Le Prieuré de Ste Eulalie de Palajanel

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Le Prieuré de Ste Eulalie de Palajanel
CHAPITRE IV
LE PRIEURE DE SAINTE EULALIE
PALAJANEL
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Palajanel est actuellement un domaine dont la première mention remonte à la période
féodale.
Le prieuré de Sainte Eulalie était situé dans ce lieu, mais les quelques documents
retrouvés ne nous donnent que de vagues indications qui ne nous permettent pas de situer avec
précision l’emplacement de cette église.
Les textes qui racontent la fondation et la consécration d’églises rurales, sont rares.
Nous savons peu de choses sur l’église de sainte Eulalie.
La période moyenâgeuse n’est pas très bavarde. Malgré cela, quelques dates nous
révèlent des évènements concernant ce prieuré qui était situé au nord-ouest du village, à peu de
distance.
AN 1049, le VI des nones de mars.. (1)
Le testament d’Arnaud Siguini cite le lieu de Palaianellum dans l’énumération des
confronts du prieuré de Saint Foulc ainsi que des alleux* à Palaianello qu’il donne à ses fils.
Le lieu est simplement cité. On peut penser qu’il y a une ou plusieurs habitations.
Le Liber Feudorum a conservé un serment à Ramon Berenguer III de 485 hommes de
Carcassonne contre le vicomte de Béziers, sa femme et leurs enfants.
Dans cette liste figurent les noms d’hommes de Palaja et un homme de Palajanel. En effet
l’acte cite Bernard de Palaianes et Cros Mayrevieille dans Coutumes et Libertés de
Carcassonne citant le même acte, écrit Bernard de Palajanel..
L’acte n’est pas daté mais plusieurs dates sont avancées par les historiens : 1107, 1112
ou 1120. (2)
AN 1125, le 4 des nones de mars. (3)
Bernard Aton et sa femme Cécile donnent à fief *et pour châtellenie à Bernard de
Tresmals, les biens qui appartenaient à Guilhem Arnaud à Palaja et à Palajanel :
…donamus tibi Bernardo de Tresmals ad fevum…totum ipsum honorem…in Palaiano et
in Palaianello…
AN 1126, le 3 des nones d’avril. (4)
Bernard Aton donne à fief* et pour châtellenie à Guilhem Calvet la tour de la monnaie et
l’honneur* de Guiraud de Capendu que celui-ci avait engagé pour 1200 sous dans le territoire de
Palaïanelli.
AN 1182, le 3 novembre. B – Acte 29
(5)
Pierre d’Escau avec l’accord de son fils, donne en alleu* à la milice du Temple
l’ « honneur* » qu’il possédait à Carcassonne et dans son terroir, au Mas, à Escau à Palajanel, à
Gaja, à Marseillens, à Serce, à Villa Panor et à Villalbe.
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Ego Petrus de Scauno, gratis et bona fide et voluntate Raimundi Beatricis, filii mei, dono
domino Deo… et venerabili milite Templi Salomonis…
Dono quidem vobis omnem honorem quem habeo in Carchassona et in terminiis illius, et
in Manso et in Scauno et in Palajanello…
Ugonis de Palajano est témoin.
AN 1269. (6)
L’Ave Maria fait mention d’un ancien décimaire*, une église à Palajanel (Palajanello)
dont le vocable n’est pas cité. Il ne peut s’agir que d’une église rurale puisque l’église saint
Etienne est citée comme église paroissiale à la même date.
AN 1310, le 9 janvier. (7)
Bernard Fournier vend la bastide de Palajanel à Barthélemy Régis et Bernard Miron. Le
notaire se nomme Jean Vilar.
A cette époque, la dénomination bastide évoque une maison forte seigneuriale ; plus tard,
maison de campagne dans le Midi.
AN 1328, le23 juillet. (8)
Nous pouvons lire dans le testament d’Aude de Villeneuve, une donation de deux sols
tournois à l’église Sainte Eulalie de Palajanel … item, operi ecclesie beate Eulalie de
Palajanello, duos solidos turonensium.
Il s’agit probablement de l’église citée dans le texte de l’Ave Maria de 1269.
SAINTE EULALIE (9)
Sainte Eulalie naquit à Barcelone en 289 et fut martyrisée à Rome en 303. Elle s’est
moquée des cérémonies païennes devant le prêteur du peuple romain, qui ordonne son supplice.
D’après A. Mahul, Sainte Eulalie est d’origine hispanique.
Ces saints et saintes (S. Julien et Ste Basilice, S. Vincent, S. Couat, S. Fructueux,
Ste Léocadie) dit-il, sont tous du nombre des martyrs dont le sang avait coulé en Espagne, durant
la persécution des Wisigoths Ariens. Cette irradiation des églises d’Espagne dans nos contrées
doit être attribuée :
1 – à la domination des Wisigoths sur les deux côtés des Pyrénées – Orientales, durant les
6ème et 7ème siècles. .
2 – aux affinités de sang et aux relations de voisinage des maisons souveraines de
Barcelone, de Majorque et d’Aragon, avec les Comtes de Carcassonne, depuis le 12ème jusqu’au
13ème siècle.
Eulalie de Mérida, IIIe siècle, Vierge et martyre. Elle est célébrée par le poète Prudence..
Colombe s’échappant de sa bouche ; couronne du martyre ; croix de Saint-André ; croix
surmontée d’un disque.
Dans le patois du pays, on dit Sant’Aulazia, Les Espagnols disent : Santa Ollala.
Dans « Mémoires pour l’histoire de Languedoc » de Catel, nous lisons Sainte-Aulazie.
Buona pulcella fut Eulalia
Bel avret corps, bellezour anima
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Bonne pucelle fut Eulalie
Bel eut le corps et plus belle son âme.
Ce premier distique d’une séquence qui en compte vingt huit en tout marque pour nous
« la toute première émergence d’une poésie de langue vulgaire ». Elle remonte aux dernières
années du IXe siècle, probablement peu après 878, date de l’invention des reliques de sainte
Eulalie, vierge espagnole martyrisée au IIIe siècle. Le poème a probablement été composé par
les moines de Saint-Amand, une abbaye située près de Valenciennes. Il raconte comment les
ennemis de Dieu veulent, sur l’ordre de l’empereur Maximilien « qui en ces jours régnait sur les
païens » lui faire perdre son âme et trahir son vœu de virginité. Mais « ni pour or, ni pour argent,
ni pour parure, ni pour menace, ni pour prière », Eulalie n’accepte de les écouter. L’empereur
alors la fait jeter au feu qui l’épargne. On lui tranche la tête et son âme s’envole au ciel sous
« figure de colomb » (sous forme de colombe). (10)
L’église Sainte Eulalie est mentionnée dans les listes des paroisses rurales du diocèse de
Carcassonne en 1340 :
L’église Saint Etienne est mentionnée comme église paroissiale dans l’enquête de 1269.
L’église rurale de Sainte Eulalie de Palajanel, qui lui était unie, en fut séparée dans le premier
tiers du XIVe siècle et constitua un bénéfice à la collation de l’évêque. Les revenus du recteur
(sans charge d’âmes) sine cura furent évalués à 25 livres, tandis que ceux du recteur de Palaja
s’élevaient à 75 livres. (11)
AN 1534, le 19 Mai. (12)
Item, sentence donnée par le sénéchal de Toulouse ou son lieutenant le 19ème de mai
1534, par laquelle le Chapitre fut maintenu en possession de prendre tous les ans à la feste de
Notre Dame d’août sur le bénéfice de Palajanel, un setier d’orge consentant à ce maître Jehan
Tornier prieur dudit prieuré de Palajanel, laquelle sentence commence In nomine Domini. Ny
cotté.
Ce texte nous apprend qu’une personne n’a pas été d’accord à ce que le Chapitre de
Carcassonne prenne un setier d’orge tous les ans.
Mais la sentence a donné raison au Chapitre.
AN 1545, le 16 Octobre. (13)
L’acte du notaire Jean Barthe nous apprend que Mestre Pierre Picot, vieilh notaire de la
Cieutat de Carcassonne est propriétaire de la borio appelhada Palajanel assetiada al terme et
juridiction de Palaja.
Le grand livre « Recherches générales du diocèse de Carcassonne », nous apprend qu’à la
date du 22 novembre 1616, l’église de sainte Aulazie près la métairie de sieur Bardichon à
Palajanel… contient l’église vingt une cannes et le cimetière cent septante une cannes ; soit la
superficie de l’église, 66 m2 et celle du cimetière 544 m2. (14)
Un manuscrit datant du 7 septembre 1688, cite « le terroir Espalajan » qui confronte le
terroir de Cazilhac. Chaque habitant de ce village voisin, doit travailler pendant un jour avec une
bête s’il en a une pour dépiquer les grains du seigneur moyennant la seule nourriture des
personnes et des bêtes de travail.(15)
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AN 1739, le 28 janvier.
(16)
Un contrat de bail de quatre ans est établi entre le prieur du prieuré de Sainte Eulalie,
messire Grégoire de Blancofort, prêtre et monsieur François Depaule, cardeur du lieu de Palaja,
acceptant les fruits décimaux dépendant du prieuré de Palajanel moyennant la rente de deux
cents cinq livres et deux paires de chapons pour chacune des quatre années.
En 1759, on peut lire dans les notes du curé de Palaja :
Il y a deux prieurés, l’un de Ste Eulalie, l’autre dit St Foulc divisés en deux titres qui
nomment un chapelain pour faire le service. Il y avait autrefois une chapelle pour le service de
chaque prieuré mais elles ne subsistent plus. (17)
AN 1775, le 27 septembre.
(18)
Acte du notaire Me Pierre Viguerie.
Devant Viguerie notaire à Carcassonne, M. Jean-Baptiste Florentin de Jaubert, clerc
tonsuré de la ville de Quillan, prend possession du susdit prieuré, sur les ruines de la chapelle,
par la résignation qui lui fut faite par M. Jean-André de Jaubert son oncle, clerc tonsuré de la
même ville. Les revenus consistent en une quote sur la dixme. Mahul V p. 216.
“… nous notaire royal et apostolique nous serions transporté avec led. frère De Jaubert et
les témoins bas nommés au devant des masures de la chapelle Ste Eulalie de Palajanel dans la
paroisse de Palaja, ou étant aurions pris led. frère de Jaubert par la main droite et l’avons
introduit dans l’anceinte du local de la Chapelle ou sétant mis à genoux il a fait les prières
accoutumées à Dieu et par l’entrée et sortie dud. local avons mis et installé led.frère De Jaubert
en la réele actuele et corporele possession dud. prieuré Ste Eulalie de Palajanel avec les
honneurs, fruits et revenus en dépendant et y attachés et ce sans aucun trouble ni
empêchement… »
Quelques mois après :
Le 28 décembre 1775, Me Jean- Baptiste Florentin de Jaubert Saint Julia, prendra
possession de l’église de Pech dans le territoire de Saint-Hilaire. (18) Mahul V p.123
Actuellement, Sainte Eulalie fait partie des églises disparues du département de l’Aude.
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1- Centre d’Etudes Cathares. Aude. BN (11475) Doat 40-Fi 17. p. 31.
2 - Miquel Rosell (F). Liber Feudorum Maior Vol. II.. Barcelone.1945. p.319.
3 –Bouges (T.A) Histoire ecclésiastique et civile de la ville et diocèse de Carcassonne. Marseille. Laffite. Reprients
d’après l’édition de Paris. 1741. Preuve XXX. p. 536.
4- H.G.L. Dom Devic et Vaissète. Commentée et continuée jusqu’en 1830 par M. A. Du Mège. t. VIII. Toulouse.
J.B. Paya. p. 390.
5 –Gérard (P) et Magnou (E). Cartulaire des Templiers de Douzens. Paris. Bibliothèque nationale. 1965. p. 211
6 – Baichère (E) Ave Maria. Les revenus décimaires et les droits temporels de l’évêché et du chapitre cathédral de
Carcassonne en 1269. Carcassonne. A. Gabelle. 1909. p. 82.
7 – Centre d’Etudes Cathares. Microfiches Fi 70 Doat 253. p. 80.
8 – A.D.A. ms. H 103 – Sabarthès (A). Les seigneurs de Palaja au XIIIe et au XIVe s. Paris. Imprimerie
nationale.1922. p.41.
9 – Mahul (A) Cartulaire et archives de l’ancien diocèse de Carcassonne. Paris. V. Didron Dumoulin. 1867. Vol. I.
p. 5. – Berthod (B) Hardouin (E) Dictionnaire iconographique des Saints. Les Editions de l’Amateur. 1999. p. 144.
10 – Pernoud (R). Les saints au Moyen –Age. Paris. Plon. 1984. p.23.
11 –Griffe (Elie) Les anciens pays de l’Aude dans l’antiquité et au moyen-âge. Carcassonne Les imprimeries
Gabelle. 1974. p.123.
12 -A.D.A. Extrait de l’Inventaire de tous les documents du Chapitre. G 68. p. 20.
13 - A.D.A. Acte notarié 3 E 5981. f° 164.
14 –A.D.A. Recherches générales du diocèse de Carcassonne. 17 C2. p. 127 v°
15 –A.D.A. H 37.
16 –A.D.A. Acte notarié. 3 E 1167. p. 6 v°
17 –A.D.A.Diocèse de Carcassonne. Instructions demandées aux curés I C 3
18 –A.D.A. Acte notarié. 3 E 6226 p. 616 v°
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La destruction du château de Palaja symbolise la fin du Moyen Age.
Les documents ne nous disent que des faits, des dates, des noms, des lieux…. Les textes
en général sont muets sur les pensées, les émotions, les chagrins ou joies de ces hommes.
Quelques testaments nous dévoilent les dernières volontés, les derniers souhaits, quelques
enquêtes retracent les injustices subies ; la violence transparaît quelquefois.
Les structures mentales de l’homme du Moyen Age apparaissent bien différentes,
comparées à celles de l’homme du XXIe siècle.
Bien des questions restent sans réponse, car l’homme qui est un constructeur, est
également un destructeur et le temps qui passe n’arrange rien. Les écrits bien souvent sont
absents sur une longue période et c’est le vide que l’on ne peut en aucun cas combler. C’est cela
qui est frustrant et passionnant à la fois car on pense qu’un jour on mettra la main sur le
document manquant.
Malgré des lacunes, j’espère que ces quelques pages donneront un petit aperçu sur le
passé de Palaja il y a de cela bien longtemps.
Mais la Renaissance est déjà là !
Le village poursuit sa route. Et c’est une autre histoire.
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