Permis de conduire : comment j`ai récupéré quatre points

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Permis de conduire : comment j`ai récupéré quatre points
Permis de conduire :
comment j'ai récupéré quatre points
La tolérance zéro sur le bitume a réduit le nombre des tués et fait fleurir les stages de sensibilisation.
(Dessin de Man)
Que ce soit bien clair. Luce, monitrice d’auto-école gardoise, et Sophie, son acolyte psychologue d’Aixen-Provence, ne sont pas là pour faire rentrer dans les caboches des conducteurs indociles l’intégralité
du code de la route.
Des stages à 250 €
Ce qu’elles souhaitent, au terme de ces deux jours de stage de sensibilisation, c’est que chacune des
dix-huit personnes présentes engage une réflexion sur elle-même. Inutile d’être hypocrites : les
“délinquants de la route” que nous sommes, regroupés dans les locaux d’un organisme de soutien
scolaire à Montpellier, espèrent avant tout récupérer quatre points sur leur permis en péril.
D’autant plus que ces 48 heures coûtent en moyenne la bagatelle de 250 €. Auto-écoles, centres de
perfectionnement, centrales d’achat sur le net se partagent ce marché très lucratif.
"Un changement de comportement en deux jours, ça n’existe pas, admet Sophie. Mais ça peut amener
à prendre une direction différente." Un bouleversement des habitudes de conduite sur dix ans, à
l’échelle d’un pays, il paraît que ce n’est pas possible non plus. Ça demande plus de temps.
Permis à point : un barème de sanctions
Le permis à point a en effet vu le jour en 1992, sous la pression de l’Europe qui estimait qu’il y avait
trop de morts sur les routes de France. L’insécurité routière causait plus de 9 000 décès par an. Leur
nombre s’est réduit à 3 994 fin 2010, avec l’effet conjugué des radars.
Encore trop pour l’Etat qui vient d’instaurer un barème de sanctions plus rigoureux : par exemple,
tout possesseur d’un avertisseur de radar écope de 1 500 € et d’un retrait de six points au permis.
D’une totale permissivité sur le bitume, on est passé à un système de tolérance zéro. Comme au
quotidien pour la cigarette et l’alcool. Difficile à digérer pour nos âmes avides de libertés.
Délinquants de la route ?
Le tour de table de présentation des candidats à la récupération des points chasse les préjugés. Celui
qui viole la loi routière n’est pas qu’un chauffard en puissance qui aime lever son verre à l’excès et
appuyer sur l’accélérateur de son véhicule-fusée. Il y a tous les profils.
Le chauffeur-livreur, l’entrepreneur, l’étudiante, l’infirmière, l’administrateur, le policier... et le
journaliste. Ils admettent plus ou moins qu’ils ont péché sous l’emprise d’un ou de plusieurs facteurs :
stress social quotidien, sentiment de toute puissance et de sécurité provoqués par l’habitacle de leur
véhicule et la sensation du volant entre les mains, adrénaline de la transgression.
"La pression au travail revient souvent, la nécessité de gagner du temps aussi", reconnaît Luce.
Comme l’oppression des travaux en ville, les embouteillages récurrents. "On le voit surtout à
Montpellier ou Nîmes."
Or, ces causes extérieures qui poussent à la faute ne sont que de fausses excuses. "Il faut arrêter de se
dédouaner sur l’employeur, l’Etat, la police, mais se conduire en responsable", poursuit la
psychologue. Mettre le frein, dans tous les sens du terme, car sa seule vie n’est pas en jeu. Celle de
ceux qui partagent avec nous la chaussée aussi.
A LA LOUPE : Permis invalidé
On peut effectuer un stage tous les ans. Trois ans passés sans infraction permettent de récupérer les 12
points. Si leur nombre tombe à zéro, le permis n’est pas suspendu ni annulé. Juste invalidé durant six
mois et récupéré après passage du code de la route, d’une visite médicale, de tests psychotechniques.
Les conducteurs en permis probatoire doivent le repasser après le code. Le plus jeune Français a avoir
suivi un stage de sensibilisation avait neuf ans. Il circulait... sans permis !
L'avis de l'avocat : "Il ne faut pas faire l’autruche"
Avocat parisien de l’Automobile Club des avocats, Jean-Baptiste le Dall explique comment on
apprend la perte des points. "Théoriquement, quand vous perdez des points sur le permis, vous
recevez un courrier du Fichier national des permis, un service du ministère de l’Intérieur, avec le
solde."
Le courrier peut être envoyé à une vieille ou mauvaise adresse. Et ne jamais arriver dans la boîte aux
lettres. "Comme il n’y aucune notion de prescription en la matière, on peut recevoir la notification de
retrait de points plus de 6, 8 et même 18 mois après l’infraction." Du coup, on peut ne pas être au
courant d’un retrait que l’on aura peut-être mécaniquement récupéré au bout de 6 mois, 2 ou 3 ans... si
on n’a pas perdu d’autres points entre-temps.
Deuxième possibilité : quand on a perdu la moitié de ses points, on reçoit un courrier recommandé
(dit 48 M) avec un code d’accès au site internet Télépoint. Mais, là aussi, on n’a qu’un solde sans
pouvoir vérifier combien d’infractions ont été comptabilisées ni quand.
Pour connaître au mieux sa situation, Jean-Baptiste le Dall conseille "de ne pas faire l’autruche". Il
faut demander le relevé d’information intégral qui est un chek up précis. En cas d’invalidation de
permis, on a deux mois pour attaquer devant le tribunal administratif.
"Cela permet de gérer au mieux son capital. De savoir quand il vaut mieux effectuer son stage de
récupération de 4 points, ce qui n’est possible qu’une fois par an."
(OLIVIER SCHLAMA)

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