Homélie du dimanche 20 mars 2016, Rameaux et Passion, par le

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Homélie du dimanche 20 mars 2016, Rameaux et Passion, par le
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Dimanche des Rameaux ou Deuxième Dimanche de la Passion
église Notre-Dame, le 20 mars 2016
Chers Frères et Sœurs,
Le cœur de l'homme est changeant et instable. Mais nous demeurons toujours étonnés de
voir comment la foule peut verser de l'acclamation louangeuse à la condamnation sans appel du
Seigneur Jésus. Peut-être, en ces deux circonstances, la foule n'était-elle pas composée des mêmes
personnes. Plus sûrement, nous faisons nous-mêmes l'expérience douloureuse de notre propre
versatilité lorsque nous sommes capables des plus belles promesses pour le Seigneur, si rapidement
remises en cause à la première difficulté ou tentation qui nous font verser dans le péché. Dans le
fond, où donc le Seigneur Jésus est-Il le plus admirable : lorsque Il est accompagné des cris de joie
de Bethphagé à Jérusalem, ou lorsque Il plie sous les quolibets de ses détracteurs au long de son
chemin de Croix ? « Un roi, quand est-il le plus glorieux ? Est-ce quand il est revêtu de la pourpre,
paré du diadème, saupoudré d'or, élevé sur un trône, ne se déplaçant que pour aller en cortège,
tandis qu'il ne s'assied qu'à l'écart ? Ou bien est-ce quand il s'avance en rase campagne, dans des
conditions de vie ordinaires, le dernier à l'honneur, le premier aux dangers, chargé de fer, d'une
lourde armure ? Il travaille à détruire l'ennemi pour défendre la patrie, les citoyens, leurs enfants,
la vie de tous. Méprisant les circonstances critiques, il fait peu de cas des blessures ; il fait même
bon visage à la mort, puisqu'elle doit assurer le salut des siens. Sa plus grande victoire, son plus
grand triomphe, ne lui viendront-ils pas du mépris de la mort plus encore que de l'écrasement de
l'ennemi ? » (Saint Pierre Chrysologue, Homélie sur L'annonce de la Passion, 2 ; in L’Évangile
selon Matthieu commenté par les Pères, DDB, p. 142). C'est en nous rejoignant dans nos vilenies
que Jésus se montre le plus glorieux, le plus compatissant, le plus aimable.
La Croix du Seigneur est l'expression la plus aboutie et la plus visible de son Amour infini
pour les pécheurs. Les chefs des prêtres interpellaient Jésus sur la Croix pour qu'Il en descende afin
qu'ils croient en Lui. « Or il n'est pas descendu de la Croix précisément parce qu'il était Fils de
Dieu, dit saint Jean Chrysostome. C'est pour cela qu'il est venu, pour être crucifié pour nous »
(Homélie sur la Croix et le larron, in L'année en Fêtes, Migne, p. 284). Jésus réalise ce qu'Il a dit :
« Quand vous aurez élevé le Fils de l'Homme, vous saurez alors que moi, Je Suis » (Jn 8, 28). Et
c'est là tout le paradoxe. Reconnaître la divinité de Jésus qui reprend à son compte le Nom divin, ''Je
Suis'', révélé au buisson ardent, c'est d'abord entrer dans l'abîme de misère et de déréliction dans
lequel Il pénètre volontairement à l'heure du sacrifice ultime. « Étant de condition divine, il ne retint
pas avidement le rang qui l'égalait à Dieu ; mais il se dépouilla lui-même en prenant la condition
d'esclave, se faisant semblable aux hommes ; et reconnu à son aspect pour un homme, il s'abaissa
en se faisant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix ». Le Christ ne nous a pas sauvés de
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loin. Il a voulu gagner les profondeurs de la misère humaine ; Lui, le plus beau des enfants des
hommes, revêtir toutes les laideurs et les infamies du péché ; Lui, l'immaculé, se laisser recouvrir
par la fange de boue dans laquelle patauge le monde ; Lui, la Lumière, être plongé dans les ténèbres
les plus affreuses ; Lui, le Verbe qui fit les mondes, se taire devant l'accusation insensée du monde ;
Lui, l'innocent, être chargé des fautes des pécheurs de tous les temps. S'Il n'était pas descendu, s'Il
ne s'était pas humilié jusque là, sa victoire ne paraîtrait pas si clairement, la résurrection ne nous
semblerait pas si éblouissante.
Il aurait très bien pu se contenter de rendre justice à son Père en réparation des offenses de
l'homme commises contre sa Majesté infinie. Il se fait victime de propitiation, comme le dit saint
Paul (Rm 3, 25) ; c'est-à-dire qu'Il nous rend le Père de nouveau propice, favorable afin que nos
péchés ne nous condamnent pas pour toujours mais que nous puissions trouver grâce devant Dieu.
Sa justice va encore plus loin. Il ne nous couvre pas seulement d'un voile pudique, jeté sur notre
laideur pour nous cacher à Dieu et satisfaire à la justice bafouée, tout en nous laissant aux prises
avec la corruption de nos âmes : c'était l'avis de Luther et de ses disciples. Il va jusqu'au bout de
l'Amour livré, jusqu'à l'extrême possibilité de ses forces dans l'oblation de Lui-même pour partager
notre honte et restaurer en nous l'image divine dégradée par la souillure du péché. Ainsi, Il nous
relève et nous redonne notre dignité. « Le Christ, en souffrant par charité et par obéissance, a offert
à Dieu quelque chose de plus grand que ne l'exigeait la compensation de toutes les offenses du
genre humain » (Saint Thomas d'Aquin, Somme Théologique, IIIa, Q.48, a.2, in corp.). Il opère en
nous une vraie guérison que décrit le concile de Trente : « La justification elle-même n'est pas
seulement rémission des péchés, mais à la fois sanctification et rénovation de l'homme intérieur par
la réception volontaire de la grâce et des dons. Par là, d'injuste l'homme devient juste, d'ennemi
ami, en sorte qu'il est ''Héritier, en espérance, de la vie éternelle'' (Tm 3, 7) » (De Justificatione, ch.
7, Dz. 1528).
Chers frères et sœurs, en suivant Jésus sur ce chemin de la Passion en ces jours saints,
demandons-Lui cette grâce de pouvoir mieux accéder à cet abîme de misère qu'est le nôtre pour
mieux y rencontrer Jésus venu nous y rejoindre dans la déréliction de la Croix. Nous y
comprendrons plus suavement le poids extraordinaire de l'Amour qui s'est abaissé jusqu'à nous, se
faisant le dernier de tous, pour ne pas nous laisser désespérés. Que son cri : « Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m'as-tu abandonné ? », transperce les remparts de nos résistances à la grâce ! Avec les
saintes femmes et surtout avec Marie sa Mère, debout dans la douleur et la compassion, nous irons
puiser dans les ténèbres la lumière de la foi qui déjà nous fait professer avec le centurion :
« Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! ». Dans les croix de nos existences en attente de la pleine
révélation dans la gloire, poindra déjà la faible lueur de l'aurore annoncée du jour nouveau où
« Dieu sera tout en tous » (1Co 15, 28). Ainsi-soit-il !

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