LE PETIT SABLON

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LE PETIT SABLON
LE PETIT SABLON
VUB - FEVRIER 2004
Editorial ... en forme de pastiche (Arthur Chimkovitch)
La VUB ... Terre de vie
Deux semaines durant, cette université souvent si reine, les couloirs exigus animés de
sciences sereines, a déployé les ailes des examens, drapant les étudiants d'émotions diverses comme
autant de facettes qui, se construisant, se rencontrant ou se fondant en un tout, a fait d'elle un
sanctuaire par ses seuls disciples accessibles, une oasis de savoirs et de concentration enviée des
moines les plus studieux, située sans doute à Bruxelles mais relevant bien plus d'un cénacle céleste
surmontant l'Olympe, et éveillant chez chacun : la curiosité, l'interrogation, la réflexion, la beauté
... en un mot la lumière.
Bien sûr, seuls ceux qui veulent découvrir l'ont découverte, seuls ceux qui désirent à leur
esprit offrir de nouveaux horizons l'arpentent aujourd'hui, les autres, les thuriféraires du « tout est
relatif », les collectioneurs de clichés, ignorent son existence, et dans l'ignorance se complaisent,
elle n'en a cure, elle n'a pas été fondée pour eux.
Ceux-là persisteront dans leur définition simpliste : « La VUB, c'est une université ... »
Nous autres ici savons que c'est bien plus.
Mes meilleurs vœux pour l'année 2004 !
En guise de sommaire :
Rubrique musicale : p. 3-6
Sérénade de pastiches : p. 7-14
Le coin des « lectures futures » : p. 15-16
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Rubrique musicale
Judith GEVAERT
Jacques Brel est né le 8 avril 1929 à Bruxelles. Il a eu une éducation bourgeoise et
catholique. Il commença à chanter, adolescent, dans les kermesses.
Il est le compositeur, l’auteur et l’interprète de ses chansons : chacune d’elles est construite
comme un tableau ou comme une courte pièce de théâtre. La langue qu’il parle est celle de tous les
jours, mais il sait trouver des images qui lui donnent une poésie simple et forte. Il prête à chaque
personnage une voix, un accent qui révèlent un caractère. Brel a surtout un caractère dur et violent,
ce qui est symbole pour la révolte représenté dans les chansons.
A côté des thèmes relatifs à l’amour, à la société, à la vie et la mort, on trouve aussi
l’embourgeoisement dont « Les bourgeois » est un exemple.
( extrait de « Les bourgeois »)
Pour peindre cet embourgeoisement de l’âme et du corps, Brel évoque des villes de province
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où l’on vit au ralenti, où les notables organisent des soirées avec leurs divertissements médiocres, la
bière, la nourriture.
Brel nous présente les signes du vieillissement social : rétrécissement de l’esprit, sécheresse
du cœur, hypocrisies.
Dans la chanson « Les bonbons », Brel nous montre que si la femme quitte l’homme, elle
part souvent avec un autre homme. Cela est probablement exagéré.
(extrait de « Les bonbons »)
En 1959 Brel a ses plus grands succès avec « La valse à mille temps », « Les Flamands »,
« Ne me quitte pas ».
En 1961 il triomphe à l’Olympia. Pendant six ans il vit au rythme de tournées incessantes.
Le 9 octobre 1978 Jacques Brel meurt.
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Et pourquoi pas chanter
Brel en italien ... ?
Ne me quitte pas
je t'inventerai
des mots insensés
que tu comprendras
je te parlerai
de ces amants-là
qui ont vu deux fois
leurs cœurs s'embraser
je te raconterai l'histoire
de ce roi mort
de n'avoir pu
te rencontrer
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
il faut oublier
tout peut s'oublier
qui s'enfuit déjà
oublier le temps
des malentendus
et le temps perdu
à savoir comment
oublier ces heures
qui tuaient parfois
à coups de pourquoi
le cœur du bonheur
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Moi je t'offrirai
des perles de pluie
venues de pays
où il ne pleut pas
je creuserai la terre
jusqu'après ma mort
pour couvrir ton corps
d'or et de lumière
je ferai un domaine
où l'amour sera roi
où l'amour sera loi
où tu seras reine
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
On a vu souvent
rejaillir le feu
de l'ancien volcan
qu'on croyait trop vieux
il est paraît-il
des terres brulées
donnant plus de blé
qu'un meilleur Avril
et quand vient le soir
pour qu'un ciel flamboie
le rouge et le noir
ne s'épousent-il pas ?
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
je n'vais plus pleurer
je n'vais plus parler
je me cacherai là
à te regarder
danser et sourire
et à t'écouter
chanter et puis rire
laiss' moi devenir
l'ombre de ton ombre
l'ombre de ta main
l'ombre de ton chien
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas
Non andare via
Per te inventerò
Le parole pazze
Che tu capirai
E ti parlerò
Di due amanti che
Per due volte già
Hanno visto il fuoco
Ti racconterò
La storia di un re
Che morì perchè
Non li vide mai
Non andare via
Non andare via
Non andare via
Non andare via
la traduzione di Gino Paoli
Non andare via
Puoi dimenticare
Tutto quello che
Se n'è andato già
Tutti i malintesi
E tutti i perchè
Che uccidevano la felicità
Puoi dimenticare
Tutto il tempo che
E passato già
non esiste più
Non andare via
Non andare via
Non andare via
Non andare via
Io ti offrirò
Perle di pioggia venute
Da dove non piove mai
Aprirò la terra
Giù fino nel fondo
Per coprirti d'oro
d'oro e di luce
E ti porterò
Dove non c'è più
Che quel che tu vuoi
Che quel che tu cerchi
Non andare via
Non andare via
Non andare via
Non andare via
Nel vulcano spento
Che credevi morto
Molte volte il fuoco
E rinato ancora
Ed il fuoco brucia
Tutto quanto intorno
E non riconosco
Niente e nessuno
E quando c'è sera
E c'è il fuoco in cielo
Il rosso ed il nero
Non hanno un confine
Non andare via
Non andare via
Non andare via
Non andare via
Io non piango più
Io non parlo più
Mi nasconderó
E ti guarderó
Quando riderai
E ti sentirò
Quando canterai
Saró solo l'ombra
L'ombra della tua ombra
L'ombra della tua mano
L'ombra del tuo cane
Non andare via
Non andare via
Non andare via
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Une tendance musicale (Joyce DESMAELE)
Actuellement, il existe d’énormes tensions entre les êtres appartenant à différentes
cultures, générations, races et religions. Mais je remarque que l’on retrouve quand même
certains points communs entre celles-ci, et particulièrement dans la musique. Depuis plus de
deux millénaires, nous avons tous déja été confrontés avec des sons, des rythmes, des
instruments, des compositeurs, des groupes, etc. Il est clair qu’aujourd’hui une vie sans
musique est inconcevable.
Cette année, j’ai commencé mes études en langues romanes à la VUB. Du fait que
j’habite près d’Ostende, je suis obligée de rester sur turne pendant la semaine et n’ayant pas
de télévision, la radio est devenue une substitution agréable, presque nécessaire. Néanmoins,
je me suis aperçue d’un phénomène qui s’est manifesté depuis les dix dernières années du
siècle précédent à savoir, le plagiat. Il s’est avéré qu’il est de plus en plus difficile de trouver
une mélodie originale. Dans l’industrie musicale on réutilise de plus en plus des chansons
existantes pour en tirer un bénéfice financier. Le mot plagiat, est bien sûr mal utilisé car des
organisations nationales et internationales veillent sur le fait que les artistes d’origine ne
soient pas lésés. En Belgique cette organisation s’appelle la SABAM, et est donc la société
qui défend les auteurs, les compositeurs et les éditeurs. Elle veille sur le fait que les droits
d’auteurs soient versés aux ayant droits.
D’après moi, il existe deux sortes de chansons copiées. D’une part les chansons
originelles chantées par un autre artiste et d’autre part les airs modifiés ou transformés. Un
des nombreux tubes de Britney Spears a été "I love rock and roll", une chanson écrite par Joan
Jett. Celle-ci est un exemple de la première catégorie. La chanteuse Spears s’est heureusement
limitée à cette seule chanson copiée. Les A Teens par contre n’ont presque fait que chanter
des tubes d’Abba pendant leur brève période de popularité.
Pour la deuxième catégorie, que j’apprécie déjà beaucoup plus, il existe autant
d’exemples que ci-dessus. Marilyn Manson a obtenu énormément de popularité grâce à la
version rock de la chanson "Tainted Love", originellement de Soft Cell. Le tube "Smooth
Criminal" de Alien Ant Farm a contribué pour sa part à l’augmentation de la fortune de
Michael Jackson. Les versions rocks ne sont pas les seules à avoir du succès, de nombreux
disc-jockeys intègrent des chansons de ce genre dans leurs mixs : Solid Solution par exemple
a utilisé "The logical song" de Supertramp, et Elvis Presley est comme qui dirait ressuscité
grâce à JXL avec la chanson "A little less conversation".
Une troisième catégorie digne d’être mentionnée est la traduction. Les artistes belges
comme Dana Winner, Will Tura, Bart Kaël et beaucoup d’autres se servent souvent de
chansons universellement connues pour en faire leur version personnelle. La popularité de
cette catégorie se manifeste bien entendu plus souvent sur le plan local et par conséquence
plus rarement au niveau mondial. L’interprète d’expression flamande, Helmut Lotti a
cependant vendu des milliers de disques, de l’Afrique du Sud jusqu’aux Etats Unis.
Personnellement, j’apprécie les artistes qui sont encore capables d’écrire des créations
musicales originales ou ceux qui font encore l’effort de les transformer d’une manière
particulière et remarquable. A mes yeux, gagner de l’argent en chantant des airs existants ou
inchangés a dans tous les cas aucun mérite mais c’est bien entendu la méthode la plus facile et
rapide pour s’enrichir.
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Rubrique : sérénade de pastiches
Douce et modeste, instruite et spirituelle, rien ne pouvait éclipser Marianina si ce n'était sa
mère. (BALZAC)
Moderne et original, coloré et imposant, rien ne peut être comparé au Louvre si ce n'est le
centre Beaubourg. (Dafné BROSIUS)
Fort et masculin, sûr et costaud, rien ne pouvait toucher Lennon si ce n’était sa bien aimée.
(Thomas HOELBEEK)
Le livre de Tabucchi est une sorte de journal intime, il s'y révèle, il s'y dévoile, en prenant
soin de ne jamais étouffer le mystère. (Figaro littéraire)
Les livres de Tolkien sont une sorte de miroir de la réalité, il la reflète, il la décrit, en prenant
soin de ne jamais étouffer l'imaginaire. (Cassandra ROELS)
Plus qu'un capitaine au long cours, Conrad est l'astronome d'une épopée nocturne où brillent
des étoiles errantes. (Figaro littéraire)
Plus qu'un musée d'art contemporain, Beaubourg est un centre culturel où sont organisées des
expositions. (Dafné BROSIUS)
Plus qu'un simple écrivain, Tolkien est le créateur d'un monde imaginaire où réside l'idée de
l'espoir éternel. (Cassandra ROELS)
Plus qu'une station balnéaire touristique, Ostende est une petite ville où il fait bon vivre tout
au long de l'année. (Matthieu CHRISTIAENS)
Ce débat n'oppose pas seulement les auteurs du passé aux auteurs « modernes », mais aussi
les tenants de deux conceptions littéraires. (Figaro littéraire)
L'aube n'oppose pas seulement la lune et les étoiles nocturnes au soleil brillant, mais aussi la
fin et le début d'un jour merveilleux. (Els HAUTEKEETE)
Ce concert n'oppose pas seulement les chanteurs du passé aux chanteurs « nouveaux », mais
aussi les partisans de générations musicales. (Gaëlle BOESMANS)
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On imagine Stendhal, appuyé sur les pierres inondées de soleil, seul et transporté de bonheur
devant la sérénité parfaite de ce qu'il contemple. (Pierre-Jean REMY)
Je m’imagine Lennon, assis dans un fauteuil couvert de manteaux, silencieux et réfléchissant
après un concert moyen qu’il vient de donner. (Thomas HOELBEEK)
Or, un dimanche, pendant qu'on était aux vêpres, Frédéric et Deslauriers, s'étant fait
préalablement friser, cueillirent des fleurs dans le jardin de Mme Moreau, puis sortirent par la
porte des champs, et, après un grand détour dans les vignes, revinrent par la Pêcherie et se
glissèrent chez la Turque en tenant toujours leurs gros bouquets. (FLAUBERT)
Or, un matin, pendant que le soleil se levait, la rose et la pâquerette, s’éveillant lentement,
protégèrent leurs feuilles de la fraîcheur de l’aube, puis furent réchauffées par les rayons de
soleil, et, après une rafraîchissante ondée, revinrent dans leur beauté et se montrèrent dans la
nature en exposant leur manteau d’Arlequin. (Judith GEVAERT)
Il y a des gens qui sont mal logés, mal couchés, mal habillés et plus mal nourris ; qui essuient les
rigueurs des saisons ; qui se privent d'eux-mêmes de la société des hommes; qui souffrent du
présent, du passé et de l'avenir; dont la vie est comme une pénitence, et qui ont ainsi trouvé le
secret d'aller à leur perte par le chemin le plus pénible : ce sont les avares.
Il y a des gens qui sont très sympas, très faciles à vivre, très aimables et encore plus flatteurs,
qui vous tiennent compagnie, qui vous remontent le moral, qui ne vous contredisent pas, ni
maintenant, ni jamais, dont l’existence est intrinsèquement liée à vous, et qui un jour peut-être
seront la cause d’une collocation psychiatrique : ce sont les amis imaginaires. (Michele
LUCANGELO)
8
Valenciennes... Planète rêve (Victor LANOUX)
Pendant quatre jours, cette ville trop souvent assoupie la tête appuyée douilletement contre la
frontière voisine, va vivre à la vitesse lumière, au son des Dolbys dans un éblouissement
d'images disparates comme autant de molécules qui, s'entrechoquant, s'associant ou s'éclatant
feraient d'elle pour quelque temps un monde entre parenthèses, une petite planète surgie d'une
autre galaxie et atterrie ici au nord de la France mais au centre de partout, apportant avec elle en
offrande: l'utopie, la folie, le frisson, le rire... en un mot la vie.
Bien sûr, seuls ceux qui savent voir la verront, ceux qui savent vivre la vivront, les autres, les
aveugles de l'âme, les absents, n'entendront que des bruits confus, ne verront que l'obscur, elle
s'en moque, elle n'est pas venue pour eux.
Ceux-là continueront de dire : « Ha oui, Valenciennes, c'est dans le Nord...»
Nous autres ici savons que c'est ailleurs.
Paris ... Mon amour (Joyce DESMAELE)
Pendant cinq jours, ce groupe trop souvent enfermé, l’esprit vaguement concentré sur les
études universitaires, fit un voyage, au rythme du professeur Acke, dans la capitale d’un pays
magnifique qui, comme bien des villes, s’est agrandie, s'est développée et s'est modernisée,
pour devenir au fil du temps un énorme village né sur deux minuscules îles, situé dans la
partie septentrionale de la France mais régnant au centre de l’Europe, présentant
généreusement pour vous: le Louvre, la Tour Eiffel, les Champs-Elysées, Notre Dame…en un
mot l’art.
Naturellement, seuls ceux qui savent observer en ont joui, ceux qui savent aimer l’ont aimé,
les autres, les têtus, les impitoyables, ne sont restés que des ignorants déphasés, et sont
demeurés insensibles, Paris s’en fout, Paris n’est pas construite pour eux.
Ceux-là persisteront à réitérer : « Paris ? N’est-ce pas la capitale de la France ? »
Nous autres savons, que c'est surtout autre chose….
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Mon chien, c'est quelqu'un (Raymond DEVOS)
Depuis quelque temps, mon chien m'inquiète ...
Il se prend pour un être humain, et
Je n'arrive pas à l'en dissuader.
Ce n'est pas tellement que je prenne mon chien
pour plus bête qu'il n'est ...
Mais que lui se prenne pour quelqu'un,
c'est un peu abusif !
Est-ce que je me prends pour un chien, moi ?
Quoique ... Quoique ...
Dernièrement,
il s'est passé une chose troublante
qui m'a mis la puce à l'oreille !
Je me promenais avec mon chien
que je tenais en laisse ...
Je rencontre une dame avec sa petite fille
et j'entends la dame qui dit à sa petite fille :
« Va ! Va caresser le chien ! »
Et la petite fille est venue ...
me caresser la main !
J'avais beau lui faire signe qu'il y avait
erreur sur la personne,
que le chien, c'était l'autre ...
la petite fille a continué de me
caresser la main ...
Et la dame a dit :
- Tu vois qu'il n'est pas méchant !
Et mon chien, lui, qui ne rate jamais
une occasion de se taire ...
a cru bon d'ajouter :
- Il ne lui manque que la parole, madame !
Ça vous étonne, hein ?
Eh bien, moi, ce qui m'a le plus étonné,
ce n'est pas que ces dames m'aient
pris pour un chien ...
Tout le monde peut se tromper !
... Mais qu'elles n'aient pas été autrement
surprises d'entendre mon chien parler ... !
Alors là ...
Les gens ne s'étonnent plus de rien.
Moi, la première fois que j'ai entendu
mon chien parler,
j'aime mieux vous dire que j'ai été surpris !
C'était un soir ... après dîner.
J'étais allongé sur le tapis,
je somnolais ...
Je n'étais pas de très bon poil !
Mon chien était assis dans mon fauteuil,
il regardait la télévision ...
Il n'était pas dans son assiette non plus !
Je le sentais !
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J'ai un flair terrible ...
A force de vivre avec mon chien?
le chien ... je le sens !
Et, subitement, mon chien me dit :
- On pourrait peut-être de temps en temps
changer de chaîne ?
Moi, je n'ai pas réalisé tout de suite !
Je lui ai dit;
- C'est la première fois que tu me
parles sur ce ton !
Il me dit :
- Oui ! Jusqu'à présent, je n'ai rien dit,
mais je n'en pense pas moins !
Je lui dis :
- Quoi ? qu'est-ce qu'il y a ?
Il me dit :
- Ta soupe n'est pas bonne !
Je lui dis :
- Ta pâtée non plus !
Et, subitement, j'ai réalisé
que je parlais à un chien ...
J'ai dit :
- Tiens ! Tu n'es qu'une bête,
je ne veux pas discuter avec toi !
Enfin quoi ...
Un chien qui parle !
Est-ce que j'aboie, moi ?
Quoique ... Quoique ...
Dernièrement, mon chien était sorti
sans me prévenir ...
Il était allé aux Puces,
et moi j'étais resté
pour garder la maison.
Soudain ... j'entends sonner.
Je ne sais pas ce qui m'a pris,
au lieu d'aller ouvrir,
je me suis mis à aboyer !
Mais à aboyer !
Le drame, c'est que mon chien,
qui avait sonné et qui attendait derrière la porte,
a tout entendu !
Alors, depuis,
je n'en suis plus le maître !
Avant, quand je lui lançais une pierre,
il la rapportait !
Maintenant, non seulement il ne la rapporte plus,
mais c'est lui qui la lance !
Et si je ne la rapporte pas dans les délais ...
qu'est-ce que j'entends !
Je suis devenu sa bête noire, quoi !
Ah ! mon chien, c'est quelqu'un !
C'est dommage qu'il ne soit pas là,
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Il vous aurait raconté tout ça mieux que moi !
Parce que cette histoire,
lorsque c'est moi qui la raconte,
personne n'y croit !
Alors que ...
lorsque c'est mon chien ...
les gens sont tout ouïe ...
Les gens croient
n'importe qui !
Mon ordinateur, c’est un cas. (Samir AL-HADDAD)
Depuis quelque temps, mon ordinateur m’énerve…
Il me prend pour un demeuré, et
Je n’arrive pas à le réparer.
Ce n’est pas tellement que je prenne mon PC
pour moins intelligent qu’il n’est…
Mais que lui se prenne pour un intellectuel,
c’est un peu abusif !
Est-ce que je me prends pour un ordinateur, moi ?
Quoique… Quoique…
Dernièrement, il s’est passé une chose troublante
qui m’a mis la puce électronique à l’oreille !
Je surfais sur mon ordinateur
A l’aide de sa souris
que je caressais gentiment …
Je vois un message qui s’inscrit dans une fenêtre
et je lis l’avis dans la fenêtre :
« La mémoire est saturée ; sélectionnez les fichiers superflus ! »
Et la petite souris est venue
me cliquer partout sur la tête !
J’avais beau essayer de la pointer dans l’autre direction,
vers l’écran, qui était là…
la petite souris a continué de
braquer mon crâne…
Et l’écran affichait :
‘Boîte crânienne vidée !’
Et mon ordinateur, qui ne rate jamais
Une occasion de faire l’intéressant…
A cru bon d’ajouter :
« De toute façon, ta cervelle ne fait pas le poids
à côté de mon génie, petite tête ! »
Ca vous étonne, hein ?
Eh bien, moi, ce qui m’a le plus étonné,
Ce n’est pas que cette souris m’ait
Pris pour un écran…
La technologie n’est pas sans faille !
…Mais qu’elle n’ait pas été autrement surprise
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de l’arrogance de mon ordinateur… !
Alors là…
Les mammifères ne s’étonnent plus de rien.
Moi, la première fois que j’ai entendu
mon PC m’insulter,
j’aime mieux vous dire que je n’ai pas souri !
C’était un soir… avant de me coucher.
J’étais installé à mon bureau,
je téléchargeais…
Je travaillais en veilleuse !
Mon ordinateur était mis sur un piédestal.
Il m’observait à travers sa ‘webcam’…
Il n’avait pas bonne mine !
Je m’en souviens !
C’est gravé dans ma mémoire…
A force de travailler avec mon ordinateur,
Mon ordinateur… je le capte !
Et, subitement, mon ordinateur me dit :
« Tu n’as pas bientôt fini de me transmettre tes virus ? »
Moi, je n’ai pas réalisé tout de suite !
Je lui ai dit :
« C’est la première fois que tu me parles sur ce ton ! »
Il me dit :
« Oui ! Jusqu’à présent je n’ai rien dit, mais je n’en pense pas moins !
Je lui dis :
« Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? »
Il me dit :
« Tes données ne sont pas intéressantes ! »
Je lui dis :
« Tes performances non plus ! »
et subitement, j’ai réalisé
que je parlais à un ordinateur…
J’ai dit :
« Tiens ! Tu n’es qu’une machine,
je ne veux pas discuter avec toi ! »
Enfin quoi, un ordinateur qui parle !
Est-ce que je fonctionne sur secteur, moi ?
Quoique… Quoique…
Dernièrement, mon ordinateur s’était éteint,
sans me prévenir…
Il était dans les bras de Morphée,
et moi j’étais resté à mon poste de travail
Pour relire ma dissertation.
Soudain… je remarque une faute.
Je ne sais pas ce qui m’a pris,
au lieu de la corriger,
J’ai ouvert des fenêtres
Et encore des fenêtres !
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Le drame, c’est que mon ordinateur,
qui s’était mis en veille et qui avait allumé sa webcam,
a tout vu !
Alors, depuis,
Je n’en suis plus l’utilisateur !
Avant, quand j’insérais une disquette,
Il l’avalait !
Maintenant, non seulement il ne l’avale plus,
Mais il la recrache !
Et si je ne lui offre pas un CD-rom qu’il aime, qu’est-ce que j’entends !
Je suis devenu son objet, quoi !
Ah ! Mon ordinateur, c’est un cas !
Heureusement qu’il n’est pas là,
Il vous aurait ri au nez !
Evidemment, sa souris ses sarcasmes,
lorsque c’est moi qui les subis,
Tout le monde rigole !
Alors que …
si c’était leur ordinateur…
les gens bloqueraient à cause d’un ‘bogue’ !
…
Les gens bloquent devant n’importe quoi !
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Rubrique : le coin des « lectures futures »
Cette rubrique se fixe pour objectif de présenter des textes contemporains qui
pincèrent harmonieusement l'une ou l'autre corde sensible de leur(s) lecteur(s).
Tahar BEN JELLOUN, Le premier amour est toujours le dernier, 1995, 200 p. (21 nouvelles)
« Ce livre raconte le déséquilibre et les malentendus entre l'homme et la femme
arabes. Les histoires qu'on y trouve ne parlent que d'amour, c'est-à-dire de solitude, de secret
et d'inconpréhension. Et puis ce besoin d'amour devient vite une recherche de soi, car pour
aimer l'autre, pour donner, il faut s'aimer un peu soi-même. Ce n'est pas si simple, dans un
pays où la tradition et la religion aident surtout l'homme à asseoir sa petite puissance, alors
même que rien ne peut s'y faire sans la femme. » (Quatrième de couverture)
Extrait :
Grande, Sakina souffrait d'un léger strabisme, ce qui la rendait plus attirante
encore. Sa longue chevelure noir tombait jusqu'aux reins ; elle en jouait un peu
quand il se penchait pour suivre les glissements de la voix. Les caftans qu'elle portait
étaient fins et mettaient sa poitrine en valeur. Pudique, elle ne laissait rien voir et ne
regardait jamais son public. Quand elle chantait, on eût dit qu'elle partait vers un
autre monde, les yeux levés au ciel, les bras tendus vers l'inconnu. Cete attitude
séduisait beaucoup les hommes qui payaient cher pour l'écouter. Sa voix rappelait
celle d'Ismahane et d'Oum Kalthoum. Elle avait ces deux registres, ce qui en faisait
une chanteuse exceptionnelle. Pour elle, c'était un don de Dieu. Croyante, elle faisait
ses prières quotidiennes, ne buvait pas d'alcool et se maquillait à peine. Certains
l'appelaient Lalla Sakina, comme si elle était porteuse de sainteté. Ses admirateurs
appréciaient chez elle cette retenue, cette timidité qui la distinguaient de n'importe
quelle autre chanteuse arabe. La presse la respectait. Elle ne défrayait jamais la
chronique. On avait peu d'informations sur sa vie privée. On savait qu'elle n'était pas
mariée et qu'elle refusait de parler de sa famille ou de ses projets comme font, en
général, les stars de la chanson ou de l'écran.
Belle et sereine, Sakina intimidait tous ceux qui essayaient de la séduire,
repoussant avec élégance et fermeté leurs avances.
Ce soir-là, elle était habillée de blanc et de bleu. Elle portait peu de bijoux et,
comme Oum Kalthoum, tenait à la main droite un foulard blanc. Elle n'avait chanté
qu'une seule chanson, Les Mille et Une Nuits. Elle avait repris plusieurs fois le même
refrain en changeant la voix et le rythme. Les bédouins, déjà ivres, criaient et lui
demandaient de reprendre le dernier passage. Elle le faisait avec grâce. La chanson
parlait de verres vides, de verres pleins, d'ivresse, d'étoiles descendues sur terre, et de
nuits longues, tissées de rêves. Elle permettait aux imaginations d'errer à l'infini.
15
Philippe DJIAN, Sotos, 1993, 490 p.
« Entrer dans la vie, c'est entrer dans l'arène. On est jeune, plein de feu, et on croit la
vie à ses pieds. Très vite, on décrouvre que ce qui va se passer est un peu plus compliqué
qu'il n'y paraissait. Que les châtiments successifs débouchent sur l'inéluctable mise à mort.
Sous la lumière brutale d'un immense Sud hispanique, trois hommes font brutalement
l'apprentissage de la vie : Mani, fils sans père, dans toute la fougue de ses dix-huit ans,
cherche une direction, un chemin ; Vito, père sans fils, confronté à la quarantaine, cherche à
revenir dans les pas qu'il s'est tracés ; Victor Sarramanga, vieux solitaire farouche qui règne
sur l'espace et les gens, cherche à régler ses ultimes comptes. Le premier va subir les
premières piques, le second recevoir les banderilles, le dernier rencontrer son heure de vérité.
Et tous vivront le manque amer de ce que l'on veut de toutes ses forces et qui ne vient jamais
quand et comme on l'attend. Ainsi de ces femmes que l'on désire trop fort. Et qui se livrent
trop vite, trop mal.
Et tandis que les Sotos, ces petits démons qui vivent aplatis comme des galettes entre
le bois et l'écorce et qu'on entend crier quand les troncs grincent et craquent à la tombée du
jour, vibrent sous la tension électrique des orages, les personnages s'affrontent dans la
fulgurance des passions et des pulsions. Jusqu'à ce que le feu les dévore et mette chacun,
survivant ou mort, en paix avec lui-même. » (Quatrième de couverture)
Extrait :
Mon repas m'est resté sur le ventre. Les premiers repas me tombaient toujours
sur l'estomac quand une nouvelle tête se présentait. Même si je voyais au premier
coup d'œil que nous en serions débarrassés dans le mois qui suivrait, une simple
salade et un demi-verre de vin ne passaient pas. C'était assez stupide de ma part,
mais parfaitement incontrôlable. Stupide, car au fond ces types-là ne m'avaient
jamais créé beaucoup d'ennuis. Et la plupart des gens que je connaissais avaient des
parents divorcés et subissaient ce genre de situation, ou pire encore, cent fois pire.
Cela faisait partie de nos conversations habituelles.
Lui non plus n'a pas beaucoup mangé. Il s'est levé, je crois, pour aller vomir,
car il est revenu blanc comme un mort, le devant de sa chemise tout aspergé d'eau. Il
a fait signe à ma mère de ne pas s'inquiéter et s'est tourné vers Bob qui racontait
comment ses ventes avaient explosé.
A la réflexion, je m'en suis voulu de m'être soucié à son sujet. Les mystères
dont Ethel l'avait entouré, la colère de mon grand-père semblaient démesurés si on
l'observait cinq minutes. Je lui conseillais de s'accrocher dès qu'il sentirait un coup
de vent. D'autres avant lui, sur lesquels en comparaison j'aurais parié ma chemise,
avaient été balayés d'un revers de la main, mis en miettes comme de vulgaires
brindilles. Il était silencieux. Ne posait pas de question. Interrogé, il ne répondait
que quelques mots. Si nous devions l'avoir un moment dans les jambes, c'était un
poids en moins, non négligeable si l'on savait ce que signifiait d'être poursuivi d'une
pièce à l'autre, à chaque instant, par un foutu moulin à paroles. Son regard était plus
embarrassant. Cela venait sans doute de la couleur de ses iris, d'un bleu particulier,
tirant sur le mauve. Mais je ne comptais pas en abuser. Le genre ténébreux était une
nouvelle friandise que s'offrait ma mère. Il fallait bien qu'elle l'ait épousé pour
quelque chose.
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WOLINSKI, La Morale, 1992.
« Il ya eu Platon, Aristote, Horace, Sénèque, Marc-Aurèle, Montaigne, La Bruyère,
Voltaire, Chamfort, quelques autres encore, et puis est apparu Wolinski. Il a sur ses
prédécesseurs l'avantage d'être aussi dessinateur. Il nous propose donc une morale illustrée.
Le cas est unique dans les annales.
Au fait, qu'est-ce qu'un moraliste ? C'est celui qui conduit une réflexion sur les mœurs
et la nature humaine. » (Quatrième de couverture)
Les sujets abordés (avec sarcasmes ...) :
La Vérité, la réalité et le mensonge
Le Bien et le mal
L'Humour, l'ennui et la peur
L'Argent, les riches et les pauvres
L'économie et la politique
Sondages et communication
Le Racisme et l'exclusion
Le Bonheur et le malheur
Le Désir et le plaisir
L'Amour et le couple
La Sagesse, la vanité et la lucidité
Eloge de la faiblesse
Eloge de la vieillesse
Le Passé, l'avenir, la vie et la mort
Extrait :
On s'enrichit en diminuant ses besoins.
Les Français ont le droit de se détester entre eux, mais pas celui de détester les
bougnoules et les youpins.
C'est très excitant d'être désespéré ; chaque fois que cela m'est arrivé, j'ai puisé dans
mon désespoir des forces nouvelles.
Les gens qui prétendent faire votre bonheur à tout prix, sont pires que ceux qui se
fichent pas mal de votre malheur.
Je préfère le désir au plaisir, parce que je n'oublierai jamais certains de mes désirs,
alors que mes plaisirs ne m'ont laissé aucun souvenir ...
La famille était forte tant que les couples acceptaient de vivre sans s'aimer.
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