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N° 81 / Novembre 2015
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France METRO : 4,50 € • BEL/LUX : 4.80 €
SUISSE : 7 FS • CAN : 8 $ CAD • MAR : 55 mad
TUN : 9,8 tnd • Zone CFA/A : 3500 FCFA
Zone CFA/S : 3000 FCFA
Place aux jeunes et
à l’entreprenariat
numérique !
Comment réguler
WhatsApp, Skype,
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INFRASTRUCTURE
Olivier Labbé, Directeur
Général de CAP DC :
« C’est l’infrastructure qui
sous-tend le développement
numérique »
CAP INGELEC est une société d’ingénierie française,
spécialisée dans la fourniture de data centers clés en
main. Créée en 1992, elle est passée d’un bureau d’études
régionalisé à une société nationale ouverte à l’international.
Ainsi donc, à travers sa filiale CAP DC, CAP INGELEC
exporte aujourd’hui son savoir-faire en Afrique francophone.
Olivier Labbé (DG de CAP DC) a accordé une interview
à notre rédaction pour situer le cadre des activités de
l’entreprise en Afrique.
Reseau Telecom Network (RTN) : Présenteznous CAP DC ?
Olivier Labbé : Cap DC est une filiale de Cap
Ingelec, le spécialiste français de la construction
et rénovation de Data Centers. Elle a pour but
de fédérer des sociétés d’ingénieries locales dans
différents pays, tout particulièrement en Afrique,
autour de cette expertise.
Le groupe réunit 300 ingénieurs et techniciens et permet d’offrir une organisation de
proximité, réactive et compétente sur les bonnes
pratiques du pays, tout en s’appuyant sur le savoirfaire de Cap Ingelec, qui a déjà réalisé 700 projets
de Data Centers pour 200 clients en France.
Dans beaucoup de pays africains, de bonnes
ingénieries existent, mais elles n’ont pas encore
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l’expérience de la conception d’un Data Center.
Cap DC sélectionne donc une ingénierie performante, et crée avec elle une joint-venture dans le
pays. Ce modèle permet aux maîtres d’ouvrage
africains de pouvoir s’appuyer sur une entreprise
locale, avec toutes les garanties d’une ingénierie
expérimentée sur le domaine.
Le modèle se développe rapidement. Nous
avons ouvert Cap DC Sénégal (zone UEMOA)
en juin, Cap DC Maroc en juillet, Cap DC
Cameroun (zone CEMAC) en novembre et
sommes actuellement en discussion pour des
créations de société en Algérie, en Tunisie,
au Kenya et au Nigéria. Nous travaillons déjà
sur plusieurs projets pour des acteurs Telecom
africains.
RESEAU TELECOM NETWORK [N° 81
INFRASTRUCTURE
RTN : Pourquoi les Etats doivent-ils investir
dans des Datacenter performants ?
OL : Tout simplement parce que c’est l’infrastructure qui sous-tend le développement numérique !
Pour développer le transport, chacun comprend qu’il faut des autoroutes, des rails et des
aéroports ; c’est exactement la même chose pour
l’investissement numérique. La plus belle application du monde sera rejetée si les temps de
réponse sont lents ou si le service est sans cesse
interrompu par des arrêts d’activité.
Or le numérique est à la base du progrès
économique dans beaucoup de pays africains. La
révolution bancaire passera par la téléphonie mobile, avec l’industrie du paiement par smartphone,
pour lequel l’Afrique est le continent leader. La
modernisation des Etats passera par des créations
de services en ligne, encore trop peu présents.
Permettre directement ou indirectement à
l’industrie numérique de se déployer sur son ter-
N° 81 [RESEAU TELECOM NETWORK
ritoire, en lui offrant des infrastructures de Data
Centers fiables et sécurisées, est un investissement incontournable pour chaque Etat africain.
RTN : Selon vous quelles sont les caractéristiques d’un bon Datacenter ?
OL : Un bon Datacenter est avant tout un
Datacenter qui ne tombe pas en panne.
Le système d’information qu’il héberge, qu’il
s’agisse bien sûr de routage de télécommunications, mais aussi de systèmes de paiement bancaire ou de gestion de trafic urbain par exemple,
ne supporte plus la moindre seconde d’interruption. Une bourse africaine s’est arrêtée une journée en septembre dernier à cause d’une défaillance de Datacenter !
Un article récent de Peter Judge, un expert du
secteur, faisait une comparaison avec l’aéronautique. Quand un avion subit un accident, une investigation est diligentée sur l’analyse des causes ...
Olivier Labbé, Directeur
Général de CAP DC :
« Pour développer le transport, chacun comprend
qu’il faut des autoroutes,
des rails et des aéroports ;
c’est exactement la même
chose pour l’investissement
numérique. »
Novembre 2015 [57
INFRASTRUCTURE
... et les conclusions sont rendues publiques, ce qui
permet à tous les avionneurs de prendre les mesures correctives. Dans le domaine du Datacenter,
parce qu’il n’y a pas encore de régulation (et parce
que les conséquences d’un arrêt ne mettent pas
directement en jeu de vies humaines), les analyses
de l’incident sont gardées secrètes. Il y a donc
très peu de partage sur les retours d’expérience
et seules les ingénieries très spécialisées sont capables d’amener le savoir-faire pour garantir une
fiabilité absolue.
RTN : Les systèmes de refroidissement des
Datacenter sont énergivores. En Afrique,
l’énergie est un problème. Avez-vous une solution adaptée à ce problème ?
OL : Effectivement, l’Afrique est sur ce point défavorisée par rapport au pays nordiques. Un tiers
de la consommation énergétique d’un Datacenter
étant dédiée au refroidissement des salles, il
est clairement plus efficace de se localiser en
Scandinavie, par exemple. Cette région anticipe
d’ailleurs 3 Milliards d’€ d’investissement sur ce
marché d’ici 2017.
Mais les Data Centers ne seront pas tous
localisés sur le cercle polaire. D’abord pour des
questions de latence. Et ensuite, parce que la
gestion des données personnelles ou étatiques
s’accommodera mal d’une délocalisation. L’arrêt
récent de l’Union Européenne sur le « Safe
Harbor » occasionne par exemple un rapatriement d’urgence d’infrastructures Data Centers
depuis les Etats-Unis vers l’Europe.
Il y aura donc bien des Data Centers en
Afrique.
La multiplication de projets africains permettra alors une innovation technologique adaptée
au climat spécifique ou à la carence énergétique
de ce continent. Chez Cap DC, nous pensons que
les technologies de « froid solaire », avec des machines à adsorption, vont permettre de résoudre
une partie du problème. Le développement du
photovoltaïque, couplé avec des technologies de
planification de l’activité informatique (comme
les technologies Net-Zero de HP), pourra également s’avérer pertinent en Afrique. Enfin nous
proposons des outils de gouvernance énergétique,
car l’efficacité des Data Centers ne se limite pas à
une bonne conception. Beaucoup de gains pourront être obtenus en optimisation opérationnelle
de l’exploitation.
En guise de conclusion, je rappellerais aussi
que ce continent est vaste. Le climat de certaines
zones d’Afrique, en particulier la côte Atlantique
(Maroc, Sénégal), permet d’atteindre, sur des
Data Centers modernes, des coefficients de per-
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formance énergétique (PUE) de 1.3, ce qui est
bien meilleur que beaucoup de Data Centers
européens !
RTN : Le Cloud s’oppose-t-il aux Datacenter
selon vous ?
OL : Non, les deux concepts sont liés.
Le Cloud est une mutualisation de ressources,
qui offre également la capacité à répondre instantanément à l’élasticité de la demande (dans 5 ans,
les applications devront couramment répondre
à des amplitudes instantanées de 1 à 1000, liées
par exemple à de l’activité générée par des objets
connectés).
Les Data Centers font partie des premières
ressources mutualisées pour le Cloud.
La véritable question est de savoir quelle sera
la typologie des Data Centers de demain.
Il y aura des « Mega » Data Centers à l’échelle
planétaire, adaptés à certains Clouds, mais nous
avons vu précédemment qu’il y aura aussi obligatoirement des Data Centers régionaux (à l’échelle
des pays). Et il y aura aussi des Datacenters de
petite taille, de plus en plus intégrés dans les bâtiments et dédiés aux services urbains.
RTN : Selon vous, la colocation de Datacenter
est-elle un marché pour les acteurs telecom
africains ?
OL : Il n’y a pas de réponse évidente, mais chaque
acteur telecom doit au moins se poser la question
pour choisir sa stratégie dès à présent.
La colocation (activité qui consiste à
construire un Data Center pour mutualiser les
coûts et le louer ensuite en hébergeant des entreprises) est un marché en pleine croissance. Il
représente à peu près 25% de la localisation de
l’informatique mondiale et devrait représenter
35% en 2020.
Beaucoup d’acteurs spécialisés ont investi ce
marché. Ils sont pour le moment encore peu présents en Afrique, mais cela ne durera pas.
Pour un acteur telecom, qui doit de toute façon investir dans un Data Center pour sa propre
production, il peut être intéressant de construire
une capacité plus importante, pour se doter d’une
offre de colocation à coût marginal.
En fait, on pourra retrouver 3 types d’activités
dans les Data Centers d’un opérateur telecom :
l’infrastructure de production pour le cœur de
métier (réseau, téléphonie), des nouveaux métiers
plus proches de l’informatique (Cloud, PaaS tels
que la sauvegarde en ligne par exemple, hébergement Web,…), et éventuellement des activités de
colocation. \
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