électricité 15,4 % et gaz,
7,5 %.
Malgré la qualité des enseignants,
52 % des Français trouvent que le système
scolaire fonctionne mal.
Grève en série en France. On
commence avec les fonctionnaires.
Aux élections cantonales, poussée de
la Gauche : le P.S gagne 194 sièges, le P.C.,
75. Tous les autres partis en perdent.
En France, on passe pour la première
fois à l’heure d’été.
LIP, de nouveau en difficulté, le dépôt
de bilan est proche.
Face aux étudiants, qui manifestent ou
qui sont en grève, Alice SAUNIER-SEITE
envisage
le
report
des
réformes
universitaires.
Si le chômage semble amorcer une
baisse, le coût de la vie est en hausse de
près de 1 % chaque mois.
Tremblement de terre dans le Frioul
en Italie. 1000 morts et 50 000 sinistrés.
Il fait chaud, il fait sec. 25 mm d’eau
au lieu de 106 habituellement en deux mois.
Les agriculteurs sont inquiets.
248
Pour les municipales de 77, un accord
PS-PC est conclu dans la moitié des 220
villes de plus de 30 000 habitants.
TF1 en couleur en décembre.
A Roubaix
La priorité pour Roubaix : refaire le
centre.
Au palmarès des villes fleuries de
France, Roubaix est 5ème.
Pillages, incendies, immondices, eau
potable coupée, tel est le lot des habitants
de la Guinguette.
Les
A.P.F
multiplient
leurs
interventions. "Opération survie", pour
obtenir une rencontre des habitants de
l’Alma avec le conseil municipal ; un
marché à Toufflers…
Une maison des techniciens, rue de
France, au service des habitants.
Les abattoirs sont détruits, on les
remplacera par un C.E.T
Le pont Beaurepaire sera démoli et
reconstruit.
Et au Pile…
Les établissements
COUCKE se sont
installés
à
la
Condition Publique.
L’incendie du
voisin, les transports
VALCKE sera la
cause de gros dégats,
les pompiers ayant
dû noyer toute la
zone
Roubaix est relié au réseau autoroutier
le 9 avril.
Après 16 jours de grève, le travail
reprend à la T.R.U
Plus de 1000 manifestants dans les
rues pour le défilé du 1er mai.
Pierre PROUVOST présente à la
presse le manifeste socialiste pour Roubaix.
Dès juillet, lancement de la campagne
électorale pour les municipales. Une liste de
la gauche unie et une autre portée par André
DILIGENT seront en présence.
L’office HLM souhaite abandonner la
construction
des
grands
ensembles
collectifs au profit de logements
intermédiaires.
A l’Alma, réunion aux chandelles,
durant laquelle Roger LEMAN propose du
code des "ronds rouges" apposés aux
fenêtres pour les réparations urgentes.
La mobilisation ne faiblit pas et les
habitants du secteur de la Barbe d’Or
manifestent parce qu’ils n’ont pas été
consultés sur les constructions futures.
Au conseil municipal, vote d’une aide
pour les personnes relogées.
Une nouvelle société au Pile :
L’Amicale des anciens et des sympathisants
du C.A.R
En novembre, la résidence Dampierre
est inaugurée.
.
249
Cette annéeannée-là : 1977
Mesures sociales : plan pour l’emploi
des jeunes et retraite à 60 ans avec 70 % du
salaire.
Rien que dans le Nord, 100 000
jeunes cherchent du travail.
Les fruits et légumes ont augmenté de
20 % en 1 an !
La polémique PC-PS au sujet de la
force de frappe remet en cause la politique
étrangère du programme commun.
La réforme HABY se met en place :
CP à rythme différencié, 24 élèves en 6ème
avec des heures de soutien, et instauration
des conseils d’écoles.
Les Radicaux quittent le sommet de la
Gauche en septembre. Le 23, la rupture est
consommée. La Droite, au contraire, passe
des alliances.
André DILIGENT est élu secrétaire
général du C.D.S
Enfin, la paix !
En France et dans le monde
A la cour d’assises de Troyes, Robert
BADINTER sauve la tête de Patrick
HENRY.
Hausse des prix en 76 : 9,9 %. Le
record de 74 (15,2 %) n’est pas battu !
Le torchon brûle entre GISCARD et
CHIRAC. Celui-ci annonce sa candidature
à la mairie de Paris.
Après 33 mois de détention au Tchad,
Françoise CLAUSTRE est libérée par
Hissen HABRE.
Ouverture du centre Beaubourg :
succès immédiat avec 18 000 entrées.
Chômage : + 5 % en 1 an, la moitié
des demandeurs d’emplois ont – de 25 ans.
1er tour des municipales de mars :
poussée à Gauche. Confirmation au second
tour, les 2/3 des villes de plus de 30 000
habitants seront gérées par l’alliance PSPC. Pierre MAUROY est maire à Lille,
Jacques CHIRAC à Paris.
Les nouveaux immeubles ne pourront
pas avoir plus de 6 étages dans les grandes
villes, et 4 dans les villes moyennes.
Aux Canaries, collision entre deux
boeing sur la piste d’envol : 547 morts.
Second gouvernement BARRE. Les
conflits sociaux ne s’apaisent pas, les
licenciements se poursuivent, les grèves
sont dures. 7 semaines au port de
Dunkerque.
Le S.M.I.C à 1700 francs. par mois,
soit 9,79 de l’heure.
Détournement d’un avion de la
Lufthansa vers Mogadiscio. L’ enjeu est la
libération des membres de la bande à
BAADER. Une opération commando libère
les 91 otages.
Le "France" est acheté par un P.D.G
d’Arabie Saoudite pour devenir un hôtel
flottant.
Loi GUERMEUR : égalité de salaires
entre enseignants du public et du privé.
En novembre, Auchan V2 est ouvert à
Villeneuve d’Ascq.
Le R.E.R est opérationnel à Paris.
Le chômage continue à s’aggraver
pour les jeunes.
Le 23 décembre, l’Union de la
Gauche a vécu !
Cette année, Charlie CHAPLIN, La
CALLAS, GOSCINY, Jacques PREVERT,
Elvis PRESLEY, Jean ROSTAND, nous
ont quittés.
La crise au Moyen Orient est
permanente. Le Liban est un enjeu pour ses
voisins.
Bernard HINAULT fait son entrée
dans la cour des grands après ses victoires
dans Gand-Wevelghem, Liège-BastogneLiège et le Dauphiné libéré. Bernard
THEVENET gagne le tour.
250
A Roubaix
Colloque sur l’industrie textile à
Roubaix. Le tiers monde exportateur est
mis en cause.
Présentation officielle du schéma
d’aménagement de l’Alma.
Etat civil : 3440 naissances et 1772
décès, dont 31 enfants âgés de moins de 1
an. La mortalité infantile est en baisse, elle
passe sous les 30 0/00.
Pierre PROUVOST conduira la liste
d’union de la Gauche aux municipales.
André DILIGENT présente son programme
électoral et déclare : "pour sauver Roubaix
de la clochardisation, qu’on lui donne les
crédits prévus pour la ville nouvelle…"
Renaissance du carnaval de Roubaix :
un succès.
En mars, au conseil municipal,Victor
PROVO fait un discours d’adieu à la vie
communale; on y annonce une hausse.des
impôts locaux de15 %.
Pierre PROUVOST est élu maire avec
53 % des voix. Le nouveau conseil est
composé de 26 P.S, 11 P.C. et 2 P.S.U.
Création de l’Office Municipal de la
formation permanente et de la culture
(I.R.E.P.). Gérard DEBOUVERIE, est
l’adjoint de référence. Le bus municipal
serpente dans les quartiers et Marc
VANDEWYNCKEKE parle de maison de
quartier. Le Sartel se constitue en comité.
Au Pile, le Comité des Fêtes est inquiet de
l’émergence de ces associations. Ce n’est
pas concurrent, c’est complémentaire, dit
l’Adjoint.
Bernard CARTON, nouvel adjoint à
l’urbanisme, poursuit la concertation avec
l’Alma. Mais des frictions apparaissent très
vite, la concertation avec les autres
quartiers se passe mieux.
Gustave ANSART présente son livre :
"de l’usine à l’Assemblée Nationale".
Conférence de presse du maire :
présentation de la pénétrante de l’Alma,de
l’extension de La Redoute et d’un projet de
zone industrielle à l’Entrepont.
La concertation se met en place dans
la ville. Les élus se rendent dans tous les
quartiers et dialoguent avec la population.
Marc VANDEWYNCKELE, adjoint, est
chargé des relations avec les quartiers.
Circulation : la rue du Coq Français,
la rue de Lille et la rue Jean Moulin sont
mises en sens unique malgré les réticences
des commerçants.
On inaugure un secteur piétonnier
reliant Roubaix 2000 à la Grand Place.
Le Fresnoy se constitue en Comité de
Quartier.
Et au Pile…
Michel GHYSEL, mais ce n’est pas
l’adjoint du futur maire de Roubaix, devient
le roi de la bourle au cercle Saint
Alexandre.
Monsieur et madame BARBE, rue
Desaix, vainqueurs du concours de
pronostic de la braderie, iront aux Baléares.
Les "poussins" de l’A.C.R., place
Carnot, sont champions de football du
district UFOLEP.
Remise de médailles pour onze
employés du personnel de la teinturerie du
Pile.
251
Cette annéeannée-là : 1978
Explosion d’un camion de propane
près d’un camping en Espagne : 200 morts
et 600 blessés.
Bernard HINAULT gagne son 1er tour
de France.
En juillet, en Angleterre, naissance,
du 1er bébé éprouvette.
Le pape PAUL VI est mort.
En France et dans le monde
Dès janvier, l’échéance électorale de
mars est dans les esprits. Il n’y aura pas de
désistement automatique du PC pour le PS
qui reste sur la défensive.
Points noirs du début d’année :
• Enlèvement du Baron EMPAIN.
• Mort accidentelle de Claude
FRANÇOIS.
• Aldo MORO enlevé par les
Brigades Rouges.
L’AMOCO-CADIZ s’échoue au nord
de Brest : 220 000 T. de pétrole à la mer.
Le groupe BOUSSAC est repris par
les Frères WILLOT, mais on prévoit 704
licenciements.
85 000 jeunes cherchent du travail
dans la région.
Loi martiale en Iran. L’armée sauve le
trône du Chah.
A Camp David, sur l’initiative de
Jimmy CARTER, SADATE et BEGUIN
parlent de paix.
L’Etat prend le contrôle d’Usinor et
de Sacilor, mais la menace pèse sur 4 000
emplois. 5 500 seront supprimés!
Jacques BREL meurt à 49 ans.
33 jours après son élection, le pape
Jean Paul 1er est terrassé par une crise
cardiaque.
Le nouveau pape, élu dès le premier
jour du conclave, est polonais. Il prendra le
nom de Jean Paul II.
Au second tour, la majorité garde le
pouvoir avec 288 députés contre 199.
La rançon du Baron EMPAIN n’est
pas payée. L’intervention des anti-gangs et
la détermination de l’Etat vont amener sa
libération le 29 mars. D’autres auront moins
de chance : Aldo MORO et le Baron
BRACHT seront assassinés.
Raymond BARRE reste 1er Ministre.
Hausse des tarifs publics : EDF +10 %,
SNCF +15 %, super +10,5 %, tabac +15 %.
Au Zaïre, les rebelles prennent en
otage 2 500 Européens. 1 750 parachutistes
belges et un bataillon de la légion étrangère
sautent sur Kolwezi.
Projet anti-chômage des syndicats
allemands : les 35 heures et 6 semaines de
congés payés.
On s’attend à 2 000 licenciements à
Usinor Denain.
Pierre PROUVOST, nouveau député
du Nord, interpelle le Ministre de
l’Industrie sur la situation roubaisienne :
diminution des emplois de 3 % par an
depuis 1958. On atteint 7 % en 1977 !
Au Liban, ARAFAT est mis en
difficulté par les extrémistes palestiniens.
La Syrie intervient militairement.
Les Boot-people font leur apparition
au large du Vietnam
Suicide collectif d’une secte au
Guyana : 400 morts.
Route du rhum : arrivée de BIRCH
qui devance MALINOWSKY de 97
secondes. Alain COLAS n’atteindra jamais
les Antilles.
Décès du Président BOUMEDIENNE
252
François MITTERRAND est accueilli
à la Fête de la Rose de Roubaix par Pierre
PROUVOST.
Suite des rencontres élus-habitants:12
nouvelles réunions prévues sur le terrain
durant le mois de septembre.
A Roubaix
A la cérémonie des vœux, le maire
déclare :"Les services communaux doivent
répondre à de nouvelles exigences. Il faut
ouvrir les services pour tenir compte des
besoins des habitants".
On met en place 12 commissions
extra municipales.
Des cinémas ont disparu dans les
quartiers ( Rex, Tramway, Alcazar, Studia),
de nouveaux se sont ouverts en centre ville
(Colisée 1, 2, 3) et le Casino se transforme
en Club 7.
Marc VANDEWYNCKELE dit lors
d’une réunion à Oran-Cartigny : "La
formation des comités de quartiers
permettra de concrétiser de façon efficace
la
participation
des
habitants
à
l’élaboration du budget municipal. "
1er festival de l’amitié : une semaine
de rencontres et de festivités.
Dépôts de bilan des Ets Lepoutre
frères : 500 emplois supprimés.
Les 8 maires du versant nord-est
déclarent :"Nous ne voulons pas des miettes
tertiaires."
Tissage Deffrenne: après 15 mois de
luttes et d’incertitudes, le conseil municipal
intervient et propose le rachat de l’usine
roubaisienne.
L’enseignement spécialisé roubaisien
se transforme : l’école de perfectionnement
disparaît, l’école de plein air perd 6 classes,
des classes d’adaptation sont ouvertes dans
les écoles de quartiers.
Une commission consultative des
immigrés sera élue prochainement.
La population étrangère est en
progression à Roubaix.
Quartiers
%
de 68 à 75
Fresnoy
24,4
+6%
Alma
27,8
+6%
Guinguette
36
+5%
Cul de Four
31,7
+6%
Oran Cartigny
21,7
+5%
Hommelet
29,2
+ 11 %
Centre
23
+7%
Epeule
25,4
+8%
26,3
+8%
Pile
Le ministre Michel D’ORNANO est
en visite à Roubaix. Le Député-maire lui
propose la signature d’un contrat avec l’Etat
pour le financement des opérations AlmaGare et Alma-Centre.
Etude prospective de la Chambre de
Commerces : il faudra quitter RoubaixTourcoing pour trouver du travail. Entre
1962 et 1985, 90 000 emplois textiles
auront disparu.
Un questionnaire est remis aux
habitants pour qu’ils donnent leur avis sur
les priorités du budget municipal.
I.R.E.P : Bertrand SCHWARTZ y fait
un exposé sur l’éducation permanente.
Au conseil municipal de décembre,
décentralisé à l’Alma : "On va faire du neuf
dans le style roubaisien, les associations de
quartiers auront un local".
1978, année du sablage de l’Hôtel de
Ville.
Et au Pile…
La réhabilitation du Pile : ni l’Alma,
ni Anseele. La position des habitants devra
être connue avant le début du projet.
H. DEBUISNE, roi de la bourle du
cercle Saint Rédempteur.
253
Cette année
annéeée-là : 1979
1979
En juillet, ceinture de sécurité
obligatoire en ville. Apparition de la
nouvelle pièce de 2 F.
Les Vietnamiens continuent de fuir
leur pays malgré les attaques pirates et les
risques de naufrage. Au Cambodge, les
Khmers Rouges font subir un véritable
calvaire à la population.
Le "France" s’appellera "Norway" et
naviguera sous pavillon norvégien.
Et toujours des hausses : le super à
3,06F, l’électricité + 6,4 %, le tabac + 15 %
et l’alcool + 10 %. Le pain a augmenté de
22 % en 1 an ! En août, à Rungis, les
légumes de consommation courante sont
hors de prix.
3ème pacte pour l’emploi ; Robert
BOULIN se rend dans le Nord où l’on
trouve 116 000 personnes sans travail.
En septembre, c’est la fin du
programme "Concorde".
BOKASSA est destitué ; Robert
BOULIN se suicide ; Jacques MESRINE
est abattu dans sa voiture.
En Iran, 59 otages sont retenus à
l’ambassade des Etats-Unis. Les femmes et
les noirs sont libérés après 1 mois de
détention. La tension monte entre les deux
pays.
Le S.M.I.C passe à 12,93 francs de
l'heure, soit 2240 francs par mois.
C’est en décembre qu’éclate l’affaire
des diamants de BOKASSA.
1er tir de la fusée Ariane : 1er échec.
Le budget 1980 n’est pas voté par
l’Assemblée Nationale.
Moscou installe à Kaboul un
gouvernement "ami".
En France et dans le monde
Il fait froid. La neige est tombée dans
la nuit de la Saint Sylvestre et le verglas
s’installe. On roule mal dans le Nord et en
Ile de France. La rentrée scolaire est
perturbée, La situation perdurera durant le
mois de janvier.
Le Chah quitte l’Iran. Le pays attend
le retour de l’Ayatollah KHOMEINY.
Les élus locaux vont à Matignon:
6800 emplois seront créés en 3 ans.
Le coût de la vie a augmenté de 9,7 %
en 1978.
KHOMEINY acclamé à Téhéran par
5 000 000 de personnes. Le conflit avec
l’armée va mettre la capitale à feu et à sang.
Le nouveau régime s’installe dans la terreur
et fait procéder à de nombreuses exécutions
sommaires.
L’OPEP fait monter le prix du pétrole.
Actions dures des sidérurgistes dans
les villes de France touchées par la crise.
5000 emplois seront supprimés à Denain,
où 5 CRS sont blessés par balle au cours
d’affrontements violents.
Il y a 1 341 000 demandeurs d’emploi
en mars.
Le traité de paix entre Israël et
l’Egypte est signé.
Margaret THATCHER devient 1er
Ministre. Le marché commun est remis en
cause.
Incident nucléaire dans une centrale
de Pennsylvanie. Des milliers d’habitants
fuient sur les routes.
Nouvelles africaines : Amin DADA
est destitué en Ouganda, et en Centrafrique,
BOKASSA est accusé du meurtre de
dizaines d’écoliers.
Le lingot d’or a gagné 37 % en 1 an.
Il vaut plus de 44 000 francs en avril, et
passera les 70 000 en décembre !
Ce sont les premières élections au
parlement européen. 81 sièges pour la
France dont 25 pour l’U.D.F, 22 pour le
P.S, 19 pour le P.C et 15 pour le D.I.F.E
(Chirac).
Simone VEIL quitte le ministère de la
Santé pour l’Assemblée Européenne dont
elle sera la 1ère Présidente.
L’Irak fournira le tiers du pétrole dont
la France a besoin.
A Roubaix
Le froid paralyse la circulation et les
services techniques sont pris de court. On
déblaye les rues au bulldozer. Les ennuis
dureront plus d’un mois.
Etat civil : 3 759 naissances, 806
mariages, 237 divorces et 1659 décès.
Les pompiers sont sortis plus de 5000
fois en 78. Il y a eu au moins un incendie
par jour.
Roubaix reçoit le second prix des
villes fleuries de plus de 20 000 habitants.
Le questionnaire municipal montre
que 73 % des habitants donnent la priorité
aux mesures en faveur de l’emploi.
254
malheureuse, Jacques LIARD, l’enseignant
qui a lancé cette activité, est décédé
brutalement le 6 du même mois.
On va rénover les H.B.M. du
Nouveau Roubaix. La concertation est en
marche. Marc VANDEWYNCKELE se
dépense sans compter.
Et au Pile…
Les "bourleux" du cercle Saint
Alexandre jouent malgré les travaux
Budget municipal : de la prudence,
peu de place pour le rêve.
Bernard CARTON est élu Conseiller
Général en mars.
A l’Alma, on n’est jamais à cours
d’idées ! On parle de créer une caisse
d’épargne pour financer l’emploi de
proximité.
La zone bleue va s’étendre dans la rue
Jules Guesde jusque la rue de Condé.
On inaugure le Centre Culturel du
Forum, la médiathèque.
Bilan des concertations : 130 réunions
en 2 ans.
L’Alma-Gare passe à la télé.
Commentaire des "LEMAN" : "une
émission quelconque", et du maire : "on n’a
pas montré l’expérience de concertation".
Le centre aéré accueille 2 800 enfants
par jour pendant les vacances. La facture se
monte à 2 300 000 francs.
On commence à parler de la drogue.
On compte 30 drogués notoires, et 2 morts
par overdose en 14 mois.
On prépare une école révolutionnaire
à l’Alma : un groupe scolaire décloisonné et
ouvert sur le quartier.
On envisage d’acheter un château et
un parc en Thiérache pour les colonies et
les classes vertes de Roubaix.
Le Comité de Quartier de la Justice se
transforme en association.
Au Fresnoy, lancement d’une
opération d’amélioration de l’habitat.
Le 12 décembre, TF1 consacre une
émission sur le cyclotourisme à l’école
Brossolette de Roubaix. Coïncidence
La rue Desaix a eu peur ! On a parlé
trop vite de la construction du foyer de
personnes âges au coin de la rue Delezenne.
255
Cette annéeannée-là : 1980
C’est la grève aux chantiers navals de
GDANSK où Lech WALESA est porte
parole du comité inter - grèves. C’est la
naissance du syndicalisme polonais en
dehors des instances du P.C. Moscou
apprécie peu et tente de faire pression.
On licencie : Boussac Saint Frères,
(884 dans le Nord et La Somme). Quant à
Manufrance, c’est fini !
La guerre est déclarée entre l’Irak et
l’Iran. La route du pétrole est coupée. Les
prix vont encore monter.
Une année de crise au Moyen Orient ;
le Liban est sous tension ; les attentats se
multiplient dans le monde et touchent les
lieux publics (aéroports, kermesse de la
bière à Munich, synagogue de Paris…).
Valéry GISCARD d’ESTAING vient
à Lille où 5 000 manifestants lui réservent
un accueil houleux.
Séisme en Algérie : 2000 tués, 50 000
blessés, 300 000 sinistrés; élan de solidarité
en France.
Ronald REAGAN est élu président
des Etats-Unis.
La hausse des prix de 1980 sera de
plus de 13 % ; le super a été augmenté 6
fois (il est à 3,66 F.) ; le tabac et l’alcool
sont sources de revenus ; la consultation
médicale passe à 50,00 F
En France et dans le monde
En Afghanistan, les Soviétiques
lancent une vaste offensive contre les
rebelles musulmans.
Record pour le prix de l’or. Le
Napoléon passe de 400 à 1130 F. et le
lingot côte 84 900 F.
Tout augmente, le gaz et l’électricité
de 11 %, le super vaut 3,28 F/l.
Incidents en Corse où un C.R.S est
tué. A Ajaccio, la grève générale, lancée
par les nationalistes, est suivie à 100 %.
L’occupation russe de l’Afghanistan
provoque le boycott des Jeux Olympiques
de Moscou. Les U.S.A, l’Allemagne de
l’Ouest ne participeront pas aux
compétitions.
Andreï SAKHAROV, chef de file des
dissidents, est arrêté à Moscou.
Sous la tutelle des Ayatollah,
BANISADR devient le président de la
République iranienne.
Joseph FONTANET, ancien ministre,
victime d’un attentat, décède le 2 février.
Marguerite YOURCENAR et Michel
DROIT sont élus à l’Académie Française.
En mars, il y a 1 447 000 demandeurs
d’emploi. Le SMIC passe à 13,66 F/h.
En Iran, les otages sont toujours
retenus à l’Ambassade U.S, une opération
commando des forces américaines se solde
par un échec.
Nécrologie : mort du Maréchal TITO,
de Jean Paul SARTRE, d’Alfred
HITCHCOCK.
Les Français vont à Moscou. Alain
BONDUES y remporte la médaille d’argent
de la poursuite sur piste.
Jean Paul II en visite en France.
Les hausses de l’été : les "gauloises"
passent à 2,90 F. et la consultation médicale
à 46 F.
Bernard HINAULT gagne 2 étapes du
tour mais renonce au pied des Pyrénées :
tendinite. ZOETEMELK finira en jaune. Le
"blaireau"prendra sa revanche à Sallanches
où il endossera le maillot arc-en-ciel.
Le conflit des marins–pêcheurs de
Boulogne s’étend aux autres ports français
et durera deux mois.
A Roubaix
Vœux du maire : 1980 sera une année
difficile. De grandes réalisations montrent
que la ville bouge mais il faut réhabiliter et
il reste 3 000 taudis à détruire.
"Le canal de Roubaix sera conservé et
même élargi…" déclare le Conseil de la
C.U.D.L. !
L’association "Son et couleur"
intervient dans les écoles roubaisiennes
dans lesquelles les fresques murales vont
fleurir.
Concertation: création d’un Comité
des Fêtes et d’Animation à l’Hommelet,
d’une Association loi 1901 au Cul-de-Four,
en février, et en mars, à l’Epeule ; pour la
ville, création d’un poste d’agent de
développement : Christian DELEPORTE.
On continue d’inaugurer : la salle de
sports de la rue du Pays (26ème équipement
sportif de la ville), et la maternelle Jacques
PREVERT. Les 228 logements de Carihem
feront l’objet d’une réhabilitation.
256
La ville achète le château du Nouvion
et "Le Colisée" devient une grande salle de
spectacle municipale.
Suite à la visite du maire, Pierre
PROUVOST à Florence, un colloque sur
les comités de quartiers se prépare.
Grenoble, Amiens seront invités.
Le lycée VAN DER MERSCH aura
une section sports études de cyclisme.
Près de 200 musulmans occupent un
immeuble de la Fosse-aux-Chênes. Ils
réclament une mosquée.
On bâtit : pose de la 1ère pierre du
groupe scolaire Elsa Triolet et du parking
silo avenue des Nations-Unies.
On voyage : les élus repartent à la
rencontre des habitants en faisant le tour
des quartiers.
Pierre PROUVOST interpelle le
Président lors de sa visite sur le problème
du textile. L’Etat accorde des crédits
supplémentaires. La priorité sera donnée au
Fresnoy – Mackellerie.
Un journal parisien classe Alain
FAUGARET et Pierre PROUVOST dans la
catégorie des députés absents. On le dit,
mais sur quels critères ?
Le métro : à Lomme ou à RoubaixTourcoing ?
Nord Eclair consacre une série de
reportages sur les entreprises qui font la
renommée de Roubaix :
La Lainière : 4265 personnes rue
d’Oran, 321 embauches en 1979.
Verspieren : 1ère des assurances de
provinces.
Les Ets Pronal, rue des Arts.
La Redoute : 5800 salariés, 30 % de la
VPC en France.
La Sté Lemaire et Cie : exportation de
machines de blanchisserie dans 60 pays.
Les Tapis Saint Maclou : deux
millions de m2 de moquette par an.
Damart : 1400 personnes, renom
international.
Auchan : 30 salariés avenue Motte en
1961, 9000 aujourd’hui dans la région.
Les Trois Suisses : numéro 2 de la
VPC en France, 6400 personnes, 600 points
de vente.
Et au Pile…
Présentation du livre : " Mon ami
MAMADOU"
On inaugure : le LEP Lavoisier ; la
salle de sports de la rue Watt.
On visite : le nouvel immeuble de la
rue du Fontenoy est un but de promenade !
On licencie : 410 emplois chez
Lepoutre-Maille, 140 chez Sterckman, 50
suite à l’incendie de la filature Prouvost.
Chez Deffrenne, rue Dampierre, c’est fini.
Assemblées
générales :
l’Union
Commerciale est satisfaite, le Comité de
quartier se pose des questions sur le
désintérêt des habitants. Le Pile compte
3135 logements, dont 777 dans 114
courées.
Les établissements Lepoutre, rue
Kellermann, sont détruits par un incendie.
Le Pile en fête : grand succès sous le
soleil pour
la ducasse et les fêtes
quinquennales avec la naissance des
premières boucles roubaisiennes.
Les cuisinières des cantines scolaires
sont en grève. Elles refusent que leurs
mutations soient décidées par la ville.
Roubaix 1ère ville fleurie de France.
257
Cette annéeannée-là : 1981
Le 13 mai, attentat contre le pape,
place Saint Pierre à Rome. Son état est jugé
critique.
Pierre MAUROY est 1er Ministre,
Roger QUILLOT est ministre du Logement
et de l’Urbanisme.
Le patronat à l’Elysée : un premier
contact plutôt rugueux !
Boussac Saint-Frères : dépôt de bilan
Les nouvelles augmentations : le
S.M.I.C. : 10 % (16,72 de l’heure) ; les
allocations familiales : 25 % ; l’allocation
logement : 50 % ; l’essence, 3,93 le litre.
54 000 emplois seront créés. La
facture sera payée par l’impôt sur la
fortune.
Un gouvernement de Gauche avec
quatre ministres communistes.
En France et dans le monde
Le chômage a progressé de 11 % en
France mais de 16 % dans le Nord en 1980.
Face à la pénurie, on relance la production
de charbon.
Une demi-heure avant l’investiture de
Ronald REAGAN, l’Iran libère les otages
qu’ils détiennent depuis 444 jours.
Année électorale : la campagne se
prépare dès janvier. Jacques CHIRAC,
candidat du RPR à la dent dure.
La France livre 6 "mirages" à l’Irak.
Hausse du dollar, flambée des prix,
montée du chômage. On dénombre
1 680 000 demandeurs d’emploi.
La tentative de coup d’état en
Espagne se solde par un échec.
En février, on assiste à la première
évasion de prisonniers par hélicoptère.
Boussac Saint-Frères : on parle de
1000 licenciements. Le chômage a
augmenté de 19,7 % dans le Nord en 1 an.
Le chiffre d’affaire de l’industrie textile est
passé de 15,3 à 2 %.
Attentat contre Ronald REAGAN à
Washington.
Le 13 avril, HINAULT remporte
Paris-Roubaix et on assiste au premier vol
de la navette Columbia.
1er
tour
des
présidentielles :
GISCARD, 28,3 ; MITTERRAND, 25,8 ;
CHIRAC, 18 et MARCHAIS, 15,3. "Oui,
mais" de CHIRAC, et désistement de
MARCHAIS. Après le face à face télévisé,
Jules CLAUWAERT déclare :"un débat
utile mais non décisif".
Succès du lanceur "Ariane" qui est
maintenant opérationnel.
On va nationaliser cette année les
grandes banques privées, Dassault, Matra,
la sidérurgie, Rhône-Poulenc, Saint Gobain,
Thomson… Tout augmente : l’électricité,
15 % ; le gaz, 7 % ; les loyers, 12 % et le
chauffage dans les collectifs, 20,7 %.
On instaure les 39 heures et la 5ème
semaine de congés.
Bernard HINAULT, et de trois !
Le mariage de Charles et Diana est
suivi par 750 000 000 de téléspectateurs.
A la rentrée scolaire, on lance les
Zones d’Education Prioritaire. 48 % des
élèves de 6ème ont du retard.
La peine de mort est abolie en France
le 18 septembre.
Dévaluation du franc, blocage des
prix, augmentation limitée des salaires et un
objectif pour Jacques DELORS : faire
passer l’inflation de 14 à 10 %.
Le président SADATE est assassiné.
Pierre MAUROY en visite à l’Alma :
rue du Renouveau ou rue des Luttes
Populaires ? La question est posée.
258
Assassinat du juge MICHEL à
Marseille.
Trou de la sécurité sociale : tout le
monde paiera.
En Pologne, après des semaines
d’incidents et de grèves, le général
JARUSELSKI met le pays en état de siège.
Les leaders syndicaux sont arrêtés. Les
grèves s’étendent, il y aura près de 40 000
arrestations. La troupe tire sur les
grévistes : 7 morts et 100 blessés.
Le S.M.IC passe à 18,15 francs/heure.
L’I.R.E.P, dont les buts sont de
former et rendre responsable le citoyen, et
de promouvoir la vie associative, se dote
d’un centre de ressources audio-visuelles
(C.R.A.V.).
On crée à Roubaix l’Observatoire
Urbain. Sur 110 000 habitants, on compte
21 000 étrangers dont 8988 Algériens, 1023
Marocains, 4959 Portugais, 659 Espagnols,
497 Polonais.
60 habitants du Sartel sont présents au
dernier conseil municipal, où les problèmes
de leur quartier ne seront pas évoqués !
A Roubaix
Roubaix 2000 : le bâtiment qui n’a
pas 10 ans est dans un triste état. Il y aura
jugement pour malfaçons.
L’émission de FR3, "Mosaïques", est
consacrée à Roubaix.
Après le Centre d’Information
Municipale, Roubaix aura son Centre
d’Information sur l’Habitat.
Le budget municipal est en forte
hausse.
Enclavée dans les travaux de l’avenue
des Nations Unies, l’église Notre Dame
n’accueille plus les messes.
Le carnaval annuel prend place au
rang des grandes fêtes populaires.
Au conseil municipal, accord pour la
réhabilitation du Pile. On rase les taudis, on
améliore, on construit des maisons et des
équipements sur un Pile élargi qui va jusque
la rue de Lannoy, soit 60 hectares, 3 135
logements et 9 000 habitants.
L’Alma tient la vedette. On le visite et
on écrit sur le sujet.
Et au Pile…
Le Pile compte une centenaire parmi
sa population. Fêtée en janvier, elle
décédera le 17 novembre.
On ne parle plus du Cercle Artistique
Roubaisien dans la presse, mais des anciens
du C.A.R.
14 juillet : gala de catch sur la place
Carnot.
Octave VANDEKERKHOVE est
récompensé à Paris. Il reçoit la Rose d’Or
des Rosati de France.
Un musée au Pile. Trois maisons de la
place Carnot seront transformées en bistrot,
en intérieur ouvrier et en pièce à l’"otil".
Alain BONDUES est champion du
monde de poursuite.
Motte-Bossut dépose son bilan, 660
salariés sont en sursis.
L’"os à moelle" devient une résidence
à problèmes.
259
Cette annéeannée-là : 1982
Modification de la loi électorale : dans
les villes de plus de 50 000 habitants,
introduction d’une partie d’élus à la
proportionnelle et 25 % de femmes.
1227 détenus sont libérés en Pologne ;
parmi eux, aucun leader de Solidarnosc.
En France et dans le monde
Neige, pluie, verglas… au Nord de la
Loire, la France frissonne. On atteint -24° à
Lesquin le 14.
Le super est à 4,32F.
Pierre MAUROY en visite à Roubaix
et Tourcoing. Création du centre de
promotion du textile et mise en place des
contrats de solidarité : 130 000 nordistes de
55 à 60 ans sont concernés.
Série d’attentats en Corse et à Paris,
55 au total. Les autonomistes refusent le
plan DEFFERRE.
Le dollar et l’or sont en hausse. Le
lingot se côte à 69 000 F.
L’I.V.G sera remboursée par la
sécurité sociale.
Le mauvais report des voix à Gauche
et le déclin du P.C amène des gains de
sièges pour l’opposition aux cantonales.
En mars, le métro de Lille ouvre ses
portes au public.
En avril, c’est le début des incidents
aux Malouines. Suivra un conflit armé.
1 mort et 63 blessés dans l’attentat de
la rue Marbeuf. La Syrie est au banc des
accusés.
100 000 manifestants à Paris pour la
défense de l’enseignement privé.
En Pologne, l’état de siège se
maintient avec moins de pression, le
couvre-feu est levé et 1000 personnes sont
libérées.
Raid contre l’aéroport des Malouines,
le croiseur "Belgrano" est coulé par les
Anglais, les Argentins répliquent et coulent
le destroyer anglais,"Sheffield". Le missile
français, "exocet" montre son efficacité !
L’invasion de l’île par les Anglais coûtera
de nombreuses vies ; le 15 juin marquera la
fin des hostilités.
Attentat à la voiture piégée devant
l’Ambassade de France à Beyrouth : 14
morts. La ville est assiégée par l’armée
israélienne.
Dévaluation du franc, blocage des
prix et des salaires. La rigueur revient.
Jean Loup CHRETIEN vogue dans
l’espace à bord d’un Soyouz soviétique.
France – Allemagne en demi-finale de
la coupe du monde. Un match d’anthologie,
3 à 3, qui se termine par les tirs au but.
Un 4ème tour pour Bernard HINAULT
avec en prime la victoire sur les Champs
Elysées.
Accident sur l’autoroute de Beaune :
un car heurte un camion, prend feu : 44
enfants tués.
Après un mois d’encerclement, les
armées israéliennes donnent l’assaut à
Beyrouth.
Attentat contre un restaurant juif , rue
des Rosiers à Paris: 6 morts et 22 blessés.
Les palestiniens sont évacués de
Beyrouth. Les troupes françaises arrivent le
20 août en force d’interposition.
Et de nouveau, des affrontements
violents à Varsovie et à Gdansk : 3 morts,
des centaines de blessés, 4000 arrestations.
12 000 petits patrons manifestent dans
les rues de Paris.
Le président du Liban est assassiné 3
semaines après son élection. Les milices
chrétiennes
massacrent
les
civils
palestiniens dans le camp de Chatila. La
force multinationale revient.
Voiture piégée à Paris, 40 blessés.
C’est le 20ème attentat en deux mois !
Le textile a perdu 10 % de ses emplois
en 1981, soit 4000 postes à RoubaixTourcoing.
Augmentations: cotisations ASSEDIC
+ 33 % ; la consultation médicale passe à
60 francs.
Décès de Léonid BREJNEV ; son
successeur est ANDROPOV.
Attentat à Tyr contre le Q.G de
l’armée israélienne : 150 morts.
Lech WALESA est libéré après 11
mois d’internement. L’état de siège sera
supprimé en Pologne le 31 décembre.
260
La météo en cause : 1982, une année
"catastrophe". En France, les inondations
sont les plus importantes depuis 1936.
Les disparus de cette année : la
princesse Grâce de Monaco, dans un
accident de voiture, Pierre MENDESFRANCE, Ingrid BERGMAN, Romy
SCHNEIDER, Patrick DEWAERE.
"OUI" au métro Tourcoing -Roubaix Hem.
Dans les quartiers, de plus en plus de
personnes participent aux réunions avec les
élus qui y vont pour entendre plus que pour
répondre.
Kuhlmann, l’usine est condamnée.
Au conseil municipal, aide financière
de la ville aux écoles privées et effort
budgétaire pour les secteurs roubaisiens
retenus par la commission DUBEDOUT.
Résultat du recensement : 102 834
habitants dont 82 086 Français. Les
étrangers d’origine européenne représentent
8,4 %, maghrébine, 10,2 %, autres, 1,5 %.
On assiste à une baisse de la population des
quartiers anciens (Alma, Cul-de-Four moins
30 %) et des personnes âgées à Roubaix
(moins 2 000). La population active est
aussi en baisse (moins 10 %) et on compte
17 % de sans emploi.
A Roubaix
Screpel-Pollet : dépôt de bilan. Ce ne
sera pas le seul cette année à Roubaix.
Bernard CARTON est nommé à la
commission pour le D.S.Q qui est présidée
par Hubert DUBEDOUT.
Les pompiers sont sortis 6 281 fois,
soit 19 fois par jour.
Chaque
mercredi,
les
centres
récréatifs de Roubaix accueillent près de
1200 enfants.
Le 1er avril, un comité de quartier se
met en place à la résidence Ingouville.
Dans le bassin d’emploi, le nombre
des chômeurs indemnisés a augmenté de
32% en 1 an.
Et au Pile…
Il reste 150 commerces au Pile. On
attend beaucoup de la future réhabilitation.
Hubert DUBEDOUT en visite à
Roubaix et au Pile.
Deux associations qui s’opposent :
"Trois-Ponts-Pile" (association support à
une action de prévention pour les jeunes) et
les "Chevaliers de Roubaix".
Après de multiples rebondissements,
jeunes, amis de la limace bleue, mairie,
enseignants, chacun reste sur ses positions.
Le décès tragique d’un membre actif de
l’association
marquera
la
fin
de
l’expérience.
La Caisse d’Epargne, place du Pile,
n’ouvrira plus que 2 jours par semaine. La
pétition du Comité de quartier recueille plus
de 600 signatures.
Sur le parking de la gare du Pile, on
inaugure le Marché d’Intérêt Local, qui
remplace les anciennes halles aux légumes
du centre-ville.
La délinquance est un sujet
préoccupant pour les élus roubaisiens.
Pierre PROUVOST participe à un groupe
de travail sous la présidence de Pierre
MAUROY, André DILIGENT propose des
mesures immédiates. C’est le début de la
campagne des municipales de 1983.
On inaugure le nouveau groupe
scolaire de l’Alma centre.
A Lille, un nouveau métier, écrivain
public.
Motte-Bossut : cette fois, c’est fini.
On programme 458 licenciements.
Le C.A.L. se montre inquiet de la
paupérisation des quartiers anciens.
Roubaix est la ville la moins sûre du
département. Les actes de délinquance sont
en progression de 53 % en six mois.
Alain BONDUES, 2ème médaille d’or.
On inaugure le secteur piétonnier de
la Grand’rue. Arthur NOTEBART dit
261
19721972-1982
Dans le monde
Avec la fin des hostilités au Vietnam, on aurait pu croire que le monde allait se trouver
dans une période de paix, mais la défaite des U.S.A a un goût amer, et les conflits vont se
poursuivre, d’autant plus que la situation de crise économique va favoriser un climat propice aux
changements.
Dans le Sud-est asiatique, le Cambodge voit s’installer un régime de terreur avec les
Khmers ; au Moyen Orient, après une nouvelle guerre contre Israël, le Liban est au centre des
enjeux entre Palestiniens, Syriens, Israéliens. Si l’Egypte et Israël se tournent vers un processus de
paix, les Palestiniens s’orientent de plus en plus vers l’action terroriste. Putschs, attentats et prise
d’otages seront choses courantes en cette décennie. Le monde entier sera touché et nul ne sera à
l’abri de leurs effets. L’insécurité grandit et devient une préoccupation essentielle dans les pays
occidentaux.
Comme l’économie, la politique se mondialise. Elle n’est plus le fait de quelques nations
fortes, mais de l’ensemble des peuples. La crise du Moyen Orient est un enjeu mondial, par ses
choix politiques et ses enjeux économiques. Les zones de conflits, Chili, Israël, Cambodge,
Centrafrique, Ethiopie, Iran, Liban, Afghanistan, Argentine, sont des lieux d’affrontements directs.
Les attentats se situeront où les enjeux sont politiques, Paris, Rome, Beyrouth et dans des lieux
publics, aéroports, ambassades, la rue, mais viseront également des personnalités dirigeantes à
l’échelon planétaire, FAYCAL d’Arabie, REAGAN, le nouveau pape Jean Paul II, SADATE…
Cette montée du terrorisme international est renforcée par les revendications internes des
autonomistes corses, basques, irlandais qui utilisent aussi des moyens violents.
Après CARTER, les U.S.A. élisent Ronald REAGAN, qui entraîne son pays vers le
protectionnisme économique et la défense des valeurs du monde. L’URSS, qui se trouve empêtrée
dans le conflit afghan et l’après BREJNEV, peut difficilement s’opposer à ce leadership. Les
contestations s’expriment par la voix des dissidents, comme SHAKAROV, et prennent aussi la
forme de mouvements sociaux, comme SOLIDARITE en Pologne. La répression brutale ne suffit
plus, les voies discordantes se font entendre, le "Pacte de Varsovie" se fissure, d’autant que la crise
et la reconnaissance par le monde occidentalisé du personnage emblématique de la révolte, Lech
WALESA, favorisent le développement des idées nouvelles.
Beyrouth, plaque tournante des enjeux du monde, verra l’arrivée de la force
d’interposition de l’O.N.U, les casques bleus, qui seront pris pour cible par les mouvements
extrémistes palestiniens.
L’Europe avance peu à peu dans sa construction. L’Irlande, la Grande Bretagne et le
Danemark rejoignent les six dès 1973, mais l’arrivée au pouvoir du parti conservateur en
Angleterre, avec Margaret THATCHER, donne un coup d’arrêt brutal à cette édification. Le
Portugal, l’Espagne, la Grèce, avancent vers un régime démocratique, mais cela se fait parfois dans
la douleur. Comme en France, la crise économique provoque des mécontentements qui amènent une
poussée des mouvements de Gauche vers le pouvoir.
Les augmentations unilatérales du prix du pétrole font souffrir tous les pays
industrialisés, la rigueur fait suite à l’expansion. On constate deux conséquences directes : la
première concerne la pénurie des sources d’énergie avec les restrictions qui l’accompagnent, mais
les mesures, parfois draconiennes, de limitation de la consommation sont insuffisantes pour
satisfaire aux besoins ; la seconde amène l’augmentation des tarifs à la consommation, mais cela
entraînera des crises monétaires, de l’inflation, des dévaluations, une récession économique, du
chômage.
L’or, valeur refuge à la place du dollar, verra son coût multiplié par 10 en 8 ans.
En France
Le décès brutal de George POMPIDOU va amener une refonte de la politique. La Droite
se déchire pour le contrôle de la majorité. Entre Valéry GISCARD d’ESTAING, nouveau Président,
et Jacques CHIRAC, 1er Ministre, les différends seront nombreux. Un autre couple du style,"je
262
t’aime, moi non plus", s’affronte pour le leadership de la Gauche. Entre accords, désaccords, les
résultats des scrutins seront alternés, la Gauche remportant les municipales et perdant les
législatives l’année suivante. Pourtant, les clivages se marquent davantage, des hommes nouveaux
apparaissent, les rapports de forces changent et le Centre se fragilise, deux blocs antagonistes se
constituent avec une poussée des extrêmes. Les discours se radicalisent et un nouveau langage
politique s’affirme plus clairement. La crise économique fait exprimer des revendications, soit par
des manifestations, des mouvements de grève, des slogans, soit par des contre propositions qui sont
élaborées, réfléchies, argumentées collectivement.
Une nouvelle approche de la politique se met en place, elle s’appelle citoyenneté,
participation, concertation. Les années GISCARD ont permis l’émergence de nouvelles valeurs
concernant la place de la femme dans la société, la contraception, le travail et le loisir, le
logement… mais les échecs successifs des dispositifs inspirés du libre échange dans la lutte pour
l’emploi, vont amener la Gauche au pouvoir avec François MITTERRAND. Cela marquera le début
d’une période d’alternance mais surtout la mise en œuvre de procédures différentes dans leurs
inspirations idéologiques : nationalisation, partage du travail, développement inégalitaire de l’action
sociale, partage du pouvoir.
La crise a frappé de plein fouet la France mal préparée à cet événement. La spirale
infernale est enclenchée dès 1973 selon le déroulement suivant : hausse des prix, inflation,
chômage. La crise fait disparaître des pans d’activités fragilisés par le processus de délocalisation,
en particulier les activités ne nécessitant pas une main d’œuvre très qualifiée, comme le textile, ou à
la rentabilité faible, comme la sidérurgie, le charbon.
L’inflation sera de 10 % en moyenne par an, avec des pointes à 15 %, la monnaie et
l’épargne ne sont plus aussi rentables, l’or coûte cher et la "pierre" devient un investissement
intéressant par le biais des crédits à la consommation, dont les taux d’intérêt sont en constante
augmentation. Le chômage touche les plus fragiles, jeunes sans qualification, adultes en fin de
contrat. Les mesures sociales d’aide sont incitatives mais ont peu d’effet. Le nombre de demandeurs
d’emploi qui était de 500 000 en 1973, atteindra les 2 000 000 en 1981. Dans la même période, le
SMIC passe de 4,85 à 18,15 F. et le litre de super qui valait 1,25 F. sera acheté 4,32 F.
C’est la fin des grands projets prestigieux: l’abandon du "France", vendu aux
Norvégiens, et du "Concorde", dont on arrête le développement, en sont les signes extérieurs.
A Roubaix
2 mandatures, 2 styles, 2 projets.
Victor PROVO termine son dernier mandat municipal en 1977 et avec lui s’arrête une
certaine idée de la gestion d’une ville. Roubaix, qui a acquis sa richesse dans le passé, a poursuivi
sa politique de reconstruction et de résorption de l’habitat insalubre. La réhabilitation va naître de la
situation particulière de la ville, dans laquelle la disparition de l’activité principale, le textile, fait
apparaître de nombreuses friches industrielles.
L’urbanisation, qui est le choix des nouveaux élus, est aussi une revendication de la
population, le paritarisme a atteint ses limites.
L’arrivée de Pierre PROUVOST amène une nouvelle composition du conseil municipal :
entrée des communistes, exclusion des anciens alliés centristes, une nouvelle conception du rôle de
l’élu, des services publics et de la place du citoyen. Préparé par une réflexion issue des courants de
pensée de la décennie précédente, mais vécue sur le terrain au quotidien par des quartiers
précurseurs comme l’Alma, l’Hommelet…, la concertation sera le mot d’ordre de la nouvelle
municipalité à partir de 1977 et de nouvelles pratiques se mettent en place rapidement. Les élus se
rendent sur le terrain, ils écoutent, discutent, présentent les projets, demandent les avis, donnent les
informations. C’est un progrès, mais un progrès qui dérange les habitudes. Si certains quartiers,
comme le Sartel, l’Epeule ou le Fresnoy, vont se saisir de cette opportunité pour entrer dans une
concertation qui s’apparente au syndicalisme urbain, d’autres seront plus réticents. 1977 est l’année
de la rencontre systématique avec les habitants de tous les quartiers. 1978 voit la mise en place des
premières associations "comités de quartier". 1979 est déterminante pour la proposition des sites
retenus dans le cadre des futures réhabilitations.
263
Dans cette nouvelle approche de la démocratie de proximité, on ne manque pas de faire
référence aux expériences extérieures, comme à Grenoble, ou en Toscane.
Au-delà de cette nouvelle approche, on poursuit la politique d’investissements, même si
la crise limite les réalisations. En 1977, il y a 24 salles de sports, 17 terrains de football, 3 piscines,
et on augmente encore ce capital avec une nouvelle crèche, deux groupes scolaires, des structures
sociales de quartiers, deux salles de sports …
Un nouveau regard sur les loisirs se met en place et les centres récréatifs du mercredi se
développent, le centre aéré se délocalise en devenant payant, on investit dans un équipement
extérieur, le château du Nouvion. La ville change de visage et sa gestion se modernise. La façade
ravalée montre un visage plus agréable de l’Hôtel de Ville et le Centre d’Informations Municipales
offre une ouverture aux habitants. Le cœur de la ville, avec Roubaix 2000, même s’il n’est pas une
réussite totale, a modifié la vie roubaisienne. Il n’y a plus de cinémas de quartier, tout est regroupé
au centre, le Colisée se transforme en centre de la danse et du ballet, les friches Motte-Bossut sont
destinées à un espace culturel. Les manifestations roubaisiennes prennent le pas sur les animations
locales, le carnaval est roubaisien, ainsi que les grands événements sportifs et les manifestations
comme le festival de l’Amitié…Seules restent encore ancrées dans les quartiers, les activités à
caractère commercial, les braderies, les fêtes d’écoles.
La montée du chômage roubaisien, en particulier celui des jeunes, provoque une
réflexion sur l’éducation permanente et amène la création de la Mission Locale, du CRAV, de
l’Observatoire Urbain…. En même temps, la progression des actes de délinquance produit un
sentiment d’insécurité dans les quartiers, le ras-le-bol de certains devant l’inefficacité des moyens
de répression et un désir d’autodéfense. La création au Pile d’une association impulsée par quelques
commerçants : "Les chevaliers de Roubaix", montre que les problèmes sont bien ancrés et sont
teintés de xénophobie. La crise a fait naître le repli communautaire, la peur de l’autre, l’insécurité.
Le textile roubaisien est moribond, la Lainière tient encore le coup, mais déjà Boussac a
été mis en liquidation. Heureusement, Roubaix reste la ville de la vente par correspondance, et La
Redoute, Damart, les Trois Suisses, Saint-Maclou, Verspieren, Auchan ont une renommée nationale
et sortent Roubaix de l’anonymat. Mais on sent grandir dans les quartiers les signes alarmants d’une
paupérisation de la population.
Roubaix se trouve en outre confronté à la dynamique de la Communauté Urbaine de
Lille, prise en compte tardivement. Une bipolarité de la métropole se crée, mais l’impact du
Versant Nord-Est trouve difficilement sa place. La création de la Société d’Economie Mixte du
Versant Nord-Est a pour but de favoriser un nouvel essor économique et de réclamer des moyens
supplémentaires pour désenclaver ce secteur. Roubaix réussira sa négociation avec l’Etat et sera
reconnu site prioritaire de la future politique de la ville.
1982 voit la municipalité présenter le bilan de 6 années de mandat en vue des
municipales de l’année suivante. Politiquement, Roubaix est dans le coup, à gauche, avec un
département, une région et un état majoritairement de son bord. Le bilan de Pierre PROUVOST est
important au niveau des réalisations et des voies ouvertes. Pourtant, de nombreux signes alarmants
existent, et de nouvelles données, notamment au niveau de la délinquance, interviendront.
Et au Pile…
Si en 1973, le Cercle Artistique Roubaisien tient encore le haut de l’affiche, il la quittera
à l’arrivée de l’Atelier Lyrique. Le Cercle Saint Alexandre, l’Amicale Jean Macé Pasteur, l’Union
Commerciale et le Comité des Fêtes continuent à animer un quartier qui apprend sa prochaine
réhabilitation sans mobilisation excessive. Hormis quelques bonnes volontés, la majorité des
habitants ne participe que de loin à cette réflexion qui pourtant les concerne directement. Les
associations voient même d’un œil dubitatif l’émergence d’un comité de quartier et l’arrivée d’une
équipe opérationnelle au 41 rue du Pile. On se sent peu concerné par des projets qui n’ont pas
l’envergure de ceux de l’Alma.
Les commerçants, qui sont encore 150 en 1982, espèrent de cette réhabilitation une
reprise de leurs activités et gardent la nostalgie des années 60.
Pourtant, les problèmes existent. Le quartier se paupérise, se dégrade lentement, mais
sûrement. Les conflits entre les jeunes (dont certains sont issus de la mouvance de l’expérience de
la "Limace bleue") et les commerçants (dont certains ont participé à la mise en place de
264
l’association des "Chevaliers de Roubaix") sont révélateurs de la tension et du malaise interne.
Mais cela ne débouche pas sur une prise de conscience collective, comme ce fut le cas à l’Alma.
En conclusion, au cours de ces dix années, la crise économique et l’avènement du
terrorisme international provoquent une période de bouleversement mondial. L’Europe se construit
lentement et la mondialisation est en marche.
La France est gouvernée par la Gauche unie autour d’un PS fort. Les enjeux à venir sont
énormes : inflation, chômage, nouvelle forme de démocratie. Le logement a fait place à
l’urbanisation et les processus d’action deviennent de plus en plus complexes dans le cadre de la
décentralisation. La ville perd de son autonomie et cède certaines de ses compétences à la
Communauté Urbaine. Elle doit davantage négocier avec le Département et la Région, mais aussi
avec l’Etat, qui se réserve des secteurs d’intervention prioritaire comme l’emploi, l’éducation, ou
l’urbanisme.
Roubaix a pris un virage très net et a changé de visage. Les élus, avec Pierre
PROUVOST, se sont impliqués dans les quartiers, auprès des habitants, avec plus ou moins de
réussite.
Dans le même temps, Roubaix est devenue une ville à problèmes. La vie y est difficile,
la crise a touché tout le monde, mais les services d’aide, les nombreuses associations, la vie de
voisinage, maintiennent le tissu social. On y parle encore de solidarité.
Le Pile reste ce qu’il était. Quartier mis en avant parce que choisi pour être réhabilité, il
ne semble pas saisir pleinement cette opportunité pour se secouer et sortir de sa torpeur.
.
.
265
Cette annéeannée-là : 1983
Attentat à Orly : 5 morts et 56 blessés.
On détruit la première tour des Minguettes
à Vénissieux.
Le taux d’intérêt de la caisse
d’épargne passe de 8,5 à 7,5 %.
7 371 emplois sont supprimés chez
Peugeot -Talbot, dont 1905 licenciements.
Un boeing coréen survole l’espace
soviétique. Il est abattu par un Mig 23 : 269
passagers tués. Forte tension diplomatique.
Attaque du Q.G. français à Beyrouth :
2 soldats tués.
C’est Rodolphe PESCE qui succède à
Hubert DUBEDOUT à la tête de la
commission nationale D.S.Q, et
Paul
QUILES remplace Roger QUILLOT à
l’Urbanisme et au Logement.
Lech WALESA obtient le prix Nobel
de la Paix.
Camions suicides à Beyrouth contre
les Quartiers Généraux des occupants : 56
soldats français, 183 marines et 30 soldats
israéliens sont tués. On est proche du
conflit avec la Syrie, les Palestiniens sont
envoyés dans les pays arabes.
On parle de plus en plus de fermer les
puits de mines dans le Nord. 8 000 emplois
sont menacés dès 1984.
En France et dans le monde
Les vœux télévisés du Président, en
direct de Latché, ne passent pas : la grue
servant de poste relais n’est jamais arrivée !
Instauration d’une taxe sur les
magnétoscopes : 471 F.
Le F.N.L.C est dissout. Le
commissaire BROUSSARD entre en piste.
2 gendarmes sont tués dans une
embuscade en Nouvelle Calédonie.
L’inflation a été de 9,7% en 1981.
Après avoir été inculpé en mars 1979,
Maurice PAPON l’est de nouveau cette
année.
On inaugure le métro lillois.
Cette année voit la disparition de
Louis de FUNES, de HERGE, de Louison
BOBET, de Tino ROSSI.
Klaus BARBIE est extradé de Bolivie.
La fuite des capitaux en Suisse est
évaluée à 33 milliards de francs.
Municipales de mars : la Gauche est
en échec dans de nombreuses villes,
(Roubaix, Grenoble, mais aussi Hem,
Tourcoing, Lys-lez-Lannoy, Roncq). Le
Versant Nord-est de l’agglomération est
dans l’opposition, de même que 24 des 36
villes de plus de 100 000 habitants !
C’est le 3ème gouvernement de Pierre
MAUROY. Roger QUILLOT reste ministre
du Logement.
Le temps de la rigueur revient :
dévaluation et hausse généralisée des
services et des impôts.
Attentat devant l’Ambassade des
U.S.A à Beyrouth: 40 morts.
Le projet de loi "SAVARY" provoque
beaucoup de remous dans le milieu étudiant
et autour de l’école privée.
41 fûts de dioxine de Seveso sont
découverts près de Saint Quentin (02).
Nuit bleue en Corse le 24 mai : 29
attentats !
4000 policiers dans la rue : des
sanctions seront prises envers les délégués
syndicaux.
Yannick NOAH, vainqueur à Roland
GARROS.
La Communauté Urbaine augmente le
nombre de ses conseillers, 140 au lieu de
100, et Arthur NOTEBART reste président.
A Roubaix
Un Roubaisien, Pierre COQUANT,
est concurrent du Paris Dakar.
Le Colisée nouvelle formule est
ouvert officiellement en janvier.
La criminalité a quadruplé en 18 ans
dans l’agglomération. 5700 vols à la
roulotte, 2600 vols de voiture et 2150
cambriolages.
On pose la 1ère pierre de la salle de
sports de l’Alma et de celle de la rue
Delespaul, la 18ème à Roubaix.
La campagne pour les municipales est
tendue et cela se jouera à peu. Néanmoins,
Pierre PROUVOST part gagnant. Deux
"face-à-face" avec André DILIGENT sont
organisés, l’un sur FR 3, l’autre sur France
Inter, mais rien n’est joué.
266
René VANDIERENDONCK est le
nouveau directeur de cabinet du maire.
IBM à Roubaix : + 300 emplois.
Pennel et Flipo – 170.
André DILIGENT retrouve son siège
de Sénateur.
Le 4 octobre, Victor PROVO décède.
Il aura été 35 ans maire de la ville. Plus de
mille personnes dont Pierre MAUROY et
Lionel JOSPIN, lui rendent un dernier
hommage.
Tension entre les commerçants,
Roubaix Carnaval et la mairie : en cause, le
jour retenu et le coût du projet.
La délinquance est à l’ordre du jour
du conseil municipal de décembre. Les
choix s’orientent vers les mesures de
prévention.
Un sondage SOFRES donne 48 %
d’intentions de votes au maire sortant, 45 %
à son adversaire.
On vote le budget municipal qui sera
mis en œuvre après les élections.
Recensement :
On trouve sur la liste du maire sortant
le nom d’un certain nombre de militants de
quartier : Roger SINKO, Henri ISEBAERT,
Paul CORNEILDE, Agnès DELEPAUT.
Coup de théâtre électoral. André
DILIGENT est élu au 1er tour avec 69 voix
de majorité (50,01%), Pierre PROUVOST
ne totalise que 36 % des suffrages. Il en
avait obtenu 53 % en 1977. "Roubaix aux
Roubaisiens" fait 10 %.
André DILIGENT est le nouveau
maire d’un conseil municipal, élu avec une
part de proportionnelle, dans lequel on
trouve des représentants de l’opposition.
François MITTERRAND à Roubaix.
La dernière visite présidentielle remontait à
1959. Le maire demande :"Qu’on nous aide
à remonter la pente".
L’association de défense du Sartel
maintient sa fermeté à l’égard des nouveaux
élus. Au Nouveau Roubaix, une table ronde
du Comité de Quartier met en présence
l’ancien et le nouvel adjoint aux quartiers,
Marc VANDEWYNCKELE et Michel
BAUDRY.
Un carnaval enjoué, 4000 roubaisiens
dans les rues.
Les élus du versant Nord-est
rencontrent Pierre MAUROY.
Au conseil municipal, la présence de
l’opposition fait naître le débat.
L’équipe pédagogique de l’école
Diderot, avec Jean Claude DERAIN,
prendra en main les destinées de l’école
Elsa Triolet.
23 juin, c’est l’été. Un orage violent
éclate en soirée et plusieurs quartiers de la
ville sont sous un mètre d’eau. Il y a au
moins 1000 sinistrés.
Les subventions DSQ arrivent dans
les quartiers du Pile, de l’Alma, du Cul-deFour, du Fresnoy et du Nouveau Roubaix.
Les
moyens
attribués
permettent
l’embauche d’un salarié permanent dans
chaque structure.
Et au Pile…,
Une équipe opérationnelle composée
de techniciens et d’animateurs sociaux,
s’installe au 41 rue du Pile. Objet : mettre
en œuvre les actions d’aménagement.
Les "Chevaliers de Roubaix" passent
en direct à TF1 dans l’émission" le marché
de la peur".
Le cercle Saint Alexandre va fêter ses
100 ans. Le 3 mai, décès de François
WINANTS.
Le 4 juillet, création de l’association
Comité de Quartier du Pile.
Son et Couleur encadre un groupe
d’ados pour réaliser la fresque rue Lalande.
A la fin de l’été, les nuits sont agitées
rue de Condé. Les vitrines des commerces
sont brisées régulièrement. Gare aux
vandales !
267
Cette annéeannée-là : 1984
Le 13 juillet, le projet Savary est
retiré, on parle d’un référendum pour
septembre, mais le 18 juillet, changement !
En France et dans le monde
L’inflation a été de 9,2 % l’an dernier,
avec le train de hausse de la rentrée : tabac
(5 %), loyer (3,2%), EDF (5%), taxe sur les
assurances (de 9 à 18%). Le SMIC est à
22,78 F et le super augmente de 0,65 F.
Le dollar, à 8,64F, continuera son
ascension jusqu’en décembre.
Pierre
BEREGOVOY
remplace
Jacques DELORS, Paul QUILES arrive à
l’Urbanisme, Michel DELEBARRE est au
Travail et Jean Pierre CHEVENEMENT est
propulsé à l’Education. Il n’y a plus de
ministres communistes.
Laurent FIGNON gagne le tour
devant Bernard HINAULT.
La France revient avec 26 médailles
des Jeux Olympiques de Los Angeles qui se
sont déroulés sans les pays de l’Est.
En septembre, 1 000 000 de jeunes de
moins de 25 ans sont sans emploi. On lance
le programme des T.U.C. (Travaux
d’Utilité Collective).
Assassinat du petit Grégory à
Lépanges.
Les Russes envoient 70 000 hommes
en Afghanistan.
Attentat à Brighton contre un hôtel
qui accueille le gouvernement de Margaret
THATCHER : 7 morts, 30 blessés.
Assassinats : le Père POPIELUSZKO,
aumônier de Solidarité, et Indira GANDHI.
9 vieilles dames sont assassinées dans
Décès d’ANDROPOV : c’est Valentin
TCHERNENKO, 72 ans, qui lui succède.
On défile dans les grandes villes de
France pour soutenir l’école privée. Ils
seront 250 000 à Lille, 800 000 à
Versailles.
Routiers en colère : 240 barrages et
"opérations escargot" pendant plusieurs
semaines.
Massey-Fergusson: 464 suppressions;
le charbon ne sera plus extrait des mines du
Nord : 3000 emplois menacés.
Conflit Irak-Iran : on parle d’armes
chimiques.
En mars, fin de la présence française à
Beyrouth où 88 soldats auront été tués.
En 1 an, le chômage a progressé de
plus de 11 %. On craint d’atteindre les
2 500 000 demandeurs en fin d’année.
A Lille, la manifestation pour la
laïcité rassemble 30 000 personnes, 150 000
à Paris.
Les métallurgistes allemands font
grève pour la semaine de 35 heures sans
réduction de salaire !
Après
plusieurs
semaines
de
négociations et de ruptures, la manifestation
nationale pour l’école privée est suivie par
1 000 000 de personnes.
Aux élections européennes, sur les 81
sièges français, 41 vont au groupe UDF et
RPR, 20 au PS, 10 au PC et 10 au FN. Il y a
eu 42,9 % d’abstentions.
La France est championne d’Europe
de football.
Le métro lillois s’exporte en Floride.
Baisse des taux de l’épargne de 1%.
le 18ème arrondissement de Paris.
Ronald REAGAN est réélu président
des Etats-Unis avec 60 % des voix.
En Nouvelle Calédonie, les heurts
sont violents entre les "Caldoches" et les
"Kanaks". Edgar PISANI est le délégué du
gouvernement pour deux mois. Les débats
sont houleux à l’Assemblée, où GISCARD
d’ESTAING revient comme député.
268
A Roubaix
La pauvreté est le thème central du
dernier conseil municipal qui va durer près
de 6 heures.
Gérard VIGNOBLE, maire de
Wasquehal, est exclu pu PS.
Diminution de la délinquance: 28 %
en 1982, 12,7 % en 1983. On espère mieux
en 1984.
Vœux du maire : "1984 sera une
année difficile". Roubaix compte 17,5 % de
chômeurs et 42 % des habitants ne sont pas
imposables.
Roubaix et Tourcoing vont travailler
ensemble.
Les actions DSQ se mettent en place
dans la ville
Et au Pile…
Cour BONTE : la réhabilitation va
commencer, le CAL va aider les habitants
qui organisent un concert en soirée.
Une nouvelle association au Pile, la
"Jeunesse du Pile", organise une fête à la
Solidarité sur le thème du dialogue culturel.
Comme d’autres, elle demande la gestion
d’un local.
Bernard CARTON est désigné comme
membre de la commission nationale DSQ
avec des personnalités comme Bertrand
SCHWARTZ, Gilbert BONNEMAISON,
Roland CASTRO…
Roubaix est la ville où le % des
naissances est le plus important de France.
Les commerçants sont contre le projet
d’implantation des magasins d’usine
avenue Motte, mais c’est fait ! Ouverture le
11 mai.
Motte-Bossut deviendra un centre
international
de
communication
et
accueillera les archives du monde du
travail.
Les "Chevaliers de Roubaix" ont plus
de 1000 adhérents. Ils travaillent en
harmonie avec le parti de Marcel
LECLUSE, "Roubaix aux Roubaisiens".
En mars, le Comité de Quartier
organise une exposition sur la mémoire du
Pile.
On inaugure la salle de sports de
l’Alma. L’hôpital Victor Provo accueillera
ses malades en septembre. Pour le transfert,
un pont ambulancier sera mis en place.
Mais l’inauguration se fera sans la présence
d’un ministre.
On fait la fête dans la gare qui vient
d’être réhabilitée.
Le versant Nord-Est a perdu 5 200
emplois en un an.
Grande manifestation à Roubaix : 500
personnes marchent derrière Marcel
LECLUSE pour défendre la sécurité.
Bourles : le tournoi du centenaire de
Saint Alexandre est remporté par Saint
Louis Leers.
L’église Saint Rédempteur va fêter
ses 100 ans.
Beau succès de la braderie et du
tournoi de football pupilles organisé par
l’Amicale Club de Roubaix.
Plusieurs réunions entre les habitants
et l’équipe opérationnelle. Le Pile repris en
procédure DSQ, c’est 8 750 habitants, 3
000 logements dont 700 en courées.
269
Cette annéeannée-là : 1985
Affaire Grégory : la mère serait le
corbeau. Le père de l’enfant, Jean Marie
VILLEMIN, tue son cousin Bernard
LAROCHE.
L’Europe passe à 12 avec l’entrée de
l’Espagne et du Portugal. Les autonomistes
basques de l’ETA font parler d’eux.
Michel ROCARD démissionne du
gouvernement.
Sport : Marc MADIOT remporte son
1er Paris-Roubaix; finale dramatique de la
coupe des champions à Bruxelles où les
supporters anglais provoquent la mort de 42
supporters italiens.
Les frères WILLOT sont condamnés à
la prison.
Le Moyen Orient reste un foyer
constant de troubles : 3 avions détournés en
quelques jours, 40 otages américains libérés
contre la libération de 300 détenus chiites
en Israël ; voitures piégées à Tripoli (60
morts) et à Beyrouth ; bombes dans un 747
d’Air India (329 tués), dans un 737
égyptien (60 morts) ; prise d’otages des
passagers de l’"Achille LAURO" (1 tué). En
décembre, fusillades aux aéroports de
Vienne et de Rome (17 morts, 115 blessés).
Christine VILLEMIN, inculpée du
meurtre de son fils.
En juillet, une bombe fait sombrer le
"Raimbow Warrior" en Nouvelle Zélande.
Succès des T.U.C. Ils sont 15 000
dans le Nord.
Et on continue à perdre des emplois :
Dunkerque, Croix, Trith saint Léger…en
tout près de 1500 !
HINAULT, gagne son 5ème tour mais
"La Redoute" et "Renault" quittent les
rangs des équipes professionnelles.
Le 8 août, on parle de l’implication
des services secrets français dans l’affaire
du "Raimbow Warrior". Le 21 septembre,
Charles HERNU sera contraint à la
démission.
Télé : Philippe De DIEULEVEULT
disparaît sur le fleuve Zaïre.
Dépôt de bilan des COOP du Nord :
4650 salariés inquiets.
Les 9 maires du Versant Nord-est,
venus plaider la cause de leurs communes,
sont refoulés brutalement de la préfecture
par les C.R.S.
Le téléphone passe à 8 chiffres.
Explosion d’un volcan en Colombie.
Les Français regardent avec horreur
En France et dans le monde
L’hiver attaque en force en ce début
d’année : neige, verglas et froid (-16° à
Lille, -30° à Reims et – 41° dans le jura). Et
cela va durer jusqu’en février, avec
quelques répits.
Edgar PISANI propose pour la
Nouvelle Calédonie un état indépendant
associé à la France. Les incidents persistent,
et la mort du leader indépendantiste, Eloi
MACHORO, provoque l’état d’urgence. La
rencontre entre François MITTERRAND et
Jean Marie TJIBAOU va calmer un peu les
tensions.
Le dollar à 10 F. et le super à 5,74 F.
Les prix libres des carburants amènent la
concurrence entre les hypermarchés. La
baisse atteint 0,42 F/l à la pompe !
Les fonctionnaires porteront un badge
avec leur nom : fin de l’anonymat.
Affaire Grégory : Bernard LAROCHE
est remis en liberté.
Le P.S est la cible du P.C (qui exclut
Pierre JUQUIN) et de la F.E.N, qui lui
reproche sa reculade face aux tenants de
l’école privée.
L’"Ecole CHEVENEMENT" remet au
goût du jour la morale, l’instruction
civique, l’histoire et la technologie.
Changement pour les élections de 86:
on votera à la proportionnelle pour les
européennes et les législatives.
Ronald REAGAN veut changer le
gouvernement du Nicaragua et soutient les
opposants.
Cantonales : 1er tour favorable à
l’opposition, le FN obtient 8,5 % des voix.
Mort de TCHERNENKO et arrivée de
Mikhaïl GORBATCHEV, il n’a que 54 ans.
Le SMIC passe à 24,90 F. le 1er avril.
C’est l’année de SOS racisme et de
son slogan :"Touche pas à mon pote".
270
Inquiétude pour le CAL : l’insalubrité,
dûe aux squatters et au vandalisme, gagne
300 maisons par an, qui s’ajoutent aux 4000
déjà touchées.
Auchan quitte l’avenue Motte et
Roubaix 2000. AS ECO le remplace.
Massey-Fergusson, c’est fini. 1150
licenciements de plus.
Union des maires :
l’agonie de la petite Omayra, emprisonnée
par la boue.
COLUCHE lance à Lille le premier
restaurant du cœur.
A Roubaix
Roubaix et Tourcoing ont été oubliés
par la CUDL. Entre 1977 et 1983, 82 % des
investissements ont été réalisés sur Lille et
Villeneuve d’Ascq, 11 % sur le Versant
Nord-Est.
Le pourcentage des chômeurs est de
8,75 en France et de 17 % à Roubaix !
21 février, on patine sur le canal et les
terrains de sports sont impraticables depuis
sept semaines.
Constat : le Colisée n’est pas assez
utilisé, les amateurs de lyrique se plaignent.
Des Roubaisiens en vedette :
La piscine de la rue des Champs est
fermée, la toiture menace de tomber, on
détruit la grande barre des Hauts-Champs et
on commence à réhabiliter les Trois-Ponts.
Et au Pile…
Le 15 janvier, Mamadou N’DIAYE
nous quitte.
La teinturerie du Pile à l’honneur pour
son cinquantenaire.
La démolition d’une courée provoque
de gros dégâts rue de Condé, chez monsieur
BRACKE, voisin du chantier.
Michel GHYSEL, Bernard CARTON
délégués cantonaux. Le FN passe les 20 % !
L’ancienne caserne des pompiers fera
place à la nouvelle Caisse d’Allocations
Familiales.
La presse le dit : "Au Sartel, les
inondations ne seront plus qu’un mauvais
souvenir" ! Ce qui n’empêche pas les
habitants de se rendre en mairie pour
manifester plusieurs fois dans l’année.
A Mons-en-Baroeul, les immigrés
votent pour élire leurs représentants au
conseil municipal.
Des problèmes à l’Alma : les
immeubles de la Barbe d’Or sont dégradés,
le vandalisme est quotidien, l’école Elsa
Triolet a été cambriolée 50 fois en 1 an !
Incendies d’usines et perte d’emplois
qui les accompagnent : c’est la série noire.
Sont touchés les Ets Cavrois, la filature des
Longues Haies (Ets Motte Porisse), les Ets
Caulier rue du Flocon à Tourcoing, chez
Nollet, rue de la Vigne, Peau Douce à
Leers.
Les cambriolages font peur aux
Roubaisiens ; dans le journal, on donne des
conseils avant les départs en vacances.
Le roi de la bourle au cercle Saint
Alexandre, c’est Jean WAUQUIER.
Une classe de CM2 de l’école Pasteur
transplantée à Douai pour y pratiquer le
canoë.
271
Cette annéeannée-là : 1986
En France et dans le monde
Raid américain sur Tripoli : 70 morts.
Le but de Ronald REAGAN : renverser
KHADAFI !
Accident nucléaire à Tchernobyl.
L’inflation a été de 4,75 % en 1985.
Paris-Dakar tragique : 7 morts, dont
Thierry SABINE et Daniel BALAVOINE,
victimes d’un crash d’hélicoptère.
Les voitures d’occasion de plus de 5
ans devront subir un contrôle technique
avant toute vente.
Les plans en reliefs vont quitter les
Invalides pour Lille.
C’est signé ! Trois tunnels, un de
service et deux ferroviaires, passeront sous
la Manche.
Le 27 janvier, la navette Challenger
explose peu après son départ.
L’Etat amène 10 000 emplois pour le
Nord, mais rien pour le Versant Nord-est !
Corason AQUINO est élue présidente
des Philippines et remplace Ferdinand
MARCOS.
Olaf PALME, 1er ministre de Suède,
est assassiné.
En février, Jean Paul KAUFFMAN,
Philippe ROCHOT et 5 autres personnes
sont otages du jihad islamique à Beyrouth.
Deux seront libérés le 21 juin, deux le 11
septembre, un le 25 décembre. On craint
pour la vie de Michel SEURAT, enlevé le
22 mai.
On vote 2 fois à la proportionnelle :
aux législatives et aux régionales.
Il y aura cohabitation !
Le 20 juin, COLUCHE se tue en
moto.
Au mondial de football de Mexico
remporté par l’Argentine de MARADONA,
la France (3ème) et la Belgique (4ème)
échouent aux portes de la finale.
Trou de la sécu : les cotisations
sociales augmentent de 1 %.
LEMOND est le premier Américain à
remporter le tour de France. HINAULT,
second, arrête sa carrière.
Durant l’été, les chantiers navals de
Dunkerque manifestent, bloquent les routes
et les voies ferrées.
Le plan PASQUA contre le terrorisme
s’applique à Paris, mais les attentats, cinq
en dix jours, se multiplient. Ibrahim
ABDALLAH, un agent de l’ambassade de
Syrie, est arrêté.
A la rentrée, il y a près de 2 500 000
demandeurs d’emplois en France, dont
850 000 de moins de 25 ans.
Le 13 novembre, Thierry le LURON
décède des suites d’une longue maladie.
Georges BESSE, patron de la régie
Renault, est assassiné par les brigades
rouges.
Education : les lycéens et les étudiants
manifestent contre le projet DEVAQUET.
Ils seront 25 000 à Lille, et dix fois plus à
Paris. Lors des heurts avec les CRS, Malik
OUSSEKINE est tué par un policier d’une
brigade motorisée. Le projet est retiré mais
les manifestations se poursuivront.
Des remous sociaux en fin d’année:
pas ou peu de trains durant les fêtes !
La région reste à Gauche mais de peu.
Noël JOSEPHE reste président.
Le FN passe les 20 % à Roubaix,
Tourcoing … Jacques CHIRAC devient 1er
Ministre et utilise les ordonnances pour
faire passer les lois importantes :
• La privatisation pour les entreprises
publiques
• Le retour au scrutin majoritaire
Michel GHYSEL devient député. Il
prend la place d’Albin CHALANDON,
nommé ministre.
272
A Roubaix
La Grande Brasserie Moderne
présente sa dernière création : la Septante.
Roubaix accueille les universités :
IUT C, à l’ancienne poste, et l’IPRA, rue du
Maréchal LECLERC.
En septembre, Marcel TACHAU
remplace Pierre DUBOIS à la direction de
l’Urbanisme de la ville.
Des débats houleux au conseil
municipal. Le trou de la SEM au cœur des
affrontements.
272 emplois sont supprimés à SteinIndustrie.
Etat civil : plus de naissances (2015),
et moins de décès (1123), de mariages (543)
et de divorces (303), qu’en 1984.
Laurent FABIUS, en visite, promet
plus de moyens pour le Versant Nord-est.
Hiver chaud : 16 incendies criminels
en une semaine dans l’agglomération
roubaisienne.
Le peintre BEN BELLA décore les
pavés de Paris-Roubaix.
On fait la "queue" à la frontière belge
où le super coûte 1 Fr de moins au litre !
On inaugure une nouvelle salle de
sports, rue des Pyramides.
Après les élections, le magazine
allemand, "Der Spiegel", consacre un long
article sur la montée de l’extrême droite à
Roubaix. Un portrait sans complaisance.
Le comité de quartier E.C.H.O. se
constitue en association.
A l’Alma, on met en place des stages
"lecture" pour que les parents aident mieux
leurs enfants. Le Cul-de-Four fera de
même, mais c’est au Pile, en 1985, que
s’était déroulée la 1ère action.
Les avis sont partagés sur le PLDS.
On craint les étiquettes.
Et au Pile…
On va refaire l’îlot Delezenne.
En mars, incendie rue Lannes.
Léon SIX, cité pour son courage à la
bataille de Verdun, reçoit, 70 ans après, la
médaille militaire.
La cour ROUSSEL, rue d’Estaing, est
montrée en exemple.
Un trou de 510 000 F à la régie
technique de l’Alma. On va vers un dépôt
de bilan.
Un film à Roubaix : Gérard BLAIN
tourne "Pierre et Djamila", mais on craint
pour l’image de la ville. Le square Jouhaux,
qui sera détruit peu après, servira de décor
et les scènes de rue auront pour cadre
Wattrelos.
1500 familles se sont adressées au
C.A.L-P.A.C.T l’an dernier. "On atteint la
limite du supportable". Des solutions ?
La S.E.M. est en déficit de 46 millions
de francs : trop de friches et de bâtiments
industriels en stock.
Après 16 ans de présence, l’abbé
DELBART quitte Saint Rédempteur.
273
Cette annéeannée-là : 1987
En Tunisie, le président Habib
BOURGUIBA est destitué pour sénilité.
Jean Louis NORMANDIN, détenu
depuis mars 86, et Roger AUQUE, janvier
87, sont libérés par le Hezbollah. On espère
d’autres libérations pour Noël. Elles ne
viendront pas.
Arrestation de Thierry PAULIN,
inculpé du meurtre de 18 vieilles dames à
Paris.
Les Russes sont toujours en
Afghanistan. Ronald REAGAN et Mikhaïl
GORBATCHEV signent un traité pour la
destruction des missiles à moyenne portée.
Le désarmement en en route.
En France et dans le monde
Le personnel roulant de la SNCF qui a
entamé la grève l’an dernier ne reprendra le
travail que le 20 janvier.
Le journaliste Roger AUQUE est
enlevé à Beyrouth.
L’inflation a été de 3,1 % en 1986.
Les Palestiniens assiégés dans les
camps par les milices chiites Amal en sont
réduits à manger de la chair humaine !
A Paris, les instituteurs défilent en
rangs serrés pour manifester contre le projet
de statut des maîtres- directeurs.
Ibrahim ABDALLAH est condamné à
la prison à vie.
Le 7 mars, un car ferry chavire à
l’entrée du port de Zeebrugge et se
retourne. Après renflouage, on retirera 208
corps des cales, il y a 408 rescapés.
TF1, privatisé, est racheté par le
groupe Bouygues.
Le 11 mai, le procès de Klaus
BARBIE s’ouvre à Lyon. En juillet, il sera
condamné à perpétuité.
Le SIDA devient une préoccupation
nationale.
La promotion 1987 de l’école de
journalisme de Lille s’appellera "Jean Paul
KAUFFMANN", détenu au Liban depuis
deux ans.
Mathias RUST, aviateur allemand,
pose son CESNA sur la place rouge à
Moscou. Il sera mis en prison mais son
action provoquera des "mutations" chez les
responsables de l’aéronautique soviétique!
Wahid GORDJI, iranien responsable
de l’attentat de septembre 1986 (11 morts,
plus de 100 blessés), se réfugie dans son
ambassade. Les incidents vont jusqu’à la
rupture des relations diplomatiques entre la
France et l’Iran. On craint des représailles.
Plus de 400 tués lors d’incidents entre
Saoudiens et Iraniens lors du dernier jour
du pèlerinage de La Mecque. Le régime de
KHOMENY, de plus en plus isolé, est en
guerre contre l’Irak depuis 8 ans.
Jacques ANQUETIL, DALIDA, Lino
VENTURA, Marguerite YOURCENAR...
nous ont quittés cette année.
A Roubaix
La vague de froid du début d’année ne
stoppe pas l’ardeur des grévistes de Stein et
du peignage Amédée Prouvost.
Cette année, le quotidien donne une
place importante aux quartiers, en
particulier aux cinq qui sont en procédure
PLDS, procédure qui se termine en 1988 et
dont on fait les bilans. Le Pile, le Cul-defour, le Fresnoy, le Nouveau Roubaix et
l’Alma sont directement concernés.
En février, les Comités de Quartiers et
la C.S.C.V. (Confédération Syndicale du
Cadre de Vie) présentent des propositions
pour faire avancer Roubaix et apporter des
solutions pour l’avenir.
Michel POLAK interdit d’antenne à
TF1, c’est la fin de "Droit de réponse".
Jean Marie LE PEN déclare lors d’une
émission de radio :" l’extermination des
juifs est un point de détail de l’histoire".
274
A l’Alma, la régie de quartier est au
cœur des débats.
Au Cul-de-four, les projets avancent.
tranquille" ; un char russe en flamme
devant Motte-Bossut, c’est "Le complot",
avec pour interprète principal, Christophe
LAMBERT.
DMC rachète Amédée PROUVOST.
On inaugure la nouvelle CAF le 23
septembre.
Les radars fleurissent sur les bas-côtés
du Grand Boulevard vers Lille.
L’antenne sud est mise en circulation
le 26 octobre.
Les ministres se sont succédés à
Roubaix cette année : GALLAND, NOIR,
MONORY, PASQUA, CHALANDON,
BARZAC, …. seul Jacques CHIRAC qui
passe à Lille ne viendra pas.
Au festival des DSQ, Daniel
DELEPAUT, président de l’Association
Inter Quartiers, créée en mars, est critique
vis-à-vis de la mise en œuvre de la
participation des habitants.
La gestion de la cuisine centrale sera
confiée à la SODEXO.
François CHAVANEAU quitte le
CAL-PACT qu’il a intégré en 1961. Il a
participé à son évolution, "on est passé de
l’âge de la pierre à l’âge de la personne",
dira Christian MONTAIGNE.
André DILIGENT est nommé
président de la Commission Nationale du
Développement Social des Quartiers.
Roubaix accueille la manifestation
régionale contre le racisme, en ouverture
de la 10ème édition de son "Festival de
l’amitié".
Les représentants nationaux des
actions "Contrats Familles" se réunissent à
Roubaix. C’est le Pile, par l’intermédiaire
du CAL-PACT, qui est destinataire de cette
action.
Conseil municipal agité : les élus de
Gauche quittent la séance, et Marcel
LECLUSE (Roubaix aux Roubaisiens)
s’inquiète de voir les associations de
quartier noyautées par des militants de
Gauche !
La marche pour la sécurité, organisée
par les Chevaliers de Roubaix, rassemble
130 personnes.
Le Syndicat Intercommunal de
l’Agglomération Roubaisienne (S.I.A.R) se
crée avec Roubaix, Leers et Wasquehal.
Pour la 1ére fois, Roubaix participe à
Inter villes, mais c’est Cavaillon qui gagne.
En 5 ans, la ville a perdu 278
commerces. Une série de reportages est
réalisé en août sur ce secteur d’activité.
Le cinéma est en crise : Colisée 2 et 3
ferment, A.B.C est en sursis à Tourcoing.
Et pourtant, on tourne : une voiture qui
explose, c’est Etienne CHATILIEZ qui
démarre "La vie est un long fleuve
Et au Pile…
Les commerçants lancent l’opération
"Pilou" : des voyages à gagner.
L’usine TRATO, rue Molière,
fabrique 150 000 tubes fluorescents par an.
Le comité de Quartier est présent dans
les articles de presse :
275
Cette annéeannée-là : 1988
Hasard ou coïncidence, c’est le même
jour que Jean Paul KAUFFMANN, Marcel
CARTON
et
Marcel
FONTAINE
retrouvent la liberté après 3 ans de captivité.
François MITTERRAND est réélu
avec 54 % des suffrages, Michel ROCARD
est 1er ministre, les législatives auront lieu
en juin.
Pas de majorité sans alliance, la
Gauche joue l’ouverture au centre et à la
société civile. Entrent au gouvernement :
Jean Pierre SOISSONS, Lionel STOLERU,
Bernard KOUCHNER, Alain DECAUX
Jean Marie RAUSCH, Brice LALONDE,
et pour très peu de temps, Léon
SCHWARTZENBERG.
Gérard VIGNOBLE et Bernard
CARTON découvrent le palais Bourbon.
Gare de Lyon : un train sans frein
percute une rame à l’arrêt, 60 morts.
Le projet R.M.I. (Revenu Minimum
d’Insertion) prend forme, il sera financé par
l’impôt sur les grandes fortunes.
Excommunication de Monseigneur
LEFEVRE par le Vatican.
Un croiseur US se croit attaqué et
détruit un boeïng iranien : 289 victimes.
Un bateau de croisière, le "City of
Pôros", est attaqué par des terroristes en
mer Méditerranée, 9 morts.
La guerre Irak - Iran se termine en
août quand se met en place une force
d’interposition. Le conflit a provoqué plus
d’un million de morts en 8 ans.
Jean Marie TJIBAOU vient à Paris
avec le représentant des "Caldoches".
En Pologne, les grèves et les
manifestations amènent un nouveau couvrefeu, le ton se durcit entre JARUSELSKI et
WALESA.
En France et dans le monde
Présidentielles : Jacques CHIRAC est
candidat. En février, Raymond BARRE se
déclare. A Gauche, MITTERRAND ou
ROCARD ? On attendra jusqu’en mars,
lorsque le Président sortant, au plus haut
dans les sondages, dévoile son jeu.
Yves MOUROUSI est écarté du 13
heures de TF1, Jean Pierre PERNAUD le
remplace.
Il y aura 9 candidats.
Le Nord est en déclin, plus de
600 000 habitants sont partis. Il faudrait
créer 25 000 emplois annuellement, on en
perd 12 000 ! En 30 ans, 400 000 emplois
sont supprimés pour 260 000 créés.
Un boeing koweitien est détourné sur
Chypre. 3 otages sont tués et l’avion quitte
Larnaka pour Alger, où tous sont libérés
après 16 jours de négociations.
Abou JIHAD, chef palestinien, est
assassiné.
A Ouéva, en Nouvelle Calédonie, 27
gendarmes français sont capturés par le
FLNKS. Entre les deux tours des élections
présidentielles, ils sont libérés par la force
(16 ravisseurs et 2 militaires sont tués).
Et toujours des mouvements sociaux.
Mikhaïl GORBATCHEV cumule les
pleins pouvoirs en URSS : chef de l’Etat et
chef du parti.
A Nîmes, un orage provoque torrents
et coulées de boue au travers de la ville : 11
morts, 45 000 sinistrés.
276
met en grève. La réponse est: "venez visiter
les locaux et entendre les explications".
A l’Alma, 8 ans après la construction,
on commence déjà à parler de réhabilitation
En juillet on organise des fêtes
nautiques sur le canal. En août, il faudra
Emeutes à Alger et dans les grandes
villes du pays. La répression militaire est
sanglante, on parle de 400 tués.
L’inflation est réduite et le chômage
recule de plus de 2 %. C’est le meilleur
résultat depuis 10 ans.
Georges BUSH est élu président des
Etats-Unis d’Amérique.
La
"Perestroïka" provoque la
montée des autonomies nationalistes en
Arménie, en Azerbaïdjan, en Géorgie, et
dans les Pays Baltes… La guerre en
Afghanistan a provoqué la mort de 13 620
militaires russes.
Tremblement de terre en Arménie,
30 000 morts.
Un boeïng de la Pan Am s’écrase en
Ecosse, à Lockerbie. Il s’agit d’un attentat.
Les décès de cette année : le père
Joseph WRESINSKI, fondateur d’ATD
Quart Monde, Alain SAVARY, Pierre
DESPROGES….
une campagne importante de propreté pour
le nettoyer.
La ville envahie de vélos, c’est
l’accueil de la semaine fédérale des
cyclotouristes.
Le centre aéré, sous sa forme
décentralisée, est satisfaisant. On continuera
cette formule dans l’avenir.
Michel
BAUDRY
et
Alain
FAUGARET sont élus au Conseil Général.
Roubaix et Hem vont accueillir
l’Ecole de Police.
Danielle MITTERRAND visite la
cour Fontier dans le quartier MoulinPotennerie.
R.M.I : la file d’attente pour s’inscrire
est impressionnante devant le CCAS.
A Roubaix
Les élus socialistes font le tour des
quartiers, comme il y a 10 ans.
Et au Pile…
On inaugure le nouvel îlot Delezenne
en février.
Michel GHYSEL reçoit le trophée
"Cité Bleue" des mains de Michèle
BARZACH pour le projet du domicile
collectif du Pile.
Décès du président de "Réussir A
Roubaix", Marcel LECLUSE, fondateur de
l’association "Amitié Partage".
Le "Printemps" devient le principal
actionnaire de La Redoute.
La Chambre de Commerce honore
l’U.C.A.P et le dynamisme de Marie
Henriette VANDECANDELAERE .
La médiathèque organise exposition,
conférences, manifestations culturelles pour
l’anniversaire de la disparition d’Octave
VANDEKERKHOVE. Textes et chansons
sont remis à l’honneur.
Un centre pour délinquants, 62 rue
d’Oran. Tollé général et refus des habitants.
La nouvelle cuisine centrale est mal
acceptée par le personnel communal qui se
277
Cette annéeannée-là : 1989
Mort de l’Ayatollah KHOMEINY.
Ses funérailles sont l’objet de crises
collectives d’hystérie. On déchire son
linceul !
Lors de son voyage en Allemagne,
Mikhaïl GORBATCHEV reçoit un accueil
enthousiaste de la part de la population.
Aux élections européennes, il y a près
de 51 % d’abstentionnistes. Les Verts
occuperont 12 des 81 sièges français.
La C.U.D.L élit Pierre MAUROY à sa
présidence. André DILIGENT est 1er vice
Président.
Le SMIC dépasse 5000 F. en juillet.
A Luxon, un tueur fou abat 1 adulte, 3
enfants et il en blesse 8 autres en une demi
heure.
Greg LEMOND gagne le tour avec 8
secondes d’avance sur Laurent FIGNON. Il
remportera aussi le championnat du monde.
Tadeusz MAZOWIECKI, militant de
"Solidarité" devient 1er ministre en
Pologne.
Danièle GILBERT est en garde à
vue : la bague du bonheur était une
escroquerie !
Le rideau de fer n’est plus une
frontière, des milliers d’Allemands de l’Est
passent à l’ouest par Prague.
GORBATCHEV dit "NON" à la
réunification.
Un DC 10 explose en vol au dessus du
Sahara après son escale à N’Djaména. C’est
un attentat. Il y a 171 victimes.
Des grèves partout, l’automne est
chaud !
Chez Peugeot, la publication par le
Canard Enchaîné de la feuille d’impôts de
son PDG, Jacques CALVET, ajoute à la
tension : blocage des négociations, usine
occupée.
Les services des impôts feront grève
plus d’un mois, suivis par les douaniers, les
gardiens de prison…
En France et dans le monde
Janvier est marqué par la fin du
conflit en Afghanistan.
Le nouveau septennat aura comme
priorité l’Education, mais le plan Jospin ne
suscite pas que des satisfactions : langues
étrangères à l’école, indemnité ZEP et
avancement au mérite.
Depuis un an, il y a eu 13 agressions
sexuelles avec meurtre sur des enfants.
André BERGERON quitte F.O, et
Marc BLONDEL arrive.
Salman RUSHDIE est condamné à
mort par KHOMEINY pour son livre :"Les
versets sataniques".
"Les Biscottes" à Lille, c’est fini, les
deux immeubles sont détruits.
On inaugure la Pyramide du Louvre.
Le Liban est toujours au centre des
conflits du Moyen Orient.
Le tanker "Exxon Valdez" s’échoue
sur les côtes de l’Alaska.
Un sous marin soviétique coule au
large des côtes de Norvège : pas de
survivants.
Tragédie à Sheffield : une bousculade
provoque 93 morts lors de la ½ finale de la
Cup.
Thierry PAULIN meurt du sida en
prison.
En Chine, les étudiants occupent la
place Tien An’Men et fraternisent avec les
soldats du rang malgré la loi martiale.
Epuration au sein des dirigeants du parti,
occupation de la place par les chars,
répression militaire sanglante, arrestations
et condamnations à mort par dizaines. Deng
XIAOPING garde le pouvoir.
Jean Marie TJIBAOU et Yelwéné
YELWENE, leaders du FLNKS, sont
assassinés en Nouvelle Calédonie. Les
négociations avec Jacques LAFLEUR se
poursuivent néanmoins.
Paul TOUVIER, chef de la milice
lyonnaise en 1943, est arrêté dans un
prieuré de Nice, où il était caché depuis la
guerre.
Elections en Pologne : victoire des
représentants de "Solidarité".
Le 23 octobre, jour du 33ème
anniversaire de l’insurrection de 1956, on
proclame l’instauration de la République
en Hongrie.
278
André DILIGENT est maire. Le
Docteur Salem KACET est adjoint à la
santé, Jacky MINARD, ancien permanent
habitant du Pile, est adjoint aux quartiers,
Marie Madeleine LECLUSE est adjointe à
la à la solidarité…
Roubaix 2000 : plus de 35 millions
d’investissement et Intermarché s’installe.
Les Allemands de l’Est manifestent et
réclament plus de libertés.
Le port du foulard à l’Ecole devient
une affaire d’Etat.
New York élit un maire "black".
Plan ROCARD pour le Versant Nordest : 52,5 millions pour la création
d’emplois nouveaux. On instaure la
Contribution Sociale Généralisée, la CSG.
Le 11 novembre, on casse le mur de
Berlin. La joie populaire est à la mesure de
l’événement, fêté à sa manière par Miroslav
ROSTROPOVITCH.
On
licencie
toujours dans
le textile en
crise.
Vincent
GERNIGON,
en mission humanitaire en Afghanistan, est
tué dans un accrochage.
Les élus du Versant Nord-est tentent
de rencontrer le Préfet et défilent
symboliquement dans les rues de Lille. On
s’accorde pour reconnaître la nécessité de
mesures exceptionnelles.
12 quartiers de la ville vont bénéficier
des aides de l’état dans le cadre du Xème
plan, 5 sont classés en grandes difficultés, 4
en quartiers sensibles et 3 en sortie de plan.
Incendie tragique dans une courée de
la rue Jules Guesde : sans électricité, on s’y
éclairait à la bougie. Bilan : 4 morts.
Le général PINOCHET, battu aux
élections, reste chef des armées.
Au Liban, le nouveau chef de l’Etat
est victime d’un attentat. C’est le 7ème
homme politique assassiné depuis le début
de la guerre, il y a 14 ans.
A Prague, on fête le retour
d’Alexandre DUBCEK, mais c’est Vaclav
HAVEL qui est élu président.
Seule la Roumanie ne s’ouvre pas.
Mais la répression sanglante des
manifestations de Timisoara va entraîner la
chute du pouvoir. Nicolae et Elena
CEAUSESCU sont arrêtés et exécutés le 25
décembre, après un procès sommaire.
Ils nous ont quittés en 1989 : Salvador
DALI, André CAYATTE, Bernard BLIER,
Georges SIMENON, Andreï SAKHAROV
Et au Pile…
Le centre social, (Maison des DeuxQuartiers), se met en
place et les actions
démarrent.
Ingouville
est
enfin réhabilité et
privatisé. Il n’y a plus
d’appartements vides.
Avec
l’Ecole
Pasteur et l’A.L.D.P
(Association Laïque
pour le Devenir du
Pile), on commémore
le bicentenaire de la
Révolution.
A Roubaix
Les élections municipales vont être le
centre des préoccupations du début d’année.
La liste d’André DILIGENT, avec René
VANDIERENDONCK en second, obtient
41 %, devant la liste de Gauche menée par
Bernard CARTON, 33 %, et le FN, 22 %.
Le FN présentait deux listes au 1er tour,
celle de Yann PHILIPPEAU et celle de
Jean Pierre GENDRON, époux de Marine
Le PEN.
279
Cette annéeannée-là : 1990
Panique à La Mecque : 1426 pèlerins
meurent écrasés ou asphyxiés dans un
tunnel reliant les lieux saints.
L’Allemagne remporte la coupe du
monde de foot en battant l’Argentine 1-0.
Greg LEMOND : et de trois.
En un an, 400 000 emplois on été
créés en France.
Début du conflit Irak Koweït. En 12
heures, les troupes de Saddam HUSSEIN
envahissent et contrôlent le Koweït.
Réprobation, embargo, rien n’y fait. Les
Irakiens enlèvent des ressortissants
occidentaux pour en faire des boucliers
humains. Les Américains, les Britanniques
envoient des troupes en Arabie Saoudite et
la France détache une partie de sa flotte.
Les Ambassades ne sont plus des refuges,
on compte plus de 4000 otages dont une
partie (femmes et enfants), sont libérés peu
à peu. L’Irak annexe le Koweït ; l’ONU
accepte en décembre l’usage de la force.
Le Loto augmente ses tirages, deux le
mercredi. Le billet de loterie disparaît.
La réunification allemande est signée
le 3 octobre après 45 années de division.
GORBATCHEV : prix Nobel de la
paix
Lech WALESA :
président
de
Pologne.
Mise en minorité
dans son parti
M. THATCHER
démissionne.
John MAJOR lui
succède.
Après une
semaine de revendications en France, les
lycéens descendent dans la rue à Paris. Mais
il y aura des casseurs !
Le S.M.I.C. à 5 400 F. le 1 décembre.
La C.S.G. est adoptée par les députés
avec 5 voix de majorité.
La jonction
des équipes
anglaises et
françaises
est réalisée à
100 mètres
sous
la
Manche.
En France et dans le monde
Début d’année contrasté. En URSS, la
dissidence gagne l’Azerbaïdjan, l’Arménie,
ainsi que les Pays Baltes…L’armée réprime
très violemment les manifestations. La
Perestroïka est menacée. Le PC perd son
hégémonie en URSS.
Mais plus près de nous…
Nelson MANDELA est libéré, il était
détenu depuis le 5 août 1962 !
On retrouve des traces de benzène
dans quelques bouteilles de Perrier aux
USA. 160 millions de bouteilles sont
retirées de la vente. "C’est fou" !
C’est l’an I de la nouvelle école
JOSPIN. Plus de redoublements, cycles de
3 ans, 26 heures pour les enfants au lieu de
27 et la semaine de 4 jours est à l’étude.
La Lituanie et l’Estonie se proclament
indépendantes. Le pouvoir central réagit.
Les Allemands de l’Est votent
librement. Le parti du Chancelier Helmut
KHOL gagne des élections.
Mikhaïl GORBATCHEV est élu
président de l’URSS mais il est hué lors du
défilé du 1er mai.
A Carpentras, le cimetière juif est
profané.
Vache folle : même si on doute de la
transmission de la maladie à l’homme, la
France interdit l’importation de bœuf
anglais.
Election en Algérie : abstention record
à 44 %, le FIS est majoritaire. Mais il est
divisé sur la manière de diriger le pays :
modération ou radicalisation ?
Le 23 juin, c’est la 724ème et dernière
émission "Apostrophe".
En juillet, le deutschemark passe à
l’Est.
L’Angleterre n’est plus une île !
280
Michel DELEBARRE dirige le 1er
ministère chargé de la Ville.
Les mines du Nord- Pas-de-Calais
vont fermer après
270 années de
fonctionnement.
sur les thèmes de la presse, du conte et de la
poésie), intervention magistrale de Jean
FOUCAMBERT sur l’apprentissage de la
lecture, 10 conférences décentralisées, et 20
ateliers dans les quartiers regroupent plus
de 1 000 participants.
A Roubaix
Et au Pile…
Les tempêtes successives provoquent
de gros dégâts. En deux mois, 10 % des
arbres du parc Barbieux ont été déracinés.
Le premier conseil municipal est de
nouveau perturbé par le F.N.
Les "cerveaux" (chefs de projets,
directeurs des services) quittent les services
municipaux, mais aussi les quartiers.
Le recensement de l’année fait
apparaître une perte de 4 % de la
population, Roubaix compte moins de
100000 habitants.
Lancement à Lille des opérations "Eté
Jeunes" par Claude EVIN.
Max André PICK est le nouveau
directeur de cabinet du Maire.
Il y a 2 369 bénéficiaires du R.M.I. et
1000 demandes en attentes !
Le 60 rue d’Oran est attribué au
Comité de Quartier, ECHO.
L’ Association Inter Quartiers, qui
s’est installée rue de Blanchemaille, ne
compte plus parmi ses adhérents, le Comité
des Trois-Ponts
Le Comité de Quartier interpelle
Salem KACET sur la question de la
fermeture des centres de soins dans les
quartiers.
L’église Saint Rédempteur, fermée
pour cause d’insécurité, sera reconstruite.
En attendant, une salle du cercle Saint
Alexandre accueille les paroissiens.
Sous le soleil, succès des boucles du
Pile, de la braderie et de la fête du livre
durant laquelle Laurent MARTY dédicace
son ouvrage : "Chanter pour survivre".
La Maison des Deux Quartiers occupe
le 301 rue Jules Guesde.
La teinturerie du Pile, PME fondée en
1935, que l’on encensait il y a deux ans, est
en redressement judiciaire.
Cinéma : rue Monge, dans les locaux
de Texticolor, on tourne "Cheb", avec un
second rôle tenu par un habitant du quartier,
Nadji BEIDA.
Grande foule place Carnot pour la
ducasse et l’envol du ballon.
L’école Pasteur ne sera pas
réhabilitée, elle sera reconstruite.
Mais le directeur, les enseignants, les
parents d’élèves demandent que les travaux
d’entretien ne soient pas pour autant
négligés. Les effectifs y sont pléthoriques
(un CE 2 avec 44 élèves…) et que fait-on
en attendant la naissance du nouveau
groupe scolaire ?
De 5, on passe à 11 avec la venue de
l’Hommelet, de Sainte Elisabeth, de
Moulin-Potennerie, de l’Epeule, des TroisPonts, des Hauts-Champs et d’ECHO
(Entrepont-Cartigny-Hutin-Oran).
En juillet, c’est le démarrage du "6
minutes Lille".
Alphonso CATA décède brutalement.
Il avait donné aux "Ballets du Nord" une
dimension internationale.
Cent millions de francs pour
l’intégration sont répartis sur 60 sites
pilotes. Les quartiers en difficultés de
Roubaix en font partie.
Roubaix Ville Lecture. Trois jours de
colloque au centre aéré (avec expositions
281
Cette annéeannée-là : 1991
En France et dans le monde
La guerre est imminente en Irak. En
France, on défile pour la paix, mais on
active le plan vigipirate et on fait des
réserves alimentaires ; des missiles "Scud"
tombent sur Israël, les puits de pétrole
brûlent au Koweït.
Jean Pierre CHEVENEMENT quitte
le gouvernement.
En Inde, assassinat du 1er Ministre ;
Mouvements sociaux : ils sont
nombreux cette année à la SNCF. Ils
touchent aussi les professionnels de la
santé, en particulier les infirmières. Les
cotisations sociales sont en hausse, il faut
boucher "le trou de la sécu".
Dans la Yougoslavie qui se
démantèle, les incidents seront nombreux
entre l’Etat (à majorité serbe) et les
territoires qui revendiquent leur liberté.
Au cours du mois d’août en URSS, un
coup d’état est organisé contre Mikhaïl
GORBATCHEV. Boris ELTSINE appelle
au soulèvement et s’oppose aux putschistes.
Il sort grand vainqueur des événements.
Très vite, l’Ukraine se proclame
indépendante et rejoint les Pays Baltes. En
septembre, le mouvement touchera 15
républiques d’URSS qui adopteront la
"Déclaration des droits de l’Homme".
42 jours après le début de l’opération
"Tempête du désert", c’est le cessez-lefeu en Irak. Les révoltes kurdes, au nord, et
chiites, au sud, enveniment la situation.
Serge GAINSBOURG disparaît.
En avril, la Géorgie vote massivement
pour son indépendance.
En Irak, des millions de personnes
fuient la répression sanglante. Une zone de
sécurité est créée, mais sans intervention
militaire.
Cyclone au Bengladesh: 92000 morts.
La barre des 2,6 millions de chômeurs
est de nouveau franchie.
Le gouvernement s’inquiète pour les
retraites, Michel ROCARD démissionne.
Les chars yougoslaves entrent en
Croatie.
Des paras français et belges arrivent
au Zaïre pour protéger la population
européenne.
"Magic Johnson", séropositif, arrête
le basket.
Yves MONTAND nous quitte en
novembre.
Gérard d’ABOVILLE termine sa
traversée du pacifique à la rame ; la bande à
NOAH remporte la coupe Davis en battant
les U.S.A.
Terry ANDERSON, dernier otage au
Liban, est libéré après 2454 jours de
détention.
Renault a supprimé 4 620 postes cette
année, il y en avait eu 2 346 en 90 et on en
prévoit 3 746 en 1992.
La Croatie et la Slovénie votent leur
indépendance.
Incendie aux thermes de Barbotan : 20
morts.
282
Le 25 décembre, c’est fini pour
Mikhaïl GORBATCHEV. Boris ELTSINE,
président de la Fédération de Russie, est le
nouvel homme fort de l’Est.
La 5 en péril : le groupe Hachette se
retire.
Le nombre de demandeurs d’emplois
aura augmenté de 11,7 % cette année.
Les quartiers en ont assez :
CAMAIEU : avenue Motte, c’est
parti !
André DILIGENT et Salem KACET
sont présents au débat sur l’intégration
d’Antenne 2.
Le textile a perdu 2 000 postes cette
année, 48 000 depuis 20 ans.
Un nouveau logo pour la ville.
A Roubaix
Résultat de recensement de 1990 : la
région compte 31 villes de plus de 20 000
habitants. Roubaix en compte 98 179.
La Ville et la CAF signent le
"Contrat Petite Enfance".
Des remaniements au sein de l’équipe
municipale : Jacky MINARD est remplacé
par Jean Marc ALSBERGHE, nouveau
conseiller
spécial,
qui
prend
la
responsabilité du développement social
urbain.
Gérard VIGNOBLE est le nouveau
président du Versant Nord-est qui regroupe
350 000 habitants pour 11 communes.
Marc MADIOT remporte son second
Paris-Roubaix.
On décentralise les services avec
l’installation de la mairie annexe boulevard
de Fourmies.
Création
de
deux
nouvelles
fédérations roubaisiennes : la F.A.R
(Fédération des associations de Roubaix)
qui regroupe 5 comités de quartiers refusant
l’A.I.R et la F.A.J (Fédération des
associations de la Jeunesse).
V.E.V Prouvost : la lainière ne sera
pas fermée mais il y aura 1500 suppressions
d’emplois dans le groupe.
LOGICIL loge 1 Roubaisien sur 5,
dans 6 598 logements dont 85 % en
collectif. C’est près de 47 % du parc H.L.M
de la ville.
Les "Chevaliers de Roubaix"
s’installent boulevard de Strasbourg. Ils
emploient plus de 100 jeunes TUC (travail
d’utilité collective).
Albert PROUVOST, le fondateur du
C.I.L, s’éteint le 6 septembre.
Elus et habitants se retrouvent à la
campagne pour les états généraux du
D.S.U.
Et au Pile…
Un comité des fêtes plein de
dynamisme et de projets. C’est le Pile qui
organisera les fêtes quinquennales. Régis
DESWARTES, son président, prendra la
responsabilité du comité directeur des
festivités de la ville.
La résidence pour personnes âgées,
rue Dampierre, fête ses 15 années
d’existence.
L’école Pasteur sera reconstruite rue
de Condé.
L’équipe des techniciens D.S.U se
met en place pour les quartiers MoulinPotennerie, Sainte Elisabeth et Pile.
283
Cette annéeannée-là : 1992
nouveau Président. Michel BAUDRY
(action sociale) et Michel GHYSEL (santé)
sont vice-présidents. Bernard CARTON est
élu à Roubaix-Est.
Remaniement ministériel : Edith
CRESSON quitte Matignon où arrive Pierre
BEREGOVOY ; Bernard TAPIE devient
ministre de la Ville.
Paris-Roubaix : victoire de Gilbert
DUCLOS-LASSALLE.
Emeutes raciales aux U.S.A, 4000
soldats en renfort à Los angeles, San
Francisco, Las Végas, Atlanta. Plus de 40
morts et des dégâts importants.
Catastrophe à Bastia : les tribunes du
stade Furiani s’effondrent sous le poids des
spectateurs : 10 morts, 521 blessés.
Le juge FALCONE est tué par la
mafia à Palerme.
En juin, les routiers bloquent les
routes. L’armée débloque la situation après
7 jours de négociations mais les "opérations
escargot" se poursuivent.
Mohamed BOUDIAF, président de
l’Algérie, est assassiné.
La Tchécoslovaquie se divise après la
demande de séparation de la Slovaquie.
Vaclav HAVEL démissionne.
Affaire du sang contaminé : les
ministres face au tribunal.
La 5 est remplacée par ARTE.
Les J.O. de Barcelone voient la
victoire de Marie Josée PEREC sur 400 m.
La France revient avec 29 médailles.
Bosnie : bombardement et blocus de
Sarajevo. C’est l’horreur dans les camps de
prisonniers musulmans, on parle de
nettoyage ethnique.
Les avions alliés doivent protéger les
populations chiites du sud de l’Irak des
représailles de Saddam HUSSEIN.
François MITTERRAND est opéré
d’un cancer de la prostate. "Je resterai
jusqu’au terme de mon mandat".
L’O.R.C.E.P., en dépôt de bilan, et la
S.A.E.N, en difficulté, mettent en cause la
gestion des élus socialistes.
La France dit Oui à Maastricht, mais
du bout des lèvres : 51,05 %.
Entrent au Sénat : Pierre MAUROY et
André DILIGENT.
Intempéries dévastatrices dans le
Vaucluse (36 morts et 24 disparus).
En France et dans le monde
Le F.I.S remporte le 1er tour des
élections en Algérie. Le Président CHADLI
démissionne, l’armée se déploie, le second
tour n’aura pas lieu. Les leaders islamistes
sont arrêtés.
Les 12 de l’Union Européenne
reconnaissent la Croatie et la Slovénie :
c’est la fin de l’état yougoslave.
Un Airbus s’écrase sur le Mont Sainte
Odile dans les Vosges : 87 morts.
Le P.S. est en forte baisse dans les
sondages avant les élections régionales.
Edith CRESSON rassemble 61 % de
mécontents.
Scandaleux: Georges HABACHE, un
des leaders du F.P.L.P, est soigné dans un
hôpital parisien.
Albertville : ouverture brillante des
J.O. d’hiver sur une chorégraphie de
Philippe DECOUFFLE. La France y
remporte 9 médailles.
En Mars, après le référendum sur
l’indépendance de la Bosnie, Sarajevo est
au centre d’affrontements sanglants.
Le F.I.S est interdit par les autorités
algériennes.
En Afrique du Sud : 70 % de Oui
permettent au président DE KLERK de
lancer ses projets anti-apartheid.
Elections régionales : 70 % de
votants, le P.S, avec 18 %, est le grand
perdant, le F.N entre dans toutes les
régions. Il n’y a pas de majorité franche
dans le Nord-Pas-de-Calais : Ecologie=6,
PC=15, PS=27, Verts=8, UDF & RPR=27,
BORLOO=13, FN=15, Chasse=2. Après le
retrait de la candidature DELEBARRE,
c’est Marie Christine BLANDIN qui sera
présidente de
Région !
Résultats des cantonales : le Nord
bascule à droite. Jacques DONNAY est le
284
Plusieurs villes sont sinistrées, en
particulier Vaison-la-Romaine.
Un Boeing israélien s’écrase sur un
immeubles à Amsterdam : 290 morts.
Bill CLINTON est élu 42ème président
des Etats-Unis.
En Somalie, la guerre civile empêche
l’arrivée de l’aide humanitaire. La situation
des femmes et des enfants y est dramatique.
L’O.N.U autorise l’envoi d’une force
d’interposition. Les Marines américains, les
soldats français débarquent à Mogadiscio.
Le gouvernement vote des crédits
importants pour la disparition des corons et
des courées. "Il ne doit rien rester dans 10
ans".
Le 31décembre, les frontières sont
ouvertes au sein de la communauté
européenne et le permis à 12 points fait son
apparition.
La ville de Roubaix s’expose au
centre technique municipal : on y présente
les 120 métiers municipaux.
Une parole pour les Rmistes, AIR se
met au service des exclus.
Bonnes nouvelles culturelles pour le
Musée de la piscine et pour Samirami
théâtre.
Roubaix à la "Marche du siècle" sur
FR3. 24 minutes de reportage sur la
pauvreté, mais pas de misérabilisme.
La B.D. sur Roubaix sort le 15
décembre.
On suit l’exemple du Pile, et d’autres
quartiers s’engagent dans les "opérations
propreté".
Intermarché quitte Roubaix 2000.
A Roubaix
Des démarches commerciales plus
que douteuses et le fonctionnement du prêt
P.A.P entraînent un surendettement dont
plusieurs familles du Carihem font les frais.
Les grévistes de Stein ont le soutien
de Robert LAJOINIE.
Et au Pile…
On démolit l’angle des rues Lannes et
d’Estaing.
"Opération propreté" lancée par le
Comité de Quartier et les services de la ville
et de la C.U.D.L.
On inaugure le nouveau lycée du
textile et des arts appliqués.
La MADESC, centre social du Culde-Four, est en liquidation judiciaire.
Aux régionales, le FN arrive en tête à
Roubaix avec 25,33 % des voix.
Record pour la métropole lilloise : la
délinquance y a augmenté de 23,4 % en
1991.
Les élus du Versant Nord-Est sont de
nouveau dans la rue.
L’équipage Sodifac-Roubaix remporte
le tour de France à la voile.
Fêtes : ce sera l’année du Portugal.
285
1983
198383-199
1992
Dans le monde
Les U.S.A restent le pays leader du monde occidental et cette prédominance va se
trouver renforcée par l’effritement et la disparition de son rival de toujours, l’U.R.S.S. Cette
décennie verra la fin du communisme soviétique, et seuls la Chine, l'Albanie, Cuba et la Corée du
Nord vont poursuivre dans la voie du marxisme.
ANDROPOV et TCHERNENKO ne feront qu’un passage éclair au Kremlin, et Mikhaïl
GORBATCHEV sera l’homme du changement. L’arrêt du conflit en Afghanistan et la
"Perestroïka" amèneront la fin de l’hégémonie soviétique à l’est ce qui entraînera d’une part,
l’indépendance des pays frères, et d’autre part, l’émergence des volontés autonomistes des
provinces de l’union. En quelques années, le mur de Berlin, symbole du rideau de fer, va s’écrouler,
les pays alliés du pacte de Varsovie vont se proclamer indépendants par des élections, comme en
Allemagne, en Pologne, en Tchécoslovaquie et en Hongrie, ou par la force, comme en Roumanie.
Là où, par le passé, les mouvements patriotiques avaient déjà exprimé leur dissidence, les opposants
arriveront au pouvoir par la voie démocratique : Vaclav HAVEL à Prague, Lech WALESA, à
Varsovie. A Bucarest, le coup d’état contre le couple CEAUCESCU, leur arrestation et leur
exécution amèneront des élections libres.
Quant aux autonomies régionales, l’éclatement de l’Union fera naître des républiques
indépendantes, au sud, avec l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Georgie, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le
Turkménistan, la Mongolie, et à l’ouest avec l’Ukraine, la Biélorussie et les Pays Baltes (Estonie,
Lituanie et Lettonie).
Cette séparation se fera plus difficilement, avec des interventions militaires, et la perte
de ces territoires amènera une tentative de putsch fomentée par des anciens communistes ; le coup
d’état manqué sera annonciateur de l’arrivée d’hommes nouveaux, comme Boris ELTSINE,
président de Russie, et la disparition des anciens comme Mikhaïl GORBATCHEV, lui-même.
Il est intéressant de remarquer que l’année où Lech WALESA fut prix Nobel de la paix,
GORBATCHEV était président de l’URSS et que l’année où WALESA devint Président de la
Pologne, Mikhaïl GORBATCHEV, ancien président, reçut à son tour le prix Nobel !
Cette volonté d’indépendance va toucher d’autres pays et d’autres régions du monde.
Les Slovaques et Tchèques font scission ; les Croates, les Bosniaques, les Slovènes réclament à leur
tour une autonomie de gestion que les dirigeants serbes refusent. Les Balkans sont de nouveau un
foyer de conflits qui ne se généralisera pas.
Les USA et les pays de l’Europe de l’ouest, s’appuyant sur les décisions de l’O.N.U, se
placent en force d’interposition, mais ne peuvent empêcher la violence et les massacres. C’est en
Bosnie que l’on parlera d’épuration ethnique et que le viol des femmes musulmanes sera considéré
comme un acte de guerre.
Interposition également au Zaïre, en Somalie et au Moyen Orient, où le combat des
Palestiniens pour avoir un territoire et exister en tant que nation, ne trouve d’expression que dans la
lutte armée contre Israël et les pays accusés de ne pas les aider. La décennie sera marquée par deux
types d’actions violentes : les attentats et les prises d’otages.
Attentats au Moyen Orient, en Israël, contre les militaires et les civils, au Liban, à
Beyrouth, contre les forces d’interposition, les casques bleus américains , français ; attentats dans
les pays étrangers, en France, en Angleterre et aussi pour la première fois aux USA (parking du
World Trade Center). Il y aura des bombes et des prises d’otages dans les aéroports, dans les avions,
sur les bateaux, … Lockerbie, N’Djaména, deux noms qui renvoient à une catastrophe aéronautique
provoquée.
Les Iraniens avaient préfiguré ces actions avec la prise d’otages de l’ambassade des
USA à Téhéran, les Palestiniens vont suivre et les journalistes occidentaux (KAUFFMAN,
CARTON, FONTAINE, NORMANDIN, AUQUE) en feront les frais, Terry ANDERSON sera le
dernier libéré après 2 454 jours de détention.
L’ayatollah KHOMEINY disparaît ; la guerre Irak – Iran se termine en 1988. Avec plus
d’un million de morts, on pouvait s’attendre à un répit. Il fut de courte durée. L’invasion du Koweït
286
et son annexion par les troupes de Saddam HUSSEIN, vont déclencher un riposte armée autorisée
par l’ONU et orchestrée par les USA. "Tempête du désert" est le nom de code de l’opération
terrestre qui parachève les bombardements massifs de l’Irak et met fin aux hostilités en deux mois.
La paix ne s’installe pas pour autant, les désirs d’autonomie des Kurdes au nord, et
l’opposition des Chiites au sud, sont réprimés par la force et trop longtemps considérés comme une
affaire intérieure. Il n’y aura plus d’interventions militaires mais une surveillance et un embargo qui
affame le peuple. George BUSH, malgré sa victoire militaire, n’est pas réélu président des Etats
Unis. Il laisse la place à Bill CLINTON.
La Chine, elle aussi, connaît des contestations internes : mouvements étudiants,
occupation de la place Tien An Men, … le "Printemps de Pékin" s’achève par une répression
sévère, des milliers d’arrestations, des dizaines d’exécutions et la pose d’un couvercle sur
l’expression libre du peuple.
Violence toujours : Olaf PALME, 1er Ministre suédois, Indira GHANDI, puis quelques
années plus tard, son fils, Rajiv, sont assassinés. En Algérie, la montée électorale du Front
Islamique du Salut, puis son interdiction, amène l’assassinat de Mohamed BOUDIAF, suivi de
vagues d’attentats et de répressions qui font un second lieu de conflits dans le bassin méditerranéen.
L’I.R.A et l’E.T.A ne sont pas en reste dans cet engrenage de la violence qui touche aussi le sport :
la finale de la "Cup" à Sheffield, la finale de la coupe des champions à Bruxelles laissent sans vie
plus de 150 personnes.
Ces dix années sont marquées par des catastrophes naturelles: inondations au
Bengladesh, éruption volcanique en Colombie, mais aussi par le premier grave accident nucléaire, à
Tchernobyl, la marée noire en Alaska de l’Exon Valdez et la chute d’un boeing sur un immeuble à
Amsterdam..
C’est aussi la libération de Nelson MANDELA et le début d’un processus de
négociations pour mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud.
L’Europe passe à 12, et les frontières sont ouvertes à l’intérieur de la communauté
européenne.
En France
Avec l’arrivée de la Gauche au pouvoir en 1981, va commencer une série d’alternances
politiques qui se concrétise par une nouvelle forme de gestion, la cohabitation.
Les municipales de 83 vont entamer sérieusement le crédit que les Français avaient
accordé massivement aux socialistes, le PS ne gère que le tiers des grandes villes, l’instauration de
la proportionnelle pour les européennes, les régionales et les législatives ne change rien : la Droite
revient aux affaires, Jacques CHIRAC est premier ministre, et il retourne rapidement aux
privatisations et au scrutin majoritaire. La sécurité, prise en charge par Charles PASQUA, ministre
de l’Intérieur, s’oriente davantage vers la répression.
Les faits marquants sont l’émergence des mouvements écologistes et l’arrivée sur la
scène politique du Front National, qui a des élus dans les régions et à l’Assemblée Nationale. Le
score qu’il réalise dans certaines villes du Sud et du Nord lui laisse entrevoir la possibilité d’accéder
au pouvoir. Les intégrismes fleurissent, et les courants nationalistes font parler d’eux : le "détail "
de Jean Marie LE PEN, la négation des chambres à gaz dans des milieux universitaires, les attentats
anti-sémites, sont contrebalancés par les mouvements anti-racistes, la tenue des procès TOUVIER,
BARBIE, la mise en examen de Maurice PAPON.
Après la réélection de François MITTERRAND, les gouvernements de Michel
ROCARD, d’Edith CRESSON, première femme à Matignon pour un bref moment, et de Pierre
BEREGOVOY, s’ouvrent aux personnalités de la société civile : Bernard KOUCHNER, Alain
DECAUX en 1988 puis Bernard TAPIE, qui sera ministre de la Ville en 1992.
Une nouvelle montée de la Droite s’amorce avec les cantonales et les régionales de 92,
qui voient la Gauche perdre la plupart des régions et des départements, dont des bastions comme le
Nord, et la région Nord-Pas-de-Calais, où Marie Christine BLANDIN sera la seule Présidente verte
de France.
Les changements de gouvernement n’amènent pas la fin des conflits sociaux. Ils sont
nombreux et touchent de nombreux secteurs, publics et privés. L’inflation est contrôlée, mais le
287
chômage joue au yoyo avec les statistiques : chaque baisse est suivie d’une hausse, on reste audessus de la barre des 2,5 millions. Les mesures en faveurs des jeunes (les T.U.C, les contrats
jeunes volontaires) sont une soupape de sécurité pour une population de moins de 25 ans qui se
trouve confrontée aux problèmes de l’emploi. Le R.M.I permet d’insérer une partie des plus
démunis et des bas niveaux de formation. La C.S.G va transférer une partie des recettes de la
sécurité sociale sur une population plus étendue, mais les difficultés de gestion se poursuivent : le
trou de la sécu n’est jamais comblé et le problèmes du financement des retraites pointe à l’horizon.
Les offres d’emploi changent de nature et des secteurs entiers de l’industrie
disparaissent : le textile, les houillères, une partie de la sidérurgie, une partie de la construction
automobile. Mais comme le dit le quotidien Nord Eclair du 12 juillet 1992 : "de 82 à 92, la France
a changé. Près d’une exploitation agricole sur deux a disparu, leur nombre est passé de 700 000 à
400 000, celles qui restent ont gagné en superficie. On trouve moins de commerçants (les bouchers,
moins 28 %, les épiciers, moins 27 %, les boulangers, moins 10 %) et plus de P.M.E (plus 26 % soit
40 000, avec une progression importante chez les garagistes, les agences immobilières, et dans le
secteur du tourisme (voyages, hôtellerie, restauration). Il y a 500 000 cadres de plus, mais 400 000
emplois d’ouvriers non qualifiés ont disparu. D’autres se sont créés dans les PME (secteurs du
nettoyage, de la manutention).
Comme le conclut l’INSEE, les emplois non qualifiés se déplacent de l’industrie au
tertiaire, du monde de l’ouvrier vers celui des employés de commerce ( 100 000 vendeurs et
caissières de plus) , des services aux particuliers (70 000 assistantes maternelles de plus) et le
tourisme( 100 000 serveurs et employés d’hôtellerie)".
L’Europe est acceptée du bout des lèvres, la tentation du repli sur soi est présente sur
toute la palette de l’échiquier politique. L’éducation est toujours en question : la loi SAVARY n’est
pas acceptée, la querelle "Ecole publique", "Ecole privée", les infirmières, les agents des impôts, et
ceux de la SNCF, les employés de banque, les routiers, les médecins déclenchent une suite de
mouvements sociaux qui montrent le mécontentement général et les indécisions électorales.
A l’extérieur, la France participe aux grandes opérations programmées par l’O.N.U : au
Liban, (où 88 militaires seront tués), en Somalie, au Zaïre et en Irak, mais avec moins de
détermination que ses alliés. La classe politique française est par ailleurs divisée sur l’opportunité
d’une participation française et Jean Pierre CHEVENEMENT, ministre de la Défense, quittera ses
fonctions à cette occasion.
La Nouvelle Calédonie est indépendante mais cela se fait dans la douleur. Des leaders
autonomistes sont tués, des gendarmes sont pris en otage puis libérés par la force. On met près de
deux ans pour trouver une solution acceptable pour les différents partis.
Erreur fatale que la participation des agents secrets français dans la lutte contre Green
Peace. Le "Rainbow Warrior" coule et avec lui Charles HERNU, Ministre des Armées. Ce ne sera
pas le seul homme politique a être concerné par les "affaires", celle du sang contaminé qui touche
Edmond HERVE, Georgina DUFOIX et Laurent FABIUS, celle des abus de biens sociaux, à Nice,
atteint Jacques MEDECIN qui s’enfuit à l’étranger, celle de l’O.R.C.E.P. met Noël JOSEPHE sur la
sellette.
Le tunnel sous la Manche est en voie d’achèvement.
Le SIDA, fléau du siècle, trouve un concurrent avec la maladie de la "vache folle".
COLUCHE qui vient de créer les "Resto du Coeur", trouve la mort accidentellement.
A Roubaix.
Un début d’année qui s’apparente à un séisme politique : Pierre PROUVOST est battu
au premier tour des municipales. Un vote de contestation, une troisième liste "Réussir à Roubaix"
qui fait 10 % en jouant sur l’insécurité et la délinquance, et …André DILIGENT se retrouve à la
tête de la municipalité roubaisienne. Il s’y maintient en 89 et ouvre davantage sa liste à des
personnalités de la société civile, Salem KACET par exemple. Il s’entoure d’une équipe qui se
renforce au fil des années. René VANDIERENDONCK, d’abord chef de cabinet, devient ensuite 1er
adjoint.
288
Malgré l’élection de Bernard CARTON à l’Assemblée Nationale et au Conseil Général,
le PS ne se relève pas et ne retrouve pas la gestion de la ville.
Le conseil municipal, dans lequel on trouve des conseillers de l’opposition, devient un
lieu de débats politiques, mais aussi de blocage pratiqué par le FN. Celui-ci, peut envisager la prise
du pouvoir, mais si Roubaix présente des problèmes liés aux thèmes proches du "fonds de
commerce" de ce parti, il est régulièrement battu.
La politique roubaisienne veut échapper à l’emprise de la métropole lilloise, elle est
rejointe dans ce combat par d’autres communes voisines et l’entité Versant Nord-est s’impose
comme une des composantes incontournables de la communauté urbaine.
Roubaix devient une ville qui se paupérise de plus en plus, le chômage y est en moyenne
de 17 %, plus de deux fois la moyenne nationale, et atteint plus de 30 % dans certains quartiers. 42
% des foyers ne sont pas imposables ! Les procédures de développement social, qui concernent 5
quartiers en 82, sont étendus à la presque totalité de la ville. La délinquance et l’insécurité sont au
cœur des débats et Roubaix apparaîtra plusieurs fois sur le petit écran pour évoquer les problèmes
de l’immigration, de la pauvreté. Un magazine allemand fera même un reportage sur la ville.
Et pourtant, on poursuit les efforts de construction d’équipements publics : salles de
sports, Lycée textile, nouvelle caserne de pompiers, nouvelle caisse d’allocations familiales. Mais
les friches encombrent les tiroirs de la S.E.M qui ne peut tout raser. Alors, la piscine deviendra un
musée, l’usine Motte-Bossut avenue du Général Leclerc devient le Centre des Archives du Monde
du Travail, celle de l’avenue Motte, les magasins d’Usine. L’ancienne poste se transforme en centre
universitaire comme quelques autres usines désaffectées. Reprise par le Printemps, La Redoute, qui
reste à Roubaix, et CAMAIEU, qui crée ses unités hommes et enfants, ne peuvent masquer le déclin
économique de la ville. Le textile s’éteint inexorablement, les commerces de proximité ne sont plus
remplacés, les cinémas ont fini par quitter le centre, Roubaix 2000 est toujours dans les difficultés,
seul le Colisée reste un lieu de culture, mais la dynamique des Ballets du Nord n’est pas
complètement reconnu par l’ensemble des habitants, même si son partenariat avec la "danse de
rue" est une réalité. C’est un art qui n’est pas encore populaire.
La participation des habitants à la vie de la cité est facilitée par la mise en place des
Comités de Quartiers, et une association fédératrice de cette dynamique, A.I.R, devient le partenaire
roubaisien des élus. La politique de la ville se pratique à Roubaix, où elle est source de projets et
permet l’expression des associations d’habitants.
L’aide sociale, développée lors de la phase industrielle de la cité, se poursuit avec
d’autres financeurs, l’état et la région, par l’intermédiaire des procédures des contrats de plan, et les
organismes sociaux. Le nombre de centres sociaux roubaisiens est nettement supérieur à la
moyenne des autres villes, et le R.M.I fait un succès au centre d’action sociale.
Mais les problèmes persistent et on voit mal comment s’en sortir !
Et au Pile…
L’arrivée des équipes opérationnelles a donné une nouvelle impulsion associative dans
le quartier. Le Comité des fêtes, toujours actif derrière son président, Régis DESWARTES, est
promoteur de manifestations qui rassemblent une partie de la population, souvent la plus ancienne
et de culture européenne. Mais, en collaboration avec d’autres associations, en particulier
l’A.L.D.P, l’organisation de rencontres à caractère sportif, comme les "boucles du Pile", concerne
tous les habitants. Le mot collaboration est mis en exergue avec le démarrage des actions du centre
social "Maisons des deux Quartiers", dont la gestion implique 13 mouvements associatifs du
quartier qui se dynamisent les uns les autres.
Parmi ces associations, l’Union des Commerçants et des Artisans poursuit ses activités
d’animation et de promotion du commerce de proximité, et pour un temps, pallie la fermeture
successive des magasins.
Quant au Comité de Quartier du Pile, il est très présent sur tous les fronts, même si la
participation des habitants reste aléatoire et ponctuelle. La naissance du Comité Quartier Sainte
Elisabeth incite à la concertation interne (deux comités sur le périmètre D.S.Q), et détermine des
choix qui incluent le partage et la coopération.
289
A partir de 1989, l’équipe opérationnelle quitte le territoire du Pile et son secteur
d’intervention s’étend à Sainte Elisabeth et Moulin Potennerie pour former le secteur II. Le
partenariat avec les autres comités est une nécessité mais surtout un choix qui est renforcé par la
naissance de l’Association Inter Quartiers de Roubaix.
Partenariat également avec les techniciens de la C.U.D.L, de la ville… pour le lancement
de l’opération propreté "Pile à Coeur".
La teinturerie du Pile, qui vient de fêter ses cinquante années d’existence est contrainte
de déposer son bilan. Le quartier "s’enrichit" de friches industrielles, réaffectées pour certaines,
abandonnées définitivement pour d’autres.
Les projets se concrétisent : square Lalande, îlot Delezenne, centre social, réfection des
principales voiries (adieu les pavés et vive le tout-à-l’égout). D’autres projets sont actés :
reconstruction de l’école Pasteur, construction d’un équipement pour personnes âgées dépendantes,
reconstruction de l’école Notre Dame de Lourdes et de l’église Saint Rédempteur,…
En conclusion, encore dix années de mutation pour le monde, la France, Roubaix et le
Pile.
La disparition de l’URSS donne aux Etats-Unis d’Amérique le leadership incontesté du
monde. Garant de la sécurité, ils sont le bras armé de l’ONU et leur présence n’est pas neutre, ils
sont au pouvoir. Pourtant, malgré leurs efforts, ils ne parviennent pas à faire cesser la guerre au
Moyen Orient et le terrorisme s’internationalise de plus en plus. Fait sans précédent, un attentat est
perpétré à New York contre le symbole de la puissance économique de l’Amérique au World Trade
Center.
L’Europe se construit à la fois de manière institutionnelle (Europe des 12), et de manière
désordonnée (éclatement de l’Union Soviétique, de la Yougoslavie, de la Tchécoslovaquie). Le
communisme est en voie de disparition.
L’Afrique est toujours en agitation.
Roubaix n’est plus une grande ville, son industrie se meurt, son passé ne lui apporte plus
que des désagréments. Elle est peut être la ville de France la plus aidée par les procédures d’Etat.
Elle en a besoin et elle se bat pour être reconnue. Ses habitants continuent à soutenir les élus
sortants, mais bien que les votes de protestations soient nombreux, la ville ne bascule pas vers le
Front National.
Le Pile connaît un développement de sa vie associative. On coopère, on s’épaule dans
l’intérêt de tous, même si cela n’est pas toujours évident. La réhabilitation est en marche, mais c’est
long, et cela demande beaucoup d’énergie pour parfois peu de résultats. Le Pile reste ce qu’il est, un
quartier un peu refermé sur lui-même, dans lequel, par choix ou parce qu’ils ne peuvent en partir,
les habitants disent qu’il fait encore bon vivre.
290
Une page du journal pour le lancement de l’opération propreté ; Pile à cœur.
291
Cette annéeannée-là : 1993
Prise d’otage dans une école
maternelle de Neuilly. Le RAID intervient.
Les otages sont libérés, le ravisseur est tué.
Le 18 mai, on inaugure la ligne TGV
Lille-Paris.
L’Olympique de Marseille est
En France
France et dans le monde
Il n’y a plus de frontières dans
l’Europe des 12.
Pierre BEREGOVOY, en visite à
Lille, annonce que le métro sera financé.
Christine VILLEMIN est innocentée
du meurtre de son fils.
Deux jeunes anglais de 10 ans tuent
un petit garçon de 2 ans à coups de pierre.
Législative de mars , le P.S dans la
tourmente : dans le Nord, 3 députés sur les
14 sortants ! La Droite a 458 députés, la
Gauche, 92.
champion d’Europe !
Explosion à Métaleurop : 6 morts
Noël JOSEPHE est mis en examen.
Affaire O.M. – V.A. On parle de pots
de vin et de match truqué. On s’intéresse
aux rapports entre Bernard TAPIE et
Jacques MELLICK. Ils se sont vus à Paris
le 17 juillet, mais à la même heure, le maire
de Béthune était dans sa ville !
Suicide de Pierre BEREGOVOY.
INDURAIN gagne le tour de France,
Lance AMSTRONG est champion de
monde.
L’Etat d’Israël et le Peuple Palestinien
se reconnaissent mutuellement.
C’est le plan de rigueur : C.S.G (+ 1,3
%), essence (+ 0,28 F.), retraite (vers 40
années de cotisations).
En Russie, Boris ELTSINE est
destitué, le parlement se rebelle, la guerre
civile est proche.
292
Les Verts choisissent Dominique
VOYNET contre Antoine WAECHTER. La
barre est à gauche.
A plus de 300 Km/H, le TGV LilleParis déraille près d’Amiens, mais reste
debout.
Bernard TAPIE est mis en examen.
La Belgique est en deuil.
CAMAIEU, entreprise citoyenne,
offre 350 emplois aux habitants des
quartiers Trois-Ponts, Pile, Sartel Carihem.
Et au Pile…
"La belle invention roubaisienne", tels
sont les propos de Salem KACET, adjoint à
la santé, lors de l’inauguration du lieu
d’accueil temporaire pour la petite enfance
de l’A.G.A.P.E, rue Franklin
C’est le cri de détresse du libraire de
la rue Bourdaloue.
A Roubaix
On tourne un téléfilm "Des fenêtres
pour les oiseaux" avec Annie CORDY.
L’Association Inter Quartiers organise
une journée sur le logement.
Après le décès de monsieur DHAUDECUYPERE, adjoint au maire, c’est Jean
Marc ALSBERGHE qui le remplace et
Roger CLABOETS revient au conseil
municipal.
Deux semi-remorques de vivres et de
vêtements sont envoyés par les pompiers de
Menton pour les "bidonvilles" de Roubaix.
Le convoi ira à Tourcoing pour les Restos
du cœur.
Le groupe "Evasion" de l’AGAPE, est
en séjour à Maroilles pour une semaine.
L’Association "Les Chevaliers de
Roubaix" est mise en liquidation judiciaire.
5 employés, 45 T.U.C. sont concernés. On
crée une nouvelle association "Chômage et
réinsertion" pour prendre le relais.
Incendie, rue d’Estaing.
Décès d’Aimé SEVE, principal du
collège Jean Lebas.
Michel GHYSEL est élu député
(suppléant René VANDIERENDONCK),
ainsi que Colette CODACCIONI à Lille et
Jean Louis BORLOO à Valenciennes.
Pour la deuxième fois, Gilbert
DUCLOS-LASSALLE remporte ParisRoubaix.
L’ Eglise Saint Joseph, rue de France,
est classée monument historique. C’est une
première pour Roubaix.
Le voilier "SODIFAC Roubaix", est
second du tour de France à la voile. Son
skipper disparaît en mer 3 mois plus tard.
On inaugure le centre national des
"Archives du Monde du travail. "
293
Cette annéeannée-là : 1994
En France et dans le monde
Israël reconnaît le principe de
l’autonomie palestienne.
Le Brésil remporte la coupe du
Monde de football, INDURAIN son 4ème
tour de France. Le suisse Tony
ROMMINGER bat le record de l’heure en
couvrant 55,291 Km.
C’est la fin de l’état de guerre entre la
Jordanie et Israël.
La guerre se poursuit au Rwanda où
des milliers de réfugiés sont sur les routes
et meurent chaque jour.
CARLOS, ennemi public N° 1, est
arrêté au Soudan.
Cette année est marquée par l’affaire
de la josacine empoisonnée au cyanure.
François BAYROU, ministre de
l’Education, réitère son refus du port du
voile islamique à l’école.
On inaugure Euralille.
800 000 personnes manifestent à Paris
contre la loi Falloux. On compte 400 bus de
la région.
Seconde explosion en deux ans chez
Métaleurop.
Incendie du Parlement de Bretagne à
Rennes.
Les conflits en Algérie et en Bosnie se
poursuivent. L’OTAN abat 4 avions serbes,
mais les agressions contre la population se
multiplient.
En mars, commence le procès de Paul
TOUVIER.
Jean Louis BORLOO démissionne de
l’Assemblée Nationale.
Nelson MANDELA est le premier
Président sud-africain de couleur.
Aerton SENNA se tue dans un
accident sur le circuit d’ Imola.
Le 6 mai, le tunnel sous la Manche est
inauguré.
Les
affaire ?
actionnaires
feront-ils
Un ferry sombre en mer Baltique :
900 morts
La région a perdu 20 000 emplois en
1993.
C’est au cours d’une visite à Lille que
Jacques CHIRAC se déclare candidat à la
présidentielle.
En novembre, le premier Eurostar
arrive à Londres.
C’est à Anne SINCLAIR, au cours de
"7 sur 7", que Jacques DELORS annonce
qu’il ne sera pas candidat.
"Bernard Tapie" est mis en
liquidation judiciaire.
Un Airbus d’Air France est aux mains
de quatre islamistes sur l’aéroport d’Alger.
Il part pour Marseille Marignane, où a lieu
l’exécution de trois otages. Le G.I.G.N.
donne l’assaut, les terroristes sont tués,
l’équipage et les 173 passagers sont libérés.
une
Martine AUBRY, dont on avait
envisagé la candidature à Roubaix pour les
municipales, postulera, mais à Lille.
294
A Roubaix
Deux nouvelles entreprises dans les
quartiers Est de Roubaix: CAMAIEU et
BOSSU-CUVELIER (qui est relocalisé).
André DILIGENT accueille au Sénat
les représentants de l’A.I.R.
On évoque la construction d’un centre
commercial entre la Grand Rue et l’avenue
des Nations Unies, le projet "Maison des
services" des Trois-ponts se prépare.
Au sénat, André DILIGENT fait
adopter un amendement sur la désignation
des représentants dans les communautés
urbaines.
On ouvre la rocade Nord-ouest de
Lille.
Thérèse CONSTANS, adjointe à la
culture, décède le 6 janvier.
La délinquance a augmenté de 4,75 %
dans le Nord.
A.I.R et la Ville signent la convention
"Ecrivains Publics".
Le Versant Nord-est compte 30 000
chômeurs dont 10 000 à Roubaix, soit un
taux de 27,5 % ! 120 000 jeunes sont sans
emploi dans le Nord.
Robert CAILLEAUX sera le nouvel
adjoint à la culture.
Alain FAUGARET et Michel
BAUDRY sont élus au Conseil Général, où
Jacques DONNAY prend la présidence.
L’USINE a 10 ans. Elle compte 75
magasins et occupe 240 personnes.
André DILIGENT démissionne et
laisse la place de maire à son premier
adjoint.
On est écolo à Roubaix.
Et au Pile…
On inaugure cette année dans le
quartier :
• L’église Saint Rédempteur et le
lotissement qui l’accompagne
• Le domicile collectif et les dominos
pour personnes âgées, rue de Condé
• On pose la première pierre de la
future école Pasteur, rue de Condé
• On prévoit la construction d’une
résidence universitaire à la Condition
publique, boulevard de Beaurepaire : 178
studios sont prévus !
On signe le contrat de plan 1995, mais
l’Etat ne versera que la moitié des sommes
promises pour l’Union.
L’usine Michelin de Lys ferme ses
portes.
Désenvoûtement mortel à la mosquée
de la rue Archimède.
295
Cette annéeannée-là : 1995
En France et dans le monde
Serbes, Croates, Bosniaques, tous
pratiquent les horreurs de la guerre, malgré
la présence des forces de l’O.N.U. sur le
terrain. Il faudra plusieurs frappes aériennes
de l’O.T.A.N, en représailles, pour arrêter
les bombardements serbes sur Sarajevo.
Le 24 juin, les petites Julie et Melissa
disparaissent en Belgique.
Drame dans le tour remporté par
Miguel INDURAIN : le coureur italien,
Fabio CASARTELLI se tue en descendant
le col du Portet-d’Aspet.
Attentats à Paris : une bombe dans le
Monseigneur GAILLOT, démissionné
par le Vatican.
On inaugure le pont de Normandie,
nouvelle prouesse technologique française.
Le vent fait tomber une grue sur un
lycée à Toul : 6 morts.
La délinquance a baissé de 7 % dans
le Nord.
Chute de la banque Baring à Londres.
Un "golden boy" a mal parié !
1995, année du procès VA-OM. . Les
faux témoignages de Bernard TAPIE et de
Jacques MELLICK sont dévoilés par le
tribunal ; les peines seront lourdes: prison
ferme, inéligibilité et amende.
L’attentat au gaz "sarin" dans le
métro de Tokyo provoque la mort de 12
personnes et en intoxique 5 500.
1er tour des présidentielles : CHIRAC,
20,6 % ; JOSPIN, 23,4 %; BALLADUR,
18,4 %et LE PEN, 15,1%.
Jacques CHIRAC sera élu au second
tour avec 52,67 % des voix. Alain JUPPE
arrive à Matignon et trois Nordistes entrent
au gouvernement : Alain VASSEUR, à
l’agriculture, Colette CODACCIONI, à la
solidarité entre les générations et Françoise
HOSTALIER, à l’enseignement scolaire.
Le Nord n’est plus un bastion
industriel : 75 % des salariés sont employés
dans le secteur tertiaire.
La France reprend les essais
nucléaires.
R.E.R à la station Saint-Michel (3 morts) et
Place de l’Etoile, une bombe placée dans
une poubelle, (17 blessés).
La piste islamique est privilégiée. Ce
sera le début du plan vigipirate.
Le taux d’alcoolémie au volant passe
de 0,7 à 0,5 g/litre.
Un adolescent tue sa famille et fait un
carnage dans les rues du village de Cuers,
dans le Var : 14 morts.
On recherche dans la région
lyonnaise, le principal suspect des attentats
de l’été à Paris.
Sa mort sera suivi d’un nouvel attentat
dans le RER : 29 blessés. Le plan vigipirate
continue.
Les Québécois disent NON à
l’indépendance avec juste 50,6 % des voix !
Arrestations à Villeneuve d’Ascq de 4
islamistes qui préparaient un attentat sur le
marché de Wazemmes.
Le plan JUPPE pour la réforme de la
sécurité sociale provoque l’inquiétude des
familles et la grogne des syndicats.
L’automne est chaud.
Lech WALESA est battu aux
élections présidentielles polonaises.
On découvre 16 corps sur le plateau
du Vercors. On pense à un suicide collectif
Lille est la candidate officielle de la
France pour l’organisation des Jeux
Olympiques de 2004, dans un site éclaté sur
la région.
296
La. friche Phildar, rue d’Avelghem,
est détruite par un incendie.
C’est le 1er juillet que la déchetterie
du Sartel ouvre ses portes.
Bataille à la C.U.D.L pour l’élection
du nouveau président. L’amendement
d’André DILIGENT a fait entrer au conseil
18 maires de petites communes. Ils sont
déterminants pour le choix.
des adeptes de "l’Ordre du Temple
Solaire".
En novembre, Léon ZITRONE nous
quitte, et pendant ce temps…
A Roubaix
La bataille pour les municipales sera
rude. On parle d’une liste "associative".
Marc VANDEWYNCKELE participe au
débat "Osons une parole d’habitants".
R.A.V.E.L, une agence immobilière à
vocation sociale, est présentée en mairie.
Jean Claude SARRAZIN quitte La
Redoute pour rejoindre le staff de
campagne de Jacques CHIRAC.
On pose la 1ère pierre du château du
cinéma à Lomme.
La Lainière dégage des bénéfices mais
en fin d’année, de nouveau, on parlera de
restructuration.
Rue de Lannoy, la SARL RETOUR
s’installe. On y récupère des ordinateurs
pour les recycler dans les écoles.
René VANDIERENDONCK présente
sa liste pour les municipales. Elle est
ouverte pour 1/3 à des personnalités civiles.
Michel GHYSEL, pour le R.P.R, conteste
la représentativité de son parti. Il fera
scission et présentera une liste concurrente.
Marie Christine BLANDIN est N° 2 sur la
liste P.S. de Bernard CARTON.
Les acteurs de "Roubaix Horizon"
seront bien présents, mais sur 4 listes.
Au 1er tour, 45 % d’abstention (30 %
en France). Après le retrait de la liste
GHYSEL, on aura une triangulaire au
second tour remporté par le maire sortant
avec 37 %, devant la liste PS, 35,8 %.
Pierre MAUROY est réélu, le maire
de Roubaix, René VANDIERENDONCK
est vice-président à la ville renouvelée et au
contrat de ville. Les indemnités mensuelles
des élus seront de 20 592 F pour le
président, 10 296 F pour les 43 viceprésidents et 6 069 F pour les conseillers.
Le S.C.O.R (Sporting Club Ouvrier
Roubaisien), qui joue en nationale 1 de la
ligue de football, dépose le bilan.
On découpe la ville en 5 secteurs qui
auront à leur tête un maire adjoint : le
centre pour Jacky PAOLI, le nord pour
Saadi LOUGRADA, l’est pour Jean Claude
HERKENRATH, le sud pour Gérard
LOUVIEAUX et enfin l’ouest pour Zora
ZAROURI.
Et au Pile…
On inaugure cette année la salle
Deville. Salle de sport de proximité, elle
sera utilisée rapidement à 100 %.
On refait la place Carnot, on termine
l’église du Saint Rédempteur, ainsi que les
habitations de l’angle de la rue Fénelon boulevard de Mulhouse, et le béguinage de
la rue de Condé.
L’école Pasteur, ça avance, on parle
d’ouverture au printemps.
297
Cette annéeannée-là : 1996
Le P.S.G. remporte la Coupe des
Coupes.
7 moines français sont enlevés et
assassinés par le G.I.A en Algérie.
A Noeux-les-Mines, on aménage le
terril en piste de ski.
L’ancien maire de Grenoble, Alain
CARIGNON, est condamné à 5 ans de
prison.
Un Boeing de la TWA s’écrase en
mer peu après son décollage de New York.
On compte 230 victimes, dont 45 Français.
Attentat à Atlanta durant les Jeux
Olympiques. La France revient avec 37
médailles. Marie José PEREC fait le doublé
en or sur 400 et 200 mètres.
Deux fillettes, Sabine et Laetitia, sont
enlevées en Belgique. Elles sont retrouvées
dans la cave du ravisseur (il s’agit de Marc
DUTROUX) et sont libérées. Mais l’affaire
ne fait que commencer.
En France et dans le monde
C’est le début du scandale de
l’Association pour le Recherche contre le
Cancer (A.R.C) et des malversations de son
président, Jacques CROZEMARIE.
Le taux des intérêts du livret A passe
de 4,5 à 3,5 %.
Un président nous quitte.
Les hommages se succèderont durant
une semaine dans la presse.
C’est la fin du service militaire
obligatoire.
Les attentats en séries retardent le
processus de paix entre Israéliens et
Palestiniens : 27 morts, 19 morts …
On retrouve les corps de deux fillettes
(Julie et Mélissa) enfouis dans le jardin de
DUTROUX, puis plus tard, ailleurs, les
corps de deux autres enfants, An et Elfje,
enlevées l’année précédente.
Les sans-papiers sont évacués par la
force de l’église Saint Bernard à Paris.
Les milices islamistes entrent dans
Kaboul.
Le téléphone passe à 10 chiffres sur
tout le territoire ; le carnet de santé fait son
apparition.
Bill CLINTON est réélu président des
USA ; Boris ELTSINE est hospitalisé pour
un triple pontage coronarien.
Lille se dote d’un "Conseil Communal
de Concertation". Il sera composé de
personnes non-élues et constituera la
première instance de la démocratie
participative.
Incendie dans le tunnel sous la
Manche : pas de victimes mais une
locomotive, 5 wagons, 15 camions sont
Un homme armé pénètre dans une
école maternelle à Dunblane (Ecosse). Il tue
l’institutrice, 16 bambins et en blesse 16
autres.
La France suspend ses importations
de viandes bovines anglaises.
Pour le centenaire de Paris-Roubaix :
3 équipiers "Mapei" (MUSEEUW, TAFI et
BORTOLAMI) passent ensemble, bras
levés, la ligne d’arrivée.
La grève des médecins se poursuit
contre les ordonnances du plan JUPPE sur
la santé.
298
la maison, et assaut... on y découvre un
dépôt d’armes ; 4 malfaiteurs sont tués, 2
s’enfuient et sont rattrapés près de Courtrai
(Belgique), où l’un est tué et l’autre arrêté.
CAVROIS-MAHIEU, la dernière
filature de Roubaix, est mise en liquidation
judiciaire. Elle poursuivra ses activités avec
l’aide de la ville.
La Lainière change de main, mais le
premier acte est le licenciement de 300
personnes.
Le centre ville sera commerçant avec
l’arrivée des magasins d’usine du groupe
Mac Arthur Glenn et l’implantation d’une
grande surface commerciale.
Le centré aéré municipal sera payant.
Remous au conseil municipal : le
docteur LAMARCQ, adjoint à la santé,
quitte ses fonctions et Jacques LAMAIRE,
adjoint au commerce, est mis en demeure
de démissionner.
détruits. Il faudra plusieurs mois de travaux
pour réparer les dégâts.
Les routiers bloquent les routes à 6
reprises. Ce n’est qu’après 5 jours de blocus
et devant la possible pénurie d’essence,
qu’on arrivera à un accord.
Nouvel attentat dans le R.E.R : une
bonbonne de gaz explose : 2 morts, 7
blessés graves, dont 3 dans un état critique,
et 27 blessés légers.
L’équipe de France de tennis remporte
la coupe Davis. Et de 2 pour Yannick
NOAH.
En décembre, on inaugure la
Bibliothèque Nationale de France.
A Roubaix
Etat civil de 1995 : 549 mariages, 302
divorces, 2081 naissances (un des plus forts
taux de natalité en France).
On s’attend à une hausse de 10 à 15 %
des impôts locaux.
CAMAIEU, c’est 20 millions d’aide
publique pour une promesse de 350 emplois
créés.
Pascal PERCQ, reprenant les propos
d’Umberto BATTIST, vice-Président du
Conseil Régional, tire le bilan de 15 années
de D.S.Q :" On a planté, transformé des
quartiers, mais l’évaluation de ces
nouveaux contrats Etat-Région a montré
que la parole des habitants restait encore à
entendre… De 1989 à 1994, 60 quartiers
ont bénéficié de moyens spécifiques…
Aujourd’hui, c’est 150 dans la Région.
Le taux de chômage est passé de 16,2 % en
1982 à 26,2 % en 1990.
Comment obtenir des résultats quand
la machine à exclure vient sans cesse nous
renvoyer de nouvelles populations en
détresse …"
Au Fresnoy, un automobiliste est
abattu par des braqueurs.
Les agressions pourraient amener la
fermeture du cinéma "Les Arcades".
Roubaix sera-t-elle la seule ville de France
de près de 100 000 habitants qui n’a pas de
cinéma ?
La librairie "Les Lisières" ouvre
grand Place.
Le périmètre de la future zone franche
roubaisienne provoque bien des questions.
Les super gendarmes du R.A.I.D
interviennent à l’aube dans une maison de
la rue Henri Carette. Fusillade, incendie de
Et au Pile…
L’ancienne école Notre Dame de
Lourdes, boulevard de Mulhouse, devrait
être transformée en logements, mais …
Le Pile a les honneurs de la presse !
En mars, une semaine de reportages
sur le quartier et ses habitants.
"Pilou", l’opération de promotion des
commerçants du quartier, fête ses 13 ans.
299
Cette annéeannée-là : 1997
Le LOSC quitte la D1 et retrouvera
Wasquehal, qui, lui accède à la D2.
Au 1er tour des législatives, retour de
balancier à Gauche. Alain JUPPE quittera
Matignon et Jacques CHIRAC intervient à
la télévision.
En France et dans le monde
Vague de froid, verglas sur les routes
de France. Dans la vallée du Rhône, les
automobiles et le T.G.V sont bloqués et la
situation est pénible pour les usagers.
En Europe, on compte 294 morts en
quelques jours.
Jean HEDERN HALLIER se tue en
chutant à vélo.
La grande distribution (Auchan en
tête) constitue le secteur le plus important
de l’économie régionale : 150 millions de
chiffre d’affaires annuel et 65 000 emplois.
Les tueries sont quotidiennes en
Algérie et chaque jour apporte son lot
d’horreur.
Deng XIAOPING, le "fossoyeur du
printemps de Pékin", s’éteint à 92 ans.
Cela ne suffira pas, une vague rose
submerge le parlement. Le PS passe de 75 à
268 députés, l’U.D.F perd 98 sièges et le
R.P.R 127 !
Il y aura cohabitation. C’est Lionel
JOSPIN qui arrive à Matignon, Martine
AUBRY est N° 2.
Le commandant COUSTEAU nous
quitte.
Le 1er juillet, Hong Kong redevient
chinoise.
Une sonde américaine se promène sur
Mars ; la station orbitale MIR est mise en
péril suite, à une erreur humaine. Les U.S.A
enverront une équipe de secours pour
réparer les dégâts et prolonger la mission.
Jeanne CALMENT s’éteint le 5 août à
l’âge de 122 ans et 154 jours.
Martine AUBRY présente le projet
des "emplois-jeunes" qui peut amener la
création de 350 000 postes.
Journées mondiales de la jeunesse sur
l’hippodrome de Longchamp. 1 million de
fidèles viennent voir le Pape.
Si en 1996, on parlait de suppression,
Ségolène ROYAL annonce la réouverture
de 800 classes maternelles et élémentaires.
Tragédie en Algérie, des familles
entières égorgées. On estime le nombre de
victimes supérieur à 200. Un autre massacre
aura lieu un mois plus tard.
A Calcutta, un million et demi de
personnes assistent aux obsèques de Mère
Térésa.
Disparition tragique au Portel durant
le carnaval. Deux ferrailleurs sont inculpés.
Renault ferme son usine belge de
Vilvoorde : 3100 emplois supprimés.
Le rêve est fini : Lille n’accueillera
pas les Jeux Olympiques de 2004.
Les internes des hôpitaux font grève
et bloquent la circulation des voitures et des
trains.
Incendie à La Mecque durant le
pèlerinage : 350 morts et 2800 blessés.
En avril, on parle de possible
dissolution de l’Assemblée Nationale, le 22
c’est fait. Jacques CHIRAC a pris la
décision. On votera en juin.
Tony BLAIR devient 1er ministre en
Angleterre.
300
Les mairies de secteur sont
opérationnelles en février.
Lionel DUMONT, survivant de
l’assaut du RAID rue Henri Carette, est
arrêté à Sarajevo pour braquages.
Il sera condamné à 20 ans de prison.
Guy HASCOET sera candidat pour
les verts et le P.S. à Roubaix. Au 1er tour, il
est
soutenu
par
René
VANDIERENDONCK, et avec 30 % des
suffrages, il bat Michel GHYSEL (22,5 %)
et le représentant du F.N (23,8 %). Il sera
élu au second. Dominique BAERT, pour le
P.S, enlève le siège de Gérard VIGNOBLE.
La rupture est consommée entre René
VANDIERENDONCK et la Droite ( R.P.R
et U.D.F). Gérard VIGNOBLE reproche le
revirement du maire, mais Jean Pierre
BALDUYCK, maire P.S de Tourcoing,
souhaite son passage à Gauche.
Après Mac Arthur Glenn, c’est un
" Géant Casino" qui s’implantera au centre
ainsi qu’un complexe cinématographique.
Le 30 août, dans la nuit, Lady DI est
blessée mortellement dans un accident de
circulation à Paris.
"Euralille" tremble, mais le mystère
ne sera pas éclairci.
Le gouvernement annonce les 35
heures hebdomadaires en 2000, ce qui
provoque la grogne du C.N.P.F.
Le procès PAPON commence en
octobre. Verdict l’an prochain.
Les routiers bloquent les routes
pendant 5 jours. On compte plus de 150
barrages dans la région !
La tension monte entre les USA et
l’Irak, d’où les experts de l’ONU sont
expulsés.
Carnage en Egypte, à l’entrée du
temple d’Hatshepsout. Un groupe intégriste
abat 57 touristes.
Décès de Georges MARCHAIS.
Le Mondial 98 offre aux Français un
tirage au sort facile.
Toyota s’installe à Valenciennes avec
2000 emplois à la clé.
Lille-Bruxelles : 38 minutes en TGV.
Pour la première fois, on patine sur la
Grand’ Place de Roubaix.
Et au Pile…
C’est au Pile qu’Emile DUHAMEL et
son épouse fêtent leurs noces d’or.
En mai, le plus petit musée du monde
ouvre ses portes au 62 rue Desaix. Les
artistes du Pile exposent.
A Roubaix
L’arrivée de la Zone Franche à
Roubaix ne fait pas que des heureux. Le
Fresnoy, la rue de la Vigne, la rue Jules
Guesde, se mobilisent pour en obtenir les
effets.
Les Roubaisiens du Centre en visite à
Troyes pour rencontrer les commerçants du
groupe Mac Arthur Glenn.
301
Cette annéeannée-là : 1998
Maurice PAPON est condamné à 10
ans de réclusion criminelle.
Bill CLINTON est embarrassé par
l’affaire Monica LEWINSKY.
La police belge est encore sur la
sellette. Marc DUTROUX s’empare de
l’arme d’un policier et s’évade. Il est repris
trois heures plus tard.
Roland DUMAS, Jean TIBERI, Alain
JUPPE… mis en accusation.
Le RC Lens, champion de France de
football après une saison de rêve : finaliste
de la coupe de France et demi-finaliste de la
coupe de la Ligue.
Le projet de loi AUBRY sur les 35
heures est adopté par le parlement.
L’Inde et le Pakistan procèdent à des
essais nucléaires.
Le Mondial commence à Paris. La
France, la Croatie, les Pays-Bas et le Brésil
forment le dernier carré. A Lens, des
hooligans allemands blessent sérieusement
un gendarme. Mais c’est la joie de la
victoire qui embrasera le pays au terme de
la rencontre avec le Brésil.
En France et dans le monde
Les massacres se poursuivent en
Algérie. On compte 750 tués en 10 jours,
plus de 1000 depuis le début du Ramadan.
Le réseau téléphonique s’ouvre au
privé, Bouygues, SFR et France Télécom
enregistrent 850 000 abonnés de plus en un
mois.
Les chômeurs ne cessent de
manifester, avec occupation des locaux de
l’ASSEDIC. Pourtant le chômage a baissé
de 1,7 % l’année dernière.
Le préfet Claude ERIGNAC est
assassiné en Corse.
On vote cette année pour les
Régionales (à la proportionnelle) et pour les
Cantonales. René VANDIERENDONCK
est N° 2 sur la liste PS de Michel
DELEBARRE, et Marine LE PEN, N° 2 sur
la liste du F.N. Il y a 1 017 candidats pour
la Région.
Après Vilvoorde en Belgique, c’est en
France que Renault va supprimer 2700
postes.
Aux Régionales, c’est l’abstention qui
l’emporte. Le PS sort gagnant : François
LEOTARD est battu en PACA et Edouard
BALLADUR en Ile de France. Michel
DELEBARRE sera élu président de la
Région, René VANDIERENDONCK sera
vice-Président chargé de la politique de la
ville, mais la majorité est floue. Le groupe
BORLOO et les extrêmes peuvent être
déterminants et arbitrer les votes.
Aux cantonales, la majorité va au PS
dans le Nord (+ 15 sièges), et le PS gagne
11 départements français.
Le PACS (Pacte Civil de Solidarité)
divise les opinions.
Eric TABARLY disparaît en mer.
L’équipe Festina, convaincue de
dopage, est exclue du tour de France,
malgré les dénégations de Richard
VIRENQUE.
Attentat anti-américain au Kenya et en
Tanzanie : 119 morts et plus de 4000
302
blessés. On soupçonne un milliardaire
saoudien, Oussama Ben LADEN.
Il y aura des représailles au Soudan et
en Afghanistan.
Le rapport STARR
accable Bill
CLINTON. On peut tout voir sur internet.
Gerhard SCHRODER détrône Helmut
KOHL du poste de Chancelier en
Allemagne.
En France, le service national entre en
vigueur.
C’est la grogne : les lycéens
manifestent, les retraités sont dans la rue,
les transports sont en grève, et les chômeurs
réclament une prime de Noël.
Sous la pression de l’O.T.A.N, les
Serbes quittent le Kosovo.
… Le plus important, c’est l’honnêteté
intellectuelle…"
Orage et déluge sur la métropole.
Le Général PINOCHET est arrêté à
Londres, les Lords ne votent pas son
immunité, il est inculpé de génocide par un
juge espagnol.
Le Roubaisien Arnaud TOURNANT
devient champion du monde du kilomètre et
de vitesse par équipe sur la piste de
Bordeaux.
La S.R.I.E.M est à vendre. Son parc
de logement est repris par l’O.P.A.CH.L.M de la ville de Roubaix.
Madame MASSART quitte ses
fonctions de maire à Hem. Francis
VERCAMER est élu.
A Roubaix
Francine GUILLAUME, alias "Julie
Ch’est mi", s’en est allée.
Le Plan Roubaisien d’Insertion s’est
donné 4 ans pour remettre 2000 personnes à
l’emploi. Après 2 ans, la moitié du contrat
est remplie.
André DILIGENT soutient Arnaud
VERSPIEREN aux cantonales, il regrette la
dissidence du R.P.R mais invite les
conseillers municipaux U.D.F à ne pas
quitter la majorité municipale.
Pour le P.S, Renaud TARDY et
Bernard CARTON sont élus conseillers
généraux.
René VANDIERENDONCK déclare :
"…faire de la culture qui soit le moteur
d’une dynamique pour l’insertion sociale et
économique des jeunes…
… je me félicite d’avoir fait ce choix.
Quand je vois l’Alliance et tout ce qui s’est
passé à Droite, je me dis merci mon dieu
que je sois sorti de ce bazar….
Et au Pile…
Drame rue de Condé, dans un
logement du CAL PACT.
62, rue Desaix,
c’est le plus petit
musée local !
303
Cette annéeannée-là : 1999
En Corse, la paillote "Chez Francis"
est incendiée. Le Préfet Bernard BONNET
et le colonel de gendarmerie Henri
MAZIERES sont mis en cause. Le
gouvernement est chahuté. Peu de temps
après, on arrête 4 des 5 assassins du Préfet
Claude ERIGNAC. Yvan COLONNA est
introuvable.
Slobodan MILOSEVIC est inculpé
par le Tribunal Pénal International de La
Haye.
Européennes : 53,24 % d’abstentions !
Sur les 20 listes en présence, la liste PS
obtient 22 % des suffrages, la liste
PASQUA 13 %, la liste SARKOZY 12 %.
En France et dans le monde
En janvier, les allocations familiales,
les retraites et le RMI augmentent, mais
aussi, le tabac et le gazole.
On peut payer en Euros !
C’est Anne Marie CAPARINI (UDF)
qui est élue président de la région RhôneAlpes avec les voix de la Gauche. Charles
MILLON est battu.
Un an après l’assassinat du Préfet
ERIGNAC, aucune indication sur les
meurtriers.
La scission est amorcée entre Jean
Marie LE PEN et Bruno MEGRET.
Affaire du sang contaminé : trois
ministres devant les juges. Laurent
FABIUS et Georgina DUFOIX sont
relaxés, Edmond HERVE est condamné.
Chute d’un téléphérique dans le
Dévoluy : 20 morts.
Après avoir résisté au cancer, Lance
AMSTRONG remporte son 1er tour de
France.
On a recensé 60 millions d’habitants
en France. On en compte 182 284 à Lille et
95 629 à Roubaix, 2ème ville régionale.
John KENNEDY Jrs disparaît dans un
accident d’aviation.
Tour du monde à la voile : Isabelle
AUTISSIER fait naufrage et est récupérée
par l’Italien, Giovanni SOLDINI.
Une étudiante lilloise, disparue depuis
deux mois, est retrouvée découpée en
morceaux, dans des sacs, au fond de la
Deûle.
Tour du monde en ballon réussi en un
peu plus de 20 jours par PICARD et
JONES.
Claude ALLEGRE ne fait pas que des
heureux. Les profs défilent à Paris.
Roland DUMAS, mis en cause par
Christine DEVIERS-JONCOUR, se met en
congé du conseil Constitutionnel.
En Yougoslavie, les frappes aériennes
de l’OTAN contre les serbes n’empêchent
pas les Kosovars de fuir leur pays.
Incendie tragique dans le tunnel du
Mont Blanc : 40 morts, le tunnel est fermé.
Abdelaziz BOUTEFLIKA est élu
président en Algérie et Ehud BARAK 1er
ministre en Israël.
Lunettes pour tout le monde !
Vladimir POUTINE nouveau
ministre russe.
304
1er
Séisme en Turquie : 12 500 morts et
35 000 blessés. La solidarité s’organise.
Le taux de TVA passe de 19,6 à 5,5 %
sur les travaux immobiliers.
Après le retour sur terre des derniers
cosmonautes, la station "MIR" est livrée à
l’espace.
José BOVE est écroué pour le saccage
d’un Mac Donald.
La famille du docteur GODART
disparaît en mer : mystère !
Loi sur la concorde civile en Algérie :
98,63 % de OUI.
La séparation entre le Timor Oriental
de l’Indonésie se fait dans le sang.
Inondations dans le midi : 27 morts.
8 spéléologues sont bloqués dans un
gouffre du Lot. Il faudra creuser un tunnel
d’accès .pour les délivrer 10 jours plus tard.
Collision ferroviaire près de Londres :
plus de 100 morts. Le manque d’entretien
des compagnies privées est en cause.
Attentats contre l’U.R.S.S.A.F et la
D.D.E à Ajaccio.
Condamnation de Jacques CROZEMARIE à 4 ans de prison.
La loi sur les 35 heures est adoptée.
Maurice PAPON fuit en Suisse, d’où
il est extradé pour être emprisonné.
Les Russes entrent en Tchétchénie. La
guerre trouve un nouveau théâtre.
Naufrage de "l’Erika" au large du sud
Finistère.
Tempêtes sur la France à quelques
jours des Fêtes: 50 morts et des milliers
d’arbres abattus. 68 départements sont en
situation de catastrophe naturelle.
Le maire souhaite la démission d’une
conseillère municipale, maire de quartier,
directrice de l’A.P.E.Q.R. Sa gestion du
service d’insertion de la propreté urbaine
est mise en cause. On soupçonne des
d’abus.
La Ville et les comités de quartiers
signent la Charte pour une Démocratie
Participative.
On inaugure la ligne 2 du Métro et
dans la foulée, l’ouverture des premiers
magasins Mac Arthur Glenn.
René VANDIERENDONCK dit dans
la presse:"…Sur Roubaix, 30 000 m2 de
petits commerces avaient fermé en centre
ville. On se retrouvait avec une absence
d’offres commerciales. Plus un magasin
d’alimentation au centre. Il fallait une
stratégie de reconquête…Jamais on ne fera
repartir l’investissement privé si le cœur de
la ville périclite. Aucune stratégie de
développement n’est possible ou alors , on
fait du social à tout va…Ce qui m’a décidé
à passer à Gauche, c’est l’ambiguïté d’un
Philippe VASSEUR, leader de la Droite,
spéculant sur le soutien tacite du FN aux
régionales . J’ai décidé que je n’en serai
pas…"
Et au Pile…
A Roubaix
Le nouveau pont du Sartel est ouvert à
la circulation.
Plusieurs articles de presse sur le rasle-bol des habitants.
Lille propose la fusion avec Lomme.
Le maire de Roubaix va plus loin, il est
d’accord pour une métropole unique. Les
débats sont ouverts dans les communes.
On plante les arbres de la Grand’
Place. Ils sont malades : il faudra les
enlever et en replanter d’autres.
4 conseillers municipaux, dont Max
André PICK, Adjoint, quittent la majorité
municipale.
C’est fini !
Le C.A.L-P.A.C.T réhabilite la cour
Vromant, rue de Condé.
Référendum local sur 11 communes
80 % de Non pour la fusion avec Lille.
305
Cette annéeannée-là : 2 000
2000 : l’année du football nordiste.
Calais va en finale de la coupe de France,
Lens est ½ finaliste de la coupe U.E.F.A et
Lille accède à la ligue 1 après un parcours
remarquable (sur 38 matchs, 25 victoires, 8
nuls et 5 défaites).
21 otages sont retenus sur l’île de Jolo
aux Philippines. 4 d’entre eux sont tués au
cours d’une tentative de libération par
l’armée.
Pour la première fois depuis 14 ans, le
trou de la sécu est comblé!
Jacques CHIRAC lance la réforme du
mandat présidentiel.
Après le mondial, place à l’Euro !
En France et dans le monde
Le passage à l’an 2000 fait étinceler
toutes les capitales du monde. La Tour
Eiffel brille de mille feux à zéro heure.
Ouf ! Il n’y a pas eu de bogue
informatique.
Le général Pinochet est libéré pour
raison médicale. Il rentre au Chili, où il
recouvre rapidement la santé.
Trop de réfugiés des Balkans. On
installe un centre d’hébergement provisoire
à Sangatte pour les candidats au passage
vers l’Angleterre.
Philippe VASSEUR quitte la scène
politique.
La grève des urgences du secteur
hospitalier est suivie de manière
importante.
Joerg HAIDER est nommé au poste
de vice-chancelier en Autriche. L’extrême
droite accède au pouvoir.
Le ministre des Finances annonce une
"cagnotte" de 30 milliards.
Les Russes sont accusés d’atrocités
envers le peuple tchétchène.
Lionel JOSPIN repart sous les jets de
pierres, de son voyage en Cisjordanie.
Réforme
de
la
garde-à-vue
(enregistrement et présence d’un avocat) et
loi sur la parité en politique. Les
municipales de 2001 devront en tenir
compte.
Education, impôts, santé, la grogne est
dans la rue. 200 000 manifestants, 800 000
grévistes. Le "mammouth" se rebiffe. Il n’y
aura pas de réforme de l’administration
fiscale. Claude ALLEGRE, Christian
SAUTER et Catherine TRAUTMAN s’en
vont ; le gouvernement est remanié..
Un pique-nique géant le long de la
méridienne verte rassemble les Français.
Catastrophe en série :
Les autres supersoniques sont
consignés au sol. Verra-t-on encore cela ?
Un sous-marin russe, le Koursk, est
victime d’une collision en mer Baltique. Il
s’échoue avec ses 100 hommes à plus de
120 mètres de profondeur. Il n’y aura pas
de survivants.
En désaccord avec le gouvernement,
Jean Pierre CHEVENEMENT s’en va.
Daniel VAILLANT le remplace.
Libération des otages de Jolo.
306
Le paiement d’une rançon et la
médiation de KHADAFI ont porté ses
fruits.
Après les marins -pêcheurs, les taxis
et les agriculteurs, ce sont les routiers qui
bloquent la circulation. L’essence manque.
En 4 jours, la France est paralysée.
Les disparues de l’Yonne : Emile
LOUIS, chauffeur de car, reconnaît sept
assassinats.
A Roubaix
André PETRIEUX, ancien adjoint au
maire, directeur d’école honoraire, décède
des suites d’une longue maladie.
On inaugure au Nouveau Roubaix : la
poste, le centre familial Carpeaux et
l’antenne A.N.P.E.
A l’Alma, la relocalisation des
services : Roubaix Habitat, Maison de
l’Initiative…, va entraîner le relogement de
plus de 60 familles. La grogne s’installe.
On crée une "Maison de la santé"
rue du Collège pour faire face aux
"urgences non urgentes".
Il faudra 40 mois de travaux pour
redonner son lustre d’antan à l’église Saint
Martin.
Malgré la réprobation du maire de
Hem, l’association des maires du Versant
Nord-est est dissoute.
Juillet est catastrophique : moins de
soleil qu’au mois de mars, et en trois
heures, autant de pluie que dans un mois
entier. Le Sartel en a assez d’être sous les
eaux.
Arnaud TOURNANT revient de
Sydney avec une médaille d’or. David
DOUILLET y est brillant, Marie José
PEREC y est fugace.
Changement de territoire : on passe du
G.P.U au G.P.V.
Un Croisien est assassiné dans la
station de métro Epeule. Ses funérailles
seront suivies par plus de 5000 personnes.
Le mouvement de contestation gagne
les autres pays d’Europe. La Belgique,
l’Allemagne,
la
Grande
Bretagne
connaissent aussi le chaos.
La cassette posthume de Jean Claude
MERY embarrasse l’Elysée.
Le quinquennat est adopté, mais il y a
eu 69,29 % d’abstention au référendum.
En Yougoslavie, MILOSEVIC est
battu aux élections présidentielles par
Vojisla KOSTUNICA. C’est le peuple qui
le renvoie.
Après l’échec des négociations de
paix, la violence reprend au Moyen Orient.
Israéliens et Palestiniens reprennent la
spirale attentats – représailles. Il y aura 176
victimes en 1 mois.
Pour consacrer tout son temps à Lille,
Martine AUBRY quitte le gouvernement.
Le "Lévoli Sun", transportant des
produits chimiques, fait naufrage au large
des côtes normandes.
Vache folle : le doute s’installe. Les
farines animales sont interdites dans
l’alimentation du bétail.
Et au Pile…
Un nouveau salarié au comité de
quartier :
On assiste en France à la première
plainte d’une personne souffrant de la
maladie de Creutzfeld-Jacob.
Il faudra plus d’un mois de procédures
de comptage de voix et de recours en justice
avant que Georges W. BUSH soit reconnu
président des Etats-Unis.
Louise Marie CASSETTA et Michel
ROUSSIN, tous deux proches du président,
sont accusés de détournement et de recel
d’abus de biens sociaux.
Le groupe "Chrétiens Musulmans"
du Pile organise une rencontre entre 200
personnes dont des imans et deux évêques.
307
Cette annéeannée-là : 2001
2001
Avignon, et Martine AUBRY est élue à
Lille avec moins de 50 % des suffrages.
Jacques CHIRAC est convoqué par le
juge ALPHEN dans le cadre de l’affaire des
HLM de la ville de Paris. Il n’ira pas.
Slobodan MILOSEVIC est arrêté par
les forces de l’OTAN. Il quittera Belgrade
pour La Haye.
Crue dramatique de la Somme : 1500
habitations sous les eaux et 1700 personnes
évacuées.
L’euthanasie est légalisée aux PaysBas.
A Vimy, 12500 personnes sont
déplacées pour sécuriser un dépôt de
munitions.
Pierre MAUROY est élu président de
la C.U.D.L. et Daniel PERCHERON, P.S,
occupe le siège au Conseil Régional.
Escalade de la violence dans les
rapports israélo-palestiniens : 560 tués en 6
mois.
Un T.G.V relie Calais à Marseille en
3 heures 29 minutes.
Emeutes en Kabylie : 51 morts et
1000 blessés en 2 mois.
Roland DUMAS est condamné à 6
mois de prison ferme. Il fera appel.
A.O.M- Air Liberté est en dépôt de
bilan.
Sommet du G8 à Gênes : un sommet
de violence. 150 000 anti-mondialistes
envahissent la ville.
Le nationaliste corse, François
SANTONI est assassiné à Ajaccio.
La population de Sangatte ne veut
plus du centre de réfugiés (1600 pour 800
habitants) et Eurotunnel également.
Le commandant MASSOUD est
assassiné en Afghanistan.
Et le 11 septembre…
En France et dans le monde
Restructuration chez "Danone". 3000
emplois menacés.
On instaure la prime à l’emploi, par
crédit d’impôt.
Séisme au Salvador : 666 morts et
4000 disparus.
Laurent -Désiré KABILA, président
de la République Démocratique du Congo,
est assassiné. La guerre civile s’installe.
La retraite mobilise les fonctionnaires.
A Lille, au cours de la manifestation, un
pompier de la région a la main arrachée par
une grenade.
Séisme en Inde : 15 000 victimes.
Alfred SIRVEN est arrêté aux
Philippines : le procès "Elf" peut se
poursuivre.
Après le foot, c’est au tour du
handball français d’être champion du
monde.
Ariel SHARON est élu en Israël, où la
violence continue.
A Sangatte, le centre des réfugiés est
cause de problèmes. 26 000 y ont déjà été
accueillis, et le passage vers l’Angleterre
reste le seul objectif. 190 interpellations en
une seule nuit.
José BOVE est condamné à 2 mois de
prison.
Après la vache folle, c’est la fièvre
aphteuse qui ravage les exploitations
agricoles anglaises. Cette maladie touchera
la Belgique, l’Allemagne, la France, où
6000 bêtes seront abattues.
Les Talibans détruisent les statues
géantes de Bouddha sur le site de Bamiyan.
Municipales de mars : peu de
bouleversements, la prime va aux sortants.
Mais il y a des surprises : Jean TIBERI
cède la place à Bertrand DELANNOE,
Lyon passe à Gauche, Jack LANG quitte
Blois, Elisabeth GUIGOU ne gagne pas à
308
14 %.Les personnes seules sont près du
tiers, en augmentation de 4 %.
Le taux d’activité qui était de 93,8 %
en 1975, est de 67 % en 1999. Roubaix
dispose de 38780 logements dont 42,2 % de
maisons individuelles. Il y a 37,8 % de
propriétaires et 11,5 % des habitations sont
inoccupées.
Roubaix installe son musée à la
piscine. Dès l’ouverture, la foule se presse :
4 000 personnes pour l’inauguration et plus
de 10 000 en deux jours.
C’est la 11ème édition de la " Braderie
de l’Art".
Ben LADEN est le suspect N° 1.
L’émotion est considérable dans le monde
entier. La tension monte et George BUSH
prépare l’Amérique à la guerre. La bourse
chute.
A Toulouse, l’usine chimique AZF
explose : 18 morts et 600 blessés.
Des enveloppes suspectes circulent
aux Etats-Unis. La peur gagne beaucoup de
pays.
La compagnie d’aviation belge
"Sabena" est en faillite.
Catastrophe toujours ! Un Air Bus
avec 255 passagers s’écrase sur un quartier
de New York.
Après deux mois de bombardements
intensifs par des forces occidentales, un
gouvernement d’union est installé en
Afghanistan qui n’a pas connu de paix
depuis 23 ans. Mais Ben LADEN est
introuvable.
Lionel JOSPIN se déclare candidat
pour les présidentielles de 2002.