Amelie 4eme

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Amelie 4eme
Le vrai visage du monde
Le monde d’où je viens n’est pas rose, ceux qui le pensent sont des imbéciles, ceux qui y vivent le
savent, ils n’ont pas la vie facile. Je ne vais pas me plaindre mais disons qu’à seize ans, je rêvais mieux.
Tout a commencé le jour où Lola est arrivée, au début de l’année. Elle était très belle et tout le monde
l’aimait, mais moi, elle ne me plaisait pas. Je sentais que derrière sa beauté se cachait quelque chose de
noir. Je ne me suis jamais vraiment intéressée aux garçons mais il y en avait un sur lequel je pouvais
compter, c’était Harry, mon meilleur ami, et comme par hasard cette Lola et lui s’entendaient à
merveille. Des jours et des mois ont passé et je me suis finalement habituée, Harry l’aimait et elle aussi,
alors à quoi bon me mettre entre eux ? Je sentais que je perdais peu à peu mon ami et j’en étais triste
mais je ne pouvais rien faire. Malgré l’amour de Harry pour Lola, je continuais à me méfier d’elle mais
rien dans son comportement ne laissait penser qu’elle pouvait faire quelque chose de mal ; c’était la fille
parfaite, un ange, comme l’appelait Harry.
Un jour que j’attendais Harry sur notre banc, au parc, il ne vint pas. Je restai là une heure, deux heures,
à l’attendre, mais rien. Aucun de nous deux ne manquait habituellement ce rendez-vous fixé chaque
semaine et ce fut avec angoisse que je remontai doucement le parc en direction de mon H.L.M. Pendant
la nuit, je fis des rêves étranges ; j’étais seule, pleurant sur un banc vide, tout était noir autour de moi.
Je me réveillai et sentis sur mes joues les petites perles mouillées qu’on ne peut pas arrêter. Pourquoi ?
Pourquoi n’est-il pas venu ? Qu’est-ce qui a pu se passer ? J’entendis dans le couloir le bruit des pas de
mon grand frère. D’où venait-il encore, cette fois ? Je m’inquiétais pour lui, il trainait de plus en plus
dans la rue le soir et personne ne savait ce qu’il faisait avec la bande ”rouge”, une bande de jeunes assez
violents ; j’espérais simplement que les rumeurs étaient fausses et que mon frère ne risquait rien.
Le lendemain, je m’arrangeai pour parler à Harry :
” Où étais-tu hier ? Je t’ai attendu, lui lançai-je.
- Occupe-toi de tes affaires, Leyla ! me répondit-il d’un ton sec.
- Harry, tu es sûr que ça va ? lui demandai-je prudemment.
- Écoute, que tu le veuilles ou non, on ne doit plus se parler, oublie nos rendez-vous, oublie tout, me
dit-il d’une voix glacée.
Je n’arrivais pas à y croire ! Lui, Harry, il osait me faire ça ! Il devait avoir une bonne raison. S’il pense
un seul instant que je vais accepter ça sans rien faire, il se trompe, pensai-je. Je pris rapidement une
décision, tant pis pour les conséquences ou les dangers, j’étais décidée à découvrir la soi-disant bonne
raison de Harry.
À vrai dire, je n’eus pas à chercher longtemps. Je m’étais postée près de l’entrée de son immeuble ; à la
seconde où il ouvrit la porte, une voiture arriva de nulle part et le prit à son bord. J’eus juste le temps
d’entrevoir les visages des deux hommes et la voiture disparut. Je connaissais bien cette voiture, tout le
monde la connaissait ici : c’était la voiture des Rouges et quand on montait à l’intérieur, c’était pour la
drogue ou les armes. Une heure plus tard, la voiture revint déposer Harry au pied de son immeuble et
repartit. Lola surgit alors et Harry lui donna un petit paquet. C’était cela alors, Harry prenait des risques,
mettait sa vie en danger, me supprimait de sa vie, tout ça parce que Lola se servait de lui pour avoir ce
qu’elle voulait. Elle allait l’avoir la guerre. Déjà que mon frère trainait avec les rouges, et maintenant
Harry à cause d’elle, c’était trop, ça ne se passerait pas comme ça.
Je revins trois soirs me cacher près du bloc d’Harry et les trois soirs, je surpris le même manège. Ca ne
pouvait pas durer, je devais tenter quelque chose. Il fallait que je parle à Harry, que je lui ouvre les yeux
- était-il donc aveugle au point de ne pas voir ce qu’il faisait, était-il fou de mettre à ce point sa vie en
danger ? Lola ne le méritait pas.
Je tentai de parler à Harry mais il ne voulait rien entendre. « De toute façon tu ne l’as jamais aimée
Lola », me répétait-il, « alors arrête, je fais ce que je veux, occupe-toi de ta vie ! ». En colère, je partis.
Le mois de juin était déjà bien avancé lorsqu’une rumeur se répandit dans l’école : Lola était morte
assassinée. J’étais malade ce jour-là et une violente toux me clouait au lit. Harry arriva en hurlant dans
ma chambre :
- Leyla, elle est morte ! Tu te rends compte ? Lola est morte !
Je n’arrivais pas à le croire.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? lui lançai-je.
- On l’a retrouvée hier soir, assassinée sur notre banc, oui, le banc où nous nous retrouvions. Ce n’est
pas une coïncidence, n’est-ce pas ? Toi qui ne l’as jamais aimée, tu as toujours été jalouse d’elle et ton
frère, il est chez les Rouges, il aurait pu te procurer une arme.
- Mais Harry, tu délires ?
- Dis-le-moi Leyla, tu peux me le dire à moi ! me supplia-t-il.
- Mais enfin te dire quoi ?
- Que tu l’as tuée, ça ne peut être que toi Leyla, tout le monde l’aimait sauf toi, je te le répète, tu as
toujours été jalouse, c’est toi, c’est toi, de toute façon c’est trop tard, j’ai déjà prévenu la police, ils sont
en bas, écoute, ils montent !” Il était rouge et son visage était déformé par la colère.
- Tu es devenu fou.
J’avais peur, très peur. Il n’avait pas menti, les policiers arrivèrent et je devins pâle, très pâle. Je restai
muette. Comment pouvait-on m’accuser d’une chose pareille ? Les policiers m’emmenèrent. Je me
retournai une dernière fois, le visage plein de chaudes larmes, et lui dit :
- Harry, je suis innocente !