La pyrotechnie du quatuor U Swing

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La pyrotechnie du quatuor U Swing
La pyrotechnie du quatuor U Swing
Gisèle Bart
Malgré qu’il soit entré dans nos mœurs d’utiliser l'expression "grande musique" pour désigner la musique
classique, j'ose qualifier de "grande musique" ce qui nous a été proposé par le Quatuor U Swing à Prévost, le
samedi 8 février.
Professionnalisme est le premier qualificatif qui nous vient à l'esprit en les écoutant. En pleine possession de leurs instruments,
Vincent Gosselin à la voix et à la contrebasse, Nicolas Major à la guitare, Stéphane Chartrand à la batterie et Marc-Étienne Savage aux
claviers jouent avec assurance. De plus, les mises en scène et transitions sont ostensiblement ciselées et sans bavures.
Durant au moins la moitié de la première partie, le groupe a choisi de nous emmitoufler dans un son feutré nonchalamment enjoué.
Ceci nous donnera le loisir d'apprécier l'ipséité du chanteur qui possède une voix unique, très agréable dans les médiums mais avec
des aigus surprenants et travaillés qui tiennent l'attention aux aguets, avec l'impression d'avoir affaire à quelque chose d'unique à ne
pas manquer. Ayant choisi de "revisiter des pièces connues" allant de All you need is love à La Bohême en passant par Roxane, son
interprétation est inattendue et c'est le but recherché par ce groupe d'hommes encore jeunes, nostalgiques de leur
adolescence, « première génération du Nintendo ».
Puis, la première surprise passée, l'oreille se tendra un peu plus vers les autres musiciens. Très bien orchestré, le spectacle donnera à
chacun son « momentum », dûment applaudi par une assistance conquise dès la première pièce. Inclus, de nombreux très beaux
"riffs" de la guitare, entre autres dans All you need is love. Inclus, des « voix » faites harmonieusement par le guitariste et le
claviériste.
Parlant de mise en scène soignée et de place laissée en temps et lieu à chacun des protagonistes, au milieu du morceau Enjoy the
silence trois des musiciens s'éclipseront discrètement et nous laisseront seuls avec le pianiste et son talent. Un très beau moment.
Puis, ce spectacle commencé dans la douceur se dirigera inexorablement vers le paroxysme du plaisir, mais sans se presser. Je
mentionnerai ici mon coup de coeur, une pièce toute en mystère et en modernité, Wicked Games de Chris Issaak, grondement de
synthé en intro, mélodie tortueuse, montée d'émotion, de mon point de vue un grand moment. Mes oreilles profanes pour ce qui est de
l'anglophonie ont distingué le mot "desire" et un "falling in love with you" répété à plusieurs reprises mais pas celui d'Elvis.
Généreusement, aux trois-quarts d'un programme déjà chargé, on nous jouera un "medley" de chansons d'amour. Tout ce temps,
charmés par un batteur des plus efficaces nous découvrirons bientôt qu'il n'avait pas encore dit son dernier mot. En effet, nous aurons
enfin droit à une ébouriffante pièce de pyrotechnie de sa part. Ne se tenant plus, l’assistance scandera pendant plusieurs minutes un
« no more, no more, no more, Jack » bien senti.
Générosité, ai-je dit? Nous bénéficierons encore et encore de Jazz, dans toute sa noire beauté, sa complexité, ses intrusions dans les
méandres plus sombres de la « soul ». Le contrebassiste y eut à son tour ses minutes de gloire nous démontrant qu’il n’est pas que
chanteur, aussi excellent soit-il.
Puis, après le feu d’artifices du pyrotechnicien-batteur, le groupe se transforma en pyromane, mettant le feu à la baraque. Come on !
Light my fire ! nous chantaient-ils. Come on ! Light my fire ! chantions-nous avec lui, débridés, réclamant un rappel.
Surpris, après l’émouvant S’il fallait de Daniel Bélanger, après l’apéritif, de bons vins et le champagne, croyant tout fini, M. Gosselin
nous annonça « une chanson qui n’a pas besoin de présentation » et entonna la toute belle What a wonderful world !, un bel
hommage à Louis Amstrong mais sans aucunement l’imiter. Un large rayon de soleil s’est promené sur la salle redevenue silencieuse,
recueillie. Après les Mégantic, les Isle-Verte, les itinérants assassinés, les familles décimées dans la violence, U Swing nous incitait,
par une chanson aussi belle et aussi bellement interprétée, à cesser de nous haïr, à voir la Beauté, à y croire, à la créer s’il le faut.

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