Lionel Shriver, Big Brother

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Lionel Shriver, Big Brother
Université Lumière-Lyon 2
Master 1 Professionnel Lettres Modernes
Marine Bourdry
Lionel Shriver, Big Brother
Mémoire préparé sous la direction de Denis Reynaud et Martine Boyer-Weinmann
Année universitaire 2014-2015
1
INTRODUCTION
Le mémoire que je présente pour validation de mon année porte sur le roman Big
Brother de la romancière américaine Lionel Shriver, paru en anglais chez Harper en
2013. Publié dans sa version française chez Belfond en 2014, il s'agit du cinquième
ouvrage de l'auteur traduit dans notre langue. Lionel Shriver sera par ailleurs présente
aux Assises Internationales du Roman 2015, organisées par la Villa Gillet.
Partant d'un ensemble de textes sélectionnés au cours de mes recherches, et
répertoriés dans la bibliographie, j'ai dégagé six articles à mon sens représentatifs d'une
certaine pratique du journalisme en France et en Grande-Bretagne, et plus précisément
de la critique littéraire. Parallèlement, j'ai inclus dans mon anthologie un article du cru
de Lionel Shriver elle-même, afin de donner un échantillon de son écriture
journalistique, et de pouvoir comparer celle-ci avec son travail en tant qu'écrivain. J'ai
opéré plusieurs coupes dans l'article en question : la longueur des textes étant une des
particularités du journalisme britannique, mais incompatible avec l'élaboration de mon
anthologie.
La troisième partie, intitulée Métacritique, sera composée autour de deux angles
d'approche principaux : dans un premier temps une présentation des différences entre le
journalisme à la française et le journalisme à la britannique, appuyée sur des exemples
précis tirés du corpus de recherche, ainsi qu'un certain nombre d'éclairages historiques ;
puis dans un second temps, une analyse poussée des procédés employés par les
journalistes pour faire la promotion ou la critique d'une œuvre littéraire.
Enfin, mon essai personnel portera sur le descriptif des troubles alimentaires dans le
roman de Lionel Shriver, et proposera une comparaison entre ses positions publiées sous
forme romanesque et celles publiées dans sa tribune du Guardian. En outre, je contribue
cette année à l'organisation des Assises Internationales du Roman de la Villa Gillet,
auxquelles assistera Lionel Shriver ; mon essai personnel décrira cette expérience dans
le domaine croisé de la littérature et de l'événementiel, et les éclairages qu'une rencontre
avec l'auteur aura éventuellement pu apporter aux sujets qui m'importent dans ce
mémoire.
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I. BIBLIOGRAPHIE
De l’auteur
SHRIVER Lionel, Il faut qu’on parle de Kevin, 2006 (We Need to Talk about Kevin,
2003), traduit de l’anglais par Françoise Cartano, Paris : Editions Belfond, 485 p.
SHRIVER Lionel, La Double vie d’Irina, 2009 (The Post-Birthday World, 2007),
traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch, Paris : Editions Belfond, 483 p.
SHRIVER Lionel, Double faute, 2010 (Double Fault, 1997), traduit de l’anglais par
Michèle Lévy-Bram, Paris : Editions Belfond, 444 p.
SHRIVER Lionel, Tout ça pour quoi, 2012 (So Much for That, 2010), traduit de
l’anglais par Michèle Lévy-Bram, Paris : Editions Belfond, 527 p.
SHRIVER Lionel, Big Brother, 2014 (Big Brother, 2013), traduit de l’anglais par
Laurence Richard, Paris : Editions Belfond, 433 p.
SHRIVER Lionel, article « I sold my family for a novel », in The Guardian, 17 octobre
2009 (publication en ligne), URL : http://goo.gl/Wv2cig
SHRIVER Lionel, article « Reluctant urban runner », in The Guardian, 1er novembre
2009 (publication en ligne), URL : http://goo.gl/Dk5nG3
SHRIVER Lionel, article « My brother is eating himself to death », in The Guardian,
1er décembre 2009 (publication en ligne), URL : http://goo.gl/iWBjoq
SHRIVER Lionel, article « Our obsession with diet is backfiring », in The Telegraph, 22
avril 2013 (publication en ligne), URL : http://goo.gl/JVLU9P
SHRIVER Lionel, article « If you’re thin, you are a kook; if you’re fat, you’re a
failure », in The Guardian, 11 mai 2013 (publication en ligne), URL :
http://goo.gl/GVQSLS *
SHRIVER Lionel, article « Sorry Lammily, your dumpy looks won’t fool many little
girls », in The Guardian, 21 novembre 2014 (publication en ligne), URL :
http://goo.gl/wG3UzR
Articles de presse en langue française
BOUCHY Florence, article « Insoutenable pesanteur de la chair », in Le Monde des
Livres, 20 novembre 2014 (publication en ligne), URL : http://goo.gl/ZFXxlw
COMPERE-DEMARCY Murielle, article « Big Brother, Lionel Shriver », in La Cause
Littéraire, 25 octobre 2014 (publication en ligne), URL : http://goo.gl/dsdBGM
FERNIOT Christine, article « Lionel Shriver : « Je n’ai jamais cessé d’écrire depuis que
3
j’ai appris à lire » », in Télérama, 13 novembre 2014 (publication en ligne), URL :
http://goo.gl/nbJpjZ
GRENU Pierre-Yves, article « « Big Brother » : la crise de régime de Lionel Shriver »,
in FranceTVInfo, 15 septembre 2014 (publication en ligne), URL :
http://goo.gl/JUYQaX *
LAHAYE Brice, article « Rentrée littéraire. « Big Brother », un livre coupe-faim », in
MyTF1News, 18 août 2014 (publication en ligne), URL : http://goo.gl/xNgPKj
PHELIP Olivia, interview « Lionel Shriver : des régimes et des hommes », in Le
Huffington Post, 3 novembre 2014 (publication en ligne), URL :
http://goo.gl/zq9G6M
ROSSIGNOL Véronique, article « Les appétits », in Livres Hebdo, 13 juin 2014
(publication en ligne), URL : http://goo.gl/xoYEMo
TRAN HUY Minh, interview « Lionel Shriver, la plume d’une Amérique à la dérive »,
in Le Figaro Madame, 4 septembre 2014 (publication en ligne), URL :
http://goo.gl/GqL7lv *
Articles de presse en langue anglaise
BARCLAY Paul, article « Lionel Shriver : we need to talk about my big brother », in
Australian Broadcasting Corporation, 3 mars 2014 (publication en ligne), URL :
http://goo.gl/IlvfHF
KELLAWAY Kate, article « Lionel Shriver : « Almost no one has a normal relationship
with food » », in The Guardian, 18 mai 2013 (publication en ligne), URL :
http://goo.gl/CSVxUr
MCALPIN Heller, article « Food for thought in Shriver’s « Big Brother » », in National
Public Radio Books, 4 juin 2013 (publication en ligne), URL : http://goo.gl/0ycTFn
MYERSON Julie, article « Big Brother by Lionel Shriver – review », in The Guardian,
11 mai 2013 (publication en ligne), URL : http://goo.gl/sCFyGV *
SEYMENLIYSKA Elena, article « Big Brother, by Lionel Shriver : review », in The
Telegraph, 6 mai 2013 (publication en ligne), URL : http://goo.gl/lYMweY
WILLETT Jincy, article « Too large to fail », in The New York Times Sunday Book
Review, 28 juin 2013 (publication en ligne), URL : http://goo.gl/6vWRoh
WILLIAMS Zoe, article « Big Brother by Lionel Shriver – review », in The Guardian,
25 mai 2013 (publication en ligne), URL : http://goo.gl/RwZ3yh *
(Toutes les références suivies d’un * renvoient aux articles contenus dans l’anthologie)
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II. ANTHOLOGIE
Document 1
« Big Brother » : la crise de régime de Lionel Shriver
Pierre-Yves Grenu – Culturebox FranceTVInfo, lundi 15 septembre 2014
Dans "Tout ça pour quoi ?", Lionel Shriver brossait un portrait assez terrifiant du
système de santé américain. Cette fois, son "Big Brother" réussit à nous passionner
avec un autre sujet sensible : l'obésité.
Lorsque Pandora revoit son frère pour la première fois depuis quatre ans, son regard
ne s'arrête pas sur lui. A la sortie de l'aéroport, elle guette la svelte silhouette du jeune
et séduisant jazzman qui est restée imprimée dans ses souvenirs. Lorsqu'elle
comprend qu'Edison est bien cet homme qui peut à peine marcher, écrasé par ses 175
kilos, elle panique complètement…
L'irruption de "Big brother" va faire voler en éclat tous les équilibres subtils de la vie
de famille de Pandora, son mari psycho-bio-rigide et ses beaux-enfants. Il prend de la
place, dans tous les sens du terme, et tout part en vrille.
Pendant des semaines, la question va rester taboue. Pourquoi ? Comment en est-il
arrivé là ? C'est un suicide lent qu'Edison opère sous ses yeux, empoisonné au sucre,
aux muffins et à la double-crème.
Et puis, au moment de le remettre dans l'avion du retour, Pandora décide de prendre
son destin et celui de son frère à bras-le-corps. Commence une véritable opération
commando : perdre plus de 100 kilos en un an. Un peu enrobée elle-même, elle
l'accompagnera et le coachera dans cette tentative. Le plus dur commence...
La gêne, les non-dits, les humiliations, le dégoût de soi… Cette situation, Lionel
Shriver l'a vécue, au moins en partie, avec son propre frère, et ses mots sonnent plus
juste que jamais. Et derrière cette aventure individuelle tragi-comique, se niche une
observation profonde et vitriolée de la société américaine et de son rapport à la
nourriture. La romancière n'est pas plus tendre avec les obsédés de l'alimentation
saine et équilibrée qu'avec les amateurs de "trash food".
Entre les épisodes de jeûne (tout juste suspendus par les ingestions de substituts
liquides et répugnants) et ceux qui réveillent les souvenirs de "Grande bouffe", on
ressort de ce roman avec la sensation d'être passé dans une lessiveuse. Et on fait un
détour pour éviter de passer trop près du du réfrigérateur. Une fois encore, Lionel
Shriver a visé juste. Parfaitement à point.
Document 2
Big Brother by Lionel Shriver – review
Julie Myerson – The Guardian, samedi 11 mai 2013
As the writer who burst into our lives and minds with one of the most shatteringly dark
novels ever written about parenthood, Lionel Shriver has, rightly, become famous for
her peculiarly uncompromising brand of emotional noir. But her subsequent novels,
while still sharing that unique, hard-boiled directness, have also been threaded through
with a deep humanity, humour and tenderness for which she never quite – not critically
anyway – seems to garner sufficient credit.
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Maybe it's her own fault. She doesn't make life easy for herself with her choice of
subject matter. Mass murder, snooker, the US healthcare system – who but Shriver
could pull off a novel about terminal cancer that's angry, yes, but also warmly, movingly
upbeat? And now, obesity. But despite the unpromising theme, this one, like the rest, is
really about love, loss, family – ordinary human beings struggling to do the right thing
by one another. It's also possibly her very best.
Pandora, the 40-year-old stepmother of two teenagers, runs an "offbeat" novelty doll
business that has gone "viral" and made her rich and a bit famous. (It's a real tribute to
Shriver's wit and imagination that not only are the details of the hilariously brilliant
"Baby Monotonous" convincing, but you feel she should rush to patent it before
someone else does.)
Pandora's husband, Fletcher, meanwhile is a maker of "high-end custom furniture"
that no one wants to buy. "Consumed with control", he rides his bicycle for hours each
day and follows a diet so "stringent" that simply being "in his physical presence" makes
Pandora feel "chided".
Into this already faintly precarious family dynamic comes Pandora's older brother
Edison, a once hip and sexy jazz musician who, to Pandora's "dizzying sorrow"
(especially when she fails to recognise him at the airport) now weighs in at 386lb.
Edison is between gigs. But as his visit gradually extends from weeks into months, a
dismayed Pandora watches him eat his way through almost everything in sight. "It
pained me how pleasureless it could only have been to binge on wheatgerm," she
observes.
Then come two stark moments of truth: first, Edison breaks Fletcher's most precious
(albeit unusable) piece of furniture, a sin for which the latter cannot muster forgiveness.
Next, in a scene that may be one of the most unbearably and unsparingly visceral I've
encountered in a work of fiction, he evacuates his bowels for the first time in too long.
The blockage in the family toilet is inevitable.
As Pandora rushes to sort him – and the mess – out, he confesses everything: there
are no gigs, no career, nothing. If left to his own devices, he will almost certainly eat
himself to death: "slow-motion-suicide-by-pie". This is rock bottom. And Pandora – the
emotional core of this novel is her good-hearted sense of responsibility to those she
loves – decides to stage the biggest and most dramatic intervention possible.
She will leave her family and take Edison off to a rented apartment and live with him
for as long as it takes to get him (and herself too, since she realises she can afford to
lose a number of middle-aged pounds) back to the old weight. Or, as her appalled
husband puts it: "You're moving in with your brother, so you can read each other the
nutritional label on the cottage cheese."
He has a point. Still, what follows is one of the most suspenseful and engaging
accounts of a diet that I can imagine reading. But then again, this is a novel about so
much more than weight-watching. It's about the whole queasy lexicon of addiction – as
well as the way one addiction is almost always (and maybe inevitably) replaced by
another. "He's not in control of himself," a friend pithily remarks of Edison, "he's only in
control of the control. Once the controls are lifted, he's in control of nothing."
Just as interestingly, it's a novel about sibling and familial responsibility, and the
extent to which it's possible, ethical, realistic or even desirable, to intervene. Pandora
admits that she finds "blood relationships rather frightening" since there "is no line in
the sand, no natural limit to what these people can reasonably expect of you". As
Pandora and Edison embark on their terrifyingly strict liquid diet, and as – touchingly
and literally – a long-ago version of Edison starts to reappear, so too the experiment
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begins to take its toll on the whole family. (Maybe their names aren't so coincidental
either: two famous discoverers whose "inventions" had both good and bad
consequences.)
Meanwhile, along the way, there is so much to revel in and enjoy. There's Shriver's
intensely drawn portrait of a modern family: a step-relationship evoked with wonderfully
matter-of-fact tenderness and unsentimental realism. All her characters feel vibrant,
witty and composed, but also secretly, achingly vulnerable. You can absolutely imagine
and believe in the slim, dashingly charismatic former-Edison lurking within that
lumbering frame. And there's the all-too-recognisable preposterousness of a man like
Fletcher, with his "beige" salads and the self-righteous "pock-pock" as he perpetually
flosses his teeth.
And then there's the food – or lack of it. Shriver is brilliant on the novel shock that is
hunger, on how it feels to lose the crucial sense of punctuation (and motivation) that
mealtimes give you. With honesty, precision and humour, she conveys all the boredom
and exhilaration of weight loss, along with its tendency to threaten the people around
you.
Most of all, though, there's her glorious, fearless, almost fanatically hard-working
prose. Nothing here feels half-hearted or accidental – the rhythm and weight and heft
of each sentence is exactly judged. There's her trademark (and extremely winning) lack
of phoneyness, her blatant lack of apology. But there's poetry too: she relishes the
precise flavour and power of one word next to another, and the result is writing of a
beauty and character that is lamentably missing from so much of the fuzzy-lazy
meandering that these days passes for literary fiction.
Shriver has made no secret of the fact that, though a work of fiction, this novel was
inspired by her own brother and his obesity-linked death. This may account for the raw
sense of urgency and risk that seems to run through it. But it's not the only reason why,
pages from the end, you catch yourself with a big uneasy lump in your throat, unable to
guess where – and how far – she's prepared to go with this. The novel's ending is a
dark, daring, heart-stopping shock, and so it should be. There are no answers, Shriver
says. All we can do is learn to live with the questions. I cannot imagine those questions
being asked more forcefully, passionately, intelligently or kindly than they are in this
book.
Document 3
Big Brother by Lionel Shriver – review
Zoe Williams – The Guardian, samedi 25 mai 2013
Pandora Halfdanarson is fortyish, an improbably successful businesswoman,
stepmother to two teenagers, living in a desiccated marriage to Fletcher. The couple
exist in a hamster wheel of self-righteous competitiveness (who got up earliest, who ate
the least, who cycles the fastest) that abates only once in the novel, as they
commiserate with one another over the sudden, undesired proximity of Edison,
Pandora's brother, whose obesity disgusts them more profoundly than I could
comprehend.
A sudden death wish, pursued through the medium of fried foods, could be very
distressing to watch in a sibling; but as for Fletcher he is merely the brother-in-law,
doesn't even like the guy, and despises Edison for his weakness. An explanation
offered after a calamity – "you make my wife cry, and I don't like it" – sounds tinny and
baseless, since he gives no outward sign of caring whether his wife cries or not.
Curiously, the marriage itself never troubles the protagonist, beyond some spousal
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kvetching followed swiftly by classic, Shriverian foreboding. "Back then, I hadn't the
wisdom to welcome such minor discord, since Fletcher's alarm-clock setting would
soon be the least of our problems." No, her one and only problem is her penniless and
morbidly obese brother, arriving at the novel's beginning after a four-year absence.
It would be pointless to deny the knowledge of some biographical detail, here – the
author herself had a brother, whose death she prefigured by hours in an article for the
Guardian, writing: "My brother breaks my heart. He's obscenely smart ... but he's also,
sadly, a good test case for the claim that one can be 'healthy at every size'." (He died of
a cardiac arrest the same day.) Some part of her sense of helplessness is discernible
in the fact that she would write this at all; you don't air your dirty laundry in public
unless you've given up on whatever apparatus you had in your utility room. Inevitably,
the guilt at having been so helpless screams off the pages of this book in a way that
evokes sympathy for the author in inverse proportion to that which it conjures for its
characters. Her pain is most legible in the failings of the novel, which are legion.
It opens with a short treatise on the meaning of eating: "I have to wonder whether any
of the true highlights of my fortysome years have had to do with food. I don't mean
celebratory dinners, good fellowship; I mean salivation, mastication and peristalsis."
Since peristalsis is physically imperceptible unless you have a blockage in your large
intestine, how could anyone hold it as a highlight? The narration is full of these puzzles
– ruminations that seem precise but are actually sloppy, explanations that are carefully
elaborated but make no sense at all. The book is divided into two sections, plus an
afterword. There is a sound reason – it's a demand of the denouement – that one
section should be slightly hazier than the other. Yet I found both equally hard
to swallow.
When Edison arrives at the airport his sister has already overheard two strangers
bonding over their disgust for the fat man who shared their plane. He hoves into view in
a wheelchair, and she scarcely recognises him. As they head home, "That dizzying
sorrow on glimpsing the large gentleman in an airport wheelchair … only intensified,
and I'd no idea how I would make it through the whole evening to come without falling
apart."
It is implied and later said outright that the intensity of her emotional response is that
of a sister, watching her brother commit suicide before her eyes; but the engine of the
plot, the energy it needs to propel itself forward, relies not just on all the other
characters finding Edison as appalling as Pandora does, but on us, as readers,
despising him with the same visceral horror. There is a grotesque incident that shunts
him from nuisance and a bit nearer to tragedy, which involves him bingeing and then
basically out-shitting the capabilities of modern plumbing. It is stunningly well-paced,
starting with "a great bellow from upstairs – a cry of despondency so deep that it
sounded less a response to a single calamity than like grief over a whole life". Pandora
gains access to the bathroom, where she finds the toilet brimming, "turds scattered all
over the floor", balls of faecal matter shooting out of the bathroom door before she has
a chance to close it behind her. When you give any thought to any element of it – from
the physical properties of faeces, to the range of human bowel capacity, to Edison's
character as it had been drawn up to that point – none of it is convincing. Only if you
were so repelled by obesity that you were already averting your eyes could this picture
work.
The real impediment to identification and credibility is the cast of characters, rather
than the plot; thin and self-interested, they made for a colourless scene. This tragedy
was regurgitated before it had been digested.
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Document 4
Lionel Shriver, la plume d’une Amérique à la dérive
Minh Tran Huy – Le Figaro Madame, jeudi 4 septembre 2014
À chaque nouveau roman, elle frappe fort. Après l’enfant monstre de We Need to
Talk about Kevin, ou les désarrois d’une famille de la middle class dans Tout ça pour
quoi, elle continue d’ausculter la société américaine. Avec Big Brother, elle aborde
l’obésité. Sans concession.
L’héroïne de Big Brother, Pandora, mène une vie tranquille dans l’Iowa. Entre une
entreprise florissante, un mari aimant, de beaux-enfants qu’elle a fait siens, elle semble
avoir réalisé le rêve américain. Lorsqu’elle va chercher son frère Edison, jazzman venu
depuis New York lui rendre visite, elle ignore qu’il s’est métamorphosé en une
montagne de graisse de 175 kilos, et que sa propre existence va en être
bouleversée… S’interrogeant avec acuité sur notre rapport à la nourriture, à la famille,
à notre image sociale, l’auteur de Double Faute signe un roman aussi lucide
qu’implacable.
Madame Figaro. – We Need to Talk About Kevin et Tout ça pour quoi
radiographiaient une Amérique à la dérive. Diriez-vous que c’est également le
cas de Big Brother ?
Lionel Shriver. – Oui, d’une certaine façon, mais si plus de deux tiers des Américains
sont en surpoids ou obèses, le problème a passé les frontières. Quand j’ai emménagé
en Angleterre en 1997, on plaisantait beaucoup là-dessus ; ce n’est plus le cas
aujourd’hui. Le phénomène prend des proportions inquiétantes dans toute l’Europe
– près de 50 % des Français sont en surpoids – et même les pays du tiers-monde sont
concernés. Aborder l’obésité était aussi une façon pour moi de traiter des problèmes
de maîtrise de soi et plus largement du désir. Du cycle infini qui consiste à vouloir et à
obtenir, vouloir et obtenir, encore et encore. Personnellement, je trouve la pulsion de
désir bénéfique. C’est la satisfaction de ce désir qui me paraît si ce n’est impossible,
du moins décevante. Toucher au but est en définitive moins intéressant que le chemin
parcouru pour ce faire, car le bonheur de voir ses souhaits réalisés ne ressemble
jamais, après coup, à l’idée qu’on s’en faisait. Puis le sentiment de gratification sera de
toute façon éphémère. Alors on renoue avec le cycle du vouloir et de l’avoir. Et c’est le
même mécanisme qui est à l’œuvre lorsqu’on se nourrit.
Pensez-vous que ce que nous mangeons révèle quelque chose de nous ?
Ce qui est certain, c’est que notre alimentation nous expose au regard des autres. À
notre époque, notamment, nous sommes jugés selon qu’on mange de la viande ou
non, qu’on mange bio ou non, ou même qu’on mange du foie gras ou non ! On
considère que votre poids dit qui vous êtes ; qu’il définit votre caractère et constitue un
élément de votre statut social. Les gens obèses sont ceux qui souffrent le plus de ces
idées préconçues. J’entends l’argument selon lequel un obèse pèse davantage sur la
facture de la Sécurité sociale que quelqu’un qui ne l’est pas. Qu’il prend plus que ce
qui lui revient - et pas seulement lors des repas. Mais je crains qu’on n’utilise
l’argument de la santé pour cacher la répulsion physique qu’inspirent les obèses,
répulsion dissimulant la terreur de perdre le contrôle de soi et de devenir un jour
comme eux.
Big Brother est pour partie le récit d’un régime draconien. Comment avez-vous
réussi à en faire une épopée ?
En me centrant sur les éléments qui me semblaient les plus intéressants. Un régime
extrême comme celui pratiqué par mes héros est un terrible facteur d’isolement.
L’interaction sociale repose beaucoup sur les apéritifs, les repas, les fêtes, le partage
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de la boisson et de la nourriture, qui joue le rôle de prétexte ou de substitut. Mais
quand on vient voir les gens juste pour voir les gens, il n’y a pas d’autre partage que
celui de la compagnie des autres, et cette mise à nu est terrifiante. Je voulais aussi
explorer l’étrange sentiment de supériorité, illusoire mais convaincant, qui vous envahit
après quelques mois de régime. Soudain, croit-on, on s’est élevé au-dessus du vulgum
pecus. En se purgeant du désir de manger, on s’est purifié et transformé en être plus
avancé, spirituellement et mentalement. Et dans le même temps, votre corps ayant
faim, votre cerveau est obsédé par la nourriture. On ne parle plus que de ça, on ne lit
que sur ça, on va jusqu’à préparer des repas pour les autres, auxquels on ne touchera
pas, comme les anorexiques. D’où l’observation de Pandora selon laquelle la
diététique parvient à exercer une emprise similaire à celle de la religion ou du
fanatisme politique…
Votre propre frère souffrait d’obésité morbide, et cela a joué un rôle dans son
décès. Cette expérience a-t-elle influé sur votre roman ?
Je ne l’aurais pas écrit sans cela. Ce sont souvent des événements de ma vie qui
m’ont incitée à choisir tel ou tel sujet : l’hésitation entre deux hommes, et donc deux
existences, dans le cas de La Double Vie d’Irina, le cancer qui a frappé une de mes
amies et lui a coûté deux millions de dollars de soins pour un sursis de seulement trois
mois dans le cas de Tout ça pour quoi. Mes textes ne sont pas pour autant
autobiographiques, ce ne sont pas plus des romans à clefs que des témoignages. Il
s’agit de fiction, mais j’ai le sentiment que ce que j’ai vécu me met en position
d’aborder ces thèmes.
Pourquoi cet attrait pour les sujets et les personnages difficiles ?
J’aime à questionner les clichés, les préjugés. Notre conception des rapports
humains, de l’amour, de la société, de la vie en général, se heurte en permanence à la
réalité. Il n’existe pas de coïncidence parfaite entre les choses et l’idée qu’on s’en fait.
Cette dissonance, ce fossé entre ce qui est supposé être et ce qui est, m’intéresse.
C’est un moteur d’écriture ; le conflit en est un autre, qui crée la dynamique, la tension
nécessaire à la réussite d’un livre. Voilà pourquoi la famille tient une telle place dans
mes romans - les relations entre mari et femme, parents et enfants, frères et sœurs,
qui doivent composer avec leurs intimités, leurs ressentiments, leurs rivalités, leurs
antagonismes… On a là l’essence de la littérature.
Document 5
Lionel Shriver : « Almost no one has a normal relationship with food »
Kate Kellaway – The Guardian, samedi 18 mai 2013
Lionel Shriver's new novel is intensely concerned with food, family and obesity. Over
lunch, she talks about its semi-autobiographical roots, the class divide over eating –
and her passion for chilli
This occasion," says Lionel Shriver, "breaks every rule in the book." She does not
usually eat lunch, has had to "mobilise my mind into the idea of having it". She looks
around Pizarro, in Bermondsey, close to where she lives: a dark Spanish restaurant,
designed as if with Mediterranean heat in mind. The menu is simple, bordering on
spartan. She joins me on a semi-circular bench. "I am going to be a different person
today," she jokes. "It's great." I have to glance sideways to see her: tiny, muscular, a
dynamo. Fair hair pulled back and pinned up like a ballerina's. Royal blue sleeveless Tshirt. She is 55. Her profile is decided – rather like her opinions.
It was Shriver's seventh novel, We Need to Talk about Kevin, about a boy responsible
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for an American high school massacre, that made her name. Turned down by 30
publishers, it became a word-of-mouth sensation and a harrowing film starring Tilda
Swinton. Her new novel Big Brother is going to be "huge" I venture – then stop,
embarrassed. For it is about being huge, about a man whose fingers "recalled
bratwurst in the skillet just before the skin splits", who climbs into a car "with the
delicacy of a giant crane manoeuvring haulage from a container ship". It is about a
sister who wants to rescue her brother from obesity and what makes the story delicate
to discuss is that it is – in part – autobiographical.
"Do you mind if I mix and match?" Shriver is studying the menu. She chooses three
starters: marinated salmon, mackerel escabeche and sautéed vegetables. And that is
it, her lunch. In 2009, she wrote a column for the Guardian, describing her fear that her
elder brother, Greg, might kill himself from overeating. "My brother breaks my heart,"
she wrote. "He drags a portable oxygen tank with him like a faithful dog." Days later,
her brother died, at 55, from respiratory failure. Big Brother is dedicated to him "in the
face of whose drastic, fantastic, astonishing life any fiction pales".
I want to know all about Greg, but there is something else to settle first. Pandora, the
sister in the novel, defines herself in terms of food, comparing herself to white rice.
What food would sum Shriver up? "Chilli," she replies. "That is what I eat more of than
just about anything." She reaches into a bag, pulls out a jar of Marmite. "I travel with
this." She takes the lid off: it is filled with chilli flakes. "I like sensation. I am fascinated
by flavours between pleasant and unpleasant, right on the line." There follows a
connoisseur's tutorial – describing her initiation into Mexican chilli powder and
habañero, "so hot that – even for someone who has a heroic immunity – three pinches
borders on inedible".
She gives her starters the chilli treatment – a lavish scattering – although she is
complimentary about the gentle paste that accompanies the vegetables, detecting
hazelnuts in the mix. Tell me about Greg, I say. Was the novel written out of a feeling
you were unable to save him? "I got that question from my parents," she says. "I last
saw Greg a year and a half before he died. He gained weight after that. I'd say he
weighed about 400lb by the end. He was a sound engineer – self-taught. Greg did
everything on the grand scale. People think I am extreme. I'm nothing compared to my
brother. That tendency to extremity is very dangerous when it has to do with
substances. He had a series of addictions, ending in food and pain medication." Greg
also inspired devotion on a grand scale: "Iconic personalities insist themselves on your
consciousness," she says.
Shriver had to confront the question of whether to return to the US – she has a house
in Brooklyn (born in North Carolina she has been an expat since 1985) – to care for
Greg when gastric bypass surgery was recommended: "I wasn't sure whether I was up
to it. My brother was a challenging character. I mean, he was a wonderful person with a
very good heart and was never malevolent but could be quite frustrating – not exactly a
listener."
At this point, a complimentary bowl of fish rice arrives. Shriver pronounces it,
"unbelievably intense, three-dimensional, huge…" before deciding against finishing it.
She calls the waiter over – "Please tell the chef it is an achievement" – and asks if it
might be possible to take it home for her husband – jazz drummer Jeff Williams.
"Almost no one," she admits later, "has a normal relationship with food." And the
temptations against which she battles are bread and wine. She laughs as she hears
what she has just said: "Biblical! My father would be proud." Her parents were "liberal
Christians, with the emphasis on liberal". Her father was a Presbyterian minister. Lionel
was the middle child between brothers. A tomboy, she ditched her Christian names –
Margaret Ann – and dubbed herself Lionel. The family used to have "Hunger" dinners
11
to focus on third world privation and raise funds. These dinners sometimes consisted
exclusively of baking soda biscuits. What Lionel's parents may have missed was this: "I
loved the biscuits…"
Nowadays, Shriver eats only one meal a day – often late in the evening. "I'm not a
fanatic. It is not religious, not some nothing-shall-pass-my-lips-until-sundown thing." But
having one meal "eliminates guilt which can contaminate the experience of food – I am
fighting guilt right now." Every other evening, she goes for a 10-mile run along the
Thames, thinking about her writing or which vegetables to cook for supper ("I'm big on
vegetables"). Penitential? "No – but I wouldn't call it fun. It is often onerous. The
scenery is good. I am always glad when it is over." Once home, she makes popcorn
("Festive – I like the explosive sound") to coincide with Newsnight. "When you are
small – I am not being boastful about being skinny – you don't need much. And
temperamentally, I like a sharp divide between work and play."
As she talks, she bangs her fork on the plate for emphasis. "As a young woman, I
was interested in experimenting with control, it doesn't interest me any more." During
her 20s and 30s, she twice went on three-week fasts: "It didn't especially imperil my
health. I wouldn't do it now." She remembers the "bizarre energy. At other times,
everything was grey and each minute ticked by like a year." She is glad she did it – not
least because the experience has fed the new novel.
What does she make of society's contradictory attitudes towards food – focusing on
gluttony one moment, denial the next? "There is a big class divide. The 'lower orders'
are oriented towards quantity and cheapness. They weigh more. The middle classes
are oriented towards quality – price no object. Yet both groups are equally obsessed
with food." Our greatest problem, she argues, is a confusion between aesthetic and
moral. Obesity is treated as a "moral issue" because it is costing the NHS money [£5bn
a year]. And she has no quarrel with that. Yet, at the same time, fat is censoriously
linked with failure of character and thinness with virtue.
She talks eloquently about the psychology behind the anorexic disappearing act:
"Anorexics want to be admirable, to achieve. The ideal is ultimately to be so thin you
are not there any more. Anorexics feel guilty for being three-dimensional." But "the
equation is all wrong – fat is not evil … food should not be a moral issue."
Over coffee, I ask if writing the novel has helped settle her feelings about her brother.
She replies in the slightly washed-out tone of someone who feels her emotions to be
beside the point. "The remorse may be smaller," she concludes. Then she picks up a
neat, silver envelope containing the fish rice and we walk out together, towards her
bicycle, in the sunshine.
Document 6
If you’re thin, you are a kook ; if you’re fat, you’re a failure
Lionel Shriver – The Guardian, samedi 11 Mai 2013
We're used to actors stripping on camera by now, so, in the many episodes of Girls in
which Lena Dunham tugs her dress over her head, what's shocking isn't the bare
breasts, but the belly: it's convex. Though Dunham could hardly be called fat, her
stomach displays a distinct little jiggle. Has she no shame? No, as a matter of fact. She
doesn't.
By increments, the tyranny of the thin is seeing cultural pushback. The bouncing rolypoly Beth Ditto and the formidable what-are-you-looking-at? Christina Hendricks in
Mad Men project an audacious aesthetic alternative to the functional-anorexic ideal. So
12
incendiary has the issue of physical size become in the west that weight takes on the
character of a political statement. The rise of stars such as Melissa McCarthy of
Bridesmaids (who has started her own plus-size clothing line), and television shows
such as My Mad Fat Diary, could collectively be seen as the formation of a new party.
With the belligerence of Ukip leader Nigel Farage, standard-bearers of the
unapologetically three-dimensional say: Shove your skinny minnie game, because
we're not playing.
Since Girls is a hipper, grittier update of Sex and the City, Dunham's Hannah
is clearly crafted in counterpoint to the lean, gym-chiselled Carrie Bradshaw played by
Sarah Jessica Parker. Short and a bit dumpy, Hannah wears tented dresses with
unflattering high waistlines. Hannah's ex from college submits the dubious defence:
"You were never fat. You were soft, and round, like a dumpling." We never see her on
an exercise bike, and when Hannah eats ice-cream we don't picture Dunham spitting it
out the moment the scene wraps. When her sort-of boyfriend presses Hannah on
whether she's ever "tried a lot to lose weight", she deflects, "I have some other
concerns in my life." Imagine any contemporary woman having "concerns" that would
top the all-consuming prime directive to be thin.
Weight having become politicised, anyone with a profile in the media who either
subscribes to or departs from the template of tininess implicitly represents a
constituency, whether they want to or not.
Indeed, for many in the public eye this de facto advocacy must be unwelcome. As
Emma Woolf notes in her forthcoming book The Ministry of Thin, women's magazines
hold up Adele "as a role model for 'real' women (when she's just a great singer)". Did
Adele choose to go on the campaign trail for the amply proportioned, or is she simply a
talented woman who doesn't happen to be neurotic about her weight? You don't
volunteer for this job; you get drafted. Anyone in the spotlight is necessarily a gladiator
in what has grown into a national spectator sport: following the fluctuating weights of
public figures. We comment smugly from the sofa that all those state dinners have
certainly filled out Hillary Clinton's cheeks. Resigned to the inevitable scrutiny of her
contours, Oprah Winfrey has for years offered up her losing battle of the bulge as
a running soap for her fans.
To the degree that the hefty celeb becomes an unwitting champion of her weight
class, slimming reads as treachery. "When a famously fat woman loses a large amount
of weight," writes Woolf, "there is the sense that they're somehow letting the side
down." For zaftig fellow travellers, the voluptuous Nigella Lawson's dropping two stone,
or Fat Friends star Ruth Jones dropping four and a half, can amount to disloyalty and
desertion – since long gone are the days when your dietary and athletic habits were
nobody else's business.
Ironically, heavier comedians, actors, and the characters they play are actually more
sympathetic, and easier for audiences to identify with, than the svelte. The skeletally
slim are more apt to draw envy, and if you do play the skinnier-than-thou game you will
be judged harshly if you gain an ounce. Gwyneth Paltrow, with her chia-seed-strewn
cookbook, is not as inherently likable as Jo Brand (whom the tabloids used to decry as
a cow). Dunham is beguiling in Girls not in spite of, but, in part, because of that little roll
at her waist, and for her to lose that baby fat at this point would be a big career
mistake. Accordingly, I gave the narrator in my new novel Big Brother 20 excess
pounds, which would make her more appealing to readers in a novel that dealt so
intimately with food issues.
So if the ranks of the little and the large are the cultural equivalent of the Tories and
Ukip, what are their platforms? The ruling party of the rail-thin embraces the "striver".
The human form, and thus the human spirit, is perfectible. Salvation awaits, so long as
13
you pass on that cupcake. All you poor caterpillars can turn into butterflies by dropping
another jeans size. Skinniness is next to godliness, and, as you narrow, you near
redemption. Subscribers to the ethos of evaporation believe in purification through
sacrifice, in the mortification of the flesh, in the triumph of the will. It's an unending
battle for self-improvement, but with this crucial caveat: to improve the self is to
improve the body. The self is the body. What you see is what you are.
The upstart party of the portly – or the party of the visible-to-the-human-eye – plumps
instead for acceptance. Its supporters reject the "misery today for nirvana tomorrow"
model, since that bony lot are never thin enough, will never be satisfied unless they
disappear. So gratification delayed is gratification foregone. Moreover, standards of
beauty are elastic. How much easier than to starve all day is it to amend the absurd,
unachievable aesthetic to which all those serial-dieting suckers are struggling to
conform. Believe big is beautiful, and have lunch. Scandalously, this radical faction has
the gall to suggest that there is more to life than diet and exercise; that intelligent
people occasionally turn their attentions to something else. As Melissa McCarthy told
Good Housekeeping magazine about her broad silhouette: "I'm OK with it. I've got
other things to think about." The most revolutionary tenet of this manifesto: comely or
plain, the body is a husk. It is a home, and can be loved in its way, but in time it will
betray you, the scrawny and stout alike, and it is not you. Skinniness is not next to
godliness; it is next to nothing. A new look is not a new self. A smaller waist is not the
solution to all your problems. Get down to size six, and you will still hate your job and
be at loggerheads with your mother.
I know which party I'm voting for.
Relatively slight, I may make an unlikely poster girl for the UK Independence From
Size Obsession Party (Ukisop). Still, I applaud the emergence of cultural icons who
don't collapse into a vertical line if they turn to the side, who aren't embarrassed to be
seen eating in public, and who, we presume, once in a while think about something
other than whether to dress their salads. Let's leave aside for a moment the whole
"obesity epidemic" – though last time I checked, fat wasn't contagious – and its
attendant health concerns. As I have personally confirmed in the last few weeks during
the release of Big Brother, this weight-and-fitness hysteria is out of control, and I think
we can all agree if we take a step back that it is only getting worse.
Publishers like their authors to take advantage of publicity opportunities. Garnering
any media attention for fiction is a challenge, and anyone who's spent years crafting a
novel wants people to read it. Thus, after having been repeatedly punished for doing
so, I still give interviews. Following this release, I'll reconsider that policy, although by
now that would amount to locking the stable door after the bullshit has bolted. [...]
I often give interviews at One Aldwych, a London hotel that serves a civilised pot of
tea with a complimentary plate of biscuits: two cherry-coconut and two chocolate.
When I met my first interviewer for Big Brother there in March, the biscuits arrived on
the journalist's side of the table. Neither of us touched or even alluded to the biscuits. I
didn't like the whole drift of the interview, and wasn't in the mood to munch – although
in a brief email exchange exploring the possibility of a second meeting that never
materialised, I tossed in the softening, friendly sounding line: "Next time I'll hit
the biscuits – which at One Aldwych are killing."
How did this creatively morph in the published profile? We're told that throughout the
interview I had "kept urging" the journalist to eat the chocolate biscuits, while refusing
to have one myself. Surely, she wrote, I mistook her own refusal to eat a biscuit for the
same self-denial on which I obviously pride myself – while, in fact, the poor woman was
obliged to keep defending herself against an incessant assault of unwelcome forcefeeding because she doesn't like chocolate.
14
So, I meet a second journalist in One Aldwych. I eat half a biscuit. Vital information
about a literary figure that, of course, makes the profile. By the third interview, the plate
of biscuits lands like a gauntlet on the table. If I decline to eat one, I am a caloriephobic priss who's terrified of displaying weakness in public. If I eat one, I defy my
burgeoning rep (thanks to the previous profiles) as an ascetic, and I am a liar: loselose. The only answer was to take that plate head on. We talked about the biscuits.
We talked about the fact that if a journalist granted an interview with Philip Roth were
to have filed a piece giving any space whatsoever to whether the author ate a biscuit
during the interview, and, if so, what proportion, his or her editor would cut the
passage. (True, in rare instances we do learn the dietary habits of influential men;
before he retired, the New York Times reported that General David Patraeus eats one
meal a day – which bulwarked his daunting image as a strong, fierce military man.
When Lionel Shriver eats one meal a day, she's a nut.) We talked about how women in
particular now use food and fitness as the currency through which they relate to each
other – how at this journalist's office, the chatter between female co-workers was
relentlessly about who skipped lunch, violated their diet, started a new diet, broke down
and finished the Jaffa cakes, or failed to go the gym. This is how women connect, and
how women compete: with biscuits. I enjoyed our conversation, although I went home
depressed. [...]
Consider, by the way, how gleefully the media would have gone to town had the
author of Big Brother sported a reproachful bloop above the belt. As I have been
mocked for working up a sweat every day, I'd have been mocked as ruthlessly or more
so were I a slob. If you're thin, you're a kook; if you're fat, you're a failure. You can't win.
In fact, nobody in this game is winning.
Thus, I herein formally announce my defection to Ukisop. The trivilialisation of my life,
character and career in the print media this last month – the reduction of what I write
and believe to how I work out and what I eat – is yet more evidence of a communal
mental illness. We have bought into a new materialism even more demeaning and
superficial than the old kind, whereby the good life meant ownership of a slick make of
car. Now we are the material. The mere body in which we shamble defines who we are,
and fat-to-muscle ratio scores our very worth as human beings. The most convincing
aspect of that alternative "platform" seemingly touted by people in the news with meat
on their bones is the rejection of an equivalence between body and self. That need not
entail a flat-out rejection of the possibility of self-improvement. Yet it does challenge
the notion that to "improve" the body – it goes without saying that translates to "slim" –
is to improve the self. In times past, "self-improvement" referred to learning Spanish,
taking an adult education course in medieval history, or expanding your vocabulary.
Now it refers exclusively to cutting calories and doing crunches. [...]
15
III. METACRITIQUE
Malgré le succès de son roman Il faut qu'on parle de Kevin, publié en France en 2006
et adapté à l'écran en 2011 par Lynne Ramsay, Lionel Shriver reste une romancière
relativement peu connue du grand public français. En témoignent les difficultés que j'ai
rencontrées lors de l'élaboration de la partie bibliographie de ce mémoire ; en effet, peu
de revues spécialisées dans le domaine de la littérature consacrent un article à la
publication du dernier ouvrage de Shriver, Big Brother. Considérant ces difficultés, j'ai
choisi de restreindre le propos de mon mémoire à une étude des critiques littéraires, ou
plutôt du manque de critique littéraire, autour de cette parution. Avec une question
générale : en quoi l'exemple d'un dossier critique autour du livre de Shriver est-il
représentatif des différences entre le journalisme à la française et le journalisme à
l'anglo-saxonne ?
1. Constitution du dossier anthologique.
1. 1. Le cas des revues spécialisées.
Ainsi que je le précisais dans mon introduction, le manque de représentation, qu'elle
soit critique ou simplement annonciative, du roman de Lionel Shriver dans la presse
spécialisée dans le domaine littéraire, a constitué
la première difficulté lors de
l'élaboration de cette bibliographie. Cette remarque est valable pour les revues
françaises autant que pour les revues étrangères.
Si l'on prend l'exemple du Magazine Littéraire, une des revues littéraires françaises
ayant le tirage le plus important, cette constatation est frappante : aucune critique n'a à
ce jour été publiée autour du livre de Lionel Shriver. C'est à peine si l'on trouve une
mention de sa publication dans le grand dossier intitulé “Rentrée littéraire", paru entre
Août et Septembre 2014 ; rien non plus du côté de la version en ligne du magazine.
Idem pour Lire, publié en partenariat avec l'hebdomadaire Le Point : bien qu'un article
ait été consacré sur leur site Internet à Big Brother, sa référence ne sort pas
immédiatement dans les résultats de recherche, et est donc aisément occulté par les
lecteurs.
Dans le cas des magazines culturels, tels que Les Inrockuptibles, aucune information
n'est donnée sur la publication du livre de Shriver, que ce soit dans leurs versions papier
16
ou numérique. Une recherche dans les archives montre que le nom de l'auteur ne
renvoie qu'à un encart concernant l'adaptation cinématographique de Il faut qu'on parle
de Kevin, en 2011. Quelques jours avant l'ouverture des Assises Internationales du
Roman 2015, auxquelles participe Lionel Shriver, certains périodiques gratuits orientés
vers la culture et l'événementiel (on citera entre autres Le Petit Bulletin du 20 mai 2015)
consacrent un petit article à ce livre ; initiative restant marginale puisqu'elle se focalise
avant tout sur le festival littéraire, et qui ne relève pas directement de la critique. Or,
c'est l'angle d'approche que j'ai choisi de privilégier dans ce mémoire.
Du côté de la presse spécialisée étrangère, le constat est sensiblement le même : le
magazine américain New York Review of Books n'a publié aucune critique sur ce livre ni
même fait mention de sa parution, alors que celle-ci date de 2013. On peut davantage
s'étonner de ce manque que des deux précédemment soulignés, puisque l'auteur est
anglophone et de nationalité américaine. Même chose du côté de la presse culturelle et
littéraire spécialisée en Grande-Bretagne : mis à part le London Review of Books qui
publie une critique peu détaillée de Big Brother, d'autres magazines populaires, tels
Dazed and Confuzed, omettent même de mentionner sa parution. Notons toutefois qu'il
n'existe pas à proprement parler de presse spécialisée en Grande-Bretagne, hormis les
revues de recherche destinées aux professionnels et aux enseignants-chercheurs.
On remarque donc que, si la presse à l'intention des professionnels du livre, à
l'exemple de Livres Hebdo, mentionne la sortie de Big Brother, la presse de
vulgarisation à l'usage du grand public l'occulte presque complètement. Le motif de cet
oubli est peut-être à chercher du côté du canon littéraire, dont Lionel Shriver ne fait pas
encore partie malgré sa notoriété grandissante.
1. 2. Le cas de la presse étrangère.
La donne est un peu différente si l'on se penche sur les suppléments culturels de la
presse générale. Ainsi que je le prévoyais, les quotidiens français font grand cas de la
parution de Lionel Shriver. En cause, probablement, la popularité acquise par l'auteur
depuis le livre qui l'a fait découvrir, Il faut qu'on parle de Kevin ; mais n'oublions pas
non plus que la France est le pays important le plus grand nombre de romans étrangers,
comme en témoigne la répartition des ouvrages parus lors de la dernière rentrée
littéraire : presque un tiers de ceux-ci ne sont pas rédigés en français ou publiés
initialement sur le territoire.
17
Tout comme pour la presse spécialisée, les quotidiens américains ne mentionnent pas
outre mesure la parution du livre de Shriver, quoiqu'elle soit originaire de ce pays. Le
constat est le même pour la plupart des autres pays anglophones : Commonwealth,
Canada, etc. En revanche, les quotidiens britanniques comptent parmi ceux ayant le plus
d'articles autour de Big Brother ; c'était déjà le cas pour les autres romans de l'auteur.
Rappelons que Lionel Shriver est expatriée depuis près de quinze ans en GrandeBretagne, où elle exerce une activité de journaliste freelance pour différents organes de
presse (mais plus particulièrement pour The Guardian, où elle possède une tribune
régulière) ; c'est également en Grande-Bretagne qu'elle a signé le contrat d'édition pour
Il faut qu'on parle de Kevin, alors que les éditeurs américains n'avaient pu faire décoller
sa carrière et refusaient même de lire son dernier manuscrit. Aucune surprise, donc, dans
le fait que la presse britannique soit extrêmement prolifique en articles autour de Lionel
Shriver.
Citons, enfin, les pays ne relevant ni de la langue française, ni de l'anglaise. Mes
compétences en langue me limitant, je n'ai pu m'intéresser qu'à la presse espagnole.
Dans le cas de celle-ci, ni les revues spécialisées ni les pages culture des grands
quotidiens ne font mention de la parution du livre de Lionel Shriver ; pourtant, le
dernier roman, Big Brother, ainsi que trois autres, ont été traduit dans cette langue. A
titre d'exemple, la page Wikipédia en espagnol de l'auteur est une simple traduction
abrégée de la page en anglais ; il semblerait que la romancière ne bénéficie d'aucune
couverture médiatique dans ce pays.
1.3. Forme hybride de la critique littéraire.
Enfin, plusieurs articles trouvés lors de la constitution de ma bibliographie manquent
de pertinence quant au contenu ; j'ai choisi d'en intégrer certains à mon anthologie, afin
de rendre compte de leurs travers. Pour beaucoup, ce manque de pertinence provient de
tics journalistiques, que j'aurai l'occasion d'analyser plus avant dans ma troisième partie.
Dans d'autres cas, le manque de pertinence relève de la forme hybride qu'a tendance à
adopter aujourd'hui la critique littéraire : au carrefour entre l'interview, la note de
synthèse et le portrait d'auteur dans le cas de la presse française (comme le montre
l'article de Minh Tran Huy, paru dans Le Figaro Madame), ou bien tribune d'opinion
personnelle pour ce qui concerne la presse britannique (à l'exemple de la critique de Zoe
Williams, publiée dans The Guardian). Les deux modèles se rejoignent avec le compterendu de rencontre de Kate Kellaway, paru dans le quotidien britannique précédemment
18
cité : preuve que les deux tendances ne sont pas imperméables l'une à l'autre...
2. Différences entre critiques littéraires française et britannique.
Pourtant, les différences sont profondes entre le journalisme à la française et le
journalisme à la britannique ; la critique littéraire n'étant qu'un exemple parmi d'autres
de ces particularités, qui peuvent être mises en lumière, sur le plan historique, par la
dichotomie entre presse d'opinion et presse d'information.
2.1. Distinction entre presse d'opinion et presse d'information.
Soumise auparavant au contrôle du régime monarchique, la presse connaît son
âge d'or en France ainsi qu'en Grande-Bretagne au cours du dix-neuvième siècle ; c'est à
cette période que s'étend à toutes les classes sociales la pratique de la lecture du journal.
Aucune distinction précise n'existait avant cela entre presse d'information et d'opinion,
ce dernier aspect étant atténué par le risque constitué par la censure politique. Pas non
plus de différenciation entre presse générale et culturelle, puisque les organes de presse
sollicitaient un maximum de sujets afin de satisfaire les besoins de son lectorat,
principalement d'origine aristocratique. Les avancées
techniques en matière
d'imprimerie et de communication sur le territoire (chemins de fer, télégraphe)
contribuent à la multiplication, au cours du dix-neuvième siècle, des journaux qui se
spécialisent toujours plus dans un registre spécifique.
Une deuxième grande étape dans l'histoire du journalisme est l'apparition, au
vingtième siècle aux Etats-Unis, du modèle du reportage, qui connaît son heure de
gloire suite à l'affaire du Watergate. Le rôle joué par les journalistes dans cette affaire,
qui résulta en la démission du président Nixon, a mené à la scission entre presse
d'information (se targuant de neutralité, ne cherchant à communiquer que les faits bruts)
et presse d'opinion (assumant les partis pris inévitables à toute communication écrite).
De manière très schématique, on peut appliquer cette opposition aux modèles
journalistiques français et britannique.
2.2. Les modèles français et britannique.
Le panel d'articles que j'ai sélectionnés dans ma bibliographie, et à plus forte raison
ceux présents dans l'anthologie, sont particulièrement parlants sur ce point : là où les
journalistes français se contentent bien souvent d'un simple résumé de l'oeuvre, ou
prennent la tangente en réalisant une interview de l'auteur, la presse britannique est plus
19
encline à produire des articles longs, critiques d'opinion où le parti pris du journaliste
n'hésite pas à se faire sentir. Contrairement à ce que déclarait Christian Delporte en
2012, la presse d'opinion n'est peut-être pas une spécificité française. Bien entendu,
parce que derrière les organes de presse se dissimulent des individus écrivant, les
connivences de chacun peuvent se faire sentir à l'occasion ; mais le code de déontologie
de la presse française interdit formellement tout parti trop explicitement pris, s'appuyant
ainsi sur une apparence d'objectivité. Dans le cadre politique, l'affiliation à un parti
donnerait la sensation que l'information est biaisée. Bien au contraire, la presse
britannique assume totalement ses penchants politiques, avec comme motif légitime la
liberté de la presse : les quotidiens n'hésitent pas à afficher en une leur soutien à un
candidat à la veille de chaque élection ; fait étant facilité par la plus grande souplesse du
code déontologique des journalistes britanniques.
Dans le cas de la presse culturelle, et de la critique plus particulièrement, cet écart
d'approche se fait encore davantage sentir : la vocation du critique semble initialement
être de donner son opinion sur un sujet donné (sous réserve qu'il soit construit et
justifié). Le format de la critique britannique, sous forme de “colonnes”, est l'illustration
de cet écart : les tribunes ne sont pas nécessairement prises en charge par des
journalistes professionnels mais par des écrivants réguliers venant de tous types de
profession ; la carte de presse n'étant par ailleurs pas un prérequis pour exercer ce métier
en Grande-Bretagne...
2.3. La particularité de l'outil Internet.
Plateforme d'échange mondiale et en temps réel, Internet modifie la diffusion de la
presse et en particulier de la critique, puisque chacun est libre de proposer son avis sans
craindre la censure. Ainsi, si les critiques (au sens initial du terme) ne sont pas légion
autour du livre de Lionel Shriver, on recense un grand nombre de blogs amateurs et de
sites spécialisés proposant une analyse, voire une notation chiffrée, de Big Brother, à
l'instar du site Internet senscritique.com.
La plupart des colonnes critiques dans la presse britannique, format ayant d'ailleurs
pratiquement disparu dans la presse française, étant publiées directement sur Internet, le
lecteur en “a pour son argent” : il sélectionne lui-même les oeuvres qu'il aborde par le
biais de la critique, ainsi que (dans une certaine mesure) le parti pris du journaliste, et
est libre d'en changer si sa propre opinion diverge.
20
Sur le plan purement pratique, l'utilisation d'Internet est aussi pour beaucoup dans la
différence entre journalisme à l'anglo-saxonne et journalisme à la française : les organes
de presse français ont en effet souvent tendance à proposer sur leur site internet une
version du journal identique à celle imprimée, certains articles étant par ailleurs réservés
à la clientèle de ses abonnés. Par opposition, le contenu d'un journal britannique papier
n'a que très peu en commun avec la version postée en ligne : l'outil numérique
permettant la publication d'un plus grand nombre de pages et d'articles.
3. Critique de la critique.
Bien entendu, les similitudes entre la critique à la française et la critique à la
britannique sont peu nombreuses, de par leur différents formats ; la critique britannique
étant plus proche de la tribune d'opinion, il est même difficile de trouver des points
communs entre les articles à l'intérieur de cette catégorie. Plusieurs grands travers
journalistiques sont tout de même récurrents, quelle que soit la langue d'écriture de
l'article, et méritent d'être soulignés.
3.1. Travers de l'écriture journalistique.
Trois types de travers journalistiques sont apparus lors de la lecture approfondie des
articles constituant mon corpus. Je ne parlerai ici que des articles rédigés en français,
puisque ces travers apparaissent en moindre nombre dans les articles écrits en langue
anglaise (ainsi que je l'expliquais dans mon introduction).
Un certain ensemble de mots est constamment répété par les journalistes pour décrire
le livre, tout comme l'écriture en elle-même, de Lionel Shriver. Il peut s'agir de phrases
toutes faites, de formulations spécifiques ou bien de mots d'accroche ; la plupart de ces
répétitions étant situées dans le chapeau d'introduction à l'article. On citera entre autres
“verve”, “caustique”, “percutant”, “acuité”, “implacable”, qui se retrouvent dans
presque tous les articles de ma bibliographie.
Un deuxième groupe de mots, quoique moins fréquemment utilisés, a attiré mon
attention : citons “viser”, “sniper” et “ausculter”, certes utilisés pour décrire l'écriture et
l'intention de Shriver dans son dernier livre, mais qui sont surtout des références
implicites à ses précédents ouvrages. Dans “viser” et “sniper”, on retrouve la thématique
du tireur exploitée dans le roman Il faut qu'on parle de Kevin, l'histoire d'un jeune
adolescent commettant un meurtre de masse ; “ausculter”, bien qu'étant un terme
21
relativement générique dans le vocabulaire des critiques littéraires, évoque le corps
médical et le système de santé, qui faisaient le sujet du précédent roman de Lionel
Shriver, Tout ça pour quoi.
Enfin, travers journalistique qui n'est pas des moindres, les rédacteurs des articles
sélectionnés dans ma bibliographie font éternellement un retour sur Il faut qu'on parle
de Kevin, le roman ayant lancé la carrière de Lionel Shriver. Ce dernier point peut être
justifié par ce que nous avons déjà remarqué au début de cette partie : malgré le succès
du best-seller de 2006, récompensé par le Orange Book Prize, Shriver reste un auteur
relativement confidentiel auprès du grand public. Citer son oeuvre majeure (sur le plan
des ventes et de la notoriété, du moins) permet immédiatement de resituer l'auteur dans
l'imaginaire du lecteur de journal ; sans compter qu'il faut bien trouver un point
d'introduction au propos, dont j'ai moi-même fait usage dans cette analyse. Néanmoins,
et c'est particulièrement flagrant dans le cas des interviews, cette focalisation sur son
roman majeur est bien souvent au détriment du dernier ouvrage paru, Big Brother, qui
est souvent laissé de côté par les journalistes.
3.2. La possibilité du plagiat ?
Lors de la constitution de ma bibliographie et de la lecture des articles qu'elle inclut,
un détail a attiré mon attention. Nombre des textes d'introduction aux articles (ou
“chapeaux”) sont étrangement similaires les uns aux autres, à l'exemple du petit résumé
proposé par le magazine Lire, dans son article sur la rentrée littéraire, et celui du
Magazine Littéraire. On peut s'interroger sur la possibilité de plagiat entre les critiques
littéraires ; mais il pourrait également s'agir d'un “tronc commun” journalistique,
comme il est pratiqué dans le cas de la presse quotidienne régionale : les articles
généraux sont écrits pour un organe de presse, puis réutilisés par d'autres journaux du
même groupe.
Si l'on se penche sur la page du site Internet des éditions Belfond, autour de Big
Brother, on remarque que la présentation de l'ouvrage ressemble elle aussi à s'y
méprendre à ces deux résumés d'oeuvre précédemment mentionnés. Dans le cas
d'articles courts ayant pour seul but de rappeler la parution d'un ouvrage (loin de toute
portée critique), la page officielle de la maison d'édition peut servir de base à la
rédaction. On regrettera dans ce cas que la source primaire du texte ne soit pas précisée
par les journalistes, dans un souci d'honnêteté intellectuelle.
22
3.3. Les erreurs flagrantes.
En ce qui concerne les erreurs commises par les journalistes, une seule occurence est
à citer : l'article de Véronique Rossignol, publié dans le Livres Hebdo du 13 juin 2014.
En effet, elle aborde son article en se trompant sur le prénom de la narratrice et
personnage principale, Pandora (ici appelée Miranda). L'erreur pourrait être attribuée
aux correcteurs automatiques dont usent les journalistes (on reconnaît que Pandora n'est
pas un prénom féminin particulièrement répandu), en lieu et place de l'ancienne
profession de lecteur-correcteur, aujourd'hui pratiquement disparue. Mais il peut
également s'agir d'une faute d'innatention de la part de la journaliste ; on remarque que
l'article date du mois de juin 2014, soit plusieurs semaines avant la parution en librairie
du livre de Lionel Shriver, Big Brother.
Livres Hebdo étant une publication
principalement destinée aux professionnels du livre (libraires, bibliothécaires, etc.), les
critiques d'ouvrages sont publiées bien en amont de leur sortie pour le grand public.
Afin de satisfaire aux exigences de la rentrée littéraire (particularité culturelle française
représentant près d'un millier de parutions en quelques semaines), les journalistes se
voient forcés d'effectuer une lecture, puis une production d'articles critiques, des plus
rapides. Les erreurs d'innatention sont donc facilement arrivées dans ces conditions.
Conclusion.
Pour conclure, rappelons que, outre son activité d'écrivain, Lionel Shriver est
rédactrice de sa propre tribune ponctuelle pour le quotidien britannique The Guardian ;
colonne d'opinion dans laquelle elle aborde des questions relatives à la vie sociale et
culturelle en Grande-Bretagne. Nombre des autres sujets, plus personnels, qu'elle aborde
dans ses articles, sont inspirés ou servent de base aux thèmes de ses romans, ainsi que le
montre l'échantillon de textes présentés dans ma bibliographie, mais parfois avec des
différences de contenu notables entre les deux supports. Il s'agira donc, dans mon essai
personnel ainsi qu'à la suite d'une rencontre avec l'auteur, dans le cadre des Assises
Internationales du Roman 2015, de voir comment Lionel Shriver aborde cette double
profession d'écrivant (à la fois journaliste et écrivain), et quels peuvent être les rapports
entre les deux activités.
23
IV. ESSAI PERSONNEL
Compte-rendu des lectures pour le mémoire.
Un mot revient probablement sur les lèvres de tout lecteur qui s'intéresserait aux
écrits tant romanesques que journalistiques de Lionel Shriver, à savoir : « paradoxal ».
Si je devais moi aussi choisir un adjectif pour les qualifier, ce serait également celui-ci.
Les contradictions sont en effet nombreuses entre ses prises de position, selon le support
adopté, et ce quel que soit le sujet traité.
À commencer par certaines de ses tribunes publiées sur le site Internet du quotidien
britannique The Guardian. Durant la première phase de mes recherches, alors que je
sélectionnais les articles à intégrer à la bibliographie de mon mémoire, un article a
particulièrement attiré mon attention : « Sorry Lammily, your dumpy looks won't fool
many little girls ». La tribune traitait de la dernière poupée pour filles venue des EtatsUnis, conçue à la fois pour concurrencer le modèle phare de la marque Mattel et pour
« enseigner aux jeunes filles, dès leur plus jeune âge, que la véritable beauté est
intérieure ». Dès le titre de son article, Shriver s'oppose à ce projet ambitieux de façon
catégorique : selon elle, la poupée Lammily ne pourra rencontrer l'efficacité escomptée.
Bien entendu, elle étaye son propos dans le développement de l'article, et les
arguments qu'elle avance sont pour la plupart judicieux : une poupée, aussi peu
attrayante qu'elle soit (Shriver regrette d'ailleurs que ses créateurs ne soient pas allés
plus loin dans le réalisme, en imitant la cellulite par exemple) ne rompra jamais avec la
tradition selon laquelle les petites filles doivent jouer avec des poupées. Shriver
souligne d'ailleurs que la clientèle visée pour les poupées Lammily est moins les enfants
que leurs parents, qui garantiraient par cet achat la future ouverture d'esprit et
l'indépendance de leur enfant.
Plus que les arguments avancés par Lionel Shriver, c'est la partialité de son propos
qui m'a intriguée. La rubrique à laquelle elle contribue dans The Guardian, « Life and
style », est certes non informative et ne demande pas de la part de ses contributeurs une
quelconque neutralité. Mais Shriver propose ses opinions sur des sujets dans lesquels
elle n'a aucune forme d'expertise. Dans l'article traitant de la poupée Lammily, le sujet
n'est qu'un prétexte à un exposé de ses théories sur l'éducation des enfants, alors qu'elle
24
n'est pas mère elle-même ; ainsi, elle se base exclusivement sur son expérience
personnelle pour émettre des suppositions d'ordre presque sociologique, ce qui, aux
yeux d'un lecteur français, est inhabituel voire choquant.
La lecture de ses articles soulèvent ainsi la question de la légitimité, pour un écrivain,
à parler de certains thèmes. Dans son interview avec Minh Tran Huy, pour Le Figaro
Madame, elle explique que cette légitimité vient selon elle des événements qu'elle a
vécus, ou dont elle a été personnellement témoin : l'intrigue de Tout ça pour quoi, le
roman précédant Big Brother, est par exemple inspiré en partie de la vie d'une de ses
amies. Impossibilité d'écrire sur autre chose que ce que l'on connaît : cliché rhétorique
s'il en est, rebattu par la plupart des auteurs. Dans le cas de Shriver, cette inspiration
puisée dans sa vie personnelle n'est pas sans poser de problème.
En 1996 paraissait le sixième roman de la romancière américaine, intitulé A Perfectly
Happy Family, et qui n'a à ce jour pas été traduit en français. Une histoire comme il y en
a tant d'autres, celle d'une famille de trois enfants s'affrontant jusqu'à la cruauté pour
l'héritage de leurs parents récemment décédés. L'auteur, dans son article « I sold my
family for a novel », toujours publié dans sa tribune en ligne pour le quotidien The
Guardian, reconnaît elle-même s'être partiellement inspirée de l'histoire de sa famille,
bien que rien dans leur parcours personnel ne rappelle l'événement relaté dans le livre ;
sa fratrie a uniquement servi de base à la constitution des personnages principaux.
Malheureusement, ce n'est pas de cette façon que sa famille a interprété sa sortie de
son livre ; alors que Shriver pensait les honorer en écrivant une histoire partiellement
inspirée de leurs vies, ses parents tout comme ses frères ont été profondément blessés
par celle-ci. Dans une petite communauté comme celle de Gastonia, en Caroline du
Nord (d'où est originaire l'écrivain), certaines personnes ont été surprises de croiser les
Shriver en ville, persuadés suite à la sortie du livre qu'ils étaient décédés. Lionel Shriver
relate ces anecdotes non sans humour dans son article précédemment mentionné, mais
rappelle bien que lorsqu'on s'inspire en partie de sa vie pour écrire, la limite entre réalité
et fiction n'est pas toujours claire pour les lecteurs. Elle termine avec un conseil pour
tous les aspirants écrivains : « Si vous pensez à écrire un livre basé sur la vie d'un de vos
proches, réfléchissez-y à deux fois ».
La contradiction entre ces deux positions est déjà flagrante, mais le plus surprenant
est que Lionel Shriver récidive, en 2013, avec la parution de son dernier roman, Big
25
Brother : bien que le roman soit précéde de la traditionnelle appendice « Ce livre est une
œuvre de fiction. (...) », l'auteur rajoute une dédicace à son frère Greg, dont on sait, à
travers les articles qu'elle a publiés, qu'il est décédé d'insuffisance cardiaque causée par
sa condition d'obèse. Alors qu'elle déconseillait au jeunes auteurs de faire le choix de
l'expérience comme source d'inspiration, Shriver exploite la mort de son frère dans sa
dernière « œuvre de fiction », sujet à mon avis autrement plus douloureux pour sa
famille qu'une banale histoire de conflit fraternel.
Fait intéressant, Shriver avait déjà écrit au sujet de l'obésité de son frère dans sa
tribune pour The Guardian ; elle y exposait sa peur que son frère ne finisse par mourir
de trop manger. L'article est paru en ligne quelques heures seulement avant le décès de
Greg. L'inspiration était donc toute trouvée pour son dernier roman, qu'elle dissimule
savamment sous une mise en abîme : les héros de Big Brother se font le reflet des
personnages de la série télévisée de leur père acteur.
Pourtant, Lionel Shriver rechigne dans ses interviews à aborder l'aspect personnel de
cette nouvelle fiction ; tout comme elle omet de mentionner sa focalisation sur
l'apparence en général, et sur le poids plus particulièrement. L'article « Sorry Lammily
(...) » le montrait déjà, et c'est encore plus parlant au vu des articles publiés dans sa
tribune d'opinion : ses propres problèmes de poids durant l'adolescence, la course à pied
et les célébrités ayant récemment pris ou perdu du poids font tous l'objet d'une colonne
spécifique. Lionel Shriver écrit sur des sujets qu'elle reproche aux journalistes d'aborder
avec elle dans leurs entretiens, comme le montre son article « If you're thin, you are a
kook ; if you're fat, you're a failure ».
Le poids est la considération centrale dans Big Brother. A la page 174 du roman, elle
fait prononcer à Pandora, sa narratrice, la phrase « Néanmoins, à lire la liste des traits de
personnalités que nous attribuons d'instinct aux très maigres et aux très gros, je
préfèrerais être grosse » ; opinion que Lionel Shriver semble réfractaire à appliquer à sa
propre personne : elle déclare à de nombreuses reprises ne prendre qu'un repas par jour
et faire plusieurs dizaines de kilomètres de course par semaine. Doit-on alors lire Big
Brother comme un manifeste pour un mode de vie plus sain ?
Etrangement, les troubles alimentaires qui font le thème de ce roman ne sont jamais
appelés par leur nom dans le texte : la boulimie d'Edison par exemple, mais le grand
frère obèse n'est pas le seul à souffrir de comportements déviants vis-à-vis de la
26
nourriture. Fletcher, l'époux de Pandora, est obsédé par le sport et la nourriture saine, au
point d'imposer ses lubies alimentaires à toute sa famille ; et Shriver moque ce
comportement tout autant que celui, glouton, du personnage éponyme. Big Brother a
donc selon moi deux mérites : celui de briser le stéréotype selon lequel la plupart des
personnes souffrant de troubles alimentaires sont des femmes, et celui de présenter
l'obsession pour un mode de vie sain comme une addiction tout aussi réelle que celles
pour la drogue ou la religion.
A la veille de ma rencontre avec Lionel Shriver à la médiathèque de la Côte-St
André, dans le cadre des Assises Internationales du Roman 2015, les questions
soulevées par l'oeuvre toute entière de la romancière américaine sont donc nombreuses.
La médiation de la rencontre avec les lecteurs m'apportera peut-être certains éclairages ;
c'est pourquoi j'ai choisi de retranscrire ici notre échange.
Retranscription de l'entretien en médiathèque.
[Traduction consécutive réalisée par Maria Cojocariu, de la Villa Gillet]
[Marine] Bonjour à tous et bienvenue, pour cette deuxième journée des Assises
Internationales du Roman 2015, dans les nouveaux locaux de la médiathèque de la
Côte-Saint André. Celle-ci participe pour la première fois aux Assises, et nous les en
remercions. Présente également avec nous aujourd'hui, une classe du lycée Hector
Berlioz et leur enseignante, Mme Duperrier, qui ont eu l'occasion d'étudier en cours le
roman dont nous allons parler. Nous sommes Augustin et Marine, respectivement
étudiant en licence de Lettres à Lyon 3 et étudiante en master de Lettres à Lyon 2 ; et
nous sommes ici pour animer la rencontre avec Lionel Shriver, auteur de Big Brother,
paru à la rentrée littéraire de 2014 aux éditions Belfond. Lionel Shriver, vous êtes
américaine, née en Caroline du Nord bien qu'expatriée depuis de nombreuses années en
Grande-Bretagne, où vous travaillez comme journaliste freelance pour le quotidien The
Guardian. Vous avez exercé en tant que professeur, avez voyagé dans le monde entier,
avant de vous tourner vers l'écriture. Votre premier texte, The Female of the Species
(non traduit en français pour ceuxx qui souhaiteraient le lire), est publié en 1986 ; mais
c'est avec la sortie de Il faut qu'on parle de Kevin en 2003, puis en 2006 dans sa version
en français, que vous vous faites connaître du grand public. Le livre a même été adapté
au cinéma en 2011 par Lynne Ramsay. Cinq de vos romans ont à ce jour été traduits en
français ; Big Brother est votre douzième livre. Peut-être, pour commencer, auriez-vous
27
quelques mots à nous dire pour présenter votre dernier ouvrage, et éventuellement
résumer l'intrigue pour ceux qui ne l'auraient pas lu ?
[Lionel Shriver] Qui a déjà lu Big Brother ? Bien, la plupart d'entre vous. Pour ceux
qui ne l'auraient pas lu, il faut savoir que ce n'est pas "Big Brother" en référence à
George Orwell dans 1984. Il s'agit tout simplement d'un jeu de mots à propos d'un frère
qui est à la fois un frère aîné et qui est aussi une personne grosse. Il s'agit d'une soeur
dont le frère vient lui rendre visite pour la première fois en quatre ans. Elle va le
chercher à l'aéroport, et n'arrive même pas à le reconnaître quand elle va l'accueillir,
parce qu'il est devenu obèse. C'est presque un roman à suspense, dans un sens, où le
mystère est de savoir comment il a pu devenir aussi gros ; et bien sûr, l'autre question
est de savoir si sa soeur peut faire quoi que ce soit pour l'aider.
[Augustin] Nous allons maintenant passer au moment lecture, pour introduire la
rencontre.
[Lionel Shriver] Encore une fois, pour ceux qui n'ont pas lu le livre : il faut savoir
que c'est une scène entre le narrateur, la soeur donc, et son mari. Cela fait deux mois que
le frère est chez eux, en visite, ce qui est très long. La scène se passe la veille du jour où
le frère est censé repartir pour New York, et le mari ne peut pas supporter le frère. Le
mari, Fletcher, est soulagé de voir le frère, Edison, finalement partir ; c'est de cela dont
parle le passage.
[Moment lecture pour introduire la rencontre. Extrait lu en anglais par Lionel Shriver
; des exemplaires de la traduction en français ont été distribués à l'intention du public :
de la page 194 "Je sais que tu t'es habituée à son visage" à la page 197 "Je ne sais pas
encore ce que je vais faire. Vraiment, je l'ignore."]
[Lionel Shriver] Vous savez ce que se passe ensuite, si vous avez lu le livre...
[Augustin] Merci beaucoup pour cette lecture. Nous allons maintenant passer aux
questions. La première est assez large, pour commencer : quelles sont vos méthodes
d'écriture ? Ecrivez-vous rapidement, dans l'urgence, ou bien prenez-vous votre temps
pour écrire ?
[Lionel Shriver] Il me faut du temps pour commencer à écrire un livre, parce que
j'aime savoir ce que je vais faire. Cela implique une grande réflexion préalable, et j'ai
souvent besoin de faire beaucoup de recherches. Je n'ai pas eu besoin de faire autant de
28
recherches pour ce livre que pour les autres, puisque, comme chacun d'entre vous, j'ai
fait des recherches pour ce livre toute ma vie : en mangeant, et en pesant quelque chose.
Comme tous les gens de mon âge, et principalement les femmes, j'ai grandi à une
époque où tout le monde était devenu obsessionnel sur la nourriture, et où les gens se
jugeaient en fonction du poids qu'ils pesaient. Ces jugements concernaient
principalement les femmes. Pour ce livre, l'objectif de la phase de réflexion a surtout été
de choisir l'histoire, et surtout de savoir si mon personnage d'Edison finit par perdre ses
kilos ou pas. Etrangement, et cela ne s'était jamais produit lors de l'écriture de mes
autres livres, lorsque je suis arrivée au milieu de la rédaction j'ai changé d'avis sur la
manière dont j'allais terminer mon roman.
[Marine] Je reviens sur un point que vous avez évoqué brièvement, à savoir la
pression sociale en ce qui concerne le poids, et en particulier pour les femmes. Les deux
personnages qui semblent touchés par les troubles alimentaires dans votre roman,
Edison avec la boulimie, et Fletcher avec son obsession du sport et du manger sain, sont
des hommes. Par ailleurs, vous avez rédigé l'introduction à La mystique féminine de
Betty Friedman. Vous considérez-vous comme un auteur féministe, et votre livre est-il
une démonstration de votre point de vue sur le sujet ?
[Lionel Shriver] Oui, je me considère comme féministe, mais je le dis quand même
avec une certaine hésitation : être féministe aujourd'hui a tendance à connoter un
manque, voire une absence totale, d'humour. J'ai choisi des hommes comme
personnages les plus névrosés par la nouriture dans ce livre, parce que le problème du
poids a aujourd'hui dépassé le clivage homme-femme. Je ne sais pas comment cela se
passe en France, mais aux Etats-Unis, ainsi qu'au Royaume-Uni où je vis, les hommes
sont tout aussi complexés d'être un peu en surpoids, tout aussi attentifs à leur
alimentation et tout aussi inquiets quant à leur silhouette.
[Marine] Vous vivez en Angleterre, mais êtes née aux Etats-Unis. Vous aviez déjà
évoqué le système de santé américain dans votre livre Tout ça pour quoi, paru en France
en 2012. Pensez-vous, à la fois en tant que citoyenne américaine et et en tant que
résidente en Grande-Bretagne, que l'état devrait prendre en charge le traitement de
l'obésité, étant donné que c'est un mal qui touche de plus en plus de pays et de plus en
plus de citoyens ?
[Lionel Shriver] Il faut savoir qu'aux Etats-Unis l'état ne couvre aucune sorte de
29
traitement médical. La question reste valable pour ceux qui utilisent une couverture
médicale privée, ou le système national de couverture médicale en Grande-Bretagne ;
elle se résume ainsi : est-ce que toutes les personnes de corpulence normale doivent
payer pour ceux qui sont en surpoids ? On se retrouve là face à un antagonisme ayant à
la fois des implications politiques et sociales, entre ceux que l'on considérait autrefois
comme ayant un poids normal et ceux qui sont en surpoids. Si on monte dans un avion
et qu'un passager est obèse à côté d'autres passagers plutôt minces, les passagers minces
deviennent vite furieux parce que la personne en surpoids envahit leur espace. La
situation est la même pour le système de santé : la personne obèse semble prendre
l'argent de la personne mince. Toutefois, je m'opposerais personnellement à un système
qui pénaliserait les gens à cause de leur prise de poids, et refuserait de couvrir leurs frais
médicaux à cause de cela. Nous avons tous nos vices, et nous devons apprendre à nous
les pardonner mutuellement. Je ne voudrais pas aller chez le médecin, et m'entendre
répondre que je ne peux pas recevoir de traitement parce que je bois trop de vin rouge.
[Augustin] Justement, est-ce que vous considérez votre livre comme un ouvrage
politique, comme une critique du système social américain ?
[Lionel Shriver] Je pense qu'il y a un côté politique, oui, ne serait-ce que parce qu'on
est en train d'en parler. Il y a eu tout un groupe d'hommes politiques, d'ailleurs en
surpoids, qui ont détesté ce livre ; même si je me suis aperçue que presque aucune de
ces personnes n'avait lu Big Brother. Ces personnes pensaient que l'on ne devrait même
pas avoir le droit d'utiliser le terme "gros" pour les décrire, mais je déteste les
euphémismes. D'autres pensent que l'obésité est un choix personnel, qui ne regarde
qu'eux, et qu'on ne devrait pas avoir le droit d'écrire sur les gros. L'ironie est qu'il s'agit
d'un livre plein d'empathie pour ces individus, et qui essaie de montrer la manière dont
son traités les personnes en surpoids, la cruauté du regard qu'on pose sur eux. Ce livre
cherche aussi à montrer que ce problème nous prend trop de temps et d'énergie au
quotidien. Nous faisons toutes sortes de suppositions sur les gens en fonction du poids
qu'ils pèsent, et ces suppositions ne sont pas nécessairement justifiées. Je devrais peutêtre préciser que la raison pour laquelle j'ai autant d'empathie pour les personnes obèses
est que mon frère aîné est lui-même devenu très très gros, après avoir eu un poids
normal presque toute sa vie. Il est mort en 2009, des complications médicales dues à son
grand surpoids. J'ai vu comment il a été traité, et ça m'a rendue furieuse.
[Marine] Beaucoup de choses intéressantes dans ce que vous venez de dire ; je
30
remonte un peu en arrière, lorsque vous disiez que vous détestiez les euphémismes. J'ai
remarqué, dans votre roman, ou en tout cas dans sa version française, que les troubles
alimentaires ne sont jamais désignés par leur nom médical. Par ailleurs, ils sont souvent
laissés de côté par rapport à leur conséquence directe, à savoir le poids. Y a-t-il une
raison à cette oubli, est-ce une tentative d'atténuer la réalité et la crudeur des mots ?
[Lionel Shriver] Je voulais éviter le langage que nous utilisons habituellement pour
parler de ce problème. L'expression "trouble alimentaire", par exemple, est utilisée
seulement une fois dans le roman. Je crois que, quand on s'habitue trop à un
vocabulaire, il finit par perdre son sens. Par ailleurs, cela ne m'intéresse que très peu de
savoir si le problème est que l'on mange trop, trop peu, ou trop puis de se faire vomir
ensuite. Si l'on prend du recul pour voir l'image d'ensemble, ce qui ressort de ce livre est
que nous ne savons plus manger, ce qui est étrange d'un point de vue animal. Nous
avons perdu notre innocence ; manger est devenu un exercice mental : on ne mange pas
parce qu'on a faim puis on s'arrête parce qu'on est rassasié. On y pense trop, c'est
épuisant et ennuyeux.
[Marine] Dans votre livre, les personnages d'Edison et Pandora, le frère et la soeur
donc, décident de perdre du poids en suivant un régime très strict, à base de préparations
en sachets. Pourquoi avoir sélectionné cette méthode pour perdre du poids dans votre
livre, plutôt qu'une cure d'amaigrissement par exemple ?
[Lionel Shriver] Pour une raison : il est très dur de faire ressortir le côté dramatique
du fait de faire un régime. C'est plus impressionnant lorsque les personnages cessent
brutalement d'absorber toute nourriture solide, que lorsqu'ils réduisent peu à peu les
portions et se contentent de salade verte. Un de mes amis à Londres avait des problèmes
de poids, et il est parvenu à perdre des dizaines de kilos grâce à un programme similaire.
Donc je sais que cela fonctionne. Pourtant cet ami a fait ce régime deux fois, et à chaque
tentative il a repris tout le poids perdu. Cela montre à quel point le poids est un
problème davantage psychologique et émotionnel que purement biologique.
[Augustin] La forme de régime choisi dans votre livre, et le refus des personnages à
recevoir de l'aide pendant leur diète, tout en prodiguant la leur (lors de l'épisode de la
tempête par exemple), semble illustrer une manière très américaine de penser :
l'accomplissement par et pour soi-même. A quel point l'aspect culturel a-t-il conditionné
le portrait de vos personnages et leur histoire ?
31
[Lionel Shriver] Bien sûr, ce livre parle aussi de gens qui font leur maximum pour
réussir seuls, pour se réaliser ; c'est aussi un roman qui parle également de l'idée de la
célébrité. Lorsqu'on écrit une histoire, on peut y inclure des sous-thèmes ; dans le cas
présent cela permet d'éloigner le roman du seul sujet de la nourriture et du régime. Mes
personnages sont un frère et une soeur venant d'une famille hollywoodienne, dont le
père était acteur dans une série télévisée très connue ; même si le livre laisse entendre
qu'il n'était pas très bon acteur, et selon toute probabilité un connard. La réaction du
frère par rapport à cette situation est qu'il veut devenir encore plus célèbre que son
père ; tandis que la soeur cherche à rejeter toute cette attitude et d'être la plus ordinaire
et calme possible. L'ironie est que le frère qui tente à tout prix d'atteindre la gloire n'y
parvient pas, et la soeur qui veut se faire oublier devient célèbre presque par hasard.
Pour un auteur de fiction comme moi, cette situation est très amusante : on imagine à
quel point le frère aime cet état des choses... Ce qui m'intéressait d'examiner, tout de
même, c'était cette obsession typiquement américaine de vouloir devenir célèbre.
Personnellement, j'ai du respect pour les réalisations personnelles, et je suis fière de mes
livres, mais le goût que j'ai pu avoir de ma propre célébrité, qui signifie simplement que
les gens savent qui vous êtes, m'a montré que cela n'en valait pas la peine.
[Marine] Vous parliez de la relation un peu difficile entre vos deux personnages,
Pandora et Edison, qui ont des attitudes très différentes vis-à-vis de leur histoire
familiale. Dans votre livre, on sent presque une forme de rivalité fraternelle, puisque
Pandora déclare à plusieurs reprises avoir la sensation d'être un faire-valoir pour son
frère. Est-ce que cette rivalité fraternelle peut expliquer la décision, de la part de la
narratrice, d'aider son frère, et ainsi prendre le dessus dans leur relation ?
[Lionel Shriver] C'est une très bonne observation. Dans un sens, la soeur aime être
celle qui n'a pas le pouvoir, parce qu'elle a admiré son frère aîné toute sa vie. Tout un
passage décrit d'ailleurs cette expérience d'être dominée et pleine de respect comme
quelque chose d'agréable. C'est un plaisir pour elle. Mais il y a un moment, dans le livre,
où les rôles sont inversés et la soeur devient le patron ; et lorsqu'on a toujours été la
petite soeur insignifiante, cette situation devient vite jouissive.
[Marine] Malgré ces petites discordes, il y a une relation véritablement fusionnelle
entre les deux personnages, que d'autres figures secondaires dans votre roman, à
l'exemple de Fletcher (le mari), n'hésitent pas à qualifier de malsaine. Pourquoi avoir
ajouté cette dimension à leur relation, et qu'est-ce que cela apporte à l'intrigue ?
32
[Lionel Shriver] Vous voulez dire qu'il y a presque comme un soupçon d'inceste entre
les deux. J'ai deux frères, ou plutôt j'avais deux frères ; même lorsqu'il n'y a rien de
bizarre c'est une relation très intime qui se tresse. Quand on grandit ensemble, dans une
proximité physique si importante, et lorsqu'il y a les deux sexes dans la fratrie, il y a
toujours ce petit élément que Fletcher qualifierait de malsain ; c'est d'ailleurs une des
raisons pour lesquelles Fletcher déteste autant Edison. Très clairement, il est jaloux. Je
suis sure que la plupart d'entre vous avez des frères et soeurs, mais vu votre âge vous
n'avez pas encore eu l'occasion de vivre ça. Vous vous apercevrez que, si vous êtes
proche de ce frère ou de cette soeur, et qu'il ou elle est de l'autre sexe, votre partenaire
en sera forcément jaloux. Pourtant, il était très important pour moi de ne pas mettre en
scène dans ce livre une relation littéralement incestueuse. Je ne sais pas si vous lisez
beaucoup de romans ou d'autobiographies contemporains, mais l'inceste est partout et ça
en devient trop. L'inceste est comme devenu le ressort final de toute la littérature
contemporaine, la révélation qui vient éclairer toute l'intrigue. On parle beaucoup moins
de cette chose subtile, qui en même temps est beaucoup plus répandue : elle existe
virtuellement dans toutes les familles.
[Augustin] Vous parliez tout à l'heure de votre frère, que les journalistes et critiques
ont souvent rapprochés du personnage d'Edison. Vous retrouvez-vous, personnellement,
dans le personnage de Pandora ?
[Lionel Shriver] L'aspect de Pandora qui a été vraiment inventé est sa modestie et sa
tranquilité, deux choses que je ne suis pas. Elle se décrit comme le genre de personne ui
peut vous écouter la critiquer ou conseiller, tout en ayant l'air punie, puis faire
exactement ce que vous lui disiez de ne pas faire. Ca, ça me ressemble.
[Marine] Pour rebondir sur le rapport entre vos personnages et votre propre attitude,
j'aimerais maintenant parler des articles que vous avez publiés dans le Guardian. Ceuxci reprennent souvent des thèmes que vous évoquez dans vos romans ; comment
envisagez-vous cette double profession, et quels sont selon vous les liens entre
journalisme et littérature ?
[Lionel Shriver] Il faut comprendre que, lorsqu'on publie un livre qui traite d'un sujet
donné, l'éditeur nous pousse à publier des essais et colonnes dans les journaux pour faire
la promotion de ce livre. Cela revient souvent à reprendre le thème du roman, mais en
mettant de côté la part de fiction. Mais, de façon plus générale, je lis beaucoup les
33
journaux et j'en tire des idées pour mes livres ; je ne fais donc pas vraiment de
distinction entre ce qui relève de la fiction et ce qui n'en relève pas. Comme je le disais
plus tôt, je fais beaucoup de recherches avant d'écrire, et ce dans un souci de réalisme.
Par ailleurs, j'aime beaucoup les livres d'autres auteurs qui sollicitent beaucoup
d'informations, tout en écrivant de la fiction. J'essaie donc de faire la même chose :
généralement, si vous trouvez des informations dans mes livres qui ne contribuent pas à
la fiction, ce sont des informations vérifiées. [...]
Conclusion.
Organiser un événement tel que la venue d'un auteur dans une médiathèque, et sa
rencontre avec le public, a été une expérience particulièrement enrichissante. La lecture
de bon nombre d'articles sur Lionel Shriver nous avait conduits, mon collègue Augustin
et moi, à appréhender l'entretien : la romancière américaine est en effet souvent décrite
comme une personne froide, aux réponses laconiques dans ses interviews, et peu encline
à aborder des sujets trop personnels. Ce fut donc une excellente surprise de la voir se
prêter au jeu, souvent non sans humour. En privé, après la rencontre avec les lecteurs,
elle nous a confié avoir été ravie de ne pas s'être vue poser de questions sur Il faut qu'on
parle de Kevin, et de rencontrer des lecteurs aussi jeunes que la classe de lycéens
présente. J'ai choisi de ne pas intégrer leurs questions à ma retranscription, celles-ci
recoupant fréquemment les questions posées par les modérateurs de la rencontre, et
n'ayant pas demandé leur accord préalable pour utiliser leurs propos.
Ma rencontre avec Lionel Shriver, dans le cadre des Assises Internationales du
Roman 2015, a également permis d'apporter quelques éclairages aux questions
soulevées dans ce mémoire : les contradictions que j'ai pu relever entre ses écrits
journalistiques et ses romans ont été pour la plupart résolues. Loin de renier ces
discordances, l'auteur explique qu'elles sont le but de son livre, comme de tous les
précédents : montrer que, sur un sujet aussi sensible que l'obésité, il n'y a pas de réponse
préétablie et universelle, elle-même ayant plusieurs fois changé son point de vue sur le
sujet au cours de sa vie.
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BIBLIOGRAPHIE COMPLÉMENTAIRE
ALBERT Pierre, article « PRESSE - - Naissance et développement de la presse écrite »,
in Encyclopædia Universalis (publication en ligne), URL : http://goo.gl/A3qCdk
ASSELOT Céline, émission « La presse d'opinion, une spécificité française », in France
Info, 7 avril 2012 (émission en ligne), URL : http://goo.gl/mf2H0N
AURE Anne-Eva, mémoire « Le journalisme citoyen : quelle réalité sociale ? », 2006,
Université Paul Valéry Montpellier 3 (publication en ligne), URL :
http://goo.gl/oGIQ0b
BRIN Colette, CHARRON Jean, DE BONVILLE Jean, Nature et transformations du
journalisme : théorie et recherches empiriques, 2004, Québec : Presses de
l'université Laval, p. 7 à 10 (publication en ligne), URL : https://goo.gl/hbSt9u
MARCHETTI Dominique, article « PRESSE - Les différentes formes de presse »,
in Encyclopædia Universalis (publication en ligne), URL : http://goo.gl/xNQIvc
Note de présentation de Big Brother par Lionel Shriver, site officiel des Editions
Belfond (publication en ligne), URL : http://goo.gl/T3cmHq
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TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION ................................................................................................ p.2
I. BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................ p.3
II. ANTHOLOGIE ................................................................................................ p.5
Document 1 ................................................................................................. p.5
Document 2 ................................................................................................. p.5
Document 3 ................................................................................................. p.7
Document 4 ................................................................................................. p.9
Document 5 ................................................................................................. p.10
Document 6 ................................................................................................. p.12
III. METACRITIQUE .......................................................................................... p.16
Introduction ................................................................................................. p.16
1. Constitution du dossier anthologique. ..................................................... p.16
1.1. Le cas des revues spécialisées. ................................................. p.16
1.2. Le cas de la presse étrangère. ................................................... p.17
1.3. Forme hybride de la critique littéraire. ..................................... p.18
2. Différences entre critiques littéraires française et britannique. .............. p.19
2.1. Distinction entre presse d'information et presse d'opinion. ...... p.19
2.2. Les modèles français et britannique. ......................................... p.19
2.3. La particularité de l'outil Internet. ............................................. p.20
3. Critique de la critique. .............................................................................. p.21
3.1. Travers journalistiques. .............................................................. p.21
3.2. La possibilité du plagiat ? .......................................................... p.22
3.3. Les erreurs flagrantes. ................................................................ p.23
Conclusion. ................................................................................................... p.23
IV. ESSAI PERSONNEL ....................................................................................... p.24
Compte-rendu des lectures pour le mémoire ............................................... p.24
Retranscription de l'entretien avec Lionel Shriver ....................................... p.27
Conclusion .................................................................................................... p.34
BIBLIOGRAPHIE COMPLEMENTAIRE ......................................................... p.35
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