Clichés Sub`nocturnes à Nouméa - Festival de l\`image sous

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Clichés Sub`nocturnes à Nouméa - Festival de l\`image sous
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CLICHES SUB’NOCTURNES A NOUMEA
La Baie des Citrons offre aux amateurs d’images subaquatiques de
Nouvelle-Calédonie, un terrain de jeu singulier situé en pleine ville.
Suivons un groupe de passionnés, venus pour photographier la faune
sous-marine nocturne à seulement quelques dizaines de mètres des
néons de Nouméa by Night.
19h30, Nouméa Baie des Citrons. Matthieu, une pointure de la prise de vues sous-marines et cinq de ses
compagnons, s’équipent sur le trottoir de la promenade du bord de mer de la capitale pour une plongée
photos. Leur matériel va du simple compact jusqu’au performant reflex grand format doté de plusieurs
flashs. Tous gréent un détendeur sur leur bouteille d’air comprimé sauf Jack, seul apnéiste du groupe.
Ce natif du Caillou, chasseur sous-marin de haut niveau pendant 30 ans, s’est aujourd’hui reconverti à
la macro photographie animalière sous-marine. Sa parfaite connaissance du lagon lui donne un atout
indéniable pour repérer et approcher une faune aussi étonnante que diverse. En seulement deux années, il
a constitué sur ce thème une banque d’images exceptionnelles tant en qualité qu’en quantité.
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Matthieu, Hugues, Yves, Laurent, Julien et Jack, se
regroupent au milieu de la baie, de l’eau jusqu’à
la taille, pour contrôler le bon fonctionnement de
leurs matériels de prises de vues : boîtier, flash et
projecteur. Ils utilisent tous un objectif macro. Après
un court briefing, chacun palme en direction du
secteur de son choix. A terre, Marie Barrault, solitaire
« Pénélope », les yeux fixés sur les halos de lumière,
assure la « sécurité surface ».
La pratique de l’image sous-marine est un exercice
solitaire, à fortiori pour l’animalier.
Jack Berthomier
muni
d’un
c o m p a c t
ultrabasique
mais performant
Canon Ixus 870
is sans flash
externe,
se
dirige vers la
prise d’eau de
l’Aquarium des
Lagons. Léger, il se déplace silencieusement en
« balayant » méthodiquement du pinceau de son
projecteur, une petite paroi corallienne. Son rayon
de lumière s’immobilise sur un poisson perroquet
assoupi,
s’abandonnant
à un déparasitage en
règle par toute la gamme
« d’outils » agiles d’une
crevette
bariolée.
Il
photographie un gros
murex, Murex ramosus,
situé à l’extrémité de la
trace baveuse laissée par
son mucus pendant son
déplacement. Il accroche
dans son faisceau une
limace de mer en vadrouille.
Maquillée comme une voiture volée, la robe
outrageusement colorée, ce nudibranche prévient
les éventuels prédateurs du danger mortel qu’ils
courraient à le consommer. A chacune de ses apnées,
le photographe se rapproche des anfractuosités
pour ausculter attentivement les moindres recoins.
Judicieusement lesté , il se pose sur le fond, face
à une femelle de crabe
batailleur
Portunus
pelagicus. Eclair du
flash : c’est dans la
boîte !
Yves Gillet utilise un boîtier pour Nikon D70S équipé
d’un objectif 60 mm macro et deux flashs Ikelite
DS160. Il explore le fond sous un des radeaux, terrain
de jeu des jeunes baigneurs sautant joyeusement à
longueur de journée en cette période encore estivale.
En pleine nuit l’ambiance est tout autre : calme,
feutrée. Sur une algue s’épanouit une colonie de six
nudibranches vert pomme Costaciella sp. à divers
stades de croissance allant de quelques millimètres à
un centimètre. Il capte dans
la lumière de son phare une
forme immobile, cubique,
grise à points bleus, deux
cornes longues et fines…
un poisson vache Lactoria
cornuta avec une crevette
commensale transparente
Periclimenes magnificus sur
le dos ! Commence une
pixellisation en règle de
cette espèce de poisson coffre. Ebloui par le phare
ou attiré par
les reflets de
son hublot,
il vient à
plusieurs
reprises se
coller à lui
les
cornes
en
avant…
Chargé par
un poisson
vache à la Baie des
Citrons, il ne manquerait
plus que cela !
Hugues Lemonnier Coolpix P 6000 en main,
traque les crustacés aux mœurs essentiellement
nocturnes. Il commence avec une crevette rarissime
Phyllognathia ceraphthalma posée sur une
holothurie. Il tire le portrait d’un pagure bernardl’ermite Dardanus megistos
puis d’un crabe araignée
Picrocerus armatus habillé
d’organismes vivants pour
mieux se camoufler. Il
termine par le cliché d’un
poisson clown, Amphiprion
clarkii, refugié dans une
anémone en compagnie
d’une crevette commensale
Periclimenes magnificus.
Julien Barrault opère avec un boîtier pour Canon 5D
II + MPE 65 mm au rapport 2,5 X + 2 Inon Z 240,
assez délicat à utiliser. Ce soir, il galère à trouver des
sujets méritant d’être immortalisés.
Matthieu Juncker équipé d’un boîtier pour Nikon
D 700 avec un 60 mm macro et deux flashs Ikelite
DS 125 scrute l’apparent désert sablonneux. Sur
un Actinodendron appelé ici communément « chou
fleur », une crevette transparente Periclimenes
magnificus, insensible aux cellules urticantes mérite
un portrait soigné.
Il cadre ensuite une merveille de la nature : un
coquillage gastéropode Hydatina physis zébré, au
manteau crème entièrement déployé, bordé d’un
liseré bleu électrique.
Enfin il se concentre sur un poisson
serpent Pisodonophis boro en embuscade.
E n f o u i
verticalement dans
son
terrier,
les
pupilles
dilatées,
ce
farouche
et
malicieux prédateur
nocturne
laisse
juste pointer sa
tête pour brusquement fondre,
mâchoire grande ouverte, sur
les petits crustacés et poissons
en maraude.
Laurent Seveau fidèle au matériel basique Lumix
Panasonic TZ10 avec Flash intégré, enregistre une
éclectique moisson d’images : poisson papillon,
coffre, hippocampe et plus encore. A plat ventre, il
cadre avec soin une plume de mer appelée pénatule.
Plantée verticalement dans le sable, équipée de deux
rampes de polypes, elle capte pour se nourrir le macro
plancton pullulant toute la nuit. Enfin il réalise le cliché
exceptionnel d’un petit
calmar en pleine eau,
véritable joyau vivant
aux coloris improbables
par le jeu continu
et changeant de ses
chromatophores.
Je
laisse
Laurent
conclure: « on pourrait
comparer le monde de
la nuit des hommes, (le
secteur de la Baie des
Citrons en est un parfait
exemple), et le monde sous- marin nocturne de cette
même baie: faune étrange, comportements différents,
décalage spatio-temporel; alors que sur terre une soirée
ordinaire bat son plein, sous l’eau la jungle se réveille !
Paradoxal, le moment où l’on refait surface pour faire un
point géographique de notre position; où l’on voit les néons
de cette Babylone, les voitures qui vrombissent, entendons
le tintamarre des boîtes de nuit, avant de replonger dans
l’eau noire éclairée de notre seule torche. Avec un champ
de vision réduit au faisceau de la lampe, nous avançons
à petits coups de palmes à la découverte d’un monde qui
vit sa vie dans l’indifférence totale de nos turpitudes de
bipèdes. Être sous l’eau, et particulièrement la nuit, c’est être
ailleurs, un ailleurs si proche. Les tour-opérateurs appellent
cela le dépaysement. ».
Texte : Pierre Larue
Bibliographie :
Poissons de Nouvelle-Calédonie par Pierre Laboute et René
Grandperrin. Editions Catherine Ledru
Lagons et Récifs de Nouvelle-Calédonie par Pierre Laboute et
Bertrand Richer de Forges. Editions Catherine Ledru
Guide des nudibranches de Nouvelle-Calédonie et autres
opisthobranches par Jean-François Hervé. Editions Catherine
Ledru
LEGENDES ET CREDITS PHOTOS
01 : Vue aérienne de la Baie des Citrons, une des plages les plus populaires de Nouméa. (Photo Pierre Larue)
02 : La plage de la Baie des Citrons est parfaitement protégée de l’alizé de Sud-Est. (Photo Pierre Larue)
03, 04, 08 : A la vue des passants noctambules, les amis plongeurs photographes s’équipent sur le trottoir du front de mer de la Baie des Citrons. (Photos Pierre Larue)
05 : Hughes Lemonnier utilise un boîtier Coolpix P 6000. (Photo Pierre Larue)
06 : Jack Berthommier très organisé, prépare méticuleusement son équipement. (Photo Pierre Larue)
07 : De gauche à droite : Hugues Lemonnier, Julien Barrault, Matthieu Junker, Laurent Seveau et Yves Gillet parés à s’immerger pour une séance de macrophotographies sous-marines. (Photo Pierre
Larue)
09 : Dernier briefing avant l’immersion. (Photo Pierre Larue)
10 : Jack Berthommier utilise un Canon Ixus 870 is, compact ultrabasique sans flash externe. (Photo Pierre Larue)
11 : Jack Berthommier photographie un des plus gros murex, Murex ramosus, situé à l’extrémité de la trace baveuse laissée par son mucus pendant son déplacement. (Photo Pierre Larue)
12 : Une crevette commensale, Periclimenes soror est l’hôte des étoiles de mer. (Jack Berthommier)
13 : La nuit, cette anémone redoutable, déploie ses tentacules aux couleurs chatoyantes pour paralyser sa proie. (Jack Berthommier)
14 : Ce crabe batailleur femelle Portunus pelagicus, n’hésite pas à s’exposer la nuit. (Jack Berthommier)
15 : Sur une algue s’épanouie une colonie de six nudibranches vert pomme Costaciella sp à divers stades de croissance allant d’un petit centimètre à quelques millimètres. (Yves Gillet)
16 : Un poisson vache Lactoria cornuta avec une crevette commensale periclimenes magnificus. (Yves Gillet)
17 : L’œil d’un poisson vache Lactoria cornuta. (Yves Gillet)
18 : Un crabe araignée Picrocerus armatus habillé d’organismes vivants pour mieux se camoufler. (Hughes Lemonnier)
19 : Une crevette rarissime Phyllognathia ceraphthalma, commensale d’une holothurie (Hughes Lemonnier)
20 : Un poisson clown, Amphiprion clarkii, trouve refuge dans une anémone associé avec une crevette commensale periclimenes magnificus transparente. (Hughes Lemonnier)
21 : Sur un « chou fleur », Actinodendron, une crevette commensale transparente insensible aux cellules urticantes trouve un refuge idéal. (Matthieu Junker)
22 : Un coquillage gastéropode Hydatina physis zébré, au manteau crème entièrement déployé, bordé d’un liseré bleu électrique. (Matthieu Junker)
23 : Enfoui verticalement dans son terrier, les pupilles complètement dilatées, un poisson serpent Pisodonophis boro est en embuscade. (Matthieu Junker)
24 : Ce poisson papillon Chaetodon bennedetti, adopte pour dormir sa livrée de nuit. (Laurent Seveau)
25 : Hippocampus kuda. (Laurent Seveau)
26 : Une plume de mer Pennatule virgularia, plantée verticalement dans le sable, utilise ses polypes latéraux pour se nourrir en captant le macro plancton abondant toute la nuit. (Laurent Seveau)
27 : Ce calmar Sepiotheutis lessoniana, véritable joyau vivant aux coloris improbables et changeants sera le cliché phare de cette plongée sub’nocturne. (Laurent Seveau)