Du plein air au sport de nature Nouvelles pratiques, nouveaux enjeux

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Du plein air au sport de nature Nouvelles pratiques, nouveaux enjeux
OLIVIER BESSY & MICHEL MOUTON
Du plein air au sport de nature. Nouvelles pratiques, nouveaux enjeux
Du plein air au sport de nature
Nouvelles pratiques,
nouveaux enjeux
OLIVIER BESSY
MICHEL MOUTON
MAÎTRE DE CONFÉRENCES
DÉPARTEMENT STAPS DE L’UNIVERSITÉ DE LA RÉUNION (CURAPS)
([email protected])
PROFESSEUR AGRÉGÉ D’EPS, DOCTEUR EN SOCIOLOGIE
UFR-STAPS DE L’UNIVERSITÉ DE BORDEAUX II
([email protected])
i l’expression “plein air” est encore utilisée de nos jours, son usage s’explique
davantage par l’antériorité historique du concept et par la diversité des termes
employés pour signifier les activités physiques et sportives (APS) pratiquées en
milieu naturel, que par la référence à des finalités particulières. Car force est de constater
que le terme est de moins en moins d’actualité. Les activités physiques de pleine nature (APPN)
puis, récemment, les sports de nature lui ont ravi la vedette, à l’oral comme dans les écrits.
Mais le vocabulaire employé n’est jamais neutre. Derrière les mots se cache une évolution
qui dépasse la simple rhétorique linguistique. Reste que l’itinéraire d’un concept n’est pas
S
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13
Définitions et concepts
(1)
Cet article s’appuie sur
une étude réalisée en
2003 par Olivier Bessy
et Olivier Naria
pour le Conseil de la
culture, de l’éducation
et de l’environnement,
organe consultatif de
la région Réunion :
Loisirs et tourisme
sportif de nature à La
Réunion. État des
lieux, enjeux et perspectives en matière de
développement
durable.
(2)
J-C BARBAZANGES,
L’Air ou les fonctions
sociales cachées d’un
concept culturel,
VIIe Congrès de
l’Hispa, 1978.
(3)
Jean-Michel DELAPLACE,
L’Histoire du sport, l’histoire des sports.
Le sportif, l’entraîneur,
le dirigeant, XIXe et XXe
siècle, coll. Espaces et
temps du sport,
L’Harmattan, 1999.
(4)
Michèle MÉTOUDI,
Georges VIGARELLO,
La Nature et l’air du
temps, coll. Travaux et
recherches en EPS,
n° 6, Insep, 1980.
(5)
Georges VIGARELLO,
“D’une nature…
l’autre. Les paradoxes
du nouveau retour”,
in Sports et Société,
1981, pp 239-248.
(6)
André RAUCH, Vacances
en France de 1830 à
nos jours, coll. La vie
quotidienne,
Hachette, 1996.
(7)
– André LAPIERRE, Sports
de pleine nature et pratiques sociales. Analyse
socioculturelle du canoëkayak et de l’escalade,
Mémoire Insep, 1981.
– Olivier BESSY, Gisèle
LACROIX, “Glisse d’hier
et surf d’aujourd’hui”,
in Jean-Pierre AUGUSTIN
(sous la dir.), Surf
Atlantique. Les territoires
de l’éphémère, MSHA,
1994, pp. 25-48.
– Alain LORET,
Génération glisse,
Autrement, 1995.
14
simple à séquencer en périodes, tellement les significations sont multiples, les chevauchements présents et les transitions parfois longues.
Dans cette optique, l’objectif de cet article(1) est de montrer comment les sports de nature
se sont progressivement imposés dans le discours dominant, véhiculant de nouvelles pratiques et répondant à de nouveaux enjeux de société.
LE PLEIN AIR : LA NATURE, SUPPORT D’UNE HYGIÈNE
DE VIE ET VECTEUR D’UN IDÉALISME POLITIQUE
Les pratiques de plein air trouvent leur origine durant la seconde moitié du XIXe siècle,
en corrélation avec la montée en puissance de la thématique de l’air. L’air n’est plus envisagé alors uniquement dans sa fonction respiratoire, mais aussi en relation avec l’idée de
nature. Il est associé à l’environnement et vivre au grand air, en échappant aux miasmes
de la société industrielle, est valorisé, car synonyme de bonne santé(2). Non seulement, les
hygiénistes de l’époque s’emploient à vanter les mérites du grand air, mais ils y associent
l’exercice physique pratiqué en milieu naturel. Ces conceptions naturistes trouvent leur application, au début du XXe siècle, dans la méthode hébertiste(3), qui se situe à la fois dans “la
nature et l’air du temps(4)”. Elles témoignent de vastes projets moralisateurs : “Revenir à
la nature, c’était promouvoir une vertu contre une décadence(5). ”
De même, les premières disciplines du sport naissant à se doter de structures administratives sont celles se déroulant en milieu naturel. Ainsi, la Société de l’émulation nautique
voit le jour en 1859, le Club alpin français en 1874 et la Fédération française des sociétés d’aviron est créée en 1890. Reste que ces pratiques de plein air sont réservées durant
cette période à une élite sportive ou sociale.
Il faut attendre les réformes du Front populaire pour voir l’idéologie et les pratiques du plein
air commencer à se diffuser plus largement dans la société. La généralisation des congés payés,
les progrès des transports et l’action volontariste de mouvements laïques ou confessionnels
(scoutisme, auberges de jeunesse, centres Léo Lagrange, UFCV, Cemea, Glénans…) favorisent les relations avec la nature. S’il faut relativiser ce phénomène en considérant que “la
migration des vacances manque autant de structures que de représentations(6)”, néanmoins
les pratiques de plein air s’inscrivent alors progressivement dans le paysage français.
Elles trouvent d’ailleurs un écho significatif dans le milieu scolaire. Ainsi, par exemple, une
demi-journée de “plein air” est instaurée en 1937 par Jean Zay et institutionnalisée par
les Instructions officielles d’éducation physique en 1945. Le développement des classes transplantées en milieu naturel (classes de neige en 1953, classes vertes en 1962, de mer en 1964),
ainsi que la publication de travaux pédagogiques et didactiques sur le thème du plein air
s’inscrivent dans cette logique.
Les activités de plein air se sont, jusque dans les années 1970, posées comme antinomiques
des valeurs développées par la société industrielle. En privilégiant un cadre d’exercice qui
se situe à l’extérieur des maisons, des écoles et des salles de gymnastique, elles apparaissent comme compensatrices d’un mode de vie sédentaire et d’un environnement délétère.
Mais le plein air est aussi porteur d’une philosophie teintée de pacifisme et d’écologie qui
remet en cause l’idéologie du progrès et les valeurs matérialistes. Les premiers surfeurs ou
grimpeurs incarnent bien cette génération de pratiquants. Ils mettent en exergue un corps
affectif et libre, en réaction aux visions technicistes et rationnelles de l’univers compétitif.
En même temps, ils vénèrent la nature et sont à la recherche d’une harmonie cosmique(7).
Les pratiques de plein air privilégient donc une nature utilitaire susceptible de contribuer
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à la santé de la personne et/ou de répondre à un idéal de vie. Elles possèdent ainsi une
spécificité propre, en conformité avec les représentations de l’époque. Elles ont, enfin, une
identité originale car elles se différencient des pratiques sportives traditionnelles, à l’image
de leurs adeptes.
LES ACTIVITÉS PHYSIQUES DE PLEINE NATURE (APPN) :
LA NATURE, TERRAIN DE JEU ET D’AVENTURE
Progressivement, l’action de l’homme sur la nature se fait de plus en forte. Il ne
s’agit plus simplement d’être dehors, pour prendre l’air et s’oxygéner ou pour faire, dans
certains cas, les mêmes choses qu’à l’intérieur (par exemple de la gymnastique), mais au
contraire pour profiter de la nature, s’amuser avec les éléments (eau, terre, air, neige), en
bref, pour “s’éclater”.
Les activités de plein air deviennent les activités physiques de pleine nature (APPN). Elles
connaissent un essor particulier dans les années 1980-90, à la faveur d’une évolution des
valeurs qui privilégient un nouveau rapport à soi, aux autres et à la nature(8). La politique
d’aménagement du territoire, lancée par le premier gouvernement gaulliste au début des
années 1960, y contribue également(9).
La définition des APPN est déjà révélatrice de ce changement de perspective. En effet, elles
sont définies à l’époque comme l’ensemble des activités (parapente, deltaplane, ski, escalade, randonnées pédestre et équestre, VTT, canoë-kayak, plongée, surf, voile…) se déroulant en milieu naturel dans un but de progression, avec ou sans engin. La motricité mise
en jeu nécessite un décodage des informations et un contrôle de ses émotions, en relation
avec une prise de risque relative, liée à l’incertitude plus ou moins grande du milieu.
Les pratiquants sont à la recherche de sensations multiples (ludisme, extrême, bien-être,
découverte, convivialité…). Cet investissement pluriel dans les espaces naturels est révélateur d’un nouveau rapport à la nature. De multiples modalités de pratique se développent ainsi au cœur d’une nature extrêmement diverse, mais que l’on peut baliser, d’un côté,
par une nature sauvage et, de l’autre, par une nature domestiquée.
La nature sauvage, dure, vierge, synonyme d’adversité, est représentée par les contrées les
plus hostiles de la planète (déserts, hautes montagnes, océans, forêts tropicales…) et
recherchée par une minorité de pratiquants en mal d’extrême. Elle n’est pas ou très peu
aménagée et se trouve être le théâtre des grandes expéditions, ou encore des raids et défis
en tout genre (Raid Gauloises, Marathon des sables, Vendée Globe…).
La nature domestiquée, douce, urbanisée, synonyme de partenaire, est aménagée dans le
but d’en faciliter l’accès au plus grand nombre. Les milieux péri-urbains (bases de loisirs,
parcours santé…) et ruraux (stations VTT, voile et ski, centres et pistes équestres, sentiers
de randonnée, espaces de loisirs de pleine nature…) sont concernés. “Deux types de nature,
l’une sauvage et l’autre aménagée, s’opposent et ont chacun leur public(10).”
Dans cette logique, la question n’est pas de savoir quels sont la place et le rôle de l’homme
dans son milieu, mais comment utiliser au mieux un terrain d’action pour atteindre des objectifs autocentrés. Dans le meilleur des cas, les APPN favorisent l’accès à la connaissance de
l’environnement. Cette notion est plutôt considérée dans son aspect étroit, c’est-à-dire ce
que l’entendement commun appelle la nature : en fait, tout ce qui n’est pas humain.
Il est question de “milieux de pratique” et la nature est qualifiée de pleine, au sens où elle
n’est ni aménagée, ni habitée. Il s’agit ici d’un individu ou d’un petit groupe d’individus,
de toute façon en grande autonomie, confronté à un milieu naturel vierge de présence humaine.
(8)
Georges VIGARELLO,
“Le corps… entre illusions et savoirs”, revue
Esprit, 1982.
(9)
Jean-Pierre AUGUSTIN,
Sport, géographie et
aménagement, NathanUniversité, 1995.
(10)
André LAPIERRE,
op. cit., 1981.
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Définitions et concepts
(11)
Olivier BESSY,
Gisèle LACROIX,
op. cit., 1994.
(12)
– Christian POCIELLO,
Sports et société,Vigot,
1981.
– Christian POCIELLO,
Les Cultures sportives,
Puf, 1995.
(13)
Joffre DUMAZEDIER,
Révolution culturelle du
temps libre. 1968-1988,
Méridiens-Klincksiek,
1988.
(14)
– Christopher LASCH,
Le Complexe de
Narcisse. La nouvelle
sensibilité américaine,
Robert Laffont, 1981.
– Georges VIGARELLO,
op. cit., 1982.
L’environnement n’est qu’un “cadre” de pratique qui est utilisé à des fins hédonistes et/ou
compétitives. Le sportif ne cherche pas vraiment à s’intégrer au milieu. Il n’est que de passage et peu lui importe le biotope. Demain, il sera ailleurs pour profiter d’un autre spot.
L’exemple du surf est à cet égard très édifiant. Le surf s’est “sportivisé” en s’institutionnalisant et en organisant ses propres compétitions. Le surf s’est “marchandisé” en intégrant la logique économique de marché. “Plus de fuite de la société mais une implication
plus ou moins importante dans la commercialisation et l’institutionnalisation, plus de dénigrement des valeurs matérialistes mais des préoccupations rentabilisatrices, plus de voyage
sans retour, les surfeurs se sédentarisent. L’écologie s’estompe dans sa connotation cosmique,
moins idéaliste et puriste, elle s’ancre dans la réalité pour tenter de défendre une qualité
de la pratique, juste pour ne pas surfer entre les détritus(11).”
Le développement des APPN symbolise donc le passage d’une nature passive, qui agit sur
la personne, à une nature vivante que le pratiquant cherche à domestiquer et à explorer
en tous sens. Elle est assimilée prioritairement à un terrain de jeu et d’aventure que chacun modèle à sa convenance(12). Les enseignants d’éducation physique et sportive (EPS) contribuent à la diffusion de ces activités et de leurs modèles, en relation avec le développement
des loisirs(13) et “l’hédonisation”(14) de la société.
Mais les APPN sont aussi l’objet d’une théorisation visant à montrer leurs interactions avec
les domaines socio-économique, technologique, psychobiologique et didactique. L’organisation
des Assises des activités physiques de pleine nature (1990, 1992, 1994, 1997) par l’UFRStaps de l’université Paul Sabatier de Toulouse en témoigne. Cette initiative universitaire
se veut être, en effet, le rendez-vous de tous les enseignants-chercheurs qui s’intéressent aux
APPN. Les thèmes abordés, notamment les relations avec le développement socio-économique des régions, préfigurent les nouveaux enjeux des sports nature.
LES SPORTS DE NATURE,
UN CONCEPT AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT DURABLE
La période récente voit l’apparition de l’expression sports de nature. Est-ce une simple
fantaisie linguistique ou cette appellation est-elle révélatrice d’un nouveau statut pour ces
pratiques et d’une prise en compte d’autres enjeux ? Un certain nombre d’indicateurs nous
incitent à pencher pour la seconde hypothèse.
Un nouveau contexte sportif
(15)
Georges VIGARELLO,
Passion sport. Histoire
d’une culture,
Le Seuil, 2000.
16
Le processus de diffusion du sport dans la société durant les deux dernières
décennies est une première donnée explicative. Le sport a envahi notre quotidien, des
activités de loisirs aux écrans de télévision et à la publicité. Le sport est sorti du sport.
Il participe au développement économique. Il est devenu une norme sociale. Il contribue à la valorisation des territoires. Il est le terme générique pour signifier toute forme
de pratique, tant il s’apparente à l’un des mythes majeurs de notre temps(15). Sa définition s’est donc élargie et les activités physiques se déroulant en milieu naturel ne pouvaient rester longtemps en dehors de cette “sportivisation” de la société.
De même, les bouleversements les plus significatifs de la pratique sportive trouvent un écho
notable au sein des sports de nature. En effet, ces derniers favorisent le développement de
projets sportifs très différents, de la compétition au jeu avec les éléments naturels, de la
découverte d’un environnement à la recherche de bien-être. Ils permettent des modalités
de pratique extrêmement variées, des plus structurées aux plus informelles, en privilégiant
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les formes auto-organisées qui sont aujourd’hui les plus prisées par les pratiquants(16).
Ils symbolisent l’ouverture des lieux d’exercice corporel en rendant accessibles de nouveaux espaces sportifs au cœur de la nature (stations de ski, de VTT, de voile, de surf,
stade de vol libre, via ferrata, parcours acrobatique en forêt…) ou en milieu urbain et
péri-urbain (structures artificielles d’escalade, rivières ou plans d’eau artificiels…). Les
sports de nature participent donc au double processus “d’urbanisation de la nature et
de naturalisation de la ville(17)” et, en même temps, reflètent les innovations les plus remarquables en matière d’aménagement(18). Ils incarnent la nouvelle génération d’événements sportifs à vocation participative(19), que ce soit par l’intermédiaire de manifestations de masse monodisciplinaires (marche, course à pied, VTT, ski de fond, canoë-kayak,
escalade…), ou par l’organisation d’épreuves de nature-aventure à caractère multidisciplinaire (Rando Raid, Défi Vert…).
La nouvelle place occupée aujourd’hui, au sein de la demande sportive, par les pratiques
physiques se déroulant en milieu naturel est aussi un facteur à prendre en compte. Si hier
les APPN étaient réservées à une certaine élite sportive ou sociale, c’est de moins en
moins vrai aujourd’hui. Selon l’enquête ministère de la Jeunesse et des Sports-Insep,
menée en 2000 sur les pratiques sportives en France, un Français sur trois entre 15 et 75
ans s’adonne à une activité sportive de nature. D’après une étude menée par BVA en 2001,
“nous serions 36 millions à pratiquer au moins une activité de pleine nature”. Enfin, un
récent sondage(20) révèle que 73 % des citadins français sont adeptes des sports de nature.
Au-delà des chiffres, qui varient selon les échantillons et les définitions retenues, le développement des sports de nature est bien un phénomène de société. En effet, ils marquent
fortement de leur empreinte les contours du paysage sportif actuel. Leur développement
ne relève pas d’un effet de mode, mais d’une tendance lourde installée dans la durée qui
octroie à ces derniers un nouveau statut, porteur de nouveaux enjeux.
(16)
– Paul IRLINGER,
Catherine LOUVEAU,
Michèle METOUDI,
Les Pratiques sportives
des Français, Ministère
de la Jeunesse et des
Sports-Insep, 1987.
– Patrick MIGNON, Les
Pratiques sportives en
France, Ministère de la
Jeunesse et des SportsInsep, 2002.
(17)
Christian POCIELLO,
op. cit., 1995.
(18)
Olivier BESSY,
Dieter HILLAIRET
(sous la direction),
Les Espaces sportifs
innovants,Tome 1 :
L’innovation des équipements,Tome 2 :
Nouvelles pratiques,
nouveaux territoires,
PUS, 2002.
(19)
Olivier BESSY,
Le Grand Raid de La
Réunion. À chacun son
extrême et un emblème
pour tous,
Océan Éditions, 350 p.,
2002.
(20)
SFR-Louis Harris, 2002.
L’émergence du concept de développement durable
Si le souci écologique se fait sentir dès les années 1970-80, avec les premiers grands
combats de Greenpeace et l’émergence des partis politiques qualifiés de verts, la prise de
conscience d’une nature vulnérable, que l’homme a la capacité potentielle de détruire, n’apparaît qu’au tournant des années 1990-2000.
L’interdépendance étroite entre la survie de l’humanité et celle de son environnement est
portée par des courants d’analyse théorique de type systémique. Le slogan “penser globalement, agir localement” passe dans le vocabulaire commun, en relation avec la perception
massive du danger qui pèse sur la planète. Jamais aucune civilisation n’a à ce point compris qu’elle domine et agit sur l’équilibre global de l’écosystème. Les promoteurs d’un autre
développement, plus soucieux de replacer l’homme au centre de ses activités économiques, au cœur de son environnement naturel et de ses responsabilités individuelles et communautaires, commencent à avoir davantage d’audience. Le concept de “développement
durable” est popularisé en 1987 par Madame Gro Harlem Brundland, alors Premier ministre
norvégien, qui le définit comme “un mode de développement qui répond aux besoins du
présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs”. Il
est au cœur du sommet de la Terre de Rio en 1992 avant d’avoir son propre sommet mondial à Johannesburg en 2002.
Très usité aujourd’hui, le développement durable est souvent perçu comme une expression vide
de sens, ou encore comme une belle promesse affichée dans les discours de communication
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Définitions et concepts
(21)
– René PASSET,
L’Économique et le
vivant, Economica,
1979.
– Dominique BOURG,
“Les Fondements du
développement
durable : les limites et
les fins”, in Les
Nouveaux Utopistes du
développement durable,
Autrement, 2003.
– Anne-Marie
DUCROUX, “Rendre la
vie possible”, in Les
Nouveaux Utopistes du
développement durable,
Autrement, 2003.
– Danielle NOCHER,
“Des hommes et des
femmes d’avenir”, in
Les Nouveaux Utopistes
du développement
durable,
Autrement, 2003.
(22)
Op. cit., 2003.
des pays développés. Or, de nombreux auteurs considèrent(21) qu’il s’agit d’une notion fondamentale,
car elle s’inscrit dans le sens de l’histoire et est résolument tournée vers l’avenir.
Elle oblige, en effet, à s’interroger sur la finalité sociale de ce que nous faisons et sur le devenir de la planète. La notion d’empreinte écologique, qui peut être définie comme la mesure
de la pression qu’exerce l’homme sur la nature pour subvenir à ses besoins de consommation
de ressources et d’absorption de déchets, nous permet de bien comprendre la situation. En effet,
l’empreinte écologique de l’humanité a dépassé la capacité de charge de la terre. Nous vivons
en sur-régime par rapport aux ressources de la planète. Les écosystèmes de la terre ne peuvent plus soutenir le niveau actuel d’activité économique et de consommation matérielle.
Pouvons-nous continuer à nous développer économiquement en laissant de côté des milliards de personnes ? Comment arriver à un développement partagé et équilibré entre les
différentes nations, entre les différents groupes sociaux ? Le propos de Danielle Nocher
résume bien notre pensée : “Le développement durable est l’idée majeure du siècle, une
valeur montante, une valeur fédératrice, une valeur ajoutée(22).”
L’approche la plus diffusée aujourd’hui (ministère de l’Écologie et du Développement durable)
vise à définir le développement durable comme la prise en compte, à parts égales et de façon
simultanée, de trois objectifs : l’objectif économique, l’objectif social et l’objectif environnemental
(cf. schéma 1).
Cinq principes nouveaux associés à cette définition visent la recherche d’un meilleur équilibre et d’une réelle éthique pour la communauté humaine :
– une approche plus transversale et systémique,
– une meilleure articulation du court et du long terme,
– une meilleure coordination du local et du global,
– une solidarité spatiale et temporelle,
Schéma 1
Le modèle institutionnel
du développement durable
Économique
Social
Équitable
DURABLE
Vivable
Viable
Environnemental
18
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Du plein air au sport de nature. Nouvelles pratiques, nouveaux enjeux
– une nouvelle gouvernance, fondée sur la concertation et la participation des individus
aux décisions.
Ils structurent l’élaboration des Agendas 21 propres à chaque région du globe. À cet égard,
la subsistance d’une biodiversité la plus grande, le maintien d’une richesse globale du biotope passent immanquablement par la prise en compte d’activités humaines non destructrices.
Hormis les rares zones de réserve intégrale, tous les milieux de pratique des sports de nature
sont ou ont été investis par l’activité humaine. L’impact du tourisme mondial et la recherche
par les catégories aisées des sociétés industrialisées de zones préservées sont à l’heure actuelle
une nouvelle modalité d’exploitation de territoires peu peuplés et peu dégradés.
Il est tout à fait paradoxal de voir comment certaines régions de la planète, qui ont été tenues
à l’écart de l’industrialisation du XIXe et du XXe siècle, et donc d’une certaine prospérité, transforment aujourd’hui en avantage ce qui a été pendant plus d’un siècle un handicap. La manne
de l’économie touristique retombe maintenant grâce à ce qui a provoqué auparavant leur
relégation (éloignement des axes de transport, difficulté d’accès, absence de matières premières…).
Le tourisme est en passe de devenir la première industrie de la planète en termes de
chiffre d’affaires. À côté des valeurs traditionnelles (monuments historiques, artistique, etc.),
les sites naturels et les pratiques de sports de nature qui y sont possibles deviennent des
facteurs dominants des migrations estivales. La préservation de ces lieux et le maintien des
populations qui les ont traditionnellement exploités et préservés sont devenus un enjeu majeur.
Cette nouvelle perception de l’environnement n’est pas sans conséquence sur la représentation des sports de nature et sur leur rôle en matière de développement durable.
De nouveaux enjeux pour les sports de nature
Depuis une dizaine d’années, les sports de nature ont dépassé le seul intérêt hygiénique ou ludique pour les pratiquants. Ils sont devenus, plus que du sport, des vecteurs
de structuration des territoires qui tissent des relations étroites avec le développement
durable. “Les loisirs sportifs et les multiples espaces appropriés participent à une dynamique spatiale qui déborde largement le seul phénomène sportif et pose la question des
enjeux territoriaux(23).” Au carrefour d’enjeux économiques, socioculturels, environnementaux et identitaires, les sports de nature interpellent de plus en plus les différents acteurs
concernés (politiques, économiques, institutionnels), soucieux à la fois de préserver l’environnement et de profiter des retombées positives de ces derniers sur la vie locale.
Un certain nombre d’indicateurs balisent l’émergence de cette nouvelle problématique.
Tout d’abord, on peut noter des initiatives et des productions essentiellement centrées
autour d’une réflexion sur les relations entre sport et environnement.
La mise en place en 1993, au niveau national, d’une Commission sport et environnement est un premier élément. Elle permet d’instaurer un dialogue constructif entre des
institutions (ministères de l’Environnement, de la Jeunesse et des Sports et Comité
national olympique sportif français), des collectivités territoriales et des associations (France
Nature Environnement) qui se sont longtemps ignorées ou opposées. Le but est de favoriser une gestion équilibrée des activités et des espaces naturels. Cette commission
connaîtra des fortunes diverses au gré des alternances politiques. La thématique “Sport
et environnement”, choisie par la huitième université sportive d’été, organisée en 1994
par l’Union nationale des clubs universitaires (UNCU) et l’Union syndicale des journalistes sportifs français (USJSF), est également très significative. À cette occasion, Michel
Bouet situe l’homme comme acteur d’une globalité complexe qui ne peut être réduite à
(23)
Jean-Pierre AUGUSTIN,
“Pratiques sportives et
territoires. Les atouts
des régions, in
Territoires et pratiques
sportives”,
Revue géographique des
Pyrénées et du SudOuest, n°13, Presses
universitaires
du Mirail, 2002.
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Définitions et concepts
(24) Michel BOUET,
“Pratiques sportives et
environnement”, in
Sports et Environnement,
Les Cahiers
de l’Université sportive
d’été n° 8, 1994.
(25)
Philippe CHARRETTON,
“La pratique du sport
en milieu naturel.
Quelle compatibilité
avec la protection de
l’environnement ?”, in
Sports et Environnement,
Les Cahiers
de l’Université sportive
d’été n° 8, 1994.
une quelconque opposition : “Il faut garder présent à l’esprit le fait que tout environnement est indissociablement physique, psychologique, social et symbolique. L’opposition
entre nature et culture est désuète(…). Entre sport et écologie, il ne saurait donc s’agir
que d’alliance, de mutuelle compréhension et d’action solidaire(24).” Philippe Charretton
conclut, pour sa part, sur un état des lieux problématique de l’impact des pratiques sportives sur l’environnement en mettant l’accent sur la clé d’un changement d’attitude : “Changer
l’éthique de ces pratiques, ne plus vouloir lutter et conquérir la nature mais se fondre
en elle et mieux en profiter(25).”
Cette préoccupation environnementale trouve même en 2000 une tribune économico-
Schéma 2
Le positionnement des différents acteurs
Acteurs
environnementaux
(Ministère de l’Écologie et du
Développement durable,
ONF, parcs naturels,
associations de protection…)
LOGIQUE
TERRITORIALE
Acteurs institutionnels
et associatifs
Acteurs
touristiques
(Ministère du Tourisme, comités et offices de tourisme…)
DÉVELOPPEMENT
LOGIQUE
ÉCONOMIQUE
Acteurs
économiques
(CCI et
prestataires
marchands)
LOISIRS ET TOURISME
SPORTIF DE NATURE
(Ministère des Sports et
CNOSF,
fédérations, ligues
et associations)
DURABLE
LOGIQUE
POLITIQUE
Acteurs politiques
des collectivités
territoriales
20
LOGIQUE
SOCIOCULTURELLE
Acteurs
sportifs
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Du plein air au sport de nature. Nouvelles pratiques, nouveaux enjeux
juridique(26) lors du colloque organisé par le Centre de droit et d’économie du sport et
par le Centre de recherches interdisciplinaires en droit de l’environnement, de l’aménagement
et de l’urbanisme (Crideau) de l’Université de Limoges, sur le thème “Sports de pleine
nature et protection de l’environnement”.
La problématique s’élargit ensuite aux conditions à réunir pour favoriser le développement durable des différents territoires. La collection des Cahiers Espaces offre un bon
aperçu de cette évolution. Si dès 1994, dans le Cahier Espaces n° 35, Loisirs nautiques
et aquatiques, quelques articles abordent cette thématique, il faut attendre 1997 et le
Cahier Espaces n° 52, titré Tourisme et sport, pour voir le problème réellement posé dans
sa globalité. L’article de Denis Cheminade, “Sport, tourisme et environnement”, pose
bien la question des relations entre les pratiques de loisirs et de tourisme sportif de nature
et leurs dimensions économiques et environnementales(27). Il est illustré par le développement d’études de cas montrant comment les sports nature participent au développement local(28).
Le changement de siècle consacre l’appellation “sports de nature” et voit s’intensifier
les manifestations et les productions centrées sur la problématique des loisirs et du tourisme sportif de nature, en relation avec le développement durable des territoires. Le numéro
66 des Cahiers Espaces, Loisirs sportifs. Nouvelles pratiques, nouveaux enjeux, édité
en 2000, montre la voie(29).
Les actes de la huitième Université sportive Ufolep-Usep (juillet 2000), intitulés Territoires
et développement local, permettent d’aller plus loin en posant la question des stratégies
de développement des territoires en relation avec les infrastructures et événements centrés sur les loisirs et le tourisme sportif(30). Les colloques organisés à Corte (Sport de pleine
nature et tourisme) et à Valence (L’observation des sports de nature) en 2001, puis à Colmar
en 2002 (Les sports de nature dans le massif des Vosges. Enjeux et perspectives) et enfin
à Saint-Malo en 2003 (Tourisme sportif et territoires. Les activités de pleine nature en
régions littorales), s’inscrivent dans le même esprit.
Les premières rencontres nationales du tourisme et des sports de nature, organisées à
Millau en octobre 2003, parachèvent cette dynamique, révélatrice de nouveaux enjeux
et fondatrice d’une nouvelle filière. Ce rendez-vous s’est positionné comme un espacetemps privilégié d’échanges et de propositions pour la mise en œuvre de stratégies de
développement du tourisme et des loisirs sportifs de nature.
Enfin, la place chaque jour plus importante prise par ces sports dans les médias révèle
leur enracinement culturel dans la société occidentale. La création toute récente (octobre
2002) d’une publication à diffusion nationale, intitulée La Lettre de l’aventure et des
sports nature, est de ce point de vue très parlante.
Cette effervescence théorique et médiatique autour des sports de nature a certainement
contribué à une meilleure connaissance des enjeux véhiculés par ces derniers.
Le rôle des différents acteurs
Face à ces nouveaux enjeux des loisirs et du tourisme sportif de nature, les différents acteurs concernés agissent dans le même sens, tout en se positionnant de manière particulière en fonction des logiques dominantes qui les animent (cf. schéma 2).
Les acteurs économiques ont été les premiers à percevoir l’intérêt du développement de
ces pratiques, pour des raisons évidentes de profit. À l’interface du sport, des loisirs et du
tourisme, les sports de nature correspondent au segment de marché le plus porteur en termes
(26)
– Jean-Jacques GOUGUET,
“Sport et environnement. Historique et
bilan des conférences
mondiales”, in Sports
de pleine nature et protection de l’environnement
(Actes de colloque), Pulim,
2000.
(27)
Denis CHEMINADE,
“Sport, tourisme et
environnement”, in
Tourisme et sport, Les
Cahiers Espaces, n° 52,
1997, pp. 34-47.
(28) – Jean-Pierre
AUGUSTIN, “L’émergence
des stations surf sur le
littoral aquitain”, in
Tourisme et sport, Les
Cahiers Espaces, n° 52,
1997, pp. 120-127 ;
– Pierre CHAZAUD,
“Tourisme sportif et
développement local.
L’exemple du Diois”, in
Tourisme et Sport, Les
Cahiers Espaces, n° 52,
1997, pp 95-101 ;
– Jena-Pierre MOUNET,
“Les activités physiques
et sportives dans l’offre
touristique. De l’utilité
d’une mise en réseau et
d’une labellisation”, in
Tourisme et Sport, Les
Cahiers Espaces n° 52,
1997, pp. 102-110 ;
– Bénédicte VIGNAL, “Le
canoë-kayak dans les
gorges de l’Ardèche.
Des problèmes aux
solutions”, in Tourisme et
Sport, Les Cahiers
Espaces n° 52, 1997, pp.
111-119.
(29) – Jean-Pierre
AUGUSTIN, “La diversification des loisirs sportifs sur le littoral médocain”, in Loisirs sportifs.
Nouvelles pratiques, nouveaux enjeux, Les
Cahiers Espaces, n° 66,
2000, pp. 68-76 ;
– Olivier BESSY, “Le
marathon du Médoc. Un
événement sportif au
cœur du développement
local”, in Loisirs sportifs.
Nouvelles
pratiques, nouveaux
enjeux, Les Cahiers
Espaces, n° 66,
pp 77-91 ;
– Éric BOUCHET,
“Les tendances de
consommation dans les
activités physiques et
sportives de pleine
nature”, in Loisirs sportifs.
Nouvelles pratiques, nouveaux enjeux,
Les Cahiers Espaces,
n° 66, pp. 96-104.
(30) – Pierre CHAZAUD,
“Les logiques du sport,
des loisirs et du tourisme face aux stratégies
de développement du
territoire”, in Les Actes
de la 8e Université sportive,Territoire et
développement local,
Ufolep-Usep, 2000 ;./…
CAHIER ESPACES 81 • Mai 2004 • Sports de nature. Évolutions de l’offre et de la demande
21
Définitions et concepts
…/.
– Denis CHEMINADE, “Le
sport au service de
l’équilibre des territoires”, in Les Actes de la
8e Université sportive,
Territoire et développement
local, Ufolep-Usep, 2000 ;
– Frédéric GILBERT,
“Tourisme sportif et
logiques environnementales”, in Les Actes de la 8e
Université sportive,
Territoire et développement
local,
Ufolep-Usep, 2000.
économiques, car ils ne concernent pas uniquement la demande locale de loisirs sportifs,
mais aussi celle de nombreux touristes consommateurs de services sportifs et de prestations connexes. Leurs représentations du rôle que peuvent jouer les sports nature dans le
développement des territoires qu’ils investissent restent cependant très hétérogènes. De même,
la priorité économique l’emporte parfois au détriment de l’environnement. Les chambres
de commerce et d’industrie (CCI) jouent dans ce concert un rôle non négligeable en
aidant les entreprises locales à s’implanter et à se développer.
L’action des pouvoirs publics nationaux est particulièrement affirmée à travers les lois Buffet
Schéma 3
Les retombées économiques directes et indirectes
des loisirs et du tourisme sportif de nature
Agences
de voyages
réceptives
Entreprises
de transport
touristique
RETOMBÉES
ÉCONOMIQUES
INDIRECTES
Structures
associatives
Prestataires
hébergements
et
restauration
RETOMBÉES
ÉCONOMIQUES DIRECTES
Chiffre
d’Affaires
Prestataires
de produits
culturels
Loisirs et tourisme
sportif de nature
Emplois
Commerces
basiques
Structures
marchandes
Officines
spécialisées
22
Maintenance
des
infrastructures
Sports de nature. Évolutions de l’offre et de la demande • Mai 2004
Marchands de
médias
• CAHIER ESPACES 81
OLIVIER BESSY & MICHEL MOUTON
Du plein air au sport de nature. Nouvelles pratiques, nouveaux enjeux
(6 juillet 2000) et Voynet (29 juin 1999). La loi sur le sport inscrit “les activités physiques
de nature dans une démarche de développement durable en les associant aux schémas de
services collectifs du sport et des espaces naturels et ruraux”. Ces schémas renvoient à la
Loi d’orientation pour l’aménagement et le développement durable du territoire (Voynet)
qui fait référence à huit schémas de services collectifs (SSC) (dont un sur le sport, le SSCS),
aux contrats de pays, aux contrats de plan État-région et au Document unique de programmation (Docup) comportant les financements européens. Le SSCS fait référence au
développement durable en mentionnant que : “Le troisième objectif du SSCS est de tenir
compte du sport pour son rôle dans le développement durable du territoire. Pour cela, le
schéma tient compte d’une double nécessité :
– concevoir les politiques du sport telles que les dessinent, par exemple, les bassins de vie
ou d’emplois et toutes les formes d’intercommunalité et de coopération intercommunale
en synergie avec la loi Chevènement sur l’intercommunalité ;
– développer des politiques sportives intégrant les dimensions économiques, sociales, touristiques et environnementales.”
Dans cet esprit, les acteurs politiques et institutionnels envisagent un décloisonnement de
leur mission d’origine. Les ministères chargés des Sports, du Tourisme, de l’Environnement,
de l’Agriculture et la Datar collaborent depuis deux ans afin de structurer la filière du tourisme et des loisirs sportifs de nature.
Cette stratégie se développe dans le respect des préoccupations liées aux territoires et de
la place des populations locales dans la construction d’une offre touristique. Dans un article
intitulé “Les sports de nature, outil de développement touristique”(31), Éric Journaux, chargé
de mission au ministère des Sports, déclare que “les espaces de nature sont devenus une
valeur forte dans notre société et que les enjeux sont importants”.
La structuration du secteur se concrétise par la création, prévue par la loi sur le sport, de
commissions départementales des espaces, sites et itinéraires (CDESI) regroupant tous les
acteurs concernés par les sports de nature. Elle se traduit également par l’évaluation de l’impact économique des sports de nature au sein des territoires, réalisée sous la responsabilité de l’Observatoire national du tourisme (ONT) en partenariat avec les fédérations sportives, ainsi que par la publication par l’Afit (Agence française de l’ingénierie touristique),
en 2004, d’un guide de savoir-faire du tourisme et des loisirs sportifs de nature(32).
En créant, en 1998, un Conseil national des sports de nature, le CNOSF montre aussi
son souci “de promouvoir les pratiques sportives et de loisirs en milieu naturel dans la
perspective du développement durable”. La réalisation de l’Agenda 21 du sport français s’inscrit dans cet esprit. Au sein de la commission nationale des sports de nature,
Maurice Bruzek, président du CNOSF, rappelle “la nécessité pour le CNOSF et toutes
les instances sportives de s’impliquer dans un certain nombre de faits de société, parmi
ceux-ci : la pratique sportive et de loisir en milieu naturel et le développement durable(33)”.
Enfin, les acteurs politiques représentant les régions, départements, communautés d’agglomération et communautés de communes sont aujourd’hui particulièrement conscients
des enjeux que les sports de nature présentent dans la dynamique économique, dans la
construction identitaire, ainsi que dans la valorisation des territoires, notamment dans
les zones géographiques propices au développement des loisirs et du tourisme sportif de
nature (Alpes, Midi-Pyrénées, Aquitaine, Bretagne, Provence-Alpes-Côte d’Azur,
Réunion…).
En dépit de disparités locales, l’action conjuguée de ces différents acteurs en faveur de
(31)
Éric JOURNAUX, “Les
sports de nature, outil
de développement touristique”,
revue Espaces, n° 203,
avril 2003.
(32)
À paraître, deuxième
semestre 2004.
(33)
Source : Lettre d’information du CNOSF,
septembre 2003.
CAHIER ESPACES 81 • Mai 2004 • Sports de nature. Évolutions de l’offre et de la demande
23
Définitions et concepts
l’intégration des sports de nature dans le développement durable, participe à l’évolution
de la perception de ce nouveau concept, en lui attribuant de nouveaux enjeux et, par
conséquent, une nouvelle place dans notre société.
LES ENJEUX DES SPORTS DE NATURE
Envisager que des relations étroites puissent exister entre le développement durable
et les sports de nature nécessite de spécifier la nature des enjeux économiques, socioculturels et territoriaux induits par ces derniers. L’apologie inconditionnelle du tourisme comme
facteur de développement économique doit être nuancée au regard des coûts socioculturels et environnementaux induits par une recherche trop exclusive de bénéfices financiers.
Les loisirs et le tourisme sportif de nature prennent dans cette nouvelle problématique une
tonalité particulière, par leur développement récent et spectaculaire, mais aussi en raison
de leurs relations intimes avec les ressources du territoire et avec la population locale. Les
données quantitatives et qualitatives recueillies dans ce secteur incitent à penser que les loisirs et le tourisme sportif de nature représentent de réels enjeux économiques, socioculturels et territoriaux pour le développement durable.
Les enjeux économiques
À l’interface du sport, des loisirs et du tourisme, les sports de nature correspondent de toute évidence au segment de marché le plus porteur en termes économiques,
Schéma 4
Les enjeux socioculturels
des loisirs et du tourisme sportif de nature
Population globale
Différents groupes sociaux
Rassembleurs
Acteurs de l’offre
Synergie autour de cette
activité, dynamique
partenariale et sociale
Fédérateurs
Intégrateurs
Loisirs et tourisme
sportif de nature
Constructeurs
Population locale
Processus de construction
identitaire
24
Sports de nature. Évolutions de l’offre et de la demande • Mai 2004
• CAHIER ESPACES 81
Public spécifique
Malades, handicapés
Jeunes en insertion
OLIVIER BESSY & MICHEL MOUTON
Du plein air au sport de nature. Nouvelles pratiques, nouveaux enjeux
dans la mesure où ils ne concernent pas uniquement la demande locale de loisirs et de
tourisme sportif mais aussi celle de nombreux touristes extérieurs qui consomment des
services sportifs ainsi que des prestations connexes. La progression constante et spectaculaire de la demande en matière de sports de nature durant les quinze dernières années
engendre des retombées économiques directes et indirectes non négligeables.
Les retombées économiques directes concernent l’ensemble des organisations sportives qui
profitent de cette dynamique, en générant des flux financiers et des emplois dans ce secteur d’activité. Nous englobons sous cette appellation les prestataires publics (ligues,
comités, clubs, associations…) et les prestataires marchands (entreprises de services liées
à l’encadrement, à la formation, à la découverte aménagée mais libre d’un milieu, les entreprises d’événementiel, les entreprises de location et de réparation de matériels, les entreprises de fabrication). Les retombées économiques indirectes font référence à l’ensemble
des offreurs de biens et de services qui profitent par ricochet du développement des sports
de nature (cf. schéma 3).
Les enjeux socioculturels
Les loisirs et le tourisme sportif de nature jouent un rôle dans l’équilibre socioculturel de notre pays, car ils sont à la fois fédérateurs pour les acteurs locaux, rassembleurs
de la population, intégrateurs de publics spécifiques mais aussi constructeurs d’identité.
• Des loisirs fédérateurs
Parce qu’ils incitent les différents acteurs de l’offre (financeurs, producteurs, distributeurs,
promoteurs, hébergeurs…) à travailler en synergie afin de proposer des prestations de qualité, les loisirs et le tourisme sportif de nature fédèrent les énergies et les personnes impliquées au sein d’un territoire. Ils créent une véritable dynamique partenariale et sociale autour
d’une branche d’activités.
• Des loisirs rassembleurs
Hier réservés à une minorité de privilégiés ou de spécialistes, les loisirs et le tourisme sportif de nature se sont diffusés dans la société. Ils regroupent aujourd’hui des personnes d’horizons variés grâce au double effet du processus de diversification de l’offre et d’évolution
des modes de sociabilité. Ils favorisent ainsi des échanges entre hommes et femmes, entre
les différentes générations et entre les différents groupes sociaux.
• Des loisirs intégrateurs
Les loisirs et le tourisme sportif de nature participent à l’intégration sociale d’un bon nombre
de personnes en les professionnalisant. Ce phénomène est particulièrement sensible dans
les zones d’habitation riches en ressources naturelles mais pauvres sur le plan économique.
Sous un autre aspect, il est intéressant d’observer aussi comment ces derniers, en véhiculant un imaginaire de l’extrême, séduisent des publics en détresse ou désireux de se prouver quelque chose. De nombreuses expériences font état de jeunes en difficulté, issus de
quartiers sensibles, qui trouvent dans la pratique de la voile, de la plongée, de l’escalade,
du canyon ou du parapente un espace-temps privilégié de valorisation sociale.
• Des loisirs constructeurs d’identité
Les loisirs et le tourisme sportif de nature jouent un rôle culturel non négligeable en participant au processus de construction identitaire de groupes sociaux particuliers (les jeunes
et la génération glisse par exemple) ou encore d’habitants de régions typées sur le plan des
ressources naturelles (régions océaniques, régions montagnardes, régions tropicales…). Le
surf en Aquitaine, la voile en Bretagne, l’alpinisme et le ski dans les Alpes, la randonnée
CAHIER ESPACES 81 • Mai 2004 • Sports de nature. Évolutions de l’offre et de la demande
25
Définitions et concepts
pédestre et les courses de montagne à La Réunion en sont de bons exemples.
Parce qu’ils génèrent des rapports originaux à soi-même et aux autres, mais aussi à l’espace et au temps, les loisirs et le tourisme sportif de nature peuvent être considérés comme
des vecteurs positifs sur le plan socioculturel (cf. schéma 4).
Les enjeux territoriaux
Les territoires sont aujourd’hui de plus en plus façonnés par les pratiques sportives
au sens large. Ce constat impose aux différents acteurs concernés de prendre conscience
du rôle que peuvent jouer les sports de nature en matière de protection et de valorisation
de l’environnement, mais aussi de structuration des espaces ou encore de construction d’une
image touristique forte.
Il est évident que la préservation de la nature n’a pas besoin d’activités sportives, sources le plus
Schéma 5
Les enjeux territoriaux
des loisirs et du tourisme sportif de nature
Protection
du patrimoine
• Délimitation et
structuration des lieux
de pratique
• Sensibilisation et
appropriation du milieu
Structuration
du territoire
Rééquilibrage entre
urbain et rural
LOISIRS ET TOURISME
SPORTIF DE NATURE
Valorisation
du patrimoine
• Qualité environnementale
(architecture)
• Mise en valeur
des zones naturelles
• Découverte
du patrimoine
culturel
26
Sports de nature. Évolutions de l’offre et de la demande • Mai 2004
• CAHIER ESPACES 81
Construction d’une
image touristique forte
Imaginaire
sensationnel
et attractif des
sports de nature
OLIVIER BESSY & MICHEL MOUTON
Du plein air au sport de nature. Nouvelles pratiques, nouveaux enjeux
souvent de perturbations dans le milieu. Mais, en même temps, la nature est largement investie
par une population en mal d’authenticité, de détente et d’extrême. La fréquentation sportive des
espaces naturels est devenue aujourd’hui un phénomène de société. Se pose donc le problème
de la régulation des flux afin d’éviter toute dégradation. Dans ce contexte, comment les sports
de nature contribuent-ils à la protection et à la mise en valeur du patrimoine ?
• La protection de l’environnement
Les nombreux aménagements réalisés (sentiers, pistes, voies, aires de décollage et d’atterrissage, bouées d’amarrage, sentiers sous-marins, gîtes, parking…) délimitent des
espaces de pratique, d’hébergement et de stationnement. Ils évitent ainsi les usages anarchiques du milieu naturel et permettent aux pratiquants de profiter de la nature sans
la dégrader. De même, l’immersion en pleine nature et la recherche d’harmonie avec
les éléments que nécessitent ces sports font prendre conscience de la beauté et de la
richesse des lieux. La pratique des sports de nature favorise dans un premier temps
une découverte active et sensible du patrimoine puis, dans un second temps, une appropriation et une défense de ce dernier. Elle apparaît ainsi comme stimulant la construction d’une écocitoyenneté.
• La valorisation du patrimoine
L’intégration plutôt réussie des différents aménagements dans l’environnement, grâce à l’utilisation de matériaux naturels et à une architecture adaptée, participe de la qualité environnementale des sites. De même, le développement des sports de nature permet de valoriser des zones naturelles en évitant qu’elles soient détruites ou pillées sous couvert
d’intérêts économiques (écotourisme). Enfin, le patrimoine culturel local (architecture, folklore, gastronomie) est de plus en plus associé à ces pratiques, qui s’organisent en s’hybridant avec la dimension culturelle. Les sentiers d’interprétation, mais aussi les activités propices à la découverte d’une région ou d’un lieu, telles que la randonnée pédestre, équestre,
à ski, en canoë-kayak et à VTT ou encore la plongée, le canyon et le parapente, en sont
de bons exemples.
• La structuration du territoire
La France souffre de déséquilibres territoriaux très marqués entre les zones urbaines et les
zones rurales. En mettant en valeur ces dernières, au fort potentiel naturel mais délaissées
car peu rentables sur le plan de l’économie touristique traditionnelle, les loisirs et le tourisme sportif de nature jouent un rôle non négligeable en matière de rééquilibrage. Ils permettent, en effet, par le biais des différents aménagements nécessaires à la pratique (sentiers pédestres, stations de ski, de VTT, de voile, de surf, ports, bases de loisirs, centres équestres,
aires de décollage, voies d’escalade, gîtes, tables d’hôtes…) de modifier les flux d’usagers
et de dynamiser ainsi ces territoires en créant une branche d’activités économiques comprenant plusieurs prestataires de services (encadrement, animation et location sportives,
hébergement, restauration, artisanat, commerces…).
• La construction d’une image touristique forte
Les territoires sont des lieux emblématiques par excellence, dans la mesure où ils symbolisent l’image d’une région ou plus exactement celle que l’on souhaite lui donner. Les sports
de nature ou, plus précisément, l’imaginaire sensationnel qu’ils véhiculent sont donc
directement impliqués dans la construction de l’image de plusieurs régions françaises au
fort potentiel nature (Alpes, Pyrénées, Limousin, Réunion…). Il est possible, en effet, de
mettre en concordance l’originalité d’un territoire, l’imaginaire de ces pratiques et la communication globale effectuée.
CAHIER ESPACES 81 • Mai 2004 • Sports de nature. Évolutions de l’offre et de la demande
27
Définitions et concepts
Si les aménagements sportifs directement ou indirectement associés aux prestataires de sports
de nature structurent en priorité les enjeux territoriaux, de nombreux événements sportifs y participent aussi à leur manière. N’intègrent-ils pas de plus en plus dans leur concept
des objectifs de respect et de mise en valeur de la nature, de structuration territoriale et
de renforcement de l’identité locale (cf. schéma 5) ?
LES LIMITES DE LA CONTRIBUTION
DES SPORTS DE NATURE AU DÉVELOPPEMENT DURABLE
Les retombées économiques, socioculturelles et territoriales des sports de nature doivent cependant être nuancées au regard des limites propres au domaine considéré.
Les limites économiques
Le poids des charges sociales, l’activité souterraine, génératrice de concurrence déloyale,
la difficulté d’obtenir des subventions hormis au lancement de l’activité, ainsi que la fragilité des structures (un seul employé, faibles marges…) ont des conséquences négatives
en matière d’embauche. Le manque de professionnalisme de bon nombre d’entreprises dans
la conception, l’organisation et la communication de l’offre proposée provoque un décalage avec la demande et induit des manques à gagner importants sur le plan financier.
Les limites socioculturelles
Les limites socioculturelles se cristallisent principalement à travers deux types de conflit.
En premier lieu, des conflits d’intérêt sont repérables entre plusieurs personnes. Les différents acteurs structurant l’offre (acteurs sportifs, acteurs politiques et acteurs économiques)
ne poursuivent pas les mêmes objectifs et des tensions sont palpables aujourd’hui dans le
développement de certaines activités (canyon, escalade, parapente), ainsi que dans l’exploitation
de territoires bien identifiés. Entre la population qui vit du tourisme et celle qui n’en profite pas, restant à l’écart du développement, les choses ne sont pas simples non plus. Enfin,
les relations sont parfois difficiles entre les touristes et les habitants locaux qui ont le sentiment d’être envahis et dépossédés de leur culture d’origine.
En second lieu, des conflits d’usage existent entre les pratiquants pour la jouissance de territoires recherchés. C’est le cas en surf, mais aussi entre les adeptes de randonnées pédestre, équestre
et VTT ou encore entre les différents clients des stations de ski. Enfin, la diversité des pratiques
et des lieux incite à la prudence pour éviter les relations parfois trop simplistes ou illusoires
entre une société en mutation et des sports de nature envisagés comme rédempteurs.
Les limites territoriales
L’engouement pour les sports de nature provoque une surfréquentation de certains
sites, qui semblent avoir atteint leur capacité de charge maximale au-delà de laquelle la dégradation du milieu s’accélère dangereusement. De même, la banalisation du milieu par de nombreux pratiquants constitue une réelle limite en matière de protection du milieu. La valorisation du patrimoine et la structuration du territoire sont aussi à relativiser en raison de
la non-exclusivité des sports de nature dans la réalisation de ces deux objectifs et de la concurrence existante avec d’autres paramètres (politiques globales d’aménagement, nature des infrastructures routières et immobilières, dynamisme économique des autres prestataires, pression des activités agricoles et industrielles…). Enfin, la construction d’une identité territoriale
est un processus complexe qui ne peut se circonscrire au seul vecteur sportif.
28
Sports de nature. Évolutions de l’offre et de la demande • Mai 2004
• CAHIER ESPACES 81
OLIVIER BESSY & MICHEL MOUTON
Du plein air au sport de nature. Nouvelles pratiques, nouveaux enjeux
Les limites sportives
Plus récents et surtout moins dotés en licenciés que les sports traditionnels (football, tennis, athlétisme…), les sports de nature ont du mal à se faire reconnaître dans le
champ sportif. Cela s’explique par l’histoire de ces activités, restées longtemps en dehors
du cadre compétitif (escalade, surf…), et par l’absence, encore aujourd’hui, de compétitions dans certaines d’entre elles (randonnée pédestre et équestre, canyoning, plongée…).
Elles ont, en conséquence, davantage l’image de loisirs que celle de sports. Cette situation
ne favorise pas le développement des ligues et comités concernés, qui n’ont pas toujours
les moyens humains et financiers de leurs ambitions.
Les limites politiques
La timidité des collectivités territoriales en matière de développement des sports de
nature est visible dans l’absence, souvent constatée, de réelle politique de tourisme sportif. L’absence de culture en matière de sports de nature chez de nombreux élus, les représentations et croyances erronées qu’ils en ont, la méconnaissance du profil sociologique
des pratiquants, ainsi que le poids de l’imaginaire du risque et de l’insécurité associés à ces
sports sont autant de facteurs explicatifs.
▼
▼
Si des limites existent, la relation entre le développement durable et les sports de
nature est aujourd’hui une réalité qui se structure progressivement et donne à ces derniers
une nouvelle légitimité dans le champ sportif et touristique. À la fois jeu et enjeu de société,
ils représentent une opportunité à saisir pour les différents acteurs concernés par le développement local.
Le passage du plein air aux APPN, puis aux sports de nature, révèle des représentations différentes de la nature, et des rapports distincts avec l’univers sportif et l’environnement global. Cette évolution est sans nul doute un des aspects les plus visibles des modifications du
rapport de l’homme et plus particulièrement de l’adepte des sports de nature à son cadre
de pratique. Elle ne relève pas du hasard ou encore moins d’une logique anodine. Elle fait
référence, au contraire, à de nouvelles pratiques et témoigne de nouveaux enjeux liés aux
mutations politiques, économiques et culturelles à l’œuvre dans notre société contemporaine.
Dans un premier temps “support”, la nature est alors envisagée comme un espace utilitaire d’exercice à finalité hygiénique ou comme un lieu propice à la construction d’un idéal
philosophique. Le plein air possède une identité spécifique qui le différencie des pratiques
sportives traditionnelles. Avec les APPN, la nature devient “ludique”, en étant plus ou moins
aménagée et explorée en tout sens par des pratiquants plus avides de sensations que soucieux de l’environnement. On assiste en même temps à un rapprochement avec le monde
sportif compétitif.
L’utilisation actuelle du terme sports de nature fait référenc e à une nature davantage partagée que l’on cherche à protéger, à mettre en valeur et à mieux structurer. Dans cet esprit,
elle est associée par les consommateurs, mais aussi et surtout par les acteurs responsables
de leur développement à des préoccupations environnementales, humaines et économiques. Elle témoigne aussi d’une osmose avec un sport qui s’est largement ouvert aux loisirs. Parce qu’ils sont l’une des expressions culturelles les plus représentatives de notre époque,
les sports de nature sont au cœur aujourd’hui des problématiques relatives au développement
durable des territoires. La révolution n’est pas mince.
❍
CAHIER ESPACES 81 • Mai 2004 • Sports de nature. Évolutions de l’offre et de la demande
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