Il n`y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses frères.

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Il n`y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses frères.
Homélie de
Monseigneur Gérald Cyprien Lacroix
Archevêque de Québec
Primat du Canada
à l’occasion de la célébration de la
Passion du Seigneur – Vendredi Saint
Basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, 22 avril 2011
« Il n’y a pas de plus grand amour
que de donner sa vie pour ses frères. »
Chers frères et sœurs,
Pourquoi évoquer la Passion du Seigneur ? Pourquoi la représentation explicite du récit de
la Passion est-elle une tradition pleine de sens dans nos communautés de croyants ? À chaque
Dimanche des Rameaux, nous proclamons la Passion de Notre Seigneur, en alternant entre le
récit de Matthieu, de Marc et de Luc. À chaque Vendredi Saint, c’est la Passion que nous retrouvons dans l’Évangile selon saint Jean qui nous est proclamée.
La souffrance et la mort du Christ sont au cœur de la grande aventure de Dieu avec ses
créatures. C'est l'achèvement de son grand Exode. C'est l'apogée de son amour qui trouve son
expression la plus profonde dans la Passion : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa
vie pour ses frères » (Jn 15, 13).
L'Exode de Dieu a commencé le premier jour de la Création, quand il fit sortir l'ordre du
chaos et apparaître sa création. Son Exode s’est poursuivi dans les Écritures et dans le mystère de
son Incarnation. Demain soir, à la Veillée pascale, nous ferons mémoire des nombreux passages
que Dieu a fait vivre à son peuple, toujours en le conduisant à la vie, à la liberté. Ce chemin s'est
achevé à Jérusalem.
Les scènes de la Passion nous font voir l'accomplissement de ce grand plan d’amour et de
salut de l’humanité. Elles nous montrent l'ultime descente de Dieu par laquelle il se fait proche de
nous, ses créatures, ses enfants bien-aimés, dans tout ce que nous vivons. Ni l'obscurité de la
souffrance de l'innocent, ni celle de la torture ou de l'horreur, ni celle de la tombe ne l'empêchent
d'être proche de nous. En tout, il devient semblable à nous. Il adopte tout l'humain et il montre
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par là qu'aucune réalité, à part le péché, n'est privée de sa lumière. L’humanité de Jésus est belle à
contempler.
Ce matin à Rome, le Saint-Père a vécu quelque chose de très audacieux pour un pape. Il a
répondu en direct à des questions posées par le public. Les moyens modernes de communications
nous permettent de vivre ces événements comme si nous étions sur place. La dernière question
était celle-ci. « Que devons-nous comprendre de l’affirmation de Jésus du haut de la croix alors
qu’il s’adressait à l’apôtre Jean : ‘Voici ta mère’ ? » J’ai trouvé très belle la réponse du pape.
D’abord, il a parlé de l’humanité de Jésus qui, se voyant mourir sur la croix, ne voulait pas que sa
mère soit sans protection, seule. Il l’a confiée à Jean, comme tout fils qui se préoccupe de sa maman. Que c’est merveilleux. Du haut de la croix, rejeté, bafoué, humilié, Jésus continue d’aimer.
La souffrance et la mort du Christ sont donc bien le signe de son amour qui va jusqu'au
bout. Nous le rappelions hier soir à la célébration de la Cène du Seigneur : « Jésus, ayant aimé
les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. » Un amour qui s’efforce de nous
donner du répit, du soulagement, et qui ouvre sur l'avenir. Un amour qui nous cherche et qui désire nous embrasser.
Je me permets de reprendre les mots que le Saint Père Benoît XVI prononçait lors du traditionnel Chemin de Croix à Rome, il y a quelques années.
Frères et sœurs, tournons aujourd'hui vers le Christ notre regard, souvent distrait par des intérêts terrestres dispersés et éphémères. Arrêtons-nous pour contempler
sa Croix. La Croix est source de vie éternelle, c’est une école de justice et de paix,
c’est un patrimoine universel de pardon et de miséricorde. C’est la preuve permanente d'un amour désintéressé et infini qui a poussé Dieu à se faire homme, vulnérable, comme nous, jusqu'à mourir crucifié. Ses bras cloués s’ouvrent pour chaque
être humain et nous invitent à nous approcher de Lui, avec la certitude qu’il nous accueillera et nous prendra dans ses bras avec une infinie tendresse: « Quand je serai
élevé de terre – avait-il dit – j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12, 32).
Frères et sœurs bien-aimés, tout au long de cette célébration, continuons de contempler Jésus qui souffre par amour et souffre en aimant. Contempler la Passion du Christ, c’est plein de
sens pour nous parce qu’il a continué à aimer au cœur même de la souffrance. Jusque sur la croix,
il a évité le piège qui pouvait hypothéquer l'amour, sa grande mission et son désir suprême. C'est
par amour qu'il a pris sur lui la souffrance, mais c'est aussi au cœur de la souffrance qu'il a continué à aimer. Il n'est pas seulement mort par amour, mais il a aussi persévéré dans l'amour. Il a
souffert en aimant. C'est ainsi qu'il a voulu manifester la plénitude de l'amour.
En cela consiste la voie, le chemin que le Seigneur nous a laissé. L'amour est la force profonde qui est capable de détruire en même temps la mort et le péché. Voilà pourquoi les ténèbres
du tombeau ont éclaté en Lumière au matin de Pâques. Que cette célébration du Vendredi Saint
nous conduise à la pleine lumière de Pâques.
C’est pourquoi déjà, en ce Vendredi Saint, la liturgie met sur nos lèvres cette acclamation :
« Christ, mort pour nos péchés ; Christ, ressuscité pour notre vie !

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