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QUESTION’AIR
FICHE n°
Les fiches du CEMS Air
62
Droit et institutions - Mai 2012
LA GUERRE AU CINÉMA
Un lien originel unit la guerre et le cinéma qui s’est très tôt emparé du sujet pour en nourrir fictions
et documentaires. Le cinéma est à la fois un outil en temps de guerre et un sujet de réflexion et de divertissement. Le film de guerre est un genre en vogue et permet de lire les attentes et les angoisses des
sociétés qui sont, ou qui ont été, confrontées au conflit armé.
I. Le cinéma en guerre
1. Témoigner
Lors de la première guerre mondiale, les demandes d’images des Français obligent les sociétés Gaumont et Pathé à acheter des films aux Allemands, en 1914 ! L’engouement pour les salles obscures en temps
de guerre ne se démentira plus. Le cinéma s’interdit de montrer des cadavres durant la guerre, sauf ceux
des Allemands et seulement à partir de 1916. La caméra relie alors les soldats et leurs familles : en saluant
l’objectif, le Poilu s’adresse à l’arrière, donc à la France. La plupart des scènes de batailles sont montées
à partir de mises en scène artificielles. Lors de la seconde guerre mondiale, les Américains multiplient les
diffusions de reportages dans les cinémas du pays, créant une connivence forte entre le public et les GI’s.
L’image est naturellement encadrée par les pouvoirs publics qui autorisent ou non leur diffusion.
2. Mobiliser
Par la puissance évocatrice de l’image, le cinéma se transforme en formidable auxiliaire du pouvoir
lorsqu’il s’agit de mobiliser l’opinion à l’effort de guerre. Ainsi Cecil B de Mille (Joan the Woman, et
W. Griffith La Petite Américaine), en 1917, participent à la mobilisation du public en faveur des
États-Unis. Les films de la cinéaste nazie Leni Riefensthal visaient à la fois à fasciner les Allemands et à
impressionner l’opinion européenne par les images « martiales » des rassemblements préludes à l’emploi
de la force armée. Il s’agit d’user de ressorts classiques qui exaltent la nation, la justesse de l’engagement,
et qui stigmatisent un ennemi nécessairement diabolique. Why we fight ? fut repris plusieurs fois avant et
après le déclenchement de la guerre par les Américains dans les années 1940. En 1942, Casablanca de Michael Curtiz, avec Humphrey Bogart, témoigne de l’engagement des artistes en faveur de la guerre.
3. Divertir
La pénurie de pellicule et les impératifs du combat, comme de l’occupation, rendent les conditions
de développement du cinéma difficiles en temps de guerre. Il existe pourtant une production riche qui
vise souvent à divertir un public, parfois à en détourner l’attention des combats : Les Visiteurs du soir de
Marcel Carné, en 1942, Le Corbeau de Clouzot, en 1943, illustrent l’ambiguïté d’une production pourtant
soumise à la censure française et allemande. En 1918, Charlie Chaplin tourne Charlot Soldat, film lui aussi
ambigu par son récit qui hésite entre nécessité du combat et absurdité de la guerre. Les comédies musicales
sont nombreuses en ces temps difficiles en Allemagne, comme en Angleterre ou aux États-Unis. Durant la
guerre froide, le western, par bien des aspects, apparaît comme un substitut au film de guerre en utilisant
les mêmes artifices : Règlement de compte à OK Corral de John Sturges, et Les Bérets verts de John Ford,
en 1968, en rendent compte à leur manière.
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II. La guerre au cinéma
1. Héroïser
Les films de guerre héroïsent le combattant et ravalent au rang de bête l’ennemi comme le montre
John Ford dans sa Bataille de Midway en 1942. Par souci d’intensité dramatique, le film élude les temps
morts et accélère les événements dégageant souvent l’image de soldats réduits à leurs actions glorieuses :
en 1983, le personnage de Rambo exorcise les traumatismes de l’Amérique. En URSS, dans l’entre-deuxguerres, Eisenstein exalte les vertus de la nation à travers Alexandre Nevski, tandis qu’au même moment
Scipion l’Africain vante les mérites d’une Italie fasciste à travers ses gloires du passé. La guerre sert également de mythe fondateur : guerre d’Indépendance avec The Patriot en ou de Sécession avec Autant en
emporte le vent fondent, dans le sang, l’unité de la nation. En 1966, La Grande Vadrouille de Gérard Oury
présente une France résistante, unie, face à l’occupant.
2. Dénoncer
Malgré la censure, les films qui dénoncent la guerre, et basculent parfois dans l’antimilitarisme, ne
sont pas absents des écrans. En 1919, Abel Gance dénonce, avec son J’accuse, l’absurdité de la guerre en
mettant en scène les « retrouvailles » des soldats morts avec ceux qui sont restés en vie. En 1957, Stanley
Kubrick dans Les Sentiers de la gloire puis avec Dr Folamour, en 1963 et enfin Full Metal Jacket, en 1987,
raille avec férocité la brutalité et la folie des hommes. Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse de Rex Ingram
condamne la guerre au nom de ces mêmes principes. Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, en 1976,
et Deer Hunter, de Michael Cimino en 1977, traduisent les traumatismes américains face à la guerre du
Vietnam quand Né un 4 juillet d’Oliver Stone propose une lecture pacifiste voire antimilitariste du conflit.
3. Faire mémoire
Le cinéma sert aussi à commémorer les souffrances de la guerre davantage que la guerre elle-même.
Steven Spielberg rend hommage aux justes dans La Liste de Schindler, en 1993, et aux simples soldats dans
Il faut sauver le soldat Ryan, en 1998. Des réalisateurs comme Élie Chouraqui cherchent à panser les plaies
du conflit israélo-palestinien avec Ô Jérusalem, en 2005. Avec La Ligne rouge, Terence Mallick dénonce,
en 1999, l’incohérence de la guerre qui conduit l’homme à détruire la nature et à se détruire lui-même sans
pour autant verser dans l’antimilitarisme. Cette démarche, au mépris des réalités historiques, réécrit le
passé : ainsi en est-il du film Joyeux Noël en 2005, au nom de la réconciliation franco-allemande.
Pour aller plus loin :
- BIMBENET Jérôme, Film et histoire, Armand Colin, 2007
- PORTES Jacques, De la scène à l’écran. Naissance de la culture de masse aux États-Unis, Belin, 1997
Rédaction en chef et direction de la publication :
Centre d’enseignement militaire supérieur Air (CEMS Air)
ISSN 1963-2150
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